Cité libre., 1 janvier 1992, octobre - novembre
VOLUME XX • NUMÉRO 8• OCTOBRE -NOVEMBRE 1992 • 3,50 $ L.-P.Rochon, S.Shecter, G.Tombs «Feu le pluralisme» Jean-Claude Leclerc Q D F C F AAi À 20 HEU Dansez aux accents des seize musiciens du Big Band de VIC VOGEL la coqueluche du Festival de Jazz de Montréal Amenez-y beaucoup, beaucoup d'amis.Ce n'est pas la place qui manque Prix d'entrée: 22,25$ Toutes taxes comprises.Achetez vos billets à l'avance aux soupers Cité libre des 1er octobre et 12 novembre ou au Spectrum 318, rue Ste-Catherine ouest.(514) 861-5851 Emotions Anne-Marie Bourdouxhe «Les emotions sont aussi fortes que les idées, plus fortes peut-être.J'ai appris que lorsqu'on étudie intellectuellement un problème, on n'a pas tout le tableau de la situation.Uy a des forces et des intérêts dans la société et il est quelquefois beaucoup plus important de connaître et d'évaluer ces forces que d'avoir raison intellectuellement.» — Jean Marchand C'est à croire que Robert Boutassa, Brian Mulroney, Bob Rae, les huit autres premiers ministres provinciaux ainsi qu'Ovide Mercredi ont tous souscrit à cette réflexion que faisait à The Gazette l'ancien président de la CSN et ministre libéral, Jean Marchand.Ils ont formulé dans l'entente constitutionnelle de Charlottetown toutes les émotions de leurs compattiotes : l'angoisse, quant à leur survie collective, des Autochtones, des Québécois et des minorités de langue officielle, les craintes des sociaux démocrates de voir s'effriter les programmes sociaux, sans oublier les sentiments de frustration des provinces de l'Ouest qui ont abouti à cette funeste réforme du sénat dont Angéline Four-nier poursuit la saga dans ce numéro.Je me demande ce qu'il adviendra à la loi fédérale sur les langues officielles, une fois que sera reconnue dans la Constitution canadienne la juridiction exclusive (à peu de chose près) des provinces en matière de culture, d'exploitation forestière et minière, de tourisme, de logement, de loisirs, d'affaires municipales et urbaines.Car, dans chacun des articles décrivant comment se fera le transfert de juridiction, il y a une petite phrase qui m'inquiète: «La question du service à fournir au public dans les deux langues officielles devrait aussi être considérée comme un élément possible de ces ententes».Est-ce à cette phtase alambiquée que pensait Gil Rémillard, ce dimanche matin 13 septembre, quand il répétait ad nauseam que la loi 101 ne serait pas affectée par l'entente constitutionnelle de Charlottetown?Chaque province — sauf le Nouveau-Brunswick qui, lui, enchâsse son statut de province bilingue dans la Constitution — pourra-t-elle toujouts mégoter sur les droits à des services en français et en anglais de leuts minorités de langues officielles?Celles-ci devront-elles s'astreindre, comme les anglo-Québécois, à une fastidieuse correspondance avec les différents ministères provinciaux pour obtenit sut demande et ce, à titre individuel, documentation et papiets officiels dans leur langue?Les provinces s'inspireront-elles de cette disposition de notre loi 101 ou bien adopteront-elles la loi fédérale sur les langues officielles?Il se pourrait qu'elles adoptent cette dernière solution.Car, sans oublier la Charte des droits qui protège les droits linguistiques des minorités de langue officielle, la clause Canada mentionne «l'attachement des Canadiens et de leurs gouvernements à l'épanouissement et au développe- ment des communautés minoritaires de langue officielle dans tout le pays».Les partisans du «non» en tout cas y voient certainement une menace à la loi 101, au Québec, ou le risque de se faire «enfoncer le français dans la gorge», dans le Rest of Canada-Us fulminent.Cela me rassure, de même que la popularité a mare usque ad mare des écoles d'immersion française ou bien d'entendre, comme ce fut le cas cette semaine, le ministre de l'Éducation de l'Ontario, un anglophone de toute évidence, parler d'abondance des élections scolaires et ce, en français.Je suis de ceux qui ont eu la chance de constater que les esprits mesquins ne tiennent pas le haut du pavé au Canada, même si c'est eux qui font la une des journaux, comme ce fut le cas sans doute pour un certain D'Alton McCarthy, il y a plus d'un siècle.Pour en savoir plus sur ce triste sire, lisez l'article de Richard L'Heureux : Manitoba 1890, ou le début de la fin du rêve canadien au Québec Je me rallie donc à Angéline Foumier, Stephen Schecter, George Tombs, Paul-Christian Nolin et Julius Grey qui déclarent dans ces pages pourquoi ils voteront «oui» au référendum et ce, en dépit de leurs réserves respectives à l'égard de l'entente du 28 août.Cité libre est une revue fédéraliste, c'est clair, mais elle n'est pas bigote.Je vous invite donc à lire pourquoi Eric Devlin et Louis Cornellier voteront «non» et que Louis-Philippe Rochon est bien tenté d'annuler son bulletin de vote.Feu le pluralisme?, la conférence de Jean-Claude Leclerc au souper Cité libre du 13 août dernier a suscité beaucoup de questions de la part de l'auditoire.La voici.D'Edmonton, George Lang répond aux plaidoiries de Devlin et Schecter en faveur d'un Canada bilingue.Depuis Harare, Heather Hill nous apprend que non seulement lan Smith y vit-il heureux, il y a des Zimbabweens qui voudraient bien le voir revenir au pouvoir.Si Éric Devlin est loin d'être enthousiaste à l'égard de la nouvelle politique culturelle énoncée par Mme Frulla-Hébert, Pâquerette Villeneuve félicite le ministère des Affaires cultutelles du Québec d'avoir doté Montréal du seul Musée entièrement consacré à l'art contemporain au Canada.Toujours iconoclaste, Marie Desjardins nous dit pourquoi parmis tous les ouvrages de femmes c'est, entre autres, Elizabeth Barbier et non Marguerite Yourcenar qu'elle emmènerait sur son île déserte.Pout Louis Cornellier, L'Homme délogé, recueil des éditoriaux de Nicole Jetté-Soucy directrice de l'Analyste, vaut le détour.En cette période référendaire, Danielle Miller a choisi de nous présenter Upstream «le pays d'en haut» roman de l'écrivain saskatchewannaise Sharon Butala.Enfin, pour terminer par le commencement, Stephen Schecter nous parle de «l'ombre qui plane sur le Canada ambigu» celle de notre voisin du Sud.Bonne lecture.& CITÉ LIBRE o 11 o b t e•n o v e m b r e 1992 3 À qui appartient Cité libre?Dans sa livraison de février 1951, soit la deuxième année de son existence, Cité libre répondait à cette question de la façon suivante: «Personne ne possède la revue.Tirée à 500 exemplaires, le premier numéro nous coûtait 250 dollars.Les dix collaborateurs ont misé chacun 25 dollars et sont rentrés dans leurs fonds en distribuant chacun cinquante exemplaires à 50 cents pièce.Les administrateurs de carrière souriront; nous sourions aussi».En janvier 1960, pour marquer son dixième anniversaire, Cité libre s'est réorganisée.Devenue mensuelle, elle s'est constituée en coopérative d'édition en bonne et due forme comptant environ une centaine de membres.Et les portes ne sont pas fermées.Lors de l'Assemblée générale de ses membres, tenue le 9 décembre 1991, Cité libre a fait peau neuve en décidant de poursuivre ses activités sous le nom d'une compagnie nommée Cité libre Information, incorporée le 10 février 1992 en vertu de la Partie III de la Loi sur les compagnies du Québec.Comme c'était le cas pour l'ancienne coopérative, tous les membres de cette corporation sont les propriétaires de la revue.Réunis en Assemblée générale annuelle, ils élisent un Conseil d'administration qui, à son tour, choisit le directeur de la Revue.SOMMAIRE Volume XX • numéro 8 • octobre-novembre 1992 3 Émotions.Anne-Marie Bourdouxhe 5 De L'Amérique.Stephen Schecter 8 Sénat triple «R» ou sénat dans les aits?.Angéline Foumier 11 Manitoba, 1890, ou le début de la fin du téve canadien au Québec.Richard L'Heureux.14 RÉFÉRENDUM.S.Shecter, É.Devlin, G.Tombs, L.Comellier, L.-P.Rochon, P.-C.Nolin, Julius Gre^ 19 Feu le pluralisme?.Jean-Claude Leckrc 22 Sisyphe heureux.George Lang 23 Jan Smith is alive and well and living in Harare.Heather Hill.24 Alerte à la médiocratisation institutionnalisée.Eric Devlin ARTS ET LETTRES 26 Une autre originalité de Monttéal.Pâquerette Villeneuve 28 A lite, relire, ne pas lire.Marie Desjardins 31 L'Homme délogé vaut le détout.Louis Comellier 33 Entre l'Histoire et le symbolisme.Danielle Miller Illustration de la page couverture : «CON-PATR10TE» par Robert La Palme Cité libre Cité l'tbte Information Conseil d'administration Jean-Piene Goyet, président Kimon Valaskakis, \dce-président Guy Sarault, secrétaire Roxane Roy, trésorière Jean-Piene Bourdouxhe, Jacques Hébert, Robert Davies, Paul-Chtistian Nolin, Gératd Pelletier Redaction Directrice de la revue: Anne-Marie Bourdouxhe Secrétaire de rédaction: Angéline Foumiet Comité de redaction: Louise Landty Balas, Jean-Piene Bourdouxhe, Robert Davies, Louis-Philippe Rochon, Gétard Pelletier, Stephen Schectet, Geotge Tombs.Révision de texte: Marie Desjardins illustration: Robert La Palme, Guy Poirat, Jacques Goldstyn Marie Piene Production infographie: Claude Guérm, Photocomposition : Topographie Soft1 impression : Irmrdobe inc.Photomécanique : Photo Synthèse Adresses Siège social Bureau 2500, 1250, boul.René-Lévesque Ouest Montréal, QCH3B4Y1 TéL: (514) 846-2317 / Télécop.: (514) 846-3427 Rédaction 3846, ave du Parc Lafontaine Montréal, P.Q.H2L3M6 Tél.: (514) 398-6754 Téléc.: (514) 398-7364 Service d'abonnement Periodica CP.444, Outtemont P.Q.H2V 4R6 Tel: Région de Monttéal: (514) 274-5468 Tout le Québec et l'Outaouais: 1-800-361-1431 Téléc: (514) 274-0201 Vente ou numéro Messageries de presse Benjamin 0160, Jean Milot Lasalle, P.Q.H8R 1X7 Tél.: (514) 364-1780 Téléc.: (514) 364-7245 Vente aux libraires Diffusion Dimedia 539, boul.Lebeau Ville St-Laurent, P.Q H4N 1S2 Tel: (514) 336-3941 Téléc.: (514) 331-3916 Dépôt légal : 2' trimestre 1991 ISSN: 1183-7144 Envoi de publication: enregistrement no.10123 CITÉ LIBRE o c to b r e-n o v e m b r e 1992 4 De l'Amérique Stephen Schecter O n dit parfois que l'Amérique est l'ombre qui plane sur le Canada ambigu.Que ce pays, officiellement nommé les États-Unis d'Amérique mais qui a réussi à capter à lui seul le nom et l'image de l'Amérique même, aux dépens de ses nouveaux partenaires libre-échangistes, est l'interlocuteur silencieux, discret et omniptésent dans les tourments canadiens eu égard à leur propre identité.Sommes-nous les héritiers de la Nouvelle France?Un fragment rouge et conservateur de la révolution anglaise?Des voisins sympathiques, qui ont réussi à créer une société somme toute assez riche et néanmoins décente, avec une touche européenne qui marque autant son Etat providence que sa télévision, sa littérature, ses petites indiscrétions de la vie quotidienne?Et, en même temps, un pays timide, une confédéra- 3ny, Empire State buildmg Acrylique sur camus, 1987 84"x St>" ZlOYl uâtâTtlcj 1111 pCUplç constamment miné par le sentiment de ne pas avoir l'audace des vrais Américains, sentiments donnant naissance à des critiques internes devenues des hantises : le Canada anglais est une succursale des États-Unis, le Québec est la plus américanisée des provinces, l'une ou l'autre des composantes du Canada représente le seul vrai rempart contre la continentilisation que les élites de tous les partis encouragent.De quoi s'agit-il, cher lecteur et chère lectrice?De nous?D'eux?De l'imaginaire continental?De la puissance trop proche de ce que Seymour Martin Lipset appelait the first new nation et que Michel Freitag nommait la première société postmoderne?Vous avez peut-être regardé la convention tépublicaine à la télévision, écouté ces discours, inimaginables au Canada, où l'esprit méchant d'un Pat Buchanan se mêlait aux sentiments insipides d'un Ronald Reagan dans la préparation du terrain psychologique de la campagne électorale d'un président redevenu candidat à la présidence.Vous avez été frappés peut-être par le degré d'aveuglement qui caractérisait ces discours.Ce qui semble toujours hanter l'Amérique, en effet, c'est de ne plus l'être, de ne plus être la plus forte, la plus riche, la plus libre, l'élue de Dieu, et de sombrer enfin dans la dereliction qui menace tout puritain.Et on dit que nous, les Canadiens, avons des problèmes d'identité! e qui surprend encore plus est le caractère apolitique de leur politique.Ce qui surprend encore plus est le caractère apolitique de leur politique.Où, ailleurs que dans ce pays, les valeurs familiales deviennent-elles un sujet de débats politiques, où la famille, telle qu'on l'a connue, est en train de voler en éclats, et nulle part de façon plus évidente qu'au niveau de ses élites, parmi ses vedettes qui ont réussi à transformer Washington en Hollywood?Bien sûr, il est plus facile de limiter les dégâts quand on a quelques millions dans ses poches, que lorsqu'on est pauvre, noir et désespéré dans les banlieues de Los Angeles.Mais il faut être complètement sourd et aveugle, ou sot et cynique, pour croire que la dégradation urbaine, dont Le bûcher des vanités n'était que la fable morale, puisse être renversée d'un coup de baguette magique, par un retour en arrière, vers des valeurs et des pratiques qui se sont déjà avérées désuètes et inutiles.On constate alors que l'Amérique n'est définitivement pas une société politique, mais bien un mode de vie.D'où son attrait immense pour un monde postmoderne dans lequel nous cherchons tous une manière de vivre, une dis- C IT É LIBRE octobre-novembre 1992 position, une attitude, un statut dont l'élément essentiel est la représentation de soi.C'est alors que l'immense richesse de ce pays, mesurée par les navettes spatiales et le prix ridicule du poulet au supermarché, se joint aux rêves individuels de se dépasser et de tout dépasser, pour devenir soi-même les phrases des chansons de Barbara Streisand que, malgré tout, on chantonne.e qui semble toujours hanter l'Amérique, en effet, c'est de ne plus l'être, de ne plus être la plus forte, la plus riche, la plus libre, l'élue de Dieu, et de sombrer enfin dans la dereliction qui menace tout puritain.Et on dit que nous, les Canadiens, avons des problèmes d'identité! C'est fascinant, cher lecteur et chère lectrice, mais l'Amérique fascine.Elle fascine par sa puissance, par l'idée de l'horizon illimité qu'elle évoque, par l'appel à l'accomplissement qui demeure le leitmotiv du monde contemporain, incarnant ainsi, peut-être, un rêve millénaire de l'humanité dont New York est l'emblème; sinon New York Manhattan, sinon Manhattan l'Empire State Building, et sinon l'édifice lui-même, la version peinte par Georgia O'Keefe.Elle fait peur aussi.Parce que le cadre bâti et le tissu social de ses grandes villes se délabre progressivement et que la nation ne semble pas capable de les réparer, ni l'un ni l'autre.Parce que City of Hope de John Sayles semble un film vrai et faux, critique mais aveugle, et en fin de compte complètement désespéré et désespérant, parce qu'il n'y a plus, au sein des strates dirigeantes d'une ville industrielle typique, aucun interlocuteur valable, aucune personne qui a gagné sa vie avec un minimum d'honnêteté et qui serait donc en possession des facultés morales qui servent d'habitude de réservoir au renouvellement de la société.Parce que, des séances sur la nomination de Clarence Thomas à la Cour Suprême aux autofélicitations républicaines à Houston, une confusion totale se manifeste entre ce qui est de l'ordre du public et ce qui est de l'ordre du privé.C'est comme si le destin du monde dépendait de ce que les êtres humains font avec leurs fesses.Et elle fait peur, parce qu'on se demande si ce dont on témoigne n'est pas l'avenir de l'espèce, la voie dominante parmi celles qui s'ouvrent à nous, et peut-être parce qu'on ne sait pas trop comment lui en opposer une autre qui ne serait pas simplement le refuge dans ce qui n'est pas l'Amérique.Le Canada, par exemple.Nous ne sommes pas l'Amérique après tout, mais nous sommes tentés par elle: comme tous ceux qui sont venus du vieux monde jusqu'aux rives du Saint Laurent goûter l'Amérique et nous annoncer, de manière détournée, ensevelie même, que le vieux monde n'existait plus, le nouveau non plus, car celui-ci ne tenait que grâce à l'ancien.Au lieu de ces deux mondes, il se trouve quelque chose d'autre, quelque chose de vraiment nouveau, de transnational, capable d'à la fois compatir sur les différences nationales et de les dépasser, pour que chaque être se conçoive potentiellement, hypothétiquement, comme un être universel.D'où, dans chaque pays du globe, les signes plus ou moins forts de cette conscience.D'où, dans le dernier recoin du monde, l'équivalent de l'esprit de la revue montréalaise Voir, un bout de Graceland, une compréhension pour l'attrait de La La La Human Steps.C'est, je crois, ce que Hegel aurait appelé le déferlement de l'Esprit-Monde.Cet été, au bord de la Manche, je faisais rebondir des pierres sur l'eau.Un ami m'expliqua alors que ce geste représentait pour Hegel un des premiers moments de la prise de conscience de soi, lorsqu'on se rend compte de l'existence du monde objectif dans lequel et par lequel on se réalise.L'Amérique serait-elle une mer sur laquelle on peut faire ricocher des galets?Dans cet acte on peut déjà apercevoir notre propre plénitude, le moment où l'on s'accomplit, lanceur de galets, galet qui saute, l'eau sur laquelle le galet lancé a ricoché.Dans l'Amérique, on devine tous le moment de notre propre individualité, au-delà de nos passés, de nos enracinements, de nos nostalgies, mêmes celles qui anticipent.Comme un étang devant un garçon muni de pierres, elle nous offre cette possibilité, nous invite à goûter aux plaisirs de l'individu émancipé du vieux carcan contraignant, moralisant, de ce que Marx appelait la contingence du monde féodal.On constate alors que l'Amérique n'est définitivement pas une société politique, mais bien un mode de vie.D'où son attrait immense pour un monde postmoderne dans lequel nous cherchons tous une manière de vivre, une disposition, une attitude, un statut dont l'élément essentiel est la représentation de soi.Cette contingence, littéralement et matériellement, attachait les gens aux places qui leur étaient assignées et continuait de le faire, sous une autre forme, pendant toute la période moderne.Pourtant, c'est dans cette même période, comme l'a si bien expliqué le philosophe Charles Taylor dans son livre Sources of the Self, que l'individu, en tant qu'idée et en tant que réalité, croissait, où les multiples dimensions de l'intériorité ont gagné droit de cité, au point où, aujourd'hui, malgré toutes les inconvenances et les angoisses que ce développement historique a entraînées, personne n'est prêt à abandonner cette intériorité.D'où l'attrait de l'Amérique, qui se présente forcément comme mode de vie et non pas comme Etat-nation.Mais comme cet attrait ne s'exerce pas sans conttecoups, on CITÉ LIBRE octobte-novembre 1992 6 hésite, on doute, on se demande si le ptix à payer n'est pas trop élevé.Et dans ce moment d'hésitation universelle, à ce point tournant que signale l'époque contemporaine, on se réfugie à l'occasion derrière les garde-fous qui sont déjà là, signes et rappels d'une autte manière de vivre, à laquelle on ne reviendra pas, mais source en même temps d'une résistance à ce qui se dessine parce que, vu de trop de côtés, de celui de la convention républicaine, par exemple, ça n'a pas d'allure.C'est là et c'est ainsi qu'on bénit le Canada, le Québec, la Fiance éternelle, Baudelaire qui, protestant contre l'américanisation du monde, déclarait que la «vraie civilisation n'est pas dans le gaz, ni dans la vapeur, ni dans les tables tournantes, elle est dans la diminution des traces du péché originel».LAmérique serait-elle une mer sur laquelle on peut faire ricocher des galets ?j'entends le sens social , des événements sutvenus à l'Université Concordia, non pas le ptemier ni assurément le dernier de ce type de violence insensée et gratuite?Qu'inventer pout qu'on s'occupe socialement de notte propre masse aveuglante et pesante, afin de laisser les individus libres de découvrir la vie, de reconnaître enfin leur dette envers ce monde qui les surplombe et qui leur réserve toujours des surprises, non pas en termes de rétributions pour des péchés auxquels leur propre nature les porte, mais en termes d'éblouissements terrifiants devant le fait que la vie c'est aussi cela, ce cela insolite, inattendu, de tien et de surcroît, qui a fait qu'Eve a tendu la pomme et qu'Adam l'a croquée?En Amérique, si on en croit les discours, on préfère remettre ce travail entre les mains de Dieu.Ailleurs, au Canada par exemple, on croit encore, un petit peu, à la politique.Est-ce possible qu'ici, plutôt qu'au sud du qua-rante-neuvième patallèle, l'Amérique trouvera enfin une réponse à sa propre promesse?& Mais déjà pour Baudelaire cette affirmation ne suffisait pas, sans patler de nous, cher lecteur et chère lectrice.Parce que nous voulons quand-même.Patce que nous désirons réaliser, accomplir un peu cette universalité que nous avons aperçue, sans renoncer à notre intériorité, à notre identité comme on dit aujourd'hui, à ce qui fait que nous sommes nous-mêmes et pas l'autre, forever young and forever distinct.Parce que nous ne voulons pas sacrifier notre peau pour un monde auquel nous ne croyons plus, Pat Buchanan nonobstant.En même temps nous ne pouvons pas nous passer du monde, de quelque chose au-delà de nous, qui nous civilise, nous rend humains.Et comme le monde révolu ne suffit pas, et que le monde actuel laisse peu d'espoir, nous nous trouvons entte l'enclume et le marteau, en ce lieu où l'individualité elle-même est menacée.Cette grande conquête de la modernité risque de s'éclipser non seulement devant la réaction mais aussi, et à long terme surtout, devant sa ttaduction dans les tetmes purs de la volonté de puissance.Ici je ne me réfère pas tant à l'individu qu'au monde.Comme l'écrivit Faulkner, ce n'est pas tant ses concupiscences et ses folies qui menacent l'humanité car, «elles ne lui font de mal que dans des citconstances isolées et individuelles».Le problème est plutôt «comment tenir tête à sa propre masse aveuglante et pesante».Que pouvons-nous faire pour que la consttuction d'un monde btaqué sur l'accomplissement et l'organisation technique ne devienne pas la raison d'être de la vie et celle de tous les individus qui la composent?Que faite pout que chaque êtte ne définisse pas sa vie par rapport à sa capacité de maîtriser l'ensemble de ses environnements extérieurs et intérieurs, économiques et psychologiques, parce que la société elle-même en est incapable, bien qu'elle se définisse par le fait qu'elle offre aux individus ce choix en grande partie illusoire, préparant ainsi le terrain où nous nous faisons beaucoup de mal?Comment comprendre auttement le sens, Vie Voçjel Mercredi 9 décembre 1 992 au Spectrum Soirée bénéfice pour Cité libre SOYEZ-Y CITÉ LIBRE o t lo b r e¦n o v e m b r e 1992 7 Sénat triple «R» ou sénat dans les airs ?Regard critique sur les propositions de réforme du sénat Angéline Fournier Avec en main les grandes lignes d'un accord constitutionnel autour duquel le consensus ne s'est pas fait sans douleur, la perspective d'un référendum national fin octobte, et la conscience très nette que d'un accord fragile dépend l'avenir du pays, il peut paraître présomptueux, voire dangeteux, de vouloir jeter un coup d'oeil critique sur l'avenir de nos institutions tel qu'on nous les propose.Notre première réaction ne serait-elle pas de dire : oui ! oui ! oui !, nous sommes d'accord, fermons les livres et passons à autre chose, aux vraies questions : la pauvreté, le système d'assistance sociale, l'éducation.Mais ce désir fondamental d'en arriver à une entente, et de voir le pays redémarrer doit-il nous retenir de jeter un coup d'oeil objectif sur les propositions constitutionnelles ?Une étude rapide du projet nous porte à croire qu'il n'y a ni grand gagnant, ni grand perdant, tout au plus une améliotation du statu quo avec la teconnaissance d'une place spéciale aux autochtones et aux minorités de langues officielles.Mais que doit-on attendre d'une entente conclue à l'unanimité par des Premiers Ministres qui doivent rendre des comptes à leurs électeurs ?C'est sans doute le prix à payer pour la démocratie : les choses évoluent lentement faute de changer radicalement, et les ententes sont suffisamment larges pour englober diverses opinions.Quant au Québec, il semble avoir plutôt renforcé sa position au sein de la fédétation canadienne, en officialisant ce qui était reconnu implicitement depuis plus de vingt ans, que, oui, sans l'ombte d'un doute, il est une «société distincte» au sein du Canada.C'est, à notte avis, le point fondamental de cette entente et certainement un pas en avant pour le Canada.Robert Bourassa a manoeuvré pour le mieux dans des conditions difficiles, soumis à des pressions qui venaient bien plus de l'intérieur du Québec que du reste du Canada.Mais peut-on en conclure que les gains ne sont que psychologiques, qu'ils ne justifient pas l'état d'urgence dans lequel nous vivons depuis trois ans, et que le processus de négociation dangereusement improvisé, nous fait ftôlet le désastre et rallume les passions séparatistes au Québec ?Je laisse au lecteur le soin de tirer ses propres conclusions.Ce qui me préoccupe aujourd'hui c'est l'être fade, hybride et sans colonne vertébrale, que deviendrait le sénat téformé.L'enjeu a certes été de taille : d'un accord sur le sénat dépendait un accord sur le reste.Mais on peut se demander si nous n'avons pas perdu le fil directeur de nos idées et nos points de repère fondamentaux sur ce que devrait être un sénat.Il faut donc revenir en arrière et s'interroger sur son rôle.Lorsqu'il a été ctéé en 1867, le sénat avait pour but essentiel de teptésenter les régions (et non pas les provinces).Avec quelques changements au fil des ans, l'on a donc maintenant 24 sénateurs par région : l'Est, l'Ouest, le Québec et l'Ontario, ainsi que 6 sénateurs pour Terre-Neuve et un par Territoire.Si le sénat n'est pas représentatif, c'est parce qu'il est nommé, plutôt qu'élu.Car qu'est-ce qu'un sénat ?C'est par essence une «chambre» de la pondération, un contrepoids à la Chambre basse d'un Parlement, dans le système de prise de décision législative.Tandis que dans la Chambre basse le nombre des députés est ptopottionnel au nombre d'habitants, et élu au suffrage universel direct, le sénat, lui, est génétalement élu au suf- omment peut-on imaginer que 6 sénateurs par province et 2 par territoire, soit 62 sénateurs pour plus de vingt-cinq millions d'habitants, puissent avoir un poids et une représentativité quelle qu'elle soit ?ftage indirect pour représenter des intérêts régionaux.Par un système qui varie selon les pays, il permet à un projet de loi de reprendre souffle et, une fois approuvé en lecture finale, de mieux représenter la volonté de la population.C'est un fusible démocratique.Le sénateur Maurice Riel, dans un mémoire fort intéressant ptésenté au sénat1, mettait l'accent sut les devoirs du sénat dont la règle devrait CITÉ LIBRE o c t o b r e•n o v e m b r e 1992 8 être les «trois R» : revue, révision, réflexion.«Le sénat, disait-il, doit être la conscience du Parlement sinon même du pays.Pour cela il faut une autorité morale».Contrepoids et représentativité sont donc les maîtres mots d'un sénat efficace.Si l'on faisait l'anatomie des propositions constitutionnelles sur le sénat, force nous est de constater qu'il y a du bon et du mauvais.Au positif, on peut mentionner l'idée d'avoir voulu abolir le système archaïque d'un sénat nommé et non représentatif.Le sénat élu est une bonne chose.À cela s'ajoute le fait qu'il est fondamental, dans un système de contrepoids, que le sénat ne bloque pas les institutions.Or, dans le modèle proposé, l'institution d'une séance conjointe entre le sénat et la Chambre, visant à provoquer un nouveau vote sur une loi refusée par une majorité de sénateurs, permet au système de fonctionner.Ceci mis à part, le sénat qu'on nous propose est une coquille quasiment vide de substance, car on ne lui donne Cohabiteront sous le même toit des sénateurs responsables devant une législature provinciale, et qui seront donc tentés de voter en bloc, et des sénateurs responsables devant les citoyens électeurs, qui voteront selon leur conscience.pas les moyens d'accomplir son mandat.Ainsi cette Chambre pâle, sans poids et sans pouvoir, s'annonce être le contraire de ce qu'elle devrait être : un pivot représentatif et démocratique.En effet, sa représentativité sera proche de nulle et son pouvoir d'action inexistant.Pour mettre un peu de perspective à nos propos, prenons l'exemple du sénat français, qui combine à la fois efficacité et représentativité.Ce dernier est élu au suffrage indirect (art.24 de la Constitution de 1958), par un «collège électoral» composé de représentants locaux choisis par les conseils municipaux et les conseils régionaux.Le nombre de délégués est inégal selon les «circonscriptions électorales», et proportionnel à la population.Le sénat français est élu pour neuf ans renouvelables par tiers tous les trois ans.Alain Poher, président du sénat,2 précise que ce système assure «une certaine continuité dans l'expression des variations de la volonté nationale.Ce mécanisme permet que les évolutions de l'opinion trouvent une expression à la fois prompte et sans à-coups au sein de la Haute Assemblée, assurant ainsi un contrepoids aux effets de «raz-de-marée» qui peuvent affecter les autres élections».Les lois doivent être votées par les deux Chambres et, en cas de désaccord, une «navette» s'établit, jusqu'à ce qu'amendé, le projet de loi obtienne les deux majorités.Mais, et en cela on se rapproche du nouveau système proposé, le gouvernement peut provoquer la réunion d'une «commission mixte paritaire».La ressemblance s'arrête là, puisque la commission, chargée d'établir un compromis, est composée de sept députés et de sept sénateurs.Si celui-ci fait défaut, le gouvernement peut provoquer un vote à l'Assemblée Nationale.Ce système, tout en donnant au sénat un pouvoir réel, empêche ce dernier de bloquer le fonctionnement des institutions, comme cela est bien souvent le cas aux États-Unis.Contrepoids efficace et représentativité régionale, voici les maîtres mots d'un sénat utile.Pour ce faire, il faut tout d'abord que le sénat ait un mandat suffisamment représentatif, ce qui est loin d'être le cas dans le nouveau projet.Si l'on avait gardé le concept initial du sénat, on aurait eu une égalité par région.Avec un mode d'élection adéquat, nos sénateurs auraient pu valablement défendre les intérêts régionaux.On nous propose donc de troquer nos 104 sénateurs pour 62, 6 par province et 2 par tenitoire, alors que parallèlement la population du Canada, dans son ensemble, a augmenté depuis 125 ans ! Les compromis, pour que vive une Confédération, il en faut, mais pas au prix de rendre le sénat impuissant ! Il va faire plutôt froid non, dans cette belle grande pièce du sénat à Ottawa.Comment peut-on imaginer que 6 sénateurs par province et 2 par territoire, soit 62 sénateurs pour plus de vingt-cinq millions d'habitants, puissent avoir un poids et une représentativité quelle qu'elle soit ?Comment peut-on imaginer que, dans une séance conjointe des deux Chambres du Parlement, pour un projet de loi ordinaire n'ayant pas obtenu la majorité au sénat, les 62 sénateurs puissent espérer influencer quoi que ce soit auprès des 337 députés ?ous me direz ensuite que l'on compense le faible nombre de sénateurs, dans les provinces peuplées, par un plus grand nombre de députés.Vous me direz sans doute que le sénat possédera un droit de veto (50 % plus un) sur tout projet de loi concernant les richesses naturelles, et d'un droit de veto suspensif sur les projets de loi concernant les dépenses et recettes fédérales, et que les projets de loi touchant la langue et la culture sont soumis à la double majorité du sénat et des sénateurs francophones ! C'est vrai.Mais d'une part, si le but ultime de la réforme du sénat est de permettre aux provinces de l'Ouest d'exercer un contrôle sur les lois concernant les richesses naturelles, et au Québec d'exercer un contrôle sur les lois concernant la culture et la langue, il serait peut-être plus simple d'annoncer la couleur, que d'organiser un système défiant l'imagination, visant à créer une Chambre haute sans pouvoir.D'autre part, il n'est pas sûr que les cinq sénateurs francophones du Québec (l'un des six sera probablement anglo-québécois), puissent obtenir des autres sénateurs francophones le soutien nécessaire pour éventuellement défaire une loi dans le système de double majorité.Et enfin, au tisque de me répéter, mais CITÉ LIBRE o c t o bie-n o v e m b i e 1992 9 on ne le dira jamais assez, comment seront déterminés ces «sénateurs francophones».' Vous me direz ensuite que l'on compense le faible nombre de sénateurs, dans les provinces peuplées, par un plus grand nombre de députés.En valeur absolue, chaque province va se retrouver en fin de compte avec le même nombre de représentants élus à Ottawa qu'auparavant, avec un minimum de 25 % de députés gatantis pout le Québec.C'est vrai, c'est un acquis pour un Québec, dont Ies propositions sur un sénat réformé prennent des bribes du système américain et des bribes du système britannique.Sans doute aurions-nous grandement gagné à nous inspirer du système français, comme le proposait le sénateur Riel.Ceci aurait permis au sénat d'allier légitimité, représentativité locale, et efficacité le taux de natalité est en baisse.Mais alors qu'adviendta-t-il du principe de représentation proportionnelle au nombre d'habitant ?Pourquoi, en outre, avoir gardé le sénat si, en fin de compte, tout est organisé pour que son pouvoir soit nul ?Pire encore quand on jette un coup d'oeil sut leur mode d'élection, on assiste à une abetration comme seul les compromis à la sauvette peuvent en produire.Bien que nous n'ayons pas tous les détails du mode d'élection, on sait déjà que, pour les sénateurs de l'extérieur du Québec, on parle d'élections au suffrage universel direct ! C'est ce qui s'appelle jouer dans les plates-bandes des députés, puisqu'ils dessetviront la même clientèle dans des frontières légèrement agrandies, avec le même électorat.Au Québec, les sénateuts seront nommés par l'Assemblée nationale.C'est un avantage pour le gouvernement québécois qui, par ce biais, aura une extension de son Assemblée à Ottawa, mais est-ce un avantage pour les citoyens eux-mêmes qui y perdront certainement en représentati- vité?On remplace le système actuel tant décrié (et à juste titre) de nomination par le Gouverneur général, par un système de patronage déguisé.Cohabiteront sous le même toit des sénateurs responsables devant une législature provinciale, et qui seront donc tentés de voter en bloc, et des sénateurs responsables devant les citoyens électeurs, qui voteront selon leur conscience.Je suis de ceux qui croient qu'un sénat élu et efficace est fondamental.Et même si l'égalité par province est plus discutable (cat elle devrait être au moins remplacée par une égalité par région), il est acceptable qu'elle ait pu faite l'objet d'un compromis.Mais il est inconcevable que ce compromis fasse en fin de compte du sénat une institution postiche et inutile, affaiblie et incapable de remplir son rôle de conttepoids et de représentativité, contrairement à tous les principes régissant l'institution démocratique qu'est le Parlement.Les propositions sur un sénat réformé prennent des btibes du système américain et des bribes du système britannique.Sans doute aurions-nous grandement gagné à nous inspirer du système fiançais, comme le proposait le sénateut Riel4 qui, de plus, a toujours été un ardent défen-seut d'un sénat élu par région.Ceci aurait permis au sénat d'allier légitimité, teprésentativité locale, et efficacité.Mais je voterai quand même «oui» à un référendum qui me demanderait si je suis pour ou contre l'entente.Je le ferai plus par amour du Canada, par conviction que le Québec s'est développé, continuera de s'épanouir et d'imptimet sa place au sein de la Confédération, par certitude que le Québec est indispensable au reste du Canada et vice-versa, que comme acquiescement au contenu des propositions.Et je continuerai à chérir le secret espoir qu'un jour nous prendrons le temps de nous doter d'un sénat fort, efficace, souple et diversifié, à qui sera donné les moyens nécessaires d'apporter sa contribution à l'édification de notre société.& NOTES 1.Débats du sénat, 22 juillet 1992, Comité mixte spécial sur le renouvellement du sénat.2.Pour mieux comprendre le sénat, de Alain Phoer, Documentation française.3.Sénateurs à vos plumes, Angéline Fournier, Cité Libre, mai et juin 1992.4 A l'heure où nous imprimons nous n'avons pas le texte définitif des propositions.Le jeudi 12 novembre 1992 Cité libre rencontre ses lecteurs Invité Roch Carrier Romancier, .mm eur Jrnmai iijuu vi indicateur Rl \-d-U iNI-MI.N'l S II RÉSERVATIONS (514) 527-7719 CITÉ LIBRE o c t o bie•n o v e m b r e 1992 10 Manitoba, 1890, ou le début de la fin du rêve canadien au Québec.Richard L'Heureux «la Confédération est la seconde étape sur la roule de l'anglifi-cation tracée par lord Durham.Il nous faut revenir entièrement et sans détour à la politique de M.Papineau.Protester de toutes nos forces contre le nouvel ordre des choses qui nous est imposé et user de l'influence qui nous reste pour demander et obtenir un gouvernement libre et séparé» — Wilfrid Laurier, 1867 «La force des choses est telle qu'en Amérique la langue anglaise sera toujours la langue du million; notre ambition à nous devrait être que la langue française, ici comme dans le reste du monde, fût la langue de prédilection, de la bonne compagnie, de la société polie.» — Wilfrid Laurier, 1884 «I! n'y a ici ni vdnqueurs, ni vaincus.Nous avons maintenant une Constitution sous l'égide de laquelle tous les sujets britanniques sont, à l'heure actuelle, dans une condition d'absolue égalité, jouissant de droits égaux dans tout domaine: langue, religion, propriété, droits personnels.» — John A.MacDonald, 1890 Un article paru dans le Cité libre de juillet-août évoquait comment avec la Confédération, ceux qui depuis 1660 se désignaient comme "Canadiens" en étaient venus graduellement à prendre leurs distances par rapport à cette identité.Nous rappelions ici un événement dont l'historien Mason Wade a déclaré qu'il devait inscrire dans la conscience des Canadiens (français) la conviction que le Québec était le seul territoire où ils pouvaient aspirer à un traitement équitable.En 1890, le Gouvernement du Manitoba, dirigé par le libéral Greenway, adoptait une loi qui faisait de l'anglais la (seule) langue officielle de cette province puis une autre qui établissait un système scolaire unique, supprimant ainsi le réseau des écoles catholiques (et françaises) des franco- Manitobains.Ces législations violaient l'Acte de l'Amérique du Nord britannique de 1867 et l'Acte du Manitoba de 1870 qui définissait les règles de l'accession du Manitoba au rang de province canadienne.' À cette époque, les querelles religieuses et linguistiques se font particulièrement virulentes, alimentées par les passions qu'ont soulevées la rébellion du Nord-Ouest, l'exécution de Louis Riel et, quelques années plus tard, la question des biens des Jésuites.En 1889, le premier ministre du Québec, Honoré Mercier, règle d'une façon inusitée ce vieux litige qui date de la conquête.Comme le gouvernement britannique de l'époque s'était approprié les biens des Jésuites, ceux-ci, à leur retour au pays, avaient demandé réparation.Toutefois, d'autres institutions religieuses affirment avoir droit à une partie des compensations demandées.Le problème est délicat et Mercier choisit d'avoir recours à l'arbitrage du Pape Léon XIII pour répartir les fonds votés entre les différentes parties.Cette solution est bien acceptée au Québec mais il en est tout autrement dans le reste du Canada.Le recours à l'arbitrage papal, même sur un point relativement mineur, soulèvera une vive réaction chez les anglo-protestants de l'Ontario.Aux Communes, le député conservateur O'Brien présente une motion qui amènerait le gouvernement fédéral à désavouer la loi de Mercier.La motion sera battue mais entretemps, la Equal Rights Association, dirigée par le député conservateur D'Alton McCarthy lancera une virulente campagne anti-française et anti-catholique qui embrasera l'Ontario et l'Ouest.Une déclaration de McCarthy donne le ton de cette campagne: «Nous sommes ici en pays britannique et plus nous nous hâterons d'angliciser les Canadiens français, de leur enseigner à parler l'anglais, moins nous aurons d'ennuis à surmonter dans l'avenir (avec) cette nationalité bâtarde.C'est maintenant que le scrutin doit apporter une solution à ce grave problème; s'il n'apporte pas le remède en cette génération,la génération suivante devra avoir recours à la baïonnette»2 Un premier résultat concret de cette campagne sera la soumission en Chambre par D'Alton McCarthy d'une mesure abolissant les droits du français dans les Tenitoites CITÉ LIBRE octobre-novembre 1992 11 du Nord-Ouest (incluant à l'époque ce qui allait devenir en 1905 la Saskatchewan et l'Alberta), administrés par le gouvernement fédéral.Une loi votée en 1875 par le Parlement protège la dualité linguistique dans les territoires.Devant la pression de la Equal Rights Association, le gouvernement conservateur appuiera une version amendée de la proposition McCarthy, laissant à l'Assemblée des Territoires la décision de choisir la langue de ses débats et de ses publications.Le chef de l'opposition libérale, Wilfrid Laurier, dont le parti avait pourtant voté en faveur de la loi de 1875, se rangera du côté du gouvernement.Les autres droits linguistiques, dont l'usage du français devant les tribunaux, seront maintenus.Il est clair que l'Assemblée des Territoires, majoritairement anglaise, a maintenant le champ libre pour retirer au français son statut de langue officielle.Le moins qu'on puisse dire c'est que Laurier ne s'est guère battu pour le maintien des droits linguistiques.Il perçoit le mouvement orangiste comme une menace non seulement pour les Canadiens français de l'Ontario et de l'Ouest mais pour ceux du Québec même, et il ne voit pas dans la Constitution un rampart suffisamment solide contre l'intolérance anti-catholique et anti-française.Sa perception des réalités de l'époque l'amène à privilégier l'autonomie provinciale en matière de droits linguistiques et scolaires: «Nous devons nous attendre à ce que, un jour ou l'autre, ce mouvement commencé ici se continue dans notre province.Qu'on n'oublie pas que si nous sommes prêts à appuyer le principe de l'autonomie locale dans les Territoires du Nord-Ouest, nous l'appuierons avec dix fois, cent fois plus d'énergie au cas d'une attaque dirigée contre notre province(.).Dans un temps donné, nous trouverons un château fort dans la position que nous allons prendre».3 L'attitude de Laurier équivalait à donner en pâture à l'intégtisme orangiste les droits des minotités canadiennes-françaises soi-disant pour mieux préserver la spécificité du Québec.Stratégie procédant d'une vision qui banalisait la Constitution et les droits qu'elle conférait.L'appétit du pouvoir et le besoin de maintenir l'unité de son parti ont dû largement influencer son choix.L'abandon du français comme langue officielle dans les Territoires du Nord-Ouest allait s'avérer une sorte d'exercice pour les grandes manoeuvres qui se préparaient au Manitoba.L'Acte de 1870 qui créait la province du Manitoba, garantissait les droits des écoles séparées.De même, il appliquait à la nouvelle province, les mêmes règles en matière de bilinguisme que celles s'appliquant au Québec: droit d'utiliser le français ou l'anglais en Chambre; rédaction des archives dans les deux langues : procès-verbaux et journaux des Chambres; publication des lois dans les deux langues; usage du français ou de l'anglais devant les tribunaux.À l'époque, la population du Manitoba était majoritairement francophone.L'afflux massif de colons en provenance de l'Ontario allait toutefois modifier rapidement l'équilibre politique, de sorte que l'élément français ne formait plus que 10 % de la population en 1890.C'est à ce moment que le gouvernement du Manitoba abolit l'usage du français comme langue officielle ainsi que les écoles séparées (catholiques et françaises), imposant un système d'écoles soi-disant neutres et anglaises à l'ensemble de la population.La communauté franco-manitobaine protestera contre ces deux lois mais au Québec, c'est l'abolition du réseau des écoles catholiques qui suscitera le plus d'opposition.Le gouvernement conservateur de John A.MacDonald refusera de désavouer la loi abolissant les écoles séparées par crainte des réactions de la majorité.Le recours aux tribunaux ne donnera pas plus de résultats: en 1892, le Conseil privé se limitera à réaffirmer les droits des gouvernements provinciaux à légiférer en matière d'éducation.Restait la possibilité pour le gouvernement fédéral d'adopter une loi pouvant remédier à la situation.Ce pouvoir fédéral, inscrit dans la constitution, sera confirmé par le Conseil privé en 1895.e moins qu'on puisse dire c'est que Laurier ne s'est guère battu pour le maintien des droits linguistiques.En mars de cette même année, un arrêté-en-conseil demande au gouvernement du Manitoba de rétablir les droits de la minorité catholique à ses écoles séparées, ce que celui-ci refusera de faire.En février 1896, le gouvernement conservateur, maintenant dirigé par Charles Tupper, dépose un projet de loi visant à rétablir les écoles séparées du Manitoba, invoquant la nécessité de respecter la Constitution.L'opposition libérale, toujours dirigée par Laurier, proposera un moratoire de six mois en prétextant le besoin d'analyser la question, sachant bien que l'expiration de son mandat obligerait le gouvernement à des élections avant la fin du moratoire proposé.La position de Laurier est volontairement ambiguë.Comme il l'a fait dans le cas des Territoires du Nord-Ouest, il privilégie une approche qui protège l'autonomie provinciale même s'il faut pour cela marcher sur des droits clairement inscrits dans la Constitution.Ambitieux et pragmatique, il ne voudrait pas laisser s'échapper le pouvoir en adoptant des positions de principe trop nettes.Entièrement voué à la construction d'un pays uni d'un océan à l'autre, il ne va pas sacrifier son but pour assurer le respect des droits linguistiques et scolaires.Tout en admettant que le français ait un statut de langue officielle aux communes, il voit l'anglais comme une langue mieux adaptée aux institutions canadiennes que le français.C'est aussi la langue du plus grand nombre.Même s'il reste attaché à ses origines, il voit le français comme une langue de culture, «des conversations polies, de la bonne société».Quant au catholicisme, sur ce plan, Laurier reste fidèle aux principes libéraux de sa jeunesse et garde ses distances vis-à-vis la puissante hiérarchie catholique qui domine le paysage politique du Québec.Pout ces raisons, CITÉ LIBRE octobre-novembre 1992 12 il ne se sent pas aussi personnellement engagé dans les quetelles scolaires que ses compatriotes canadiens-français et voit son tôle comme celui d'un arbitre devant désamorce! une ctise causée par la confrontation de visions extrêmes.Il se fera l'avocat d'une solution négociée avec le gouvernement du Manitoba.Seul le chef conservateur Charles Tupper aura conscience de l'obligation de res-pectet la Constitution mais son parti n'auta pas la cohésion nécessaire pour faire adoptet les mesutes qui s'imposent.Aux élections de 1896, le patti libéral est porté au pouvoir.Le Québec s'est rallié massivement à Laurier malgré le refus du chef libéral de se battre pour faire respecter la constitution au Manitoba et malgré l'opposition du clergé.Pour les électeurs canadiens-français, la possibilité d'élire l'un des leurs au poste de premier ministre pèse plus lourd dans la balance que la défense des droits linguistiques et scolaires des Franco-Manitobains.En 1896, le nouveau gouvernement libéral fera adopter l'accord Laurier-Greenway, qui prévoit que toute école de plus de 40 élèves (25 en zone rurale) aurait droit à un enseignant catholique.L'enseignement religieux sera confiné aux dernières trente minutes de la journée d'école.A l'intérieur d'une même école, tout groupe de plus de 10 élèves dont la langue maternelle n'est pas l'anglais aura droit à un enseignement «bilingue», droit accotdé à tous les groupes linguistiques.Bien sûr, dans les faits, le système soi-disant bilingue sera d'abord et avant tout un système anglais, où l'enseignement du français sera limité à moins d'une heute par jour.De plus, les communautés catholiques et francophones perdent le contrôle de leurs écoles, ce qui brime les possibilités de développement de la communauté franco-manitobaine.Gabrielle Roy a d'ailleurs très bien rendu, dans sa biographie La détresse et l'enchantement, l'atmosphère de clandestinité dans laquelle se donnait cet enseignement bilingue.La violation des droits constitutionnels des minorités, sanctionnée par le gouvernement du Canada, nourrira pendant des années les sentiments de méfiance et de suspicion envers un gouvernement central soumis à l'intolérance de la majorité.L'histoite allait se répéter avec les droits scolaires des minorités en Alberta, en Ontario ainsi qu'en Saskatchewan, dernière province à abolir l'enseignement en fiançais.Cet accord Laurier-Greenway devait s'avérer lourd de conséquences pour l'avenir de la nouvelle fédération.Il signifiait clairement que toute province (anglaise, à tout le moins) pouvait violet impunément les droits scolaites et linguistiques inscrits dans l'Acte de l'Amérique du Nord britannique .En ce sens, il confirmait les apptéhensions qu'avaient exprimées à l'époque un grand nombre de Canadiens (y compris le jeune Wilfrid Laurier), qui se méfiaient de cette nouvelle majorité politique qu'allait créer la Confédération.Ces droits avaient été une condition de l'adhésion du Bas-Canada au projet de confédéra-tkon, une sorte de rempart contre l'intolérance de la majorité.En l'occurrence, le refus par le Manitoba de respecter ces droits constituait un bris de contrat.L'accord Lautiet-Greenway, c'est l'affirmation de la prééminence de l'autonomie provinciale au détriment de la dualité canadienne.Il s'ensuivait que, dans ce Canada élargi ctéé par la Confédération, les droits linguistiques setaient intetptétés de façon différente, selon qu'ils s'appliquent aux minorités ftançaises et catholiques ou aux minorités anglaises et protestantes.Pour les Canadiens français, cela signifiait que seul leur poids politique pourrait dorénavant leur garantit le respect de leuts droits.Par conséquent, le tenforcement du pouvoir du gouvernement du Québec, le seul gouvernement qu'ils pouvaient conttôlet, devait logiquement devenir leur principal moyen de développement.Cette tendance n'a cessé de s'affirmer au coûts du 20e siècle, au point de constituer, à partir des années soixante, une gtave menace d'éclatement pour le système fédéral mis en place en 1867.Près d'un siècle plus tard, en 1976, le Franco-Manito-bain Georges Forest après avoir reçu une contravention rédigée en anglais seulement, défendra devant les tribunaux de sa province les droits au français que lui conférait l'Accotd du Manitoba de 1870.Une longue saga judiciaire s'ensuivra, qui le mènera jusqu'en Cour Suprême.En 1979, il réussira finalement, pat son courage et sa détetmination, à obtenir un jugement de la Cour Suprême annulant cette loi manitobaine de 1890 qui avait retiré au français son statut de langue officielle.Un renversement de situation, qui va à l'encontre du principe du respect de l'autonomie provinciale tel que suivi par Laurier et qui réaffirme l'inaliénabilité des droits inscrits dans la Constitution de 1867.Depuis, la Charte des droits et libertés adoptée en 1982 a apporté des changements importants par rapport aux règles instituées par la loi constitutionnelle de 1867.D'une part, les droits linguistiques ne sont plus étroitement liés aux droits confessionnels, ce qui enlève une bonne part de l'acrimonie qui caractérisait les débats d'il y a cent ans.Surtout que la Chatte des droits et libertés met les droits des minorités à l'abri du bon vouloir des majorités politiques, ce qui était le talon d'Achille de la loi constitutionnelle de 1867.Ces changements viennent-ils trop tatd?Ne setvent-ils qu'à prolonger un inexorable déclin des minorités françaises de l'Ouest ou bien contribueront-ils à une nouvelle entente?Cela reste à voir.4 & NOTES 1.11 faut retenir toutefois que déjà les provinces de Nouvelle-Ecosse, de l'lle-du-Prince-Edouard et du Nouveau-Brunswick avaient sévèrement testremt les droits scolaires des minorités acadiennes sans que le gouvernement intervienne.2.Bélanger, Réal.Wilfnd Laurier — Quarui la politique devient passion.Les Presses de l'Université Laval / Les entreprises Radio-Canada, 1986.3.op.cit.4.Sources: Bélanger, Réal.Wilfnd Laurier — Quand la politique devient passion.Les Presses de l'Université Laval / Les entreprises Radio-Canada, 1986.— Bruchési, Jean.Histoire du Canada, éd.Beauchemin, 1959.— Schull, Joseph.Laurier - The First Canadian.MacMiUan of Canada.1965.— Wade Mason, The Frencfi-Canodians / 760 -1967.Tomes 1 et 11.Lautentian Library.CITÉ LIBRE o c t o b ( e - n o v e m b r e 1992 13 RÉFÉRENDUM Oui ! Alors, cher lecteur et chère lectrice, il faut se prononcer sur l'accord constitutionnel.Eh bien, la téponse, me semble-t-il, est simple.«Oui».Pas «oui mais», mais, «oui».Humble et modeste assentiment à un accord plein de défauts, mais somme toute assez raisonnable, typiquement canadien et typiquement postmoderne.Et là, cher lecteur et chète lectrice, que peut-on dire de plus?Que peut demander le peuple?Bien sûr, il ne manquera pas de gens prêts à sauter sur les divers alinéas qui ne leur plaisent pas.On a déjà vu dans les journaux les placards publicitaires de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal dénonçant l'accord comme un recul pour le Québec en matière de langue et ce, nonobstant l'affirmation du caractère distinct du Québec dans la Constitution qui est défini, entre autres, par une majorité parlant français.Faut-il être dyslexique, ou simplement méchant pour lire de travers de même?Et que dire de mon député du Bloc québécois m'affirmant, dans son bulletin parlementaire, que nous devrons nous donner la souveraineté afin de mettre de l'ordre, entre autres, dans la formation professionnelle?Elle est bonne, celle-là.Confondrait-il le débat constitutionnel avec le festival juste pour rire ?Il est certain, cher lecteur et chère lectrice, que cet accord n'est pas parfait, qu'il comprend même des éléments à nous faire hérisser les poils.Prenons, par exemple, la clause du début affirmant que les Canadiens sont attachés à l'égalité raciale et ethnique dans une société qui comprend des citoyens d'origines multiples dont la contribution à l'édification d'un Canada fort reflète la diversité culturelle et raciale.Affirmation fausse et stupide dans les termes mêmes.Affirmation choquante et scandaleuse lorsqu'on pense que le mot race n'a pas de sens autre que le terme désignant l'espèce humaine.Il est maintenant démontré, hors de tout doute, que le terme de race, entendu comme un mot désignant des espèces différentes au sein du genre humain, ne repose sur aucun fondement ?ovm\zz- vous être pmj£ ciaik nomr aux CITE LIBRE o 11 o b r e¦n o v e m b r e 1992 14 RÉFÉRENDUM scientifique.Qu'il y ait du tacisme, c'est évident.Or le racisme consiste justement à s'acharner à faire ce type de distinction entre groupes humains pour en déduire des politiques sociales.Il me semble qu'au vingtième siècle nous avons été en mesure de constater les catastrophes suscitées par cette façon de penser.Au point que nous ne voulons plus utiliser le mot race et certainement pas l'enchâsset dans la Constitution canadienne.Evidemment, l'intention de cette clause est justement d'empêchet la discrimination de type raciste dans notre société.Inconsciemment cependant, on emploie un vocabulaire qui donne un statut légal à une catégorie bidon, fumiste et néfaste.On pourrait en dire autant du mot «ethnique», qui assumeta dans cinquante ans le même statut douteux que le mot «race» aujourd'hui.Vous me dire:, peut-être, que l'emploi de tels tetmes est légalement justifié parce qu'ils réfèrent au sens courant de ces mots dans la vie quotidienne.Vous me tépon-drez également que cette clause est le reflet d'un compromis à la vision Filmon-Carstairs d'un Canada multi-culturel à la manitobaine, et que cet accord s'est bâti à partir de plusieurs offres d'achats et de ventes laborieusement négociées, comme on fait les choses de nos jouis.Je vous donneiai taison tout en demeurant horrifié et attristé de constater que nos dirigeants aient été inconscients au point de ne pas se donner la peine de tiouvet une autre manière de traduire ces soucis dans un langage politique convenable.(Eux qui ont fait bien attention de désignei les hommes et les femmes pat les tetmes suivants dans la clause Canada : «Canadians are committed to the equality of female and male persons » — «L'attachement des Canadiens au principe de l'égalité des personnes des deux sexes».) L'eussent-ils fait, ils autaient sans doute trouvé la tâche insutmontable et ils auraient ainsi dû admettre qu'il suffira de se fier à la Charte des droits et des libertés.Mais en bons postmodernes, ils se sont inclinés devant l'état de fait et ils ont mis cette clause dans l'accord.Cela m'embête, chef lecteur et chète lectrice.Pourtant, je voterai «oui».Parce que je me dis que les intentions sont correctes.Parce que la lecture de l'ensemble, comme la lecture de la clause Canada, m'indiquent que les gens qui ont négocié cet accord avaient le coeur à la bonne place et qu'ils ont conclu des ententes qui respectent les grands principes de la société contemporaine: un désir de promouvoir la liberté et l'égalité individuelles; une volonté de garder le Québec au sein de la Confédération canadienne en lui donnant des gatanties qu'il ne deviendra pas un ghetto impuissant et, à la longue, une minorité en voie de disparition; une détetmination à redresser les torts historique faits aux Autochtones sur une base raisonnable.Oui, raisonnable, cher lecteur et chère lectrice.C'est le mot-clé de cet accord.Ce n'est pas parfait.Ce n'est pas un pur produit de la rationalité légale qu'on associe à la modernité.Mais il reflète une tentative de faire quelque chose de raisonnable, ce qui n'est pas la même chose que tationnel.Apprendre à vivre raisonnablement, au lieu de vivre selon les canons rigides d'une morale bourgeoise ou utopique, c'est ça le vetsant positif de la postmodernité.De ce point de vue, l'accord constitutionnel est un pas dans la bonne direction.Ses faiblesses sont le reflet de nos faiblesses, mais sa conclusion dénote que malgré les faiblesses de l'esprit et de la chait, et en dépit des tendances à l'oeuvre dans la société pout rendre la vie encore plus difficile et potentiellement meuttrière, il est aussi possible que les gens acceptent d'être ô trop humains et raisonnables.Simplement raisonnables.Et simplement «oui».Pour ceux qui voteront «non» parce qu'ils veulent autre chose, qu'ils se souviennent que le dernier remaniement constitutionnel, la rapatriation de 1982, contenait la clause nonobstant.Ce qui n'a pas empêché depuis, beaucoup de groupes et d'individus de gagner leur cause en invoquant la Charte des droits et libertés enchâssée dans cette Constitution.Peut-être parce que les juges, comme les gens, demeurent encore un peu raisonnables.Soyons alors raisonnables.Votons «oui».Stephen Schecter Non mais ça va pas la tête! A-t-on petdu la raison?Je peux comprendre que les membres du Parti libéral disent oui à l'entente constitutionnelle uniquement pour flatter leut chef même si de nombreux points ne sont pas téglés, même si les textes juridiques n'existent pas, même si la Cour suprême du Canada devra en bout de ligne écrire cette constitution que nos politiciens ont peut de commettre.Si on est en politique, ce n'est pas pour défendre des idées mais pour lécher le cul de celui qui a plus de pouvoir dans l'espoir qu'un peu de cette gloire rejaillisse sur soi.Voilà pourquoi les Jean Allaire sont tares dans le paysage politique.Je peux comprendre que Gyslain Dufour, le fonctionnaire de service du Conseil du patronat, et Claude Beau-champ, l'ex-employé de Ttanscontinental, appuient l'entente.Il faut être bien mauvais homme d'affaires pour signer un conttat dont toutes les clauses ne sont pas écrites.Je comprends les Conservateurs d'être fiers de leur entente, eux qui ont eu la tentation d'abolir le statut bilingue du Canada.Ils ont réussi à créer un bantoustan francophone.Nous sommes passés du statut de peuple fondateur à celui de quatt de nation habitant une quelconque province.C'est la notion moderne de la réserve amérindienne.Chapeau bas messieurs les Conservateuts! Mais ce que je ne comprends pas, c'est toutes ces personnes qui vont voter oui mais.du bout des fesses car elles ont peur que leur non soit un oui à la souveraineté du CITÉ LIBRE o c t o b r e¦n o v e m b r e 1992 15 RÉFÉRENDUM Québec.A-t-on déjà entendu raisonnement plus tordu?En français, non c'est non, point final.Et ce n'est surtout pas oui.Pour l'amour de la Constitution, laissez de côté les analyses freudiennes du non-dit! Je vais dire non parce que le travail de nos trop chers politiciens a été bâclé, qu'il est incomplet et mal fait.Je vais dire non car je refuse d'être un quart de nation.La nouvelle entente consacre l'égalité entre l'Ile du Prince-Edouard, les Territoires du Nord-ouest et le Québec.Belle distinction! En tant que francophone, je veux que cette constitution me guarantisse une chose: que ma langue et ma culture puissent s'épanouir d'un océan à l'autre et qu'elles soient l'égale de l'autre.Dans le cas contraire: by by Canada, bonjour Québec.C'est une question de survie.Le Québec-Land proposé par tonton Robert et ses acolytes provinciaux manque de grandeur.Et que dire de cette clause de protection des minorités: pourquoi ne pas mettre les francophones hors-Québec et les anglo-Québécois sous la protection de Parcs Canada et de la loi sur les Espèces menacées: Un «non» signifiera que le statu quo est préférable à ce Canada bâtard et son bantoustan québécois concoctés par de piètres et veules premiers ministres.Le Canada actuel n'a pas été un cadre très propice aux francophones.Néanmoins, au prix d'efforts soutenus, les francophones du Québec ont pu prendre en main une bonne partie de leut destinée.Le nouvel accord constitutionnel ne présente aucun gain clair et précis pour risquer ce que nous avons acquis de peine et de misère dans le cadre de l'ancienne Constitution.À tout perdre, je préfère ne rien risquer.Eric Devlin Oui, Passons aux vrais problèmes Il nous faut voter «oui» lors du référendum du 26 octobre.Aussi imparfait soit-il, l'accord de Charlotte-town nous offre la meilleure chance, et peut-être la dernière chance, de remettre le Canada d'aplomb.Nous ne sommes ni comme les Britanniques, qui ont pu se passer d'une Constitution écrite, ni comme les Américains, pour lesquels la Constitution est un document sacro-saint, élevé sur un piédestal.Chez nous, la politique est bien l'art du possible.Car le fédéralisme canadien ressemble à une houleuse réunion de famille, où, assis autour de la table, nous cherchons tous à tirer la nappe constitutionnelle vers soi.Fait sans précédent dans notre histoire, l'entente de Charlottetown fait l'unanimité du gouvernement fédéral, de toutes les provinces ainsi que des nations autochtones.Elle a des chances d'être approuvée à la majorité par des Canadiens: un «oui» majoritaire nous montrerait à nous-mêmes ainsi qu'au monde entier, que nous avons retrouvé la volonté de bâtir le pays ensemble.Mais un «non» pourrait avoir des conséquences néfastes.Comment imaginer, dans le cas d'un échec de plus, que le premier ministre du Québec, M.Robert Bourassa, (sans parler de son successeur éventuel, M.Jacques Parizeau), ait la volonté de réouvrir le dossier constitutionnel, d'y investir un capital politique énorme, et, d'attendre que les autres provinces arrivent tranquillement à un nouvel accord?Faudrait-il attendre dix ans de plus, et en quoi cela serait-il bénéfique d'avoir un pays à toutes fins pratiques ingouvernable?Alors, anêtons d'invoquer le besoin d'un accord plus-que-parfait.La perfection est une qualité fuyante qui miroite quelque part dans le paradis des illusions à côté de l'utopie.La Constitution soviétique du temps de Staline était presque parfaite.En quoi cela a-t-il aidé les Soviétiques?Loin de moi la pensée de faire apparaître le spectre de l'effondrement du Canada.Voilà sans doute une tactique de chantage chère aux prophètes de malheur en manque de vrais arguments.Au Québec, le camp souverainiste du «non» n'invoque-t-il pas comme argument pour justifier le rejet de l'accord la disparition imminente de la langue française et du peuple québécois?Ni le Québec, ni le Canada ne vont disparaître du jour au lendemain.Depuis plus de vingt ans, je constate, incrédule, que le Canada, ce pays pacifique, tolérant, prospère et bien intentionné qui fait malgré tout l'envie du monde entier, préfère la querelle à la bonne entente, la stagnation à la croissance, le repli au défi.N'en déplaise à certains, je vois en la Loi constitutionnelle de 1982 une bombe à retardement, un cadeau empoisonné, une loi comportant elle-même de très graves lacunes, dont la clause nonobstant, et certaines parties sinon l'esprit même de la Charte des droits et libertés.La Constitution d'une fédération comme la nôtre est le résultat d'une multitude de compromis et il restera toujours des articles à amender.Nous voici à deux doigts de pouvoir réintégrer le Québec ou du moins son assemblée provinciale dans la grande famille canadienne.Ne ratons pas cette chance.Si je vote «oui» au référendum, c'est sans grand enthousiasme il est vrai.C'est plutôt dans l'espoir de voir le Canada en mesure de passer à autre chose, de se pencher sur ses vrais problèmes.George Tombs La proie pour l'ombre «La politique est l'art d'empêcher les gens de s'occuper de ce qui les regarde.» — Paul Valéry Partisan d'un fédéralisme théorique plus ou moins bien incarné par l'État canadien et antinationaliste de principe, devrais-je, le 26 octobte prochain, répondre «oui» à la question concoctée à l'épouvante par CITE LIBRE o c t o b t e • n o v e m b r e 1992 16 RÉFÉRENDUM les bozos qui sévissent actuellement à la Chambre des Communes?Toutes réflexions faites, et au risque d'en surprendre plusieurs, je ne le crois pas.Voici donc, cavalièrement esquissées, les taisons qui motivent mon attitude.D'abotd enclenché pour permettte au Québec de réintégrer, « dans l'honneur et l'enthousiasme», l'échiquiet politique canadien, le débat constitutionnel, après la débâcle de Meech, s'est transformé en un caphatnaùm de revendications débridées où l'enfantillage et l'esprit de chapelle occupaient le haut du pavé.L'entente intervenue le 28 août 1992 reflète bien l'allure de cette course au trésor: chacun s'en tite avec un bonbon, amer dans la plupart des cas, et les questions de fond qui étaient à l'origine du projet ont toutes été esquivées avec une élégance douteuse.Imprécis, incomplet, empreint d'une confusion sujette à faire se multiplie! les frictions entre les différents agents mis en cause, le document sur la base duquel se tiendra le référendum du 26 octobre est un torchon indigne d'être entériné par la population, tant canadienne que québécoise.Les naïfs qui y voient une occasion de mettre un terme au débat se mettent le doigt dans l'oeil.Les querelles juridiques se profilent à l'horizon et risquent de ctéer un climat qui fournira aux indépendantistes des atguments inespérés.Affirmer, comme le fait Btian Mul-roney, que les votants «non» sont les ennemis du Canada relève d'un aveuglement total.Si le Canada se résume à l'accord du 28 août, inutile d'insister.Il n'en vaut pas la peine.Dans le cadre de la série intitulée «Décision 92» que publie le magazine L'actualité depuis quelques mois, Gilles Matcotte écrivait ceci: « Un de ces jours, si l'indépendance ne se fait pas, il faudra bien, en quelque sorte, d'une certaine façon, dire oui au Canada.Sortir du chantage à la petite semaine, des «si» indéfiniment tépétés, de ce jeu de bascule qui nous a tenu lieu de politique depuis plus de trente ans.» (De l'utilité du Canada, 1er septembre 1992).Pourtant, paradoxalement, le 26 octobre, dire «oui» au Canada équivaudra à voter «non» au référendum.La bêtise érigée en système ne peut, et ne doit surtout pas, nous tenir lieu de Constitution.Louis Comellier Zut! Tant de choses à dire, mais par où commencer?Eh bien, voici: je n'aime pas la nouvelle entente constitutionnelle.Non, décidément, il n'y a tien dans cet accord que j'aime.Il me pue au nez, voilà, je l'ai dit.Cet accord va à l'encontre de toutes mes convictions et de tous mes principes de fédéraliste convaincu.Le sénat, moitié élu, moitié femmes, peut-être, en fait non, chaque province fera à sa guise; la société distincte soulève chez moi encore les mêmes indignations qu'à l'époque de Meech; et le gouvernement autochtone encore plus.L'union sociale — on n'appelle plus ça une Chatte — est si dépourvue de contenu et de force qu'elle a été réduite à une vraie farce; et les pouvoirs dévolus aux provinces réduiront certainement la matge de manoeuvre du gouvernement fédéral dans la mise sur pied de programmes nationaux.Je ne parlerai pas ici de tous ces éléments, je laisse la parole à ceux qui en savent plus.Je me limiterai à une question qui m'intéresse tout patticuliètement: la formation de la main d'oeuvre.L'accord prévoit donner la compétence exclusive en matière de formation et de perfectionnement de la main d'oeuvre aux provinces qui le désirent, tout en réservant au seul gouvernement fédétal le soutien du revenu et l'assurance chômage.Cette clause inciteta sans doute les provinces plus riches, comme la Colombie britannique, l'Albetta, l'Ontario et le Québec à s'en ptévaloit avec une «compensation adéquate» tandis que les autres provinces, qui dépendent du gouvernement fédéral dans ce domaine, n'auront pas les moyens de se le permettre.Cela créera des inégalités entre les provinces et le gouvernement fédétal ne sera plus en mesure d'intervenir dans ce dossier pour garantir à tous les Canadiens les mêmes ressources de formation et de perfectionnement.11 est d'autant plus absurde de séparer la formation des travailleurs du programme d'assurance chômage qu'il s'agit en gros de la même clientèle.Assutance chômage et formation professionnelle vont de pair En Suède pa! exemple, la plus grande partie des fonds alloués aux chômeurs sert à la formation de la main d'oeuvre ainsi qu'à d'autres mesures d'emploi.Au Canada par contre, le gouvernement fédéral auta consacré plus de vingt milliards de dollars à l'assurance chômage et ce, pour la seule annéel992.Or, seulement 10% de ce montant aura été destiné au financement des programmes de formation, tout le teste ayant été dépensé sous forme de prestation .Le programme d'assurance chômage canadien est l'un des plus passifs du monde.C'est dire si, avec la nouvelle entente, on laissera tomber toute réforme du programme d'assurance chômage au Canada.La mondialisation des matches créera, dans les années à venir, d'énormes distorsions structurelles auxquelles devront pallier des programmes de formation et d'aide aux ttavailleurs.Le traité de libre échange avec le Mexique contient semble-t-il une telle disposition.Or, au moment où le gouvernement a le plus besoin d'intervenir dans ce dossier, il se met dans l'incapacité de le taire.Malgré ma profonde opposition à cet accord, devrais-je votet «non» ?J'admets que les conséquences d'un «non» n'ont tien de téjouissant.On me le répète d'ailleurs tous les jours.Un rejet de l'accord mènerait à la tectudescence du mouvement souverainiste et, éventuellement, au morcellement du Canada.C'est du moins ce que voudtait nous faire croire Brian Mulroney.Mais personne ne s'est arrêté pout se demandet ce qui se passerait si le Québec était la seule province à refuser l'accord.Si l'on se fie aux sondages actuels (publiés durant la semaine du 7 septembre), il se pourrait que cela arrive.Quel dilemme.Monsieur Clark a pourtant dit que l'accord doit CITÉ LIBRE o c to b r e•n o v e m b r e 1992 17 RÉFÉRENDUM être approuvé par une majorité dans chacune des provinces.Si le Québec refuse, Brian Mulroney décidera-t-il d'amender quand même la Constitution, sans le consentement des Québécois ?Dans ce cas, Bourassa la signera-t-il ?On risque de se retrouver dans la même situation qu'en 1982, une Constitution sans la signature du Québec.Enfin, le gouvernement nous dit que nous devons résoudre cette sempiternelle crise constitutionnelle pour qu'il puisse s'occuper de l'économie.Quelle foutaise.Je ne vois pas comment la Constitution aurait pu à ce point empêcher le gouvernement d'agir.A ce que je sache, Michael Wilson a toujours trouvé le temps de nous concocter des budgets bourrés de coupures, de taxes et de hausses d'impôts.John Crow, lui non plus, n'avait pas besoin de la Constitution pour justifier sa politique monétaire restrictive.Les politiques fiscales et monétaires macro-économiques sont beaucoup plus déterminées par l'idéologie néo-conservatrice du gouvernement que par le débat constitutionnel.Bref, voilà un document qui rendra le Canada ingouvernable et suradministré.Dois-je voter «oui» pour la paix politique, et mettre de ce fait mes principes à la poubelle?Ou voterai-je «non»?Ça me tente, ça me tente bien gros, mais je pense aux conséquences.Une chose est claire, la stratégie du gouvernement me pue au nez elle aussi.Comment Clark et Mulroney arrivent-ils à me faire sentir coupable à ce point.Et si j'annulais mon bulletin de vote?Il faudrait, pour que cela ait un sens, qu'un bon nombre de mes compatriotes fassent de même.Zut! Louis-Philippe Rochon Le référendum du 26 octobre nous place devant un choix déchirant D'une part, nous avons devant nous une entente médiocre, pleine de trous et de dangers, dont les auteurs ne connaissent pas la portée.Le sénat, qui devait être aboli, survit comme concession coûteuse et inutile à des demandes régionales.Le principe d'égalité entre les citoyens, peut importe leur origine, est compromis par l'autonomie autochtone, une idée qui incarne les notions «politically correct» de notre époque et qui constituera sûrement une subvention permanente aux chefs et un péril constant pour les femmes et les dissidents autochtones.De plus, l'expression «droits collectifs» a trouvé une place dans la Constitution du pays, au détriment de tous les citoyens.Décidément, le statu quo vaut mieux que l'entente.D'autre part cependant, force est de constater que le rapport Allaire, cette proposition de démantèlement du Canada par étape, a été largement écarté.Les transferts de pouvoir semblent plutôt minimes et les champs de compétence, où ils se feront sont, à quelques exceptions près, déjà occupés par les provinces.Cet accord n'empêchera pas l'existence du gouvernement central fort dont nous avons besoin pour maintenir le pays ensemble.L'entente du Lac Meech laissait le règlement de cette question aux futurs négociateurs.Ne serait-ce que pour cette raison , la proposition devant nous est de loin préférable au Lac Meech.L'expression prétentieuse «société distincte» demeure dans le projet.Il est évident qu'aucune entente n'aurait pu être conclue sans elle.Cependant la définition de la société distincte et la mention du développement des minorités linguistiques crée une ambiguité qu'une Cour libérale pourrait utiliser pour favoriser l'ouverture d'esprit plutôt que le nationalisme.La formulation d'une entente est moins importante que l'atmosphère dans laquelle la Constitution sera interprétée dans l'avenir.Nous ne pouvons pas utiliser une constitution pour nous défendre en permanence contre les forces du nationalisme.Il était important de ne pas transférer trop de pouvoirs aux provinces parce que ceci aurait, tout de suite, eu un effet néfaste.Pour le reste, il faudra continuer de livrer une bataille farouche contre l'étroitesse d'esprit et le provincialisme dans le pays.Pour toutes ces raisons et avec beaucoup d'hésitations, j'ai décidé d'appuyer le «oui».Car, ce faisant, même si les dangers sont toujours là, il est possible d'envisager sinon une fin, du moins une longue interruption de la guerre constitutionnelle et par la suite une interprétation juridique plutôt minimaliste de l'autonomie autochtone et de la société distincte.Si nous sommes prudents et vigilants, le Canada va, à peu de choses près, toujours être comme avant.Une victoire du «non» par contre, mènerait à une nouvelle négociation qui aboutirait vraisemblablement à une entente beaucoup plus désastreuse en matière de partage des pouvoirs.Julius Grey Fausse question, mauvaise réponse ¦
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