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Dossiers "Vie ouvrière"
Dossiers « Vie ouvrière » est une revue mensuelle montréalaise d'animation sociale engagée pour la cause ouvrière qui a été publiée de 1974 à 1978. [...]
Dossiers « Vie ouvrière » est une revue mensuelle montréalaise d'animation sociale engagée dans le monde ouvrier. Publiée de 1974 à 1978, elle fait suite à Prêtres et laïcs (1967-1973). Dossiers « Vie ouvrière », initiative des oblats, est le fruit d'une collaboration entre le Centre de pastorale en milieu ouvrier, la Jeunesse ouvrière catholique et le Mouvement des travailleurs chrétiens. Inspirés par le marxisme et la théologie chrétienne de la libération, les rédacteurs de Dossiers « Vie ouvrière » incarnent une nouvelle gauche chrétienne qui compte participer aux combats de la classe ouvrière. Moins préoccupée par l'action pastorale que ses prédécesseures, la revue veut susciter et nourrir des engagements, chrétiens ou non, envers le monde ouvrier. Pour ce faire, Dossiers « Vie ouvrière » développe une solidarité étroite avec les différentes forces de gauche du Québec. La revue présente chaque mois un dossier couvrant de façon approfondie un sujet de préoccupation pour les militants du monde ouvrier. Elle procède par enquêtes, reportages et articles de fond. L'éventail des thèmes abordés au cours des années est vaste et témoigne de la vivacité du mouvement ouvrier catholique. Dossiers « Vie ouvrière » fait partie d'une longue série de publications incluant aussi le Bulletin des aumôniers des mouvements spécialisés d'Action catholique (1942-1947), L'Action catholique ouvrière (1951-1957), Prêtre d'aujourd'hui (1958-1966), Prêtres et laïcs (1967-1973), Vie ouvrière (1979-1990) et VO (1990-1997), qui, en fusionnant avec Les Carnets de VO (1996-1997), devient Recto verso (1997-2004). L'équipe de direction et de rédaction de Dossiers « Vie ouvrière » est composée, entre autres, de Jacques Lemay, Hubert Coutu, Jean Fortier, Lorenzo Lortie, Claude Lefebvre, Paul-Émile Charland, Rémi Parent, Pierre Viau et André Bolduc. BAUM, Gregory, « Catholicisme, sécularisation et gauchisme au Québec », Culture française d'Amérique, 1996, p. 105-120. VALLIÈRES, Pierre, « Le magazine de Vie ouvrière - 40e anniversaire - Troisième partie : les années 70 - L'utopie et l'institution », VO, no 232, septembre-octobre 1991, p. 12-14.
Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1974-1978
Contenu spécifique :
décembre 1978
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Prêtres et laïcs.
  • Successeur :
  • Vie ouvrière,
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Références

Dossiers "Vie ouvrière", 1978, Collections de BAnQ.

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La vie en usine ou homme- OSSIERS IE OUVRIÈRE" no 130 DOSSIERS 1VIE OUVRIÈRE':_________________ AU SERVICE DES MILITANTS CHRÉTIENS DU MONDE OUVRIER Comité de la rédaction Denise Gauthier, Robert Guimond, Raymond Levac, Guy Ménard, Jules Paradis Collaboration: Jeunesse Ouvrière Chrétienne (J.O.C.) Mouvement des Travailleurs Chrétiens (M.T.C) Centre de Pastorale en Milieu Ouvrier (C.P.M.O.) Paul-Émile Charland, rédacteur en chef Lucie Leboeuf, assistante à la rédaction et à la promotion Secrétariat: Liliane Lemay Abonnement: $9.00 pour un an Éditeur: Revue Vie Ouvrière Inc.Adresse: 1201, rue Visitation, Montréal, Canada, H2L 3B5 Téléphone: (514) 524-3561 Courrier de deuxième classe — Enregistrement no 0220 ISSN 0384-1146 Dépôt légal.Bibliothèque nationale du Québec Indexée dans le Répertoire analytique d'articles de revue du Québec (RADAR) Imprimerie Notre-Dame, Richelieu, Que. SO 111 lîiairC Décembre 1978 — Vol.XXVIII, n» 130 Editorial La vie en usine Paul-Émile Charland 578 Dossier Dans une usine de meubles La Rédaction 581 Comment on fait des bouteilles à Domglass Interview 591 La vie ouvrière à Lachute À l'usine de la C.I.L.Richard Demers 599 À l'usine Ayers (U.O.P.) Jacques 603 L'apprentissage de la lutte Une sœur en usine 607 ÉVÉNEMENTS OUVRIERS "Canada au travail": remèdes au chômage ou opération de "refroidissement social"?Françoise-R.Deroy-Pineau 613 FOI ET ENGAGEMENT Une Bonne Nouvelle pour qui?André Beauregard 622 Des chrétiens qui partagent la soif, et la colère, des Fées Collectif 625 Actualité L'avancée de l'Opposition Syndicale au Brésil Un travailleur brésilien 629 Le journal de la J.O.C.633 Tables de l'année 635 LtozLaL La vie en usine En sciences humaines, la méthode expérimentale, empirique, nous apprend à partir du vécu: c'est là qu'elles peuvent ensuite poursuivre leurs analyses, échafauder leurs hypothèses, élaborer les solutions et les remèdes.La vie, c'est le donné brut devant lequel les plus belles théories, comme les idéologies les plus brillantes, viennent butter constamment.C'est pourquoi on hésite à regarder la vie; on tente de la nier, de la ramener à nos schémas ou à nos préjugés.Parce que le regard sur la vie, sur le vécu, est menaçant pour notre sécurité, pour nos certitudes.La revue "Vie Ouvrière" poursuit son objectif qui est de faire connaître la vie des travailleurs.Nous avons tenté, cette année, de faire la lumière sur certains groupes moins connus: les employés d'entretien (no 121), les travailleurs immigrants (no 122), les employés de buanderie (no 124).Les vieux nous ont raconté leur vie de travailleurs (no 123), et des militants nous ont fait partager leurs luttes et leurs convictions profondes (no 128).Pour terminer cette année, nous avons voulu offrir à nos lecteurs quelques pages de "vie en usine".Les travailleurs se reconnaîtront sans doute parce qu'elles ont été écrites par certains d'entre eux.D'autres auront peine à le croire s'ils n'ont jamais mis le pied dans ce milieu.Pour les uns et les autres, ces pages voudraient être un miroir où l'on apprend à se mieux connaître.Difficulté du projet Demander à un travailleur de raconter sa vie en usine, c'est comme demander à quelqu'un de raconter un geste qui lui est devenu familier, qui fait partie de sa vie: un geste qui n'a plus de relief parce qu'il est devenu machinal, automatique.C'est pourquoi nous avons eu de la difficulté à réaliser notre projet: sur leur vie quotidienne, les travailleurs 578 étaient très peu loquaces.Mais cette absence de langage pour décrire leur travail est déjà un signe de son abrutissement.Ce que vous lirez ici de la vie en usine n'est donc pas un film sur le mode de production des meubles, des bouteilles, des explosifs, etc.Par leur silence, les travailleurs semblent nous dire: si vous voulez satisfaire votre curiosité à ce sujet, venez voir comment ça se passe.Ce n'était d'ailleurs pas là notre but.Une vue de l'intérieur La vie dans les usines se ressemble en bien des points, et c'est cela qui se dégage des différents témoignages recueillis.D'une usine à l'autre, que ce soit une petite entreprise ou une multinationale, ce que les travailleurs vivent actuellement peut se ramener à trois choses: et là-dessus ils sont intarissables.1 — L'insécurité d'emploi La menace de congédiement ou de fermeture pèse constamment sur les travailleurs d'usine.Et cela, avec la perspective d'une assurance-chômage diminuée et d'un taux de chômage à la hausse.Significative à ce sujet la réflexion d'un travailleur de la C.I.L.qui passe ses journées à manipuler des explosifs: "Aujourd'hui, tu es bien plus anxieux de savoir si tu vas garder ta job que de travailler dans les explosifs".2 — La pression de la production // faut produire, et produire toujours davantage: c'est la loi actuelle de l'industrie.Et pour cela, toutes sortes de moyens sont mis en œuvre, depuis le salaire au rendement jusqu'aux formes de chantage les plus raffinées.En plus de la fatigue physique, les travailleurs ont à subir une pression psychologique de tous les instants.3 — Le danger d'accidents L'anxiété causée par l'insécurité d'emploi, jointe à la pression de la production, augmentent le danger d'accidents au travail.Les équipements souvent vétustés, l'ignorance entretenue au sujet des maladies industrielles, font que la santé des travailleurs en usine est presque constamment exposée.579 Les témoignages recueillis viennent de travailleurs qui ont milité dans le syndicalisme: on les trouvera plus éveillés et plus combatifs.Mais pour quelques-uns qui en sont conscients, et qui expriment avec difficulté leur prise de conscience, combien d'autres pourraient se reconnaître dans cette réflexion d'un ouvrier de la Domglass: "Pour travailler ici, il faut être résigné et content".* * » Mais la résignation n'a qu'un temps: c'est alors la révolte qui gronde et qui éclate.Révolte des travailleurs d'usine, utilisés comme des outils; révolte des femmes, enfermées dans des rôles ou utilisées par les hommes.Seuls ceux qui ont le scandale facile pourront leur en faire reproche.La récente levée de boucliers autour de la pièce "Les fées ont soif" n'est pas sans nous faire penser au livre de Job, dans la Bible.Un homme brisé par la douleur qui s'en prend à Dieu tel qu'on le lui a toujours présenté.Trois amis qui lui reprochent ses blasphèmes, au nom de la tradition religieuse.Mais Dieu donne raison à Job sur ses censeurs.Et Job fit cette réponse à Yahvé: "Je ne te connaissais que par ouï-dire, mais maintenant mes yeux t'ont vu" (40, 5).Cette expérience de libération, avec ce qu'elle peut comporter de lutte et de souffrance, ne serait-elle pas le chemin privilégié pour rencontrer la vérité de Dieu: "Je sais, moi, que mon Défenseur est vivant et que Lui, le dernier, se lèvera sur la terre" (Job J9, 25).Paul-Émile Charland 580 jO>o±±Uz Dans une usine de meubles La Rédaction Ce pourrait être chez A.P.ou Victoriaville Furniture, Henderson, Vilas ou Princeville.Quelle que soit la "petite ou moyenne entreprise" on retrouve, dans leurs lignes de fond, le même pattern.Les différences proviendront de modalités locales ou personnelles, plus ou moins secondaires, qui ne modifieront que partiellement ce qu'on pourrait appeler le "régime des p.m.e.".1 — Identifier l'usine En l'occurrence, nous avons retiré de nos dossiers ce que les travailleurs de l'usine de meubles E.Thibault à Ste-Thérèse pouvaient bien vivre dans une journée.n'importe laquelle.Cette usine familiale, qui emploie d'une façon saisonnière, entre 60 et 120 travailleurs, a été acquise vers 1973 par un important holding canadien à dimension internationale: Warnock Hersey International Ltd.L'usine venait donc d'obtenir une promotion industrielle: de petite boutique artisanale (entreprise familiale), l'usine des réputés meubles Thibault devenait un des leviers d'une quasi-multinationale."Les Meubles Thibault Inc." prenait place parmi les 5 divisions de "Les Meubles Radisson", à son tour un des 5 ou 6 secteurs de Warnock H.I.L'entreprise familiale en était arrivée, semble-t-il, à des sommets de production avantageux proportionnellement à l'espace minimum occupé.Pour dépasser ces limites, il aurait fallu agrandir et réaménager: les nouveaux propriétaires en étudiaient le projet.En attendant, les travailleurs doivent répondre aux gourmandes ambitions de productivité dans la compression de locaux restreints et "surchargés".L'usine comprend 2 planchers d'installation: la cave où se trouvent la ligne de finition (paint shop), le rembourrage et l'expédition, puis, 581 l'étage (ou premier plancher) où s'exécutent la coupe du bois, le collage, le machinage des pièces en séries, et, à l'extrémité, le département de l'assemblage qui engouffre sa production dans une glissade vers la cave.Le vice-président exécutif de la Cie se trouve à diriger toutes les opérations dans l'usine.Puis, sous le gérant de la production, 5 contremaîtres dirigent les opérations de chacun des départements suivants: le machinage, l'assemblage, la finition (paint shop), le rembourrage et l'expédition.Soit dit en passant, faut pas penser que tous les contremaîtres sont des gars sympathiques ou des "experts" dans la direction des hommes autant que dans la connaissance technique.On se retrouve soit avec des diplômés qui ont peu et souvent pas de connaissances spécifiques, ou avec des ouvriers "promus" parce que possédant une certaine expérience technique, mais pas nécessairement préparés pour diriger des hommes.On raconte le cas d'un contremaître qui, après deux démonstrations du fonctionnement, sans explications, en disant "regarde-moi faire", retourne brusquement un apprenti en lui répondant: "Cela, on l'a ou on l'a pas.Va-t-en travailler dans la shed".Quant à eux, les "boss", ils aiment beaucoup mieux régler les problèmes de chacun en tête à tête, et les questions de salaires cas par cas.Cela leur permet d'être "généreux" avec les uns et "économiques" avec la plupart: ça ressemble à de la discrimination, non?Ce qui fait, au bout du compte, que des gens faisant le même travail n'auront pas nécessairement le même salaire.même si tout le monde trouve les salaires trop bas.En décembre '74, lorsque les gars ont commencé à réclamer une indexation, la Cie a répondu avec une nouvelle classification de salaires qu'elle déclarait incorrecte.Alors, certains n'ont rien eu, la plupart ont eu entre $1.05 et .50 d'ajustement au lieu d'une indexation.2 — Processus de production: relations de travail Le travail doit commencer à 7 heures.Je connais un copain qui vient de Montréal, il part à 5 heures pour prendre l'autobus et le métro en ville, puis l'autobus Laval.Il arrive autour de 6.45 heures.Il est frappant de voir un nombre assez considérable de travailleurs arriver 15 à 20 minutes avant l'heure, se ramasser dans la salle de la poinçonnerie ou à la cafétéria pour fumer une cigarette.Souvent, encore engourdis, 582 ils gardent un grave silence.Parfois enjoués, ils remplissent l'attente avec des "jasettes", des "jokes" ou même des espiègleries de collégiens.Ces gens matinaux ne sont certes pas, en majorité, les plus jeunes! "Moi, j'arrive 5 à 10 minutes avant l'heure et je m'enfonce dans l'escalier de la cave.vers la "cafétéria".Tu n'as pas quitté la dernière marche que déjà les odeurs de 'thinner, laquer et teinture", emprisonnées dans un édifice bâillonné pour la nuit t'assaillent aux yeux, au nez ou à la gorge.C'est le bonjour du métier qui t'émeut quotidiennement presque jusqu'aux larmes! Les vieux ont fini par perdre leur "émotivité".ou simplement à l'étouffer.On compte principalement sur les aspirateurs au-dessus des fusils à peinturer, près des fenêtres, pour évacuer la pollution de toute la cave.Vous comprenez."C'est un bon système" qu'on avait.tout de même on parlait d'améliorer cela quand la situation des ventes se sera améliorée.Et comme le meuble est "toujours" en crise, alors, à quand?Quand 7 heures sonnent.ou plutôt avant que l'heure sonne, on aurait dû déjà s'être dirigé à son poste pour commencer à travailler dès que ça sonne.Malgré les rappels des boss, les "écoliers peu dociles" continuent à penser que le temps de se rendre à son poste fait partie du travail et non pas du repos! La pression du bonus En haut, au machinage, chacun travaille "pour nourrir sa machine".et pour "son" propre bonus personnel.avec prime au rendement personnel.Même si le rendement au-dessus de l'allure normale n'est pas obligatoire d'après la convention, vous pouvez être assurés que, du contremaître en montant, vous serez mal vus si vous ne dépassez pas la norme.Et on usera de toutes sortes de trucs pour vous déplacer.ou même vous remplacer.Gare à vous si vous n'avez pas encore acquis votre sécurité d'emploi! En tout cas, ce maudit bonus, attrayant pour certains travailleurs surtout plus jeunes et exaspérant pour un grand nombre surtout plus âgés, suscite et alimente une sorte de rivalité jamais féconde pour l'unité des travailleurs mais toujours largement avantageuse aux "profits" de l'entreprise et du capital.Qu'en est-il de ce régime de bonus?Voici ce qu'en dit un ancien: "Le plus gros problème des travailleurs, surtout dans l'industrie du meu- 583 ble, c'est que le travailleur doit aller vite et vite pour un salaire très bas.C'est pourquoi ils sont continuellement sur une tension nerveuse." "Pour commencer, les "timeurs" se servent du chronomètre pour "timer" le travailleur.Il s'installe près du gars et il chronomètre le temps que ça prend pour faire son travail et ensuite il se base sur 100 pièces.Les "timeurs", avec les patrons, se serviront de ce temps-là pour établir le taux qu'il faut prendre pour ce genre de pièces, taux qui apparaîtront sur les feuilles de route ou feuilles de commande.Il y a des taux qui sont assez justes, mais il y a aussi des taux qui sont trop bas.Et les jobs avec des mauvais taux mangent tout le bonus que peut faire gagner une job avec un bon taux"."Comme le bonus est hebdomadaire, les mauvais taux dévorent les bons taux"."Pourquoi n'aurions-nous pas le bonus à la journée?Moins avantageux pour le patron, bien sûr." En bas, le travail est "à la chaîne" avec bonus collectif: on aura un bonus réparti aux travailleurs directs sur la chaîne, chaque fois qu'on sortira plus de $10,000.par jour.Le travail à la chaîne Travailler à la chaîne ce n'est pas seulement travailler en série, comme ceux du machinage, en haut, qui travaillent à la pièce et seuls sur leur machine.Travailler à la chaîne, c'est à la fois travailler en série et à la fois travailler à plusieurs sur la finition du même produit.L'opération commence avec celui qui transporte (ou glisse sur un parcours d'une quarantaine de pieds, peut-être), les meubles qui lui ont été envoyés dans une glissade par l'assemblage.Il doit monter les meubles sur des palettes munies d'une roulette à billes qui s'insère dans un rail à environ 15 pouces du sol.Juste à la hauteur où ça fait si mal quand on se cogne la jambe! Sur différentes dimensions de palettes seront installés une table, ou 2 chaises, un buffet ou un divan, etc.Si, par malheur, au départ, un meuble s'est frappé contre un autre à l'insu, par négligence ou par impatience.ce ne sera que plus loin dans le processus qu'on devrait s'en apercevoir et y remédier.Voilà, déjà signalée, l'interdépendance dans la production.Nous en reparlerons.Vient ensuite le peintre qui, au fusil, répand une véritable douche de teinture ou d'huile.Les savants n'ont peut-être pas encore inventé un instrument pour savoir si le fusil lance plus de teinture sur les meubles ou dans 584 les airs! Il y a un fait, c'est qu'il y en a une bonne partie qui envahit l'air environnant malgré le "bon" fan qui aspire ce qu'il peut.On doit, malgré tout, gratter et nettoyer, presque toutes les semaines, la sorte de cage qui circonscrit le coin.Viennent ensuite 2 essuyeurs dont la tâche est d'homogénéiser la couleur en essuyant le surplus déposé sur les meubles.Tâche extrêmement monotone, sale, dans des émanations fortes ou le brouillard plus ou moins dense qui finit par les rejoindre.Est-ce par hasard?.ce sont des portugais qui occupent ces trois postes! À une vingtaine de pieds plus loin, intervient une première inspection, pour vérifier si des oublis ne se sont pas glissés, pour contrôler et corriger la teinte, pour effectuer des enluminures ou autres décorations.Déjà, on détecte là des défauts de confection, d'assemblage ou de manutention, qui exigent que l'inspecteur corrige lui-même ou encore retourne la pièce.Le volume de travail est incontrôlable.Si, par exemple, on pressionne le processus pour en accélérer la quantité, il s'en suivra une diminution inévitable dans la qualité: le machinage et le sablage initial des pièces sont moins bien réussis, les précautions dans la manutention et le transport "manuel" sont réduites.l'inspecteur devant la quantité accrue et la qualité diminuée ne peut se laisser enterrer ni devenir un bec d'entonnoir, il doit forcément réduire les normes et laisser à d'autres, après lui, la surcharge de réparer ce qu'il n'a pu corriger; avec l'inconvénient supplémentaire qu'une première couche de "laquer" aura été ajoutée et rendra un peu plus délicate l'opération de correction.On comprend un peu mieux le dicton, dont sont convaincus les bons ouvriers: "quantité et qualité vont difficilement ensemble".Après l'inspecteur de teinture, les meubles passent au "gun" pour recevoir une sorte de fixatif ("toner"); puis à 3 ou 4 sableurs à la main.C'est peut-être pas très forçant mais c'est pour le moins assez monotone ou même déprimant dans ce climat où on se fait pousser dans le.Suit une autre fusillade pour une première couche de "laquer".À la sortie du premier four à séchage, nouveau sablage et nouvelle inspection avant la couche finale d'où les meubles partiront pour entrer au deuxième four à séchage.Je vous laisse imaginer ce qui peut se passer dans un groupe de 6 à 8 travailleurs installés dans une sorte de corridor de cave (8 par 8), situé entre deux fours, en train de sabler à la main, de souffler la poussière, 585 de réparer des "pocks" au fusil électrique, d'inspecter et de corriger des failles souvent produites suite à l'accélération du processus par un "foreman" qui vous talonne.(lui-même talonné d'ailleurs par le $10,000.minimum par jour à sortir).Êtes-vous capable de vous mettre dans la peau d'un homme peu initié ou même d'un habitué, pendant une journée de 9 heures en juillet ou septembre, ou lorsque des mésententes surviennent entre travailleurs sur la chaîne ou encore avec les "boss"?Ou tout simplement quand vous êtes un peu fatigué?Pas surprenant de trouver qu'il y a pas mal de "turn over" dans le personnel.La chaîne du dernier four est "timée".on peut en contrôler la vitesse du débit.selon les besoins du séchage mais aussi selon les possibilités du dernier inspecteur avant l'emballage.On a vu le gérant de production venir "régler le cadran" et nous défendre d'y toucher.pas longtemps après apparaissait l'un des travailleurs affectés, pour s'enquérir des causes de ce qui lui arrivait.Peu de temps après ce gars-là disparaissait.Faut aller dîner.Personne ne doit quitter son poste avant la cloche, sauf ceux qui sont à la teinture qui ont 10 minutes pour se nettoyer.Si des tâches se terminent 3 ou 4 minutes avant la cloche.qui de vous serait tellement zélé pour en commencer une autre?On a 1 heure pour dîner.Beaucoup vont chez eux; quelques-uns vont au restaurant ou demeurent à l'usine, ceux surtout qui viennent de St-Jérôme, Montréal, ou des environs.3 — Conditions de travail Vous me demandez ce qui se passe au niveau de la sécurité et de la santé."Au moment où je vous parle, il n'y a pas encore de système de lumière d'urgence dans la cave encombrée de piliers, de meubles, d'établis ou de rails qui serpentent au travers de tout cela.Le courant a déjà manqué et nous avons dû sortir à tâtons grâce aux lueurs qui perçaient au travers des carreaux de cave.Appelés à sortir d'urgence de ce trou-là, à la noirceur, on a le temps de se casser les jambes et de s'assommer dix fois avant d'en sortir.Et puis, les règlements industriels du gouvernement exigent qu'une "paint shop" soit à l'étage plus élevé.chez nous, elle se trouve dans la cave." Il ne faudrait pas qu'un des nombreux "drums" derrière une porte coupe-feu fasse des siennes! "En 586 haut, ce n'est pas trop pire, sauf dans la section du sablage où, malgré les aspirateurs, il y a bien quelques brumes dans l'air.Au machinage, par contre, on défonce le seuil des décibels.et les principaux affectés ont eu peine à se faire dédommager pour le temps nécessité par les examens de l'ouïe requis par des enquêteurs de la CAT.Les gars, aussi, se préoccupent assez peu de porter des protecteurs qui sont à la disposition des opérateurs de "planneurs".Mais, d'où peut bien venir cette sorte de mépris personnel chez les travailleurs?Il y a bien un comité de sécurité, composé de représentants patronal et syndicaux mais les gars ne voient pas souvent de rapport de leurs réunions régulières.Si ce n'est que les boss essaient bien de réprimander le peu de soin, de réclamer de "ne pas jeter ses mégots dans les urinoires p.c.q.chez vous on ne pisse pas dans les cendriers".mais à quoi ça rime ces reproches, quand à la source on traite les travailleurs comme une "chose" de plus dans ce fouilli.La Cie a fini par installer des lumières de secours, à peinturer des lignes jaunes sur le plancher.Ces "attentions" sont vite ridiculisées par les travailleurs quand on les situe dans un climat d'ensemble où leur respectabilité passe après les $10,000.On aura beau nous dire en hauts lieux que ce respect dépend justement de ces dollars.les travailleurs ont le droit et peut-être autant raison de penser que leur production dépend avant tout de leur dignité propre.Le "break" sonne.Même si durant le "break" de 10 (aujourd'hui de 12) minutes, on résiste à parler du travail, c'est quand même là que tout se commente.C'est là que j'ai entendu "chiâler" contre les patrons et le syndicat; c'est dans les petits caucus de mécontents que de temps en temps se gonflaient les discours de maraudage, mais le ballon ne durait pas plus longtemps que le son de la cloche qui nous rappelle à l'ouvrage.4 — Organisation ouvrière Avant de terminer, faudrait bien causer sur la question de ce que représente l'organisation syndicale dans une journée ordinaire des travailleurs.Des explications préalables sur la sorte d'organisation et de fonctionnement: Nous avons l'organisation d'un"local composé" (local 388) de l'Union Internationale des Rembourreurs (U.I.R.).Local "composé" veut dire plusieurs usines sous la même unité d'accréditation; effective- 587 ment, le local 388 couvre près d'une douzaine d'entreprises sur un territoire qui peut s'étendre depuis Laval, Terrebonne jusqu'au nord de St-Jérôme en revenant à Ste-Thérèse où se trouve la plus forte concentration d'usines syndiqués à ce local: Opus, Thibault, Lesage, Willis, Commonwealth Plywood, Foyer Drapeau.Un seul exécutif syndical pour toutes ces usines, avec des "mini-exécutifs" ou délégués dans chacune des usines.Chez nous, nous avons 3 représentants syndicaux constituant une sorte de sous-exécutif interne; ils sont à la fois délégués de département.2 pour en haut et 1 pour en bas.À l'époque, un des représentants est en même temps secrétaire du local.Qu'est-ce que ça donne au jour le jour?Si un problème se passe dans l'usine, les officiers n'osent que peu ou pas résoudre les problèmes sans s'en référer à des instances extérieures à l'usine, à savoir: l'agent d'affaire ou encore le président qui, dans la pratique pour nous, était la même personne.Alors, ce type d'organisation favorise une forte dépendance par rapport à des "experts" hors de l'usine et repose considérablement sur la "personnalité" des hauts officiers, fonctionnaires du syndicat.Dans ce contexte, on comprend le témoignage suivant: "Voilà ce que j'en pense: entre le syndicat et le syndiqué, il y a une grosse différence et surtout entre ce que veulent les syndiqués et ce que veut notre chef syndical.Et nous là-dedans?On se fait endormir et on se fait chanter la pomme par ce chef-là.Et si par volonté on veut se défendre, on se fait fermer la bouche; et si on insiste un peu, on se fait sortir de l'assemblée.Exemple: Quand vient le temps de renouveler la convention collective, si on a le bonheur de faire des suggestions qui ne sont pas dans la ligne de notre chef syndical, il nous traite de niaiseux et si on n'en fait pas, il nous traite de poule mouillée.Il faudrait bien qu'il nous dise un jour quel rôle il joue comme permanent syndical?Entre les travailleurs et le patron, de quel côté est-il?" La passivité des travailleurs Si les officiers ne font pas des efforts particuliers pour intégrer les différentes unités de base, et d'après le témoignage on s'aperçoit que c'est le contraire qui arrive chez nous, toutes les conditions sont en place pour une "passivité" à la base qui se change facilement en mécontentement refoulé et en méfiance contre notre "propre organisation".Faiblesse facilement exploitée par les patrons eux-mêmes qui 588 l'utilisent pour accroître le discrédit contre le syndicalisme.Pas surprenant alors qu'aux assemblées on ne se retrouve pas plus de 20 à 40 personnes, ordinairement, presque toujours les mêmes.Quand le mécontentement bouillonne en sourdine, c'est alors qu'on entend des groupes "rêver" au maraudage ou "menacer" verbalement de changer d'officier.Mais, lorsqu'arrivent les élections, personne n'est disponible sinon ceux que la direction a pointés et qu'on élit à la course ou à l'unanimité sans s'être véritablement engagé dans un "choix personnel".Passivement, on continue d'accepter les propositions de ceux qu'on disait vouloir changer.C'est comme cela que ça se passe chez nous et c'est comme cela qu'on sabote sa propre organisation de défense: le syndicalisme.Pour le reste, la "longue expérience" des vieux se charge de refroidir les ardeurs des jeunes ou des idéalistes "croyant toujours dans la force syndicale comme seul moyen de défendre les travailleurs." Quant aux griefs, ni la compagnie ni les officiers syndicaux ne semblent intéressés à les mener à l'arbitrage.Cependant, en septembre 1973, il y eut séance arbitrale dans l'affaire d'un employé très qualifié qui, furieux contre le système de bonus, aurait protesté par un ralentissement de travail.On l'avait d'abord puni par une suspension d'une journée.À son retour au travail, le lendemain, on l'a remercié de ses services.L'affaire est allée en arbitrage.Le verdict final de l'arbitre: "L'arbitre soussigné considère que la décision de l'employeur de suspendre le plaignant le 19 juillet 1973 constituait la sanction pour les motifs énoncés sur l'avis du 18 juillet 1973 (c-1) et que subséquemment l'employeur ne pouvait pas imposer une deuxième sanction pour les mêmes motifs surtout en vue du fait que la sanction du 19 juillet était subséquente au "dernier avertissement" du mois de septembre 1972.En ce qui concerne l'offre de l'employeur de transférer le plaignant dans d'autres départements, l'arbitre considère que ce transfert aurait été contraire aux dispositions de l'article 6 de la convention collective de travail".La hâte de partir Il est 16.58 heures; je ne sais par quel "hasard", le gérant de production se retrouve dans l'atelier et ne se rencontre-t-il pas avec 2 ou 3 jeunes déjà rendus au pied de l'escalier, prêts à sortir au plus sacrant 589 de ce trou infernal.Il se devait, selon lui, de réprimander (sûrement pas avec des gants blancs), ces enfants indociles qui ont dû arrêter avant l'heure et qui ont dû quitter leur poste avant le son de la cloche.C'était peut-être sa manière de dire au revoir et merci?En tout cas, ils ont dû retourner à leur place, quitte à revenir à la course, à peine arrivés.En tout cas, il n'y en a pas beaucoup qui traînent ou prennent leur temps.S'il n'y a pas de bousculade, ou presque, on essaie tout de même d'en sortir au plus vite.est-ce vraiment parce qu'on y était heureux et satisfaits?En partant, je lance un salut au copain qui repart pour Montréal.il n'avait pas accepté, ce soir-là, de faire du temps supplémentaire jusqu'à 21 heures.Si je le comprends! Et penses-tu qu'ils ne doivent pas me regarder un peu de travers, moi qui demeure sur place et n'accepte que rarement de faire du temps supplémentaire?Demain, il faudra bien reprendre à 7 heures encore la même vie.jusqu'à vendredi soir.Alors ça vaut bien une "bière" ou une "botte"! Ou bien comme cet autre qui dit se "permettre de regarder la vie en couleur, à crédit, en fin de semaine, après l'avoir vécue en noir et blanc toute la semaine".Pourquoi ne pas voir là autant de moyens d'oublier, pour reprendre avec un peu moins de conscience, la routine du lundi?Ainsi, même ton repos se met au service de la production: c'est pour pouvoir continuer à produire toujours un peu plus de profits et un peu plus longtemps! Qu'en pensez-vous?La "production" est-elle faite pour grandir le travailleur ou si c'est le travailleur pour la production.Et la production de quoi.pour qui?Note — L'anonymat demandé par plusieurs auteurs et par les travailleurs interviewés dans ce dossier est un signe de la difficulté qu'ils éprouvent actuellement à parler, par crainte de perdre leur emploi.Cela est arrivé effectivement à une ouvrière du vêtement qui avait participé au dossier que nous avions fait.590 Comment on fait des bouteilles La vie à Domglass Tous les bocaux de vitre dans ta maison, au magasin, sauf la vaisselle, on fabrique ça: liqueurs, pharmacie, nourriture de bébé, marinades, etc.L'usine fonctionne sept jours par semaine, 24 heures par jour.L'été, elle ferme 2 semaines pour les vacances.Domglass est à Pointe-St-Charles depuis 1913.Certains travailleurs de 70 ans et plus, ont près de 49 ans d'ancienneté.Pour ma part, j'ai franchi le cap des 25 ans à Domglass.À mes débuts, je travaillais 7 jours par semaine, jamais de "journée off": la production arrêtait, mais pas les fournaises.Tous les chauffeurs de fournaise travaillaient 7 jours, pas de remplaçant.C'était en 1952, et les travailleurs ne revendiquaient pas; j'étais le plus jeune, et les vieux avaient l'habitude du travail dur.La gloire de ce temps-là c'était d'être traité de "travaillant".Il suffisait au contremaître de dire: "Une réparation nécessaire au four, tout le monde travaille ce soir".Et ça y était — pas de protestation.Un peu plus tard, on a eu un remplaçant, une journée par trois semaines, le samedi: le gars remplaçait l'équipe de jour.Le travail à Domglass Pour fabriquer du verre il faut du sable, du soda, de la chaux, de la pierre moulue auxquels on ajoute du verre concassé acheté aux récupérateurs ou provenant du produit manqué.Interview réalisé par Lucie Leboeuf auprès d'ouvriers de la compagnie.591 Ces matières premières arrivent par camion ou wagon et sont placées dans des silos.Puis ces matières sont pesées, envoyées dans les fours et chauffé à plus de 2800 degrés.Cette lave en fusion tombe ensuite dans des moules (forming), pour être enfin refroidie.Les bocaux sont sélectionnés (packing) puis empaquetés et expédiés.La Domglass fonctionne maintenant, pour la production, sur une base de sept jours et le système du swing-shift.Et cela, avec la bénédiction du gouvernement provincial du temps, la compagnie évoquant un manque à gagner.C'était plus payant.D'ailleurs, il faut toujours se rappeler que quelque soit le changement et les raisons apportées, la vraie raison c'est toujours: plus de profit.C'est la seule loi de la compagnie.Le travail sur les shifts En ce temps-là, les shifts étaient sur une base de 3 semaines et à l'inverse d'aujourd'hui; ce qui donnait: — minuit à 8 a.m.: dimanche 12 p.m.à dimanche 8 a.m.; — 4 hres p.m.à minuit: dimanche 4 p.m.à samedi minuit; — 8 hres a.m.à 4 hres p.m.: dimanche 8 a.m.à samedi 4 p.m.Le seul temps libre était du samedi 4 hres p.m.au dimanche minuit, une fois par trois semaines.Aujourd'hui, le travail est organisé selon le système du swing-shift avec 4 équipes et une fin de semaine par mois pour chaque travailleur.Ce qui donne: — 4 p.m.à minuit: mardi 4 p.m.au lundi minuit; — minuit à 8 a.m.: mercredi minuit à mercredi 8 a.m.; — 8 a.m.à 4 p.m.: vendredi 8 a.m.à jeudi 4 a.m.Un arrêt de 48 heures après 7 jours, et 4 jours (120 heures) de congé une fois par mois.La majorité des employés (850 environ) travaillent à l'heure, et sur la base de ce dernier horaire.Tu ne t'habitues pas à travailler sur les shifts — tu vis à l'envers de tout le monde.— Il faut que tu sois content de ton sort, mais ré- 592 signé, et plus résigné que content.Et pour l'ensemble des gars, il y a surtout pas grand espoir de venir de jour, car cela prend une ancienneté épouvantable et des qualifications; et ce n'est pas pour n'importe quelle job.Les débouchés sont rares.Ce que les gars voudraient surtout, c'est d'avoir leur samedi et leur dimanche.Mais lorsqu'ils l'auront, ils se tanneront encore après peu de temps car quand tu es sur les shifts, tu te tannes vite; t'as les nerfs à fleur de peau.T'as pas le choix, il y aura toujours des gens sur le swing-shift, n'importe où, car la production doit marcher: c'est là qu'est le profit.Et tout changement à Domglass, dans les équipes, ne doit entraîner l'engagement d'aucun nouveau travailleur, sauf si la production doit augmenter.Le bien-être des travailleurs, c'est plus que secondaire.La monarchie, elle s'est engraissée de la sueur des gens — elle peut les envoyer chier maintenant.Ici, c'est la même chose, regarde Cadbury.Ce sont ceux qui ont les millions qui mènent! À Domglass, la compagnie a rajouté des gérants qui poussent sur les foremen qui poussent sur les guides pour pousser sur les gars.On a même droit à un circuit fermé de TV pour surveiller les gars.La sécurité au travail À Domglass, les cas de brûlures c'est fréquent.Ainsi, dans notre département lorsqu'on coulait une fournaise, il fallait aller par en-dessous avec une drill.J'ai vu le coulage d'une fournaise arriver sur un gars et lui brûler la jambe.Ça aurait pu être plus grave.Heureusement pour les gars qu'il y a le côté chance — car la compagnie attend un accident pour réagir et faire un changement pour la sécurité.Ce sont les gars qui l'organisent! Quand les ingénieurs viennent, c'est pas toujours brillant: dernièrement, ils ont posé un éventail mais dans une place telle qu'il ramasse la poussière et la lance dans la maudite chambre au lieu du contraire.Et combien de bévues stupides de ce genre.Et encore faut-il que les travailleurs soient convaincus de leur droit à la sécurité, et surtout, chez les travailleurs plus âgés.Alors que sur recommandation d'un surveillant d'équipe (guide) on venait de poser des barres pour aider à grimper sur un tuyau quand il y avait à le débloquer, un vieux protestait qu'il l'avait toujours fait 593 comme ça.Le surveillant commentait ainsi: "Un gars est pas payé pour risquer sa vie à faire des acrobaties pour des singes." Il n'y a pas longtemps encore, dans le forming, lorsqu'il y avait difficulté avec la forme, au lieu de le verser dans le moule, on laissait tomber le verre en fusion dans le sous-sol, par un système de tuyaux pas recouverts en entier — et les gars qui passaient recevaient des éclats de verre chauffé à plus de 2,200 degré dans la chemise.Ça collait bien raide dans le cou ou le dos, ça mangeait.On peut relever pour les accidents majeurs: — 1957: 1 brûlé — 1960: 5 accidentés dont un travailleur brûlé au 3e degré et un mort deux ans plus tard — 1974: —fracture du crâne —fracture de la colonne — 1975: fracture du cou — 1977: 2 gars, une broche dans l'œil — 15 morts du cœur depuis '73.Il faut que ce soit très sérieux pour que le gouvernement lui-même intervienne en raison du nombre excessif d'accidentés du travail et forcer la compagnie à agir au plan de la sécurité.Et ça s'est fait dernièrement.La compagnie, de son côté, va chercher à rendre le travailleur responsable de son accident.Il y a des bottes, des lunettes, des bracelets d'amiante, des casques: mais pas assez pour tous.Et si tu portes ça, c'est plus long à réagir quand il y a explosion, brisure de machines; tu n'as plus tes réflexes.Ou alors si on parle de maladies industrielles comme la silicose, "c'est que le gars a moins de résistance.Chaque individu ne réagit pas de la même façon aux matières premières." Et la compagnie cherche à s'en laver les mains.Il y a un département, entre autre, où la poussière des matières premières est tellement dense, qu'après cinq minutes tu sens ta langue devenir épaisse; ça rentre partout dans ton corps.Peux-tu encore dire que ça dépend de la résistance du gars?!!! 594 Mais on n'oubliera pas de donner une montre après 25 ans d'ancienneté.Et le syndicat dans tout cela?Le syndicat, il a apporté la sécurité d'emploi pour les gars, et l'obligation pour Domglass de respecter l'ancienneté.Mais à vrai dire, c'est pas un syndicat qui lutte bien fort.Faut comprendre: prends un gars qui fait un ouvrage avilissant toute sa vie.Il cherche un dérivatif.Ajoute à cela des tensions dans la famille.Le gars cherche à se trouver quelque chose dans le syndicat qui lui donne des contacts et du prestige, qui compense la frustration quotidienne.Mais ça a un impact sur le jeune syndicat: ça fait une clique et ça développe des "Je vais t'arranger ça".Le gars se fait des amis pour se faire ré-élire.Quand tu vis un syndicat qui ne défend pas tes droits, ta santé, qui aménage le bumping pour se faire du crédit, comme chez-nous, puis qu'après cela tu t'en vas travailler chez Kraft, Seagram ou Molson, où il n'y a pas de syndicat, avec un salaire plus élevé.alors tu n'en veux plus de syndicat et tu acceptes que la compagnie "achète la paix sociale" à ce prix-là.Le bumping Le bumping, faut en parler: dans les contrats, chez-nous, les travailleurs sont échelonnés sur 8 groupes.Un gars peut rentrer demain et être classé "groupe huit" (8 ans de métier) par le bureau du personnel.S'il survient une mise-à-pied il pourra rester, alors que des gars de 20 ans d'ancienneté perdront leur job.Quand tu es slacké, il faut que tu "bumpes" ton groupe et les groupes plus bas; n'importe qui en-haut a priorité.En septembre 1979, la nouvelle "batch" (département de cuisson) est censée ouvrir.Dépolluer, ça coûte cher, disent les boss, mais c'est surtout l'occasion de moderniser: couper des jobs et augmenter les profits.Une machine, ça ne rechigne pas.Son seul besoin: des petites réparations.Pas de fonds de pension, etc.Elle se ferme la gueule.C'est un maudit contrôle sur les revendications des ouvriers, parce que même si tu te fermes la gueule, la machine vient quand même.595 Les listes sont déjà faites pour septembre 1979, les gars sont avertis: ou ils perdront leur job, ou ils "bumperont" pour se ramasser dans l'empaquetage à faire une job bien plate: et les jeunes à la base perdront leur emploi.Le syndicat est un syndicat américain, relié à la F.T.Q., avec 50% de l'argent qui va à la filiale américaine.Il y a un mouvement pour devenir indépendant, mais c'est le coussin monétaire pour "toffer" la grève qu'il nous faut.On a déjà fait deux grèves et on est rentré perdant.Je me souviens d'une où c'est la filiale américaine qui nous a coupé les vivres.Tu n'as pas le choix: cinq minutes après, on votait pour rentrer.Si le syndicat n'est pas plus combatif, j'ai vu quand même des débrayages spontanés à la base.Pas n'importe quel département: dans celui du forming, c'est là qu'est la production.C'est d'ailleurs là seulement qu'il y a des bonus "au moule".L'ouvrage consciencieux dans notre département, en arrière, ça ne compte pas, mais la bouteille oui, jusqu'à $50.00 de bonus par semaine.C'était l'équipe de 4 heures à minuit, l'été: les gars suffoquaient sous la chaleur.Ils sont sortis: la compagnie a posé des grillages pour l'aération tout de suite.Une autre fois, nouveau débrayage spontané: les gars obtenaient d'être remplacés plus souvent et d'avoir de la limonade gratuite.des consolations.La division entre les travailleurs, ça s'entretient de bien des façons.L'échelle des salaires en lien avec les fameux groupes.Le gars qui conduit la grue à $12.00 de l'heure et qui n'est souvent en fonction que 2 heures sur 8, c'est un ouvrage responsable, d'accord.Mais le gars qui travaille comme un "hostie de fou" à balayer le plancher sans s'arrêter de la journée, payé à $5.50 de l'heure, il n'a peut-être pas la responsabilité du gars de la grue, mais il paye sa livre de beurre le même prix.Dans la vie, les différences sociales, elles sont là.Les femmes et les jeunes Les femmes à Domglass: au dernier contrat elles ont obtenu l'égalité de salaire, mais en échange du travail sur la swing-shift.Certaines sont parties d'elles-mêmes.Et la compagnie n'engage plus de femmes, ça n'est plus payant.Mais ceux qui en arrachent le plus, ce sont les jeunes qui doivent rester sur le stand-by.Le jeune est assis à côté de son téléphone, il 596 attend.Il peut être appelé une ou deux fois par semaine, et peu d'espoir d'emploi permanent.Alors il s'écoeure.Et les gérants ont le culot de dire que les jeunes c'est paresseux, ça ne veut pas travailler.Il n'y a pas longtemps, un petit gars vaillant est appelé pour un examen médical.Il est sourd d'une oreille.Ça n'empêche pas de transporter des boîtes.La compagnie l'a refusé: ils ont le choix, avec tout le chômage.Le témoignage d'un jeune "Avant de commencer à la Domglass, ça faisait un peu plus d'un an que j'étais en chômage.Le 10 juin, la Domglass m'appelle en pleine rencontre de la J.O.C.pour aller travailler: il est quatre heures moins quart, je suis à Ville Saint-Laurent et il faut que j'entre à quatre heures."J'arrive à l'usine.La première question qu'on m'a demandée: Quel est ton numéro de punch (numéro qu'on m'avait donné quelques semaines avant).On ne m'a pas demandé mon nom."La première journée, j'ai trouvé qu'on était bien; je n'avais pas frappé la pire job.Je montais des boîtes sur des palettes.On m'a montré ma job pendant cinq minutes.Par la suite j'étais seul.J'étais insecure parce qu'il y avait une façon spéciale de placer les boîtes.Quand le gars est parti, je me trompais dans l'emplacement parce qu'en cinq minutes je n'avais pas tout remarqué.Alors le convoyeur se remplissait."Après huit heures de travail, je repars chez moi, content d'avoir enfin une job.Le lendemain, je retourne à l'ouvrage, je rentre à l'usine et je commence à travailler.Tout à coup le contremaître vient me voir et me dit: Est-ce qu'on t'a appelé pour venir aujourd'hui?Je lui dis: Non.Il me répondit: Attends qu'on te rappelle avant de revenir.Je viens de comprendre que je suis sur les appels (stand-by)."À un moment donné, j'ai reçu une lettre me disant de rentrer travailler le 29 juillet, 2 semaines après cette date.Par cette lettre je comprends qu'ils me donnent deux semaines de vacances.Ce n'était pas le cas.Quand je suis revenu, on m'a dit: Tu es dehors.Je leur montre la lettre qu'on m'avait laissée avec ma carte du punch.On me donne comme répose qu'il y avait eu un malentendu.597 "Quand on me dit à quelle heure je dois travailler, ou qu'on me fasse un reproche, c'est toujours par lettres: pas de contacts humains avec la direction."Aujourd'hui je travaille à plein temps jusqu'au 28 novembre.Après, je ne sais pas.Je reste en appartement avec mon amie: on ne peut jamais aller bien loin au cas où on m'appellerait pour travailler.Ça fait 5 mois que ça dure.Au début, j'avais l'illusion que ça durerait un mois."J'ai fait une demande à l'assurance-chômage; j'ai reçu des cartes mais pas encore de chèque."J'espère être à plein temps bientôt, même si c'est rêver en couleur, car je ne suis pas le seul dans ce cas-là, nous sommes beaucoup".(Pierre Gagnon, 22 ans) 598 La vie ouvrière à Lachute "La zone de Lachute, avec tout son secteur industriel et agricole, est en situation agonisante." (Jacques Grand'Maison, sociologue, au congrès de la S.S.J.B., 1965) La situation n'a pas changé puisqu'une population de plus de 25,000 habitants, la région de Lachute, connaît en ce moment un taux de chômage frôlant le 22%.C'est par ce tragique constat que s'ouvre un dossier remis à M.Jean Fauteux, le 4 mars 1978, dans le cadre d'une marche qui voulait sensibiliser les pouvoirs local et régional au 22.4% de chômage.Cette manifestation voulait obtenir qu'ils viennent stopper la fermeture de U.O.P.et les coupures d'emplois dans la fabrication de munitions à C.I.L.En tout, plus de 500 travailleurs mis à pied en moins de 2 ans.Nous avons rencontré des travailleurs de U.O.P.et C.I.L.qui nous racontent leur vie en usine.A l'usine de la C.I.L.Rivard Demers est président de son syndicat.Il travaille à C.I.L.depuis 23 ans.Il fabrique des détonateurs.Je travaille sur une machine à assembler des détonateurs, une machine automatique.Je prends un rouleau de broche, l'installe sur la machine.En arrière de la machine il y a 200 détonateurs; quand ils sortent, une femme les met dans les boîtes, prêts pour la livraison.C'est 599 dangereux.Il y a des explosions.Et ça ne pardonne pas: il y a 5 ans, un jeune homme est mort, on n'a retrouvé que le bas du corps.Il y a 3 ans, une femme est morte.Mais tu t'habitues, et c'est ça qui est dangereux: tu ne penses plus au danger.Aujourd'hui tu es bien plus anxieux de savoir si tu vas garder ta job que de travailler dans les explosifs.On fabrique des détonateurs pour que ça saute.mais dans les mines.La menace de fermeture On craint constamment la fermeture: en 1977 on était 782 travailleurs, aujourd'hui on n'est plus que 240.Ça te fait sourire de voir dans le journal local de Brownsburg que la compagnie C.X.A.est la plus grosse usine de la ville: c'est la seule.Pourquoi je dis C.X.A.?C'est que C.I.L.a formé une nouvelle compagnie avec Canadian Safety Fuse, et qui porte ce nom-là.Ce qui est inquiétant c'est que dans C.X.A.il y a une filiale aux États-Unis qui se prépare à fabriquer les mêmes détonateurs que nous.D'ailleurs, les contremaîtres ne se gênent pas pour faire du chantage et pousser dans le dos des travailleurs.Faut surtout pas te laisser faire car il n'y a pas de chance à prendre avec la sécurité: en 23 ans, jamais un contrematîre n'a pu m'obliger à partir ma machine si quelque chose ne fonctionnait pas bien.On ne travaille pas avec du chocolat! C'est dur, car les pressions sont constantes.On nous dit tout le temps qu'on n'a pas de quota à faire, mais si une journée tu ne sors pas les 4,800 détonateurs que tu produis d'habitude, on vient vite te voir.On a les shifts qui changent aux deux semaines, et la production est fermée en fin de semaine.Le foreman vient de m'annoncer que je suis sur une équipe pour l'hiver, et donc de jour.Je devrais être heureux, mais c'est tout le contraire: ce sont les conditions de la production qui amènent ce changement, et c'est signe d'un nouveau lay-off, peut-être 50 gars.Et chez-nous tu as des travailleurs qui ont 40 ans et 25 années de service: tu ne retrouves pas de l'ouvrage facilement.Au moment du transfert des munitions à Valcartier, on a eu un comité de reclassement: ce qui a un peu aidé c'est que nous avions beaucoup de personnel spécialisé en demande dans le domaine de l'aéronautique.Le 4 avril, 121 hommes cherchaient un tavail; le 10 octobre, 600 100 hommes étaient reclassés.Mais le reclassement entraîne des problèmes: des familles complètes sont déracinées, des écoles ferment, des commerces vivotent.Des travailleurs qualifiés deviennent disqualifiés en dehors de la compagnie.Et s'il y avait des subventions, pourquoi Valcartier et non pas Brownsburg où l'installation existait déjà?Les gars qui ont accepté d'aller à Valcartier sont perçus comme des personnes qui enlèvent le gagne-pain à ceux de là-bas.Et pour les femmes, il n'y a rien.C'est tragique, car le mari souvent travaille à Canadian Safety Fuse depuis 10 ou 11 ans, avec un lay-off à tous les 8 ou 9 mois.Mais la femme travaillait régulièrement à C.I.L.depuis 15 ans: ça permettait d'arriver.Maintenant le couple se prend la tête à deux mains quand le lay-off arrive.Les femmes, chez-nous, elles ont un salaire égal.Et il en faut, car certaines opérations exigent des doigts bien agiles et une vue aiguisée: un fil plus fin qu'un cheveu à fixer au détonateur, et sur une chaîne de montage.Même à salaire égal, c'est plus payant d'avoir des femmes pour la compagnie.Sur ma machine, il y a six femmes qui travaillent à six opérations différentes.Elles changent d'ouvrage toutes les heures car c'est trop dur physiquement.La santé des travailleurs En plus des dangers constants d'explosion, il y a les produits toxiques, comme le plomb.Le nouveau médecin engagé par la compagnie, on le croyait honnête.Mais voilà qu'il trouve trois ou quatre maladies à chaque travailleur qui passe, et qui font qu'ils ne pourront plus supporter le plomb.Ce qui fait que les dommages causés par le plomb ne sont plus la responsabilité de la compagnie mais dépendent du système physique du travailleur: alors ce n'est plus une maladie industrielle.Alors le travailleur est mis à pied et se retrouve avec l'assurance-chô-mage puis le bien-être social.Comme autre conséquence grave, c'est que le médecin de la compagnie contrôle l'embauche: si tu as le malheur de te faire traiter pour la colonne ou autre chose, alors c'est fini, mon vieux! Pour la publicité, on n'oublie pas d'installer des douches, et la compagnie fournit le linge.Mais: pas plus de 15 minutes pour prendre ta 601 douche, et il faut assurer la même production qu'avant.Et si une journée on est pressé, tu peux prendre ta pause avec ton linge, même si tu contamines les autres.Mais lorsque le comité santé-sécurité (un représentant syndical et un de la compagnie) surprend un gars à manger son sandwich sur l'ouvrage, la compagnie s'empresse de "faire exemple": le lendemain matin, prise de sang pour vérifier le taux de plomb, changement de job qui entraîne une baisse de .90 cents l'heure.Si le syndicat tente de négocier un changement temporaire avec nouveaux tests chaque mois, ce n'est pas facile.Car les punitions comme à la petite école, c'est courant chez-nous: insubordination, 3 jours off; entrer travailler avec une allumette dans ses poches, 3 jours; trop souvent en retard, 3 jours.Les patrons veulent la paix industrielle, mais ils nous piquent tout le temps.Ce qui ne nous aide pas dans nos demandes au sujet de la sécurité, c'est que la compagnie cherche constamment les statistiques qui la justifient.L'année dernière ils se sentaient forts en nous rappelant que plus de travailleurs s'étaient tués dans la construction que dans l'usine.D'abord, c'est pas une course entre travailleurs, et puis chez-nous, tout accident ne pardonne pas: si ça saute, c'est pas seulement un bras ou une jambe, c'est tout Rivard.Mais pour sévir, ils sont toujours là.Un jeune travailleur sans expérience prend un cabaret avec 200 détonateurs et le renverse par terre.Au lieu d'avertir et d'arroser avec une solution, le jeune se met à quatre pattes et ramasse cela: un miracle que ça n'ait pas sauté.La compagnie voulait sévir, sauf que le jeune avait eu pour seul entraînement une heure et demie avec un autre.Personne ne l'avait informé de la nécessité d'arroser en cas d'accident.Les victoires syndicales À force de ténacité, on a gagné que depuis deux ans la compagnie assure un meilleur entraînement.Il y a une feuille questionnaire d'information à remplir en arrivant sur la job.On a pris nous-mêmes l'initiative de la formation, et les acquis d'aujourd'hui ce sont les fruits de notre action au syndicat.Je suis président de mon syndicat depuis plus de dix ans.Et ce qui me tient là, ce sont ces victoires au plan de la santé et de la sécurité, 602 contre les pressions du foreman.Il n'y a pas de grandes batailles collectives chez-nous, mais surtout le recours aux griefs et aux inspecteurs.Du côté des inspecteurs c'est loin d'être parfait: des inspecteurs achetés, il y en a.À la prochaine négociation, on veut gagner que l'inspecteur vienne directement à l'usine et ne passe pas par le bureau du patron: nous voulons que la première personne recontrée soit le président du comité de sécurité Notre espoir, c'est le regroupement des travailleurs.* * * À l'usine Ayers (U.O.P.) Jacques est aussi président de son syndicat, mais pour une usine de produits forestiers qui a fermé ses portes depuis mars 1978.D'abord propriété des Ayers, après la grève de 1966 à "La Bobine" qui a failli tourner la province à l'envers, l'usine a connu plusieurs propriétaires pour finir avec U.O.P.La fermeture Pour les travailleurs et travailleuses, c'est toujours "La Bobine".Au moment de la fermeture, il y avait 124 employés, majoritairement des femmes.Nous aussi, comme à C.X.A., on a un comité de reclassement, mais je n'ai pas grande confiance.Il existe parce que la loi est là, seulement il n'y a pas d'ouvrage.On classe les personnes comme des animaux, et en plus, dans des emplois pas vivables comme dans une fonderie près de St-Jérôme où il y a de quoi crever.Ou encore on envoie des gens de 50 à 60 ans à l'école.des cataplasmes.À l'U.O.P., le travail était très dur.J'étais mécanicien de machines fixes, chauffeur de bouilloire.Sur les shifts, sept jours par semaine, pas de congé; souvent tu rentrais à la maison avec ton lunch sans même avoir eu le temps d'ouvrir ton sac.J'étais allé voir le syndicat (de boutique): "Je paye $3.00 par mois, je devrais avoir mon mot à dire!" — "Si tu n'est pas content, la porte arrière est là!" — Quand tu n'as même pas .10 cents pour aller chercher 603 une autre job ailleurs, avec un salaire de .82 cents l'heure, et avec ça tes licences pour chauffer, il ne reste pas grand choix.On a fait rentrer un nouveau syndicat et il y a eu la grève de 1966.Avant cette date il y avait en moyenne 2 accidents par semaine (doigts coupés).Depuis 1966, aucun doigt coupé: il y a des barrières sur les couteaux et des écriteaux qui expliquent le fonctionnement aux nouveaux employés ou à un remplaçant.Les deux dernières années, le comité santé-sécurité avait gagné que l'employeur fasse visiter l'usine au complet et explique toutes les machines à un nouvel employé.Avec la fermeture on a perdu nos jobs, mais aussi le fruit de toutes ces batailles.Mon travail de chauffeur Je reviens à mon travail de chauffeur.On chauffait aux rebuts, trop pauvres pour acheter de l'huile.Les rebuts de l'usine tombaient là où on mangeait, au niveau des sableuses et des planeurs.Ils appelaient cela une benne emmagasineuse: en vérité, une shed.Et quand les gars ouvraient les portes "de la cafeteria", il y avait une rafale là-dedans.De plus avant ça, il y avait une autre bouilloire qui fonctionnait au bois.Et au lieu d'avoir une grande chaîne pour alimenter, c'était une espèce de dallot, comme les anciens "stockers" à charbon: à force de le brasser, ça descend tout seul.Mais nous, c'était à la rippe, avec un broyeur (cochon) qui mange la scrap.Mais le cochon mangeait en bouts de 3 ou 4 pieds au lieu de copeaux.Il fallait toujours débloquer.Et durant ce temps-là il n'y avait rien qui tombait dans le four; et pour donner de la pression ça prend de quoi, surtout à une bouilloire grande comme une salle.Tu es pris là, et ça ne suffit pas: il faut répondre au téléphone: "Pas de steam, pourquoi pensez-vous qu'on vous paie?" — J'ai dû couper la ligne de téléphone 15 fois en 18 ans.C'est un ouvrage extrêmement dur, quand vous brûlez 25 à 30 tonnes de charbon en 8 heures, en plus de sortir les résidus, les cendres.Il y avait des femmes à U.O.P.Leur travail c'était l'inspection, l'assemblage.Puis il y avait des grabeuses, avec le marteau à air pour réparer les erreurs.Elles aussi, un travail dur et avec des gérants sans cœur.604 Un jour, un nouveau gérant décide, subito-presto, de changer des femmes de jobs pour de l'ouvrage d'homme.Les femmes pleurent, mais n'osent pas refuser par peur de perdre leur job.Mais, à ce moment, je suis déjà président du syndicat.Je suis à 200 pieds et j'aperçois le gérant avec deux contremaîtres.Le gérant ne voulait rien comprendre et le contremaître faisait alors exécuter les ordres de peur de perdre sa job lui aussi.Je leur donne une heure pour retourner les filles à leur job régulière.Et avant de retourner à ma chaufferie, j'essaye la job avec un transporteur.Je n'étais pas habitué, j'échappe tout ça par terre: 160 feuilles de contreplaqué.Une heure après, les filles sont à leur ancien poste.Et trois semaines après, le gérant est dehors.Le rôle du syndicat Quand vous passez d'un proprio à l'autre, mais surtout d'un gérant à l'autre, ça ne va pas: tout du monde qui remanie la production, qui change vos conditions de travail sans tenir compte de l'expérience des travailleurs, de leur façon de travailler.Chez nous, le syndicat était combatif, les femmes luttaient.Mais on nous disait: "Si vous demandez trop, on s'en va".On a demandé des améliorations et fait des grèves, et le "trop" c'était $4.00 de l'heure au moment de la fermeture.Nous, on n'était pas intéressés à leur chantage et à leur redonner ce qu'on était allé chercher.J'ai vu faire jusqu'à 20 griefs par jour.En 13 ans comme président du syndicat, j'en ai perdu quatre.C'était une lutte constante: — un contremaître qui enlève des échardes avec des clous de 4 pouces; — un foreman qui se servait de sa job pour faire des passes aux femmes: elles apportaient leur épingle à chapeau et il prenait ses distances; — refus de payer une journée pour un accident de travail, etc.Si on veut qu'une convention soit appliquée, il faut l'étudier sans arrêt et faire des griefs pour forcer l'application.Il faut être bien vigilant car les inspecteurs ne sont pas tous pour les travailleurs.Nous, c'était une usine de transformation du bois, donc beaucoup de poussière: l'inspecteur déclare les conditions normales.J'avais eu 605 l'idée de filmer le département et d'envoyer le film à un autre inspecteur.Le problème s'est réglé.Comme preuve qu'il ne faut pas lâcher.Si on a changé de syndicat 4 fois, par décision de l'assemblée générale, pour moi une centrale vaut l'autre.Ceux qui s'en occupent, les officiers locaux, ce sont eux qui font le travail.À nos assemblées, toujours 90% de participation pendant les 10 à 12 ans où j'étais président.Et ce n'était pas toujours tendre.Ça pouvait aller jusqu'à discuter à coup de sacoche.J'ai vu des hommes recevoir des voilées.Au moment de la fermeture, les employés ne l'ont pas réalisé sur le coup.Tous étaient abattus, et même les contremaîtres les plus haïssables.Si pour des femmes c'était un second revenu, il faut savoir qu'à Lachute ça en prend deux pour faire un salaire.Chez nous, 10% de la main-d'œuvre est illettrée: tu cherches une job qui n'existe pas, et puis le gars pour la job.Des crises de cœur, des dépressions nerveuses, des chicanes de ménage, des problèmes d'assurance-chômage.Je me souviens qu'au moment des 75 mises-à-pied en 1969, 12 seulement recevaient leur chèque.11 a fallu se rendre à St-Jérôme, faire une marche au bureau du Bien-être social qui m'a valu un séjour en prison.Le Bien-être social attendait qu'il ne reste plus une tranche de pain sur la table pour payer.Lachute, ça porte bien son nom: non seulement il n'y a pas de nouvelles compagnies, mais on doit surveiller celles qui partent.* * * Il serait injuste de terminer ces deux témoignages sans parler du "Regroupement régional des travailleurs" de la région d'Argenteuil où ils militent activement.Le regroupement vise au réveil du conseil municipal: "Faut pas les lâcher, ils se rendorment vite".Dans ce regroupement se retrouvent 12 des 16 syndicats de la région.Ils pensent sérieusement aux élections municipales de l'an prochain.606 L'apprentissage de la lutte Une sœur en usine* J'ai vite compris que la vie religieuse ne m'avait guère préparée au combat.Il ne s'agissait plus pour moi de penser en terme de combat spirituel: la lutte, le combat, ça devenait la saveur et la sueur du pain quotidien.Bien simplement, à travers mon expérience des dernières années, je vous traduis un vécu qui est moins un point d'arrivée qu'un point de marche et de recherche.Il est important de signaler que cette orientation de vie, cette expérience de foi, s'est articulée dans une vie religieuse prenant racine dans l'Église du Québec des années 50-60, où, après avoir chanté avec la J.O.C."Sois fier, ouvrier, ton œuvre est féconde.", on s'orientait dans une étude de la doctrine sociale de l'Église, une recherche d'une "théologie du travail"! C'est aussi à l'intérieur d'une communauté religieuse où l'on travaillait au cœur même de la famille ouvrière, à domicile, que j'ai appris à connaître un peu ce que le Père Pernet nommait "le mal de l'ouvrier".De l'Agence sociale à la vie de quartier Dans les années 60-70, le mouvement de socialisation dans le domaine de la santé et du bien-être s'organise; je décide de laisser l'agence de Service Social pour passer à une approche de rue, de quartier.Approche où la rue devient zone privilégiée de contact, de présence, de service, de participation.* Pour ma liberté d'action, je préférerais que l'on taise et mon nom et le nom de l'usine où je travaille.607 Très vite, ce travail d'approche de la vie dans un quartier ouvrier me met avec acuité devant une zone de silence, de mystère autour de la question du travail des ouvriers.Pourtant mes voisins travaillaient à Domglass, à Steelco, à Talarico, ou dans les transports, la maintenance.Les femmes travaillaient à la journée à Westmount ou à l'île des Sœurs, ou bien encore sur les métiers du textile, de la chaussure, ou enfin comme vendeuses ou waitress.Mais, comme me disait une voisine, "Tu peux pas comprendre, tu n'es pas avec nous à la shop".Dans notre groupe communautaire nous avions choisi de nous auto-financier par un gagne-pain qui s'apparente à celui des femmes du quartier.Ma participation à des groupes populaires, co-op alimentaire, projet de co-op funéraire, association de locataires.m'avait appris à reconnaître les grandes axes de la société actuelle où l'on maximalise le capital d'une minorité en utilisant la force de production des travailleurs (la majorité).Cette lecture de la société a orienté mon choix, tout comme la conscience qu'un des secteurs de plus grande exploitation est celui où se concentre le travail des femmes.Conscience que les femmes occupent la majorité des postes de "cheap labour", qu'elles constituent 70% des travailleurs canadiens au salaire minimum, que ce cheap labour féminin se retrouve en majorité dans ce qu'on appelle les secteurs mous de notre société québécoise.Citoyenne à part entière C'est aussi une conscience que les travailleurs manuels sont peu connus et reconnus dans la vie de l'Église au Québec, bien qu'ils forment une majorité de baptisés.Aller sur le marché du travail, c'était, à ma façon, actualiser la parole de saint Paul: "Vous n'êtes pas des étrangers ou des hôtes de passage, vous êtes des concitoyens.des saints (bien entendu)".C'était pour moi être fidèle à Jésus-Christ, ici et maintenant, que de faire le choix pour un travail en usine.C'est donc dans un choix précis de travail au niveau de la production que je me suis retrouvée en septembre 1976, ouvrière sur une chaîne de travail dans une fabrique de jouets.Cette usine est une multinationale américaine où l'on se retrouve, dans le "rush" des fêtes, 800 employés et plus.608 La vie à l'usine Il y a deux groupes d'âge chez les ouvriers: les 16 à 25 ans, et les 40 à 65 ans.L'usine fonctionne sur trois shifts.J'ai travaillé sur le shift de 3 Vi heures à minuit, mais je travaille habituellement de 7 heures à 3Vi heures.Sur ces 8'/i heures de présence à l'usine, on te paye 8 heures: la demi-heure de diner n'étant pas payée.Tu as, de plus sur l'horaire de travail, deux pauses de 10 minutes.L'année de travail a ceci de particulier qu'à moins d'être une vieille main, c'est-à-dire 7 ans et plus d'ancienneté, on ne travaille que 6 mois par année et on est en chômage les six autres mois.Si je vous résume ma première année de travail, eh bien je n'étais que "cri".Mon corps, mon cœur, ma prière n'étaient que cri.Crier devenait pour moi expérience quotidienne; ça devenait moi.J'ai un peu mieux compris à travers cela ce que notre fondateur appelait "le mal de l'ouvrier".C'était un cri personnel, c'était un cri collectif: "Maudit, j'suis pas une machine.Maudit, j'voudrais faire mon travail correct." Nouveau langage surgi du fond de l'exploitation.nouvelle découverte du monde ouvrier.nouvelle découverte de Dieu: "Tu étais cri et je ne t'entendais pas."Tu étais silence et je ne te comprenais pas.Depuis le moment de l'embauche jusqu'au moment où j'ai découvert la solidarité ouvrière, c'est une profonde marque d'humiliation que j'ai ressentie sur la chaîne de travail.Il ne s'agissait plus d'une recherche éthérée d'humilité, mais de saisir que ma place même dans l'organisation actuelle du système de production faisait de moi une humiliée, une exploitée.Tu deviens robot, rouage sur une chaîne.Tu n'as pas le droit de penser.La férule du standard à tenir te harcèle sans cesse.cette cadence devient insupportable: 2 planches, 7 vis à poser en une demie minute; 120 tables de pool à l'heure, ou 950 petites pelles à l'heure.Tu deviens exaspérée par la vitesse, le bruit des machines, tes bras ne sont plus que tension mécanique.Puis il y a la kyrielle d'inspecteurs, de petits boss, de grands boss, le "timeur" qui te surveille sans cesse.Pas le temps de parler, de t'asseoir: tu ne dois pas arrêter.Là j'ai compris comme jamais le geste de Moïse tuant l'Égyptien.Un autre jour, j'ai pris conscience que 609 j'étais en train de maudire la femme qui avait repassé la chemise blanche du boss.J'ai commencé à comprendre que la lutte de classe c'était du réel, et que tu le veuilles ou non, dans cette lutte tu es à une place ou l'autre, tu prends position d'une place ou d'une autre.Tu comprends que le patron, plus il utilise ta force de travail, surtout à un taux de salaire minimum, plus il maximalise son profit.et c'est uniquement ce qui compte pour lui.Alors tu t'exaspères de cette course au rendement, tu cries: "Maudit, j'suis pas payée à la job".C'est vrai, la convention collective n'accepte pas le travail à la pièce, mais le patron a un stratagème: c'est le petit boss qui reçoit le bonus de rendement.c'est aussi lui qui te crie: "Maudite paresseuse.".Ce rendement, cette vitesse engendrent un climat des plus contradictoire avec le programme de santé au travail.Il n'est pas difficile de constater que plus on augmente la cadence, plus se multiplient les accidents.Sans compter les accidents provoqués par un matériel défectueux, ou une explication insuffisante sur l'utilisation du matériel; et encore les produits dangereux, les colles, l'acétane que tu respires à la journée longue et qui te rendent malade, dépressive.Bref, ceci je l'ai appris de tout mon être durant la première année de travail, et c'est pourquoi, dès que je fus syndiquée, je me suis mise à l'étude de la convention collective.Apprentissage de la lutte La deuxième année de travail, ce fut surtout un apprentissage de la lutte."Lève les yeux aux alentours et regarde." Apprentissage à partir d'une conscience qui nomme davantage l'exploitation, et d'une connaissance plus réaliste de mes droits."Là où il y a oppression, il y a résistance".J'ai vite compris que la vie religieuse ne m'avait guère préparée au combat.Il ne s'agissait plus pour moi de penser en terme de combat spirituel; la lutte, le combat, ça devenait la saveur et la sueur du pain quotidien.J'ai appris à démasquer le jeu du boss qui veut t'acheter et jeter la zizanie entre les ouvriers, dans les mois qui précèdent la signature de la convention collective.610 J'ai entendu le chantage de fermeture d'usine, alors qu'un nouveau plan d'un million de dollars se construisait avec l'aide de subventions gouvernementales.J'ai appris à désirer une solidarité internationale entre les travailleurs dans le dédale d'une vie quotidienne dans une multinationale.Que de fois je me suis arrêtée à désirer, en ouvrant une caisse de pièces venant de Corée ou d'ailleurs, y trouver une lettre de travailleurs qui sont nos frères; mais il n'y a pas encore moyen de communiquer entre nous qui travaillons sur les mêmes objets.J'ai compris qu'il est facile de laisser acheter ta dignité de personne dans une société de consommation à outrance.J'ai appris à me resaisir devant l'offre du gain supplémentaire par "overtime", alors que pèse sur nous la menace de chômage: "Si t'acceptes, me disaient les filles, tu fais le jeu du boss." Vous le devinez, je ne peux plus lire les journaux, regarder les émissions de T.V.avec les mêmes yeux, la même conscience.Mes actions ne se pensent plus de la même façon dans le quartier, dans les luttes populaires, au domaine de la santé, du logement, des garderies, de la qualité de la vie.J'ai lu différemment l'Évangile.J'ai vu l'absence de l'Église en milieu ouvrier de la base.La solidarité: signe d'espérance La troisième année de travail, je crois qu'elle m'a lancé en plein visage que ce n'est pas facile d'être solidaire dans une société de consommation capitaliste.La femme ouvrière doit se débattre contre l'emprise du bingo, de la loto, des produits Avon, des primes de luxe, du Tupperware.Elle vit sous la hantise de tomber en chômage sans avoir les douze semaines requises pour retirer son assurance.Puis à l'intérieur de l'usine c'est le roulement de personnel qui sape les solidarités.C'est la rotation qui brise tous les efforts de solidarité.Tu peux changer trois fois de département dans la même journée: alors les liens que tu établis se font et se défont.Mais les signes d'espérance se nomment en termes de levée de solidarité face aux brimades, aux accidents, aux pertes de droits acquis.611 Le pas que tu fais pour vaincre la peur, il donnera courage à une autre, demain.et nous nous retrouverons ensemble, j'espère, avec d'autres travailleurs pour lutter.La solidarité, par exemple, nous a fait nommer cette année les répercussions du travail sur la santé des ouvrières.L'ouvrière ne se plaint pas, elle ne nomme pas publiquement comme je le fais, les conditions de travail.On lui a appris à se taire.L'organisation même du travail ne repose-t-elle pas sur la soumission.On lui a appris à attendre: "je suis née pour un petit pain"; on lui a appris à être dure pour elle-même, à utiliser largement "si besoin" la béquille pharmaceutique capitaliste.le Valium.J'ai moi-même failli tomber dans le panneau cet automne, mais il m'est revenu à la mémoire la chanson de Pauline Julien: "Je suis une croqueuse de 222".Alors avec d'autres ouvrières on a essayé de nommer notre fatigue physique, et comment y remédier sans tomber dans un nouvel esclavage.C'est alors aussi qu'on a soulevé la question de la pharmacie communautaire dans le quartier.Bref, j'ai essayé de créer, bien timidement j'en conviens, des noyaux de relations et d'action.Je ne suis pas une "vieille main" au travail.la marche que j'ai amorcée, elle se nomme encore recherche.Mon souhait serait aussi de pouvoir articuler ce vécu en Église, dans une vie chrétienne capable de favoriser la maturation de solidarités vitales, efficaces et militantes.Pour cela, il me faut acquérir de plus en plus une conscience critique des situations, — être capable d'assimiler des valeurs culturelles ouvrières, les situer dans l'histoire, — être de plus en plus informée de la dimension socio-politique du combat ouvrier, — apprendre à lire avec d'autres les vrais enjeux de ce combat plein d'ambiguïté, de risques, — travailler à ce que l'évangélisation du monde du travail devienne de plus en plus evangelisation libératrice.612 "Canada au Travail" ingénieux remède au chômage ou opérations de "refroissement social"?Françoise-R.Deroy-Pineau À Saint-Rémi de Napierville, quatre travailleurs (auparavant en chômage) réparent ou fabriquent des objets en bois pour des organismes à but non lucratif.C'est une entreprise privée qui fournit local, camion, téléphone.Il s'agit d'un projet "Canada au travail".À Saint-Hyacinthe, huit étudiants consacrent douze semaines de leurs vacances à organiser des activités culturelles pour la population de leur petite ville.Ils sont rémunérés.C'est un projet "Jeunesse Canada au travail", parrainé par une municipalité.À Asbestos, six personnes mettent sur pied une maternelle pour enfants de quatre ans.Après six mois financés dans le cadre d'un projet "Canada au travail", la Commission scolaire locale reprendra définitivement cette expérience pédagogique, si elle est concluante.Dans la vallée de la Rivière du Lièvre, les citoyens de plusieurs villages ont bénéficié d'un service d'accueil dans le Centre local de services communautaires (Clsc).Cela aura duré six mois.C'est un projet "Canada au travail".La petite sœur de Guy, "cégépienne" de 17 ans cherchait un "job" d'été pour financer son année scolaire: elle est employée sur un projet "Jeunesse Canada au travail".Il s'agit de nettoyer l'environnement de la rivière Richelieu pour en faire un lieu touristique.* L'auteur est journaliste à la revue Châtelaine.Le présent article a été publié dans la revue française "Objectif-Formation", dirigée par l'Association française de formation professionnelle des adultes, septembre 1978.L'enquête a été effectuée en juin 1978.613 Le frère d'Arthur désespérait d'être chômeur depuis de longs mois.Grâce à un projet "Canada au travail", il retrouve une activité auprès des personnes âgées et, par la même occasion, un rythme de vie normal.Gilbert était au nombre des travailleurs licenciés par la société Machin; heureusement pour lui, un projet "Canada au travail" lui donne six mois de répit pour dénicher un nouvel emploi (tout en faisant des travaux de nettoyage utiles à son village).Dernier né (1977) des programmes de création d'emploi du ministère de l'Emploi et de l'Immigration du Gouvernement fédéral, "Canada au travail" est omniprésent dans beaucoup de secteurs de l'activité québécoise, sous la forme variée de multiples mini-projets.Peu de personnes n'ont pas, dans leur entourage, un cousin, un voisin, un enfant impliqué.Cependant ce programme est à la fois très connu et méconnu.Connu, parce que tous les Canadiens en entendent parler, de près ou de loin.Sa réputation attire même l'attention de médias et d'experts étrangers.Méconnu, car la presse canadienne est très discrète à son sujet, et il est bien difficile de trouver des textes, des analyses ou des bilans sur cette question."Ce dossier est confidentiel" m'ont répondu plusieurs fois de hauts fonctionnaires coupant court à toutes mes questions.En effet, ce programme, lancé par le parti libéral au pouvoir à Ottawa en période pré-électorale a de multiples facettes plus ou moins explicites.Officiellement, il vise à "fournir aux personnes dont l'énergie et les aptitudes sont temporairement inutilisées par le secteur privé, la possibilité d'accomplir des travaux utiles et de contribuer au mieux-être de la collectivité".Les emplois créés par les projets doivent également 'assurer aux participants une expérience pratique qui les aidera à trouver du travail à l'issue de leur participation au projet".Il s'agit donc d'un programme à visées sociales et éducatives explicites.Il n'en demeure pas moins un programme de lutte contre le chômage, avec des dimensions politiques implicites dans la période chaude actuellement vécue entre le Québec et le Canada.Suite aux projets "Pil" En fait, les projets "Canada au travail" s'inscrivent dans une histoire.Depuis les années 60, des vagues de chômage ont apparu cyclique- 614 ment dans l'économie nord-américaine.Les États ont dû planifier des opérations de lutte contre la pauvreté et le chômage.Une partie de ces programmes s'est appliquée à développer l'éducation permanente.Une autre à inciter ou à agir directement pour la créations d'emplois1.C'est dans cette ligne que se placent les projets "Canada au travail".Pour les situer au Québec, il faut remonter aux événements d'octobre 1970.À la suite de l'enlèvement d'un diplomate et de celui d'un ministre à Montréal, le gouvernement fédéral d'Ottawa prend conscience et s'inquiète de l'activité et de la multiplicité des groupuscules de gauche au Québec.En un premier temps, l'armée est déployée, et les arrestations se multiplient.En un second temps, on veille à ce que les jeunes étudiants, qui ont une conscience sociale aiguë, trouvent à s'occuper d'une manière contrôlable pendant les prochaines vacances.Dès l'été 1971, le programme "Perspective Jeunesse" donne l'occasion à 10,276 étudiants de niveau universitaire, répartis à travers 785 projets, d'exercer une activité au service de la société, tout en se partageant un total de 9,992,321 dollars.L'expérience est concluante.Et, comme le chômage augmente, et le risque de troubles "révolutionnaires" aussi, le ministre de l'Emploi et de l'Immigration étend la formule aux adultes.Il met sur pied, dès la fin de 1971, les "Programmes d'initiatives locales", qui deviendront célèbres au Québec, sous le nom de projets "Pil".Ces projets ne s'adressent plus aux étudiants, mais à la clientèle habituelle des chômeurs d'hiver, toujours plus nombreux.(Incidence du rigoureux climat canadien qui, outre l'agriculture, stérilise l'hiver la construction et toutes sortes d'activités connexes).Il s'agit de créer des emplois d'appoint pour lutter contre le chômage saisonnier.Mais il faut que ces emplois soient utiles à la collectivité.En d'autres mots, que les forces sociales inemployées puissent s'exprimer et bâtir elles-mêmes des projets dont elles ont l'initiative.1 Notons, à ce sujet, les ouvrages suivants: — David M.Gordon, "Theories of Poverty and Underemployment", Lexington Books, 1972.— F.F.Piven and R.A.Cloward "Regulating the Poor: the Functions of Public Welfare", New York, Random House, 1971m.Notons aussi, en français et beaucoup plus récent, le chapitre "Formation des adultes et contradictions sociales", par Paul G.Bélanger, Pierre Paquet et Jocelyne Valois, dans l'ouvrage de Gaston Pineau "Éducation ou aliénation permanente?" Dunod-Paris et Sciences et culture, Montréal, 1977.615 Les projets "Perspective Jeunesse" dureront tous les étés jusqu'en 1975.Les projets "Pil" s'étendront, l'hiver, jusqu'en 1977.À cette date, on se rend compte que le chômage saisonnier est loin d'être la principale cause de chômage.Il y a des causes plus profondes.On tente donc de mettre sur pied deux programmes qui tiendront compte de ce chômage reconnu comme structurel, et qui ne cesse pas d'augmenter (pour juin 1978, on note au Québec un taux record de 8.6%, inconnu depuis les années 30).Le programme "Canada au travail" succède à Pil.Le programme "Jeunesse Canada au travail" prend la suite de "Perspectives Jeunesse".Les caractéristiques de "Canada au travail" Selon André Gladu, directeur des projets "Canada au travail" pour le Québec, toute une série de caractéristiques distinguent ces nouveaux programmes des anciens.D'abord, les programmes pour les jeunes.Il s'agit, de toutes façons, de proposer aux étudiants des emplois pendant les vacances d'été.Dans les projets "Perspectives Jeunesse", tel groupe était collectivement responsable d'un but donné.Dans "Jeunesse Canada au travail", il n'y a plus de responsabilité commune: le ministère de l'Emploi fait affaire avec un organisme reconnu qui, ensuite, jouera le rôle d'employeur vis-à-vis des étudiants impliqués et se trouve responsable unique du projet.Au niveau des compétences, les étudiants doivent être embauchés dans un domaine en rapport avec leurs études, lorsqu'il s'agit d'un projet "Jeunesse Canada au travail".Qu'il soit question d'environnement, de loisirs, de diététique ou de conseils juridiques, peu importe.Ainsi, telle étudiante en biologie n'aura pas le droit de s'inscrire sur un projet "garderie" comme elle aurait pu le faire à l'intérieur du programme "Perspectives Jeunesse".Mais on incitera tels étudiants en droit à constituer un service de renseignements juridiques.Quant aux projets pour adultes, leur principale différence avec "Canada au travail", c'est la durée.Le nouveau projet n'est pas, comme l'était "Pil", limité de novembre à juin.Il peut s'étendre, éventuellement, toute une année.D'autre part, "Pil" était d'abord un outil de développement communautaire."Canada au travail" est prioritairement un programme 616 d'attente pour ceux qui sont "temporairement inutilisés par le secteur privé".En espérant qu'il donnera à ses participants une expérience pratique favorable à la réinsertion sur le marché régulier de l'emploi.La preuve: un travailleur sur "Pil" n'était plus considéré comme à la recherche d'une situation.Un travailleur sur "Canada au travail" doit toujours être disponible pour une entrevue ou un emploi stable pendant la durée du projet.Notons que, dans un cas comme dans l'autre, le travailleur a droit, avant comme après le projet, aux prestations d'assurance-chômage, avec le délai légal d'attente de deux semaines entre la fin du salaire et le début des prestations.La possibilité pour une personne de participer successivement à plusieurs projets "Pil" pouvait créer comme une carrière en développement communautaire."Canada au travail" interdit de passer directement d'un projet de ce genre à un autre identique."Pil" n'avait pas de lien avec l'entreprise privée."Canada au travail" peut avoir pour promoteur une entreprise privée, à condition que le projet visé ne soit pas destiné à un profit pour l'entreprise.Enfin, dernière différence notable entre "Pil" et "Canada au travail": ces derniers sont beaucoup plus nombreux, jusqu'à présent.Par exemple, en 1976-1977, il y a eu 2,242 projets "Pil", pour 13,943 emplois.Tandis que l'hiver suivant, il y a eu 3,542 projets "Canada au travail", pour 21,448 emplois.En millions de dollars, cela donne 70 contre 121.Ces sommes, d'ailleurs, constituent plus du tiers (de 33% à 35%) des budgets globaux de "Canada au travail".Comme son nom l'indique, ce programme concerne le Canada tout entier, dont le Québec est l'une des dix provinces.Mais le nombre de projets subventionnés est proportionnel à celui des travailleurs en chômage.Donc, si le Québec reçoit plus du tiers du budget de "Canada au travail", c'est qu'il abrite plus du tiers des chômeurs canadiens.à moins qu'il ne convienne d'y mieux surveiller, en les encadrant, les énergies en chômage.Stratégie d'un lancement et "suivi" d'un projet Les projets sont gérés par des "agents de projets", 158 au Québec, soit un agent par circonscription électorale fédérale, fonctionnaires du 617 ministère de l'Emploi et de l'Immigration, dont les bureaux sont réunis dans des "directions de la création d'emploi", une par région économique.Il y en a cinq au Québec.Un agent gère un projet en 4 phases: 1 — Publicité Dès que le gouvernement a décrété (en fonction du taux de chômage de chaque sous-région économique) quel budget est alloué à telle région, l'agent de projet lance une campagne de promotion à travers les médias locaux (annonces dans les journaux).Puis il rencontre des organismes qui peuvent aider à parrainer le projet.En effet, chaque projet est organisé sous l'initiative d'un individu ou d'un groupe, mais il doit être parrainé par une organisation.Ce sont souvent ces organisations, fréquemment des Centres locaux de services communautaires (Clsc), parfois des établissements d'enseignement, ou des entreprises privées, qui suscitent les projets dans la population.C'est pourquoi la campagne de promotion de l'agent de projet consiste surtout à rencontrer des responsables d'institutions locales.2 — Analyse des projets Maintenant, la population est censée connaître le projet.Les individus et groupes intéressés ont déposé leurs demandes.Ils se sont fait parrainer.Bien entendu, il y a plus de projets et de capitaux demandés que de sommes disponibles.C'est alors que l'agent de projet met sur pied deux processus d'évaluation: — Un comité de consultation composé de responsables locaux (représentants de commissions scolaires, d'organismes sociaux ou de milieux d'affaires, mais pas de syndicalistes).Ce comité analyse les projets et soumet une liste de recommandations en fonction du budget disponible et des besoins prioritaires du milieu.Ces besoins peuvent avoir été identifiés, par exemple, comme l'aide aux personnes âgées, l'environnement et les loisirs.On favorisera donc les projets dans ce sens.Souvent, du reste, ces besoins auront été définis après consultation des gens du milieu.—■ Dans certaines circonscriptions, il n'y a pas de comité de consultation.C'est alors l'agent de projet qui définit lui-même, avec les principaux organismes consultatifs, les projets qui conviennent le plus selon les possibilités.618 3 — Négociation des contrats avec les promoteurs Une fois les projets acceptés, il s'agit de négocier chaque contrat avec la personne responsable.Souvent un projet n'est pas accepté en totalité.Il faut donc ajuster la demande et la subvention disponible, et déterminer quels postes ou quels matériels, ou quelles activités seront réduites.À moins que l'on ne décide de limiter la durée du projet.4 — Enfin arrive la phase la plus longue: le suivi du projet Il y a 30 à 35 projets par agent.Us doivent veiller à ce que les promoteurs respectent les termes de l'entente.Leur travail consiste surtout à conseiller et aider techniquement les promoteurs qui sont généralement désemparés au niveau de la gestion et de l'administration.Qu'advient-il du projet lorsqu'il arrive à échéance?Les projets "Canada au travail" ne doivent pas créer de dépendance de la part de la collectivité.Leur caractère est essentiellement limité dans le temps.Ainsi, une fois que le lit d'une rivière est nettoyée, il n'y a pas lieu de continuer.Un projet d'animation culturelle, ou de réparation d'objets peut cesser sans conséquences.De même pour un service de documentation ou d'information correspondant à une compagnie précise.Par contre, 15 à 20% des projets sont des expériences qui, si elles se révèlent positives, peuvent justifier une continuité.Pour ces projets, une certaine coordination a été nécessaire, avant leur acceptation, pour qu'un autre organisme prenne le relais de l'expérience faite par "Canada au travail".Par exemple, une commission scolaire peut relayer une expérience de maternelle, un Clsc, une expérience d'accueil et d'aide technique à ses usagers; une association, un service pour handicapés.À moins que le projet ne soit une expérience concluante pour une coopérative capable de s'autofinancer par la suite, telle la fabrication d'objets d'artisanat, ou celle de mouches artificielles pour la pêche.Remède au chômage ou programme de refroidissement social?Dans ce pays de lacs et de rivières, où le secteur primaire est la base de l'économie, il n'est pas superflu de développer l'industrie de transformation, ne serait-ce que pour fabriquer les mouches artificielles.619 Il est évident que certains projets permettent des innovations impossibles selon les structures institutionnalisées de fonctionnement.Bernard Lefebvre, est directeur du Clsc centre-ville, à Montréal.Le ministère de Québec qui le finance (celui des Affaires Sociales) "impose, selon lui, des contraintes budgétaires au sujet de la santé de la population.Mais qu'est-ce que la santé?Notre définition sur le terrain peut largement différer de ce qu'en pense le ministère.Ainsi, les conditions socio-économico-sanitaires dans lesquelles les gens vivent au centre-ville sont pour nous en contradiction avec le concept de santé.L'insécurité qui résulte d'un logement dans une "maison de chambres", sans bail, est pour nous incompatible avec la santé psychologique.Bien sûr.Mais si nous voulions entreprendre une action directement, nous n'aurions pas de budget.D'où l'utilité du projet "Canada au travail".De même un projet "Canada au travail" a permis d'étoffer un dossier "santé-nutrition", dont nous ne pouvions ensuite assurer la continuité".Par ailleurs, le nombre d'emplois créés n'est pas négligeable, pas plus que les injections d'argent dans des secteurs ou des milieux privés de capitaux.Ainsi donc, ce programme permet de réaliser certaines possibilités et crée une animation sociale.Sa popularité en est le baromètre.Cependant, certaines critiques le jugent en recul par rapport au projet "Pil".Si l'on en croit le sociologue Paul G.Bélanger, "Les jeunes travailleurs paraissent désengagés et moins dangereux pour le pouvoir".C'est pourquoi le projet "Canada au travail" n'aura pas, d'abord, un objectif de mieux-être pour la communauté, mais son premier but sera de lutter contre le chômage, et plusieurs ajustements sont prévus à cet effet: seuls des individus déjà inscrits sur les listes des bureaux de l'Emploi pourront participer à des projets "Canada au travail".Ces gens resteront sur les listes, disponibles pour un emploi stable.Cela fait passer au second plan le but social du projet.Enfin, il est interdit de s'inscrire successivement à deux projets.D'autre part, ces programmes de création d'emploi à court terme dans les régions à fort taux de chômage sont vus comme devant assurer un transfert des programmes de formation professionnelle continue de ces régions à d'autres régions plus actives économiquement.Il faut former dans des régions capables d'utiliser la formation, c'est-à-dire dans des régions avec taux d'emploi élevé.Dans les autres, il est inutile de former.Le ministère de l'Emploi et de l'Immigration peut tout juste aider à créer des emplois temporaires en attendant une relance qui doit venir.d'autres ministères.Contraintes de la division du travail?620 En ce qui concerne la participation des individus au développement communautaire, c'est un recul par rapport aux projets "Pil", notamment en raison du manque de continuité éventuel.C'est aussi un mouvement en arrière pour l'implication des femmes "sans profession" ou des assistés sociaux sur le marché du travail.En effet, ces personnes ne sont pas sur les listes de ceux qui cherchent un emploi.Elles ne peuvent participer aux projets "Canada au travail".Alors que les projets "Pil" leur donnaient un excellente occasion de réinsertion professionnelle et sociale.Autre critique: ces projets demeurent conjonctuels et ne touchent pas aux causes structurelles du chômage.Ce que le syndicaliste montréalais Claude Roy (de la Confédération des Syndicats Nationaux) exprime ainsi: "ces programmes ressemblent à des pansements adhésifs qu'on mettrait pour masquer les métastases d'un cancer généralisé.Il s'agit de faire croire qu'il n'y a pas trop de problèmes.C'est toujours la même chose: occuper les travailleurs déclassés, pour qu'ils ne pensent pas trop à leurs problèmes de chômeurs.C'est du camouflage politique pour éviter de s'attaquer aux causes fondamentales.Ces causes, c'est le système économique de l'entreprise privée.On fait du travailleur une marchandise à rejeter après usage.Ce sont des programmes sans issue.Au cas où tel projet devient trop revendicateur (comme certaines coopératives), on coupe les subsides.Il ne faut surtout pas que cela dérange les rapports de classes dans la société.Le contrôle politique de ces programmes est évident.Ça ne règle rien, mais ça a pour effet de maintenir la paix sociale, ça calme les travailleurs.Surtout en période pré-électorale (c'est le cas maintenant).Ça fait croire qu'il n'y a pas de problèmes, et que le chômage n'est pas si grave que ça".Face aux causes structurelles du chômage, ces programmes demeurent à l'évidence des réponses conjoncturelles.Ils veulent créer explicitement des emplois à court terme.Us fonctionnent plus comme des moyens de refroidissement social "au moment où le chômage est le plus élevé dans la collectivité".Moins comme des outils de véritable relance économique.Il serait irréaliste d'en attendre la solution de la crise politico-économique du Canada.Us la rendent seulement plus supportable.621 roi zt aiaacjEiriEnt Une Bonne Nouvelle pour qui?André Beauregard Ce dossier se veut une description de la vie en usine telle que perçue par des travailleurs d'ici.À lire chacune de ces pages et à deviner les situations qui s'y cachent, on serait porté à se demander si c'est l'usine qui est faite pour l'homme ou l'homme pour l'usine.Si l'on ajoute à ce dossier les expériences que l'on vit et que l'on connaît, on peut honnêtement se questionner sur la possibilité, pour des travailleurs d'usine, de trouver dans le milieu de travail un lieu où se réalisent pleinement les aspirations de chacun.Y a-t-il place à une bonne nouvelle dans un contexte si peu "humain"?Les bonnes conditions de travail, ce n'est pas pour nous Même si, intérieurement, il est difficile d'accepter certaines conditions de vie et de travail, il arrive que quelques-uns s'y résignent soit par usure soit par démission soit par acceptation inconsciente soit par peur.Les bonnes conditions appartiennent aux "boss".Ils ont travaillé pour "gagner leur position", même s'ils l'ont plus ou moins méritée, mais ils sont parvenus à un style de vie qui exige pour eux de bonnes conditions de travail.Pis encore, ils peuvent maintenant décider pour les autres travailleurs.Le pouvoir de décision au sujet de ces conditions de vie en usine n'appartient donc pas à ceux qui les vivent quotidiennement.Ils n'ont qu'à les subir et à s'y résigner.La bonne nouvelle, ce n'est pas pour nous Dès le temps de Jésus, les gens de l'époque vivaient cette sorte d'aliénation avec les "Grands" de la place.Ceux-ci déterminaient pour le peuple les actions qu'ils avaient à poser.Bien sûr au nom de leur compétence et de la Loi de Moïse, ils pouvaient se permettre d'imposer 622 de lourds fardeaux au peuple.Et même on leur devait respect et vénération.C'est dans ce contexte que Jésus intervient.Il outrepasse la Loi et ses exigences pour "partir de l'autre bout", c'est-à-dire de la vie des gens.Bonne Nouvelle pour les Juifs mais aussi pour les Samaritains, pour les étrangers.La condition est simple et exigeante: se convertir, changer son regard de la réalité, prendre conscience qu'il y a aussi des parcelles de vérité à la base et mettre en projet concret cette découverte: "Les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres" (Le 7, 22).Par conséquent Jésus affirme que cette bonne nouvelle n'interpelle pas tout le monde de la même façon.Il va même plus loin: son option "sur le terrain" pour les opprimés éveille la rivalité de ces "Grands" de la place.Désormais ce Jésus devient dangereux.Il a le peuple de son côté.L'histoire de l'Église jusqu'à nos jours a connu à peu près la même évolution mais à l'inverse.Les premières communautés chrétiennes vivaient une spontanéité de cette bonne nouvelle où chacun se sentait libre d'apporter ce qu'il était.Chaque jour leur confirmait que cette promesse de libération était en voie de réalisation totale.Le problème se compliqua lorsque "l'Empire chrétien" se répandit dans le monde de l'époque.Il fallait davantage uniformiser, voire "contrôler".On fixa dans des dogmes cette bonne nouvelle qui peu à peu perdit son dynamisme de la base.Et comme la compréhension de ce christianisme — figé dans des formules — exigeait "des études", le monopole de la vérité tomba aux mains de la hiérarchie de l'Église.Ainsi elle pouvait dicter les comportements des "sujets" et même décider du chemin à parcourir pour se sauver.Peu à peu l'idéologie sociale dominante s'appropria cette "bonne nouvelle" de sorte que les opprimés, les "non-personnes", se sentaient de moins en moins concernés par un message jadis rempli de promesses.En concentrant les énergies sur le ciel, la vie éternelle, on apprit à taire le sens du quotidien, du présent.Et si c'était vrai?Est-il possible qu'une Parole puisse s'adresser directement à ceux qui sont "sans-parole"?Est-il possible que cette bonne nouvelle ait un 623 parti-pris et que, s'adressant à tous, elle ne proclame pas les mêmes appels?Aux riches, à ceux qui possèdent, c'est plus qu'une attitude de bonne volonté que cette Parole exige: c'est une conversion totale.Aux moins bien nantis, c'est un rappel que collectivement ils ont à faire cette bonne nouvelle, que les promesses peuvent peu à peu devenir réalité.Jésus a rencontré ces deux "classes sociales".Aux uns, il leur rappelait leur "durcissement de cœur" et l'incompréhension "pratique" du message de son Père.Aux autres, par ses actions et sa parole, il confirmait un parti-pris pour ceux qui ont comme espérance de voir réaliser des conditions de vie plus humaines et de s'allier avec d'autres à ce projet.Un peu comme les conditions de travail qui auront toujours à s'améliorer, de même la Bonne Nouvelle n'est pas fixée pour de bon.Elle doit prouver constamment sa pertinence.Une des preuves de cette dernière affirmation, c'est que les hommes depuis des siècles essaient de l'interpréter.On n'a pas encore obtenu de consensus.et heureusement.Si l'on admet qu'elle est bonne nouvelle parce qu'elle se fait et se dit par l'histoire des hommes, on doit conclure qu'elle ne sera jamais totalement circonscrite puisqu'on ne cessera pas de progresser.Enfin, puisque Noël est à nos portes, soulignons cette fête d'un "Dieu-qui-se-fait-histoire" dans la plus grande simplicité et pauvreté.Cet événement est déjà coloré par un parti-pris qui précisera ses couleurs dans l'action et la parole de ce Jésus de Nazareth.624 Des chrétiens qui partagent la soif - et la colère - des fées La pièce de théâtre de Denise Boucher, "Les fées ont soif", et l'injonction partiellement obtenue contre cette pièce ont récemment suscité chez-nous une polémique très vive.On sait que ce sont des groupes et des personnes identifiés comme chrétiens qui se sont montrés les plus hostiles à l'endroit de cette pièce et qui ont demandé l'injonction en vue de l'interdire.Très tôt, cependant, de nombreux autres chrétiens ont voulu manifester publiquement leur désaccord avec de telles manœuvres.Le texte qui suit a été rédigé par certains d'entre eux.Il a, en outre, largement circulé dans les milieux de chrétiens engagés, progressistes et militants, et a été endossé par plusieurs d'entre eux.Sans parler au nom du mouvement ou du groupe auquel ils appartiennent, les signataires de ce texte sont cependant actifs au sein de ces organisations.Ce texte a été préparé rapidement, au cœur même d'un débat public qui obligeait à prendre position.Il évoque cependant un certain nombre d'aspects importants du problème qui devront faire l'objet d'une analyse plus profonde et plus serrée.(On sait, par exemple, que plusieurs des groupes qui ont demandé l'injonction contre la pièce de théâtre, interviennent dans d'autres débats actuels de notre société de manière souvent très réactionnaire.) Ce texte peut donc inviter les militants à approfondir leur réflexion sur ce qui se passe dans notre société à l'heure actuelle.Depuis plusieurs mois déjà la pièce de théâtre de Denise Boucher — Les fées ont soif — a suscité chez-nous une polémique d'une rare intensité.Des personnalités d'Église et divers groupes identifiés comme chrétiens se sont, en particulier, élevés publiquement contre cette œuvre à leur avis "blasphématoire" et offensante pour les croyants.Des séances de prière ont été organisées en "réparation" pour un tel scandale.Tout récemment, certains de ces groupes ont demandé — et partiellement obtenu — une injonction de la Cour Supérieure visant à interdire cette 625 pièce, que ce soit sous forme de représentation dramatique ou de texte écrit.Une autre parole Comme femmes et comme hommes d'ici, comme chrétiennes et comme chrétiens appartenant à divers regroupements et engagés dans divers horizons, nous voulons affirmer publiquement que nous nous sentons fort loin des personnes et des groupes qui, jusqu'à présent, ont tenu de tels propos et posé de tels gestes.Nous ne nous reconnaissons pas non plus dans la conception de l'Évangile et du christianisme qui, quelle que soit leur sincérité, anime ces personnes et ces groupes.Et nous avons voulu nous regrouper aujourd'hui pour faire entendre, publiquement et clairement, une autre parole.Nous sommes particulièrement en désaccord avec le fait que plusieurs de ces personnes et de ces groupes se sont indignés contre cette pièce sans même l'avoir vue ou lue, et cela, de leur propre aveu.Une telle attitude nous semble injuste et inacceptable aussi bien d'un point de vue évangélique que d'un point de vue humain.Cela nous paraît d'autant plus regrettable que la direction du Théâtre du Nouveau Monde avait justement prévu, à la fin de chaque représentation, une période de discussion au cours de laquelle chacun pouvait exprimer ses réactions — y compris ses réserves et ses objections.Il nous semble qu'une telle confrontation aurait été plus féconde et plus conforme à l'esprit de dialogue de Vatican II que bien des déclarations unilatérales auxquelles on a assisté.La libre expression, assise de la démocratie Avec bien des Québécoises et bien des Québécois, nous voulons en outre dénoncer l'intolérance dont ont fait preuve les individus et les groupes qui, d'une manière ou d'une autre, ont fait pression pour que cette pièce soit interdite.À une époque où YIndex a disparu de l'Église catholique elle-même, dans une société qui se dit libre, démocratique et pluraliste, une telle volonté de censure nous paraît aussi inacceptable que dangereuse.Elle constitue une entorse à la libre expression et s'apparente ainsi aux pratiques courantes, aujourd'hui comme hier, dans les régimes où les droits de la personne sont foulés aux pieds.C'est au public spectateur — et au public seul, — croyons-nous, qu'il revient de juger si telle ou telle œuvre dramatique mérite ou non 626 d'être accueillie favorablement.Nous ne croyons donc pas que nous avons à nous prononcer sur le contenu de l'œuvre en question, ne serait-ce que parce que la réaction à une telle œuvre, dans son fond comme dans sa forme, peut varier beaucoup selon la sensibilité et la subjectivité personnelles de chacun.Il nous semble par contre que personne ne peut être heurté malgré soi dans sa sensibilité ou dans ses convictions, dans la mesure où nul, finalement, n'est obligé de voir ou de lire cette œuvre.Savoir reconnaître ses compromissions Nous sommes par ailleurs troublés de voir la facilité et la rapidité avec lesquelles des gens qui se disent chrétiens, aujourd'hui, ont recours à une accusation de "scandale" et de "blasphème".Il nous semble que les chrétiens devraient être très prudents dans le maniement de telles accusations, en se souvenant que c'est aussi une accusation de "blasphème" qui a conduit le Christ lui-même devant les tribunaux — avec la sentence que l'on sait.Il nous semble en outre que les chrétiens ne doivent pas avoir peur de se laisser interpeller et remettre en question par ceux et celles qui, dans notre société, ne partagent pas nécessairement leurs convictions.Nous en sommes d'autant plus troublés que cette accusation de "blasphème" est portée contre une pièce qui — quelles que soient ses limites — a été, dans l'ensemble, très favorablement reçue par celles — et ceux — qui ont profondément à cœur une authentique libération des femmes et qui sont sensibles à la part qu'a pu prendre la religion, dans l'histoire, pour faire obstacle à cette libération.Il nous semble que les croyants devraient être au premier rang de ceux et celles qui dénoncent les faux visages de Dieu ainsi que les formes aliénantes et oppressives que la religion, de fait, a pu prendre au cours de l'histoire.Nous sommes en tout cas frappés de constater que bien des croyants sont loin d'avoir vu dans Les fées ont soif une œuvre "blasphématoire".Plusieurs, bien au contraire, se sont sentis solidaires de la volonté qui s'y manifestait de briser toutes les "idoles" — y compris les "statues de plâtre" — qui défigurent trop souvent le vrai visage de Dieu, de Marie ou de l'Évangile.Pour d'authentiques libérations Nous nous étonnons par ailleurs de constater que des voix chrétiennes si promptes à crier au scandale et au blasphème devant une pièce de théâtre, restent souvent étrangement silencieuses devant d'autres 627 réalités autrement plus "scandaleuses" de notre société — à commencer par la situation même qui y est encore largement faite aux femmes.Le fait qu'une pièce de théâtre soit "interdite" ne fait pas disparaître les situations que cette pièce dénonce et veut contribuer à transformer.En ce sens, la "pièce", qu'on le veuille ou non, continuera d'être jouée dans la vie de tous les jours.Les fées ont toujours soif.Dans une période de crise économique, politique, sociale et culturelle comme celle que nous vivons présentement, il nous semble que de telles "indignations religieuses" risquent en outre d'avoir — qu'on en soit conscient ou non — un effet très précis: celui de masquer, justement, certaines réalités vraiment "scandaleuses", de détourner l'attention de problèmes autrement plus criants pour les hommes et souvent particulièrement pour les femmes d'ici: chômage, inflation, perte de pouvoir d'achat, inégalités de salaires, fermetures d'usines, coupures dans les budgets "sociaux", répression subtile ou brutale des mouvements de changement, etc.Or le Dieu auquel nous croyons, et l'Évangile dons nous voulons nous inspirer nous suggèrent que, s'il y a quelque chose de profondément "blasphématoire" dans notre société, à l'heure actuelle, c'est bien de croire qu'on peut se dire chrétien et en même temps se faire les artisans — ou au moins les silencieux complices — de telles inégalités et de telles injustices.Comme chrétiennes et comme chrétiens engagés et militants, nous nous sentons profondément solidaires de tous ceux et celles qui, ici comme ailleurs, luttent pour l'un ou l'autre des nombreux visages de la libération: celle des peuples dominés, des travailleurs exploités, des chômeurs, des assistés-sociaux, des homosexuels et des autres minorités marginalisées de notre société.Aussi voulons-nous aujourd'hui manifester de façon particulière notre solidarité avec toutes les femmes qui entendent de plus en plus prendre elles-mêmes la parole qu'on leur a si longtemps refusée.Ce faisant, nous croyons être fidèles à ce Jésus de Nazareth qui, lorsqu'il rendait la voix aux muets, n'a jamais voulu censurer cette parole qui leur était rendue.C'est dans le courage de toutes ces luttes, dans l'espoir qu'elles suscitent et dans la souffrance qu'elles engendrent, bien plus que dans les protestations indignées et bien-pensantes, que nous retrouvons le visage de ce Jésus qui, aujourd'hui encore, ne peut lui aussi qu'avoir soif de la soif des fées.628 L'avancée de l'Opposition Syndicale au Brésil Un travailleur brésilien membe de la J.O.C.La revue Vie Ouvrière est heureuse de pouvoir vous mettre à nouveau en contact avec un travailleur brésilien connaissant bien l'Opposition Syndicale1; il nous apporte le message de la lutte et de l'espoir persévérant des travailleurs et des ouvrières du Brésil.Il est venu rencontrer la commission internationale du M.T.C.qui continue de tisser les fils de la solidarité entre les travailleurs québécois et les travailleurs brésiliens.Si dès 1964, pour des travailleurs plus avertis, il était clair que le coup d'état installait un gouvernement serviteur du grand capital, il n'était pas de même pour l'ensemble de la population.Privilèges fiscaux aux grandes multinationales, abolition ou modification des lois concernant les travailleurs telles que: travail garanti après 10 ans, indemnité au cas de licenciement, de sorte que le tapis rouge se déroulait en nivelant tous les droits des ouvriers sur son passage pour permettre ainsi ce qu'on a appelé "le miracle brésilien".Contre les syndicats domestiqués Les syndicats sont alors sous l'emprise directe du Ministère du travail, et les directions syndicales ont pour seule ressource celle d'assurer les bons offices de leur seigneur et maître, les multinationales.Même s'il existe une certaine utilisation populiste des syndicats pour 1 Nous avons déjà fait connaître le mouvement de l'Opposition syndicale au Brésil dans les dossiers 106 et 107, ainsi que dans le dossier 118; pour plus de renseignements, on pourra se reporter à ces dossiers.629 appuyer les revendications nationalistes de capitalistes brésiliens frustrés, les syndicats sont d'abord de nature assistantialiste.L'ouvrier y entre pour aller chercher des allocations aux enfants, des camps de vacances, assistance médicale, etc.Aucune revendication n'est possible car le syndicat, dans sa structure même, est un instrument d'appui inconditionnel au gouvernement: le Ministère du travail y contrôle les élections syndicales (il approuve les listes des candidatures qui doivent être accompagnées d'attestation judiciaire et idéologique), et les candidats sont révocables même après les élections.Il fallait systématiquement éliminer de la mémoire brésilienne la combativité ouvrière d'avant 1964.D'où venait alors la main-d'œuvre qu'exigeait la venue des grandes industries multinationales?Chassées de leur terre par la force ou la pression monétaire, des populations entières de paysans sont forcées de quitter et d'aller vers la ville.La réserve d'ouvriers à bon marché grimpe, et les salaires tombent.Il y avait 7,000 habitants à Sao Paulo en 1964, il y en aura 12,000,000 en 1978.En 1964, 70% de la population était aux champs; en 1978, 60% habitent les villes.D'où, chez certains ouvriers, la conscience d'un pressant besoin d'un mouvement ouvrier indépendant, qui doit s'organiser à partir des entreprises, avec un fonctionnement authentiquement démocratique.Pour cela, susciter des noyaux de travailleurs dans les entreprises, qui pourront devenir à long terme la base de comités d'entreprise; ensuite, créer des liens entre ces noyaux.La répression Ce travail, commencé vers 1968, est excessivement difficile car la répression est très forte: la direction syndicale trahit constamment la volonté des travailleurs, et des tensions se vivent à l'intérieur même de ce mouvement d'autonomie.Mais la ligne restera ferme: — le travail se fait avec des personnes et non avec des groupes, — toute opinion ou tendance peut se discuter, mais une fois la décision prise, c'est le respect de la volonté de la majorité, — l'opposition de ces travailleurs est une opposition à la structure syndicale, pour un syndicat libre, et non pas à la direction syndicale.Si l'Opposition Syndicale demeure faible dans son rapport avec le gouvernement, qui a à son service l'armée, ses prisons et la torture, 630 les derniers événements de mai et de novembre ont été un témoignage éloquent de la consolidation de ses assises chez les travailleurs, le recul de la peur et la montée de la conscience de classe.En mai dernier, il a fallu au Pouvoir une élection syndicale pleine d'irrégularités, déclarée nulle par le procureur de la justice du travail (on ne lui reconnaîtra pas la compétence pour le faire.) afin de stopper l'élection de la liste des candidats de l'Opposition Syndicale à la direction du syndicat.En novembre, lors de la lutte pour le réajustement des salaires, plus de 70,000 personnes débrayent dans un ordre parfait; 30,000 personnes participent aux assemblées syndicales, de vrais travailleurs, "des gens aux grosses mains".Bien que la grève soit déclarée illégale, les travailleurs ne bougent pas.Aussi la Justice y perd-elle sa crédibilité.Si à nouveau la direction syndicale trahit avec un vote manipulé (3,000 votants réels, et 6,000 votes déclarés) et que les multinationales réagissent violemment avec plus de 300 licenciements, surtout parmi les gars des comités d'entreprise ou de l'Opposition Syndicale, cela ne peut que masquer temporairement ce qui est la vague de fond: le grand avancement de la conscience ouvrière chez le peuple.L'Église au Brésil Et l'Église?Si pour la J.O.C.il a fallu travailler pendant un certain temps à contre-courant, aujourd'hui les solidarités sont réelles et avouées chez un bon nombre.Et les garants de cette victoire ce sont ces chrétiens réunis en groupes informels, pour réfléchir sur leurs conditions de vie en usine, en quartier, convaincus du potentiel révolutionnaire de la Révélation historique de Jésus de Nazareth.Quel est l'aspect spécifique de notre réflexion chrétienne?Nous partons de l'homme, et non d'un parti: l'homme est responsable de lui-même et des autres.Et toute discussion s'articulait sur des bases pratiques et des réalisations concrètes.Devant l'appauvrissement du peuple, la répression, etc.les structures d'Église ne pouvaient faire sourde oreille plus longtemps: les chrétiens de la base interpellaient radicalement.Un événement choc pour cette conversion à la conscience de la réalité ouvrière, ce fut l'arrestation de Don Hyppolito, évêque ouvert mais non radical, qui combattait l'Escadron de la mort.Les évêques ne pouvaient plus reculer, et cet événement a provoqué une extraordi- 631 naire prise de conscience dans une partie de l'épiscopat.Il faut lire le texte des évêques brésiliens au début de l'année, il va au fond des choses.Quelques témoignages sur les conditions des travailleurs Dans les multinationales, les conditions qui rendent le travail pénible et nourrissent quotidiennement l'oppression, ce sont les cadences, les heures supplémentaires rendues obligatoires en raison du danger de licenciement qu'entraîne un refus d'en faire, et des salaires minables.En 1976, 73% des ouvriers gagnent moins que 2 salaires minimum.Or, un salaire minimum est de 1560 cruseiros (i.e.$78.00 par mois): ils gagnent donc moins de $156.00 par mois (6.50 cruseiros de l'heure).Aussi voit-on des enfants de 10 à 14 ans qui travaillent à moins de la moitié du salaire minimum.La loi fixe à 14 ans le droit d'embauché, mais une licence peut être obtenue à partir de 12 ans pour raison suffisante.La mortalité infantile, de 1973 à 1974, passe de 63/1000 à 100/1000.Dans une fonderie où travaille notre camarade, 2 ouvriers meurent en moins de 48 heures.Un tourneur se fracture une jambe: après 6 mois il recommence à peine à marcher.Deux autres travailleurs se blessent grièvement: tous accidents de travail.Et cela, en moins d'une semaine.Cette même fonderie, en plein centre-ville, crée une pollution telle que les enfants de ce secteur ont une résistance 5 fois inférieure aux autres enfants.Et le voyagement dans ces villes tentaculaires.Notre camarade doit quitter la maison à 4.30 heures a.m.pour être au travail à 7 heures; et le soir il n'entre chez lui qu'à 20.30 heures, alors qu'il quitte l'usine à 17.45 heures.Dans une usine, succursale de Pirelli, les filles travaillent à la chaîne, asssises une derrière l'autre, sans droit de se parler.Une ouvrière enrhumée qui avait osé échapper "Mon Dieu que je suis enrhumée", se voit suspendue pour 2 jours.Dans cette même usine, il faut une carte contrôlée pour aller au W.C.(toilettes).Le stress est tel que dix ouvrières sont maintenant internées et sans espoir de récupération.Mêmes cadences furieuses et même système punitif à Volkswagen, dont une infirmière en clinique communautaire déclarait: c'est là où il y a le plus d'ouvriers affectés de troubles mentaux.632 Le journal de la J» O.C.Les jeunes de la J.O.C.viennent de publier le premier numéro d'un nouveau journal.Rempli de témoignages et de faits vécus, il présente également une analyse du chômage des jeunes et de ses conséquences.Des actions accomplies par des jeunes travailleurs d'autres pays viennent ouvrir l'esprit à une conscience internationale.On ne peut s'empêcher de dire bravo à cette initiative de la J.O.C: il manquait un journal de qualité fait par les jeunes et pour les jeunes travailleurs.Une enquête auprès des travailleurs d'entretien viendra alimenter le prochain numéro.Nous souhaitons bon succès aux jeunes, et nous suggérons aux lecteurs de se le procurer et d'en faire la promotion dans leur milieu.S'adresser à la J.O.C, 685 Décarie Nord, Montréal, Que.Le prix est .25 sous.n each n eaas.au QUI OliUXZ L£± UE.UX Offrez à vos amis un abonnement à la revue Vie Ouvrière.Donnez-leur l'occasion de partager vos découvertes.Abonnement d'un an: $9.00 Vie Ouvrière, 1201 Visitation, Montréal H2L 3B5 633 Pour tous les agents de la pastorale: prêtres, religieux, religieuses, laïcs, L'INSTITUT DE PASTORALE de L'UNIVERSITÉ SAINT-PAUL offre, pour septembre 1979, des programmes conduisant à la maîtrise: INITIATION AU MINISTÈRE Pour ceux qui se préparent d'une façon immédiate à une fonction dans le ministère: réflexion théologique et pastorale accompagnant un engagement personnel supervisé.Programme centrée sur l'étudiant et sur ses aptitudes dans la communication du Message du Salut.PASTORALE FAMILIALE Regard sur la famille contemporaine: une vision chrétienne renouvelée de l'amour, du couple, du mariage.Apprentissage à la relation d'aide et d'animation.Expérience de croissance où les dynamismes de chacun sont explorés dans leurs répercussions sur les relations interpersonnelles.LA RELATION D'AIDE (Counseling pastoral) Connaissances nécessaires à la pratique de la relation d'aide pastorale.Entraînement sous la supervision de spécialistes.Dégagements des ressources personnelles en vue d'un ministère plus efficace dans l'Église.LE COUPLE (Counseling matrimonial) Pour les diplômés en Pastorale familiale ou en Counseling pastoral, un programme visant à la formation de conseillers matrimoniaux professionnels.POUR RENSEIGNEMENTS: L'Institut de pastorale Université Saint-Paul 223 rue Main Ottawa, Ont.K1S 1C4 Tél.(613) 235-1421 634 Table de l'année Beauchemin, G.Un bon "Coup de Pouce" Beauregard, A.Une Bonne Nouvelle pour qui?Béland, G.Les employés acquièrent "Le Droit" Bélanger, P.Une stratégie d'exploitation des travailleurs à l'échelle mondiale Benfante, U.Rosaire Tremblay, ouvrier et prêtre Benoît, M.Des travailleurs mis à la retraite forcée (Dupuis Frères) Betty, J.Le regroupement des accidentés du travail Boisvert, D.L'évolution récente de la politique d'immigration au Canada Bourbeau, P.-E.Pourquoi je me suis engagé dans le syndicat Brésil L'avancée de l'Opposition Syndicale au Brésil Bronzati, D.L'union des travailleurs immigrants au Québec Brûlotte, M.La JOC au Xle festival mondial de la jeunesse à Cuba C.H.S.C.(Les employés de) Le conflit à la buanderie de Hull Collectif Des chrétiens partagent la soif et la colère des Fées CSN (Publication de la ) Pour se préparer à la retraite Caron, N.Mais où donc est passé "Québec-Presse" Charland, P.-E.Hommes de peine et femmes de ménage » Qui sont ces travailleurs?» Les travailleurs immigrants n Les vieux nous ont raconté 415 622 283 121 489 161 407 106 157 629 96 504 229 625 539 288 2 5 66 130 635 Chartrand, M.Comte, F.Corrivault, M.Demers, Richard Desaulniers, J.-P.Desjardins, T.Dessailly, O.Doray, P.Les victimes de la rentabilisation Syndicat ou club social?En guise de présentation Jeunes au travail — Jeunes sans travail (Pierrette Sartin) Une région où règne l'insécurité Militants et prophtèes Le pouvoir économique des travailleurs Attention à votre fonds de pension! Une caisse au service des travailleurs Les banques canadiennes et l'apartheid La vie en usine Michel Chartrand et le respect de la vie des travailleurs Pour un contrôle des travailleurs sur leur caisse de retraite Pourquoi "Le Soleil" est en grève La vie ouvrière à Lachute: usine C.I.L.Quand les media condamnent La préparation à la retraite est aussi une responsabilité syndicale Pour un nouveau modèle de développement au Nord-Ouest québécois La gestion des régimes supplémentaires de retraite Douville, Mgr A.(1974) Les employés des Institutions religieuses Drolet, L.Durero, P.Eliana Entraide Missionnaire Filion, C.Forest, J.636 Un chanceux, un rival ou un allié?Les buanderies communautaires: un premier pas dans la centralisation des services 194 237 322 383 386 450 514 632 545 554 578 471 528 272 599 292 181 389 520 41 67 197 87 497 Une chilienne en exil Lettre ouverte aux Latino-américains Les Centres de formation des immigrants (COFI) 99 Après cinq mois de conflit à "La Presse" 279 Fortier, J.Il y a neuf ans, Toilet Laundries 233 Front Commun (Le) Le Front commun des Communications: un outil nécessaire 316 Fournier, L.La police secrète aime bien les journalistes.353 G.C.(Fils de la Charité) Cheminement d'un prêtre-ouvrier 245 Gariépy, D.À quoi servent les comptoirs alimentaires?562 Gauthier, H.La vie d'un lumber jack 145 Gauthier, M.La vie dans les mines 403 Graveline, P.De la nécessité d'une presse ouvrière 345 Guimond, R.Le conflit des employés d'entretien à la CTCUM 59 » L'affaire de la Commonwealth Plywood 240 » Une association de téléspectateurs.Pour qui?312 » Les Québécois lisent-ils?323 » Les media, un outil de contrôle déguisé 378 » La lutte des postiers 566 Hamelin, Mgr J.-G.Un défi à une jeune Église 432 Hardy, C.Que pensez-vous des immigrants?(Sondage) 72 Interviews Mati, femme de ménage 15 » Tania, l'immigrante 17 » Francine, une cardiaque 19 » Les problèmes de l'immigrant haïtien 81 >» Ce qu'en pensent les travailleurs 208 ft Comment on fait des bouteilles à Domglass 591 Jacques La vie ouvrière à Lachute: usine Ayers (U.O.P.) 603 J.O.C.Le journal de la J.O.C.633 Labarre, L.Quelques bonnes raisons de se méfier de la publicité 298 » Analyse d'un message publicitaire: "Master Charge" 302 Lanoue, R.La Caisse St-Charles appartient-elle aux travailleurs ?550 637 Leboeuf, L.Leboeuf, F.Leboeuf, R.et E.Berger, A.et A.Leclerc, J.-C.Lemieux, F.Levac, R.Lillo-Gervais, C.McGurk, R.et C.Marchand, M.Marchessault, G.Martineau, J.Matte, A.Ménard, G.Miller, L.Mournoir, L.Ouellette, R.et V.638 Le décret de l'Entretien ménager "Un outil pour qui?" 32 Des Portugais chez-nous: qui sont-ils?74 Devenir étranger chez soi: les amérindiens 165 Les media, un outil de contrôle déguisé 378 Le Baptême, dans une Église engagée 442 Histoire de la caisse des policiers de Montréal 535 Expérience de solarité dans le contrôle d'une caisse de retraite 537 Le Baptême, dans une Église engagée 442 Deux couples de Vallefield 149 Droit à l'information et pouvoir des citoyens 349 Un pouvoir méconnu, limité, mais réel 517 Une coopérative funéraire bien en vie 424 Ce que l'on fait dans un buanderie communautaire 201 Des chrétiens impliqués dans le conflit à C.J.R.P.308 Le Congrès national du M.T.C.506 Les COFI, vus par une ancienne étudiante 103 Être concierge pour un logement gratuit 27 Les immigrants et le travail domestique 92 Les media: les élites et le monde ordinaire 331 Reconquérir sa fierté 21 À la recherche d'un logement 413 La vie qui vient de la marge: réflexion sur l'expérience des militants 492 Se réapproprier l'Évangile: réflexions sur le "pouvoir théologique" des travailleurs 572 Où passe l'argent des Québécois?558 La pauvreté et les pauvres 320 Histoire du mouvement ouvrier en Abitibi 397 Page, A.Paradis, J.Parent, M.Patenaude, G.Pineau, F.Poirier, R.Politisés Chretiens Potvin, R.Prince, J.-G.Redaction Rivard, M.Roback, Lea Robert, G.Rouillard, R.Sœur en usine St-Pierre, A.Spooner, J.Syndicat des employés des services communautaires Hospitalier de Québec (CSN) T.V.C.R.A.Taillon, D.Thiénot, M.Tremblay, Gaétan Tremblay, Gisèle Tremblay, R.Combien ça coûte pour travailler?541 L'intégration du personnel d'entretien 30 Madeleine Parent et les syndicats du textile 453 Le syndicalisme à St-Hyacinthe 133 "Canada au travail": remède au chômage?613 Le langage ouvrier dans un journal de quartier 359 Une société à refaire: mais comment?185 La rénovation urbaine au Québec: un colloque populaire en préparation 434 La Coopérative de Télévision de l'Outaouais 259 Dans une usine de meubles 581 Les clubs coopératifs alimentaires 421 Comment l'organisation syndicale est indissociable de la vie de quartier 461 Un syndicat chez les employés d'Église 36 La vie d'un aide-concierge 9 L'apprentissage de la lutte 607 Bûcheron dans le Bas-du-Fleuve 140 La Maison Coopérative de Rouyn 427 Historique des Services Communautaires hospitaliers de Québec 205 La lutte pour la santé et la sécurité au travail 214 Une télévision communautaire dans la région de l'Amiante 267 D'une buanderie locale à une buanderie communautaire 226 La situation économique des retraités 175 Les lignes ouvertes, instrument de contrôle social 304 Comment sont traités les conflits de travail dans les média 338 Vie et travail en quartier populaire 485 639 Liste des dossiers 121 Hommes de peine et Femmes de ménage 1 122 Le travailleur immigrant, un rival ou un allié?65 123 Les vieux nous racontent hier et aujourd'hui 130 124 Les buanderies et leurs employés 193 125 Le pouvoir de l'information 1 — Expérience et luttes 257 126 Le pouvoir de l'information 2 — Bilan et prospectives 321 127 Une région ou règne l'insécurité le Nord-Ouest québécois 385 128 Vie des militants Madeleine Parent Léa Roback Michel Chartrand 449 129 Le pouvoir économique des travailleurs 514 130 La vie en usine ou l'homme-outil 578 BERNARDIN FRÈRES INC.ASSURANCES — INSURANCE 8000 ST.DENIS, MONTREAL H2R 2GI TEL.384-9200 G SIÈGE SOCIAL: 625 Deslauriers, St-Laurent 336-7070 MONTRÉAL: 5940 Papineau 273-8861 6270 ouest St-Jacques West 489-8221 9061 boul Pie IX Blvd.325-0562 POINTE-CLAIRE: Centre d'Achats Fairview Fairview Shopping Centre 694-3310 ST-LAURENT: 3703 Côte-Vertu 336-7840 LAVAL: 1G90 boul Labelle Blvd.(Chomedey) 688-3751 1179 des Laurentides, Vimont LONGUEUIL: 405 ouest Curé-Poirier West 677-9136 P.A.T.: 11675 est Notre-Dame East 645-9261 GREENFIELD PARK: 900 boul Taschereau VITRERIE GÉNÉRALE PLATE GLASS: 8120 Alfred, Ville d'Anjou 354-7550 be au Liée /Ltd.F.-X.DROLET INC.Atelier de mécanique et fonderie Spécialité: ascenseurs QUÉBEC, 245, rue Du Pont MONTRÉAL, 2III, boul.Henri-Bourassa est Tél.: 522-5262 Tél.: 389-2258 La vie en usine Dans une usine de meubles Comment on fait des bouteilles à Domglass La vie ouvrière à Lachute À l'usine de la C.I.L.À l'usine Ayers (U.O.P.) L'apprentissage de la lutte "Canada au travail": remèdes au chômage?Une Bonne Nouvelle pour qui?Des chrétiens partagent la soif, et la colère des Fées Table des sujets de l'année 1978 IMPRIMERIE NOTRE D*Mt "iCMHiEU Çut 1S1Î2 Prix: $1.00
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