L'oiseau bleu /, 1 janvier 1935, août - septembre
C OiseauBlEU Rédaction et administration, 1182, rue Saint-Laurent Montréal, Canada Abonnement: Canada et Etats-Unis: $1 Conditions exceptionnelles aux collèges, couvents et écoles Téléphone: PL.-itc.iu 1131 VOLUME XVI — Nos 1-2 MONTREAL, AOUT-SEPTEMBRE 1935 Le numéro 10 sous LE GRAIN DE SÉNEVÉ 2 L'OISEAU BLEU Hommage à la première éducatrice de Ville-Marie C'était au printemps de 1658.Marguerite Bourgeoys, quatre ans après son arrivée au Canada, ouvrait la première école de Ville-Marie.UOiseau bleu, au début de l'année scolaire, rappelle à ses lecteurs cette belle page de notre histoire.Pour en accentuer le charme, M.Louis-Joseph Dubois, artiste, a su faire revivre, dans un genre tout nouveau et qui ne manquera pas de plaire, cette scène touchante de la vie de la mère de la colonie.La vénérable fondatrice des Dames de la Congrégation, que le peuple canadien souhaite vivement pouvoir bientôt invoquer publiquement, donne sa première leçon de catéchisme à ses élèves.N'était-ce pas dans le but de se consacrer à l'instruction et à la formation religieuse et intellectuelle des enfants qu'elle avait consenti à venir à Montréal?Si elle a tant tardé de commencer son œuvre, c'est que Ville-Marie comptait peu d'enfants à son arrivée.Presque tous mouraient en bas âge.Dès que le nombre fut assez considérable, elle se détermina à ouvrir une école proprement dite.Jusque-là, elle était allée de maison en maison instruire ceux qui avaient échappé à la mort.Mais elle est représentée dehors, me dites-vous?Il importe de rappeler que la courageuse institutrice n'avait pour inaugurer son œuvre, "qu'une pauvre étable de pierre qui avait servi jusque-là de colombier et de logis pour les bêtes à cornes".C'est cette maisonnette, longue de trente-six pieds et large de dix-huit, qui servit de berceau à la grande institution qui illustre aujourd'hui l'Église du Canada: la Congrégation de Notre-Dame.Sœur Bourgeoys, comme on l'appelait déjà, reçut cette humble habitation de M.de Mai-sonneuve pour s'y loger avec ses compagnes et y donner l'instruction chrétienne aux enfants français et sauvages de la colonie.Mais le zèle de l'apôtre supplée à l'accommodation et à l'espace.Toute son ambition se borne à gagner des âmes à Dieu.Aux trois orphelins qu'elle a recueillis et qu'elle héberge: Jeanne Loisel, Jean Desroches et une petite Indienne qu'on appelle Marie des Neiges, se sont joints quelques autres fillettes et garçonnets que son cœur de mère a su attirer.La pieuse fille avait déjà de l'emprise sur ces jeunes âmes.Les enfants de Ville-Marie l'avaient vue tant de fois visiter les foyers, consoler les pauvres, soulager les maux du corps et de l'âme, recueillir les orphelins, qu'ils s'y étaient attachés et avaient appris à l'aimer.Sans connaître encore jusqu'où pouvait s'étendre le dévouement et le zèle de cette étrangère, ils allaient à elle avec confiance.Et la confiance engendre l'amour.Leur grande amie, à l'égal d'une mère, avait gagné leur cœur.Il ne restait plus à l'institutrice qu'à conquérir l'esprit de ses élèves.Ce lui fut chose facile.Le terrain était bien préparé pour recevoir la bonne semence.Ces jeunes intelligences étaient avides d'apprendre la doctrine chrétienne et tout ce qui pouvait alimenter leur esprit et l'orienter vers le beau et le bien.L'heure ne tardera pas où il lui faudra des auxiliaires, tant le nombre des écoliers et écolières ira grandissant.C'est alors qu'elle jettera les bases de sa congrégation et qu'elle se consacrera à l'éducation des filles.En donnant sa première leçon, Marguerite Bourgeoys voyait plus que le présent chez ses élèves.Elle percevait clairement l'avenir de la colonie avec tous ses besoins.Ces enfants représentaient pour elle les générations futures.Bien former leur esprit et leur cœur, c'était préparer de bonnes familles et une société chrétienne qui feraient du Canada un grand pays chrétien.Si modeste que paraisse cette scène, elle est grande dans sa simplicité parce qu'elle est sublime dans son étendue.G.de l'Espoir EN BADINANT SUR LES LETTRES Quelles sont les lettres les plus anciennes?Les lettres a, g.Les plus légères ?Les lettres 1.é.Les moins faciles à lire ?Les lettres f, a, c.Les moins spirituelles?Les lettres é, b, t.Les plus laborieuses ?Les lettres o.q.p.Qu'on ne voit que par morceaux?Les lettres k.c.Les plus impies?Les lettres a, t.Les plus remuantes ?Les lettres a, j, t.Les plus soumises?Les lettres o.b.i.c.Les plus hautes?Les lettres 1.v.Les plus difficiles à manier ?Les lettres r, i, c.Qui prêchent l'action?Les lettres a, j, c.Qu'on aime ?Les lettres m.é.Qu'on n'aime pas?Les lettres a.i.Coupées en morceaux ?d, p, c.Mortes?d.c.d. L'OISEAU BLEU 3 l'écolier et l'ecoliere patriotes Initiative opportune M.Charles-A.Shaffer, inspecteur d'écoles, membre dévoué de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, a proposé l'an dernier aux élèves des classes complémentaires de son district d'inspection un sujet de rédaction française d'une grande actualité.Quel était-il donc ce sujet pour susciter autant d'intérêt parmi le petit monde des écoles?Je voudrais vous le laisser deviner.Pourquoi pas?.Ne cherchez-pas en vain, car le voici: Que doit être l'écolière patriote?M.Shaffer a reçu plusieurs compositions dont quelques-unes méritent d'être lues avec profit.La place cependant est si mesurée dans les pages de Z'Oiseau bleu qu'il n'est pas possible de les reproduire en entier.Sous le titre V Ecolier et l'écolière patriotes, Z'Oiseau bleu va publier quelques extraits des manuscrits soumis à l'examen de l'inspecteur.Il le fait dans le dessein de récompenser l'effort, la bonne volonté et le travail des concurrents.Ceux-ci, s'inspirarit des ouvrages que M.Shaffer leur a recommandés et aidés de leurs professeurs, rappellent avec beaucoup d'à-propos des vérités que les Canadiens français sont trop souvent portés, hélas ! à oublier.Il faut se réjouir d'une initiative aussi opportune.Il faut féliciter les élèves qui s'efforcent de développer en eux le sens patriotique et les éducateurs qui se prêtent de bonne grâce à ce mouvement nécessaire.L'OISEAU BLEU RÉPONSES DE.Mlle Françoise Langevin, 7ème année.Ecole Sainte-Véronique Qu'elle est heureuse l'écolière patriote de bien parler cette langue bénie qui, la première sur les bords du majestueux Saint-Laurent, dit le nom de l'Eternel et fit monter vers le Ciel la première prière: celle que nos mères nous ont apprise et que nous conserverons aussi longtemps que nous resterons fidèles à notre doux parler de France.Mais ce verbe si beau, si religieux, si artistique ne cède pas volontiers ses secrets, il demande qu'on l'étudié avec zèle et persévérance.C'est avec joie que l'écolière patriote salue l'heure qui va lui parler de ses ancêtres, de leurs exploits, de leurs victoires, de leurs travaux.Mais elle s'intéresse davantage aux actes héroïques accomplis par les femmes.Elle ne se contente pas du petit manuel scola:ie„ /najs.elle cherche à connaître l'histoire de chaque coin de terre où ses ancêtres ont peiné.A l'extérieur, sa politesse, son affabilité, ses bonnes manières, sa tenue modeste font admirer en elle la culture française.Elle garde le sens national dans chacun de ses actes, si simples soient-ils.Mlle Antoinette Royer, 7ème année A, Ecole Saint- Eusèbe Aucune matière n'intéresse l'écolière patriote autant que l'Histoire du Canada d'où elle tire de grandioses leçons de courage et de patriotisme.On se demande souvent pourquoi les Canadiens français, pourtant en grand nombre et aussi intelligents que les autres, sont relégués au second plan dans leur propre pays.C'est qu'ils se laissent dominer par toutes sortes de races étrangères qui envahissent notre beau Canada et s'emparent, pour les exploiter à notre détriment, de toutes les richesses qu'il renferme.C'est à nous, les jeunes, qu'incombe le devoir de mettre ordre à cet état de choses en pratiquant la solidarité.Partout et toujours l'écolière se présentera comme Canadienne française et exigera qu'on lui réponde dans sa propre langue.Mlle Denise Morasse, 7ème année, Ecole Saint-Eusibe On peut être patriote même à l'école, n'est-ce pas?Celle qui met tout son cœur à étudier^la grammaire française, livre par excellence pour apprendre à parler et à écrire correctement notre langue, fait preuve d'un vrai patriotisme.La petite patriote désire imiter ses aïeux tout empreints de foi profonde, de générosité spontanée, de charité chrétienne, d'hospitalité cordiale, de gaieté française, de vaillance au labeur et devant le danger.N'a-t-elle pas là tout un beau programme de vie?L'écolière doit faire tout son possible pour maintenir dans sa famille les traditions ances-trales et si plus tard elle a charge de famille, •çHe le>'.f,ara r-eidvre dans^son foyer. 4 L'OISEAU BLEU Dans les tramways, où elle coudoie des gens de toutes les nationalités, elle se fait un honneur d'exhiber le titre de romans canadiens, au lieu de revues anglaises.Mlle Cécile Adam, 8ème année A, Ecole Sainl-Eusèbe L'écolière patriote aime à feuilleter les livres canadiens où là encore s'alimente son amour des choses de chez nous.Elle ne fait pas comme certaines gens qui favorisent les marchands étrangers sous prétexte qu'ils vendent moins cher.Cet argument est faux, car pour quelques sous de différence, les ennemis de notre race vendent des marchandises de mauvaise qualité et s'enrichissent aux dépens des nôtres.Il faut que les partisans de l'anglicisation se butent contre notre volonté bien arrêtée de rester Française.Mlle Blanche Payette, Sème année B, Ecole Saint-Eusèbe Il semble que l'homme fasse plus que la femme pour la patrie, mais, bien que son rôle soit plus manifeste, il n'en est pas plus grand.La femme est comme l'ange gardien: elle peut gouverner le monde à condition de rester cachée.Son influence est très grande.Il est donc d'une capitale importance de lui faire envisager ses devoirs de patriote dès sa jeunesse.La légende du patois canadien est disparue, mais il reste qu'en général nous ne soignons pas assez notre langage.Puis quand on la connaît bien notre histoire nationale, on n'accepte plus comme des dogmes les moqueries de certains gouailleurs qui nous représentent nos grand'mères comme de bonnes vieilles femmes crédules, ayant peur des loups-garous et des feux-follets.Elle ne craint pas la jeune patriote de chanter une romance canadienne au salon.Nos chants canadiens, par leur grâce ingénue et leur simplicité, sont supérieurs à certaines chansons modernes, toujours à même thème et alarmant les oreilles pudiques.D'excellentes revues canadiennes, comme l'Oiseau bleu, devraient être dans toutes les familles.S'agit-il d'achats, l'écolière patriote ne craint pas de faire quelques pas de plus pour se rendre chez un marchand canadien-français où elle sera sûre de la pesée et de la qualité.Elle demande toujours des produits canadiens.: Il ne faut pas oublier que le succès des nôtres se traduira en aumônes, en fondations, en œuvres nationales, tandis que les étrangers enrichis par nous se retirent dans leur pays et emportent nos richesses.La campagne fournit des vivres, la ville les consomme.Songeons-nous souvent à donner notre préférence aux produits qui nous viennent de nos cultivateurs?Beaucoup ne font aucune distinction entre une boîte de conserves (tomates, fèves, pois, etc.) qui vient de notre province et une boîte qui vient de l'extérieur.Ils commettent une grave erreur en agissant ainsi.Sachons nous soutenir, nous encourager mutuellement.Il faut bien comprendre qu'aimer son pays, être fier de sa race, cela ne veut pas dire haïr les races qui nous entourent.L'esprit chrétien ne suppose pas qu'on haïsse les autres.Mais, est-ce que bonne charité ne commence pas par soi-même?Aimons d'abord les nôtres.Un joli conte arabe Un maître d'école pédant monte dans la barque d'un batelier pour traverser un fleuve aux flots impétueux.A peine dans la barque: — Connais-tu l'histoire?demande le maître d'école.— Non, répond le batelier.— Alors, la moitié de ta vie est perdue.Un peu plus loin le pédant reprend: — Connais-tu les mathématiques ?— Non, répond encore l'homme du peuple.— Alors, les trois quarts de ta vie sont perdus.Mais à peine a-t-il prononcé ces derniers mots, un coup de vent fait chavirer la barque, et nos deux hommes tombent à l'eau.— Sais-tu nager?crie le batelier à son compagnon.— Non, répond celui-ci.— Alors fait le batelier, toute ta vie est peMue;;;'; L'OISEAU BLEU 5 CONGRES D'AVANT-CARDES Le congrès des avant-gardes dirigées par les RR.FF.du Sacré-Cœur, tenu au cours du mois d'août dernier, a été couronné d'un beau succès.Les directeurs de ces avant-gardes n'ont pas manqué de préparer le programme de l'année nouvelle.Il en sera question dans la prochaine chronique.Pour la quatrième fois, l'avant-garde Saint-Thomas d'Aquin, de Saint-Hyacinthe, a remporté le trophée de Yaction nationale.L'avant-garde Rouleau, de Montréal, a gagné celui de l'action sociale.Il nous plaît de féliciter ces deux avant-gardes confiées aux bons soins des RR.PP.du Sacré-Cœur.ECHOS D'IBERVILLE Iberville se fait remarquer par son activité acéji iste.Les vingt-trois avant-gardes dont les RR.FF.Maristes ont la direction n'ont pas chômé pendant les vacances.Elles ont tenu une exposition des travaux, tracts, et diagrammes relatifs à cet organisme important qu'est l'avant-garde.Les visiteurs ont vivement apprécié cette initiative on ne peut plus pratique.RAPPORTS Le secrétaire de la Commission des avant-gardes invite toutes les avant-gardes à lui adresser leurs rapports au moins cinq semaines avant la publication de chaque livraison de l'Oiseau bleu.Une trop grande discrétion de la part des directeurs peut jeter le rédacteur de cette chronique dans le plus grand embarras.Le plus ardent désir de celui-ci, c'est d'être juste envers tous les groupes.CONNAIS-TU MONTREAL?Le 2 octobre prochain marquera le quatrième centenaire de la découverte de l'île de Montréal par le célèbre navigateur malouin Jacques Cartier.C'est la raison pourquoi le Comité des avant-gardes a choisi, pour l'année 1935-1936, ce thème-ci: Connais-tu Montréal?Ce sujet est bien propre à inspirer aux jeunes Acéjicistes de puissants motifs de fierté; ils en recueilleront de fortes leçons qu'ils n'oublieront pas de leur vie.Tour à tour, ils étudieront l'origine et le prodigieux développement de la métropole du Canada, son organsiation religieuse, scolaire et civile, son essor industriel et commercial, etc., etc.Afin de les guider dans cette étude, VOiseau bleu publiera une série de résumés.Voici le programme d'octobre et de novembre: Elude historique de Montréal.Cf.a) Histoire de Montréal, de Camille Bertrand, Beauchemin, Montréal, 1935; 6) Histoire populaire de Montréal de A.Leblond de Brumath, Granger Frères, Montréal, 1890.Aperçu historique 1° Avant la fondation — Découverte de l'île de Montréal par Jacques Cartier (2 octobre 1535) — Village d'Hochelaga — Visite de Champlain en 1609 — Situation géographique.Biographie de M.de la Dauversière.— La Compagnie de Montréal: principaux membres; leur but apostolique.— Biographie de Maison-neuve et de Jeanne Mance.2° Fondation—Premiers colons: hiverne-ment à Québec; arrivée à Montréal, première messe (18 mai 1642).— Travaux de défrichement et luttes contre les Iroquois.— Situation critique.Etablissement stable: nouveaux colons et artisans (1653).— Arrivée des Sulpiciens (1657).— Marguerite Bourgeoys et son œuvre.—Combat du Long-Sault (1660).— Ile de Montréal cédée aux Messieurs de Saint-Sul-pice (1663).— Départ de Maisonneuve (1665).(À suivre) 6 L'OISEAU BLEU Lisez L'OISEAU BLEU et faites-le lire L'Oiseau bleu de septembre a 32 pages au lieu de 24.Les aura-t-il pendant toute la présente année scolaire ?Oui! si vous le voulez, car il n'en tient qu'à ses lecteurs et à ses propagandistes qu'il les ait.Que de fois les directeurs de la Société de Saint-Jean-Baptiste n'ont-ils pas été invités à rendre YOiseau bleu plus volumineux, à multiplier dans chaque numéro le nombre des illustrations.Eh bien, cette année, ils acquiescent à cette demande très souvent exprimée.Le bienveillant accueil que les éducateurs ont réservé à YOiseau bleu depuis quinze ans les y incite fortement.Mais.oui, il y a un mais, et qui ne sera pas un obstacle au succès de YOiseau bleu, nous en avons l'assurance.L'abonnement sera désormais d'un dollar ($1) et le numéro se vendra dix sous.Combien d'écoliers et d'écolières dépensent chaque mois plusieurs fois dix sous pour acheter des bonbons , de la crème glacée, des rafraîchissements, des brimborions de toutes sortes.Et tous ces achats exigent une jolie somme.Et quels sont ceux qui trouvent que ça coûte trop cher ?Plus un bonbon et plus une friandise coûtent cher, meilleurs ils sont, n'est-ce pas ?Ils sont plus délicieux du moins.Pourquoi cela?Parce que le sacrifice a été plus grand pour se les procurer.Vous aimez lire YOiseau bleu, il vous intéresse; vous voulez qu'il vive, qu'il grandisse, vous y tenez ?L'augmentation du prix que nous vous annonçons ne vous empêchera donc pas de l'acheter chaque mois, ou de vous y abonner, ce qui serait encore bien mieux.Votre sacrifice n'atteindra jamais celui que la Société de Saint-Jean-Baptiste s'impose depuis 1920 pour vous offrir cette revue rédigée tout particulièrement pour vous, pour la jeunesse.Et voilà! Vous allez donc continuer à lire YOiseau bleu et à l'apprécier davantage parce qu'il vous coûtera plus cher.Plus que cela! Vous allez nous aider à le faire connaître et à le répandre.Quel lecteur ne peut pas se donner cette peine, s'imposer ce travail minime en somme?L'Oiseau bleu n'est-il pas la revue par excellence des jeunes Canadiens français, des jeunes Acadiens, des jeunes Franco-Américains?Il fera tout pour conserver ce beau titre et cette bonne réputation.Les éducateurs, les éducatrices le propagent et encouragent le plus possible sa diffusion parmi la gent écolière.Donc, vous en êtes ?C'est entendu, puisque YOiseau bleu est votre revue.Et vous, parents, vous ne refuserez pas un abonnement de YOiseau bleu à vos enfants ?Revue illustrée pour eux, elle mérite votre appui et votre encouragement.Elle développera chez les jeunes le goût de la bonne lecture et fera naître en eux l'amour de l'histoire et de la patrie canadiennes.Jugez-en ! L'OISEAU BLEU 7 L'OISEAU BLEU publie: a) des contes, b) des récits historiques, c) des légendes, d) des leçons d'his-roire, e) un feuilleton canadien, f) des notes de philatélie, accompagnées de vignettes g) de courtes biographies, h) le "Courrier le la Fauvette", i) des rubriques réservées aux Cercles des Jeunes naturalistes et aux Avant-gardes de l'A.C.J.C, j) des poèmes canadiens, k) un concours mensuel, 1) des anecdotes canadiennes, m) des historiettes et bons mots, etc.Nos artistes James Me Isaac et Louis-Joseph Dubois illustreront chaque numéro aussi abondamment que possible.Conditions d'abonnement : Canada et Etats-Unis, SI par année, le numéro, 10 sous.Pour vous abonner, il suffit d'écrire au directeur de L'OISEAU BLEU 1182, rue Saint-Laurent, Montréal BULLETIN D'ABONNEMENT Ci-inclus la somme de.) pour.abonnement.à /'Oiseau bleu, de.1985 à.193____ Signature.Adresse.(Écrire très lisiblement) COLLECTION DE L'OISEAU BLEU Une littérature pour les enfants doit être écrite directement pour eux.Les ouvrages qui donneront à notre jeunesse le goût des choses de l'esprit feron, peut-être plus pour relever le niveau intellectuel de la race que les gros livres savants qu'on lit trop peu.Paul-Émile Fahley, C.S.V.La collection de i'Oiseau bleu relié, placée dans les bibilotheques des académies et des écoles, suscitera un vif intérêt chez nos élèves.Il est regrettable que sept volumes soient déjà épuisés et que plusieurs autres soient rares.BULLETIN DE COMMANDE A adresser à l'Oiseau bleu, 1182, rue Saint-Laurent, Montréal Je désire me procurer les volumes suivants de l'Oiseau bleu relié: ?VOLUME I année 1921 (épuisé) Prix Franco VOLUME II M 1922 VOLUME III ' 1923 VOLUME IV h 1924 « VOLUME V ' 1925 " VOLUME VI " 1926 VOLUME VII " 1927 VOLUME VIII " 1928 (rare) 1.00 1.05 VOLUME IX " 1929 « 1.00 1.05 VOLUME X " 1930 " 1.00 1.05 VOLUME XI " 1931 .65 .70 VOLUME XII " 1932 (six mois) .50 .55 VOLUME XIII " 1932-33 .65 .75 VOLUME XIV " 1933-34 .65 .75 YOUMK XV " 1934-35 .65 .75 ?Biffer les volumes non choisis.Ci-joint Mandat de poste(ou chèque) à l'ordre de l'OISEAU BLEU.NOM ET PRÉNOM.ADRESSE.Le.193.(Signature). 8 L'OISEAU BLEU Sac au dos, allons! Voici septembre ! L'heure du repos est terminée et la cloche de l'école rappelle au travail la troupe bruyante des écoliers.L'Oiseau bleu sait très bien que ce n'est pas sans regret que vous avez renoncé au farniente des vacances, aux joyeuses promenades à travers champs et bois et aux mille et une distractions des mois de juillet et août.Vous voilà en classe pour une nouvelle année dans le dessein de travailler à la préparation de votre avenir.On vous le dira à satiété.Vous vous adonnez à l'étude pour vous instruire, pour vous former, pour vous outiller en vue des combats que vous livrerez pour la défense de la religion et de la langue frariçaise.On vous le répétera aussi: le sort de la patrie dépend de la jeunesse qui monte à l'assaut de la vie.Au spectacle de ces milliers d'enfants au début d'une année scolaire, qui ne se demande avec inquiétude: que seront-ils plus tard?Ils seront sans doute ce que l'école les aura faits 'ils sont studieux, attentifs aux leçons de leurs professeurs et tout pleins d'ardeur au travail.Pouvoir s'instruire, donner à ses facultés intellectuelles tout leur développement, que bienfait inappréciable ! Songez-vous parfois que vous en êtes redevables à Dieu et à vos parents f C'est par votre esprit d'obéissance et votre application que vous prouverez votre reconnaissance.Aimer l'école, aimer l'étude, aimer ceux qui vous dirigent et vous enseignent, c'est être sérieux, c'est être reconnaissant.Devenir quelqu'un sur qui la patrie peut et doit compter.N'est-ce pas là l'idéal vers lequel, tous, vous devez tendre ?L'OISEAU BLEU L'OISEAU BLEU 9 -if No 37 Août-Sjptembrc 1935 affiliés a la société canadienne d'histoire naturelle Directeur général: R.F.Adrien, C.S.C., Institut botanique, Université de Montréal.Sous-directnce: Rév.Sr Sainte-Alphonsine, C.N.D., Collège Marguerite-Bourgeoys.Secrétaire général: M.Jules Brunel, Institut botanique, Université de Montréal.Secrétaire adjointe: Mlle Marcelle Gauvread, Institut botanique, Université de Montréal.Trésorier: M.Jacques Rousseau, Institut botanique, Université de Montréal.CHEFS DE SERVICE Botanique: R.F.M ahie-Victorin, F.E.C., Institut botanique, Université de Montréal.Zoologie: Dr Georges Préfont aine, département de Zoologie, Université de Montreal.Entomologie: M.Gustave Chagnon, département de Zoologie, Université de Montréal.Minéralogie-géologie: R.P.Léo Morin, C.S.C., Collège de Saint-Laurent.Publicité: R.F.Narcisse-Denis, F.E.C., Académie Saint-Léon, Westmount.UNE MIETTE PERDUE DE LA LAURENTIE LES ILES DE LA MADELEINE L'archipel de la Madeleine est situé au milieu du golfe Saint-Laurent.Il est allongé, en forme d'hameçon, dans la direction nord-est sud-ouest, à quatre-vingt-dix milles de Terre-Neuve, cinquante milles du Cap-Breton, cent milles de la Nouvelle-Ecosse, soixante milles de l'île du Prince-Édouard et cent cinquante milles de Gaspé.Exception faite de l'île d'Entrée, de l'île Brion et du rocher aux Oiseaux, les îles de la Madeleine comprennent en outre les îles du Havre-au-Ber, de l'Etang-du-Nord, du Havre-aux-Maisons, de la Grande-Entrée, et la Grosse-Isle.Elles sont reliées entre elles par de longues dunes: la dune du Nord, la dune du Sud, et la dune de l'Est.Le premier rubis du golfe est Vile d'Entrée, haute, couverte de mamelons arrondis et verdoyants, murée d'abruptes falaises en grès rouge.* *Ce petit texte, et les autres qui suivront, sont tirés des Croquis Laurenliens, du Frère Marie-Victorin, dont un chapitre en particulier, Les Madelinots, est merveilleusement écrit.L'île d'Entrée a vaguement l'aspect d'une baleine surgie comme par enchantement du sein des eaux, sur lesquelles elle se repose maintenant, à travers l'horizon bleu; c'est ainsi du moins qu'elle nous apparaît.Vue des autres îles, l'île d'Entrée prend mille tons variés.Suivant les heures du jour et les caprices du mirage, le paysage change, s'élargit ou se condense.Tantôt l'île d Entrée parait énorme et prochaine, tantôt elle se voile et se retire dans un mystérieux lointain.Et quand la nuit, venant sur les eaux, menace de l'étreindrc toute, brusquement, sur les hauteurs, jaillit un faisceau lumineux qui, silencieusement, fouille les ténèbres.Maintes fois, en effet, nous avons pu observer à loisir ce phénomène.L'île d'Entrée est habitée par des Anglais.Notre bateau ne fit que la contourner, et c'est exactement à trois heures et dix du matin, le 20 juillet 1934, que le cri du borgo nous fit sursauter.Sans même nous rafraîchir avec la traditionnelle débarbouillette, nous nous sommes précipitées sur le pont.Nous arrivions au Havre-au-Iierl Le bateau approche lentement du quai 10 L'OISEAU BLEU où luit un petit phare tout blanc.C'est encore la nuit, et l'on distingue à peine, sur le cap, un château mystérieux, immense, dominant la mer et semblant toucher au ciel: c'est, nous dit-on, une ancienne maison de pension, la propriété de Mesdemoiselles Shea.Du reste, on appelle cette extrémité de l'île la pointe Shea, en l'honneur de cette famille dont le domaine, admirablement situé, occupe le sommet du cap.Avec l'aurore grandit le panorama, et bientôt on perçoit .des falaises d'un rouge lumineux, des collines d'un vert intense, arrondies et bombées comme des poitrines, d'immenses lagunes tranquilles et ensablées, des horizons d'eau et de sable.A l'ombre des Demoiselles se profile une église blanche, vers laquelle conduit un chemin sinueux, tout rose dans la lumière.Ici et là s'éparpillent les maisonnettes, peintes en couleurs pâles; il doit y régner un bonheur simple, mais profond.Les Demoiselles du Havre-au-Ber sont deux collines hémisphériques arrondies comme au compas, couvertes d'une herbe rase comme velours, et terminées à pic sur le bord de la mer qui les ronge.La dent de la mer, jamais en repos, gruge les rochers, entame les demoiselles, dont certaines, au bord des eaux, semblent tranchées d'un coup par la hache d'un titan.* J'ai eu le plaisir d'assister à une cérémonie au Havre-au-Ber.Pour célébrer dignement le quatrième centenaire du passage de Jacques Cartier aux îles de la Madeleine, une croix commemorative fut érigée sur la Petite Demoiselle: cette croix s'élève, magnifique, grandiose, et elle est pour tous une éloquente leçon de patriotisme.Présidées par Son Excellence Mgr O'Sullivan, du diocèse de Charlottetown, qui *Les géologues étendent le nom de demoiselles aux autres collines des îles de la Madeleine.était accompagné de seize prêtres, ces fêtes furent célébrées avec grande pompe, et elles me remuèrent profondément.Nous avons pu admirer une Demoiselle isolée, qui surplombe la mer de trois cents pieds environ.Sur les flancs de la colline, un groupe de Madelinots assistent aux fêtes de Jacques Cartier.Ces braves chrétiens écoutent religieusement la voix de leur pasteur, voix qui se répercute à travers les échos de la montagne.Nous arrivons au Havre-au-Ber presque en pleine nuit; et pourtant, sur le quai, il règne une activité fiévreuse.Je ne pourrai jamais oublier la scène marine qui s'offre alors à nos yeux éblouis: le Lovât, tout illuminé dans la brunante; les cordages des goélettes et des petits bateaux avoisinants, remplis de quarts de maquereau; le défilé des barouches où s'empilent des quantités incroyables de poisson; et plus loin, à l'abri du vent, les chevaux aux longues crinières, qui attendent tranquillement leurs maîtres.Quelle sensation de vie! Ils sont là, nos Madelinots, humbles pêcheurs ou vieux loups de mer, avec leurs yeux francs et leur délicieux langage.L'arrivée du bateau est naturellement l'attraction principale, en ces lieux isolés.Aussi regardent-ils, tout intrigués, ces deux jeun'filies, qu'ils prennent pour de riches Américaines, le camera suspendu à leurs frêles épaules.Nous avons pris sans tarder quelques photos caractéristiques.Il m'est arrivé tout de suite.une aventure! Un sympathique Madelinot, s'apercevant tout à coup que j'avais beaucoup de difficulté à dévisser mon camera fixé sur un trépied, s'approche de moi et me demande, un peu timide: — Voulez-vous que je Y détorde ?Et il me l'a détordul De la pointe Shea, on a une vue splendide du .plus pittoresque des villages de pêcheurs: cabanes à poisson minuscules et toutes pareilles — que l'on appelle salines; — claies de séchage où cuit au soleil le ventre ouvert des morues; vitrines de magasins bourrées de faïences et de verreries à filets d'or; et partout, dans tous les coins libres, des montagnes de quarts à maquereau.Les salines sont construites sur un barachois formé à droite par une baie qui porte le joli nom de baie de Plaisance: là se trouve un banc de sable où est situé le village; à gauche s'étend une vaste nappe d'eau que l'on est convenu d'appeler le Bassin.Les cabanes ont une disposition spéciale: on dépose le poisson à l'étage inférieur; on habite l'étage supérieur, mais au temps de la pêche seulement, quand on donne L'OISEAU BLEU 1 1 .le défilé des barouches où s'empilent des quantités incroyables de poisson.une chaude (c'est-à-dire un surcroît de travail), et qu'on est occupé à saler le poisson.Mais il nous tarde de faire un peu de botanique et de parcourir ce chemin particulièrement enchanteur, où les roues du cab-à-rouet (boghei) enfoncent mollement dans le sable, rougeâtre comme le grès des caps.Ce qui frappe d'abord, c'est l'absence totale d'arbres: les Madelinots, gens pratiques, ont coupé les derniers qui résistaient au vent de la mer, pour se procurer du combustible.Le botaniste rencontre à l'île du Havre-au-Ber les espèces les plus variées.Il y a d'abord, comme partout, les plantes les plus communes qui se tiennent au bord des routes, et c'est toujours ici des masses de Genévriers couchés sur le sol, et qu'on appelle Genève ou Chenève;* puis l'Herbe à dindes, que l'on nomme infailliblement Herbe à dindons.L'Herbe à dindes envahit de grands terrains, aux îles de la Madeleine.Par contre, nous n'avons pas vu de champs de Marguerites comme ceux de chez nous.Au bord du chemin se rencontre aussi une magnifique Ombellifère géante, la Berce laineuse.Elle donne un cachet spécial à cette région.En outre, les tourbières sont toujours riches en herbes; aussi ne manquons-nous pas d'y pénétrer, même s'il faut rester dans la vase Pour les noms français des plantes, s'en rapporter à la Flore laurentienne, du Frère Marie-Viclorin.Les noms vulgaires, écrits en italique, sont ceux qui sont employés aux lies de la Madeleine.jusqu'à la ceinture! Ici, nous déterrons avec le pic une Cypéracée qui a pris des proportions considérables: c'est le Scirpe vigoureux, d'ailleurs commun dans toute l'Amérique du Nord.Et je vous présente une autre.Monocotyle, le Jonc épars, caractérisé par son inflorescence multiflore, diffuse.Ce Jonc croît en touffes serrées.Aux îles de la Madeleine, la jonçaie est riche! Nous avons rapporté plusieurs espèces de Joncs, qui alternent étrangement d'une île à l'autre.Les plus jolies plantes des tourbières sont sans contredit les Orchidées.Vous savez que les Orchidées sont toujours des plantes rares.Cependant, le Calopogon gracieux croît en quantité aux îles de la Madeleine, non seulement dans les tourbières, mais dans les dépressions et les lieux humides, et même sur le sable des dunes.Cette plante est caractérisée par une feuille unique, longue, étroite, d'un vert brillant.Le nom du genre, Calopogon, est tiré du grec; il signifie "belle barbe", par allusion au labellc frangé, de couleur jaune ou orange, magnifiquement étalé au centre de la fleur, qui est elle-même du plus beau rose.Mais les tourbières, qu'elles soient situées aux îles de la Madeleine ou à Lanoraie, offrent toujours la même série de plantes, parmi lesquelles figurent avec honneur les Carex, les soyeuses Linaigrettes, le Kalmia à feuilles étroites, surnommé dans la région poison de brebis, la Drosère carnivore, et, par-dessus tout, cette "merveille de nos savanes", la Sarracénie pourpre!.Nos explorations préférées s'orientent donc ailleurs, vers les rivages et les terrains exondés.Le Mertensia maritime est sans doute la plante halophytique la plus remarquable: épaisse, bleuâtre, pruineuse, elle s'étale en immenses rosettes, sur les sables maritimes.Nous l'avons surprise en pleine floraison, avec ses touffes de petites fleurs, d'un bleu de Myosotis.Chez la Sabline, que nous avons récoltée aussi, les caractères halophytiques sont aussi très évidents: carnosité, réduction des feuilles, glaucescence, etc.L'apparence entière de la plante est vert d'eau, et les petits fruits sont transparents comme des groseilles avant leur maturité.La Sabline s'enracine profondément dans le sable fin des rivages maritimes, à l'est du Québec.Lescarbot, dans son récit de voyage, la désignait déjà sous le nom de Pourpier.Les terrains saumâtrcs nous présentent encore une plante délicate, extrêmement modifiée par son habitat, car elle possède une tige curieusement articulée, comme le sont les membres des Crustacés: c'est la Salicorne, appelée communément le Corail.Ce nom vulgaire est d'ailleurs très bien choisi, puisque la Salicorne, verte d'abord, tourne ensuite au rouge pourpre. 12 L'OISEAU BLEU .le plus pittoresque des villages de pêcheurs.Elle croît souvent en immenses colonies et, comme d'un coup de baguette magique, transforme les prairies saumâtres en une vaste étendue de corail! Si l'on y goûte, la Salicorne a une saveur acidulée délicieuse.Il paraît même que certains voyageurs en ont déjà assaisonné leur soupe.et qu'on pourrait la mariner dans le vinaigre! Oh! quel charme que de ployer le genou à terre pour récolter ces plantes sorties de l'eau salée, tandis que le vent du large vient fouetter le visage et mettre du sang nouveau dans les veines! Au loin s'étend la mer, bleue et calme, où se bercent les goélettes.Parfois, une charrette passe, tirée par un cheval blanc.Aussitôt, la bête, pour mieux goûter la caresse de l'eau qui vient gicler entre ses pattes, ralentit automatiquement le pas.Les conducteurs du véhicule, habitués à cette manie, rabattent les guides sur leurs genoux.En contemplant le paysage, ils font alors mille réflexions: "C'est beau, les îles! Je pense que ça doit être plus beau que partout ailleurs! On n'est pas riche, mais y a toujours le poisson.C'est pas le manger qui coule, c'est l'habit! Pourtant, on ne s'occupe pas de la mode.Mais quand on a une grosse famille, y faut bien habiller les enfant pour aller à l'église et à l'école.Les enfants grandissent, et ce qui ne fait plus à l'un fait quelquefois à l'autre.Ça coûte quand même, ça coûte, l'habit!!! Mais on n'est pas pire, ici.Tout le monde se connaît, et quand y en a un qui a de la peine, l'autre vient lui aider.J'is y a de la bonne air, on ne va pas mourir de chaud et attraper de la misère comme dans les villes.C'est beau, les îles!!!" Tout à la conversation de ces braves gens, que je me prends à aimer, j'oublie avec ma compagne la marée montante.Aussi, les Madelinots, qui cherchent toujours une occasion de rendre service, nous interpellent: "Attention, Mesdemoiselles.La mer monte.Vous pouvez espérer encore une p'tite élan (attendre un moment) si vous voulez, mais pas de trop, parce que vous allez vous faire surprendre et vous serez obligées de faire le grand tour." Comment ne pas obéir à ces bons amis?.Silencieusement et à pas lents, nous revenons au rivage, tout en cueillant d'autres richesses.Marcelle Gauvreau EXPOSITION RÉGIONALE DES C.j.N.Au collège de Notre-Dame de la Côle-des-Neiges à Montréal, — du 14 au 20 octobre.Devant le panneau-réclame L'autre jour, après le souper, je me promenais tranquillement devant le collège, uniquement occupé à humer avec délices une brise fraîche extrêmement bienfaisante en cette saison torride.Survient un monsieur dans la moyenne; lui aussi, apparemment, fait une promenade de digestion.Lui.—Bonsoir, monsieur; beau temps, n'est-ce pas ?Moi.—En effet, l'air est frais ce soir.Après une journée comme nous en avons eu une, il fait bon respirer un peu.etc., etc.— Dites donc, monsieur, qu'est-ce que c'est, cela?— De quoi parlez-vous ?— Eh bien, cette affiche.— Ah! ça, mon cher ami, c'est toute une affaire.Vous n'avez jamais entendu parler des C.J.N.?— Ce doit être ce qui est écrit en haut, là: Les Cercles des Jeunes Naturalistes.Vrai, je crois bien avoir entendu cela quelque part.— Si vous lisiez Y Oiseau bleu, vous trouveriez, tous les mois, des articles fort intéressants sur ce sujet.{Il faut avoir une bonne opinion de soi, que diablel) — Vraiment! En tout cas, cette affiche est joliment bien faite: c'est du moderne.— Oui, mais pas trop.Vous savez, il y a certain moderne que les gens ont de la misère à avaler; mais celui-ci est très facile à comprendre.— Si je ne fais pas erreur, ça représente un petit garçon en train de ramasser des fleurs sur le Mont-Royal.— Parfaitement; à l'arrière-plan, on voit le profil de Montréal, le fleuve Saint-Laurent.— Les couleurs sont bien choisies: jaune, gris-bleu, marron foncé.C'est un vrai beau travail, monsieur; et sur trois plans superposés.Il y a un tas de découpage là-dedans.Dites donc, savez-vous qui a fait cela ?— Tenez, monsieur, dans le coin en bas, à droite, vous voyez ses initiales: E.B.c.s.c L'OISEAU BLEU 13 C'est un jeune homme qui a beaucoup de talent, paraît-il: d'ailleurs, on le voit bien, n'est-ce pas?Je sais son nom, mais il ne veut pas qu'on le dise.Si j'avais le malheur de commettre une indiscrétion, et qu'il vienne à le savoir, je me ferais certainement "brasser", comme on dit.— Je suis comme ça, moi aussi, monsieur: un secret, c'est un secret.Par exemple, j'ai deux petits neveux et une petite nièce qui vont à l'école — pas de ce temps-ci, comme de raison, vu que c'est les vacances.Les petits gars vont au collège et la petite fille va chez les bonnes Sœurs.Ils sont venus me trouver l'autre jour et m'ont demandé en secret de leur fabriquer des boîtes — je travaille dans le bois.Ils m'ont tout expliqué: la grandeur, la profondeur, etc.Il paraît que c'est pour mettre des "bibittes"; ils veulent faire une surprise à leurs parents à la fin des vacances, et ensuite envoyer ça à une exposition.Je ne connais pas grand'chose là-dedans, mais je n'en parlerai certainement pas à mon frère; ça va lui faire une belle surprise.— Eh bien, mon cher monsieur, vous avez mis le doigt en plein dessus.Je gage que ce sont vos neveux qui vous ont parlé des Cercles, et l'exposition où ils veulent envoyer leurs boîtes, c'est celle-ci; regardez: Exposition, du 14 au 20 octobre.Il y aura non seulement des "bibittes", mais des fleurs, des animaux, des travaux de dessin et de littérature, de la microscopie, enfin, des exhibits de tout ce qui regarde les sciences naturelles: la moitié du collège va en être rempli pendant une semaine.— Vous m'direz pas.Je viendrai certainement voir ça: j'ai toujours aimé les choses de la nature.Ça me donnera l'occasion de revoir les boîtes que je viens de fabriquer.Vous êtes bien aimable de m'avoir parlé de ça; je tâcherai aussi de lire l'Oiseau bleu pour en savoir plus long.Mais savez-vous que le temps passe vite, et ma femme va être inquiète de me voir sorti si longtemps.Je crois bien que je vais prendre le tramway qui s'en vient: je serai plus vite rendu à la maison.Merci encore une fois, monsieur.Soyez certain que je viendrai voir votre exposition.Bonsoir.— Bonsoir, cher monsieur, et au plaisir de vous revoir.Le secrétaire du comité d'organisation Au tribunal.Le Juge — Je désirerais savoir si tous les témoins sont là et pour cela je vais en lire la liste à haute voix.Ceux qui sont présents répondront "oui", les autres: "Non"! L'Oiseau bleu est publié par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, 1182, rue Saint-Laurent, à Montréal.Alphonse de la Rochelle, directeur.— La revue ne paraît pas en juillet et en août.Un jour historique Ce fut un vendredi, le 14 septembre 1759, que mourut Montcalm.Ce fut un vendredi le 28 novembre 1698, que mourut Frontenac.Ce fut un vendredi, le 13 juillet, que commença le bombardement de Québec.Ce fut un vendredi, le 5 septembre 1755, que les Acadiens furent enlevés à Grand-Pré.Ce fut un vendredi, le 5 août 1689, qu'eut lieu le massacre de Lachine.Ce fut un vendredi, le 15 février 1839, que F.-Chevalier de Lorimier monta à l'éehafaud.Ce fut un vendredi, le 3 août 1492, que Colomb partit à la recherche de l'Amérique.Ce fut un vendredi, le 12 octobre 1492, que le Nouveau-Monde apparut aux vigies de la Pinta.Ce fut un vendredi, le 28 juillet, que la charrue de Louis Hébert laboura pour la première fois le sol fécond du Canada.Ce fut un vendredi, le 24 avril 1615, que le Saint-Etienne partit de Honfleur, avec les premiers missionnaires du Canada, Ce fut un vendredi, le 24 avril 1615, que la première messe fut dite à Québec.Ce fut un vendredi, le 6 juin 1659, que Mgr de Laval arriva à Québec.Ce fut un vendredi, le 20 octobre 1690, que Frontenac repoussa les attaques de l'amiral Phipps.Ce fut un vendredi, le 13 septembre, que d'Iberville enleva le Fort Nelson aux Anglais.AMUSONS-NOUS Marius— Ici, à Marseille, le mistral est tellement fort qu'il emporte tout sur son passage.— Ce n'est rien ça.A Paris, c'est plus terrible.on a même cloué les rues.A l'école.—Ce n'est pas difficile d'écrire une lettre, mes enfants; il faut tout simplement écrire comme on parle.Un écolier — Et quand on parle du nez, M'sieur.Les combles Quel est le comble du zèle chez un avocat?C'est de défendre sa porte.Et le comble de la sévérité chez un juge?.C'est de condamner la sienne. 14 L'OISEAU BLEU LE QUESTIONNAIRE DE LA JEUNESSE LA PÊCHE Questions.1.Quels sont les poissons les plus connus de la province de Québec?— La pêche intérieure fournit l'anguille, le poisson blanc, le brochet, l'esturgeon, la truite, la carpe, le hareng (d'eau douce), le maskinongé, l'achigan, le saumon, le doré, l'ouananiehe; la pêche côtière et de haute mer: la morue, le hareng, le saumon et le homard.Q.Que représente cette scène ?— Un pêcheur qui arrache un hameçon de la gueule d'un poisson encore tout frétillant.Si l'on en juge par le bassin et la bourriche remplis de poisson qui sont dans l'embarcation, la pêche a dû être fructueuse.La figure du pêcheur est épanouie: il ne reviendra pas bredouille.2.De quoi se compose le caviar ?— D'œufs d'esturgeon salés.C'est un mets russe très délicat et connu en Europe occidentale même au XVIe siècle, puisque Shakespeare, dans Hamlet, y fait allusion: "It was a caviar to the general".(C'était un mets trop délicat pour la foule.) 3.Quel est ce poisson ?— Un maquereau.C'est un poisson migrateur.4.Qu'est-ce qu'un hameçon?— C'est un petit crochet pointu, d'acier fin, muni d'une entaille rentrante, qu'on place au bout d'une ligne avec un appât, pour prendre du poisson.Un hameçon comprend la hampe et le crochet.Si l'hameçon a deux crochets, on le nomme bricole; s'il en a trois ou quatre, c'est un grappin ou harpiau.(Larousse) 5.Qu'est cet objet?— C'est un plomb.Fixé à la corde de la ligne, il la fait enfoncer dans l'eau.6.Qu'y a-t-il sur le genou du pêcheur?— Une canne à pêche.7.Par où ce poisson est-il pris?— Par la mandibule; il a été ferré.8.A quoi est fixé l'hameçon ?— A une bobine de fil de cuivre.9.Dans quoi se trouvent ces poissons?— Dans un bassin.10.Qu'est-ce qu'une bourriche?— C'est un panier pour mettre du poisson ou du gibier.11.Que voit-on ici?— Un pêcheur intrépide.Il marche dans l'eau au-dessus des genoux, tient dans une main une canne à pêche et dans l'autre une épuisette avec laquelle il se prépare à sortir de l'eau le poisson pris à l'hameçon.12.A quoi cette gravure fait-elle allusion ?— Aux fameuses histoires de pêche dans lesquelles les héros exagèrent au delà de toute proportion.13.Quel est cet ingénieux appareil ?—Un flotteur pneumatique.Il permet de s'aventurer sur l'eau en servant d'embarcation.Dégonflé, il tient peu de place et se transporte facilement.Cependant, gare aux grosses vagues! 14.Qu'est ceci ?— Un panier à poisson.15 Qu'est -ce qu'un moulinet de canne à pêche ?— C'est un petit tambour autour duquel s'enroule le fil de la ligne.16.Comment appelle-t-on ce poisson?— C'est un doré.17.Qu'est-ce qu'une foène?— C'est une sorte de harpon à plusieurs dents avec lequel on prend le poisson.18.Quel est cet engin de pêche ?— C'est un harpon-gaffe.19.L'huître est-elle un poisson?— Non, c'est un mollusque, mais on se la procure ordinairement chez les poissonniers.Q.Est-ce un bon aliment?— C'est un mets de gastronome.On fait des banquets d'huîtres, des parties d'huîtres; c'est dans une de ces occasions que le poète Arnault a écrit les vers humoristiques suivants: Avec des huîtres, On est mieux qu'avec des savants; Sans doute, on lit moins de chapitres, Mais on ne perd jamais son temps Avec des huîtres.20.Qu'y a-t-il dans ce plat?— Un homard.La pêche du homard est prospère sur les côtes de Terre-Neuve.Sa chair est très recherchée.On le mange ordinairement froid avec de la m ayonnaise.21.De quoi est-on témoin ici?— D'une pêche mouvementée.L'un des pêcheurs tient le poisson qui se contorsionne au bout de la ligne, alors que l'autre tâche de le recueillir dans une épuisette.22.Quel est ce mollusque ?— Une huître entr'ouverte.23.Et cet autre ?— Un escargot.24.Quel est le nom de ce poisson ?— C'est un saumon.Quand on le pêche à la ligne, on se sert de vairons vivants ou morts ou de poissons artificiels.25.Le flétan est-il un poisson de table?— Oui, il est comestible.26.Quel est ce poisson fumant que la cuisinière porte dans une lèchefrite ?— Un aiglefin.L'abbé Etienne Blanchard 16 L'OISEAU BLEU L'OISEAU BLEU 17 **** [ 1 Par un beau jour d'été, sous les feux alourdis Et brûlants du soleil, une musique étrange Projette son écho sous l'arcade des granges Et se mêle au crin crin des grillons du midi.C'est la chanson rythmique et vive des faucheuses Qu'interrompt, par instants, le refrain familier Des pierres sur la faulx et sur le javelier; C'est l'entrain réjoui des tâches fructueuses.Car la moisson est mûre.Et depuis quelques jours A l'ombre du vieux tremble, au coin de la remise, Les hommes ont tourné la meule où l'on aiguise, Toutes les f aulx et les faucilks d'alentour.Maintenant, ils s'en vont, haletants mais robustes Le long des pans dorés qui tombent derrière eux.Et tandis que l'acier fléchit les blés houleux, Des épis d'or parfois s'accrochent à leurs bustes.Or, les boisseaux multipliés à l'infini, Drus et beaux sous les ors de leurs morceaux énormes, Aux regards éblouis étaleront leurs formes En attendant d'aller dormir sur les fenils.Car, la moisson est faite et l'heure en est venue D'entasser jusqu'au faîte élevé des chevrons Les gerbes lourdes qui, dans l'ombre, achèveront L'effort mystérieux de leur vie inconnue.Alphonse DESILETS 18 L'OISEAU BLEU Un grand ami de la jeunesse : l'abbé Don Bosco /™*omme je sens mon incapacité, mon indi-^ gnité même en tentant de vous parler d'un saint.Aussi, je lui demande de m'aider à esquisser quelques traits de son admirable vie, si grande en sa simplicité et en son humilité."Faites, aimable ami des jeunes, sans étoile visible ici-bas, que ces lignes de votre longue vie soient pour la plus grande gloire de Dieu!" Entendez la réflexion des gamins regardant le jeune séminariste Jean Bosco, se rendant à la Cathédrale —"Tu vois cet abbé frisé qui passe de ce côté-ci?Eh! bien, c'est notre ami à nous tous.Si tu savais comme il est bon!" Ce prêtre, autrefois un enfant de la terre, un pastoureau, devait, plus tard, "labourer, semer, récolter, engranger dans le champ des âmes".Il fut formé, la grâce aidant, par une mère, la plus humble des paysannes, à la foi éclairée, au jugement équilibré, aux conseils pratiques, du plus pur bon sens.Maman Margharitta était énergique, tendre, dévouée, jusqu'à l'héroïsme.Elle sut être mère au complet.Aussi quelle âme de saint a-t-elle formée! Jean Bosco naquit aux Becchi, en Piémont, en 1815.Tout jeune.il confiait à sa chère maman ses plus intimes aspirations, son grand désir de devenir prêtre malgré leur extrême pauvreté, puis celui du don de sa vie à la jeunesse souffreteuse et abandonnée, et la tristesse que lui causait, l'attitude de certains prêtres à L'égard des enfants loqueteux.La mère et le fils se comprenaient si bien.—"Ecoutez, mère, si je puis arriver un jour au sacerdoce, je consacrerai ma vie aux enfants.Je les attirerai à moi, je les aimerai et m'en ferai aimer.Je leur donnerai de bons conseils et me dépenserai sans mesure pour le salut de leurs âmes".Et notre saint réalisa ses sublimes désirs de charité et d'amour.Prêtez l'oreille à ce trait qui caractérise si bien la bonté du grand éducateur que fut l'abbé Don Bosco.Un matin du 8 décembre, Jean, devenu prêtre, attendait le moment de célébrer la messe.Un pauvre gars s'égare en sacristie — il est invité par le sacristain à servir la messe de l'abbé.Le pauvre hère ne peut acquiescer et pour cause — ne sachant pas ce qu'est la messe et qui est le Christ.Le sacristain, furieux, le chasse avec violence.Le ministre de Dieu intervient.— "Pourquoi battre cet enfant?Je n'entends pas qu'on traite ainsi mes amis!" —"Votre ami, ce polisson?" — "Parfaitement! Retournez me chercher cet enfant, j'ai à lui parler".Un instant après, le gamin revient tout tremblant.Le prêtre le rassure, l'interroge.C'est un maçon de seize ans, qui n'a ni père, ni mère, qui ne sait ni lire, ni écrire, bref, qui ne sait même pas tracer le signe de la Croix.Don Bosco l'invite à assister à la messe, après laquelle il lui donne une première leçon de catéchisme.Songeant combien d'autres galopins ressemblent à cet adolescent, il lui demande de lui amener ses compagnons.Ainsi fut fondé le premier patronage et cet ouvrier du Seigneur lui consacra son corps, son âme et son cœur.La jeunesse ouvrière et abandonnée fut la raison d'être de son apostolat et de son amour, "celle qui court les rues, celle dont nul ne s'occupe, celle qui frôle des périls de mille sortes, parfois y succombe".Terminons en disant qu'il fut aimé passionnément par ses chers jeunes.Son œuvre est immense, car disons qu'il est le fondateur de deux L'OISEAU BLEU 19 belles familles religieuses: les Salésiens et les Sœurs de Notre-Dame Auxiliatrice.Ce prêtre mourut le 31 janvier 1888.Il fut déclaré Vénérable en 1907, puis Bienheureux en 1929.Sa canonisation fut réalisée le premier avril 1934 par le pape actuellement régnant, Sa Sainteté Pie XI.* * * Aimons ce grand saint, connaissons-le mieux et prions-le surtout! C.F.CORRESPONDANCE Pierre précieuse—Il me fait plaisir d'accueil-lit la nouvelle venue.Puissiez-vous trouver dans la famille du "Coin de la Fauvette" chaleur et amitié.Je vous trouverai une correspondante avec laquelle vous pourrez lier amitié.Il est de bonnes âmes dans le "coin".Salut cordial et à bientôt, n'est-ce pas ?Henriette M.—Trois-Rivières—Quelles vacances avez-vous passées?A-t-on repris des forces pour la nouvelle année scolaire?.Il faut tenir la tête en classe et je vous souhaite de bien aimer le bon Dieu dans chacun de vos succès.Amical bonjour à vous et à André, le jeune frère.Thérèse Lajoie—Je n'ai pas de très jeunes correspondantes à vous offrir."Pierre précieuse" demande à écrire à une amie âgée de 15 à 18 ans.Vous pouvez lui écrire en écrivant à YOiseau bleu et Fauvette vous mettra en relation avec elle.Bonjour.Mimi Blanc-blanc—Où enseignera-t-on cette année ?Le groupe d'élèves scra-t-il plus grand ?Aura-t-on encore des garçonnets et des fillettes?Je vous souhaite santé, succès et consolations au milieu de la jeunesse canadienne-française que vous éduqucz et instruisez.Fauvette vous aime bien, allez! et croyez à sa vieille amitié.Violette du Sentier—A quoi a-t-on consacré les vacances estivales ?A-t-on voyagé, lu, joué au tennis?Que de questions amicales, n'est-ce pas?Fauvette vous salue et espère vous lire bientôt.Future Ursuline—La guide est-elle toujours joyeuse et généreuse?Que vous avez idéal choisi dans le Guidisme! Où êtcs-vous allée camper avec vos petites sœurs, les guides?Salut "guide" à l'amie que Fauvette aime et estime.Papillon d'Azur — Ecrivez souvent à Fauvette; cela lui fait tant plaisir de connaître ses chers oisillons.Elle essaiera de vous répondre personnellement, mais sa "besogne" est assez forte et compliquée.En tout cas, elle sera fidèle à causer avec vous par l'intermédiaire du courrier du "Coin".Amical bonjour et à bientôt.Humble Apôtre.Aimez bien Papillon d'Azur.Vous avez en elle une amie sincère et bonne.Félicitations pour les succès obtenus en classe! Vous avez reçu des prix sérieux et intéressants.Ecrivez-moi, je vous attends.Saluts et amitiés.Soeur Jeanne me prie de vous dire que les graphologies suivantes ont été expédiées par courrier postal: Jeannette Mercier, Abitibi; Noëlla Mousseau, Woonsocket; Georges Cho-quette, Saint-Jean; Paule Villeneuve, Outremont; Germaine Fournier, Sainte-Véronique; G.-J.Daigle, Weslbrook; Marg.Clermont, Montréal; Antoinette Lemieux, Saint-Jean; Jean Lauzé, Trois-Rivières; Antoinette Giguère, Montréal.G.Daigle (3 graphologies).A chacun, Fauvette et Sœur Jeanne disent leur plus cordial bonjour.C.F.L'œuf de Christophe Colomb Vous connaissez sans doute ce trait du célèbre navigateur à qui nous devons la découverte du Nouveau-Monde.Des seigneurs jaloux de la gloire dont ils le voyaient entouré, parlaient devant lui, dans un dîner, comme d'un fait simple et de pur hasard, de ce qui devait rendre le nom de Christophe Colomb immortel.— Ma foi, Messeigneurs, dit Colomb sans s'émouvoir, je me range à l'avis de celui qui fera tenir cet oeuf debout sur la table.Aussitôt les seigneurs d'essayer, sans pouvoir y réussir.C'est impossible! s'ôcrient-ils.— C'est, au contraire, fort aisé, répond Colomb.Ce disant, il frappe le sien fortement par un des bouts contre la table, de façon à en briser la coquille, et le fait tenir droit.Et comme les seigneurs se récriaient: — Que de choses, reprit Colomb avec calme, sont simples une fois terminées et découvertes! Vous eussiez, sans doute, fort embarrassé Colomb en lui disant alors: — Faites donc tenir votre oeuf debout sans le casser maintenant! — Sans le casser! — Oui, sans le casser.— C'est impossible.— Impossible n'est pas français.— Le sauriez-vous ?— Parfaitement, monsieur Colomb.— Faites donc voir ça! Ce serait aussi fort que de découvrir l'Amérique.— Eh bien voici: Prenant un oeuf frais, vous le secouez fortement dans tous les sens, de façon à opérer le mélange du jaune et du blanc et à rompre entièrement la membrane qui retient en un point de la coquille un globule d'air.Une fois le chorion rompu, l'œuf se tient parfaitement en équilibre sur sa pointe. 20 L'OISEAU BLEU LES HCLCC/tWSTES — par — MLLE MARIE-CLAIRE DAVELUY de la Société Historique de Montréal 1 -PERRINE APPREND UNE SURPRENANTE NOUVELLE Catherine de Cordé, la vieille et douce protectrice de Perrine et de Chariot, fit approcher sa chaise longue de la fenêtre, à gauche de sa chambre, puis souhaita d'être seule.Elle plongea son regard sur la route conduisant au Fort.Elle soupira.Comme Québec s'enveloppait de factice quiétude en ce bel après-midi du 21 juin 1657.Qui aurait osé gémir sur l'insolence grandissante des Iroquois, en face de ce ciel d'azur ?Qui voudrait confirmer, en écoutant les oiseaux, en recevant cette brise chantante, la rumeur qui voulait que le gouverneur, Charles de Lauzon-Charny, au caractère à la vérité trop débonnaire, se montrât si découragé de la situation qu'il ne songeait qu'à retourner en France, et cela, même si le vicomte d'Argen-son, le nouveau gouverneur, n'arrivait pas cette année, tel que promis.Mais qu'était cela en ce moment ?Une autre anxiété serrait le coeur de l'aïeule.Que faisait Perrine ?Que voulait dire cette promenade interminable?D'habitude, sa petite garde-malade ne la quittait que pour revenir aussitôt."Sans doute, se répétait Catherine de Cordé, je suis si malade, si affaiblie, bien vieille aussi, mes nerfs s'agitent sans trop de raison.Oui, oui, ajoutait-elle en pressant d'une main tremblante son coeur aux lentes pulsations, la lampe s'éteint graduellement, je m'en vais.et plus rapidement, qu'on ne croit".Elle ne se trompait guère, la bonne aïeule.Ses forces déclinaient de façon alarmante.Mais cette constatation ne l'étonnait ni ne l'effrayait.Son tour était venu, voilà tout.Son Créateur l'appelait enfin.Ah! n'était la crainte de voir demeurer souvent seule, au Canada, sa Perrine, sa jeune compagne aux soins filiaux, dont le frère, hélas! ne songeait qu'aux aventures héroïques, aux coups d'épée, soldat jusqu'au fond de l'âme, n'était cette crainte, elle partirait presque sans regret.Ses enfants ?Ses petits-enfants ?Ils étaient entourés de solides affections, environnés d'assez de sécurité et de bien-être, en ce pays difficile.Puis, là-haut, que de chers aimés l'attendaient! 1—Première partie du troisième et dernier volume des Aventures de Perrine et de Chariot.Voir la collection de l'Oiseau bleu, années 1921, 1931 et 1932.L'époux de sa jeunesse heureuse, son fils Pierre l'amiral, "son grand" comme elle l'appelait toujours, qui était mort en mer, il y avait déjà huit longues années.On frappa à la porte.La figure affable de sa belle-fille, Marie Favery, veuve de ce Pierre Le Gardeur de Repentigny, amiral de la Nouvelle-France, se pencha dans l'embrasure."Vous ne désirez rien, chère mère?J'arrive à l'instant de ma course.—Entrez, entrez, Marie.Venez me rassurer.Avez-vous croisé Perrine sur la route?—Non.Elle n'est pas rentrée ?—Je m'en tourmente.Il y a trois bonnes heures qu'elle m'a quittée.—Pourquoi craindre ?C'est une tête froide et sage que celle de notre petite amie.—Qui le sait mieux que moi! Cependant.—Allons, ne nous troublons pas encore.Vous vous sentiez mieux, ma mère, à midi, moins fébrile.—Je ne souffre pas, certes.Dieu est bon.A cet instant, la voix de Perrine se fit entendre.—Je vous en prie, Marie, allez chercher tout de suite cette enfant.Mais déjà Perrine ouvrait doucement la porte."Chère Madame Le Gardeur, si vous saviez, commença-t-elle, puis reculant: "oh, pardon.je vous croyais seule.Madame de Repentigny ne vous dérangez pas, je reviendrai dans quelques minutes.Ce sera l'heure de la potion.—Voyons, Perrine, veux-tu bien mettre un instant de côté ta discrétion habituelle ?Regarde ma mère.Elle est encore frémissante d'inquiétude.A cause de toi.—Oui, fit celle-ci, tu as beaucoup tardé à rentrer.Je ne savais que penser.Perrine courut s'agenouiller près de l'aïeule.—Oh! Madame, reprocha-t-elle, pourquoi vous mettre en cet état ?Le médecin m'en voudra.Que pouvait-il m'arriver, voyons?—Ma pauvre enfant, sait-on jamais en ce pays! —Il se passe tout de même quelque chose d'inaccoutumé, tu as le teint trop animé, Perrine, et tes yeux brillent, remarqua Madame de Repentigny.Allons, qu'y a-t-il?FEUILLETON DE L'OISEAU BLEU L'OISEAU BLEU 21 Perrine courut s'age?wuiller près de l'aïeule —Comment, s'exclama Perrine, vous ignorez encore, Madame, que le deuxième navire de France vient de mouiller devant Québec, il y a une heure à peine.—J'étais en visite, au fond de la forêt.Mais à mon arrivée, il est certain que je n'ai trouvé que notre vieille domestique huronne à la cuisine.Tout s'explique: un deuxième navire du cher vieux pays est entré au port.Vous m'excusez, continua-t-elle, en se levant, je vais envoyer cette dernière domestique pour en ramener quelques autres.Nous sommes isolées, ici.Elle portera aussi un message au capitaine.Tu sais son nom, Perrine?—Le capitaine Tadourneau, madame.—A tantôt, alors, chère mère.Perrine, nous reprendrons la conversation ce soir, tu as certainement du nouveau à nous apprendre".Madame de Repentigny sortit avec un peu plus de vivacité qu'à l'ordinaire.Mais aussi un navire de France abordait encore à Québec.Quel émoi chaque fois pour tous ces colons, sans nouvelles de la mère patrie durant des mois et des mois! —Perrine, dit l'aïeule, dès que la porte fut refermée, vois, tes mains tremblent.Tu m'effraies.Parle, raconte-moi tout de suite ce qui t'affecte.—Ce sont des choses heureuses, chère Madame, ne vous alarmez pas.Mais.je ne dirai rien que vous n'ayez pris le cordial que je vais vous préparer.—Petit tyran! Fais vite alors.Perrine se mit à rire doucement tout en mélangeant le médicament prescrit.—Voici, madame.Buvez lentement.Bien.—Et maintenant, tiens ta promesse, mon enfant.—Certes! chère Madame Le Gardeur, je suis heureuse, heureuse! Ecoutez bien, là! Un jeune soldat qui montait ici sur l'ordre du capitaine m'a dit que.que.—Je devine.Il n'y a que des nouvelles de ton aventureux Chariot qui puisse te mettre en pareil état.—Chariot sera au Canada bientôt, Madame.Chariot! O la joie inespérée! Qui m'eût dit cela, lorsque je vous quittais il y a si peu d'heures encore ?Je voudrais pleurer, je voudrais rire, je voudrais crier à tous, à toutes mon grand bonheur.Je vais revoir Chariot! Chariot! Mon frère tant aimé.Madame, vous aussi, vous êtes heureuse de le revoir?Dites, dites?N'est-ce pas que vous l'êtes?—Allons, calme-toi.Je ne te reconnais plus.Tu le sais bien que je suis remplie de joie à la pensée de revoir cet enfant prodigue.J'avais si peur de mourir avant son retour, finit-elle très bas, pour elle seule.Puis continuant de monologuer, tandis que Perrine allait retirer de sa mante, demeurée sur le lit de Madame Le Gardeur, une lettre au cachet fraîchement brisé: "Oui, j'ai à lui parler à cet enfant despote et trop charmant.Sa soeur ne doit pas se sacrifier ainsi, pour tous.Mais ma petite Perrine devra toujours ignorer ce que je médite d'obtenir.—Qu'est-ce que je vois, Perrine ?reprit l'aïeule plus haut.Tu as une missive?—Bien courte, madame, où l'essentiel seul est inclus.Mais comme cela compte auprès de moi, de vous aussi; Vous allez en juger.—Lis, ma petite enfant.—Voici : Ma chère Perrine, Par un hasard que je bénis, un jeune soldat de mes amis se met en route pour le Canada sur le navire du capitaine Tadourneau.Ce vaisseau ne précédera que de quelques semaines celui où je m'embarquerai moi-même.car je puis enfin prendre la route du Canada, à dessein de ne plus jamais le quitter.Toutes ces qiiestions concernant l'héritage de la tante Le Jeal sont maintenant résolues et à notre avantage.Puis, mon exil a assez duré; les plus célèbres médecins du monde me jugeraient guéris de tant de chocs successifs, sinon assag 'âme, ou devenu ami de nos perfides Iroquois Sais-tu quelle bonne nouvelle m'apportait hier, le gouverneur de Montréal?Qu'un grade de lieutenant à tenir dans la garnison de- Ville-Marie m'avait été obtenu, grâce aux influents Messieurs de Montréal.Je retourne d'ailleurs avec MM.de Mai-sonnexive et d'Ailleboust, qui se montrent d'une bienveillance extrême pour ton frère.A bord se trouveront aussi quatre Messieurs de Saint-Sulpice, venant apporter aux Montréalais le bienfait d'un clergé paroissial.Ce sont: M.de 22 L'OISEAU BLEU Queylus, abbé de Loc-Dieu, un riche, puissant, généreux et fort distingué ecclésiastique; M.Souart, riche aussi, et si bon, si aimable; et MM.Galinier et d'Allel.Si rien de catastrophique ne survient, nous serons à Québec vers la fin de juillet.Et maintenant une dernière surprise.Depuis ma dernière lettre, c'est-à-dire, il y a maintenant quatorze mois, je suivais le conseil de notre chère mère adoptive, Madame Le Gardeur.je me mariais, Perrine.Ma femme, c'est une gracieuse enfant de dix-huit ans, que j'appelle Lise, mon Elisabeth, et qui n'a qu'un défaut, celui de trop aimer le dur et aventureux soldai que je demeure au fond.Et maintenant, prépare-toi à bien accueillir la mère, le père et.un tout petit enfant, né il y a deux mois.Il porte, ce fils de ton frère, le prénom de Pierre, en souvenir de l'amiral de Repentigny, qui fut jadis si paternel pour nous.A bientôt, ma soeur chérie, quelle joie de se retrouver, de reprendre notre bonne vie d'autrefois, d'entourer à toute heure le fauteuil de notre incomparable bonne-maman Le Gardeur.Dis-lui mille choses affectueuses de la part de Chariot, dont le coeur vaut mieux que la mauvaise tête, je t'assure.Parle-lui de ma jeune femme, de notre hâte à tous deux de lui présenter notre premier-né.A toi les baisers de Lise et de son mari, ton frère toujours plein de regrets de se voir éloigné de toi.CHARLOT (A Dieppe, à l'auberge du Cheval blanc, 2 avril 1657.) —Ce Chariot! fit en haussant les épaules Madame Le Gardeur.Elle essuyait des larmes qui glissaient lentement sur ses joues d'ivoire.Ton frère ne peut procéder que par coups inattendus.Le voici donc marié! —Et il a un petit Pierre!.Que pensez-vous de cet amour d'enfant que nous serrerons bientôt dans nos bras?—Je pense que ce sont de lourdes responsabilités pour notre jeune soldat.—Madame, vous savez bien que je prendrai ma part de ces responsabilités.—Je ne le sais que trop, ma petite Perrine.—Que voulez-vous dire, Madame?Mais comme vous paraissez lasse tout à coup ?—Oui, aide-moi à regagner mon lit.Mon coeur bat avec trop de rapidité.Il m'étouffe.—C'est trop d'émotions à la fois.Oh! J'aurais dû consulter le médecin avant de vous communiquer cette lettre.—Ne te chagrine pas ainsi.Bon.Voici mon lit.Et maintenant, laisse-moi, si tu veux.Je vais fermer les yeux et m'efforcer de ne penser à rien.•—Permettez que je ne vous quitte pas.Je vais m'installer sur ce fauteuil à votre droite, je ne bougerai pas plus que vous.—A ton aise, ma bonne enfant.Elle eut raison, Perrine, de veiller sur la malade.Une heure plus tard, une crise cardiaque se déclarait.Il fallut toute la science du docteur pour amener vers la fin de la nuit une légère amélioration.Enfin, vers cinq heures, alors qu'une journée radieuse s'annonçait déjà, la bonne aïeule fut prise d'un sommeil reposant.La crise était passée et avec elle tout danger immédiat.Le médecin, en se retirant, dit à Madame de Repentigny: "Faites vite coucher cette jeune Perrine, je ne veux soigner qu'une malade sous ce toit".Et Perrine dut obéir, non sans avoir lu la lettre de Chariot à Madame de Repentigny.Lecture qui fut suivie de larmes abondantes, lesquelles, en détendant les nerfs de la jeune fille, favorisèrent, pour elle aussi, un sommeil profond et vraiment réparateur.II — Le 29 juillet 1657 De belles journées tièdes, soleilleuses, marquèrent la fin de juillet.Catherine de Cordé en ressentit les salutaires effets et fut en état de se lever un peu chaque jour.Sa surprise égalait sa reconnaissance envers Dieu qui lui donnait du répit.Elle pourrait donc revoir Chariot.Chaque jour, avec Perrine, elle parlait de cet événement qui allait certainement bouleverser l'existence de la jeune fille.Elle suivrait le jeune ménage dans la sanglante Ville-Marie.L'aïeule s'en attristait.La vie héroïque des Montréalistes la jetait sans cesse dans l'admiration, comme la plupart des Québécois, mais à cette admiration ne s'était joint jusqu'ici aucun autre sentiment.Presque tous les siens demeuraient à Québec.Il y avait bien sa fille, Marguerite, la femme du commandant de La Poterie, qui résidait au Fort des Trois-Riviôre8, poste exposé tout autant que celui de Montréal à la cruauté iroquoise.Mais comme elle y avait demeuré elle-même quelques années, au milieu et sous la protection immédiate de braves et endurants soldats, elle ne pouvait parvenir à juger l'endroit aussi périlleux que Montréal.Puis, cette résolution de Chariot d'aller désormais vivre à Ville-Marie, en qualité d'officier de la garnison ne faisait qu'augmenter ses craintes.Chariot ne désirait-il pas toujours se jeter au plus fort de la mêlée, là où le danger était imminent?Puis, ces Iroquois, qu'il avait si bien connus dans ces diverses captivités, alors qu'enfant, puis jeune homme, il passait de longs mois auprès d'eux, l'effrayaient fort peu.Il dépistait les ruses des barbares avec succès; il se montrait aussi habile L'OISEAU BLEU 23 qu'eux comme canotier et comme coureur.Mais, surtout, il gardait sur eux, presque à l'égal de Lambert Closse, la supériorité d'un tireur redoutable."Cet ancien captif d'Os-sernenon nous abat comme des moineaux" déclaraient les Agniers, en retournant dans leurs bourgades.Oui, le jeune soldat, malgré les nobles sentiments de son coeur, ne savait comment dominer sa rage dès qu'il s'agissait d'une attaque d'Agniers.Il y courait des premiers, ne voulant pas écouter les conseils les plus élémentaires de prudence.Et il frappait d'estoc et de taille, tirait, toujours au premier rang.Et toujours alors une vision torturante se produisait.Il revoyait les chers êtres qu'il // revoyait les êtres chers qu'il avail aimés avait profondément aimés, expirant sous les coups et les supplices de ces barbares.D'abord, il revoyait Julien l'Idiot, le bon matelot, protecteur de sa petite enfance; puis Kinaetenon, l'Iroquois généreux, qui avait payé de sa vie sa bonté pour Chariot, captif en sa bourgade; puis, l'interprète trifluvien, modèle et héros de son enfance, Thomas Godefroy de Norman-ville; puis.mais ici sa rage se fondait en un rauque sanglot, et l'image adorée d'une Al-gonquine paraissait.L'aïeule se rappelait bien le chagrin de Chariot à la nouvelle, en août 1652, de la prise de Godefroy de Normanville.Il avait été si violent ce chagrin, avait duré avec une telle intensité d'expression que le médecin avait ordonné pour le jeune homme un voyage immé- diat en France.Il était donc parti en novembre 1653, sur le vaisseau du capitaine Pointel, en la compagnie du Père Joseph du Perron, un jésuite que le jeune homme aimait, et qui, à ce titre, pouvait avoir de l'influence sur lui.Quatre ans s'étaient écoulés depuis ce départ.Chaque navire, au printemps, apportait une lettre de l'absent.Il se dévorait d'ennui là-bas, en cette belle France, où l'on accueillait pourtant avec honneur le jeune soldat canadien, aux beaux récits d'aventures "vécues", disait-on.Mais Chariot éprouvait trop fortement la nostalgie de sa forêt canadienne; il enviait, à en crier parfois, ses compagnons d'armes des Trois-Rivières, libres de courir sus à ces Iroquois abhorrés; et tout cela l'obsédait toujours de quelle façon brûlante, insupportable.Il y avait aussi le souvenir de Perrine qui mouillait ses yeux.Que ne l'avait-elle suivi en France?Mais elle décidait la sage petite soeur de rester auprès de Madame Le Gardeur, d'entourer sa vieillesse des plus tendres soins.Et cela, certes, malgré les protestations de l'aïeule, qui avait prié que l'on ne songeât pas à elle dans les décisions à prendre pour le bien-être des orphelins qu'elle chérissait.Et Perrine, comme toujours, l'avait emporté en toute la conduite à suivre.Quelle fermeté elle possédait, cette jeune sœur à la sensibilité frémissante pourtant.Catherine de Cordé repassait souvent ces pénibles incidents en son esprit, tandis que Perrine, qui la croyait assoupie, pleurait, le front penché sur le vêtement qu'elle cousait.Car la dévouée petite soeur savait aussi d'autres terribles choses.Elle savait ce que Chariot avait voulu cacher à tous, même à sa vieille protectrice.Cette rage, cette exaspération de tout l'être pourtant généreux de son frère, en face des Iroquois, elle en connaissait la raison principale, celle qui dominait coûtes les autres, bien vives pourtant.Le coeur de Chariot saignait d'une plaie peut-être inguérissable?Ce coeur, si souvent, pleurait à s'en briser, tout près d'elle, en évoquant le souvenir de la liliale Algonquine, qui avait pris toute son âme un jour, à Ossernenon.Il la revoyait sans cesse mourante, atteinte à sa place d'une balle iroquoise et donnant sa vie pour lui, un sourire d'ineffable tendresse sur les lèvres.Et Perrine, doucement, essayait de réconforter ce coeur endolori que guettait une haine aveugle, sans frein, terrible.Elle lui disait "que toute femme qui aime profondément aurait agi, et avec bonheur, ainsi que l'avait fait sa fleur sauvage.Des holocaustes, des holocaustes, ajoutait-elle toujours alors, avec un regard de prophète attristé, peut-il y avoir autre chose, en ce pays où l'on doit souffrir, à la fois pour la conversion des pauvres infidèles et l'agrandissement de notre France 24 L'OISEAU BLEU bien-aimée ?." Et Chariot la quittait un peu moins sombre, sa secrète douleur un instant adoucie.Vraiment Catherine de Cordé avait été sage, tout en ignorant ce drame sanglant d'amour, de recommander à Chariot de se marier.Seule, une tendresse féminine pouvait guérir, ou atténuer la perte d'une autre tendresse féminine.Et Chariot, après avoir repoussé les conseils de l'aïeule avec indignation, avait fini, les circonstances aidant, par s'y abandonner.Sans doute, il était aimé plus qu'il n'aimait, cette fois, et n'était la venue d'un fils, peut-être eût-il éprouvé de l'impatience en face des sentiments excessifs que lui manifestait l'ardente enfant un peu exaltée mais jolie, si douce, bien frêle aussi, qu'il avait épousée.Enfin, tout ceci allait entrer dans une phase nouvelle.Chariot rentrait au Canada définitivement.Le 29 juillet, à six heures du matin, un soldat frappait à la porte des Le Gardeur.Il annonça à qui voulait l'entendre qu'un navire de France s'avançait vers Québec avec lenteur, n'ayant pas le vent bien en poupe.Dans quatre heures, tout au plus, il serait au port.Il avait pensé que Mlle Perrine serait heureuse de le savoir.On lui avait appris au Fort que le frère de la jeune fille devait revenir par un des navires de cette année.Puis, le soldat était reparti, et Perrine apprenait par un des domestiques, à qui elle fit signe de parler bas, Mme Le Gardeur n'étant pas réveillée, semblait-il, toute ces nouvelles qui firent battre son cœur à grands coups.Chariot pouvait bien être à bord de ce navire.Elle se calma, songeant qu'il lui faudrait user de prudence auprès de Madame Le Gardeur.De fortes émotions provoqueraient une crise nouvelle, peut-être fatale, cette fois.Elle pria durant quelques instants.Non, la Providence ne permettrait pas que sa chère protectrice la quittât au milieu de ce grand bonheur: le retour de Chariot et l'arrivée du petit Pierre.Elle aurait assez de forces, la bonne aïeule, pour bénir et presser sur son cœur cet ange que le Ciel envoyait pour panser la blessure que Chariot avait toujours au cœur, devant l'aimante et perspicace Perrine.Lorsqu'elle se releva, elle vint frapper à la porte de Madame Le Gardeur.Toute sa prudence naturelle bridait sa joie et tenait en alerte son esprit."Entrez, fit la voix de Madame Le Gardeur.—Comment vous sentez-vous, ce matin, Madame?demanda la jeune fille.—Les nerfs calmes, petite, mais le corps bien las.Je vais paresser au lit une partie de la journée.Les yeux de Perrine brillèrent.C'était ce qu'elle souhaitait suggérer à la bonne aïeule.Elle s'agenouilla près du lit.—Que j'aime à vous voir aussi raisonnable, Madame.Le médecin a tant recommandé de ne vous permettre aucun effort superflu.—Dis-moi, mon enfant.J'ai entendu tout à l'heure la voix d'un soldat.Il parlait, parlait à nos gens de service.Es-tu au courant?Rien de pénible n'est arrivé, j'espère?—Non, non, Madame.Rien de pénible.—Tant mieux.Ne t'occupe pas de moi, Perrine.Ma potion une fois prise, je vais somnoler un peu durant une heure ou deux.—C'est cela, madame, je reviendrai auprès de vous, peu après dix heures.Le temps est si beau qu'une petite promenade me plairait.—Tu as raison, Perrine.Puis, sonde bien l'horizon, et si quelque voile blanche paraît au loin, rends-toi au Fort.On y aura peut-être reçu des nouvelles.Je ne sais pourquoi.il me semble que notre Chariot n'est plus très loin de nous.Ah! qu'il se hâte, qu'il se hâte, ajoutait-elle tout bas.Quelle faiblesse et quelle paix je ressens!.Les émotions de ce monde ne peuvent plus guère me troubler, je crois que l'on juge de tout avec sérénité quand vient la fin.Mais va donc, Perrine, laisse les volets ouverts, je te prie", reprit-elle plus haut.Marie-Claire Daveluy (à suivre) Une question de Pierrot.La cuisinière prépare un canard.Pierrot, considérant le volatile avec pitié.— Pauvre canard! Est-ce avant de le tuer qu'on lui a coupé la tête?La fête de Jacques.Maman—Bonjour, mon petit Jacques; tu sais, aujourd'hui, c'est ta fête.Jacques, inquiet — Faudra-t-il que je récite ma fable ?Bureau: LAncaster 1771 Dessins soumis sur demande C.Lamond Fils 929, RUE BLEURY - MONTREAL Manufacturiers de bijouteries médailles d'or, or plaqué, argent, bronze et aluminium Spécialités : boutons émaillés. L'OISEAU BLEU 25 CHAHSOHS POPULAIRES À IA CLAIRE FONTAINE m }J' ju }j^m A la Clai-re ron-tai-ne, M'en al-lanh pro-me nér, Jai iTOU-vé l'eau si belle Que je my suis bai-gne' il ya long-temps quejc Fai-me S V jamais je ne l'oublierai — # — J'ai trouvé Veau si belle.Que je m'y suis baigné; Sous les feuilles d'un chêne Je me suis fait sécher.Lui ya longtemps, etc.— 3 — Sous les.Sur la plus haute branche Le rossignol chantait.Lui.Sur la.Chante, rossignol, chante Toi qui as le coeur gai.Lui.— Sachante.Tu as le coeur à rire.Moi je Vai-t-à pleurer.Lui.— 6 — Tu as.J'ai perdu ma maîtresse Sans l'avoir mérité.Lui.— 7 — J'ai perdu.Pour un bouquet de roses Que je lui refusai.Lui.— 8 — Pour.je voudrais que la rose Fût encore au rosier.Lui.— 9 — Je voudrais.Et que le rosier même Fût à la mer jeté.Lui. 26 L'OISEAU BLEU RÉCITATION.CHOEUR PARLÉ Chorale des saints Martyrs Canadiens Comme le Jeu choral de Dollard des Ormeaux qui a paru dans Z'Oiseau bleu en avril dernier, cette récitation chorale s'adresse directement aux scouts, aux éclaireurs ou aux voltigeurs canadiens-français.Depuis quelques années, en France et davantage encore en Belgique, ces récitations entrent dans le programme des réunions de la Jeunesse catholique.Sous la direction d'un choreute, l'assistance dit les paroles avec gestes et mouvements d'ensemble.Bientôt, tous y mettent de l'ardeur et l'émotion monte jusqu'à l'enthousiasme.L'expérience ne serait-elle pas à tenter chez nous ?A titre d'exemple, voici une récitation chorale des voltigeurs autour d'un feu de joie.Loin de leur pays, la douce France,/ Loin de leur famille, de leur maman,/ Dans la forêt mystérieuse,/ Où hurlent les loups,/ Dans les cabanes enfumées/ Hou!/ Hou!/ Hou!/ Des Hurons couverts de vermine,/ (geste de vermine qui court sur le corps) Les pauvres missionnaires/ Jogues,/ Brébeuf,/ Lalemant,/ Gamier,/ Daniel,/ Chabanel,/ Goupil,/ La Lande,/ Apprennent des langues barbares:/ Ouichta, ouichté!/ A ouich tenaga ouichka!/ Pour prêcher le Saint Evangile,/ Tson oué Iésous,/ Iésous a baton nia!/ II Ils mangent de la viande sèche/ Et du poisson pourri,/ Qui nage dans une sauce amère,/ Où chacun se sert avec ses doigts,/ Le soir,/ Autour des feux,/ Hou!/ Hou!/ Hou!/ Les sorciers les guettent,/ Ah! Ah! Ah!/ Et multiplient les sortilèges,/ Eho!/ Eho!/ Eho!/ Et tournent contre eux en haine/ Eh! Eh! Eh!/ (ricanement) Même le soin des malades.III Mais surgit l'Iroquois cruel,/ Qui frappe du tomakawk,/ Ah! Ah! Ah!/ (guttural) Qui scalpe les chevelures,/ (trois sifflements avec gestes) Qui leur verse sur la tête/ De l'ea'u bouillante! En dérision du saint Baptême/ Collier de haches chauffées à blanc!/ (Mains au cou, et gémissement/ Ffe!) Ceinture de résine qui flambe!/ (Fort gémissement/ O!.) Langues et lèvres coupées!/ (On avale sa douleur les dents serrées).Chair grillée et dévorée à pleines dents!/ (Hum!.on mord avec appétit) Tisons dans la gorge!/ Ah!/ (couper le souffle brusquement).Les yeux arrachés,/ E.e.e./ (râle de souffrance) Et même le coeur!/ (geste de lancer son coeur au public).Mais leur âme monta vers Dieu,/ Et leur grand souvenir! Reste à jamais parmi nous./ Gloire à nos saints martyrs! WLA PHOTOGRAVURE ATIONALE TfLMA LIMITEE 59 S T.CATHERINE OUEST - MONTREAL L'OISEAU BLEU 27 Ce que l'on grave sur le bronze.MONTRÉAL RACONTÉ EN STYLE LAPIDAIRE (suite) T 'Oncle Etienne fut reçu avec enthousiasme par ses nièces, cousine et cousin dès qu'il eût quitté le marchepied du tramway.—Oncle, dit Marie, avec son plus beau sourire, la Place d'Armes s'est mise en fête pour nous recevoir.Voyez: les hommes d'affaires paraissent moins fiévreux, une brise légère s'élève, les fleuristes sont entourés des bouquets les plus odorants, aux vives et fraîches couleurs.C'est charmant! —Je vous offre de ces fleurs parfumées, mes jeunes amis ?Venez.—Merci, oncle dit Hélène, Elles se faneront tout de suite entre nos mains.Il fait si chaud.Ce serait dommage.—En effet, souligna Thérèse.Puis, vous nous avez fait entendre qu'à la Place d'Armes, nous aurions beaucoup de souvenirs à évoquer autour des nombreuses plaques historiques que nous apercevons de côté et d'autre.—Bien.Commençons donc tout de suite la série de nos visites en ce coin célèbre du vieux Montréal.Evidemment, nous allons un peu piétiner.Faits et souvenirs abondent ici.Nous procéderons lentement, de manière à nous épargner au moins la fatigue.—Oh! nous sommes aguerris, maintenant, oncle, assura Marie.—Où nous conduisez-vous d'abord, cousin ?s'affaira Thérèse, en préparant son calepin.—Restons ici.Ne nous plaignons pas de voir M.de Maisonneuve nous tourner le dos.Sans irrévérence, faisons de même.Et alors, nos regards fixés sur la rue Saint-Jacques et ses proches environs, songeons à ce que rappelle cette plaque que vous voyez d'ici sur la façade du Royal Trust.—Nous voyons la plaque, mais je n'ai pas votre vue, cousin, je ne puis lire l'inscription qui s'y trouve.Et Thérèse me souffle qu'elle non plus n'y distingue rien.Tous se mirent à rire.—Allons, tu penses bien, François, que nous non plus ne pouvons déchiffrer ces caractères de l'endroit oû nous sommes.mais ma mémoire va suppléer à nos insuffisances visuelles.Voici ce libellé mystérieux: C'est en cet endroit, plus tard surnommé la Place d'Armes, que les fondateurs de Ville-Marie "rencontrèrent les Iroquois pour la première fois et les mirent en déroute.En cette occasion, mars .16Al, Paul de Chomedey de Maisonneuve tua de ses propres mains le chef des Iroquois.(Traduction).—Nous connaissons le beau fait d'armes de M.de Maisonneuve, dit aussitôt Hélène.Nous l'évoquons chaque fois avec une satisfaction nouvelle.On ne pouvait mieux prouver son courage et son bon jugement.—Oui, observa François, M.de Maison-neuve donna une bonne leçon à ses soldats.On ne le croyait pas brave, il n'était que prudent et bon pour ses hommes.Pourquoi se hâtaient-ils tant, d'ailleurs, d'aller se faire tuer ou scalper ?—Pour une fois, François, ton goût du moindre effort est plein de sagesse.Donc, nous n'aurons pas à reprendre la narration pittoresque de nos historiens sur cette victoire remportée par M.de Maisonneuve, à la fois sur les Iroquois et sur les esprits soupçonneux de sa fougueuse poignée de soldats, une trentaine environ.Mais, par respect pour ce héros, tous, un instant, vous voudrez bien revoir en imagination cette place, revedenue soudain une forêt remplie de neige, couverte d'Iroquois, chaussés de raquettes, avec lesquelles ils évoluaient avec la rapidité des cerfs; surtout, vous admirerez M.de Maisonneuve, reculant, pistolets fumants aux poings, face à l'ennemi, protégeant de cette façon héroïque la retraite de ses soldats."Je vais à votre tête", avait-il crié, en partant, et il revenait le dernier avec la même belle vaillance, ayant tué qui voulait le tuer.—Bravo! s'exclamait François avec feu.Tu sais, Thérèse, toi qui préfères Dollard, M.de Maisonneuve l'égala sans cesse dans la bataille.—Oui, oui, François, mais il n'en est pas mort, lui.Comme tu parles haut! Les passants se retournent, répliqua Thérèse, qui paraissait toute confuse.—Oncle, dit lentement Marie, vais-je vous scandaliser en vous déclarant que ce qui me plaît davantage en vos paroles, c'est que vous avez voulu évoquer l'hiver, la neige.Par cette chaleur, ça rafraîchit.—C'est cela, moquez-vous de moi.Mademoi-selle.Et maintenant, à pas lents, traversons la Place d'Armes puis la chaussée de la rue Notre-Dame.Arrêtons-nous ici, près du mur de clôture du vieux séminaire de Saint-Sulpice.Lisons l'inscription de cette première plaque: Le Séminaire de Saint-Sulpice, fondé à Paris par M.Jean-Jacques Olier, 16Al.Etabli à Ville-Marie 1657, M.Gabriel de Queylus, supérieur.Seigneurs de l'Ile de Montréal - 1663.—Cette chère vieille bâtisse sulpicienne, 28 L'OISEAU BLEU qu'elle est touchante et pittoresque, que j'aime à lui opposer ce gratte-ciel non loin d'ici! dit vivement Hélène.Avec moi, les monuments du passé l'emportent souvent.—Tu n'as pas tort, approuva l'oncle.Cette ancienne construction "habitée vraisemblablement en 1684, dit M.Henri Gauthier, his-torien-sulpicien, et bâtie d'après les plans que probablement avait fournis M.de Belmont, prêtre de Saint-Sulpice.De l'aile gauche, continue M.Gauthier, démolie en 1849, partait une galerie souterraine qui bifurquait à gauche et conduisait au clocher de l'église; la galerie [souterraine] principale continuait jusqu'au transept de l'église, près de la rue Saint-Sulpice." —Que c'est intéressant, dit Thérèse.Un souterrain! François, si nous allions le voir un jour avec papa.—Ma pauvre Thérèse, pas toi.Les dames ne sont pas admises à l'intérieur des maisons, chez les Messieurs de Saint-Sulpice.—Oh! c'est injuste, cela, n'est-ce pas, cousin ?—Ma petite Thérèse, il y a d'autres points de vue que ceux de l'histoire, lorsque l'on maintient certains règlements dans les communautés.Tu comprendras très bien cela, plus tard.Mais au lieu de t'attrister, réjouis-toi, et nous tous avec toi, de ce que la Compagnie de Saint-Sulpice a toujours été pour Montréal depuis sa fondation une bienfaitrice généreuse, parfois même fastueuse, une apôtre dévouée, une protectrice inlassable.Puis, Saint-Sulpice n'eut-il pas ses martyrs aux premières heures de la colonie: MM.Vignal et Lemaître; ses missionnaires , ses explorateurs, ses administrateurs, lorsque, à partir de 1663, Saint-Sulpice devint seigneur-propriétaire de toute l'île, à la demande instante de la Société de Notre-Dame de Montréal, de M.de Maison-neuve et de Jeanne Mance.Un seul petit fait significatif prouve cette sollicitude durant ces lointaines années.Lorsque M.de Queylus, ce riche, influent et libéral abbé de Lac-Dieu, revint au Canada en 1668, en qualité de supérieur tout comme en 1657, ainsi que le rappelle cette plaque, on vit Montréal progresser de façon merveilleuse.Le recensement de 1666 accusait une population de 584 personnes à Montréal; en 1672, quatre ans après l'arrivée de M.de Queylus, on comptait de 1400 à 1500 âmes.Le roi Louis XIV avait eu raison d'écrire à M.de Queylus,le 15 mai 1669, par l'entremise de Colbert: "Sa Majesté s'attend bien que la colonie de Montréal augmentera considérablement par vos soins et par votre application; ce dont elle se repose presque entièrement sur vous." Et maintenant, faisons quelques pas, reconnaissons que ce fut encore Saint-Sulpice qui donna à Montréal son premier historien.Voyez le libellé de cette plaque: A Frs Dollier de Casson, premier historien de Montréal.Capitaine sous le Maréchal de Turenne, puis prêtre de Saint-Sulpice pendant trente-cinq ans, mourut en 1701 curé de la paroisse.—Oncle, avez-vous dans votre bibliothèque cette Histoire du Montréal de M.Dollier de Casson?demanda Marie.¦—Comment donc?Voulez-vous la lire, ma nièce ?—Croyez-vous que cela ne soit pas trop sérieux ?—Je vous réserve des surprises, si vous voulez tenter cette lecture.Comme cette histoire renferme des faits touchant la vie des colons de 1642 à 1672, il est certain que tout cela devient aussi intéressant, curieux, peu ordinaire, que rempli de mouvement, de couleur et d'originalité.D'ailleurs, l'auteur est une figure attachante, fort pittoresque.Que ne fut-il pas, M.Dollier de Casson?Capitaine sous M.de Turenne, prêtre de Saint-Sulpice durant trente-cinq ans, historien, missionnaire, explorateur, administrateur, arpenteur, ingénieur.Ne traça-t-il pas le plan des premières rues de Montréal dès 1672 ?Un an auparavant, ne découvrait-il pas en compagnie de Cavelier de la Salle et de M.de Galinée, autre prêtre de Saint-Sulpice, le Mississipi par l'Ohio ?Ce fut également Dollier de Casson qui commença le canal de Lachine.Et avec cela, il fut bon, généreux, jamais à bout de ressources en ces circonstances critiques, donc d'un esprit plein d'humour et d'allant; au physique, d'une force herculéenne, qui ne faisait que mieux ressortir son amour de la paix et de la concorde.Figure inoubliable, à la vérité, mes enfants, une fois qu'on l'a étudiée avec la sympathie et l'intérêt qu'elle mérite.—Cousin, dit François, vous me gagnez.M.Dollier de Casson va prendre place maintenant auprès de M.de Maisonneuve et des autres grands noms de Montréal.Mais vous me prêterez bien, à moi aussi, cette Histoire de Montréal qu'il a écrite.—Je t'en lirai certaines pages.Nous les commenterons ensuite.Ça te va ?—Oh! oui.—Et moi?dit Thérèse.—Mais je compte bien que tu en seras, toi aussi.Approchons de la troisième plaque que nous apercevons encore sur le mur de clôture du Séminaire.Lisons: La seconde église paroissiale de Ville-Marie, construite en 1672, dédiée au culte en 1678 et démolie en 1829.—Oncle, dit Hélène, je vous demande pardon, mais vous dites la seconde église paroissiale.Il me semble que la dernière fois vous nous appreniez que cette deuxième église de Ville-Marie fut celle de 1656, adjoignant les L'OISEAU BLEU 29 bâtisses de l'Hôtel-Dieu et située à l'angle nord-est des rues Saint-Sulpice et Saint-Paul.—En effet, reprit l'oncle, un peu embarrassé.Mais vois-tu, mon enfant, il ne faut pas me demander la précision rigoureuse d'un érudit.Je m'étais laissé impressionner, à mon ordinaire, par le récit d'une vieille brochure de 1643, les Véritables Motifs des Messieurs et dames de la Société de Notre-Dame de Montréal, où il est écrit que la chapelle du Fort, dès 1642, "servait comme de paroisse, avec deux pères Jésuites pour la desservir".Ce petit texte me faisait croire que la première église paroissiale dut être justement cette chapelle; puis la deuxième, l'église Saint-Joseph de 1656; puis la troisième, la Notre-Dame de 1672.Fais une petite soustraction, Hélène, en tenant compte de la différence qui existe entre une chapelle, qui servait comme de paroisse et une véritable église paroissiale, puis pardonne à ton pauvre oncle.Etienne de Lafond (À suivre) anecdotes canadiennes Les Canadiens, ça pousse partout! M.Ernest Gagnon, dans son livre Choses d'autrefois, raconte la traversée périlleuse de quatre Canadiens et un Français, qui se rendaient en Californie par les plaines de l'Ouest, c'étaient: Edouard Tellier, Delorme de Montréal, Marcou de Québec, et Anselme Desjarlais dit St-Amant de la Rivière-du-Loup."A la tombée du jour, les voyageurs se disposaient à camper lorsqu'ils aperçurent au loin un point noir toujours grossissant, qui semblait s'approcher à chaque instant des voyageurs: c'étaient des Peaux-Rouges.Nos Canadiens se préparèrent à, défendre leur vie avant que cette troupe d'une cinquantaine de sauvages à cheval, avec femmes et enfants, ne leur tombent dessus.Sur un cri strident de leur chef, un espèce de géant, dont la figure était peinte de la manière la plus effroyable, la tribu s'arrêta."Il avait le buste et les bras couverts de sang.Un couteau et cinq chevelures noires également ensanglantées pendaient à.sa ceinture.Il portait une culotte taillée à l'européenne.Dans son cou, une courroie soutenait une carabine, une corne à poudre, etc.Sa longue chevelure noire, un peu grisonnante, était retenue au sommet par une lanière peinte en vermillon."Le chef fit avancer sa monture de quelques pas vers les voyageurs et leur adressant la Le chef fit avancer sa monture.parole en anglais, il leur demanda d'où ils venaient et où ils allaient."Nous venons du fort Saint-Joseph de Missouri et nous nous rendons à- Sierra Nevada, répondit Delorme plus familier que ses compagnons avec la langue anglaise.— Et vous avez passé le fort Laramée ?Vous avez terriblement allongé votre chemin.Vous n'êtes pas Américains?— Non, répondit Delorme."Le chef reprit alors, s'exprimant en français: — Seriez-vous Canadiens, par hasard ?— Oui, répondirent trois ou quatre voix.— De Québec ou de Montréal ?— Quelques-uns de Québec, quelques-uns de Montréal.— Personne de Trois-Rivières ?— Non, mais nous sommes deux du district des Trois-Rivières.— De quelle paroisse?— De la Rivière-du-Loup.— Quels noms?— Desjarlais et Tellier.— Tellier du village et Desjarlais du bas de la Grande-Rivière.Que je suis content de vous rencontrer! Moi aussi je suis de la Rivière-du-Loup.Mon nom est Boisvert".Tout comme les Gascons, les Canadiens, ça pousse partout.J'abrège ce récit, que M.Gagnon nous a tracé de sa plume si spirituelle et si alerte.Bref, les sauvages, après avoir dansé toute la nuit au son du violon joué à la canadienne, par Marcoux, disparurent à l'horizon au petit jour.Tout jeune je m'extasiais devant les trophées et les peaux de bêtes rapportées par les oncles Saint-Amant et les longs récits de leurs aventures dans l'Ouest sont restés gravés dans ma mémoire. L'OISEAU BLEU 30 Comme tant d'autres familles, les de Gerlaise dit Saint-Amant ont fini par ne plus se souvenir du beau nom que leur avait légué Jean Jacquet de Gerlaise dit Saint-Amant, officier du régiment de Carignan-Salières.Saint-Amant n'était qu'un sobriquet adopté par de Gerlaise, dès son entrée au régiment, comme c'était la mode à cette époque, dans l'armée; cette coutume cependant n'était pas aussi répandue parmi les soldats qui vinrent au Canada soixante-quinze ans après.Nota — Ce qui précède est extrait du luxueux ouvrage "Jean Guyon, étude généalogique" par son descendant Louis Guyon né en 1853 et qui fut sous-ministre du travail à Québec, en 1919.Auteur dramatique estimé, il est mort à Montréal, le 15 novembre 1933.E.-Z.M.GRAPHOLOGIE Telle écriture, tel caractère! C'est ce que vous dira Soeur Jeanne, notre graphologue, pourvu que vous lui envoyiez dix lignes d'écriture et de composition -personnelles, sur papier non réglé, le tout accompagné de la modique somme de vingt-cinq sous et d'une enveloppe affranchie.Adressez: SOEUR JEANNE L'Oiseau bleu 1182, rue Saint-Laurent Montréal, P.Q.POUR RIRE Vidée de Lili.Madame choisit des papiers de tenture.— Celui-là est joli, dit-elle; mais je crains qu'il ne supporte pas l'humidité.Lili — Maman, pourquoi ne prends-tu pas du papier buvard ?Entre amis.Jacquie— Moi, au moins, je ne suis pas prétentieux.Quand je fais une bêtise, je suis le premier à en rire.Jeannot — C'est pour cela que tu es toujours si gai.L'excuse de Mimi.— Mimi, tes mains sont encore malpropres, va les laver.Mimi, considérant ses mains d'un air profondément découragé.— Les mains, cela n'est pas pratique, cela se salit tout le temps.Concours Mensuels CONCOURS D'AOUT-SEPTEMBRE 1935 1 — Métagramme Avec C, je suis un cabas ou panier d'osier pour le transport des marchandises.Avec T, je suis un assemblage de choses de même nature formant une sorte de bouquet.Avec B, je suis un chanteur qui remplit un rôle bouffe.2 — Corriger: a) Le cap d'une bouteille b) Le tally c) Des vagues (coiffure) à l'eau.3 — Qui fonda "L'Action sociale catholique" et le grand quotidien L'Action catholique ?Les solutions devront nous parvenir pour le 25 septembre au plus tard.Adressez: L'OISEAU BLEU 1182, rue Saint-Laurent Montréal, P.Q.Concours d'août-septembre 1935.RÉSULTAT DU CONCOURS DE JUIN-JUILLET 1 — Si tu n'écoutes pas, tu vas goûter du martinet, de la courroie, du fouet.6) Emmagasinage de fourrures.
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.