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Titre :
VO
VO est une revue bimestrielle engagée portant sur le monde du travail, l'économie sociale et la coopération internationale. Publiée de 1990 à 1997, elle fait suite à Vie ouvrière. [...]

VO est une revue bimestrielle publiée à Montréal de 1990 à 1997. Résolument de gauche, la revue accueille des rédacteurs dont les préoccupations sont orientées vers la lutte aux inégalités sociales, la solidarité internationale et le développement de services publics de qualité. Pierre Vallières est rédacteur en chef de VO jusqu'au printemps 1991, où il laisse sa place à Jean Robitaille, collaborateur régulier de la revue depuis quelques années, qui travaillera étroitement avec Daniel S.-Legault. VO fait partie d'une longue série de publications incluant le Bulletin des aumôniers des mouvements spécialisés d'Action catholique (1942-1947), L'Action catholique ouvrière (1951-1957), Prêtre d'aujourd'hui (1958-1966), Prêtres et laïcs (1967-1973), Dossiers « Vie ouvrière » (1979-1990), Vie ouvrière (1979-1990) et VO (1990-1997), qui, en fusionnant avec Les Carnets de VO (1996-1997), devient Recto verso (1997-2004).

VO s'adresse à un public scolarisé et engagé : intervenants et militants des milieux communautaires et syndicaux, journalistes, étudiants, recherchistes et, plus généralement, les individus préoccupés par les changements sociaux.

La nouvelle formule magazine adoptée par VO vise toutefois à une diversification tant de la forme que du ton. Des textes d'analyse substantiels côtoient les chroniques plus courtes dans une facture graphique plus illustrée et colorée que celle de Recto verso.

Le tirage de VO se situe entre 2000 et 5000 exemplaires.

FONTAN, Jean-Marc, « Souvenirs de Recto verso », Possibles, vol. 30, no

Éditeur :
  • Montréal :Jeunesse ouvrière chrétienne :1990-1997
Contenu spécifique :
mars-avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeurs :
  • Recto verso (Montréal, Québec) ,
  • Carnets de VO
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Références

VO, 1991, Collections de BAnQ.

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LE MAGAZINE OLFE PERSIQUE CROISADE À RUINES PIERRE VALLIERES RENCO.MICHEL CHARTRAND * U ^J %H 9 ! w^ Sexua Couples, femmes, autochtones1 N 9770849035006 30 ■ns DE PRESENCE PASTORAL INSTITUT DE PASTORALE ' Centre universitaire de formation permanente 2715.chemin de la Côte Sainte-Catherine Montréal (Québec) H3T 1B6 — (514) 739-3223 ce*» UN INVESTISSEMENT - UN ACQUIS - UNE NECESSITE L'ÉCOLE PUBLIQUE : UNE RESSOURCE COLLECTIVE À SAUVEGARDER A Alliance des professeures et professeurs de Montréal (CEQ) 82 OMMAIRÉ PHOTO RENE BEAULÉU TRIBUNE LIBRE 4 EDITORIAL BILLET ENTREVUE 8 Michel Chartrand À 74 ans, Michel Chartrand reste un homme d'engagement, de parole et de fidélité.Depuis les années 30, il n'a fait que se battre pour la justice et la liberté, surtout aux côtés des plus dêmunis-es, des plus maltrartés-es par la société Que pense Michel Chartrand du Québec actuel, lui qui a tant sacrifié de lui-même pour contribuer à le libérer?POINT DE VUE 13 L'impôt des compagnies, un mythe?DOSSIER 16 Sexualité et liberté Aujourd'hui, la sexualité n'est plus considérée d'abord comme une nécessité biologique de reproduction Elle est devenue, pour la femme comme pour l'homme, avant tout une source essentielle de plaisir et d'épanouissement Mais est-ce pour autant le bonheur?VO a interrogé des femmes et des couples d'aujourd'hui., et aussi nos ancêtres amérindiens: hurons.iroquots et algonquins SUR LA PLANÈTE 36 L'échec d'Aquino aux Philippines EN MOUVEMENTS 39 Question nationale et mouvement populaire BANDE DESSINEE 15 EN BREF 28 LIRE 29 TOUR DU QUEBEC 33 QUEBEC EN COULEURS 34 QUESTIONS D'AMERIQUE 35 VO : LE MAGAZINE DE VIE OUVRIÈRE Fondé en 1951.Magazine d'information alternatif, au service des classes populaires, il traite de leurs conditions de vie et de travail, de leurs organisations, de leur culture et de leurs débats.VO s'inspire principalement du courant chrétien libérateur II est publié en collaboration avec la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC), le Mouvement des Travailleurs Chrétiens (MTC) et le Centre de Pastorale en Milieu Ouvrier (CPMO) Ses prises de positions éditonales n'impliquent cependant pas ces organisations Les articles publiés dans VO n'engagent que leur auteurs-es.Conseil d'administration: Daniel Beaulieu, Esther Champagne, Paul-Émile Charland.Louise Lafortune.Daniel Legault, Réjean Mathieu, Monique Tremblay Directeur: Gilles Dugal Rédacteur en chef: Pierre Vallières Journaliste régulier Jean Robitaille Comité de rédaction: Danielle Beaulieu, Nancy Burrows.Nicolas Calvé, Jean-Guy Casaubon, Josée Desrosiers, Mark Fortier.Claude Hardy, Monique Tremblay.Myname El Yamam Membres des sous-comités et collaborations régulières: Judith Archambault.Martin Boisvert.Richard Bonnette Nicole Brais, Miriam Charbonneau, Louise Desmarais.David Forcier, Danielle Forest, Jean Forest, François Gervais, Claude Hardy.Jean-Guy Lacoursière.Daniel Laprès.Diane Lalancette, Henri Lamoureux, KarlèneLauzon, Fabien Leboeuf, Lucie Lépine, Jean Ménard, Stéphane Pomamville.Jean-Hughes Roy, François Saillant, Élyse Tremblay, Pierre Viau Comptabilité, abonnements, traitement de texte, recherche visuelle, et montage: Daniel Legault Photographe: René Beaulieu Bande dessinée: Vivian Labne Impression: Imprimerie d'Artha-baska me.Distribution: Diffusion Parallèle - Tél.(514) 525-2513.Fréquence de parution: 6 numéros par an Photo page couverture: René Beaulieu Grille de tarifs: Abonnement individuel: 18$/an ou 32$/2ans Abonnement institutionnel 25$/an Abonnement de soutien: 25$/an Étudiant ou sans emploi: 13$/an À l'étranger (par avion), individuel: 23$/an À l'étranger (par avion), institutionnel: 30$/an Un numéro seulement: 3.50$ + 1 25$ en frais de poste Les articles de la revue VO sont inscrits dans le répertoire analytique d'articles de revues Points de repère Dépôt légal a Ottawa et à la Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0849-035X Courrier de deuxième classe, enregistrement no 0220 Parution no 229, 1er mars 1991.Revue VO, 1212 rue Panet, Montréal (Québec), H2L 2Y7 Tel: (514) 523-5998 u n I i -£3- LE CIEL ET L'ENFER C'est avec grande hésitation que j'ai finalement décidé de me réabonner à Vie ouvrière, je donne donc une chance au coureur.Pourquoi cette hésitation?N'ayant pas le temps de faire une analyse de la question, je me permets de vous donner mes commentaires, aussi incomplets peuvent-ils paraître././ Question nationale.H faut lier national et social.Comme du côté social les exigences sont tellement élex'ées: pacifisme, écologisme, dè\'eloppe-ment durable, plein emploi en dehors de l'économie de marché.on répétera 1980 et on restera sur le bord à regarder la parade dans un Oui, mais, mais.Il faut poser les questions, mais ne pas développer des attitudes «attentistes ■• qui conduisent a I inertie et qui favorisent le s tutu quo au plan tactique././ Globalement, la revue a toujours la même façon de présenter les réalités: la dure réalité.puis l'idéal, ce qui devrait exister en dehors de toutes contraintes économiques, sociales, politiques.Le mal.puis le bien paradisiaque.L'inacceptable.puis l'Utopie.Un schéma d'analyse qui se rapproche du schéma Enfer-Ciel et Chair-Esprit, bref du catholicisme 19e siècle complètement sécularisé.Cette tendance dans l'analyse de la realite laisse bien peu d'espace et Je valeur pour le ici et maintenant, le possible, les chemin*, de l'espoir, l'humanité qui cherche à construire un monde meilleur.je m'intéresse au «possible •■ en tant que terrien, il m'arrive Je me lasser de Vie ouvrière qui souvent décrit l'enfer ii fi n ile mieux annoncer le ciel.Cela finit par faire preacher collectif.f.j Paul Ouellet Pierre Vallières a quitté son travail mais non sa collaboration à VO, le 1er mars dernier.|e le remercie d'avoir questionné le rapport de VO à l'actualité et pour sa préoccupation historique comme journaliste Pierre a des projets d'écriture.Je lui souhaite toute la chance possible.Jean Robltaille et Daniel Legault ont présenté un projet d'équipe pour la rédaction du magazine.Le conseil d'administration a engagé Jean à la rédaction en chef et Daniel pour l'assister.La rédaction de VO s'inscrit dans la continuité, la compétence et le pluralisme.Cilles Dugal, coordonnateur lDlTOR»*L GOLFE PERSIQUE: CROISADE À RUINES JEAN ROBITAILLE ■■(.) nous n'avons pas d'avis sur les conflits entre Arabes tels que votre désaccord frontalier avec le Koweit.» Mme April Glaspie, ambassadrice des États-Unis en Irak.Extrait d'un entretien avec Saddam Hussein le 25 juillet à Bagdad, une semaine avant l'invasion du Koweit.1 Saddam Hussein est aujourd'hui, pour l'Occident, un tyran sanguinaire.Une véritable bénédiction pour un Empire en mal d'incarnation diabolique depuis l'effondrement du péril communiste.Saddam Hussein était hier, pour ses opposants politiques (Kurdes, socialistes ou religieux confondus), un tyran sanguinaire généreusement appuyé par les grandes puissances du monde.Saddam Hussein sera dorénavant, pour le peuple arabe et le monde musulman, un libérateur; celui qui résista courageusement et farouchement contre l'envahisseur et l'oppresseur.Le prochain homme de I année de la revue Times - digne successeur de George Bush - aura ces trois visages.Mais quelque soit le masque qu'on lui fasse porter, jamais le massacre des populations civiles irakiennes et la destruction massive de l'Irak ne pourront être justifiés.LE CHOIX DE L'ÉPREUVE DE FORCE Pourquoi sommes-nous en guerre?Pour défendre le droit international, alors qu'il est quotidiennement bafoué par la présence états-unienne en Amérique centrale, par le contrôle syrien au Liban, par l'occupation israélienne en Cisjordanie et à Gaza?Sûrement pas.Pour défendre nos amis Koweïtiens dont la richesse et l'opulence fait scandale dans la région?Peut-être.Le marché financier mondial est de plus en plus contrôlé par les émirs koweïtiens.Le chef de l'État koweïtien possède à lui seul 50 milliardsS et sa famille, quatre fois plus! L'Office d'investissement du Koweït contrôle le quart des actions du géant chimique allemand Hoechst et du groupe automobile Daim ler-Benz, sans compter 22% des actions de British Petroleum et d'importantes participations dans de nombreuses sociétés américaines.La fortune de cette créature de l'empire colonial britannique est outrageante face au mal-développement de pavs comme l'Irak, l'Iran ou le Yémen.Huit années de guerre contre l'Iran ont laissé l'Irak dans la dèche.L'Irak qui bénéficiait il y a dix ans d'un surplus budgétaire de 30 milliardsS, est aujourd'hui accablé d'une dette de plus de 80 milliardsS, soit deux fois son PNB! Les indicateurs de développement économique, culturel et démographique le place dans une position encore plus précaire que celle des pays d'Amérique centrale.L'objet du litige entre l'Irak et le Koweit reposait à I origine sur la fixation du prix du baril de pétrole ainsi que sur des revendications territoriales et financières de l'Ink à titre de compensation pour l'effort de guerre irakien visant a freiner la montée de l'intégrisme musulman iranien dans la région du Golfe.Ces revendications ont fait l'objet de négociations - > < 10 CL < 5 EN D > en en a > < a a < m ru ru O > houleuses en juin et juillet derniers, l'Irak et le Koweit s'accusant mutuellement d'intransigeance.La médiation de pays voisins laissaient pourtant croire à la possibilité de trouver une solution négociée, et ce, même dans les jours qui suivirent l'invasion du Koweit.Les États-Unis apparaissent clairement comme les grands responsables de l'échec de toutes les tentatives de médiation.C'est ce qu'affirmait dès le 11 août dernier l'hebdomadaire français Témoignage Chrétien: «Unefait plus aucun doute maintenant, en effet, que le président George Bush a fait le choix très vite, de l'épreuve de force.» Bush a choisi de torpiller tout projet de conciliation.Les responsables de la Maison Blanche et du Pentagone souhaitaient profiter de l'occasion pour appliquer à Saddam Hussein la médecine utilisée quelques mois auparavant au Panama, histoire d'éliminer un ancien allié devenu un peu trop gênant.L'Irak, puissance militaire importante dans la région, aux visées expansionnistes et panarabistes affichées, était donc devenu drôlement inquiétant pour les intérêts du monde industrialisé.De son côté, Israël, fidèle allié des États-Unis, craignait de plus en plus la menace militaire irakienne.Une occasion en or s'offrait pour affaiblir l'Irak de façon décisive, les États-Unis n'allaient pas la rater.GENDARME DU MONDE Un nouvel ordre mondial est en voie de s'établir sur les ruines modernes d'une cité millénaire bombardée par 18 000 tonnes d'explosifs chaque jour.Les États-Unis tentent de profiter d'une conjoncture mondiale qui ne leur a jamais été aussi favorable pour installer leurpa* amerkana.Comme le soulignait l'ancien président Richard Nixon dans un article dans le New York Times, les raisons de cette guerre ne résident pas dans la défense du droit international mais dans le contrôle des richesses pétrolières, «il n'y a pas de honte à défendre les intérêts économiques vitaux de son pays», et dans le maintien de la crédibilité des États-Unis comme gendarme du monde.«Si nous parvenons à bouter Hussein hors du Koweit, en accord avec la résolution de l'ONU et à le rendre incapable de mener d'autres guerres par la suite (.), nous serons alors investis d'une crédibilité sans faille pour décourager toute agression où que ce soit dans le monde.».Le Nouvel ordre mondial promu par Washington est unipolaire.Et l'on sait trop bien où se trouve ce pôle.Pour assurer son hégémonie à la tête du monde, les États-Unis doivent mettre au pas les puissances militaires régionales et contrôler le marché pétrolier.L'analyse de Roland Laffitte à ce sujet est limpide: «Ce qui importe le plus dans le pétrole, c'est en réalité son importance stratégique.Craignant la montée en puissance politique de l'Europe et du Japon, l'Amérique est convaincue qu'elle ne gardera sa suprématie qu'en contrôlant leur pétrole et, plus généralement, qu'en assumant le rôle de gendarme du monde, quitte à se faire rémunérer par eux cette spécialité.» DEVOIR D'INSOUMISSION Mais cette guerre est sale, foutrement sale.L'abîme de la bêtise humaine et de l'hypocrisie se révèle terriblement profond.Cette guerre Nord-Sud s'enlise et menace de prendre des proportions encore plus dramatiques.Les déshérités du peuple arabe et du monde musulman, avec lesquels l'Occident refuse même de partager les miettes du gâteau, se soulèvent massivement pour appuyer leur nouveau libérateur.Même si Saddam Hussein devait être vaincu dans les prochains mois, la haine antioccidentale, véritable poudrière qu'on semble s'acharner à embraser, ne s'éteindra pas de sitôt.Une résolution satisfaisante de la guerre du Golfe passe nécessairement par le respect de 2 conditions fondamentales: une solution régionale aux conflits politiques qui secouent depuis déjà longtemps le Moyen-Orient et un meilleur partage des richesses entre pays arabes.L'ONU, si elle souhaite retrouver crédibilité et pertinence, doit intervenir décisivement dans une telle direction, plutôt que de cautionner dangereusement une croisade meurtrière, i?tÀ 1 New-York Times, 23 septembre 1990 PHOTO PAUL QUTÏBf RlfJGE 0 hLLET LA LUNE EST PLEINE, ATTENTION! MYRIAME ELYAMANI La barque lunaire, une barque égyptienne se mouvant d'elle-même.La lune y repose; le croissant soutient une pleine lune.En bas, le premier Dieu Lune.ne oawn cf ovtsanoM Il y a des jours, où rien ne va plus.Ils (ces petits coqs qui ne veulent pas perdre la face!) nous préparent la guerre, comme s'ils n'avaient rien d'autre à faire.Comme des milliers d'autres je dis NON, NON et NON aux ram-bos, aux massacres et à l'imbécillité.11 y a des lunes où je préférerais ne pas être de ce monde, ne pas avoir à subir tant de bêtises et d'ignominies, au nom de je ne sais quelle religion, quelle superpuissance, ou quels barils d'huile.Il y a des jours et des lunes, comme dirait Claude Lelouch, qui en a d'ailleurs fait un très beau film, où la terre ne tourne plus rond.La lune doit bien rire de nos tentatives désespérées de sortir de la barbarie et du chaos.Maintenant, j'ai envie de rire avec elle, car de toute façon, elle m'empêche de dormir, chaque fois qu'elle est pleine.De croissant à bien ronde, cet astre endosse depuis des millénaires bon nombre de nos caprices, et on a même réussi à lui marcher dessus.Pourtant, quand elle s'éclipse pour laisser place aux feux de son homologue masculin, elle emporte avec elle tous les mystères de la nuit, qui de tout temps ont délié bien des langues.Les loups hurlent à la mort, les femmes accouchent plus vite, les fous délirent.les marées s'intensifient, que d'histoires elle a perpétués dans l'imaginaire populaire, cette pleine lune! Dans certains pays, comme au Groenland par exemple, on croyait que la lune était capable d'engrosser les femmes.«Aussi les femmes se gardent-elles de la regarder et ne se couchent-elles pas sur le dos avant de s'être frictionne le ventre avec de la salive pour se défendre d'être fécondées par la lune*' Déesse de la fertilité, vénérée à tous les coins du monde, la lune est également le symbole de la justice dans le jeu de tarot.Mais la lune, que Thot, le scribe égyptien, maître de la justice, tient en mains en rendant l'oracle, ne peut accorder sa clémence aux criminels qu'elle inspire soi-disant.Son couteau ne décapite que les sociétés perverties et les civilisations en marche vers leur déclin.DÉLIVREZ-NOUS DES NUITS SANS LUNE Mystérieuse, capricieuse, bleutée ou rousse, la lune nous ouvre tout un domaine émotionnel, que notre esprit occidental, si rationnel et si timé, a depuis fort longtemps abandonné.Elle confère aux êtres humains une grande imagination, de l'intuition, un sens de la poésie.Lorsqu'elle se lève et croit en lumière pour devenir bien ronde, elle les rend plus généreux, plus ouverts, plus assurés et plus libres.Mais, lorsqu'elle joue à cache-cache avec son ami, le soleil, elle les fait lâches, hébétés, paresseux, inconstants, jusqu'à les rendre -lunatiques-.Si les êtres humains se laissaient parfois infiltrer par sa lueur, ils apprendraient peut-être à être plus conscients des conséquences de leurs actes, à avoir plus confiance les uns dans les autres.Excusez-moi, j'étais dans la lune! Elle a pourtant inspiré la première berceuse que les enfants fredonnent, elle fait germer les semences et pousser les plantes, quand elle est en croissance.Et ce n'est que lorsqu'elle décroît, que les fantômes parcourent les airs en criant.11 ne faut pas attendre qu'elle devienne noire, car alors ses pouvoirs peuvent devenir très destructeurs.C'est du moins ce que les légendes populaires nous rapportent.J.7, 1.Esther H ARD1NG, Les mvstères de la femme, > Tavot, 1976, p.33 en 03 OC > < en oc < 5 01 C\J OJ E r * ^ par PIERRE VALLIÈRES PHOTOS: RENÉ BEAULIEU AND: MODE EXEMPLAIRE V u J'avais plusieurs questions à poser a Michel Chartrand, les sujets de discussions ne manquant pas en ces temps de profonds boulersements, mais il ne me laissa pas le temps de les mettre en ordre.D'entrée de jeu, il précisa ce qui, à ses yeux, constituait «le fond du problème».«Le fond du problème au Québec, dit-il, c'est qu'il n'y a pas d'éducation politique nulle part.11 y en a eu un peu durant les années 60, en particulier dans les syndicats, mais depuis plusieurs années plus rien.Pas d'éducation politique donc, même pas d'éducation tout court- tutionnels envisagés peuvent constituer de la simple magie noire, un leurre pour la population.Quand on sait qu'il y a environ 4 000 groupes populaires et communautaires au Québec et que l'État leur crache allègrement dessus.Il n'y a pas de quoi s'illusionner.On ne sera pas sauvés par les péquistes, pas plus que par les libéraux.- -René Lévesque nous avait promis une démocratie meilleure, un mode de scrutin proportionnel, plus de justice sociale et de participation aux décisions.Le PQn'a pas tenu ses promesses.Ses députés sont devenus très vite de petits potentats, imbus de leurs privilèges.Ils ont bloqué toute réforme du mode de scrutin.Ce n 'était pourtant pas la mer à boire.Puis, ils ont fini par matraquer les travailleuses et les travailleurs de l'État en 1982, comme les libéraux l'avaient fait en 1972 DES GOl^TRNTMENTS ARROGANTS Le fait qu'on vive dans une société sans opposition, sans éducation politique, justifie les gouvernements, à Québec comme à Ottawa, de faire ce qu'ils veulent, sans rendre de comptes à personne.Qu'il s'agisse de libre-échange, de TPS, de guerre, ou des politiques du travail, la population La démocratie aujourd'hui, c'est comme si les producteurs agricoles allaient porter leurs récoltes de blé aux propriétaires des silos et attendaient de ces derniers qu'ils leur donnent à manger! C'est absurde.œ 01 Or, sans éducation politique, sans formation à la démocratie, il n'y a pas de pratique politique non plus.Conséquence: on vit dans une société sans opposition, sans Le fond du problème au Québec, dit-il, c'est qu'il n'y a pas d'éducation politique nulle part.conscience critique, sans mémoire ni culture politiques, sans participation.Une société aplatie, une démocratie muselée, sans parole, sans colère, sans action.Y a-t-il un avenir dans une telle société?On parle de constitution, de souveraineté-association, mais les changements consti- cst systématiquement mise décote, comme si rien de tout cela ne la concernait.11 n'v a pas de démocratie sociale au Québec, mais seulement une démocratie d'experts, de financiers, d'économistes, d'avocats, de notaires, d'universitaires et de généraux.La fonction politique et sociale de l'État de\ rait être d'assumer les affaires de la collectivité, au profit de tout le monde, sur une base d'égalité, de solidarité et de fraternité.Le but de la démocratie devrait être l'épanouissement maximal de chaque personne, homme ou femme, jeune ou vieux.La démocratie, c'est d'abord une affaire d'humanisme et de justice sociale.C'est éthique, ou ça n'existe pas.Ça n'a rien à voir avec le capitalisme qui est essentiellement matérialiste.oc > < ce < 5 co OJ CM O > CHARTRAND: UN LUTTEUR HORS DU COMMUN Depuis les années 30, celles de la Grande Dépression, Michel Chartrand n'a fait que se battre pour la liberté et la justice.D'abord engagé, dès 1936, aux côtés des nationalistes des Jeunesses Patriotes puis du Bloc Populaire (dont il fut l'un des membres fondateurs), il a très vite développé au contact du peuple asservi une allergie viscérale au capitalisme.INDÉPENDANTISTE, MAIS D'ABORD ANTI-C APIT AUSTE Entré dans le mouvement ouvrier et le syndicalisme, lors de la grève d'Asbestos, en 1949, Chartrand devient en 1950 agent d'affaires à la Fédération nationale du vêtement, puis en 1952 responsable pour la CTCC (future CSN) de la mobilisation des syndiqués-es de Shawinigan, Grand-Mère, Louiseville, Famham, Québec, St-The.Montréal (Dupuis Frères), Sorel, etc.C'est sur le tas qu'il apprend le métier.Mais Jean Marchand, qui reproche à Chartrand de prêcher l'unité d'action avec les unions internationales (qui allaient plus tard former la FTQ), le congédie à deux reprises.Chaque fois, un tribunal d'arbitrage le réinstalle dans ses fonctions, avec plein remboursement des salaires perdus.Entre-temps, il bâtit une petite imprimerie, se procure une presse, deux presses.(Il avait appris le métier dans l'imprimerie de son père, à 18 ans).Il exercera le métier d'imprimeur jusqu'à la fin des années 60.Ce qui n'entravera nullement son travail de syndicaliste et de militant socialiste.En 1955, il est embauché par les Métallos de l'Abitibi, puis l'année suivante il travaille pour le Conseil central de Shawinigan/Grand-Mère.La même année, il adhère au CCF, qui deviendra plus tard le NPD.En 1957, il s'occupe à nouveau des employés-es de Dupuis Frères, à Montréal, ainsi que des grévistes d'Arvida et de Murdochville.À son retour de Murdochville, il devient chef provincial du Parti Social Démocratique, section québécoise du CCF.En 1958 et 1959, il est candidat socialiste dans Lapointe, puis Lac Saint-Jean.En 1961, il participe à la fondation du NPD, puis s'en sépare à la suite de profondes divergences sur la question nationale et les armes nucléai- res.En 1963, il est l'un des membres fondateurs du Parti socialiste du Québec (PSQ).LA CRISE D'OCTOBRE En 1968, à la demande de Florent Audette et du Syndicat de la construction (CSN), il devient responsable de l'éducation syndicale et hérite du dossier de la sécurité-santé sur les chantiers.Un dossier qui le marquera profondément.En 1969, il est élu officier du Conseil central de Montréal (CSN), puis président l'année suivante, poste qu'il occupera jusqu'en 1978.En 1970, lors de la célèbre Crise d'octobre, il est emprisonné sous l'empire de la Loi des Mesures de guerre.Il est détenu quatre mois sous le prétexte d'avoir participé à une conspiration séditieuse pour renverser le gouvernement canadien ! Ses co-accusés d'Octobre sont Charles Gagnon, Jacques Larue-Langlois, Robert Lemieux et Pierre Vallières.Le Procès des Cinq se soldera par un nolleprosequi, c'est-à-dire l'arrêt des procédures pour vice de forme.En 1972, il participe à la fondation du CRIM, le Comité régional intersyndical de Montréal, et du Comité Québec-Palestine.Il voyage au Liban, en Syrie, en Egypte et en Irak en compagnie d'autres syndicalistes.Trois ans plus tard, il participe à la création du CISO, le Centre international de solidarité ouvrière.FONDATEUR DE LA FATA En 1978, il quitte la présidence du Conseil central de Montréal.En 82, il se porte sans succès candidat au poste de premier vice-président de la CSN.Un an plus tard, il fonde la FATA, la Fondation pour l'aide aux travailleuses et aux travailleurs acci-dentés-es, où il travaille activement depuis, sans jamais économiser son temps ni son dévouement.Las bureaux de la FATA sont situés à: Montréal: 6839-A, Drolot.H2S 2T1, (514) 271-0901 Québec: 7, rua St Vallier, G1K 3N6.(418)641-0097 Rimouski: 37, Ducheine, G5L 2E5, (418) 724-5934 ■Malheureusement, l'État ne veut rien savoir du peuple, de la démocratie et de l'éthique.Il est devenu depuis longtemps l'instrument du capital.Il écoute les économistes et les comptables, pas les personnes assistées sociales; les chefs d'entreprises, pas les employés-es; les chirurgiens, pas les malades; les directeurs d'écoles, pas les élèves; les généraux, pas les soldats.Résultat: la démocratie est vidée de tout son sens, la politique se résume à la gestion des choses, la solidarité et la fraternité sont perçues comme des calamités, et la justice sociale, comme une aberration idéaliste ou encore un danger communiste! TOUTE VRAIE DÉMOCRATIE EST SOCIALISTE; TOUT VRAI SOCIALISME EST DÉMOCRATIQUE Et Chartrand d'insister: -La somme des intérêts individuels n'est pas l'intérêt commun.L'État ne peut être, comme il le prétend, un simple arbitre entre les individus.Il doit être le promoteur actif et responsable du bien commun.La justice sociale repose sur la planification, ça commence par la démocratie économique.Bien sûr, il ne s'agit pas de remplacer la dictature de l'argent par celle de l'État, mais de reconnaître que les besoins fondamentaux des gens doivent orienter l'action de l'État - et non les profits des compagnies.La démocratie aujourd'hui, c'est comme si les producteurs agricoles allaient porter leurs récoltes de blé aux propriétaires des silos et attendaient de ces derniers qu'ils leur donnent à manger! C'est absurde.•• Par ailleurs, le capitalisme fait croire que c'est l'argent qui crée la richesse.C'est faux.C'est le travail qui crée la richesse.Mais c'est le capital qui s'en empare.A-ton déjà vu le capital bûcher un arbre, extraire du fer d'une mine, réparer une automobile ou construire une maison?Le capital ne cultive pas non plus la terre.Au contraire, il est en train de la massacrer! «Un système qui n'a pour fonction que de faire croître le capital d'une minorité, c'est un système par nature inégalitaire, immoral et inhumain.Dans ce système les personnes ne comptent pas.Elles sont assimilées à des machines interchangeables.L'État, vendu à ce système, cherche à régler l'activité économique et humaine comme s'il s'agissait d'un objet, d'une chose étrangère à la vie.Il se refuse à planifier le développement, parce qu'alors il devrait faire cesser la loi de la jungle qui caractérise le capitalisme sauvage.«Comme l'a déjà dit quelqu'un, je ne me rappelle plus qui, le capitalisme, c'est la privatisation des profits.et la socialisation des pertes.Quand une entreprise fait faillite, c'est l'ensemble de la population qui paie les pots cassés.Comme aux États-Unis, avec la faillite colossale des Caisses d'épargne.Les 500 milliards de pertes, ce sont les contribuables américains qui vont les payer de leurs impôts.Quant aux profits, souvent frauduleux, il y a longtemps que les voleurs sont partis avec! • Le capitalisme est donc une affaire de profits, et les profits sont affaires de hasard La gauche chez nous a fait preuve du même autoritarisme dogmatique et hautain que les évêques et les curés d'autrefois.Le contenu du discours idéologique n'était pas le même, mais la manière de faire n'avait pas changé.et de vol.Plus de vol que de hasard, d'ailleurs.Le capitalisme, c'est immoral d'un bout à l'autre.Qu'il soit québécois ou américain, français ou allemand, ça ne change rien.■■Je l'ai dit plus haut: il ne peut pas y avoir de démocratie sans socialisme.Mais c'est dur de bâtir le socialisme, de faire un plan, lorsqu'il n'y a pas d'éducation politique nulle part, lorsque la conscience politique est proche de zéro.» Comment expliquer ce grand vide politique à gauche?Cette absence de vision, d'alternative?«La gauche ne s'est pas encore enracinée au Québec parce que, lorsqu'elle était en mesure de le faire, pendant la Grande Dépression des années 30 ou encore dans les années 60 et 70, elle était trop cléricale, autoritaire et faiseuse de leçons pour rallier les travailleuses et les travailleurs.La gauche chez nous a fait preuve du même autoritarisme dogmatique et hautain que On vit dans une société sans opposition, sans conscience critique, sans mémoire ni culture politiques, sans participation.Une société aplatie.o > il ï les évêques et les curés d'autrefois.Le contenu du discours idéologique n'était pas le même, mais la manière de faire n'avait pas changé.» LES MENSONGES VICIEUX DES EXPERTS «Le mépris envers le peuple se retrouve aussi chez nos experts patentés.Ainsi, pour expliquer le chômage, ils disent que les travailleuses et les travailleurs manquent d'instruction et de formation.C'est de la malhonnêteté intellectuelle.Qu'on se rappelle un peu: dans les années 50 et 60 l'industrie a fonctionné chez nous - et très très bien fonctionné - avec des gens qui, pour la plupart, n'avaient par plus qu'une 4ième année! Ce furent les années les plus prospères qu'on ait connues.La somme des intérêts individuels n'est pas l'intérêt commun.L'État ne peut être, comme il le prétend, un simple arbitre entre les individus.Il doit être le promoteur actif et responsable du bien commun.• Les experts, pour cacher les vraies raisons du chômage, cherchent à culpabiliser les chômeurs, à les rendre responsables des vices du système.Et les politiciens embarquent là-dedans, tout contents de matraquer ceux et celles qui sont déjà à terre.11 faut sortir de cette logique contre-nature pour construire une vraie démocratie.Ça fait très longtemps que je le dis, que j'y crois.Je ne suis pas prêt de changer d'idée.«On oublie que le projet socialiste est né de la plus belle des inspirations démocratiques, en tant qu'effort solidaire, collectif, pour instaurer une alternative concrète et humaniste à la violence organisée, au vol systématique, aux pouvoirs arbitraires.Aux guerres aussi.Le capitalisme n'est pas réformable.11 faut construire le socialisme pour sortir de la barbarie.» UN MALCOMMODE ÉNORME ET EXEMPLAIRE Comme on le voit, à 74 ans, Michel Chartrand n'a guère changé.«Ce malcommode énorme», comme l'a déjà appelé Pierre Vadeboncoeur1, reste superbement fidèle à son idéal.Indépendantiste et rebelle depuis 1936, alors qu'il était secrétaire des Jeunesses Patriotes, il n'a jamais dévié de sa route ni consenti la moindre compromission.«Je suis indépendantiste et socialiste, tout simplement parce que je crois dans la démocratie, c'est-à-dire le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.C'est pas sorcier, ça.Je crois en l'égalité de toutes les femmes et de tous les hommes, je crois en la justice, je crois en la liberté humaine, une liberté qu'il faut conquérir chaque jour • Pierre Vadeboncoeur a bien résumé l'engagement ou «la mission» de Chartrand qui est, dit-il, «de déchirer de haut en bas le voile de l'hypocrisie sociale et politique.(.) De venger par la parole l'humiliation des faibles.De s'attaquer sans répit à de plus puissants que lui.(.) Et de payer pour cela de sa personne.»2 iK 1 Maintenant, OCt 1971, p.288.2 Idem. IIMT DE V"E AFFCHE DU CONSEIL OES ÊQJSES POUR LA JUSTCE ET LA CRMNOLOGE L'IMPOT DES COMPAGNIES: UN MYTHE?Ah ces compagnies.Elles se plaignent touiours de payer trop d'impôts.Si on les écoutait, elles ne paieraient pas un cent d'impôt et cela, disent-elles, pour le plus grand bien de l'economie canadienne! mais si tout cela n'était qu'un mythe?Richard Langlois, économiste à la Centrale de l'enseignement du Québec (CEQ), et auteur du livre S'appauvrir dans un pays riche, a sa PETITE IDEE LÀ-DESSUS.VO l'a INTERROGE.ANDRE BELANGER et été, avec l'annonce de la création d'une TPS québécoise, le ministre Gérard D.Lévesque annonçait 300 millions de dollars en nouveaux impôts pour les entreprises.Ne paient-elles pas déjà amplement leur part?Les entreprises n'ont pas chiàlé contre ces nouveaux impôts.Et pourtant: 300 millions $, c'est pas des peanuts! La clé de l'énigme, c'est qu'on donne .ni \ entreprisesdescréditsd'impôt surce qu'elles doivent débourser, ce qui, dans les faits, se traduit par l'abolition des taxes à la consommation pour les entre- prises.Au lieu des 1,5 milliard $ qu'elles paient à chaque année par l'entremise de la taxe de vente de 9%, elles ne paieront plus que 300 millions $.Ce nouvel impôt cache donc en réalité une économie nette de 1,2 milliards S pour les entreprises.Mais dans le contexte international r m > < ■ Œ < 5 m n Cl Q > a ai ce > < œ ce < 5 ai ai ru hyper-compétitif, ne serait-il pas préférable d'arrêter de surtaxer les entreprises?La fiscalité canadienne pour les entreprises n'est pas plus lourde ici qu'ailleurs.C'est un mythe, ça! De plus, dans les dépenses que doit encourir une entreprise, on ne doit pas juste tenir compte de la fiscalité.Il y a les taux d'intérêt, les coûts de main-d'oeuvre et surtout, le niveau du dollar.Si le dollar est trop haut, quand bien même tu donnerais un Canada et au Québec, on a multiplié les avantages fiscaux et on a toujours négligé d'en faire une évaluation serrée pour tenter de savoir ce qui en est vraiment.Du côté provincial: il n'existe rien, même pas une comptabilisation des dépenses fiscales, tandis qu'au fédéral, il y a quelques publications.Qu'est-ce que voulez comptabilisation?dire par En 1976-77, l'impôt des entreprises représentait 15,6% des recettes du gouvernement fédéral.Maintenant, c'est rendu à 11,3%.Et ça continue de descendre! Est-ce que c'est le point zéro qu'on veut atteindre?avantage fiscal aux entreprises, elles ne pourront pas vendre plus sur les marchés extérieurs.Depuis le début des années '80, sous prétexte de vouloir aider les entreprises à être compétitives, on a réduit considérablement leurs impôts, tant au fédéral qu'au provincial.Peut-on dire alors que les entreprises ne paient pas leur juste part du gâteau?Moi, je trouve que les entreprises sont déjà largement favorisées.Bien sûr, il y a une limite à la capacité fiscale des entreprises qui, bien entendu, doivent demeurer compétitives.Mais où est cette limite?En 1976-77, l'impôt des entreprises représentait 15,6% des recettes du gouvernement fédéral.Maintenant, c'est rendu à 11,3%, Et ça continue de descendre! Est-ce que c'est le point zéro qu'on veut atteindre?Mais de telles concessions fiscales ne stimulent-elles pas les entreprises à investir?Ah, si au moins il y avait des analyses d'impact sur chacune des mesures qui permettraient de savoir si oui ou non la mesure a donné des effets positifs.Il n'y a pas d'évaluation ou de comptabilisation des mesures.On avance à la va-comme-je-te-pousse, sans plan d'ensemble.Au Qu'on fasse un suivi, une énumération de toutes les concessions fiscales accordées aux individus et aux entreprises permettant d'évaluer ce que ça coûte en termes de manque à gagner pour le gouvernement du Québec.Du côté fédéral, au moins on le fait.Ensuite, on ne sait presque rien sur l'efficacité de ces mesures, sauf qu'elles permettent des économies d'impôt à ceux et celles qui sont touchés.L'implantation de la TPS aura-t-elle comme effet de partager plus équitablement le fardeau fiscal?D'une part, le gouvernement fédéral nous dit que la TPS est un outil de lutte contre le déficit, mais d'autre part, il dit que sa TPS ne rapportera pas plus que la taxe de 13,5% qu'elle remplace.Mais comment cette taxe peut-elle lutter contre le déficit?Dans le fond, ce qu'il faut comprendre, c'est que la TPS est un outil fiscal très puissant parce qu'on peut l'augmenter n'importe quand.Et c'est inévitable ça! Le Fonds monétaire international (FMI) estimait qu'une TPS ou une Taxe sur la valeur ajoutée ou TVA de moins de 10% ne vaut pas la peine.Pour qu'elle soit rentable, compte tenu de tous les coûts d'administration et de gestion, elle doit être à 10%.On s'aperçoit que tous les pays qui ont une TVA l'ont augmentée après quelques années pour la fixer dans bien des cas à 20%.Donc, au Canada et au Québec, on peut s'attendre à voir la TPS augmenter.Comme la TPS est une taxe à la consommation, elle est plus régressive, parce qu'elle ne tient pas compte des revenus.Or, depuis 10 ans, on a multiplié les taxes à la consommation: taxe d'accise, sur l'essence, le tabac, l'alcool, si bien qu'on observe un glissement de la taxation des revenus vers la taxation de la consommation.Et tout cela graduellement, mesure après mesure, en même temps qu'on rendait moins progressifs les impôts sur les revenus.D'autres pays, en Europe notamment, ont choisi d'avoir une TVA, et pourtant, leur système fiscal demeure plus équitable.Vous faites référence aux pays Scandinaves?Oui.Ils ont choisi de faire varier la TVA d'un produit à l'autre, alors que chez nous, on choisit de taxer de façon uniforme.Ce que notre système gagne en simplicité, il le perd en équité.C'est un choix politique.f 7 Z±&& ^iÛ^^i%.wiSS&:: S55cic.'.^% Célébration et marché Rbmëro 91 * *l ' J/t*t*i ' .'-Ai';-i*r^- ;' '- '■■ '■■■ ■ ■ :':' ••-• ■ ■.■ ■ ■■■y-r- : r T"".~l ' I 'T■*)*.•'■■ ■■■»* V* .-■ r'-''■•■ i-"■ ■ -«■-' '- ■ • r.l» 55555555^ LE MONDE VUD*EW8AS è ?en cr > < ce < en eu ru a > CD > en a 4 PHOTOS [HAUT EN BAS GAUCHE A DROITEI EVA P.UBINSTEIN.PAUL LABELLE LOUISE BASTEN JEANFFRANCOE LEBLANC [AGENCE STOCKI.J F LEBLANC (AGENCE STOCK] CD nj C\l > S I E Dans nos sociétés, l'épanouissement sexuel est devenu une préoccupation importante.surtout depuis l'éclatement des soudarttés tradmonnelles, la dissolution des familles, l'augmentation du nombre des personnes célibataires, la ubérausation des moeurs, etc.alors qu'autrefois la SEXUAUTÉ ÉTATT CONSIDÉRÉE d'ABORD COMME UNE NÉCESSITÉ BIOLOGIQUE DE reproduction, elle est aujourd'hui devenue avant tout une source essentielle de plaisir, de satisfaction et d'épanouissement de soi.Mais ce changement a-t-il réellement favorisé l'émancipation et le bonheur DES INDIVIDUS COMME DES COUPLES?PLUS DE 20 ANS APRES L'ÉMERGENCE DU MOUVEMENT HIPPIE ET DE LA RÉVOLUTION SEXUELLE, SOMMES-NOUS REELLEMENT PLUS «ÉMANCIPÉS-ES»?NOUS AVONS INTERROGÉ À CE SU|ET DES FEMMES, DES COUPLES, ET L'HISTOIRE, HÉLAS MÉCONNUE, DE NOS ANCÊTRES AMÉRINDIENS.Un dossier préparé par Pierre Valuères SEXUALITÉ ET LIBERTÉ COUPLES, FEMMES, AUTOCHTONES PHOTO JEANfRANÇOS LEBLANC (AGENCE STOCK] À l'occasion d'un retour à la terre PHOTO MICHEL SAINT^JEAN MONIQUE TREMBLAY en > < CD < cri OJ O > B3 LA SEXUALITE DANS LA VIE QES COUPLES: LES ANNEES 70.ET APRÈS?«L'initiation»: le film, 1968 Notre société contemporaine, c'est bien connu, accorde à la vie de couple un statut très valorisé.La vie de couple est La Vie, la vie dont tout adulte rêve.Elle est aussi une vie que l'on tente à nouveau, même après une ou plusieurs expériences consécutives.Dans un monde où nous changeons fréquemment de domicile, où nous sommes susceptibles de perdre nos emplois, où les exigences du marché du travail augmentent rapidement, une relation de couple qui dure cinq ans ou plus demeure une expérience privilégiée de stabilité, qui a son prix.La relation conjugale est, ne l'oublions pas, pour la majorité des adultes, la seule relation affective importante, avec un adulte, qui soit susceptible de durersuffisamment.Dans ce contexte, nos conjoints-es deviennent souvent ceux et celles de qui nous attendons l'ensemble de nos nourritures affectives.C'est beaucoup pour une seule relation, et trop pour une seule personne! La vie des couples contemporains est fortement marquée par l'importance de l'épanouissement sexuel.On retrouve, à ce sujet, l'influence durable des changements de mentalité et de perspective concernant le rôle et la place de la sexualité dans le des milliers de collectifs, les « communes ••, surtout en milieu rural, ont tenté de réaliser cette utopie amoureuse qui englobait souvent une nouvelle manière de cultiver la terre plus en douceur, et d'élever des animaux de subsistance d'une manière Nos conjoints-es deviennent souvent ceux et celles de qui nous attendons l'ensemble de nos nourritures affectives.C'est beaucoup pour une seule relation, et trop pour une seule personne! plus respectueuse.Était visée une sexualité plus amoureuse, plus sensuelle, qui voulait transformer les relations entre les hommes et les femmes en modifiant en même temps les relations avec la planète Autant chacun de nous peut se sentir à certaines heures très proches de sa sexualité comme dans un vêtement léger et confortable, autant chacun peut s'y trouver perdu, mal à l'aise, comme étranger à soi.mariage, qui ont eu lieu dans le monde occidental au milieu des années 60.À partir de ces années, la sexualité est publiquement considérée non plusd'abord comme une nécessité biologique pour •• faire des enfants-, mais bien comme une source essentielle de plaisir et d'épanouisse-ment de soi, tant dans la vie des célibataires que dans celle des gens mariés.H Un tel changement a-t-il permis aux couples de mieux vivre leur sexualité?«FAITES L'AMOUR ET NON LA GUERRE»: L'ORIGINALITÉ DES ANNÉES 60 Les slogans hippies des années 65-70, encore présents dans la culture populaire, tels «Peace and love» et le fameux «Faites l'amour et non la guerre», exprimaient une intuition fondamentale concernant la vie humaine et la sexualité.Selon cette intuition, la vie humaine est belle, bonne et digne d'être vécue, principalement quand des relations fondées sur la paix et sur l'amour sont possibles.Le slogan «Faites l'amour et non la guerre» affirmait que la recherche du bonheur dans une sexualité amoureuse et généreuse const i tue une réalisation de soi plus humanisante que l'activité guerrière.Rappelons-nous qu'aux États-Unis des milliers de jeunes hommes ont patin, l'exil ou l'emprisonnement plutôt que d'aller guerroyer au Viet-Nam.A travers l'Amérique du Nord, entre 1965 et 1975, et avec les autres êtres vivants en y incluant dirais-je plus de tendresse, faisait ses premiers pas trébuchants et enthousiastes.Les premières chansons de Marie-Claire et Richard Séguin, ainsi que la musique du groupe fliinwiJMWi avec Serge Fiori, sont nées ici de ces essais de création d'une sexualité souvent bouillonnante et brouillonne qui se voulait d abord joyeuse et heureuse pour tous et toutes.Quelque chose de cette utopie subsiste aujourd'hui dans l'idéal sexuel présent dans la culture.Ainsi, ceux et celles qui choisissent la vie conjugale s'attendent à être heureux sexuellement, à se sentir bien dans leurs relations sexuelles.Tous et toutes en font une exigence pour eux-mêmes et pour leur partenaire.Tout malaise prolongé dans ce domaine engendre facilement une inquiétude et une remise en question de soi ou/et de l'autre.11 arrive aujourd'hui que des couples mettent un terme à leur relation à cause de mésententes importantes concernant leur vie sexuelle ou encore à cause d'une insatisfaction soutenue d'un-e ou des partenaires à ce sujet.SEXUALITE ET CONDITIONS DE VD2 D'autre part il est important de faire le lien entre la sexualité des conjoints et leur relation conjugale, et d'attirer l'attention sur les effets du style de vie et des conditions de vie sur la vie sexuelle du couple.Entre autres, les thérapies conjugales ont amené des couples à découvrir qu 'ils avaient besoin d'intimité, c'est-à-dire de temps et de lieu où ils se retrouvent ensemble, comme ils le faisaient souvent du temps de leur fréquentation en tête-à-tête.Ils ont montré que l'intimité, c'est-à-dire une relation où les conjoints prennent le temps de vivre quelque chose de bon ensemble, prennent le temps de se voir, de vivre ensemble, de se toucher, d'avoir du plaisir ensemble, juste tous les deux, sans les amis, sans les enfants ou les parents, est essentielle à une vie sexuelle satisfaisante.Comme le disait une de mes amies au retour des vacances de Noël, «quand j'ai le temps de voir mon chum, j'ai envie de lui.Quand je ne le vois pas, y^a rien qui marche».Les thérapies ont aussi aidé des couples à développer une vision plus réaliste de leur P vie sexuelle, par exemple à remarquer qu'il est difficile de désirer l'autre quand on se sent bleu marin de rage contre lui ou elle et qu'on n'arrive pas à le lui exprimer d'une manière directe.Les mouvements féministes ont, quant à eux, permis à des milliers de femmes de prendre conscience de leurs attitudes et de leurs émotions dans leur vie sexuelle de célibataires comme dans leur vie de couple.Le brassage de perceptions, d'expériences et d'idées qui résulte de ces prises de paroles et de ces analyses apporte un éclairage précieux sur la sexualité au quotidien.Les femmes se sont aperçues qu'elles et leur conjoint sont tellement crevées quand ils se retrouvent ensemble qu'ils et elles ont à peine l'énergie et le goût de se parler, encore moins celui de se désirer.Elles ont aussi constaté que le poids des inquétudes reliées à l'emploi, au coût de la vie, ou encore à la précarité de leur situation financière personnelle et à celle de leur conjoint pouvait les rendre elles et leur chum bien peu disponibles aux plaisirs simples de la vie et aux plaisirs de l'amour tout particulièrement.Elles ont surtout remarqué que la qualité de leur vie amoureuse CO 01 ce > < CD Œ < 5 en eu ru o > L'INFLUENCE DES GRANDES ENQUÊTES: Kl N SE Y, M ASTER AND JOHNSON, ETHITE MONIQUE TREMBLAY Parallèlement à l'utopie hippie, d'autres courants de pensée et d'action ont contribué dans les années 70 et 80 à façonner nos attentes, nos émotions et nos comportements concernant la sexualité dans la vie de couple.Je parle ici du rôle joué par les grandes enquêtes menées aux États-Unis dans les années 60 et 70, portant sur le vécu sexuel des adultes, hommes et femmes.Ces enquêtes ont permis de constater qu'il y a plusieurs façons de vivre la sexualité.L'existence de sexualités hétérosexuelles, homosexuelles et bi-sexuelles est aujourd'hui un fait bien établi que l'on peut constater toutes les semaines en lisant les annonces spécialisées dans les journaux dont La Presse, Voir, Mirror, etc.Ces enquêtes ont aussi révélé qu'un même individu peut changer ses façons de vivre sa sexualité plusieurs fois au cours de sa vie.Elles ont montré que si la sexualité et le plaisir intéressent autant les hommes que les femmes, les hommes se H sentent souvent vulnérables, peu assurés de leur sexualité, de leur virilité avec les femmes et qu'ils ont besoin d'être rassurés ■ à ce sujet.Enfin, ces enquêtes ont surtout contribué à faire passer la sexualité d'un statut caché à un statut ouvert.Non seulement il est aujourd'hui possible de parler de sexualité, mais encore il est correct et même bien vu d'en parler.Il est même possible d'en parler avec des mots clairs et précis, des mots empruntés à la science et à la médecine, des mots tirés m surtout des travaux de Master and Johnson.La diffusion des grandes enquêtes a eu aussi un effet paradoxal.Alors que nous manifestons aujourd'hui une plus grande tolérance qu'auparavant face i la variété des sexualités, alors que les enquêtes ont montré qu'il n'y a pas de norme sexuelle universelle et générale dans les comportements et dans les phantasmes sexuels, il s'est créé en Amérique du Nord et en Europe, à partir des enquêtes, une vision normative de la sexualité.C'est ainsi que Master and Johnson et d'autres chercheurs à leur suite ont fondé des chaires universitaires de sexologie, et ont élaboré une science de traitement de ce qu'ils appellent des dysfonctions sexuelles.Ils nomment ainsi l'éja-culation précoce, le vaginisme et la frigidité de même que .la panne de désir, pour citer les plus connues.De plus, certaines des constatations faites dans les enquêtes, telle la fréquence de rapports sexuels hebdomadaires, ou encore l'utilisation d'excitants dans la relation sexuelle comme le visionnement de vidéos pornos, ont été présentés dans les médias populaires comme des faits courants, habituels.gfl PHOTO BflENT INGRAM A ceux et celles qui veulent continuer à alimenter en douceur leur vie sexuelle avec l'homme ou la femme de leur vie, je recommande la lecture du très beau livre de Ginette Péris, «La renaissance d'Aphrodite.» C'est un des plus beaux livres que j'ai lu sur la sexualité, en particulier sur la rencontre de diverses sexualités féminines avec les diverses sexualités masculines.Son texte ouvre la réflexion, et permet à chacun d'élaborer sa pensée, en reconnaissant ses propres désirs, et les subtilités de ses rencontres amoureuses.Ceux et celles pour qui la sexualité constitue une des sources de sens de leur vie s'en délecteront.Ceux et celles pour qui les rencontres du masculin et du féminin comptent s'en délecteront M.T.et sexuelle avec leur conjoint était en lien avec d'autres aspects de la relation, telle la capacité de se faire mutuellement confiance, et de faire au besoin de la clarté sur les questions d'argent, de pouvoir et de prise de décision dans le couple.Suite à ces réflexions de nombreuses femmes, probablement une majorité, abordent aujourd'hui leur vie de couple bien décidées à parler avec leur conjoint de tous désirs et aussi de craintes, à la fois forts et fragiles, hommes et femmes sont pris de court, surpris de se confronter dans des styles de communication souvent très différents et à première vue peu compatibles.Celles et ceux qui tentent ce dialogue avec patience et détermination inventent souvent leur propre modèle de communication.Ils et elles découvrent alors au fur et à mesure à quel point ils sont capables de s'ouvrir à un autre être qu'eux, souvent très différent, et déroutant de par sa différence.Quand les deux conjoints misent sur cette ouverture, qui n'est pas toujours sans heurt.ni sans difficulté, ils en retirent une sexualité plus satisfaisante, plus enracinée dans leur personnalité et dans l'ensemble de leur relation.LA SEXUALITÉ, L'EXPRESSION D'HOMMES ET DE FEMMES EN VIE Nos sexualités comptent parmi les expressions les plus fortes et les plus surprenantes de nos vies.Autant chacun de nous peut se sentir à certaines heures très proches de sa sexualité comme dans un vêtement léger et confortable, autant chacun peut s \ trouver perdu, mal à l'aise, comme étranger à soi.Terrain de complexités et de plaisirs, lieu à la fois secret, changeant ou parfois désespérément monotone et vide, nos sexualités sont à l'image de nos vies et de nos personnes.Ni meilleures, ni pires mais cependant et toujours aussi en vie, capables de créativité et imprévisibles que nous le sommes nous-mêmes.Ceux et celles qui tentent le risque de vivre en couple, découvrent cela un jour ou l'autre.Les conjoints qui ont développé des liens affectifs importants avec des amis, ou qui sont en lien avec des enfants, ceux qui ont trouvé des façons simples et accessibles de Terrain de complexités et de plaisirs, lieu à la fois secret, changeant ou parfois désespérément monotone et vide, nos sexualités sont à l'image de nos vies et de nos personnes.Ni meilleures, ni pires mais cependant et toujours aussi en vie.PHOTO YVESBEAUIEU les aspects de la relation, y compris de leur sexualité.De nombreux hommes, probablement aussi une majorité, se sentent souvent pris au dépourvu devant l'attente de dialogue exprimée avec insistance par leur compagne.Sur ce terrain où ils se retrouvent à la fois pleins d'énergie, de vi\Te de la tendresse et de la beauté dans leur vie se nourrissent par eux-mêmes et se retrouvent moins avides de leur partenaire.Ils sont aussi et en conséquence moins affamés dans leur sexualité, davantage disponibles pour l'amour et pour le désir.,'T.> < OJ ou o > PKJTO MO£L BEHNARO ÊTRE LESBIENNE QUOTIDIENNEMENT FRANÇOISE CUAY Un article sur le lesbianisme dans un numéro sur la sexualité, quelle étrange idée, me suis-je dit.Je m'y serais plutôt attendue dans un numéro sur les différents modes de vie dans la société québécoise actuelle, sur les réseaux de soutien urbains ou sur les familles reconstituées, par exemple, mais sur la sexualité?.Comme si le simple fait d'être lesbienne était en soi sexuel.Ne vous méprenez pas, la sexualité, dans ma vie, c'est un délice de fond, le pourrais peut-être vivre sans mais il me semble que je vivras triste, que je manquerais un peu de vie.Bien sûr, j'exagère un peu quand je dis que je ne comprends pas, je sais que c'est ainsi que je -suis définie" socialement.Mais je cherche à vous donner une idée (à vous, qui «n'en êtes pas».) de ce que ça peut vouloir dire dans la vie de tous les jours.Je me lève le matin, je vais au dépanneur chercher du lait, la dame me parle (elle nous a bien vues ensemble, elle a l'air de nous trouver sunpathiques.), j'écoute les nouvelles de la guerre, les discours puants, j'en discute avec ma blonde, je vais à la banque, chez l'agent d'assurances: «oui, c'est ma conjointe».Je suis lesbienne 24 heures par jour.J'y pense rarement.C'est tout le temps là.Je revietts à la maison, vannée; tu seras là.tu mata fait à souper et je pourrai t'embrasser, ou tu ne seras pas là et je sentirai ta présence dans la maison jusqu'à ce que tu arrives, je tourne le coin et, du coup, je me sens réchauffée, toute ronde.SE TENIR DEBOUT DANS SA VIE Pour moi être lesbienne c'est à la fois se tenir droite toute seule dans sa vie, et c'est aussi être «accompagnée».Debout toute seule parce qu'il est clair qu'il n'y aura pas d'homme «avec» moi (ça n'est pas momentané et ça n'est pas non plus dommage) et parce que, même s'il y a une femme dans ma vie, je me retrouve quand même à avoir à me tenir socialement par mes propres bretelles2.Ce qu'on appelle la discrimination se vit souvent comme des coups d'épingles, des incertitudes, une vague menace, et se demander encore et toujours: qu'est-ce que je dis, qu'est-ce que je ne dis pas, qu'est-ce que je mets dans mon c.v.; parce que dire» ça suppose aussi souvent de se préparer et prendre la responsabilité de la réaction des autres.l'écris un article ici; est-ce que ça voudra dire pour moi ne pas me voir offrir certains contrats?ça m'est déjà arrivé, il y a dix ans.J'oublie souvent ce que ça demande: se redresser, s'organiser, prévoir quoi dire, affronter un regard, «maintenir»,.ça devient tellement -courant».C'est d'autres, moins -habituées», qui me font remarquer à quel point c'est lourd.Et quand je le dis.et que je me sens acceptée et entourée, c'est comme une glissade dans la lumière, quel plaisir.DES FEMMES SANS HOMMES.C'est seulement depuis le début du siècle que l'adjectif lesbienne est utilisé pour stigmatiser les femmes amoureuses.Lilian Faderman( a montré comment l'intimité et même la passion amoureuse entre femmes était socialement reconnue et supportée jusque là; il était toutefois bien entendu qu'elles devaient se marier.C'est à partir du moment où les femmes ont commencé à pouvoir travailler et gagner leur vie de façon autonome, au moment où elles ont pu choisir de vivre sans hommes', qu'elles ont commencé à être pointées du doigt et que tout un discours visant à en faire une «maladie» s'est mis sur pied.Mais que peinent dire les gens quand nous marchons sur la nie.main dans la main, absolument ra\ onnantes.Parce que c'est là où le bat blesse; non pas que les femmes désirent des femmes mais qu'elles le choisissent et qu'elles choisissent de bâtir leur vie sur cette base.Et s'il y a un endroit où on peut dire que le lesbianisme est politique, c'est moins dans ses discours et ses revendications (d \iilleurs re\endiquons-noiis jamais autre chose que le droit d'être) que dans ce coin enfoncé dans le système patriarcal, nos vies.Et ça dérange.On marche sur Ste-Catherine, une auto pas\i et la bande de gars qui s'y trouve se met à nous gueuler des injures.Ri dix -i HiiiiimifqtirfrjHr ofuac d'aussi beau peut susciter tellement de haine." Parce que le -système patriarcal », quand on y pense, c'est là pour assurer à ceux qui l'ont mis sur pied d'avoir et une progéniture et une femme (au moins une) pour s'occuper d'eux.Même dans le brassage urbain actuel où on perd un peu de vue la première fonction, la seconde reste toujours présente.Et c'est menaçant pour le système en général {ça, c'est facile), mais aussi pour des hommes en particulier.Ta soeur qui tente d'expliquer les difficultés de sa famille à m'accepter et qui dit: «on dirait que-ce sont les hommes qui sont plus mal à l'aise.» Parce que, veut veut pas, ce sont les femmes qui ont cette responsabilité-là, de s'occuper de, de tenir la pôle des émotions.Si elles s'en vont, qu'est-ce qui va arriver?C'esf autour du sida que je wis des hommes homosexuels tenter, un peu maladroitement, de tisser des liens d'émotion et de tendresse; et il y a beaucoup de femmes là aussi.LA TENTATION DE L'INVISIBILITÉ Bien sur, il y a la violence sur la rue, moins évidente que contre les gais mais toujours possible (n'oublions pas cependant qu'elle s'ajoute simplement au risque de se faire agresser comme femme), mais il y a surtout l'invisibilité sociale.Ou bien les lesbiennes n'existent que comme résidus des phantasmes des hommes.Le regard pornographique, c'est cette impression que tu peux à tout bout de champ, et souvent dans les moments les plus intimes, servir de matériel éjaculatoire à n'importe quel gars.Je la vois peut-être d'autant plus que je n'y suis pas «habituée»; pour moi c'est une atteinte à mon intégrité./ Vu f< nijours cette attitude de protection dans les lieux publics qui t'as surprise au début, tes U shicimes de longue date le savent.Ou bien elles n'existent pas du tout.Ni dans le privé, ni dans le public d'ailleurs.J'écrivais il y a quelques années: des événements publics mettent en lumière comment l'action des lesbiennes peut avoir un impact important, comment nous sommes à la fois agissantes.et invisibles: pensons à la Foire du livre féministe, à la lutte pour le droit à l'avortement, [aux manifestations monstres].Nos actions portent, elles ne nous montrent pas Peut-être avons-nous plus d impact de cette façon. L'invisibilité c'est l'envers de la médaille, c'est le «je ne subis pas de discrimination, je me cache».Et-on se cache un peu partout, pour ne pas perdre la garde de ses enfants, pour ne pas faire de peine à sa famille, pour ne pas risquer de perdre sa job, pour ne pas avoir à subir le harcèlement incessant des gars dans les milieux dits non-traditionnels5, ou même pour ne pas faire peur aux participantes dans les centres de femmes.C'est une violence insidieuse qui s'infiltre entre soi et soi.Tu dis: parle dans ton article de comment ça n'est pas facile de laisser briller son regard quand il y a du monde alentour, du monde qui «ne te voient pas» du tout ou qui te voient trop.Oui, il y a les regards; les regards surpris, parfois inquiets, les regards qui se détournent ou les regards inquisiteurs.Tout se passe comme s'il n'y avait pas pour un couple de femmes le même respect de l'intimité que pour un autre, comme si (comme les femmes d'ailleurs) on continuait d'être «accessibles» et qu'il faut à chaque fois établir et défendre cet espace.C'est la possibilité d'être qui n'est pas ouverte, et chaque jeune fille ou chaque femme doit faire seule sans carte ni boussole le chemin pour se trouver elle-même.LE DÉSIR, ÇA NE S'INVENTE PAS Imaginez ce que ça peut être de se demander si on est lesbienne alors que les seuls modèles qu'on a sont ceux-là.Imaginez la pression qui s'exerce pour qu 'on ne puisse même pus imaginer.PHOTO SUZANNE QRAHD Et cela même dans des milieux qui se veulent ouverts et tolérants.Ça se traduit par des «oui, ça existe mais je n'en connais pas personnellement -(ce sont des martiennes), par des «aimer un homme ou une femme, c'est du pareil au même» (même si les analogies peuvent être utiles pour comprendre les choses peu familières ) ou alors par des «ce sont des opprimées».l'ai toujours envie de répondre à celui-là: vous ne savez pas combien je me sens privilégiée.Mais ne nous méprenons pas, je ne pense pas qu'on peut être lesbienne par décision: d'aucunes ont essayé, toutes très sincères, mais le désir ça ne s'invente pas.Et, où qu'on soit.on fait toutes quelque chose.Ça n'est pas non plus par haine des hommes; d'ailleurs, être lesbienne, ça a très peu à voir avec les hommes, que ce soit par «haine»; ou, comme on le pense parfois, par «mauvaise expérience».et tout à voir avec les femmes.Le point de départ, ça n'est pas de remettre en question le système, c'est d'aimer des femmes par dessus tout.( >ui.je ilwisis d'avoir m Helle et avecelle seule ce lien d'intimité puissant et délicieux, de la retrouver dam ce lieu là d'où on sort rafraîchies et heureuses, comme d'une source.Et ça nous ramène à la question du choix.Parler de Iesbianisme dans un numéro sur la sexualité, ça n'est pas pour rien non plus.Parce qu'il y a d'autres femmes qui aiment les femmes.J'ai des amies belles et pas- sionnées et qui aiment aussi les femmes.ÊTRE ACCOMPAGNÉE VOIR LES FEMMES Mais être lesbienne c'est vivre7 sexuellement et amoureusement avec une autre femme.Et pas seulement par hasard, «j'aime une telle mais sinon je ne suis pas lesbienne", mais par désir d'elle comme femme.Cet espace de plus grande profondeur et d'intimité, où je suis avec mon corps, avec mon coeur, avec ma tête et avec mon âme, c'est avec une femme que je le partage.Parfois j'approche de toi et je suis saisie, une immensité, comme de\'ant quelque chose de sacré.Je bouge très lentement dans ces moments-là.ÊTRE LESBIENNE UNE QUESTION D'ÊTRE ET DE DÉSIR je me glisse avec toi sous les draps, je reçois tout d'un coup ton odeur, ta passion, ton souffle et la sensation et ta chair dans mes bras; tu me prends et tu me remplis complètement.Mais je ne vois pas ça seulement {aie-je dit seulement .') comme une -orientation sexuelle», ça se répercute partout dans ma vie.Ça nourrit mes rapports, mon travail.Comme l'écrit Audre Lorde: «L'érotisme est à la limite entre les débuts de notre sens de soi et le chaos de nos sentiments les plus forts.C'est un sens interne de satisfaction auquel nous savons, une fois que nous y avons goûté, que nous pouvons y aspirer.Parce que, ayant expérimenté la plénitude de cette profondeur de sentiment et en ayant reconnu la puissance, en tout honneur et respect de soi, on ne peut demander moins de soi-même.»8 Faire l'amour avec une femme.cet espace libre oùonpeut inventer sans modèle oit avec tous les modèles, l'agilité que ça donne ensuite pour voir et pour bouger.Et, oui, bien sûr, ça n'est pas toujours beau et parfois c'est déchirant {comme disait une amie, maintenant hétérosexuelle, -les ruptures sont pires»).Les relations amoureuses ne sont faciles pour personnes, les rencontres lesbiennes sont parfois «frettes- si on n'y connais pas déjà quelqu'une.Mais l'idéalisation qu'on nous a souvent reprochée, ça n'est pas surtout dans la communauté lesbienne que je l'ai entendue.Et est-ce que ça ne donne pas la mesure de l'invisibilité que d'avoir à être parfaite pour pouvoir exister.Ce qui ne démords pas c'est ce sentiment d'être «accompagnée»; et je me suis toujours vue vieillir «accompagnée», alors que d'autres femmes hétérosexuelles ont à faire face à la solitude à partir de la quarantaine.Même si je vois peu souvent mes amies lesbiennes, même si je ne peux qualifier toutes celles que je connais d'amies, je sais qu'elles sont là.Je sais que «nous» sommes sur le même terrain.Pour moi, il y a quelque chose là comme une question d'allégeance.J'ai d'ailleurs été surprise, lorsque j'ai étudié les notions de réseau, de voir à quel point nous en étions un -classique", avec des noeuds, des points de rencontre (des cercles d'amies ou des lieux de travail) et des circuits toujours présents, qu'on réactive quand c'est nécessaire; avec des lesbiennes plus proches du centre et qui ont beaucoup de contacts et d'autres plus éloignées, qui se greffent souplement, avec des liens toujours bougeants, toujours informels.l'ai gardé, comme plusieurs lesbiennes, des contacts étroits avec mes anciennes annuités, quelque chose d important, un tissu qui reste.C'est quelque chose qu'on a de particulier, semble-t-il.C'est peut-être de là que vient ma façon de voir les rencontres, comme des moments qui -éclairent», et les rapports humains, comme des petites lumières le long d'une voie ferrée et qui laissent une traînée lumineuse quand on passe.Et c'est aussi le cas avec les hommes que je connais.Je dois dire que j'ai d'excellentes relations avec eux, des rapports professionnels et amicaux pleins de vie et de plaisir.Peut-être justement parce que je suis lesbienne.Même si je suis douloureusement consciente de ce qui ne va pas socialement, je me sens parfois faire partie d'un monde peuplé et magnifique où j'aime profondement.Comme l'écrivait Danielle Boutet, «entre l'horreur civile et la beauté du monde».Le travail qu'on fait est souvent exigeant, parfois \idant.j'ai attendu parfois demander ou je trouve l'énergie et chaque fois ce qui nie \icnt, c'est -il va des fannits extraordiiuiircs■■.Etre lesbienne, c'est aussi se dire lesbienne, c'est faire partie d'une culture, qui parce qu'elle est marginale, permet de -voir- les choses d'un point de vue particulier.Une culture minoritaire, imparfaite mais vivante, un •ferment-.En préparant cet article, je relisais des auteures et je retrouvais combien je suis fière de faire partie de cette culture; c'est là où j'ai vu les confrontations de classe les plus directes, les plus quotidiennes et les plus concrètes; peut-être parce la communauté étant plus petite, le brassage y est plus grand {j'ai plus de chance d'avoir une relation avec une chauffeure de taxi que n'importe où ailleurs).C'est là aussi parce que j'y trouve un souci de l'éthique, une sensibilité à tout ce qui bafoue les droits humains'', une recherche de faire correspondre ce qu'on prône et ce qu'on vit.Il y a beaucoup de lesbiennes dans les milieux des droits humains.Tu travailles un peu loin de moi; je dessine ton profil tendre et volontaire.Mon amante, la femme de ma \ie.Maintenant pourquoi j'aime ma blonde?mais parce que c'est elle, et qu'elle est extraordinaire, qu'est-ce que vous croyez! 1 Traduction d'Edith Mon 2 Et je ne veux pas dire qu'il n'y a pas de femmes hétérosexuelles superbes qui le font, je veux dire que pour moi, la question ne se pose même pas.3 Faderman, Lilian, Surpassing the love of men, "Romantic friendship and love between women from the renaissance to the présent-, William Morrow, New York.1981 4 Quelqu'ait été, à l'époque, la forme de sexualité qu'elles avaient entre elles.5 On a pu voir dans un récent colloque comment la visibilité était à peu près fonction du milieu de travail, plus grande dans les milieux scolarisés, très faible dans les milieux eofa bleus; possiblement aussi faible dans les milieux de haute gestion ou finance 6 Les lesbiennes sont comme les lu tm >\exuelles de ce point de vue; selon ce qu'elles ont v ecu avec eux.certaines les aiment d'autres les haïssent; d'ailleurs les femmes les plus unètes étaient celles qui avaient vécu longtemps avec des hommes.7 La différence entre un amant et une amante; un amant, c'est quelqu'un avec qui on couche une fois deux lois, peut-être plus; une amante, chez les lesbiennes, c'est la femme qui partage s.i \ te 8 Traduction libre; le français rend mal l'envolée de cette lesbienne alro-amencame.C'est moi qui souligne.Audre Lorde l ses of the erotic; the erotic as power» in Sister outsider.9 Plusieurs lesbiennes ont travaille à des luttes pour les droits humains avant de se ■découvrir». 01 Ol > < œ ce < D > FEMMES ET SEXUALITE: UN SILENCE A BRISER COLETTE BAZINET PHOTO DONAL HOLWA* n lundi soirde janvier, douze femmes se rencontrent, afin de participer à une discussion ayant pour thème Femmes et sexualité.Femmes de Montréal et des environs, elles ont de 25 à 66 ans.Certaines sont mariées ou vivent en union de fait.D'autres sont séparées ou divorcées.Des femmes vivent seules, avec ou sans rapports amoureux.Ou en communauté et ont fait voeu de chasteté.Une dernière, lesbienne, vit avec une autre femme.Sept ont des enfants, dont celle qui est lesbienne.Nulle autre que la Vierge Marie sert d'amorce à la discussion.Marie, porteuse des symboles qui lui ont été attribués par la chrétienté: mère et vierge.Marie aussi, la Mater Maria de Marie-Claire Séguin.Celle dont ils ont figé le corps.Celle dont «nos pères nous ont fait porter le nom,.était-ce pour nous faire taire?» Les douze sont assises en demi-cercle.Devant elles, deux mannequins.L'un est enceinte et symbolise la mère.L'autre, portant un long voile bleu, symbolise la vierge.Chaque femme, après réflexion, y épingle un mot, puis d'autres.Elle indique ainsi ce qui, à ses yeux, est facteur de libération ou facteur d'oppression.MATERNITE, FECONDITE, FÉMINITÉ C'est autour de l'image de la mère que la discussion débute.En effet, on ne peut aborder la sexualité des femmes sans passer par la maternité.Celle de Marie, celle de nos mères et de nos grand-mères.Etre femme, c'est être mère», dit l'une.«Ma fécondité n'est pas seulement physique, elle est inscrite dans mon être d'une manière plus large.A la limite, c'est presque contre nature de ne pas avoir d'enfant.Ma sexualité se vit vraiment dans la conscience d'être féconde.» Une autre réagit.«Ce n'est pas vrai que la maternité, c'est inné.» Bien qu'elle ait un enfant, elle refuse de s'identifier à l'image traditionnelle de la mère.«Être mère, n'être QUE mère, ce n'est pas moi.C'est ma mère.C'est ma grand-mère.Pas moi D'autres soulignent que nous avons aujourd'hui le contrôle de la fécondité.Mais une jeune mère s'interroge: «Comment se fait-il que de si nombreuses jeunes femmes de 25 ans en soient déjà à leur troisième grossesse?Est-ce bien les pression sociales?Comme autrefois?» Les femmes d'aujourd'hui sont-elles plus libres que celles d'hier face à la maternité? Elles ont moins d'enfants mais sont plus nombreuses à en avoir.Elles forment la large majorité des familles monoparentales et sont ainsi au moins aussi seules que les mères d'antan.Pour Rollande, -les enfants, c'est une autre façon de s'approprier le corps des femmes- MATERNITÉ ET SEXUALITÉ Difficile conciliation que celle de la maternité et de la sexualité.Une jeune mère relate comment sa récente maternité canalise toutes ses énergies.Elle n'a plus de désir pour son conjoint.Son enfant prend toute la place.Elle se rend compte qu'elle l'aime de façon inconditionnelle, alors que l'amour avec son conjoint est quelque chose qui a dû se développer, se construire progressivement et ce, -parfois même de façon ardue».La première maternité est une expérience forte au niveau du rapport au corps.Terrible dans le sentiment d'être envahie, déformée par une cause à la fois externe, cet autre être qui prend sa place, et interne puisque tout se passe en soi.Terrible dans la peur de ne devenir que mère, de n'être plus femme.De se voir les seins lourds et des vergetures sur le corps.Perdre ce qu'on nous dit être nos attributs sexuels.Perte de désirabilité.Lot pénible pour les femmes que d'assister au vieillissement de leur corps.Comme si nos corps devenaient moins beaux.Expérience merveilleuse aussi que la maternité.Nul autre rapport humain ne peut revendiquer un tel degTé d'intimité.Porter un enfant, le mettre au monde, l'accompagner dans son développement.Voir et sentir son corps porteur et générateur de vie.Nourrir de ses seins.Loger dans son ventre dans un échange continu.Une jeune femme rapporte comment ce vécu a ete pour elle moment de réappropriation de son corps et de sa sexualité.D'acceptation du corps comme vivant, changeant.MÈRE ASEXUÉE ••Ma grand-mère, malgré ses 6 enfants, c'est l'image d'une vierge.Elle n'a jamais eu de plaisir.Ni la Mère ni la Vierge n'ont de plaisir-.D'autres l'approuvent.Sexualité de reproduction et plaisir ne vont pas de pair.On ne veut pas être ces mères-là: sans sexualité, sans plaisir, sans vie personnelle.Ces mères-là ce sont les autres.Nos mères, nos grand-mères, -Marie Mère de Dieu».Ce sont celles qui ont subi leurs maternités.Aujourd'hui, il s'agirait d'un choix.Mais planifier des naissances, est-ce les désirer?ET LA VIERGE?Si la Mère ne représente pas la sexualité du plaisir, que dire de la Vierge?La Vierge est le symbole du silence imposé aux femmes.Image de soumission, elle est perçue désincarnée.Elle désigne un idéal de perfection oppresseur.«Femme parfaite sans sexualité».Claudette, femme mariée et ancienne religieuse, apporte son point de vue.«Le modèle de la mère, présent aussi en communauté, en est un de servitude et je m'en éloigne aujourd'hui.J'ai vu ma mère vivre sans le moindre espace pour elle.La maternité exige du 110%.Si j'avais des enf an ts, je me perdrais moi aussi.J'essaie de trouver un équilibre, que la mère en moi ne prenne pas plus que 50%.La Vierge a donc fait mon affaire pendant longtemps.Elle est parfaite.Bien mise et bien vue socialement De toute façon, il n'aurait pas fallu que j'arrive enceinte- Elle ajoute: «J'ai adopté cette idéologie de la perfection par réaction silencieuse aux abus sexuels que j'ai subis.■ ÊTRE ASEXUÉ ET OBJET SEXUEL Il y a de la colère, de la tristesse et de l'impuissance face aux violences sexuelles dont les femmes sont l'objet.«J'en ai par-dessus la tête qu'on se fasse attaquer parce que l'on se promène à huit heures et quart dans son quartier.La sexualité des femmes, c'est de pouvoir être violée?- -La fille de 4 ans de ma voisine a étévictirned'un exhibitionniste, comment protéger la mienne?» «J'ai été abusée, et j'ai tout fait pour que cela n'arrive pas à mes filles.Alors âgée de 30 ans, l'une d'elles m'a raconté tous les abus dont elle a été tic-time.» Une autre héberge sa fille victime de la violence de son conjoint, On parle de la douleur ressentie à l'occasion des meurtres de femmes, comme ceux de Polytechnique, de toutes celles tuées par leur conjoint.Celle qui est lesbienne est aussi mère.Elle ne cesse d'être l'objet d'accusations à caractère sexuel.Une VTaie mère ne peut avoir de vie sexuelle - surtout pas avec une autre femme! Une autre mère va dans le même sens.«J'aime séduire, j'aime plaire.Mais pour une femme, ça ne se fait pas.Je me réveillais avec une image de moi-même épouvantable.» Elle poursuit.«Parce que j'ai un conjoint, mon droit au désir est nié.Et je ne parle que du désir, même pas de le réaliser dans une relation concrète.- DES CHEMINEMENTS PERSONNELS Une femme nous dit combien pour elle la sexualité a constitué un lieu de culpabilité.Elle se demande si le maternage de son conjoint n'était pas une façon de transcender cette culpabilité.«Aujourd'hui, ce n'est plus pareil.Le silence autour de la sexualité est rompu.» Sa vie sexuelle est devenue tendresse, communication, plaisir, beauté.Julie, célibataire dans la vingtaine, nous dit comment «la sexualité, pour elle, ce n'était pas évident.» Dans son milieu familial, la sexualité était lieu de violence contre la mère.Les modèles de vierge et de mère sont sans résonance pour elle.La Vierge a été stéréotypée.Et Julie ne désire pas d'enfant pour le moment - au risque d'être étiquetée d'anormale.Elle voit dans la sexualité un lieu de gratuité, d'échange, de spiritualité, de créativité.Mais elle croit que pour bien la vivre, il faut avoir atteint une certaine harmonie, un équilibre.Sinon, on focalise sur l'autre ».Pour une des religieuses présentes, la sexualité se définit par une maternité large.Pour une autre, c'est le contraire.«Je me vois comme femme et je ne suis pas mère.» Cette dernière trouve dur «d'être femme, d'être marginalisée par les choix que je fais».L'image de la Vierge est elle aussi à reconquérir.-C'était la chum de ma mère! » Lise décrit sa sexualité «comme une poussée de vie.Je suis seule et je me sens vivante, pleine.Mais il n'y a plus de pour toujours- Cela résulte d'un cheminement.Elle a été abusée sexuellement, mariée, divorcée, quelques amours.Mais des modèles, des anciens et des nouveaux, continuent à s'imposer.Il faut performer auprès des employeurs, des enfants, des conjoints, des amants.«La performance, c'est le nouveau nom de la sainteté, de la perfection- Aujourd'hui, désirer c'est aimer.Autrefois, aimer c'était enfanter.Une jeune se de- r en > < .- CE < 5 CVJ CVI c > mande où elle en est dans sa relation amoureuse.À la recherche de nos modèles, des mots ont été épingles entre les deux mannequins.Ou hors d'eux.Pour faire éclater les modèles.Et que certains silences soient rompus.^7, Les femmes qui ont participé à cette rencontre ont désiré conserver l'anonymat afin de protéger la vie privée des proches pouvant être concernés par leur témoignage.Elles sont toutes ici identifiées par des pseudonymes.Colette Bazinet est membre d'une équipe de recherche en sciences religieuses traitant de femmes, formation théologique et emploi.Elle est aussi conseillère en emploi n CHARTRAND, LE FILM Un homme de parole, tel est le titre d'un documentaire consacré à Michel Chartrand.Ce film, produit par l'ONF, a été réalisé par Alain Chartrand, le fils de Michel.Alain Chartrand a réalisé ces dernières années Des amis pour la vie et Ding et Dong, le film.Il prépare en ce moment l'adaptation cinématographique du célèbre roman de Germaine Guèvremont, Le Survenant.La première du film Un homme de parole aura lieu le 29 avril à Montréal au Théâtre Denise-Pelletier, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.À Québec, il sera présenté d'abord à la Bibliothèque Gabrielle-Roy, le 30 avril.Puis au Cinéma Le Clap, du lerau5mai.A Montréal, il sera à l'affiche du Cinéma ONF (Complexe Guy-Favreau), du 14 au 23 mai 1991.MAGAZINE INTERSYNDICAL?Selon L'Actualité (fév.91), des mi-Iitants-es du mouvement syndical auraient conçu un plan de magazine spécialisé qui serait prochainement soumis aux instances dirigeantes des grandes centrales syndicales québécoises.Ce magazine d'information ne contiendrait, affirme L'Actualité, -ni édi- toriaux, ni tribune libre, ni critique, bref rien qui puisse susciter des tensions entre les centrales-.Par ailleurs, toujours selon L'Actualité, le Parti québécois songerait lui aussi à se doter d'un organe de presse autonome.AFRIQUÉBEC Le regroupement AFRIQUÉBEC vient de publier un tabloid de seize pages sur l'Afrique.Ce journal est d'abord destiné aux jeunes travailleurs et aux étudiants.Ne paraissant qu'une fois par année, il est disponible dans les Cégeps, les universités et les organismes qui acceptent de le diffuser auprès de leur clientèle.Pour plus d'informations, on s'adresse à AFRIQUÉBEC, 454 Caron, Québec, Que.G1K 8K8, (418) 647-5856.LA JEC ET LA LOI 107 En janvier dernier, la JEC (Jeunesse étudiante catholique) s'est prononcée sur la Loi 107 concernant la con-fessionnalité des écoles et l'instruction publique.La JEC reproche aux autorités provinciales d'avoir négligé les mécanismes démocratiques de consultation dans l'élaboration de cette législation.Avant tout, la JEC dénonce la mise à l'écart des élèves dans le projet éducatif qui les concerne au premier chef.Voilà pour- quoi elle demande d'ajouter à la Loi 107 «une section spécifique concernant la présence obligatoire d'une association d'élèves dans chaque école secondaire qui tient compte de la représentativité de tous les niveaux» et "d'attribuer au conseil étudiant des pouvoirs et des fonctions semblables à ceux dévolus aux comités d'écoli On peut obtenir une ou plusieurs copies du document de la JEC en s'adressant à la JEC nationale, 5323 Brébeuf, Montréal, Que.H2J 3L8, (514) 524-3941.UN ESPOIR NOMMÉ ARISTIDE Le jour de l'assermentation de Jean-Bertrand Aristide comme président élu d'Haïti, le 7 février dernier, Pierre Gravel, éditorialiste à La Presse, écrivait qu'il s'agissait là «de la plus spectaculaire victoire, à ce jour, des partisans de la théologie de la libération contre laquelle Rome a maintes fois formulé de sérieuses réserves.(.) Sa victoire donnera sans doute un regain de vigueur à cette approche révolutionnaire.Une cause de scandale pour les bien nantis.Mais une démarche qui rappelle un autre parti pris radical en faveur des plus démunis qui, il y a deux mille ans, a changé la face du monde.Il faut s'en réjouir pour Haïti.Pour l'Amérique latine.Et à la limite, pour l'Église.» 1 r PIERRE VALUERES Petit guide de survie des chômeurs et chômeuses, Comité Chômage Sud-Ouest de Montréal, 1990, 90 pages.Voilà un outil fort utile et très bien fait.Avec les récentes modifications à la Loi sur l'assurance-chômage, il n'est pas toujours facile de s'y retrouver.Le guide publié par le Comité Chômage Sud-Ouest de Montréal aide à y voir clair.Il est disponible en français, en anglais et en espagnol, et vendu au coût de 4.00$ l'exemplaire.On doit faire parvenir sa commande, accompagnée d'un chèque ou mandat approprié, au Comité Chômage Sud-Ouest, 4190 Notre-Dame ouest, Montréal, Que.H4C 1J4.On peut aussi téléphoner au (514) 933-3553.Richard LANGLOIS, S'appauvrir dans un pays riche, CEQ/Editions Saint-Martin, 1990, 142 pages.Le Québec fait partie des sociétés riches d'Occident.Ses élites favorisent en bloc la libre entreprise, l'enrichissement individuel, les échanges sans frontières, le contrôle des richesses pétrolières par les pays riches.et, par conséquent, l'actuelle guerre du Golfe.Les milieux d'affaires se réjouissent de voir le Québec participer de plus en plus activement à la croissance.Mais croissance pour qui?Pour Bombardier, Power Corporation, Des jardins?Le Québec des années 90 compte des centaines de milliers de pauvres dont 35% sont des enfants.Les organismes de charité, les soupes populaires et autres restos pop sont débordés.Le livre fort clair de Richard Langlois nous dévoile les multiples facettes de l'appauvrissement et nous montre, entre autres, comment et pourquoi la croissance économique n'est aucunement garante d'un partage plus équitable de la richesse dans notre société.Simone MONET CHARTRAND, Pionnières québécoises et Regroupements de femmes d'hier à aujourd'hui, 1990, Editions du Remue-Ménage, 470 pages.Féministe de longue date et documentaliste chevronnée, Simone Monet Chartrand nous présente ici une imposante anthologie de textes relatant la vie des pionnières, des débuts de la colonie jusqu'en 1975.Des défricheuses, comme Marie Rollet et les Filles du Roy; des fondatrices de communautés religieuses, comme Marguerite Bourgeoys et Marie de l'Incarnation; on en arrive peu à peu aux deux Marie Gérin-Lajoie, à Léa Roback, à Madeleine Parent, aux femmes du Refus Global (Madeleine Arbour, Marcelle Ferron, Françoise Sullivan), aux militantes du Front de libération des femmes, à An Antane Kapesh, Monik Sioui, Alanis O'Bomsawin, etc.Plusieurs des femmes présentées par Simone Monet Chartrand sont aujourd'hui injustement oubliées.Nul doute que cette anthologie incitera les historiennes et les historiens à fouiller un passé collectif encore trop peu et trop mal connu.SIMONNE MONET Oa il a; QUEBECOIS' ET REGROUPEMEN DEFEM Petit guide de survie des chômeurs et chômeuses Comité Chômage Sud-Ouest de Montréal mm ,;:ra m en cr > < Œ < 5 en C\J O > LA LIBERTÉ AMÉRINDIENNE, UN HÉRITAGE OCCULTE PIERRE VALLIÈRES Dessin du 17e siècle: représentation de la maternité autochtone.Voilà l'image que le colonialisme voulait répandre. Une sexualité libre exige une société libre.Le vécu sexuel égalitaire et pluriel, libéré des tabous et des structures patriarcales, tel qu'imaginé par le mouvement contre-culturel et le féminisme des années 60 et 70, ne peut se concevoir en dehors d'une société elle-même débarrassée de toutes formes d'hégémonie, de discrimination, d'infantili-sation et d'exploitation.Un bel exemple de cela est fourni par les sociétés amérindiennes qui, depuis au moins 10 000 ans, occupaient le continent américain avant l'arrivée des conquérants européens et chrétiens.Mieux qu'aucune autre, en effet, les sociétés amérindiennes illustrent comment la liberté sexuelle ne peut s'épanouir dans l'harmonie, la solidarité, la tolérance et l'amitié que dans une société culturellement et économiquement ^^"^^^ égalitaire.On ne peut, en effet, dissocier l'exceptionnelle liberté amérindienne de la forme d'organisation économique, politique et culturelle dont les nations autochtones l'étaient dotée avant l'arrivée des Européens en sol américain.DES SOCIÉTÉS ÉGALITAIRES Alors que les sociétés occidentales, fortement compétitives, reposent sur l'accroissement du capital, les guerres de conquête et d'extermination, le développement de rapports de classes et de structures hiérarchiques, les nations amérindiennes formaient, à l'opposé, des sociétés sans pouvoir coercitif, sans État, sans propriété privée, sans argent ni travaux servi-les, sans péché non plus ni culpabilité.Ces sociétés égalitaires étaient celles, entre autres, des peuples hurons, iroquoiens et algonquiens du Nord-Est américain, qui figurent parmi les peuples-ancêtres des Québécois-es d'aujourd'hui.Il s'agissait de peuples très fiers, et «souverains- au sens propre du mot, dont les valeurs premières étaient l'autonomie de chaque personne (homme, femme, jeune ou ancien-ne); la solidarité; le partage (au centre de leur économie); la coo- pération; la responsabilité individuelle et collective.Il existait un remarquable équilibre entre la liberté de chaque individu et sa responsabilité vis-à-vis de tout le groupe.Tout cela sans discrimination, dans la tolérance la plus complète, l'ouverture à la diversité des choix et des comportements, la bonne humeur et la gratuité.De plus, nos ancêtres amérindiens, contrairement à nous, ne couraient pas après le temps.ni après les gadgets.Ils n'étaient guère pressés et ne connaissaient pas l'accumulation avaricieuse des richesses.Ils partagaient tout: produits de la chasse et de la pêche, récoltes et cueillettes, artisanat, habitation, sexualité, fêtes, rituels, etc.11 n'y avait ni supérieur-e-s ni inférieur-e-s, ni privilégié-e-s ni exclu-e-s, ni sauvé-e- Ces «sauvages» étaient ludiques jusque dans les rituels qui accompagnaient la mort.et mourait dans une liberté sans retenue, où rien ne paraissait plus comique ou étrange que -la volonté de dompter les passions-?Car ces "Sauvages- étaient ludiques jusque dans les rituels qui accompagnaient la mort, tant et si bien qu'en ces contrées l'existence entière n'était apparemment que festin.SEXUALITÉ ET CIMENT SOCIAL Dans son grand ouvrage Le pays renversé, Denys Delâge souligne que, dans les sociétés huronne, iro-quoienne et algonquienne, -la liberté sexuelle constituait une sorte de ciment social entre l'ensemble des hommes et des femmes d'une même communauté.Liée aux règles d'hospitalité, elle caractérisait aussi les rapports entre hommes et femmes des tribus alliées.»' s ni damné-e-s.Seulement des égaux et des égales.Ce monde qui peut paraître idyllique, sinon romanesque, a été observe et décrit par de nombreux observateurs dès les premières étapes de la Conquête et de la colonisation.Chez nous, les Relations des Jésuites renferment à elles seules une multitude d'informations précises, et ce ne sont pas, loin de là, les seuls documents historiques, sociologiques ou ethnographiques disponibles.Cela pour dire que les sociétés égalitaires amérindiennes ne sont pas une vue de l'esprit mais constituent bel et bien des réalités historiques au même titre que les sociétés espagnole, italienne, française, anglaise et hollandaise du lôième siècle européen.Bref, on n'invente pas les sociétés amérindiennes, on les découvre.Les premiers missionnaires à parcourir la vallée du Saint-Laurent furent héberlués par ces communautés de prétendus «sauvages- qui affichaient si ostensiblement une très grande liberté de moeurs.Quelles étaient donc ces sociétés où l'on était en permanence à l'écoute de son corps, où le désir, le plaisir et la fête occupaient tant de place, où l'on naissait, vivait La sexualité n'était pas réduite à sa seule fonction de reproduction.La recherche du plaisir y occupait une place centrale: dans la liberté sexuelle des jeunes notamment (dès l'âge de la puberté), le libre choix de l'époux par la femme, considérée comme la maîtresse des relations sexuelles, l'absence de viol ou d'autres formes d'agressions sexuelles, l'acceptation enfin de toute orientation sexuelle, autant pour les femmes que pour les hommes, etc.2 Dans de nombreux rituels, la sexualité remplissait clairement des fonctions de réconfort, de solidarité, de fraternité, voire de guérison.Ainsi en était-il en Huronie lors des cérémonies de l'andacouandet, au cours desquelles la jeunesse célibataire, soutenue par les chants et les danses de la communauté, se rassemblait pendant toute une nuit pour faire l'amour près d'un-e malade, afin de favoriser sa guérison et lui manifester la solidarité et l'amitié de la communauté.Bien entendu, les missionnaires européens, au premier chef les Jésuites, se sont élevés ivec vigueur contre les relations sexuelles libres des autochtones en général, et des leunes et des célibataires en particulier.En plus d'être terriblement scandalisés par la recherche collective du plaisir chez les autochtones, par cette érotisation générale et pour ainsi dire naturelle des corps et des esprits, les missionnaires condamneront dès leurs premières interventions «l'éducation non répressive des enfants»3, à la racine selon eux de tout le mal.Les sociétés amérindiennes du Nord-Est étaient non seulement sans État ni aucune forme de pouvoir coercitif mais aussi (et logiquement) sans pé- mes.Un homme pouvait prendre le nom d'un parent ou d'un compagnon décédé et en assumer toutes les charges familiales.»5 Les missionnaires, par le baptême et l'enregistrement civil du «converti», dépossédaient ainsi les autochtones du pouvoir de se nommer eux-mêmes, dépossession «initiatique», annonçant les nombreuses autres qui suivraient.DE LA RÉPRESSION SEXUELLE À LA SOUMISSION POLITIQUE Chez les autochtones, la reconnaissance et le respect du plaisir dès l'enfance étaient sacrés.ché ni culpabilité.La reconnaissance et le respect du plaisir dès l'enfance y étaient par conséquent sacrés.On comprend ainsi pourquoi, dès les débuts du processus de colonisation, l'effort missionnaire visa à la désérotisation des rapports sociaux et à la canalisation, par '^■^■MBBBI^^^H la constitution de familles dites normales, c'est-à-dire nucléaires, monogamiques et patriarcales, de la sexualité et de la liberté amérindiennes à des fins très nettes de domestication, d'endoctrinement, de déculturation et finalement de soumission totale au droit et aux valeurs des plus forts.4 L'imposition du baptême par les missionnaires ne servait pas d'autre fin que cette soumission.Par le baptême, rituel de la «conversion» de l'autochtone, les missionnaires imposaient à chacune un seul nom (on ne parlait pas encore de numéro d'assurance sociale ni de carte d'identité), dans un but évident de sédentarisation et de contrôle social.«En effet, la coutume huronne, par exemple, voulait que l'on puisse changer de nom à diverses étapes de sa vie: enfance, adolescence, âge adulte, vieillesse, selon ses désirs d'identification ou encore selon ses fantas- Le baptême chrétien était donc politique.Et le processus de conversion visait à «renverser» l'individu comme le pays lui-même, comme l'affirment on ne peut plus clairement les Rela- Le baptême chrétien était donc politique.Il dépossédait les autochtones du pouvoir de se nommer eux-mêmes, dépossession «initiatique», annonçant les nombreuses autres qui suivraient.tions de 1636.6 Au centre de ce renversement des valeurs et du style de vie, la répression sexuelle.Le premier but des missionnaires, comme on l'a vu, était d'implanter la cellule familiale monogamique et patriarcale, celle-là même qui a caractérisé la société québécoise jusqu'à l'avènement du féminisme et la révolution des moeurs de la fin des années 1960.Dans un deuxième temps, ils récompensèrent les «bons-nes» autochtones, les convertis-es, et punirent les «méchants-es».L'univers amérindien fut du coup divisé en classes antagonistes, les élus-es et les damnés-es, les récompensés-es et les exclus-es.Jusqu'à l'arrivée des Blancs, les sociétés amérindiennes n'avaient aucune notion ni aucune expérience des rapports de classes.La colonisation/évangélisation eut rapidement pour résultat la division et la dislocation des nations «pacifiées».Il ne fait aucun doute qu'en s'atta-quant à la sexualité, comme aux rituels, aux cérémonies et aux croyances autochtones, les conquérants ont très durement, au nom de Dieu, du Roi et du Capital, ébranlé, au-delà d'une civilisation millénaire hautement raffinée et d'un humanisme exemplaire, toute la structure de la personnalité amérindienne.Et dès 1660 les deux principales •modalités de la solution finale de la question amérindienne (était) en place: génocide et/ou réserve».7 Aujourd'hui, nous assistons à un retournement inattendu de l'histoire, marqué sur tout le continent américain (du Nunavik à la Terre de feu) par une renaissance remarquable des nations autochtones.Une renaissance qui nous invite cette fois à .•rembarquer dans le canot»8, comme le dit Denys Delâge, afin non plus de soumettre les peuples amérindiens par le fer et l'épée, ni même par la religion ou la science, mais, au contraire à apprendre enfin de ces peuples, qui nous ont depuis très longtemps précédés dans l'histoire, à re-bâtir l'Amérique sur des bases nouvelles.Il est grand temps d'en prendre note: la culture amérindienne demeure aujourd'hui, comme avant la Conquête européenne, la meilleure alternative au capitalisme patriarcal et prédateur dont la voracité compulsive est en train de compromettre l'avenir de l'humanité.500ansaprès l'arrivée de Christophe Colomb sur le continent, c'est à notre tour, en effet, d'être «retournés» ou «renversés-, i *■* 1 Denys Delâge, Le pays renversé, Boréal, 1985, p.211.2 Norman Clermont, «la place de la femme dans les sociétés iroquoiennes», Recherches amérindiennes au Québec, Vol.XI11, no 4, 1983, p.287.Et Michèle Vigeant, «Notes de sensibilisation à la réalité mohawk», Vie ouvrière, nov.-déc.1990, p.20.3 Denys Delâge, op.cit., p.212.4 Idem, p.209.5 Idem, p.212.6 Idem, p.9.7 Idem, p.343.8 Idem, p.347. l, TOOP OU aUBBEC Dl ici la fin de l'année ou au plus tard f en 92, l'Académie populaire incorporée de foliette et ses 12 groupes ou associations membres déménageront dans un édifice qui leur appartient et qui aura été rénové et réaménagé pour répondre à leurs besoins.Coût total de l'opération: 1 260 000$, dont 1 100 000$ en provenance du gouvernement du Québec.Bonne nouvelle donc, mais.il n'y a quand même pas lieu de se réjouir outre mesure du fait que des fonds publics servent à acquérir une école pour loger des organismes de services aussi essentiels que peu coûteux pour l'État.Et puis, qui ne se doute pas que les ministères touchés par cette opération ont puisé cet argent dans leurs budgets d'aide au développement régional?L'État se fait ainsi une belle jambe sans aucunement toucher à sa politique de désengagement social.D'où vient alors l'enthousiasme des gens de l.anaudière devant cette victoire réelle mais.mitigée?EN DEUX MOTS D'abord quelques mots d'histoire.Depuis 1981, des groupes de femmes, de personnes handicapées, de jeunes (garderie), d'alimen- tation, etc, logent dans l'école St-Viateur devenue Y Académie populaire inc.Et non seulement ils y offrent d'innombrables services à la population mais aussi se sont organisés en -centre d'éducation populaire" y établis-santmêmeunesorted'incubateurd'ini natives populaires, autogéré et démocratique.En 86-87, le propriétaire de l'école, la Commission scolaire dont les services d éducation aux adultes occupent toujours un tiers de la bâtisse, décide de mettre l'école en vente.Pas question d'entente avec les groupes locataires: la commission scolaire veut le plus possible d'argent et fait donc un appel d'offres.En avril 87, les groupes ripostent avec une pétition de 13 000 noms en faveur du maintien en place des organismes populaires.On obtient un moratoire.UNE ATTAQUE AU «SOMMET» En 88, la Commission scolaire décide de ne plus vendre l'école et de la transformer plutôt en centre administratif municipal.Elle offre alors une autre école (St-Jean-Baptiste) désaffectée, trop petite.et que l'Académie devra acheter de toute façon.Aux pressions et ripostes de toutes sortes, les A JOLIETTE, UNE VICTOIRE TOUTES CATÉGORIES JEAN FOREST groupes ajoutent une stratégie • nouvelle vague-: prouver, chiffres à l'appui, aux instances économiques, réunies lors du Sommet régional d'avril 90, la rentabilité économique de leur travail.Résultat: le Sommet adhère à la thèse de l'Académie populaire, reconnaît la justesse de son expertise et entérine la signature d'une entente par laquelle le gouvernement achète l'école St-Jean-Baptiste (600 000$) et s'engage à verser jusqu'à 500 000$ pour la rénovation et l'agrandissement de la bâtisse.^7, Les commissaires d'école assiégés par les gens des groupes de VAcadémie populaire en avril 87.Une opéra tion qu'il a fallu multiplier et diversifier pour arriver à des résultats. ,iiv TISSER L'ETOFFE DE LA SOLIDARITÉ PIERRE VIAU El Œ > < oc < 5 œ ai ai a > PHOTOS P6BBE V14U Dans des locaux modestes, souvent exigus et surchauffés, plusieurs groupes communautaires poursuivent un inestimable travail pour l'intégration, la compréhension mutuelle et la promotion des droits des personnes immigrantes.Dans la précarité financière, au coeur des in|us-tices et des drames quotidiens, avec compétence, discrétion et acharnement, ces groupes construisent aujourd'hui le Québec de demain.Comme l'araignée besogneuse, ils tissent les réseaux sociaux essentiels à la vie des personnes.LE CENTRE DES FEMMES D'ICI ET D'AILLEURS Le CFIA est l'un de ces groupes.Fondé en 1984, il travaille à briser l'isolement psycho-social des femmes immigrantes et québécoises.Paulina, d'origine chilienne et Anne, d'origine américaine, insistent sur la nécessité de créer des liens de solidarité entre les femmes québécoises et des femmes immigrantes sur des problématiques communes.On pense ici à la violence conjugale, à la rupture familiale, par exemple.Mais ces problèmes sont davantage complexes pour les femmes immigrantes.La barrière linguistique, la confrontation à de nouvelles valeurs et à d'autres coutumes, le parrainage par le mari, la peur d'être expulsées et d'être rejetées de leur communauté culturelle, etc., renferment les femmes immigrantes dans un isolement encore plus grand.Par des ateliers d'information, des cafés-rencontres, des activités de loisirs et d'échanges inter-culturels, le Centre des Femmes dTci et d'Ailleurs, a Montréal, permet à des femmes québécoises et des femmes immigrantes d'Amérique latine, des Caraïbes, des pays du Maghreb et d'Europe de vivre leur autonomie en tant que femmes et de démystifier les préjugés nés de l'ignorance et de la méconnaissance réciproque.LE CHOC DE DISPARAÎTRE La diffusion du documentaire DispiihiitTï a fait couler beaucoup d'encre et de salive.Paulina et Anne rappellent que les femmes immigrantes ont été profondément blessées par ce film.Le CFIA a donc organisé une journée de visionnement et de discussions pour les femmes québécoises et immigrantes.-11 fallait absolument, dit Paulina, que les femmes québécoises sachent pourquoi les femmes immigrantes ont vécu cet événement comme une \ 6-ritable trahison, une sorte d'exclusion et d'intolérani e Pour le CFIA, l'absence de groupes de femmes et des commun jutes culturelles à la Commission Belangcr-t ampeau est également révélatrice d'un refùï de reconnaître la participation réelle et effective des femmes québécoises et immigrantes à la construction du Québec.On ne bâtit pas un projet social par l'exclusion.Pour Anne, l'intolérance nous menace toujours.H faut être aux aguets.-Avec la guerre au Moyen-Orient, on diabolise l'Islam et la culture arabe.Au (.entre, des femmes nord-africaines disent la peur ressentie en voyageant dans le métro.Si elles voient des jeunes à l'allure Skinned Heads, alors là, c'est l'angoisse C.F.I.A.: 7736 rue St-Denis, Montréal, H2R2F.8, (514)495-7728 m ^OU6BT.0N8D-AMÉWOUE MARYSE ROBERT ETATS-UNIS: L AVORTEMENT, TOUJOURS D ACTUALITÉ La question de !'avortement reste un su|et controverse aux Etats-Unis.En juillet 1989, un jugement de la Cour Suprême (Webster V.Reproductive Health Services) a permis aux États (l'équivalent des provinces canadiennes) de limiter l'accès à l'avortement.Certes, à la fin de l'année 1990, seulement trois États (Pennsylvanie, Caroline du Sud, et Virginie de l'Ouest) avaient rendu leurs lois plus strictes.Mais plus de 400 projets (les 4/5 visant à restreindre l'avortement) ont fitf présentés à la législature de 41 Etats (sur un total de 50i Ainsi, lescongressmen (députes) de l'idahoet de la Louisiane ont adopte, en 1990, des lois criminalisant la plupart des avortements.Toutefois, les gouverneurs de ces deux États ont oppose leur veto et stoppe ces projets.M.Burke Balch, du \.irit>.i./ RfeM to l \h ( ommitta-, soutient que le mouvement prochoix ■ gagne plus d'élections législatives au niveau des Etats américains qu'il en a perdus.En fait, la plupart des politiciens qui ont changé d'avis sont passés des rangs pro-\ie aux rangs pro-choix.Par ailleurs, le Comité National du Parti républicain, traditionnellement anti-avortement, s'est récemment présente comme le parti-parapluie.ou\Tant ses portes à la fois aux ptD-vie et aux prochoix.UNE OPINION DIMSÉE L'opinion états-unienne.quant à elle, est assez divisée.UVpuis 1977, les États-uniens ont repondu svstemanquement NON à la question suivante: DumitMibepemÉbkà iou: femme marnât iïobÈtmt mi awirtetnetit féffâ, [\ii bnfwtfUs MtOB imn/utt^Mais.en 1990, un nombre sans précédents de gens (42".o ont répondu OUI.Par ailleurs, en juillet dernier, les Etats-uniens ont affirme dans un sondage qu ils s opposeraient à 3*'u à la nomination d'un juge à la Cour Suprême des Etats-Unis si ce dernier remettait en question le célèbre jugement Roe V.W'ade ( 1973).Ce jugement a légalisé l'avortement durant les trois premiers mois de la grossesse, peu importe les raisons invoquées.Par contre, en Pennsylvanie, la nouvelle loi sur l'avortement interdit aux hôpitaux financés par l'État de pratiquer 1 avortement et oblige l'hôpital à informer le père avant la\ ortement.UNE LUTTE QUI SERA LONGUE Certainesdeces provisions sont présentement contestées devant la Cour Suprême.Celle-ci pourrait ainsi, à la faveur de ces contestations, renverser le jugement de 1973 légalisant l'avortement.Washington, 22 janvier 1990 Entretemps, en Caroline du Sud.les parents d'une mineure doivent donner leur consentement.I n \ irginie de l'Ouest les tonds publics sont très limites.Au New-Hampshire.les deux chambres delus-es ont vote une loi [envasée par le goût emeui républicain de l'Etat, loutetois.au Connecticut.les pro-chol\ ont ete plus chanceux.Cet l M ■ repris .1 son compte les grandes lignes du ingénient Roe Y W.kic In fait, les pro-vie et les pro-choix ne s'entendent que sur un seul point: la fin de la bataille n'est pas pour demain.Elle se poursuivra bien après l'armée du prochain millénaire ^T F^OTD R08EH1 TWPtTT CD CD a > < en CE < 5 CD nj CM 01 en Œ > < en ce < 5 01 ai o > -UUfcWii PHILIPPINES: L'ECHEC D'AQUINO ET LA MOBILISATION DE LA GAUCHE PHOTD B DAVB [STOCK KX6E] Le 21 août 1983, à l'aéroport de Manille, Benigno Aquino meurt et une révolution commence FRANÇOIS FORTIER, Manille Avec la chute de Ferdinand Marcos en février 1986 et l'établissement d'un gouvernement post-autoritaire sous la direction de Corazon Aquino, les secteurs populaires des Philippines avaient enfin quelques espoirs d'entamer le monopole politique et économique que détenait jusqu'alors une petite classe de latifundiaires, de marchands et de financiers.Mais il n'aura suffit que de quelques mois pour déchanter.De plein gré ou sous la contrainte des militaires (dont différentes factions en sont à sept tentatives de coup d'État), la présidentea rapidement modéré son programme de réformes, dont la plus importante dans ce pays rural à 70% demeure la réforme agraire.Au coeur du débat social et politique se trouve le modèle de développement prôné par différents secteurs.Deux modèles dominants reposent sur des interprétations distinctes des causes du sous-développement, chacune ayant des implications politiques diamétralement opposées.DEUX VISIONS ANTAGONISTES La gauche philippine, clandestine ou non, soutient un modèle essentiellement socialiste.11 est basé sur la redistribution des ressources productives, notamment de la terre, de façon à permettre aux classes laborieuses de se sortir elles-mêmes du sous-développement.Cette analyse reconnaît que l'une des principales caractéristiques du sous-développement est la marginalisation et l'infériorisation des secteurs populaires.En termes concrets, cela se traduit par l'utilisation d'une main-d'oeuvre à bon marché, dont le faible coût demeure une condition de compétitivité sur les marchés internationaux.Dans ces circonstances, tant que la production demeure surtout orientée vers l'extérieur, lecapital philippin n'a pas intérêt à assurer la solvabilité de son marché national.C'est pourtant ce cycle interne de production et de consommation qui assurerait la redistribution des revenus vers une main-d'oeuvre non marginalisée.Lemcxlèlededéveloppement proposé par la gauche philippine visedonc l'intégration de l'ensemble de la population tant à la production qu'à la consommation de biens et services.Comme il fallait s'y attendre, ce modèle de développement soulève l'objection des classes privilégiées, évidemment peu en- clines à redistribuer leurs biens.Le discours de la droite tente de minimiser l'importance de transformer la structure économique du pays, notamment en ce qui a trait à la propriété de la terre.De façon explicite, le modèle de développement proposé par l'élite repose sur la croissance de la quantité totale de richesses.On laisse croire qu'une telle croissance permettra à tout le monde, donc aux pauvres aussi, de s'enrichir.Mais comme le démontre l'évolution du sous-développement dans le tiers-monde, et de façon croissante en Occident et notamment au Québec, ce discours du développement par le haut ne sert que de rationalisation au maintien des privilèges des classes dominantes.D'une part, l'accumulation de fortunes entre les mains de quelques secteurs est nullement une garantie d'investissement productif, comme le démontrent la fuite de capitaux vers les banques occidentales et la consommation de luxe dans laquelle se complet l'élite.D'autre part, la création d'emplois, souvent très mal rémunérés, n'est pas synonyme de redistribution.Par un discours favorable au statu quo, les secteurs de droite camouflent la violence quotidienne faite aux classes populaires via le sous-développement et l'oppression militaire.Puisque la bourgeoisie philippine refuse d'admettre l'importance de la redistribution des revenus et, surtout, des ressources productives, alors la résistance des secteurs exploités et opprimés se poursuit.LA RÉPRESSION OMNIPRÉSENTE En réaction à cette résistance, le gouvernement Aquino a entrepris une campagne contre-insurrectionnelle cherchant à casser le mouvement révolutionnaire.La stratégie comporte plusieurs éléments, dont la répression militaireet policière.Acet égard, la croissance de la répression contre les secteurs jugés subversifs est éloquente, alors que plusieurs régions du pays se sont sensiblement militarisées.La répression est souvent sélective en milieu urbain, mais peu decasest fait desexecutionssommaires et des disparitions en zones rurales.Assez souvent, les autorités délèguent de genre de besogne à des groupes para-militaires ou vigilantes, inspirés par le fanatisme religieux et/ou un anti-communisme primaire.L'armée évite ainsi les implications politiques de la répression.Mais la contre-insurrection fait aussi appel à des tactiques plus raffinées, cherchant a L'accumulation de fortunes entre les mains de quelques secteurs est nullement une garantie d'investissement productif, comme le démontrent la fuite de capitaux vers les banques occidentales et la consommation de luxe de l'élite.légitimer le statu quo par des interventions sociales ponctuelles.Ceci comprend rétablissement de certains services sociaux palliatifs, dont des soins de santé dispensés par les militaires (philippins ou états-uniens) ou l'établissement de réformes agraires très partielles.La manipulation idéologique fait aussi partie de l'arsenal, soit par les médias, soit directement.En face, les forces dominantes de la gauche révolutionnaire sont la Nouvelle Armée du Peuple, et sa contre-partie politique, le Parti Communiste des Philippines, membre du Front Démocratique National.En resserrant l'étau sur ces trois groupes clandestins.l'Etat pointe du doigt l'ensemble des organisations populaires légales.LES DÉPLACEMENTS DE POPULATION En plus de la stratégie de répression sélective, l'aimée procède fréquemment à I évacuation de régions entières sous prétexte d'isoler la guérilla.Selon les groupes de défense des droits de la personne, les militaires profitent de l'occasion pour desorganiser les mouvements populaires, identifier les dirigeants et relocaliser les communautés.Lors de telles opérations, ce sont les paysans qui ont le plus à perdre.Leurs maisons et leurs récoltes sont brûlées, leurs animaux, décimés.En 1989, l'opération militaire ThwitkrMt, sur l'île de Negros, a fait plus de 350 victimes parmi quelques 35 000 réfugies La plupart étaient des enfants en bas âge, décèdes de maladies infectueuses.La campagne contre-insurrectionnelle a initialement affecté les organisations clandestines comme la Nouvelle .Armée du Peuple et le Front Démocratique National.La légitimité d'Aquino dans les premières années de son ma ndat a également contribue a cette tendance.Certains acti-\ istes sortirent même de la clandestinité pour joindre le mouvement social-démocrate.C'est surtout en 1986 et 1987 que la Nouvelle Armée du Peuple a connu le plus de difficultés.Formée essentiellement de paysans, plusieurs ont déserte la N AP pour se rendre aux troupes gouvernementales.Néanmoins, plusieurs organisations de gauche cherchent maintenant à reprendre l'offensive politique 1 a recrudescence de la répression militaire a renforcé la détermination et la mobilisation de la guéri llla.S3 en m Œ > < cr < 5 en eu ai PHOTO HEZA LE GOUVERNEMENT RÉVOLUTIONNAIRE PROVISOIRE Depuis un an, la NAP a mis sur pied des structures gouvernementales provisoires sur l'île de Samar, dont les troupes contrôlent maintenant l'intérieur du territoire.Près de 10 000 personnes habitent la zone, désormais régie par un système législatif et judiciaire révolutionnaire.Plusieurs offensives de la NAP ont par ailleurs été lancées dans d'autres régions, notamment l'importante île de Mindanao.Pour sa part, après 17 ans d'existence, le Front Démocratique National tenait du 13 au 21 juillet son premier congrès national.Réalisé dans une zone contrôlée par la Nouvelle Armée du Peuple, le congrès a permis l'adoption de la version finale du programme du Front.Comme d'autres mouvements révolutionnaires avant lui, le FDN met désormais l'emphase sur la consolidation d'alliances entre différents groupes sociaux.Lors d'une entrevue qu'il nous accordait au début de novembre 90, l'un des membres du Comité National du Front précisait que l'organisation cherche des appuis dans De plein gré ou sous la contrainte des militaires, la nouvelle présidente a rapidement modéré son programme de réformes, dont la réforme agraire.les classes moyennes: «Aquino a permis une certaine démocratisation.Sous Marcos, la principale revendication était le respect des droits de la personne.Maintenant, les attentes sont plus élevées.Le mouvement révolutionnaire peut mobiliser les Philippins sur des questions comme la réforme agraire, le prix de l'essence, les bases militaires américaines, l'environnement, ou l'annulation partielle de la dette.» Il ajoute que «les gens ont réalisé qu'Aquino n'ira pas plus loin dans les réformes.Le véritable danger maintenant pour tous les groupes populaires, c'est que l'armée reprenne le pouvoir.» Le Front reconnaît également l'importance des luttes nationalistes et le droit à l'autodétermination que poursuivent certaines communautés autochtones du territoire philippin.Le programme du Front souligne la nature oppressive des rapports entre sexes, et la nécessité d'éliminer toute forme de discrimination.Cette nouvelle emphase sur les alliances sociales pourrait bien marquer un point tournant de la stratégie du mouvement révolutionnaire aux Philippines.L'ECHEC D'AQUINO Dans l'ensemble, la recrudescence des tensions politiques est symptomatique de l'échec de la «révolution populaire» d'Aquino.D'une part, la présidente demeure incapable d'entreprendre les réformes sociales pouvant apaiser la colère des milieux les plus exploités.D'autre part, les militaires refusent de se cantonner dans leurs casernes.L'extrême-droite est prête à reprendre le pouvoir.Elle le fera par les élections de 1992 si possible, ou par un coup d'État si nécessaire.Les forces conservatrices demeurent méfiantes de l'attitude pour elles trop centriste d'Aquino.Quel que soit le moyen permettant à la droite de reprendre le pouvoir, la Maison Blanche elle-même admet que dans de telles circonstances le mouvement révolutionnaire gagnera des appuis.Puisque la droite s'est objectée au développement alternatif présenté par les mouvements populaires, le discours réformateur d'Aquino est resté lettre morte.L'échec de l'actuel gouvernement des Philippines ne laisse donc que peu d'espoir quant aux chances de démocratisation et de développement dans un proche avenir.^7, sa te >n U \0 H UUWWif i QUESTION NATIONALE: MAIS OÙ EST DONC PASSÉ LE MOUVEMENT POPULAIRE?FRANÇOIS SAILLANT Rarement le mouvement populaire a-t-il été aussi absent que dans l'actuel débat sur l'avenir constitutionnel du Québec.Certes, il s'est bien trouvé quelques organisations locales et nationales pour défiler devant la Commission Bélanger-Campeau.Pour une, la Fédération des Acefs, qui a été entendue dès la première journée d'audiences de la Commission, a très justement fait ressortir la nécessité de bâtir un -Québec au service du social-, mais n'a rien invoqué de mieux que la crainte de se voir couper les vivres par ses bailleurs de fonds pour expliquer son refus de se prononcer sur l'enjeu de la souveraineté.D'autres organisations, tout en refusant de reconnaître quelque légitimité que ce soit à la Commission Bélangcr-Campeau parce qu'elle ne représentait < ■ Œ < s m tu n a > AUSSI AGREABLE A VOIR QU'A LIRE! Liste des PRINCIPAUX POINTS DE VENTE du MAGAZINE VO AYLMER Librairie au point, 200 Principale CHICOUTIMI Le Bouquiniste, 392 Racine E.Tabagie Place du Royaume GRANBY Presse Boutique, 98 Principale JOLIETTE Librairie René Martin, 598 St-Viateur MONTRÉAL City Mao, 370 Ste-Cathenne 0.Coop UQAM Le stand, 4040 St-Laurent Librairie Champigny, 4474 St-Denis Librairie du Square, 3453 St-Dems Flammarion, Place Montréal Trust Flammarion Leméac, 371 Laurier 0 Hermès, 1120 Laurier 0.Renaud-Bray (Lettre & Sons) 1005 Laurier 0.Olivieri, 3527 Lacombe Renaud-Bray, 5219 Côte-des-Neiges Librairie Université de Montréal Maison de la Presse Intern., 550 Ste-Cathenne E Maison de la Presse Intern Maison de la Presse Intern Maison de la Presse Intern Maison de la Presse Intern 1393 Ste-Cathenne 0.1645 Ste-Cathenne 0 360 Mont-Royal E 1371 VanHorne Maison de la Presse Intern., 5149 Côte-des-Neiges Multimags.1570 Maisonneuve 0 Multimags, 2175 Ste-Cathenne 0.Multimags, 5265 Ch.Queen Mary Tabagie Le Tabassoir, 425 Mont-Royal E Tabagie St-Charles, Longueuil Tabagie Vardon, 40 rue Greene, St-Lamberi Variétés Lux, 5220 St-Laurent Presse Boutique, 826 Ste-Cathenne E Presse Boutique.920 Mont-Royal E.Presse Boutique.3556 St-Laurent Presse Boutique, 1226 Greene, Westmount Librairie Gallimard, 3700 St-Laurent Librairie Zone libre, 262 Ste-Catherine E.Le Drug, 400 Laurier 0 Librairie Demarc.Place Desiardins Librairie Raffm, 6799 St-Hubert Coop CÉGEP Maisonneuve Coop CÉGEP Rosemont OTTAWA Librairie de la Capitale, 75 rue Elgin Globe Mags, 57 William Maison de la Presse Internationale, 100 Bank Librairie Universitaire, 85 Hastey QUÉBEC Ciné Vidéo Club International, 1019 Cartier Librairie Générale Française, 10 Côte-de-la-Fabnque Librairie Laliberté, 3020 ch.Ste-Foy Librairie Pantoute, 1100 St-Jean Maison de la Presse Internationale, 1150 St-Jean Tabagie Giguère.59 rue Buade Tabagie St-Sacrement, 1360 ch Ste-Foy Les Magazines Lecto.893 Grand Jean Coop CEGEP FX Garneau RIMOUSKI Tabagie Hotel-de-Ville.214 de la Cathédrale Librairie Biais, 212 de la Cathédrale RIVIÈRE-DU-LOUP Coop CÉGEP Rivière-du-Loup ROUYN Coop CÉGEP Abitibi SHERBROOKE Presse Boutique, 76 King 0.Les Biblaines GGC ST-JÉROME Librairie Communautaire des Laurentides, 435 Fournier TROIS-RIVIÈRES Lib-Fac, 3351 boul.des Forges Presse Boutique, 3760 boul des Forges VALLEYFIELO Librairie Boyer, 10 Nicholson VILLE LORRAINE Librairie Belles-lettres.95 de Gaulle 01 en CL > < CD CL < 01 eu ru o > âct LE MAGAZINE DE VIE OUVRIERE ABONNEMENTS 1991 D Individu — 1 an (6 numéros)________________.____.18$ D Individu — 2 ans (12 numéros)_______________________.___.32$ D Étudiants et sans-emploi — 1 an (6 numéros)___.____.____.13 $ D Institutions — 1 an (6 numéros) _____________._____.___ 25$ D Abonnement de soutien — 1 an (6 numéros)___.____.25 $ D 1 numéro seulement :($ 3,50+1,25 de frais de poste).4,75$ D À l'extérieur du Canada (par avion) — 1 an (6 numéros).___.23$ D Institutions, à l'extérieur du Canada (par avion) — 1 an (6 numéros)__________ 30 $ Ci-inclus Nom : .Adresse : $ pour code postal Poster à l'ordre de : VO, le magazine de Vie Ouvrière 1212, rue Panet, Montréal (Québec) H2L 2Y7 Tél.: (514) 523-5998 AU SERVICE DES CLASSES POPULAIRES 1 Le rêve de Gabnella Cette production video de la ŒQ, d'une durée de 17 minutes, met principalement en situation des |eunes immigrantes et immigrants ainsi qu'un jeune francophone, étudiants au collège qui.sur un mode théâtral, abordent la problématique interculturelle et plun- ethnique du Québec d'aujourd'hui L'immigration est ici vue à travers la lunette de celles et ceux qui vivent les préjugés, les difficultés d'intégration et les espoirs d'un avenir meilleur Tipenitamun (Nos droits) A partir de la situation vécue principalement par la communauté montagnaise de ■ La Romaine ■ sur la Basse Côte Nord, cette video vise à démystifier et à mieux faire comprendre la notion de droits collectifs des peuples autochtones du Québec Cette video a ete produite conjointement par la CEQ et le Conseil des Atikamekw et des Montagnais Pour en savoir plus sur ces videos et sur les autres titres disponibles, commandez des maintenant et sans frais notre nouveau répertoire auprès du Centre audio-visuel Centrale de l'enseignement du Québec 1170.boulevard Lebourgneuf.bureau 300 Québec (Québec) G2K 2G1 Tel (418) 627-8888 Télec: (418) 627-9999 Vidéo-CEQ ce sont des fictions (F), des documentaires (D).des entrevues (E).produits et distribués par la CEQ VIDEO-CEQ c'est une autre manière.pour la CEQ, de mieux servir ses membres et de contribuer à la vie démocratique de notre société E CEQ Quelle que soit la nature de votre travail?!?qu'il soit stable ou précaire?!?manuel ou intellectuel?!?physique ou informatisé?^répétitif ou changeant?!?traditionnel ou nouveau ?!?rare ou courant ?!?reconnu ou méconnue vous trouverez dans la CSN des gens comme vous ?!?qui viennent y chercher la même expertise et le même soutien pour les mêmes raisons que vous?!?des gens qui se regroupent pour améliorer leur sort et se faire respecter dans leur travail?!?CSN
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