VO, 1 janvier 1991, septembre-octobre
^«-OCTOBRE 1W 232.3,60$ l/r**' V T 1> G Etre jeu DOSSIER rganîsations et conditions de vie ■ Deux Québécois sur trois font affaires avec nous.H doit bien y avoir une raison.(4>) Desjardins L'incroyable force de la coopération. EDITORIAL 5 BILLET 7 ENTREVUE 8 Brigitte Lepage Les jeunes adultes veulent des enfants.Mais ils n'en auront pas par nostalgie, par esprit nationaliste ou pour préserver les acquis matériels de la génération qui les précède Brigitte Lepage, ex-présidente du Conseil per- manent de la jeunesse, demande que la société fasse une place aux enfants et à leurs parents.VO: 40 ANS DE FIDÉLITÉ AUX CLASSES POPULAIRES 12 Troisième partie: les années 70 VIE ET CULTURE 18 Sexualisation des rôles en garderie DOSSIER 22 L'INVASION DES AINES-ES Organisations et conditions de vie La société jongle avec les aînés-es comme avec les régimes de rentes et de pré-retraite.Les personnes retraitées sont de plus en plus nombreuses, de plus en plus organisées, de plus en plus visibles.Et elles en ont besoin Le pouvoir gris est en montée libre.Il revendu que autonomie et voix au chapitre.Désormais, on ne lui passera pas n'importe quoi.SUR LA PLANÈTE 38 La presse en URSS L'an 1 d'Haïti TOUR DU QUÉBEC 16 QUEBEC EN COULEURS 17 LIRE 21 AUX ETATS 36 CHRONIQUE INSOLENTE 37 BD 37 COURANTS D'ESPOIR 42 VO : LE MAGAZINE DE VIE OUVRIÈRE Fondé en 1951 Magazine d'information alternatif, au service des classes populaires, il trarte de leurs conditions de vie et de travail, de leurs organisations, de leur culture et de leurs débats VO s'inspire principalement du courant chrétien libérateur II est publié en collaboration avec la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC), le Mouvement des Travailleurs Chrétiens (MTC) et le Centre de Pastorale en Milieu Ouvner (CPMO) Ses prises de positons édrtonales n'impliquent cependant pas ces organisations.Les articles publiés dans VO n'engagent que leur-s auteur-e-s-es Conseil d'administration: Daniel Beaulieu.Esther Champagne, Paul-Émile Charland.Louise Lafortune, Daniel Legault.Réjean Mathieu.Monique Tremblay Comité de rédaction: André Bélanger.Nicolas Carvé.Jean-Guy Casaubon, Marti ned'Amours.Mark Fortier, Myname El Yamani, Anselmo Léonelli Collaborations régulières et membres des comités de chroniques: Nicole Brais.Jacynthe Chicane.Guillaume Dostaler, Myriame El-Yamani, Danielle Forest, Jean Forest, François Gervais, René Gour.Claude Hardy, Jean-Guy Lacoursière, Diane Lalancette, Henn Lamoureux.Daniel Laprès, Fabien Lebœuf, Luae Lépne, Jean Ménard, Maryse Robert.Jean-Hughes Roy, Pierre Viau.Rédaction en chef, coordination, promotion et publicité: Jean Robrtailie Pupitre et secrétariat de rédaction, visuel, comptabilité, rédaction et montage des couvertures: Daniel Legault.Direction de projet et promotion : Jocelyn Page.Représentation publicitaire: Jean-Guy Renaud.Rédaction et documentation: AbdelhamidGmati.Gestion des abonnements et traitement de textes: Ginette Gaudreault Mise en pages: André Leclerc Photographie: René Beaulieu Bande dessinée: Vivian Labrie.Impression: Impnmene d'Arthabaska inc.Distribution: Diffusion Parallèle - Tél.(514) 525-2513 Fréquence de parution: 6 numéros par an Photo page couverture: René Beaulieu Grille de tarifs: Abonnement pour individu ou groupe populaire: 18$/an ou 32$/2ans Abonnement pour institution 25$/an Abonnement de soutien 25$/an Étudiant ou sans emploi: 13$/an A l'étranger (par avion), individuel: 23$/an À l'étranger (par avion), institutionnel: 30$/an Un numéro seulement: 4.75$ (incl frais de poste) Les articles de la revue VO sont inscrits dans le répertoire analytique de presse Points de repère.Dépôt légal à Ottawa et à la Bibliothèque nationale du Québec ISSN 0849-035X.Coumer de deuxième classe, enregistrement no 0220 Parution no 232, 1* septembre 1991 VO: 1212 rue Panel.Montréal (Québec), H2L 2Y7 Téléphone: (514) 523-5998 — Télécopieur: (514) 527-3403 S'INSCRIRE EN SEPTEMBRE SIMONNE MONET-CHARTRAND Êtes-vous à la retraite, ou à la pré-retraite9 Ni Michel ni moi ne le sommes Bénévoles, actifs dans des groupes de pression, des comités À l'urgence Heureusement, des groupes bien structurés existent pour regrouper des retrartés-es, leur rendre des services, défendre leurs droits, créer des loisirs, les aider à retourner aux études dans les Cégeps, pour faire de l'action communautaire, etc.Le Forum des citoyens âgés, la Fédération de l'Âge d'Or - cet âge est-il vraiment dore9 - la Coalition des Aînés, YAQDR.les autres groupes actifs; leurs journaux, Vie Nouvelle, le Bel Âge, etc.: tous ces moyens de communication, de rencontres, d'échanges d'opinions et de services sont utiles et excellents Ils sont nécessaires dans une démocratie de participation Joignez-les.Par contre, bien des gens âgés demeurent seuls, ignorés, pauvres, inconnus, malades et tristes après une vie de labeur La dislocation des familles, l'éloignement de ses membres en régions ou en pays éloignés isolent bien des gens âgés délaissés II existe des centres d'accueil luxueux, de tout confort, avec services médicaux, et organisations de loisirs C'est le privilège de.privilégiés Mais pour la maionte des personnes âgées, à revenus modestes, le vieillissement est souvent une épreuve.Les citoyens - hommes et femmes - qui ont contribue à bâtir la société par leur force de travail, leurs qualifications et leur sens du devoir, doivent, plus libres de leur temps, développer de nouveaux talents - talents si peu exprimés faute de temps et de moyens à l'époque des charges de famille et de travail S'inscrire en septembre à des cours, à des groupes, adhérer à des formes d'action civique communautaire, s'intéresser aux moins nantis, faire partie d'équipes de travail bénévoles selon ses possibilités et ses talents toutes ces démarches me paraissent essentielles, utiles et valorisantes pour les préretraités et retraités, hommes et femmes Par un idéal de service, un esprit fraternel, il importe de devenir plus solidaires, moins individualistes Les bonnes causes ne manquent pas Les bénéficiaires en attente non plus Voir, juger, agir La bonne vieille méthode de l'Action catholique ouvrière demeure la meilleure.Voir, |uger, agir. 01T0R1AL >v • L'INVASION DES AINES-ES: NOUVEAU PORTRAIT DE GROUPE DANIEL LECAULT LA RETRAITE est plus longue qu'avant.L'espérance de vie a augmenté, rendue maintenant à 74 ans.La retraite se fait à 65 ans, souvent à 60, parfois à 55.Les entreprises jouent la carte de la pré-retraite.Le chômage généralisé fait en sorte qu'à 50 ans, et même avant, le marché du travail est enlevé de sous nos pieds.Une personne retraitée n'est plus nécessairement une «personne âgée».Jamais auparavant la société n'a permis/obligé une période de non-productivité aussi longue pour l'individu.vit encore sous le seuil de la pauvreté, mais cette proportion est encore plus importante chez les personnes vivant seules, chez les femmes, et chez les personnes de plus de 75 ans.Le nouveau-né à Notre-Dame-de-Grâce a une espérance de vie de 77 ans; celui du sud-est ou du centre de Montréal en a une de 70 ans.L'environnement socio-économique, les conditions de vie et de travail, changent donc la retraite.VIVRE ENSEMBLE Les retraités-es sont moins homogènes qu'avant.Les moins de 65 ans, les 65 à 75, les 75 à 85, les plus de 85 ans.Autant de tranches d'âge, autant de caractéristiques.Il y a simultanément plusieurs générations de retraités-es.Chaque génération a été imprégnée de l'histoire sociale du pays, qui de la crise économique des années 30, qui de la deuxième guerre mondiale, qui du baby-boom américanisé et duplessiste des années 50, qui de la révolution tranquille.Les plus vieux ont des problèmes de santé plus importants.Les plus jeunes sont encore étonnés d'approcher de la vieillesse.11 y a autant de différences entre les 55 ans et les 75 ans qu'entre les 20 ans et les 40 ans.Pour les autres, les aînés-es sont comme les Chinois-es, ils se ressemblent tous! Mais chaque génération a ses cercles d'amitié et ses habitudes de vie.Les nouvelles générations, par exemple, ont connu les bouleversements sociaux des années 60, notamment une scolarité accrue et un boom des communications.Il v a aussi plusieurs classes économiques.Maigre une amélioration de la situation, près du quart des personnes igées Un logement adapté?Les ainés-es s'ennuient peut-être des villages et des familles qui les entouraient jusqu'à récemment.Maintenant, la retraite se vit plus dans un ghetto, souvent sombre et isolé.Mais un ghetto de groupe, de groupe de retraités-es.Les aînés-es doivent vivre ensemble, pour le meilleur et pour le pire, pour eux-elles comme pour la société.11 n'y a plus de solidarité inter-generations, il y a une solidarité intra-^enerations Ça ne va pas sans problèmes, mais ça ne va pas non plus sans faciliter une conscience de groupe chez les aînés-es.Et des revendications qui seront de plus en plus visibles.Il n'y a pas vraiment de personnes âgées; il y a des personnes vieillissantes.Dans l'«avance en âge», il n'y a rien de soudain, sinon la retraite.Hubert de Ravinel explique qu'il faut impliquer toute la population dans les initiatives de changements aux conditions de vie des ainés-es.«Toute initiative qui ne provoque pas à plus ou moins long terme une certaine implication du public, qui n'éveille pas en lui la conscience d'être un peu responsable et donc d'avoir quelque chose à faire, est une initiative vouée à l'échec.»1 Les générations sont toutes - or m o h- u o uj Œ ■ S ai CD ai D Il y a autant de différences entre les 55 ans et les 75 ans qu'entre les 20 ans et les 40 ans.Pour les autres, les aînés-es sont comme les Chinois-es, ils se ressemblent tous! vieillissantes, elles sont interdépendantes.Les conditions de retraite et de vieillissement sont un choix de société.La communication est importante.Les ponts entre générations aussi.Ceux qui côtoient les personnes âgées commencent à comprendre, depuis une dizaine d'années seulement, que ces personnes ne sont pas en-besoins-d'aide.Que cette image qu'on avait des personnes âgées les enfermait dans un berceau à barreaux, un berceau épouvantable.Le psychologue Camil Bouchard, par exemple, remarque que dans la relation que nous avons avec les personnes âgées, il manque réciprocité et égalité.LA PARALYSIE DES MYTHES Ce qui n'aide pas le respect, et qui explique les comportements cruels, c'est que dans l'image des personnes âgées, les préjugés sont énormes.Celui de la maladie inévitable, par exemple.Pourtant l'étude récente du ministère, intitulée La santé, comment ça va?, révèle que les problèmes de santé des ainés-es sont sensiblement les mêmes que ceux du reste de la population, et qu'aucun de ces problèmes, pour la majorité, ne constitue un handicap irrémédiable.Dans La Vieillesse, Simone de Beauvoir a brisé en éclats le mythe de la cessation de la vie sexuelle chez les aînés-es, hommes comme femmes.Il y a le préjugé, peut-être le plus important, du dépérissement général.Dans un article intéressant paru dans le no.6 de la revue Questions de culture de l'IQRC, Gilbert Leclerc et Jacques Proulx abordent - c'est trop rare dans notre civilisation - -les dynamis-mes positifs du vieillissement».Gérontologues, ils ont recensé des travaux méconnus, indiquant clairement que la capacité en en CE m o u o LU ce CD 5 ru n eu O > k /«* bonnes hbn Vieillir à domicile Juliette, Georges et les autres JULIETTE.GEORGES ET LES AyTRES VIEILLIR A DOMICILE Daphne Nahmiash Frédéric Lesemann SEDITIONS SAINT MARTIN p e lh re RM ' I Travers ^-i des personnages au-.M bc que fictifs, une expérience passionnante et passionnée d'organisation de services de soutien a domicile qui l'en déroulée entre W7 et 1988 dans un CLSC du centre-ville de Montréal.Intervenants, personnes âgées, mais ailles concerm en charge des pi dantes trouveront dans ce récit une source de reflexion et d'inspiration.1* pages, 18,95$ 4316.boul Saint Laurent, bureau 300 Montréal.Québec H2W 1Z3 — (514)8451695 Ceux qui côtoient les personnes âgées commencent à comprendre, depuis une dizaine d'années seulement, que ces personnes ne sont pas en-besoins-d'aide.d'adaptation sociale augmente avec l'engagement social et l'élargissement des expériences, et que l'isolement s'avère être le principal facteur de mésadaptation.Les recherches, par exemple, sur les habitants du Caucase mettent en évidence que les sociétés qui permettent aux personnes âgées de continuer à travailler physiquement et à jouer un rôle dans la collectivité sont celles qui favorisent le mieux leur épanouissement»2.L'émergence d'un pouvoir gris favorisera, en même temps qu'une conscience de groupe, plusd'autonomie, plusde responsabilité, et plus de prise sur les mythes paralysants de la vieillesse.Qui, mieux que les personnes âgées elles-mêmes, pourra faire d'un problème de société un atout de société.Une personne humaine reste une personne humaine, à tous les âges, avec son conditionnement social, et son potentiel de libération.,' Ù** 1.Hubert de RAVINEL, L'âgt démasque, Ed.de l'Homme, 1980, p.47.2.Idem, p.-il. ILLET LA SOCIETE PROGRAMMEE: DISCOURS DUNE IMPERMÉABLE MYRIAME EL YAMANI AU DÉBUT, il y avait le téléphone.On disait que cela faciliterait les communications.Et puis, l'image est entrée en force dans les foyers avec le petit écran.Maintenant, on a le télécopieur, le répondeur, les voix d'aéroport qui nous parlent lorsqu'on veut charger nos numéros de téléphone, l'ordinateur qui n'en finit pas de se perfectionner, les modems, etc.Ça pitonne dur dans nos sociétés, avec tous ces outils de soi-disant communication.On parle aux machines de plus en plus rapidement et de plus en plus efficacement.Mais où est-elle la communication?En théorie de la communication, il existe une belle métaphore pour expliquer les comportements des usagers.Il y a les imperméables et les éponges.En fait la majorité des gens se situent au milieu, à la fois attirés par tous ces machins qui leur donnent l'impression de participer au Progrès et apeurés devant ce nouveau langage qu'ils et elles doivent sans cesse apprendre.Mais apprendre pour quoi faire?Pour ne pas se sentir dépasser ou pour tenter de communiquer?Les imperméables s'insurgent contre cette intrusion grandissante des machines dans leur vie privée, les éponges nous vantent les mérites de cet attirail technologique, en nous faisant filer cheap, à chaque fois qu'on répond: non, je n'ai pas de fax, non, je connais pas ce nouveau programme, etc.Il me semble qu'il nous manque un point crucial dans cette société programmée jusqu'au bout des ongles et c'est peut-être justement la communication.Toutes ces technologies me font l'effet d'une spirale qui n'arrête pas de s'enrouler autour de mon cou, comme un gros boa, apathique, mais dont l'étreinte se resserre de plus en plus.Pourquoi ne pas chercher plutôt à se surpasser autrement qu'avec tous ces outils de pitonnage?PAS DE PITIÉ Normalement, c'est censé nous faire gagner du temps et nous rendre plus efficace, plus rentable.C'est oublier un peu vite le temps d'apprentissage et l'adaptation à ce nouveau champ de communication.Ces hackers, accrochés à leurs machines, ces technocrates du Progrès à n'importe quel prix, ces gestionnaires de la vie et des temps de loisirs, sont à mon avis les nouveaux faiseurs de bonheur ici-bas.Le plus grave, c'est leur manque d'humour et leur rigidité.Ou vous embarquez, et vous êtes bienvenus-es dans le nouveau Club, ou vous refusez de vous laisser dicter la répartition de votre travail et vous passez pour un ou une demeuré-e.PK3T0 SYNOCAT10N NTBVttTONU.carnée, peut-être la fin de la communication qui nous enrobe et nous assujettit à cette société programmée.Ce n'est plus des manières de faire et de savoir-faire qu'on nous propose, mais des manières de dire.Mais dire quoi?Qu'on n'a pas compris le code, qu'on aimerait décoder sans pitonner incessamment.Je suis sûre que des imperméables comme moi, il y en a des tonnes, mais j'aimerais bien les entendre, les regarder, les toucher, leur offrir une belle palabre autour d'un bon \crre, sans avoir cherché à chaque fois l'erreur.Savoir dire NON et l'assumer est toujours un choix difficile, mais je préfère ça aux discours euphorisants sur le Progrès en marche, car dans ce contexte, il me manque quelque chose d'essentiel: la communication qui permet d'instituer un lien social et culturel entre les sujets sociaux agissants et non pas seulement ré-agissant.À nous de la trouver, de l'inventa et de la valoriser, même si on se C'est donc une communication désin- sent de plus en plus envahi, jî %À en ■ z CD O ►— u o LU CE co o.LU CO CM CD CU O > BRIGITTE LEPAGE SI LA FAMILLE VOUS INTÉRESSE os œ Œ CD O H CJ o LU CE CD 5 a LU en ai n ai o > «Les jeunes disent oui aux enfants.Ils n 'en auront pas par nostalgie, par esprit nationaliste ou pour préserver les acquis matériels de la génération qui les précède.Ils vont accepter les responsabilités familiales si elles ne constituent pas une pénalité sociale ou économique.» Être jeune et parent.oui, mais., avis présenté au gouvernement du Québec par le Conseil permanent de la jeunesse, en septembre 1990 JEAN ROBITAILLE PHOTOS DE B LEPAGE RENÉ 8EAUUEU V u LORSQUE j'ai déménagé l'an dernier à l'ombre du pont Jacques-Cartier, la voisine du rez-de-chaussée m'annonça fièrement que le quartier était à l'abri des enfants! Grâce à un subtil processus de sélection des locataires, tout le pâté de maisons est effectivement immunisé contre la présence de ces indésirables.«Pis si y'en a qui s'avisent de passer dans la ruelle, on leur crie de retourner chez eux», concluait fièrement ma voisine en chouchoutant son chien.Brigitte Lepage a décidé d'abandonner le charme des petites rues de Québec pour des raisons semblables.J'ai été un peu étonné de voir toute cette marmaille qui s'animait librement dans les rues, les cours et les parcs de Charny.C'est là que j'ai rencontré Brigitte Lepage, avec sa fille Jérémie.Elles habitent dans cette banlieue de Québec depuis quelques mois.Cette ville-dortoir, comme bien d'autres qu'on dit sans âme, prend pourtant ici l'allure d'un oasis de liberté pour enfants et parents écoeurés de «l'hypocrisie de notre société, qui fait de l'augmentation de la population une priorité, en paroles et en statistiques, alors qu'en réalité, elle fait peu de place à l'enfant et à ses parents- [f'tre jeune et parait.oui.mais.) Au resto ou dans les magasins (avez-vous déjà demandé à une employée d'une pharmacie Jean Coutu si votre fille de trois ans pouvait aller faire pipi?.), au musée ou dans les bibliothèques, on ne se gène pas pour vous faire sentir que votre enfant dérange.Quant au monde du tra- «Je trouve effrayant qu'on empêche les jeunes de rêver en leur offrant juste des avenues bloquées.» vail, tout semble organisé pour des adultes qui n'ont pas d'enfants.HUMANISER LE MONDE DU TRAVAIL ■ Faut arrêter de tout faire encaisser aux parents-, soutient Brigitte Lepage.Enceinte d'un deuxième enfant et rêvant d'en avoir d'autres, elle est consciente des limites que cela pose à ses projets de carrière professionnelle.Elle défend que ça ne coûterait pas très cher d'humaniser le monde du travail pour permettre aux parents de concilier plus harmonieusement famille et travail.Meilleurs congés parentaux, garderies en milieu scolaire et en milieu de travail, congés de maladies quand les enfants sont malades, systèmes d'évaluation du rendement des employes-es et de leur rémunération qui tiennent compte du nombre d'enfants, restriction maximale du temps supplémentaire, voilà toute une série de mesures concrètes qui change l'allure d'une société.On ne saurait qualifier Brigitte Lepage d'extrémiste ou de radicale.Mais elle développe ses idées avec conviction.Elle rêve que les choses changent et propose des moyens concrets pour y arriver sans déroger à ses idéaux.Brigitte Lepage n'a pourtant pas suivi le parcours traditionnel des jeunes militantes.Elle n'est pas issue du mouvement étudiant, n'a pas ete formée par les organisations politiques.Elle n'a pas même pateaugé dans les groupes féministes.Elle travaillait au Service des loisirs de la ville de Longueuil lorsqu'elle s'est retrouvée impliquée dans l'aventure du Conseil permanent de la jeunesse, dont elle deviendra la première présidente en 1988, avec la responsabilité de conseiller le Premier ministre sur les politiques touchant la jeunesse.Dès le début de son mandat, elle s'enflamme pour la cause des jeunes parents.Pragmatique jusqu'au bout des ongles, elle n'en est pas moins passionnée.1 ai été invitée à prononcer une conférence en mai 88 dans un colloque sur les politiques familiales.On parlait alors beaucoup du problème de la dénatalité.«Les famés ne veulent pas d enfants.Ce sont des égoïstes qui préfèrent tripper sur leur four micro-ondes plutôt que sur la vie de famille: faudrait leur donner plus d'argent pour en -■ ce co o *— u o LU ce CD 5 ai n ai o > ETRE JEUNE ET PARENT • • • (J.R ) Le tandem famille/travail se porte mal.L'avis présenté par le Conseil permanent de la jeunesse en septembre 1990, intitulé «Être jeune et parent.oui, mais.», en témoigne de manière éloquente.Les données qui suivent, extraites de ce document, nous dressent un portrait éclairant de la situation: ■ 72% dans l'extrême pauvreté Précarité de l'emploi et revenus minimes limitent les projets de familles nombreuses.Ces dix dernières années, et particulièrement après la crise de 1981-1982, 50% des nouveaux emplois créés furent des emplois précaires.La proportion de familles à faible revenu a doublé entre 1979 et 1986 chez les parents âgés entre 25 et 35 ans.L'appauvrissement est encore plus notable chez les familles monoparentales dirigées par une femme.Mentionnons qu'en 1986, le revenu moyen des familles canadiennes dont la mère avait moins de 25 ans s'élevait à 7 879$ seulement, et que 72,5% de ces familles se trouvaient dans une situation d'extrême pauvreté) ■ Prises au piège «On attend d'avoir une job pour avoir un enfant, puis on ne peut quitter la job pour faire un enfant», soutiennent plusieurs femmes.Les jeunes qui travaillent à l'extérieur du foyer sont confrontés à une organisation sociale et à un milieu de travail conçus pour des personnes sans responsabilité familiale ou qui supposent qu'il y a nécessairement un parent à la maison pour s'occuper des enfants.Cela explique en partie pourquoi les jeunes travailleuses ont tendance à retarder la naissance de leur premier enfant et ce, pour ne pas compromettre leur insertion professionnelle.C'est un choix que plusieurs participantes au forum Être jeune et parent trouvent difficile.Elles se sentent souvent prises au piège de devoir reporter plus encore une maternité déjà tardive, ne voulant plus, ou surtout, ne pouvant plus quitter temporairement leur emploi.■ 2/3 du salaire des hommes L'inéquité salariale entre les hommes et les femmes influence le partage des responsabilités parentales.Lorsqu'il s'agit de décider qui des deux conjoints s'occupera de l'enfant durant un certain temps, c'est le plus souvent la mère qui devra laisser son emploi.En fait, considérant qu'en 1989 le salaire moyen des femmes au Canada équivalait aux deux-tiers de celui des hommes, on comprend aisément que, pour ne pas affaiblir le revenu familial, ce soit surtout les mères qui restent à la maison pour assumer les charges familiales.■ Garderies recherchées Les services de garde sont encore bien en deçà des besoins.On évalue que la demande pour des services de garde est supérieure au nombre de places disponibles dans une proportion de 291%! ■ Dettes étudiantes Pour plusieurs jeunes, l'endettement étudiant constitue un obstacle à la parentalité.À la fin d'un bac, il faut en moyenne rembourser plus de 10 000$.■ Mauvaise volonté patronale On reproche généralement aux employeurs un manque de compréhension et une mauvaise volonté face aux contraintes reliées aux responsabilités parentales, notamment en ce qui concerne les horaires de travail, la disponibilité pour le temps supplémentaire, les congés lorsque les enfants sont malades, sans oublier la quasi-Inexistence des garderies en milieu de travail.Selon l'une faire un troisième", disait-on sans plus de nuances.J'étais complètement scandalisée.» Brigitte Lepage précise d'ailleurs que près des trois quarts des enfants naissent de mères de moins de 30 ans, soit beaucoup plus qu'au début des années 50 alors que la proportion des naissances attribuables aux femmes de 15 à 29 ans était de 56%.Proportionnellement, ce ne sont donc pas les jeunes femmes qui font moins d'enfants.«À la suite de ce colloque, j'ai décidé de lancer le dossier jeunes et parents.Il était temps de cesser de culpabiliser les jeunes.Il fallait les écouter, connaître leurs désirs et leurs frustrations, découvrir les embûches.Voilà pourquoi on a organisé le des participantes au forum, la maternité est moins bien acceptée que la maladie: «Dans mon bureau, ils ne comprennent pas qu'une femme, pendant les quatre mois de son congé de maternité, refuse de mettre les pieds au bureau.» On souhaiterait que les entreprises des secteurs public et privé prennent leurs responsabilités en créant des garderies adaptées aux réalités familiales de leur personnel.Mais on part de loin.Il existait, au 31 mars 1989, 118 garderies en milieu de travail, ce qui ne représente que 15% de l'ensemble des garderies.Seulement onze d'entre elles sont implantées dans le secteur privé, soit 1% du total.■ Inertie syndicale L'inertie syndicale est aussi critiquée par les participants-es au forum.On croit que les syndicats pourraient faire de l'adaptation des conditions de travail aux exigences de la parentalité leur cheval de bataille pour les prochaines années.Mais, de l'avis de la grande majorité, ces derniers sont peu préoccupés par cette question, peut-être parce qu'ils comptent très peu de jeunes dans leurs rangs.Selon les jeunes, les syndicats seraient davantage préoccupés par les questions inhérentes au régime de retraite.forum Être jeune et parent en octobre 89.» L'exercice a été fructueux.Il a permis de constater que la majorité des jeunes ont moins d'enfants qu'ils souhaitent en avoir.Et que les obstacles sociaux et économiques sont difficiles à franchir.L'article ci-contre en fait état.ENCORE LE PLEIN EMPLOI! Brigitte Lepage constate avec une certaine amertume que le désir d'être parent s'inscrit à contre-courant des valeurs collectives d'une société qui est axée sur l'individualisme, la rentabilité, la consommation et la performance.Le monde occidental s'accommode mal de la présence des enfants.••Comment veux-tu penser avoir des enfants quand tu es toujours à contrat, dans des jobbina i S piastres de l'heure ou que tu te retrouves la plupart du temps en chômage?Bien sûr, à la base, la décision d'avoir des enfants est une question de valeurs.Mais, la société doit soutenir ce désir par une politique familiale intéressante.Aujourd'hui, au Québec, c'est clair que la première politique familiale doit être une politique de plein emploi », clame Brigitte Lepage.RÊVES CONFISQUÉS «Je trouve effrayant qu'on empêche les jeunes de rêver en leur offrant juste des avenues bloquées.Quels discours nos leaders ont-ils à nous proposer?Déficits, coupures,.partout, toujours des coupures! C'est toujours trop cher!» L'ex-présidente du Conseil permanent de la jeunesse s'inquiète aussi tout particulièrement du sort réservé à la génération de jeunes qui a été frappée de plein fouet par la crise économique de 1982.Qualifiée à l'époque de génération sacrifiée, Brigitte Lepage constate qu'une bonne partie de ces jeunes n'a pas réussi à s'en relever «Trop de jeunes sont désabusés de la politique et n'ont plus aucune confiance en l'État.- £5 ce m o h- u a m 5 o > ti\% TROISIÈME PARTIE: LES ANNÉES 70 L'UTOPIE ET L'INSTITUTION PIERRE VALLIERES LE MOT D'ORDRE DE VIE OUVRIÈRE EN 1970 EST CLAIR, BREF ET SANS ÉQUIVOQUE: «PRÉPARER LA RÉVOLUTION».TELLE EST, EN EFFET, LA TÂCHE PRINCIPALE QUE SE DONNE LA REVUE DANS SON ÉDITORIAL DE MARS 19701.Pour les chrétiens et les chrétiennes qui forment équipe autour de la revue, la foi en l'Évangile de Jésus-Christ ne peut plus désormais s'accommoder du capitalisme, de son mode de production et de ses structures sociales.Ce système est perçu comme conflictuel avec le projet de libération proposé par l'Évangile et absolument irréconciliable avec un agir authentiquement chrétien.Il ne peut y avoir de «capitalisme chrétien».UN PARTI PRIS CHRÉTIEN Comme le laissait échapper un document PHOTO P TAIU£FTR - CANAPHESS LE MAGAZINE en m DE VIE OUVRIERE rations (particulières et diverses) qui fait la LIBÉRATION.»3 DANS UN MOUVEMENT MONDIAL Dans plusieurs pays naissent simultanément des groupes qui se font connaître sous le nom de «Chrétiens pour le socialisme».Au Québec, c'est un groupe apparenté à ce réseau international qui choisit de se nommer «Les Politisés chrétiens».'* Ce réseau soutenu activement par Vie ouvrière s'alimente à la fois au socialisme (comme mouvement historique, idéologie, projet de société et utopie) et à la théologie de la libération née dans le contexte international de diverses formes d'oppressions sociales, raciales, nationa- les, sexistes, etc.Par «théologie de la libération», il faut entendre également, comme le dit la grande théologienne allemande Dorothée Sôlle, «un mouvement mondial, porté par différents groupes de chrétiens qui ne sont pas prêts à utiliser la théologie pour justifier l'injustice.Ces nouvelles théologies de l'exode ont pour thème propre les sorties des égyptes respectives de l'oppression (sorties des autochtones, des femmes, des colonisés, des travailleurs, des personnes homosexuelles, etc.).»s QUESTIONS D'IDENTITÉ On ne saurait mieux définir le projet politique de Vie ouvrière dans les années 70.«Socialiste parce que chrétien», le * Comme le laissait échapper un document de réflexion préparé à l'époque pour les o évêques du Québec, et intitulé Une société •" à refaire, la rupture avec le capitalisme (et non seulement avec «ses excès») apparaissait soudain comme la condition sine E qua non du parti-pris chrétien pour les m opprimés-es d'ici et d'ailleurs.w Ce que la revue choisit donc de véhiculer, a à partir de 1970, «c'est que la foi, hors des situations concrètes, ne peut qu'endormir l'homme et devenir une drogue à côté * et sur le même pied que les autres.La foi oj sera un risque ou elle ne sera pas.»2 D'autre n part, «notre foi en la révolution, nous ne l'avons pas mise dans des tactiques (de prise du pouvoir).mais dans des personnes.(Ces personnes), nous ne les voulons ° pas d'une seule catégorie, ni même d'un seul pays.C'est l'accumulation des libé- (/> OJ > Page 12: 1972, le front commun CSN-FTO-CEQ.Ci-contre: 1974, l'époque de Ginette et du Phoque en Alaska.Ci-bas: 1976, l'élection du 15 novembre.PHOTO 0 KfcHtH collectif qui anime la revue se situe au carrefour de l'utopie et de l'institution, avec laquelle d'ailleurs il ne se croit pas obligé de rompre.Lors du Colloque des militants chrétiens m milieu ouvrier, initie par Vie ouvrière, à l'automne 1974, on en vint ainsi à la conclusion que «sans rompre avec l'Église majoritaire, (mais) sans dépenser inutilement des énergies à sa transformation, nous mettons notre espérance dans la croissance et la consolidation de ces regroupements de chrétiens engagés dans le mouvement ouvrier.»' Un an plus tôt, l'éditorial de Prêtres et laïcs posait crûment la question: peut-on être à la fois marxiste et chrétien?Et répondait par l'affirmative, en soulignant que -la lutte des classes est une réalité» et que, par conséquent, on ne peut rester en dehors de cette lutte lorsqu'on se solidarise activement avec les exploités-es.L'éditorial concluait en ces termes: -L'aiguillon du marxisme est en train d'opérer chez bon nombre de chrétiens une conversion évangélique.-8 On le voit.Vie ouvrière avait définitivement rompu avec la problématique de la simple modernisation de la -pastorale ouvrière-, encore en vogue à la fin des années 60.Le «réalisme apostolique»Q avait cédé la place à l'urgence révolutionnaire, à la nécessité de bâtir, entre autres, l'autonomie organisationnelle et idéologique des travailleurs».10 Cette -conversion-, la revue commença à la vivre bien avant de se nommer officiellement Vie ouvrière.Alors qu'elle portait encore le nom de frétres et hues, elle publia une série de dossiers qui tous insistaient sur l'urgence de changer la société.ou plutôt de changer de société.Les titres en sont significatifs.En voici quelques-uns, publiés entre 1970et 1973: Libération préparer la rewlution; I 'acuTOH libératrice; La violence des forts et celle tics faibles; Pour un front commun dans la lutte contre la pauvreté; \ssistunce sociale versus Solidarité ouvrière; Pour vaincre les inégalités sociales: Marxiste et chrétien1 AVEC TOUTES LES FORCES DE GAUCHE Dossiers \'ic ouvrière prend la relève de Prêtres et laïcs en janvier 1^4 Pour indi- quer la continuité de la publication, la première parution de Dossiers Vie oimière porte le numéro 81.Au sommaire de ce numéro qui porte sur les militants-es, il faut noter un texte de Reina Comte sur la présence des femmes dans la lutte ouvrière et un long entretien avec Michel Chartrand intitulé: Un militant québécois, ça ressemble au peuple québécois11.Jusqu'au référendum de 1980 sur la souveraineté éventuelle du Québec, les Dossiers Vie ouvrière ne cesseront d'approfondir les contours du projet progressiste québécois.L'équipe des collaborateurs et collaboratrices de la revue, profondément marquée par la Crise d'octobre 70, l'émergence du Front commun inter-svndical, le mouvement de grève générale de 1972, la montée du féminisme, le réveil autochtone et, finalement, en 1976, l'accession au pouvoir du Parti Québécois, mènera sa réflexion et son action en solidarité étroite avec toutes les forces de gauche du Québec, y compris les plus radicales d'entre elles.En avril 1976, la revue consacrera d'ailleurs un important dossier aux groupes marxistes du Québec12.Dans ce dossier, à souligner les signatures remarquées de Louis Fournier, alors journaliste au quotidien indépendantiste Le lour.et Gerald Larose, l'actuel président de la CSN qui, en 1976, était membre du réseau des Politises chrétiens.Dans son article, Gerald Larose affirmait que les Politises chrétiens étaient lies aux pratiques -des groupes qui se sont approprie le marxisme, le léninisme et la pensée de Mao Tsé Toung» pour désaliéner la classe ouvrière d'une fausse conscience chrétienne qui occulte -les rapports sociaux d'exploitation et d'oppression» et ren- 0C m o ►— o o LU ce CD 5 LU CM en CM O > Ti\ «Notre foi en la révolution, nous ne l'avons pas mise dans des tactiques (de prise du pouvoir).mais dans des personnes.(Ces personnes), nous ne les voulons pas d'une seule catégorie, ni même d'un seul pays.C'est l'accumulation des libérations (particulières et diverses) qui fait la LIBÉRATION.» en en OC CD O t- u o B CD 5 eu n eu o > voyer les exploités-es -à leur capacité immensément renouvelée de changer la face de la terre.' ' Dans la même ligne de pensée, on peut souligner les dossiers suivants: Des chrétiens parlent du Front commun (mai 1976); Les chrétiens et le projet socialiste (décembre 1977,; L'Église qui naît de la classe ouvrière (juin-juillet 1979).Dans le numéro 120, on doit noter deux textes marquants: L'Église dans un Québec en mutation de feu Karl Lévesque et Christianisme et marxisme, faux problèmes et \raies questions de Guy Ménard14.Le dossier le plus significatif de la période est sans doute celui de janvier 1975 (n" 91) entièrement consacré au Colloque des militants chrétiens en monde ouvrier qui se tint à Cap-Rouge, du 22 au 24 novembre 1974.Ce colloque fut comparé au Rapport Dumontdu monde ouvrier1''.En conclusion des actes du colloque, Vie ouvrière écrit que «pour les travailleurs militants chrétiens, l'ennemi numéro un des travailleurs est le capitalisme» et que pour combattre cet ennemi il faut assurer un leadership efficace.«De qui peut venir ce leadership?On ne peut compter sur les Églises locales ou sur l'Église nationale (qui n'ont pas) une conscience ouvrière.Il reste des travailleurs chrétiens regroupés dans le MTC, la JOC, le réseau des Politisés chrétiens, le CPMO et Dossiers Vie ouvrière.»16 DES LUTTES CONTINUES Vie ouvrière abordera deux sujets centraux qui aujourd'hui demeurent de la plus chaude actualité: la question autochtone17 et la question nationale1".Dans le dossier autochtone, Rémi Savard écrit notamment, onze ans avant la Crise d'Oka: «11 faut dire clairement que le gouvernement québécois actuel, dans le dossier autochtone, ne déroge pas d'un iota de la pratique génocide appliquée par le gouvernement canadien depuis toujours, et dont le peuple québécois lui-même a souvent été l'objet.»}q Un an plus tard, ce serait le référendum.Vie ouvrière donna en janvier 1980 son appui au OUI, mais «un OUI à un projet de société», non au nationalisme d'un parti.«Dans le cas de la victoire du OUI, espère Vie ouvrière, le mouvement pourra pousser plus loin son projet de société d'un Québec indépendant et socialiste.»20 À l'euphorie des années 60 et 70 allait bientôt succéder l'ère d'un désenchantement.^Tj 1.Préparera révdhltian, éditorial t\e Prêtres et Uiit s.signé Paul-Émile Charland, mars 1970.2.Gabriel Clément, .Vingt ans de fidélité au monde ouvrier».Prêtres et laies, janv.1971, p.13.I I tre la révolution ou faire la révolution?», Prêtres et laies, déc.1970.4.Gregory Baum a publié une très intéressante étude sur le réseau des Politisés chrétiens dans Church in Qjtebec, Novalis, 1991.5.Citation de Dorothée Solle tirée de Libération et religion, INODEP, document de travail n° 6, Paris, 1981.6.«Les chrétiens et le monde ouvrier», Dossiers Vieomriêre, n°91, janvier 197S, p.56.7.«Marxiste et chrétien?», Prêtres et laïcs, nov.1973.8.Idem.9.Prêtre .lu/diWJiui, janv.1959.10.Yves Vaillancourt, «Le marxisme comme instrument d'analyse et d'action», Prêtres et hues, novembre 1973, p.538.11.«Ces militants, qui sont-ils?», Dossiers Vie ouvrière, n"81, janv.1974.12.«Les groupes marxistes au Québec», Dossiers Vie owrière, n" 104, avril 1976.13.Idem, pp.231-232.14.«Les chrétiens et le projet socialiste», Dossiers Vie ouvrière, n° 120, déc.1977, pp.599-615.15.«Les chrétiens et le monde ouvrier».Dossiers fie ouvrière, n"91, janv.1975.16.Idem, pp.58-59.17.«Les nations autochtones parmi nous», Dos-sien Vie owrière, n" 134, avril 1979.18.«Question nationale et réalité ouvrière», Dossier.VU-ouvrière, n" 141, janv.1980.19.Dossier.Vu ■ouvrit K, n" 134, p.230.20.Iknsurs IV ouvrière, n" 141, p.9. Le lieu de rencontre des gens d'action .centre st • pierre Un centre de formation au service des groupes 1212, rue Panet , Montréal, H2L 2Y7 (514) 524-3561 Ne manquez pas dans le prochain numéro.Novembre-décembre 1991 LE MAGAZINE DEVIE 0U«RE DOSSIER: Des droits inaccessibles: ^ Les Québécois hors-la-loi ENTREVUE: x Louis Fournier % Le syndicalisme inc.MAINTENANT DISPONIBLES VIDEOCASSETTES FWFP PROGRAMME DES FEMMES FEDERAL WOMENSFILM PROGRAM Deux films destinés à aider les aînées à mieux vivre ! LES POUVOIRS DE L'AGE Est-il possible de demeurer actives, autonomes et heureuses jusqu'à la fin de sa vie?OUI! REALISATION : LIETTE AUBIN (28 MIN 44 S) QUELLE PILl LE ! Pourquoi cette ruée du troisième âge vers la ç santé artificielle?Et au profit de qui?t.REALISATION : SYLVIE VAN BRABANT (28 MIN 53 S) Prix : 26,95 S par vidéocassette (taxes et frais de manutention en sus).Tél.: 1-800-363-0328 Location : 2 S par jour par vidéocassette (taxes en sus).Tél.: (514) 283-4824 Deui productions de I Office national du film du Canada dans le cadre du Programme fédéral des femmes.Ci Am souv titres (odes pouf les molenlendonts Si I Un décodeur est requrs 9 Otiice National national du tlim Film Board du Canada ot Canada rx CD o I— c_> o LU Qt m S CM CO OJ D > Q T0UB °" OUÉBEC en en ce CD O h-(J O Œ CD 5 C\J m ru O > DANS L'OUTAOUAIS, TOUT PARTICULIÈREMENT DANS HULL ET SA RÉGION IMMÉDIATE, LES CENS RECONNAISSENT FACILEMENT Qu'lLS ÉCHAPPENT MOINS QUE D'AUTRES AUX «ATTENTIONS» DE NOS DEUX GOUVERNEMENTS.S'iL EST UNE CHOSE QUE CETTE SITUATION LEUR A INCULQUÉE, C'EST BIEN DE GARDER L'ŒIL OUVERT.Et il n'en est pas de meilleure preuve que cette action en justice entreprise contre la Sûreté du Québec à la suite des agissements de celle-ci à l'égard de groupes et de gens engagés dans des actions légales, légitimes et tout ce qu'il y a de plus démocratiques.Le 2 septembre 1987, le journal Le Droit rapporte dans un article que la Sûreté du Québec se serait servie d'un informateur pour surveiller divers organismes de la région et recueillir des informations sur ces derniers.À des occasions comme les audiences publiques de la Commission populaire itinérante sur la pauvreté et le désengagement de l'État en février 87, la Marche pour la paix en octobre 84, la rencontre publique du groupe Logemen'Occupe sur le zonage dans le centre-ville de Hull en 87, etc.Cet informateur, Réjean Boutin, une personne souffrant d'un handicap physique dû à une paralysie cérébrale, confesse avoir reçu, pendant six ans, des sommes d'argent pour les informations fournies à Jacques Wells, membre du service de renseignement de la SQ.Il dit avoir été inconscient du tort ainsi causé aux organismes, ayant fait ceci pour arrondir ses fins de mois d'assisté social, et reconnaît «changer de camp» pour conscientiser les organismes sur le travail des informateurs et les aider à ne plus tomber dans le panneau.DEMOCRATIE EN OUTAOUAIS: L'ŒIL OUVERT JEAN FOREST REACTION ET.INACTION Tout de suite après ces révélations, la Coalition populaire régionale de l'Outaouais, appuyée par la Ligue des droits et libertés et la députée Louise Harel, s'est adressée aux députés locaux pour obtenir des explications.La réponse est venue six mois plus tard du Solliciteur général sous forme d'un avis comme quoi les autorités concernées avaient été avisées.Il fallait aller plus loin devant une telle inaction face à une atteinte aux droits fondamentaux en démocratie.Les groupes suivants, ainsi que six individus, ont donc intenté une poursuite contre la SQ en août 89: la Table ronde des OVEP de l'Outaouais, VADDS de Hull, Logemen' Occupe, le MAC de l'Outaouais, le Conseil central (CSN) et le Syndicat des enseignants (CEQ) de la région.Troisième épisode de cette action: la création d'un fonds d'aide juridique, le 21 mai dernier.S'il n'est pas besoin de démontrer longtemps la nécessité d'une telle levée de fonds pour soutenir une action en justice, il importe peut-être de rappeler qu'elle permet à des groupes et à des individus de défendre leurs droits de base en démocratie.Des droits jamais véritablement acquis, comme on l'a vu en 70 et comme on risque de le constater une fois de plus, hélas, dans l'Outaouais.Une contribution, si minime soit-elle, à ce fonds constitue une contribution concrète à la vie démocratique au Québec.Si l'oeil doit rester ouvert, la main doit l'être aussi quand la nécessité est aussi fondamentale que dans ce cas-ci.J/T, La Ligue des droits et libertés a/s Fonds juridique Outaouais 1825, rue de Champlain Montréal (Québec) H2L 2S9. tffc QUÉBEC EN COULEURS PHOTO PCnRE VïAU SALADE QUEBECOISE À SAVEUR ET SUEUR MEXICAINES PIERRE VIAU UN MEXICAIN basané est allongé sur le sol".Paroles sur un air connu qu'on ravale, la gorge serrée, en parcourant la région rurale au sud de Châteauguay.De mai à octobre, chaque année, 500 Mexicains travaillent la terre des fermes maraîchères de Saint-Isidore, Saint-Urbain, Saint-Rémi, Saint-Michel, Sainte-Clotilde, Sherrington.1 000 mains plus souvent en contact avec la terre qu'avec des mains québécoises.PAS DE LÉGUMES FRAIS SANS EUX À partir d'une entente avec l'UPA et les gouvernements canadien et mexicain, ce dernier choisit ces travailleurs dans des régions pauvres et rurales du Mexique.Il faut être un homme marié et avoir au moins un enfant.Logés dans des maisonnettes ou des roulottes, payés au salaire minimum, ces travailleurs saisonniers auront trime dur avant d'aller retrouver leur famille au Mexique: 10 ou 12 heures par jour, 6 jours par semaine.Ils auront produit 40% des légumes frais qui arrivent sur les tables québécoises: laitue, tomate, céleri, brocoli, piment, chou-fleur.UN DIMANCHE À SAINT-RÉMI Que faire le dimanche après une si longue semaine de travail?Aller à Montréal?Il n v a pas de transport public.On fait la lessive.On nettoie les chambres.On va à la messe.Le 9 juin dernier, dans la vieille église de Saint-Rémi, 300 travailleurs mexicains et une centaine de Québécoises et Québécois ont répondu à l'invitation d'un petit groupe de chrétiennes et chrétiens: messe en espagnol, café, jus, biscuit.Instant d'intenses émotions quand ces 300 hommes évoquent l'absence de leur épouse et enfants et chantent d'une voix com'aincue et langoureuse -Marie, la Guadalupana».L'une ou l'autre prière formulée par des Québécois avait un certain relent paternaliste et cachait des intérêts.économiques.-Prions pour nos frères mexicains, qu'ils aient une bonne santé, pas d'accident de travail grave, une bonne température».Il manquait la conclusion: -Pour que nous ayons une bonne récolte! » En en faisant la remarque à une organisatrice de cette rencontre, la réponse fut limpide, courageuse et stimulante: «au niveau de la conscience sociale, on est encore à la maternelle.Le CEGEP, ça viendra.Nous sommes un groupe de huit personnes.Ensemble, on a moins peur de nos questions.On commence à se rompre à l'analyse sociale».Bravo, madame et bonne chance à votre groupe.En fin d'après-midi, les Mexicains retournent chez les exploitants des fermes maraîchères de la région.Demain matin, une autre semaine de 70 heures de travail commence.Viendront se joindre à eux des centaines d'autres, Haïtiens, Vietnamiens, Cambodgiens, Polonais, l atinos, sélectionnés au métro Longueuil à 6:00 heures du matin, chaque jour.En savourant notre délicieuse salade, on n'oubliera pas le zeste de ces milliers de mains! JT, en en oc co o ►— u o LU CE CD LU eu eu o > Iv 11 >E ,e tt iu 11 \t ,U 1B * CD 01 cr m o I-u o UJ oc m SEXUALISATION DES RÔLES EN GARDERIE: UNE MÊME SOCIÉTÉ Les garderies sont-elles sexistes?Y a-t-il une sexualisation des COMPORTEMENTS, DES SERVICES, DES JEUX?La QUESTION SEMBLE TOUJOURS SURPRENDRE ET EST SUIVIE D'UN SILENCE EN POINTS D'iNTERROGA-TION, COMME SI L'ON N'AVAIT PAS LE TEMPS d'y PENSER.ABDELHAMID GMATI m ru o > POUR Manon Champagne du Regroupement des garderies du Montréal métropolitain, qui compte 79 garderies à but non lucratif, recevant chacune environ 60 enfants: «On permet à chacun de s'exprimer.Il n'y a pas de jeux réservés et on essaie d'amener la petite fille à être plus dynamique, plus active".Même langage de la part de Carole Barbeau, de la garderie Idéfixe, qui accueille des enfants des quartiers du Centre-Sud: «Les jeux sont destinés à tous et nous avons autant de poupées que de camions».Céline Brunet, coordonnatrice à la garderie Évangéline, qui oeuvre depuis 15 ans en milieu de travail, auprès d'une trentaine d'enfants, souligne qu'«il n'existe pas de groupes séparés» et que «l'apprentissage se fait simultanément, selon un programme enrichi TEENAGE MUTANT NINJA TURTLES Les comportements ne muent pas rapidement.Les garderies prennent le sexisme en compte et elles essaient de combattre ses effets pernicieux, en même temps que ceux des influences extérieures.Vivant en situation dans le milieu familial et en société, l'enfant subit des influences multiples, par les parents, les revues, les livres, la télévision; et il vit avec la mode.Ces derniers temps, l'avant-scène était occupée par les tortues Ninja.Les éducateurs et éducatrices en garderies ne pouvaient que suivre le courant.et réagir.Si l'on reconnaît que ces jeux stimulent l'imagination de l'enfant, on se méfie cependant de la forte dose de violence qu'ils suscitent.D'où les interventions auprès des parents pour refréner les achats de gadgets et autres habits reliés à ces tortues.C'est cette méthode de contrôle, de rectification, de rééquilibrage qu'adoptent les garderies dans leur lutte contre le sexisme.On parvient ainsi tant bien que mal à atténuer les effets des messages sexistes.«C'est assez facile d'intervenir à cet âge, les bambins étant très réceptifs», constate Céline Brunet, confortée dans son jugement par Carole Barbeau et Manon Champagne. L'ATTITUDE DU PARENT L'action devient plus délicate lorsque les situations découlent directement d'un comportement parental.Ainsi cette petite fille, que sa mère habillait toujours en • petite fille», ce qui la gênait dans certains jeux physiques.Ou ce père qui piquait une colère lorsqu'il constatait qu'on avait mis un pantalon rose à son petit garçon.Une étude faite en 1983 et mentionnée par Petit à Petit 'fait état de cette mère qui n'aimait pas que l'on apprenne à sa fille «à se battre quand elle est attaquée».Il est difficile d'empêcher les stéréotypes et les comportements des parents de déteindre sur les enfants.Tout au plus peut-on en atténuer les effets en agissant aussi auprès des parents.À condition que ceux-ci s'impliquent un peu plus dans l'éducation de leurs enfants.Ce qui n'est pas évident.Selon Carole Barbeau, plus l'enfant est petit, plus son-ses parent-s s'inté-resse-nt à lui.Et qu'en est-il de la garderie?Aux deux réunions annuelles de la garderie hlcfixe, seuls 3 parents sur 12 ont été présents.Cette proportion augmente sensiblement avec le nombre d'années de fréquentation de la même garderie: les parents s'impliquent plus du fait qu'un sentiment d'appartenance semble se développer.Ce comportement est partagé, indépendamment de son origine ou de sa condition sociale.Autrement dit, un parent d'un groupe ethnique réagit de la même manière qu'un autre Québécois; la fortune et même le niveau intellectuel ne semblent pas avoir d'incidence notable.En l'absence d'études et de recherches poussées sur la question, on s'en tient aux constats des témoins, même fragmentaires.LE RESPECT DES DIFFERENCES En fait, peu de recherche* et d'études spécifiques ont été effectuées.Les intervenant*-** n'éprouveraient pas de gros problèmes i ce sujet.Gilles Émond, conseiller à l'Office des eervicee de garde à l'enfance (OSGE), l'affirme mais il ajoute que la question est toujours prise en compte, notamment au niveau de l'enseignement et de la formation, les étudiant*-** étant constamment invités-es et initiés-as i éviter le sexisme auprès des bambins-es.L'OSGE, organisme gouvernemental relevant de la ministre déléguée i la Condition féminine, supervise les quelques 840 garderies du Québec.Son rôle est de décerner les permis, de superviser les programmes veillant au développement de l'enfant et de surveiller la qualité des services.Ce qui veut dire que chaque garderie établit son propre programme et en est responsable.L'autonomie des garderies en ce qui concerne les programmes éducatifs et la pédagogie n'empêche pas une certaine convergence dans les objectifs.Celles que nous avons contactées à Montréal affirment s'attacher i véhiculer, dans leurs activités, des valeurs de respect des différences sans tomber dans le sexisme.LA MONITRICE EST UN MODÈLE Mais qu'en est-il du comportement -conscient ou inconscient - des éducateurs et des éducatrices avec les enfants selon leur sexe?Quelles sont les attitudes des enfants?Une étude publiée en 1985 par Petit ii Petit montre que «les éducateurs et les éducatrices ont un style d'interaction différent selon qu'ils ont affaire à des filles ou à des garçons».L'auteur de l'article, Dany Plante, conclut ainsi: «Il est évident que les adultes représentent pour les enfants des modèles et à travers eux, ils On relève une certaine répugnance à découvrir chez l'enfant un nouveau comportement, une nouvelle attitude voire une nouvelle expression, que le parent n'a pas «enseigné» lui-même.apprennent très tôt à se situer en fonction de différents intérêts, orientations et rôles.Dans la mesure où, comme adultes, nous nous sentirons concernés par nos réactions vis-à-vis les filles et les garçons, il sera alors possible d'offrir des modèles plus représentatifs.» UNE GARDERIE, QU'EST-CE QUE C'EST?Interrogés, les parents émettent des avis partagés sur la question.Pour la majorité, ce qui importe dans une garderie, c'est essentiellement le bien-être matériel de leur enfant et sa sécurité.La seconde attente s'adresse au -développement du potentiel physique et psychique» de l'enfant étant entendu que tous refusent toutes sortes de «blessures», qu'elles soient physiques ou morales.Certains se contentent de cela, misant sur la maternelle et l'école pour l'enseignement et l'éducation.Pour le reste, ils considèrent être directement impliques dans l'éducation de leur enfant, surtout lorsqu'il est en bas CD m GC CD O >- u □ LU OC ■ s a LU N n m Q > PHOTO OANEL LEGAULT âge.On relève une certaine répugnance à découvrir chez l'enfant un nouveau comportement, une nouvelle attitude voire une nouvelle expression, que le parent n'a pas «enseigné» lui-même.Le sexisme?Quelques-uns-es n'y ont même pas pensé, estimant comme allant de soi que la petite fille ait des activités dites «féminines» et que le garçon apprenne son «métier de garçon».Mais on note des nuances et l'on peut dire que le niveau d'éducation des parents joue un rôle, les plus intellectuels étant plus sensibles et plus perméables aux corrections de comportement qu'on leur demande.«Le sexisme n'est pas une tare, mais une déformation», écrit Marie Leclerc (Petit à Petit, janvier 1983).Ce qui implique que le phénomène n'est le fait exclusif d'aucun intervenant; la prise de conscience étant relativement récente, les corrections des déviations sont relativement lentes.II ne s'agit pas de culpabiliser personne, le problème étant social ne trouvera solution que par un effort constant et collectif.Marie Leclerc conclut: «Faudrait-il injecter un vaccin de féminin aux garçons et un peu de masculin aux filles?Les enfants deviendraient-ils tous pareils?L'homosexualité se développera-t-elle chez des petits garçons plus doux, des petites filles plus agressives?Lorsque les résistances et les peurs pourront s'exprimer et que les réalités sexistes seront identifiées, une nouvelle aventure pourra commencer avec les tout-petits.» JJT, 1.Journal bimestriel de l'Office des services de garde du Québec.NOUVEAUTES CD cr; LT m o \— u o LU Œ LTj 2 ru ru o > ENVIRONNEMENT ET DÉVELOPPEMENT Questions éthiques et problèmes socio-politiques Sous la direction de J.A.Prades, J.-G.Vaillancourt et R.Tessier Vol.de 376 pages, 27,95$ Cet ouvrage est une contribution majeure à la réflexion éthique et politique sur les rapports de l'êtTe humain avec son environnement.Il présente des analyses de la situation environnementale et adopte des perspectives variées, de la philosophie à l'écologie, de la théologie aux sciences sociales, de l'administration publique à l'analyse des médias.En vente dans les librairies ttfidës CONTRIBUTION À LA RÉFLEXION BIOÉTHIQUE Dialogue France/Québec Sous la direction de Guy Durand et Catherine Perrotin Vol.de 318 pages, 27,95$ Peut-on expérimenter des médicaments sur des enfants?Peut-on choisir de mourir en santé plutôt que de dépérir lentement?Si la mère porteuse refuse d'abandonner son enfant à sa naissance, qui est «propriétaire» du nouveau-né?En affrontant ces questions et bien d'autres, des spécialistes de la France et du Québec font avancer la réflexion en bioéthique et permettent à la sagesse de marquer des points. LE JEU DES SOCIETES, D'ANGLETERRE ET D'ICI David LODGE, Jeu de société, Éd.Rivages poche, coll.Bibliothèque étrangère, 1991, 412 pages Un rapprochement, celui d'un PDG d'usine de pièces d'armements, et d'une chargée de cours en littérature anglaise, spécialiste des romans industriels anglais de 1840 à 1850.Dans ce Birmingham fictif, elle bénéficie d'une mesure du gouvernement Thatcher qui appelle les universitaires à passer un stage en industrie.Lui c'est le cadre typique, qui supporte mal cette intrusion culturelle.En fait, les deux se font chier.Il se rappelle l'avoir vue sur un piquet de grève.Comment?Une féministe et une gauchiste en plus?Quand elle revendique, il ironise.Elle est plus préoccupée par Saussure et par des théories marxistes difficiles d'application.Lui, le capitaine d'industrie, la ramène volontiers dans ses contradictions.Ça se nuance quand elle ne trouve pas d'emploi et quand lui perd son poste lors d'une fusion d'entreprises.Un regard drôle sur deux milieux importants.[G.MESSIER et D.LEGAULT] de socic *f0*m ■ pauvreté, charité el morale a londres au xix siècle pul Françoise BARRET-DUCROCQ, Pauvreté, charité et morale à Londres au XIX' siècle, Éd.PUF, collection Recherches politiques, 1991, 245 pages Le Londres du XIXe siècle n'a pas seulement éveillé la «vocation» du jeune Marx il a suscité de nombreuses associations philanthropiques et charitables dont nous connaissons la plus célèbre: la Salvation Army.On assiste à la naissance des premières mesures sociales en Angleterre, à l'époque victorienne où la moralité publique est considérée comme la gardienne du bon ordre social.Ces organisations philanthropiques avaient au premier plan le souci de moraliser les pauvres, voyant dans la débauche la principale cause de leur pauvreté et de leur misère.La législation sociale de 1846 maintient, pour sa part, la distinction entre les pauvres «méritants- et les autres.On resserre notamment la surveillance des indigents en organisant des visites surprises qui permettent par exemple de s'assurer que les veuves ou les mères célibataires ne bénéficient pas en réalité de l'aide d'un concubin- (p.93).Dès son origine, l'assistance aux plus pauvres avait été administrée en fonction du respect que témoignaient les indigents à l'éthique du travail et à la morale familiale.On croirait reconnaître ici une certaine loi 37! [PAUL-ÉMILE CHARLAND] Henri Lamoureux, L intervention sociale collective: une éthique de la solidarité, Éd.Le Pommier, 1991, 232 pages C'est d'abord le sous-titre qui a accroché mon regard.Dans le champ des groupes populaires et communautaires, les chemins ne sont pas tous tracés ni les règles établies d'avance; il est donc de première importance de se donner et de partager une éthique.L'auteur nous convie à un regard sur le mouvement communautaire autonome du point de vue de ses fondements éthiques.11 met en garde contre une trop grande «proximité» avec les partis politiques, ou contre la focalisation sur le lobbying comme seule stratégie de pression.11 met en lumière les tests concrets que fait subir à la solidarité et à l'autonomie du mouvement la compétition pour les «morceaux de la tarte» ou la sous-traitance.L'auteur souligne enfin la nécessité pour les groupes de revenir aux valeurs de base et de vérifier la cohérence de leur idéologie, de leurs règles et de leurs pratiques avec celles-ci.À lire et à débattre.|FRANÇOISE GUAV'l i»* I l\ll R\|-MK)\ SOCIALE I 01 1 ECTIV1 O S S I E L'INVASION DES AÎNÉS ES CONDITIONS ET ORGANISATIONS DE VIE Si la publicité veut croire que la pré-retraite a des airs de club Med, l'effet «Liberté 55» a plutôt des allures de club privé ou d'espace d'entreposage.Qui se paye la retraite et la pré-retraite?La tentation de la privatisation titille les gouvernants.Celle des régimes de pension.celle des soins pour le maintien à domicile.L'Etat-Providence veut devenir l'Etat-Proviseur.Elle brandit autant que possible le spectre du vieillissement coûteux de la population.Les plus jeunes peuvent-ils-elles ne pas être paternalistes?Les personnes âgées réclament plus d'autonomie, et plus de prise sur leur univers.dans le dossier du maintien à domicile, une vieille lutte qui fait consensus, les gouvernements sont d'accord pour laisser les cordons de la bourse aux bénéficiaires, mais ce seraient les cordons d'une bourse.dégarnie.Les retraités-es nouveau cru sont plus jeunes, plus nombreux, différents.seront-ils des militants plus convaincus?plus combatifs?le pouvoir gris, ses organisations et sa presse, sont en montée LIBRE.Un dossier préparé par Daniel Legault et Martine d' Amours PHOTOS OANCLGWGRAS œ en tr m o i— o o LU Œ m OJ n OJ o > j^S r O) 01 cr m o *— u o LU OC m nj en ai Après l'avoir dénigrée, plusieurs entreprises redécouvrent les vertus de la main-d'oeuvre vieillissante: qualifications, expérience, loyauté, assiduité, importance du travail bien fait, préoccupation croissante pour l'aspect humain et décroissante pour l'argent, etc.connus ces 15 dernières années, une rente non-indexée émise il y a 15 ans n'a plus aujourd'hui que le tiers de sa valeur initiale.Finalement, selon le démographe Jacques Légaré6, continuer d'encourager le départ des travailleurs vieillissants mènerait le Québec tout droit vers la faillite.La logique est simple: la population d'âge actif vieillit et continuera de vieillir.Grâce au vieillissement des générations du «baby-boom», les 45-64 ans représenteront, en 2011, la moitié des personnes adultes d'âge actif.Favoriser leur retrait précoce de la main-d'oeuvre active équivaudrait à augmenter la proportion des «inactitv (ceux pour qui il faut payer) et à diminuer celle des "actifs» (les payeurs).CHANGEMENT DE CAP.EN PAROLES! «Peut-il exister une solution mitoyenne entre rentrer chez soi à 55 ans et produire à 120% jusqu'à ce que mort s'ensuive?» Telle est la question que semble se poser plus d'un travailleur vieillissant, en recherche d'un doux compromis entre repos et travail.Un sondage Gallup, effectué en 1985, révèle que 87% des travailleurs âgés de 63 ans et plus disent avoir plaisir à travailler, que 77% se sentent utiles ainsi alors que 61% affirment devoir le faire par besoin d'argent.Un sondage Harris, effectué aux États-Unis pour le compte du National Council on the Aging, indique pour sa part que les trois quarts des personnes de 55 ans et plus préféreraient travailler à temps partiel que prendre leur retraite7.De leur côté, après l'avoir dénigrée, plusieurs entreprises redécouvrent les vertus de la main-d'oeuvre vieillissante: qualifications, expérience, loyauté, assiduité, importance du travail bien fait, préoccupation croissante pour l'aspect humain et décroissante pour l'argent, etc.Les solutions existent.Elles ont trait d'une part à une meilleure gestion des carrières des employés plus âgés (permettant de la formation, permettant des mouvements de carrière, etc.) et une adaptation des conditions de travail aux besoins des travailleurs âgés.Cette adaptation des conditions de travail peut prendre plusieurs formes: travail à temps partiel, réduction progressive de la semaine de travail, partage d'emploi entre un employé âgé et un plus jeune, rappel temporaire de retraités à titre de consultants et de remplaçants pour les périodes de pointe et les vacances, horaire flexible, travail à domicile, augmentation des vacances et des congés, modification de l'environnement de travail, diminution ou extension des tâches, etc.Selon Gilles Guérin, qui cite surtout des études américaines, ces solutions existent davantage dans les recommandations des spécialistes et dans les discours des chefs d'entreprise, qui les implantent de façon bien inégale au sein de leur milieu.Ainsi, si le rappel temporaire de retraités et la mise sur pied de sessions de préparation à la retraite sont assez fréquents, le travail à temps partiel, le partage d'emploi, la diminution progressive de la semaine de travail, l'horaire flexible et la formation des employés vieillissants sont en re- Passer de la vie de travail à la vie de retraite suppose une perte de revenu moyenne de 52%, alors qu'on évalue à 30% une baisse décente.vanche des pratiques beaucoup moins répandues.À ce chapitre, les employeurs canadiens semblent détenir une longueur.d'arrière sur leurs collègues américains.Selon une étude sur les priorités et stratégies en sa ressources humaines, préparée par l'Institut HudsonetTowersPerrin, 33%des 437 entreprises participantes encouragent la retraite anticipée, mais seulement 4% incitent à une retraite ajournée.93% ne prennent aucune mesure pour embaucher des travailleurs de plus de 50 ans ou des retraités.Néanmoins, 42% prévoient engager des retraités pour des projets spéciaux et 39% pensent à en recruter comme conseillers'*.RÉAMÉNAGEMENT Le milieu du travail s'adapterait à la situation de chaque employé vieillissant qui pourrait choisir de désinvestir son emploi à son rythme propre ou même d'entreprendre une deuxième carrière.On modifierait les conditions de travail qui causent le vieillissement prématuré; on adapterait les postes de travail aux capacités changeantes des individus.On favoriserait le parrainage par les plus âgés de l'intégration des plus jeunes dans l'entreprise.On.La liste des rêves pourrait être longue et nous sommes encore bien loin de leur réalisation.Pire, en un sens, nous pourrions dire que ces rêves sont hors de portée pour de nombreux retraités ou -pré-retraités malgré eux», qui n'ont même pas le minimum vital.Au Canada, passer de la vie de travail à la vie de retraite suppose une perte de revenu moyenne de 52%, alors qu'on évalue à 30% une baisse décente.En 1985, selon le Conseil de développement social, plus de la moitié des personnes âgées de 65 ans et plus recevaient le Supplément de revenu garanti, ce qui implique qu'elles vivent sous le seuil de la pauvreté.Les régimes de sécurité publics n'assurent que le minimum.Pour espérer échapper à la pauvreté, il faut bénéficier d'un régime privé de retraite.C'est le cas de seulement 44% des travailleuses et travailleurs québécois, 18% si l'on excepte le secteur public.Dans la majorité des cas, ces régimes ne sont ni indexés, ni transférables pour qui change d'employeur.Au total, en 1981, les régimes privés de retraite ont fourni à peine 12,2% des revenus des Canadiens-nes âgés-es.Pour réparer ces scandaleuses inégalités, dont la moindre n'est pas celle qui refuse aux travailleuses au foyer l'accès au RRQ, il faudra bien plus que la simple adaptation des milieux de travail: quelque chose comme des régimes de retraite publics et privés bonifiés, quelque chose comme une politique de plein emploi, qui augmente le nombre des actifs et les ressources disponibles, ainsi qu'une meilleure répartition de ces ressources.^7, 1 En 1989, au Québec, la durée du chômage était trois fois plus longue parmi les salariés vieillissants que parmi les jeunes (11,3 semaines parmi les 15-24 ans; 31,3 semaines parmi les 45-54 ans et 35.9 semaines parmi les 55-64 ans).2.Voir notamment la conférence prononcée par Hélène David au 46e congrès des relations industrielles de l'Université La\ il mu le thème Vieillirai emploi, avril 1991.3.Conférence prononcée par Gilles Guérin, lors du colloque «Vieillir en emploi tirée du document de recherche / n pratupii l Je gestion en matière Je \ieillo-\emenl Ecole de relations industrielles, Université de Montréal, avril 1991.4.CCCF.I, Les travailleurs Sges: crise imminente sur le marehe eu travail, août 1985, p.10.5.Information fournie par Jean Carette, lors d'une conférence prononcée lors du colloque Vieillit en emploi.6.Conférence prononcée par Jacques Légaré lors du colloque pre-cite 7.Cité par Gilles Guenn, op.eit.8.Cité dans Claude Turcotte: »l.es entreprises canadiennes face au défi démographique-, Le Devoir, 6 imllet 1991. UQAM Le savoir universitaire.une valeur sûre! »Ê Gérontologie sociale Certificat de premier cycle Ce nouveau programme s'adresse aux personnes qui ont acquis une expérience auprès des personnes âgées.Il a pour objet d'étudier les aspects sociaux du vieillissement et de la vieillesse, dans le cadre d'une approche multidisciplinaire.Offert dès la session d'hiver 1992 Information (514) 987-3669 Université du Québec à Montréal NOUVEAUTES Des petits livres qui en disent long.CD en Œ m o i— u a LU Œ m 5 CVJ ai UNE RICHESSE NATURELLE DU QUÉBEC LE F NDSk DE SOLIDARITÉ -f\\ DES TRAVAILLEURS '\ff DU QUÉBEC (FTQ) o (514)285-8700 1-800-361-5017 L'EMPLOI EN DEVENIR Diane-Gabrlelle Tremblay De nouvelles formes d'emploi sont en progression: travail à temps partiel, à contrat, à la pige, postes occasionnels, temporaires, emploi autonome .Cette mutation du monde du travail nous amène à nous interroger au sujet de l'ampleur du phénomène, de son caractère inéluctable, ou non, ainsi que des alternatives possibles pour l'avenir de l'emploi au Québec.LA POLICE ET LES VALEURS DEMOCRATIQUES Laurent Laplante •.des balises importantes du travail policier sont posées, que ce soit celle de l'arbitraire policier, celle du contrôle de l'information ou celle du rapport avec le pouvoir politique » Robert Salera.Le Devoir LES CEGEPS, QUESTION D'AVENIR LOUlSe CORRIVEAU Créés en 1967, les cégeps assurent à la lois la formation de niveau technique en vue du marché du travail et la formation préuniversitaire au sortir de l'école secondaire.Si la première constitue un succès, la seconde devient aujourd'hui la cible des critiques.L'examen du développement pose une question: le Québec s'est-il trompé en créant les cégeps?Demandez-les à votre libraire 12,95$ INSTITUT QUÉBÉCOIS DE RECHERCHE SUR LA CULTURE 14, rue Haldimand, Québec (Québec) G1R 4N4 Téléphone: (418) 643-4695 • Télécopieur: (418) 646-3317 g} PHOTO MARTNPAflfi H3®©®d(7û© êD@© [psipsotraro©© nfl® ®É ara© @fê (pDofl© dl'appâ© 0®md° dfëas dl® ©arotë© 8,4% nécessitent une admission en institution 61% ont besoin de services 52,6% ne requièrent pas une admission en institution LE MAINTIEN A DOMICILE: LES ENJEUX DUNE REVENDICATION AGEE DANIEL LEGAULT LE MAINTIEN À DOMICILE FAIT CONSENSUS CHEZ LES PERSONNES ÂGÉES.C'EST DE LOIN CE QU'ELLES PRÉFÈRENT, LORSQU'ELLES ONT LE CHOIX, ÉVIDEMMENT.C'est également beaucoup moins coûteux.Le ministère de la Santé et des Affaires sociales y trouve son profit: il est d'accord.Mais les structures n'étant pas légères, les changements se font lentement, MÊME SI LES DEMANDES, ELLES, DATENT D'UN AUTRE ÂGE.Les CLSC disposent d'environ 100 millions S par année pour le maintien à domicile et les institutions 6,7 milliards S pour l'hébergement: ce n'est pas suffisant, dans les deux cas.Le placement et l'hébergement coûtent 94% du budget du Ministère pour 8% à 9% de la population âgée.Ce pourcentage de personnes vivant en établissements spécialisés est énorme, si on le compare aux pays étrangers.«Depuis une dizaine d'années, les politiques ministérielles prônent le maintien en milieu naturel.Le taux d'hébergement diminue cependant très lentement.De 1981 à 1987, il est passé de 2,4% à 2% pour le groupe de 65 à 74 ans et de 14,7% à 14.4".pour les 75 ans ou plus.La norme utilisée par le Ministère s'appuie sur des taux d'hébergement de 1,3% pour les 65 à 74 ans et de 10% pour les 75 ans ou plus1.» Les personnes âgées ne veulent pas aller en établissement «attendre leur mort», nous dit M.Hudon, du Forum des citoyens âgés.Il est optimiste, et croit qu'on s'en va vers ce maintien à domicile facilité, qu'il s'ouvre moins d'établissements qu'avant.LES PERSONNES-SOUTIENS Entre 70 et 80% de tous les soins de base leur sont donnés par leur entourage, parenté, amis, voisins, etc.Car contrairement aux idées reçues, c'est la famille qui soutient le plus souvent l'aîné en perte d'autonomie, en dépit parfois de sacrifices et d'efforts évidents.Le mythe généralisé de l'enfant vindicateur ou ingrat ne tient pas.Dans la majorité des demandes de m en ce m o t— a a LU Œ CD 5 LU CD OJ n eu O > placements, d'ailleurs, c'est la personne âgée elle-même qui refuse de devenir -un fardeau», orgueil oblige.Mais dans une bonne proportion, c'est grâce à l'entourage que l'aîné-e peut rester .à la maison••.Plutôt que d'oublier ou de nier cette réalité, il faut exiger du gouvernement que l'aide tienne compte de ces précieux intervenants.Sociologiquement, l'éclatement de la famille québécoise modifiera tôt ou tard ce portrait.Mario Paquet, du DSC de Lanaudière, proclame « l'impérieuse nécessité d'apporter de l'aide aux personnes-soutiens.Elles ne doivent plus être, dit-il, les "victimes cachées" du réseau de soutien public.» En attendant, 87% des personnes-soutiens partagent le même logement que l'aîné-e, les autres 13% habitent à proximité.DANS LES CENTRES D'ACCUEIL Les cas les plus lourds sont de plus en plus réservés aux centres d'accueil, de façon générale, ce qui les a complètement transformés.Depuis 10 ans et particulièrement depuis 1986-87, la clientèle des centres d'accueil est de plus en plus âgée (83 ans en moyenne en 1991 ) et requiert de plus en plus de soins, ce sont les cas que l'on appelle lourds.Les budgets sont pourtant restés à peu près les mêmes, ce qui explique les problèmes importants.Mme Achim-Robitaille, longtemps responsable des admissions dans un centre, constate: «il y a dix ans, les personnes décidaient leur demande d'admission, maintenant, elles sont placées.» Et placées difficilement.La bureaucratie du DSC (département de santé communautaire) local, qui évalue les cas, est aussi lourde que la condition de santé générale de la clientèle.«Très peu autonomes, les pensionnaires sont souvent décédés trois mois après leur admission.» "Un cas typique nécessitait 30 minutes de soin par jour, incluant des soins médicaux comme la physiothérapie, une assistance pour la prise de médicaments ou l'habillement.Maintenant, le cas typique demande 2 à 3 heures de soin par jour.» Pour la personne qui bénéficie au maximum de la Pension de vieillesse et du Supplément de revenu garanti, il reste environ 125$ par mois pour les dépenses personnelles.Et encore.ils passent très souvent à des besoins essentiels.Comme les cégeps, les centres d'accueil ne sont pas gratuits, il y a souvent toutes sortes de petits frais.QU'EST-CE QUI SE PASSE DANS LES CLSC?La réforme Côté passera-t-elle?Changera-t-elle la situation des soins à domicile?Peu importe.«Il y a déjà une réforme, plus d'ordre administratif, en cours depuis quelques années», affirmejean Lachance, du CLSC Métro.Aujourd'hui, 83% des personnes de 65 ans et plus vivent à la maison leur quotidien.17% de cette population est rejointe par les services à domicile des CLSC pour une heure et demie par semaine en moyenne.«Au CLSC Centre-Sud, nous dit Jean Labbé, les ressources ont augmenté, mais les besoins aussi.11 y a quelques années, le "post-opératoire" (les patients-es sortis-es plus tôt de l'hôpital après une opération chirurgicale) a été rajouté.Ici on fait de plus en plus de maintien à domicile.Et c'est habituellement la première mission des nouveaux CLSC quand ils entrent en fonction.Et les services offerts prennent de l'envergure.Les soins de soir et de fin de semaine n'existaient pas il y a dix ans, ils existent maintenant.» Au CLSC Métro, 90% de la clientèle est constitué de personnes âgées.Le restant est constitué de personnes sidéennes, handicapées, et autres.Jean Lachance, depuis 8 ans à cet endroit, a remarqué: «Il y a 8 ans, il se faisait plus d'insertion sociale et de prévention.Maintenant, les cas se sont alourdis, il y a beaucoup de post-hospitalier.Les besoins ont augmenté.» Le travail des CLSC peut se diviser en 4 catégories: le maintien léger (moins de 6 heures par semaine), le maintien lourd (plus de 6 heures par semaine), l'entretien léger, et l'entretien lourd.Chaque CLSC compte sur des auxiliaires familiales (des employés-es) et fonctionne aussi par sous-traitance.Parfois il se garde le maintien léger, donne des contrats pour le maintien lourd, parfois le contraire, parfois un mélange des deux.Ce qui reste vrai dans tous les cas, c'est que les sommes octroyées pour les employés-es d'agences sous-traitantes sont beaucoup moindres que celles versées aux employés-es des CLSC.D'où la tentation administrative.«Les CLSC sont évidemment tentés par la contractance privée: ça brasse au niveau syndical», indique laconiquement Jean Lachance, du CLSC Métro.DES AGENCES DÉPENDANTES Pierrette Boivin dirige l'agence Maintien à éomit ile qui existe depuis 5 ans.Des tra- Mma Samton, de Valloyf ield, demeure «à le maison».Elle eime être «dans ees affaires».Elle est en bonne santé, meilleure que ses amies de fille qui sont en HLM ou en centres d'accueil.Certaines aiment ça.Quand ils n'ont pas de parante ou ne veulent pas «tenir maison».Ils se sentent en sécurité et «voient du monde».Mais le plupart s'ennuient.Elles disent: «Tu t'assis dans le châssis pour voir du monde, mais personne ne passai» Plusieurs, un coup admises, le regrettent.Une madame de 99 ens se promène constamment dans les corridors et cherche quelqu'un à qui parler.Meis pourquoi restent-elles là?«C'est compliqué de rentrer dans un centre d'accueil, me dit Mme Samson.Las files d'attente sont longues.Il y a beaucoup de paperasse à faire remplir.Ce n'est pas si simple de sortir de là!» Ce n'est pas simple non plus do retourner en appartement, de chercher et de trouver un logement, d'aménager, de se refeire un voisinage.C'est toute une aventure.On peut comprendre que le centre d'eccueil ressemble, à toutes fins pratiques, i une prison.Mme Samson ne revendique pas beaucoup.Ses emies non plus.Elles ne veulent pas passer pour des haïssables, des chialeuses, comme il y en a.Comme elles en connaissent.Elle» disent plutôt merci.Et acceptent avec gène les services offerts par ce CLSC. vailleurs sociaux ont fondé cette entreprise, à but lucratif, avec le Programme économique de Pointe St-Charles, pour assurer une certaine protection à des femmes qui, auparavant, devaient travailler au noir.Elle est dépendante du CLSC Clinique communautaire Pointe St-Charles, dont elle est sous-traitante.Les sommes allouées, en rapport avec le travail à faire, sont minimes.Elle doit parfois refuser de la clientèle trop lourde, des cas psychiatriques difficiles, des cas d'hôpital, etc., des cas qui demanderaient de la part des employés-es de l'entreprise une formation spéciale de 30 heures (quand ils-elles n'en ont ni le temps ni les moyens).Et les maisons ne sont pas équipées, n'ont pas, par exemple, de lève-patients.GESTION CLSCIEWE Tous-tes les intervenants-es rencontrés-es ont remarqué un resserrement de la gestion des soins à domicile vers 1986-87, qui fait maintenant que tout est minuté.Pierrette Boivin, par le travail de son agence, constate: »Le service est maintenant minuté, le bain, le repas, etc., même si c'est évident que parfois une patiente est dépressive et peut avoir le goût de jaser.» Placer un pansement, dit Jean Lachance, c'est facile à quantifier, mais travailler sur un problème de solitude, c'est autre chose.Le Ministère veut standardiser les programmes.» UNE ALLOCATION DIRECTE AUX AÎNÉS-ES Sous prétexte de favoriser l'autonomie des personnes âgées, le Ministère jongle même avec l'idée de l'allocation directe.On verserait directement aux personnes l'argent prévu pour le maintien à domicile, leur laissant la responsabilité de magasiner.Qui exercerait un contrôle sur cet argent?Un contrôle impersonnel, arbitraire, bureaucrate?Ça reste à définir.Selon Jean Labbé, du CLSC Centre-Sud, l'expérience de l'allocation directe a déjà été tentée avec les services aux handicapés maintenus à domicile."Il y a eu de multiples problèmes d'application." Par l'allocation directe, le gouvernement éviterait aux CLSC d'employer plus d'auxiliaires familiales à temps plein.,) via sécurité d'emploi, et surtout mieux payées que ce qu'on pourrait trouver en sous-traitance sur le marché privé, avec des agences privées de soins à domicile qui ne manqueraient pas d'éclore nombreuses.Cette mesure risque peu à peu de nous rapprocher d'une privatisation des services.Dans un premier temps, il pourrait y avoir émergence de nouvelles agences (et création d'«emplois-), et chute des prix.Mais à moyen terme, surviendrait sans doute une déréglementation, et une diminution de la qualité des services.«La privatisation?Elle est commencée, avance Yvette Brunet, de l'AQDR (Association québécoise pour la défense des droits des retraités-es).La première question que l'on vous pose quand vous téléphonez dans un CLSC, c'est «Quel est votre revenu?» Si c'est 10 000$ quand leur barrière est à 9 000$, ils peuvent aussi bien vous suggérer de faire appel à une agence privée.Ça dépend des CLSC, de qui est à la direction, notamment.» ATTENTION AU TOURNANT Il ne faut pas croire que le maintien à domicile est une avenue magique.Il y a des problèmes potentiels reliés au maintien à domicile.Il ne devrait pas devenir isolement involontaire ou dépendance à l'égard de qui que ce soit.«On n 'est pas à tout prix pour le maintien à domicile! dit Yvette Brunet, de l'AQDR.Parfois les gens préfèrent aller s'installer en hébergement.Parfois ce sont leurs enfants, pas pour s'en débarrasser, mais parce qu'ils s'inquiètent, qui les pressent pour s'inscrire.- Le gérontologue Jean Carette, dans un article sur la désinstitutionnalisation des personnes âgées, fait une mise en garde.«D'un côté, nous connaissons des personnes âgées qui, une fois placées dans une institution d'accueil ou de soins prolongés, ont recouvré une partie de leur autonomie physique, psychique et sociale.Nous ne pouvons par conséquent systématiquement identifier, jusqu'à les confondre, placement institutionnel et dépendance.D'autre part, nous connaissons des personnes âgées dont le maintien à domicile a aggravé la dépendance, ne serait-ce qu'à la famille, au voisinage ou aux services gouvernementaux Le dossier est à l'heure des précisions.^T, 1.Pour le citoyen nmsomtthiUur hxtc Je /a reforme des soins de santé du ministre Marc-Yvan Côté, décembre 1990, p.26.2.Jean CARETTE, La désinstitutionnalisation: un faux débat?, in Les conditions de l'autonomie, /.fi nMm fdentlflquB m 56) de l'ACFAS, 1987, p.7. Juin 1991: manifestation de personnes âgées à Québec PHOTO MABCIAHILE LE MOUVEMENT DES RETRAITÉS ES UN POUVOIR GRIS .COLORÉ DANIEL LEGAULT qui eût cru, il y a 20 ans, que les personnes âgées ou retraitées seraient '/2 million a prendre position dans certains dossiers d'actualité?Aucun mouvement n'a gagné autant en unité et en force de frappe politique.\ Institut de pastorale Baccalauréat en théologie pastorale Certificat en études pastorales Certificat en pastorale liturgique POU//ÛUO/nepes vous/nscr/re Accompagnement personnalisé intégré au programme Formation et réflexion à partir de l'expérience acquise Temps plein, temps partiel, auditeur libre (We.4i
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