Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Droit d'auteur non évalué

Consulter cette déclaration

Titre :
Vie ouvrière.
Vie ouvrière est une revue catholique mensuelle d'animation sociale engagée pour la cause ouvrière qui a été publiée à Montréal de 1979 à 1990. [...]
La revue mensuelle Vie ouvrière est publiée à Montréal de 1979 à 1990. Elle fait suite à Dossiers « Vie ouvrière » (1974-1978), revue catholique d'animation sociale engagée dans le monde ouvrier, élargissant ses préoccupations aux laissés pour compte des luttes syndicales : travailleurs non syndiqués, pauvres, chômeurs, assistés sociaux et marginaux. Vie ouvrière montre aussi une sensibilité à l'égard d'un large éventail de problématiques sociales plus larges. La montée du féminisme a des répercussions sur les orientations de la revue. La question autochtone fait aussi l'objet d'une certaine attention; le dossier d'avril 1979 y est consacré. Vie ouvrière fait une place plus grande aux militants chrétiens impliqués dans le missionnariat et la coopération internationale, et on y trouve de nombreux dossiers et articles à saveur altermondialiste sur la solidarité internationale. La première livraison de 1981 marque une rupture dans la facture visuelle de Vie ouvrière. La page couverture monochrome habituelle fait place à une page illustrée et colorée et des photographies et des illustrations parsèment maintenant les textes, donnant une allure de magazine à la revue. Celle-ci procède toutefois toujours par enquêtes, reportages et articles de fond. Vie ouvrière fait partie d'une longue série de publications incluant aussi le Bulletin des aumôniers des mouvements spécialisés d'Action catholique (1942-1947), L'Action catholique ouvrière (1951-1957), Prêtre d'aujourd'hui (1958-1966), Prêtres et laïcs (1967-1973), Dossiers « Vie ouvrière » (1979-1990) et VO (1990-1997), qui, en fusionnant avec Les Carnets de VO (1996-1997), devient Recto verso (1997-2004). La publication de Vie ouvrière résulte d'une collaboration entre le Centre de pastorale en milieu ouvrier, la Jeunesse ouvrière catholique et le Mouvement des travailleurs chrétiens. VALLIÈRES, Pierre, « Le magazine de Vie ouvrière - 40e anniversaire. Troisième partie : les années 70 - L'utopie et l'institution », VO, no 232, septembre-octobre 1991, p. 12-14.
Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1979-1990
Contenu spécifique :
décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
autre
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Dossiers "Vie ouvrière",
  • Successeur :
  • VO
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (8)

Références

Vie ouvrière., 1986, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
DÉCEMBRE 1986 198/2.50$ APARTHEID MADE IN ISRAËL SUICIDE DES JEUNES 2 PAGES DE B.D. N»0»U»V»E»A»U»T»É UN DOSSIER CHAUD! UNE SOCIETE DES JEUNES?Sous la direction de Fernand Dumont Cet ouvrage réunit les actes d'un colloque organisé par l'Institut dont l'objectif est de constituer un dossier étoffé sur la situation actuelle des jeur.es dans la société et leur réalité.En filigrane à ce regard lucide posé sur l'univers des jeunes se profile l'image de notre société tout entière.En outre, ce livre nous confronte à l'urgence d'une prise de conscience et d'une prise de responsabilités.• 399 pages • ISBN: 2-89224-075-1 • 14,50 $ Ces ouvrages sont disponibles dans toutes les librairies ou à: f \MC ! 1 7979 3 ■o U Institut québécois de recherche sur la culture 14, rue Haldimand Québec (Québec) G1R 4N4 Tél.: (418)643-4695 Carte d'information: n° 116 CHICOUTIMI JULIETTE SHERBROOKE THETFORD-MINES jÉËjfï (Saguenay Lac St-Jean (Lanaudiere) 180.rue Acadie 908, rue Labbé ^tr t£ 73, rue Arthur Hamel sud 190, rue Montcalm SherbrookeJ1H 2T3 Thetford G6G 2A8 éyQk Chicoutimi G7H 3M9 (418)549-9320 Juliette J6E 5G4 (514)769-0762 (819)563-6515 S0REL (418)338-3159 VAL D OR ^ffr.,.^y CHANDLER MONTREAL 900.rue de l'Église (Nord-Ouest québécois) ' (Gaspesie iledelaMadl ) 1601, rue Delonmier TracvJ3R3R9 400.rue des Distributeurs ^CN 165.rue Commerciale ouesl Montréal, H2K4M5 (514)743-5502 C P 1390 V9I1 ChandlerGOCIKO (514)598-2021 Val d'Or J9P4P8 (418)689-2294 QUEBEC ST-HYACINTHE (Richelieu-Yamaska) (819)825-6137 DRUMMONDVILLE 155.boul Charest est 2425, rue Dessaulles VALLEYFIELD PARTOUT 451.rue Noire-Dame Québec G1K3G6 SI Hyacinthe J2S 2V2 (Sud-Ouest québécois) Drummondville J2B 2K9 (418)647-5700 (514)438-4196 412, boul du Havre (819)478-8158 ValleylieldJ6S1T2 AU RIM0USKI ST-JERÔME (514)371-555 GRANBY (BasSt-Laurent) (Laurenlides) 371.rue Si-Jacques 124, rue Ste Marie 289, rue de Villemure 2e étage VICTORIAVILLE QUÉBEC Granby J2G 3N5 Rimouski G5L 4E3 St-Jerôme J7Z5J5 100, boul Jutrasesl (514)372 6830 (418)723-7811 (514)438-4196 VicloravilleG6P4L5 (819)758-6241 HAUTERIVE SEPT ILES ST-JEAN (Côle Nord) 619, rueBrochu (Haul-Richelieu) LANORAIE 999.rue Comtois Sepl-llesG4R2X7 180, rue Notre-Dame 38.rue Noire-Dame Hauten've G5C 2A5 (418)962 5571 St-Je?n sui Richelieu Lanoraie J0K 1E0 (418)589 2069 589 2608 SHAWINIGAN J3B6N2 (514)348-4965 (514)887-2336 HULL 442, rueWillow (Oulaouais) Shawiniqan G9N 6T8 TROIS RIVIERES 258, bout Si-Joseph (819)536 4433 550, rue Si-Georges Hull J8Y 3X8 Trois Rivières G9A 2K8 (819) 771 7447 (819)378 5419 7717450 4/ Boîte aux lettres w/Editorial — Raymond Levac.— Pour multiplier l'impact de Vie ouvrière — L'avortement 6/ Une leçon d'Afrique — Martine D'Amours.Entrevue avec Sté-phan Corriveau.Le 11 juin, il entrait en Afrique du Sud.Le 12, le gouvernement de Pretoria décrétait l'état d'urgence.Pendant deux mois.Stephan fait le tour d'un pays en guerre.^H 10/ Famille: les années folles — Nicole Brais.Ces jeunes mères ne veulent surtout pas jouer à la «super woman».Et pourtant.12/ Suicide des jeunes: au-delà des statistiques — Martine D'Amours.De plus en plus d'adolescents tentent de se suicider pour mettre fin à l'intolérable souftrance de ne pas «fitter dans le moule».14A Une commission populaire itinérante — Raymond Levac.«Venez, faites avancer vos idées!» nous lance Solidarité Populaire Québec.23/ troll Vie quotidienne: Le me- Aline St-Pierre dessinée: Le vu d'en-haut — 24/ Bande Noël de Julie.Vivian Labne aO/Apartheid made in Israël — Isabelle Drolet En Palestine, les «terroristes» ne sont pas toujours ceux qu'on pense.28/ L'institution contre l'Évangile — François Houtart Entre le pouvoir et l'évangélisa-tion, l'Église a choisi le pouvoir, estime le sociologue belge François Houtart.éÊm\3lSortir de la marginalité — Raymond Levac.Le rôle de la JOC au plan international.Quand notre vie privée devient publique — Johanne Gali-peau.La loi ne protège pas encore nos vies privées contre les indiscrétions télématiques.32/; A lire et à entendre — François Gloutnay.Quelques trouvailles pour le temps des Fêtes.33/ Tables de l'année 1986 15/ DOSSIER / SANTÉ: LE RETOUR DU PRIVÉ — Martine D'Amours.Le Québec vieillit.Le «gérontoboom» coûte cher.Histoire de dégonfler la facture, certains proposent une privatisation partielle du système de santé et de services sociaux.Pour ces nouveaux spéculateurs, la santé est l'industrie de l'avenir.VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1986/3 J'apprécie les témoins Il y a certains articles qui retiennent mon attention, selon l'intérêt: exemples fai accompagné un groupe de/eunes gars et filles, chômeurs, ainsi que des mères célibataires.J'ai lu avec plus d'intérêt l'un ou l'autre article.J'apprécie ce qui est raconté par des témoins eux-mêmes vivant telle situation, telle autre.Restez en contact avec la réalité cela vise juste.André Gendron Shawmigan La solidarité féminine J apprécie toujours la solidarité féminine, on en a grand besoin.L article "Femme tu te brûles» de mars 1986, m'a beaucoup plu.Merci et longue vie à Vie Ouvrière Nicole Pauzé Montréal Il faut d autres sons de cloche Votre revue est des plus importantes à ce moment-ci Les ténors de la privatisation et néo libéralisme se font entendre assez fort II faut d'autres voix et d'autres sons de cloche, tels que la vôtre Continuez — ne lâchez pas.Germain Tardif Robertsonville Petite histoire vraie Le tout a commencé le 20 décembre Nous sommes entrés pour 10/ours en vacances et au retour, le 6 janvier, nous apprenions la nouvelle la compagnie Ayers Ltd avait vendu une partie de ses établissements (.) J'ai été mis à pied le 11 avril et congédié le 21 avril pour activité syndicale.Ça faisait treize ans que je travaillais pour la compagnie Ayers J'ai pris les procédures Le 25 juillet, je passais en cours provincial J attends impatiemment le verdict Je suis actuellement en chômage Comme dit la chanson, (.)/e crois que la façon la plus sure de tuer un homme, c 'est de l'empêcher de travailler en lui donnant de l'argent Daniel Bourgon Lachute Une analyse non conforme à l'évangile Je trouve que pour vouloir «plaire" à certains milieux ouvriers vous prenez une analyse des faits qui n 'est pas conforme à l'évangile et facilement vous oubliez le point de vue chrétien.Jean-René Filion, ptre Montréal Et les amérindiens! J'aimerais faire des commentaires sur les articles non-parus ou plutôt sur des questions très peu souvent traitées Un exemple: la question amérindienne, les droits des Amérindiens, le racisme envers eux, les femmes amérindiennes, comment la nouvelle, l'actualité amérindienne est traitée par les journalistes ?J'ai eu à faire une recherche sommaire pour un cours et je croyais bien trouver quelque chose dans Vie Ouvrière.J'ai remarqué qu'il y avait beaucoup d'informations sur des peuples qui recherchent leur autonomie mais je crois que le peuple amérindien pourrait avoir une place spéciale dans votre revue.Continuez votre travail Je continue de vous lire.Pauline Jean Septlles La retraite à 60 ans Très intéressante cette revue, j'aimerais qu 'on discute de retraite à 60 ans et de ce que peuvent retirer les conjointes Qu 'on parle aussi des REERs: est-ce valable?Enfin, un sujet intéressant serait l'horticulture comme moyen de thérapie Guy Lefèbvre Carignan J'aime surtout les entrevues L entrevue avec un(e) témoin est souvent l'article qui m'intéresse le plus.Bravo pour les articles courts.J'essaie de prendre le temps de vous lire régulièrement Colette Laflamme Roxton Pond Un peu grand pour mon sac à main Les dossiers collent bien aux problèmes actuels.J'ai particulièrement apprécié l'article «Enseignement gris ardoise» de votre livraison du mois d'août.Toutefois puis-ie vous faire remarquer que le format plus petit permettait plus facilement de l'apporter dans mon sac à main.Julienne Bergeron Ville-Marie Tout un cadeau de la vie Je prends enfin le temps de m asseoir pour vous écrire que j'ai adoré l'entrevue de Benoit Fortin (Jan.Fév.'86) Tout un cadeau de la vie que de l'avoir parmi nous.J'ai lu et relu ce qu'il a dit.Pour moi c 'est un stimulant extraordinaire Le lien qu 'il fait entre Dieu et les travailleurs (euses) est clair.«Comment leur dire que Dieu les aime, si ces hommes et si ces femmes ne se sentent pas respecté-e-s dans leur vie?» B.F.«La vie spirituelle, il faut la trouver dans ce que les gens vivent».B F C 'est une lecture que je garde près de moi.Elle m'aide, me redonne de I énergie pour continuer dans mes engagements Merci mille fois Benoit Hélène Charbonneau Valleyfield P.S.Pis aux bâtisseurs et bàtisseuses de la revue, bravo et merci pour les énergies dépensées à nous la taire parvenir si intéressante! Une documentation sérieuse J'apprécie grandement la revue Ouvrière que /e lis d'un couvert à l'autre.Félicitations pour votre engagement et le sérieux de la documentation que vous nous offrez.Les dossiers sont très bien faits.Cécile Labonté, s.j.m.Montréal Un oubli: La photo utilisée pour la couverture et la page 13 du numéro 197, était de Alain Chagnon Nos excuses pour cet oubli 4/VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1986 «MME® ous recevons régulièrement des témoignages d'appréciation au sujet de la revue.Les abonnements ont augmentés de plusieurs centaines depuis deux ans.Mais c'est de plusieurs milliers que nous voulons voir augmenter le nombre de nos abonné-e-s.Que faire pour en arriver là?Pour le savoir, nous avons besoin de vous.Il y a bien sûr toute la question du marketing et de la promotion qui est à regarder de près.Nous allons consulter des spécialistes en communication et marketing.Nous allons chercher à savoir quel public réel est le plus susceptible de s'intéresser au genre de contenu que nous proposons.Cela devrait nous permettre de mieux allouer les petites ressources que nous avons pour la promotion.Notre sondage Mais il est important de mieux connaître qui sont les gens qui apprécient la revue et ce qu'ils aiment y retrouver Nous voulons aussi mieux identifier nos faiblesses.Nos ferons des tables-rondes avec des non-abonné-e-s pour connaître leur point de vue.Mais nous voulons surtout connaître le vôtre.En novembre, nous avons fait parvenir un sondage à nos abonné-e-s.Il est très important d'y répondre, même si l'abonnement est au nom d'un groupe ou d'une communauté.Si vous ne l'avez pas reçu ou si vous l'avez jeté, demandez-nous en un exemplaire.Nous vous enverrons une copie.À partir de vos réponses, nous opérerons un certain nombre de changements, s'il y a lieu, pour correspondre davantage aux attentes de nos publics-cibles Depuis septembre, nous avons intensifié notre promotion vers des publics-cibles précis.Mais nous comptons sur vous pour nous faire connaître dans votre entourage Plusieurs donnent VIE OUVRIÈRE en cadeau Nous vous encourageons à profiter de notre spécial pour Noël pour faire connaître la revue.C'est une manière simple de faire un écho plus large aux points de vue des classes populaires et en même temps de nous soutenir Nous vous souhaitons de très joyeuses fêtes A RAYMOND LEVAC LAVORTEMENT otre dossier et notre prise de position pour le respect du choix moral des femmes concernant l'avortement suscite évidemment beaucoup de réactions Nous vous encourageons d'ailleurs à nous faire parvenir les vôtres sur ce sujet.Dans notre livraison de janvier-février, nous ferons le point sur les diverses réactions reçues.Nous en publierons d'ailleurs en tout ou en partie un certain nombre A VOLUME XXXV numéro 198 Vie Ouvrière.Revue fondée en 1951, publiée en collaboration avec la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC).le Mouvement des Travailleurs Chrétiens (MTC) et le Centre de Pastorale en Milieu Ouvrier (CPMO) Ses prises de positions éditonales n'engagent cependant pas ces organisations Directeur: Raymond Levac • Conseil de direction: Gilles Comeau.Gilles Dubois.Réiean Mathieu.Monique Pelletier • Secrétaire à la rédaction: Martine D'Amours • Comité de rédaction: Normand Comte, Diane Levasseur.Monique Tremblay, Claude Hardy.Jean-Marc Lebeau, Jean Ménard • Membres de* tous-comités Jeunes, Femmes, Église, International: Louise Bessette, Madeleine Bousquet Nicole Brais.Marie-Hélène Deshaies.Josée Deslauners.Sylvie Desautels, Isabelle Drolet, Ginette Duquette, Jocelyne Gamache, Louise Garnier.Diane Lalancette, Sylvie Lavallée.Jacques Lauzon, Luce Pelletier.Lucie Raiche • Abonnements: Raymond Levac • Maquette, montage et comptabilité: Yolande Heberi-Azar • Couverture et graphisme: Anne Bnssette • Bande dessinée: Vivian Labrie • Imprimerie: Payette et Simms • Photocomposition: Photocomposition Tréma Inc • Distribution: Dittusion Parallèle, tel (5W) 525-2513 • Abonnement régulier: 15S/an.de soutien: 20$/an, 28S/2 ans, à l'étranger: 18$ commande de 6 abonnements et plus: 12$ chaque Références: Les articles de la revue Vie Ouvrière sont répertoriés dans le répertoire analytique d articles de revues du Québec (RADAR), de la Bibliothèque natio nale du Québec • Dépôt légal à Ottawa et à la Bibliothèque nationale du Québec ISSN 0229 3803 Courrier de deuxième classe, enregistrement no 0220 Revue Vie Ouvrière, 1212 Panel.Montréal, Que H2L 2Y7.tel (514) 523-5998 VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1986/5 AVEC STEPHAN CORRIVEAU I 6A/IE OUVRIERE/DECEMBRE 1986 m 'àmsm propos recueillis par MARTINE D'AMOURS r-p e 11 juin dernier, Stéphan Corriveau entrait en Atrique du Sud.Le 12, L le gouvernement de Pretoria décrétait l'état d'urgence.Pendant deux lHI mois, Stéphan a fait le tour d'un pays où chaque jour, au moins une action armée vise à renverser la minorité blanche.D'Afrique, ce «vieux de la vieille» du mouvement étudiant québécois, ce militant de la première heure au Regroupement autonome des jeunes (RAJ) a surtout retenu une leçon de tolérance et de recherche de l'unité.«Il n'y a qu'ici, déplore-t-il, qu'on se paye le luxe de se diviser.» Martine: D abord, raconte-nous à quoi ça ressemble concrètement un pays sous l'état d'urgence?Stéphan: L'état d'urgence décrété le lendemain de mon entrée était le second en deux ans à s'abattre sur l'Afrique du Sud Contrairement au premier qui a touché certaines régions particulières, celui-ci a frappé tout le pays Concrètement, dans les quartiers blancs, cette mesure a entraîné un renforcement de la présence policière pendant quelques semaines.Pour les Noirs en revanche, l'état d'urgence est synonyme d'accentuation de la répression Plusieurs townships, ou banlieues noires, ont été entourés de clôtures électriques; leurs habitants se sont fait couper le téléphone, imposer un couvre-feu et pouvaient être, à tout moment, interrogés ou tirés en raison des pouvoirs très grands que l'état d'urgence confère à la police Des milliers de personnes — dont plusieurs qui militaient dans des organisations de ieunes — ont été emprisonnées.Martine: Qu'est-ce qui t'a surtout frappé?Stéphan: L'engagement de ce monde-là Jusqu'à quel point ils peuvent se compromettre pour qu'advienne une société jus- te, égalitaire.Ici, c'est facile de militer: bien sur ce n'est pas valorisé socialement mais ça n'implique pas non plus que tu risques ta vie.Là-bas.i'ai rencontré des militants-e-s qui ont vu leur maison attaquée à coups de cocktails molotov, des jeunes se sont fait tirer dessus et ont connu la prison En dépit de ces conditions très dures, ils ont gardé une fraicheur.une sensibili- té, une tolérance peu communes Ils persistent à dire qu'il faut travailler ensemble en surmontant les divisions Ils continuent de croire qu'il faut mener la lutte, mais sans «charrier» le monde, en ayant une préoccupation de formation Martine: Et comment laiton la formation dans la lutte?Stéphan: Dans la communauté noire, les jeunes militantes créent des comités de rue.une structure de participation large qui est un peu à l'image du nouveau pouvoir que les Sud-africains veulent mettre sur pied.Leur mise en place s'inscrit dans une stratégie plus globale des forces de libération, qui vise à construire de nouveaux pouvoirs populaires sur les ruines de celui exercé dans les townships par les conseillers municipaux, gestionnaires noirs à la solde des Blancs Dans un premier temps, les comités de rue ont repris certains rôles auparavant VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1986/7 Les comités de rue, créés par les jeunes des townships noirs, sont à l'image des nouveaux pouvoirs que les Sud-africains veulent mettre sur pied.C'est par les comités de rue que passent les décisions relatives à la lutte, à l'organisation de grèves, de boycotts, etc.assumés par les conseillers municipaux, surtout en ce qui concerne la gestion quotidienne et l'aménagement du township: collecte des ordures, organisation matérielle etc.Leur second rôle concerne l'éducation et l'action politiques: c'est par les comités de rue en effet que passent les décisions relatives à la lutte, à l'organisation de grèves, de boycotts etc Les comités de rue les mieux organisés se retrouvent dans les régions de Eastern Cap et de Johannesbourg-Prétona mais la formule se répand dans d'autres régions Martine: Je me souviens qu'au RAJ, c 'était un véritable défi de faire en sorte que des «vrais» jeunes assistées sociaux soient associés à la définition de la lutte et se forment à travers elle, «sur le tas».Stéphan: C'est touiours un défi de penser une structure et un fonctionnement qui, sans être facile, portera quand même la préoccupation d'associer le plus grand nombre de monde possible aux décisions Même en Afrique du Sud, où les réalités de vie sont autrement plus difficiles qu'ici, les comités de rues n'auraient pas pu exister il y a trois ans.S'ils fonctionnent aujourd'hui, c'est parce que la lutte de libération a pris une ampleur sans précédent et qu'elle suscite l'engagement de la maionté de la population.Par exemple, la petite bourgeoisie et la bourgeoisie noires, qui ne s'étaient pas compromises jusqu'ici, prennent maintenant une part active à la lutte populaire Tirant des acquis des vagues de répression de 1960 et 1976, les forces de libération ont fait un important travail à la base et sont bien enracinées parmi la population.L'heure est à l'unité, comme en témoigne la création de COSATU, un centrale syndicale de 600.000 adhérents.Au total, depuis un an, l'effervescence sociale s'accroît et la lutte armée s'intensifie.Ainsi, les grèves du 1er mai et du 16 juin 1986 ont été deux grands points culminants, des succès tels que le mouvement anti-apartheid n'en a jamais connus depuis 1960.Il ne se passe pas de journée sans au moins une action armée dirigée contre le pouvoir blanc.Ce bouillonnement social se traduit aussi par un climat d'eflervescence intellectuelle, une volonté de débattre, beaucoup de nouvelles revues et publications qui reflètent les débats, les idées de changement.Je n'ai pas vécu les années '60 au Québec mais La manière de militer que j'ai vue à l'oeuvre en Afrique du Sud n'est pas moins active, moins engagée, moins «radicale» quant au changement de société désiré; elle est seulement plus tolérante, capable de tirer parti des divergences.j'imagine que ça devait ressembler à ça.Par son ampleur, le mouvement de libération entraine des situations qu'on aurait trouvées inimaginables il n'y a pas si longtemps Par exemple, les compagnies américaines payent des pleines pages de publicité dans les journaux sud-africains.où elles se déclarent contre l'apartheid et favorables aux droits politiques pour les Noirs Comment expliquer cela, sinon par le fait que ces compagnies subissent à la fois des pressions de l'opinion publique américaine et le contrecoup des actions à l'intérieur du pays Pas folles, elles pensent au lendemain et tentent de se ménager une marge de manoeuvre en cas d'une très probable victoire populaire Martine: Que font les Sud-Africains blancs opposés à l'apartheid?Stéphan: L'implication de la population blanche s'accroît, surtout chez les jeunes anglophones.À ma connaissance, il existe deux organisations de masse blanches opposées à l'apartheid: ce sont le National Union of South Afncan Students (NU-SAS), une organisation étudiante, et End Conscription Campain (ECC).qui s'oppose au service militaire et à la disponibilité pour l'armée actuellement exigés de tous les Sud-africains blancs.Je crois qu'une partie du mouvement blanc anti-apartheid a réellement pris option pour un changement de société où les Blancs perdraient leurs privilèges.Quant aux autres, ils ont peut-être fait la même démarche que les multinationales et en sont venus à la conclusion que ■/VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1986 l'apartheid n'est plus viable économiquement S'ils veulent pouvoir taire des profits dans dix ans, il leur faut un régime moins contesté que celui de l'apartheid.Martine: Crois-tu que le fait d'avoir côtoyé le mouvement de libération sud-africain t'amènera à militer différemment?Stéphan: Ça questionne l'intransigeance que j'ai expérimentée dans mon militantisme, au RAJ notamment Ça m'incite à travailler moins durement avec le monde, à chercher le moyen de créer des alliances les plus larges possible.La manière de militer que j'ai vue à l'oeuvre en Afrique du Sud n'est pas moins active, moins engagée, moins «radicale» quant au changement de société désiré; elle est seulement plus tolérante, capable de tirer parti des divergences Si, en pleine révolution, les Sud-africains trouvent important de travailler en alliance les uns avec les autres, nous devrions considérer, à plus forte raison, qu'en période de recul nous n'avons pas les moyens de nous chicaner.C'est seulement au Québec qu'on se paye le luxe de de se diviser! Martine: Malheureusement, il n'y a pas tellement de qrosse bataille en vue.Stéphan: Non et c'est décevant bien sur.Mais, ça peut sembler bizarre, il m'amve de penser qu'on a peut-être gagné trop facilement.J'étais pas là au moment des grandes victoires qui nous ont procuré les acquis actuellement menacés: assurance-maladie, programmes sociaux.Mais peut-être que les mouvement populaires n'ont pas su s'enraciner suffisamment, développer une organisation assez solide pour maintenir ces acquis Je te donne un exemple: le financement des groupes populaires et des organisations de solidarité internationale.Je ne sais pas quel est le problème — est-ce Il m arrive de penser que nos victoires ont peut-être été acquises trop facilement, que les mouvements populaires d'ici n'ont pas développé l'enracinement suffisant pour maintenir ces acquis.d'avoir réclamé un financement de l'Etat, de l'avoir obtenu ou de n'avoir pas su le gérer9 — mais ça me chicote de voir la dépendance financière des groupes et le temps passé à chercher de l'argent Martine: Et s il y a avait une priorité de lutte à dégager, laquelle privilégierais-tu?Stéphane: Selon moi, il y a trois priorités: la santé, l'éducation et la protection des sans-emploi Mais la plus importante des trois, celle qui soutient les autres, c'est la protection des sans-emploi.Si on n'arrive pas à maintenir la sécurité sociale, tout le reste s'écroule Martine: Tu milites dans un groupe qui s'appelle «Jeunes contre l'apartheid» (JECA).ce qui t'a amené récemment dans une tournée des cégeps et universités du Québec.Comment évalues-tu la possibilité de mobiliser des jeunes actuellement?Stéphan: L'assemblée-type dans un cégep, c'est 30 jeunes qui viennent entendre parler de l'apartheid: un peu refroidissant pour quelqu'un qui a connu des assemblées générales réunissant des centaines de personnes! L'aspect positif en revanche, c'est que sur les trente, huit à douze vont s'embarquer dans JECA Martine: Que leur proposez-vous exactement?Stéphan: En bien, le gouvernement canadien vient de nous enlver une partie de notre plan d'action1 Nous voulions forcer les administrations des cégeps à cesser de vendre des produits sud-africains dans leurs établissements, reproduire à des centaines d'exemplaires le cas de 200 écoles du nord-ouest québécois qui, suite à l'intervention du syndicat d'enseignant-e-s et de l'evêque du coin, avaient décidé de boycotter toutes les productions de l'apartheid mais le gouvernement nous a partiellement devancés en interdisant, le 26 septembre, l'importation des produits agricoles C'est une belle victoire pour le mouvement anti-apartheid Moi qui milite depuis qu'on perd les «games».ie goûte pour la première fois la joie d'une victoire! Ensuite, à un autre plan.«Jeunes contre l'apartheid» veut soutenir des proiets précis en Afrique du Sud Les mouvements nationaux ont davantage de res- sources matérielles mais les groupes locaux, groupes de femmes, groupes populaires et communautaires, manquent de tout (voir encadré) LES PROJETS DEJECA Jeunes contre l'apartheid (JECA) ramasse des sous dans le but de soutenir financièrement des organisations populaires, notamment de ieunes, sud-africaines.Des exemples?Le groupe vend des chandails et le produit de la vente servira à financer une imprimerie clandestine, démarrée par des jeunes, dans la région du Cap.En janvier, JECA lancera une campagne de soutien à NASCO, l'association étudiante de la région du Natal.Objectif: payer un véhicule automobile à ces militant-e-s qui ne disposent actuellement d'aucun moyen de transport pour organiser les jeunes dans quelques 400 écoles réparties sur un vaste territoire.JECA orchestre également une campagne de pression pour obtenir la levée de l'interdiction qui frappe actuellement le Congrès national étudiant, le COSAS.Au programme: envoi de télégrammes, signature de pétitions etc Pour participer a l'un ou l'autre de ces projets on peut joindre JECA au 3738 St-Dominique, Montréal Tél.: 288-3412 Martine: C'est frappant de voir que les jeunes s impliquent sur les questions de solidarité internationale beaucoup plus facilement que sur d'autres questions.N'est-ce pas justement parce qu'on se sent plus immédiatement utile, parce que les victoires sont plus facilement mesurables?Stéphan: Non.|e ne crois pas que les jeunes ne soient pas prêts à s'embarquer sur les enjeux propres au Québec L expériences du RAJ a démontré qu'il y avait de l'énergie chez les jeunes Encore faut-il leur faire de la place Le mouvement syndical par exemple, devrait faire plus de travail d'organisation chez les |eunes, s'arranger pour regrouper le plus de monde possible A VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1986/9 wmsM NICOLE BRAIS Iles ne veulent surtout pas jouer à la «super woman».Et pourtant.elles sont travailleuses ou étudiantes, militantes, compagnes et mères.Cumuler autant de rôles à la tois et les vivre de façon satisfaisante relevé de la haute voltige (et n'a rien à voir avec Provigo).Elles courent, elles s'essoufflent; elles doivent faire des compromis.Mais pas sur le dos de leur autonomie.Il ne s'agit pas uniquement de survie financière mais de valeurs féministes clairement endossées à l'intérieur de leur couple.Leur travail, leurs études, c'est un lieu d'investissement, de valorisation et de ressourcement personnel.Monique.Esther, Linda, Huguette, Kate et gmette connaissent leurs implications.Mais elles ne font le procès de personne.Ni de leurs conjoints, ni de la société, ni d'elles-mêmes Elles ne veulent pas se culpabiliser de quoi que ce soit, ce soir Voici ce que disent ces femmes quand elles se paient entre elles un moment d'échange, de complicité.et de répit.Un peu d'inconscience eu importent les motivations, 1 Q | proiet longtemps mûri ou déci-mJ sion prise devant les faits ac-L-J comphs (tomber enceinte), on est toujours un peu inconsciente quand on s'embarque dans cette aventure On ne peut mesurer toutes les implications tant qu'on ne les vit pas au jour le jour Ce n'est pas pour rien qu'Esther, Ginette, Kate et leurs conjoints ont appelé leur copropriété «La Société d'Habitation du Quotidien" le quotidien est envahissant C'est le linge à plier qui s'empile, c'est tout I ouvrage dont on ne voit ïamais le bout Mais c'est aussi une source de joies «Y'a pas un soir qui se passe sans que Momo et moi, on se couche sans avoir parlé de Julien (4 ans) Ce qu'il a dit.ce qu'il a fait le petit quotidien devient merveilleux» Kate aioute «Tu sais un souper sans parler "caca", c'est presque impossible» Et toutes les autres se mettent à rire.«Le syndrome des purées» ou le partage des tâches Les six sont unanimes: il y a un partage des tâches.Leurs conjoints sont très présents, d'autant plus quand ils vivent des périodes de chômage.Mais partage des tâches ne signifie pas automatiquement partage des responsabilités.«Kate et moi, nous explique Ginette, on a fini par appeler ça le "syndrome des purées".Syndrome, parce que c'est une maladie dont on ne connaît pas la cause, et purées, à cause des fameuses purées de la diététiste Louise Lambert-Lagacé.Eh bien, on s'est rendu compte toutes les deux qu'on se tapait la préparation des purées toutes seules Pourquoi?Les gars auraient pu enfin s'impliquer dans l'alimentation du bébé, une fois l'allaitement au sein terminé C'est comme si, naturellement, on en a pris la responsabilité sans que ce soit réellement nécessaire.» «Et moi.rajoute Kate, j'ai pas eu l'énergie, au deuxième enfant, pour changer cette situation Il aurait fallu que je prenne du temps pour expliquer a Pierre comment planifier et ça, ça me demandait trop d'énergie » Ginette a deux filles et Kate.deux garçons (3 ans et 15 mois).Il semble bien que, de part et d'autre, on se responsabilise de façon différente «J'ai l'impression que Raymond va attendre la première neige avant de s'inquiéter du manteau de Mathieu» (Huguette).Mais attention1 «Le reproche que pourrait me faire Momo, dit Esther.c'est que je veux qu'il s'occupe de Julien comme moi, je m'en occuperais Mais il a pris sa place, Momo.Il m'a fait accepter sa façon de faire les choses et je sais que même si elle diffère de la mienne, Julien ne manquera jamais de rien.» Les femmes reconnaissent qu'elles ont de la difficulté à avoir entièrement confiance.Ça semble particulièrement fort chez celles qui, par l'allaitement au sein, ont établi une relation privilégiée avec leur enfant Les gars ne planifient pas aussi longtemps d'avance (et ça nous fatigue) et.ils s'amusent (pourquoi pas9) «L'image que j'ai, c'est la suivante: mets une mère derrière une poussette: c'est digne, une mère! Mets un père derrière la même poussette.ça "swigne" là-dedans!» (Ginette) «Ben oui, c'est le côté gars.Les enfants ont toujours eu plus de plaisir à aller au parc avec François qu'avec moi Je pense souvent davantage a éviter qu'ils se fassent mal qu'à avoir du fun avec eux» renchérit Monique.Du rêve à temps partiel, du temps plein en réalité ndéalement, on travaillerait tous les deux à temps partiel, avec des |obs qui paient bien Ça.c'est le rêve.Dans les faits, Huguette et Ginette étudient à temps plein.Esther et Kate travaillent 4 jours semaine (enfin, jamais plus de cinq) et Monique est à plein temps Elles ont toutes milité pour un proiet de société plus juste et el- 10/vïE OUVRIERE/DECEMBRE 1986 les voudraient transmettre ces valeurs à leurs enfants Ce n'est pas simple1 «Je ne veux pas que mes enfants rejettent plus tard la militance.parce que ça signifierait pour eux une mère qui court, qui est absente ou débordée » (Kate) «J'ai laissé des comités quand j'étais enceinte Maintenant, je pense à aller sur le comité de garderie de Simon.Mais j'hésite.» (Linda) «C'est dur de se couper du réseau où tu étais, de perdre la complicité que t'as connue à faire des choses avec d'autres femmes » (Ginette) Kate ajoute «J'aimerais me garder au moins un engagement, je vis un deuil face à la militance.Mais le modèle de militance (masculin) ne cadre pas avec notre réalité Que ce soit dans le monde scolaire ou celui du travail, la famille relève du privé.Si t'as choisi d'avoir des enfants, c'est ton problème II ne faut pas que ça dérange » Il faudrait changer les conditions de travail, changer le modèle de militance.avoir plus de services Et nous re-voilà sur les innombrables comités «Et c'est au moment où il y aurait tant de luttes à mener, qu'on a le moins d'énergie et de temps» déplore Kate «Les enfants, ça fait éclater le couple» 1 ans les articles que i'ai lus récemment, les femmes ne parlent pas de l'éclatement du couple provoqué par l'arrivée des enfants.Ça vient bousculer la relation que t'avais établie avec ton conjoint, que tu croyais la plus forte, explique Ginette Mais je me rends compte que la relation que tu vis avec ton enfant est plus intime.» Esther ajoute: «L'enfant c'est la fusion; le conjoint, c'est la différence » «Justement Et les filles me permettent de redécouvrir Jean dans son essence et d'être plus tolérante face à ses différences Ursule, qui collectionne déjà à deux ans.ressemble à Jean qui ramasse ses journaux sans jamais trouver le temps de les découper.» Les autres sont séduites par ce qu'avance Ginette Huguette ajoute: «Mais pour que cet éclatement soit positif, il faut y faire attention Les enfants changent la relation a ton conjoint Mais je tiens absolument a ce que Raymond et moi on garde un projet à nous deux, en plus des enfants Je veux que Raymond reste d'abord mon chum et être pour lui autre chose que la mère de son enfant.Je veux être la femme avec qui il a le goût de partager des choses.» «Oui.reprend Monique, mais il y a des moments où |e me suis sentie davantage comme une mô-man.Quand j'arrivais juste à m'occuper du p'tit, à l'allaiter » «Y'a beaucoup de couples qui vivent des difficultés sexuelles après l'accouchement, estime Linda Ça demande un ajustement de part et d'autre.» Le moins qu'on puisse dire, c'est que les jeunes familles ne sont pas propices aux ébats amoureux «Qu'est-ce que tu veux, dit Ginette, les conditions ne sont pas là.Ou bien t'es complètement fatiguée Ou encore, quand ça fait trois fois que tu te fais déranger par la p'tite qui se réveille tu renonces »«ll faudrait organiser, prévoir des temps pour faire l'amour Mais quand y'a pas de spontanéité, mon désir fout le camp » (Esther) •Vivre une grossesse, accoucher, ça change le rapport à ton corps Je me sens beaucoup plus proche de mon corps.Ça m'a aidée à comprendre que je n'ai pas le même rythme sexuel que mon chum Et l'ai plus de facilité à lui en parler maintenant » (Kate) Des trucs qui nous aident D abord se parler! «Ça fait du bien de se parler entre femmes, ça fait partie des stratégies d'aération » (Ginette) Et ça permet d'échanger des trucs Pour Es ther.Kate et Ginette, la copropriété c'est le meilleur «move» Ça leur permet de partager les responsabilités, d'échanger des services, d'élever les enfants dans une famille ouverte Linda, elle, se lance le défi de reprendre ses activités de natation avec sa voisine «Lâche-la pas ta voisine, insiste Monique, c'est le seul moyen de ne pas laisser tomber » Esther, qui fait son deuil de la spontanéité et de l'improvisation, a bloqué le mercredi soir; c'est une soirée sacrée pour Momo et elle «Les moments libres, il faut les planifier » Ginette et Jean ont rendez-vous une fois la semaine, pour diner ensemble Huguette et Raymond font attention de garder des fins de semaine à la maison pour faire des choses ensemble «Il faut que l'arrivé à prendre soin de moi, se rend compte Esther.Y'a du contemplatif dans moi qui ne peut plus s'exprimer: être là.regarder, ne rien faire En ce moment, je performe et l'éprouve du plaisir à me sentir efficace Mais ie sais que ie ne peux pas m'imposer ce rythme-là indéfiniment.» Elles vivent de l'essoufflement, surtout chez celles qui ont deux enfants De quoi questionner celles qui songeaient à un deuxième «Avoir un enfant, c'est un enfant En avoir deux, c'est une famille, dit Ginette J'ai l'intuition que le troisième est moins d'ouvrage, parce que toute l'organisation est en place » Si je suis sensible à leur essoufflement, le le suis aussi à la satisfaction manifeste qui se dégage d'elles, aux yeux qui brillent quand elles parlent de Mathieu.Ursule.Simon Et je me sens un peu à part quand un rire général se déclenche autour d un mot de mère Je suis travailleuse, militante, compagne mais ie n'ai pas encore d'enfant Nicole Brais tuvaille au secteur «promotion communautaire" du Centre St-Pierre Apôtre Elle est membre du comité -femmes- de la re vue Vie Ouvrière VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1986/11 singai! nm vutni nnmi Les statistiques sont effarantes.20% des adolescent-e-s et jeunes adultes canadien-ne-s auraient déjà posé un geste suicidaire ou entretenu des idées suicidaires sérieuses.Depuis 15 ans, le taux de suicide chez les jeunes a augmenté de 100%.Il est devenu la deuxième cause de mortalité chez les adolescents (après les accidents de la route) et la troisième cause de mortalité chez les adolescentes (après les accidents de la route et le cancer).(1) «Je pense que le suicide est un sujet encore plus tabou que la sexualité».Dans une recherche effectuée pour le compte du Bureau de consultation-jeunesse (BCJ), France Tardif a choisi d'aller au-delà des statistiques.Le résultat, c'est une histoire intitulée Exitpourla vie (2).dans laquelle un héros nommé Sylvain, fictif mais combien semblable aux jeunes que l'auteure a rencontrés, tente de se suicider pour mettre fin à l'intolérable souffrance de ne «pas fitter dans le moule».Propos recueillis par MARTINE D'AMOURS Vie ouvrière: La première question, c'est bien sûr pourquoi.Pourquoi, à 14, 18 ou 25 ans, envisage-ton, et de façon de plus en plus répandue, le suicide comme une solution?France Tardif: Il y a beaucoup de réponses à cela Pour certains, comme Sylvain dans Exit pour la vie, c'est le sentiment de ne «pas fitter», de ne pas avoir sa place dans le système «Quoi faire9 disent-ils.L'école, c'est aberrant Une job.j'en ai déjà trouvé mais je suis pas capable de les garder parce que je fitte pas dans le moule proposé » etc Pour d'autres, c'est une accumulation de «bad luck», d'échecs, de déceptions, liées a des situations personnelles ou familiales D'autres encore m'ont dit qu'ils avaient atteint un degré intolérable de souffrance mentale.Ceci rejoint les affirmations d'une psychanalyste et d'un psychiatre que j'ai rencontrés et qui interviennent auprès de jeunes suicidaires depuis des années: il semble qu'à l'adolescence un être humain ait moins de tolérance qu'à l'âge adulte pour affronter la souffrance et l'angoisse.Si on relie cela à une situation économique et sociale difficile pour les jeunes, à tous les changements de valeurs intervenus ces dernières années, on s'explique qu'ils tentent, plus qu'avant, de se suicider.V.0.: Qu est-ce que ça veut dire au juste, «je ne fitte pas dans le moule»?F.T.: Ça signifie que plusieurs jeunes, en tous cas parmi ceux que j'ai rencontrés, n'arrivent pas à vivre ce qu'ils voudraient vivre, ni ce qu'on voudrait qu'ils vivent.Ils se sentent écrasés par les exigences de compétition et de performance qui traversent tant l'école que le monde du travail.Même dans leur vie personnelle, la publicité leur présente un idéal de bonheur à côté duquel leur propre réalité peut sembler bien petite, bien minable.À force de ne pas fitter.ces jeunes-là se retrouvent isolés Je dis souvent que si tous les drop-out se regroupaient, on s'apercevrait qu'ils sont plus nombreux qu'on pense à ne pas fitter et donc qu'il faudrait peut-être changer le moule Mais y >.U 0 o CD 12/VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1986 malheureusement, il existe peu de lieux de parole pour ce monde-là.V.O.: Un médecin rappelait récemment (1) que 80% des tentatives de suicide .des adolescents de 14 à 19 ans sont le résultat d une peine d amour.F.T.: C'est une cause parmi d'autres.Il y a autant de causes qu'il y a de suicides Les jeunes que j'ai rencontrés pour ma recherche m'ont surtout parlé de causes sociales, par exemple de leur impuissance face aux querelles politiques mondiales.Il y en a même une qui m'a dit: «Vivre, c'est espérer que personne ne pèse sur le bouton».D'autres ont identifié les difficultés familiales, l'isolement, le sentiment de ne pas être à leur place comme motifs à tentative de suicide V.O.: Tu parles de difficultés familiales.Qu est-ce que les jeunes attendent justement de la famille?F.T.: La famille reste le lien affectif le plus important.Ce que les jeunes recherchent en elle, c'est une base sur laquelle s'appuyer, se reposer.Une place pour prendre un break, une place où tu peux revenir même si t'as fait une gaffe, même si t'as essayé quelque chose qui n'a pas marché.V.O.: Un certain discours de droite attribue le suicide des jeunes à I éclatement de la famille traditionnelle, au nombre élevé de séparations, au fait que les femmes travaillent à l'extérieur du foyer.F.T.: Non, c'est pas une question de mère au foyer ou de famille monoparentale ou de faibles revenus.C'est une question de disponibilité mentale qu'ont ou n'ont pas les parents et les enfants pour des relations affectives à l'intérieur de la famille.Le suicide, comme les MTS (maladies transmises sexuellement), n'est pas discriminatoire: on le retrouve dans toutes les couches de la société, dans tous les types de famille.V.O.: Les jeunes suicidaires veulent-ils vraiment mourir ou s'ils lancent un S.O.S.désespéré?F.T.: C'est devenu presque un cliché de dire que les suicidaires ne veulent pas mourir, qu'ils veulent seulement cesser de souffrir.Je pense qu'au fond, tu veux te rayer de la carte parce que t'es épuise d'avoir essayé tout ce qu'il t'était possible de faire pour changer les choses Et puis, l'angoisse devient tellement forte qu'elle prend toute la place Alors, les gens se disent: «Je ne vis plus de toutes façons, c'est tellement souffrant, aussi bien mettre un terme à cette angoisse qui gruge tout-Pourtant l'angoisse peut être vue positivement: ça peut être un moteur de changement Au fond, c'est le message d'Exit pour la vie: allons voir ce qu'il y a en-dessous de l'angoisse D'autres personnes partagent-elles les mêmes problèmes, les mêmes visions des choses?Qu'est-ce qu'on peut faire pour changer ça?Malheureusement, dans notre société, c'est tabou de parler de ses angoisses avec les autres, chacun reste seul à se croire «anormal», marginal, «pas capable defitter» V.O.: Certains disent que les jeunes se servent du suicide comme moyen de chantage ou, plus simplement, cherchent à se faire remarquer?F.T.: Si on n'a pas d'autres moyens de se faire remarquer que le suicide, c'est grave C'est le signe du degré alarmant d'indifférence auquel notre société est parvenue.Le suicide n'est pas seulement un problème de teunes: c'est une réalité cVoissante chez les personnes âgées.une conséquence du fonctionnement social dans son ensemble Mais l'argument du chantage continue de circuler comme bien d'autres préjugés concernant le suicide.V.O.: Et quels sont ces préjugés?F.T.: L'un des plus répandus consiste à croire que le fait de parler de suicide donne le goût du suicide Au contraire, le fait de parler de suicide aide plutôt à mieux se comprendre et peut révéler que plusieurs personnes sont préoccupées par les mêmes questions.Beaucoup de gens pensent aussi que les suicidaires ont des problèmes de santé mentale et qu'ils sont suicidaires pour le reste de leur vie Dans les faits, si la tentative de suicide correspond à une période de crise dans la vie d'un individu, elle ne présage pas des autres périodes de sa vie On a également tendance à croire que le suicide se produit sans avertissement alors que c'est parfois l'entourage qui n'a pas réussi à décoder les signaux de détresse V.O.: Concrètement, qu'est-ce qu'on peut faire?F.T.: A court terme, écouter, décoder et comprendre ce que nos proches ont à dire Plusieurs ieunes ne veulent pas nécessairement être pris en charge, ils ne demandent pas une présence permanente; ils veulent simplement savoir que quelqu'un, quelque part dans le monde, les aime et peut, au besoin, leur prêter une oreille attentive À moyen terme et socialement, je pense qu'on gagnerait à changer nos attitudes par rapport aux suicidaires et aux marginaux: ouvrir notre sensibilité, admettre nos préjugés; peut-être alors aurons-nous moins peur des suicidaires.D'ailleurs je serais curieuse de savoir à combien de monde le moule fitte pour vrai Et si une majorité de gens ne fittaient pas dedans9 V.O.: Pourtant, on a l'impression qu'il existe une plus grande tolérance qu avant par rapport à des «moules" différents.On est plus ouverts à différentes orientations sexuelles, différents types de familles etc.F.T.: On a l'air plus tolérants En fait on est plus indifférents qu'avant On se fout de ce qui se passe chez le voisin C'est «sa vie privée» Dans la vague actuelle de «libre entrepreneurship».les plus forts, les plus compétitifs survivront Alors, on pense «efficacité», on ne regarde plus à côté On n'a même plus le temps, ou le goût d'expliciter nos idées, de les confronter V.O.: Quelle est la responsabilité des jeunes là dedans?F.T.: Au Bureau de consultation ieunes-se.on tente de considérer les ieunes comme des individus à part entière et non comme des problèmes Ils sont égaux à nous, adultes, puisqu'ils ont.comme nous, des opinions qu'ils sont capables d'exprimer et de discuter Evidemment, c est fatiguant pour nous parce que ça remet en question notre autorité Le bout qu'un jeune peut faire, le travail qu'il peut faire sur lui-même pour amélio- A suivre page ?3 VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1986/13 ©©mms irrasEisMrB's RAYMOND LEVAC «ri nenez, faites avancer vos idées!» Voilà l'invitation lancée par Solidarité ^WPopulaire Québec à la population québécoise.À la mi-janvier, une \J commission populaire présidée par l'ancien syndicaliste Raymond Laliberté fera le tour d'une dizaine de villes dans le but de recueillir des témoignages concernant l'impact des politiques gouvernementales de coupures et de privatisation sur les conditions de vie et de travail de la population.Pour faciliter la prise de parole, chaque soirée publique sera introduite par une mise en situation exécutée par le Théâtre Parminou.Une coalition déjà fort active Solidarité Populaire Québec est une large coalition d'une cinquantaine d'organisations syndicales et populaires, de mouvements et partis politiques, de groupes de femmes et de groupes culturels, dont VIE OUVRIERE, mobilisées autour de quatre grands objectifs: mettre un terme à la politique de coupures dans les programmes sociaux, revendiquer la consolidation de ces programmes, leur élargissement et leur démocratisation, faire reviser la fiscalité afin de contrer les inégalités croissantes et assurer un meilleur partage des richesses collectives, promouvoir la mise en place d'une véritable politique d'emplois Cette commission populaire itinérante est la plus récente d'une série d'initiatives prises par cette coalition Le regroupement a d'abord présenté au ministre Epp un mémoire plaidant en faveur de la préservation de l'universalité des programmes sociaux II a aussi réagi publiquement aux deux derniers budgets fédéraux, démontrant comment la lutte au déficit «continue à se faire sur le dos des individus et des familles a faible reve- nu, réduisant au minimum l'effort demandé aux sociétés et aux contribuables à revenus élevés».Plus récemment.Il a réagi publiquement au budget du gouvernement Bourassa, qui va dans le même sens que celui du gouvernement fédéral Lors des élections provinciales, il a fourni aux membres des organisations populaires et syndicales un outil d'intervention à partir des problèmes et revendications des femmes et des hommes de classes populaires Il a présenté, en janvier dernier, un mémoire à la commission Forget sur le régime d'assurance-chômage.Ce mémoire insiste pour qu'on considère le régime d'assurance-chômage comme un acquis fondamental des travailleurs et travailleuses Pour S.P Q, ce régime est fondé sur la reconnaissance que les gens en chômage sont des victimes et non des responsables de leur situation.La coalition a donc plaidé qu'il faut changer la politique d'emploi des gouvernements et non pas le régime d'assurance-chômage Au printemps dernier, S P Q a organise une rencontre publique sur le libre- echange, pour aider à comprendre l'impact de ce projet sur les politiques sociales et l'emploi Il a apporté, enfin, son soutien actif à un ensemble de groupes comme la Coalition sur les allocations familiales, le Regroupement pour le maintien et le développement de la santé et des services sociaux, la Coalition sur les conditions minimales de travail et le Front Commun des assisté-e-s sociaux du Québec Pour la démocratie ■ ^ our Solidarité Populaire Québec I Q|J -les politiques sociales et éco- I _/ nomiques mises de l'avant tant C-J à Ottawa qu'à Québec marquent un tournant brutal et fondamental dans révolution de notre société Ces politiques (.) sont mises de l'avant sans le moindre débat démocratique sur leur signification et leurs conséquences pour la majorité de la population» La commission populaire itinérante se veut donc d'abord et avant tout un exercice de démocratie On veut donner la parole à une population que les gouvernements n'écoutent pas Outre Raymond Laliberté et une co-présidente à déterminer, la commission sera également formée d'un-e représentant-e de Solidarité Populaire Québec de même que d'une personnalité de la région où passera la commission On croit savoir qu'à Hull.par exemple, Mgr Adolphe Proulx, évèque de Gatineau-Hull, sera l'un des commissaires.Au terme de sa tournée, la commission publiera un rapport qu'elle présentera aux deux paliers de gouvernement A 14/VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1986 im us lirais E)i &wm e Québec vieillit.La proportion des 65 ans et plus, de 8.8% qu'elle était en 1981, passera à 12% en l'an 2001.Vers 2031, près d'un-e Québécois-e sur quatre aura franchi le cap du troisième âge.Mais le «gérontoboom» coûte cher.Une population vieillissante consomme davantage de soins et de services, pressurisant un ministère qui accapare déjà 28% du budget québécois.Histoire de dégonfler la facture et de répondre aux nouveaux besoins, certains proposent une privatisation partielle du système de santé et de services sociaux.Toute une génération de nouveaux spéculateurs considère la santé comme l'industrie de l'avenir et les vieux comme la nouvelle clientèle consommatrice à viser.Recherche et textes Martine D'Amours Oo VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1986/15 a ® @ii wâimm r-v evenu largement public au cours des années '60, notre système de santé a néanmoins conservé des ilôts de privé.Des lobbys puissants K_^ cherchent actuellement à étendre cette emprise.Ticket modérateur, sous-traitance, retour aux assurances privées: qui prône quelle privatisation'?Des ilôts de privé Il y eut 1960 et l'assurance-hospitalisa-tion, puis vint 1970 et la loi sur l'assurance-maladie, bientôt complétée par celle sur les services de santé et les services sociaux Le régime dont allaient désormais jouir les Québécois-es repose sur trois piliers: la gratuité des soins et services, leur universalité et leur accessibilité.Le système allait cependant conserver des éléments de propriété, de gestion et de financement privés Ainsi certains soins (soins dentaires, services ambulanciers, acupuncture et autres médecines douces etc ) ne sont pas couverts par l'assurance-maladie, forçant les contribuables à les financer de leur poche ou par le biais d'assurances privées Certains établissements sont demeurés propriété privée, c'est le cas des 40 centres hospitaliers et des 63 centres d'accueil prives «conventionnés», c'est-à-dire liés par contrat à l'État qui loue leurs services D'autres, comme les polycliniques, ont foisonné depuis la réforme Les médecins eux-mêmes sont restés, pour la ma-lonte des entrepreneurs prives que la Régie de l'assurance-maladie du Québec rémunère à l'acte Quant à la fabrication et la commercialisation des produits pharmaceutiques, elles ont toujours été organisées principalement par l'entreprise privée à but lucratif Nouvelles pratiques La part du prive dans le total des dépenses de santé au Québec s est accrue ces dernières années, passant, selon Santé et Bien-être Canada, de 16,7% en 1977 à au-delà de 20% en 1982 Certaines nouvelles pratiques de privatisation sont déjà à l'oeuvre, alors que d'autres font abondamment parler d'elles.Ainsi le ticket ou frais modérateur a fait couler beaucoup d'encre.Il s'agit de privatiser une partie du financement du système de santé en exigeant du bénéficiaire qu'il débourse une somme d'argent pour recevoir certains soins ou services.Les promoteurs du ticket modérateur croient qu'il servirait à éliminer les «abus», c'est-à-dire les «visites inutiles» à l'urgence ou le «magasinage» de médecins Pourtant, le Dr Auguste Mockle, président de la régie de l'Assurance-maladie, considère ces pratiques comme extrêmement marginales Ceux et celles qui s'opposent à l'adoption d'une telle mesure font valoir que de deux choses l'une: ou bien les frais modérateurs sont élevés, limitant l'accès aux soins pour les personnes à faibles revenus, ou bien ils sont minimes et occasionnent des dépenses d'administration aussi élevées que l'économie éventuelle qu'ils pourraient faire réaliser au trésor public Concernant la première hypothèse, la Fédération nationale des associations de consommateurs du Québec (FNACQ) rappelle le cas de la Saskatche-wan ou, de 1968 à 1971.les malades devaient débourser pour chaque visite chez le médecin Durant la première année, les familles pauvres ont diminué leurs recours aux services dans une proportion de 18%.alors que les personnes âgées et les familles nombreuses l'ont fait dans une proportion de 24% J La surfacturation est une forme particulière de frais modérateurs, sauf qu'au lieu d'alimenter les fonds publics, l'argent ainsi recueilli va directement dans la poche des médecins Interdite au Québec, la surfacturation se pratique ailleurs au Canada.On se souviendra que les médecins ontanens ont fait grève l'été dernier pour protester contre l'interdiction gouvernementale d'y recourir.Par contre, la sous-traitance est de plus en plus répandue, notamment pour les services de buanderie, d'alimentation et d'entretien Selon la FTQ, 58 des 158 établissements montréalais du réseau feraient exécuter leur travaux de buanderie par l'entreprise privée Besoin d'infirmières, de préposé-e-s aux bénéficiaires ou d'auxiliaires familiales9 Plutôt que d'ouvrir de nouveaux postes à temps plein ou de transformer leurs postes à temps partiel en postes à temps plein, les établissements publics vont couramment puiserdans le personnel recruté par des agences privées.Selon la Fédération des infirmières et infirmiers unis (FIIU), le recours massif aux infirmières des agences n'est pas forcément économique pour les hôpitaux mais il crée deux classes de personnel et maintient un maximum d'infirmières dans des statuts précaires de travail.Moins fréquente est la décision de confier la gestion d'un établissement public à l'entreprise privée.La gestion de l'hôpital de Hawkesbury, en Ontario, a néanmoins été attribuée à la firme américaine Extendicare Le Groupe Champlain, qui possède ou administre une quinzaine d'établissements privés pour personnes âgées ou handicapées, a déjà déclaré vouloir devenir «L'Extendicare» du Qué- 16/VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1986 46 2172 bec Le rapport Gobeil.sur l'organisation des fonctions de l'État, propose explicitement la gestion privée d'hôpitaux publics ainsi que le recours élargi à la politique du faire-faire (sous-traitance) pour les services de soutien Une dernière forme de privatisation, déjà à l'oeuvre, consiste a «désassurer» certains services: soins dentaires pour les enfants, vasectomie, psychothérapie post-avortement etc.Nouvelles idéologies « n I faut d'abord conscientiser et | f responsabiliser le citoyen en lui reconfiant la responsabilité de CJ son état de santé et l'obligation de prendre un certain nombre de mesures directes non seulement pour le préserver mais aussi pour financer les coûts des programmes de soins auxquels il devra faire appel pour y remédier si ce dernier en venait à se détériorer» Voici un échantillon de l'idéologie dernier en en matière de santé: le retour a la responsabilité privée.Elle suppose que vous serez davantage intéressé-e à préserver votre santé si vous assumez, du moins en partie, les coûts de la maladie «Vous persistez à fumer, à travailler avec des produits toxiques, à vivre dans un taudis9 Tant pis.le système n'a pas à payer pour votre mauvaise volonté » Cette logique, on i aura remarqué, ne soupçonne pas qu'il puisse y avoir des causes sociales à la maladie Sans aller jusqu'à ce degré de radicah-te le rapport Gobeil contient quelques propositions qui visent à «responsabiliser I individu face aux coûts du système».Il s agirait par exemple d'expédier à tous les bénéficiaires des régimes d'assurance-maladie et d'assurance hospitalisation un état de compte chiffrant les soins reçus au cours de l'année et même d ajouter la valeur des soins reçus au calcul du revenu imposable jusqu'à $1500 ou $2000.Moins nouvelle mais largement répandue est la tendance à responsabiliser la famille et la communauté en misant sur le bénévolat Or 51% des personnes âgées habitent des territoires en voie de diminution démographique et de sous-developpement social, autrement dit des zones où se retrouvent en plus forte proportion les problèmes de chômage, ae délinquance, d'insalubrité des logements, de faible niveau de scolarisation, de vieillissement accéléré de la population etc.' Comment voudrait-on que ces communautés déjà démunies trouvent les ressources supplémentaires pour prendre en charge leurs ainé-e-s9 Quant au bénévolat, la Fédération des centres d'action bénévole a justement rappelé à la Commission Rochon qu'il devait demeurer un geste libre et volontaire et non un moyen de pallier aux coupures de services Les lobbys de la privatisation utonser l'achat d'assurance-santé privée déductible d'impôt; lever les obstacles légaux à la création d'entreprises privées dans le domaine de la santé, favoriser la fourniture privée de services financés par l'État (sous-traitance) Décidément, la Chambre de Commerce du Québec n'y va pas par quatre chemins Ce qu'elle propose, c'est une médecine de riches pour ceux qui peuvent se la payer et un régime public appauvri, mince filet de sécurité, pour les autres C'est une copie du modèle américain, cette «désastreuse anarchie ou environ 27% de la population est sans assurance ou sous-assurée, ou les principaux indices de santé de la population sont inférieurs à ceux du Canada et où un système supposé-ment privé de santé a absorbé, depuis au moins quinze ans.année après année, une proportion plus grande du produit national brut qu'au Canada» J emprunte sa citation à l'ancien ministre fédéral de la Santé et actuel président du conseil d'adL ministration de l'Hôtel-Dieu de Montréal, M Marc Lalonde, un homme qu'on ne saurait soupçonner de sympathies socialisantes La Chambre de Commerce considère la santé comme «l'industrie de l'avenir» et souhaite que les entrepreneurs s'emparent de ce nouveau marché À côté d'elle, le Conseil du Patronat du Québec fait figure de modère, prônant une privatisation partielle qui sauvegarde, l'accessibilité et l'universalité des services Le CPQ propose qu'on étudie la possibilité d'instaurer une forme de co; .paiement (individu et État), sauf pour les plus démunis et milite en faveur d'une organisation du travail «plus souple» dans le secteur public et d'un recours plus fréquent au bénévolat.Dans l'entrevue accordée a Vie ouvrière.M Louis Blanchet, directeur ge/iéral de l'Association des centres hospitaliers et centres d'accueil privés (ACHAP).a beaucoup insisté sur la place que devrait occuper un «secteur privé de qualité» On comprend que son organisation, dont les membres sont tenus à des critères stricts de qualité des services, ne soit guère intéressée à voir débarquer sur son terrain des concurrents peu scrupuleux, promoteurs et spéculateurs en tous genres.L'ACHAP souhaiterait d'abord relocahser ses établissements et consolider son réseau Elle n'a pas encore précisé ses propositions à la commission Rochon, cependant elle croit à la possibilité de faire appel à la sous-traitance, a l'implication des familles ainsi qu'à des modalités de privatisation partielle Le Groupe Champlam.dont il est plus amplement question dans un texte ultérieur, préfère ne pas se prononcer pour le moment sur les propositions émises par la Chambre de commerce relativement a l'assurance privée déductible de l'impôt.Toutefois, il serait favorable a ce que des entreprises privées fournissent des services financés publiquement Quant à l'Association des centres d'accueil privés autofinancés (ACAPA), elle favorise une privatisation poussée de l'hébergement ainsi qu'une réduction de la réglementation, en collaboration avec le réseau public Concernant l'accessibili- I nage 22) VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1986/17 y—jl orridors encombrés de civières, malades en attente d'admission pen-[" dant d'interminables heures, les salles d'urgence des hôpitaux mon-kiU tréalais ont fait la manchette de tous les journaux le printemps dernier.Une enquête plus approfondie a révélé que le tiers de ces patient-e-s sur civière en salles d'urgence étaient des personnes âgées.C'est également de cette clientèle que proviennent la moitié des appels dirigés vers Urgence-Santé.Conclusion: l'engorgement des services d'urgence, c'est la faute aux vieux' Cherchons plutôt la cause du côté du manque de ressources adaptées à leur situation À Montréal seulement, 1,600 personnes attendent d'être hébergées dans un centre d'accueil, au Québec, selon l'Association des centres d'accueil du Québec, leur nombre atteindrait 7,000 Quant aux budgets de maintien à domicile, ils sont tellement restreints qu'ils permettent d'offrir a chaque bénéficiaire une trentaine d'heures de services en moyenne par année.L'offre du privé ■ ^ endant ce temps, devant la | Q J Commission d'enquête sur les ■■■■/ services de santé et les services C-J sociaux (Commission Rochon), les mémoires s'empilent et les organismes défilent Dans un an, la Commission devra soumettre au gouvernement des recommandations précises concernant le fonctionnement et le financement du système Privatisation partielle, ticket modérateur aucune proposition n'est écartée de prime abord Parmi les groupes invites figurent des représentants du secteur privé «Les ressources publiques destinées aux personnes âgées sont insuffisantes et coûteuses Le réseau actuel, avec ses listes d'attente, ne garantit pas vraiment l'accessibilité aux soins et services», ont-ils déclaré en substance «Nous pouvons contribuer à désengorger le système, à impulser une meilleure qualité de servi- ces tant dans le secteur public que privé, tout en réduisant les coûts», ont-ils poursuivi.Une privatisation du système de santé réduirait-elle le coût total des dépenses de santé au Québec7 Rien n'est moins évident (voir encadré Parlons d'argent) Mais ce que des expériences étrangères ont révélé, en revanche, c'est que pour faire son profit, le secteur privé emprunte l'une ou plusieurs avenues suivantes: desservir la clientèle la plus en santé, faire assumer par les fonds public la clientèle la plus risquée, la moins autonome et la plu coûteuse ou vendre des soins et services sophistiqués à une clientèle en moyens de payer.Le développement de ressources privées dans les secteurs québécois de l'hébergement et du maintien à domicile des personnes âgées tend à confirmer ces tendances Hébergement ans la Montérégie (rive-sud de Montréal).30% des ressources institutionnelles d'hébergement, c'est-à-dire le tiers des lits en centres hospitaliers de soins prolongés et en centres d'accueil d'hébergé- PARLONS FRIC Payons-nous trop cher pour nos services de santé et nos services sociaux' Un système partiellement ou totalement privé nous coûterait-il moins cher9 Au Québec, les dépenses totales de santé sont moins élevées par tète de pipe qu'en Ontario et que la moyenne canadienne.En revanche, pour atteindre un niveau inférieur de dépenses, le Québec consacre à la santé une plus grande part de sa richesse collective que l'Ontario, le Canada et la moyenne de 22 pays de l'OCDE.Les chantres du modèle américain devraient jeter un coup d'oeil plus attentif de l'autre côté de la frontière: les USA ont un niveau de dépenses plus élevé per capita et consacrent une part plus importante de leur richesse collective que le Québec et le Canada.Contandriopoulos et Tessier rapportent que le caractère public d'un systè- me de santé rend possible le contrôle des coûts.A l'inverse, dans un système financé privément, comme c'est le cas aux USA, il est impossible de contrôler les coûts parce que chacun des acteurs impliqués (médecins, hôpitaux, compagnies d'assurance) fixe ses tarifs comme bon lui semble ou à peu près.Par ailleurs, il est exact de dire qu'avec le vieillissement de la population québécoise, le régime devra trouver des sources additionnelles de financement Une taxe spéciale pour les mieux nantis, comme le laissait entendre récemment le président de la Commission Rochon' (Le Devoir, 12/11/86) (1) Contandriopoulos APel Tessier G L'évolution et la structure des coûts du système de santé et des services sociaux au Québec avril 86 18/VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1986 Centres d'accueil Nbre d'établissements Nbre de lits Coût pour le bénéficiaire publics 255 21,068 selon le revenu et le type de chambre' prives conventionnés 63 3562 même calcul prives autofinancés 114 4422 entre S500 et S3.000 par mois ' Ex Entre $477 et S523 par mois pour une personne qui ne reçoit que la pension de vieillesse et le supplément de revenu (données du ministère de la Santé et des Services sociaux, 31 mars 1986) ment, appartiennent au secteur privé.À l'échelle du Québec, le processus est moins avancé mais les promoteurs privés sont déjà passablement présents.Il existe 255 centres d'accueil publics pour 177 centres d'accueil privés mais ces derniers, de plus petite taille, accueillent environ trois fois moins de patients (détails en encadré).Les centres d'accueil prives peuvent être de deux types.Certains sont «conventionnés», c'est-à-dire signataires d'un contrat avec le gouvernement qui loue leurs bâtiments et leurs services tout en fixant les règles du jeu.Des règles assez simples: un établissement conventionné doit offrir la même qualité de services, à la même clientèle et au même tarif qu'un établissement public Plusieurs centres conventionnés sont syndiqués et offrent des conditions de travail semblables à celles du réseau public.D'où origine alors la marge de profit?À l'ACHAP.qui les regroupe en presque totalité, comme au Groupe Champlain, on nous répond que les établissements conventionnés économisent sur les dépenses d'administration, peuvent construire ou rénover des bâtiments moins cher et donnent certains services (buanderie, entretien) en sous-traitance Le réseau conventionné n'a pour ainsi dire pas connu d'expansion depuis dix ans, puisque le gouvernement n'a pas accordé de nouveaux permis pour lui.En revanche, il a favorisé le développement du deuxième type de centres d'accueil, les centres «autofinancés», qui font assumer l'ensemble des coûts par les bénéficiaires Pour faire son profit, un centre autofinancé va soit privilégier une clientèle très autonome, peu coûteuse en termes de soins et lui charger $500 par mois, soit héberger une clientèle semblable à celle du réseau public ou privé conventionné, moins autonome, demandant des soins plus sophistiqués, mais en lui facturant $2000 ou S3000 mensuellement, soit facilement quatre fois plus que dans un établissement public ou privé conventionné «À $500 par mois, précisait M Louis-Henri Fournier, président de l'Association des centres d'accueil privés autofinancés (ACAPA), dans un mémoire présenté à la Commission Rochon, un centre ne peut offrir que des services légers et doit absolument compter sur les hôpitaux lorsque le bénéficiaire s'alourdit et exige plus de soins médicaux.» Le Groupe Champlain.20 ans d'existence cette année, est assez représentatif de la manière dont le secteur privé fait son nid sur le marché de l'hébergement des *** personnes âgées A l'époque c'était une entreprise familiale propriétaire de quelques établissements conventionnés, menacée dans son expansion par le moratoire gouvernemental sur les nouveaux permis Pour contourner le problème, le Groupe a racheté certains établissements privés déjà détenteurs d'un permis et, surtout, s'est lancé dans le développement de résidences avec ou sans pension Théoriquement destinées à des personnes autonomes et en santé, les résidences et les pensions peuvent faciliter l'accès à certains services de santé (proximité d'une clinique, médecin sur appel, etc) mais n'ont pas le droit de prodiguer eux-mêmes des soins, ni de garder des personnes qui auraient besoin de soins ou d'hébergement plus spécialisé Seul ou par le biais de deux fondations sans but lucratif, le Groupe Champlain possède 15 établissements, dont trois centres hospitaliers de soins longue durée, quatre centres d'accueil conventionnés, huit résidences avec ou sans pension: un budget annuel de $19 millions et 1400 «clientes» Si le coût de l'hébergement dans ses établissements conventionnés est fixe selon les normes du ministère de la Santé et Services sociaux, celui de I hébergement en résidences varie beaucoup Cer- icoN/OMiagi VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1986 19 taines, admissibles à des subventions gouvernementales, facturent $190 par mois pour un logement d'une pièce et demie, alors que les loyers de la nouvelle et luxueuse résidence «Le 7ième ciel», à An-lou, oscillent entre $1100 et $1500 mensuellement.Quant aux conditions de travail des quelque 800 employé-e-s, M.Robert Chagnon, le vice-président du Groupe, affirme que ses centres hospitaliers et centres d'accueil en offrent des comparables a celles du réseau public, sauf qu'on n'y reproduit pas le même «décorticage des tâches», la même «rigidité» dans les descriptions de postes.«Dans les résidences, les conditions de travail ressemblent à celles qu'on trouve dans le secteur privé de l'hôtellerie et de la restauration», poursuit M.Chagnon, pendant que remonte en moi le contenu d'entrevues naguère réalisées dans le dit secteur et où, si ma mémoire est bonne, les conditions de travail ne sont guère reluisantes Par ailleurs cette entreprise encourage la participation financière de ses employé-e-s, à qui elle a réservé 30% des actions émises dans le cadre du REA.Le Groupe Champlain favorise une privatisation plus poussée de l'hébergement et des services aux personnes âgées.Il a proposé de s'investir dans l'aide alimentaire et les services à domicile, notamment de fournir l'aide à domicile aux pen- QUI VEUT La majorité de la population québécoise s'oppose à une privatisation du financement et de l'administration des services de santé, sauf pour la sous-traitance de services comme l'entretien ou la buanderie Une enquête effectuée par des chercheurs de l'Université de Montréal' révèle en effet que 63.9% de la population a répondu non à la question: «Le patient devrait-il payer directement une partie du coût de services de santé quand il va chez le médecin?» alors que 56,4% des administrateurs de la santé y ont répondu oui En revanche, une majorité de répondant-e-s des deux groupes s'opposent à ce que le patient paye qu,and il va à l'urgence ou est hospitalisé.Par ailleurs, 64.9% de la population et 79.5% des administrateurs se di- sionnaires de ses résidences, en recevant la même subvention gouvernementale qu'une agence privée de maintien à domicile.Il a également offert au gouvernement de réaliser des établissements conventionnés à des coûts de 10 à 20% inférieurs à ceux du public.Maintien à domicile 'il est un rare élément d'unanimité entre les différents intervenants — privé, gouvernemental, syndical — c'est bien sur la nécessité de développer les services à domicile Question de coûts: selon une évaluation du Centre de la santé et des services sociaux, région du Montréal-métropo litain (CSSSRMM), il en coûterait $12,000 par année pour dispenser entre 15 et 23 heures par semaine de services à domicile, contre $16,000 pour une place en centre d'accueil public ou privé conventionné.Mais aussi question de goût: de nombreuses personnes âgées préfèrent demeurer le plus longtemps possible dans leur milieu.«À la condition toutefois de recevoir des services, précisait cette retraitée membre de l'AQDR, sinon ça devient de l'enfermement à domicile.» Le malheur, c'est que la demande augmente continuellement alors que le niveau des ressources plafonne depuis 1979 En 1984-85, le maintien à domicile DU PRIVÉ?sent favorables à l'administration privée de services hospitaliers tels la buanderie et l'entretien.52% de la population s'oppose à l'administration privée de services cliniques, tels que la radiologie ou les laboratoires, alors que 51,5% des administrateurs de la santé y sont favorables.Enfin les deux groupes se disent en désaccord avec le fait de confier à l'entreprise privée l'administration totale d'un établissement de santé.L'ouverture à des éléments de privatisation augmente avec l'âge et le revenu du répondant.( 1 ) Contandnopoulos.AP et Tessier, G .«Le financement des services de santé: l'opinion de la population du Québec et des administrateurs de la santé.» accapare toujours un maigre 1,8% du budget total du ministère de la Santé et des Services sociaux Le budget spécial octroyé par Québec aux fins de désengorger les salles d'urgence a contribué à desservir un nombre plus important qu'avant de Montréalais-es mais M.André Trépa-nier, responsable du programme au CSSSRMM estime, et c'est un constat partagé par la Fédération des CLSC du Québec, qu'il faudrait quadrupler le budget actuel en maintien à domicile» Conséquence du manque de ressources: les CLSC, qui administrent le programme, sont obligés d'établir des priorités.La loi stipule clairement que le critère revenu ne doit pas intervenir dans le choix de donner ou non des services mais dans les faits, on est forcé d'aller au plus pressé.En haut de liste figurent les personnes les plus isolées, les plus démunies, les moins autonomes, à desservir en priorité.Ces bénéficiaires «privilégiés» reçoivent en moyenne une heure d'aide ou trois quarts d'heure de soins par semaine Les autres sont placés sur une liste d'attente.Parce qu'ils ne suffisent plus à la demande ou pour répondre aux cas «lourds» (qui requièrent plusieurs heures de soins et services par semaine), il est devenu courant que les CLSC achètent les services de personnel sur le marché privé II peut s'agir d'agences privées à qui le CLSC verse $8 40 l'heure mais qui, elles, payent leurs aides à domicile $4 ou $4,50 Règle générale, les employés d'agences privées de services à domicile ne reçoivent ni formation, ni encadrement.«Tu postes ta feuille de temps pour recevoir ta paye et c'est tout», nous confiait l'une d'elles La plupart du temps, elles ne connaissent pas le dossier du patient et ne savent même pas avec quel CLSC faire affaire en cas de difficulté.On estime qu'environ 10% du budget montréalais de maintien à domicile transiterait ainsi par les agences privées Dans d'autres cas, l'organisateur communautaire du CLSC, débordé par la demande, recrute à la hâte des madames du quartier, prêtes à travailler à domicile pour pas cher.«Une partie de la job de certains organisateurs communautaires, c'est de gérer du travail au noir», déclare avec amertume Jean-Pierre Fortin, du CLSC du Marigot (suite a la page 22) 20/VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1986 94 m mysir « ry «I origine de notre projet, il y avait deux besoins, le besoin d emplois /A\ pour les gens du quartier et celui de services plus nombreux et adéquats UUpour les personnes âgées.» Pierrette Boivin coordonne le Service de maintien à domicile de Pointe St-Charles.Une agence qui, comme toutes les agences privées de maintien à domicile, fonctionne à partir des budgets du CSSSRMM mais une agence différente des autres en ce qu'elle est issue d'une volonté populaire de prise en charge.Les questions posées par une expérience comme celle-ci déchirent déjà les groupes populaires, certains la considérant comme une forme de sous-traitance qui profite à l'État et d'autres y voyant un refus d'abandonner au secteur privé traditionnel les nouveaux terrains de création d'emplois.Des entreprises différentes Association des auxiliaires familiales et sociales a démarré le bal l'an dernier Devant la situation de sous-emploi, d'isolement et de manquer de formation vécue par un nombre croissant d'auxiliaires, i'Association a impulsé la création d'une coopérative de travail, Auxi-Plus, dont les membres sont à la fois employées et copropriétaires.Le salaire horaire y est plus intéressant que dans les autres agences: sur les $8 40/l'heure versé par les CLSC qui achètent ses services, la coopérative remet $6,40 à la travailleuse et conserve $2 pour les frais d'administration et les bénéfices marginaux.Les surplus éventuellement dégagés seront réinvestis dans l'amélioration des conditions de travail: on pense à des frais de transport, un plan d'assurances etc.Qu'on ait opté pour la formule coopérative, comme à Auxi-Plus, ou pour la gestion participative, comme à Pointe St-Charles, l'aspect du contrôle collectif sur l'entreprise fait partie du projet mais progresse lentement Pierrette Boivin expli- que que «les travailleuses sont venues d'abord pour un emploi.Elles commencent à peine à réaliser qu'elles peuvent avoir des choses à dire sur le fonctionnement du service, la répartition des argents etc.» Par ailleurs, dans les deux cas, on a misé gros sur la formation des travailleuses, une formation obligatoire qui garantit aux bénéficiaires une excellente qualité de services.À Auxi-Plus, chaque auxiliaire en formation est de surcroit encadrée par une autre qui possède de nombreuses années d'expérience.Une main d'oeuvre à bon marché?«Plusieurs CLSC montréalais sont fous d'Auxi-Plus, explique sa directrice Denise Boudreau, justement à cause de cette qualité de services Vingt-six d'entre eux préfèrent acheter nos services plutôt que ceux d'agences qui traitent mal leurs travailleuses, n'assurent pas le suivi et se préoccupent peu des bénéficiaires.En fait, poursuit-elle, plutôt que d'abandonner leurs travailleuses au noir ou leurs auxiliaires occasionnelles victimes de coupures sur la liste de rappel, des CLSC invitent ce personnel à devenir membre de la coopérative  l'inverse, c'est dans nos rangs qu'ils viennent puiser quand ils ouvrent des postes».Poussée par cette forte demande.Auxi-Plus compte, moins d'un an après le début de ses activités, une centaine de membres Du côté de Pointe St-Charles, le démarrage est plus mbdeste mais, après six mois, quelque 13 personnes y travaillent plus ou moins à plein temps «Cependant, précise Pierrette Boivin, ce n'est pas le Pérou Nous n'avons pas les reins assez solides pour, par exemple, garantir 35 ou 40 heures de travail par semaine à chacune » Ici comme à Auxi-Plus.le travail demeure précaire, l'horaire pas toujours commode: des heures brisées, une fin de semaine sur deux etc.Pierrette doute même que l'État, via les CLSC et le Conseil régional de la Santé et des Services sociaux, continue de financer ces expériences très longtemps «Selon moi, explique-t-elle, ils vont en venir à faire assumer ces tâches gratuitement par les familles, autrement dit par les femmes De notre côté, on a commencé à développer d'autres spécialités et d'autres sources de financement, histoire de ne pas dépendre exclusivement des contrats gouvernementaux Par exemple, on a un projet d'entretien ménager pour une clientèle aisée, qui aurait les moyens de payer pour ce service » Piège ou défi?e son côté.l'Association des auxiliaires familiales et sociales a présenté au secrétariat d'État un projet visant à financer le développement de coopératives comme Auxi-Plus dans différentes régions du Québec Sa permanente Danielle Laurin reste cependant sur ses gardes «Quand on me dit que les*coopératives volent les lobs du secteur public, je réponds qu'au contraire nous sommes complémentai res.Par exemple, contrairement à la majorité des CLSC.les coops offrent des services en dehors du 9h à 5h Mais l'État aurait-il l'intention de nous utiliser pour couper des emplois dans le réseau des CLSC.parce qu'on lui coûte moins cher que les emplois syndiqués des CLSC II nous faut demeurer vigilants parce qu'on a deux réseaux à défendre: le réseau public et le réseau communautaire » VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1986/21 0633 *• - Place Vermeil, Centre Communau teur communautaire, autre que l'équation traditionnelle «les jobs au secteur public, le bénévolat au secteur communautaire»9 Et peut-être surtout celle-ci: pourquoi faudrait-il que la tâche de répondre aux nouveaux besoins des personnes taire pour personnes agees âgées soit confiée aux entreprises privées traditionnelles plutôt qu'aux entreprises d'origine communautaire, qui voudraient allier préoccupations sociales et création d'emplois9 Le débat est ouvert.A Suite de la page 21 Nous voici au coeur de questions très délicates qu'auront à affronter les milieux syndicaux, communautaires et populaires.Le système public de santé et de services sociaux du Québec, quoique l'un des meilleurs au monde si l'on en croit l'Organisation mondiale de la santé, comporte aussi ses lacunes: structures lourdes, fonctionnement bureaucratique, bâtisses déshumanisantes, où cohabitent des centaines d'inconnu-e-s déracinés de leur milieu naturel.En réaction à ces lacunes sont nées différentes initiatives à la fois critiques et complémentaires du système public: centres de santé pour femmes, groupes alternatifs en santé mentale, collectifs d'humanisation de l'accouchement, cliniques populaires Plusieurs n'ont connu rien d'autre que le quasi-bénévolat La vague actuelle de désinstitutionnali-sation et de privatisation pose, qu'on le veuille ou non, un certain nombre de questions Devons-nous revendiquer que tout ce qui concerne la santé et les services sociaux soit pris en charge par le réseau public9 Y aurait-il une articulation à trouver entre le secteur public et le sec- (Oes 1001 suite de la page 17) té des plus démunies aux services, l'ACAPA verrait d'un bon oeil que le gouvernement aide financièrement les démunis à se payer des services sur le marché privé.Une logique que partagent bon nombre d'organisations précédemment nommées: le «consommateur» de soins et services doit en avoir pour son argent S'il n'a pas d'argent, l'État devrait défrayer pour un minimum de service Le profit, lui.est sauf.(1) Ce tour d'horizon est tiré d'un texte produit par la FTQ.en collaboration avec le SCFP et l'UES (local 298) (2) Santé et Bien-être Canada Les dépenses de santé au Canada 1970-1982 (3) rapporte par Lysiane Gagnon dans La Presse du 17|um 1986 (4) FNACQ Mémoire présenté à la Commission Rochon (5) cité dans La presse 10 décembre 1985 (6) extrait du mémoire présente a la Commission Rochon par le Regroupement des petits et moyens hôpitaux (7) mémoire présente par le Conseil des affaires sociales et de la famille a la Commission d étude sur l'avenir des municipalités (8) conférence prononcée à l'ouverture du congres de l'Association des hôpitaux du Québec extraits publies dans La Presse 2 ium 1986 {Deux secteurs, suite de ta page 20) Alors que se développe le lucratif marché des agences privées et de leurs travailleuses sous-payées, le bassin d'auxiliaires familiales à l'emploi des CLSC stagne.Pas de nouveaux emplois quand ce n'est pas abolition pure et simple de la liste de rappel À Montréal, de tels achats de services ont été fortement pratiqués dans le cadre du programme «cas lourds», adressé à des personnes en grande perte d'autonomie et nécessitant entre 5 et 35 heures de services par semaine.Autrement dit, on a confié à des travailleuses au salaire minimum, peu qualifiées, peu motivées parce que mal payées et sans formation, d'aider à domicile des cancéreux en phase terminale ou des victimes de la maladie d'Alzheimer! M Trépanier déplore que le secteur «maintien à domicile» soit le seul à faire ainsi appel à des ressources non spécialisées «Dans les centres d'accueil, fait-il remarquer, la ressource privée embauche du personnel aussi qualifié que dans le réseau public ■ N'y a-t-il pas risque que le réseau public continue de faire ce type de sous-traitance avec des agences privées puisque cela lui coûte moins cher: $8 40 au lieu de $13 ou $14 l'heure9 M Trépanier pense que ce serait un mauvais calcul.«Si on exige du secteur privé la même qualité de services que dans le secteur public, et ça s'en vient, les agences devront nécessairement augmenter leurs coûts.Leurs taux se rapprocheront de ceux du réseau public et c'est normal: pourquoi une auxiliaire qui fait le même travail et possède la même qualification serait-elle payée deux fois moins cher qu'une auxiliaire à l'emploi d'un CLSC9 Au total, croit André Trépanier, la privatisation coûterait presque aussi cher que l'ouverture de nouveaux postes dans le secteur public.Son opinion personnelle, c'est que le réseau privé aurait tendance à prendre les cas les moins problématiques donc les moins coûteux, en laissant au secteur public les personnes les plus «po-quées», celles qui requièrent le plus de soins La situation actuelle dans le secteur de l'hébergement lui donnerait certainement raison A 22/VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1986 mi MÈwm us — J'irai te chercher, jeudi prochain, ma chérie.L'homme embrasse la fillette sur la loue.Affectueusement Ils sont assis en face de moi, dans le wagon.J'assiste à cette scène Emue1 Troublée par tant de chaleur, je les observe à la dérobée La fillette pose son bras sur la cuisse de son père et appuie sa tète sur son épaule Les yeux rougis de chagrin.Ils ne se quittent plus des yeux.Et ne disent mot.Perdus et éperdus de tendresse.Ils s'aiment.Sans plus Indifférents au monde extérieur! Parfois parfois, il l'embrasse doucement, tout doucement sur le front.Comme pour chasser ses mauvais rêves de fil- lette qui vit dans l'attente de la semaine suivante.Il l'embrasse comme pour rassurer cette fragile enfant blottie au creux de son épaule Quelquefois, ils se sourient Et passe toute l'affection et passe toute la tristesse comme des amants que la vie sépare! Quelle scène touchante! Bientôt, il est l'heure de descendre Alors, la fillette plonge son regard dans celui de son père.Comme si elle sortait d'un conte de fée pour lui dire: «Déjà!» Il lui prend la main et l'entraîne vers la sortie À travers la vitre, |e peux les suivre, encore.Ils iront, ainsi, jusqu au bout .la main dans la main Unis par leur attente commune de la semaine prochaine.Et moi.je reste là Bouleversée.Chavi rée par tant de simplicité et de fraîcheur Ah1 subversive tendresse! J'aurais tant voulu que cela ne s'achève pas J'aurais tant voulu1 Mais la vie a parfois de ces exigences.Et jeudi prochain, ce sera Noël! Alors, ils se retrouveront, s'aimeront et se quitteront, à nouveau Mais, je suis certaine qu'ils seront présents à cette grande fête de l'Amour Noël1 Noël1 Et voilà que «le monde entier tressaille d'espérance '» ALINE ST PIERRE Aline St-Pierre est bénévole et membre du Conseil national de Développement et Paix (suite à la page 13 S rer sa qualité de vie et son environnement, ça peut se négocier entre lui et son environnement II a le droit d'exprimer ses attentes et ses limites autant que son entourage.C'est à ce moment-là seulement qu'une négociation peut s'établir Par rapport aux ieunes qui vivent une situation d'isolement, situation propice au suicide, je crois qu'il faut stimuler les contacts entre les jeunes que nous connaissons et favoriser la mise sur pied de réseaux de communication et d'apprentissage.Ces réseaux existent souvent déjà chez les ieunes Malheureusement, nos préjugés et nos peurs face, par exemple, aux drogues et à la sexualité nous amènent parfois à douter de la valeur de ce que les jeunes vivent et apprennent dans leurs gangs Nous pourrions faire autre chose que de déconstruire leurs réseaux de vie A (1) Tire d une série d'articles parus dans le Devoir 9 10 et 11 septembre 1986, sous la plume de François-Barbeau (2) Exit pour la vie, une brochure de 58 pages destinée aux jeunes, est disponible à la Fondation Jeunesse 2000.420 rue St-Paul est.Montréal H2Y1H4 Tel 844-1737 Coût S4 l'exemplaire Racontant l'histoire de trois amis confrontes au suicide, la brochure véhicule néanmoins de l'espoir, l'espoir qu'auiourd hui nous réfléchissions a des choix de société plus humains pour l'avenir Ne manquez pas, dans Vie ouvrière de janvier-février • Un dossier sur le visage multiculturel de Montréal • Une entrevue avec deux jeunes militants pour le désarmement • Un article sur la situation du français langue de travail VIE OUVRIERE/DECEMBRE 1986/23 t£ AK3ÊL OS JOUB.VO D*£AiHAur/ AD HOH 00 PERE NOËL .DES PTiTêS FHUE5, DÈS PTH3 GARS EfDE LA CblDHBB h.
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.