La presse, 6 septembre 1986, B. Samedi plus
[" SAMEDI PLUS IA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 6 SEPTEMBRE 1986 photothèque IA PRESSE photothèque IA PRESSE L'emprisonnement de Nicholas Daniloff a soulevé une L'URSS qu'on présente aux touristes est bien différente de celle que connaissent les correspondants des véritable tempête dans le milieu journalistique.médias.Pour le journaliste étranger, l'URSS est un champ de mines JOONEED KHAN jour un journaliste 'occidental, fonctionner à Moscou, c'est comme avancer sur un champ de mines.Voilà pourquoi j'ai abandonné la carrière : je savais que, tôt ou tard, ça finirait mal et que je finirai par sauter ».David Levy, qui inaugura le bureau de CBC à Moscou en 1964 et y demeura 10 ans comme reporter, commente ainsi, pour LA PRESSE, l'arrestation du journaliste américain Ni- cholas Daniloff.qu'il connut bien à l'époque car celui-ci travaillait alors pour l'agence UPI dans la capitale soviétique.« Après 20 années de prudence, Nick Daniloff a fini par sauter sur une mine », dit-il.Daniloff, 52 ans.est né à Paris d'une famille d'émigrés russes.Son grand-père fut chef de la sécurité dans l'armée tzaris-te et un de ses aïeuls était un décembriste, ayant participé au soulèvement de 1825 contre le tsar Nicholas Ier.Fin de mandat Réassigné à Moscou il y a cinq ans, il devait terminer ce mois-ci son mandat de correspondant de l'hebdomadaire US News and World Report, mais il était arrêté samedi dernier par huit agents du KGB dans le parc du Mont-Lénine, au moment où il venait de recevoir David Halton, qui fut correspondant de CBC à Moscou en 1977-78, y voit une tentative de la vieille bureaucratie de ternir l'image d'ouverture, de libéralisation et de sophistication que Mikhaïl Gorbatchev veut projeter.photothèque LA PRESSE une enveloppe des mains d'un ami soviétique.Selon son éditeur, Mortimer Zuckcrman, qui a passé 90 minutes avec lui dans la cellule de huit pieds sur dix que Daniloff partage avec un codétenu à la prison de Lefortovo, l'enveloppe contenait des coupures de presse reflétant la façon dont Mikhail Gorbatchev est perçu dans les provinces, des photos d'amateur envoyées à la revue il y a un an mais jamais publiées, et les négatifs de deux cartes.« Une certaine naïveté apparente chez un correspondant de son expérience peut étonner, dit Levy, mais je pense que Daniloff aurait été arrêté même s'il n'avait pas accepté l'enveloppe.Il n'y avait pas de témoins, et le KGB voulait l'incriminer ».Monnaie d'échange La raison?« Obtenir une monnaie d'échange pour faire libérer le fonctionnaire soviétique de l'ONU, Guennadi Za-kharov, arrêté pour espionnage à New York il y a deux semaines », dit Levy, qui qualifie l'arrestation de Daniloff de « prise d'otage ».Peter Worthington, à l'épo- Ïue correspondant du défunt 'oronto Telegram à Moscou où il connut lui aussi Daniloff.est d'accord.« L'arrestation de Zakharov a pris le KGB de court, estime-t-il.Surtout qu'il n'a pas d'immunité diplomatique.Le KGB, qui connaît Daniloff depuis 20 ans, lui a tendu un piège juste avant son départ, espérant l'échanger contre Zakharov, car Daniloff non plus n'a pas d'immunité diplomatique ».Dans une conversation avec LA PRESSE, David Halton, qui fut correspondant de CBC à Moscou en 1977-78, y voit en outre, quant à lui, une tentative de la vieille bureaucratie de ternir l'image d'ouverture, de libéralisation et de sophistication que Mikhaïl Gorbatchev veut projeter.Résistances « J'étais en URSS en octobre dernier et j'y ai rencontré un frère de Gorbatchev, haut cadre dans la métallurgie, confie Halton.Il m'a dit qu'il y avait d'énormes résistances de la part des bureaucrates face aux réformes lancées par Gorbatchev.Ces bureaucrates sont traumatisés par les purges en cours et ils ont beaucoup d'influence ».Halton craint aussi que des faucons soviétiques, rejoignant en cela des faucons américains, ne profitent de l'affaire Daniloff pour tenter de torpiller la rencontre Shultz-Chevardnad-ze des 19 et 20 septembre \u2014 déjà remise une fois par Moscou après le raid américain contre la Libye en avril \u2014, et surtout le Sommet Gorbatchev-Reagan prévu cette année.« Gorbatchev semble tenir à ce Sommet et il faut croire qu'il recherchera une solution rapide à l'affaire Daniloff, sinon on risque l'escalade ».« Ce Sommet est bien trop important, renchérit Worthington.Les enjeux sont énormes.Et le Kremlin a plus à gagner que nous ».Une première L'affaire Daniloff est sans précédent parce que c'est la première fois qu'un journaliste étranger est emprisonné en URSS.« (usque-la, les Soviétiques avaient l'habitude d'expulser les correspondants qu'ils n'aimaient pas, dit David Levy.C'est la première fois qu'ils en incarcèrent un ».Le dernier cas le plus ressemblant dont Levy et Worthington se souviennent est celui du professeur américain Frederick Barghoorn, un soviétologue de Yale, qui fut arrêté en 1963 dans son hôtel de Moscou par des agents du KGB après qu'il eut pris livraison d'un colis.Selon une hypothèse, Moscou aurait voulu s'en servir comme monnaie d'échange pour faire libérer Igor Ivanov, un chauffeur soviétique arrêté quelques jours plus tôt pour espionnage aux Etats-Unis.Vulnérable « Mais le président John Kennedy se montra très ferme, et l'une de ses dernières réussites avant son assassinat fut d'obtenir la libération de Barghoorn, dit Levy.Mais c'était un universitaire, pas un journaliste ».Levy, qui raconte son expérience dans le livre Confessions of a Moscow Correspondent, affirme que le journaliste étranger est extrêmement vulnérable en URSS, à la merci, à la fois, « d'un système totalitaire qui contrôle tout » et « de ses propres éditeurs qui tiennent tellement au prestige de la dépêche datée de Moscou qu'ils contraignent leurs reporters à une prudence stérile ».« Les Soviétiques connaissent bien comment fonctionne notre presse, dit-il.Nous voir PATIENCE en B 6 Pour Peter Worthington, « l'arrestation de Zakharov a pris le KGB de court.Surtout qu'il n'a pas d'immunité diplomatique.Le KGB, qui connaît Daniloff depuis 20 ans, lui a tendu un piège juste avant son départ, espérant l'échanger contre Zakharov, car Daniloff non plus n'a pas d'immunité diplomatique ».r r r ^ photothèque IA PRESSE .< B 2 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 6 SEPTEMBRE 1986 ÉDITORIAL PAUL DESMARAIS présidant du conseil d'administration ROGER D.LANDRY président et éditeur MICHEL ROY éditeur odjoint OAUDC GRAVEL directeur ôe f information «AN-GUY DWUC odrtono(i»t« «I chef Les oubliés de l'État Ils ne sont pas assez nombreux.Ils sont surchargés de travail.Ils sont mal soutenus par des services de recherche et de secrétariat dérisoirement insuffisants.Ils sont gravement sous-payés.On les a reconnus.Ce sont les 202 membres de l'Association des substituts du procureur de la Couronne du Québec.j Ces avocats sont au service de la Justice, défendent les i droits de la collectivité, travaillent pour l'État.'.¦ Par la voie habituelle des négociations, ils ont patiemment ; revendiqué de meilleures conditions de travail et des salai- \u2022 res au moins comparables à ceux de leurs confrères de ' l'Ontario, du Nouveau-Brunswick, de l'Alberta, de la Saskat-¦ chewan, de la Colombie-Britannique gui sont tous mieux payés qu'au Québec.Ici, c'est 29 585$ après cinq ans de pratique.En Ontario, c'est 42100$, en Alberta 51 036$, au Nouveau-Brunswick 43391 $, en Saskatchewan 47500$.Ils | ont revendiqué, mais sans succès.Pour attirer l'attention, ils ont fait des «journées d'étude» ; le 28 août et le 3 septembre, paralysant largement l'appareil \u2022 judiciaire mais prévoyant chaque fois des «services essen-.tiels» pour les cas d'urgence.'\u2022 j De partout, et jusqu'au sommet de la pyramide sociale, ils >reçoivent des appuis moraux: le juge en chef de la Cour '.d'appel du Québec, le juge en chef de la Cour supérieure; le ! ;juge en chef de la Cour des sessions de la paix, l'Associa-\u2022tion des avocats de la défense, le bâtonnier du Québec, le -Comité Rouleau qui a étudié la question et donne raison aux '.procureurs, et même Me Daniel Jacoby, sous-ministre du 'Procureur général, qui lance cette observation: «À mon >pbint de vue.c'est un dossier qui est aussi sympathique que celui des infirmières.» Comme les infirmières, les procureurs de la Couronne sont en effet les délaissés, les oubliés de l'Etat.N'importe -quel avocat, haut-fonctionnaire, juge ou ministre reconnaît \u2022publiquement ou privément que les infirmières du Québec méritent un meilleur sort, que le temps est venu de les payer décemment, qu'elles ont raison de se mettre en colère, que la société est injuste en ne leur offrant qu'une majoration de .3,5 p.cent.De même, les citoyens éclairés, tout comme les membres du gouvernement, savent bien qu'une rémunération équitable en faveur des procureurs de la Couronne contribuerait à assurer l'indépendance, la compétence et l'intégrité de ces ihommes et femmes dont la mission consiste à protéger et à défendre l'intérêt public.Il faut sept ans à un procureur de la 'Couronne pour atteindre le salaire d'un policier au début de sa carrière.Dans ces conditions, le Québec s'expose à perdre ses meilleurs procureurs qui, maigre leur désir de bien servir la Justice et la société, passeront du côté des avocats de la défense.Ainsi, l'État affaiblit l'administration de la Justice.On s'étonne d'avoir à rappeler de tels arguments qui ressemblent à des truismes.Qui donc alors refusent d'entendre raison?Est-ce M.Herbert Marx, ministre de la Justice?On chuchote au contraire qu'il plaide la cause des procureurs auprès de ses collègues du gouvernement.Est-ce le Premier ministre, qui s'est pourtant montré sympathique a I égard du dossier des infirmières et qui.par voie de consequence, devrait appuyer la cause des procureurs?C est encore Me Jacoby qui souffle la réponse à l'un des journalistes de La Presse: «Le Conseil du Trésor n'est pas tellement ouvert à ce genre de choses-là.» Que le Conseil du Trésor et son président, M.Paul Gobeil, sbient résolus à protéger la caisse de l'État contre ceux qui vpudraietit la dilapider, les citoyens ne peuvent que s'en réjouir.Mais ce n'est pas abuser du Trésor de l'Etat que de payer convenablement celles qui soignent les malades et ceux qui servent la justice.La règle du 3,5 p.cent souffrira bien ces deux exceptions.Michel ROY Un missionnaire en Afrique du Sud La collation de Mgr Desmond Tutu comme archevêque du Cap et primat anglican d'Afrique du Sud marque une étape importante.Comme il se doit, le «who's who» de l'anti-apar-theid qui assistera a la messe dans la cathédrale du Cap rendra hommage à son rôle de dénonciateur sur la scène internationale des politiques raciales sud-africaines.Le travail qu'il doit accomplir dans son pays est toutefois beaucoup plus ardu.Lors de son passage à Montréal, Mgr Tutu a affirmé qu'il est le pasteur de tous les Sud-Africains, des Blancs comme dés Noirs.Les lois, les coutumes, les haines et les mauvaises habitudes font de son ministère une tâche herculéenne, surtout s'il continue son activité politique.Or, tout porte à croire qu'il conçoit son activité politique comme la partie la plus importante de son ministère.Mgr Tutu est un Noir qui est arrivé au faîte d'une organisation qui a longtemps fait partie de l'establishment blanc.Ses fidèles blancs et les Blancs en général suivent ses faits et gestes pour voir comment évolue une organisation qui s'est \u2022 manifestement africanisée: comment arrivera-t-il à concilier la promotion des droits des Noirs sans s'aliéner la bonne ' volonté de beaucoup de Blancs?! , Pas plus que les Noirs, les Blancs d'Afrique du Sud ne forment un groupe homogène.S'il y a des partisans à outrance de l'apartheid, il y a aussi des adversaires farouches, comme Madame Helen Suzman qui n'a cessé de dénoncer ce système pendant 30 ans au Parlement.Il se trouve aussi ^beaucoup de Blancs qui flottent entre les deux: l'apartheid Ç leur assure un confort précaire mais ils ne s'opposeraient Î.P$s à l'élimination de ce système qu'ils savent indéfendable.;Mgr Tutu est maintenant bien placé pour convaincre la \u2022I -majorité des Blancs qu'ils ont plus à gagner par une liquida- \u2022 ;
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