La presse, 24 janvier 1987, B. Plus
[" \u2022 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 24 JANVIER 1987 'Plus BV i Un bouc émissaire : Mulroney Le scandale de Saint-Jean fait les manchettes, mais toutes les critiques pointent le premier ministre GI&JBBRT LAVOIE Le premier ministre Mulroney vit des moments difficiles.Patrick O'Cal-Iaghan est un vrai conservateur, éditeur du Calgary M Herald, dans une * Alberta tory depuis une éternité, il a trépigne d'impatience pendant des années dans l'attente du dépari de Pierre Elliott Trudeau.Mardi matin, en commentant l'affaire Bissonnette, l'homme ramenait dans ses pages éditoriales un nom qu'il espérait ne plus jamais devoir prononcer.Il écrit : «La question se résume a cela: même dans ses pires moments, jamais on n'a doute du leadership de Pierre Trudeau!».Le message est sévère : les nombreux scandales qui secouent le gouvernement conservateur depuis septembre 1984 sont sympto-matiques d'un premier ministre qui n'a pas la poigne nécessaire.Après une semaine de manchettes sur le scandale de Saint-Jean-sur-Richelien.il devient évident que ce ne sont pas les spéculateurs locaux ou l'ex-ministre André Bissonnette qui alimentent le plus la colère des gens comme O'Callaghan et celle de la deputation conservatrice à Ottawa.C'est le premier ministre en personne que l'on critique.leudi, l'éditorial du Globe and Mail de Toronto s'en prenait à son tour a M.Mulroney.Brutalement, le journal lui a rappelé les nombreux postes au Sénat et les contrats qu'il a si souvent promis, à la blague, avant son accession au pouvoir.« Le premier ministre ne peut être considéré comme une victime d'une tendance déprimante et regrettable.Il est arrivé au pouvoir en promettant un tas d'avantages aux Conservateurs qui se sentaient oubliés depuis si longtemps.Il a lui même attisé cette tendance ».Mais lorsque le ministre de l'Énergie, M.Marcel Masse est venu à Montréal, mardi, pour annoncer qu'il profiterait du caucus, à Quebec, au début de février, pour donner aux députés un cours de « moralité publique», la marmite a sauté dans certains bureaux à Ottawa.« Les députés ont une excellente moralité publique ».a déclaré, outré, un membre du caucus, jeudi, en rappelant qu'à une exception prés, ce sont des ministres et le premier ministre qu'on a accuses de patronage et de favoritisme au cours des deux dernières années.« Ce problème se réglerait bien vite si le premier ministre prenait les mesures appropriées.Mais il ne peut pas en même temps nommer tous ses amis personnels au gouvernement, fermer les yeux sur l'octroi de contrats sans appels d'offres et nous prêcher une bonne conduite.Si nous donnons à tous l'impression que la porte n'est pas fermée, nous faisons croire que de tels gestes sont tolérés ».Les confidences recueillies jeudi permettent de croire que les critiques sont tout aussi dures du côté de la deputation anglophone.« La situation n'a jamais été aussi rose dans nos comtés : les taux d'intérêts sont bas, l'économie est florissante.Et où sommes-nous malgré tout ca ?Dans la m.», confiait jeudi un député.Le caucus anglophone croit que le premier ministre n'a pas réussi à se donner une équipe valable au Quebec.Il lui faut donner un coup de barre de toute urgence.Ces mêmes députés sont très insatisfaits des ministres québécois.Ils trouvent Marcel Masse trop intellectuel, Michel Coté trop ambitieux pour ses possibilités et Monique Vezina très ordinaire.On accepte mal de voir Roch LaSalle défendre Suzanne Biais-Grenier, que plusieurs voudraient voir exclue du caucus.Deux exceptions Après la tempête politique, une banale histoire de lucre «Je dis à la police allez-y, faites enquête, poursuivez si nécessaire, et si quelqu'un a violé la loi, mettez-le en prison».\u2014 Brian Mulroney CELLES paouiN du bureau de la Presse OTTAWA tLorsque le sénateur |ean M Bazin et son ami à Roger Nantel quit-jpp tent Bernard Roy ce mardi 13 janvier, le sort d'André Bissonnette est presque scellé.Les deux horn mes viennent de déposer sur son bureau un dossier accablant.Le lendemain il sera sur celui de son patron le premier ministre Brian Mulroney.Lecture faite, M.Mulroney demande à son secrétaire principal de fouiller un peu plus la question.Bernard Roy s'exécute, il donne notamment un coup de fil au Régistrairc général du Canada.Selon les directives sur les con- flits d'intérêts imposées par M.Mulroney, les ministres déposent chez le Régistrairc un inventaire de leurs actifs.Ils nomment ensuite un fiduciaire qui en assure seul la gestion pendant qu'ils siègent au cabinet.Dans les 48 heures il devient évident que le ministre d'État aux Transports nage en eau trouble.Cela ressemble de plus en plus au cas de l'ex-ministre torontois, Sinclair Stevens, qui menait de André Bissonnette et sa femme, Anita Laflamme, ft une époque moins noire.front ses affaires et celle du gouvernement.« Il y avait la tous les éléments d'un conflit d'intérêts.C'est clairement une des conditions dont on a tenu compte ».dira plus tard le vice-premier ministre Don Ma-zankowski.Pressé par le temps, Bernard Roy fait rapport à son patron à mesure que les choses se précisent.Il sait que plusieurs journalistes sont sur la piste et que tout risque d'être étalé sur la place publique d'une journée à l'autre.Samedi le 17 janvier, l'abcès est crevé.Deux quotidiens montréalais publient à la une des informations sur l'opération de spéculation foncière de Saint-|ean-sur-Richelieu, fief du ministre Bissonnette.Le lendemain matin le ministre millionnaire est convoqué d'urgence au cabinet du premier ministre.Après un bref téte-à-téte avec Brian Mulroney, il signe la lettre de démission qu'on lui demande.Il vide ensuite son appartement du Château Laurier et court se terrer à Saint-|ean.Le chef, lui, se présente à la réunion spéciale du caucus conservateur où il doit discuter de la reprise des travaux de la Chambre avec ses troupes.Plutôt que de leur servir un discours enthousiaste, il est forcé d'avouer qu'une nouvelle tuile vient de leur tomber sur la tête.Une fois cette corvée terminée, un communique laconique de 18 lignes est rédigé à la hâte pour annoncer le congédiement du mi- seulement â la règle : Pierre Ca-dieux leur semble un nouveau-venu prometteur et Benoit Bouchard est devenu leur idole.Même son de cloche du coté de Calgary où on dit que le « jury délibère encore » sur le cas de Marcel Masse dont on n'a pas encore accepté la nomination à un poste (l'Énergie) qui intéresse d'abord et avant tout l'Albert;!.Les retombées électorales Les derniers événements ne peuvent que compremettre la réélection des conservateurs.Pourtant les débats entourant l'affaire Oerlikon sont plutôt modérés â Dans les pires moments jamais on a clouté du leadership de Trudeau Ottawa.C'est comme si tout le monde setait donné le mol pour éviter de faire revivre le vieux cliché d'un monde politique québécois corrompu, â la Duplessis, qu'on a si souvent véhiculé au Canada anglais.« Pour la première fois dans l'histoire, les trois grands partis ont des chances réelles de faire élire des députés au Québec aux prochaines élections », explique le chroniqueur Douglas Pisher.du Toronto Sun.On dénonce le scandale, bien sur, mais on prend bien soin de ne pas insulter les Québécois.Les sondages internes de tous les partis montrent une baisse de la popularité des conservateurs qui ont perdu leurs sympathisants péquistes des dernières élections au profit du NPD.Il pourrait y avoir une lutte â trois dans certains comtés au prochain scrutin et personne ne veut prendre le risque de froisser cette clientèle.Les libéraux jubilent : ils affirment constater un regain de popularité, jusque chez les fonctionnaires, qui leur passent de plus en plus « d'enveloppes grises » sur les dossiers confidentiels du gouvernement.« Mulroney sera incapable de renverser la tendance d'ici la fin de son mandat, affirme le président de leur caucus, M.Doug Frith.Autant manoeuvrer un super-pétrolier dans une mer en furie ».Les conservateurs croient encore au miracle.Mais certains songent déjà a laisser tomber la politique à la fin de leur mandat.C'est encore une minorité, mais le sentiment de découragement qui la caractérise montre bien les dégâts causes au sein d'un parti qui se voyait au pouvoir pour au moins deux mandats, il y a à peine deux ans.« je ne reviendrai plus ici, c'est un travail de fou.Ça ne vaut pas la peine de vivre pour va ».confiait, cette semaine, un adjoint de ministre.Dans l'Ouest, on se refuse à imaginer le pire.« |e pense que le PC a encore le temps de se remettre », déclarait, jeudi.Christine Muska.éditorialiste du Calgary Herald.« Si le gouvernement nous donne une bonne politique fiscale et une nouvelle politique energitique, il aura une chance de s'en sortir ».Il reste encore au moins deux ans avant le rendez-vous fatidique.Le délai est plutôt court pour le premier ministre Brian Mulroney.11 n'a pas la marge de manoeuvre budgétaire pour présenter des politiques fiscales et energitique populaires, mais aussi, coûteuses.Deux ans.c'est bien court pour un gouvernement qui fait face â une presse devenue cynique.Les derniers scandales ont lancé les médias sur des pistes juteuses.Tout le monde est à la recherche de son petit scandale.Jean Bazin nistre.Une conférence de presse de M.Mulroney est prévue â l'issue de la réunion ; aussi bien lâcher le morceau tout de suite.Il a au moins l'air d'un homme qui prend des décisions rapidement et sait faire face à la musique.Péché d'omission ou petite erreur, le communiqué passe sous silence les raisons du renvoi de M.Bissonnette.Interrogé sur le sujet dimanche, M.Mulroney refuse d'expliquer son geste.Il faudra trois jours avant que le gouvernement reconnaisse qu'il s'agit d'abord d'une histoire de conflit d'intérêts et ensuite d'une banale affaire de lucre qui relève de l'escouade criminelle.Lorsqu'il l'admettra finalement aux Communes mercredi, c'est que la chose est devenue évidente avec l'avalanche de preuves qui s'ajoutent au dossier.Enquête Jamais satisfaite, l'opposition réclame depuis la tenue d'une enquête publique sur ce qui est devenue l'affaire Oerlikon-Bisson-nette.Tant les députes de |ohn Turner que ceux d'Ed Broadbent veulent faire durer le plaisir.Bernard Roy Mais le gouvernement a appris avec la tenue de l'enquête Parker sur l'ex-ministre Sinclair Stevens.Au lieu de s'effacer en quelques semaines comme le font la plupart des scandales, celui-là hante le régime depuis des mois.C'est sans doute pourquoi M.Mulroney s'est empresse cette semaine de confier le dossier à la Gendarmerie royale.L'aspect politique a été traité lorsqu'il a chassé M.Bissonnette dit-il, l'aspect criminel le sera après enquête de la police.L'autre voie qui s'ouvrait à lui était de confier le dossier à un comité parlementaire.Ce forum, nécessairement partisan, ne ferait que tourner le fer dans la plaie sans pour autant épargner les longs recours aux tribunaux.Aujourd'hui M.Mulroney s'envole vers l'Afrique en 'espérant que le pire de la tempête est passé.11 sera toujours temps d'aviser lorsque, dans huit ou dix mois, commencera le procès sur « la passe de Saint-|ean ».SUITE DE NOTRE DOSSIER EN PACE B 6.NOttW Les 5 et 6 avril prochains, le premier ministre Mulroney et le président Ronald Regean se rencontreront a Ottawa, pour le troisième «sommet irlandais».Dieppe n'a pas suffi à ce héros québécois.Fait prisonnier, il s'évade et retourne en France occupée comme agent secret et fait évacuer plus de 300 aviateurs sous le nez de la Gestapo.L'Mi B4 Le ministre des Relations extérieures Monique Landry, responsable de l'ACDI, a annoncé une « réforme en profondeur \u2022 de cette agence gestionnaire d'un budget annuel de $2,5 milliards. Paul Desmarais .president du conseil -d'administration Roger 0.Landry Dresidertt éditeur Michel Roy éditeur adjoint Claude Gravai directeur de rinformstion Jean-Guy Dubuc Mitoriiliste en chef Éditorial Une enquête publique Après une semaine de révélations et de rebondissements, tout le monde a compris que l'affaire Oertikon n'intéresse pas seulement une poignée de spéculateurs et l'ancien ministre qui reste député de Saint-Jean.Beaucoup de questions demeurent sans réponse.Il est certain que l'enquête policière en cours apportera des explications.Mais plusieurs aspects de ce dossier ne relèvent pas simplement du code pénal; ils sont de nature politique dans certains cas; Ils peuvent toucher la moralité publique aussi; ils suscitent quelquefois des inquiétudes quant au rôle que jouent des personnes irréprochables qui ont des relations amicales avec le Premier ministre.C'est pourquoi l'enquête de la Gendarmerie, qui s'imposait de toute évidence en début de semaine, ne suffira pas à faire toute la lumière promise par le gouvernement.Ce n'est pas une démarche négligeable puisque des accusations seront sans doute portées et des coupables, condamnés.Mais beaucoup de ceux qui, a des degrés divers, ont participé à cette entreprise ne s'exposent à aucune accusation.Or si Ion veut connaître toute la vérité \u2014 sans éclabousser les innocents \u2014 il est nécessaire d entendre tous ceux qui sont intervenus à un titre ou à un autre.Les policiers qui parcourent Saint-Jean ces jours-ci ne peuvent forcer les citoyens a dire tout ce qu'ils savent; ceux-ci disent ce qu'ils veulent; ils n'ont pas a s'incriminer; une enquête n'est pas un procès.Il est bien possible que la GRC en apprenne assez pour crever labcès.Mais, en supposant qu'elle puisse découvrir tout ce qu'elle cherche au plan criminel, rien ne lui permet d'examiner des comportements illégitimes et qui ne sont pas criminels.Seule une enquête judiciaire et publique \u2014 une commission royale, comme on dit \u2014 permettrait daller au fond des choses, non pas pour engager une chasse aux sorcières, mais pour poser complètement les problèmes que font naître dans une société démocratique et libérale les interventions du pouvoir par personnes interposées, les jeux d influences, les pratiques tolérées qui offrent aux amis des avantages financiers et aux partis des fonds d'appoint.Devant un president de commission Judiciaire, les témoins doivent sous serment révéler ce qu'ils savent.Est-il vraiment nécessaire de déployer un appareil aussi lourd dans laffaire Oerlikon?Oui, puisqu'il s'agit d un contrat de $600 millions octroyé par I État fédéral; oui, parce qu'il faut en finir avec les operations occultes, légales ou illégitimes, qui peuvent encore précéder ou suivre l'adjudication de contrats de cette importance; oui, pour éliminer toute forme de prévarication chez les élus, les fonctionnaires et les chargés de missions.Une enquête publique et judiciaire répondrait à d autres besoins.Si des irrégularités comme celle-là doivent continuer â la même cadence, la population finira par croire que l'adage populaire est fonde, que la politique est sale et que nul ne peut exercer une charge publique sans défaillance.En realite, la très grande majorité des élus observent rigoureusement les normes les plus sévères de la moralité publique; mais le peuple ne le croira jamais si le Pouvoir réprime mollement les écarts spectaculaires.I! faut, par des enquêtes publiques, démontrer au citoyen que I intégrité n est pas simplement une qualité importante en politique: c'est une condition préalable.Michel ROY Une baisse insignifiante La baisse des taux d'intérêt au Canada et un peu partout ailleurs est une bonne nouvelle.Dans l'absence d'une inflation trop menaçante, la baisse du loyer de l'argent stimule la consommation et les investissements; elle soutient ainsi la croissance économique.Ce signe favorable a été salué en gran-.de pompe à la Bourse, où investisseurs et spéculateurs attisent la flambée des cours.Le gouvernement peut s'enorgueillir d avoir ramené le taux d'escompte de la Banque du Canada et les taux préférentiels des banques à leur plus bas niveau depuis presque neuf ans.Cependant, il ne doit pas crier trop fort.Dans l'ensemble de sa gestion de l'économie, cet ajustement des taux d'intérêt fait penser à Nancy Greene qui réglerait la fixation de ses skis alors qu'elle dévale Whistler Mountain à cent kilomètres a l'heure.Les taux d'intérêt ne sont pas actuellement d'une importance primordiale pour l'économie canadienne.Ils permettent de maintenir un équilibre financier à l'intérieur du Canada et entre le Canada et le reste du monde.Or, l'économie canadienne est en porte-a-faux et celles d autres pays importants ne sont guère mieux équilibrées.Le maintien d'une certaine stabilité par rapport au reste du monde ne signifie pas que I économie canadienne se porte bien; les efforts pour maintenir cette stabilité ne sont pas un remède aux maux économiques.Le problème du Canada est son déficit budgétaire: nous vivons au-dessus de nos moyens.Le gouvernement fédéral et beaucoup de gouvernements provinciaux empruntent pour payer les services qu'ils donnent aux citoyens.Un jour ou l'autre, il faudra payer cette facture, soit par le sacrifice économique de nos descendants, soit par une baisse soudaine de notre niveau de vie.Si l'échéance ne s est pas encore présentée, c est que les États-Unis se sont engagés dans la même voie que nous.Leur crédit leur permet d'emprunter a tour de bras a l'étranger pour acheter les biens qu'ils ne produisent pas et qui font partie de leur niveau de vie excessif.Comme le montre notre excédent commercial, le Canada bénéficie largement de la prodigalité des Américains.Malgré la hausse a la Bourse et maigre la croissance économique, la situation est essentiellement malsaine car elle ne saurait continuer sans que la dette publique ne finisse par engloutir tous les impôts des contribuables.Tôt ou tard, il faudra sabrer dans le déficit budgétaire et cesser de vivre aux dépens des générations futures.Beaucoup de ministres des Finances se sont succédé à Ottawa et ont promis en vain de diminuer le déficit.M.Michael Wilson, aidé par de solides connaissances financières et une conjoncture favorable, a mieux fait que ses prédécesseurs, mais la dette ne cesse de grimper.Pour autant que l'économie ' continue à croître et que le chateau de cartes de la finance internationale ne s'écroule pas, il finirait sûrement par permettre a M.Muironey de tenir sa promesse de réduire le déficit.Cependant, rien ne dit qu'il aura le loisir de le faire graduelle-.ment et sans froisser les électeurs.Il arrive un temps où il ne suffit pas d'aller dans la bonne direction: il faut arriver au but.A côté de ce problème gigantesque, la baisse des taux d'intérêt est insignifiante.Peéelérfc WACNIIM TRIBUNE LIBRE Et le kilométrage?¦ Les hommes ont trois fois plus d'accidents routiers que les femmes (La Presse, dimanche 11 janvier).À chaque fois que l'on mentionne ces chiffres, on ne parle jamais de distances moyennés parcourues par les conducteurs de chaque sexe.Le taux d'accidents plus élevé des hommes ne serait-il pas du tout simplement au t'ait que les hommes font, en moyenne, plus de kilométrage et sont donc plus longtemps exposés aux dangers de la route?Tant que cette donnée ne sera pas prise en considération, il me semble que toute comparaison entre les conducteurs de chaque sexe est boiteuse et n'est pas un reflet de la réalité.Patrice Bélanger Brossard Une tolérance dangereuse Monsieur Jean Doré Maire de Montréal ¦ Afin de réduire le stationnement en double dans les zones commerciales, n'y aurait-il pas lieu de réserver des espaces pour les véhicules de livraison et de les tarifier en conséquence (ex.: 1$ du 10 minutes).Bien que le stationnement en double soit illégal, il n'est pas fréquemment puni.Vous n'avez qu'à surveiller avenue du Président Kennedy, près de McGill COHsgC.itre les immeubles de la u\\i .; de Place Mercanti! Cette to,.i .nce devient dangereuse.Serge TRUDEAU Saint-Lambert Le travail le dimanche ¦ Il est temps que nos dirigeants considèrent la population comme des adultes capables de prendre leurs propres décisions et qu'ils leur donnent la liberté de magasiner non seulement quand ils le peuvent, mais surtout quand ils le veulent.Présentement, la population vit le samedi une situation stressante.On a plein de courses à faire et les magasins ferment à 5h.Aussi, on aimerait bien relaxer et flâner un peu le samedi matin.Le dimanche matin pourrait être consacré à la détente.On pourrait fort bien ensuite ouvrir les magasins à 12 h ou 13 h, co qui laisserait ainsi du temps pour le brunch en famille ( pour ceux qui sont préoccupés de laisser ce jour à la famille).Un employé ne devrait pas avoir à travailler un plus grand nombre d'heures, de même qu'il ne devrait pas être obligé de travailler le dimanche.Avec le taux de chômage, il y a suffisamment de gens désireux de le faire sans qu'on doive brimer la liberté de ceux qui refusent.Et que ceux qui en sont encore au jour du Seigneur restent chez eux.Il pourrait y avoir aussi des horaires plus flexibles: une semaine de 3 jours suivie d'une semaine de 4 jours de travail, je suis assurée que beaucoup de personnes seraient intéressées à un tel horaire.De même pour les bureaux de service: téléphone, électricité, assurances, caisses, banques, etc.qui sont tous ouverts aux heures où les gens sont au travail.Pourquoi ces bureaux ne fonctionneraient-ils pas de 11 h à 19 h, par exemple?De favori à permettre à tous les travailleurs d'avoir accès enfin à ces services?(.) Dorette DUMAS-LAVOIE Valleyfield Si nous étions indépendants ¦ Qui sont donc ces menteurs qui font croire aux émigrés qu'en venant ici au Uueboc, ils y trouveront un paradis de richesses et d'emplois?Notre gouvernement ne sait plus où donner de la tête pour réduire les dépenses et les déficits.Cette marée d'immigrés remet en évidence le besoin qu'aurait le Québec d'être le seul maître des politiques d'immigration (là comme en tant d'autres domaines d'ailleurs).Notre dépendance vis-à-vis les Lettres courtes, S.VP.¦ Les lettres sous cette rubrique doivent être courtes.Elles doivent inclure signature, nom complet, adresse et numéro de telephone.LA PRESSE ne peut s'engager a toutes les publier.Les adresser à: Tribune libre, LA PRESSE, 7, rue Saint-Jacques, Montreal H2Y 1K9_ lois d'Ottawa ne ressort que trop devant ce phénomène.Si nous étions indépendants, les choses se passeraient autrement.Nous aurions sans doute plus d'autorité pour choisir et contrôler l'arrivée des étrangers sur notre territoire.Les politiques fédérales en matière d'immigration desservent non seulement le Canada mais surtout le Quebec; nous venons d'en avoir la preuve une fois de plus.(.) On devrait surtout dénoncer et condamner le marchandage, le vol et le banditisme de certaines organisations plus ou moins occultes qui vendent du rêve et de l'illusion à de pauvres gens déjà dans la misère dans leur propre pays et qu'on amène chez nous à prix élevé, dans l'espoir qu'ils connaîtront de meilleures conditions de vie.(.) Guy MILOT Montreal LECTURES Les précurseurs de la Révolution tranquille PIERRE VENMAT oute étude qui ferait \" ¦ démarrer le Québec actuel avec la Révolution tranquille ou même la Deuxième Guerre mondiale serait une analyse à courte vue.» Les analyses à courte vue sur le Québec ne manquent pas.Un mythe répandu, par exemple, consiste à dire que jusqu'à l'arrivée au pouvoir de Jean Le-sage, en juin I960, tout n'était que «grande noirceur».Mais il en existe bien d'autres auxquels se sont attaqués, avec succès, les historiens Paul-André Linteau, René Durocher, lean-CIaude Robert et François Ricard, dans le deuxième volume de l'Histoire du Québec contemporain, intitulé Le Québec depuis 1950.«Dès le début des années 1930, l'expression du réformisme néo-1 ibéral au Québec s'élabore dans certains milieux.Le Parti libéral du Québec, sous l'influence de dirigeants comme lean-Maric Radeau ou Georges-Emile Lapelme, préoccupés l'un et l'autre de formulation idéologique autant que d'action électorale, est un foyer de réflexion particulièrement actif.Le mouvement syn- dical et ses nombreuses publications y jouent également un rôle important, de même que les universités.«Mais on a eu tendance, dans l'historiographie, à négliger cette mouvance néo-libérale, encore mal connue, pour accorder une attention quasi exclusive à Cité libre, dont on a fait pratiquement le seul Heu d'émergence de ce courant.Une telle simplification, qui commence à être critiquée, s'explique par le fait que cette revue, fondée en 1950 par Pierre Elliott Trudeau et Gérard Pelletier, demeure, malgré son petit tirage, l'un des canaux d'expression et des centres de rassemblement privilégiés du nouveau libéralisme, lequel toutefois la déborde nettement.» Les quatre historiens accordent également de l'importance au néo-nationalisme dans l'élaboration du Quebec d'aujourd'hui.«Il ne faut pas concevoir le neo-liberalisme et le neo-natio-nalisme comme des mouvements opposés ni même antagonistes.De fait, en matière sociale, économique et politique, ils se réfèrent l'un et l'autre aux mêmes valeurs essentielles, si bien qu'on pourrait les considérer comme deux variantes d'un même courant central, le réformisme libéral.Ils se distinguent toutefois par les groupes sur lesquels ils s'appuient, par leur attitude face au nationalisme traditionaliste, et surtout par leurs positions à l'égard de la question nationale.» Selon les auteurs de Le Québec depuis 1950, le néo-nationalisme est une nouvelle formulation réformiste du nationalisme, qui se fait jour dans quelques milieux particulièrement actifs.On mentionne notamment l'Université de Montréal où des économistes des Hautes Études Commerciales et surtout des historiens comme Guy Frégault, Maurice Seguin et Michel Brunet se font les définisseurs du nouveau courant.Celui-ci s'étend parmi les étudiants, les futurs enseignants, des permanents syndicaux, des membres du mouvement coopératif, les militants plus jeunes de certains groupes nationalistes comme les sociétés Saint-lean-Baptiste, de même que dans une partie des milieux d'affaires, notamment à la Chambre de commerce de Montréal.«Mais le penseur et l'animateur le plus Influent du néo-nationalisme est un journaliste: André Laurendeau.Peu après la guerre, toutefois, il se remet à la tâche de rénover la pensée nationaliste en écrivant pour L'Action nationale, dont il reprend la direction de 1948 à 1956, et surtout pour le quotidien Le Devoir, où il devient rédacteur en chef adjoint en 1949.Grâce à lui et ses collègues, les Gérard Filion, Pierre Laporte, |ean-Marc Léger, ce journal devient, tout au long des années 1950, la principale tribune du néo-nationalisme, auquel se rallient bientôt la Fédération libérale et le Parti libéral du Québec, qui en fait une inspiration majeure de son programme.» Les quatre historiens se font fort d'expliquer que le néo-nationalisme est lui-même l'aboutissement d'une tendance apparue dès les années 1930, notamment avec l'Action libérale nationale, et qui s'est prolongée pendant la guerre avec la Ligue pour la défense du Canada et le Bloc populaire.Il n'y aurait pas eu de Révolution tranquille si elle n'avait pas eu de précurseurs.Histoire du Québec contemporain, volume 2: L< Québec depuis 1930, Paul-André Linteau, René Durocher, |ean-Claude Robert et François Ricard.Boréal Express, 739 pages.««* LA PRESSE.MONTRÉAL.SAMEDI 24 JANVIER 1987 Plus \u2022B3 Brian Mulroney change de stratégie face aux Américains du bureau de LA PRESSE OTTAWA et est les 5 et 6 avril prochain que le premier ministre Mulroney et le président Ronald Reagan se rencontreront à Ottawa, pour ce qui sera le troisième « sommet irlandais ».D'ores et déjà, il faut être assuré qu'il n'y aura pas de spectacle à grand déploiement comme ce fut le cas lors de la première rencontre à Québec, il y a deux ans, quand les deux hommes se retrouvèrent sur une scène pour chanter ensemble « When Irish eyes are smiling ».« Le petit gars dc Baie-Comeau » avait voulu alors être un hôte gentil pour son copain Ronald, mais celui-ci n'était pas aussitôt retourné dans sa capitale qu'il reniait les engagements signés à Québec.Le Canada estime aujourd'hui que sur deux dossiers essentiels, soient le libre-échange et la lutte aux pluies acides, les I tats-Unis n'ont pas respecté leur parole.C'est pourquoi Brian Mulroney a demande a voir d'urgence cette semaine le vice-président George Bush et le Secretaire d'État au Trésor, lames Baker.Libre-échange et pluies acides Le premier ministre a affirme mercredi à ses invités que la Maison-Blanche n'accordait pas assez d'importance au dossier du libre-échange, une situation qu'il trouve étrange étant donné que le Canada cm de loin le plus grand partenaire des Etats-Unis.Dans le cas des pluies acides, M.Mulroney a reproché à son voisin de ne pas fournir les fonds qui avaient etc promis l'an dernier, a Washington.George Bush a déclaré qu'il avait compris le message, allant jusqu'à dire même qu'il en avait « eu plein les oreilles ».Il n'a rien promis toutefois pour régler les problèmes, se contentant dc dire qu'il s'empresserait des le lendemain de transmettre l'impatience canadienne au président Reagan.Mais personne ne s'attendait à ce que la réunion de mercredi, convoquée à la dernière minute, puisse déboucher sur des solutions miracles.Tel n'était pas d'ailleurs le but de la visite pour le gouvernement conservateur.Fini l'approche conciliante La réunion a marqué la fin de l'approche conciliante de Brian Mulroney envers les États-Unis.Pour les éditorialistes anglophones, le changement de ton chez les conservateurs était nécessaire.L'attitude copain-copain dc Brian Mulroney envers Ronald Reagan a nui aux intérêts canadiens, selon la presse torontoise.D'ailleurs, l'électoral n'a pas suivi, demeurant sans cesse méfiant.Une approche plus agressive, pense-t-on au Canada-anglais, servira mieux la cause du pays.En arrivant au pouvoir, le chef tory a voulu se démarquer dc la politique traditionnelle d'indépendance face au géant américain, dont les années Trudeau ont marqué le point le plus sombre.Mais la stratégie conservatrice a échoué et Brian Mulroney se devait dc changer de cap rapidement.Est-il trop tard?le virement de direction donnera-t-il des résultats?Tout reste à voir.Du côté de l'administration Reagan, on ne s'inquiète pas trop.Au lendemain de la visite de Bush, un diplomate américain en poste à Ottawa confia à LA PRESSE que.oui bien sur, le nouveau message a été saisi, mais que d'autre part, l'équipe Mulroney a fait un peu de théâtre mercredi dernier.« On a eu la nette impression que le premier ministre a cherché surtout a convaincre le public canadien ».a dit le représentant des États-Unis.Malheureusement pour le parti ministériel, tout le scénario orchestré autour de la visite de George Bush n'a pas eu l'impact voulu et il est passé au second plan, derrière le scandale entourant le congédiement d'André Bissonnette et la vente d'un terrain à prix d'or à la firme suisse Oerlikon.La visite de George Bush signifie qu'Ottawa mettra fin a sa cour assidue pour gagner les faveurs de la Maison-Blanche.Pour Ronald Reagan, la perte éventuelle d'un ami \u2014 et il sont rares dans le moment \u2014 est sûrement désagréable.Mais, si les propos dc Bush sont révélateurs.Washington ne fera rien d'exceptionnel pour sauver cette amitié.À moins que l'équipe républicaine réussisse à endiguer la vague protectionniste venant du Congres et qui risque de frapper d'importants secteurs industriels canadiens, ou que Ronald Reagan s'émeuve subitement à cause des pluies acides.Comme le dirigeant américain tente surtout dans le moment d'échapper au gâchis Iran-Contra, les sentiments de frustration exprimés par Ottawa ne sont pas au premier rang des priorités de la Maison-Blanche.Les visiteurs américains ont insisté beaucoup l'autre jour pour dire à leurs hôtes que l'administration Reagan n'est pas paralysée et que le problème Iran-Contra, si sérieux soit-il, est sous contrôle.Ceci étant dit, on avoue chez nos voisins : « Il est inévitable que ces deux affaires prennent beaucoup d'énergie ».En d'autres mots, il reste moins dc temps pour s'occuper des autres problèmes.Bush-Canada Il faut se demander aussi ce que représente le dossier « Canada » pour George Bush, alors que celui-ci se prépare de plus en plus activement pour la prochaine campagne présidentielle et qu'il risque d'être emporté par la chute dc popularité dc son président.Les ministres conservateurs ont eu également une grande leçon d'humilité cette semaine.Lorsque )oe Clark et Pat Carney ont tenté de convaincre lames Baker que la nouvelle réglementation américaine sur les importations canadiennes de gaz naturel était inacceptable, ce dernier leur a avoué tout bonnement qu'il n'était pas très familier avec le dossier.Il a suggéré aux deux ministres qu'il vaudrait mieux peut-être remettre la discussion à une prochaine rencontre.Le Canada risque pourtant dc perdre $200 millions dans cette affaire.Tous ces accrochages entre les deux pays auront fini par inciter le premier ministre a ouvrir les yeux sur la vraie nature de son voisin.Les partis d'opposition doutent bien sur qu'il devienne un meilleur négociateur pour autant.Toutefois, le public canadien se reconnaîtra mieux, semble-t-il, dans cette nouvelle approche d'autonomie face aux États-Unis.Tout s'était déroulé avec larges sourires, lors de la rencontre Mulroyey-Reagan il y a deux ans à Ouébec, mais Reagan n'était pas aussitôt retourné dans sa capitale qu'il reniait les engagements signés.Quand les parlementaires veulent bien se parler., tout va mieux StLBERT BRUNIT du bureau de LA PRESSE QUEBEC Apres trois jours dc délibérations en commission parlementaire, l'impensable est survenu : aux antipodes lorsque les travaux ont commence, les députés des deux formations politiques se sont entendus sur une révision de la délimitation des circonscriptions électorales.Dénouement imprévisible.Preuve qu'un consensus est possible, entre libéraux et péquistes, si chacun vise sérieusement le bien commun.Le consensus est à mi-chemin et c'est l'ensemble des Québécois qui sortent gagnants.Le projet de loi qui en découlera, ne sera que « pure formalité ».Mieux : la Commission de la représentation électorale commence tout de suite ses travaux de refonte, sans attendre la loi, pour s'assurer qu'une nouvelle carte électorale sera en vigueur lors des prochaines élections.Si cette belle harmonie pouvait servir d'exemple, se plait-on à rêver.Sans usage dc la « force » d'une majorité; sans que la minorité prête des intentions malveillantes à la majorité.leudi, à la clôture des travaux.Michel Gratton, ministre délégué à la Réforme électorale, félicitait son adversaire péquiste, lacques Rochefort, qui ne lui avait laissé aucun répit depuis 72 heures : « Travail très positif, qui aura démontré que le PQ n'a pas le monopole de la rectitude ».Et M.Rochefort d'ajouter : « |e lève mon chapeau; M.Gratton a respecté à 100 p.cent les engagements qu'il avait pris.» Que l'objet de ces échanges sincères soit une amélioration des institutions démocratiques du Québec \u2014 déjà parmi les meilleures au monde \u2014 voilà un motif supplémentaire de réjouissance.Quoique, dans une société où l'on met l'accent sur la bisbille, qui se soucie de rapporter ce qui s'est passé à une commission harmonieuse?Les événements Le contexte : en arrivant au pouvoir, les libéraux confient à l'un des leurs, Me Louis Rémillard, le soin de préparer une révision de la Loi de M.Michel Gratton, ministre délégué a la Réforme électorale, et son adversaire péquiste, Jacques Rochefort, se sont félicités mutuellement cette semaine.1979 sur la representation électorale.Comment et quand revoir la carte?Comment et quand constituer la liste électorale?Comment diminuer les coûts du système?En août 1986, M.Rémillard remet son rapport à M.Gratton, qui le publie sans le commenter.Le Directeur général des élections, aussi président de la Commission dc la représentation électorale, Pierrc-F.Côté, est mal pris.Le rapport lui propose une importante diminution dc tache, de budget et d'indépendance.Et il se sait contesté, depuis des années, par l'équipe qui détient maintenant le pouvoir.Subtilement, il présente une analyse détaillée du projet, assortie de mises en garde au gouvernement.Le temps passe.En mars, M.Gratton avait fait adopter une loi reportant au 2 décembre 8b la prochaine révision de la carte et des listes d'électeurs.Rien n'étant prêt à ce moment, un nouveau projet de loi est venu, en décembre, repousser le tout au premier mai prochain.Soupçonneux, les péquistes n'ont consenti à ce nouveau report qu'à la condition que M.Gratton s'engage à soumettre l'ensemble de la réforme à l'approbation unanime des membres de la Commission des institutions.Pas de consensus, pas dc réforme.Franche discussion Mardi, le ministre a donné le ton : il appuyait l'ensemble du rapport Rémillard et appelait à une franche discussion.Impossible unanimité, car pour l'opposition, ce rapport pré- conisait un « inacceptable retour en arrière ».Elle acceptait néanmoins le défi des pourparlers.Tout le monde a eu raison.Le projet dc loi consacrera que : \u2014 les limites des circonscriptions seront fondées sur le nombre d'électeurs et non sur la population totale, recensée par Statistique Canada.Un statu quo que les libéraux acceptent mal, notamment parce que les allo-phones s'inscrivent peu sur les listes électorales.Mais un statu quo inévitable à partir du moment où le gouvernement acceptait la règle de l'unanimité; \u2014 la fréquence des révisions dc carte, que le projet Rémillard portait de quatre à dix ans, sera étudiée par M.Côté avant la rédaction du projet de loi; \u2014 le nombre de circonscriptions sera dorénavant inscrit dans la loi : il ne sera ni inférieur aux 122 actuelles, ni supérieur à 125.La moyenne d'électeurs pourra augmenter, dc 36 000 qu'elle est présentement, avec un écart inférieur à 25 p.cent.Pour une moyenne établie à 40 000, il n'y aura aucun comté de plus dc 50 000 électeurs et aucun de moins de 30 000, à l'exception des Iles-de-la Madeleine.Ces critères permettront de corriger le découpage actuel qui donne 52 000 électeurs dans Lé-vis et 25 000 dans Matapédia; \u2014 les secteurs électoraux \u2014 blocs de 2 500 électeurs susceptibles de passer d'une circonscription à une autre lors de révisions \u2014 sont abandonnés pour inutiles; \u2014 la Commission de représentation électorale conserve son caractè- re permanent et indépendant, mais elle devra soumettre ses prévisions budgétaires à l'examen des députés, distinctement du budget du Directeur général des elections; \u2014 le recensement des électeurs, qui suit toute nouvelle délimitation, pourra être ignoré, toujours d'un commun accord; une économie de $10 millions chaque fois, fait valoir M.Gratton.Le plus important ne fait toutefois pas partie de cette liste : les soupçons mutuels s'estompent pour faire place à un consensus obligatoire.Les deux partis y gagnent; les deux y laissent des plumes.Les institutions démocratiques s'en portent mieux.Reste l'argumentation économique.Si le mandat initial de M.Rémillard avait comporté ce volet \u2014 comparaison des coûts plutôt que présomption de gaspillage \u2014 la tournure des événements aurait pu être différente.À $10 millions par recensement; à tant d'autres millions par redécoupage; à tant pour une Commission permanente contre tant pour une Commission ad hoc, chacun aurait été en mesure de juger.L'absence de ces données a desservi M.Gratton quand il a motivé son appui aux recommandations Rémillard par une volonté d'économie.Cette absence a aussi alimenté la méfiance de M.Rochefort : c'est sûrement autre chose qu'ils ont en tète-Au-delà de cette erreur, quel respect les parlementaires gagneraient, dans l'opinion, en s'efforçant de respecter adversaires et opinions, comme ils l'ont fait dans ce dossier.Lysiane Gagnon L'enflure technocratique Al'hôtel de ville de Montréal, tout a change.Symbole qui augure d'une ère de consultation, le citoyen entre par la grande porte enfin ouverte au public.Au maire, on fait spontanément confiance: il est de son époque, intelligent, dynamique, équilibré.Dans la salle du conseil, il y a plus de femmes, des conseillers qui viennent d'horizons plus diversifiés qu'auparavant.Une autre génération, un vent nouveau.Le nouveau secrétaire-général a l'air sympathi* que et déterminé, et nul doute qu'il soit compétent.Hélas, alors qu'il livre son rapport sur le budget, on s'aperçoit que M.Le François ne parle ni français ni anglais.Il parle la langue des technocrates: \u20ac Le secrétariat général entend développer sur un plan méthodologique et selon les orientations de l'administration un cadre global d'intervention permettant d'identifier, d'ordonnancer et de prioriser les activités devant être réalisées.» Le reste est à l'avenant: optimalisation, responsabilisation, positionnement, bref il n'y manque que l'interface.Tout dc suite on voit ce qui menace le nouveau régime: l'enflure technocratique.Evidemment, il fallait moderniser une administration désuète et plutôt kétainc, mais faut-il maintenant aller à l'autre extrême?V V 4 M.Le François sera le fonctionnaire le mieux payé au Canada.A $ 120 000 par année (plus $ 5 000 pour les dépenses), il est payé plus cher que le greffier du Conseil privé à Ottawa ($ 110 000) ou que le secrétaire-général du conseil exécutif à Québec ($98 000), mieux paye que Paul Tellicr, Louis Bernard ou Roch Bolduc, que les ministres et les grands mandarins de la fonction publique.Pour superviser le service des incendies et l'entretien des rues, M.Le François (qui serait, dans des milieux moins portés sur l'inflation verbale, «le gérant de la ville»), sera plus payé que ceux qui, a Ottawa et à Québec, supervisent la sécurité nationale, les ambassades, les services sociaux, les écoles, les hôpitaux, les pêcheries et les mines, les orientations fiscales et économiques.En fait, dans le secteur public, il n'y a à peu près que le premier ministre du Canada qui soit payé plus cher que M.Le François.Lequel, bien sur.aura plusieurs adjoints, dont M.Beaudct, responsable de la planification stratégique (sic), issu comme lui de la fonction publique de Québec, et qui aura, avec $80 000 par année, le salaire d'un sous-ministre.Comme à son patron, la Ville lui paiera son déménagement selon les normes maximales en vigueur à Quebec: jusqu'à concurrence de $24 500.incluant les frais de courtage et de notariat.(Un déménagement «chrome» entre Québec et Montréal, incluant l'emballage, coûte environ $4 000).M.Dore justifie le salaire de son secrétaire-général par le fait que le chef du contentieux de la ville reçoit $ 110 000.Cela n'explique pas la différence de $ 15 000, sans compter que le principe est faux.Il est admis partout que certains spécialistes, notamment les avocats arraches aux firmes privées, commandent une rémunération supérieure a celle du responsable de l'administration.Le salaire actuel du chef du contentieux de Montreal constitue de fait une anomalie héritée, dit-on.de l'époque où la Ville avait donné, pour le retenir, deux grosses augmentations successives à Me Michel Coté.Mais est-il admissible que les échelles de salaire soient fondées sur une anomalie?A l'hôtel de ville, on parle du «gouvernement» municipal comme s'il était sur le même pied que ceux d'Ottawa et de Quebec.C'est ce qui permet de justifier l'implantation de structures (et de salaires) calqués sur les autres fonctions publiques.Cela ne tient pas debout.Montréal a juridiction sur des domaines infiniment plus limités et terre-à-terre, qui ne justifient pas une telle enflure bureaucratique, et elle n'est pas un gouvernement, mais une administration dont tous les pouvoirs sont délégués par Québec.Comme le signale le conseiller Nick Auf Der Maur, même la nomination de M.Le François devra être entérinée par l'Assemblée nationale! Mais au fait, en vertu du même principe défendu à l'hôtel de ville, comment se fait-il que M.Le Frunçois reçoive $27 000 de plus que le secrétaire général à Québec, qui est en quelque sorte son supérieur hiérarchique?* * * De toutes les villes américaines, Montréal avait déjà la structure politique la plus coûteuse: 58 conseillers pour un million d'habitants.Toronto (600,000 habitants) a 24 conseillers.Vancouver (un demi-million) en a 15.Idem à Los Angeles (cinq millions).Manhattan, trois fois plus peuplée que Montréal, en a 28.Le plus gros conseil municipal, après le nôtre, est celui de Chicago, où 52 conseillers représentent quelque cinq millions d'habitants.Par voie de conséquence, la Communauté urbaine dc Montreal constitue la quatrième plus grosse assemblée politique au Canada, après le parlement d'Ottawa et les législatures du Québec et d'Ontario! À l'inflation héritée du régime Drapeau, le RCM va rajouter la sienne.M.Auf Der Maur estime que quelque dix millions additionnels iront à l'administration.Les membres de l'exécutif auront des adjoints choisis parmi les conseillers (l'équivalent des adjoints parlementaires à Québec et Ottawa), qui recevront $9 000 en sus de la rémunération de base ($25 000 dont $5 000 non-imposables) et, comme des ministres, auront des attachés politiques commandant des salaires de l'ordre de $45 000.La rémunération additionnelle des conseillers délégués à la STCUM est plus que doublée, passant de $6 000 à $13 000.«C'était donc ça qu'ils voulaient dire (au RCM), de s'exclamer Auf Der Maur, quand ils parlaient de socialisme et de redistribution de la richesse?» Les conseils des ministres siègent au Lac à l'Épaule ou au Château Montebello?Le conseil exécutif (six personnes!) se réunit au Grand Hôtel pour «avoir la paix».comme si les secrétaires de la mairie n'étaient pas capables de filtrer les appels! Enfin, la nouvelle administration a suscité de la réprobation en achetant quelques limousines de plus.et en embauchant comme conseiller en aménagement le conjoint d'un membre de l'exécutif.En soi, cela n'a rien de scandaleux: M.Trudel, urbaniste ayant déjà travaillé à la Ville et depuis longtemps associé au RCM, a toutes les qualifications requises, et il s'agit d'un poste de nature politique, pour lequel un concours n'était pas nécessaire.Mais cela, «'ajoutant au reste, a été mal vu.Dans un budget de $ 1,5 milliard, évidemment,, ces dépenses ne sont que des gouttes d'eau, mais est-ce le message qu'on veut transmettre aux contribuables dont on vient de hausser les taxes, et aux syndiqués avec lesquels on s'apprête à négocier? 84 Plus LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 24 JANVIER 1987 Dieppe n'a pas suffi Fait prisonnier, le capitaine Lucien Dumais s'est évadé pour reprendre le combat ( \"llilloimlmti spci'itlU' Le nom de Dieppe évoque encore, 44 ans après le raid désastreux du 19 août 1942 au cours duquel la presque totalité des 5 000 soldats canadiens étaient tués, blessés ou faits prisonniers, l'image d'une inutile tragédie, d'un gaspillage éhonté de vies humaines.Cette image s'accompagne d'un préjugé difficile à déraciner, à savoir que les Canadiens avaient été jetés dans la bagarre sans préparation, contre leur gré.Voyons ce qu'en dit l'un des rares survivants, le capitaine Lucien A.Dumais, qui débarquait sur la plage de Dieppe, a la tête de son peloton des FMR.Lucien était alors sergent-major de peloton.«Dans leurs comptes rendus du coup de main de Dieppe, les Allemands ont décrit les Canadiens comme des moutons lancés dans la bataille sans préparation, presque avec la baïonnette dans le dos.« Nous étions au contraire préparés depuis longtemps à ce raid ; nous ne venions pas en aveugles mais en hommes libres voulant se battre en parfaite connaissance de cause.Nous étions fermement decides à réussir ce coup de main, a faire subir à l'ennemi le plus de pertes possible et à rapporter des renseignements pour la conduite future de la guerre.Ce n'était pas une tentative de débarquement niais un coup de main de commandos.L'ordre et l'heure de repli étaient prévus et toutes nos troupes ont débarqué.Des fleurs « beaucoup d'entre nous sont restes sur le sol de Dieppe et y dorment a jamais, entoures de la sollicitude des Dieppois qui fleu- rissent encore leurs tombes.Mais pas un seul n'est mort sans avoir fait payer lourdement à l'ennemi le prix de sa vie, car ses pertes furent considérables et les Allemands qui se sont battus à Dieppe ont dû reconnaître que les nôtres n'avaient qu'une idée : les approcher d'assez près pour les exterminer ».(Texte tiré de son livre Un Canadien français à Dieppe, publié en 1968 aux Éditions France-Empire de Paris).Dix-huit ans après la parution de ce livre et 44 ans après le raid, le capitaine Dumais, aujourd'hui âge de 81 ans, me déclarait au cours d'une interview à sa résidence de Pierrefonds : « Ceux qui continuent de colporter l'idée que nos soldats canadiens sont morts inutilement à Dieppe, et surtout qu'ils y avaient ete jetés comme des moutons à l'abattoir, ne font qu'insulter leur mémoire.Le raid de Dieppe, aussi meurtrier fut-il, a rendu possible le succès du Débarquement allie en Normandie, moins de deux ans plus tard.Voyez ce qu'affirmait lord Louis Mountbatten, l'un des stratèges de l'invasion alliée : « Pour un soldat mort à Dieppe, dix furent sauves sur les plages de Normandie, lors du débarquement du 6 juin 1944.» Un veritable héros Larousse donne cette définition du mot héros: «Celui qui se distingue par des qualités ou des actions extraordinaires, particulièrement à (a guerre.» Voilà qui convient parfaitement à cet ancien combattant de 81 ans que j'ai eu le privilège de rencontrer au cours d'un déjeuner mensuel de la « Royal Escaping Society », au local des Fusiliers Mont-Royal.On ne lui a pas décerné la Croix Victoria.Des 94 remises à des Canadiens depuis la guerre des Boers, un seul Québécois, le major Triquet, du Royal 22', en a été le récipiendaire pour son courage exceptionnel dans la bataille de Casa Berardi, Italie ( 1939-45).Le capitaine Dumais, par son remarquable et valeureux leadership à Dieppe, s'est mérité la Médaille militaire, tandis que ses exploits en France occupée, alors que, chef de réseau d'évacuation et plus tard chef de maquis, il s'est littéralement moqué de la Gestapo, lui ont valu la Croix militaire.Mais depuis le raid de Dieppe, où à la tète de son peloton, il combattit jusqu'à la limite du possible et fut contraint de se livrer prisonnier, le sergent-major (son grade au moment du raid) Dumais jura de venger ses compagnons d'armes tués et blessés.Ht c'est précisément au montent même où « sa guerre » semblait vouloir prendre fin dans l'humiliation d'un camp de prisonniers, que le sergent-major Dumais entreprit l'aventure qui devait en faire un authentique héros.19 août, prisonnier, 21 août, évadé Le prisonnier Dumais n'avait pas l'intention de croupir dans les baraquements d'un Stalag.Il n'avait qu'une idée en tète, s'évader, regagner l'Angleterre et reprendre le combat.L'occasion de fuir se présenta, moins de 48 heures plus tard, alors qu'un train de prisonniers entassés dans de vétustés wagons à bestiaux, roulait à petite vitesse en rase campagne.Avec l'aide de deux membres de son bataillon, le caporal Ver-mette et le soldat Cloulier qu'un heureux hasard avait places dans le même wagon, le PSM Dumais arrache la barre qui bloquait l:i Le capitaine Lucien A.Dumais à sa résidence de Pierrefonds, avec en main un des trois livres, publiés en 1968 et 1970, et dans lesquels il relate les extraordinaires péripéties de sa carrière militaire.Ces trois livres sont : Un Canadien français à Dieppe.Un Canadien français face a la Gestapo et The man who went back.lucarne du côté droit à l'arriére du wagon et ils la maintiennent en place jusqu'au moment qui leur paraîtra favorable.Retournons au récit qu'en a fait le sergent-major dans son livre : « .Notre train vient de dépasser la ville de Rouen.La lune se cache maintenant derrière les nuages et la nuit devient complètement opaque.Le train prend une courbe très accentuée sur la gauche, notre fenêtre devenant, de ce fait, hors de portée de vue des guetteurs.« C'est le moment ! Allons-y ! Nous sortons par l'ouverture pratiquée ; je passe le premier, suivi de Vermette et de Cloutier.À la force des poignets, en nous suspendant aux aspérités du wagon, nous atteignons les tampons séparant le wagon suivant du nôtre.Nous traversons successivement deux petites gares et apercevons à chacune d'elles des soldats allemands massés sur les quais.« .Environ deux kilomètres après la deuxième gare, le train ralentit et ne roule pas plus qu'à environ 25 k/h.|e me suspends par les poignets sur le côté gauche du wagon, je saute et lorsque je sens le ballast sous mes pieds, je fais une culbute pour passer pardessus les fils des signaux qui longent la voie ferrée et.en même temps j'exécute un demi-tour afin d'atterrir à plat ventre-sur le talus, la téte dans la direction du train ».La fuite vers le sud Il serait trop long de raconter toutes les péripéties du voyage clandestin, au cours duquel il reçut l'aide de courageux paysans français qui l'abritèrent, le nourrirent, lui fournirent des vêtements civils, de l'argent et, surtout, le mirent en contact avec la résistance, sachant fort bien que chacun de ces gestes en faveur d'un militaire allié était passible de mort.A travers bois, le long de voies ferrées, par le train, avec l'indispensable appui des gens du maquis, notre sergent-major, camouflé en citoyen français, parvenait enfin à Marseille, via Limoges.C'est là qu'il sera pris en charge par le chef du réseau d'évacuation commandé par un dénomme Pat O'Leary.O'Leary n'était qu'un nom d'emprunt.Il s'agissait en fait d'un médecin de nationalité belge qui avait fait ses études à l'Université McCill de Montréal.Au début de la guerre, il s'était enrôlé dans l'armée canadienne puis envoyé en mission en France.C'est grâce au réseau O'Leary que Dumais pouvait finalement, via Perpignan, gagner Gibraltar et, après un interminable voyage ponctue de traquenards, se retrouver en Angleterre, rejoindre son régiment et, esperait-il, recommencer a se battre.Celait le 22 octobre l')42.Devenu agent secret, Dumais fait évacuer plus de 300 aviateurs sous le nez de la Gestapo FERNAND BEAUREGARD ( 'ollttboratioii spt'ctule Dès son retour à Londres et avant même qu'on lui permette de rejoindre son bataillon, le sergent-major Dumais dut subir pendant sept jours d'affilée, toute une série d'interrogatoires de la part de divers services de renseignements britanniques.Sa rapide et spectaculaire évasion d'un train de prisonniers, ses nombreux contacts avec divers maquis français, sa rencontre avec le chef du reseau O'Leary, les nombreux renseignements qu'il avait glanes au cours du raid de Dieppe, et sans aucun doute sa petite taille (5'2\") qui n'avait rien du standard militaire, faisait de ce sous-officier canadien de langue française, un sujet en or pour une éventuelle mission clandestine en France.Au cours d'un de ces interrogatoires, un agent du MI9 (Service britannique de contre-espionnage) lui demanda s'il n'accepterait pas de retourner en France pour organiser et opérer un réseau d'évasion et d'évacuation.Sa premiere réponse fut un « non » catégorique.Son « interrogateur » ne sembla nullement étonne de son refus mais l'invita a reprendre contact si d'aventure il changeait d'idée.De retour à son bataillon, la joie des retrouvailles fui de courte durée, gâchée par tous les nouveaux visages qui ravisaient le trop récent souvenir de ses nombreux compagnons d'armes tués, blesses ou faits prisonniers a Dieppe.Le major Maurice Forget qui remplaçait le lieutenant-colonel Menard, grièvement blessé lors du raid du 19 août, lui apprit qu'il avait été rapporté « tué » et qu'on s'apprêtait a faire parvenir ses effets personnels à ses parents.Quatre mois en Afrique du Nord Apres quelques semaines consacrées à l'entrainement des nouveaux volontaires du bataillon des FMR, Dumais fut affecté de janvier à mai 1943, à la Première armée britannique, opérant en Afrique du Nord sous le commandement du général Alexander.Revenu à son bataillon, où son travail d'instructeur lui paraissait trop routinier, il décide d'accepter l'invitation du MI9 et de se porter volontaire pour une mission en France occupée.C'était le 23 juin 1943.Le sergent-major Dumais, chez qui la patience était la moindre des vertus dut attendre cinq longs mois avant de recevoir le feu vert du MI9.Au cours de cette période, son major manchot lui fit prendre congé de son unité et l'installa dans une chambre à Londres où le spécialiste en transmission, « Ray » Labrosse le rejoignit une semaine plus tard.Raymond Labrosse fut bien accueilli par Dumais qui apprenait qu'en plus d'etre un parachutiste Le 14 janvier 1947, le capitaine Dumais reçoit la Croix militaire que lui épingle M.Georges Vanier, alors ambassadeur du Canada en France.averti et un spécialiste en transmission, ce jeune militaire de 15 ans son cadet avait deja servi dans le MI9 et oeuvré dans un réseau d'évacuation en France.Il avait regagné l'Angleterre quand son chef de reseau avail etc capture par la Gestapo el son réseau démantelé.Pour sa part, « Ray » connaissant non seulement la bravoure dont Lucien avait fait preuve à Dieppe mais l'exploit que constituait sa spectaculaire evasion, accepta volontiers que le sergent-major assume la direction du reseau et agisse comme son chef.Après une longue et exténuante série d'expériences destinées à découvrir, en premier lieu si ces deux « Frenchies » pouvaient travailler en équipe et s'ils possédaient toutes les qualifications requises des agents du MI9, leur major recruteur leur déclara qu'ils étaient jugés aptes et prêts à jouer le rôle extrêmement dangereux qu'on allait leur confier.La période de probation venait de prendre fin.Au cours de cette période, ils avaient été suivis dans tous leurs déplacements, leurs conversations dans les bars, dans la rue et même dans leur chambre avaient été épiées et ils furent même avec la complicité du MI9.interpelles par Scotland yard et mis temporairement au cachot, accusés d'être des FranÇais libres agissant comme espions pour les Allemands.L'arsenal du parfait agent secret Ouelques jours avant la date prévue pour leur transport en France, le MI9 leur remit une série de documents attestant de leurs fausses identités.Lucien A.Dumais devenait Lucien I Desbiens, administrateur de pompes funèbres, né Route des trois Cailloux, Amiens, le 14 février 1908.Sa présumée résidence était 40 rue Violet, Paris XVe et il travaillait pour la Maison Barbier et Bcsse, b5 avenue de Bretagne, Paris.Pour compléter le tout, un certificat de démobilisation de l'armée française, émis à Marseille, de vieux billets de métro, deux petits compas sous forme de boutons de veston, des cartes Michelin, des stylos remplis de gaz lacrymogène, des scies à métal pour mettre au bas des pantalons, du câble très solide (pour évasion).Plus important encore, le major leur fournit l'adresse de leur premier contact : Madame Georges, directrice d'un salon de coiffure, 6 rue des Capucines et un mot de passe.Dernière instruction avant le grand départ : « Le réseau que vous organiserez doit s'occuper d'évacuer les aviateurs en toute priorité.Le major et ses deux nouveaux agents avaient convenus que le transport de nuit par avion avait plus de chances de réussir que le saut en parachute ou la traversée en bateau.Deux tentatives ratées Après deux vols de nuit rates au cours desquels leur avion Ly-sander.un monomoteur biplace fut repéré par la DCA ennemie et pris en chasse par un avion allemand, une troisième tentative réussit le 21 novembre 1943.Et c'est par une nuit sans lune, que l'appareil se posait dans un pré à quelque 80 kilomètres de Paris.Nos deux agents secrets, accueillis par un groupe de maquisards prévenus de leur arrivée, entreprirent ce jour-là l'extraordinaire aventure qu'ils devaient vivre, dans la clandestinité, à travers la France transformée en une vaste prison, au nord par les tortionnaires de la Gestapo et au sud par la police collaboratrice du vieux maréchal Pétain.Pour apprécier à sa juste valeur, l'ampleur, la complexité, l'excellence et l'extrême danger de la mission dont ce duo de militaires canadiens-français s'est brillamment acquittée, le lecteur devrait tenter de « dénicher » le livre dans lequel le capitaine Dumais, 25 ans après les événements, relate dans le détail l'histoire du réseau Shelbumc et ses exploits subséquents comme chef de maquis.Ce livre, intitulé Un Canadien français face à la Gestapo était publié en 1970 aux Éditions du |our que dirigeait alors le sénateur lacques Hébert.Bilan du reseau Shelburn Cachés sous leurs fausses identités, nos deux sous-officiers transformés en civils français, organisèrent, dès le I\" décembre, soit dix jours à peine après leur débarquement, le réseau que Dumais baptisa du nom de Shelburn.Et mettant sans délai en branle l'opération « Bonaparte », ils purent s'enorgueillir d'avoir, du 15 février au 1er août 1944, fait évacuer vers l'Angleterre, quelque 307 aviateurs alliés.Dumais, qui pendant son séjour clandestin en France, a réussi à échapper, parfois de justesse, aux agents de la Gestapo, tient à déclarer que la réussite de son réseau n'aurait jamais été possible sans le courageux appui qu'ils lui ont accordé, au risque de leur vie.Le sergent-major Dumais n'avait pas l'intention d'aller conquérir la gloire et de recevoir le titre de héros quand il prit la décision de se joindre au MI9.Certes, il savait, comme le savait aussi son coéquipier, qu'ils avaient de fortes chances d'être capturés, torturés et mis à mort, au cours de leur mission.Ce qu'ils voulaient accomplir c'est de venger leurs centaines de compagnons tués, blessés ou faits prisonniers sur les plages de Dieppe.MftîttS à:' sSv.T* CARTE D'i.Non; ; Prénoms c *'Q ,.Provision ; , i Dc-rniciie .TE S J
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