La presse, 10 septembre 1988, Cahier spécial. Les soeurs grises 250 ans de charité
[" 13 20 2 Publiscopie la presse, Montréal, samedi 1 o septembre 1988 QUE SONT LES SOEURS GRISES DEVENUES?SI y a environ trente ans, la seu-lle évocation du nom de Soeurs ¦ Grises renvoyait instantanément en milieu hospitalier.Pour la très grande majorité des Québécois, la silhouette austère de ces centaines de femmes se penchant sur le lit des malades était si familière que, sans qu'on le sache vraiment, la congrégation des Soeurs de la Charité de Montréal était sans doute la plus connue ou du moins la plus «visible» des communautés religieuses de l'époque.Cette notoriété atteignit son apogée alors que la cause de béatification de la fondatrice de cette congrégation, Mère Marguerite d'Youville, était entendue à Rome.Imaginez.La mémoire de l'humble servante des pauvres, de celle qu'on appelait la «mère à la charité universelle», parce qu'attentive à toutes les formes de misère humaine, était honorée dans le plus haut lieu de culte de la foi chrétienne.Mais qui aurait pu prévoir, alors que les cloches de Saint-Pierre de Rome sonnaient à toute volée en cette matinée du 3 mai 1959, que bientôt, très bientôt, cette congrégation plus de deux fois séculaire allait connaître l'une des périodes les plus mouvementées de son histoire.Le choc des années 60 La Révolution tranquille qui s'amorce au Québec à l'aube des années 60 traîne en effet dans son sillage un courant de changement si profond qu'en moins de deux décennies la société québécoise en sera radicalement transformée: laïcisation des institutions; prise en charge par l'État des grands programmes sociaux mk:> Image typique de la Soeur Grise penchée sur un malade ou, dans ce cas-ci, une orpheline.Photo prise à la crèche d'Youville en 1956.de dispensation des soins hospitaliers, médicaux et d'aide sociale; éclatement du milieu familial; abondon de la pratique religieuse.À l'intérieur même de l'Église, le IIe concile du Vatican amorce une réflexion qui amène les laïcs et les membres du clergé et des congrégations religieuses à s'interroger sur leur place dans l'Église, sur la portée et l'insertion de leur apostolat dans la société contemporaine.L'actuelle supérieure générale de l'Institut des Soeurs Grises, soeur Marguerite Letourneau, a vécu cette période avec intensité: «Ce fut un très grand choc.Pénible même, se rappelle-t-elle.Mais ce fut aussi une période de très grande grâce pour toutes les communautés religieuses.Ce choc nous a obligées à regarder plus attentivement autour de nous.À voir plus loin.À mieux nous adapter aux nouveaux besoins de la société.» Des êtres de lumière À dresser un bilan des engagements actuels des Soeurs Grises, on s'aperçoit vite qu'elles ont admirablement répondu aux interpellations de la société.Si on inclut leurs cinq communautés-soeurs, elles sont maintenant quelque 5 000 réparties à travers le monde, dont plus de la moitié au Canada.Contraintes d'abandonner leur apostolat en milieu hospitalier lors de la réforme du système de santé au Québec dans les années 70, elles ont su redéployer leurs effectifs pour répondre aux besoins des plus démunis de la société.Si elles demeurent fort actives en milieu hospitalier hors du Québec, ici c'est auprès des itinérants et itinérantes, des alcooliques, des narcomanes, des handicapés, des enfants et des femmes victimes de violence, des personnes rejetées par la société qu'on les retrouve.Leur présence est d'autant plus discrète que dans la période des grands «bouleversements», elles ont délaissé le port de leur habit traditionnel distinc-tif.Désormais, seul le crucifix qu'elles portent à leur cou et dont Mère d'Youville a inspiré la configuration permet de les reconnaître.En des circonstances officielles, elles revêtent un costume tailleur de couleur beige.J'ai eu le privilège de rencontrer quelques-unes de ces femmes admirables qui poursuivent l'oeuvre de Marguerite d'Youville avec opiniâtreté et ferveur.Au bout de ce trop court périple, je serais tenté de leur redire ce mot merveilleux que le regretté Fernand Seguin adressait à Jean Rostand après l'avoir interviewé, il y a plusieurs années lors d'une émission du Sel de la semaine: «Vous êtes un don pour l'humanité.Des êtres de lumière.Et d'avoir passé ces quelques heures avec vous m'a ébloui.» ¦ POURQUOI CE NOM DE SOEURS GRISES?a société montréalaise de i l'époque (1738), associant ¦¦Marguerite d'Youville et ses compagnes au commerce d'eau-de-vie de son mari François d'Youville, les accusant d'ivresse volontaire, de la vente de l'alcool aux Indiens et de l'intention secrète d'avoir bientôt la mainmise sur l'hôpital général des frères Charon, domicile des pauvres depuis 1692.les affu- ble de ce nom dérisoire, «les soeurs grises», c'est-à-dire «les soeurs ivres».Avec le temps, l'admiration effacera le mépris, mais la fondatrice décide de retenir le sobriquet afin de rappeler pour toujours, à sa communauté, l'humilité de ses origines.Source: Le Dynamisme de l'amour, publié par St.Vincent Hospital and Medical Center.Toledo.Ohio, 1971.\\jf L'Institut de cardiologie de Montréal rend hommage aux Soeurs de la Charité de Montréal \"Soeurs Grises\" qui, avec le docteur Paul David, ont fondé l'Institut, en 1954.5000, rue Bélanger est, Montréal - H1T 1C8 77 LA PRESSE.MONTRÉAL, SAMEDI 10 SEPTEMBRE 1988 Publiscopie 3 «C'EST AU MONDE DES PAUVRES QUE NOUS APPARTENONS» (soeur Marguerite Letourneau) 'air frais qui m'arrive par effluves du Saint-Laurent me ¦¦fait oublier la lourdeur de cet après-midi de juillet.Je viens de quitter sans regret l'écrasante chaleur du centre-ville pour retrouver soeur Marguerite Letourneau au domaine d'Youville, à Châteauguay.Est-ce la spontanéité de l'accueil?Les reparties pleines d'humour?Le charme qui se dégage du très léger accent albertain de mon interlocutrice?La ferveur du discours?Je ne saurais trop préciser pour laquelle de ces raisons s'estompent rapidement mes derniers scrupules de perturber les courtes vacances de la Supérieure générale de l'Institut des Soeurs de la Charité de Montréal («Soeurs Grises»).D'entrée de jeu, elle m'avoue que c'est «par accident» qu'elle est arrivée au poste de responsabilité qu'elle occupe maintenant.«À 16 ans, me confie-t-elle, j'étais trop frivole pour penser à la vie religieuse.» Elle n'en admirait pas moins ces «femmes qui prenaient soin des malades dans des conditions parfois impossibles».À 20 ans, elle fait son choix.Si elle n'aime pas tout de cet état de vie \u2014 l'énoncé laisse entrevoir sa volonté de transformer les choses \u2022\u2014 la vision qu'elle en a la motive suffisamment pour qu'elle s'y engage à fond avec le sentiment qu'elle y trouvera «une plénitude humaine et spirituelle» qu'elle ne pourrait trouver nulle part ailleurs.« Et, ajoute-t-elle avec un franc éclat de rire, la vie communautaire m'a été à ce point bénéfique qu'on a même réussi à développer chez moi des talents que je n'avais pas.» Dans ce trait d'humour se cache l'enthousiasme communi-catif de cette femme énergique qui trouve «merveilleux de pouvoir travailler avec un groupe de femmes aussi extraordinaires».Ce monde si beau que Dieu nous a donné Mais les religieuses ont-elles leur place dans un monde où l'État doit pourvoir aux besoins des sans-défense et des plus démunis?«Certes.Et plus que jamais! répond soeur Letourneau.Comme Marguerite d'Youville qui a apporté des réponses aux besoins de son temps, nous sommes un groupe de femmes qui rappellent sans cesse à la société la nécessité de certaines valeurs.La nécessité par exemple de prendre soin de nos soeurs et frères les plus démunis, de ceux et celles que l'on qualifie parfois de dè- La réplique à elle seule valait bien le déplacement de Montréal à Châteauguay: «Moi j'ai eu une vie.Monsieur ! » Cela dit tout de la ferveur et de l'engagement de cette femme qui, elle aussi, a nom Marguerite.¦ Soeur Marguerite Letourneau, supérieure générale de l'Institut des Soeurs de la Charité de Montréal (Soeurs Grises).chets de la société.A cet égard, nous aurons toujours notre place dans la société.» «Ce monde si beau que Dieu nous a donné, il nous a dit d'en prendre le plus grand soin.On s'acharne hélas à le polluer, à le détruire.Très jeune, Marguerite d'Youville avait compris qu'il fallait être tous solidaires dans cette prise en charge de l'humanité.Dans cette prise en charge surtout des plus démunis.» Et cette vision des plus démunis, telle que décrite par soeur Letourneau.ne manque pas de générosité: «Toutes les formes de pauvreté doivent retenir notre attention, comme le voulait Mére d'Youville qui n'a pas été appelée mére de la charité universelle sans de bonnes raisons.Même dans les périodes les plus mou- vementées de notre histoire, nous sommes demeurées prés des pauvres, et nous allons y rester.C'est à ce monde que nous appartenons, celui des moins attirants, des alcooliques, des drogués, des gens solitaires, des sidéens, des adolescents déracinés, des personnes âgées et sans ressources.» La capacité de se réévaluer constamment «Le jour où l'on' refuse d'être évalué, on a commencé à régresser, à se scléroser.» Non.il ne s agit pas d'une citation du P.-d.g.d'une grande entreprise, mais bel et bien du credo de la vingt-sixième supérieure générale des Soeurs Grises de Montréal, réélue à ce poste en 1986 pour un deuxième et dernier mandat de cinq ans comme le veut la règle de la congrégation.Soeur Letourneau reconnaît que depuis vingt ans les interrogations ont fuse de toute part, tant de l'intérieur de l'Église que de la société en général.«Aussi, dit-elle, nous avons appris à mieux répondre aux différentes interpellations de la société.» Elle attribue cette ouverture à une collaboration étroite avec de plus en plus de laïcs qui ont pris leur place dans l'univers du bénévolat, de l'apostolat.Elle l'attribue aussi à ses collègues missionnaires qui vivent constamment de nouvelles expériences et qui transmettent leurs interrogations aux autres membres de la congrégation.C'est ce qui fait une communauté vivante, active.Une communauté qui sait ajuster sa structure à une mission changeante.C'est cette préoccupation constante, que soeur Letourneau appelle l'efficacité de la mission (mission effectiveness), qui permet à la communauté de transmettre efficacement à travers le temps les valeurs et la spiritualité inspirées par Marguerite d'Youville.250 ans: la fête de l'avenir «Lorsqu'on retourne dans le passé et qu'on regarde la vie et l'oeuvre de Mère d'Youville, on ne fait pas un pas en arriére! On ne peut faire qu'un bond en avant! Voilà pourquoi ce 250e anniversaire est une vraie fête.C'est l'occasion de préparer l'avenir.«Nous allons saisir cette occasion pour dire et redire clairement: Nous sommes là et nous avons la ferme intention d'y rester.Dites-nous comment nous pouvons vous aider.» Et Marguerite Letourneau.cette Albertaine «en mission» au Québec, qu'a-t-elle retenu de ses quarante ans de vie religieuse?Album-souvenir Les Soeurs de la Charité de Montréal ont conçu et réalisé un album-souvenir intitulé Les Soeurs Grises.Cet album édité en quatre langues, français, anglais, espagnol et portugais, est' abondamment illustré et relate les différentes étapes de la vie et de la mission de Marguerite d'Youville, et de ses filles spirituelles.Sœurs Grises L'auteure des textes, soeur Marguerite Daoust, s.g.m., s'est inspirée de la chanson «Une simple Marguerite», créée par l'auteur-compositeur Marcel Lefeb-vre pour les célébrations du 250'' anniversaire de fondation de l'Institut.L'album-souvenir se vend S 10.On peut se le procurer en communiquant avec Mme Louise Pomminville, directrice des communications, (514) 842-9411; ou en écrivant au Centre Marguerite d'Youville, 1185.rue Saint-Mathieu, Montréal (Québec) H3H 2H6.SPECIAL SOEURS GRISES Hebdobec Directeur des cahiers spéciaux Manon Chevalier Textes André Bolduc Photos Pierre Charbonneau Graphisme Linda Wilson Montage Atelier La Presse Représentant publicitaire Jean-Claude Dumouchel Impression T.R.Offset Hebdobec 7, rue Saint-Jacques Montreal H2Y 1K9 Tél.: (514) 285-7299 4 Publiscopie la presse, Montréal, samedi 1 o septembre 1988 La «richesse» des Soeurs Grises NOUS ADMINISTRONS L'ARGENT DES PAUVRES Les entreprises aiment bien user de mots compliqués, 'M de formules élégantes, d'exp/essions qui finissent par conférer un air savant aux «professionnels» de la gestion.Chez les Soeurs Grises, on a une préférence avouée pour le langage.direct.Soeur Bernadette Poirier m'ouvre les pages de «directoire» de l'administration des affaires temporelles.Enfin, je vais connaître la «fortune» des Soeurs Grises ! Auparavant, je me familiarise, avec l'aide de soeur Poirier, avec l'ensemble des règles qui permettent de diriger.Tel est, selon Larousse, le sens premier de directoire, qui renvoie également à un conseil de cinq membres auquel le pouvoir exécutif est confié.J'apprends donc que la congrégation des Soeurs de la Charité de Montréal, comme partie intégrante de l'Eglise catholique romaine, est soumise au droit canonique et que, à titre de société civile, elle est constituée comme une corporation sans but lucratif, régie par la troisième partie de la Loi des Compagnies.Un livre ouvert J'apprends aussi que l'Adminis- Soeur Bernadette Poirier, économe générale de la communauté des Soeurs Grises.tration générale de l'Institut est formée de cinq membres dont quatre sont élues par les déléguées des différentes provinces canoniques et que la cinquième conseillère, en l'occurrence l'Économe générale, est choisie lors d'un vote collégial par les quatre élues.Soeur Bernadette Poirier est à mi-chemin d'un deuxième mandat de cinq ans à DESJARpiNS DUCHARjME AVOCATS AVOCATS ET AGENTS DE MARQUES DE COMMERCE TOUR DE LA BANQUE NATIONALE 600.RUE DE LA GAUCHETIERE OUEST, BUREAU 2400 MONTRÉAL (QUEBEC) H3B 4L8 TÉLÉPHONE: (514) 878-9411 TÉLEX: 05-25202 \"PRÉMONT\" TÉLÉCOPIEUR: (514) 878-9092 L'A dministration générale de l'Institut est formée de cinq membres.De gauche à droite, soeur Marguerite Laforce, secrétaire générale; soeur Thérèse Parent, assistante générale; soeur Marguerite Letourneau, supérieure générale; soeur Jeannette Gagnon, conseillère générale; soeur Bernadette Poirier, économe générale.ce poste de grande argentière des Soeurs Grises.Elle saura sans nul doute me révéler tous les dessous de la fortune.Mais je sens bien que soeur Bernadette Poirier, d'une voix calme et posée, préfère m'entraîner sur un autre terrain.Chaque province canonique a une certaine autonomie même si toutes souscrivent à l'idéal jadis défini par Marguerite d'Youville.Chacune d'elles a sa propre administration, son budget, ses sources de revenus, ses oeuvres.Les réunions du chapitre général de la congrégation, qui réunit des déléguées de toutes les provinces, tous les cinq ans, ont pour but de définir les politiques, donner des grandes orientations, mettre en commun des expériences dont chacune peut tirer profit.Les liens entre le «fédéral» et les «provinces» sont ici davantage marqués par les points de convergence que par les guerres stériles.Même si elles aiment bien le langage direct, les Soeurs Grises ne sont pas totalement rébarbatives à une certaine forme de sophistication.Ainsi, l'Institut des Soeurs de la Charité de Montréal compte plus de soixante corporations distinctes.Chacune a son propre conseil d'administration, ses sources de revenus, ses oeuvres.Elles appliquent ce principe qu'un gestionnaire digne de ce nom ne pourrait renier: on ne saurait dissocier responsabilité et pouvoir décisionnel.Dans de fort bonnes mains Je me rends compte que soeur Poirier m'éloigne de plus en plus de ma préoccupation majeure: la richesse des Soeurs Grises.Elle m'entraîne au contraire sur des terrains qui lui sont familiers.Elle me ramène aux engagements primitifs qui fixent les priorités: subvenir aux besoins des pauvres.et de nous.Elle insiste sur la nécessité d'allouer les ressources en fonction de critères qui respectent avant tout l'efficacité de la mission et sur le besoin de sensibiliser constamment les membres de la congrégation aux valeurs à privilégier dans l'action.Elle me parle de planification quinquennale et de calculs actuariels, et de sources de financement.Bref, je navigue toujours en «eaux» administratives mais j'ignore encore tout de la fortune.Soeur Bernadette Poirier ne donne aucun signe d'impatience.Bien sûr qu'elle va me répondre.«Nous sommes riches.de nos pauvres», me dit-elle d'abord, de façon un peu énigmatique.Puis elle ajoute, et là elle m'atteint davantage : « Cet argent ne nous appartient pas! Il appartient aux pauvres.Nous devons donc le gérer avec beaucoup de discrétion, de prudence.» Qu'importe le montant! Je suis persuadé que multiplié par dix, par vingt ou par cent, il serait encore dans de fort bonnes mains.! 1926 V AMOUR DÉFIE LES SIECLES\" Les Soeurs Grises de l'Immaculée-Conception se joignent à vous pour la célébration de 250 années de service et d'amour, dans l'esprit de notre fondatrice, la bienheureuse Marguerite d'Youville.Avec toutes les Soeurs Grises et les congrégations associées, elles souhaitent maintenir dans l'avenir cette vision d'espoir.Soeur Bernadette Kinsella et les membres du Conseil Pembroke, Ontario LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 10 SEPTEMBRE 1988 Publiscopie 5 «APPORTER UN PEU D'ESPOIR ET D'AMOUR AUX MAL-AIMÉS» C'est par cette simple phrase que Jocelyne et Rita me décrivent le cheminement qui les a conduites à devenir «Soeurs Grises».Tout comme soeur Jeanne Marchand il y a cinquante ans, ces deux jeunes novices poursuivent l'idéal énoncé par Marguerite d'Youville il y a deux siècles et demi.Admirable continuité.Mais pourquoi ces deux jeunes Manitobaines ont-elles choisi de quitter leur province natale pour faire leur noviciat au Québec?Rita me donne une réponse à laquelle Jocelyne acquiesce sans hésiter: «Parce que c'est ici à Montréal que sont les racines de la congrégation des Soeurs Grises.Parce que c'est ici même, dans cette maison, que mère d'Youville a vécu.» C'est en effet Manitobaine, Jocelyne Gagnon a choisi de faire son noviciat à Montréal.dans la Maison de Mère d'Youville, rue Saint-Pierre, plus précisément dans une salle autrefois ap- Également du Manitoba, Rita Fifi est novice à la maison mère des Soeurs Grises.pelée «dépôt des pauvres», que je rencontre Jocelyne Gagnon et Rita Fifi.Une inestimable richesse Malgré la solennité du lieu, les rires fusent lorsque je les invite à revivre les réactions de leur entourage lorsqu'elles ont fait connaître leur intention de se faire religieuses.Ce sont, pour Jocelyne, les questions étonnées des plus jeunes.C'est une taquinerie à l'intention de Rita: allait-elle devenir une bonne vieille soeur?C'est la surprise des collègues d'études de Jocelyne avec qui elle termine son baccalauréat en éducation et qui ne manquent pas de lui servir l'avertissement: «Elles vont finir par t'enjoler!» Mais c'est surtout pour Jocelyne et Rita la joie manifestée par leurs parents qui leur importe.La joie qu'elles éprouvent aussi de découvrir chaque jour l'inestimable richesse de la vie communautaire.Si toutes deux ont été séduites et attirées par la perspective de la vie missionnaire, elles ne s'illusionnent pas sur les difficultés qui les attendent: l'èloignement de leur foyer, les privations, la nécessité de «trouver quelque part, en-dedans de soi, la force d'aller au-devant des besoins des gens pauvres, démunis, délaissés».Et Rita résume bien la façon dont ces jeunes novices envisagent l'avenir: «Je n'ai pas de carrière comme telle en vue.Je vais là où on a besoin de moi.Je vais dans le Grand-Nord et après, je verrai.Je ne sais pas ce qui m'attend ensuite et c'est ce côté «aventure» de la vie religieuse qui me plaît.» Ainsi donc, après deux siècles et demi, le message de Marguerite d'Youville est toujours entendu avec la même clarté.¦ HEUREUX 250e ANNIVERSAIRE .\\ Hommages de pieuse vénération à votre fondatrice, la bienheureuse Marguerite d'Yeu^vilK Mèra,à la charité universelle! Actions de^rôees pour les admirables réponses d'amour apportées par votre congVégation aux multiples appels de détresse de vos frères humains! AVEC VOUS, NOUS CÉLÉBRO \"SOEURS\" EN MERE D'YOUVILLE \u2022 par notre fondatrice, Mère ELISABETH BRUYÈRE, venue de chez vous, les Soeurs Grises de Montréal; \u2022 par notre FIDÉLITÉ à l'esprit de Mère d'Youville; \u2022 par le profond ATTACHEMENT FRATERNEL qui lie toujours nos deux congrégations.PARCE QUE NOUS SOMMES SOEURS Ferventes prières poyjvwtreJOIE au/servic< Seigneur et pour fEPANOUISSEMENT de vos oeuvres apostoliques! \"SOEURS\" PAR NOTRE VOCATION \u2022 de CONSACRÉES par les voeux de religion; \u2022 d'engagées dans une vie de communauté où l'on partage prières, travail, biens, joies et peines; \u2022 d'ENVOYÉES par l'Église pour révéler l'AMOUR COMPATISSANT DU PERE à travers l'enseignement, le soin des malades et le service des pauvres.LONGUE VIE À VOTRE CONGRÉGATION ! Mère Elisabeth Bruyère Fondatrice ,c\\ritéd^ott^Wa LES SOEURS DE LA CHARITE D'OTTAY 9, rue Bruyère, Ottawa, Ont.K1N 5C9 Mère Agathe Gratton Supérieure générale 6 Publiscopie la presse.Montréal, samedi 10 septembre 1988 Hôpital élevé en 1692, sur la Pointe-à-Callière, par M.Charon.Marguerite d'Youville en prit possession en 1747.Reconstitution de la chambre de Marguerite d'Youville, avec meubles d'époque, à la maison mère des Soeurs Grises.250ANS D'HISTOIRE Groupe de Soeurs Grises sur la place Saint-Pierre à Rome, en 1959, à l'occasion de la béatification de Mère d'Youville.Une des salles de récréation de la crèche d'Youville, où l'on recueillait les orphelins.Photo prise dans les années 40.( Les Soeurs Grises du Sacré-Coeur de Yardley, dans l'Etat de Pennsylvanie (Etats-Unis), partagent la joie de leurs soeurs du monde entier et de tous les amis de Marguerite d'Youville en cette année du 250e anniversaire de la fondation de la communauté des Soeurs Grises, dont la vocation est le service des pauvres et des affligés.Nos plus sincères félicitations aux Soeurs Grises de Montréal ! LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 10 SEPTEMBRE 1988 Publiscopie La continuité chez les Soeurs Grises.À gauche, la prière de toute une vie; ci-dessus, le sourire d'une novice heureuse, Jocelyne Gagnon.Façade de la maison mère des Soeurs Grises, boulevard René-Lévesque à Montréal.1701 Naissance à Varennes, le 15 octobre, de Marie-Marguerite, fille aînée de la famille du Capitaine Christophe Dufrost de Lajemme-rais et de Marie-Renée Gaultier de Varennes.1722 Mariage à François d'Youville.le 12 août, en la première église Notre-Dame de Montréal.1727 Entrée dans l'Association de la Sainte-Famille.1730 Décès de François d'Youville qui lui a donné six enfants, dont quatre sont morts en bas âge.Ses deux fils François et Charles accéderont au sacerdoce.1737 Accueil des premiers pauvres; le 21 novembre, elle accueille chez elle une aveugle, Françoise Au-zon.Le 31 décembre, réunion avec ses compagnes \u2014 les demoiselles Louise Thaumur La Source, Catherine Cusson et Catherine Demers.Toutes quatre décident de consacrer leur vie au service «des plus délaissés».C'est le début des Soeurs de la Charité.1745 Incendie de la maison de Madame D'Youville, place Royale, à Montréal.1747 À la demande des autorités civiles et religieuses de la colonie, Madame d'Youville prend la direction de l'Hôpital général de Montréal, hôpital fondé par les frères Charon en 1693.1751 Ouverture du noviciat.1753 Réception des lettres patentes.1755 Prise d'habit.1765 Incendie de l'Hôpital général le 18 mai.Acquisition de Châteauguay.1771 Maladie et décès \u2014 le 23 décembre \u2014 de Mère d'Youville.1840 Fondation des Soeurs de la Cha- rité de Saint-Hyacinthe par soeur Archange Thuot.1844 Les Soeurs Grises de Montréal s'installent à Saint-Boniface.1845 Fondation des Soeurs de la Charité d'Ottawa par soeur Elizabeth Bruyère.1847 Les Soeurs Grises volent au secours des Irlandais victimes du typhus.Sept d'entre elles y laisseront leur vie.1849 Fondation des Soeurs de la Charité de Québec par soeur Marcelle Mallet.1855 Première mission aux États-Unis (Toledo, Ohio).1867 Première mission des Soeurs Grises dans le Grand-Nord canadien.1871 Les inondations successives, les besoins croissants d'espace pour les pauvres, le développement du port de Montréal et la croissance de la congrégation obligent les Soeurs Grises à se transporter «à la campagne», à l'angle de la rue Guy et du boulevard Dorchester.C'est le 6 octobre 1871.Pendant 110 ans, afin d'aider un plus grand nombre de pauvres accueillis à la nouvelle maison mère du mont Sainte-Croix, l'Institut loue l'Hôpital général de Montréal et ses dépendances à des compagnies qui les utilisent comme entrepôts.1877 Les Soeurs Grises prennent charge de l'Hospice Saint-Charles, qui deviendra plus tard l'Accueil Bonneau.1886 Fondation des Soeurs de la Charité de l'Hôtel-Dieu de Nicolet par Mère Youville.1921 Fondation des Grey Nuns of the Sacred Heart, à Philadelphie, par Mother Mary Augustine.1926 Fondation des Grey Sisters of the Immaculate Conception, à Pembroke, par Mother St.Paul.1941 Fusion Nicolet-Montréal.1957 Mission au Brésil.1959 Béatification de Mère d'Youville, le 3 mai, à Saint-Pierre de Rome, par le pape Jean XXIII.1963 Mission en Tunisie et au Nigeria (Afrique).1972 Mission au Cameroun.1973 Mission au Zaïre.1978 Mission en Colombie.1981 Le 20 février, les Soeurs Grises reviennent à leur première maison mére.La maison rénovée abrite aujourd'hui l'administration générale de l'Institut des Soeurs de la Charité de Montréal, «Soeurs Grises», centre d'animation des oeuvres de la congrégation dont le but est de rejoindre les pauvres, de les servir et de rendre visible la tendresse du Père envers eux.On y retrouve aussi un centre de formation pour les candidates à la vie religieuse.1981 Ouverture d'un noviciat au Brésil.1987-1988 Les Soeurs de la Charité soulignent le 250e anniversaire du début de leur congrégation.Les personnes qui souhaitent approfondir leurs connaissances de la vie et de l'oeuvre de Marguerite d'Youville n'ont que l'embarras du choix puisque plus de quarante biographies de cette figure éminente de l'histoire de la Nouvelle-France ont été publiées.Nous recommandons toutefois la lecture de l'ouvrage d'Albertine Ferland-Angers: Mère d'Youville \u2014 Première fondatrice canadienne et les ouvrages de Estelle Mitchell, s.g.m.: Le vrai visage de Marguerite d'Youville.et Elle a beaucoup aimé.\\bus cherchez la compétence?Nous vous offrons la créativité.en prime! DE LA RAISON, DU FLAIR mson Bëlair Deloitte/Samson Mentn de Oeciite Nask>rs & i 8 Publiscopie la presse, Montréal, samedi 10 septembre 1988 À l'occasion du 250e anniversaire de leur fondation hommages fraternels aux SOEURS GRISES DE MONTRÉAL filles spirituelles de la bienheureuse Marguerite d'Youville pour leur dévouement ingénieux et constant au service des démunis LES SOEURS DE LA CHARITÉ DE QUÉBEC D' autres Soeurs Grises .ou des Soeurs Grises autres Entre 1840 et 1849, les Soeurs Grises de Montréal acceptent quatre fondations.Québec est la dernière.Elle est aussi la dernière à recevoir le caractère d'indépendance que donnaient aux fondations les statuts jusque-là en vigueur.De leur communauté d'origine, les soeurs gardent la Règle de vie, l'esprit de Marguerite d'Youville et une solide amitié fraternelle.L'histoire, tout en respectant ces liens, va modeler différemment leur visage.Par un changement de Constitutions, d'abord! En 1855, moins de six ans après son arrivée à Québec, Mère Marcelle Mallet se retrouve seule de la communauté de fondation.Sa dernière compagne vient de mourir du typhus; les autres sont retournées à Montréal.D'après les Règles apportées de l'Hôpital Général, l'Institut doit être gouverné par douze administratrices.C'est beaucoup, quand les sujets sont à peine formés et que le mandat est à vie.Il faut vite adapter les Constitutions à la réalité de la Congrégation.La fondatrice se met à l'oeuvre, aidée des Pères Jésuites.En 1880, l'un d'eux est chargé de la rédaction finale.Il en sort une Règle de vie largement ignacienne qui reçoit l'approbation pontificale en 1866.Chez les Soeurs Grises de Montréal, Mère Mallet s'était inspirée de Marguerite d'Youville pour vivre l'abandon au Père, la foi en la Providence, le dévouement au service des pauvres.À l'école de saint Ignace, elle se tient avec Jésus et puise, dans son Coeur, l'Amour qu'elle met tout son zèle à répandre.Et les champs d'activité ne manquent pas! Depuis longtemps déjà, Québec possède ses institutions d'enseignement quand arrivent les tilles de Marguerite d'Youville.La Société charitable des Dames catholiques avait même établi une petite école pour les filles pauvres.En prenant charge de ces quelques classes gratuites, les Soeurs de la Charité -c'est ainsi que les appelleront toujours les citoyens de Québec - adoptent un nouveau champ d'apostolat.Depuis, elles comptent parmi leurs oeuvres l'éducation sous différentes formes.Du typhus au sida Les pauvres sont au coeur de la mission des Soeurs de la Charité de Québec comme ils l'étaient au temps de leur fondatrice.Mère Marcelle Mallet accueille, dans sa maison, enfants orphelins, personnes âgées, handicapées, abandonnées.Elle inaugure la visite des pauvres et le soin des malades à domicile, le service d'un Marie-Anne Marcelle Mallet 1805-1871 Fondatrice de l'Institut des Soeurs de la Charité de Québec dispensaire.En temps d'épidémie, elle multiplie ses courses.Alors qu'elle était assistante à Montréal, elle connut, en 1847, la fameuse épidémie de typhus qui fit 3 862 victimes, dont sept Soeurs Grises.A Québec, elle est soumise à la même épreuve: quatre épidémies de choléra, une de petite vérole et trois de typhus.Elle est alors d'un héroïque dévouement.Pour soigner des matelots atteints, elle n'hésite pas à conduire ses soeurs à l'Hôpital de la Marine, que la crainte de la contagion prive de personnel.Une audace qu'elle répétera plus tard! Aujourd'hui encore, des malheureux risquent d'être abandonnés à eux-mêmes, à cause de la peur: les sidéens.Suivant l'exemple de leur fondatrice, les Soeurs de la Charité de Québec se sont engagées dans un projet d'héber- gement des personnes atteintes du sida, une oeuvre de collaboration avec le Mouvement d'information et d'entraide pour la lutte contre le sida (Miels-Québec).Annoncée au terme d'un congrès qui rassemblait, les 25-27 mars dernier, la presque totalité des 1100 membres de la Congrégation, l'initiative coïncidait avec les nouveaux engagements proposés par ce congrès.Les soeurs sont d'accord.Comme elle motiva leur présence dans les sanatoriums, les centres de santé et les hôpitaux psychiatriques, la compassion a encore trouvé un chemin pour venir en aide à des hommes et desfemmes particulièrement en détresse.Vers l'est et le sud A travers des oeuvres qui les rendent proches des petits et des pauvres, les Soeurs de la Charité de Québec poursuivent leur mission de charité depuis la région de Québecjusqu'à la lointaine Côte-Nord et les Iles-de-la-Madeleine.En dehors du pays, on les retrouve aux États-Unis, au Japon, au Paraguay, en Argentine et en Uruguay, partout «contentes de Dieu», comme les y invitait Mère Mallet, et partout souci-euses de la promotion et du bonheur de la personne humaine.Publicité LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMED110 SEPTEMBRE 1988 Publiscopie Vingt-cinq ans missionnaire dans le Grand-Nord INFIRMIERE, DENTISTE, SAGE-FEMME.immm Ason retour à Montréal, en 1972, après avoir passé un peu plus de 25 ans en mission dans le Grand-Nord canadien, soeur Jeanne Marchand n'a pas hésité à se faire un cadeau.Prenant toile et pinceaux, elle s'est dessiné un paysage de cette terre au climat sévère qui refusait \u2014 et qui refuse toujours après de longues années \u2014 de s'effacer de sa mémoire: un lac, d'une immobilité de plomb, encaissé dans des collines rocheuses et surtout, à l'avant-plan, un Indien perdu dans une contemplation silencieuse de ce paysage dénudé.«L'Indien est toujours très près de la nature, me dit-elle, et j'ai appris à faire comme lui.» Elle laisse flotter son regard sur Soeur Jeanne Marchand, qui a été missionnaire dans le Grand-Nord pendant vingt-cinq ans.Un père oblat et soeur Jeanne Marchand sous la tente avec leurs hôtes esquimaux, dans les Territoires du Nord-Ouest.son tableau et je sens qu'en quelques instants elle revit sa vie de missionnaire dans le Grand-Nord: l'alternance de deux saisons: l'hiver et l'été qui se suivent sans transition; ces nuits interminables où il faut attendre la faible lueur du midi pour «sortir»; ces jours sans fin avec ses promenades dans l'air «plus frais de minuit sous la brise qui vient de l'Arctique»; pays de l'irréel où montagnes et caravanes imaginaires semblent si vraies et si près qu'on croirait pouvoir les toucher; il y a aussi ces couchers de soleil et surtout ces levers de soleil dans une profusion de couleurs.«Ici, plus au sud, laisse-telle tomber en guise de pauvre 250 SGM LES SOEURS DE LA CHARITE DE MONTREAL \"SOEURS GRISES\" 250 ans au service de l'Eglise et des démunis Province Ville-Marie 5633, rue Sherbrooke est Montréal, Que.H1N 1A3 (514) 254-3537 10 Publiscopie la presse, Montréal, samedi 10 septembre 1988 comparaison, nous avons l'arc-en-ciel.» Un monde rude C'est dans ce décor que soeur Marchand se plaît à me décrire qu'elle a appris à aimer «ses» Indiens et «ses» Esquimaux.L'envers du décor, c'est le choc du premier contact (en 1948, pour Jeanne) avec le Grand-Nord: un interminable périple pour trouver un dispensaire dénué de moyens; des froids de 40 à 50 degrés sous zéro et le risque constant et sournois d'engelures; l'insécurité du ravitaillement, le sentiment d'une immense solitude; la difficulté de combler les écarts de langue et te culture pour rejoindre Indiens et Esquimaux.Mais aucune de ces difficultés ne pouvait écarter soeur Jeanne Marchand de son rêve de jeunesse: servir comme missionnaire auprès de ceux et celles qu'elle considérait comme les plus démunis: les habitants du Grand-Nord.Dans tous les hôpitaux de la région de Mackenzie, à Aklavik, Fort Smith, Fort Simpson, Fort McMurray, etc, elle a servi comme infirmière, dentiste (eh oui!), sage-femme (au-delà de 700 cas de maternité dont certains dans des conditions très difficiles) et, en situation de crise, elle dut faire office de médecin avec l'aide, par radio, des médecins d'une base navale éloignée.Maison d'accueil Malgré ses soixante-treize ans bien sonnés, soeur Jeanne Marchand demeure fort active puisqu'elle dirige une maison d'accueil pour jeunes filles désireuses de poursuivre des études universitaires tout en vivant une, expérience de foi: «Ici je fais tout:' le ménage, la cuisine, les courses, la tenue de livres, la comptabilité.» Elle vient de fêter ses cinquante ans de vie religieuse avec les sept jeunes filles et les deux religieuses qui partagent son toit.«Une fête merveilleuse», me dit-elle.Elle se penche vers moi pour me confier, presque à voix basse: «Je les aime beaucoup, vous savez.» Et l'oeil complice, elle a-joute: «Je crois qu'elles m'aiment bien aussi!» De cela, je ne saurais douter.¦ Dans la plus pure tradition des oeuvres de Mère d'Youville L'ACCUEIL BONNEAU T; Quelque deux cents bénévoles dispensent les divers services offerts par l'Accueil Bonneau.iravailler ici, c'est avoir conscience d'être un point dans un réseau plus vaste qui, dans l'ensemble, fait quelque chose de grand.Chaque petite part compte et fait en sorte qu'une oeuvre humanitaire s'accomplit.» Ce «réseau», auquel soeur Nicole Fournier, directrice générale de l'Accueil Bonneau, se réfère, trouve ses premières racines dans l'oeuvre même de Marguerite d'Youville qui savait mobiliser et rallier toutes les contributions du milieu pour venir en aide aux plus démunis.C'est dans cet esprit que fut créé, en 1877, l'hospice Saint-Charles 250 ANS DE DÉVO UEMENT, CELA MÉRITE D'ÊTRE SOULIGNÉ Nous sommes honorés d'être associés aux Soeurs de la Charité de Montréal, \"Soeurs Grises\" Canagex Placements Ltée Conseillers en placements Montréal, (Québec) H3B 1 R2 879-9272 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 10 SEPTEMBRE 1988 Publiscopie 11 Soeur Nicole Fournier, directrice générale de l'Accueil Bonneau, a des journées bien remplies.Ce centre assure aussi des visites aux personnes malades et aux prisonniers, et organise des loisirs et des camps de vacances pour des itinérants.Soeur Nicole Fournier oeuvre depuis quatre ans à l'Accueil Bonneau.Sa voix éteinte, presque étouffée, ajoute à l'impression de douceur qu'elle dégage.Mais ne vous y trompez pas! Son dis- destinè à venir en aide aux clochards, aux mendiants, aux sans-abri dans ce quartier du port de Montréal qui allait devenir le Vieux-Montréal.Initiative conjointe des Soeurs Grises, des membres de la Saint-Vincent-de-Paul et des Messieurs de Saint-Sulpice, l'institution, à travers diverses appellations, a survécu à maintes menaces d'extinction: expropriation, incendie, transformations sociales.C'est en 1904 que le centre emménagea à l'endroit où il loge encore aujourd'hui, soit au 427, rue de la Commune.C'est finalement soeur Rose-de-Lima Bonneau qui, par le zélé exemplaire qu'elle y déploya de 1909 à 1934, lui donna sa véritable impulsion.Organisme sans but lucratif, l'Accueil Bonneau ne reçoit aucune subvention.Il fonctionne grâce au bénévolat et aux dons qu'il recueille auprès de bienfaiteurs, individus ou entreprises.Neuf employés permanents, dont deux sont diplômés de l'École d'hôtellerie, et quelque 200 bénévoles dispensent les divers services offerts par l'Accueil qui, en 1987, a distribué près de 200000 repas et répondu à quelque 5000 demandes de vêtements.Au chapitre de la promotion humaine et sociale, le personnel préposé a donné plus de 8000 entrevues.cours s'enflamme lorsqu'elle parle des itinérants qu'elle connaît bien et que l'on nomme souvent, avec une pointe de mépris, des «robineux».«Contrairement à ce que l'on croit, bien peu ont choisi ou désiré cet état de vie.Dans la plupart des cas, on découvrirait qu'il s'agit de l'aboutissement d'une longue suite d'échecs, de malchances.On doit comprendre aussi que certains êtres sont physiquement ou psychologiquement moins forts que d'autres.Ils ont besoin d'être écoutés, protégés, aimés.» Et le ton se fait encore plus pressant: «Je suis persuadée qu'on pourrait venir à bout de la pauvreté si on cessait de dire que c'est de leur faute, que nous n'avons rien à faire dans leur misère et qu'ils n'ont qu'à se débrouiller eux-mêmes, ou encore que c'est au gouvernement d'agir! Certes le gouvernement a une responsabilité, mais ce ne sera jamais suffisant.Ce ne sont pas des lois qui font qu'une personne est rejointe et écoutée.» On comprend mieux, dans cette perspective, la pensée qui anime l'Accueil Bonneau.«Ici, ajoute soeur Fournier, on ne juge pas et on ne pose pas de questions.Ces personnes se sont trop souvent fait dire que c'était de leur faute! Qu'elles n'étaient pas propres! Qu'elles devaient faire ceci ou cela! Ici, à Bonneau, on les accueille comme elles sont en leur disant: Tu as faim?Soit! Nous avons quelque chose pour toi! Souvent dévalorisées, ces personnes ont une perception négative d'elles-mêmes.Il importe donc que chacune d'entre elles reçoive pleine considération, sans exagération.» Si les journées de soeur Nicole Fournier sont fort bien remplies puisqu'à compter de dix heures, chaque jour de l'année, l'Accueil Bonneau ouvre ses porte à ceux qui ont faim, il ne faut pas croire qu'elle n'a pas le temps de penser à l'avenir.Elle parle de la nécessité de revoir la mission du centre pour la rendre encore plus adaptée aux besoins actuels.Elle souhaite que se créent de «vérita- bles réseaux» d'institutions pour venir en aide aux itinérants et itinérantes.Elle rêve de solidarité dans un monde qui hélas n'en favorise guère l'épanouissement.Et en fin d'entrevue, ce mot désarmant d'humilité et de foi: «Le peu que l'on peut faire pour soulager la souffrance, cela vaut l'effort, car dans toute personne il y a une valeur à découvrir.» n LES SOEURS GRISES_ PIONNIERES DE L'OUEST Hôpital général Saint-Bonlface Hôpital aux soins tertiaires, 850 lits, centre de' recherche, cliniques externes.Centre hospitalier Taché Foyer de 320 lits pour personnes âgées, malades chroniques et handicapés.Centre Saint-Amant Foyer pour 275 enfants et adultes sévèrement handicapés mentalement et physiquement et maison d'accueil dans la région.Foyer Valade Foyer de 118 lits avec soins prolongés pour personnes âgées francophones.Plan santé Soeur Clermont Organisme dont le but est de maintenir les personnes âgées indépendantes, en bonne santé et membres actifs de leur communauté.Sara Riel Centre de réadaptation pour jeunes atteints de troubles émotifs.Clinique Youville Centre de santé familiale, de parenté responsable, de soin de la mère et de l'enfant, et d'éducation sur le diabète.e 21 juin 1844, quatre femmes transies de froid et de fatigue débarquent de leurs canots sur les bords de la rivière Rouge, près de ce que nous appelons aujourd'hui Saint-Boniface, au Manitoba.Leur arrivée fut le début d'un patrimoine de tendresse, d'attention, d'engagement et de solidarité dans l'Ouest canadien.L'héritage de leur fondatrice, Marguerite d'Youville, se poursuit aujourd'hui dans les oeuvres suivantes: Centre Laurent Centre de distribution de vêtements usagés.Hôpital général Ste-Rose Hôpital de 68 lits situé dans un village rural du Manitoba.God's Lake Narrows Engagement pastoral auprès des autochtones.Hôpital St-Joseph et Foyer d'Youville, G ravel bourg, Saskatchewan Hôpital communautaire et foyer avec soins pour personnes âgées.Fort Frances, Ontario Travail en pastorale et soins aux malades.Hôpital Ste-Thérèse, Chesterfield Inlet, T.N.O.Soins médicaux aux Inuit handicapés.Rankin Inlet, T.N.O.Coordination de la catéchèse.D'autres religieuses oeuvrent en catéchèse, en éducation, en pastorale et auprès des jeunes.Nous rendons hommage aux Soeurs de la Charité de Montréal à l'occasion de leur 250e anniversaire.z Dale-Parizeau inc.Dale G Compagnie Itéc, Gérard Parizeau Itée courtiers d'assurances* L'HOPITAL NOTRE-DAME ET LES SOEURS GRISES MONTRÉAL 1880 sérigraphie de Louise Pommihvilie Dans l'oeuvre sérigraphiée intitulée «L'Hôpital Notre-Dame et les Soeurs Grises, Montréal 1880», l'artiste Louise Pomminville a su capter un moment dans l'histoire de l'hôpital Notre-Dame.Une nouvelle journée commence 1 \u2022 pour les trois fondateurs présents dans cette scène de la vie quotidienne.Le docteur Emmanuel Persillier Lachapelle accompagne un infirmier.L'ambulance qui les transporte est tirée par un cheval robuste et alerte qui leur fut offert par l'association des Dames patronnesses qui, grâce à leur ingéniosité et à leur générosité, apportent un appui financier indispensable.L'abbé Rousselot, prêtre de Saint-Sulpice et curé de Notre-Dame, réconforte les malades de l'hôpital.La Révérende Mère Deschamps, supérieure générale des Soeurs Grises, fait humblement la toilette des escaliers de l'entrée principale.Au premier plan, deux jeunes religieuses nourrissent les oiseaux, symbolisant ainsi le partage avec les plus démunis.Les amateurs d'art qui désirent se procurer une copie originale signée et numérotée de cette sérigraphie n'ont qu'à communiquer avec Madame Monique Grech, à l'hôpital Notre-Dame, au numéro 876-7264.3871 "]
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