Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
La Revue moderne.
Publiée à Montréal de 1919 à 1960, La Revue moderne est une revue généraliste mensuelle de grand tirage qui vise principalement un public féminin. La publication prend le nom de Châtelaine en 1960. [...]

Publiée à Montréal de 1919 à 1960, La Revue moderne est une revue généraliste mensuelle de grand tirage qui vise principalement un public féminin. C'est la journaliste d'expérience Madeleine Huguenin, de son vrai nom Anne-Marie Gleason, qui fonde La Revue moderne. L'éditeur torontois Maclean Hunter achète la revue en 1960 pour fonder Châtelaine, toujours publiée aujourd'hui.

La Revue moderne se donne une double mission, à la fois intellectuelle et populaire, qu'elle maintiendra tout au long de son existence. Elle vise à satisfaire à la fois une clientèle intellectuelle intéressée par la science, la littérature et les idées, et une clientèle populaire à laquelle elle offre un contenu de divertissement adapté au goût et à la morale du Canada français. Les deux sections de la revue sont autonomes et évoluent en parallèle.

Dans les premières années de son existence, La Revue moderne vise une clientèle aisée, qui profite d'une certaine croissance économique d'après-guerre. En font foi les annonces publicitaires de produits de luxe et le grand soin mis dans la conception des illustrations. La revue prend un ton qui va à l'encontre du nationalisme alors en vogue véhiculé par Lionel Groulx et Henri Bourassa.

La Revue moderne montre dès le départ un intérêt certain pour la littérature : en plus de publier des romans-feuilletons, elle compte sur des collaborations de Louis Dantin et de Louvigny de Montigny. De 1930 à 1935, l'engagement de Jean Bruchési pour la littérature canadienne alimentera aussi le contenu littéraire de la revue. Celui-ci sera ensuite plus orienté vers la France. Dans les années 1950, La Revue moderne fait moins de place à la littérature, et s'intéresse davantage à la télévision.

Plus de la moitié du contenu de La Revue moderne est voué aux pages féminines. Un roman de littérature sentimentale et d'évasion, visant particulièrement la clientèle féminine, y est publié en feuilleton chaque mois. Ces romans sont principalement l'oeuvre d'auteurs français, dont la romancière Magali, qui jouit d'une immense popularité. Les pages féminines traitent de la mode, des soins de beauté, des arts ménagers, de l'éducation des petits et d'activités mondaines, comme le bridge. Le public féminin est aussi la principale cible des annonceurs.

La lectrice type de La Revue moderne est mariée et mère, elle est citadine et catholique, aisée et charitable, sentimentale et raisonnable. Elle a le souci de son apparence et de celle de son foyer. Elle bénéficie de temps libres pour se cultiver. C'est une femme moderne intéressée par les nouveautés, mais pas féministe pour autant. Elle ne cherche pas à rompre avec la tradition. Cela changera avec Châtelaine.

La Revue moderne gagnera des lectrices jusqu'à la fin de sa publication. Le tirage de la revue, de 23 120 en 1922, passe à 12 904 en 1929, à 31 343 en 1940, à 80 000 en 1944 et à 97 067 en 1956, pour atteindre un peu plus de 101 650 exemplaires en 1960.

La publication de La Revue moderne est interrompue pendant cinq mois de décembre 1938 à avril 1939, pour revenir en mai 1939 avec une nouvelle facture graphique. Cette renaissance est attribuée à Roland Beaudry, alors vice-président et administrateur de la revue.

En plus des collaborateurs nommés plus haut, La Revue moderne s'attire la participation de personnalités comme Robert Choquette, Albert Pelletier, Alfred DesRochers, Michelle Tisseyre, Jehane Benoit, Damase Potvin, Ringuet (Philippe Panneton), Alain Grandbois, Robert de Roquebrune, Gustave Lanctôt, Adrienne Choquette, Germaine Guèvremont, René Lévesque, Jean Le Moyne et Valdombre (Claude-Henri Grignon).

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. V, p. 294-295.

DES RIVIÈRES, Marie-José, Châtelaine et la littérature (1960-1975), Montréal, L'Hexagone, 1992, 378 p.

PLEAU, Jean-Christian, « La Revue moderne et le nationalisme, 1919-1920 », Mens, vol. 6, no 2, 2006, p. 205-237.

RICARD, François, « La Revue moderne : deux revues en une », Littératures (Université McGill), no 7, 1991, p. 76-84.

Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1919-1960.
Contenu spécifique :
mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Châtelaine.
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

La Revue moderne., 1926-05, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[AI 1926 MONTREAL, CANADA 7e ANNEE, No.7 mm LA REVUE MODERNE 8 L'OISEAU MORT (Musée du Louvre) Une des plus jolies œuvres de Gieuze.Les yeux baissés où sous les cils perlent des larmes, la bouche avec cette moue de chagrin, les gestes délicats des mains, les fossettes des bras, le laisser aller du vêtement.REVUE MENSUELLE PRIX: 25 SOUS m Le Sedan Tudor Ford pour votre usage particulier est peu coûteux d'entretien et cependant sa capacité vous permet d'inviter vos amis à vous accompagner dans vos promenades.Le capitonnage intérieur s'harmonise parfaitement avec la couleur grise "ou moleskine de la carrosserie.Les sièges bas et profonds sont des plus confortables.Les portes sont très larges et les grandes glaces des fenêtres assurent le maximum de champvlsuel.De plus le prix de cette voiture est beaucoup moindre que celui que vous vous attendez de payer pour un sedan vraiment joli.Ford Motor Company of Canada, Limited Ford, Ontario.Le dépositaire officiel de Ford en voire localité, vous donnera le bénéfice de payer par versemenls faciles.PRODUITS DE QUALITE TRADITIONNELLE Mai 1926 LA REVUE MODERNE I Les Grands Reportages Français Un exemplaire envoyé aussitôt sur demande Le Courrier de France Directeur: MAXIME BAZE 106, Boulevard Haussmann PARIS ECRIVEZ-NOUS Si vous avez besoin d'un renseignement, d'une aide, d'un conseil, d'un appui politique pour une cause d'intérêt général.Nous vous aiderons et vous renseignerons sur tout car parlementaires éminents, avocats de grand talent, gens de théâtres, de lettres, d'affaires, de commerce, d'usines, tous de tout premier ordre, par notre intermédiaire vous tendrons la main.Joindre des timbres-poste pour la réponse.LA SOCIETE D'ADMINISTRATION GENERALE S£ÏEÏÏÏS-i Capital souscrit : $500,000.Réserve et Profits non distribués : Capital payé : $250,000.$160,892.19 Fonds Administrés et fiduciaire pour Emissions d'Obligations : $40,916,927.57 Exécuteur testamentaire Administrateur de Successions et de ASSURANCES : VOUTES DE SURETE Fortunes privées.Incendie, Bris de glaces, Automobiles, etc.— DIRECTION — Téléphonez ou écrivez SIR HORMISDAS LAPORTE, Président.pour renseignements.J.-THEO.LECLERC, Directeur Général.BANQUE PROVINCIALE DU CANADA Capital autorité.$5,000,000.00 Capital payé et réserve.4,500,000.00 350 succursales et sous-agences dans les provinces de Québec, Ontario, Nouveau-Brunswick et de l'Ile du Prince-Edouard.Président: L'Hon.SIR H.LAPORTE, C.P.Vice-Président : M.W.-F.CARSLEY, Vice-Président : M.Tancrède BIENVENU.extrait des reglements approuves par les actionnaires Aucun prêt ne sera fait par la Banque à se» Directeurs ni à aucun d'eux.Un montant égal à au moins cinquante pour cent (50%) de tous les dépôts d'Epargnes, tel que constaté par le dernier rapport au Gouvernement Fédéral, sera tenu continuellement en espèces, en prêts garantis par actions ou obligations, et autres valeurs facilement négociables.Bureau de contrôle pour le département d'épargne (Commissaires-Censeurs) Président: L'Hon.N.PERODEAU, Lieutenant-Gouverneur de la Province de Québec.Vice-Président: L'hon.E.-L.Patbnaudb, c.p., m.p.p.L'Hon.Paul Tourigny, cl.- TELEPHONE EST 1235 - LA SOCIÉTÉ COOPÉRATIVE DE FRAIS FUNÉRAIRES 242, RUE SAINTE-CATHERINE EST : MONTREAL Constituée en corporation par Acte du Parlement de la Province de Québec le 16 AoOt 189t.ASSURANCE FUNERAIRE.—Nouveaux Uni en conformité avec la nouvelle loi des Assurances, sanctionnée par le Parlement de la Province de Québec, le 22 Décembre 1916.Assurance pour Enterrements de la valeur en marchandises de 160.00.S100.00 et 1160 00 Fonds de réserve en garantie poor les porteurs de POLICES approuvé par le Mon»ernement.DEPOT DE $25,000.00 AU GOUVERNEMENT La première Compagnie d'Assurance Fanéralre aitoiisé* par le GonTernemeat.DEMANDEZ NOTRE PROSPECTUS 2 LA REVUE MODERNE Mai 1926 CONDITIONS— * ¦»•» do moa la (l'f .mana dran ffrr KMfllM"* du nom n 4» * ^ ¦ 4.lunmni io.L» do.-«n, «mi *rr.i I, | ,,f i | avu< te 11 du ««• pracod" I* paUnaani 4.U REVUE Afin * lN(ut*s ilrs pumas VALDA qui agissent directement par Inbalatlon sur les VOIES RESPIRATOIRES Rhumti.Maux de (or(c, Bronchilci.Crlppe.etc.uni A TIC Celle mon-1 10,„ bracelet.Demandes 50 paquets de graine*.Ou notre cataJo-de 500 nouveautés utile».Adresse», Allen Nouveautées, St-Zacharle, Que.Lait Sain pour bébés invalides & vieillards i .m riche—Eitraits de grains.Prépare» le à la maison, pour toute la famille: délayes vivement la poudre dan» de l'eau chaude ou froide, tans cuisson.A toute heure il soulage la faiblesse ou la faim.Une laase dt " Horlicka " chaud au coucher provoque un anmmetl rcpomnl. 40 LA REVUE MODERNE Mai 1926 cœur sincèrement épris, sinon avec le charme d'un poète.Il osa baiser une main qu'on laissa dans les siennes : bref l'ombre la moins intelligente aurait compris qu'elle ne devait plus revenir.Mais Robert de Chalmont revint ; il prit sa revanche durant les heures enfiévrées de l'insomnie.La pauvre Clotilde pleura, se désola de sa faiblesse, reconnut son indignité, protesta qu'elle ne pourrait jamais aimer un autre homme que Robert.Puis, aux premiers rayons du jour, l'hallucination disparut, laissant une fatigue effroyable, si bien que la malheureuse enfant, pour éviter une épreuve du même genre, fût partie sur l'heure pour l'Algérie.Dans la journée, comme elle visitait avec Bidarraye l'ancien jardin de Lespéron qui commençait à devenir une friche, leur promenade les conduisit à la tonnelle où, un certain' soir, elle avait entendu sa condamnation.— Je n'aime pas cet endroit, fit-elle en passant plus vite.Allons plutôt voir le banc où nous avons causé.Quel ami vous avez été ce soir-là.et toujours ! Quand ils furent assis, le jeune homme lui prit les mains.— Toujours ! répéta-t-il.Que de fois nous nous sommes écrit ce mot ! Je vous ai promis de n'être a nulle autre et j'ai reçu de vous la même promesse.11 est vrai que nous ne pensions alors qu'à des fiançailles sans lendemain, où nos âmes seules étaient intéressées.Mais puisque vous êtes guérie, guérie par l'amour, vous l'avez dit, pourquoi ne pas laisser l'amour achever son œuvre, nous donner le bonheur à tous les deux ?Unis dans l'éternité, pourquoi ne serions-nous pas unis dès cette vie ?Clotilde !.Si vous m'aimiez comme je vous aime, vous sentiriez qu'il vous est impossible de vivre sans moi ! Elle resta muette, le regard fixé sur les flots pailletés de rayons d'or ; puis elle répondit : — Vous réclamez votre bien, 6 mon fidèle ! Je suis à vous en France, comme j'étais à vous en Algérie, en ce monde comme dans l'autre.Que Dieu ne se passe pas trop de m'appeler maintenant ! Célestin se pencha sur elle, fou de bonheur ; mais il se souvint qu'il avait dans les bras une créature frêle, dont une étreinte un peu vive pourrait arrêter le soufle.Sur les cheveux de sa fiancée il posa doucement les lèvres.— Je vous soignerai tant ! dit-il.Et je vous aimerai si bien ! Ils convinrent que Bidarraye attendrait quelques semaines pour faire sa demande.Monsieur Falconneau allait partir pour Saint-Sever, emmenant sa fille.Celui-ci voulait avoir le temps de le préparer car, n'ayant pas connu la teneur de la correspondance entre Biskra et La Peyrade, il n'aurait pas compris comment les choses marchaient si vite.Pour ne rien cacher d'ailleurs, Clotilde craignait que son père rêvât un gendre de situation moins modeste que Célestin, en admettant qu'il rêvât un gendre.Célestin lui-même le comprit, sans qu'il fût besoin de le dire, et n'objecta rien.Mademoiselle Falconneau se sentait heureuse.In amateur d'analyse pourrait chercher si son bonheur était l'exaltation ordinaire d'une jeune fiancée, ou le calme résultat d'une décision qui met fin à de poignantes perplexités.Sa conscience non moins que son cœur était enfin tranquille ; sa dette était reconnue, sinon payée.Toutefois, connaissant par expérience le fâcheux pouvoir des heures nocturnes sur son imagination, elle éprouvait une terreur véritable en voyant le jour diminuer.Mais désormais elle avait un défenseur.Le soir venu, tandis que son pire fumait un cigare sur la plage, elle dit à Célestin : — Mes nuits sont horribles depuis mon arrivée dans cette maison.Croiriez-vous que la pensée de regagner ma 'chambre est une terreur pour moi?Quelle torture que ces insomnies ! Elle attendait, pour tout lui dire, une ques- tion de l'homme qui devait la protéger désormais contre tout.Etait-il même besoin de question ?Ne devait-il pas deviner la hantise, les efforts de ce rival qu'il s'était donné malencontreusement à lui-même?N'allait-il pas braver l'ennemi, calmer Clotilde, sa Clotilde, avec une parole, avec un geste ?Hélas ! Le pauvre Célestin n'était pas romanesque ; ou du moins il ne l'était, comme tant d'autres, que la plume à la main.Dans la vie ordinaire, il voyait sous un aspect très simple tous les incidents physiques ou même métaphysiques de l'existence.Il comprenait peut-être que l'on mourût d'un amour malheureux.Mais, l'idée que Clotilde, fiancée du matin, pût être malheureuse, troublée, inquiète, ne lui venait pas à l'esprit.On ne l'eût pas moins surpris en lui disant que la faim peut persister après la nourriture, ou la soif après le breuvage, phénomène tout ordinaire dans l'âme et dans le cœur des femmes, surtout des femmes d'aujourd'hui.Aux plaintes qu'il entendait, le brave garçon eut un sourire confiant qui voulait dire : " Soyez tranquille, nous allons arranger cela." Puis il disparut et revint une demi-heure après, nanti d'une petite boîte enveloppée suivant le meilleur style de l'Ecole.La pauvre Clotilde ne fut pas peu désappointée de voir que Célestin combattait son rival avec des pilules.Mais, après tout, l'essentiel était de vaincre et de dormir.Sans une remarque, elle prit la boîte, observa religieusement l'ordonnance et, de fait, elle dormit.Robert de Chalmont avait le dessous dans ce combat quelque peu déloyal.Toutefois, chassé durant la nuit, le fantôme allait prendre sa revanche à la lumière du jour.Certes, l'excellent Bidarraye promettait d'être le modèle des maris ; mais, vu d'aussi près, il n'était pas le modèle des héros de roman.Depuis qu'il n'était plus malheureux, il semblait avoir perdu sa faible auréole.A cette heure il mangeait trop — au gré d'une personne qui dînait d'un blanc de volaille.Il chargeait l'assiette et remplissait le verre de Falconneau, qui ne se défendait que molle-lement.Tous deux quittaient la table rouges comme des pivoines.Enfin, il riait trop haut, rendu expansif par le bonheur.Il n'avait rien, dans le terre à terre de sa conversation, qui rappelât, même de loin, ces lettres poétiques, adorables, sorties de la mécanique de Robert.Et, du coin sombre de la pièce où il s'était retranché depuis que l'opium l'avait délogé de l'alcôve de Clotilde, le fantôme riait de son terrible rire d'ombre, qui glaçait le mieux intentionné des amours.Telle était la situation quand Falconneau et sa fille quittèrent La Peyrade pour Saint-Sever.Cette petite ville, presque morte, aimable et jolie dans sa tristesse, fermée à toute vibration de I'.existence, impressionna Clotilde comme une image de sa propre vie.Quand elle entra dans la maison de la défunte, qui cachait son mur gris et ses persien-nes verdâtres dans le détour d'une rue muette comme un cloître, la jeune malade fut sur le point de reculer.Falconneau se frottait les mains, tout entier à d'autres idées : — C'est bon, tout de même, d'être chez soi ! J'en avais perdu l'habitude.Pour la première fois, Clotilde regretta l'Algérie et son soleil Elle fut étonnée de voir combien elle regrettait peu la Payrade.et Célestin.Celui-ci écrivait tous les deux ou trois jours ; mais le père ne faisait qu'en plaisanter.— Que diable peut-il te raconter dans ses lettres, ce brave garçon-là ?Si je ne connaissais pas mon Célestin, je pourrais croire qu'il te peint sa flamme .Sais tu, petite, que je t'ai bien mal élevée?Les Américaines sont moins libres que toi.Un jeune homme t'écrit ; tu flirtes avec lui des journées entières.Sérieusement, tout cela est bon avec Célestin, qui est inoffensif.Mais avec d'autres, ne te mets pas sur ce pied.Même ici : on en causerait vite.Le moyen de répondre à cette tirade : — Mon père, j'ai dit, j'ai écrit à l'inoffensif Célestin que je l'aime.Il y a bien eu quelques erreurs d'adresse ; mais enfin mes lettres sont dans ses mains.Pour mal élevée que je sois, il me paraît juste que je l'épouse.Quand voulez-vous qu'il vienne demander ma main ?Donc elle ne répondait que par de gros soupirs.S'il ne s'agissait d'un être impalpable, on pourrait dire que Robert de Chalmont riait à se tenir les côtes derrière les rideaux fanés du logis.Sa grande colère était passée ; même sans opium, il laissait Clotilde commeiller en paix, n'ayant plus à l'endroit de son rival " inoffensif " qu'une sorte de mépris débonnaire.Mais pour Clotilde l'épreuve n'était guère plus douce que la précédente.Elle vivait d'ailleurs dans une solitude complète ; son père passait le jour à collationner les inventaires, à discuter les chiffres, à visiter les fermes.Elle-même, ne comptant pas vivre à Saint-Sever, fuyait plus qu'elle ne cherchait les nouvelles connaissances.La liquidation finie en toute hâte, car la jeune malade s'était remise à tousser, l'on partit pour les Eaux-Bonnes.Célestin devait s'y transporter pour faire sa demande, le terrain préparé ; mais rien n'annonçait une préparation même éloignée.Clotilde se sentait lasse, incapable de tout effort, surtout de l'effort de dire à son père : — Voulez-vous permettre que je devienne madame Bidarraye ?Cependant Falconneau ne quittait plus sa fille et s'était remis à la gâter, comme au temps où il avait peur de la perdre ; même il la gâtait mieux, étant plus riche.Elle s'en aperçut et dit un jour au médecin :.¦— Je vois que mon père ne veut rien perdre des heures qui nous restent à passer ensemble.Encore une poitrinaire que les Eaux-Bonnes, si bonnes qu'elles soient, n'auront pas guérie ! — Mais, mademoiselle ! répondit le docteur, la poitrine va beaucoup mieux.Si vous étiez de la partie, vous verriez que je ne vous donne pas des remèdes de poitrinaire.Il ne mentait pas.Clotilde mourait d'une dégénérescence rapide du cœur, suivant la prédiction faite à Biskra.Un soir elle eut sa première syncope ; le lendemain le curé vint la voir par hasard ; mais elle ne fut pas dupe du stratagème et demanda d'elle-même à se confesser.Comme le prêtre cherchait à lui donner du courage : — Oh ! fit-elle avec un triste sourire, je n'ai plus peur maintenant.Pauvre Robert Non, pauvre Célestin !.Sans s'offusquer de ce bizarre mélange de noms, le confesseur leva un doigt vers le ciel : — Mon enfant, l'on se retrouve aux pieds du trône de Dieu.— Hélas ! répondit-elle ; j'ai aimé deux hommes.Le premier n'était pas digne de moi, et je ne désire pas de le rencontrer là-haut.Pour le second, comment le retrouve-rais-je, puisqu'il n'existait pas?Le prêtre n'insista plus, jugeant qu'elle tombait dans le délire ; mais sa raison était entière ; car, ayant demandé son père, elle dit : — Je voudrais vous parler de Célestin Bidarraye.C'est mon.C'est mon meilleur, mon seul ami.Prévenez-le .Il pourra vous être utile pour, pour tout ce qu'il faudra faire, ¦r Après un silence, Clotilde ajouta : P — Laissez-lui sa maison.Ne pourriez-vous l'habiter ensemble?Je.je ne pense pas qu'il se marie jamais.Célestin est arrivé trop tard ; le secret des fiançailles est resté entre lui et la jeune morte.Aurait-elle pu l'aimer?C'est là un secret plus douloureux, qu'il ne soupçonne pas ! Bien heureux ceux qui ignorent !.Ainsi que Clotilde le prédisait à son père, le pauvre " pharmacien " ne s'est jamais marié.Dans la petite maison de La Peyrade il vit seul, grisonnant très vite, entre un vieillard et deux tombes.Léon de Tinseau. Mai 1926 LA REVUE MODERNE 41 GRATIS Tube pour 10 jours — Envoyez le coupon Ces Sourires Triomphants Qui aident a réussir en affaires ou en société sont le résultat de dents saines et blanches.Ne croyez pas que vos dents n'ont pas d'éclat naturellement.Acceptez cet essai de io jours.Voyez comme vos dents deviennent brillantes dès que la pellicule est enlevée.VOICI un moyen nouveau pour l'entretien de vos dents.En quelques jours vous pouvez obtenir un grand changement dans la couleur de vos dents ; vous pouvez leur donner une blancheur éblouissante et à vos gencives, la saine teinte de corail que vous enviez aux antres.Si vous recherchez une nouvelle beauté et un charme nouveau, essayez cette nouvelle méthode.Faites comme des millions ont fait sur les conseils d'autorités en art dentaire.Centuplez la valeur de votre sourire.Envoyez le coupon par poste.Un tube d'essai pour 10 jours vous sera expédié.La pellicule recouvre de jolies dents et menace les gencives La science dentaire a reconnu que la plupart des maux de dents ou de gencives sont occasionnés par cette couche pelliculaire qui recouvre vos dents.Passez votre langue sur vos dents et vous y sentirez une sorte de pellicule, une couche visqueuse, qui les recouvre.Cette couche pelliculaire est l'ennemie de vos dents — et de vos gencives.Vous devez l'enlever.Elle colle aux dents, pénètre dans les interstices et y reste.Elle absorbe les décolorants et donne à vos dents cette apparence voilée, " décolorée ".Les microbes y germent par millions, ce qui prédispose vos dents à la carie.Et ceci, avec le tartre, est la principale cause de la pyorrhée et des maux de gencives.Brosser les dents ne suffit pas Les dentifrices ordinaires ne pourront pas enlever la pellicule avec succès.Sentez-la, en passant votre langue sur vos dents et constatez combien les méthodes actuelles sont peu efficaces.Maintenant on emploie de nouvelles méthodes.Un dentifrice appelé Pepsodent, qui diffère des procédés ordinaires et agit efficacement.C'est pourquoi le monde entier, sur les conseils des dentistes, a adopté cette nouvelle méthode.// enlevé la pellicule et raffermit les gencives Et cela de suite.Quelques jours de son emploi vous prouveront indubitablement sa puissance.Envoyez le coupon par la poste.Coupez-le avant de l'oublier.Envoyez ceci Fabrication Canadienne GRATIS PapsûdgRl par poste pour obte- rcs.in nir un tube d'essai Le dentifrice de l'ère nouvelle.de 10 jours.Approuvé par les autorités dentaires du monde entier LA PEPSODENT COMPANY, Dcpt.431 191, rue George, Toronto, Ont.Nom.Adresse (Un huI tube par famille) L_. 4j LA REVUE MODERNE Mai.1926 mnani DONNE AU TEINT UNE ÉBLOUISSANTE BLANCHEUR: Laboratoires INNOXA 22, Ave.de l'Opéra, PARIS.Lait nnoxa Remplace le savon pour la toilette du visage.Calme, repose et nourrit l'épiderme.Convient à toutes les peaux.Mousse Innoxa Crème spéciale de jour.Fait disparaître rougeurs et rides.Prévient les dartres.Rend le teint mat et donne au visage une étonnante fraîcheur.Poudre Innoxa Velouté l'épiderme sans le dessécher.Très adhérente.Se fait en huit nuances.Crème Innoxine Crème grasse.Adoucit et nourrit l'épiderme.Recommandée aux personnes à peau sèche.Les produits INNOXA sont en vente dans toutes les pharmacies et les grands magasins.J.I.Eddé Agent Général.Lancaster 4Q13 Mai 1926 LA REVUE MODERNE «3 Les Jeux Dangereux Par HENRY BORDEAUX SPORTS D'HIVER Un petit vieillard qui ressemble à une chouette, oiseau de la sagesse, ou plutôt au docteur Faust, — mais il a fait un pacte avec Dieu et non avec le diable, — et qui achève de vivre à Grindelwald, face au massif de la Jungfrau, sa fidèle amie, le révérend W.A.B.Coolidge, né en Amérique, élevé à Oxford et transplanté en Suisse à l'âge de l'amour, donna son cœur, il y a cinquante ans, à la beauté de la montagne hivernale.Par le moyen de quelques incantations, il chassa les préjugés qui gardaient les abords des solitudes alpestres pendant la saison dite mauvaise qui est parfois la plus ensoleillée et toujours la plus salubre, et les neiges, dès lors, se sont offertes dans les hautes vallées.— Bob, skis, patins ! Chaque matin clair, Gérald Steele interrogeait sous cette forme Dianah Powlys, dans le hall du Grand Hôtel de Murren, sans même prendre des nouvelles d'une santé qui s'affichait.La jeune fille était de la taille d'un homme très grand, mais les yeux de Gérald voyaient par-dessus son bonnet.Ce bonnet de laine blanche, en forme de passe-montagne, épousait si nettement les contours de la tête petite, qu'elle devait porter les cheveux courts : une mèche folle, échappée de côté et qui persistait à boucler malgré les sévérités du peigne, révélait leur nuance d'un blond d'avoine mûre.Le chandail de laine blanche grattée, largement échancré sur la poitrine, livrait loyalement le cou flexible et ferme, long et bien planté sur les épaules droites, et la naissance d'un buste bombé de jeune garçon musclé et solide, à la peau boucanée par les morsures du froid et de l'air trop vif.Aux joues rouges, lavées et frottées comme des cuivres de Hollande, à l'ovale long et sec, à l'air impérieux, on l'aurait pu confondre encore avec un jeune garçon, et même aux expressions habituelles des yeux bleu clair, tantôt durs et glacés, et tantôt ingénus, candides, enfantins, mais la bouche, bien que les lèvres fussent du rouge, avait ce pur dessin féminin d'un petit arc et démontait toute la rigueur mâle du visage.La silhouette s'achevait en jambes minces et longues dans la culotte de tissu beige serrée aqx mollets par les jambières de laine et en pieds considérables dans les laupars de cuir fauve à grosses semelles et talons courbes.Elle riait à la triple interiogation et tantôt montrait les bottines aux lames d'acier fixées qu'elle tenait à la main et dissimulait, tantôt désignait les bois et les,bâtons qui, dans un coin de la véranda vitrée, attendaient comme des chevaux à l'écurie leur tour d'attelage, tantôt choquait l'une contre l'autre ses mains gantées de moulles.A son tour, il riait, selon un rite consacré par une habitude quotidienne, comme à un jeu de devinettes où il aurait gagné.Sur quoi, pareils à deux oiseaux qui s'évadent de leur cage dans l'espace libre, ils franchissaient la porte et s'envolaient.Depuis cinq ou six semaines qu'ils s'étaient rencontrés à Murren, après quelques jours d'épreuves où ils avaient observé leurs performances réciproques, ils ne se quittaient plus dehors.Dedans, il leur devenait indifférent de se mêler à toute autre compagnie.Mais si l'on s'informait à l'hôtel de Miss Dianah Powleys, c'était pour s'entendre répondre aussitôt : — Voyons, voyons, elle est partie avec Gérald Steele.II leur arrivait même de ne pas rentrer de toute la journée.Dans ce cas, Gérald emportait un sac tyrolien avec leurs déjeuners.Elle se chargeait de la gourde et de l'appareil photographique.Ils revenaient à la tombée du soir et parfois dans l'obscurité de la nuit commençante, harassés mais joyeux et ne donnant aucun détail à personne sur l'emploi de leur temps, sauf des considérations générales : — Neige bonne.Neige tiop tassée.Neige molle Itinéraire par tel ou tel point .Durée du trajet : tant de minutes, tant de secondes.Car ils chronométraient leurs courses : n'est-ce pas toute la littérature des clubs alpins ?Personne ne trauvait à redire à leur absence prolongée, à ces interminables tête-à-tête dans Je monde inhabité de la glace et du roc, personne et surtout pas Sir Edwin Powlys, venu pour se reposer de ses travaux et des amollissants climats d'Orient et dont la fille eût estimé injurieux le moindre signe de méfiance, N.Mrs Harriett Rowsell, sœur de Sir Edwin, la célèbre romancière anglaise qui, dans ses livres, préconisait l'égalité des sexes et le bienfait de la liberté, et qui, sur le tard, se découvrait pour ses nièces une sorte de maternité dont elle ne prenait que l'agrément.Personne et pas même ces vieilles dames inoccupées qui promènent leur éternel petit chien velu et leur éternel petit ennui doré dans toutes les stations à la mode en ramassant avec soin toutes les suppositions et toutes les obseivations malveillantes pour les servir à la ronde avec un filet de vinaigre.Et pas même les jeunes filles qui eussent désiré prendre la place de Dianah une fois ou l'autre, pour éprouver la force du bras de Gérald sur la patinoire, ou lutter de vitesse avec lui sur les pentes, ou se laisser glisser avec lui à toute allure sur la piste de bobsleigh.Dianah était seule assez haute, assez adroite et assez résistante pour faire la paire avec lui.Elles étaient loyalement disposées à lui reconnaître toutes les supériorités.C'était cela qui les préservait, qui traçait autour d'eux un cercle d'isolement, aussi large que l'horizon : ils faisaient la paire.Taille, force, souplesse, gaieté, jeunesse, tout s'accordait en eux.Ils n'eussent pas souhaité jouir de l'air, du soleil, de la lutte, de la puissance humaine sur les éléments, l'un sans l'autre.Leur amitié était devenue un objet d'admiration, une parure de l'hôtel.— Nous avons Gérard et Dianah, affirmait-on avec force, pour frapper l'imagination des nouveaux venus ou des étrangers de passage en quête de curiosités.Et leur amitié, après quelques semaines de de régime de domination absolue, était telle qu'au premier jour : c'est-à-dire qu'ils n'avaient jamais parlé ensemble que du temps ou du chemin, de la glace ou des virages, de la neige ou du vent.Tout le monde aurait pu écouter leurs conversations, mais elles n'offraient point d'intérêt.Quelquefois, cependant, il s'y mêlait un bref souvenir de l'Egypte ou des Indes que tous deux connaissaient : mais ce n'était qu'une allusion, une comparaison, une vision que nul commentaire n'accompagnait.Aucun changement ne manquait un progrès dans une camaraderie qui, du premier coup, s'était révélée toute naturelle, iiant le maître à l'élève, puis la rivale au rival.Car, maintenant, ils se valaient.Par exemple, fallait-il s'entr'aider pour un passage difficile, un franchissement de crevasse, une pente mal accessible, l'autre était là, poigne sûre et tête calme.Murren, ce bijou des Alpes bernoises, n'est ni un val, ni un plateau, mais une sorte de balcon au-dessus d'un abîme noir de sapins assez pareil à la tâche d'un encrier renversé, en face du massif de la Jungfrau.La vue s'ouvre à gauche sur le lointain Wetterhorn.à droite sur les parois bleutées du Mittaghorn et du Breithorn, mais tous ces fonds ne sont qu'accessoires.Le motif principal, c'est l'Eiger et le Monch qui soulèvent de leurs deux masses une énorme draperie de neige, et c'est la Jungfrau, non point la Jungfrau décorative d'Interlaken, qui ressemble à une belle dame décolletée entre les épaulements noirs des montagnes plus proches, mais une Jungfrau robuste et farouche comme une Walkyrie, avec une couronne blanche sur la tête, le menace de ses glaciers suspendus, jardins d'hiver aux fleurs d'avalanches, et la cascade de ses rochers jaunes qui se dorent au soleil couchant.La patinoire offre ce spectacle qui varie avec chaque heure du jour.La lumière est la fée qui transforme perpétuellement la montagne.Quant aux skieurs, ils ont le choix entre la descente et la montée : descendre sur la vallée de Lauterbrunnen aux belles eaux pour chercher au-dessus les pentes de la Petite Scheidegg, ou monter, par le chemin de fer à crémaillère, à l'Allmendhubel, qui est à six mille pieds d'altitude : là s'ouvre un cirque immense qui va jusqu'au Schilthorn.Le Schilthorn, à neuf mille pieds, est le grand attrait, la fascination de ceux qui ne craignent pas une longue ascension avec les bois aux pieds ou sur les épaules.Ce matin-là, Dianah avait frappé l'une contre l'autre ses moufles de drap fourré.— Bob, avait traduit aussitôt Gérald devant ces mains désarmées.Et tout heureux de sentir sur leur visage le vent glacé dès la porte ouverte et de voir la neige étincelante et givrée se soulever et se creuser aux caresses du soleil comme la mer, dit-on, aux attractions de la lune, ils s'acheminèrent sans paroles vers la petite gare.Une foule bariolée s'y pressait déjà, en tenue de sport, chandails et bonnets de toutes couleurs, hommes et femmes confondus et difficiles à démêler, car tous les visages étaient rasés et tout le monde portait culotte, figures rouges et saines, regards d'enfants en vacances, dents voraces de jeunes loups, démarches robustes, le torse en avant et les épaules effacées.Et cette foule s'encombrait d'objets divers, luges, skis, bâtons, sacs, jumelles, ou poussait jusqu'au wagonnet d'avant les bobsleigs et les toboggans.Des saluts, des souhaits s'échangeaient d'un groupe à l'autre, et l'on s'écartait devant le couple assorti de Gérald Steele et Dianah Powlyi comme pour leur marquer le respect sport il dû à leur prestige physique.Seul, un petit bout de femme ou d'homme—on ne savait au juste — les traversa pour ainsi dire, se glissant entre eux sans leur témoigner la moindre attention.— Une nouvelle, déclara D'anah, flairant 44 LA REVUE MODERNE Mai 1926 son sexe, avec un certain mépris de l'ignorante.— Ou un nouveau, rectifia-t-il.A force de se rencontrer sur la piste, la glace, les pentes ou au bal, les touristes de Murren qui se côtoient presque chaque jour se connaissent et se mesurent.La nouvelle ou le nouveau ne passait pas inaperçu et obtenait un succès qui balançait presque celui du roi et de la reine des neiges.Ceux-ci échangèrent en le regardant un riie de pitié, un de ces rires muets, profonds, immenses où tout l'être se détend et se perd, où s'abi-ment les collégiens dans leur salle d'étude afin d'échapper à la surveillance du professeur et néanmoins épuiser toute leur force d'hilarité.Par courtoisie, ne convenait-il pas d'étouffer tout signe incorrect ! Mais comment garder son sérieux devant ce morceau de jeune homme ou de jeune fille, tellement joli, gracieux, frisé, pomponné, poudré, carminé, bouclé qu'il aurait dû figurer à la devanture de Williams ou de Tunmer, boulevard de la Madeleine ou place Saint-Augustin, brossé et astiqué chaque matin dans sa vitrine pour symboliser la perfection du costume de montagne et montrer de quelle élégance il était susceptible, Un morceau ?Mais non, à tout prendre, il n'était petit que par comparaison, et qui n'eût paru microscopique au bord de cette paire de cimes humaines ?La jeune fille — car le flair de Dianah n'était point en défaut — était, au contraire, bien proportionnée, de taille moyenne, un peu mince et menue, mais harmonieuse de mouvements, de gestes, de courbes, et si bien prise dans sa veste chaudron ouverte sur une chemisette de soie à col aiglon, et dans sa culotte de cheval moulant ses fines cuisses rondes et enfouie elle-même, comme dans une paire de bottes à l'écuyère, dans les guêtres de laine tirées au-dessus du genou.Les pieds gardaient le secret de paraître exigus malgré les chaussures à cuir épais et lourdes semelles.Quant au visage, un peu ombré par le feutre assorti à la teinte chaude du costume, il était le plus ravissant du monde sans qu'on pût déterminer exactement pourquoi : de quelle couleur indéfinissable étaient les yeux et les cheveux ?Le nez se retroussait du bout, juste assez pour être spirituel sans mutinerie et rompre la prétention de la ligne grecque.Les joues avaient reçu une petite couche de couleur, un peu trop peut-être, mais le grand air, dès de main, servirait de peintre, et la bouche était trop rouge pour que ce fût naturel.Cepen dant il était dommage que ce ne fût pas naturel, car elle avait tout l'attrait d'une rose en bouton, une rose qui va s'ouvrir.La nature ne fabrique pas à la douzaine des boucles comme celle-là.11 y fallait aider un peu — un peu beaucoup — trop sans doute, mais la collation avait réussi.Gérald Steeler, qui avait repris son sang-froid, trouva d'emblée, mais en français pour une fois, la définition : — Bébé incassable.Elle répliqua en anglais : — Qui sera vite cassé.Le page sur qui l'on tirait ces flèches se retourna : connaissait-il les deux langues ?On s'entassa dans les wagons et le train monta comme un ascenseur.L'étage supérieur, c'était l'Allmendhubel.La sortie fut un éblouissement : toutes les cimes, groupées autour de la Jungfrau élargie sur ses bases, impératrice à crinoline, se prélassaient dans la lumière du matin, s'étiraient au jour comme les oisifs de la Côte d'Azur au bord de la mer.Elles donnaient l'impression d'une assemblée majestueuse, mais vivante ou avide de vivre.La nouvelle venue fut la seule qui les regarda : manque d'habitude ou originalité.Les autres n'en avaient pas le loisir : ils se précipitaient sur leurs équipages, bouclaient les courroies des skis, tiraient les luges ou les bobs.Chacun s'empressait à sa besogne, en sorte qu'elle fut bientôt abandonnée.Visiblement, elle ne connaissait personne, errait sans but, cherchait une orien- tation.Sur quoi donc avait-elle compté?Sur quelque hasard favorable ?Mais il n'y a pas de pire individualistes que les sportifs.Ils ne s'occupent que d'eux-mêmes, ils ne s'intéressent qu'à eux-mêmes ou, quand ils marchent par équipes, ils c'ossupent d'abord d'eux-mêmes et puis de leur équipe, ils s'intéressent à eux-mêmes d'abord et puis à leur équipe.Elle était bien ingénue de supposer qu'on ferait exception en sa faveur.Si elle espérait quelque secours, elle se trompait lourdement.Tandis qu'ils dégageaient leui traîneau, Dianah expliquait à Gérald : — Elle est arrivée hier soir à l'hôtel avec une bonne grosse dame et beaucoup de malles.— Que vient-elle faire ici ?demanda le jeune homme.— Montrer ses toilettes, prononça impitoyablement la jeune fille.Ce doit être une Française.Et, en veine de précision, elle acheva sur une moue de suprême dédain : — Une Française de Paris.Gérald revint sans retard à un sujet plus digne de les retenir : — Je ne vois pas George Tewkesbury, notre poids du milieu.— Il sera à l'entrée de la piste a nous attendre.Le poids du milieu était un garçon bien en chair, représentant un nombre respectable de livres qui devait stabiliser le véhicule, entre Dianah qui voulait tenir le volant et Gérald chargé du frein arrière.Ils interrogèrent vainement le service de péage à l'endroit où s'alignaient les bobs sur le chemin étroit de neige durcie pour couvrir la piste à tour de rôle.Personne n'avait aperçu George Tewkesbury.Ils convinrent de l'aller chercher et de ne partir qu'en second.Ainsi retournèrent-ils sur leurs pas et découvrirent-ils enfin leur camarade attablé devant une bouteille de porto blanc, dans le petit pavillon qui commande le débouché de l'Allmendhubel.— Ivrogne ! l'appelèrent-ils familièrement.— C'est afin de peser davantage, assura-t-il en tapant sur son ventre à la Falstaff.Et ce genre de plaisanterie les diveitit indéfiniment.Quand ils rejoignirent leur traîneau rangé au bord de la piste, quelqu'un s'était déjà assis au milieu, paisiblement, à la place réservée au gros George.— Est-ce que je vois double ?interrogea celui-ci en simulant la plus vive anxiété.Voyez : je suis déjà placé.Gérald redoubla de rire : c'était si drôle de prendre un petit page de la reine Mab pour le double de l'énorme Tewkesbury, pareil à un fût de bière ! Mais Dianah, irritée, s'avança vers l'usurpateur : — Ce bod, Mademoiselle, est à nous.Et, ce disant, elle foudroyait du regard, — de ce regard bleu si aigu qu'il semblait creuser des fondrières et des crevasses — la nouvelle venue, car c'était elle, assez audacieuse pour s'être emparée du traîneau pendant leur courte absence.— Je le sais bien, répondit celle-ci avec un aimable sourire qui découvrit, entre les lèvres rouges, des dents humides et brillantes, et je ne saurais d'ailleurs point m'en servir.Mais vous m'emmènerez, n'est-ce pas?J'ai tant envie de m'envoler là dedans.Car on doit voler.Elle déployait comme un drapeau blanc, signe de réconciliation et de paix, toutes ses puissances de séduction.C'était folie de compter qu'un athlète et surtout qu'une athlète y seraient sensibles le moins du monde.Aussi, Dianah reprit-elle comme si elle n'avait rien entendu : — Il faut vous lever, Mademoiselle.Nous voulons partir sans retard.— Partez avec moi.Une petite place me suffit.Voyez : je ne suis pas lourde.— Prenez la pour moi, proposa George, conciliant.— Impossible.— Eh bien, devant moi.Je me serrerai.— Impossible, répéta de sa voix de commandement la terrible Diane chasseresse.Pour un jeu innocent, voici que, brutalement, les choses se gâtaient et tout cela parce que Miss Powlys, toujours si courtoise d'habitude et même avenante, comme le sont volontiers, sans se douter de leur condescendance un peu hautaine, ceux qui ont conscience de leur supériorité, au lieu de s'exprimer en anglais, avait employé le français.Elle s'y était déterminée à cause de la nationalité présumée de son interlocutrice.Et puis, elle détestait les indiscrétions, et l'inconnue avait été indiscrète.Les deux femmes s'affrontaient comme deux pays se déclarent la guerre, mais les conditions étaient trop inégales, l'une redressant sa taille démesurée, l'autre effondrée sur le coussin du bob, l'une écrasant l'autre de sa force et de son droit de propriété.L'inconnue, décontenancée par cette agression subite, et pâlissant sous son rouge, reconnaissait trop tard son imprudence.Elle avait accoutumé sans doute d'être traitée en enfant gâtée dont on supporte tous les caprices quand on ne les admire pas.Visiblement, un traitement pareil la prenait en défaut, lui causait des suffocations.Quel mal avait-elle fait en venant solliciter une petite place dans le traîneau ?Elle arrivait dans cette station pour se distraire et, du premier coup, on la jetait à la porte.N'était-ce pas sortir des règles admises?Lentement, elle se leva.Lentement, elle prit congé : — C'est bien.Je vous remercie de votre hospitalité.Dianah ne daigna même pas remarquer l'ironie.Déjà elle s'installait, prenait en mains le volant, invitait ses compagnons à occuper leur place.— Mademoiselle.voulut expliquer George Tewkesbury à la jolie dépossédée, vous comprenez: je suis irremplaçable.Et il grossissait encore du geste sa corpulence, pour amener un sourire sur le visage sévère.Mais sa partenaire lui coupa ses effets : — Dépêchons.Quant à Gérald Steele, il n'avait pas d'opinion.C'était là un incident sans importance.Il poussa vivement le traîneau sur la pente et sauta en course à l'arrière.La piste de bobsleigh, à Murren, est une des mieux aménagées de toutes les stations d'hiver.De l'Allmendhubel elle redescend au village sur un parcours de plus de deux milles, avec une différence de niveau de près de quinze cents pieds et des lacets nombreux et pittoresques parmi les bois de sapins et des passages de ruisseaux.Ces audacieux virages se prennent contre des parois de neige accumulée et durcie, pareilles à de hauts murs de glace, où les bobs semblent s'appuyer verticalement.Pour le spectateur, c'est impressionnant et miraculeux.Immobile sur la hauteur, l'inconnue regardait le petit véhicule qui glissait sur la piste à une allure de plus en plus vertigineuse, rapide point sombre qui fuyait sur les plaines lisses.Elle se sentait irrémédiablement seule.Personne ne s'occupait d'elle, quand elle avait compté sur son pouvoir pour se créer des relations, obtenir d'être guidée parmi les difficultés de ces sports difficiles.Elle restait là, oubliée, vaincue, humiliée, dans sa fierté de femme, au point qu'elle en avait les yeux pleins de larmes.Humiliée comme un petit pays qui est insulté par un grand.Et, s'imprégnant de la cruelle injure ressentie, elle en fit un grief national.Elle ne pouvait s'incliner devant la défaite.Elle accepterait la bataille où elle s'était mal engagée.Elle prendrait, coûte que coûte, sa revanche.Ah ! cette immense miss, intiai-table et sèche, l'avait ainsi malmenée, morigénée et méprisée ! Sans doute, elle était dans son droit, mais il ne faut pas toujours aller jusqu'au bout de son droit.Fh bien ! l'on verrait si l'on pouvait impunément abuser de sa force.Et cette pensée de vengeance lui Mai 1026 LA REVUE MODERNE 45 restitua aussitôt la confiance perdue : rapidement elle se tamponna les yeux et, sortant de son Bac à main le nécessaire de toilette indispensable à une femme qui respecte son visage et sa beauté, devant la petite glace elle remit un peu de rouge aux lèvres, un peu de poudre aux joues, en hâte, car une troupe joyeuse débouchait au contour du chemin.Une troupe ?un jeune homme qui traînait un bobsleigh en poussant des exclamations de joie et qu'escortaient deux jeunes femmes, pareillement vêtues de blanc, de la tête aux pieds : bonnets blancs, chandails blancs, culottes blanches, bas blancs, le tout en laine grattée, soyeuse au regard.Deux sœurs sans doute, car elles se ressemblaient : l'une un peu plus fragile, à peine ; l'autre, plus sportive, les formes plus durcies, et blondes sûrement toutes deux bien que leurs cheveux courts fussent cachés à peu près.— Philipp, Philipp ! appelaient-elles en riant, comme on excite un cheval qui tire une voiture trop lourde.Philipp s'arrêta net devant la jeune fille au costume chaudron.Devina-t-il sa détresse ?Non, ce n'est guère à croire de la jeunesse actuelle, peu portée à la psychologie.Mais il se dégageait de sa personne et de toute sa àgure rouge un tel enjouement, un tel goût de la gaieté, qu'en le regardant elle se dérida et sourit malgré elle.—¦¦ Ah ! s'écria-t-il, mis à l'aise par ce sourire, voici du renfort.Les deux dames, arrêtées à leur tour, n'étaient point très satisfaites de cet abordage, mais, en femmes du monde, le dissimulaient assez bien.Elles eussent désiré sans doute une présentation en règle.A deux mille mètres d'altitude, le protocole est moins exigeant.Et ce Philipp devait être un extravagant dont il faut subir toutes les audaces irrégulières.— Voulez-vous, continua-t-il, la casquette à la main, nous faire l'honneur de monter en bob avec nous ?Il y a place pour quatre.— Volontiers, répondit-elle avec le plus pur accent anglais, si ces dames y consentent.— Mais nous vous en prions, assurèrent-elles gentiment.— Alors, permettez-moi.Elle se nomma : Claire de Maur.Et, non sans quelque vanité féminine, elle ajouta : — Mon père est ministre de France à Berne.Ambassadeur.Un ministre, cela peut être un pasteur.Ambassadeur sonnait mieux.— Oh ! oh ! approuva Philipp, enchanté de sa découverte, comme s'il était pour quelque chose dans cette ambassade.Vous ne blâmerez plus, Helen, ma facilité à me lier.II MANOEUVRE D'ENCERCLEMENT — Encore un cercle, Gérald ?— Encore un, Diannah.Ils étaient les maîtres de la patinoire.Seul un petit béret vert, presque imperceptible, là-bas, leur disputait cette solitude où ils se complaisaient, mais ils n'y prêtaient pas attention, absorbés par leur tiavail.Ils aimaient ces instants de lutte entre la .lumière et les ténèbres, parce qu'il n'y avait plus personne pour les gêner dans leurs évolutions.Le champ clos leur appartenait.Aucun orchestre ne troublait son silence.Ils pouvaient s'y élancer de toute leur puissance musculaire, s'y livrer à toutes les acrobaties, à toutes les audaces.La glace que le froid plus vif contractait craquait sous leurs patins, comme les feuilles mortes, à l'automne, crissent sous les pas des promeneurs dans les bois.Dans ce paysage figé, coloré seulement par en haut, n'étaient-ils point les dieux du mouvement et de la vitesse ?Rassasiés, ils se décidèrent à cesser leurs jeux.Quelqu'un restait donc après leur départ ?I.à-bas, ce petit béret vert.La jeune fille en prit quelque ombrage, comme un ber- Voici la nouvelle manière de solutionner le plus vieux problème d'hygiène de la femme.Propreté et tranquillité d'esprit dans des conditions hygiéniques ennuyantes Par ELLEN J.BUCKLAND, Carde-malade diplômée.Huit sur dix des femmes du monde ont adopté cette nouvelle manière qui remplace si avantageusement les serviettes sanitaires de l'ancien temps et dont on peut'disposer facilement.L\ vie moderne demande une nouvelle hygiène pour la femme.Les jours sont trop précieux pour être perdus.C'est pourquoi cette nouvelle manièie prouvera sa commodité et changera votre vie.Vous pourrez porter vos plus belles robes sans craintes.Vos devoirs de maîtresse de maison ne vous seront jamais pénibles.Les anciennes serviettes sanitaires sonc choses du pa»sé et la science a remplacé tout cela.CE QUI CONTRIBUA A CHANGER LES HABITUDES DE MILLIONS DE PERSONNES KOTEX est son nom.Il fut découvert pour la première fois par des infirmières durant la grande guerre.Il est fait de Cellucoton extra absorbant, couvert d'une gaze hygiénique.Il absorbe seize fois son propre poids en humidité, il est cinq fois plus absorbant que les serviettes hygiéniques ordinaires.Pas d'ennui, pas de lavage.Jetez le comme un morceau de papier, sans plus de trouble.Chaque serviette Kotez est désodorisée par un nouveau procédé secret.Si vous n'avez pas encore essayé Kotez, ne retardez pas, vous constaterez une différence non seulement pour votre tranquillité d'esprit mais aussi dans votre santé.De nombreux spécialistes affirment que 60% des maux et malaises sont le résultat de méthodes précaires et sans hygiène.Et, c'est sur l'avis de leur médecin que des millions adoptent cette nouvelle méthode.VOUS LE TROUVEREZ PARTOUT DE NOS JOURS Procurez-vous Kotez en paquets sanitaires de 12 serviettes, deux grandeurs : Régulière et Kotex Super.Dans toutes les pharmacies ou magasins à rayons.Demandez aujourd'hui un échantillon de Kotex et remarquez la différence que cela vous procurera physiquement et mentalement.Notre brochure " Personal Hygiène " vous sera envoyée également.Ecrivez dès aujourd'hui.THE CELLUCOTTON PRODUCTS CO., LTD.1203, Northern Ontario Building TORONTO.ONT.KOT6X SERVIETTE — SANITAIRE envoyez ce coupon pour echantillon gratuit GRATIS lnuo>'ez n,oi gratuitement un échantillon de KOTEX et votre livre Personal Hygiène sous envelop|>e.L.R.M.5 Fait au Canada KOTEX SERVIETTE SANITAIRE ~l Cellucotton Products Co., Ltd., 120A, N.Ontario Bldg., Toronto, Ont.Nom.Adresse._._____.On s'en débarrasse Facilement et deux autres avantages.Paa de lavage.On en dispose aussi facilement que d'une pièce d'étoffe — ce qui représente un gros tracas de moins.Protection extérieure — Kotex absorbe 16 fois son propre poids en humidité.5 fois plus absorbant que les serviettes hygiéniques ordinaires; il est en plus déodorisé, ce qui as sure une double protection — D'un schst facile.Dans Is plupart des magasins, les boite* sont enveloppées d'svance vous vous servez, voua payez au vendeur et tout est dit.Kotex Régulier 75 cts la douzaine.Kotei-Super $1.20 la douzaine. 46 LA REVUE MODERNE Mai 1926 ger qui surprend une chèvre étrangère dans sa prairie close.— Qui est-ce ?demanda-t-elle à son compagnon.— Je ne sais pas.Je n'ai pas regardé.— Le bébé incassable.— Vous voyez qu'il se répare, Dianah.Et il rit.Mais elle ne rit pas.Leur apparition dans les salons de l'hôtel, que ce fût au bal le soir, ou l'après-midi pour le thé, ne passait jamais inaperçue.N'étaient-ils point la gloire sportive de Murren ?Un pacte de silence se signait d'un accord général.Tous les yeux se braquaient sur eux, et c'était tout juste si les respirations suspendues n'expiraient pas en un murmure de respect et d'admiration pour le beau couple qu'ils formaient.— Vous les avez vus patiner ?demandait l'un.— Sur leurs skis ils sont bien plus étonnants encore, avouait l'autre.— Vous verrez qu'ils gagneront la coupe de bobsleigh, promettait un troisième.— Il faut convenir, soupiraient les trois Misses Nicholson — Mabel, Maud et May — que cette Dianah est le seul champion digne de lui.A quoi elles avaient du mérite, car elles étaient toutes les trois fraîches de visage et vigoureuse de corps.Cependant ils traversèrent les salons encombrés de tables à thé pour rejoindre, près d'une fenêtre, — celle d'angle, celle qui commande la patinoire, — la bruyante famille de Dianah.Il y avait là Sir Edwin Powlys et ses deux soeurs, Mrs Harriett Rowsell et la marquise de Millery, sa nièce Phœbé de Thennissey et Philipp Smith, leur commensal habituel.Celui-ci, le premier, salua joyeusement leur arrivée : — Le Cervin et le Mont-Rose.On les voit de loin.Sur leur passage, les vagues de la rumeur, un instant suspendus, se refermèrent, et le bruit des plateaux et des conversations recouvrit le silence.C'était bien le spectacle le plus bigarré du monde.C'était, par surcroît, une image en raccourci de la nouvelle société cosmopolite.La Grande-Bretagne y dominait.Elle domine volontiers hors de chez elle.Elle s'annexait quelques représentants du Canada, de l'Australie, du Cap et même de l'Egypte.Les vieilles maisons d'Angleterre ou d'Ecosse tenaient encore leur rang avec ce goût du voyage sur le continent qui attire leurs descendants au bord des glaciers suisses, dans les villes d'art d'Italie, sur la Côte d'Azur, tandis que les aînés, trop souvent esclaves de leur majorât et restés au pays, se livraient aux plaisirs de la chasse ou parcouraient à cheval le sol indéfini de leurs immenses terres menacées par l'impôt et bientôt promises à la vente et au morcellement.Elles se mêlent de l'autre côté de la Manche un peu moins vite que chez nous.Mais quelques années ont sufiii à M.Lloyd George pour découronner de ses privilèges l'ancienne Grande-Bretagne et la livrer à l'envahissement des charbonniers, des épiciers et des fabricants de papier à cigarettes.Non qu'il soit immoral de faire fortune, et l'énergie humaine, inventive et résolue de l'autre côté du détroit, ne s'en est jamais privée.Mais ces fortunes trop rapides, et qui ne sont dues qu'aux prix exorbitants des échanges commerciaux pendant la guerre ou après la guerre, ne donnent pas le temps à ceux qui les ont faites de se préparer à l'honneur, presque toujours aujourd'hui mal compris, de savoir dépenser son argent.Et l'on s'agitait tellement à Murren, comme, d'ailleurs, dans toutes les stations d'hiver, a Grindelwald, à Gstaad.à Saint-Moritz, à ( hanionix, au Revard, sur la neige, sur la glace, au bal.le matin, l'après-midi et le soir, qu'on en oubliait de vivre.Personne n'y accordait plus une pensée, ni un sentiment .'i quoi que ce fût, être ou chose, hois des S|>orts.Personne, ou presque personne.Duanah et Gérald s'assirent avec satisfaction devant la table abondamment servie.Helen et Phœbé, la mère et la fille, qui prenaient un malin plaisir à porter les mêmes toilettes afin de paraître sœurs, les accueillirent avec des plaintes : — Vous nous avez lâchées, ce matin.Ils parurent étonnés, ayant perdu la notion du temps : — Ce matin ?— Mais oui.Ne devions-nous pas concourir en bobsleigh ?Philipp veut gagner la coupe.— Oh ! oh ! protesta le couple, comme si la victoire ne pouvait raisonnablement lui être disputée.— Et même, ajouta Philipp, vous aviez abandonné sur la neige le plus joli page des Féeries de Shakespeare.Us firent les ignorants : — Un page ?Quel page ?— Je gage que vous ne savez même pas de quelle couleur étaient ses yeux.— Ses yeux ?Quels yeux ?— Ah ! ah ! Voilà ! Et Philipp parut proposer à l'assistance la solution d'une énigme.— Bleus, assura Helen.— Noirs, assura Phœbé.— Violets, conclut Philipp.Mrs.Rowsell les mit d'accord en leur récitant, sans qu'ils s'en doutassent, une phrase de Thomas Hardy sur les yeux, dans " Tess of the d'Urberville " : — " .Ni bleus, ni noirs, ni gris, ni violets, mais plutôt de toutes ces teintes réunies et de cent autres qu'on découvrait en regardant l'iris de tout près : nuances sur nuances, teintes s'ajoutant à d'autres teintes, autour des pupilles sans fond ." Helen et Phœbé se pâmèrent devant cet arc-en-ciel, tandis que Dianah et Gérald, visiblement, se détournaient d'une conversation aussi frivole.— Parfait, approuva bruyamment Philipp Smith : vous l'avez donc vue, madame?— Moi ?protesta la romancière : je ne sais même pas de qui vous parlez.— Nous non plus, approuva Dianah.— Moi non plus, accentua Sir Edwin Powlys, qui planait habituellement au-dessus des contingences et refaisait sans cesse, dans sa passion de la politique, la carte du monde.— La voici.Et, de fait, le petit béret de velours pénétrait à son tour dans les salles de thé, avec précaution, comme un chamois sur une pelouse dont l'herbe lui plaît et qui se méfie d'un piège.Des lainages de même teinte, un peu hardis, pas trop, achevaient la silhouette.Cette fois, ce n'était plus un jeune garçon, mais bien une charmante jeune fille, avec des cheveux, comme les yeux, indéfinissables, de la couleur des ch.itaignes quand elles ne sont pas encore mûres et hésitent entre le fauve et le roux.Une petite mèche bouclée passait devant, sous la coiffure, et suffisait à révéler la courte chevelure à la mode.Sans doute, avant d'entrer, avait-elle donné un regard à quelque glace, ellleuré ses lèvres d'un b.lton de rouge et ses joues de la houppe de poudre.Elle avançait à petits pas, toute seule, avec des mines vaguement effarouchées, timide et audacieuse ensemble, et surtout amusée de la curiosité qu'elle soulevait.Car elle obtenait, à son tour, un joli succès.Songez donc ! une nouvelle, débarquée de la veille, et qui n'avait pas paru au (iéjeuner.On savait déjà que sa mère, fatiguée du voyage, avait gardé la chambre ce premier jour.La nouvelle venue cherchait en vain une table libre, il n'y en avait nulle part.Elle avait parfaitement aperçu sa grande ennemie, près de la fenêtre, et cette présence lui faisait paraître plus pénible l'humiliante obligation de ii rdiaitc.Helen et Phœbé, qui avaient suivi tous ses mouvements avec intérêt, devinèrent sa triste résolution : — Vous n'allez pas, dirent-elles à Philipp Smith, la laisser partir ainsi.Courez vite l'inviter.— Mais vous ne la connaissez pas, intervint Dianah qui refusait brusquement une confrontation inutile et désagréable.— Nous la connaissons très bien, répliqua Lady Millery.Nous allons vous la présenter.Nous l'avons recueillie ce matin, perdue sur la neige.Et voici qu'elle est encore, ce soir, perdue dans la foule.Il faut toujours secourir les gens dans l'embarras.— Comme il vous plaira, ma tante.Elle l'appelait ainsi quand elle désirait lui déplaire.— Ne m'appelez donc plus ma tante, je vous prie, mais Helen.— Petite sœur, confirma tendrement Mrs Harriett Rowsell, vous êtes toujours plus jeune, en effet.Et que devient votre cher mari ?— Il lit.— Comme il a raison ! Personne ne lit plus aujourd'hui, sauf ceux qui écrivent.Et que lit-il ?des romans ?— Oh ! non, des mémoires.Il n'aime que la vérité.Pendant ce temps, Philipp avait poursuivi la fugitive et la ramenait triomphalement.Elle avait, sur ses lèvres peintes, un sourire mystérieux, celui de la nymphe qui, avant de fuir, se doute bien qu'on l'a vue.Les choses se passaient exactement comme elle le souhaitait.Elle salua Lady Millery et Lady Thennissey avec l'hésitation la plus délicate : — Je ne saurai jamais, avoua-t-elle.— Et quoi donc ?— Laquelle est la fille.Il n'y a plus de mères.Elle avait commencé de parler en anglais, et très purement.Cependant, la conversation, d'un accord tacite, comme pour lui rendre hommage, continua en français.On la présenta à Mrs Harriett Rowsell.A ce nom, elle ressentit ou joua une émotion du meilleur goût : — Ah ! Madame, je désirais tant vous connaître ! — Vraiment, Mademoiselle ?— J'aime un de vos livres comme s'il était d'un romancier français.— Et lequel ?réclama aussitôt la bonne dame, flattée et déjà conquise comme sa sœur Helen.Sa vie désemparée était peut-être la cause de cette rupture d'équilibre ou le côté factise et conventionnel de son honnête observation.Elle avait peint, comme Mrs Edith Wharton, la haute société américaine qu'elle avait connue par son mariage-—ce qui avait paru original — et depuis son retour en Europe, après son divorce, elle ne se retrouvait plus à l'aise dans la société cosmopolite qu'elle fréquentait sur la Côte d'Azur, à Rome, en Suisse ou à Paris, car elle ne se pressait point de retourner dans la nouvelle Angle terre dont elle redoutait l'évolution.— Oh ! c'est un de vos premiers romans, très différent des autres qui sont, n'est-ce pas, surtout des études de mœurs.C'est un roman de passion, c'est " Eternal Love ".— Celui-là?Ce n'est pas' possible ?Il n'est pas écrit pour des petites Françaises qui tournent les têtes et les pages.— Oui, soupira mélancoliquement la jeune fille, vous comme les autres, vous ne nous connaissez pas et vous nous jugez mal.— Excusez moi.Mademoiselle, dit alors loyalement Mrs Rowsell, craignant de l'avoir froissée.Déjà Philipp continuait les présentations : — Sir Edwin Powlys, notre principal secrétaire à l'India Office, qui fut aux Indes, puis en Egypte, le bras droit de Lord Curzon et de Lord Cromer ; Mlle Claire de Maur, fille de l'ambassadeur de France à Berne.Il allongeait majestueusement les titres, avec une légère ironie et des gestcs^arrondis, Mai 1926 LA REVUE 'MODERNE 47 comme s'il défaisait les plis d'un manteau de cour.Quel aimable compagnon, ce Philipp ' Il était le bout-en-train, le mouvement, le bruit, la flamme et la gaieté faite homme.Elève de Cambridge par surcroît, et olhcier de cavalerie du 6ème lanciers aux Indes et dans la grande guerre.Il avait alors dignement vécu devant la colline 60, aux environs d'Ypres, connu familièrement le petit bois que son régiment, et bien d'autres, appelaient Maple Copse, et fréquenté la longue tranchée boueuse qui conduisait à Zillebeke.Blessé gravement — ce qui lui avait d'ailleurs valu la Military Cross — il avait été soigné à l'hôpital japonais de l'hôtel Astoria, où la marquise de Millery était infirmière.Mais il estimait qu'il avait momentanément asse?travaillé pour la Grande-Bretagne et, s'étant fait mettre en congé, il jouissait de la vie complaisamment, sans autre but.Pour définir ce garçon cuit au soleil sur la neige, dont les yeux candides souriaient sans cesse à la nouveauté des choses ou la recréaient, il aurait fallu se servir de la petite phrase employée par Bussy-Rabutin pour résumer le charme du père de Mme de Sévigné : Tout jouait en lui.Tout jouait sur lui, en effet, de la lumière du jour à celle des femmes.L'étrangère allait-elle conquérir encore Sir Edwin ?Dianah attendait avec anxiété leur dialogue.Son père s'était levé devant la jeune fille et lui montrait cette courtoisie de l'homme grisonnant pour la jeunesse, qui garde quelque chose de seigneurial et de paternel ensemble et, néanmoins, n'a pas renoncé à plaire.11 avait tout à fait grand air avec sa haute taille, sa belle chevelure argentée, son profil rasé de médaille, sa maigreur solide.C'était un homme impressionnant que Sir Edwin.l'ne petite fille à béret de velours vert devait se sentir gfnée en sa présence, diminuée, rapetissée, fondue au point de disparaître.Et ce fut la petite fille qui mit instantanément le long et beau monsieur dans la poche de son chandail de laine : — J'étais à Londres, tout enfant, Monsieur, à l'ambassade où mon père était secrétaire.J'ai connu quelques-uns de vos hommes d'Etat.Ils me trouvaient trop sérieuse parfe que je leur parlais politique, et je les divertissais.Maintenant que je suis grande.— du moins relativement.— je n'oserais plus.— Je vous expliquerai, Mademoiselle, promit le principal secrétaire de l'Office des Indes avec une condescendance qui n'était pas sans gentillesse, toutes les affaires extérieures, si vous leur portez quelque intérêt.— C'est cela, c'est cela.Justement, je n'ai jamais bien compris la question d'Orient.— C'est ma spécialité.Comme tout homme satisfait de soi-même, il était sensible à la flatterie.On l'est si volontiers quand elle passe par une jolie bouche, même un peu trop maquillée.Il ne restait plus à Claire de Maur qu'à affronter la terrible paire de l'Allmendhubel, ses deux ennemis du matin.L'insolence de l'une avait été approuvée par la lâcheté de l'autre.Gérald et Dianah étaient pareillement hostiles à ses yeux.— Je ne vous présente pas, continua Philipp, non sans quelque malice.Vous vous connaissez, je crois.— Parfaitement, approuva la Française.Elle inclina à peine la tête devant Dianah qui lui rendit non moins sèchement son salut, mais elle tendit la main, négligemment, à Gérald qui la serra en courbant l'échiné, comme un écolier pris en faute.Ainsi, la tranchée de séparation, ouverte sur la piste de bob, fut-elle élargie et le fossé creusé à fond entre les deux jeunes filles comme entre deux armées, quand il eût été si facile de le combler ou de lancer une passerelle.Dianah Powlys n'aurait eu qu'à se lever pour porter secours à Claire de Maur errant parmi les tables occupées au lieu d'en laisser le soin à Philipp Smith : elle l'eût simplement ac- cueillie avec sa franchise et son bon rire habituel, et le malentendu était dissipé.Mais ces malentendus qui ne se dissipent pas, ces abîmes qui s'élargissent, la plupart du temps sont le signe de plus profonds dissentiments, d'inimités latentes et inconnues de ceux même qui les ressentent comme malgré eux et qui, plus tard seulement, seront éclairés sur leurs causes véritables.Nos sympathies et nos antipathies sont les antennes de notre sensibilité : elles nous renseignent à l'avance sur ce que nous devons attendre de nos rencontres sur le chemin de la vie.Elles ne sauraient guère nous tromper, car elles ont la sûreté de l'instinct.— Vous avez quitté la patinoire après tous les autres, reprit Mrs Rowsell, même après notre couple unique devant qui chacun cède la place quand l'ombre monte.Vous n'êtes évidemment pas de la force de ma nièce.Mais vous ferez une bonne élève.Elle pourra vous diriger.Armée de toute sa psychologie de papier, la romancière, dans sa bienveillance, lui distribuait le plus amer poison.La jeune fille refusa de l'avaler, car, déjà tournée du côté de Gérald, elle lui décochait le plus troublant regard avec cette demande : — Ce tour que vous faisiez sur un seul pied, le bras en avant, à toute vitesse, en décrivant une boucle, vous me l'apprendrez, n'est-ce pas, Monsieur ?Ainsi escamotait-elle le secours de Dianah.Force fut au pauvre Gérald de répondre affirmativement et de s'engager.Elle exigea aussitôt des précisions : — Demain, voulez-vous ?— C'est que, demain, balbutia le géant, comme s'il se devinait surveillé et jugé, nous partons dans la montagne sur nos skis, Dianah et moi.— Alors, après-demain.— Après-demain, c'est jour de bob.— Eh bien, une autre fois.Je ne suis pas pressée.Quelle audace était la sienne ! Elle dissocierait le couple ?Fallait-il qu'elle fût indiscrète, ou plutôt qu'elle fût nouvelle à Murren pour ignorer ce que tout le monde savait : on ne séparait pas Dianah de Gérald.Aucune jeune fille ne s'y serait risquée.Bah ! elle n'était pas au courant, elle était excusable en somme : demain, mieux renseignée, elle renoncerait d'elle-même à son inconvenant projet et ne réclamerait pas l'exécution d'une promesse qu'elle avait arrachée par erreur.Philipp, qui s'amusait de l'aventure, riait sous cape, et bientôt Helen et Phœbé partagèrent sa bonne humeur.Dianah, cependant, absorbait gâteau sur gâteau pour étouffer son irritation.Allait-on lui souiller son partenaire, à présent ?Mais non, cette petite fille insinuante et peinte ne s'essaierait ni au vrai bobsleigh à toute allure sans usage des freins, ni aux skis magnanimes avec qui l'on possède la montagne tout entière dans une ivresse de force et de solitude.Tout de même, pour la première fois, la grande Walkyrie sentit une menace d'isolement." Tout Anglais est une île ", a écrit une femme d'esprit qui les connaissait bien.Mlle de Maur avait trouvé le moyen, en quelques minutes, de séduire tout son groupe et ne lui avait pas adressé la parole.Cependant le chasseur de l'hôtel circulait à travers les tables, distribuant le courrier qui venait d'arriver.La réception du courrier est aussi un instant agréable à la montagne : quand elle s'ajoute au plaisir du thé, la petite fête est complète avant de remonter dans sa chambre et de s'habiller pour le dîner.Mrs Harriett Rowsell et Sir Edwin Powlys furent spécialement favorisés et même ils durent recevoir des nouvelles sensationnelles à en juger par la tension de leurs traits.La romancière, tout spécialement, parutlboule-vereée.— Grande sœur, dit Helen, auriez-vous de fâcheux renseignements sur votre éditeur / — Sir Brian Daffodil ?répéta Claire de Suggestions demandées Pour notre parfum à $8.00 l'once Notre concours marche réellement bien, les suggestions sont intéressantes.Nous aimerions à avoir toutes celles des lectrices de la Revue Moderne, car nous avons hâte de mettre notre nouveau parfum sur le marché.Autant de suggestions que vous le désirerez.Adressez vos lettres comme suit : La Parfumerie J.J ut ras Dept.Sug.5270, Ave.Papineau, Montréal.Nota.—Chaque empaquetage de nos parfums et poudre Faites-moi Rêver, Boule-de-Neige et Parfait Bonheur, contiennent un coupon pour notre " Voyage au Saguenay ". 48 LA REVUE MODERNE Mai 1929 Maur.N'a-t-il pas écrit un ouvrage sur l'esthétique de John Ruskin ?— Précisément.Je vois que vous êtes au courant de notre littérature.Il occupe la chaire d'histoire de l'art à Oxford.— Oxford ne vaut pas Cambridge, prononça Philipp Smith pour allumer la guerre.— Peut-on dire, Philipp ! Oxford nous a donné Addison, Shelley, Matthew Arnold, Swinburne et Brian Daffodil.— Vous en oubliez, Madame.Vous oubliez Oscar Wilde.— Horreur ! — Un si grand écrivain ! Mais de l'Université de Cambridge sont sorties les plus authentiques gloires de la Grande-Bretagne : Spencer, Marlowe, Milton et Dryden, et Wordsworth et Coleridge, et Byron, et Ma-caulay, et Tennyson, et tant d'autres.Sans me compter.Néanmoins, nous ferons bon accueil à Sir Brian Daffodil.—-Je ne l'ai pas revu depuis trente ans, avoua Mrs Rowsell.— Vous ne voyez pas souvent vos amis, dit Phœbé en riant, et il y a des chances pour que vous ne reconnaissez pas celui-là.— Je le reconnaîtrais après un siècle, affirma la bonne dame.— Dans tous les cas, dit gentiment Claire de Maur, il vous reconnaîtra, lui.Vos yeux n'ont pas dû changer, Madame, ni votre expression de visage.— Croyez-vous ?Quelle expression ?— Est-ce que j'ose ?— Osez, Mademoiselle, osez.— Une expression de bonté généreuse, de tendresse humaine et de candeur ensemble.— De candeur ?— Oui, malgré la vie, malgré les chagrins peut-être.— Les chagrins sans doute.Je voudrais être sûre qu'il me reconnaîtra.Et, sur ce désir spotané, elle s'absorba dans ses réflexions sans prendre garde que ce silence qui, selon le mot de Carlyle, la mettait en contact avec le mystère, la livrait plus que ses paroles, non pas à l'attention de sa famille attirée par d'autres objets et tout à fait blasée sur ce qu'elle pouvait dire ou penser, mais de cette fine étrangère qui se débrouillait si vite dans l'interprétation des figures.— Une bonne nouvelle aussi.Lord Mus-grave qui, vous le savez, est le principal secrétaire du Foreign Office, doit venir me voir avant de partir pour les Indes où il est envoyé en mission.Il arrivera la semaine prochaine.— Ah ! laissa échapper Mlle de Maur, comme si elle prenait un intérêt particulier à cette visite.Et, rappelant le chasseur, elle lui réclama son propre courrier.Mais le chasseur l'avait porté dans la chambre de sa mère.— Vous connaissez Lord Musgrave?lui demanda Philipp Smith qui avait remarqué son mouvement.— Oui, certes, je l'ai rencontré à Londres, et ensuite au Caire.— C'est un homme tout à fait remarquable, laissa tomber de haut Sir Edwin.Il m'honore de son estime.Vous souvenez-vous, Harriett, et vous Helen, — non, Helen était trop jeune, elle est d'une autre génération, —¦ du temps où il venait résider quelques semaines de vacances dans notre château de Loch-maben en Ecosse?En ce temps-là, il goûtait la poésie de nos chênes, de nos bruyères et de nos lacs.Ensemble nous visitâmes Ab-botsford, en hommage à Walter Scott.Déjà, nous lui concédions la première place.Il y avait en lui je ne sais quelle force que nous devinions, bien qu'adolescents.Votre Brian Daffodil, Harriett, était de la petite expédition.— Quelle était cette force, Monsieur ?interrogea Mlle de Maur qui écoutait parler Sir Edwin Powlys avec une ardeur peut-être simulée, sans doute afin d'achever sa conquête.— Une force mystérieuse.Avez-vous lu Shakespeare, Miss Claire de Maur?— Sans doute.— Vous rappelez-vous le passage où le roi Lear se fait reconnaître de Kent ?Mrs Harriett Rowsell parut sortir de son extase juste pour donner la réplique à son frère et prouver une mémoire qui était pour une bonne part dans son talent d'écrivain : — Oui, le vieux roi errant demande à Kent : " Me connais-tu, camarade?— Non, monsieur, répond Kent, mais vous avez dans toute votre personne quelque chose qui me donne encie de vous appeler maître.— Et quoi donc ?— L'autorité." — C'est bien cela, approuva Mlle de Maur.Et la romancière la remercia, croyant que cette approbation s'adressait à la fidélité de sa citation.Mais la jeune fille pensait à Lord Musgrave, car elle ajouta : — L'autorité.Dès qu'il paraît, il n'y a plus que lui.— Comme vous avez raison, conclut Sir Edwin, d'admirer nos hommes d'Etat ! Mais la remuante Phcebé, mécontente sans doute de la tournure que prenait l'entretien, lui imprima une direction plus pratique et terre à terre : — Que d'arrivées en perspective ! Demain, mon mari.— Hubert ?— Mais oui.Il me rejoint enfin à la Villa des Neiges.Dans quelques jours, Sir Brian Daffodil, le flirt de ma tante.— Taisez-vous, petite sotte.— Et plus tard, notre principal secrétaire du Foreign Office, pour la joie de mon oncle et de Mlle de Maur.— Oh ! protesta celle-ci, je suis hors de cause.Quant à Dianah et Gérald, ils ne prenaient aucune part à la conversation.Ensemble, ils combinaient leur itinéraire du lendemain.Le reste du monde avait cessé de les intéresser.Les Goliath reprenaient l'avantage sur le petit David qui avait osé s'attaquer à leur bob.Si le temps le permettait, ils monteraient en skis jusqu'au sommet de Schilthorn.— Si nous y allions aussi ?proposa Philipp à Phcebé.— C'est un jeu dangereux, leur objecta Helen.— Il n'y a qu'un jeu dangereux, déclara Claire de Maur.— Lequel ?Elle ne répondit pas, mais regarda en face Sir Edwin qui avait posé la question et qui dut faire la réponse : — Vous voulez parler du flirt.C'est de votre âge.— Non, pas du flirt.Personne, hypocritement, ne consentit à prononcer le nom du redoutable amour.Mais l'allusion de la jeune Française n'était-elle pas aussi indiscrète que sa démarche du matin ?" Ni vifs, ni curieux, les Anglais sont en familiarité avec leur âme." Ils n'acceptent guère qu'on intervienne, même d'une façon objective et sous couleur de psychologie, comme nous le pratiquons en France, dans les affaires de coeur.De là ce manque absolu d'intimité dans les relations, de ressort dans les conversations, mais de là aussi le respect si agréable du for intérieur, chez soi et chez les autres.Seul, Sir Edwin, décidément en veine d'indulgence pour la jolie étrangère, parut s'amuser de la réflexion et même la releva avec ce défi : — Moins que la politique, Miss Claire.Une erreur de sport ne fait qu'une victime, une erreur de cœur n'en fait que deux, une erreur politique peut causer le malheur de toute une nation.III "ETERNAL LOVE" Mrs Harriett Rowsell cherchait en vain quelqu'un de sa famille qui voulût bien l'accompagner à la petite gare de Vutren pour y attendre Sir Brian Daffodil, professeur d'histoire à Oxford, qu'elle n'avait pas revu depuis trente ans.Depuis trente ans : elle en avait cinquante-quatre, deux de plus que-son frère Edwin, quatorze de plus que sa sœur Helen.Trop de saisons s'étaient écoulées depuis leur jeunesse et, comme ils ne se reconnaîtraient pas l'un l'autre, une présence étrangère serait précieuse, qui atténuerait l'impression pénible de leur déconvenue réciproque.Dianah était naturellement partie de bonne heure dans la montagne avec ses skis et le fidèle Gérald.Phœbé en avait fait autant avec Philipp, malgré le débarquement tout récent à Murren de son mari qu'elle laissait avec désinvolture, à la Villa des Neiges, discuter contre son père sur la décadence de la diplomatie et la menace du bolchevisme, et même ne convenait-il pas d'en avertir Helen ?Justement celle-ci avait promis d'aller à la rencontre des fugitifs, et il ne fallait pas la détourner d'une vigilance maternelle qui, pour être tardive, n'en était que plus recommandable.Mais pourquoi ne trouvait-on rien à redire à l'amitié des deux géants et soupéonnait-on celle-là qui ne faisait que l'imiter?Sir Edwin expédiait un courrier important et pressé.Mrs Rowsell, croisa, dans le hall, Mlle de Maur.Celle-ci, en quelques jours, s'était rendue sympathique à tout le monde, malgré ses habitudes de maquillage et la hardiesse de sa conversation, — à tous, sauf, toutefois, à Dianah.— Ne voulez-vous pas venir à la gare avec moi ?— Je dois patiner avec M.Gérald Steele.— Il est parti avec Dianah.Il ne reviendra que pour le lunch.— Il reviendra plus tôt.— Eh bien, Mademoiselle, abandonnez-le pour une vieille femme.Claire de Maur accepta sans hésiter cette substitution, soit par coquetterie et pour piquer au jeu le partenaire de son ennemie, soit parce que le visage inquiet de la bonne dame lui inspira quelque sentiment de soudaine pitié.Elle était charmante ; ses cheveux prématurément blancs, qu'elle relevait en auréole bouclée, le soir, avec un ruban de velours noir, son visage chétif et mince allongé en triangle et d'un teint déjà flétri, la vieillissaient jusqu'à la soixantaine, mais les yeux dorés avaient gardé une si limpide candeur, la bouche avait tant de grâce, et la tournure tant de sveltesse, qu'une fraîche jeune fille cohabitait avec cette chère vieille dame.Ainsi n'avait-elle point perdu le don de plaire, mais c'était un charme de spiritualité qu'elle exerçait, et non un autre.Elle donnait envie de tenir des propos intelligents et honorables, élevés même, sur des sujets d'humanité ou d'art.Or, pour la première fois de sa vie — ce qui était l'indice d'une grande surexcitation — elle avait essayé de se poudrer.Sa compagne, avant de sortir avec elle, l'entraîna dans un coin du hall : — Vous ne savez pas, Madame.Voulez-vous que je vous apprenne ?— Ah ! vous avez remarqué ?Je suis une ignorante.J'ai eu tort, peut-être.— Oui, Madame, vous avez eu tort.Laissez-moi effeer tout cela.Il faut une longue habitude, et des préparations.J'ai vingt-cinq ans, et l'on m'en croit vingt.Sans mon rouge je serais trop pâle parmi toutes ces viragos.Mais vous, ce n'est pas votre manière.Là, vous êtes beaucoup mieux.Il vous reconnaîtra.— Taisez-vous, enfant terrible.Vous devez me trouver bien sotte.Revoir un ami après trente ans, c'est émouvant, Miss de Maur.C'est passionnant aussi.Et même, c'est effrayant.La jeune Française la regarda bien en face : — Surtout luand on a écrit " Eternal Love ".Ce lui fit rougir Mrs Rowsell comme un enfant pris en faute : (Suite à la page 51) Mai 1926 LA REVUE MODERNE Guirlandes de ruban pour la tête Le devant de l'ornement est fait de pétales de ruban avec un rentre de rul un île 1 -2,teinte argent.S verges de ruhan de deux Ions sont requises.3-4 verge de ruban métallique de 1-4 pouce noué au centre et 1 verge de ruban satin de S 1-2 pouces, teinte pastel, pour couvrir le front et le derrière de la fondation en burkrjm.Pu ruban argent plié fait cette guirlande 1 [astique classique, avec rosettes de côté; 2 1-2 verges de ruban de 3-4 pouce sont requises.Les cercles plies sont cousus sur une bande de ruban.Cette bande de'tête en ruban froncé requiert 27 pouces
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.