La Revue moderne., 1 mai 1929, mai
PRIX gtotatton - Bécoratton moberne 10e &mtéc MONTREAL, CANADA MAI 1929 — No 7 l'KIIMKICK IlOBK l>K l'AItls I.EGACY E6T PARFAITEMENT M A N11-*ES TE I»AIl CE SERVICE A THE DE 3 MORCEAUX, $87.75 Cl IM.ERES A THE LKOARY."HUIT", $S.fi."SIX".$4.25 LEGACY- le Tipuveau Modèle \iirun Modèle d'iirgcatorlc dam l'histoire n'a jamais atteint le succès Instantané qu'a rencontre le LEGACY .Ilans les sj\ mois depuis son détint, il n brisé tous les records de lentes.I.a raison en est délicieusement ethlente dans le patron lui-même, ("est le premier patron réellement moderne en arpenterie .le premier à y incorporer les lignes sinueuses et droites de l'art moderne.Nouteau comme le dernier numéro de cette itetue dans sa modernité.Mais avec quatre générations de main-d'oenvre artistique en arpenterie plaquée 1847 ROGERS RBOS.pour le recommander.Bien chanceuse est la mariée qui commence son service d'arpenterie avec le modèle LEGACT.INTERNATIONAL s I I.\ Y.IC C O M !• \ N \ «Il CANADA, I.I M I T E U , II A M I I- T O N . N T ARGENTERIE PLAQUEE 1847 ROGERS BROS.IM l-.RN.VI iONAt SII.VI K CQ H La Revue Moderne — Montréal, Mai 19 2 9 Page S Le "Commander Brougham" à cinq places —Avec moteur à six ou huit cylindres.Six roues en broche et porte-malle standardisé.T3 IEN moins que le champion de la vitesse — rien moins que la puissance sans pareille dans le domaine de -1- ^ 1 automobihsme — pouvaient avoir inspiré la beauté attrayante de ces grands huits et six Studebakers nouveaux.Dans chaque ligne vitale et dans le contour, vous remarquerez immédiatement l'habileté remarquable qui a conquis au Studebaker CHAQUE RECORD officiel de vitesse et d'endurance que puisse produire tout automobile.Automobiles équilibrés! Style qui interprète superbement la performance — performance qui accomplit brillamment la promesse d'un style juvénile et pimpant.Chacun d'eux est un champion d'automobile— à des prix presque aussi remarquables que ces ces grands autos eux-mêmes! STUDEBAKER Constructeur de Champions Page h La Revue Moderne — Montréal, Mai 19 2 9 LE NOUVEAU WAGON-SALON-OBSERVATOIRE-SOLARIUM Remarquable Innovation dans le domaine du transport SOLARIUM SALON-OBSERVATOIRE RUFFET FUMOIR POUR HOMMES BAIN POUR HOMMES SA LON DES DAMES BAIN POUR UA MES le.] LE Wagon-Salon-Observatoire-Solarium du Pacifique Canadien est la dernière nouveauté en matière de transport ferroviaire.Il marque un progrès de plus vers le parfait confort dans les voyages en chemin de fer.On est charmé par l'ingénieux et nouvel aménagement de ce luxueux wagon dès l'instant où l'on en franchit le seuil.C'est un véritable club roulant offrant tout ce qui peut contribuer au confort et à l'agrément de ceux qui effectuent de longs parcours en trains à travers le pays.Sa principale caractéristique est le spacieux Solarium vitré qui occupe tout l'arrière, permettant d'admirer les paysages en pleine lumière, sans l'inconvénient du vent ou de la poussière.Ses deux Chambres de Bain et Douche — l'une pour dames, l'autre pour messieurs — comptent encore au nombre des innovations que ne manqueront pas d'apprécier les voyageurs désireux de se rafraîchir en route.On y voit aussi un petit Salon pour Dames, ainsi qu'un Fumoir réservé aux hommes et un Buffet.Mais la pièce par excellence de ce merveilleux wagon est sans contredit le vaste Salon-Observatoire où les voyageurs des deux sexes se réunissent pour lire ou causer .entre deux villes ou deux océans .tout en admirant les splendides panoramas qui se déroulent de chaque côté de la voie parfaitement unie sur laquelle le train les emporte à toute vapeur .et en complète sécurité.PACIFIQUE CANADIEN EQUIPEMENT de Luxe P A C I F IQLfE CANADIEN /,' « v ii e M i> il i' me — Montréal, Mai 10 29 Page 5 l'Agriculture "J'Ecoute.La superficie cultivée de nos récoltes fut de 51,-427,190 arpents en 11918 et de 57,796,226 arpents en 1928.Le gouvernement fédéral calcule qu'une surface environ deux fois et demie plus considérable pourrait servir à des fins agricoles.Ceci comprend les pâturages et toutes les tejrr.es couvant être utflisées a des fins analogues.au Ga/iada.IL est reconnu que l'agriculture est la principale industrie du Canada.Semer et récolter—telle est encore une des tâches les plus rénumératrices.Tous les Canadiens, à quelque classe qu'ils apparti' ennent, attestent que le cultivateur est le plus important producteur au Canada.Cette attestation, cependant, n'est venue qu'après de longues années d'un travail épuisant.C'est la lutte cons' tante entre l'Individu et la Nature, son redoutable ad' versaire, qui a donné à l'agriculteur son enviable renom.L'électricité a rendu plus facile la vie à la campagne.Cette force magique éclaire la maison, la grange et les étables; elle actionne les barattes, bat le blé, trait les vaches et rend, possibles les communications téléphoniques.L'Electricité est le serviteur idéal—celui qui ne s'emporte jamais, ne vous quitte jamais, et n'a jamais à être congédié.La "Horthcm.Electric Company''' fabrique et vend la plupart des accessoire^ qui facilitent les travaux de la ferme—cables, fils, appareils téléphoniques, poêles électriques, lessiveuses électriques, fers a repasser électriques, et nombre d'autres dispositifs acttonné& par l'électricité.Northern Electric FabncatiOTi J^ationale d'Outillage Electrique Î47F Page 6 La Revue Moderne — Montréal, Mai 19 2 9 La COMMODITE de DEUX autos FORD Anotre époque où marcher est devenu une récréation et rouler en auto une nécessité, le propriétaire de deux autos Ford a pratiquement résolu le problème du transport pour sa famille entière.L'homme a besoin d'un coupé Ford toute la journée pour ses affaires, alors qu'il faut, pour la mère et la fille, un Sedan Ford afin de se à la tonna 1 The ELIAS R0GERS ÏSy ALFRED ROGERS, Président Edifice CANADA CEMENT LAncaster 4252 La Revue Moderne EAUX PRINTANIERES Page 26 d'agitation nerveuse, ce qui donnait la plus drôle d'expression à son petit visage ratatiné.Sanine, en le regardant, avait grand'peine à ne pas éclater de rire.On entendit enfin un bruit de roues sur le chemin sablonneux.— Les voilà, dit Pantaleone.Il se redressa, non sans un rapide frisson nerveux qu'il se hâta de dissimuler.— Brr! fit-il, la matinée est passablement fraîche.Une rosée abondante inondait encore 1er herbes et les feuilles, mais la chaleur pénétrait déjà dans le bois.Les deux officiers apparurent bientôt: ils étaient accompagnés d'un petit homme trapu, au visage flegmatique, presque endormi: c'était un chirurgien de l'armée.Il tenait à la main une cruche d'argile pleine d'eau qu'il avait apportée à tout événement; un sac tout bourré d'instruments de chirurgie et de bandages pendait sur son épaule gauche.On voyait facilement qu'il avait la plus grande habitude de ces excursions, qui formaient une des sources de son revenu: chaque duel lui rapportait huit ducats, que les combattants payaient par moitié.M.von Richter portait la boîte aux pistolets, M.von Donhof faisait tourner dans ses doigts une petite badine, probablement pour faire du "chic".— Pantaleone, chuchota Sanine au vieillard, si.si je suis tué, tout est possible, prenez un papier dans ma poche de côté à gauche.Ce papier contient une fleur.Donnez-la à la signorina Gemma.Entendez-vous ?Vous me le promettez ?Le vieillard le regarda tristement et fit un signe affirmatif de la tête.Mais Dieu sait s'il avait compris ce que lui disait Sanine.Les adversaires et leurs témoins échangèrent le salut d'usage.Le docteur ne sourcilla pas, et s'assit sur le gazon en bâillant, comme s'il se disait: "Qu'ai-je besoin de déployer une courtoisie chevaleresque ?" M.von Richter proposa à M.Tchibadola de choisir l'emplacement.M.Tchibadola, qui avait de la peine à remuer la langue, répondit: ¦ JAMBES MALADES Vo» ple«U «•» rhu/,;-/, .s ,lu, ,-t, ment à The Butterrick I'ublishing Company, 168 Wellington Street West, Toronto." Page 50 L a R e vu e M o d e r n e — M o n t r é al, M a i l 9 229 16007 16026 La serviette à la mode et ses divers points 16026.—Si vous tenez à être "Up to date", vous introduirez de la couleur dans votre chambre de bain, votre cuisine, etc.Les bords seront ici à point d'ourlet et les points en couleurs assorties.Prix: 40 sous, bleu.162 229.—Les serviettes qui nous rappellent constamment le printemps avec leurs jolis effets de fleurs.On jouira de leur effet décoratif tout le long des jours.Ce décalque renferme: 2 de chacun des six motifs.de 12 à 13 pouces de large et de 3 à 4U pouces de haut.On trouvf-ra aussi une charte des couleurs.Prix: 30 sous, bleu.162.—Une note décorative pleine de goût est le monogramme.Une seule initiale ou plusieurs tout est bien.On peut s'en servir sur toute la lingerie de maison.Ce décalque en renferme de plusieurs dimensions de 1 à 5 pouces.Prix: 30 sous, bleu ou jaune.16007.—Pas besoin d'une bien grande expérience pour accomplir le travail de ce dessin de décalque.Le simple et primitif point de croix ornera agréablement les serviettes, à la façon si simplette de Grand'Mère.Un nombre de motifs suffisant pour 12 serviettes, 2 de chacun des six modèles différents, 3U par 13 pouces.Prix: 30 sous, bleu ou jaune.16019.—Dessins de fleurs.souvenir d'un vieux jardin à travailler à point marguerite ou noeud français avec de la soie six-brins de couleurs gaies.Une charte des couleurs est donnée avec ce modèle.Le décalque renferme des motifs pour 12 serviettes ou pour 6 paires d'oreillers.Prix: 40 sous, bleu.191.—Aucune liste de serviettes n'est complète sans la serviette de cuisine.Tels qu'illustrés ces articles sortent de l'ordinaire et donneront à toute cuisine une note d'originalité.Ce décalque contient 2 de chacun des 15 différents motifs et 3 verges en 16 pouces de largeur de bordure à tablettes.Prix: 15 sous, bleu.191 Mlle Jeanne Lyttle répondra avee plaisir à toutes les queutions qui lui seront posées concernant les travaux à Vaiguille.191 \\ f?7 / \o "Ce sont de» PATRONS BUTTERICK.Si votre marchand local ne peut votiê fournir ces patrons, .i I \liK i \ \ r s i i c \ic i m i Quand la recette exige du LAIT et du SUCRE les bonnes cuisinières emploient le LAIT CONDENSÉ SUCRÉ eagle brand Il enrichit la saveur et adoucit la texture des mets.Et dans Dc plus en plus on • -, remplace la Crî-im .t le vate ie Sucre par le LAIT EAGLE.ESSAYEZ-LE ! LA CIE.BORDEN LIMITÉE.Dcpt R.M.140, ouest rue St-Pnul, Montréal.Veuillmt m'«ipMjer irmtislf hvrrdr recettes EMglo Brand NOM.ADRESSE . Page 5A La Revue Moderne — Montréal, Mai î 9$9 frire ou, si vous le préférez, dans de l'œuf battu et de la très line chapelure tamisée et plongez-les dans la friture bouillante.Pommes de terre à la Parisienne.— Mettez dans une casserole un morceau de beurre avec un gros oignon coupé en petits morceaux; faites revenir l'oignon, EAUX PRINTANIERES (Suite de la page 52) our .15Î Assez de ûarnlture exquise dans chaque boite à 15c pOUf remplir quatre ~.Itroaaea tartes.-m**'^' / La m en ag ère le» aime _-— parce qu'avec ce» garni- ture* elle peut faire des tarte» délicieuses en peu de temps et elle réussit toujours.Ecrive! pour livret de recette» éprouvée».Garniture de Tartes (pie filling) Meadow-Sweet CITRON ANANAS FRAISES FRAMBOISES ORANGES CERISES, ETC 'MeaUow-Swect" Cheese M/g.Co., Limited Montréal renez-i)ons du j^TÙain pour votre santé?Si vous tenez à cette bonne habitude, prenez les galettes de Levain Royal — la qualité la plus élevée depuis plus de 50 ans.Trempez une galette de Levain Royal avec un peu de sucre, dans de l'eau tiède pour toute une nuit.Remuez bien, filtrez et buvez le liquide.Pour rendre ce liquide plus agréable au gout, ajoutez-y le jus d'un orange.LES GALETTES DE LEVAIN ROYAL service à thé, de la crème, des biscuits, etc., posa tout cela sur la table, entre Sanine et Mme PolozofT et se retira.Mme Polozoff versa à son hôte une tasse de thé — Cela ne vous fait rien ?dit-elle en lui mettant du sucre avec les doigts .et cependant les pinces à sucre étaient sur la table — Comment donc! d'une si belle main.Il n'acheva pas sa phrase et faillit s'étouffer avec une gorgée de thé.Elle le tenait sous son regard clair et attentif.— Si je vous ai parlé de bon marché, continua-t-il, c'est que, comme vous êtes en ce moment à l'étranger, je ne puis supposer que vous ayez beaucoup d'argent disponible; et puis je sens bien que la vente.ou l'achat d'un domaine, dans de telles conditions, est quelque chose d'anormal, et que je dois prendre cela en considération.Sanine s'embrouillait et s'empêtrait dans ses phrases, pendant que Mme Polozoff, qui s'était doucement renversée sur le dos du fauteuil, le regardait, les mains croisées, de ce même regard attentif et clair.Il finit par s'arrêter.— Allez, allez toujours, dit-elle comme pour venir à son aide; je vous écoute, j'ai du plaisir à vous écouter; continuez.mouillez avec un peu de bouillon, dans lequel vous aurez délayé un peu d'arôme Patrelle, et mettez-y vos pommes de terre avec sel, poivre et bouquet garni.Laissez cuire doucement et servez.Asperges à l'étuvée.— Prenez une botte d'asperges vertes; coupez la partie tendre en tronçons de 3 centimètres de ong.Faites-les cuire à l'eau bouillante salée.Retirez-les quand elles sont tendres et faites égoutter.Pendant ce temps, préparez une bonne sauce blanche avec lait, beurre et farine.Mettes les tronçons dans cette sauce, laissez-les mijoter quelques minutes: au moment de servir, ajoutez un peu d'estragon finement haché.Epinards au lait.— Deux kilos d'épi-nards, une tasse de lait, sel, muscade, une cuillerée à café de farine, 3 onces de très bon beurre, croûtons frits, une laitue.Epluchez et lavez avec soin les epinards à cause des pailles qui s'y attachent.Faites-les cuire à l'eau bouillante avec une laitue pour les rendre plus doux; retirez-les dans l'eau fraîche et pressez-les pour en faire sortir l'eau; hachez-les et mettez-les dans la casserole avec le beurre, faites bouillir à très petit feu un quart d'heure; ajoutez la farine et du sel, la muscade, mouillez avec le lait, faites mijoter encore un quart d'heure et servez.Pour les faire au gras, au lieu de lait, mettez du bon bouillon ou du jus.Servez garnis de croûtons frits réguliers, en triangles piqués dans les épinards.Quelques personnes les préfèrent au sucre, l.a chicorée se prépare de même.Aux amateurs de bon café.— En faisant le café avec de l'eau distillée, on est surpris de la différence avec les résultats que donne l'eau ordinaire.Le café ainsi obtenu a une finesse de goût incontestablement supérieure; ses qualités, alors très développées, deviennent complètes.C'est que les carbonates terreux que renferment les eaux réputées potables détruisent une partie du tanin du café, avec lequel ils forment un produit insoluble et sans saveur, tandis que l'eau distillée laisse le tanin intact et conserve au café toute sa suavité et ses propriétés toniques.Dont l'action est si remarquable sur l'estomac.Voilà assurément une expérience facile à faire.On se procure l'eau distillée chez le pharmacien.Bouillon aigri.— Il est utile d'avoir, toujours prête, une certaine quantité de bouillon que l'on peut ajouter à ses sauces avec profit.Mais une température chaude ou orageuse le fait aigrir rapidement.Si cette mésaventure vous arrive, mettez vite votre bouillon sur le feu et jetez-y une bonne pincée de bicarbonate de soude.Votre bouillon retrouvera aussitôt son excellente saveur.Sanine se mit à décrire sa propriété, en indiqua la superficie, la position géographique, les dépendances; il calcula le revenu qu'on pouvait en tirer II parla même de la situation pittoresque de la maison, et Mme Polozoff tenait toujours fixé sur lui son regard de plus en plus clair et pénétrant, et ses lèvres avaient de légers frémissements, mais sans sourire: elle les mordait.Sanine finit par se sentir mal à l'aise et s'interrompit une seconde fois.— Dmitri Pavlovitch., dit Mme Polozoff.(Elle réfléchit un instant.) Dmitri Pavlovitch., répéta-t-elle, sa-vez-vous une chose ?Je suis persuadée que l'achat de votre terre sera pour moi une affaire très avantageuse et que nous nous entendrons; mais il faut que vous m'accordiez .deux jours, oui, deux jours de réflexion.Voyons, vous êtes bien capable de rester deux jours séparé de votre fiancée ?Je ne vous retiendrai pas plus longtemps si vous ne désirez pas rester, je vous en donne ma parole.Mais s'il vous faut de l'argent aujourd'hui même, cinq ou six mille francs, je vous les prêterai avec plaisir; et nous compterons plus tard.Sanine se leva.— Je ne saurais assez vous remercier, Marie Nicolaïevna, pour la cordiale bienveillance que vous me témoignez, à moi qui suis presque un inconnu pour vous Néanmoins, si vous le désirez absolument, j'aime mieux attendre votre décision au sujet de mon bien, et je resterai ici deux jours.— Oui, je le désire, Dmitri Pavlovitch.Et cela vous coûtera beaucoup ?Beaucoup, dites ?— J'aime ma fiancée, et je vous avoue que la séparation me sera un peu dure.— Ah! vous êtes un homme comme il n'y en a pas, dit Mme PolozofT avec un soupir.Je vous promets de ne pas trop vous faire languir.Vous partez ?— Il est déjà tard, fit observer Sanine.— Et vous avez besoin de repos après ce voyage, après cette partie de cartes avec mon mari.Dites-moi, est-ce que vous êtes lié avec Hippolyte Sidorovitch, mon mari.— Nous avons été élevés dans la même pension.— Etait-il déjà comme ça à la pension ?— Comment, comme ça ?Mme Polozoff se mit à rire si fort que tout son visage devint vermeil; elle porta son mouchoir à ses lèvres, puis elle se leva de son fauteuil, s'avança vers Sanine en chancelant un peu, comme une personne fatiguée, et lui tendit la main.Sanine prit congé d'elle et se dirigea vers la porte.— Tâchez de venir demain de bonne heure, entendez-vous ?lui cria-t-elle au moment où il franchissait le seuil.Il jeta un coup d'oeil en arrière, et la vit étendue dans son fauteuil, les deux mains jetées derrière la tête.Les larges manches de sa robe avaient glissé jusqu'à la naissance des épaules, et il était impossible de ne pas se dire que la pose de ces bras, que tout cet ensemble était d'une admirable beauté.XXXVI Longtemps après minuit, la lampe brûlait encore dans la chambre de Sanine.Assis devant son bureau, il écrivait à (iemma.Il lui raconta tout; il lui décrivit les Polozoff, mari et femme; décrivit surtout, cela va sans dire, ses propres sentiments, et finit en disant: Au revoir, dans trois jours! ! ! (avec trois points d'exclamation).Le lendemain matin, de bonne heure, il porta la lettre à la poste et alla se promener dans le jardin du Kursaal, où l'orchestre jouait déjà.Il y avait encore peu de monde.Il s'arrêta devant le pavillon où se tenait l'orchestre, écouta un pot-pourri de Robert le Diable en prenant son café, puis chercha une allée solitaire et se mit à rêver, assis sur un banc.Le manche d'une ombrelle frappa vivement, et même assez fort, sur son épaule.Il tressaillit.Vêtue d'une robe de barège, d'un gris tirant sur le vert, coiffée d un chapeau de tulle blanc, les mains serrées dans des gants de Suède, fraîche et rose comme une matinée d'été et offrant encore, dans ses mouvements et dans ses regards, les vestiges d'un sommeil calme et rafraîchissant, Mme Polozoff était devant lui.— Bonjour, dit-elle.Je vous ai envoyé chercher aujourd'hui, mais vous étiez déjà sorti.Je viens de boire mon second verre Figurez-vous qu'on m'ordonne de prendre les eaux.Dieu sait pourquoi! Ai-je l'air d'une malade?Et il faut que je me promène pendant une heure entière.Voulez-vous être mon compagnon ?Nous prendrons ensemble le café.— Je l'ai déjà pris, dit Sanine en se levant, mais je serais enchanté de faire une promenade avec vous.— Alors, donnez-moi le bras .Ne craignez rien, votre fiancée n'est pas ici, elle ne vous verra pas.Sanine répondit par un sourire contraint.Il éprouvait une impression désagréable toutes les fois que Mme Polozoff lui parlait de sa fiancée.Cependant il s'inclina d'un air soumis Le bras de Marie Nicolaïevna se posa mollement, lentement sur le sien.Il y glissa et sembla s'y coller.— Allons par ici, lui dit-elle en jetant son ombrelle ouverte sur son épaule.Je suis comme chez moi dans ce parc; je vais vous en montrer les beaux endroits.Et, savez-vous une chose (elle employait souvent cette expression) nous ne parlerons pas de votre affaire à présent; nous nous en occuperons comme il faut après le déjeuner; pour le moment, vous allez me parler de vous .afin que je sache à qui j'ai affaire.Et puis, si vous voulez, je vous parlerai de moi.Voulez-vous ?— Mais, Marie Nicolaïevna, que peut-il y avoir d'intéressant.— Attendez, attendez.Vous ne m'avez pas bien comprise.Ne croyez pas que je veuille faire la coquette avec avec vous (Mme Polozoff haussa les épaules, se disant: "Voilà un homme dont la fiancée est une véritable statue antique, et je ferais la coquette avec lui ?") Mais vous vendez; moi, j'achète.Et je veux connaître votre marchandise.Eh bien, faites-la voir! Je veux savoir non seulement ce que j'achète, mais encore de qui je l'achète.C'était la règle de conduite de mon père.Voyons, commencez ne remontons pas à votre enfance; mais, par exemple, y a-t-il longtemps que vous êtes à l'étranger ?Où avez-vous été jusqu'à présent ?Seulement, ne marchez pas si vite, nous ne sommes pas pressés.— J'arrive d'Italie, où j'ai passé quelques mois.— Vous avez un goût particulier pour tout ce qui est italien, à ce que je vois ?Il est singulier que vous n'ayez pas trouvé là-bas l'objet de vos vœux.Vous aimez les arts ?les tableaux ?ou préférez-vous la musique ?— J'aime l'art en général.J'aime tout ce qui est beau.— Et la musique ?— La musique aussi.— Moi, je ne l'aime pas du tout.Je n'aime que les chansons russes,— et encore à la campagne,— et au printemps seulement, quand on danse, vous savez Les coiffures en perles de verre, les chemises rouges, l'herbe jeunette dans la prairie, la bonne petite odeur de fumée qui vient des isbas.C'est délicieux! Mais il ne s'agit pas de moi.Parlez donc! racontez! Mme Polozoff, tout en marchant, regardait constamment Sanine.Elle était grande de taille, et son visage arrivait presque à la hauteur de celui de son cavalier.Il se mit à raconter d'abord tant bien que mal et presque à regret, puis il s'abandonna et finit par en dire très long.Mme Polozoff lui prêtait une oreille intelligente.et puis elle avait un tel air de franchise qu'elle forçait la franchise chez les autres.Elle possédait ce "terrible don de la familiarité" dont parle le cardinal de Retz.Sanine parla de ses voyages, de sa vie à Pétersbourg, de sa jeunesse.Si Marie Nicolaïevna eût été une femme du monde, aux manières raffinées, il ne se serait jamais livré ainsi; mais elle s'était posée elle-même vis-à-vis de lui comme un bon garçon ennemi de toute cérémonie.Cependant ce "bon garçon" marchait à coté de lui avec une allure féline, pesant légèrement sur son bras et étudiant à la dérobée l'expression de son visage; il marchait à côté de lui sous la L a R c v ii i M i)
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