La Revue moderne., 1 août 1935, août
16e Année MONTRÉAL, CANADA Août 1935 — N° 10 Un Passé Honorable engendre un Avenir Vigoureux L'intégrité de l'organisation Hupp et de son produit est une tradition maintenue pendant 28 ans au service du public canadien.Le soin dans la fabrication, l'honnêteté dans la vente lui ont acquis un respect qui, d'années en années, n'a fait que croître et qui est aujourd'hui le point de départ de l'époque progressive la plus vigoureuse qu'ait jamais connue Hupmobile.Les événements récents sont gros de signification pour ceux qui voient d'un œil sympathique la vigueur de cette ancienne institution.Ils fournissent, non seulement d'excellentes indications sur son passé récent, mais encore font augurer un brillant avenir dont on ne peut douter et sur lequel on ne saurait se méprendre.Hupmobile est définitivement entrée dans une ère nouvelle.Elle y gagnera l'intérêt sympathique de ceux qui savent apprécier la qualité, reconnaître la valeur et juger sainement des faits.HUPP MOTOR CAR CORPORATION WINDSOR, ONTARIO ET N'Y MANQUEZ PAS • • • 28 ANNEES D'INTEGRITE COMMANDENT VOTRE RESPECT La Revue M o il e i h e — Montréal, Août 1 'J J ~> Page 3 LA VIE CANADIENNE L'm luulilr FRANCE-CANADA POUK Iiiiik iiiip de Canadiens et encore plus de I7 ralliais, les rel.il ions mire l.i I raiu e il le ( an.nl.i sont d'un domaine où l'intéri'i matériel n'a rien à voir.Qu'un le veuille ou non, ces relations se maintien iirnl presque cm luMveiiienl sur le plan spirituel.Nous sommes des ".suis", i erl a mis jours, nous soin mes même des frères.Nous parlons la même langue; nous partageons certains goûts cl certaines traditions Pendant le sn'i le qui suivit la conquête, la I' rani e parut nous oublier Publiant, vers 1X40, s'.n < élebre ouvrage sur la démoi rat le aniérii aine, Alexis de Torque ville n'attachait aucune importance ,iu\ quelque 4(mi,ikkj Iram.ais du Kas ('aiiada, "débris d'un peuple ancien, perdu au milieu îles Ilots d'une nation nouvelle".Napoléon III se soin ml tout à coup que nous existions II nous envoya "I-a Capricieuse" pour une nouvelle découverte.La dernière remonte à l'an dernier.Périodiquement, une voix lame le couplet de la fraternité franco-canadienne, une main amie fait un nouveau no ud aux liens qui unissent les deux Krances.Tout cela sent malheureusement trop l'officiel, le convenu.Est-ce à dire, toutefois, que rien n'a été fait, depuis le milieu du siècle dernier, pour établir entre nos deux pays des relations d'un autre ordre, d'ordre commercial, par exemple?Loin de là.Nous voulons simplement dire qu'on s'est surtoul borné à des déclarations de principes et à des projets et que l'immense force spirituelle, représentée par la communauté d'origines et de langue, n'a pasété mise au service des intérêts matériels réciproques.Sauf pendant la guerre, les échanges commerciaux — pour nous en tenir à eux — entre la France et le Canada, n'ont jamais représenté qu'une faible proportion du commerce global des deux pays.Depuis 1°2°, l'élévation du tarif douanier, la dénonciation du traité franco-canadien de 1922, l'extension de la préférence impériale, à la suite de la Conférence d'Ottawa, et, finalement, la dépréciation du dullar canadien par rapport au franc, ont contribué à réduire de plus en plus un commerce déjà pas très considérable.En 1929, les échanges réciproques, entre la France et le Canada, se chiffraient à 542,250,000; l'an dernier, ils dépassèrent à peine $16,000.000, avec un excédent d'exportation en faveur du Canada.Personne ne doute qu'il ne soit possible de quintupler pour le moins, ces chiffres par une publicité bien faite et par des méthodes rationnelles Ce que la France fait, en certains pays d'Europe ou d'Amérique, pour annoncer ses produits, elle pourrait le faire chez nous Elle a compris les avantages, la nécessité d'une réclame permanente aux Etats-Unis, par exemple.La Maison de France, à New-York, en est une preuve.Nous avons eu, quelques années après la guerre, ce Train-Exposition français qui traversa le Canada de Halifax à Vancouver, visite rendue à la France, en 1923, par un Train-Exposition canadien.Ce fut là, croyons-nous, une excellente réclame pour les produits des deux pays.Mais depuis ?On nous annonce, heureusement, que la Chambre de Commerce Française de Montréal a pris l'initiative d'organiser, à Montréal, dans les établissements Henry- Carrière diplomatique La rumeur a couru, ces temps derniers, que le ministre du Canada à Paris, M.Philippe Roy, allait être mis à sa retraite.M.Roy a 67 ans.Il est ministre depuis 1927, après avoir rempli, de 1911 à cette dernière date, les fonctions de Haut-Commissaire.C'est un homme très affable, très accueillant, que les Parisiens regardent contrat un des leurs et qui fait excellente figure dans le corps diplomatique de la capitale française.A la Chambre des Communes, l'autre jour, un vif débat s'est engagé entre MM.Hennett, King et Lapointe, à propos de cette mise à la retraite possible.La feuille des crédits supplémentaires du ministre des finances prévoyait une pension annuelle de $3.000 payable à M.Roy sa vie durant; $3,000 pour un homme qui a bien servi son pays pendant vingt-cinq ans! Cela frise la ladrerie.Fort heureusement, il n'a pas été nécessaire de prendre le vote, car le premier ministre a déclaré que M.Roy n'avait pas manifesté le désir de s'en aller.Du reste, MM King et l.apoinreont clairement laissé entea-dre que si M.Roy était remplacé à Paris, son successeur n'en aurait pas pour longtemps, advenant un changement de gouvernement aux prochaines élections.Au cours du débat, M.Bennett a insisté sur la distinction à faire entre le poste de Haut-Commissaire à Londres et celui de ministre à Paris, Tokio ou Washington.Le premier représente le gouvernement et doit, en principe, être remplacé lorsque le gouvernement change.Les seconds représentent le roi et le pays.Rien de plus juste.S'il fallait que les ministres plénipotentiaires changent avec les gouvernements, la carrière diplomatique n'aurait plus sa raison d'être, elle qui exige, plus que toute autre, la continuité.Morgan, du 19 août au 14 septembre, une grande exposition de produits fran.ais.Une centaine de maisons françaises ont accepté de collaborer au succès de cette entreprise dont elles seront, du reste, les premières à bénéficier.Cette présentation, on ne peut plus désirée, groupera les plus célèbres produits de l'industrie française, depuis les arts du papier et du métal, jusqu'au cuir et à l'art ménager, sans oublier le vignoble.Souhaitons que le livre y ait son petit coin.Placée sous le double patronage des gouvernements français et canadien et sous celui du ministre de France à Ottawa, autour de qui viennent se grouper les plus importantes personnalités canadiennes, cette exposition affirmera, comme on l'a dit."la vitalité des productions françaises sur le marché canadien", mais surtout elle rendra possible une reprise des exportations françaises en ce pays.L'inauguration officielle coincidera avec l'arrivée à Montréal d'une importante délégation française qui descendra d'abord à Québec, le 18 août.Nous ne saurions trop recommander à nos lecteurs et.en général, à tous nos compatriotes de visiter cette exposition artistique, ne serait-ce que pour le plaisir de leurs yeux.Ils y prendront une leçon de goût.Et c'est encore le goût français qui correspond le mieux à nos traditions comme à nos besoins.Puisqu'il nous faut "refranciser" notre province, une telle Exposition nous y aidera.j.B.Les droits du français A la Chambre des Communes, le 12 juin dernier, M.Fafard.député de l'Islet, demandait si le gouvernement avait l'intention de faire traduire en français certains bulletins traitant des oiseaux du Canada, de botanique et de géologie.L'honorable M.Cahan, secrétaire d'Etat, a répondu que la traduction de ces bulletins regardait exclusivement les fonctionnaires de chaque ministère."La chose est à la discrétion absolue du ministère qui publie les bulletins".Comme la très grande majorité des fonctionnaires fédéraux et, surtout, la presque totalité des sous-ministres —- chevilles ouvrières de chaque département — sont des Anglais presque toujours unilingues.nous ne devons pas nous reposer sur eux du soin de faire traduire les diverses publications fédérales.Et l'expérience passée nous a appris que, sauf de trop rares exceptions, ce ne sont ni nos députés, ni même nos ministres qui s'occuperont de ces détails.L'anglais règne à Ottawa.Quel étranger, visitant les édifices fédéraux, pénétrant dans les bureaux, assistant à une séance de la Chambre et, encore plus, du Sénat, se sentirait dans un pays bilingue ?dans un pays où le tiers de la population est de langue française ?Mais, généralement, ne cherchons pas les coupables ailleurs que dans nos rangs.Nous n'obtiendrons rien que nous ne le demandions avec politesse, mais avec fermeté.Notre vigilance doit être de tous les instants.Par malheur, il existe un "esprit d'Ottawa" dont la plupart de nos représentants sont les victimes.Faut-il que nous soyons descendus bien bas pour saluer, comme une éclatante victoire, après 68 ans de régime fédéral, le fait que des dossiers aient été déposés en français devant la Chambre?N'est-ce pas ce qui aurait dû se faire depuis toujours ?Autre exemple, entre mille, du peu de cas que l'on fait de nous dans les services fédéraux.Un cinquième, tout au plus, des billets de la Banque du Canada, sont libellés en français et les actionnaires français de la même banque ont dernièrement reçu, en paiement des dividendes, des chèques rédigés en anglais.Sans doute, pour nos financiers canadiens-français qui détiennent en portefeuille des titres de la Banque, une seule chose importe: toucher.Le reste, c'est de la foutaise! La fortune du Québec Le cinquième de la richesse matérielle du Canada se trouve concentré dans la seule province de Québec, c'est-à-dire que, sur chaque $5.00 de la richesse totale du pays SI.00 se trouve dans la province de Québec.Les statistiques fédérales les plus récentes évaluent la fortune de la province de Québec à $8,264.000.000.La valeur de la propriété urbaine et rurale, y compris l'équipement des fermes, est de S4,500,000.000.celle des établissements de commerce à plus de 300 millions.Mines, forêts, centrales électriques, manufactures, chemins de fer se partagent le reste.Préside nt-Directe ttr ; Noël-E.Lanodc Rédacteur en chef.Jean BRUCHES» PaRes féminine».MARJOLAINE) Bureaux: 320 est.rue Notre-Dame Tel.HArbour 6196 Bureaux a: Toronto, New-York.Chicago.Londres, An*.PRIX D'ABONNEMENT: Canada: 1 an.SI.50 — Etats-Unla: 1 an.12.00 S O M M La »ir canadienne: France-Canada; Carrière diplomatique; Les droits du français.3 Georges-Etienne Cartier et Benjamin Suite .4 Tour du Monde: Dépenses de guerre; Laurence d'Arabie ; Une audience de Mussolini.5 L'histoire vagal>ondc d'an Jeune chômeur ti La scène et l'écran: A bâtons rompus; Propos brefs .7 En fenllletant les llvrea: Au seuil de l'Enfer; La Forêt; Légendes de la grande guerre.8 Dana le Monde des Lettre*: Votre premier livre?; Voici des livres .!* En parlant caricature .10 Femlna: Absence; Femmes en habit ?ert?.il Ceux qui s'en vont; Au grè des flots: La protection do la Jeune fille en Bulgare.12 Le bridge Illustre: Rosaire Prieur .Il AIRE Les menu* simples et pratique» .14 Une oasis réconfortante .23 Modes parisiennes .27 Appétissante* recette»* .33 Nos mots croisés.34 Cravate et soc uu crochet d'art .35 Le courrier du mois .37-3* L'Art culinaire .xm Modes.40-42-44-4K La Petite Poste .43 Le tricot .47 En causant .49 M \lUOI.\l> 1 ROMAN L'IMPASSE par LTA BERCER Paire .15 V Pain 4 La petite histoire La Revue Moderne — Montréal, Août 1 9 S 5 Georges-Etienne Cartier et Benjamin Suite Par Robert CHOQUETTE Sir Geo.-Etienne Cartier Cartier — Eh bien, cher Monsieur, je dois vous dire que votre visite me fait plaisir; je désire vous connaître depuis quelque temps déjà; je lis avec intérêt votre courrier parlementaire.Sllte — Vous êtes bien bon.Monsieur le Ministre.Cartier — Je ne dis que la vérité.Je voulais vous remercier, et vous féliciter, du compte-rendu que vous avez fait de mon discours du 7 février.Je crois deviner en vous quelqu'un qui me comprend.Sulte — Et qui vous accompagne de tout son cœur, Monsieur le Ministre.Cartier — Merci.(Entre ses dents).Ah! mon cher Monsieur, il nous la faut, comprenez-vous! il nous la faut! (une pause).Vous me regardez; je n'ai pas besoin de vous dire que je vous parle de la Confédération.Toute mon âme est dans ce rêve, dans ce désir, dans cet effort.Sulte — Je vous entends encore, Monsieur le Ministre, le poing sur le pupitre, mordant à même les syllabes convaincantes.Cartier — C'est qu'il y a longtemps que j'en rêve, de ce grand projet.Sulte — Vos phrases me sont restées (récitant de mémoire)."On a fait objection à notre projet, disiez-vous, à cause des mots "nouvelle nationalité" qui s'y rencontrent.Si nous nous unissons, nous formerons une nationalité politique, indépendante de l'origine nationale et de la religion des invididus.La fusion des races en une seule.Cartier — (Continuant la phrase, plein de son sujet).est une utopie; c'est une impossibilité".(Glissant vers un ton plus familier.S'adressant à Suite).Les distinctions de cette nature existeront toujours.(Mordant).C'est évident.Quant à cette objection, que nous ne pouvons former une grande nation, parce que le Bas-Canada est principalement français et catholique, que le Haut-Canada est anglais et protestant, et que les provinces maritimes sont mixtes, elle est, à mon avis, de la dernière futilité.Sulte — C'est aussi le mien.Cartier — Dans notre Confédération, iL y aura des catholiques et des protestants, des Anglais, des Français, des Irlandais et des Ecossais, et chacun, par ses efforts et ses succès, ajoutera à la prospérité, à la puissance, à la gloire de la nouvelle confédération.Nous sommes de races différentes, non pas pour nous faire la guerre, mais pour travailler ensemble à notre propre et commun bien-être.(Amusé).Mais dites, on croirait que je refais mon discours! Sulte — Quand un sujet vous tient à cœur, il vous monte facilement aux lèvres.Cartier — Il me tient à cœur, c'est vrai.Je gagnerai la partie, Monsieur, ou j'y laisserai ma peau.Ce bill passera.Sulte — Peut-être l'ignorez-vous, mais M.MacDo-nald dit couramment que sans vous, Monsieur le Ministre, la Confédération ne se fera pas.Ce qui revient à dire qu'avec vous, elle se fera.Ce bill passera comme les autres, comme tous ceux que vous avez voulus.Cartier — Les autres! Des mesures d'enfant, comparées à celui-ci.Sulte — Vous êtes trop modeste, monsieur Cartier! Une mesure d'enfant, le bill des chemins de fer du Grand-Tronc ?Cartier — Ce n'est rien cela.C'est le commencement.Ce que je rêve, ce sont des rails qui s'enfoncent jusqu'au cœur de l'Ouest.Comprenez-vous, Monsieur?Jusqu'aux Rocheuses, jusqu'au Pacifique."Ail aboard for the West"! Mais tout ça, ça viendra après la Confédération.Sulte — Et la cause de l'instruction publique?une mesure d'enfant?Le service des transatlantiques?Et l'abolition de la tenurc seigneuriale?Qu'en faites-vous?Cartier — Bah, du passé, tout ça.C'est l'avenir qui m'intéresse.Je bâtis pour l'avenir.La seule mesure que j'aime à me rappeler quelquefois, Monsieur, c'est d'avoir obtenu la suppression de la peine de mort pour les cas qui méritaient tout au plus le pénitencier.Songez qu'il y a vingt-cinq ans on pendait celui qui avait volé un cheval, un mouton! Sulte — J'ai entendu des vieillards, à Montréal, rappeler l'exécution d'un jeune homme de dix-huit ans, trouvé coupable d'avoir volé à son maître une montre d'argent de la valeur de seize piastres.Cartier — Incroyable! Incroyable! (Pause).Mais parlons de vous, parlons de vous, maintenant.Mon.ami Chauveau vous aime bien, vous savez.Il fait souvent votre éloge.Sulte — (Un peu embarrassé).Je suis très flatté, Monsieur.Cartier — Il m'a même laissé deviner — je puis bien vous le dire — que vous pourriez m'être un secrétaire idéal.St lté — C'est vraiment trop de bonté.Cartier — Autre chose: Chauveau m'a laissé entendre, jeune homme, que vous taquiniez la Muse.Sulte — Oh! ça, mon Dieu, c'est dans une mesure si modeste.Cartier — On me laissait plutôt entendre que vous faites un vers à chaque pas! Sulte — Je l'avoue, c'est vrai; j'en fais à toute heure du jour.Cartier — (Presque affectueux).Ça repose, n'est-ce-pas?Le monde de la poésie! Tout un autre monde! Sulte — (Rêveur)."O Canada, mon pays, mes a-mours." Cartier — (A mi-voix).Ces vers vous ont plu ?Sulte — Vous en doutez ?Ils sont émouvants.Cartier — Ah! si je vous disais que j'aimerais mieux être grand poète que bon politicien! Sulte — L'un n'empêche pas l'autre, Monsieur le Ministre.C'est en 1834 n'est-ce-pas, que vous avez composé ce chant patriotique?.Cartier — (Le regard vers le passé).Oui.Et je l'ai chanté, pour la première fois, le 24 juin, au banquet de la fondation de la Société Saint-Jean-Baptiste.(Il chantonne le refrain).Sulte — (Rêveur).Oui.toute votre âme y passe, Monsieur Cartier.C'est tout vous, ce chant.Je voudrais avoir composé ces vers.Cartier — Ils ont le mérite de la sincérité, et c'est tout.On me dit beaucoup de bien des vôtres.(D'un petit air fureteur).Ce ne serait pas par hasard des manuscrits qui gonflent ainsi la poche de votre veston ?.Sulte — (Embarrassé, cédant à moitié).Monsieur le Ministre.Cartier — Faites voir.Sulte — Vous poussez trop loin la bonté, Monsieur le Ministre, votre temps est si précieux.Cartier — (Comme à l'oreille).Je trouve toujours un petit coin de temps pour la poésie.Faites voir.Sulte — Vous êtes si fin connaisseur, Monsieur le Ministre, que vous me voyez tout embarrassé.(Lui tendant les vers).Vous l'aurez voulu! Cartier — Merci.(Un temps).Ah! c'est un sonnet! "Ne m'oubliez pas".Je suis indiscret, peut-être?Sulte — Vous, non.Cartier — (Redevenant nerveux).Oui, Oui.Mais tout cela, mon jeune ami, c'est de la poésie.Lire des vers en pleine après-midi de travail! Chanter dans mon bureau ! Sulte — Ne fredonnez-vous pas toujours, en arpentant les couloirs, au Parlement.Cartier — Qui vous a raconté ça ?Sulte — Mais tout le monde! C'est charmant, d'ailleurs.Cartier — Charmant, je ne sais pas.Mais ça exalte, ça donne des ailes à chaque pas que vous faites.Il se peut que je chantonne souvent.Mais allons, la besogne presse de tous côtés.Monsieur Cartier; est-ce qui dit ça, (1) Nous sommes heureux d'offrir a nos lecteurs l'un des sketchs -le M.Robert Choquette Joues avec beaucoup de succès au programme de la Petite Histoire, sur le aec-teur français de Radio-Canada, par l'entremise du poste CRCM, a ,ifontréal.Sulte — Vous travaille/ trop, vous allez vous tuer â la tâche.CARTIER — Travailler trop! qui maintenant ?Sulte — Mais ça se voit! Et d'ailleurs tout le monde en parle.Cartier — Tant que mon médecin ne m'en parlera pas!.Sulte — Vous travaille/ de dou/e â quatorze heures par jour! C'est trop! Cartier Oh quoi ?Je devrais m'en tenir aux heures prescrites par les règlements ?Quand il y a des questions vitales A résoudre?Aile/ donc, jeune homme, je travaille moins que mes employés! Sulte — J'ose vous contredire, Monsieur le Ministre.Si vos subalternes travaillent si fort, c'est qu'ils le veulent bien, c'est qu'il* le font par dévouement et attachement pour vous.Moi aussi, je connais sur votre compte une anecdote.Cartier —¦ Il ne faut pas croire aux anecdotes.Je vous croyais plus sérieux.Sulte — La petite histoire a du bon.Cartier — Et quelle est cette anecdote?Sulte — Cet employé qui était un bourreau de travail, qui ne voulait pas prendre de repos.De Québec vous lui avez télégraphié qu'il aille vous attendre à Montréal, pour une affaire pressante; et vous l'y avez rejoint huit jours plus tard! Cartier — Eh bien.?Sulte — Vous l'avez alors ramené avec vous à Québec où il s'est reposé malgré lui, en attendant vos instructions; alors vous lui avez dit: "Tout est réglé, je n'aurai pas besoin de vous, comme je l'avais d'abord cru.Prenez votre temps pour retourner à Ottawa".Cartier — Et puis, quoi ?Sulte — Tout le monde sait bien que c'est votre manière d'accorder du repos à vos secrétaires! Vous devriez être aussi indulgent pour vous-même, quelquefois Monsieur le Ministre.Cartier — Je ne me souviens pas de ce que vous racontez là.C'est d'ailleurs sans importance; l'essentiel, c'est que je me porte bien, car j'ai une rude tâche devant moi.SuLTë — A qui le dites-vous, Monsieur Cartier! Si je pouvais vous seconder.Cartier — Suite, vous me permettez ?Sulte — Vous en doutez, Monsieur le Ministre ?Cartier — Suite, je vous invite à venir chez moi.Depuis déjà un an que vous êtes dans la capitale, on ne vous a pas encore vu à nos réunions du samedi soir.Il faut y venir cette semaine et.(baissant la voix comme un complice).réciter des vers.Sulte — C'est trop d'honneur, Monsieur Cartier.Cartier — (Même jeu).Cela fera plaisir à mes filles, qui aiment beaucoup la poésie (reprenant sa voix rapide).Et puis, causer des événements.Je tiens à vous connaître davantage.Je devine que mon.ami Chauveau n'a pas tout à fait tort quand il fait votre éloge.Vous allez venir?samedi prochain ?Sulte — Vous avez ma promesse.Et sans un mot de plus, je prends mon congé, Monsieur Cartier; vraiment, j'ai honte de vous avoir pris tant de temps.Cartier — (Riant) —¦ Disons que vous m'avez reposé.Mais en effet, je ne peux vous retenir plus longtemps, je suis attendu au Conseil des Ministres.Au revoir Monsieur, et à samedi prochain.Nous comp tons sur vous.Sulte—-Merci de voï bontés, Monsieur le Mi nistre.Cartier — Au plaisii de vous revoir.Sulte — Mille fois merci.Benjamin Sulte Roi ert Choouetti La Revue Moderne — Montréal, Août 1985 _ uni iv «que- Notre enquête Votre premier livre?Réponse de M.(Ju.stave Lanctôl MON premier livre, Fran^ois-X avi e r Garneau, fui un accident ou, si vous pré ferez, le résultat d'une tentation, Jusque-là, je n'avais écrit (|ue des arli-cles ou des brochures.C'était, comme dirail Coppé, en l'an 1024 Je préparais une thèse pour la Sorbonne sur l'admi nistration de la Nouvelle-France, quand je reçoit une lettre d'une maison d'édition de Toronto.Sa-vez-vous ce qu'elle nie demandait ?De préparer une biographie en français de notre historien national, Garneau, biographie destinée à faire partie de la collection Les Fondateurs de la littérature canadienne.Initiative remarquable, montrant bien le progrès de notre influence: une maison de Toronto qui publie en français des biographies de littérateurs canadiens français! L'éloquence particulière de cette lettre, c'est qu'elle offrait un cachet de $500.Je n'hésitai pas; je répondis: oui.Et je me plongeai dans le travail: je lus tous les ouvrages de Garneau, y compris les quatre éditions de son Histoire du Canada, que je comparai les unes aux aux autres, paragraphe par paragraphe; un travail de bénédictin! Cela me permit, véritable révélation, de constater l'excellente formation technique de Garneau, qui avait pratiqué les grands historiens, Sismondi Mi-chelet, Guizot et Thierry.C'est ce que je cherchai à mettre en lumière: la haute conception sociale et scientifique de l'histoire chez Garneau.Avec lui, l'histoire, c'est, fondue au creuset du souvenir, l'arme invincible de la fierté nationale, qui justifie tous les orgueils et permet tous les espoirs.A une condition, cependant, qui est que l'histoire soit à base unique de vérité documentaire: ni pragmatique, violentant le document dans le sens d'opinions préconçues; ni complaisante, admirant aveuglément tous les gestes des siens.Une haute impartialité donne à l'œuvre de Garneau une valeur exceptionnelle.Hélas! si la matière critique abondait, la matière biographique était grandement déficitaire: ni correspondance ni journaux de Garneau ou des contemporains qui nous permit de pénétrer dans l'âme de l'homme.Cette rareté de matériaux intimes explique la pauvreté de maintes biographies canadiennes.Heureusement, le hasard me mit en main quelques lettres de Garneau et de ses amis, et son Voyage en Angleterre et en France me fournit de précieuses indications.Véritable déveine, quand le manuscrit fut remis à la maison Ryerson, elle venait de décider de suspendre la publication de la série, faute d'encouragement.Devant mes protestations, elle consentie à publier le volume, à condition de substituer, au cachet de S500, un pourcentage basé sur le chiffre de vente.J'acceptai et le volume parut.Sympathie, peut-être, pour un débutant, la critique lui fut très aimablement favorable, sans note discordante.Un critique anglais, M.McMechan fut le plus élogieux.En tout cas, le résultat le plus net et le plus décisif, fut que, posant ma candidature à la Société royale, mon François-Xavier Garneau m'en ouvrit la porte.De ce fait, je garde à notre historien national, une gratitude spéciale en plus de mon admiration pour le patriote qu'il sut être, en restant le plus impartial de nos historiens.Ainsi, curiosité de la littérature, mon premier livre vit le jour à Toronto, publié par une maison anglaise! Gustave Lanctot Voici des livres .LA RIVE ABANDONNEE, par Marie Gounin, coll."La I'rimevère", Les éditions Provinciales.— Nos lecteurs connaissent déjà l'exquise poétesse, Marie < .ounin.Ceux qui se sont donné la joie de lire Coin de Terre et Lettres sans adresse ne manqueront pas de se procurer ces nouveaux poèmes où l'auteur exploite heureusement la même veine sentimentale où la noblesse des sentiments et le sens aigu des choses de la nature s'allient à la richesse de la langue dans des rythmes berceurs d'une grande souplesse.Ils goûteront le charmes de ces "harmonies toujours justes, jamais échevelées" dont l'auteur accompagne ses joies, ses peines et ses rêves.Ils chanteront ces cantilènes du souvenir qui évoquent la pluie et les bois, "l'âpre visage des hivers" ou "les vieux livres".Ils suivront avec amour, dans un enchantement croissant, le poète qui revient au "pays sans ombre" de son enfance ou qui les conduit, d'une main sûre, dans les "jardins de Provence", les vieux jardins Avec leurs murs croulants et leurs grilles de fer Aux légers entrelacs, que l'humidité ronge.LE FABULISTE LA FONTAINE A MONTREAL, par Robert Choquette, coll.du Zodiaque 35 — Ce sont des fables, des fables en prose qui mettent un peu de gaieté dans notre littérature, mais que l'éditeur — à moins que ce ne soit l'auteur — a tort d'opposer aux livres "lourds d'histoire, de dates, de souvenirs".A chacun son genre et ses goûts et rien ne prouve que M.Choquette rende à notre littérature plus de services que les historiens et les mémorialistes.L'auteur emprunte à La Fontaine, maitre incontesté, insurpassé et insurpassable qu'il est dangereux de vouloir imiter, les titres de quelques fables.Les personnages ne sont plus des animaux, mais des Montréalais et Montréalaises du XXe.siècle, avec leurs travers et leurs manies dont l'auteur se moque gentiment.Plus rarement les personnages sont sympathiques, soit que l'auteur ait plus d'indulgence ou mette une sourdine à son ironie.M.Choquette se défend de faire de la morale, comme tous ceux qui en font pour s'amuser.Ces "fables" ont connu le succès à la radio pour laquelle elles ont, du reste, été faites.Elles n'ajouteront pas grand'chose à la réputation littéraire de M.Choquette, mais elles procureront au lecteur une amusante distraction.livre qui lève le voile sur la vie d'une famille pauvre, sur l'adolescence de deux frères tendrement attachés l'un à l'autre.Il va plus loin encore.Parce que les deux hommes furent, tout le temps que vécut Arnaldo, d'intimes collaborateurs, il place, sous les yeux du lecteur, les archives secrètes du parti fasciste.Du point de vue de l'Histoire, c'est un document très précieux; du point de vue psycho-.logique, il en est peu qui fassent mieux connaître l'homme, à travers ses affections, ses douleurs et ses joies.LES P'TITS LIVRES, comédie en un acte par Joseph Désilets, che?l'auteur à Victoriaville— M.Joseph Désilets est l'auteur de quatre comédies qui figurent en bonne place dans le répertoire des cercles d'amateurs et de patronages.Sa dernière œuvre, Les p'iits livres, est de la même veine amusante et féconde.Elle met en scène un gérant de banque, un poète-musicien qui se croit du génie, un commerçant, rival du poète pour la main d'une jolie fille, un fabricant de savon, un comptable et un septième personnage, ami du poète.D'un côté, ceux qui ont la richesse sans l'instruction, comme la chose arrive dans les pays neufs; de l'autre, la culture intellectuelle, mais la bourse vide.Tout finit par s'arranger.Mais la langue française sort de là, passablement écorchée.SERMONS ET ALLOCUTIONS, par le Père LeVasseur, (avec trois portraits), en français et en anglais, aux Editions Beauchemin.— Le Père LeVasseur, dont presque tout le ministère sacerdotal s'est exercé aux Etats-Unis, principalement dans l'Illinois, a réuni en un volume de quelque 200 pages une quarantaine de sermons et allocutions de choix dont une dizaine en français.Les autres sont en langue anglaise.L'objet de ces sermons et allocutions est des plus variés: histoire, apologétique, écriture sainte, liturgie, biographie etc.Sans doute, ils perdent à la lecture ce que l'éloquence et le geste de l'orateur devaient leur donner de force et d'entrain.L'n discours, sans la chaleur et l'action de celui qui le prononce, ne présente plus autant d'intérêt.Néanmoins, comme le fait justement remarquer M.l'abbé Auclair dans l'introduction à la partie française du recueil, "substantiels et bien coordonnés, ces sermons et allocutions sont de lecture facile et entraînante, à cause du naturel qui les distingue et de la vie qui les anime".OEUVRES ET DISCOURS DE MUSSOLINI, tome II, Flammarion, édit.Ce deuxième tome comprend le Livre de Sandro Mussolini, œuvre émouvante inspirée à Arnaldo Mussolini, frère du Duce, par la mort de cet adolescent, de ce jeune fils pour qui Arnaldo avait la plus profonde tendresse.Ces pages débordent du plus poignant lyrisme.Les autres pages du volume sont de Mussolini, non pas de ce Mussolini au masque sévère, dur pour lui-même et pour les autres et qui appartient plus à la légende qu'à la réalité, mais de ce Mussolini aimant et simple qui a le culte de la famille.De fait, la Vie de mon frère Arnaldo, est tout autant celle de Mussolini que celle de l'ancien directeur du Popolo d'Italia, regardé à juste titre comme le journaliste de la révolution fasciste.Les deux frères ont toujours vécu dans la plus étroite intimité.Ils n'avaient aucun secret l'un pour l'autre et Arnaldo fut, toute sa vie, le confident du créateur de l'Italie nouvelle.La sincérité est la note dominante de ce Les Immortels (Photo Harllnpue) • M.Devambez, membre de l'Institut, a réuni sur une même toile, à r occasion du tricentenaire de l'illustre Compagnie fondée par Richelieu, les 38 académiciens de 1935.On reconnaît, le long du mur de gauche et de gauche à droite.MM.Emile Picard, Gabriel Hanotniuc, Paul Bourgct, René Doumic, général Weygand, François Mauriac, Louis Madelin, André Chaumei.e, Alnl Bonmird, Fit rit Benoit.Georges Goyau et Claude Farrre.Au miliccu et de gauche ti droit*', MM.Marcel Prévost, Maurice Donnai), Henri de Régnier, Henri Lavedan, Henri-Robert, Henni Bordeaux, A.Chevrillon, M.Paléologue, maréchal Pétain, Mgr BaudrilUirt, Joseph Bédier, Abel Hcrmant, Paul Valéry.Dans le fond, MM.Edouard Estaunié, duc de La Force, Georges Lecomte, André Bellcsort, Jacques Bainville, duc de Broglie, Louis Bertrand, Emile Mâle, Léon Bérard.A droite, MM.Henri Brrg-son, maréchal Franchet d'Esperey, Jules Cambon et Pierre rf.Xolhae. PiKJC 10 La Revue Moderne — Montréal, Août 1 9 S 5 EN PARLANT CARICATURES ON définit souvent la caricature "l'art de faire rire par le dessin".Elle nous place tout d'abord devant un phénomène d'ordre psychologique très complexe: le rire.Je me garderai d'exposer ici toutel les théories qu'il a fait naître.Il a sa source dansl'éterns duel qui oppose le bien et le mal, Le mal est négatif, il n'existe qu'en fonction du bien.En considérant la cause finale, il n'est, comme dit Gilson, qu'une "simple privation d'ordre dans la disposition des moyens en vue de leur fin".D'où il suit que le mal étant désorganisation est source du comique, s'il est vrai, comme le veut Bergson, que le rire naisse lorsque l'esprit voit "du mécanique plaqué sur du vivant".11 y aurait lieu d'in- Son Excellence lord Bessborough sérer ici quelques remarques sur la hiérarchie des comiques, sur le tragique du rire, etc.mais cela nous mènerait trop loin.Nous avons vu que le rire présupposait toujours, en principe, un ordre établi.La culbute du clown, au spectacle, suscite le rire parce qu'elle est une contradiction aux lois de l'équilibre; la grimace le provoque parce qu'elle est le déchaînement des traits du visage qui se déforment et se transforment sans ordre ni loi.La caricature est à la fois culbute et grimace.L'esprit souhaite parfois échapper à la raison, à la logique, au bon sens.Dans l'ordre pictural, la caricature apporte cette libération.C'est comme une halte, au bord du droit chemin, dans le fossé de l'absurdité.Mais nous ne saurions enfermer dans la formule hermétique citée tout à l'heure un "art qui ne connut jamais ni borne ni contrainte et qui n'est, s'il faut en croire Carlo Rim, qu'une forme de lyrisme spontané où la colère, cette indignation qui, selon Juvénal, crée l'artiste, tiendrait lieu d'inspiration".Son étymologie reste incertaine quoique la plupart, après Littré, fassent dériver ce mot de "caricare", c'est-à-dire charger.Cette interprétation laisse le champ libre à tous lse ergotages, surtout depuis qu'une lente évolution a amené la caricature vers le symbolisme.La caricature, née sous le signe du combat, n'a pas fini de mettre aux prises les théoriciens de l'art.L'accord n'est pas encore fait sur sa définition pas plus que sur sa fonction."Elle n'est pas essentiellement l'art du rire, prétend un essayiste contemporain, c'est seulement, dit-il, une de ses fonctions et ce n'est pas la plus haute".Remarque très juste, en effet, car le caricaturiste, comme l'humoriste d'ailleurs, s'adresse à un grand nombre de facultés outre le sens du ridicule.Les commentaires ont glosé à l'envi sur l'ambiguité du terme "caricature", appelé à désigner des images différentes d'art autant que d'intention; caricature, la représentation de formes outrées et grotesques, ne comportant ni intention morale ni légende; caricature, les dessins d'intention sarcastique, sans aucune charge; et l'on est encore contraint d'employer ce mot, faute d'un aulre plus adéquat, pour des œuvres où l'on ne retrouve Par Bernard VALIQUETTE ?plus ni formes grotesques, ni intention comique, mais des symboles ou des spectacles d'horreur qui n'invitent plus au rire mais à la réflexion.Ce dernier genre, pénétré de tragique, n'a pas encore été, que je sache, dignement abordé au Canada.La caricature obéit à une technique particulière.Elle exige dans le traitement du sujet de l'habileté, du doigté, le sens du ridicule, l'esprit de synthèse et, c'est la le point capital, commun à toutes les sortes de caricatures, une originalité pure."Elle s'appuie, comme le dit Jean Charbonneau, sur une observation impitoyable et recherche le caractère et l'expression plus que la simple vérité".Les grandes passions, les vices, les travers, les ridicules lui servent d'inspiration.Envisagée sous un autre aspect, on voit que la caricature est un art essentiellement populaire et ne saurait, par conséquent, admettre l'hermétisme.II faut que le trait caricatural, pour être compris, réponde à une convention déjà admise par la majorité.La légende ne suffit pas à donner le sens complet d'une caricature et de toute nécessité il doit y avoir conformité entre la représentation synthétique que fait l'artiste d'une idée ou d'une chose et la conception du public.Ainsi, si l'on représente toujours l'Angleterre sous les traits d'un bourgeois cossu et arrogant, cela n'implique pas que tous les Anglais soient des bourgeois cossus et arrogants, mais cela répond à une croyance générale populaire.On comprend alors pourquoi les caricatures deviennent si vîtes incompréhensibles, sauf pour les rares érudits, et comment, d'autre part, elles peuvent constitutuer un apport précieux à l'histoire des mœurs et à l'histoire tout court.Il serait vain de vouloir aborder ici, même en passant, le point de vue historique.Disons tout simplement que la caricature a toujours existé."L'homme, à qui Dieu a fait ce présent magnifique: le rire, a la caricature dans le sang.Adam, j'en suis sûr, a fait grimacer l'effigie de son épouse sur la paroi de leur caverne".(Carlo).Au Canada, une première et triste constatation s'impose.Si nous négligeons les caricaturistes involontaires, l'œuvre de quelques honnêtes gens chez qui la bonne volonté tient lieu de tout guide, on compte ceux qui restent sur les doigts de la main.En un mot, la caricature canadienne n'existe pas; nous n'avons que des caricaturistes.La seconde partie du 19e siècle a vu sourdre une floraison de feuilles humoristiques, la plupart éphémères, où s'essayaient ceux qui s'intitulaient caricaturistes.Ces journaux ne manquent pas de pittoresque: ils révèlent sous un jour inattendu toute une époque où le rire, sem-ble-t-il, était plus abondant et plus facile.Mais, du point de vue artistique, la très grande majorité des œuvres de cette époque sont d'une pauvreté sans exemple.Combien n'ont de comique que l'intention; combien d'esquisses tracées d'un crayon hâtif pour illustrer une plaisanterie dont le sel est maintenant évaporé, combien de barbouillages grossiers ou vides de sens! Certaines lois élémentaires de mesure et d'équilibre, dont il faut tenir compte même en caricaturant, sont totalement ignorées.Dans ce paysage, quelques éclaircies.Ici et là, on tombe sur une page pleine de fraîcheur.Et c'est alors toute une humanité bouffonne qui s'amène: commères, politiciens véreux, snobs et snobinettes, nouveaux riches, cabotins, amoureux.Comme sur le pont d'Avignon, tout le monde y passe, dans une sarabande endiablée.Comme on le voit, si l'on n'a pas toujours ri de la même façon, on rit presque toujours des mêmes choses.Je crois vraiment que la caricature a commencé pour de bon au Canada avec Henri Julien.C'était un autodidacte, épr>s de son art, laborieux, sans ambition; il possédait un rare talent de dessinateur.On lui doit de nombreuses scènes du terroir, pleines de vivacité et d'observation prise sur le vif.Il excellait dans la composi- tion, l'n de ses admirateurs faisait remarquer "sa science du décor, de l'accessoire" Peut-être est-ce défaut de* prit de synthèse qui l'aura empêché de devenir un grand caricaturiste.Ses "Iîy-town coons", admirables de .vement et d'esprit caustique, suffiraient à lui assurer une place de choix dans l'histoire de la carient lire canadienne.Parmi ceux qui ont laissé une œuvre, plusieurs ne manquent pas de talent, et, n'était la tyrannie de l'espace, j'aurais aimé leur consacrer quelques commentaires, Il y aurait beaucoup à dire sur lierlhelot, premier en date de nos caricaturistes, Cass.ui, Raoul Barré, Alonzo Ryan, Samuel I Imiter, Joseph Charlebois, J VV.liengough, .111 coup de crayon si subtil et, aujourd'hui encore, si savoureux; sur Ulric I.aniarche, dont quelque* satires poli tiques sont à conserver; sur Kacey, plus brillant que soli de, vraiment hilarant dans la caricature de mœurs; sur Albéric Bourgeois, bonhomme et jovial, infatigable commentateur des faits et gestes de ses inoubliables Baptiste et Catherine, etc.Les benjamins mériteraient, eux aussi, une élude attentive, car plusieurs autorisent de granes espoirs.Citons Paul Leduc, observateur attentif et minutieux, habile à saisir dans la scène banale et quelconque le thème amusant; Jacques Pelletier, Essel, Maurice Hébert, très habile le crayon à la main, mais qui a commis l'erreur de publier un "Cours de caricature" (sic), recueil invraisemblable de cocasseries et de fautes de français; Jean-Paul Faucher et, incidemment, René Chicoine, à qui l'on doit quelques admirables réussites quoique son œuvre soit plutôt orientée vers celle que Carlo Rim appelle la sœur sérieuse de la caricature: la peinture.Il me reste à signaler celui qui, quoique très jeune, s'est révélé le plus grand de tous.Je veux parler de Robert LaPalme.Il débute en 1933 par une série de têtes publiées dans VAlmanach de la langue française.Il est tout entier dans ces premières esquisses et donne tout de suite, malgré quelque inégalités, des œuvres définitives.L'honorable J.-Edouard Perrault LaPalme s'affranchit de toutes les formules, de toutes les conventions et donne l'impression de travailler sur du neuf.Absolument dégagé de ses devanciers canadiens, avec lesquels il n'a aucun lien de parenté, il cousine de loin avec les cubistes, mais les éléments qu'il a pris chez eux ne l'empêchent pas, par une réaction bien française, de respecter les lois fondamentales de mesure, d'équilibre et d'harmonie.Son rendu net, dégagé, ne laisse rien au hasard, sous une apparence d'improvisation, Il joue avec les lignes, ironise avec les courbes, jette quelques traits comme au hasard et vous avez, fixées à jamais, par des moyens (Suite à la page 12) La Revu >' cicuse. Lu Revue Moderne — Montréal, Août 19 3 5 Paye iy L' I M P A S S E Cette somme de trois mille francs l'étourdissait, l'effrayait.Roland (iérainval, tant à eause du milieu auquel appartenait la jeune fille i|ue de l'aspect élégant de sa toilette, était loin de »' douter du sent inient «• fameux lin", «le |nVlie.u I.*.minutie ,1.l'hôlt-l |,;ir 1t\ il r:i\i.m.Ilie.4* de lu 4'iiiMulinn Alruay* Limited u proximité.TAUX REDUITS APRES LE 2 SEPTEMBRE Page 20 La Revue Moderne — Montréal, Août 1 !>.?S sage.Puis, c'est pour eux que nous accomplirions ce geste, pour contribuer à leur gloire.Alors, rien ne me semblerait difficile.Petite mère chérie, vous pensez comme moi, j'en suis sûre.Il faut, n'est-ce pas, que ce livre paraisse.M.Gérainval est bien de cet avis.Ce disant, elle enlaça dans ses bras le cou et la taille de sa mère, se câlinant contre elle, ainsi qu'au temps de sa petite enfance.Mme de Bréaumont lui rendit ses caresses; toutefois, suivant la formule de ceux qui ne veulent pas tout de suite prendre une décision épineuse, elle déclara: — Je vais réfléchir au moyen le plus plus pratique de tout concilier.Mais, bien entendu, le livre paraîtra.C'est pourquoi nous devons nous occuper tout de suite des modifications souhaitées par l'éditeur.Dès le jour suivant, aidées par le colonel Printemps, ravi de la réponse donnée, car il ignorait à quel point les clauses du traité préoccupaient ses amies, une révision fut opérée parmi les papiers restés entre leurs mains.Leur embarras était grand, par moment.Que choisir?Quel genre convenait le mieux au goût du public ?Leur commune incompétence en matière de publication fit dire au colonel: — Il nous faudrait un avis plus autorisé.Ce secrétaire pourrait peut-être nous conseiller.— Oh! oui, s'écria Nancy, il est si obligeant ! — Si je le priais de venir me voir ?proposa Mme de Bréaumont.¦— Hum! chère madame, ces messieurs-là ont, en général, leur temps très pris et ne se rendent pas volontiers au domicile des clients.— On peut toujours tenter.Cela me contrarierait de me séparer de ces lettres.Mme de Bréaumont écrivit et Roland Gérainval répondit, par retour du courrier, qu'il acceptait le rendez-vous proposé.I 1 trouva les trois amis dans le salon vieille France, dont l'atmosphère et le décor lui plurent infiniment.Il le jugeait en si complète harmonie avec la grâce digne et mélancolique de Mme de Bréaumont et la fine beauté de Nancy! Le colonel apportait la réponse du général de C., qui promettait d'écrire la préface.Roland s'en réjouit.Une fois réglées les questions qui motivaient la visite, la conversation glissa vers la Lorraine.— Mon père, apprit M.Gérainval à ses hôtes, a longtemps aussi habité la capitale lorraine; il appartenait à l'administration des eaux et forêts.— La gloire de notre région, acquiesça Mme de Bréaumont.Un de mes oncles et son fils y firent aussi leur carrière.Mais, monsieur, ajouta-t-elle, cette précision m'aide à fixer un souvenir.Je me demandais où j'avais déjà entendu votre nom.C'est à Nancy, je me le rappelle à présent, que j'ai rencontré jadis, chez des amis, madame votre mère.— Oh! madame, se peut-il ?Vous avez connu ma mère! Comme cela m'est doux! Elle était une femme si bonne, si supérieure ma chère maman! Mon aïeule maternelle était une de Marescourt, alliée à beaucoup de vieilles familles du pays, Son désir eût été de me voir suivre la carrière de mon père; mais mon parrain, M.Pradet-Rivière, qui savait mon goût pour les lettres, lui persuada de me laisser entrer dans sa maison, son intention étant de m'associer i ses travaux afin de me donner plus tard sa succession.En dépit «le ses préférences, ma mère accepta cette proposition.-C'est une vie laborieuse, mais (pu doit avoir l'avantage de vous mettre en rapport avec le inonde littéraire, dit le colonel Printemps à qui plaisait la simplicité du jeune homme, simplicité que sa parfaite correction d'homme bien élevé gardait, cependant, de toute apparence familière.— Mais oui, colonel, célébrités et jeunes espoirs se rencontrent chez nous et me valent, en effet, des relations dont j'apprécie l'intérêt et le charme.- Monsieur, interrogea tout à coup Nancy, puisque vous êtes en relation avec tant d'écrivains, connaittiez-vous M.René Gariel ?Roland, à ce nom, tressaillit; il regarda un instant la jeune fille, comme s'il hésitait à répondre ou cherchait à raviver dans sa mémoire un souvenir Un léger sourire détendit ses lèvres en même temps qu'un certain embarras se trahissait dans son attitude.— Oui, mademoiselle, répondit-il enfin, je le connais; mais est-ce bien, à proprement parler, un écrivain?Il n'a encore produit que si peu de chose! — Je ne sais, consentit Nancy, mais j'ai lu une page de lui qui m'a beaucoup plu.Une de mes amies me l'avait passée.Roland, changeant brusquement la conversation et se levant pour prendre congé, promit à ses hôtesses de s'occuper d'une façon toute particulière du livre qui leur était si cher.De son côté, le colonel Printemps donna l'assurance qu'il transmettrait le plus tôt possible au général de C les documents relatifs à la préface.Près de la porte du salon qu'il allait quitter, Roland aperçut, au bord d'un petit bureau Louis XV en bois de rose enrichi de vieux bronzes, un objet dont la vue l'arrêta.C'était un pastel posé sur un chevalet et qui représentait Nancy enfant vers sa quatrième année.Le frais visage aux beaux yeux pensifs se penchait dans une attitude à la fois mutine et craintive, tout à fait charmante.Le cou mince émergeait d'une robe de broderie sur transparent rose.Un gros nœud de même teinte retenait sur le côté de la tête la lourde grappe de boucles acajou moirées d'or.Après s'être attardé devant ce portrait, il se tourna vers la jeune fille, comme pour comparer au tableau le modèle.Un singulier émoi semblait l'agiter.Il le déroba en s'inclinant sur la main que lui tendait Mme de Bréaumont et qu'il effleura de ses lèvres.Quand il fut parti, la mère et la fille, silencieuses, n'échangèrent point leurs impressions.Mais le colonel, se frottant les mains, hochant la tête d'un air appro-batif, traduisit sa propre opinion: — Il est tout à fait bien, ce jeune homme, oui, vraiment très bien.Il me plaît.VII Comparaison IE soir même de cette visite, Roland 1^ Gérainval dînait chez sa fiancée.Ainsi qu'il l'avait avoué à son ami Georges Marénac, le désarroi causé en lui par la mort de sa mère, sa solitude soudaine — cette solitude que les livres saints déclarent, avec raison, néfaste pour le cœur de l'homme — l'avaient poussé à accepter le mariage proposé plus que la certitude de rencontrer dans cette union l'idéal rêvé.Claire Fernandot était d'un caractère si différent du sien! On a beau prétendre que les contraires s'attirent et que deux natures opposées se complètent, un certain doute l'envahissait devant d'essentielles divergences d'idées et sa joie n'était pas exempte d'inquiétude.Né sentimental, capable d'attachements profonds, il s'étonnait d'avoir pu engager sa vie sans l'ardent consentement de tout son être.Mais cet imaginatif savait être raisonnable et s'adapter aux événements.Puis son culte filial lui inspirait la pieuse croyance que la rencontre de Claire Fernandot était peut-être un effet de la maternelle et occulte protection de la disparue, le suivant au delà de la mort.Ce soir-là, pourtant, une vague tristesse l'étreignait tandis que, sans hâte, il se rendait, de son logis de la rue Monsieur-le-Prince, vers l'île Saint-Louis où demeurait la famille Fernandot.Sa pensée, au lieu de le devancer quai de Béthune, demeurait captée par les détails de sa visite de l'après-midi chez Mme de Bréaumont.Et, devant ses yeux, s'esquissaient L' I M P A S S E les lignes déjà familières du visage de Nancy.Soudain il évoqua le pastel entrevu sur le "bonhciir-dii-jour" au moment où il quittait le sillon."Nancy enfant, murmura-t-il, roi.¦ vous ressemblez à ma petite étoile des Bosquets lunévillois!" Il se rappela alors que Nancy lui avait demandé s'il connaissait René Gariel Comment et pourquoi s'inléressait-elle à cet écrivain qui n'était autre que lui même ?Sous ce pseudonyme, en effet, il publiait, de-ci de-là, des essais et des poèmes que ses fonctions de secrétaire «l'une grande maison d'édition rendaient dill'n ile à signer de son vrai nom.Malgré le plaisir que lui causait cette question, il n'avait pas trahi son secret.Maintenant, il le regrettait.A l'égard des deux femmes qui l'accueillaient avec tant de bienveillante cordialité, cette discrétion ne revêtait -elle pas l'apparence d'une hypocrisie ?Ses réllexions le conduisirent jusqu'au pied de la demeure de ses futurs beaux-parents.Cet immeuble appartenait à l'un des anciens hôtels aristocratiques de l'île Saint-Louis dont les vieux murs recèlent des pages de notre histoire et rappellent les fastes d'une société disparue.Dans le grand salon dont toutes les ampoules lumineuses étaient allumées, Roland trouva sa fiancée seule: en l'attendant, elle repassait au piano le Scherzo en ré de Beethoven.D'un coup de reins, elle fit tourner le tabouret et, se levant, l'accueillit d'un sourire heureux.— Grand dîner, ce soir?questionna-t-il après lui avoir baisé les doigts, et en regardant la toilette parée qui déshabillait si élégamment la jeune fille.-Oh! une famille amie, seulement, les Musselin, des gens charmants.— Vos amis sont tous charmants, mademoiselle Claire, mais ils empêchent notre intimité, nous n'avons pas le temps de nous connaître.— Qui sait ?cela vaut pevt-être mieux ainsi, fit-elle, espiègle, en s'icartant pour aller redresser, dans un tube de cristal de Bohème, les tiges d'une gerbe de lilas blanc qu'il lui avait fait porter dans l'après-midi.Claire Fernandot était grande et de taille bien prise.L'épanouissement de son buste pouvait paraître excessif pour ses vingt-trois ans et faire craindre l'empâtement futur.A cause de cela et aussi grâce à son aplomb, elle donnait plutôt l'impression de la femme faite que de la jeune fille.Son teint coloré pouvait se passer de fard, elle s'en dédommageait par l'abus du rouge qui ensanglantait ses lèvres; son regard était animé, ses dents éclatantes; la forte ossature du visage faisait saillir les tempes et les pommettes; cette allure de maîtresse-femme détonnait avec la moue d'enfant gâtée qui infléchissait par instants ses lèvres et la vieillissait.Secouant la courte et lourde masse de ses cheveux clairs, taillés au rasoir, elle reprit possession de son tabouret et promena sur le clavier ses mains un peu larges, mais soignées, dont les ongles étaient enduits d un vernis rose.Ses façons garçonnières, sa voix tranchante dont le timbre vibrant finissait par fatiguer, avaient, au premier abord, déplu à Roland.Il s'y habituait peu à peu, appréciant dans les manières de la jeune fille une spontanéité qui plaisait à sa nature loyale.De caractère vif, capricieux, Mlle Fernandot se montrait du moins sans rancune ni méchanceté Elle possédait des qualités de maîtresse de maison entendue, ce qui ne l'empêchait ni d'être bonne musicienne, ni de prati quer les sports, ni de jouer le rôle de boute-en-train dans les réunions mondaines Elle aimait Roland.Son choix le prouvait Elle avait même dû lutter contre son père pour le décider à ce mariage.M.Fernandot, passant sa vie dans les chiffres, professait le tu'te de l'argent.A défaut d'une grande fortune, il eût été liât té d'avoir un gendre possédant un titre nobiliaire ou une situation en vue Un secrétaire de maison d'édition lui semblait négligeable.Il avait fini pai céder au désir nettement exprimé de Claire dont les volontés de fille unique et gâtée étaient rarement contrariées.Les deux jeunes gens avaient à peine eu le temps d'échanger quelques propos, qu'un coup de timbre retentit, annonçant ON AGITE.ET VOILA UNE Maijmvncme ra/dalte! \ jaune c- H cu>\࣠grains cayenne 1 moutarde 1/it!otron à salade ou ^outarde à Mett^l^^-K&t dans le refng GRATIS! 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Cosaetardesl Petits Fours I Adressez: The Borden Co.Limited, Yardley House.Toronto.Nom- Rue- Vll)c_ .rrov.(Veuille* écrire en lettres moulées).Vous pouvez coller ce coupon sur une carte postale «-85 124F ¦J La Revue Moderne — Montréal, Août 1 9 S B Paru il U IM P A S S E |m invités.Au même moment, surgirent dans le salon M.et Mme Fernando!, qui profitaient de l'arrivée de leurs hôtes |«iur paraître eux-mêmes, ayant laissé aux unies le loisir de s'entretenir ensemble.C'était de M.Fernando! que Claire tenait sa haute stature, ses gestes sacca dés, son porl de tête allier, un peu provocateur.Mme Fernando!, 1res maigre, les épaules voûtées, le teint bilieux, la voix sourde, offrait l'apparence d'une personne malade tout en ne l'étant point.Aimant le monde, malgré le peu de succès personnels qu'elle y avait glanés, diplomate dans ses relations, elle partageait la tiédeur de sentiments de son mari à l'égard de Roland Gérainval, mais se raccrochait à l'espoir que celui-ci, s'adonnant davantage a la littérature, finirait par y acquérir la renommée.Les succès de ce genre revêtaient à ses yeux un grand prestige.Elle se voyait déjà en relations flatteuses avec des écrivains célèbres et dans l'intimité des académiciens.Son vaste salon Louis XIV dont elle se montrait fière, se prêterait bien à des réunions littéraires, à des joutes poétiques où des auteurs en vogue donneraient la primeur de leurs œuvres! On citerait le compte rendu de ces fêtes dans les journaux.En attendant, le fameux salon était qualifié de "pompier" par Claire qui, afin de l'accommoder au goût du jour, le constellait d'anachronismes, plaçant, par exemple, entre deux toiles de maîtres du XVIIle siècle, un produit cubiste, et installant, au creux des fauteuils dorés recouverts de tapisseries des Gobelins, des poupées aux poses avachies qui ouvraient des yeux exorbités sous des tignasses couleur de quenouille.L'extravagance de l'ensemble n'avait jamais paru à Roland aussi flagrante que ce soir-là.Il revit, en pensée, le salon de la rue du Pré-aux-Clercs d'un goût si parfait et dont l'atmosphère lui avait été bienfaisante.Il lui fallut faire un effort pour s'accorder aux contingences.Ainsi que l'avait annonce Claire, il n'y avait au dîner que quatre invités: un magistrat, sa femme, leur fille, amie préférée de Claire, et leur fils, jeune avocat stagiaire attentif à dérober, sous le masque d'une courtoise camaraderie, un certain dépit de n'avoir pas été choisi comme fiancé par l'héritière des Fernandot.Claire était accaparée par son amie que la perspective d'une croisière en Egypte enthousiasmait.On ne parlait que voyages hôtels et toilettes.Les parents conversaient sur les questions financières.Il restait à Roland la compagnie du jeune stagiaire, rien moins que bien disposé à son égard.Pendant le repas au menu raffiné, Claire demanda à son fiancé: — Qu'avez-vous fait d'intéressant aujourd'hui, cher ?— J'ai travaillé comme d'habitude.Mon programme comporte peu d'imprévu.— Dieu! que ce doit être épouvantable de passer ses journées à travers les cartons d'un bureau et les livres qui sentent la poussière! Vous avez bien l'occasion de sortir quelquefois, tout de même ?— Certes.Cet après-midi, j'ai rendu visite à.une dame.une cliente qui va faire imprimer un livre dans notre maison.— Une femme de lettres ?jolie ?chic ?— Non, ce n'est pas une femme de lettres.Le livre n'est pas son œuvre.— Quand nous serons mariés, je vous forcerai à vous aérer, mon ami.Nous sortirons beaucoup, du moins le soir.J'ai line envie folle de connaître les attractions de Montmartre et d'ailleurs.Il paraît lue du côté des Halles il y a de si drôles le "bottes" Oh! ne prenez pas ces airs "fTusqués, mesdames et messieurs.Plusieurs de mes amies, encore jeunes filles, y sont allées Oui, papa, Janine s'y est lait conduire par son flirt, l'autre nuit, en sortant d'une surprise-party.— C'est inconvenant, décréta, les lèvres pincées, Mme Fernandot.— Si c'est dans ces boîtes-là que vous comptez emmener votre mari pour l'aérer, renchérit le magistrat, amusé.— Ah! s'écria Claire, en se tournant ivec un air désolé vers son amie, voilà ' e que c'est, ma chère, de posséder des l'arents vieux jeu qu'effare la moindre Infraction non inscrite au programme de 860, mettons de 1890.C'était la première fuis que la jeune fille affectait cette attitude indépendante et prenait ce ton de bravade."Eh! quoi, s'alarma Roland, est-ce là son vrai caractère?En a-t-elle jusqu'ici bridé les élans pour ne pas effarer mon traditionalisme et mes goûts sérieux ?" Au dessert, les jeunes filles pérorèrent de plus bdle, émaillan! leur langage de termes d'argot.Le stagiaire, jugeant fort maladroit I air décontenancé de son heureux rival, se mit au diapason de cette bruyante gaieté.Roland eut la sensation d'être dans un milieu étranger.Avec son intuition féminine, Claire devinai -elle cet état d'esprit ?Kll.i peine et son mal.Le surlendemain, il se fit précéder à la clinique par une magnifique gerbe de fleurs et, dans l'après-midi, il vint offrir à la malade un bijou d'un goût exquis La chambre était déjà ornée de bouquets et de cadeaux apportés par les amies de Claire.Celles même qu'un sentiment de jalousie avait pu effleurer au moment de ses fiançailles, ou que ses caprices effarouchèrent, ne songeaient plus qu'à la plaindre et à l'assister dans sa dure épreuve.En dépit de ses souffrances.Claire ne restait pas insensible à ces gâteries.Elle voulut qu'on attachât le collier .uit.'iir I-son cou, demanda une glace pour s'\ mirer.Mais en apercevant ses joues .uni gTies.son teint plombé, ses yeux caves, elle détourna tristement la tête et laissa i Robe de crêpe blanc d'une séduisante simplicité de lignes, et particulièrement élégante avec son manteau de mousseline rouge ouvert sur la parure de fleurs du corsage.Ce modèle de la collection de Moli/nni.r eut jrublié en exclusivité par La Revue Moderne.Reirrodaction interdite.?Toilette d'une note fine pour circonstances élégantes.Sa ligne amincissante, d'une grâce exquise, est un contraste avec les manches froncées à l'empiècement et retombant en plis inégaux.Ce modèle de la collection de Moliinetu-est publié en exclusivité par La Revue Moderne.Rei>roduction interdite. Page 26 COUVERTURES MUSBURY EN fait de cadeaux pour la vie, rien ne vaut de bonnes couvertures.Tant par leurs couleurs superbes que | ar leurs oessins, les Couvertures # "MUSBURY" donneront à votre foyer un charme particulier.I es Couvertures "MUSBURY" sont à l'épreuve des mites.Elles durent plus longtemps, procurent plus de confort et de chaleur parce qu'elles sont plus longues et plus pesantes que les couvertures ordinaires.Délicatement parfumées, les Couvertures "MUSBl'RY" sont le choix de ceux qui veulent avoir des ("ouvertures et Dessus de lits de qualité supérieure.PORRITTS & SPENCER (CANADA) LIMITED HAMILTON ONTARIO _ AUSSI _I_.COUVERTURES - DESSUS DE LITS - COUVERTURES DE VOYAGE DANS LES MEILLEURS MAGASINS DU CANADA UN HEBDOMADAIRE UNIQUE EN SON GENRE • Traitant de politique locale et étrangère — questions littéraires, artistiques, féminines, économiques, etc .• Illustré — de 12 pages.• Comptant de nombreux collaborateurs bien connus au Canada français.• En vente dès le vendredi, à dix sous.DEMANDEZ UN NUMERO SPECIMEN (Gratuit) -4- Instruisez-vous agréablement en lisant Directeur: OLIVAR ASSELIN I'oar tout renseignement écrivez case postale bol S Montréal • ABONNEMENT: i AN 13.50 — 6 MOIS $2.00 Lu R e v n e M o (I c '• n e — rt-t t mil ht l.i glace sur les draps.Surprenant alurs le regard apitoyé de Roland, elle tondit en larmes et, pour la première fois, des mots d'amer regret s'échappèrent de ses lèvres: Oh! Roland, quand je songe Nous souhaitions donner un liai |xuir cet anniversaire.Ma marraine doit revenir bien-lot de la Martinique.On eût pu avancer noire mariage.Je suis si malheureuse' Mon ami, vous ne vous découragerez pas.ilu nu ins, vous ne m'abandonnerez pas?Mon Dieu! Peut-être devrais-jc vous rendre vi Ire par.le ?Aux larmes succédaient les sangl ts.Une crise nerveuse se produisit, qu'on eul beaucoup de peine a calmer N.n, il.un-, balbutiait Roland, partagé entre des sentiments contraires, je n'accepte pas que vous me rendiez ma par.le Votre malheur ne peut que me retenir près de vous.Soyez patiente.Je vous ci njure d'être raisonnable, d'avoir foi.Il n'osa dire en moi, se souvenant qu'il avait été si près de rompre le grave engagement M.Fernandot avalait ses larmes dans un coin; sa femme, toujours plus énergique, feignit l'optimisme: — Est-il possible de se lamenter ainsi quand les médecins parlent de la laisser revenir à la maison! C'est bon signe, voyons.— Si je me sentais mieux, je comprendrais, rétorqua la jeune fille; mais partir avec cette situation inchangée, belle avance! Elle était perspicace.Les médecins conseillaient de la ramener chez elle parce qu'ils la jugeaient inguérissable.Deux nouvelles visites arrivant, la blessée se ressaisit et remit son masque mondain.Roland profita de cette distraction pour s'éclipser.Hors de la chambre, M.Fernandot.qui était sorti avec lui, avoua: — Ce sera beaucoup plus long Qu'on ne le pensait, mon pauvre ami.Après un temps de répit chez nous, on essaiera un nouveau traitement.Nous tenterons tout, tout.D'ici là, nous pouvons compter sur vous, je le sais.Vous aimez Claire, vous l'aiderez à patienter, n'est-ce pas?— Je ferai comme vous, monsieur, tout ce qui est en mon pouvoir.— Merci, oh! merci.C'est un fils que nous avons en vous, Roland, un vrai fils.L'étau se resserrait autour du jeune homme.Mais il s'était livré à l'étreinte d'un élan si généreux, qu'il ne se rendait plus compte de sa rigueur.La certitude de faire du bien le soutenait.Cependant, deux impressions inattendues ne tardèrent pas à troubler ses illusions.Quand Georges Marénac apprit que la guérison de Claire Fernandot demeurait aléatoire, sinon impossible, il changea d'attitude et eut un mouvement de révolte: — Cette fois, mon bon ami, s'écria-t-il, je parle un autre langage.Tu ne peux épouser une infirme, ni briser ton avenir à cause d'elle surtout si tu ne l'aimes point.Ce serait surhumain.- As-tu donc approuvé les femmes qui ont renié leur parole lorsque leur fiancé est revenu mutilé de la guerre?— La situation est toute différente.Tu ne peux songer à prendre pour compagne une femme qui passera sa vie sur une chaise longue.Elle doit te rendre ta parole.Ses parents n'ont qu'à le lui faire comprendre.J'admire ton sacrifice, mais le monde n'y croira pas.On dira.La phrase resta en suspens.— Que veux-tu qu'on dise?questionna ingénument Roland, frappé par l'intonation et les réticences de son ami.— Le monde, rectifia Georges, qui désirait tout à la fois éclairer son camarade et ne pas le froisser, ne concevra pas un dévouement si désintéresse.— C'est possible, mais son opinion n'a aucune importance.— Tu changeras peut-être d'avis.Une semaine plus tard, une autre conversation le renseigna davantage.Il rencontra le jeune stagiaire avec qui il avait dîné un soir chez les Fernandot.Celui-ci l'arrêta pour lui demander des nouvelles de la malade.Roland se contenta de répondre que son état demeurait stationnatfre.— C'est ce que l'on raconte, en effet.On prétend même que son cas n'est pas guérissable.Ce serait bien triste pour vous, monsieur, car il vous faudrait alors renoncer à ce mariage.— J'estime, au contraire, qu'on ne choisit pas le moment où les gens sont dans la peine pour les abandonner.Le stagiaire eut un sourire équivoque.Montréal, Août t 9 S .ï L' I M P A S S E Il est aussi, pcrsilla-I-il, des fian tailles auxquelles on ne renonce poinl volonl iers.Roland SU) un sursaut.Son visage l'empourpra.Son interlocuteur s'étanl éloigné après l'envoi de celle Mèche pal hde, accompagnée d'un ironique sailli, il ne put rien lui répondre, Quoi! c'éiaii ainsi que le monde juge rait l'acte d'abnégation dont, seul, il pQUVait mesurer la rigueur?("éuil celle injustice que semblait redouter pour lui s.n .oui Marénac! Roland sentit l'envahir la saint colère des cours droits contre les vilenies humaines.Hroyer son coiur pour accomplir son devoir et n'obtenir que le mépris d'autruil Ah! non Ne fût i e que pour la mémoire îles siens, une telle accusation ne pèsu.iii pas sur son nom.i in i.iit \.loinins lmu marché de l'opi nion publique lorsqu'on a^n selon s.i imis cience.Il ne faut rien exagérer.Cette souveraine tyrannique a des pouvoirs qu'il est prudent de respecter, l'eut-être une certaine sagesse se cache-t-elle, d'ailleurs, en ses avertissements.Et n'était-ce pas un peu le cas, cette fois, où la conduite d'un cœur généreux allait à rencontre de ses propres désirs et provoquait en lui de multiples souffrances?II Dérivatif» ¥ A nouvelle de l'accident de Mlle Fernan-I dot avait impressionné Nancy de —' Bréaumont.Elle possédait une âme trop généreuse pour concevoir une jalousie à l'égard de la fiancée de celui qu'elle aimait.Le bonheur de Roland lui importait plus que le sien propre.Ignorant les véritables sentiments du jeune homme, elle ne songea donc qu'à le plaindre de ce malheur qui menaçait son avenir et elle fit des vœux pour la guérison de la blessée.Elle souhaita même que sa mère écrivit, à cette occasion, quelques lignes de sympathie à M.Gérainval.Toutefois une sorte d'instinct l'empêcha de retourner dans la maison d'édition.La publication du livre continuait de préoccuper les deux femmes.Il s'agissait maintenant pour elles de trouver le reliquat de la somme à payer sans entamer leur budget, déjà si réduit.Une fois de plus, Nancy songeait: "Que ne m'a-t-on iaissée libre de travailler?" Son esprit, creusant la question, finit par trouver une idée qui lui parut excellente.— Mère, dit-elle à Mme de Bréaumont, je sais que, surtout à cause des conditions imposées par ma tante, vous êtes hostile à mon désir de gagner de l'argent en travaillant: mais n y aurait-il pas un moyen de tout concilier?Pourquoi ne nous adresserions-nous pas à la Mutuelle des veuves de la guerre dont nous faisons partie?Toute occupation à l'ouvroir de cette association y est discrètement fournie et rétribuée de façon convenable.Nous savons peindre toutes les deux et nous aurions tôt fait, si l'on nous confiait quelque tâche délicate, de la mener à bonne fin.Mme de Bréaumont écouta sa fille, réfléchit quelques instants et consentit: — Tu as peut-être raison, ce serait mal répondre aux intentions du fondateur de l'œuvre et aux efforts de ses collaborateurs dévoués que de ne pas profiter des avantages offerts par la Mutuelle.Nous irons, dès aujourd'hui, faubourg Sainl-Honoré.La Mutuelle des veuves et des orphelins de la guerre, fondée en 1915 par l'éminent historien Frédéric Masson, en vue de venir en aide aux femmes et aux enfants des héros tombés pour la patrie, rendit en effet et rend encore de grands services à ses adhérents.A côté des bureaux du secrétariat où se traitent les questions morales et administratives, on y trouve une annexe dite "ouvroir" qui assure aux mutualistes la possibilité de confectionner et de vendre ies objets qu'elles peuvent fournir dans toutes les branches du travail d'art féminin: peinture, décoration, ameublement, reliure, couture, modes, dentelles, bijouterie, etc.Les veuves travaillent chez elles; l'exposition et la vente des objets ont lieu toute l'année dans les salles réservées à cet effet au foyer même de l'œuvre.(Suite à la page 28) l'npr J8 I.h R crue Moderne — Montréal, Août I !> S 5 (Suit* de la page 26) Au 104 du faubourg Saint-Honoré, Mme de Rréaumont et Nancy furent accueillies avec empressement et sympathie, car on y appréciait leur distinction et leur caractère ainsi que leur talent jusqu'alors prodigué seulement de façon bénévole.On leur confia divers objets: miniatures, éventails et coffrets de style, dont le prix rémunérateur compenserait le minutieux travail.Dès livraison de cette commande, on leur en assurerait d'autres si elles le souhaitaient.Ainsi que l'avait espéré Nancy, ravie de participer, par son effort, à l'édition du livre familial, la dignité et la raison se trouvaient de cette façon respectées.Qui donc se fût douté, en voyant passer dans la rue ces deux femmes d allure aristocratique, vêtues avec une sobre élégance, que dans les petits paquets suspendus à leurs doigts elles rapportaient au logis la tâche de la quinzaine ?Mme de Bréaumont et Nancy, bien qu'aidées par leur intransigeante parente, n'ignoraient point les menues privations quotidiennes que leurs amis les plus intimes étaient loin de soupçonner; courses à pied pour éviter le coût d'une place d'autobus ou de métro, remaniements habiles des toilettes afin d'en prolonger la durée, voire l'extrême sobriété des repas où il leur arrivait de ne pas céder tout à fait à leur appétit pour que le rôti pût servir deux fois, cela sans compter pour Nancy le sacrifice d'achats de livres ou d'abonnements à des publications intéressantes qui eussent grevé, à son seul profit, le budget familial.Pour l'instant, les renoncements coûtaient peu à la vaillante enfant.Elle eût consenti à vivre de pain et d'eau claire plutôt que de ne pas voir paraître le livre.Le travail qu'elle s'imposait eut ceci de bon.qu'il l'empêcha de s'égarer trop souvent en des songeries dangereuses ou tout au moins déprimantes.Aucune occupation n'accapare la pensée comme la peinture.Nancy mit autant de goût que d'entrain à remplir la tâche artistique qu'on lui avait confiée.Mais, aux heures de liberté, le souvenir de son rêve brisé revenait la hanter, si bien qu'un jour, un jour du début de mars, elle fut à peine surprise en se trouvant face à face dans la rue avec Roland Gérain-val.Il lui apparut tel qu'elle le supposait, préoccupé, triste, le visage amaigri.Le rayonnement qui émanait de son front large, de ses yeux pleins de clarté, semblait éteint."Comme il l'aime!" songea-t-elle aussitôt.Et son cœur se serra.Un éclair de vie avait toutefois réveillé le visage absorbé devant l'apparition inattendue, l'n élan spontané rapprocha les deux jeunes gens, leur fit se tendre et se serrer longuement la main.Puis, aussitôt, Nancy vit Roland se rejeter en arrière, se raidir; une ombre passa entre eux; de nouveau, la jeune fille ressentit au cœur une crispation étrange.File s'enquit des nouvelles de la blessée: — Elle souffre moins, mademoiselle, je vous remercie.Mais le diagnostic des médecins est toujours réservé.Ce sera long sans doute.Comme elle balbutiait des souhaits de guérison, il s'inclina en silence.Lorsqu'elle esquissa un geste d'adieu pour reprendre sa route, il tressaillit et dit: — Nous songeons bientôt à mettre le livre sous presse.A son tour elle remercia d'un signe de tête, sans insister, ne voulant pas avoir l'air de profiter de la rencontre pour parler de cette publication.L'accent du jeune homme paraissait, d'ailleurs, si indifférent, si "neutre"! Rien ne l'intéressait plus, sans doute, en dehors de son souci d'amoureux.Ainsi, du moins, interpréta-t-elle le regard prolongé qu'il attacha sur elle tandis qu'elle s'éloignait.Ce muet aveu de détresse, pourtant, avait la même cause que celui dont il l'avait enveloppée, un soir, dans son bureau, en comprenant que devant lui se dressait, muée en une femme exquise, la petite amie du jardin lunévillois, trop tard pour qu'il pût se réjouir de l'avoir retrouvée."Comme il souffre' se dit-elle encore, accablée.Et ne pouvoir rien pour lui"! Ne pouvoir rien pour ceux qu'on aime lorsqu'ils pleurent, oui, c'est bien là l'une des pires tristesses de la vie, celle qu'un poète a traduite si harmonieusement: C'est pitié de voir ceux qu'on aime Souffrir tant! Et de ne les guérir pas mime Un instant! Oh I bercer son coeur en détresse Sur le mien! Il souffre, il souffre et ma tendrrsse N'y peut rien.III La merveilleuse vérité SUR ces entrefaits, l'amie de Nancy, Odette Leprevier, devenue Mme Gaston Lestroyen, installée maintenant dans son logis de jeune femme, donna une matinée à laquelle, bien entendu, ses demoiselles d'honneur furent conviées les premières.On ne s'y trouvait, d'ailleurs, qu'entre jeunes.Ainsi le veut la mode actuelle, qui tend à mettre les vieux au rancart.Dès son arrivée dans le salon clair et fleuri, Mlle de Bréaumont reconnut et rejoignit avec empressement ses compagnes d'élection: Eva Colleray, toujours ravie de cueillir au passage le plaisir d'un bon moment: Jeanne Guilvain.prome- nant au milieu des fêtes mondaines la sérénité lumineuse de son beau front où germe sans cesse la recherche d'une formule scientifique, et sa sœur Madeleine, plus dépaysée encore dans le décor des salons.— Je respire mal dans cette atmosphère avoua la jeune fille, mais mon abstention eût contristé Odette.Il faut bien sacrifier ses préférences aux désirs d'une excellente amie.Odette, fière de son rôle de maîtresse de maison, soucieuse de plaire à tous et surtout à son mari, allait, venait, d'un groupe à l'autre, animée, souriante, en beauté dans sa toilette dernier cri que rehaussaient des bijoux de la corbeille.Nancy revit là, également, son cavalier du jour du mariage.Le jeune officier de chasseurs ne portait pas cette fois l'uniforme, mais la correction militaire et la souplesse élégante du cavalier se trahissaient sous l'habit civil.Il parut ravi de retrouver sa "dame", ainsi qu'il dénommait Nancy, en évoquant les siècles des tournois et des cours d'amour.L'admiration du jeune homme était visible, son attitude respectueuse autant qu'empressée ne pouvait que flatter Nancy.Une jeune fille, si pure soit-elle, sait bien entendre ces sortes d'aveux muets qui précèdent si souvent les autres.— Ma chérie, lui confia Odette dans un instant d'aparté, tu as fait la conquête du lieutenant de Vaussel.Mais il te trouve si princesse lointaine qu'il n'ose se déclarer plus nettement.La conquête d'un mari! Combien de jeunes filles, surtout à l'époque où nous vivo OC, eussent tressailli de joie en entendant ces mots! N'est-ce pas là le but de leur vie, la raison d'être de leur beauté, réelle ou factice! Epouser un officier, c'était dans la tradition familiale des Bréaumont! Celui-ci était charmant, distingué, titré.Oui, le parti ne pouvait que convenir à Mme de Bréaumont et même à la fameuse tante qui s'était chargée de doter Nancy.La jeune fille resta un moment troublée, songeant qu'elle eût peut-être pu aimer ce séduisant cavalier si.Si quoi ?Simplement si, à l'évocation d'un mariage possible, elle ne se lût sentie soudain rétive et malheureuse.Un mâle visage aux yeux clairs, au front large, très blanc sous les ondes de cheveux châtains, s'interposa entre ses regards et la silhouette en habit noir qui, non loin, tout en causant avec un camarade, jetait vers elle de furtifs regards.Le cœur juvénile de Nancy se gonfla, une infinie tristesse l'envahit.Ses traits mobiles se figèrent, accentuant le masque de princesse lointaine qui réfrigérait si fort l'amoureux discret.— Tu ne semblés pas t'amuser, petite amie! dit près d'elle une voix douce.C'était Madeleine Guilvain, qui ajouta en confidence: — Maintenant qu'Odette m'a vue et que les danses vont mener leur train, je me sauve, car l'un de mes gosses de la crèche est malade.Il me réclame, parait-il, et j'ai promis à la maman d'aller le voir.Ne viendras-tu pas, un jour, visiter mon jardin d'enfants?Cela t'intéresserait, j'en suis sûre.Pour faire plaisir à l'excellente fille, Nancy promit.Elle ne se doutait pas que cet engagement allait, deux semaines plus tard, aiguiller sa vie sur des chemins imprévus.En rentrant chez elle, ce soir-là, elle reconnut, une fois de plus, la voix du colonel Printemps qui se trouvait dans le salon avec Mme de Bréaumont.Elle-même, qui avait pénétré dans l'appartement sans être entendue, venait de déposer dans la salle à manger un gâteau acheté en cours de route.Il lui plaisait de rapporter ainsi à sa mère des fleurs ou quelque gâterie les jours où elle avait assisté à une gaie réunion, tandis que la veuve en deuil sévère demeurait seule au logis.Tout en rangeant son menu paquet sur une crédence, Nancy entendit le colonel dire dans la pièce voisine: — Hé! oui, je voudrais la voir se marier, la chère petite.Ses qualités, son charme valent bien une grosse dot.D'ailleurs, je serais heureux de l'augmenter, cette dot.L'héritage de ma vieille tante me le permet, j'en ai si peu besoin; ma retraite suffit amplement à ma vie simple.Oh! chère madame amie, ne protestez pas.Mon camarade Jacques ne refuserait point, lui, de m'accorder semblable joie.D'ailleurs, d'une façon ou de l'autre, car je suis têtu, ces cent mille francs appartiendront un jour au ménage de Nancy.J'ai cru un instant, figurez-vous, que notre trésor allait nous être ravi.Le jeune secrétaire de la maison Pradet-Rivière avait, ma foi, lors de sa visite, l'attitude d'un homme frappé d'un coup de foudre.Il est très bien.Mais il vient de se fiancer, paraît-il, avec une héritière.Ils sont bien tous les mêmes, les jeunes gens d'aujourd'hui.L'argent prime tout.— Non, non, cher ami, se hâta d'objecter Mme de Bréaumont.Ne jugez pas ainsi M.Gérainval.C'est un noble cœur, un homme désintéressé.Un drame intime bouleverse sa vie.Il était fiancé avant de connaître Nancy.inconsidérément fiancé avec une jeune fille qui a fait les avances sa fortune le lui permettant.Mais, depuis, il a compris que cet engagement est une erreur; il a vu Nancy, if l'a retrouvée, plutôt, car il l'a connue toute petite et en a gardé un souvenir particulier, très ému.Il l'aime.Il écrivait sa lettre de rupture à sa fiancée lorsqu'on lui annonça qu'elle venait d'être victime'd'un terrible acci- L'IMPASSE dent.Il n'osa plus avouer la vérité, cai cette jeune fille, cette blessée, lui est très attachée et le réclame sans cesse.Il s< tait par pitié.Mais dès que ce sera posai hle il reprendra sa liberté.Quand il est venu me confier son secret, je lui ai tpprii que Nancy est pauvre.Il n'en veut lenii compte.Vous voyez qu'il mérite linih notre estime, son âme est haute.Il m'a promis de ne rien dire à Nancy tant qu'il n'aura pas recouvré son indépend.m.afin de ne point la troubler, car < n j'ai deviné, hélas! que ma pauvre < hrrir répondrait volontiers à ce sentiment Dans la salle à manger emplie des om bres crépusculaires, Nancy était demeure* immobile, saisie d'une intraduisible émo tion.Elle continuait d'écouter rette con fidence, non par coupable curiosité, nuis parce qu'elle eût été incapable de bouger, prise d'une sorte de vertige; son cour, si iourd tout à l'heure dans le salon d'Odeur Lestroyen, se dilatait, allégé, bondissant dans sa poitrine comme l'oiseau à qui l'on vient d'ouvrir les barreaux de sa rage, et il chantait un merveilleux alléluia.Le silence tombé entre les deux interlocuteurs du salon la rendit à elle-même.Elle se sauva dans sa chambre toute voisine, cacha dans ses mains jointes sou visage qu'elle sentait empourpré, puie, le libérant, leva les yeux vers la fenêtre dans ce geste instinctif des croyants qui, en leurs instants de joie ou de souffrance indicible, cherchent le Ciel."Roland! Roland! murmura-t-elle.Il m'aime aussi.Mon Dieu! que je suis heureuse!" Si légers qu'eussent été les mouvements de la jeune fille, l'ouïe fine de Mme de Bréaumont les avait cette fois perçus: Elle appela: — Est-ce toi, Nancy ?Tu es rentrée ?—Oui, mère, je suis dans ma chambre, j'arrive.Elle apparut si transfigurée dans sa toilette soyeuse et blanche que sa mère et le colonel, mettant cet éclat sur le compte du plaisir de la réunion dont elle sortait, la complimentèrent et la questionnèrent.Elle répondit avec entrain, donnant des détails sur la matinée, ripostant gaiement aux taquineries du vieil ami.Celui-ci, tout ému de la confidence qu'il venait de recevoir, songeait in petto: "Comme je conçois qu'un jeune homme puisse être capté par son charme! Quelle délicieuse petite épouse elle ferait!" Quand les deux femmes se retrouvèrent seules, Nancy, peu soucieuse de l'heure du dîner, retint sa mère au salon.Blottie contre elle, elle avoua sans détours: — Maman, j'ai tout entendu de ce que vous disiez au colonel, tout à l'heure.Pardonnez-moi: c'est sans le vouloir que j'ai été indiscrète Mais je suis si heureuse de ce hasard! Redites-moi, je vous en prie, ce que .M.Gérainval vous a confié.Est-ce bien vrai ?Je n'ose y croire.Surprise, plutôt contrariée, Mme de Bréaumont ne put toutefois résister à la prière des regards ardents fixés sur elle, et elle refit le récit de sa conversation décisive avec Roland.— Si je t'ai caché ces choses, mon enfant, conclut-elle, si j'ai prié M.Gérainval de te les taire aussi, c'est que je jugeais inutile de te troubler, d'exciter ton imagination.Il faut te rappeler que M.Gérainval n'est plus libre et que, par suite des circonstances présentes, il ne le redeviendra peut-être jamais.La confession que tu as surprise ne peut qu'aggraver tn peine.— Oh! non, maman, au contraire.Ce qui était dur et douloureux, c'est de penser que je lui resterais toujours indifférente, alors que, moi, je l'aime déjà tant.Cette réciprocité de sentiments me donnera Ih force d'être courageuse et d'espérer en l'avenir.Dieu nous a mis deux fois sur 1h même route.Il ne peut nous abandonner — Si Dieu vous réunit, ne sera-ce pas au détriment d'une autre qui aime son fiancé, qui croit en lui, et ne désire sa guérison que pour l'épouser ?— Elle doit se douter pourtant.on devine ces choses-là.— Pas toujours.Lorsqu'on aime, on s'illusionne.— C'est vrai.Qu'il est donc difficile de tout concilier! Et pourquoi faut-il.trop souvent, que les larmes des uns de viennent la rançon du sourire des autres ?Notre Couverture • Grâce à la courtoisie du Montréal Caméra Club, nous reproduisons en couverture une photographie artistique, prise aux alentours de Montréal.Cette heureuse reconstitution d'une des anciennes tours de garde, comme il y en avait aux abords de presque tous les manoirs seigneuriaux construits sous l'ancien régime, étant située sur une propriété privée, peu de nos lecteurs pourraient l'admirer.Nous sommes heureux d'en donner la reproduction photographique. /, ii Revue Moderne — Montréal, Août 1 9 .3 5 L'IMPASSE — L'essentiel, conclut Mme de Bréau-mont, est de ne jamais céder à une pensée égoïste qui empoisonne ensuite les plus vives félicités.Ne te crée pas, ma petite Nancy, des chimères qui te rendraient lâche devant le devoir.Ton frère Daniel qili possédait une âme élevée te donnerait le même conseil.Je suis certaine que tu le suivras.— Oui, mère, consentit fermement la jeune fille, je le suivrai.Mais je garde l'espoir que la vie n'exigera d'aucun des trois êtres sincères que nous sommes — vous voyez que je pense à elle aussi - un «arrifice au-dessus de ses forces.IV Une grande résolution NANCY disait vrai en affirmant que la certitude d'être aimée fortifie le courage.Cette assurance si douce manquait à Roland.Certes, il avait conscience de ne pas être antipathique à Mlle de Bréaumont; il se souvenait de l'émotion suscitée en elle par l'évocation de la scène des Bosquets lunévillois.Mais de là à être aime! En la rencontrant, quelques jours auparavant, place du Carrousel, il s'était senti paralysé par la promesse faite à Mme de Bréaumont.La contrainte qu'ils s'étaient tous deux imposée pour des motifs différents avait fait peser sur leurs paroles, leurs gestes, leurs regards, une gêne qui, mal interprétée, pouvait être taxée de froideur.Depuis lors, le fiancé de Claire Fernan-dot voyait se resserrer de plus en plus autour de lui les murs de l'impasse dans laquelle les événements l'avaient jeté.Par surcroît de malchance, Cîaire, qui, au début de sa maladie, s'était montrée vaillante, optimiste, commençait, malgré le retour chez elle, à s'énerver de la durée de l'épreuve.Les journaux ne s'occupaient plus de sa personne; ses amies, sollicitées par d'autres occupations plus gaies, espaçaient leurs visites; fleurs et gâteries affluaient moins autour du lit de la blessée qui, lasse de souffrir et de s'ennuyer, faisait retomber sur les siens sa mauvaise humeur.Roland, par ailleurs, la décevait.Elle avait, tout d'abord, mis l'air soucieux du jeune homme sur le compte de l'inquiétude qu'il éprouvait à son sujet.Mais cette mélancolie constante ne s'accompagnait d'aucun des élans de tendresse qu'elle eût été en droit d'espérer.Il trouvait des prétextes pour ne plus venir chaque jour quai de Béthune.Un effort perçait dans ses conversations qu'elle jugeait banales dès qu'elle n'en était plus le sujet exclusif.Elle eut peur.Si Roland allait se désintéresser d'elle, la quitter! Quelle tristesse et quel affront! Des crises de désespoir survenaient, devant lesquelles ses parents, navrés, restaient impuissants.Son fiancé la surprit, un soir, en proie i l'une de ces crises.-— Roland, ma marraine rentre la quinzaine prochaine de la Martinique.Dire que nous serions à la veille de notre mariage sans cet accident stupide! Je ne veux pas rester ainsi.Pour vous non plus, ce n'est pas une vie.Pourquoi attendrions-nous ma guérison ?On se marie parfois "n pleine maladie, pour avoir le droit de soigner un être cher, de ne pas le quitter! Qu importent la belle cérémonie, la foule, les cadeaux! J'aimais cela, mais je n'y liens plus.L'essentiel est d'être unis.On mettrait une garde près de moi tant que le resterais ainsi étendue.Je n'encombrerais pas davantage votre vie.Dites, Roland, mon Roland, n'est-ce pas aussi votre opinion, votre désir?Roland Gérainval, devant ce programme inattendu, n'avait pu réprimer un v;este instinctif de défense, de recul.Quoi ?Elle imaginait possible, normale, cette mion qui le lierait irrévocablement à me infirme ?Pris dans le fatal engrenage qui l'arra-hait à son dernier espoir, il jugeait, de louveau, impossible le sacrifice et mesurait sa faiblesse au choc qui ébranlait oudain son cerveau.Son silence, son regard halluciné ins-1 ruisirent Claire.Elle détourna les yeux, •icha sa tête dans ses mains et sanglota.— Ah! que je suis malheureuse] Vous ne m'aimez plus.— Claire, articula-t-il enfin, en dénou-mt les doigts crispés de la jeune fille, Je vous supplie de ne paa songer à cela pour l'instant.Ce serait déraisonnable, dangereux.Vrttre unique préoccupation doit être de guérir.— Mais si je ne guéris pas ?Il réussit à l'apaiser, grâce à un optimisme feint et en lui promettant de revenir chaque jour.Le lendemain, M.Fernandot, à qui, sans doute, Claire avait confié son désir, prit à part Roland.Il semblait, certes, un peu gêné, mais le bonheur de sa fille primait si bien, chez lui, toute autre considération qu'il ne mesurait pas l'énormité de sa démarche.— Mon cher ami, risqua-t-il, je conçois que cette situation qui s'éternise vous paraisse pénible à supporter.Claire n'a peut-être pas une mauvaise idée en souhaitant une solution qui que enfin, qui lui serait salutaire.Je tiens à vous dire que si le mariage projeté s'accomplissait en de telles conditions, et étant donné les charges que créerait, dans votre intérieur, l'état de santé de la maîtresse de maison, nous serions, ma femme et moi, tout disposés à augmenter la dot.Roland recula, comme s'il eût été cinglé par un coup de cravache.Cet homme, à son tour, le croyait donc capable d'accepter pour de l'argent une telle situation ?— Monsieur, fit-il, je me vois obligé de vous dire tout net qu'il me semble inadmissible d'envisager un marriage en ce moment.Vous devez le comprendre; je compte sur vous pour le faire admettre par Mlle Claire.Le ton sec de la phrase, ce "Mlle Claire", substitué au prénom seul, avertirent M.Fernandot de ne pas insister.Il se le tint pour dit et redoubla d'empressement dans l'au revoir cordial et paternel qu'il adressa au jeune homme.Mais celui-ci, rentré chez lui.passa la nuit à se demander où était son devoir et si son propre égoïsme ne l'avait pas rendu lâche.II crut bien faire, dès le jour suivant, en consultant le médecin qui soignait Claire, sur l'opportunité d'un mariage immédiat.Le praticien le lui déconseilla, en ajoutant que la science n'avait peut-être pas dit son dernier mot.Si les piqûres expérimentées depuis quinze jours ne -tonnaient aucun résultat, il resterait à tenter une thérapeutique nouvelle par le radium et l'électricité combinés, dont certains médecins de Suisse et de Belgique détenaient le monopole et se disaient satisfaits.— Attendez encore, monsieur, conclut le médecin, pour sa part plutôt pessimiste.N'engagez pas l'avenir.Mais soutenez moralement cette jeune fille à qui votre tendresse fait du bien; c'est un beau rôle à remplir et je vous en juge capable.A quel prix Roland arrivait-il à mériter cet éloge ?Le mensonge de son attitude lui coûtait chaque jour davantage.Loya lement, il s'efforçait de chasser de sa pensée le souvenir de Nancy et la vision de ce qu'eût pu être sa destinée sans l'erreur de cette rencontre avec Claire.M.Pradet-Rivière, mis enfin au courant de la situation de son filleul, eut l'idée de le dépayser pendant quelque temps, sous le prétexte de surveiller la création d'une succursale de leur maison à Lyon.Pendant ce temps, Nancy, non moins raisonnable que son ami lointain, continuait à se plonger dans le travail.Mais cette attention soutenue qui restreignait ses sorties, autant que l'effort constant de sa volonté altérèrent sa santé.Son teint perdait les jolies roses qu'aimait y voir fleurir le colonel Printemps.Le vieil ami donna l'alarme et Mme de Bréaumont força sa fille à s'aérer, à se distraire un peu.C'est ainsi que Nancy songea un après-midi à rendre l.i visite promise à son amie Madeleine Guilvain, au jardin d'enfants Elle trouva la nurse bénévole au milieu d'un essaim de bébés, blonds et bruns, amusants dans leurs petits tabliers, bleus pour les garçons, roses pour les filles, et groupés selon les âges, les uns dans leur lit blanc nanti de la petite table de toilette individuelle; d'autres assis par terre au centre de parcs à jeux; les plus grands, enfin, bataillon juvénile, en train d'ânon-ner les lettres de l'alphabet et d'entremêler leur travail de chants entonnés en chœur.Comme une poule au milieu de ses poussins, Madeleine allait, venait, alerte, souriante, joyeuse, veillant à tout, connaissant tous ces bambins, les aimant.Quand elle eut fait à Nancy, en détail, les honneurs de son domaine peuplé de fleurs vivantes, Madeleine ajouta en riant: — Maintenant que tu sais ce qu'est l'œuvre utile et charmante des jardins d'enfants, j'espère que tu nous feras de la propagande.On en crée un peu partout: les zélatrices dévouées sont les bienvenues.Tant de jeunes filles oisives, clientes des dancings et autres lieux malsains, trouveraient chez nous une vie utile et bien faisan tel "Mais, à propos d'occupation, ma chérie, je ne dois pas oublier de te parler d'une demande qui m'a été faite récemment par une de nos anciennes compagnes de pension, Denise Lordoy.Elle est aujourd'hui religieuse et son ordre, exilé, celui des soeurs de la Sainte-Famille, s'est établi en Belgique, près de Dinant-sur-Meuse.Ces dames tiennent là une clinique réputée pour femmes malades et infirmes.C'est une maison peuplée surtout d'étrangères riches, car le prix de la pension est très élevé.Or, la congrégation cherche en ce moment une jeune fille française, capable de s'intéresser à ces malades, de leur tenir compagnie, de leur parler français en les instruisant quelque peu des beautés de notre langue et de notre littérature.Autant que possible, elle devrait connaître aussi la musique, la peinture et l'anglais; elle serait au pair, mais avec l'avantage de pouvoir donner des leçons particulières bien rétribuées.Cette clinique, admirablement située, procure les éléments d'une cure d'air.Sœur Marthe, notre amie, assure qu'on n'y admet aucune contagieuse.Il s'agit surtout de malades de la moelle épiniere.Ne connaîtrais-tu pas, dans tes relations, une jeune fille remplissant ces conditions, et à qui cette offre rendrait service?Nancy, attentive, avait écouté son amie avec un croissant intérêt Elle réfléchit quelques instants et répondit: — Je crois que j'ai ton homme, ou plutôt ta jeune fille, si l'on veut bien l'accepter, et c'est moi.— Toi! Madeleine Guilvain n'osa, étant discrète, formuler l'impression de surprise que lui causait cette proposition inattendue.Nancy de Bréaumont, qui n'avait jamais quitté sa mère et dont elle supposait la situation de fortune enviable, s'en aller seule, au pair, pour être à la fois, auprès de malades étrangères, professeur et un peu demoiselle de compagnie! Certes cette candidature l'étonnait.Nancy, qui se rendait compte de ces pensées, sourit et dit simplement: — J'ai un très grand besoin de changer d'air et de m'évader un peu, un très grand désir aussi d'être utile.Et puisque je crois répondre aux desiderata exprimés par les religieuses en question, j'espère que ma mère m'autorisera à faire ce voyage, car, tu comprends, elle va être aussi surprise que toi.Je t'écrirai ou te reverrai dès que je sera fixée.— Eh bien, c'est entendu, ma petite Nancy, je t'approuve de vouloir conquérir un peu d'indépendance au profit du bien d'autrui.Si Mme de Bréaumont consent à te laisser partir, j'en serai heureuse pour toi et pour les malades du couvent de Dinant.Denise, c'est-à-dire sœur Marthe, va être ravie de te voir arriver.Le soir même, Nancy, devant le colonel qui dînait rue du Pré-aux-Clercs, fit part à sa mère de son projet.Bien entendu, Mme de Bréaumont, déconcertée, craintive, fit d'abord mille objections auxquelles la jeune fille, avec une respectueuse fermeté et beaucoup de logique, sut répondre victorieusement.Le colonel, malgré son regret de voir s'éloigner son rayon de soleil, jugea que l'idée n'était pas mauvaise.— Que dira ta tante?s'écria enfin Mme de Bréaumont.— Elle ne peut s'offusquer de me voir prendre quelques mois de repos dans un couvent où une ancienne compagne de pension est religieuse.Qu'a-t-elle besoin d'en savoir plus long 5 Maman, je vous en prie, ne me refusez pas cette grâce, je The CLIFF ET SES COTTAGES North Scituate Beach • P.O.MINOT (MASS.) • S5 MILLES DE BOSTON ET CAP COD Situé sur une merveilleuse plage de fin sable blanc de deux milles de long.GOLF - NATATION - EQUITATION MUSIQUE - DANSE Propriété «i direction de Herbert S.Summers, également du Charlesgate — Boston, Mass."Voyage de 16 jours (tous frais compris) départ de Montréal en autobus: 6 juillet et 3 août, pour Burlington, Lac Champlain.New-York, Boston, 7 jours à Cliff, retour à Montréal par voie des Montagnes Blanches et Vertes.Pour tous renseignements, s'adresser à: Economical Tours Inc.(PLateau 9613) 1409, rue Peel, Montréal." Page 30 La R 0 v ne Moderne — Montréal, Août 1 !) 3 5 vous assure que cela me fera tant de bien! Cette raison prima toute autre dans le cœur de Mme de Bréaumont.Elle devinait le principal motif qui poussait Nancy à s'éloigner et en approuvait la sagesse.Mettrait-elle un obstacle à la courageuse résolution de son enfant ?Non.Et d'autant mieux qu'à côté du dérivatif procuré par le travail et le changement de milieu, Nancy trouverait en Belgique des soins maternels et un air pur dont elle avait présentement besoin.Elle donna donc son consentement et, quelques jours plus tard, après un échange de lettres avec Madeleine Guilvain et sœur Marthe, la jeune voyageuse put faire sa malle et prendre le train pour la Belgique.TROISIEME PARTIE I La maison des fleurs L\ Maison des Fleurs, clinique de radiothérapie tenue par les saurs de la u Sainte-Famille, est située dans l'une des régions les plus pittoresques de la Belgique, tout près de Dinant-sur-Meuse.Sur la colline rocheuse qui sert de socle aux villes riveraines, elle allonge ses clairs bâtiments percés de larges baies, au milieu d'un parc dont les futaies la protègent contre les vents du nord et de l'est.A cet emplacement, s'élevait autrefois une maison d'origine féodale que les guerres et les intempéries avaient fini par réduire à l'état de ruines On n'a gardé de ces vestiges qu'une tour à ogives qui s'avance en éperon au-dessus de la rivière et une aile Renaissance servant aujourd'hui de chapelle à l'établissement.Un médecin belge a fait aménager cette maison avec tout le confort désirable afin de traiter les femmes atteintes d'affections de la moelle épinière et des vertèbres.Les méthodes qu'il emploie sont coûteuses.La clientèle de la Maison des Fleurs se * compose dom de in,il,nies (orlunées appar-tenant, pour la plupart, ainsi que Madeleine Guilvain l'avait dit à Nancy de Bréaumont, aux pays à change élevé.Lorsque la jeune Parisienne y arriva après un voyage assez long, mais effectué sans encombre, elle fut séduite par l'attrait du paysage et la calme atmosphère de la vaste demeure.Le salon, meublé dans un style moderne de bon goût et égayé par des plantes vertes, était doublé d'une longue galerie vitrée exposée au midi et dans laquelle on glissait les lits-voiturettes des malades.Sur la porte de chacune des chambres occupant les côtés latéraux du vaste quadrilatère était peint un bouquet de fleurs.Il y avait ainsi la chambre des roses, celle des lilas, des tulipes, des mvosotis, et leur habitante portait au corsage un menu bouquet des mêmes fleurs.Cette coutume poétique plaisait aux malades, les réconfortait dès l'arrivée.D'autres sourires se faisaient messagers de paix et semeurs d'espoir, ceux des religieuses glissant, douces, sereines, le long des couloirs, en leur rcbe immaculée sur laquelle tranchait seul un scapulaire bleu portant la triple effigie de la Sainte-Famille.Sieur Marthe avait accueilli sur le perron la voyageuse que l'auto du couvent était allée attendre en gare de Dinant.Elle la présenta à la communauté et aux malades.On fit fête à là jeune fille qui incarnait en sa grâce juvénile le prestige de la Parisienne.N'apportait-clle pas aussi la promesse d'heures agréables qui rompraient la monotonie de ces existences claustrées et douloureuses?La curiosité fit vite place à la sympathie.Nancy ne déçut pas celles qui l'attendaient.La jeune fille eut pour son compte quelque mal à fixer dans sa mémoire les traits et les noms étrangers de la vingtaine de I .M-i.un.m.- dont on lui fit faire la connaissance.Il y avait là des femmes de tous âges, mais surtout des jeunes filles et des jeunes femmes.Elles représentaient presque toutes les nations de l'Europe.Apitoyée par le sort de ces "allongées", Nancy leur fit, sans distinction de race, le don spontané de son amitié fraternelle, prête à leur rendre service et à égayer par sa saine jeunesse l'ombre de leurs jours.Les petits bouquets, épingles sur l'épaule ou la poitrine, l'aidèrent à identifier les titulaires des chambres.Au fil des jours, elle apprit à mieux connaître celles-ci, elle étudia leur caractère, leurs goûts afin de mieux répondre à ce qu'on attendait d'elle.Un attrait plus vif, qu'elle se gardait de trop marquer, l'attira vers les plus jeunes et les plus atteintes.Elle s'attendrit ainsi davantage sur deux jeunes inséparables de dix-sept ans, une Irlandaise, Maud Berckins, et une Ecossaise, Mary Mac Nolet.Nancy s'attacha de même à une Norvégienne aux cheveux d'or pâle, Sigrid Arnolden, qui avait trente ans mais dont les yeux couleur de ciel étaient si jeunes en dépit du mal qui la consumait.Une dame italienne, la signora Delleco, mère de trois petits enfants laissés à Rome, l'émut beaucoup aussi, car la peine était profonde de cette jeune mère séparée des bambini qu'elle adorait et dont elle parlait sans cesse.Mais une particulière sympathie la fit surtout se lier avec une jeune fille belge.Maria Remians.Presque guérie des suites d'une chute qui avait provoqué une lésion des vertèbres du cou, Mlle Remians circulait librement dans la maison où une de ses parentes était religieuse.Mieux que sœur Marthe, toujours occupée, Maria Remians mit Nancy au courant des habitudes de la maison et des besoins de chaque malade.Les journées furent bientôt très remplies.En dehors de la conversation générale et de l'heure de lecture à haute voix, elle avait, tout de suite, trouvé des élèves; aux unes, elle enseignait la prononciation et la grammaire françaises; à d'autres, plus avancées dans l'étude de notre langue, elle en révélait les finesses et les particularités.On parlait de littérature et d'histoire.On récitait des vers classiques et modernes, on faisait des dictées.Trois ou quatre malades, pouvant rester assises sur leur lit, se faisaient donner des levons de peinture.Mary l'Ecossaise avait le don de la caricature et l'amusait par ses croquis parfois satiriques.Nancy ayant un soir jeté sur ses épaules une écharpe de crêpe de Chine blanc sur laquelle elle avait peint une guirlande de volubilis mauves, plusieurs malades jugèrent l'objet si joli qu'elles voulurent Quand vous venez à MONTREAL -Logez à- dirigé l'Hôtel Place Viger- L'Hôtel Français par le PACIFIQUE CANADIEN TARIF RAISONNABLE posséder dos écharpes semblables, elijoli-viel des lleurs de leurs chambres rcspcr tives.Plusieurs commandes largement rélri buées furent laites à la jeune fille.Le labeur était, toutefois, coupé d'agréables trêves; Nancy usa du piano du salon pour le plus vif plaisir de l'auditoire.Maria Remians, qui était excellente musicienne el enthousiaste de I.y, de (.ssci, de Césat Franck, grands mai très de la musique belge, lui en lu mieux apprécier le génie.Ensemble, elles sort.lient pour se promener dans les environs très piltorcsqucs.Elles allèrent faire des emplel tes à I )inant.Ce petit Eden qui avait déjà tant souffert, au cours des siècles, des invasions ennemies, a été de nouveau ravagé par les Allemands au début de la dernière guerre Il a fallu rebâtir la ville presque tout eut ière.Maria Remians, une fois terminées les courses de la journée, lui offrit un souvenir de leur promenade, un de ces petits vases en cuivre repoussé qui représentent l'art local et qu on désigne, d'ailleurs, sous le nom de dimindcriis.Puis les jeunes filles allèrent goûter afin d'apprécier les célèbres couques de Dinant, pâtisserie locale au goût de pain d'épice.l'ne autre fois, les deux amies accompagnèrent une sœur tourière chargée de quelques emplettes à Nanutr.Le trajet ravit Nancy.Le chemin de fer suit les méandres de la Meuse, à travers un pavsage accidenté où alternent les champs, les bois, les bruyères, les hauts rochers tapissés de végétations parmi lesquelles surgissent tour à tour ruines féodales, châteaux modernes, fermes et usines.Maria Remians emmena sa compagne vers la citadelle Campée sur le sommet d'une colline dite la Montagne de Champeau, cette citadelle occupe une situation exceptionnelle.La Meuse aux ondes bleues nuancées de touches glauques, venant du sud, fait au pied de l'éminence un brusque coude afin de remonter vers le nord pour entrer en Hollande.La Sambre, de son côté, surgissant de l'ouest, jette à cet endroit dans la Meuse son ruban sinueux de rouille.Cet y grec mouvant aux reflets bigarrés fleurit l'espace d'une gerbe de clarté.La Sambre et la Meuse! Une pensée s'empara aussitôt de l'esprit de Nancy.La vue de ces deux cours d'eau, le fleuve et la rivière se rejoignant pour se fondre en une seule coulée plus large et plus nuancée, suscita en son esprit l'image de l'homme et de la femme rapprochés dans la vie par des lois providentielles pour s'unir dans le mariage et ne plus former qu'un seul être, suivant une route unique, cepur et pensées confondus, jusqu'au terme assigné par Dieu pour se retrouver ensuite dans l'océan de l'éternité.Elle songea à son rêne brisé en sa fleur, à Roland, à sa fiancée et soupira.En dépit de ses occupations et du décor nouveau, elle n'ouhliait rien.Mais la conscience d'avoir agi sagement et d'être utile l'apaisait, la ranimait.Rien n'use les forces vitales comme la douleur stérile.La sienne s'employait, rayonnait.Bien souvent, elle pensait à sa mère, à leur logis plein de souvenirs.C'était la première fois qu'elle s'en allait ainsi, seule.Il lui arrivait de se sentir triste dans sa blanche cellule.Les lettres de Mme de Bréaumont lui causaient une vraie joie, lui tenaient compagnie.Elle les relisait chaque jour, les baisait pieusement.Il lui eût été doux d'y trouver des nouvelles de Roland Gérainval.Mais, sur ce chapitre, la chère conseillère restait muette.Et Nancy n'osait point questionner.Elle écrivait, de son côté, de longues pages, narrait ses impressions, décrivait les compagnes de sa nouvelle existence.Elle gardait un ton enjoué, donnait d'excellentes nouvelles de sa santé et avouait que, toute question de snobisme à part, le séjour à l'étranger a du bon.On y apprend à ne pas vivre sur son propre fonds, à pénétrer l'esprit des autres races, à profiter de leurs trouvailles.La pensée ainsi s'enrichit, les conceptions s'élargissent, l'expérience accroît son butin.Ces épîtres satisfaisaient Mme de Bréaumont et l'aidaient de sou côté à supporter le vide causé par l'absence de Nancy.Pourvu que la chère petite fût bien, le reste importait peu.C'était bien là le raisonnement d'une mèr» Pourtant.Nancy ne devait pas jouir longtemps de cette quasi-sérénité.Dans la claire Maison des Fleurs, une ombre L' I M P A S S E iii.H tendue allait surgir pour la rejeter vers la souffrance et exiger d'elle un nouveau déploiement de courage./ 'ru , il, pensionnaire II.y avait environ un mois que Mlle de Krc.iunionl séjournait à la clinique lorsque sieur Marthe, un son après le souper, lui annonça: Réjouisse/ vous, Nancy, nous allons recevoir une compntriote.— Une novice ?-Non, une malade, une jeune fille qu'un accident a rendue infirme.Les traitements essayés jusqu'ici restant sans résultats, les parents veulent tenter un séjour dans notre maison dont on leur a parlé.Le père est un banquier parisien; il s'appelle M.Fernando!.— Fcrnandot! Ces! Claire Fernando! ! Nancy n'eu! que ce cri.Mais son émo- tion fui visible.Elle en pâlit.—; Vous la connaissez ?Comme cela va être agréable pour vous deux.— Non, je ne la connais pas, se hâta de répondre la jeune fille, mais j'ai entendu parler d'elle.Les journaux ont raconté son accident, une chute d'avion.— Oui, je comprends, c'est si affreux.Kh bien! vous entrerez en relations.Elle sera aise, j'en suis sûre, de retrouver ici une Parisienne.Rentrée dans sa chambrctle, Nancy s'efforça de maîtriser l'émoi que lui causait cette perspective.D'une part, elle avait hâte de connaître la fiancée de Roland Gérainval, mais en même temps, elle redoutait de se trahir.La pensée lui vin! de quitler la clinique.Mais comment serait interprété ce geste?Et que dirait Mme de Bréaumont ?Ici, elle se rendait utile; en outre, elle avait la joie de pouvoir coopérer à l'édition du livre, grâce à l'argent de poche que lui procuraient ses leçons et la confection des écharpes.Cette nuit-là, elle ne dormit guère et le lendemain, dès l'aube, elle fut debout.Ayant ouvert la fenêtre pour mieux laisser pénétrer l'air pur et la clarté matinale, elle reposa sa vue sur le décor qu'elle aimait.Le foyer, bientôt, s'élargit, sa lumière s'intensifia et, déchirant la buée d'or pâle qui l'étreignait encore, le soleil jaillit.C'était si beau que, d'instinct, Nancy joignit les mains, se laissa glisser à genoux et.devant le spectacle qui proclamait la puissance créatrice du monde, elle fit sa prière du matin."Chaque jour, il en est ainsi, pensa-t-elle, cette fête du réveil est offerte aux hommes qui, habitués ou indifférents, ne songent même plus à l'admirer.Si elle n'avait lieu que rarement, comme les éclipses, ou même une fois l'an, les foules accouraient pour la voir.Et comme cette coupe lumineuse est symbolique! Chaque matin, de même, nous attend celle des joies et des misères quotidiennes.Quel qu'en soit le contenu, il nous faut la bénir puisque Dieu nous l'a préparée.Que me réserve l'arrivée rie Claire Fernandot ?Je ne sais, mais je ne dois pas me dérober à l'épreuve; si elle m'apporte une souffrance je l'accepte, je l'offre pour que lui du moins, puisse être heureux".Le samedi, date à laquelle était attendue Mlle Fernandot, arriva.Vers midi, l'auto d'ambulance qui était allée la chercher à la gare s'arrêta devant le perron.Le cœur de Nancy eut un soubresaut.Si Roland, sur le désir de la malade, l'avait accompagnée! D'une fenêtre du premier étage, elle vit sortir de la voiture la civière-couchette sur laquelle une longue forme blanche était étendue; une dame, vêtue d'une pelisse de voyage et une infirmière, seules, l'accompagnaient.Durant les trois jours qui suivirent, on n'aperçut point la nouvelle pensionnaire.Elle se disait trop fafiguée pour paraître dans la galerie.D'ailleurs, sa mère était encore auprès d'elle.Quand celle-ci fut repartie pour Paris, l'ennui, comme la faim fait le loup, sortit de sa retraite la nouvelle venue.On plaça sa couchette roulante près de celle de Mary Mac Nolet.Nancy put donc voir de près celle qui, depuis longtemps, hantait sa pensée.Elle s'étonna de la trouver si peu jolie.Il est vrai que la maladie avait éteint l'éclat et le rayonnement de vie qui constituaient La Revue Moderne — Montréal, Août 1935 Page 31 L' IM P A S S E le plus sûr aurait de Claire Fernando!.L'amaigrissement du visage laissait saillir l'ossature, accentuait les méplats; les yeux, enfoncés dans les orbites et cernés, avaient une expression dure.I.e pli .iiimi ¦ lt- l.i bouche vieillissait la malade.Nancy ne ressentit à son égard qu'un* grande pitié.Sœur Marthe vint présenter l'une à l'autre les deux jeunes Françaises - Mie Nancy, réclama Maud, en l'honneur de mademoiselle cl pour l'ha-liiluer, il faut nous jouer quelque chose.Mail surtout un morceau pas pleureur elle voulait dire pas triste).Nancy s'exécuta, joua d'abord un rondo de Cluck, puis une gavotte italienne — Ah! s'écria la petite Irlandaise d'un air navré, j'ai mal fait, la demoiselle a quand même du chagrin.Nancy s'approcha aussitôt.Claire avait détourné la tête, des larmes brillaient en ses yeux caves.— Ce n'est rien, fit-elle en se raidissant des souvenirs.La musique est, en effet, une suggestive évocatrice.Nancy comprit ce qui se passait en cet être désolé.— Vous êtes musicienne, je le vois, dit-elle doucement, et vous regrettez de ne plus jouer.Quand vous serez guérie, vous retrouverez vos doigts très vite.Claire, le regard perdu vers le piano, ne répondit rien.Elle remarqua toutefois, les jours suivants, la sympathie dont jouissait Nancy auprès des malades.— C'est une si aimable enfant, lui confia la sœur qui s'occupait d'elle.Elle se dévoue au bien de nos pensionnaires.Tout le monde l'aime.— Est ce une future religieuse?— Non, du moins je ne le pense pas.Ah! nous l'accueillerions avec joie si telle était sa vocation.La fiancée de Roland Gérainval observa aussi que, très empressée auprès de ses voisines, Mlle de Bréaumont négligeait de s'occuper d'elle.Son amour propre en fut piqué Loin de soupçonner le vrai motif de l'attitude de Nancy, elle l'étudiait d'un regard inquisiteur qui, parfois, s'attendrissait et poursuivait la jeune fille ainsi qu'un appel éloquent.Cette Parisienne ne représentait-elle pas, à ses yeux d'exilée, tout ce qu'elle aimait et qui était si loin ?Un matin, une religieuse remit à Nancy le courrier en la priant de le distribuer a sa place parce qu'une occupation urgente l'appelait ailleurs.Parmi les lettres il y en avait deux au nom de Mlle Fernandot et, sur l'une des enveloppes, Nancy reconnut l'écriture de Roland Gérainval.Un frémissement l'agita.Ses doigts étreigni-rent le frêle objet, puis comme s'il les brûlait, elle courut le remettre à la destinataire et acheva très vite sa distribution.Mais ses regards, malgré elle, s'attachaient à la blessée qui, un flot de sang aux pommettes, avait rompu le cachet, et lisait avidement la missive.Celle-ci était courte.Bientôt elle la laissa retomber sur le drap, les yeux tristes, son pli d'amertume aux lèvres.Dans la journée, elle annonça à la sœur ¦le garde: — Mon père viendra me voir dimanche, le pense qu'il restera quelques jours à l'hôtel voisin.— Vous êtes heureuse?dit la religieuse ivec un bon sourire.— Oui.Ce oui fut jugé bien froid par celle qui, ependant, savait limiter en son cceur les lans humains.— Vous êtes privilégiée parmi nous, '•marqua une malade.Nous sommes •resque toutes, ici, des étrangères au pays I 'intain.Et nos familles ne peuvent*venir mus voir.A mi-voix, Claire laissa tomber: — Quand nous souffrons, que peuvent onc pour nous les meilleures affections?Ce même soir, Nancy, au moment de la ntrée dans les chambres, s'était longue-ient occupée de ses amies d'outre-Manche.Claire, demeurée la dernière dans la derie, l'interpella: — Est-ce parce que je suis Française ue je ne vous intéresse pas.fmoi, made-">iselle de Bréaumont ?— Comment pouvez-vous "croire cela, 'demoiselle ?s'écria Nancy, troublée ir ce reproche.Mais elle ne sut qu'ajou-r pour ne point cesser d'être franche.— Je m'ennuie bien aussi, et je souffre us que beaucoup d'autres.Certes, je n'ai pas besoin d'apprendre à parler français, mais parler, tout simplement, parler de ce qu'on connaît et qu'on a quitté c'est une diversion à certaines heures.— Je viendrai causer avec vous, mademoiselle, je 6erais heureuse de vous faire quelque bien.— C'est un peu, avouez-le, le devoir des privilégiés de la vie, quand ils se trouvent au milieu des autres.— Me pensez-vous à ce point privilégiée ?Bien que jeune, j'ai eu, j'ai encore ma part «le peines.Mais vous avez raison, il faut savoir oublier ses chagrins pour essayer de consoler ceux d'autrui.— Mon lot était bon, je n'en disconviens pas, confessa Claire.Que m'en reste-t-il ?Ma jeunesse, ma beauté, mes talents, tout est anéanti.Mes parents m'adorent.Mais que peuvent-ils pour moi?J'étais fiancée, heureuse d'épouser bientôt l'homme que j'aime et que j'ai choisi.Il ne consent pas à reprendre sa parole.Mais.il n'a pas non plus le désir de s'unir à moi maintenant.Que me réserve l'avenir de-ce côté ?Avec les hommes, sait-on jamais ?— Tant d'autres, murmura Nancy dans un souffle, n'ont pas le droit d'épouser l'homme qu'elles aiment et qui les aime.Ce dialogue entre celle qui savait et celle qui ignorait, était dramatique.On eût dit que Claire, tout à coup, percevait la vérité, grâce au magnétisme de la pensée ardente de Nancy.Elle leva les yeux vers la jeune fille.Leurs regards se pénétrèrent longuement.— Ah! vous aussi?fit-elle.Mais les épreuves d'autrui lui important peu, elle ne tenta point de faire se préciser ia confidence.— Accompagnez-moi dans ma chambre, voulez-vous, nous parlerons de Paris.>— Je regrette, mais j'ai promis à la signora Delfecco de rester près d'elle pour lui faire sa correspondance.— Tant pis.Eh bien, alors, je vous retiens pour demain, c'est entendu, n'est-ce pas ?Merci.III L'oiseau de passage Llendemain, il fallut bien obtempérer à ce désir.Nancy redoutait un apané avec la malade.Elle avait, peu de jours auparavant, appris à sa mère l'étrange hasard qui amenait sur sa route Mlle Fernandot.Elle lui demandait en même temps si M.Gérainval donnait signe de vie à propos du livre.Ainsi, d'une part, elle craignait qu'on ne lui parlât de Roland: de l'autre, elle sollicitait des nouvelles du jeune homme Elle prévoyait juste en pensant que Claire Fernandot aborderait la première la question délicate.Quand Nancy pénétra dans la chambre aux hortensias qui avait été dévolue à Mlle Fernandot.elle trouva celle-ci de mauvaise humeur.— Aucun message de chez moi, aujourd'hui, c'est inconcevable.Puis se radoucissant: "Il est vrai que j'ai eu hier une lettre de mon père.et une de mon fiancé.— Je crois que monsieur votre père doit bientôt venir ?— Oui, dimanche.La semaine suivante, ce sera sans doute mon fiancé.Elle ne vit pas le mouvement brusque qui rejetait en arrière Nancy dont les doigts s'agrippèrent au dossier d'un fauteuil.En se détournant la jeune fille reçut un nouveau choc.Sur l'un des rayons de l'étagère qui faisait face au lit de la malade, elle venait d'apercevoir, dans un cadre en étain repoussé, la photographie de Roland.— Mon fiancé, repartit Claire en s'ani-mant, est un écrivain distingué qui deviendra certainement célèbre, il signe ses œuvres René Gariel.Peut-être en avez-v-ous entendu parler ?— En effet, oui, j'ai lu quelque chose de lui.Elle fut contente que Claire ne prononçât pas le vrai nom de Roland, car alors elle eût été obligée d'avouer qu'elle le connaissait.Elle préférait taire cela.De nouveau l'égoïsme de Mlle Fernandot l'incitait à parler surtout d'elle-même.Elle se complut â évoquer ses succès mondains, raconta les détails de son accident, puis revenant à ses amours, dépeignit son fiancé très malheureux par suite de la catastrophe qui retardait leur mariage.— J'ai voulu, précisa Claire, lui rendre sa parole.Il n'a pas accepté.Mais cet événement l'a beaucoup attristé, modifié.Bien qu'il ne me l'ait pas montré, j'ai lu l'autre jour, dans un journal, un article de lui, impressionnant de mélancolie.C'est pourquoi je désire, coûte que coûte, le décider à nous marier malgré mon état.Ma mère prétend que c'est fou; elle a ses idées.Mon père, lui, serait de mons avis.Qu'en pensez-vous, mademoiselle?A ma place, comment agiriez-vous ?Non seulement sa pitié, mais aussi la crainte de n'être pas impartiale dans sa réponse, l'empêcha de s'écrier: "Je ne sacrifierais pas l'avenir d'un homme en ces conditions".Elle laissa seulement monter à ses lèvres la réflexion qui la brûlait — Tout dépend de la façon dont votre fiancé envisage la chose.— La délicatesse, bien entendu, l'empêche de paraitre hâter notre union.Mes parents sont riches.Son empressement pourrait être mal interprété; je sais pourtant à quel point il est désintéressé.— Ah! oui, acquiesça ardemment Nancy, qui, ensuite, regretta cet élan susceptible de paraitre suspect.Mais son interlocutrice n'y avait point pris garde, jugeant naturel qu'on approuvât ce qu'elle disait, surtout lorsqu'il s'agissait de l'éloge de Roland.Pour rien au monde, elle n eût voulu avouer que la tiédeur des sentiments du jeune homme la décevait, l'inquiétait.Les lettres qu'elle en recevait demeuraient banales; une gêne y planait qu'elle voulait continuer à mettre sur le compte de sa peine et de la situation fausse où ils se trouvaient.— Est-ce drôle, reprit-elle soudain, que je vous raconte ainsi mes affaires et vous fasse l'arbitre de mon sort.Vous me plaisez, je sens qu'on peut avoir confiance en vous.J'aimerais avoir votre opinion.— C'est bien délicat, se défendit encore Nancy.Votre sympathie me touche, mademoiselle, votre malheur m'émeut.Je voudrais oui.je voudrais que la vie vous offrit une compensation, mais vous conseiller, dans une semblable conjoncture, non vraiment, cela m'est impossible.Une supplication se lisait en ses yeux.— Ah! je vois bien que vous ne m'approuvez pas, vous non plus; enfin, je vais écrire chez moi que j'ai trouvé une amie ici.— Non, je vous en prie, ne parlez pas de moi, ne prononcez pas mon nom.— Quelle idée! Oui, vous remplissez auprès de nous une mission de charité, incognito: c'est un vœu, peut-être.Soit, je ne vous trahirai pas.Vous serez simplement Mlle Nancy ou bien mon amie de passage.— C'est cela, amie de passage me plaît; je ne suis ici.en effet, qu'un oiseau de passage et que la vie rappellera bientôt dans son vrai nid.— Alors, j'espère qu'à Paris nous nous retrouverons.En dépit de l'enthousiasme de Claire, Nancy, après cette conversation, tint à garder sa complète indépendance vis-à-vis de la malade.L'humeur fantasque de celle-ci l'y engageait d'ailleurs.On n'aimait pas Claire à la Maison dfs Fleurs.L'aigreur de son caractère perçait dans ses propos.L'orgueil et l'égoïsme ne nous font pas des amis.Elle se plaignait volontiers des unes et des autres sans comprendre que sa propre attitude provoquait celle de ses compagnes.Le jour où vint son père, elle dénonça les taquineries réelles ou imaginaires dont elle était l'objet.Seule Nancy trouvait grâce à ses yeux bien qu'elle lui reprochât son indifférence.M.Fernandot tint à saluer la jeune fille et à la remercier de ce qu'elle faisait pour "sa pauvre malade".Nancy, sous prétexte d'occupations, abrégea l'entretien.— Si tu ne te trouves pas bien dans cette clinique, recommanda le banquier à sa fille avant de partir, préviens-nous très franchement.Nous viendrons te reprendre.— Pour guérir, répondit seulement Claire, je supporterai tout.Lorsqu'elle se retrouva seule avec Nancy, elle lui annonça joyeusement: — Mon père m'a confirmé la visite de mon fiancé pour la semaine prochaine.Je vous ferai faire aussi sa connaissance.Il vous plaira sûrement."Le jour où il viendra, résolut Nancy, je ne serai pas dans la maison.Il me sera facile de trouver un prétexte pour m éloigner".Le hasard sembla d'abord favoriser cette sage décision.Son amie belge, Mlle Remians, devant quitter la Maison des Fleurs une dizaine de jours plus tard, comptait, le dimanche en question, visiter avec son frère qui viendrait la chercher, les grottes de Rochcfort, site assez voisin et renommé dans le monde touristique.Elle cherchait à entraîner Nancy dans cette excursion.La jeune Parisienne hési- General Typewriter Service Limited 1003.rue Bleuir T*'- LOUE, VEND, REPARE, ACHETE clavigraphes de toutes marques.Spécialité: contrat d'inspection mensuelle.Papier carbone, rubans, papeterie.NOUS PAYONS* jusqu'à $60.00 chacun pour des sous des E.U.avec tête d'Indien.Nous achetons ceux de n'Importe quelle année quel qu'en 60lt l'état.Jusqu'à $1.00 payé pour sous des E.U.avec effigie de Lincoln, et Jusqu'à $150.00 pour de» pièces canadiennes.Nous Bommes acquéreurs de collections de timbres, médailles, livres, vlel argent-papier, or.etc.Envoyez-nous 26 contins pour liste de prix illustrée et Instructions.Satisfaction garantie ou argent remis.HUB Coin Shop, 159-73 Front St.Sarnla.Ont tait jusqu'alors à accepter l'invitation, elle profiterait maintenant de cette occasion de s'évader.Sur ces entrefaites, une lettre de Mme de Bréaumont lui parvint.Après les détails concernant sa vie quotidienne et les nouvelles données de leur cercle familial et amical, la veuve parlait du livre enfin sous presse."Je viens, écrivait-elle, d'en corriger les premières épreuves.M.Gérainval m'a aidée avec sa complaisance coutumière, car je n'avais aucune habitude des signes typographiques en usage.Il m'a demandé de tes nouvelles et m'a avoué qu'il sait où tu es.Je lui avais simplement confié que tu te trouvais auprès d'une amie dans un couvent belge.Dans le portrait que M.Femandot et sa fille lui ont tracé de toi, il t'a reconnue et il bénit le hasard qui a mené Mlle Fernandot sur ta route, convaincu que la Providence a ses desseins.J'en suis sûre, moi aussi, mon enfant, et je te connais assez pour présumer que tu correspondras au désir d'en haut en continuant de faire bravement ton* devoir jusqu'au sacrifice même, en t'efforçant d'être utile à cette pauvre jeune fille qui doit tant souffrir".Les yeux de Nancy brillaient étrangement tandis qu'elle repliait la lettre de sa mère.Le vendredi, Jean-Paul Remians, le frère de Maria, arriva.11 était descendu dans l'hôtel du bourg où séjournent d'habitude les parents des malades de la clinique.II plut à Nancy par son visage sérieux de travailleur obstiné que détendait toutefois un sourire jeune, et par son entrain.La sollicitude qu'il témoignait à sa sœur prouvait sa bonté.Il accueillit gaiement le projet de voyage à Rochefort en compagnie de Nancy.Ce soir-là, Mlle Fernandot était, par extraordinaire, d'une humeur charmante.La visite de son fiancé, attendu le dimanche matin, la rendait plus sociable.Pour la première fois, elle révéla à Nancy le vrai nom de Roland Gérainval.La jeune fille fut bien obligée d'avouer qu'elle connaissait le secrétaire d'une maison d'édition portant ce nom.— Mais c'est lui, c'est Roland! Comme c'est amusant.On a raison de proclamer que le monde est petit.Je suis ravie que vous vous connaissiez déjà.— Je n'aurai cependant pas le plaisir de voir M.Gérainval, se hâta de dire Nancy, Mlle et M.Remians m'ont conviée à faire une excursion avec eux ce jour-là et je les désobligerais en n'acceptant peint.— C'est impossible 11 faut que vous soyez là.rétorqua l'exigeante malade.Je veux que vous preniez le thé avec nous.Si, si, il faudra changer cela.Dérobant son émoi sous un sourire contraint, Nancy invoqua,\unc fois de plus, I'ar/e S2 La Revue Moderne — Montréal, Août 1935 LES ENFANTS DANS LA CROISSANCE DEVRAIENT EN BOIRE OVdLTINE ALIMENT-TONIQUE-LIQUIDE un prétextejpour s'échapper.Se trouvant en avance pour la leçon qu'elle avait à donner, elle entra à la chapelle afin de calmer le trouble qui s'était emparé d'elle.Mille pensées contraires l'assaillirent dans cette enceinte paisible où, sous le demi-jour bleu et or qui tombait des vitraux, les orantes, en leur stalle, priaient — Que faire ?se demandait-elle, ce serait si doux de le voir.Je n'ai pas cherché ce rapprochement.Dieu ne le veut-il point ?Mais si je reste, comment ne pas me trahir auprès d'elle, auprès de lui aussi.Il ignore, c'est vrai, que je connais ses sentiments à mon égard.11 ne sait pas non plus les miens.Alors, que pensera-t-il en apprenant que je l'ai fui.Il m'en voudra.C'est dur.Oh! agir pour le mieux.Oui peut me conseiller, me secourir?Klle leva les yeux vers l'autel et, incapable de trouver à ce moment d'autre prière, murmura seulement: — Mon Dieu, protégez-le dans son voyage et donnez-moi la force de faire ce que je dois.IV En présence LE samedi matin, le ciel s'ouvrit large et clair comme la grande corbeille d'or et d'azur d'où s'échappe le printemps.— Il fait un temps de joie, savez vous, mademoiselle, dit une servante à Nancy tandis que la jeune fille pénétrait dans le réfectoire.Une journée de joie! Nancy ne vit là qu'une des ironies de la vie.Ce samedi ne devait il pas être lourd à son coeur ?Mlle Fernandot l'avait priée, la veille, de lui faire acheter des feuillages, des fleurs, pour orner sa chambre le dimanche, des provisions de gâteaux aussi, en vue du thé que Roland prendrait avec elle.Malgré les objurgations de la malade, Nancy n'avait rien changé au programme du voyage qu'elle devait effectuer en compagnie de M.et de Mlle Remians.Oui, elle fuirait.Mais elle sentait bien que sa pensée resterait captive dans cette chambre, auprès des fiancés.Sans doute, Roland repartirait-il le soir même?Elle ne l'apercevrait donc pas.Tandis qu'elle achevait mélancoliquement son petit déjeuner, on vint la prévenir que Mlle Fernandot souhaitait lui parler sur-le-champ.Elle souscrivit à ce désir et trouva Claire en proie à une vive contrariété.Sa main froissait nerveusement une lettre qu'elle venait de recevoir.— Croyez-vous que j'ai de la malchance! Ma meilleure amie qui achève un voyage en Hollande a projeté de me rendre- visite au passage en revenant vers la France et m'annonce son arrivée pour demain.Elle tombe bien en même temps que mon fiancé.Trop tard pour les prévenir l'un ou l'autre Je serai ravie de les revoir tous deux, mais ensemble, non, vraiment, c'est désagréable.Ils ne sympathisent, d'ailleurs, qu'à demi Le frère de mon amie, un jeune avocat, souhaitait m'épouser.Il considère Roland comme un rival heureux.Il est vrai que, maintenant, soupira la jeune fille, après une pause, le parti ne vaut plus la peine d'être ^:sputé.Afin de la distraire de ses tristes pensées, Nancy lui rappela qu'elle partait à l'instant avec la tourière, pour Dinant d'où elle rapporterait les commissions dont elle l'avait chargée.— Oui, et vous décorerez ma chambre, n'est-ce pas! vous avez tant de goût.Ah! comme je regrette que vous ne puissiez être là, demain, vous m'auriez été très utile.Nancy, bien qu'elle n'eût pas le co-ur à la gaité, sourit de la réflexion.Mlle Fernandot s'entendait à mobiliser les gens.Lorsqu'elle revint de Dinant il était près de midi.Le dîner n'ayant lieu qu'à une heure, elle aurait le temps d organiser la décoration florale destinée à fêter celui qui allait venir pour une autre.Elle frappa à la porte de la chambre aux hortensias et l'entr'ouvrit, tenant entre ses bras une gerbe de longs rameaux de chatons de saule aux bourgeons argentés, de thyrses blancs d'aubépine et de grappes roses de pruniers éclos sous des cieux plus propices.Elle y avait joint une botte de fraizias et des bouquets de primevères.Son visage au teint délicat émergeant de la fraîche brassée, elle semblait une fée printanière.L'ne exclamation vibrante l'accueillit.— Entrez! Entrez! Voyez la surprise, la belle surprise! Mais, figée au sol en sa pose de déesse Flore, Nancy rougissant, pâlissant tour à tour, n'avançait pas.Une silhouette masculine en complet gris se tenait debout près de la chaise-longue de Claire, et elle avait reconnu Roland Gérainval.— Arrivez donc, chère mademoiselle, notre effet est manqué, mais mon fiancé ne nous en voudra pas.Je vous le présente si l'on peut dire puisqu'il paraît que vous vous êtes déjà vus.Nancy, dont les oreilles bourdonnaient, entendait à peine ces phrases.Elle se tourna vers Roland, incliné.Ils se saluèrent, n'osant même pas se tendre la main, cherchant à dissimuler leur émotion sous un sourire de commande.— J'ai eu, en effet, dit Roland, l'honneur de parler à Mme et à Mlle de Bréau-mont au sujet d'un livre édité par notre maison.— Aidez-la donc, mon cher, à se débarrasser de ces fleurs qui sont là en votre honneur.Je voudrais embellir ma guitoune pour votre venue.Sans attendre que le jeune homme vînt à elle, Nancy avait déposé sa moisson sur la table et, d'une voix blanche: — Je vais vous laisser Nous arrangerons cela plus tard.— Mais non, restez, au contraire.Rendez-moi le service de disposer ces fleurs dans l'eau.Figurez-vous que les choses se sont arrangées, au sujet de la journée de demain.Mon fiancé a dû devancer d'un jour son voyage et il ne repartira que lundi soir II compte profiter de ce bref séjour pour étudier des échantillons géologiques du côté de Han.Elle le fit s'asseoir près d'elle, lui prit les mains, lui posa mille questions sur ses parents, sur leurs amis, sur ses travaux.Allant, venant, légère, émue à travers la chambre, disposant ainsi qu'on l'en avait priée, les feuillages et les fleurs dans des vases requis de toutes parts, Nancy ne pensait plus qu'à ceci: "Il est là, je le vois, j'ai réentendu sa voix.Dieu est bon de nous permettre cette rencontre malgré la résolution que j'avais prise, pour être courageuse." Dès que son gracieux travail fut fini, tournée vers les causeurs, elle leur fit simplement un signe de la main et s'échappa.La surexcitation qu'elle éprouvait se trahit sur son visage.Une fois de plus ses amies de la galerie la complimentèrent sur l'éclat de son teint et celui de ses yeux.A peine toucha-t-elle au repas qui suivit.Peu d'instants après, dans le salon, le besoin de traduire son émoi secret la conduisit vers le piano.Son jeu frémissant atteignit un accent pathétique dont ses auditrices furent frappées et charmées.Le piano, ami discret, recevait la confi- dence de son âme.C'est de ces confessions, sublimisées par l'harmonie, qu'est fait le magnétisme de la musique, chaleur rayonnante jaillie du cevur de l'artiste, pour atteindre celui des foules et l'embraser.A l'heure du thé, Claire Fernandot fit encore appeler Nancy.Remise de sa première surprise, la jeune fille put, cette lois, prendre part de la façon la plus naturelle à la conversation.Roland Gérainval lui dit qu'il avait vu Mme de Bréaumont quelques jours auparavant.Il demeurait étonné, surtout après ce que sa fiancée lui avait raconté, de la présence de Nancy dans cette clinique et du rôle qu'elle y jouait.Pourquoi quittait-elle ainsi son foyer ?Si vraiment elle tirait un profit des leçons données, des écharpes peintes, c'est que la situation de Mme de Bréaumont était plutôt gênée.Cette édition à payer devait alors leur paraître lourde.Lin regret plus intense i'envahit.Ce serait si doux, en épousant la courageuse petite, d'assurer à jamais son avenir! — Il faut absolument que vous soyez de retour à Paris, mademoiselle, au moment où paraîtra le livre.Vous aurez à voir les critiques les plus influents.Le succès dépend beaucoup d'eux.— Jamais je n'oserai, confessa-t-elle.Elle était si délicieuse en cette attitude de fillette candide et craintive qu'il ne pouvait détacher d'elle son regard.Il eut le sourire attendri, encourageant qui l'avait rassurée lors de leur premier entretien dans le sévère cabinet de travail de la maison Pradet-Rivière.Claire, avec l'intuition des femmes aimantes et jalouses, pressentit-elle le danger qui planait ?Elle s'agita sur sa couche étroite, déplaça son appareil, eut un gémissement de souffrance.— C'est ennuyeux, fit-elle, vos histoires d'édition.Roi, racontez-moi quelque chose qui me distraie.Il est vrai que vous vivez en solitaire à Paris, comme moi ici.Plus tard, nous nous dédommagerons.Le thé était fini.Nancy, après avoir donné quelques soins à la malade, s'éclipsa.Le soir, dans le silence de sa chambrette, elle revécut les instants amers et doux de cette journée."Elle l'aime beaucoup, songea-t-elle, et elle guérira peut-être.Il est triste, lui, il a mauvaise mine.Avec quelle pitié, il la regarde.Et moi, quelle tendresse j'ai surprise en ses yeux, a plusieurs reprises!" Petite épave secouée par les vagues successives des pensées, son coeur, d'un instant à l'autre, changeait d'impression et modifiait ses voeux.En vain, cette nuit-là encore, chercha-t-elle le sommeil De son côté, Roland Gérainval, partagé entre la pitié et l'amour, étreint par l'angoisse du lendemain, arpentait encore, à une heure tardive, le petit chemin longeant la Meuse au pied de son hôtel et d'où il apercevait le quadrilatère sombre de la Maison des Fleurs.Il réentendait Claire lui dire avant qu'il ne la quittât: — Roland, quelle douceur de vous sentir ici.Oh! si vous m'abandonniez, j'en mourrais! Et il rejetait l'obsession pour chercher sur la façade du grand bâtiment endormi à l'abri de quelle fenêtre rêvait la petite Lorraine aux yeux candides, volontaires et mystérieux comme ceux de Jehanne la Pucelle.V La grotte enchantée IL avait été convenu, pour ce dimanche, entre Nancy et MIlejRemians, que les trois excursionnistes prendraient le train vers neuf heures afin d'arriver à Rochefort une heure plus tard et de visiter les grottes avant le déjeuner, ou plutôt le dîner, ainsi qu'on désigne en Belgique le repas méridien.Nancy ne comptait pas voir Claire F'ernandot avant de partir.Mais comme elle sortait de la chapelle, venant d'assister à une messe matinale, on lui remit un pli qui émanait de la chambre aux hortensias.Dans le style impératif qui lui était coutumier, Mlle Fernandot écrivait: "Je désire absolument vous voir avant votre départ, c'est urgent".— Elle veut encore me supplier, sans doute, de renoncer à mon excursion, dit la jeune fille.Tout sera inutile.Dès qu'elle pénétra chez la malade: — Venez vite, lui dit celle-ci.J'ai une idée excellente, qui va tout concilier.Vous allez toujours à Rochefort avec les Remians, n'est-ce pas?— Oui, nous partons dans un quart d'heure pour la gare.L' IM P A S S E — Parfait.Vous y trouverez M.Gérainval et vous l'emmènerez avec vous.Et comme Nancy, interloquée, la dévi sageait s.ins répondre, croyant avoir mal compris.Cela vous contrarie.Mon Dieu! que les gens sont donc égoïstes! Après tout, votre intimité avec ces Belges n'esl pas si étroite qu'on puisse craindre d'être indiscret en la troublant.Mais non, mademoiselle ne croyez pas je vous assure, cela ne me contrarie pas.au contraire.J'ai été surprise, voilà tout.J'ai cru avoir mal entendu, car enfin vous vous privez de votre fiancé toute une journée.—¦ Demi-privation, puisque mon amie Janine arrive et que leur rencontre nuit au plaisir de chacun de nous trois.Si M.Gérainval reste ici trois jours, c'est qu'il comptait employer la journée de demain lundi, à la visite des grottes de Han-sur-Lesse, afin de les connaître de visu et d'en rapporter des photos, car sa maison doit publier un livre illustré sur ce sujet.Or, on m'a dit que Han et Rochefort sont identiques quant à la nature du sol.Il fera donc son voyage d'étude aujourd'hui, en allant avec vous trois à Rochefort.M.Remians le guidera.Et, demain, mon amie étant repartie, je l'aurai à moi seule.Tout le monde sera satisfait.N'approuvez-vous pas mon projet ?— Oh! si.M.Gérainval est-il prévenu ?Il accepte ?— Dès potron-minet je lui ai fait porter un mot par le jardinier.Il m'a répondu: "Idée merveilleuse.J'y souscris avec empressement." C'est ainsi qu'un quart d'heure plus tard, Nancy, qu une petite fièvre délicieuse animait, se retrouva dans la gare en présence de Roland.Elle avait mis ses amis belges au courant du désir de Mlle Fernandot.Les jeunes gens, affables par nature, firent le meilleur accueil au Parisien.Sous les banales paroles de politesse qu'échangèrent Roland et Nancy, un psychologue averti eut seul, peut-être, découvert leur émoi réciproque.Dans le wagon, ils durent tous deux faire un effort pour s'intéresser aux détails du parcours dont Jean-Paul Remians leur signalait les côtés pittoresques.Les plaines aux ondulations accidentées s'étendaient loin sous le ciel dégagé où des trouées bleues formaient de petits lacs.Une aile d'oiseau y traçait le fuyant contour d'une barque.Les collines s'appuyaient mollement à l'horizon; par endroits, leurs assises rocheuses, taillées en escaliers et revêtues de végétations frustes, apparaissaient plus abruptes et plus sombres.Une ruine médiévale, une chapelle solitaire, ou une simple hutte de berger, y campaient sur l'infini leurs silhouettes chétives.Dans le creux des vallées, villages et hameaux groupaient leurs habitations rustiques.— C'est ravissant, murmura Nancy, dont les yeux, illuminés par la joie intérieure, prêtaient au décor plus de charme encore qu'il n'en possédait.— Un chemin de féerie, savez-vous, chère, dit en riant Maria Remians, car nous entrons dans la zone des palais tour à tour paradisiaques et infernaux que des poètes de chez nous ont chantés.— Un chemin de féerie, c'est bien dit, approuva gravement Roland en se tournant vers sa jeune voisine.Il interrogeait furtivement le visage à la fois extasié et secret comme pour y découvrir l'intime pensée qu'il eût souhaité connaître.Elle paraissait contente d'être là.Mais sa présence, à lui, était-elle la cause de cette joie ?Ne devinerait-elle pas l'intraduisible alléluia dont son coeur, à lui, débordait, devant la journée offerte, et qu'il était si loin d'avoir osé espérer.Elle avait, ce matin, l'aspect d'une ?;rande fillette dans son manteau de ciré ourré de lainage, son petit chauffeur comme elle l'appelait.Un étroit chapeau, laissant retomber sur les tempes des boucles couleur d'acajou que le soleil pailletait, d'or, encadrait l'ovale harmonieux de ses joues à l'épiderme duveté comme celui d'une pêche.La petite gare de Rochefort est blottie au pied du plateau rocheux qui porte la ville et sous lequel s'étendent les grottes.(Suite à la page 34) Jj a Revue Moderne — Montréal, Août 1933 TROIS APPERITIFS — 1° Défaire en crème quatre cuillerées à table de Roquefort, quatre cuillerées à table de beurre, deux cuillerées à thé de sauce worcestershire et une pointe de I (abasco ou de cayenne.Si le fromage est sec, l'amollir avec un peu de crème.Cette quantité est suffisante pour étendre entre deux douzaines de craquelins.2° Faire un mélange d'India Relish et de mayonnaise et étendre légèrement sur des rondelles de carottes crues dont le bord est découpé en pointes.3° Farcir les branches tendres des cœurs de céleri avec quatre cuillerées à table de crème fouettée, assaisonnée de sel, de cayenne, mélangée à deux cuillerées à table de noix du Brésil finement hachées.GATEAUX DE CRABE — Faire mijoter une cuillerée à table d'oignons émincés dans deux cuillerées à table de beurre.Ajouter trois-quarts de tasse de i.iettes de pain humectées d'un œuf légèrement battu et d'un quart de tasse de lait.Amalgamer ce mélange avec une tasse de viande de crabe ou une quantité équivalente de crabe en conserves.Ajouter un quart de tasse de moutarde sèche, une cuillerée à table de persil haché, du sel et du poivre au goût.Mouler en forme de gâteaux, saupoudrer de farine et faire frire.CITROUILLE EN SURPRISE — Laver, enlever l'écorce.et couper en dés assez de citrouille jaune (de forme courbe) pour remplir six tasses.Mettez dans un plat creux allant au four avec deux tasses de tomates coupées en morceaux, une demi-tasse de fromage râpé, une cuillerée à table de tapioca, une demi-cuillérée à table de beurre, du sel et du poivre au goût.Bien mélanger • avec une fourchette.Faire cuire à four modéré (350° F.) environ une heure ou jusqu'à ce que la citrouille soit tendre, en brassant une ou deux fois durant la cuisson.Au moment de servir, saupoudrer de fromage râpé et passer au four pour faire dorer.ENTREE POUR LUNCH OU SOUPER.-Trancher et faire frire quatre ou cinq tomates de moyenne grosseur et disposer les tranches autour du plat de service.Laisser dans la poêle quatre ou cinq tranches de tomates frites, ajouter deux cuillerées à table de shorte-ning et deux cuillerées à table de farine.Bien incorporer aux tomates Ajouter une tasse de lait évaporé dilué dans une tasse d'eau, sel et poivre au goût, et laisser cuire jusqu'à l'épaississement d'une crème.Y verser une tasse de fromage coupé en petits morceaux et brasser jusqu'à ce que le fromage soit fondu.D'autre part faire bouillir un paquet de macaroni dans de l'eau salée; quand il est bien tendre le verser au milieu de la couronne de tranches de tomates, couvrir de la sauce et servir.Appétissantes Recettes a Ajouter aux Mets Favoris SALADE RAFRAICHISSANTE — Faire cuire une boîte de tomates en conserserves, un oignon émincé, une branche de céleri, une branche de persil, deux ou trois clous de girofle, un soupçon de tous épices et une pointe de tabasco jusqu'à évaporation de l'eau.Passer au tamis.Il doit rester une tasse de purée épaisse.Ajouter une demi-cuillérée à thé de sel, une demi-cuillérée à thé de paprika et laisser reposer jusqu'à refroidissement.\ incorporer alors une tasse de crème fouettée; verser dans des moules individuels et mettre dans la glacière.Quand la salade est glacée, servir sur des feuilles de laitue avec mayonnaise et les petites feuilles du cœur de la laitue GATEAU A L'ORANGE ET AUX NOIX Mélanger: une tasse de sirop de blé d'Inde blanc, quatre cuillerées à table de beurre fondu, quatre cuillerées à table de sucre, une tasse de noix, une demi-cuillérée à thé de sel, une cuillerée à table de jus d'orange et une cuillerée à table de zeste d'orange râpé; ajouter trois œufs légèrement battus et verser dans une abaisse.Faire cuire à four modéré 350 I environ cinquante minutes.Courtois!* du "Dotlnaator" Page 3î NOS MOTS CROISES Nous recevrons les solutions écrites sur le carelage ipublié ci-dessous, jusqu'au samedi, 24 août, à midi.Les solutions exactes seront tirées au sort et nous accorderons trois (3) prix d'un dollar ($1.00) chacun, aux trois premières solutions favorisées par le sort.Les gagnants du douzième concours Solution du problème No 12 Mlle Louise Porcheron, Mlle Yvette Morin 6759, avenue de Gaspé, Montréal, P.Q.Saint-Lin, P.Q.M.Jean-Louis Lachance, 285—3ème avenue, Québec, P.Q.-A DETACHER- 1 z 3 H- Ç G 7 3 f lo ît 13.13 lit- 15 / PROBLEME No 13 Nom Adresse -A DETACHER— ¦ HORIZONTALEMENT 1.Faculté dp M mouvoir.— Préfixe.' (Ju'on n'ultpniliiil pas.— (jenre de plantes comprenant de petites herbes uqua-tiqucs de-* renions tempérées.i.Tiédeur.— Juridiction.I.\illp d'Espagne.— Sorlp d'échpllp ù un Mal i.(tint.— Mot d'enfant.I, Fiirtip prruse de la salière, où l'on met If s, I.— Morrpnu de purrhcmin coupé en lonir Pt destiné » attnpbpr dp* papiers.«Ï.An sud-est de Valenep.— Nom vuliraire du .-'î- i 7.Terminaison.— Phénomène qui se produit » rpmboiiphurp dp certains Meuvef*, pur la résistance qu'Un présentent a l'arritép dn flot.H.Poéslp dont les ver», lps fragments sont empruntés 11 différpnls ailleurs.-— Deux t nusonnrs.— Personne qui imite les uites ou les | ».¦ r.I.de quelqu'un.\u figuré, démarche, toiimurr dp quelqu'un.lu Nom il.* mit religieux persan*.— sliilmiirp français ( 1 «ïniotl." I.— Jésuite .inluiiil et savant itallpn, ¦ 17H>-1 K.11> II.Itpmpliippr pur du tin dp même protp-nnnpp ppIiiI qui a diminué diuis un ton-iii'.m — Nom iiiliralrp du panaris soils-épiflermiqup.I .' I al.riiiuiV mer du malt peu torréfié.— Peine pécuniaire.1 '¦ t h.xiil i|iii prend purt aux ci.urses plaies — f.iispinlilp des sons qui ronvlen-nent le mieux u une voix.II.t onjnnetlnn.— lettre grecque.I.Y Petite lai-lie lirune.qui se trouve dur l'éeorre des arbres.— Sorte de nain Jaune.VERTICALEMENT I.Se dit d'un serment qui, déféré par l'une des parties à l'autre, en l'absence d'autres preuves, a pour effet de terminer un procès.5.Qui exerce réellement une chance.— Adverbe.: Mot qui lie l'attribut au sujet.— Moine Irlandais, patron des Jardiniers.I.Dit son avis sur un sujet en délibération.— Ecoree de la tige du chanvre.5.Mot anglais signifiant au milieu de: — Sorte de balai.— Petit loir i"> 6.Divination par les songes.— D'un verbe irai.7.Maladie Infectueuse.— Diplomate français H".'-iiinii 8.Préposition.— Ville de Belgique.— Pur.9.Article.— Fourrure à poil ondulé.— Prép.10.Pron personnel.— Terminaison.— Bagatelle*.11.Langue.— Pron.personnel.— Objecter.12.Conjonction.— Churrue snns oreilles.— Opposition.i:t.Sur lequel on pose des lampions aux Jours d'illuminations.— Terminaison.— Note de musique.II.Arbre dont l'espère type produit la pomme eannplle.— Préfixe.15.Partie de l'histoire naturelle qui traite des formes exrppt tonnelles.— Ne produit par une dyne sur une longnenr d'un centimètre.La Revue Moderne — (Suite de la page 32) Au sommet de l'escalier qu'ils grimpèrent allègrement, les voyageurs aperçurent un hôtel d'aspect avenant sur la muraille duquel était peinte une grande étoile.— Nous déjeunerons ici, dit M.Re-mians, on y est bien.Je vais en passant retenir nos places.Les quatre amis se joignirent, non loin de là, a un groupe de touristes qui, arrivés par le train ou par autos, se tenaient devant la grille d'entrée des grottes.Dans le couloir rocheux qui s'ouvre dès le seuil franchi, l'atmosphère humide du sous-sol saisit les visiteurs.Nancy, sur le conseil de M Remians.resserra autour de son cou le col de son manteau imperméable.Mlle Remians s'enveloppa d'un plaid.Dans la demi-obscurité, Roland ne perdait pas de vue la silhouelte agile qui, à la suite du guide, montait ou descendait les degrés taillés dans le roc, escaladait un raidillon, franchissait d'un saut un obstacle comme si elle eClt, toute sa vie, pratiqué cette gymnastique.Le jeune homme se trouvait toujours à sa hauteur, soit pour lui prêter un appui dont elle n'avait guère besoin, soit simplement pour être un plus proche témoin de sa grâce et de son plaisir.De couloir en couloir, d'escalier en escalier, on atteignit une vaste salle dont l'aspect arracha des exclamations aux touristes.Des colonnes de calcaire cristallisé, blanc et jaunâtre, qu'on eût dit endiamanté sous le reflet des ampoules électriques, s'alignaient à perte de vue.Les premières, reliées par un fronton de stalactites retombant de chaque côté en plis de draperies, figuraient une porte monumentale.— S'il vous plaît, mesdames et messieurs, annonça le guide, vous ave?devant vous la salle des Merveilles.Voyez l'œuvre artistique de la nature qui a csulpté la pierre pour créer ici un véritable Musée.La lumière, habilement ménagée par les projecteurs, découvrit progressivement aux yeux des visiteurs un décor de colonnes, de grottes, de couloirs constituant un véritable labyrinthe dont les dimensions ne laissaient pas d'impressionner ceux qui voyaient ce spectacle pour la première fois.Ces profondeurs et ces perspectives effrayaient autant qu'elles attiraient.Nul n'était tenté de s'égarer loin de ses compagnons pour en explorer l'inconnu.L'effet devenait plus saisissant, à mesure que le gardien énumérait les détails de ce chaos préhistorique.— Ici.savez-vous, ce sont les grandes orgues d'une cathédrale A mi-hauteur de la muraille géante, la pierre formait une saillie rectangulaire pareille aux encorbellements de l'architecture médiévale et supportée par des contreforts naturels, line légère colonnade de fûts calcaires la surmontait, évoquant assez bien, en effet, les tuyaux d'un orgue.— Là, continuait le cicérone, c'est l'arbre du péché, un rameau autour duquel s'enroule un serpent.— Plus loin, vous voyez le sphinx d'Egypte; dans ce coin le dragon d'Annam.A ses pieds, une vieille femme penchée qui berce son nourrisson — Voici maintenant le val d'Enfer, poursuivait le guide, en entraînant son troupeau.Un feu de Bengale rouge éclaira subitement la descente rapide d'une coulée de calcaire, pareille à une cascade pétrifiée.Sur la gauche une excavation profonde, plongée dans l'ombre, donnait bien l'impression d'un autre infernal.— Cette dépression, dit M.Remians à ses compagnons, indique l'entonnoir dans lequel s'engouffre la rivière la Lom-me, invisible pour nous, mais qui traverse le sous-sol de ces grottes avant de reparaître à la surface du sol, à 4 ou 5 kilomètres d'ici.Mais l'on avançait encore dans le mystérieux dédale.Le défilé des arcades fut le long vestibule qui mena les excursionnistes vers la salle du Sabbat.Celle-ci est la plus élevée des grottes.Elle a 125 mètres de hauteur.Sa décoration est d'une richesse et d'une légèreté remarquables.Pour faire opposition à l'éclairage de la salle précédente, elle est baignée d'une lumière bleuâtre, très douce, pareille à celle d'un rayon lunaire.L'admiration fut unanime.— La grotte enchantée, proclama gaiement Jean-Paul Remians.Ce ne sont pas des sorcières qu'on attend ici, mais des fées.M o n t r en I , Août I '¦> I r, L' IM P A S S E — Et li y en a sûrement, dit encore ( •érainval.— S'il vous plaît, mesdames el mes sieurs, recommanda le gardien, rendiv-vous compte de la hauteur.Devant les yeux levés des assistant h, un frêle objet surgit un léger ballon bleu dont la nacelle semblait faile d'un gros diamant; oscillant, mais leste, le ballon bleu s'éleva, comme aspiré par un courant d'air venu des sommets, cl, pareil à un pétille lumineux, se perd il dans les profondeurs de cette immense nef.— L'ascension d'une étoile, dit quelqu'un.Près de Nancy, une voix qu'elle reconnut murmura: — Une étoile qui va faire son nid entre les branches.La jeune tille tressailli! el se loin ua vers celui qui venait de parler.Leurs regards se rencontrèrent.Elle vit l'expression de ferveur contenue qui modifiait le visage aux lignes régulières.Le bleuâtre reflet des lampes prêtait au décor un aspect fantasmagorique.Il vint tout près d'elle, et lui demanda: — Cela vous plaît ?Vous n'avez pas froid ?Vous n'êtes pas fatiguée?— Oh! non, je suis bien.Je suis bien.Elle ne pouvait trouver d'autres mots pour traduire la béatitude qui envahissait son être.— Je crois rêver, fit-elle encore, à mi-voix, si bas qu'elle fut étonnée d'entendre Roland répondre: — Moi aussi, et c'est un bien joli rêve.L'Imprévu est un bon génie.Par d'autres salles, on prit le chemin du retour.Roland restait près de Nancy, mais il ne parlait plus.Dans les passages difficiles, il prenait d'autorité sa main ou soutenait son bras.Parfois, leurs épaules se frôlaient.Et un grand trouble commença d'envahir la jeune fille.Maria Remians avait lié conversation avec une visiteuse.Son frère demeurait en arrière pour causer avec le guide.Roland et Nancy étaient bien isolés dans leur rêve.En ce moment, l'éditeur, venu dans les grottes pour besoin de métier, cédait la place au poète René Gariel.L'ineffable joie qu'éprouvait le jeune homme de cette fugue inattendue auprès de la vierge qu'il aimait, abolissait en lui toute conscience du réel; il se sentait délesté de la chaîne si longtemps subie, il oubliait.Nancy, ignorante des sentiments tumultueux qui agitaient son compagnon en subissait, néanmoins, la magnétique influence.La Maison des Fleurs, la vision de Claire, le souci de ses résolutions, tout cela était loin, si loin, noyé dans le brouillard vaporeux des clartés féeriques.Heureuse simplement que Roland fût là et qu'il s'occupât d'elle avec cette tendre sollicitude, elle revenait à regret vers la réalité.Le trouble intérieur qui l'agitait suscitait sa nervosité, rendait ses mouvements moins sûrs.Au moment de la sortie, voulant s'effacer devant un couple de touristes pressés, elle dut monter sur une aspérité rocheuse du sol.Son pied tourna; elle ne put rétablir son équilibre, eut un vertige et crut tomber dans un abîme.Un cri jaillit de sa gorge, elle s'affaissa.Roland répondit à cet appel par un autre cri.Il se précipita et les assistants s'immobolisèrent, effrayés, voyant que la jeune fille ne se relevait pas et ne donnait plus signe de vie.— Elle est en syncope, opina une dame, Il faudrait un flacon de sels.Déjà Roland, ayant soulevé Nancy de terre, l'emportait vers le couloir de sortie.Enfin, le jour parut.Près de la grille d'accès se trouvait un banc.Gérainval y déposa son précieux et si léger fardeau, étendant tout de son long le corps sans mouvement, ainsi qu'il est prescrit pour les personnes évanouies.Penché vers le visage exsangue, il murmura, affolé: — Nancy, Nancy, mon aimée, revenez à vous.Un frisson traversa le buste abandonné, les paupières battirent; un souffle courut sur les lèvres décolorées.— Je sais tout, Roland, je vous aime, moi aussi.(Suite à la page 36) (La solution de ce problème et les noms des gagnants seront publiés dans La Revue Moderne de septembre.) La Revue Moderne — Montréal, Août 19 S 5 Paye .35 CROQUIS à Mademoiselle Jeanne d'Arc G.LAUTRE soir, sur aimable invitaiton, y je nie rendaisà une soirée littéraire et musicale.Une ambiance familiale et sereine enveloppait l'unie d'une f|uiétude apaisante, et le niveau intellei I ucl, si élevé, procurait à l'esprit un plaisir bien délicat.C'était comme un reposoir loin des trépidations du tourbillon mondain.Monsieur le Président, avec aisance et distinction, présenta le conférencier qui, dans une causerie pleine d'humour, charma l'auditoire d'élite dont il avait su captiver l'attention.Les remerciements adressés, par un ami des arts et des lettres, sur un ton mi-plaisant mi-sérieux furent aussi très appréciés.Tour à tour, mignonne chanteuse séduisit l'assemblée par les accents mélodieux de sa voix chaude et, belle diseuse, avec un art consommé, offrit quelques morceaux de son répertoire très choisi.Toutes deux firent les délices d'une assistance ravie.Soudain, je fus vivement impressionnée par une apparition des plus gracieuses.Elégante, modeste, souriante, elle était bien le type idéal rêvé, cette vraie jeune fille si radieuse dans le printemps de sa vie.Pas de vanité, pas de mensonges en elle; tout était parfaitement limpide comme l'eau d'une source.Ardemment, je la suivais des yeux.Maintenant, installée au piano, simplement, sans fausse modestie comme sans prétention, elle interprétait les œuvres des grands maîtres.Les doigts effilés et souples égrenaient une gamme de multiples sentiments.L'artiste reflétait son âme dans sa musique, une âme assoiffée du beau et du bon, une âme de poétesse par le rêve, aimant les fleurs et les oiseaux, toute la nature dans sa majestueuse simplicité.Parfois, la musicienne inclinait sa tête distinguée vers l'instrument et, ainsi penchée, elle donnait l'impression d'un beau lys légèrement courbé par une douce brise.Le dernier accord parfaitement rendu, la pianiste, comme réveillée d'un merveilleux songe, lentement, se leva pour venir saluer les spectateurs dont les applaudissements prolongés marquaient l'intense et unanime admiration.Les bras de la jeune lille enlaçaient une moisson Heurie offerte durant les acclamations.Ainsi vue, sa personnalité se détachait en un si pur relief, incarnant tous les poèmes et toutes les harmonies, que, si j'eusse été peintre, j'aurais demandé à la musicienne de vouloir bien poser pour une Sainte Cécile.Instantanément, je me le rappelle, de mon cœur à mes lèvres monta cette prière qu'aujourd'hui encore, je répète: "O Vie, toi parfois si marâtre, sois clémente toujours pour cette frêle et suave enfant; ne brise jamais ce tendre cœur".c-„.„„^ r KANCE Une cravate et un sac au crochet d'art Modèle I.Le ireillia à pois Premier rang à l'endroit.Deuxième rang.— Une maille * ; une maille endroit et une maille envers dans la même maille suivante; mettre la laine par derrière.Glisser ces deux mailles sur l'aiguille gauche.Les tricoter en c'était donc possible?Cet acte grau I'1 celui ou celle qui l'accomplit.L orgi eil natif de la fille du banquier se cabr lit devant cette supériorité reconnue < 1 celle qu'elle jalousait.Etre sa débiti ce lui déplaisait.N'y aurait-il pas un moK< de forcer à son tour l'admiration ?De e-nir grande! Quelle nature un peu rafiin • n'a, en dépit de ses passagères faibles- » rêvé le geste de ce coup d'aile ?Certes, le sentiment qui lui dictait ce désir n'avait pas la qualité de celui dont vibrait Nancy.Un mot du Père Bieu\ r/i l'avant-veille, lui revint en mémo r "C'est parfois quand on renonce à t' ut qu'on trouve l'essentiel".Et celui réconfortant: "On ne repart jamais de (Suite à ht page 50) a Revue Moderne — Montréal, Août 1 9 S G Page ',7 CHANDAIL — Do*.Avec les ai-I ailles No 11 et la soie blanche basez ! 10 mailles (le chandail se fait en-i èrement au tricot uni) "1 rang à I indroit et 1 rang à l'envers".Tra-aillez 5 rangs, tricoter à l'end, le livant, continuez en T.U.jusqu'à ce i|jo l'ouvrage mesure (J'/i pouces, puis tri.2 à l'end.2 à l'env.pour 1% I nuce et au dernier rang augmentez : intervalles pour avoir 124 m.Le restant du chandail est tri.en patron i mime suit: Avec la soie verte tri.6 uiga T.U.Rang No 7 Tri.à l'end.4V.2B.restez jusqu'au bout du rang finissant avec 4 V., laissez courir la soie (non ricotée) à l'arrière du tricot sans tirer.Rang No 8.Tri.à l'env.8 V.(4 B.V.) répétez jusqu'au bout du rang nissant avec 3 V.Rang No 9.Tri.à l'end.3 V.(4M.1 V.) rep.finissant avec 3 V.Rang No 10.Tri.à l'env.4 V.2 B.rép.finissant avec 4 V.Rép.ces 10 rangs jusqu'à ce que dus ayiez 6 lignes de pois blancs, tri.2 rangs V.Changez au B.travaillez I rangs puis tricotez en patron comme-auparavant mais remplaçant le B.pur le V.Après avoir fait 1 rang au-ilessus de la première ligne de pois V.i irmez l'emm.comme suit: Otez 6 m.au commencement des 2 rangs sui-\ants puis 1 m.à chaque bout d'aiguille, rangs ait.6 fois (100 mailles sur l'aiguille) en ayant soin de garder les pois en ligne droite.Continuez en patron jusqu'à ce que vous ayiez 7 rangs de pois V.Tri.1 rang, au rang suivant, tri.à l'env.32 m., laissez 36 m.pour le cou, tri.à l'env.32 m., puis otez 8 m.du côté de l'épaule à chaque rang ait.4 fois.Joignez la soie de l'autre côté du cou et tri.de la même manière.Devant.Travaillez comme le dos augmentant à 148 m.au dernier rang de côtes, cont.comme le dos jusqu'au dessous bras.Puis ôtez 6 m.au commencement des 2 rangs suivants, dim.1 m.à chaque bout d'aiguille rangs ait.12 fois (112 m.au rang).Cont.comme le dos laissant 48 m.pour le cou.Manches.Avec le B.et les aiguilles No 11 basez 30 m., aug.1 m.à chaque bout de tous les rangs, tri.à l'end, j.cq.il y ait 90 m.au rang.Travaillez 2 pouces.Changez aux aiguilles No 12 et dim.à intervalles à 70 m.Puis tri.en côtes 2 à l'end.2 à l'env.pour 1% pouce.Laissez tomber.Ceinture.Avec les aiguilles No 12 et le B.basez 20 m.Tri.en côtes, 1 à l'end.1 à l'env.pour 32 pouces.Puis dim.1 m.au com.de chaque rang j.c.q, toutes les M.soient tombées.Cousez les coutures de côté, et tournez un bord au bas du chandail.Courez la couture d'épaule 1 pouce.Cousez les manches et cousez-les au chandail.Avec la soie verte travaillez 2 rangs de S.Crochet autour du cou et à l'ouverture des épaules faisant 3 k'anses sur le devant de l'épaule pour les boutonnières.Cousez une boucle au bout droit de la ceinture, et des boutons vis-ià-vis les ganses des épaules.Pressez légèrement.•ÎU.PE.— Avec les aiguilles circulaires et deux brins de soie verte basez 600 m.Travaillez le reste de la jupe avec un brin seulement.Tri.à l'end, (panneau de côté).* (Env.18, «nd.22, env.18, end.22, env.18, end.22, env.18, end.22, env.18).(Devant » lé» et 4 panneaux).End.72 (pan- iu de côté).Rep.à partir de * pour «s 5 lés et les 4 panneaux de l'ar-fi re.Travaillez en rangs égaux de 01 te manière pour 23 rangs.Rang H.* Dim.1 m.dans chaque 'é à l'env.Travaillez en rangs égaux P' Jr 8 rangs, * rep.entre * 12 fois de Plug.Rang 11,0.Dim.1 m.dans chaque 1 l'env.et 1 m.dans chaque pan.* eôté en avant et en arrière.Tra-V: liez 5 rangs égaux.iang 146.Dim.1 m.dans chacun di i 4 pan.de côté en avant et en ar-f'' re.Maintenant l'ouvrage se conti- Le Tricot ABREVIATIONS DES TERMES EMPLOYES Tri.—Tricoter Env.—û.l'envers End.— a l'wid i Blanc (B) 7 Balles YP 2'J Aiguilles à tricoter Aero, 11 & 12, 1 paire de chaque.YP 28 Aiguilles circulaires Easy Knit, 12, 1 paire.YP 23 1 crochet d'ivoire médium.7V4 mailles s 1 pouce nue comme suit: Haut de jupe avec 4 m.à l'env.correspondant à chaque lé et 20 m.à l'end, dans chacun des 4 pan.en avant et en arrière.Travaillez 5 rangs égaux.Rang 152.Commencez à dim dans chacun des pan.de côté comme suit: * Tri.à l'end.52 m., tri.2 m.ensemble, tri.2 m., tri.2 m.ens., tri.34 m.* travaillant les côtes et les pan.sur le devant tel qu'indiqué précédemment.Rép.pour l'autre pan.de côté.Travaillez les côtes et les panneaux de l'arrière de la même manière que ceux du devant.Travaillez 10 rangs égaux.Continuez à dim.dans chaque pan.de côté seulement dans les rangs suivants, tricotant 8 rangs égaux après chaque rang décroissant.Rang 16.1.Tri.à l'end.32 m., tri.2 m.ens., tri.2 m., tri.2 m.ei.s.tri.32 m.Rang 172.Tri.à l'end.30 m., tri.2 m.ens., tri.2 m , tri.2 m.ens.tri.32 m.Rang 181.Tri.à l'end.30 m., tri.2 m.ens., tri.2 m., tri.2 m.ens., tri.30 m.Rang 190.Tri.à l'end.28 m.tri.2 m.ens., tri.2 m., tri.2 m.ens., tri.30 m.Rang 199.Tri.à l'end.28 m., tri- 2 m.ens., tri.2 m., tri.2 m.ens.tri.28 m.Rang 20S.Tri.à l'end.26 m., tri.2 m.ens., tri.2 m., tri.2 m.ens.tri.28 m.Rang SI7.Tri.à l'end.26 m.tri.2 m.ens., tri.2 m., tri.2 m.ens., tri.26 m.Rang 226.Tri.à l'end.24 m., tri.2 m.eus., tri.2 m., tri.2 m.ens.tri.26 m.Rang 235.Tri.à l'end.24 m., tri.2 m.ens., tri.2 m., tri.2 m.ens., tri.24 m.Rang 2UU- Tri.à l'end.22 m., tri.2 m.ens., tri.2 m., tri.2 m.ens., tri.24 m.Rang 253.Tri.à l'end.22 m., tri.2 m.ens., tri.2 m., tri.2 m.ens., tri.22 m.Rang 262.Tri.à l'end.20 m., tu.2 m.ens., tri.2 m., tri.2 m.ens., tri.22 m.Rang 271.Tri.à l'end.20 m., tri.2 m.ens., tri.2 m., tri.2 m.ens., tri.20 m.Maintenant travaillez 4 rangs égaux seulement après chaque rang décroissant.Rang 280.Tri.à l'end.18 m., tri.2 m.ens., tri.2 m., tri.2 m.ens., tri.20 m.Rang 285.Tri.à l'end.18 m., tri.2 m.ens., tri.2 m., tri.2 m.ens., tri.18 m.Rang 290.Tri.à l'end.16 m., tri.2 m.ens., tri.2 m., tri.2 m.ens., tri.18 m.Rang 295.Tri.à l'end.16 m., tri.2 m.ens., tri.2 m., tri.2 m.ens., tri.16 m.Rang 300.Tri.à l'end.14 m., tri.2 m.ens., tri.2 m., tri.2 m.ens., tri.16 m.Rang 305.Tri.à l'end.14 m., tri.2 m.ens., tri.2 m., tri.2 m.ens., tri.14 m.Rang 310.Tri.à l'end.12 m., tri.2 m.ens., tri.2 m., tri.2 m.ens., tri.14 m.Travaillez 6 rangs égaux.Rang 315.Tri.à l'end.12 m., tri.2 m.ens., tri.2 m., tri.2 m.ens., tri.12 m.Travaillez 6 rangs égaux.{Suite à la page 50) Pain ;
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