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Titre :
La Revue moderne.
Publiée à Montréal de 1919 à 1960, La Revue moderne est une revue généraliste mensuelle de grand tirage qui vise principalement un public féminin. La publication prend le nom de Châtelaine en 1960. [...]

Publiée à Montréal de 1919 à 1960, La Revue moderne est une revue généraliste mensuelle de grand tirage qui vise principalement un public féminin. C'est la journaliste d'expérience Madeleine Huguenin, de son vrai nom Anne-Marie Gleason, qui fonde La Revue moderne. L'éditeur torontois Maclean Hunter achète la revue en 1960 pour fonder Châtelaine, toujours publiée aujourd'hui.

La Revue moderne se donne une double mission, à la fois intellectuelle et populaire, qu'elle maintiendra tout au long de son existence. Elle vise à satisfaire à la fois une clientèle intellectuelle intéressée par la science, la littérature et les idées, et une clientèle populaire à laquelle elle offre un contenu de divertissement adapté au goût et à la morale du Canada français. Les deux sections de la revue sont autonomes et évoluent en parallèle.

Dans les premières années de son existence, La Revue moderne vise une clientèle aisée, qui profite d'une certaine croissance économique d'après-guerre. En font foi les annonces publicitaires de produits de luxe et le grand soin mis dans la conception des illustrations. La revue prend un ton qui va à l'encontre du nationalisme alors en vogue véhiculé par Lionel Groulx et Henri Bourassa.

La Revue moderne montre dès le départ un intérêt certain pour la littérature : en plus de publier des romans-feuilletons, elle compte sur des collaborations de Louis Dantin et de Louvigny de Montigny. De 1930 à 1935, l'engagement de Jean Bruchési pour la littérature canadienne alimentera aussi le contenu littéraire de la revue. Celui-ci sera ensuite plus orienté vers la France. Dans les années 1950, La Revue moderne fait moins de place à la littérature, et s'intéresse davantage à la télévision.

Plus de la moitié du contenu de La Revue moderne est voué aux pages féminines. Un roman de littérature sentimentale et d'évasion, visant particulièrement la clientèle féminine, y est publié en feuilleton chaque mois. Ces romans sont principalement l'oeuvre d'auteurs français, dont la romancière Magali, qui jouit d'une immense popularité. Les pages féminines traitent de la mode, des soins de beauté, des arts ménagers, de l'éducation des petits et d'activités mondaines, comme le bridge. Le public féminin est aussi la principale cible des annonceurs.

La lectrice type de La Revue moderne est mariée et mère, elle est citadine et catholique, aisée et charitable, sentimentale et raisonnable. Elle a le souci de son apparence et de celle de son foyer. Elle bénéficie de temps libres pour se cultiver. C'est une femme moderne intéressée par les nouveautés, mais pas féministe pour autant. Elle ne cherche pas à rompre avec la tradition. Cela changera avec Châtelaine.

La Revue moderne gagnera des lectrices jusqu'à la fin de sa publication. Le tirage de la revue, de 23 120 en 1922, passe à 12 904 en 1929, à 31 343 en 1940, à 80 000 en 1944 et à 97 067 en 1956, pour atteindre un peu plus de 101 650 exemplaires en 1960.

La publication de La Revue moderne est interrompue pendant cinq mois de décembre 1938 à avril 1939, pour revenir en mai 1939 avec une nouvelle facture graphique. Cette renaissance est attribuée à Roland Beaudry, alors vice-président et administrateur de la revue.

En plus des collaborateurs nommés plus haut, La Revue moderne s'attire la participation de personnalités comme Robert Choquette, Albert Pelletier, Alfred DesRochers, Michelle Tisseyre, Jehane Benoit, Damase Potvin, Ringuet (Philippe Panneton), Alain Grandbois, Robert de Roquebrune, Gustave Lanctôt, Adrienne Choquette, Germaine Guèvremont, René Lévesque, Jean Le Moyne et Valdombre (Claude-Henri Grignon).

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. V, p. 294-295.

DES RIVIÈRES, Marie-José, Châtelaine et la littérature (1960-1975), Montréal, L'Hexagone, 1992, 378 p.

PLEAU, Jean-Christian, « La Revue moderne et le nationalisme, 1919-1920 », Mens, vol. 6, no 2, 2006, p. 205-237.

RICARD, François, « La Revue moderne : deux revues en une », Littératures (Université McGill), no 7, 1991, p. 76-84.

Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1919-1960.
Contenu spécifique :
janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Châtelaine.
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Références

La Revue moderne., 1946-01, Collections de BAnQ.

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les mammifères et les insectes, mais on ignore toujours à quoi tient ce merveilleux sens de l'orientation.L'homme le possédait-il autrefois, avant la civilisation?La science moderne ne nous le dira jamais.Germain LEBER. 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Il dUfl \.LTD w mil-Hi.(iiii.ii m LA REVUE MODERNE — JANVIER 1 Q46 7 lK»clu»lf à la "H»vu» Moduli.-".i IL Y AVAIT deux heures qu'il était couché, sans dormir, les yeux fixes sur un coin de la chambre où la lune éclairait le mur passé à la chaux, un cadre noir qui contenait un chromo, les barreaux du lit de son frère II pouvait percevoir le ronflement de son père dan* la chambre voisine.Il avait choisi exprè-un soir de marché, parce que, ces jours-là, «on père buvait quelques verres de vin blanc et avait le sommeil épais.Il sortit les jambes des couvertures, .'habilla sans bruit, ses pieds nus collant à la fraicheur des carreaux.Il comprenait bien, à la qualité du silence, que sa -oeur ne dormait pas,- il devinait ses nerfs tendus; il aurait presque pu dire à quel moment, tandis qu'il faisait un pas.elle frahirait sa veille.— Tu y vas?Ce fut i peine un chuchotement.La vibration des syllabes le frôla tout juste et, ses souliers dans les mains, il s'approcha du lit, toucha des lèvres un front moiu-qui sentait la femme.— Je crois que ça y est, souffla-t-il Demain, tu "leur" diras.Comment avait-elle deviné?Et lui, de >on côté, depuis plusieurs jours, n'était-il pas sûr qu'elle savait?Elle ne faisait aucune allusion.D'ailleurs, elle travaillait toute la journée comme bonne chez le boucher et elle ne prenait même pas les repas chez eux.Cela avait toujours été comme cela: ils se parlaient à peine et elle savait.Rien qu'avec lui.II faut croire qu'il y avait entre eux un lien qui n'existe pas entre les autres humains.Elle ne pleurait pas.Elle ne lui faisait pas de recommandations.Il s'éloignait, ouvrait la porte et il continuait à sentir ses yeux ouverts, tournés vers lui, dans le noir de la chambre.Il sortit par la cour, sauta la haie du fond du jardin et traversa les prés humides en contrebas, der Les Nains PLEINES PAR GEORGES SIMENON rière l'église.Assez loin du bourg seule ment il mit ses souliers et les laça.Il était très calme.Il avait tant pensé tous ces gestes qu'il les accomplissait machinalement.Une grosse lune nageait dans le ciel.Une fine couche de buée s'étendait au ras des prés et des champs Il gagna ainsi, à deux kilomètres, près de la rivière, le point qu'il s'était fixé et là, dans le creux d'un châtaignier mort, il trouva le fusil de chasse.Peut-être aurait-il de la chance?Peut-être serait-il obligé de recommencer deux ou trois nuits.Le fusil de son père, qu'il avait déterré depuis quinze jours à l'insu de celui-ci, était bien net, sans une tache de rouille.Dans chaque canon, il y avait une cartouche à chevrotines et il en avait trois autres dans sa poche, à portée de sa main.Mais aurait-il le temps de recharger l'arme?Il valait mieux ne pas y compter Il se mit à l'affût, à l'endroit qu'il avait préparé, derrière la haie.Il voyait la route qui, après le pont, montait vers lui.Et, sur le macadam, il avait pris la précaution, le jour même, de tracer un trait à la craie Quand la moto arriverait a ce trait, pas ivant, il faudrait tirer.Après, tout serait changé.Maintenant, il était seul, il n'était rien, il était, dans la nuit, un garçon de vingt ans à qui le froid engourdit les doigts.L'air était si calme qu'il entendait, à plus de cent mètres, le murmure de la rivière d'où parfois lui parvenait un léger plouf Un rat d'eau7 Un poisson?Il y avait plus d'une semaine, oeut jours, qu'il était allé les trouver, là-bas, dans la forêt, à une douzaine de kilomètres, où il savait qu'ils se cachaient En plein midi.Il avançait, les mains dam les poches, la gorge serrée.D s'attendait toujours à voir luire le canon d'une mi traillette, mais on l'avait laissé s'avance' jusqu'à la ferme.Un grand type en salopettes, en sabots, était assis sur ¦ seuil, à jouer avec une enfant — Qu'est-ce que tu veux?— Voir le chef.— D'où tu es?Il avait cité son village, précisé quV était ouvrier charron.Et du fond de b salle des g-irs surgissaient qui se tenaierr autour de lui et qui le regardaient.— Tu crois qu'on doit l'éveiller?Il dormait dans la paille de la grangr le chef.Un garçon tout jeune aussi, frisé les yeux bleus, avec un chandail bleu s fines rayures rouges et des espadrilles au> pieds.Un Parisien Un mécano Héri«^ de paille dorée.— Tu es bien gentil, mon gars.Mai-qu'est-ce que tu veux qu'on f.de toi?Or> a un fusil pour quatre et une paire de cm quenots pour deux.Cette phrase, il se l'était répétée tout le long du chemin du retour: — Un fusil pour quatre.Une paire de i.roquenots pour deux.Et lui s'était présenté les mains vides' Il en avait honte, maintenant, comme d'avoir commis une incongruité chez de* «ens bien élevés Peut-être même était-c* (S.V.P.Usez la suite en page gorges chaudes! Le pauvre garçon commençait à se décourager et, déjà, songeait, la mort dans l'âme, à quitter la partie, quand un soir il trouva chez lui une lettre qui l'attendait.une lettre bleue, parfumée, avec, sur l'enveloppe, une écriture de femme., et, à l'intérieur.oh! le joli mot d'amour!.toute la tendresse confidentielle d'un coeur à l'unisson du sien: JMon chéri, Tu ne peux pas continuer ainsi à me rechercher dans la rue.On nous voit, cela se dit.ma mère pourrait en apprendre quelque chose."Je t'en prie, cesse.2tais, si je parais bouder avec toi pour donner le change, au fond je n'aime qui toi, j'ai compris ton amour et je le par tage.Ecoute, ce soir je vais au bal avec ma mère.Elle me surveille de très près mais vers wiinuif je m'échapperai.TJe viens pas au bal, attends-moi dans la petite rue des Champs-Elysées, à minuit, je t'y rejoindrai, nous serons seuls.A ce soir.7f t'aime "RAYMONDE" François Morel serra le billet sur son coeur.Ce qu'il ressentait à ce moment de son existence, c'est et ce sera éternellement la plus pure et la plus miraculeuse des émotions du genre humain.Il lui sem blait que toute la nature n'était que bonté et féerie, toutes les illusions se levaient en lui comme autant d'aurores, et l'immensité de son rêve de bonheur se trouvait à l'étroit dans notre pauvre infini d'étoiles! Ce soir, elle irait au bal, pouvant y passer une nuit magique dans les lumiè res, dans les frissons, dans la musique.Mais non! elle s'évaderait pour venir le retrouver seul, sous le firmament d'été, près du parc odorant, dans une charmille obscure; et, là, loin des rires insolents, loin des moqueries perverses, loin des lazzis railleurs, il caresserait avec ivresse sa blondeur ingénue, il mettrait sur sa bouche de ces longs baisers humides qui jettent l'âme dans un paradis inconnu! C'est pourquoi ce soir-là, à minuit, la bande de garnements qui, pour se payer (S.V.V., Use: la suite en page 53) I \ Kl \ Il sic ,|>| km — lANVlER 1946 9 "Le journalisme, — c'est l'art de parler de toutes choses avec autorité, même de celles que l'on ignore totalement".Tel était le slopan qu'aimait à répéter Victor Lcchard dit "Coriolan", dit "Sérius", journaliste aux multiples emplois, qui possédait a fond, les innombrables "ficelles" de son métier.Malgré la grande variété des occupations auxquelles sa profession l'ohligeait à se livrer quoti-Jionnement, il s'ennuyait.Il s'ennuyait, parce qu'il n'avait jamais cherché à comprendre ce qu'il faisait, aussi sa vie se dérobait pour lui sur un fond terne et monotone, où tout était en surface, en paroles et en formules toutes faites.Il aurait pourtant aimé comprendre., mais il n'avait jamais eu le temps d'ap profondir.Il aimait la vie et tout ce qu'elle ne lui donnait pas.Ce n'était pas un homme tout à fait perdu II remettait simplement II réalisation de ses rêves à plus tard.On le voyait sourire avec attendrissement au souvenir du grand reportage qu'il avait fait sur la vie privée de Brigitte Helm la grande vedette du "muet"; il avait forcé des consignes et des portes, glissé des billets de cent sous dans les poches des chasseurs, poursuivi l'idole du moment en voiture, en moto, à pieds et a cheval.Ah! c'était le bon temps.II avait eu aussi un grand entretien avec Aristide Briand, qui l'avait mis danc le "secret des dieux." Il y a des choses qu'il faudra peut-être révéler un jour — plus tard — car pour l'instant le plat n'est pas encore au point.Il est des nouvelles que le temps bonifie, nmme les bons vins et les liqueurs.Quelle drôle de chose le temps.C'est peut-être lui, notre Dieu?.Puis ce fut le grand article de huit cents lignes sur la radio — activité artificielle, — découverte pour laquelle les époux Joliot-Curie venaient de recevoir le prix Nobel.Ça, c'était un coup de maître: huit cents lignes bien sonnées dont, Victor Lechar lui-même ne comprenait guère la substance,- huit cents lignes, et il fallait voir comme c'était aligné.Enfin, le patron était content, — 'e public aussi — ils trouvaient que -était clair — limpide même, — le meilleur article sur la question qui soit paru dans les quotidiens.On ne peut pas être plus royaliste que le roi, pas vrai?.Le soleil éclairant le bas du lit indi-Tuait qu'il devait être plus de neuf heures Victor se leva, fit quelques pas dans 'a pièce, pieds nus, s'étira en guise de ulture physique, et essaya de rassembler -es vêtements éparpillés dans la pièce.Aujourd'hui, il était à court de copie Il fallait trouver quelque chose.Le mieux -trait de trouver un "truc" pour partir à ''étranger, là-bas on trouve toujours de la opie.Comme rien ne ressemble à ce que 'on voit chez soi, on peut écrire n'importe quoi, sur les restaurants automatiques, sur les affiches publicitaires, sur les modes paysannes, sur quelque usage étonnant lue l'on corse un peu de fantaisie personnelle.Mais en principe le "truc" est ¦•venté, et les crédits sont bas.— "Tiens, se dit-il, en mettant sa haussette gauche à peine trouée, j'ai vu hier, qu'un certain professeur Cromack ou Cromack, philosophe de son état, est Je passage à Paris.Il a fait quelque chose, je crois dans la "dialectique transcen-Jantalc" (quel langage), je pourrais peut être en tirer une idée de "papier".La dialectique transccndantale.je voudrais l'ien avoir s*s soucis.On se demande comment un machin comme ça a pu trans- pirer à travers les murs des Facultés, des amphithéâtres, des bibliothèques, pour effleurer, oh! très vaguement, l'oreille du "grand public".Enfin allons-y.Quelques instants plus tard, il télépho nait au "Grand Hôtel" et obtenait un rendez-vous pour 1 heures.C'était déjà un succès — "Je suis un journaliste presque général — ou du moins je penserais ainsi, si je n'étais trop modeste" se dit-il en souriant intérieurement tout en montant l'escalier majestueux du Grand Hôtel Oui, il est de ces génies méconnus, dont le labeur ne laisse pas de traces sur la lent.Mon génie ne réside pas dans le contenu de mes articles, mais dans les moyens que je déploie pour leur fournir le matériau de l'actualité brûlante.Toutes les formes du génie ne sont pas récompensées avec une égale dignité.Je mourrai sans même avoir obtenu les Palmes Académiques.Mais.je ne cherche ma récompense que dans la joie de l'effort.Oui, c'est bien cela, la joie de l'effort.Il se trouvait face à face avec le Professeur Cromack.Au lieu du vieillard qu'il s'était imaginé, c'est un homme d'une quarantaine d'années à l'allure sportive et dégagée qui se tenait devant lui.De haute taille, et de forte carrure, le Professeur Cromack hâlé par le soleil, les cheveux souples et ondulés.Ses grand* yeux noirs et fixes, clouaient littéralement l'interlocuteur.Lechar se rappela tout à coup que le Professeur avait été à deux reprises fina liste de la coupe Davis.On peut se demander d'ailleurs, comment le professeur Cromack a pu édifier sa "dialectique transcendantale" qui fit quelque bruit dans le monde des philosophes et des littérateurs.Il aimait passionnément la science et les sports,- or sa dialectique pouvait rivaliser en obscurité avec tout ce que le génie grec ou allemand de Platon à Hegel avait produit de plus ténébreux.Cette gymnastique de l'esprit à laquelle il s'était astreint était difficile.C'est la difficulté qui l'avait tenté, rien d'autre.II souriait avec ironie à ses succès auprès des gens de lettres, qui, avec pédanterie le hissaient sur un piédestal qu'il imaginait volontiers éphémère.Il n'était pas présomptueux et la gloire l'avait rendu simplement plus mordant et plus ironique.Il avait par-dessus tout le sens de l'humour.Il détestait les pédants Enfin, il était à la mode.Pas comme l'aurait désiré peut être.— Maitre, je viens vous voir.(Lechar reprit son souttle; de la part du.pour vous demander de bien vouloir expliquer pour mes lecteurs, les principes sur lesquels repose votre dialectique transcendantale.— Vous m'étonnez beaucoup.Vous croyez sérieusement qu'un tel sujet serait capable d'intéresser vos lecteurs?Le professeur s'assit derrière une table en invitant d'un geste large son interlocuteur à faire de même.Lechar s'installa L\ REVUE MODERNF — IWMIH IQ-J(> LC dans un fauteuil en allumant une cigarette, il s'y croyait autorisé, car le professeur fumait une pipe * * * Dans un éclair, Victor pensa aussi que le sujet était décidément dénué d'intérêt Mais il était trop tard pour reculer.Il esquissa un geste de dénégation, mais le professeur poursuivit: Ah, s'il s'était agi d'un sujet scientifique, je n'aurais pas dit non.Il est utile, il est indispensable même, que le public soit tenu au courant du mouvement vertigineux de la science contemporaine.Malheureusement, vous autres journalistes, vous ne faites pas votre devoir.Vous prêtez au public des sentiments bas que vous n'éprouvez peut-être pas vous-mêmes Vous ne lui servez que la "science sensationnelle", celle qui éclate, tue, brise, détruit, mais non la vraie science, qui •et connaissance désintéressée de la nature.Si vous voulez, nous pourrions entreprendre un sujet scientifique?Victor se souvint avec un frisson dans le dos de son article de huit cents lignes sur la radioactivité artificielle — il ne se sentait pas de force à jongler de nouveau avec des notions inconnues et précises.11 insista sur la dialectique transcendantale (après tout, dans ce domaine tout est personnel et personne ne comprend rien).— Ma dialectique transcendantale, ne peut intéresser qu'un cercle très restreint d'initiés.Elle a son utilité dans un domaine très spécial elle touche les confins de la pensée humaine J'ai réfléchi plus de vingt ans à la question, je lui ai consacré plusieurs volumes et de multiples articles — mes étudiants mettent en général trois années à «'initier aux rudiments d'une philosophie d'un caractère très particulier, et vous voudriez qu'au cours d'un bref entretien je vous donne une idée de ce qui est le fruit d'un si long labeur?Croyez-moi, il vaut mieux y renoncer?Le professeur se leva, et fit quelques pas dans la pièce à grandes enjambées puis se remit au bout d'un moment de silence.La pièce où ils se trouvaient était vaste, une sorte de bibliothèque, cadre fort bien assorti à l'entretien qui devait avoir lieu.direction de l'hôtel avait imaginé, deux ou trois 6alons de ce genre pour les célébrités universitaires de passage, qui de ce fait avaient une prédilection pour le Crand Hôtel.De vastes armoires vitrées, contenaient des encyclopédies, quelques romans, de bons livres éprouvés en général, et joliment reliés Les tapis étaient épais et doux.L'ameu Mement sobre et confortable.Les sentiments qu'éprouvait Lechar étaient complexes.Ce n'était pas de la gêne, mais on ne pouvait pas dire qu'il se sentait tout à fait à l'aise.Ce n'était pas tout à fait de l'amertume, mais il sentait une pointe de dépit, comme un arrière goût resté dans la gorge.Il éprouvait de l'attirance pour Cromaclc, mais sourdement, il commençait à le détester.Il aurait aimé être ailleurs, mais il sentait que sa place était bien là, et qu'au fond quelle que soit l'issue de l'entretien, il en sortirait content I ni qui n'aimait pas les omplications • • • le journaliste insista: — Donnez-moi quelques idées directives, indiqnez-moi les principes fondamentaux (je me débrouillerai pour le reste se dit-il), de plus en plus déconfit.Il poursuivit encore, cherchant à employer une terminologie technique appropriée aux circonstances.— Soit, je vais essayer de vous traiter à forfait, et en voici le moyen La dialectique transcendantale, est une méthode, qui doit permettre de résoudre par le raisonnement les problèmes les plus ardus.Je vais vous poser une devinette.Si vous arrivez à lui trouver une solution correcte, je vous dirai, que sans autres commentaires, vous êtes initié à la méthode.Dans le cas contraire, il ne resterait qu'un seul moyen: reprendre toute l'étude, point par point, ce qui vous demanderait des mois, des années peut-être.Un garçon d'étage silencieux, pénétra à pas feutrés, et posa sur un guéridon un plateau à thé et un plat de gâteaux secs et de petits fours.Nouvel Oedipe, Lechar, accepta d'enthousiasme le pari.Les charades et les devinettes c'était son fort.Les mots croisés avaient fait de lui un homme universel et omniscient.Il était imbattable.— Voici donc une devinette, écoutez-moi bien: Deux ramoneurs passent par une cheminée, l'un d'eux sort blanc, l'autre noir: lequel des deux va se laver?Il veut me "posséder" se dit Lechar, il ne m'aura pas, il n'y a qu'à répondre le plus simplement possible le plus con- formément au bon sens, il feignit un moment de réfléchir, puis répondit: —C'est évidemment le noir qui ira se laver.— Non, mon ami, c'est le blanc.— Pourquoi, s'il vous plaît?— Hé bien, lorsque les deux ramoneurs sortent de la cheminée, représentez-vous bien le tableau: le noir regarde le blanc, il s'imagine que lui-même est blanc, et ne va pas se laver, inversement le blanc regarde le noir et s'imagine que lui-même est noir, et va se laver.Vous avez saisi le raisonnement?— Ah merci! cher Maître, merci s'écria le journaliste.Je comprends à présent ce que c'est que la dialectique transcendan taie.Adieu, je vais rédiger mon article — Attendez ce n'est pas tout — Qu'y a-t-il encore?— Il y a une seconde devinette — Laquelle?— Voici: deux ramoneurs passent par une cheminée, l'un sort blanc et l'autre sort noir, lequel des deux se lave?Le visage de Lechar s'assombrit un instant, il se voyait "possédé" et il n'aimait pas beaucoup cela.Mais il était piqué au vif intrigué, plein de curiosité charmée Il essaya pourtant de crâner.— Mais.ne me l'avez-vous pas si bien expliqué tout à l'heure, c'est bien le blanc qui va se laver.— En êtes-vous bien sûr?— Diable, si j'en suis sûr.Il était sûr en tout cas qu'il fallait crâner pour ne pas perdre contenance.— Hé bien, non, c'est le noir.— Ft pourquoi donc?— Imaginez les deux ramoneurs sortani de la cheminéei pour sortir ils se soin aidés de leurs mains.En sortant, ils en éprouvent une impression physique, insur montable Vous voyez d'ici l'impression Leur geste machinal naturel, en se hissant de cet antre, est de se regarder les mains, n'est-il pas vrai?ainsi donc c'est le noir qui ira se laver, et non le blanc.— Oh Merci Maître, je vois, — la dialectique transcendantale, c'est une mé thode de raisonnements par les contains qui.que., enfin.adieu., je m'en vai-pour méditer cela.— Attendez, attendez donc ce n'est pa-tout.Que vous êtes pressé! Et une lueur d'ironie illumine son fier visage énergique et ouvert.— Qu'y a-t-il encore?Lechar se vovaii perdu, traqué, aux abois.Le Professeur alluma lentement un cigare, fit encore quelques pas dans la pièce, jouissant de toute évidence de l'énervement de son interlocuteur, puis reprit: — Il y a une troisième devinette.— Il ne s'agit plus de ramoneurs du moins, cette fois-ci?Et une inquiétude non feinte se peignait sur son visage.— Deux ramoneurs passent par un* cheminée, l'un sort blanc, l'autre son noir.lequel des deux se lave?Lechar aurait voulu sauter à la gorge de l'arrogant professeur, qui s'assit ave., calme et but quelques gorgées de son thé refroidi très sucré.La pièce était grande, spacieuse et claire, mais pour Lechar elle était devenue toute petite, encombrée et sombre.Il eut l'impression que s'il avait essayé de se lever pour marcher, il aurait trébuché certainement à quelque obstacle.L'obstacle au fond c'était l'arrogante et l'insaisissable dialectique transcendantale du professeur Cromack.L'obstacle c'était le calme in flexible, et l'allure sereine de son interlo cuteur, l'obstacle c'était ce filet invisible de mystère (pourquoi mystère?) dont il se sentait tout à coup environné.Il eut l'impression que le professeur, tel un jongleur, pourrait sortir de sa poche encore douze paires de ramoneurs qui se lavent ou ne se lavent pas, avec des solutions toujours renouvelées.Il haïssait cet homme si sûr de lui.Sa joie aurait été de le voir condamner comme sorcier.Car n'est-il pas un sorcier?un sorcier d'autani plus dangereux, que sa sorcellerie est toute verbale, toute morale.Il peut tuer un hom me par la parole, par son regard.Ah! quel être diabolique.—Alors?fit le professeur, en s'appuyant à la cheminée pour bourrer une pipe,- (i! avait abandonné son cigare à moitié con sumé.Il avait à ce moment-là un air vraiment diabolique.S'il avait par exemple allumé un brasier dans la cheminée vide, en posant simplement un pied sur les chenets, lechar n'en eut été nullement étonné.S'étonner.De quoi pouvait-il encore s'étonner après un tel entretien.Savoir Ah! Savoir.avec assurance, avec force, comme le Professeur Cromack.Ici vrai ment le savoir lui donnait un pouvoir direct immédiat.Du pouvoir surréel Il y eut un moment de silence.— Alors, reprit le journaliste en cherchant à paraître calme, — c'est le noir qui se lave.(S.V.V.Usez la suite à la page io) LA REVUE MODERNE — JANVIFH HI 4'1 // EMPREINTE le m appuierai si bien et si fort à la vie.D une si rude étreinte et d un tel serrement, Qu avant que la douceur du jour me soit ravie Elle s échauffera de mon enlacement.La mer, abondamment sur le monde étalée.Gardera dans la roule errante de son eau Le goût de ma douleur qui est acre et salée Et sur les jours mouvants roule comme un bateau Je laisserai de moi dans le pli des collines La chaleur de mes yeux qui les ont vu fleurir Et la cigale assise aux branches de l épine Fera vibrer le cri strident de mon désir.Dans les champs printaniers la verdure nouvelle Et le gazon touffu sur le bord des fossés Sentiront palpiter et fuir comme des ailes 1 i s ombres de mes mains qui les onl tant pressés La nature qui fut ma joie et mon domuine Respirera dans l air ma persistante ardeur.Et sur l abattement de la tristesse humaine / regarde toujours au mollet.Notre roi a les plus belles jambes du royaume et regardez celles de Jean-Louis.Alors naturellement, elle avait regardé Qu'est-ce que son futur mari allait penser en la voyant?Elle revint devant la glace, s'examina attentivement, fit la moue Elle était trop mince pour la mode, son teint ambré et non pas d'une Man cheur de neige, son menton un peu trop volontaire au lieu d'être rond et garni de fossettes comme celui d'Anne de Cam-bière, la beauté du couvent; ses cheveux 4'un or un peu trop bruni.En revanche, ses yeux étaient grands et bleus et son petit nez bien droit.— Je ne suis ni mal, ni bien, conclut-elle, ne se rendant pas du tout compte du charme de vie vibrante et jeune qu'elle dégageait.En revanche, Linette avait raison Cette toilette est merveilleusement réussie.C'était une robe de satin bleu pâle, au corsage allongé en pointe, à la jupe volu mineuse brodée d'or, s'ouvrant sur une sous-jupe rose.Les manches bouillonnées étaient garnies de petits noeuds roses nichés dans de la dentelle et ces jolis petits choux bleus faisaient très bien dans ses cheveux dorés.— Il faudra que je porte beaucoup de bleu, se dit-elle Mon Dieu, quelle sorte de jeune fille était-elle?Une heure plus tôt, elle pleurait presque parce qu'on n'avait pas voulu la laisser entrer au couvent et maintenant elle était coupable du péché de coquetterie.On grattait à la porte.C'était Linette — Madame la comtesse demande que mademoiselle descende au salon immédiatement.— Linette, il est là?Tu l'as vu?Pour toute réponse, Linette redressa un petit noeud rose sur la manche.— Ne me fais pas languir Dis-moi comment il est.— Que mademoiselle fasse bien atten tion à sa belle robe.Cette façon de ne pas répondre aux questions, si peu dans les habitudes de sa survante, inquiéta la jeune fille.Et pourquoi ce petit air triste?La porte du salon était entr'ouverte; elle la poussa légèrement.Le comte et la comtesse de Ramand semblaient avoir oublié qu'ils attendaient leur fille; ils étaient absorbés par leur conversation.Au couvent, quand Cour-daine pensait à ses parents, elle voyait toujours un gentilhomme tout en velours et dentelles, aux gais yeux bleus, i la bouche spirituelle.De sa mère, elle ne se rappelait qu'un beau masque pâle aux traits creusés par un feu intérieur.Et c'était bien ainsi qu'elle les retrouvait.Elle retrouvait aussi cette impression de gêne qu'elle avait toujours éprouvée en leur présence, l'impression d'être de trop, de surprendre des secrets qu'elle eût préféré ignorer.Son père, debout contre la cheminée en tapotait le marbre de longs doigts impatients; sa mère, assise très droite dans un fauteuil, levait vers lui de beaux yeux verts désespérés Elle disait d'un ton tragique: — Je sais bien que ces visites sont nécessaires, mais.Courdaine toussa légèrement pour avertir de sa présence.Les yeux verts et les yeux bleus se tournèrent vers elle avec une expression bien différente.Sa mère sortant avec peine de pensées qui l'avait absorbée tout entière: son père visiblement charme de pouvoir interrompre une conversation ennuyeuse.Courdaine faisait mal la révérence Au couvent, les leçons de maintien avaient toujours été son cauchemar.Troublée, elle s'empêtra dans sa robe, manqua de tomber, se redressa, interdite, rougissante Madame de Ramand fit entendre un claquement de lèvres agacé; monsieur de Ramand eut un charmant sourire.— Comme elle a grandi! Mais elle est exquise, mademoiselle notre fille, et elle me ressemble En beaucoup mieux, natu Tellement.— Chacun sait que vous êtes le beau de Ramand, dit sa femme avec aigreur Et ne gâtez pas notre fille.Elle n'a nu! besoin d'acquérir la fatuité de son père Monsieur de Ramand haussa les épaules de l'air excédé de l'homme qui en entend bien d'autres.Il aurait laissé passer la chose s'il n'avait surpris le regard étonné de sa fille.—Votre père, lui dit-il, est à la cour et à l'armée un homme de guerre fort respecté.Ne prenez pas au sérieux ce personnage de poupée ridicule qui vient de surgir à vos yeux.— Inutile que cette enfant assiste à nos différends, coupa madame de Ramand.Elle se leva de son fauteuil.Elle avait grand air dans sa robe de velours pourpre brodée d'or, relevée sur une jupe de satin blanc également brodée d'or.Sa chevelure brune massée en boucles sur le sommet de la tête était surmontée d'une haute fontange de dentelle blanche au pied de laquelle se nichaient de petites souris assorties à la robe.Et maintenant que son sourire s'était fait affectueux, elle était très belle.—Des événements importants et que nous vous expliquerons plus tard nous ont décidés à vous faire sortir du couvent, dit-elle.Dans quelques minutes, nous allons vous présenter l'homme que nous vous destinons comme mari Nous l'avons choisi avec beaucoup de soin.Monsieur de Belloron est de bonne maison, fort riche et de caractère vertueux.Vous n'aurez avec lui aucun de ces ennuis que les pauvres femmes ont à supporter avec les maris d'à présent.— Visé et touché, dit monsieur de Ramand sortant une tabatière de sa poche et l'ouvrant avec un calme affecté Madame de Ramand lui envoya un regard irrité, sourit à sa fille.— Monsieur de Belloron sera un mari idéal Nie prenez pas cet air ahuri qui ne vous sied point et faites à votre pré tendu une révérence un peu plus gracieuse que celle de tout à l'heure Monsieur de Ramand referma va taba tière sans s'en être servi.Une nuance d'inquiétude se lisait dans son regard bleu.Il s'approcha de sa fille d'un mouvement vif qui ressemblait à une pirouette, lui mit la main sur l'épaule.— Nous voulons votre bonheur »vant tout ma chère enfant, dit-il.La caresse, le ton de sa voix firent du hien à la jeune fille.— Je vous remercie du soin que vou> avez pris de mon avenir, dit-elle du ton d'une petite fille qui s'applique à hien répéter ce qu'on lui a appris à dire — Monsieur le baron de Relloron, annonça le majordome — Plongez un peu votre révérence, baissez les yeux, murmura la comtesse à l'oreille de sa fille.Elle n'eut aucune peine à plonger sa révérence; ses genoux se dérobaient sous elle.Son futur mari, l'homme avec qui elle allait passer sa vie.Ressemblerait-il à Jean-Louis?Elle restait les yeux baissés, très intimidée.Une voix sèche, au timbre monotone, frappa désagréablement son oreille.— Mais elle est très jolie et vous me voyez aussi ravi qu'honoré.Elle fit un effort, leva les yeux et reçut un choc.Ce museau allongé de renard, ce sourire qui découvrait des dents jaunes, et il avait l'air plus vieux que son père.— Eh bien, dit madame de Ramand d'un ton de reproche.Courdaine se rappela qu'en de telles circonstances il fallait donner sa main à baiser.Mais que c'était désagréable ce baiser des lèvres minces.Elle eut une envie subite de courir se laver les mains mais le regard impérieux de sa mère la clouait sur place.— Elle est très timide, dit madame dl Ramand.Il faut l'excuser; elle sort du couvent comme vous savez.Les soeurs la disent intelligente.Elle se développera trè* vite.— Mais pas trop vite, j'espère, dit lr baron avec un petit rire qui racla désa gréablement les nerfs de la jeune fille Elle est charmante ainsi.Il lui prodigua des compliments dr toutes sortes pendant au moins cinq bon nés minutes.Elle ne les écoutait pas.S' c'était là le mari qu'on lui réservait, elle retournerait au couvent.Un domestique poussa des sièges en demi-cercle.On s'assit.La conversation devint très animée.Les grandes personne» semblaient avoir oublié l'existence d* Courdaine qui leur en était bien recon naissante.Elle glissa un regard vers son prétendu.Non, décidément, cette figure pointue ne lui disait rien du tout.Il était habillé de façon fort galante: justau corps de broché vert brodé d'or, man chettes de fine dentelle, magnifique per ruque blonde, bas de soie grise .mais ses mollets! Il avait ce qu'Anne de Cabière qui était si moqueuse appelait des mollets de coq.Impossible d'épouser un hom me à mollets de coq.Le couvent était mille fois préférable.Après tout, elle J avait été heureuse.Sa mère la laisserait faire et soeur 'Marie-Thérèse finirait bien par se laisser convaincre.Sa résolution était prise, bien prise.Elle se sentit rassérénée, libérée.Elle écouta, sans révolte intérieure, la voix sèche, monotone de monsieur de Belloron qui disait: — On peut y faire une fortune très rapide dans les pelleteries.Et les nobles peuvent s'en mêler sans déroger.Sa Majesté, dans sa haute sagesse en a décidé ainsi.— Ce qui m'enchante surtout, c'est l'idée de pourfendre quelques Iroquois Ces messieurs se conduisent vilainement.La Hontan m'a raconté là-dessus des choses qui font bouillir.Figurez-vous que dans certaines parties du Canada.Le Canada! Le mot lança la jeune fille dans de nouvelles rêveries.On leur avait lu les relations des pères Jésuites au couvent et avec quelle émotion les éco-Mères avaient écouté.Certaines avaient parlé d'aller évangéliser les sauvages quand elles seraient grandes.— En effet, il paraît que les choses ne vont pas trop bien.Les villages de frontière ne sont pas sûrs du tout à cause de ces maudits Iroquois." Mais on m'a bien assuré que la vie à Québec ne présentait aucun danger, disait monsieur de Belloron — Surtout maintenant que monsieur de Frontenac est de nouveau gouverneur, déclara monsieur de Ramand.Frontenac! Le nom avait surgi dans la conversation comme un coup de trompette.Monsieur de Ramand l'avait prononcé avec enthousiasme et sa fille en avait aimé la sonorité belliqueuse.Monsieur de Frontenac serait gouverneur et Courdaine de Ramand serait une seconde Marie de l'Incarnation.Ceci c'était de l'ambition et de la vanité, se dit la jeune fille toujours honnête avec elle-même et, de toute façon, les sauvages lui parais saient infiniment plus intéressants que monsieur de Belloron.— Un pays neuf! Mon Dieu que je serai heureux de voir tout ça, disait monsieur de Ramand de la voix de fausset à la mode cette année-là, et avec vous ma (S.V.P., Usez la suite en page 16) LA REVUE MODERNE — JANVIER 13 LES FEMMES dans (UNI LES FEMMES ont joue et tenu un rôle considérable dans la vie de Chopin, qui fut assez mal servi en amour, en amitié.Nous savons que ce souffreteux lucide fut toujours très attaché à sa mère et a ses trois soeurs, Louise, Isabella, Emilia, morte à seize m Louise, l'ainée de la famille, n'hésita même pas à quitter Varsovie pour venir a Paris soigner et veiller son frère lors de sa dernière maladie.Et durant sa courte existence, trente-neuf ans, Chopin ne manqua jamais l'occasion d'adresser des lettres touchantes à sa mère et à sa chère Louise, la seule, l'unique confidente de toute sa vie.Les péripéties de sa liaison avec George Sand, qui dura huit ans, sont bien connues de ceux qui ont lu l'Histoire de ma Vie de la romancière, pour ne pas être obligé de rappeler ici des épisodes déjà familiers à plusieurs lecteurs.Un fait certain, c'est qu'à partir de sa rupture avec Aurore Dudevant (en 1846), la vie du corps et celle de l'esprit ont fini en Chopin.Mais, à l'article de la mort, l'amant déçu pensait encore à cette femme, chez qui on ne saura jamais bien distinguer les limites où se touchaient en elle l'amour, le mépris, l'égoisme et la haine.Et c'est Franchomme qui entendit murmurer le moribond: "Elle m'avait dit pourtant que je ne mourrais que dan* ses bras".Chopin aima d'autres femmes et c'est le portrait de celles-là que nous essayerons d'esquisser.Sans doute ces femmes n'ont pas toutes influencé Chopin de la même manière et à un degré identique, mais chacune d'elle a laissé son empreinte soit dans la pensée, soit dans l'oeuvre, soit dans le coeur du musicien romantique Nous sommes au seuil de l'année de 1829.Frédéric-François Chopin n'a donc que dix-neuf ans.Un soir qu'il assiste à une représentation à l'Opéra de Varsovie, il remarque dans un petit rôle une jeune fille au timbre clair, aux cheveux blonds, PAR EDOUARD LANCTOT aux yeux bleus, à la bouche attrayante Elle se nomme Constantia Cladkowska et elle suit des cours de chant au Conservatoire.L'impression que produit sur lui cette cantatrice en herbe est vive, mais toute pure et enfantine.Obtenir le ruban qui noue sa chevelure, mourir en le tenani caché sur sa poitrine, suffirait à ses désirs Et si léger est ce sentiment qu'il n'en fait d'abord confidence à personne Au mois d'octobre, il écrit à son ami Titus Wojciechowski: "Par malheur peut-être, je possède mon idéal, auquel je me suis voué depuis plus de six mois, silencieusement, et sans qu'on le sache, L'Adagw de mon Concerto (en 7a mineur, opus 21) lui appartient, et ce matin même, elle m'inspirait la petite Valse (en Ré bémol majeur, opus 70, no 3) que je te fais tenir.Personne n'est au courant, que toi".Dans ce malheur, dans cet idéal, il s'agit tout naturellement de Constantia Cladkowska.Quelques jours plus tard, Constantia débute pour de bon à l'Opéra dans le premier rôle qu'elle avait à tenir dan?l'Agnès de Ferdinando Paér.Inutile de dire que Frédéric admire le jeu de la chanteuse, sa beauté, l'étendue de sa voix.11 inscrit dans son journal: "Elle phrase et nuance délicieusement.Sa voix, dans les mesures initiales, tremblait légèrement, mais elle se remit bientôt de son trouble On l'a couverte d'applaudissements".I) fait enfin sa connaissance, l'accompagne au piano, se sent mourir de tristesse et d'incertitude, car Constantia kii témoignt peu d'intérêt.Toujours au cours du même automne-Chopin accepte une invitation du prince Anton Heinrich RadziwiH, gouverneur de Poznan, de venir passer une semaine à sa résidence d'été.Là, Je jeune musicien n'oublie pas sa chère Constantia, bien que la princesse Wanda, une des filles de son hôte, le ravisse.En effet, cette jeune personne est une créature charmante, aimable, musicale et tendre.Mais Chopin se reconnaît le pouvoir d'être charmé en toute pureté par deux femme* en même temps.Rentré à Varsovie, il décide d'y donner son premier grand concert public.Cette séance musicale a lieu le 17 mars 1830.Constantia qui avait d'abord, semblait-il, négligé ce blême amoureux, assiste à cet événement qui éveille l'attention générale Mais l'effet produit sur l'auditoire n'est pas tel qu'il l'a prévu et espéré Les connaisseurs seuls ont compris et apprécié l'originalité des oeuvres du jeune compositeur.Toutefois la bien-aimée, assise au premier rang, lui sourit et il se sent amplement récompensé Les mois passent sans lui apporter de véritables joies.Son amour pour Constantia le soutient et le travaille II n gens", ré-puiiilis-jr en siiuriaiit."C'est moi qui :" conseillé à Paule de donner ce laxatif spécial à Pierrot.J'ai moi-même deux bambins et 111.'Il docteur dit que II' M -t' lue ill Ile at «1rs enfants requiert une attention spéciale .4."Lis laxatifs pour adultes peuvent - «'¦tri-trop violents", expliquai-je.C'est pourquoi j'emploie le Castoria—le laxatif préparé spécialement pour les enfants.Il est doux mais efficace, et ne cause pas de coliques." Jos parut surpris de m'entendre parler ainsi.5."Eh bien, pour ta pénitence", dit Paule à son mari, "c'est toi qui donneras la première dose de Castoria à Pierrot", .los m en reveimit pus île voir inr.i¦¦ >cr les lèvres du jeune homme, madame > Ramand demanda: — Mais qu'est-ce que c'est exactertunt qu'un coureur des bois?Michel se mit à rire.— Un homme qui préfère la compagnie des sauvages à celle de certains civilisés Il y a autre chose: L'odeur des bois, les reflets du ciel sur des rivières inconnues, le désir de savoir ce qui se passe derrière cette cc-lline boisée.Pour ]e moment le danger iroquois nous a transformés en simples soldats de monsieur de Fomcnac.Gourdaine, les yeux modestement baissés comme le voulaient les convenances, buvait ses paroles Monsieur de Ramand aussi : — Quelle vie admirable, s'«cria-t-il.La voix de Michel se fit grave — J'ai quitté le collège à seize ans pour la pratiquer, et, jusqu'ici je n'a* jamais regretté ma résolution Mais il arrive un moment où un homme éprouve le besoin de.de revenir à la vie civilisée.— Et c'est le moment cù vous regretterez de n'avoir pas fait fortune, dit monsieur de Belloron Le Gâteau-aux-Cerises préparé avec la farine Five Roses pour pâtedetoutgenreestexcellent « t «Iclicieusement léger.Et rien de plus facile- ;'i faire: ^ui>«/ simplement la recette .im-c soin.("est un gâteau qu'il faut cacher.car il se mange trop vite! GATEAU-AUX-CERISES lj^ tasse farine Five Roses 1 tasse sucre 2 c à thé poudre à p(ït"- 3 œufs séparé» c.à thé sel 1 tasse cerises placées t; tasse bourre ou shortening 1 .¦ lasse lait \i c.à thé essence d'amandes Coupez les cerises par moitiés, saupoudrez avec un peu de la farine mesurée.Mêlez comme pour le gâteau nu beurre, incorporant en dernier les blancs d'oaufs bien battus.Placez les cerises par couches sur les couches de pâte.Cuisez dans un récipient à pain, ù four modéré (350 degrés F.) pendant environ 45 minutes.«»»», LA FARINE FIVE ROSES Pour |»;"iI«• «lr hull «m m< LA revue moderne — janvier IO46 Monsieur de Ramand leva son verre: — A votre vie future, dit-il.Et je vous souhaite une épouse aussi parfaite que 'a mienne, ajouta-t-il avec un petit salut à sa femme.Courdaine ne put s'empêcher de regarder Michel et ce qu'elle lut dans le regard du jeune homme lui fit baisser le nez sur son assiette précipitamment — Ce vin du pays vous met la joie dans l'âme, disait monsieur de Ramand.Le repas aussi vous mettait la joie dans l'âme: saumon bouilli avec des carottes, de petits oignons blancs, des haricots verts d'un fort joli effet et d'un •_'OÛt délicieux, un superbe rôti de chevreuil accompagné de petits boudins, quantité de petits gâteaux, de fruits et de celées.Monsieur de Belloron assura que même chez le roi on ne faisait pas meilleure chère et monsieur de Ramand pria Jean-Louis qui servait avec dextérité d'amener la cuisinière pour qu'on la félicite.Après le diner, monsieur de Ramand pria sa fille de se mettre à son épinette.Courdaine n'était pas du tout fâchée de montrer ses talents.Elle chanta plusieurs ariettes de Lully.Sa voix jeune, claire montait sans effort à des hauteurs incroyables.Michel d'Arneuil l'écoutait avec un ravissement qu'il ne cherchait pas à dissimuler et madame de Ramand jeta dans sa direction plusieurs regards pleine d'inquiétude.Monsieur de Ramand battait la mesure de la tête et de son soulier â boucle, accompagnait en sourdine ses passages favoris.Monsieur de Belloron griffonnait des chiffres dans un petit talepin.Les invités arrivèrent: monsieur et madame de Champigny, des officiers, leurs femmes et leurs filles, messieurs de l.ongueuSl, de Mirecourt, de Sainte-Hélènc.Tout ce monde avait arboré pour la circonstances les vêtements apportés de France pendant l'été.Le salon présentait un fort joli coup d'oeil que monsieur de Ramand appréciait en connaisseur.Tandis que saluts et compliments s'échangeaient, les musiciens accordaient leurs instruments.C'étaient quatre des soldats de monsieur de Ramand: l'un jouait de la flûte, un autre de la musette, un autre du hautbois, le quatrième du violon et tous étaient enchantés de montrer leur talent pour une aussi belle assemblée On commença par un menuet fort cérémonieux, puis,des gavottes plus gaies, puis une bourrée qui ne manquait pas d'énergie.A la grande déception de Courdaine, sa mère lui défendit de danser "une danse aussi vulgaire".Plusieurs dames ayant suivi cet exemple, on retourna aux menuets et aux gavottes plus dégantes.Pour Courdaine et pour Michel, ce bal impromptu était la chose la plus grisante du monde.La musique établissait un lien entre eux, leur permettait d'échanger des regards, des sourires, des phrases insignifiantes lourdes d'émotions violentes et confuses.Depuis ce prepremier "que vous êtes jolie" qui avait été comme un cri involontaire le jeune homme n'avait jamais adressé de compliments à la jeune fille, mais ses yeux s'en chargeaient Toute à son bonheur, Courdaine n'en tendit pas le comte qui criait de sa voix de fausset: — Quel plaisir d'être au Canada.On Janse avec les sauvages et avec les jolies femmes.Elle ne vit pas le visage soudainement crispé de sa mère qui, à partir de ce moment, refusa de danser et se retira dans un coin avec deux dames âgées dont elle n'écoutait pas les propos, maniant son éventail à petits coups secs et précipités, l'ouvrant et le fermant avec tant de brusquerie qu'elle finit par le déchirer.— Que c'est beau une fête, pensait Courdaine Pourquoi ma mère n'aime-t-elle pas cela?Ce qui mettait le comble à sa joie c'est que monsieur de Belloron avait pris congé de bonne heure prétextant une migwine Ne pas voir son vilain museau était vraiment un soulagement.La plus belle des fêtes doit avoir uni-fin.On se sépara vers minuit Michel partit le dernier après un dernier regard adressé à Courdaine et qui en disait long.La jeune fille monta l'escalier dans un nuage de bonheur.Elle contempla sa chambre avec ravissement.Soudainement, elle lui semblait le plus beau lieu du monde.Elle se laissa tomber dans son petit fauteuil près de la cheminée où un feu flambait gaiement.Dans les flammes claires, elle voyait un sourire de lèvres fermées des yeux clairs, de larges épaules et.une paire de jambes.Si Louis XIV possédait la plus belle paire de jambes de son royaume, Michel possédait la plus belle paire de jambes au Canada.Mon Dieu, elle avait des idées folles comme Linette L'entrée de madame de Ramand interrompit ses réflexions.Elle se tenait droite et fière mais son beau visage semblait un masque de la souffrance.Sa voix était lente et triste: — Gourdaine, j'ai remarqué que vous vous conduisiez de façon fort peu convenable avec ce jeune Canadien.Il ne faut pas que pareille chose se reproduise.N'oubliez pas que vous avez engagé votre (ni à monsieur de Belloron.Courdaine se préparait à riposter qu'elle n'avait jamais engagé quoi que ce soit, que la chose s'était faite en dehors d'elle.Mais madame de Ramand l'attira contre elle, la serra à l'étouffer.— Ma chère fille, je vous en supplie ne faites pas la même faute que votre mère.Courdaine troublée par cette douleur n'osa rien dire.Sa mère posa d'un geste las sa main sur son front, s'en alla sans ajouter une parole.On gratta à la porte et Linette app.i rut, les yeux brillants de curiosité.— Madame ne veut pas de mes services ce soir.Puis-je aider mademoiselle?Et sans attendre la permission, elle commença à dégrafer la robe.— Mademoiselle a dansé avec un bien joli garçon ce soir.Et Jean-Louis dit que pendant le diner, il parlait que c'était un bonheur de l'écouter.— Tu l'as remarqué! N'est-ce pas qu'il est bien?Elle s'arrêta court, rougit violemment l.inette acheva de retirer la robe et, devinant que sa jeune maitresse avait envie de lui confier des choses importantes, elle suspendit la robe dans l'armoire avec grand soin, faisant semblant d'être fort affairée pour laisser aux confidences le temps de venir.Courdaine plongea: — Linette, si Jean-Louis trouvait une autre femme plus jolie que toi, est-ce que ça te mettrait au désespoir?Linette éclata de rire: — Mais ça lui arrive souvent de trouver d'autres femmes jolies.Tenez, vous, dit-elle abandonnant la troisième personne comme chaque fois que la conversation devenait intime, il pense que vous êtes une apparition.Pourquoi est-ce que ça me chagrinerait?Allez, il est bien à moi, mon Jean-Louis.Ce matin, par exemple en me réveillant, je n'étais pas belle.J'avais mes bigoudis et les yeux gonflés.Et bien, voilà mon Jean-Louis nui m'appelle sa crotte en or, son bijou tout sucré.Quand on est marié.Elle s'arrêta, embarrassée.— Quand on est marié, répéta Courdaine qui voulait savoir.— Et bien, il y a quelque chose entre-nous.Je ne saurais comment l'expliquer, mais enfin, Jean-Louis, c'est moi.Gourdaine pensait à sa mère: — Tout de même il y a des cas où bien qu'on soit marié.Linette, qui comprenait parfaitement de quoi il s'agissait, agita la tête avec vigueur: — Pour ça, bien sûr que tout le monde est pas pareil.C'est ce qui rend le monde amusant, les différents caractères.Quelquefois, je dis â Jean-Louis : "Je vais te faire un caractère comme dans ce livre que madame lit de temps en temps".Et je lui décris une personne et il me dit: "Linette, y en a pas deux nmime toi".Courdaine se glissa entre les draps.— Eh bien, fais mon caractère, Linette s'assit sans façon sur le bord du lit, prit un air important, — Eh bien, mademoiselle, avec vous les sentiments, c'est sérieux, comme avec madame votre mère.Et vous êtes gaie et avenante et vous vous intéressez à tou' comme monsieur votre père.Mais lui, il aime un peu trop la société et conter fleurette aux dames.Oh, il n'y met pas de malice et madame votre mère a grand tort de se tourmenter.Vous n'êtes pas frivole comme lui.J'ai très bien remarqué, ce soir, pendant que je passais les rafraîchissements que plusieurs jeunes gens vous disaient des douceurs.Vous souriiez gentiment, mais ça ne vous faisait ni chaud ni froid.— C'est l'exacte vérité, dit Courdaine Mais quand je serai mariée est-ce que je serai comme.Elle s'aperçut que la question aurait manqué au respect qu'elle devait à ses parents et ne termina pas sa phrase.Linette se gratta le bout du nez d'un air méditatif: — Tout dépend de votre mari.Madame me chasserait si elle savait ce que je vais dire.Tant pis.Ce jeune d'Arneuil, on n'a pas besoin de le regarder deux fois pour savoir que c'est un homme, un vrai Tandis que monsieur de Belloron.Une grimace expressive la dispensa d'exprimer son opinion.— C'est bien ce que je pense, dit Gourdaine que cette conversation avait rassérénée.— Ah mademoiselle, dit Linette emportée par son enthousiasme, que c'était beau de vous voir danser tous les deuv ' Jean-Louis m'a dit: "Ce n'est pas un couple, c'est un rêve." Gourdaine attrapa sa servante par le cou et déposa un baiser sur la joue ferme Linette se sauva.Un peu plus tard, elle disait à Jean-Louis : — J'ai encore trop parlé mais vrai, ça fait pitié de voir une si mignonne fille destinée à un Belloron.— Un maraud et un cuistre, dit Jean-Louis du ton tranquille de l'homme qui sait ce qu'il dit.Linette s'endormit en se demandant comment on pourrait bien faire partager cette opinion à madame de Ramand.CHAPITRE VI La chute dans \a neige Le lendemain, monsieur de Ramand alla avec sa fille voir les nouvelles palissades que monsieur de Frontenac faisait établir pour protéger la ville en arrière.Il neigeait un peu et Gourdaine, bien au chaud dans sa grande cape doublée de castor, s'amusait de ces légers flocons qui tournoyaient avec grâce et, parfois, lui chatouillaient le bout du nez.Suivant son habitude, le comte bavardait: — Nous sommes gens curieux, nous autres Français, disait-il.Frontenac, par exemple.Vous le voyez au château, avec les dames, homme de cour parfait.Mais (S.V.T.Usez \a suite à \a page 3f) IA REVUE MODERNE — JANVIER 1046 Santon* nob HV&ona C'est le moment de tirer de nos armoires 0 nos meilleures conserves pour décorer et embellir les desserts i aux, ce/UA&L 2 c.à thé de gélatine — 2 c.à soupe d'eau froide — 1 tasse de cosse-tarde (assez liquide) — extrait d'amande — 6 tartelettes — 2 c.à soupe de sucre — 2 tasses de cerises rouges, (noyaux enlevés) — un rien de cochenille si désiré — '/2 tasse de purée d'abricot (ou autre fruit) pour glacer Faire amollir la gélatine dans l'eau froide, pour la faire fondre au-dessus de l'eau chaude.Ajouter à la cossetarde, mettre à refroidir.Placer 2 c.à soupe de cossetarde dans chaque tartelette, recouvrir de cerises sucrées au préalable.Colorer la purée de fruit et la verser sur les tartelettes.Afoudde aux- Ifuùled l pinte de fraises — t/, de tasse de sirop de mais — i paguet de gelée citron ou fraise — 2 blancs d'oeufs Prendre les trois quarts des fruits.Ajouter de -l'eau si c'est nécessaire pour avoir 2 tasses.Ajouter le sirop de maïs s'il faut du sucre, autrement ajouter l'équivalent d'eau.Mettre chauffer, faire dissoudre la gelée dans les fruits bouillants, mettre à refroidir.Ajouter les blancs d'oeufs, battre en neige légère.Verser dans un motile de fantaisie ou dans un joli plat.Laisser prendre, retourner sur un plat si c'est nécessaire et garnir avec le reste des fruits.Roulade*, aux.muneè.line recette de pâte à petits pains chauds — Beurre fondu ou graisse à pâtisserie — 2 fasses de mûres — t c.à soupe de jus de citron (si on y tient) — |atrnt Ioiih depuis que Je le- ai acheté**.LE RENDEMENT PROUVE QUE "VOUS AVEZ PLUS DANS UN WESTINGHOUSE".( VNADIAN \\ I M IM III il M iiiMI'\S> IIMItlll MONTREAL, HAMILTON TVèstinj^iguse m vous AVEZ mm PLUS DANS UN WESTINGHOUSE LA REVUE MODERNE — JANVIER IO46 40 Et prenant sa femme à bras-le-corps il fa déposa dans la brouette.Linette qui * sentait déjà mieux protesta vigoureusement contre cette indignité mais Jean-Louis resta ferme.— Tu n'as pas l'air malin, là-dedans mais ça t'apprendra, dit-il, et en arrivant tu te mettras au lit sans barguigner, et il partit si rapidement que Courdaine eut à peine le temps de sourire à Colombe.Courdaine trouva madame Bousquet, la protégée de madame de Ramand, bien embarrassée.Martine, la cuisinière, avait un rhume.Elle était montée dans sa chambre après avoir déclaré que puisque monsieur et madame de Ramand ne ren fraient pas diner, on pouvait bien se dé brouiller sans elle.Madame Bousquet avait l'air très malheureuse et Courdaine devina que Martine avait dû lui faire la vie dure.Elle la rassura de son mieux, caressa les enfants entassés près de la cheminée en un groupe terrifié, lui indiqua ce qu'elle devait préparer pour le repas du soir.Elle-même viendrait diner à la cuisine pour simplifier le service.Satisfaite de la façon dont elle venait de terminer cette crise domestique, la jeune fille monta voir Martine qui la reçut fort mal.Elle avait été engagée à faire la cuisine pour des seigneurs (atchoum!), pas pour (atchoum!) des va-nu-pieds (at-houm!) avec des enfants qui encom iraient sa cuisine.Courdaine lui dit qu'au contraire, madame Bousquet allait 'ui préparer une tisane et qu'on avait Sien de la chance qu'elle se fût trouvée là.Elle la laissa éternuant et bougonnant Elle entra voir ce que devenait Linette La jeune femme s'était assoupie.Elle ferma la porte avec précaution et se trouva nez à nez avec Jean-Louis dont la bonne figure portait toutes les marques d'une -¦randc inquiétude: — Je suis de garde sur les remparts cette nuit.Qui va s'occuper de Linette ?— Soyez sans crainte.Madame Bous Tuet est une femme de tête et je veillerai Jean-Louis la remercia et elle descendit s'installer au salon avec son tricot.Elle se sentait tout à fait maîtresse de maison avec tous ces différents problèmes.Et puis, elle se prit à penser à Colombe, à son doux sourire Elle l'aimait déjà comme une soeur.Madame de Ramand ne pouvait manquer de faire sa connaissance Qu'allait-il se passer?Jean-Louis entra, mit une bûche sur le feu.— Les renforts arrivent, dit-il joyeuse nent Huit cents hommes commandés par monsieur de Callières.On entendit, à ce moment, un bruit 'otntain de fifres et de tambour Cour laine déposa son ouvrage et se mit à la fenêtre pour les voir passer.La musique -e rapprocha, des chants et des cris s'y mêlaient Les habitants sortaient des mai sons, les acclamaient.Les soldats défi •aient bientôt.Quelle allure martiale! Que' \ir brave! Et il y avait une sorte d'aile gresse sur ces jeunes visages On avait presque pitié de l'ennemi.Et puis Je coeur de ta jeune fille com ncnça à battre à grands coups précipités Le* coureurs des bois.Ils semblaient encore plus guerriers que les soldats.Ils poussaient des hurlements empruntés à leurs amis, les sauvages.Etait-il avec eux?i '.ourdaine essayait de les voir tous,- ils passaient trop vite.Tous ces visages inconnus semblaient danser une sarabande devant ses yeux.— Tout va bien, cria une voix joyeuse.C'était Michel.Il passait tout près de la fenêtre Ils étaient seuls pendant une seconde et ils se retrouvaient tels qu'ils s'étaient laissés.Il était déjà passé.Courdaine ne vit rien du reste du défilé.Elle était pénétrée d'une grande joie.Leur séparation ne pouvait plus durer.* * * Courdaine avait laissé sa porte et celle de Linette entr'ouvertes.Elle dormait mal.Elle revoyait le défilé des coureurs des bois, le visage de Linette convulsé par la douleur, la flotte ennemie balancée par le vent, un boulet lui tombait sur l'épaule.— Mademoiselle.Elle se réveilla en sursaut Madame Rousquet était penchée au-dessus d'elle: — Ça arrive plus vite qu'on ne pensait et ça se présente mal, dit-elle II faudrait une sage-femme.Courdaine sauta de son lit, s'habilla à 'a hâte — Je sais où elle habite le vais la i hercher — Mais c'est dangereux — Je prendrai un des pistolets de mon père Si vous avez besoin d'aide, appelez ma mère, mais attendez que je sois partie Elle descendit à pas de loup, prit un des pistolets qui se trouvaient sur le man teau de la cheminée.Elle ne savait pas tirer, mais il pesait lourd On pouvait s'en servir comme d'une massue.Comme il faisait noir! Et c'était la première fois qu'elle se trouvait seule dans la rue.Heureusement qu'elle était chaussée de mocassins.Elle se serait mille fois tordu la cheville avec des souliers à hauts talons.Des coups de vent glacés balayaient la rue Elle s'enveloppa dans son grand manteau.Elle s'habituait à l'obscurité; elle distinguait très bien les maisons maintenant.Elle aperçut une silhouette d'homme accoté au mur du séminaire.Il chantait d'une voix fausse et avinée un air qu'elle reconnut pour le Canayen errant.Elle s'arrêta une seconde, prête à rebrousser chemin.Mais non, ii lui faiiait passer devant lui pour arriver à la maison de la sage-femme, quelques centaines de mè très plus loin.Elle prit son élan, marchant aussi vite que possible, tête baissée.— Et la fille, où va-t-on si vite, cria 'homme.Elle continua son chemin sans répondre, serrant le pistolet dans sa main crispée.La silhouette se détacha du mur Elle essaya de courir.En deux enjambées, Vhomme l'avait rattrapée, se plantait devant elle, lui barrant le chemin.— Mais, c'est qu'elle est jolie la coquine.— Laissez-moi passer.— Et on ne veut pas me dire où on va?— Ça ne vous regarde pas.— Mais si.Toutes les jolies filles me regardent et plus gentiment que vous ne faites en ce moment.H voulut la prendre par la taille Preste comme une anguille, elle se dégagea, lui asséna un formidable coup de pistolet sur la tête.L'homme chancela mais son épais bonnet de fourrure avait amorti le coup II la rattrapa.Elle brandit le pistolet; il lui saisit le poignet, le tordit légèrement Elle lâcha l'arme.Il ricana: — Peste la belle.Vous avez la main dure.On vous fera payer ça Elle essaya encore de se dégager, mais le bras de l'homme autour de sa taille était comme une barre d'acier.Sa figure blafarde au clair de lune, creusée de deux grands trous noirs et brillants, se penchait sur la sienne.Elle rejeta la tête en arrière: — Je suis la fille du comte de Ramand Il vous fera passer par les armes.L'homme découvrit des dents de loup: — Et puis après! L'aventure en vaut la peine.L'horrible figure se rapprochait encore — Je suis la fiancée de Michel d'Ar-neuil, cria la jeune fille au désespoir.L'homme la lâcha brusquement.Il semblait soudainement dégrisé.Sa voix même était différente.— Ça c'est autre chose.Fallait le dire tout de suite.Je pouvais pas deviner.Et où allez-vous comme ça à trois heures du matin.Courdaine sentit qu'elle n'avait plus rien à craindre.— Je vais chercher une sage-femme pour.pour ma soeur.— Faut pas m'en vouloir.II ramassa le pistolet, le lui tendit.— Me ferez-vous l'honneur de prendre mon bras, dit-il avec un profond salut On peut faire de mauvaises rencontres dans les rues de Québec.La jeune fille dissimula un sourire et appuya légèrement la main sur le bras offert.L'homme était beau parleur.N'était son haleine empestée, elle aurait pu se croire en compagnie de Parsifal en personne Elle n'était pas mécontente d'avoir un'' escorte car ils croisèrent d'autres soldat qui ne les regardèrent même pas.' Ce fut lui qui frappa à la porte et assez fort pour réveiller non seulement la sage-femme mais toute la rue.C'était un.petite femme toute ronde qui fut prêt¦ en un instant.Elle trottinait avec une telle vitesse que Courdaine avait peine .ï la suivre.Devant sa porte, la jeune fille remercia son singulier défenseur qui ba laya la rue avec son bonnet de fourrun dans un geste qu'il imaginait de la plus haute élégance.Elle précéda la sage femme dans l'esca lier, rencontra madame de Ramand qui sortait de la chambre de Linette Elle s'attendait à être grondée mais la voix de madame de Ramand était étrangemeni douce.— Tout se passe bien Allez dormir tranquillement.Elle ajouta après une légère hésitation — Vous auriez dû me réveiller.Ce que vous avez fait était très bien mais dan «ereux.— l'étais protégée, dit Courdaine CHAPITRE X Ce siège Madame Bousquet présenta à Cour daine une affreuse petite chose toute rouge et recroquevillée.— Grâce à vous, mademoiselle, si la sage-femme n'était pas arrivée à temps, dit Jean-Louis qui avait à la fois l'air terrifié de ce qui aurait pu arriver et l'air d'avoir fait le monde et d'être fort satisfait du résultat.Courdaine était tentée de douter de l'utilité de sa course nocturne devant cette petite figure grimaçante mais tout le monde lui assura que ce serait un très joli bébé.Et puis, Linette le contemplait avec un ravissement et une fierté non dissimulés.Madame de Ramand soupira.Sa propre grossesse, la naissance de Courdaine ne lui rappelaient que de> moments cruels dont, inconsciemment, elle en avait toujours voulu à sa fille.— Comment l'appelez-vous?demanda t-elle à Linette.— Victor puisqu'il annonce la victoire — Le bombardement n'est même pas commencé, dit madame de Ramand grave ment, mais, moi aussi, je suis sûre que votre petit bonhomme nous annonce la victoire.Et puisque je vous voie si bien, j'emmène Courdaine à l'Hôtel-Dieu où il y a beaucoup à faire.Jean-Louis restera avec vous.Courdaine n'avait jamais vu sa mère si gracieuse avec une domestique.Déci dément, le siège la rapprochait du reste des humains.Dehors, les deux femmes s'enveloppèrem dans leur grande mante doublée de castor C'était un jour glacé.Le vent soufflait à décoiffer les toits.Les rues fourmillaient de monde: soldats, coureurs des bois, In diens se dirigeant du côté de Beauport où on s'attendait à un débarquement.Des femmes entraient à l'église.D'autres un baluchon sur le dos, des enfants ac croches à leur jupe, allaient au sémi naire où on pouvait encore trouver de » place.Beaucoup de visages anxieux; nul d'apeuré ou de découragé.Les cloches qui sonnaient à toute volée insufflaient le courage.Comme de juste dans toute cette foule, Courdaine ne cherchait qu'un visage a»* yeux clairs.A chaque instant, il lui sen Martin Garrlty I '.11.i.vas-tu avoir besoin de ce côte-d de la chambre pendant une heure ou deux?" LA REVUE MODERNE — JANVIER 10 l'1 'liait reconnaître un port de téte fier et Jégagé.Ce n'était jamais lui.I! y avait quand même quelque chose de réconfortant à le savoir dans la même ville Le couvent était entouré de corps de ^.irde.Les robes noires des aumôniers mettaient des taches sombres dans les ouleurs gaies des uniformes.Les chansons résonnaient autour des feux de bivouac.Madame de Ramand et sa fille entrè-ent d'abord dans la chapelle pour faire 'eurs dévotions.Elle était pleine de femmes et d'enfants Le père Frémin monta -n chaire.Ses paroles éloquentes ramenaient peu à peu l'espoir sur les visages mxieux.Après le service, madame de Ramand qui voulait avoir un entretien particulier avec soeur Saint-Joseph laissa ,a fille faire ce que bon lui semblerait Gourdaine qui avait aperçu Colombe se Jiriger vers le jardin ne put résister au Jésir de la suivre.Elle l'aida à arracher des carottes tout en lui racontant les péripéties de l'accouchement de Linette.Le froid piquait toujours mai'; elle portait de gros gants de laine et cette besogne faite en compagnie de Colombe, égayée par leurs bavardages, ne manquaient pas de charmes.Elles remplirent un gros panier qu'elles rapportèrent à la cuisine.Une grande activité y régnait 11 fallait nourrir tout ce monde de soldats, de femmes et d'enfants et ce n'était pas chose facile.On faisait de la soupe dans d'immenses chaudières.Des religieuses enfournaient des pains qu'on retirait à moitié :uits pour contenter les affamés, d'autres pétrissaient la pâte, d'autres faisaient rô-Hr des pommes.Une bonne odeur se dégageait de tout cela accentuée par une haleur à peine supportable Mais ce n'était pas le spectacle de tout ce remue-ménage qui cloua Gourdaine ¦iur le seuil et lui fit presque lâcher l'anse de son panier; c'était quelque chose de Sien plus extraordinaire.Madame de Ramand, debout devant une table où des légumes étaient amoncelés, plus aristocrate que jamais dans sa belle robe de velours vert rehaussé d'or, épluchait un oignon — Eh bien, s'écria-t-elle quand elle aperçut sa fille.Que faites-vous là plantée comme un i?Nos soldats ont faim Apportez-moi ces carottes Il n'avait pas fallu moins d'une guerre Ipour que la noble comtesse se livrât à ^ette humble occupation mais elle devait y contenter un besoin secret de son âme ar son visage, animé par la chaleur, montrait une grande satisfaction et ses mains 'mes, chargées de bagues, se mouvaient ivec rapidité sinon avec adresse.Gourdaine n'était pas au bout de ses surprises.Tandis qu'elles travaillaient côte à côte, madame de Ramand lui dit rout à coup: — Vous devriez prendre modèle sur ette jeune novice avec qui vous vous rouviez tout à l'heure.J'ai eu l'occasion le lui parler une fois.Sa haute piété, ses "nanières nobles et douces sont un enchan-'ement.Je ne la connais que sous le nom Je soeur Marie-Catherine.Savez-vous son éritable nom?Gourdaine baissa les yeux et retint le sourire qui lui venait aux lèvres: — Colombe (acquêt de Beaumanoir, dit-elle.Madame de Ramand en laissa tomber une carotte — C'est étrange, dit-elle.J'aurais cru qu'elle était de haute naissance.Elle resta songeuse.Gourdaine respecta ce silence.Ses propres pensées volaient 'n un joyeux tourbillon, tandis que les oignons lui piquaient les yeux.CHAPITRE XI Bombardement C'était curieux comme la vie ordinaire pouvait continuer dans des circonstances tragiques, pensait Gourdaine.On attendait le bombardement et cependant el'e trouva Linette et Jean-Louis uniquement occupés de leur bébé Bien que le jeune Victor n'eût pas encore pris figure humaine, ils le couvaient des yeux, comme si nul bébé n'était venu au monde avant celui-là.—11 est fort joli, dit Gourdaine pou' leur faire plaisir.— Il a l'air tantôt d'un petit vieux, tantôt d'un petit goulu, dit Linette pour cacher sa fierté et montrer qu'elle conservait son sens critique — Ce qui ne l'empêche pas de le contempler comme si c'était une image de la Sainte Vierge, dit Jean-Louis.— Et toi gros lourdaud! Tu es encore plus bête que moi.Le croiriez-vous mademoiselle?Il assure que Victor lui a souri.Gourdaine les laissa à leur bonheur A la cuisine, elle trouva Martine furieuse et m?dame Bousquet en larmes.Le jeune Théodore avait dessiné la flotte ennemie sur le mur avec un morceau de charbon Gourdaine eut de la peine à rétablir un semblant de paix Elle y parvint en envoyant les jeunes Bousquet dans leur chambre et en chargeant leur mère de porter son déjeuner à madame de Ramand, besogne que Martine trouvait au-dessous de sa dignité On était en guerre Gourdaine avait besoin de se le répéter pour y croire Peut-être qu'en ce moment même, on se hattait à Beauport où se trouvait son père.Et Michel?Des images de tués et de blessés se bousculaient dans sa tête, mais elles n'avaient aucune consistance, n'amenaient aucune émotion.Madame de Ramand apparut.— Eh bien, ma fille!! Que faites-vous là à rêvasser?Il y a beaucoup à faire à l'Hôtel-Dieu.Allez vite vous habiller.Elle-même dans sa luxueuse robe de velours bleu garnie de dentelles, juchée *ur des souliers bleus et or à hauts talons, n'avait nullement l'air d'une personne qui va passer la journée à préparer la soupe pour les soldats Elle restait toujours comtesse de Ramand — C'est le spectacle le plus émouvant du monde que la vaillante dévotion de cette ville, disait madame de Ramand un peu plus tard Les deux femme*, suivies de Jean-Louis, venaient de croiser une procession qui défilait lentement portant en tête une bannière que monsieur Joseph Serré de la Colombière, aumônier des milices avaient rapportée de Villemarie Comme madame de Ramand le fit remarquer à sa fille, il y avait une sorte de -erenite W 'es visages.C'est à ce moment qu'une commotion formidable ébranla le roc.Gourdaine sursauta, saisit le bras de sa mère.— Quoi, ma fille, vous tremblez, dit celle-ci.Vous laissez les gens du commun vous donner l'exemple! Et de fait la procession avait continue à avancer de la même marche lente Gourdaine se reprit, resta immobile à côté de sa mère qui attendait que la procession fut passée pour la suivre Une prière lu montait aux lèvres, la même qui était dans le coeur de tous ies habitants de Québec à ce moment-là.La canonnade continuait.Elle était nourrie qu'on aurait dit un gigantesque ft 9 Pli l m rj pt A UPIDON, LEUR FACTEUR de trois années .apportant les lettres de Il là-bas, a conduit ce couple de Montréal de l'idylle jusqu a l'autel Elle: Mabel Lucille Holland, fine fleur des Débutante, Woodbury.Lui : ex-officier Thomas Mitchell Mills.Oh, jour ben.! i.Douce et fendre — 1j musique demandée par "Mitch" qui va être demobilise.Oui.fiançailles pour une Debutante Woodburv au teint "doux et lendre".gr.ice au merveilleux Woc>dhur\.2.Folle dm d sauts, elle en a collectionne quand "Mitch" était là-bas.Son préféré ?"Reste aussi douce que tu es".Mitchell, l'air ravi, approuve évidemment.Ça vous étonne ?3.Teint vif et royoïnant .M.iKI décrit l'effet de son Cocktail Woodbury quotidien."Je massage légèrement avec Woodbury.Rinçage chaud, puis froid.Merveilleux.Woo.|bur> 4.Bien fflr ! La peau est plus douce, plus lisse avec Woodbury.Fait pour la beauté, en pain seulement — contient un ingredient special pour la douceur et l'idylle.Essaye*-le ! (Fabrication Canadienne» 1 N RKVUE MODERNE — JANVIER t94 5111 «3 SCHEHERAZADE Disques Columbia Série D32-S8.25 ATOICI la musique féerique d'un ' fabuleux pays oriental qui vous transportera dans des pays fantastiques.Rimsky-Korsakov expliqua sa partition comme suit: "Le Sultan Chehriv.ir.rur-nnli ilt- l.i f.ni-ii'' il de l'infidélité de toutes les femmes, a juré de mettre à mort chacune de ses femmes '111 ' ¦ la première nuit.Mais la Sultane *i h.lu f.i/.i.l.-,ni\ .1 -.i \ it- in lui racontant de» contes féeriques qui s'égrenèrent durant mille el une nuits." La musique a admirablement bien capté l'atmosphère de cette légende des Mille el Une Nuit-, et l'enregistrement sur disque par Rodzinski et l'Orchestre de Cleveland a mérité les éloges des critiques dan- tuul le continent.ALBUM HAKKY JAMES Quatre disques de dix pouces qui sont parmi les meilleurs qui aient j a mail été enregistrés par re virtuose du cornet: Flight of the Bumblebee; Carnival de Venice; You Made Me Love Viii; Dodger's Fan Dance; Trumpet Rhapsody 12 parties I ; Trumpet Blues; One O'Clock Jump.No A27 - $3.50.Columbia ¦ f.iv i .»n.*jt sorte d'engourdissement.Son père fubîfait en ce moment une dangereuse opinion.Michel était en danger.Les .'oi tournaient dans sa tête, vides de sens.La mère Saint-Ignace e.n .1 »s doigts de la jeune fille se mirent ?trembler convulsivement; tout se brouil.d.int ses yeux.— Monsieur votre père est sauvé, dit la religieuse.— Sauvé, répéta la jeune fille comme si elle avait peine A comprendre le mot miraculeux, le mot magique, le mot qu'elle attendait depuis de longues heures.— Madame votre mère va passer la nuit à son chevet.Elle vous prie de rentrer à la maison lorsque Jean-Louis viendra vous chercher et de faire votre possible pour bien dormir.FI f.ijt à notre malade le calme le plus complet.Vous pourrez le voir demain.Elle prit la charpie préparée et sortit — Quelle joie, dit Colombe dont la figure grave s'éclairait à l'idée du bonheur de son amie.Courdaine ne put que balbutier.— Que.que je suis bête.Et elle éclata en sanglots.CHAPITRE XII Le blessé La ville de Québec était en liesse.Le son grave des cloches emplissait l'air, le roulement des tambours avait quelque chose de triomphant, la musique aigrelette de fiftres mettait sa note gaie dans tout ce tintamarre.La sainte Vierge était proclamée libératrice du Canada.Courdaine, suivie de Jean-Louis, allait voir son père à l'Hôtel-Dieu.Elle n'avait pas pu résister au désir de passer par les remparts pour contempler la rade, encore plus belle maintenant qu'elle était débarrassée de la flotte ennemie.Elle descendait la nie de Buade, humant l'allégresse qui flottait dans l'air.Que c'était beau de voir partout les gens se réjouir et remercier Dieu! Elle n'avait revu son père qu'une fois.II traversait une crise morale, en proie au plus violent désespoir.Il avait adressé à sa fille un fantôme de sourire et lui avait dit d'un ton amer.— Ne posez pas vos beaux yeux sur une ruine.— Une ruine qui va encore me causer bien des mauvais moments, avait dit madame de Ramand en souriant.Courdaine n'avait pas compris comment sa mère pouvait avoir l'air si calme, si serein; ni pourquoi elle avait fait apporter à l'Hôtel-Dieu trois de ses plus belles robes.Linette, consultée à ce suje*.avait dit: — Madame la comtesse sait ce qu'il faut à monsieur le comte.Oh mademoiselle, regardez comme Victor est mignon quand 1! sourit.C'est le portrait tout craché de son père dans les bons moments.La conversation de Linette revenait toujours à ce gros poupon que Courdaine, en elle-même, continuait à trouver fort peu intéressant.L'Hôtel-Dieu avait repris son allure de 'ainte et calme maison.Courdaine espérait trouver Colombe en route.Mais il n'en fut rien Elle n'avait pas vu Michel non plus.Ce qui était étrange et ce qu'elle ne comprenait pas du tout, c'est qu'elle se sentait à cet endroit d'une grande sérénité.Elle, qui ^mvmvtwvvwvmwvvtsw; Vous avez eu 120 secondes pour répondre (Réponses de la page 24) -Doctrine des iconoclastes ou membres d'une secte religieuse qui proscrivait le culte des images 2—Science des images produites par la peinture, la sculpture et les autres arts plastiques.3.—Adorateur d'images 4.—Explication des images, des statues, des monuments anciens.5.—Celui qui s'occupe d'icono-logie.MWVVVWHVWVVtVHVt^VVVWs; pendant toute une année, n'était jamais sortie sans chercher du regard une certaine silhouette, alors qu'elle le savait bien loin, aujourd'hui qu'une rencontre aurait été possible avait marché bien sagement, les yeux baissés, sans regarder ni à droite, ni à gauche.D'où lui venait ce calme inexplicable?En revanche, elle avait un peu peur de revoir son père Il n'était que trop facile de deviner quel serait l'état d'esprit de ce vaillant militaire qui aimait l'odeur de la poudre, de ce charmant cavalier qui ne détestait pas produire de l'effet dans un salon.Sa mère lui ouvrit la porte Son visage était creusé par la fatigue, mais son sourire était radieux, ses beaux cheveux soigneusement coiffés et elle portait une splendide robe de velours rouge qui faisait ressortir son teint mat.— Regardez, ma fille, comme votre père a bonne mine Bonne mine était beaucoup dire.Le visage du comte était pâle et marqué de rides que sa fille n'y avait jamais vues.11 ne portait pas de perruque et ses cheveux étaient presque gris.Mais son sourire n'était plus le fantôme de sourire qui faisait peine à voir.— Je suis heureuse de vous voir si bien rétabli, mon père, dit la jeune fille l'embrassant sur le front.— Mais oui, ce qui reste de ma personne est en fort bon état.Et regardez ce que mes amis sauvages m'ont envoyé.D'un coup de menton, il désignait un collier de porcelaine sur la table de nuit.— Monsieur de Frontenac, qui est venu me voir hier, m'en a fait bien des compliments.C'est un grand honneur qu'on a fait à votre père, mademoiselle ma fille.) 3MI MOI, MAUVAISE HALEINE?• ^1 v Non! les bébés n'ont pas mauvaise haleine, mais c'est le cas de 76% des adultes! Des épreuves scientifiques établissent indubitablement que, dans 7 cas sur lo, la POUDRE DENTIFRICE COLGATE enraye rapidement la mau\aise haleine! ECONOMISEZ! Comparée à d'autres marques bien connues une grosse boite de Colgate vous procure jusqu'à 30 brossages supplémentaires ei la boite géante, jusqu'à 46 brossages supplémentaires—cela sans un sou de plus! FUMEURS! I.emploi de la Poudre Dentifrice Colgate est un des moyens les plus faciles de combattre l'haleine et les taches occasionnées par le tabac! Achetez Colgate aujourd'hui ! 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Au contraire, tout le monde peut porter du bleu, du jaune, du vert ou du rouge.—Allons, donc! Vous.Comme si moi, je pouvais porter du vert.J'ai l'air d'une déterrée dans le vert! Pardon! Le ton du vert de la robe que vous venez d'essayer n'était pas le vôtre, je veux le croire.Mais il existe certainement une teinte de vert, plusieurs probablement, qui vous iraient à ravir.A vous de les trouver.A vous de trouver le bleu qui vous va.Et le ton de rouge qui met de la couleur à vos joues et des lumières dans vos yeux.Pauvre rouge! Toutes tes femmes les adorent mais combien peu d'entre elles savent choisir et distinguer.Les plus timides s'abstiennent tout simplement.Des plus hardies ne ^font même pas mine de faire la différence et le monde est troublé par des rouges discordants dont l'effet est criard.PAR MADELEINE CARON Et comme, malgré elle, le regard de la jeune fille se portait vers l'endroit où un léger affaissement de la couverture marquait l'absence du bras gauche: — Bon, la voilà prête à pleurer; il va falloir que je la console.Mademoiselle, sachez que votre manchot de père va avoir une vie fort heureuse en ce monde Monsieur de Frontenac m'a donné une mission importante à remplir et votre mère s'est fait belle indiquant par là que je suis un homme précieux.Mais laissons là mes affaires et parlons un peu des vôtres qui vont si bien que je m'en frotte les mains, en imagination, naturellement Ma fille, nous allons vous fiancer à mon sauveur.Votre expression de surprise heureuse est tout ce qu'il y a de plus charmant Mais ce gros manteau est bien disgracieux.Ma toute belle, ajustez donc un peu votre fille.C'est une chose à laquelle vous vous entendez à merveille.Souriante, madame de Ramand aida sa fille à enlever son manteau, arrangea les boucles rebelles, disposa les plis de sa jupe.On gratta à la porte.C'était Michel et lui aussi avait soigné sa tenue pour l'occasion.Habit bleu, justaucorps et bas blancs, souliers à boucles.Il baisa la main de madame de Ramand avec une aisance parfaite, s'inclina devant Gourdaine, fit ses compliments au comte.— Eh bien, s'écria celui-ci, vous voilà bien différent de ce que vous étiez la dernière fois que je vous vis, couvert de poudre, les vêtements en lambeaux et une barbe de deux jours.— Tenue appropriée a la besogne que nous faisions à ce moment-là, dit le jeune homme.La voix de monsieur de Ramand se fit grave: — Agenouillez-vous mes enfants et recevez ma bénédiction.— Et vous avez aussi la mienne, dit madame de Ramand d'une voix que l'émotion rendait rauque.C'était un moment inoubliable que cette cérémonie si simple.Les jeunes gens étaient très émus quand ils se relevèrent.Le comte fut le premier à recouvrer son sang-froid.— Mon Dieu, ma toute belle, regardez-moi ces étourneaux, comme ils ont l'air penauds.Vous vous rappelez, mon cher coeur, comme vous et moi, nous sûmes nous débarrasser de nos parents în pareille occasion?— Allez écouter le Te Deum à la cathédrale et si vous voyez soeur Marie-Catherine présentez-lui mes amitiés.Elle n'a pas peu contribué à me faire apprécier le reste de la famille, dit aimablement madame de Ramand.Mais Colombe qui avait décidé qu'elle ne s'était que trop mêlée d'affaires mondaines demeura invisible.• • • Gourdaine et Michel s'arrangèrent pour se trouver à la place même où ils s'étaient vus presque une année auparavant.Jamais les chants religieux ne leur avaient semblé plus beaux; jamais les paroles de monseigneur de Saint-Valier ne les avaient autant touchés.EP1LOCUE 7 novembre 1691 Pour la troisième fois, Gourdaine avait vu naître et mourir les splendeur d'un automne au nouveau-monde.Mais cette fois, c'étaient ses arbres à elle qui avaient revêtu ces couleurs somptueuses et qui maintenant tendaient vers le ciel de grands liras décharnés.Le paysage qu'cll.voyait de la fenêtre de ce que madam, de Ramand refuserait certainement d'app» 1er un salon n'était pas triste.La neigt sur l'épaule, brandissant une demi-douzai l'habillait avec une grâce de conte d.fées.Les maisons de bois des colons qu.Michel avait eu la chance de trouve i facilement étaient très joliment groupée Michel traversait la cour son mousque-sur laquelle se jouait un soleil tardil ne de perdrix qu'il montrait ainsi à Ja< ques Lenoir qui fumait sa pipe à u fenêtre comme d'habitude.Gourdaine sourit en pensant à ce qut tout ce que son mari avait mis dans s.vie; à ses tendresses secrètes, à sa rudesse qui la faisait se sentir si délicieusemem féminine, à cette soudaine lueur qui mei tait dans ses yeux clairs quelque chose d, chaud, de vibrant; à ses faiblesses aussi les prétextes qu'il trouvait pour aller à b chasse alors que tous les garde-manger-étaient bourrés à craquer, ses petite-vanités d'homme fort — Sont-elles belles?dit-il en entrani agitant les perdrix.— Magnifiques, dit Gourdaine les sai sissant avant qu'il n'ait eu le temps de les jeter sur un des beaux fauteuils de velours rouges.Il est temps de vou< habiller.Mes parents vont arriver d'un moment à l'autre.— C'est donc pour cela que vous ête-si jolie.Que tout ce bleu vous va bien Il y a des siècles que je ne vous ai vue Il l'attrapa par la taille, l'embrassa dan-le cou.Elle se dégagea en riant: — Ma mère va dire que J'ai épousa un sauvage.— Pas du tout Je vais mettre mon habit de cérémonie, épée au côté, comme si j'allais faire hommage à monsieur de Frontenac.Ce ne sera pas de trop pour la com tesse de Ramand, dit la jeune femme d'un ton sérieux.Il alla suspendre son mousquet au-dessus de la cheminée, se retourna, très grave soudainement: — Gourdaine, que va-t-elle penser de notre installation?Est-ce que je tiens ma promesse?Est-ce que je vous rends heureuse?— Que de questions inutiles! Avouez que vous cherchez tout simplement à retarder le moment de passer votre bel habit.Mais l'expression de son visage démen tait la légèreté de ses paroles et le jeune homme y trouva la réponse qu'il désirait.Il grimpa les escaliers avec une prodigieuse rapidité.Gourdaine alla porter les perdrix à la cuisine, les donna à Martine qui bougonna d'abord mais qui se radoucit quand la jeune femme lui eut rappelé combien monsieur de Ramand en était friand quand elles étaient préparées d'une certaine façon dont elle seule avait le secret.La jeune femme considéra la grande salle d'un oeil affectueux.Elle en aimait les contrastes.Les beaux fauteuils rouges que sa mère lui avait donnés et les sièges de bois confectionnés par Mathurin Jacquet; les tapisseries venant de France et ce petit tapis que Colombe avait fait et qu'elle avait cloué au mur parce qu'il était bien trop joli pour qu'on marchai dessus, les belles assiettes de porcelaine qui ornaient le dessus de la cheminée et les trois mousquets qui les surmontaient le banc rustique pour les soirs où on LA REVUE MODERNE — JANVIER 104' 45 avait beaucoup de visite et son épinette délicatement peinturlurée.C'était comme une union de la vieille et de la nouvelle France.Et tout reluisait.Linette même ne trouverait rien à critiquer Deux vrais itadins.Linette et Jean-Louis Ils avaient refusé les terres que Michel voulait lour donner avec une horreur mal dissimulée Impossible d'imaginer Linette sans iti bavardages chez le boulanger ou |ean-Louis sans son verre de bière à la taverne.Ce qui était une chance.Qu'aurait fait madame de Ramand sans eux?Le premier regard de madame de Ramand comme celui de Linette irait vers ,a taille légèrement alourdie.* * * — Les voilà, les voilà.Tous les colons s'étaient mis au pas de leur porte pour assister à l'arrivée de la carriole.Monsieur de Ramand se dépêtra des fourrures amoncelées sur lui et leur envoya un grand salut.Les autres passagers descendirent plus posément, Linette portant avec orgueil un gros bébé joufflu.Ce furent des saluts et des exclamations à n'en plus finir puis on entra dans la grande salle.— Votre désert est charmant, dit la comtesse, mais.Et son regard amusé se posa sur le banc rustique.Les jeunes l'adorent, dit Courdaine en riant.Cela leur donne l'occasion de s*as-soir tout près l'un de l'autre.— Et c'est si bien tenu, s'écria Linette.— Mon travail, dit Courdaine en riant.Vous savez qu'on ne peut faire sortir Martine de sa cuisine et mes Hurons me casseraient mes assiettes.— Vous n'avez pas changé, dit la comtesse.Mais il y avait beaucoup d'affection dans sa petite moue de désapprobation.— Demain, nous irons chasser, n'est'ce pas mon gendre, dit monsieur de Ramand montrant les mousquets.— Je regrette mais c'est impossible.Demain, les censitaires viennent me payer leur cens et rente, répondit Michel.— Ah que voilà une belle coutume! dit madame de Ramand.— Je n'en suis pas si sûr, dit Michel en riant.Cela me coûte plus cher qu'à eux, ils m'apportent un chapon ou an minot de grains et en échange je leur donne la fête toute la journée.Madame de Ramand ne put s'empêcher d'agiter la question qui avait causé tant de trouble.— Au fond votre titre de seigneur n'est pas quelque chose de très sérieux.— Mais si.C'est moi qui rend la justice en ces parages.— Vous auriez dû le voir cet été, dit Courdaine, assis sous un chêne comme Saint-Louis.— Ce n'était qu'un érable, fit observer Michel.— Mais alors, vous représentez le roi, s'écria la comtesse.— Pas le moins du monde.Ceci est la fonction du capitaine de milice.Je l'ai choisi parce qu'ils est bon violoneux et les colons l'ont accepté pour la même raison.— Je n'y comprends plus rien, s'écria la comtesse ahurie.— N'essayez pas, ma toute belle, s'écria le comte.Je comprends encore moins comment Michel a pu bâtir une maison, défricher je ne sais combien d'arpents, établir des colons tout cela en l'espace d'une année.— C'est le nouveau monde, dit Gour-Jaine gravement C'était la veillée Des chandelles allumées étaient disposées un peu partout, mais c'était un luxe inutile Le grand feu de bois dans la cheminée aurait fourni assez de lumière à 'ui tout seul Tous les Jacquet étaient là at tous les colons des environs.Il y ^vait six couples sur le fameux banc.Tout le monde était vêtu de la solide étoffe du pays.Les femmes avaient ajouté quelque ruban ou dentelle à l'encolure et aux manches et cela leur donnait un air propre et coquet.Madame de Ramand avait changé.Elle s'était attachée à la religion de toute la force de son âme passionnée et ceci avait mis dans sa vie une grande douceur.Elle avait découvert pendant le siège que 'les gens du commun ont du bon".Avoir une parente comme domestique lui avait d'abord paru intolérable et c'était elle qui avait suggéré à Michel d'offrir des terres à Jean-Louis.Mais la situation s'était vite réglée à la satisfaction de tous grâce au tact de Linette qui jouissait infiniment de la chose mais se gardait bien de n'en rien montrer.Et elle avait découvert que son mari l'aimait Elle pouvait sourire quand comme, en ce moment par exemple, il faisait à une jeune habitante des compliments extravagants qui faisaient rire tout le monde.Après les récits de chasse qui avaient vite dégénéré en vantardises et histoires impossibles ponctuées de grands éclats de rire, Courdaine s'était mise à son épinette Sa mère eut un moment de regret en entendant la voix pure et jeune jouer avec ces airs légers.Elle aurait pu chanter dans un salon élégant au lieu de cette salle de ferme,- pour de nobles dames et seigneurs au lieu de colons un peu frustres.Mais les dames et seigneurs auraient bavardé entre eux au lieu de l'écouter avec cette flatteuse attention.Et y eût-il eu un Miche] pour la regarder avec cette admiration passionnée?Non.Le choix extraordinaire de sa fille était justifié.Courdaine.qui savait fort bien que le capitaine de la milice attendait avec impatience l'occasion de montrer ses talents, commença: A la claire fontaine, que le violon s'empressa d'accompagner et que tout le monde reprit en refrain.Beaucoup d'autres chansons suivirent.Les voix des hommes tonnaient à faire éclater les poutres du plafond Madame de Ramand qui avaient d'abord trouvé ce déploiement de bruit un peu vulgaire ne put résister au rythme entrainant d'Alouette.Puis on dansa, une courante d'abord en l'honneur de monsieur et madame de Ramand qui ouvrirent le bal avec dignité; puis des bourrées vigoureuses et enfin une farandole tellement folle qu'on ne pouvait plus danser à force de rire.Dans leur chambre blanchie à la chaux madame de Ramand dénouait la cravate de son mari.Elle aimait lui rendre ses services qui en faisaient un peu son enfant.— Eh bien, ma toute belle que vous semble de cette soirée dans un désert, dit le comte la figure encore illuminée de toute cette joie.— Un peu bravant mais fort joyeux.— Avouez qt.c vous ne vous êtes jamais uit.int amusée, — Ma foi, oui.Et conciliant ses anciens préjugés et ses nouvelles découvertes, elle ajouta: — Pourquoi ne vous feriez-vous pas donner une seigneurie par le roi en récompense de vos services?Nous l'appelle- I SALON A NEW-YORK 50 Eart 57th Street SALON À PARIS 7, Place Vendôme SALON À LONDRES 130 Ne»- Bond Street • Un rouge sombre et mystérieux, adouci par les âges, pour donner à la mode de la nouvelle saison une beauté riche et héraldique .dans le poli "Shimmer-Sheen" —le poli qui étincelle comme Tepee d'un ténébreux Chevalier, scintille comme les bijoux de sa Dame et trahit la chaude pression de sa main sur la sienne.Aux pharmacies et magasins à rayons 50(.LA REVUE MODERNE — JANVIER tÇ4Ô 4P rons Ramand et notre petit-fils pourra conserver le nom et peut-être le titre.Le comte voyait plutôt son petit-fils en coureur des bois.Mais après tout, comme Michel l'avait montré, les deux pouvaient s'arranger.— Mon cher coeur, dit-il en lui baisant la main, vous n'avez que des idées admirables.Gourdaine se coiffait pour la nuit.Michel, à la fenêtre, contemplait son domaine sous la lune, par ancienne habitude de coureur des bois qui veut s'assurer avant de s'abandonner au sommeil qu'il n'y a pas d'ennemi rôdant aux environs.La jeune femme roulait pensivement une boucle sur son doigt: — Michel.Il se retourna, lui sourit: — Pourquoi cet air si sérieux?En tout, vingt pays, que la terre, 1e climat, le relief ont modelés pour en faire une mosaïque de couleurs, de ressources, de sentiments et de volontés.L'un des plus petits, le Nicaragua, a déjà l'étendue de l'Angleterre; le Brésil, qui est un monde a lui seul, contiendrait près de 93 fois le Portugal qui l'a découvert.Quelle est l'apparence de cette terre?Le découvreur du Mexique, Femand Cor-tez, de retour en Espagne où on lui demanda de décrire le pays qu'il venait de visiter, imagea sa réponse en crispant entre ses mains un rude papier.En effet, la terre de l'Amérique latine est accidentée.La surface du Mexique et de l'Amérique centrale est traversée du nord au sud par des chaînes de montagnes qui enclavent entre elles des plateaux; sur les versants oriental et occidental de ces montagnes, naissent les terres basses qui rejoignent rapidement la mer, l'Atlantique ou le Pacifique.Iles montagneuses, les Antilles ont suffisamment de terres planes pour permettre à l'homme d'y vivre économiquement.La configuration de l'Amérique du Sud est celle de l'Afrique: renflement au nord, pointe effilée au sud-est, comme un trian-cle.Un sénateur américain a déjà affirmé qu'elle épousait la forme d'un jambon, et î joutait-il, l'onde Sam est une bonne fourchette.Du Pacifique à 1'Atlantique, la montagne, la plaine et le plateau se succèdent et composent les trois éléments des replis terrestres Les Andes longent la partie ouest sur une longueur de plus de 4000 mïîles, du Chili à la Colombie,- par le Vénézuclla, elles rejoignent les hauteurs des Antilles.Leur largeur varie de 80 à 400 milles, et leur hauteur atteint parfois 20,000 pieds.A cause d'elles, le Chili, la Bolivie, le Pérou, l'Equateur et la Colombie tournent le dos à d'intérieur de l'Amérique du Sud et regardent vers le Pacifique.La construction du canal de Panama a contribué largement à améliorer les communications de ces pays avec l'Europe et l'est des Etats-Unis.La Colombie, comme d'ailleurs le Mexique et l'Amérique centrale, à l'exception toutefois du Salvador, possèdent des côtes sur l'Atlantique et sur le Pacifique.Sur la pente orientale des Andes, débute la plaine, immense, une des plus grandes du monde, "plate comme une table de billard", signale Siegfried.Elle se divise en trois: la plaine de l'Orénoque, elle de l'Amazone et la pampa du sud.A l'est de l'Amérique du Sud, se trouvent — Ne regrettez-vous pas votre vie errante parfois?La découverte d'une belle rivière, les courses dans les bois profonds, les.enfin toutes ces choses dont vous parliez à mon père ce premier soir où vous êtes venu à la maison.Michel lui prit les mains.Ses yeux étaient infiniment plus éloquents que ses paroles.— Non, jamais.Et parce que le moment était lourd d'une émotion à laquelle il ne voulait pas se laisser aller, il ajouta légèrement: Mais il ne me fallait pas moins d'une comtesse pour me consoler de ne plus être un coureur des bois.et qui joue de l'épinette.t un des rares qui n'entretiennent pas des relations diplomatiques avec l'U.R.S.S.; peu importe, l'Espagne républicaine est communiste II est vrai, enfin, que la Russie n'envoie aucun soldat dans la péninsule et ne livre du matériel que lorsqu'il est payé comptant, en or,- peu importe, l'Espagne républicaine est communiste.Elle finira par être obligée de l'être un peu, car les communistes espagnols et étrangers, inquiets des progrès du fascisme, lui apportent leur soutien et même leur sang, cependant que tous les partis capitalistes, effrayés une fois de plus par les affirmations péremptoires de la propagande fasciste, souhaitent la victoire de Franco, chef de l'insurrection, comme certains hommes, en France, finiront par souhaiter la victoire de l'Allemagne, avec le même souci de barrer par les armes le chemin au communisme.Ce qui est surprenant, c'est que le gouvernement français de 1936, présidé par M.Léon Blum, se soit laissé entraîner lui-même par la conjuration anticommuniste.Sans doute, ce n'était pas un gouvernement proprement socialiste, mais c'était tout de même, selon la définition qu'en donnait son chef, un gouvernement à direction socialiste.Il aurait dû prendre une attitude hostile au fascisme, ce qui eût été conforme, non seulement à la doctrine dont il se réclamait, non seulement aux intérêts certains de la France, mais plus simplement, au droit international et aux principes de la Société des Nations, qui obligeaient tous les Etats membres de l'organisation mondiale, non seulement à respecter, mais à maintenir, à défendre "contre toute agression extérieure l'intégrité territoriale et l'indépendance politique de tous les membres de la Société".L'Espagne ne cessait de rappeler cette obligation.Elle la connaissa.t d'autant mieux qu'elle était le seul pays au monde qui eût incorporé le pacte de la Société des Nations dans sa constitution.Cependant, le gouvernement de M.Blum resta sourd à ses appels,- qui pis est, il proposa au gouvernement britannique, qui peut-être l'avait inspiré, d'ériger en principe la non-intervention en Espagne, ce qui eut pratiquement pour effet de laisser le champ libre à l'Italie fasciste et à l'Allemagne hitlérienne.Il est possible que M.Blum ne se soit pas résigné de gaieté de coeur à une telle politique.Mais la conjuration anticommuniste était trop puissante, sa propagande trop bien rémunérée, pour lui permettre d'en suivre une autre.Bon gré, malgré, il dut faire à ce moment le jeu du fascisme.Les conséquences faillirent en être désastreuses pour la France et pour se' Alliés.Qu'on y songe bien! Si la résis tance des républicains espagnols n'avait pas été aussi héroïque, s'ils avaient cédé plus tôt à un découragement que la politique de non-intervention eût ample ment justifié, si cette guerre n'avait pa-duré deux ans et demi et n'avait pas été aussi épuisante pour l'Espagne, nul doute que Franco ne se fût rangé dès 1939 aux côtés d'Hitler et n'eût permis aux armées du Reich non seulement d'attaquer la France, mais aussi l'Afrique sur laquelle il ne cachait pas ses visées Qui peut dire avec certitude ce qu'eût été alors l'issue de la deuxième guerre mondiale' LAISSEZ VOTRE ENFANT VOUS AIDER AUX TRAVAUX MÉNAGERS Par Meredith Moulton Redhead, Ph.B.Conseiller sur l'Alimentation Infantile — Heinz Home Institute QUAND vous laissez votre enfant toucher à tout à la cuisine pendant que nous préparez les repas — jouer à essuver, halayer ou faire les lits—il vous retarde plus souvent qu'il ne vous aide.Pourtant, en participant ainsi aux travaux ménagers, l'enfant apprend beaucoup de choses.Non seulement cela lui fait comprendre qu'il est utile et aimé, mais cela l'aide à devenir habile et crée chez lui un sentiment de responsahilite.L'ne alimentation con\cnahlc contribue au bonheur de l'enfant.Vovez à ce que votre enfant mange des aliments nourrissants autant que délicieux—comme les Aliments Heinz pour Bébés.Leur qualité est contrôlée depuis la cuisine où ils sont préparés jusqu'à ce qu'ils arrivent au consommateur—afin de donner au behé ce qu'il \ a de meilleur.Remarquez la difference dans la saveur, la couleur et la consistance des ALIMENTS HEINZ POUR BEBES LA REVUE MODERN! — IANVIER IQ46 48 Ne soyez pas fROmUSë.' Pourquoi être la ceodrillon de U cuisine?Ne frottez pas les casseroles souillées et tachées avec des lavettes molles et gluantes.Laissez le tampon Brillo, en fibre métallique, accomplir la tâche! Avec Brillo, une casserole sale devient propre comme une assiette.Vite! Facilement! Achetez du Brillo aujourd'hui! Tampons Saponifiés Brillo — boite rouge.Ou Nettoyant Brillo, tampons et savon séparés — boite verte.Fait briller l'aluminium Le canari est un si gentil petitfavoii— pas étonnant que les enfants aiment ce chanteur! 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Pourtant, lorsque Hitler, oubliant les assurances qu'il avait données personnellement à M.Chamberlain, ne se contenta pas de la région des Sudctcs qu'on lui avait offerte à Munich et disloqua l'état tchécoslovaque en annexant la Bohème et la Moravie, la Grande-Bretagne se ressaisit et amena la France à se joindre à elle pour donner à la Pologne une promesse d'aide immédiate dans le cas où elle serait attaquée par l'Allemagne; car, dès ce moment, il était évident que cette attaque se préparait.Les conservateurs anglais -'étaient enfin aperçus que le national-socialisme les menaçait plus immédiatement que le communiste.Le geu vernement britannique entendait mettre un terme aux agressions allemandes.Malheureusement, lorsque le conflit éclata, le premier septembre 1939, l'anticommunisme avait fait de véritables ravages dans le moral de la France que sa position géographique destinait à supporter tôt ou tard le choc des armées allemandes En effet, l'anticommunisme avait pris violemment parti pour l'Italie dans l'affaire des sanctions, et voyant, à tort ou à raison, dans l'Angleterre une ennemie du fascisme, il avait été conduit, par un singulier paradoxe, à mener une violente campagne contre l'Etat le plus conservateur du monde, la Grande-Bretagne.Cette campagne avait repris de plus belle, et pour les mêmes raisons, lorsque le gouvernement de Londres avait décidé de résister à Hitler et, au besoin, d'entrer en guerre contre lui; elle atteignit son paroxysme au cours de la guerre, sous le gouvernement de Vichy, et l'on ne saurait affirmer que, même à l'heure actuelle, elle ait entièrement cessé.La cohésion entre les deux grandes démocraties occidentales s'en trouva, dès le début de la guerre, très compromise, car la radio et Stuttgart, dans son action démoralisatrice, trouva des oreilles françaises toutes préparées à recevoir le fameux slogan qui partageait ainsi la contribution aux combats: aux Anglais, les machines, aux Français, les poitrines.L'anticommunisme avait aussi ruiné le pacte franco-soviétique, ce qui ne saurait surprendre.Dès le mois de janvier 1938, à Moscou, l'un des députés présents à la réunion commune du Soviet suprême et du Soviet des nationalités avait violemmenr critiqué la politique française et s'était demandé si le pacte franco-soviétique existait encore.Il devint de plus en plus évident qu'il n'existait plus du tout, pas plus d'ailleurs que le pacte de la Société des Nations, auquel il se référait expressément et qui avait disparu, à peu près pour les mêmes raisons.Enfin, l'anticommunisme avait profon dément et directement miné le moral de la nation.Les partis de droite avaient été, jusqu'à l'époque de l'affaire italo-éthiopienne, les représentants traditionnels du patriotisme le plus intransigeant, les défenseurs jaloux du prestige de la France, les contempteurs du pacifisme bêlant A partir de cette époque, ils ren-\ersent complètement leur position Ce sont eux qui conseillent de faire des concessions à l'Italie qui insulte la France et surtout à l'Allemagne de Hitler, alors qu'ils traitaient avec tant d'arrogance l'Allemagne de Weimar.Ce sont eux qui se montrent partisans de la paix à tout prix, qu'ils dénonça ent autrefois comme une lâcheté.Dès lors, l'incertitude s'empare des âmes et lorsque la catastrophe de juin 1940 se produira, le maréchal Pétain et Pierre Laval pourront aisément bâtir sur ce sable mouvant l'éphémère édifice du gouvernement de Vichy.Sans l'anticommunisme, il n'est pas cer tain que la guerre eût éclaté.Sans l'anti communisme, il est par contre certain que la France n'aurait pas été défaite, physiquement et moralement, dans le* conditions où elle l'a été en 1940.On ne saurait imaginer aujourd'hu échec plus complet de cette politique.Son résultat le plus clair, c'est qu'en mettani l'Allemagne dans une situation telle qu'elle dut, pour des raisons purement militaires, déclarer la guerre à l'U.R.S.S., l'anti communisme a finalement permis au dra peau rouge de flotter à Berlin et que, dans toute l'Europe orientale, les petits Etats qui, autrefois, regardaient vers l'Oc-udent, tournent maintenant les yeux vers la Russie.Que la lutte contre le communisme soit moralement légitime ou non, nous n'en discutons pas en ce moment.Que les partisans du système capitalisme, avec tout ce qu'il comporte de profits pour quelques-uns et de liberté pour tous, le défendent opiniâtrement, on peut s'en indigner ou, selon son opinion, y applaudir.Mais il est une chose à laquelle tout le monde est intéressé, c'est qu'il faudrait veiller à ce que cette lutte n'eût pas des effets aussi désastreux que par le passé.Car cette lutte n'est pas terminée.Elle s'est seulement compliquée de rivalités impérialistes.La Russie a dû faire pour lutter contre l'Allemagne, un effort si considérable que ses dirigeants ont fait jouer tous les ressorts de l'âme nationale C'est ainsi que la religion elle-même a été mise au service de la patrie et que les vieilles traditions de l'emDire des Tzars ont été remises en honneur.Un nouveau nationalisme est né en Russie, qui a enflammé le courage des soldats ei qui, maintenant, exige une contrepartie immédiate pour leurs sacrifices.C'est pour cela que la Russie s'est annexé des tern toires importants; c'est pour cela qu'elle a voulu s'assurer des zones d'influence; c'est pour cela qu'elle entend se réserver des débouchés dans le monde.A de telles exigences, il était fatal que se heurtasjeni d'autres exigences rivales.On serait tenté de penser que ces riva lités impérialistes n'ont plus rien à vow avec l'anticommunisme, on pourrait y voir au contraire, une preuve nouvelle de l'évolution de la Russie, qui s'éloignem de plus en plus du communisme, tel qu'elle s'était primitivement efforcée de l'appli quer.Ce sont là des conclusions trop hâtives car, quel que soit le régime actue! de la Russie, il est demeuré anticapitaliste, et c'est cela qui importe.Le terrain sur lequel les adversaires s'affrontent a pu changer, les moyens qu'ils emploient peuvent différer; la lutte continue.Et lors qu'on voit avec quelle âpreté elle est parfois menée, on peut se demander, non sans inquiétude, quelles en seront le» conséquences.Dès maintenant, les espoir* qu'on avait mis dans une entente univer selle des peuples ne semblent-ils pas se perdre dans un horizon tourmenté?Tant de ruines, tant de souffrances auront-elles été accumulées, endurées en vain, parce que, de part et d'autre, on n'aura pas pu surmonter des défiances qui se nourrissent les unes des autres?I Collaboration particulière à la "Revue Moderne".) LA REVUE MODERNE — 1ANVIEH LA MOI H I II MMIMI M \lltl (Suite de la page 14) les combiner avec d'autres éléments et ,htenir la substance que nos élégantes onnaissent bien.En combinant ces molécule» d'autre façon, le chimiste a tiré du même charbon un caoutchouc synthétique nettement supérieur au caoutchouc naturel, le néoprène.Tentons une comparaison.Le ver à soie produit un fil dont nous faisons un tissu.Chacun de ces fils se compose de milliards Je molécules.On voudrait que le fil de ;oie possède plus de résistance, plus d'élasticité, mais ce rêve reste irréalisable, parce que même si on le lui demande, le bombyx fu-,e obstinément de modifier le train moléculaire de ses fils.Mais dans le cas du nylon, 1« chimiste agence le train moléculaire comme il lui plaît.Il peut ren-forcir les maillons de la chaîne à volonté Voilà pourquoi le nylon est bien supérieur à la soie sous divers aspects.N'allons pas croire cependant que le himiste soit magicien et qu'il lui suffise Je mêler quelques ingrédients dans une ornue pour effectuer des miracles.La Jécouverte du nylon a exigé des millions Je dollars et des centaines de chimistes.Il a fallu d'autres millions et des centaines Je techniciens pour construire l'outillage nécessaire à la production commerciale de :ette nouvelle substance.Mais le nylon est vraiment un succès merveilleux.A l'heure actuelle, le chimiste obtient des filés de diamètres fort varié.Le nylon peut servir à mille usagesI Vous -ongez surtout, lectrices, aux gaines qu'on en fait pour vos jolies jambes, ou à la double demi-sphère que la pudeur nous retient de nommer, mais à présent que la guerre est terminé" dans le Pacifique, les filés de nylon de divers calibres servent à fabriquer des chemises, des cravates, des lacets, des brosses à dents, des brosses industrielles, des tentures, des cordes de violon (mais oui!) et même du fil de .-uture, pour ne rien dire des câbles, des maillots de bain, des gants, des tricots, et le reste.Le nylon marque donc une nouvelle étape du progrès matériel, un nouveau degré dans l'affranchissement de l'homme.Cette découverte vient d'ailleurs après :elle de la rayonne, qu'il ne faudrait pas oublier, et dont l'existence est également due au chimiste.Cette transformation du bois en une étoffe souple et peu coûteuse nous a rendu et nous rend encore d'appréciables services, et la guerre nous aurait é^é beaucoup plus pénible si nous n'avions ou compter que sur le coton sud-américain.A l'heure actuelle, le chimiste poursuit de nouvelles expériences dont plusieurs -eront sûrement couronnées de succès.Ainsi, la grande compagnie américaine Dupont de Nemours a trouvé le moyen de produire une laine d'arachide qui permet Je fonder de grands espoirs.Cette laine synthétique, Temporairement nommée Mail, Je fabrication moins coûteuse que la laine laturelle.Dans un tissu où l'ardil et la laine de mouton entrent en parties égales, il est impossible de déceler la différence à l'oeil nu Sans doute parait-il incroyable que l'arachide, que la vulgaire "peanut" puisse Jonner une laine souple et soyeuse parce lue le chimiste a modifié son train moléculaire?Ce n'est guère plus difficile à :roire que le cas du bois transformé en r'iyonne, ou de la houille métamorphosée fn nylon.Au fait, j'allais oublier de mentionner que l'ardil ne rétrécit pas au lavage et que les mites n'ont aucune prise sur elle! Laissons donc le chimiste se pencher sur l'avenir et passons au cas des tissus semi-synthétiques, c'est-à-dire de ces tissus à base de produits naturels, mais transformés par traitement chimique.Ces tissus n'ont pas tous la valeur des nouvelles étoffes entièrement synthétiques, mais si certains d'entre eux constituent une assez bonne substitution pour quelques produits naturels absents du marché, d'autres, par contre, sont nettement supérieurs aux articles qu'ils remplacent.En tête de la liste, j'inscrirais les tissus enduits de pyroxiline, à laquelle on ajoute parfois d'autres substances chimiques, ainsi que des pigments.Ces tissus, d'épaisseur et de consistance variées, se vendent dans le commerce sous différents noms.Au Canada, ils sont pour la plupart fabriqués par la Canadian Industries Limited, et la marque de commerce la mieux connue est sans contredit le "Fabrikoid".Le tissu enduit de pyroxiline sert à la fabrication d'innombrables articles Nappes cirées (pour employer un terme populaire), souliers d'été, chaussures d'enfants, stores, sacs à main, gants, toiles de lit, imperméables, bonnets de bain, coupe-vent, tabliers de travail, reliure, le "Fabrikoid" et les tissus apparentés semblent se prêter à tout.Le tissu de base est imprégné de pyroxiline (une gelée chimique) par calan-drage entre des presses puissantes.S'il s'agit d'obtenir une sorte de cuirette, pour les souliers ou les sacs à main, on lui donne à volonté l'aspect du chevreau, de la peau de porc ou d'alligator ou encore du cuir à grain repoussé.Pour en faire une nappe, on traite le tissu différemment.Les imperméables fabriqués de ce tissu ont sur les imperméables de caoutchouc naturel l'avantage de résister beaucoup mieux à des éléments qui détériorent le produit ordinaire en un rien de temps.L'industrie fabrique aussi depuis plusieurs années un produit appelé "Doe-Tex", qui ressemble beaucoup au suède et qui se prête aux mêmes usages.Un autre aspect fort séduisant de la chimie dans le domaine vestimentaire: l'emploi de substances qui rendent les étoffes invulnérables au feu et à l'eau On dispose en effet d'éléments chimiques qui rendent une robe de soie ou une mante de laine absolument hydrofuge.J'ai vu, de mes yeux vu, certaine jeune fille portant une robe ainsi traitée rester dix minutes sous la pluie sans que la robe ne fût même humide.L'eau glisse littéralement sur l'étoffe comme sur le dos d'un canard.La même robe, traitée avec un élément ignifuge, s'est carbonisée lentement au contact du feu.Normalement, les flammes l'auraient consumée en dix secondes.Or, grâce à la protection chimique, le tissu s'est carbonisé sans éclater en flammes.Je veux bien croire que cette protection n'est pas d'importance primordiale pour un vêtement, mais songez à ce qu'elle représente pour les rideaux, les tentures, et les autres étoffes facilement inflammables et qui sont si souvent à l'origine des incendies domestiques.Quoi qu'il en soit, et si précieux qu'il nous ait été, l'ancien rôle de la chimie dans le domaine vestimentaire ne peut se comparer, quant à l'importance, à celui qu'elle est appelée à jouer dans l'avenir.Qu'on me permette d'in^ster une dernière fois sur le fait que la science ne fait que commencer à explorer le domaine de la molécule.Rien, maintenant, ne semble devoir limiter ses possibilités.Au Canada surtout, où la majeure partie des tissus sont importés de l'étranger, l'étoffe chimique résoudra d'importants problèmes économiques.Notre climat ne se prête pas à la culture du coton, mais nous disposons par contre de vastes réserves forestières qui permettent de fabriquer toute la rayonne dont nous avons besoin.L'élevage du mouton reste restreint et, de toute façon, notre industrie pourrait difficilement concurrencer les lainages anglais, mais peut-être la laine d'arachide ou d'autre substance diminuera-t-elle avant longtemps l'importance de la laine australienne ouvrée en Angleterre.Il nous est impossible d'obtenir de la belle toile de lin, car nous n'avons pas la qualité d'eau nécessaire à certain traitement qu'exige sa filasse; nos longs hivers ne se prêtent pas non plus à la sériciculture.Nous avons par contre des gisements de houille dont on peut extraire d'énormes quantités de nylon.Enfin, l'arbre à caoutchouc ne saurait s'accommoder de notre climat, mais le caoutchouc tiré du charbon remplace l'autre fort avantageusement.Quelles que soient donc les conditions extérieures, que certaines récoltes se fassent rares, que le prix de la main-d'oeuvre s'élève à l'étranger, que les grèves paralysent les filatures européennes ou le transport de la laine et de la soie, le Canada se trouvera graduellement dégagé de toutes ces contingences.Il reste encore que les tissus chimiques ou semi-synthétiques de fabrication canadienne assurent l'embauchage d'une quantité de citoyens, alors que les tissus importés retenaient jadis la main-d'oeuvre des autres pays, et cet aspect de la question économique n'est certes pas négligeable à l'époque où nos industries se mettent martel en tête pour procurer du travail aux démobilisés et à ceux qui ont passé la guerre dans les industries militaires.J'ai omis délibérément d'insister sur les qualités supérieures de la plupart des produits chimiques vestimentaires comparativement aux produits naturels.Certains de ces produits, je l'ai dit, sont inférieurs sous le rapport de la durée en service.Ainsi, pas un seul tissu enduit de pvroxi-line ne peut valoir autant, sous ce rapport, qu'un cuir de bonne qualité.Mais c'est l'exception des cas.Je ne voudrais pas, cependant, qu'à cause de cette exception, certains lecteurs s'exposent à une déception et, concluant du particulier au général, se fondent sur cette déception pour condamner d'emblée les prodiges de la chimie moderne.A tout événement, les deux prochaines décades nous auront entièrement affranchis des conditions rigoureuses que nous impose une nature sans cesse hostile.1! ne sera plus nécessaire de nous contenter des éléments que cette nature veut bien mettre à notre disposition.Nous ferons mieux qu'elle et il nous ennuiera de moins en moins d'être créés sans toison ni plumes Et comme d'habitude, nous nous habituerons vite à des merveilles qui échappent le plus souvent à notre compréhension.Plus d'une élégante fera l'éloge de ses bas de nylon qui n'aura jamais entendu parler de la molécule, et le dandy qui portera demain une cravate de même substance ignorera sans doute que celle-ci lui vient d'un gisement houil-ler.Monsieur et Madame en profiteron; quand même: c'est l'essentiel.Le renvoi d'évier bouché de graisse et de saleté se remet vite à couler lorsque vous employez la Lessive Gillett.Rien de plus facile .saupoudrez sim- fABBICAnON CANADIENNE plement la Gillett pure dans l'évier.La Gillett sert aussi à toutes sortes de nettoyages, fait reluire les bols de cabinet, écure les cuves à laver.Achetez-en aujourd'hui.Se faites jamais dissoudre la lessive dans l'eau chaude.L'action de la lessive elle-même réchauffe reau.LESSIVE GILLETT PILULES MATERNELLES t KS 1-11,1 LKH BiiKiiienlrnl lu «Acrfllon du lui rhri la femme et lui permettent de nourrir Hun enfant aussi longlemp» qu'elle le veut sans avoir nés trouble* i.( .(.- Les pilule* maternelles sonl cfftrace* dans les ras de dysménorrhée, renies douloureuses, trop abondante* ou trop fréquentes ches les femme* et Jeune» fille*.rltant roui posées d'extraits de _ i - fininimnlre*, etc., ces bonne* pilu- le* lut orl-M-nt le dé\ •¦ l¦ •[• i" -me hi du bu M* et -.ii perfectionnement chfi I» femme *-l lu Jeune fille.Demander à votre médecin de vous prescrire les 11>0 Pilules Miitcrnelles ou en\oyes 9t.0© en mandat-poste au Or JOS.COMTOIS, M.D.st - Hurt hélémy, I*. (Suite de la page 13) le motif de la cavatine de La ])onna del lac/o (la Dame du Lac), de Rossini, o mante lac/rime per le versai.Ce fut un Frédéric Chopin comblé de bonheur qui revint sur la scène remplacer Constantia, qui venait de chanter d'une façon admirable.Enfin, le 1er novembre 1830, Chopin part pour Vienne.Mais cette oublieuse rapitale ne se souvient déjà plus de l'artiste qu'elle avait tant applaudi au mois l'août 1829.Il note dans son petit carnet Je poche: "M'aimait-elle ou jouait-elle son rôle?Combien c'est difficile a deviner Oui ou non?Oui, non, oui, non?.Oui, c'est sûr.Mais qu'il en soit selon sa volonté".Toutefois les deux années écoulées depuis son premier feu pour Constantia Cladkowska ont déjà fourni des oeuvres admirables: la Valse en Ré bémol majeur, îpus 70 no 3; les esquisses de ses Etudes, le Nocturne en Si bémol mineur, opus 9, no 1,- le Concerto en 'Mi mineur, opus 11; le Concerto en 7a mineur, opus 21.Pourtant Frédéric ne devait jamais plus revoir Constantia.Deux ans après le départ de Chopin, elle épousa Joseph Gra-bowski, gentilhomme campagnard et gros propriétaire terrien.En apprenant le mariage de l'infidèle, Chopin écrit à sa soeur Isabella: "Je m'étonne avec toi qu'on puisse être aussi insensible.On sait qu'un beau château était une plus grande attraction.Oh! du sentiment il n'y en avait que dans son chant!" Mais le sort ne fut pas indulgent i Constantia.Les beaux yeux bleus que le poète musicien avait aimés se fermèrent à la lumière.L'amante infidèle devint aveugle.Et quand elle se mettait encore au piano pour chanter d'un air mélancolique la belle romance, Combien de larmes, j'ai versées pour toil de ses yeux, restés limpides malgré leur cécité, tombaient alors des pleurs.Après son arrivée à Paris, en 1831, Chopin trouva compensation à ces petits déboires professionnels dans son inclination pour une beauté célèbre: la com-'esse Delphine Potocka.Et lorsque cette enchanteresse venait visiter son ami Chopin, la règle était qu'elle apportât une Tise ou des orchidées que l'artiste mettait Temper dans un vase et qu'il contemplait -*ins fin, comme un Japonais s'enivre l'une estampe unique.Chopin immortalisa ette belle dame en lui dédiant la faneuse Taise en Ré bémol majeur, opus *4, no 1.Delphine avait vingt-cinq ans, un port majestueux, un visage mince, d'une délicate beauté, le front haut et soucieux des raies voluptueuses.Adam Mickiewicz, le plus grand poète polonais, disait qu'elle était 'la plus grande des pécheresses" et Zygmunt Krasinski, un des plus délicats poètes de la Pologne l'interpellait dans un de ses poèmes: *'ô toi, reste, car tu es la vraie beauté".Et le peintre Eugène Delacroix, qui fut le chef de l'école romantique, consignait dans son Journal au >ujet de cette femme, dont toute l'allure évoquait une déesse élancée et puissante: "Je n'ai guère rencontré quelque chose Je plus complet".Frédéric se laissa donc flotter dans le rayonnement sensuel de ce ^el animal d'amour.La voix somptueuse te Delphine l'enchantait.Il l'accompa-nait au piano, s'évertuait à la rendre apable de pensées sérieuses, d'autant que, à son avis, elle perdait sa vie en de vains plaisirs,- mais l'âme était prisonnière dans cette chair impériale Elle montrait de la persévérance en une seule chose, c'était son goût invincible du chan gc-ment et du divertissement Delphine garda toujours à Chopin une affection tendre et sincère, et il est même sûr que, toute sa vie, elle l'aima d'amour Les seules lignes d'elle à l'artiste qui se soient retrouvées en fournissent un té moignage discret "Je ne t'ennuierai pas par une longue lettre, mais je ne veux pas rester plus longtemps sans nouvelles de ta santé et de tes projets d'avenir Je suis triste de te sentir abandonné et solitaire.Ici mon temps se passe de façon ennuyeuse et je souhaite de n'avoir pas plus de désagréments encore Mais j'en ai assez.Toutes les personnes à qui j'ai fait du bien m'ont payée d'ingratitude Au total la vie n'est qu'une immense dissonance.Dieu te bénisse, cher Chopin, Au revoir".Les jours froids de l'automne 1849 arrivaient et, plus que jamais, la mort s'acharnait sur Chopin, comme un démon qui «'agrippe, et il voulut revoir sa très chère amie Quand Chopin, agonisant, sut que sa helle Delphine, qui arrivait de Nice, d'où une dépêche l'avait rappelée, se trouvait dans son salon, il dit: "C'est donc cela que Dieu tardait tant à m'appeler i lui, il a encore voulu me laisser le plaisir de la voir".A peine se fût-elle approchée de son lit, que le mourant exprima le désir d'entendre chanter la voix qu'il avait aimée Etouffant ses sanglots, la comtesse chanta des airs qu'ils avaient appris ensemble lors du premier séjour de Chopin à Paris Et en écoutant ces extraits de la mélodie éternelle, le visage du grand compositeur montrait que ce monde nouveau n'était que bonheur, tendresse et musique Cest à Paris que Chopin fit la connaissance de la princesse Marcefline Czartoryska, qui fut la plus brillante et la plus authentique des élèves féminins du maître,- et pour le dire en passant, une amie fidèle et dévouée.Le rôle qu'elle tint et qu'elle joua dans la vie du musicien polonais fut plutôt épisodique, mais rien n'empêche crue Chopin avait une affection toute particulière pour cette chère élève.En 1847, Chopin tombe gravement malade Mais ce n'est plus George Sand qui * le soigne,- c'est son amie Marcclline Un ¦ bulletin de santé est envoyé par celle-ci à Nohant."Encore ce chagrin-là à ajouter à tout le reste, riposte George le 7 mai Est-il vraiment sérieusement malade?Ecrivez-moi, je compte sur vous pour me dire la vérité et pour le soigner".Au début d'octobre 1848, Chopin est obligé de rentrer à Londres, après avoir visité l'Ecosse, pour se mettre tout de suite au lit.Il souffre d'essoufflement, de maux de tête, de rhume, de bronchite, enfin tous les symptômes habituels Comme toujours, la princesse Czartoryska qui le suit, le soigne et s'institue sa garde-malade.Revenu à Paris dès le commencement de l'année 1849, Chopin voit partout la mort car il est très faible et très souffrant Sa bonne et tendre amie lui fait visite Se peut-il qu'on puisse dire le caractère d'une femme par sa façon de se coiffer?-».1 par Nicole Beauchemin Htudiez avec soin ces coiffures créées par un grand artiste de New-York Bien plus que toutes les diseuses de bonne aventure du monde, coiffures et chapeaux vous diront comment vous peigner et vous coiffer les mois prochains Vous avez raison! La petite cloche avec la cocarde est posée sur une coiffure rappelant la coupe en coup de vent, une coiffure pour laquelle il faut des mèches souples, assez courtes.C'est un genre jeune, un peu frondeur, gamin.Tout à fait lendemain de guerre, quoi! Vous avez vu quelque part le tricorne et ces cheveux qu'un ruban retient sur la nuque?Où?Mais sur de vieilles gravures, des portraits anciens.Les soldats, au temps de la conquête, portaient de ces tricornes La petite toque savamment drapée c'est pour Madame.Une petite madame dont la mise est à la fois très soignée, très élégante, mais avec beaucoup de simplicité.C'est une mise de femme civilisée quoi1 .Raffinement que ces mèches serrées sur la tête après un mouvriueoi savant qui i» a .roisees pour donner de la ligne à la coiffure.Raffinement que ces petites boucles nichées juste sous le bord du chapeau.Et tout cela, c'est la mode de demain! (Salon BUa&heth Art en chei Robert Simpson » Montr««Ji 1 * REVUE MODERNE — JANVIER tÇ4Ô 52 ETES-VOUS PÂIE,FAI6LE?PARCE QUE VOUS SOUFFREZ ^* Voici un bon moyen de vous refaire du SANG ROUGE! 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cheveux, remédier cheveux gris, culture physique, beauté, psycholofrie, réussir.Errvoyei 10> à l'Institut, 3838, Rivard, Montréal 24.et sa présence le remet un peu 11 peut même sortir et se promener en voiture.Mais son état empire rapidement.Cependant l'idée de sa fin ne semblait pas l'affecter beaucoup.Dans les premiers jours d'octobre il n'eut plus assez de force pour se tenir assis.La princesse Marcel-line Czartoryska reprit son service de garde-malade auprès du mourant, passant à la place Vendôme la majeure partie de ses journées.Le 17 au soir, il fit ses adieux à ses amis.Appelant la princesse Marcelline et Mlle Cavaud, une autre de ses élèves, il leur dit: "Vous ferez de la musique ensemble, vous penserez à moi et je vous écouterai".La princesse Marcelline Czartoryska vécut encore quarante-cinq ans après la mort de son cher professeur.Elle ne manqua jamais l'occasion, avec son talent de pianiste transcendante, de faire connaître les oeuvres de son maître génial.Dans l'été de 1835, Chopin est invité chez ses amis Wodzinski, cette famille de grands propriétaires terriens, établie à Dresde pour quelque temps.Frédéric avait eu pour camarades, dans le petit pensionnat de son père, à Varsovie, les trois frères Wodzinski, Félix, Antoine, Casimir, et il connaissait depuis l'enfance leuT jeune soeur Marie.Marie Wodzinski n'avait que dix-neuf ans.Jolie, vive, gracieuse, avec de grands yeux noirs et une bouche charnue dont le sourire était d'une volupté ineffable.Ce qui ne nuisait pas, elle adorait la musique, surtout le piano, car Marie avait été autrefois l'une de ses petites élèves.Il la revoit.II est fasciné.H l'aime.Marie et Frédéric sont emplis d'une mélancolie heureuse.Le jeune musicien regarde la bien-aimée comme si, pour toujours, il voulait remplir ses yeux de sa beauté.Un mois entier s'égrena vite dans ces nouveautés passionnantes.Puis il fallut penser au départ.Mais alors sa peine se transforme en bonheur, un chant se met à sourdre dans son esprit et son coeur, car il a maintenant la certitude que Marie lui est promise.Rentré à Paris, Chopin se remet au travail avec ardeur.Son esprit, son coeur débordent de musique, et il compose avec fièvre.Il écrit.Il reçoit des lettres de Marie.Et voici ce que lui racontait la jeune fille dans l'une de ses rares missives où elle montre son coeur à nu."Quoique vous n'aimiez ni à recevoir ni i écrire des lettres, je veux pourtant vous donner des nouvelles de Dresde.Je vais donc encore vous ennuyer, mais plus avec mon peu.Samedi, lorsque vous nous quittâtes, chacun de nous se promenait triste, les yeux remplis de larmes, dans ce salon où, quelques minutes avant, nous vous comptions encore parmi nous Mon père rentra bientôt et fut désolé de n'avoir pas pu vous faire ses adieux.Ma mère en pleurs nous rappelait à chaque instant quelque trait "de son quatrième fils Frédéric" (comme elle le dit).Félix avait une mine tout abattue; Casimir voulait faire des plaisanteries comme à son ordinaire, mais ce jour-là elles ne lui réussissaient pas, car il faisait le paillasse moitié pleurant.Mon père se moquait de nous et il riait lui-même uniquement pour ne pas pleurer.A onze heures vint le maître de chant; la leçon alla fort mal, nous ne pouvions pas chanter Vous étiez le sujet de toutes les conversations.Félix me demandait toujours la TaUe (dernière chose que nous avions reçue et entendue de vous).Nous trouvions du plaisir: eux à l'écouter, moi à la jouer, car elle nous rappelait le frère qui venait de nous quitter Personne n'a diné: on regardait toujours votre place habituelle a table, puis aussi le petit coin Je Triiz.La petite chaise est toujours à sa place, et probablement il en sera ainsi aussi longtemps que nous occuperons cet appartement.Le soir, on nous conduisit chez ma tante pour nous éviter la tristesse de cette première soirée, i laquelle vous n'auriez pas assisté.Mon père vint nous prendre, disant qu'il lui serait impossible, ainsi qu'à nous, de rester dans cette maison ce jour-là.Nous éprouvâmes un grand bien à quitter un lieu qui renouvelait trop nos peines.Maman ne parle avec moi que de vous et d'Antoine.Mais je suis trop longue.La lettre de la petite Marie sera reléguée dans un coin après qu'on en aura lu quelques lignes."Adieu (tout simple).Un ami d'enfance ne demande pas de phrases.Maman vous embrasse tendrement.Mon père et mon frère vous embrassent sincèrement (non, c'est trop peu), le plus.Je ne sais déjà moi-même comment dire".L'année 1836 s'ouvre sous le signe de Marie.Il compose la fameuse Ballade en Sol mineur, opus 23, qui est le monument de son amour.II travaille, économise, et prépare son revoir avec Marie.II entreprend enfin au mois de juillet un voyage à Marienbad, la petite ville d'eaux autrichienne où l'attend sa bien-aimée.En revoyant Marie l'impression est si vive, qu'il ferme les yeux comme sous le choc d'une douleur.Mais le visage tumultueux de Marie le remet d'aplomb et lui rend sa confiance.Inutile de dire que les deux amoureux passèrent ensemble des jours de joie et de bonheur.Le 7 septembre, avant-veille du départ de Chopin pour Paris, Marie consentit à devenir sa femme.La mère de la jeune fille fut mise dans la confidence.Elle ne s'opposait pas au mariage, priant néan moins Frédéric de ne rien rendre public avant quelque temps.Il partit donc, emportant cette promesse et son désespoir Pourtant les Wodzinski écrivirent.Madame Wodzinski surtout.Cependant les malheurs arrivent toujours.Le courrier se faisait plus lent.Frédéric ne recevait plus des lettres de Marie à date fixe.Puis, ce qui était jadis des lettres de la bien-aimée ne devint plus que post-scriptums aux lettres de ses frères.Chopin sut alors que Marie lui échappait.La nuit était descendue entière, parce qu'il comprenait que Marie ne l'aimait plus.Il reçut une dernière lettre de Marie."Je ne puis vous écrire que quelques mots, en vous remerciant pour le joli cahier que vous m'avez envoyé.Je ne tâcherai pas de vous dire combien j'ai éprouvé de joie en le recevant, ce serait en vain.Recevez, je vous prie, l'assurance de tous mes sentiments de reconnaissance que je vous dois.Croyez à rattachement que vous a voué pour la vie toute notre famille, et particulièrement votre plus mauvaise élève et amie d'enfance.Adieu, maman vous embrasse bien tendrement.Thérèse à chaque instant parle de son Chopena."Adieu, gardez notre souvenir."MARIE".Chopin accepta en silence la rupture de ses fiançailles.Ses amis de Paris, en le voyant, se jetaient des regards anxieux : non seulement le pauvre Chopin était malade, mais encore paraissait-il comme un être détaché de ce monde, sans plus d'intérêts.Chopin écrivit sur les billets de Marie ces deux mots polonais: mola biéda, mon malheur.On retrouva après sa mort ce pauvre paquet, noué d'une faveur tendre En 1831, Marie Wodzinski épousa I, comte Joseph Skarbek, mais cette union lui parut bientôt un joug assez pesant Après sept années de mésentante, elle | u-obtenir de Rome une annulation de „ mariage malheureux.Elle se remaria av.-, un certain Orpiszewski, et, au bout dt huit ans, elle était veuve.Marie mourut en 1896, et elle n'ouhlij jamais Chopin.Constantia Cladkowska de vint aveugle, et Marie Wodzinska ne fui jamais heureuse en mariage.N'est-ce pai étrange que ces deux fiancées de Chopin connurent un destin si tragique?Parmi les amis qu'il se fit à Paris, il > avait Jane Stirling, une dame écossais qu'il aimait beaucoup.Cette riche héri rièr* était son élève depuis quatre ans r.l'une de ses plus amicales admiratn Aussi quand Chopin arriva à Londres lt 20 avril 1848, Mlle Stirling et sa soeui Mme Erskine, avaient pensé à tout, ei déjà l'on parlait dans le monde et les journaux, du séjour de Chopin.Mlle Stirling et sa soeur, qui adoreni Chopin, voudraient le traîner chez toutes leurs connaissances, mais bientôt la fatigue l'accable et ses crachements de sanp recommencent.Cependant il est reçu avec beaucoup de prévenances chez quel ques grands seigneurs et grandes dames le duc de Westminster, les duchesses dt Sommerset et Sutherland, lord Falmouth lady Cain thorough.Le 9 août, il quitte Londres pour l'Ecos se, où il se rend chez ses amis Stirling e' leur beau-frère, lord Torphichen, un vieil lard de soixante-dix ans, qui habite Calder House, à douze mille d'Edinburgh Là, Chopin connaît le calme et le repos Il ne peut rien désirer qu'il ne le reçoit immédiatement; on lui apporte même cha que jour les journaux parisiens, fi va sam direqu'aumanoirdeCalder House, la vie est agréable: matinées paisibles, promenade» en voiture l'après-midi et, le soir, musique Jane Stirling, était une noble femmf plus âgée que Frédéric mais encore fort belle.Ary Scheffer, le peintre français l'a peinte plusieurs fois, parce qu'elle re présentait à ses yeux le type de la beauté idéal.Frédéric aimait entendre la voix musicale de Jane, il aimait la légèreté de ses gestes, toute la physionomie exprès sive de cette femme suffisait à lui faire oublier ses soucis d'argent, sa mauvaise santé.Il aimait cette Ecossaise pleine de sincérité.On prétend qu'elle eût le désir d'épouser Chopin.A ceux qui lui en parlaient "autant la marier avec la mort, car je suis plus proche du cercuei' que du lit nuptial", disait-il.Mais le pauvre cygne s'ennuie.Il pense toujour* à George Sand.Il dédie pourtant à son hôtesse deux nocturnes d'un sentiment de profonde tristesse, le Nocturne en Ji mineur, opus 55, no 1 et le Nocturne e" 7>M bémol majeur, opus 55, no 2.Il part enfin au début de l'année 1849 pour retourner à Paris.Mais les finances de Chopin sont à zéro parce qu'il ne peut plus donner une seule leçon Quel ques mois plus tard, Jane Stirling donn.i tncore une preuve de son désintéresse ment en faisant tenir à Chopin vingt-cinq mille francs.Et ce cadeau de Jane mil fin aux soucis d'argent de Chopin, mais la mort avait déjà commencé son oeuvre II s'éteignit paisiblement le 17 octobre 1849, à 2 heures du matin.KwiatkowsW vint faire plusieurs dessins du visage i" mort, et il dit à Jane Stirling, parce qui' comprenait combien celle-ci avait aim' Frédéric: "Il était pur comme une larme (Collaboration particulière i la "Revue Moderne".) LA REVUE MODERNE — JANVIER i 04" 53 i.KS YEUX IH I'l It \ I \( III (Suite de la page 8) une folle tranche de rigolade, avait envoyé la lettre dont François s'était grisé, le trouva bien au rendez-vous, faisant le pied de grue entre deux lampadaires, encore étourdi d'avoir bu à la coupe de l'espérance.Ils passèrent en courant comme des diables dans la petite rue noire, et lorsqu'ils le croisèrent, l'un d'eux le coiffa magistralement d'un pot de goudron.Un mois durant, la rue Porte-Neuve se gaussa de cette spirituelle aventure; Ray-monde en fit avec succès, quelques années plus tard, le désopilant récit, le jour de iers de St-Boniface optèrent pour la non-intervention, assurant gue l'immeuble se trouvait dans les limites de IVinnipeg.in conséquence de guoi les flammes dévorèrent entièrement la bngueterie, évaluée à plusieurs milliers de dollars.* * * Les journaux ont raconté la mésaventure d'un citoyen de St-Louis, Illinois gui, incapable de régler une note de quinze sons au restaurant de Vête Cbulubax fut promptement abattu d'une balle de revolver en guise de châtiment Dieu merci, tout le monde ne se fait pas une aussi haute conception de la valeur de l'argent.Témoin cet employé de chemin de fer gui descendit du train, à Spokane.Washington, pour acheter en vitesse guclgucs sandwichs.En sortant du restaurant de la gare, l'homme constata gue son train venait de partir sans lui.31 ne fit ni une ni deux, smifa dans un taxi, donne la chasse au train et le rejoignit.six heures plus tard.Prix de la course: $110.lin pat cher pour les sandwichs, tout de même.* * * La police, puisgue nous en parlions, défend parfois mieux le bien à autrui gue sa propre maison.Ainsi, à Chicago, un cambrioleur s'est introduit '"'X quartiers-généraux de la police municipale, en gravissant l'escalier de auvetage jusqu'au septième étage et, après avoir limé le gros cadenas de la voûte de sûreté, y a fait main basse sur un gros paguet d'enveloppes contenant des preuves incriminantes contre une série d'individus devant être traduits en justice.Le plus étonnant, c'est que le cambrioleur a méprisé une liasse de $200,000 en billets de banque.Si la police de Chicago avait du latin, elle l'aurait sûrement perdu en l'occurrence! * * * A Davenport, Iowa, le soldat "Kenneth J.Schneider et le soldat Edwin R.Qould s enrôlèrent dans 1armée le même jour, au même bureau de recrutement, partirent pour outre-mer à bord du même navire, furent faits prisonniers au même moment, partagèrent la même prison, furent libérés le même jour, revinrent aux Etats-ltnis sur le même bateau, rentrèrent dans leur ville par le même train, furent démobilisés le même jour avec le même nombre de points.On se demande s'ils ne seront pas tentés d épouser la même femme.* * * A propos de limites, il y a des individus gui les ignorent à tous points de vue.A preuve ces deux Américains gui, ayant bu sans Imite, franchirent sans s'en rendre compte les limites de leur pays, franchirent également une bonne partie de territoire canadien et arrivèrent en fin de compte à Montréal.Mais les autorités canadiennes ne voulurent pas être en reste: avec une bonne grâce sans limite, elles reconduisirent les Américains jusgu'à la frontière.* * * Quand on dit de certaines gens gu'ils sont bêtes, on devrait songer qiu: les bêtes ne sont tout de même pas toujours si bêtes gue ça! A St-Jean, 7J.-B., un jeune orignal ayant perdu sa mère partit en guéte d'un refuge.71 se présenta tout bonnement au terrain de jeu d'une institution
de

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