Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Droit d'auteur non évalué

Consulter cette déclaration

Titre :
Mon magazine
Revue qui visait à instruire et à divertir la famille, Mon Magazine (1926-1932) avait tout pour plaire à un large public, notamment de superbes pages couvertures. [...]

Mon Magazine est une revue mensuelle montréalaise qui reprend le modèle de La Canadienne (1920-1924) ainsi qu'une partie de son équipe de rédaction. La revue vise à concurrencer les magazines américains en adaptant un contenu moderne et varié à la rigueur morale du Canada français.

On trouve dans Mon Magazine des romans-feuilletons, des poésies, une chronique culinaire, des articles de vulgarisation sur la médecine et la santé publique, sur l'histoire et sur de nombreuses pratiques populaires. La revue présente aussi des publicités de produits de consommation, des biographies et des récits de voyages.

Mon Magazine est d'abord dirigé par Joseph Léon Kemmer Laflamme puis, à partir de 1928, par Édouard Fortin. Les collaborations de Gaétane de Montreuil sur la condition féminine y sont abondantes. Henriette Tassé y écrit sur les salons français, et on y trouve une chronique de l'abbé Étienne Blanchard sur la qualité de la langue française.

En plus de textes littéraires, on peut y lire des critiques littéraires de Jules-Ernest Larivière et des reproductions d'articles de Camille Roy, de Séraphin Marion et d'Albert Tessier. La revue traite aussi fréquemment de cinéma.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1984, vol. VI, p. 113.

SAINT-JACQUES, Denis et Lucie ROBERT (dir.), La vie littéraire au Québec - 1919-1933 : le nationaliste, l'individualiste et le marchand, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 2010, vol. VI, p. 211-212.

Éditeur :
  • Montréal :Compagnie de publication Mon magazine,1926-
Contenu spécifique :
mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Mon magazine, 1932-05, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
Le Seul 100% Pur! Le Beurre de Sucre d'Erable Citadelle, produit par une association de toute confiance sous la surveillance du gouvernement, est le seul beurre d'érable sur le marché à présent qui donne la garantie d'être 100^ pur.Le Beurre de Sucre d'Erable Citadelle, c'est toute la saveur inimitable et toute la valeur nutritive du vrai bon sirop d'érable sous la forme d'un beurre exquis.N'acceptez donc pas de succédanés! Demain, à déjeuner, essayez des rôties avec du Beurre de Sucre d'Erable Citadelle.Achetez-le de votre épicier.S'il n'en a pas, adressez-vous aux Producteurs de Sucre d'Erable de Québec 5, AVENUE BEGIN - LEVIS, QUE.Producteurs du Sirop d'Erable Citade'le, du Sucre d'Erable Granulé Citadelle, des Pains de Sucre d'Erable Citadelle et des Bonbons Citadelle.Sous les auspices du Ministère de l'Agriculture du Quebec.Kcpré-entant : J.H.Verret, 1701 St Hubert Montréal, (Jué.Tél.: \Mh.-rst 1524 Le Beurres ilÉrabies CITADELLE 'Oo< Mai 1932 MON MAGAZINE Page 1 Volume VII — No 2 ABONNEMENT: — $2.00 par année, payable d'avance, pour le Canada et l'Empire Britannique.Le numéro, 25 cents.Etats-Unis, $3.00.Autres pays étrangers, $4.00 par année.Les remises peuvent être faites par mandat - poste, lettre recommandée, mandat-express ou chèque auquel on a ajouté le montant de l'échange.Enregistré comme matière de deuxième classe au bureau de poste de Montréal, P.Q.Kevue Canadienne de la Famille et du foyer Edouard FORTIN Directeur J.-A.FORTIN Gérant-Général ADMINISTRATION GENERALE 1723, rue St-Denis, Montréal.Téléphone HARBOUR 8216 ATTENTION.Changement d'adresse.Nous changerons l'adresse d'un abonné à sa demande, mais il faut donner l'ancienne adresse en même temps que la nouvelle pour que le changement puisse être fait.Publié le 1er du mois par La Compagnie de publication de "Hon Magazine", Limitée, Montréal.DUN MOIS A L'AUTRE Qaëtane de Montreuil Les arts domestiques Depuis quelques années, les petites industi-ies paysannes de la province de Québec sont mises à l'honneur en des expositions, où l'on peut juger des progrès accomplis.L'étalage, celte fois, eut lieu à la Palestre du National, à Montréal, et le Ministre de l'Agriculture l'honora de sa présence.Cela prouve l'intérêt que l'honorable M.Godbout porte au travail des ménagères campagnardes et la bonne intention du Gouvernement à leur égard.Nous avons visité l'exhibition sans préjugé, en mettant à nos yeux les lunettes du sens pratique.Au point de vue de l'art, l'amélioration est remarquable; mais nous avons trouvé à tout cela une allure de commercialité un peu désappointante.Et nous avons regretté l'absence de la belle étoffe du pays, foulée et double foulée, comme en fabriquaient nos grand'meres pour en vêtir nos grand-pères, la fine toile de lin, tissée par la mère de famille pour tous les usages du foyer, depuis la chemise du nouveau-né jusqu'aux draps de lit.Ce mouvement de perfectionnement industriel remplira-t-il bien le but visé, s'il a pour effet de développer le goût du gain plutôt que Tambition simple d'apporter plus de confort au foyer et de lui donner une empreinte personnelle.Nous aimons les intérieurs campagnards, où le parquet est couvert de belles catalognes canadiennes, dont les chaises n'ont pas été fabriquées en séries chez maehin Z Co.Et il nous semble que ce qu'il est nécessaire d'enseigner, en ce moment, c'est l'économie, l'économie qui a fait nos pères heureux sur la ferme parce qu'Us savaient mettre un frein à leurs désirs.Hélas! la bonne terre toujours généreuse n'attache plus suffisamment les jeunes paysans canadiens, parce que l'envie a été excitée par les frivolités qu'ils ont entrevues.Faire aimer la campagne à tous ceux qui ont le bonheur d'y vivre, c'est une mission patriotique et morale.N'imitons pas certaine écervelée, qui écrit des insanités à l'intention des petits, dans un journal quotidien de Montréal et unite les enfants de la campagne à s'en venir en ville, durant les vacances d'été.Laissons aux champs ceux qui y sont, sans t< nter de troubler les jeunes esprits par le mirage décevant des villes.Mais il est un enseignement que le gouvernement devrait peut-être placer à côté de cette campagne de développment des industries paysannes, c'est une connaissance plus pratique des ressouros uigligées à la campagne et dont les ménagères pourrait nt tirer parti.Notre pays d'abondance nous a fait prendre à tous des habitudes de prodigalité et d'insouciance, et beaucoup de choses sont dédaignées, qui pourraient être employées utile-înent, en y mettant un peu de savoir faire.Une soirée chez les auteurs canadiens Le seize avril dernier, nous avons assisté à un dîner-causerie de l'Association des Auteurs Canadiens.L'invitation annonçait MM causerie sur la littérature canadienne.Le premier orateur fut M.Harry Bernard, écrivain avantageusement connu.Ce jeune romancier ne parle certainement pas aussi bien qu'il écrit.Mais on naît poète, on devient orateur.M.Bernard n'est pas un cas désespéré.Qu'il surmonte sa timidité et corrige sa prononciation, et nous aurons en lui un littérateur irréprochable.MM.Elzéard Soucy et Eugène Lapicrre parlèrent aussi avec beaucoup d'à-propos et de bons sens.Le premier se fit l'avocat de l'art plastitjuc, le dernier; celui de la musique.Mais l'homme de la soirée, ce fut M.Albert Lévesque.En mettant les pieds dans les plats, il sut se faire applaudir.O magie de la réclame.A haute et intelligible voix, il fit un long exposé de ce qu'il entend par la critique, ou, plutôt, ce qu'il en attend; car les belles théories de l'éditeur ne doivent pas, cela se devinait entre les mots, s'appliquer aux livres imprimés à l'Action française.Ceux-là doivent être lus distraitement, avec beaucoup d'indulgence; on ne doit jeter à leurs auteurs que des fleurs au parfum d'encens et de couleur monastique.Mais il nous semble, à nous qui n'avons pas les raisons de M.Lévesque de vouloir une critique uniformément flatteuse et flattée, que cette méthode est extrêmement injuste pour les livres de réelle valeur qui sortent parfois de chez lui.Voyez-vous, par exemple, les lii'res éducatifs et sérieux de l'abbé Lionel Groulx mis, par les mots inconsidérés d'une critique commercialement bienveillante, sur le même pied que le petit roman mal édifiant qui a déchaîné l'ire et la verve des intéressés.La véritable critique est la critique désintéressée, et les auteurs ont tort d'en prendre ombrage.C'est, dans la plupart des cas, se refuser une sûre indication de leurs défauts et les moyens de s'en corriger.Insulter un écrivain parce qu'il dit honnêtement ce qu'il constate dans un ouvrage qu'on lui a soumis, qualifier de jalousie ce qui n'est que de la bienveillance, c'est faire preuve de tant de bêtise, qu'un dédaigneux silence devrait être, à l'avenir, la seule expression de nos jugements sur ceux qui se rendent coupables de tels écarts de dignité.Et quant à l'Association des Auteurs canadiens, si elle doit avoir le caractère du radio-réclame et l'etroitcsse d'une petite chapelle, il est inutile d'y inviter les gens qui n'ont pas l'habitude — pour des raisons de boutique — de mettre la bride à leurs pensées.Incongruités d'un visiteur Amis lecteurs, avez-vous lu, dans le journal "Le Canada" de Montréal, l'article de M.Victor Forbin sur M.Henri Bourassa?M.Forbin est un Français qui est venu passer quelques mois au Canada, afin de voir les Canadiens de près, pour les portraiturer dans ses lii'res.Mais, si l'on en juge par sa première esquisse dans le journal montréalais, cet écrivain a plutôt les dispositions d'un caricaturiste léger et insouciant que celles d'un por-traitiste consciencieux.Cependant, il est homme d'action, car dans un seul voyage d'Ottawa à Montréal, ce monsieur a découvert deux faits très importants ; les quartiers de noblesse de son compatriote, des Hameaux et les tendances et le caractère exécrables d'un Canadien, Henri Bourassa.Il a fallu qu'un étranger vînt nous révéler ces choses: aveuglés par leur insouciance des grandeurs et décadences, les Montréalais, qui rencontrent chaque jour ces personnalités, n'avaient jamais soupçonné en Marcel Bernard le haut et noble seigneur, dont les parchemins furent honorés parle Roi Soleil, ni en Vhon-m'tc M.Henri Bourassa, l'infâme manant, tout au plus digne d'être rossé par un Forbin, ni forban ni fort bien.M.Forbin a cité un adage d'usage courant : l'exception confirme la règle, qui s'applique exactement à son cas.Ordinairement, les Français qui viennent chez nous savent mieux soigner leurs intérêts.Nous connaissons l'attraction de l'argent canadien et nous lui reconnaissons humblement une large part dans les danons- (Suite à la page 2) MON MAGAZINE Mai 1932 MAI 1932 D'un mois à l'autre .Gaétane de Montreuil Lettre du Ciel .Grand'Maman Ligne droite ou ligne courbe, M.Emmanuel Desrosiers D'Une rive à l'autre .Tante Madelon Vers le Saguenay .Thérèsa Congrégation des Soeurs de l'Institut de Jeanne d'Arc, .Mme E.L.de Montigny-Giguère Où nous tenons à préciser .Harry Bernard Baux fixes .Malcolm Hodd Un voyage accidenté .Gaétane de Montreuil A travers les Montagnes Rocheuses.Courtoisie du C.P.R.Les ambitions du Japon .Auguste Galibois Madame Récamier .Henriette Tassé L'Ecran Mensuel .Serge de Varro Fortunat Parent fait Boucherie, Emmanuel Desrosiers Cuisine Diététique .Hélène Durand-Laroche JUANA, Mon Aimée — Roman .Harry Bernard Comme Jadis — Roman .Magali Michelet La Page du Poète .Broderies Vennat .La Santé par le Savoir-Vivre.Dr L.-P.Mercier Sous la Lampe .E.de Vinette Nos Concours Littéraires, Lorette Sauriol-Daignault La Causerie Féminine .Annette Duchesne Le Dernier Mot .1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 12 13 16 17 18 20 25 26 27 28 34 36 40 Courrier de Franceline Nous prions les correspondants du courrier féminin d'avoir un tout petit peu de patience et d'attendre jusqu'à la prochaine édition de la revue pour recevoir réponse à leurs lettres.Franceline ayant été sérieusement grippée, il lui a été impossible de donner à temps le courrier de ce jnois.La DIRECTION 14 | LETTRE DU CIEL Mon petit Roger, En cette veille toute mystérieuse, grand'maman se penche à l'écritoire divin, sur lequel le rayon lunaire jette une blancheur d'Hostie.Tout rayonne, tout chante.Sais-tu, mon mignon, demain ce sera grande fête au Paradis.Les Anges me semblent plus radieux qu'hier.Les fines plumes de leurs ailes ueigeusi-s reflètent capricieusement.Us chaudes teintes de leurs rohes satinées.Dans leurs chevelue, miroitent les lueurs tendres des petites lanternes célestes.Leurs bras sont chargés de lis bien blancs, de roses très fraîches, dont les corolles inclinées, cachent la timidité tendre des violettes bleues.Cette gerbe parfumée, cueillie au jardin des deux, représente tous les petits sacrifices qui ont germé dans ton coeur, mon chéri.Voilà des chérubins; ils entrent sans bruit, portant dans les plis gracieux de leurs manteaux roses, une cueillette toute lumineuse.Ces petits lampadaires, dont les pointes effilées scintillent comme les reflets d'or d'un calice, sont parait-il, tous tes bons poiïits d'obéissance, de labeur, de franchise; ce sont les petites étoiles de ton cahier, allumées au firmament bleu de Jésus.Tandis que tu reposes dans ton lit blanc, où tu rêves au grand banquet de demain, je m'attriste de voir tes paupières closes aux visions superbes que contemple ta grand' maman.Tout près dans sa sereine beauté, la Madone est là, présidant à la toilette de son Jésus, avec un soin, une tendresse toute maternelle; elle boucle les mèches blondes encore imprégnées de son baiser matinal.Blotti près d'eux, un Angelot, particulièrement cher à Jésus, tient dans ses menottes blanches, la fine lisière d'or que Madame Marie déposera sur la tête adorée.A ce mi-gnon chérubin, Jésus chuchotte tout bas: "Françoise, il faut te faire belle, toi aussi; laisse ta maman fleurir tes cheveux et saupoudrer d'or ta longue tunique bleue".Et plus bas encore, Jésus lui dit : "riens avec moi sur la terre, nous partirons bientôt.En traversant le Ciel, dans les plis de ta robe, cache des rayons lumineux.Je veux que ce soit toi qui m'ouvres, toute grande, la porte du coeur de Roger.— Va vite, fais-toi délicieuse, hâte-toi de prcj>arcr toi-nn m cette crèche, dans laquelle il me tarde tant de descendre".Les petites ailes ont volé jusqu'à moi, pour me dire toutes ces choses, dont te fait part mon message.Tu vois, mon Roger, combien tu dois l'aimer Celui qui ira à toi, Celui JIM tu attends; constate comme II est bon, ouvre-Lui bien grands tes bras; Il mettra dans ton âme d'enfant tant de douces grâces pour toi, pour ton papa, ta petite mère.En passant II caressera le petit coeur de "Po->uy".Demande-Lui de te garder bon toujours, et de bénir tous ceux que tu aimes.Le jour rient rapidi un ut.La grande port' du Paradis est ourlée d'or.L'aube fait entrer partout sa tendre cluit* , que lui prête le beau jour de ta Première Com m union.Grand'maman fermera bientôt sa missive, avant, elle te charge d'embrasser ton petit père, ta maman que tu chéris, mon "Pomy", tous les petits et grands que mon coeur aime.Puis à tante "Chette" quoique de l'autre côté de la grande coupole bleue, je sois toujours près d'elle, dis-lui bien surtout tout le bonheur qui rem/ilit l'âme de sa maman.Et maintenant, bonjour, mon mignon, dans quelques lu lires grand'maman ira cueillir sur les lèvres de son petit messager, toutes les tendresses de ses aimés de la terre.GRAND'MAMA\.Le Ciel, 15 avril 1932.D'UN MOIS A L'AUTRE (Suite df In page 1) trations d'amitié îles cousins pauvres aux cousins riches.Nous n'avons pas la fatuité de croire que tous ces messieurs d'outremer viennent occasionnellement chez nous pour l'unique plaisir de nous admirer sur place.Et parce que deux millions de Canadiens ont encore la réputation d'aimer la France, il ne faut pas en conclure qu'ils sont unanimes à tolérer les insolences de tous les Français qui viennent picorer chez nous.M.Forbin aurait dû y penser. Mai 1982 MON MAGAZINE Page S IM NE DCCITE eu M E l D esrositrs I H SE CCLRCE THEORIE NOUVELLE M.Ivan JOBIN a-t -il raison?L'artiste Vvan JOBIN.f S 2 IN journaliste de Montréal eut un jour U J l'avantage, au cours d'un banquet, [ëfËgnl a Paris, d'être le voisin de table de ^-' l'abbé Thomas Moreux.directeur de l'Observatoire de Bourges.Sa stupéfaction fut grande d'entendre déclarer par l'illustre astronome que ce qu'il avait appris sur les bancs de l'école était démoli par les données de la science moderne et que demain ce qu'il savait aujourd'hui ne tiendrait plus debout.C'est avec la science qu'on démolit la science.Et je ne vois pas pour quelle raison M.Jobin n'apporterait pas une contribution nouvelle dans le domaine visuel.J'ai fréquenté beaucoup d'artistes imbus de principes d'Ecole, ne jurant que par le classicisme éternel, cependant je sais bien qu'en maints cas il aurait suffit de gratter légèrement le Russe pour découvrir le Cosaque.En d'autres termes, ils entrevoyaient des chemins détournés où ils n'osaient s'aventurer.Ils peignent en surface plane, puisque toujours on a peint suivant les règles établies.En Art, je conçois la rigidité des canons, mais en science les barrières tombent.Le champ d'exploration est si vaste que ses limites en sont reculées jusqu'aux confins des mondes.L'espace, qu'est-ce donc?Quels sont nos moyens d'investigation?Que peuvent les théories nouvelles?Prenons garde, n'allons pas dire: "Jobin?connais pas!" Cherchons plutôt à le connaître.Vous vous rappelez Alexis Carrel qui vint à Montréal et qu'on laissa partir pour New-York où il fait la gloire de la Fondation Rockefeller."Car- tudient.Si elle est bonne, qu'ils le disent; si elle pèche qu'ils la condamnent, mais de grâce, que leur jalousie et leur orgueil blessé ne les laissent pas indifférents! Il appartenait à M.Albert Lévesque d'éditer "Ligne droite ou ligne courbe" qui s'apparente aux traités de géométrie.Il lui a fallu mobiliser un fort matériel photographique et conséquemment de clichés.L'exposé est clair, précis; le travail se présente bien typographiquement.L'éditeur devient pour ainsi dire typographe, il ne se rel connais pas! Aujour- d'hui, les théories de cet homme sont admirables de précision et de promesses.Nous avons ceci de particulier que dès lors qu'un des nôtres veut explorer le domaine de la science pure, l'armée des éteignoirs entre en scène et nous savons quelle meute elle forme.Qu'importe Yvan Jobin! La théorie est là, palpable grâce à l'audace toujours grandissante de M.Albert Lévesque; que les techniciens l'é- CJravure sur bois, représentant la rue Notre-Dame, (Montréal) v aperçoit les tours de Notre-Dame, les sommets de l'édifice quelques autres.laissera plus passer des mises en pages.qui ne sont plus à la page.Ce volume est le premier du genre édité à l'Action Canadienne-Française et il constitue un pas de plus vers le sommet qui n'est guère éloigné.Il est probable et surtout désirable que la matière à lire, dans un avenir rapproché, sera plus condensée.Décidément, il y a perte trop grande de papier et ceci crée un certain malaise quand on ouvre un de nos volumes.La faute n'est pas de l'éditeur.L'auteur, souvent, fournit un maigre manuscrit qu'il faut disséminer en cent cinquante ou deux cents pages.et l'imprimeur blanchit sans répit, jusqu'à la limite.Pour ce qui est du livre de M.Jobin, l'éditeur mérite des félicitations."Ligne droite ou ligne courbe" traite de la perspective.La théorie nouvelle tente de modifier les lois établies et respectées jusqu'à date en ce domaine.La conception de M.Jobin s'expliquerait du fait que l'oeil possède aujourd'hui un champ plus immense à explorer.Le plan visuel s'est agrandi, il est devenu énorme.Autrefois, il n'y avait que la montagne sans arêtes fixes à exhiber une masse; aujourd'hui le cube des gratte-ciel sollicite et explique la conception osée, de l'artiste.Quelle est la forme de l'image réfléchie sur la rétine?Est-elle de plan horizontal ou de forme concave?Le volume répondra abondamment à ces questions.Les explications précises illustrent bien la théorie.Le volume devrait être dans les mains de tous les professeurs et de tous les gens instruits que le souci de connaître préoccupe.Ils constateront que certains des nôtres travaillent et que chez nous il y a de l'étoffe de savants.M.Lévesque.l'éditeur, ne recule devant aucune difficulté.Il fallait beaucoup de hardiesse pour publier semblable bouquin qui doit être assez dispendieux de mise en train et surtout avec un public scientifique assez restreint.La théorie nouvelle a vu le jour officiellement.ers l'est.On Aldred et de Pa9e * MON MAGAZINE Mai 19 32 SPERrARK XoJç et les Splendeurs des Montagnes Rocheuses sont, cette année, à la portée des bourses moyennes Le parc Jasper est toujours l'endroit idéal pour les vacances et les tarifs n'ont jamais été si bas que cette année.Pour la première fois la pêche est permise dans le fameux lac Maligne, dont les eaux sont vives de truites.Des pics couronnés de neiges éternelles; des sentiers sauvages pour cavaliers; des monts à escalader; un terrain de golf où se rencontrent les champions; une piscine en pleine air chauffée; toute une colonie de chalets privés, confortables autant que luxueux, avec les distractions du grand pavillon central.Chambre et pension à Jasper Park Lodge: $8.00 par jour, minimum.Réduction de 10 pour cent pour séjour de deux semaines ou plus.Les agents du Canadien National se feront un plaisir de vous fournir tous les renseignements utiles et les brochures explicatives.Billets réduits (gaiement A JASPER et RETOUR De Halifax $115.70 " Québec 98.45 " Montréal 92.20 " Ottawa 88.90 " Toronto 79.55 De Winnipeg $54.50 " Saskatoon 31.35 " Edmonton 11.75 " Vancouver 35.85 Canadien National Le plus Grand Réseau de VAmérique Tante MaJelo Correspondants éti D'UNE RIVE A L'AUTRE NOTE: Ceux et celles qui désirent avoir des adresses directement, avant publication, ce qui assure les réponses certaines, peuvent en recevoir en envoyant 25 centins et une enveloppe timbrée à Tante Madelon, Saint-Isidore, Comté de Dorchester.Elle n'envoie que des adresses de correspondants étrangers.Ceux et celles qui désireraient, soit pour collectionner, cartes, timbres, ou autres et correspondre avec le monde entier devraient entrer dans le Club nternational de correspondance dont Tante Madelon est l'agent au Canada.Faisant partie de ce Club, le membre reçoit une carte de membre et quatre listes par année sur lesquelles listes leurs noms et demandes sont annoncés.Cet abonnement est de $1.50 par année.Il faut ajouter à la demande le genre de correspondance désiré : cartes, timbres, lettres et les langues dans lesquelles on désire correspondre.Tante MADELON, Saint-Isidore, Comté de Dorchester.Hippolyte Guyon, R.I.C.M.CM.3 Rabat Maroc, désire correspondantes canadiennes.Madame R.Contentin, rue de l'école, Maizières-les-Briennes par Campi-gny, Aube, France, demande à correspondre avec Monsieur dans la trentaine.Instruite et distinguée.Marie Fabre, Dactylo aux Ets.Para Frères, Florence, Hérault, France demande des amies canadiennes nombreuses, aimantes, douces, expansives, sentimentales, sensibles aux beautés de la nature, des âmes soeurs enfin.Albertine Lambert, 37 Boulevard Schitee Mazureaux, Bucarest, Rouma-nia, désire correspondre avec jeunes gens canadiens.Mesdemoiselles Juliette Azéma, 18 ans, Simone Duffau, 20 ans, Ecole Primaire supérieure de Tulle, Sorrèze, France, désirent correspondre avec jeunes gens étudiants distingués de leur âge.Nelly Polis, 10 rue Pierre David, Lambermont, Verviers, Belgique, désire correspondre avec jeune homme canadien dans la vingtaine.René Koenig, 37e Regt.D'Avia-'ion, Ksar-el-Souk, Maroc, demande :orrespondantes canadiennes.Sgt.Strouffe, Th.37e Regt.d'aviation, 6e esc.Agadir, Maroc.Charles Fahl, station de T.S.F.Sidi-Addallah, Hunisie.Demande une marraine: Mourieux Kagdam Charles, De Meni-Suard, à Savigny 1/p Braye, Loir-et-Cher, France.Demandent des correspondantes: Annonciade Lazarini, Boulevard de France, Sfax, Tunisie.Monsieur Robert Prévost, 19 rue Emile Loubet, Sfax, Tunisie.Demande une future épouse: Auguste Drié, secrétaire à la C.P.du 1er R.E.Bossuet, Algérie, 28 ans, vendéen, blond.Jeune homme, sérieux, 19 ans, étudiant, désire correspondantes et amies canadiennes: Maurice Telliez, 187 rue Emile Féron, Bruxelles, Belgique.Les AMITIES FRANCO-CANADIENNES demandent pour jeunes gens français, des correspondantes canadiennes.Adresse: Monsieur de Roy Lacroix, 72 Boulevard Lundy, Reims, Marne, France.Demandent des correspondantes canadiennes : Légionnaire T.Flatte, mie 34465, C.P.2 1er Regt.Etr.Sidi-Bel-Abbès, Maroc.Henri Delaroche, 1er Chasseurs d'Afrique, Rabat, Maroc.Monsieur Dubois, Peloton radio du Sud, Ksar-es-Souk, Maroc oriental.René Vidal, secrétaire technique.Service des Transmissions, Ksar-es-Souk, Maroc.Henri, mie 1630, 2e R.T.M.CM.1 Marrakcck-Gueliz, Maroc.Albert Bara, sergt.chef, 2 R.T.M.CM.3 Marrakeck.Guéliz, Maroc.Camille Guillaume, Professeur à l'Ecole seconde de Tanta, Egypte.Demandent des correspondants: Mademoiselle Juliette Gibeaux, 3 rue de l'Epicerie, Rouen, S.I.France.Madeleine Saint Laurens, 47 rue Frizac, Toulouse, Hte Gar.France.Diana Metiho, Prudente de Moraes, 127 Ipanema, Rio, Brazil, cartes vues.Thérèse Boisseau, 2 rue Champ-fleury, Dourdan, Seine et Oise, France.Lucienne Pisapin, 47 rue Ferrari, Marseille, Bchs.du Rh.France.Odette Hugues, 15 rue Brochier, Marseille, Bchs, du Rh.France.Melle J.Marcellis, 16 Allée des bluets, l'Hay les Roses, Seine, France.Lucienne Saurède, 22 rue André Del Sarte, Paris 18e.France.Voici d'abord plusieurs soldats marocains qui demandent des correspondantes gentilles et sérieuses pour chasser le cafard.Adrien Lafont, 37e Regt.d'aviation, Camp Cases, Casablanca, Maroc.Michel Lamni, 64 R.A.A.10e Eatt, Camp de la Jonquière, Casablanca, Maroc.Lég.André Bastien, Mie 6933, Cie Montée, 4e R.Etr.Kerrando.Maroc Sud.Cap.André David, 27e Goum, Mixte Marocain, Piste d'Agga, par Ta-roudant, Maroc.Inf.Abner Gourion- 4268, 32e Inf.Ambulance de Oeud Ze/n, Maroc.Cap.Marcel, 2606, 32e Inf.Ambulance de Oued Zem, Maroc.Cap.Thévoz, Peloton des élèves a/off.2e Regt.Etr.C.T.E.A.Mek-nès, Maroc.Etienne Dubois, 37e Regt.Aviateur, 6e Escadrille, Agadir, Maroc.François Guénoc, Radiotélégraphiste, Sta.T.S.F.de Sidi-Oddallah par Ferryville, Tunisie.Tante MADELON MON MAGAZINE Page 5 VERS LE SAGUENAY La Rivières aux Eaux Profondes connue des Indiens et des premiers trappeurs qui firent la traite des pelleteries au Canada, est un torrent tumultueux qui passe au coeur des Laurentides pour rejoindre le Saint-Laurent à Tadoussac, à quelques milles au-dessus du Golfe.C'est â cet endroit que les navires qui font la croisière du Saguenay laissent la haute mer, pour se diriger vers le Nord, par la Rivière Saguenay.Remarquable pour son panorama montagneux et ses couchers de soleil multicolores, et fameux par ses chants et ses légendes des premiers jours de la colonie, le majestueux Saguenay que les explorateurs remontèrent dans leur recherche du trésor de Cathay, est connu des touristes par le monde entier.Les caps géants qui bordent ce cours d'eau intérieur font paraître comme des nains les navires océaniques qui passent aux pieds des pics lauren-tiens; le cri des sirènes et même les voix humaines sont attirées par les flancs des montagnes et répercutés le long ses pieds tandis qu'au flanc granité du Cap Eternité la nature a sculpté une tête d'indien que les légendes indiennes considèrent comme la statue du dieu du Saguenay, vaincu et précipité dans le goufre par un chef indien.C'est à peine si on a dépassé les caps mentionnés que déjà la nuit descend sur la rivière et que s'allument les lumières de Bagotville, le point culminant de la région.Ba-gotville est un paisible et joli petit port où le bateau fait escale pour la nuit.Il repart au lever du soleil, afin de permettre aux touristes de pouvoir contempler les beautés de la nature qui leur auraient échappé si le bateau avait continué sa course durant la nuit.Le Saguenay est riche en légendes et abondamment fourni de scènes inspiratrices.Ainsi l'histoire véridique et souvent redite de Charles Napoléon Robitaille qui accomplit un voeu en portant au sommet du Cap Trinité la statue de la Sainte Vierge, une statue géante sculptée à la main, en reconnaissance à la Madone pour la guérison En route vers le Saguenav sur un de la rive en échos souvent répétés; aucun ornement artificiel n'est requis pour rehausser la beauté et la richesse de ce coin du pays.De Montréal et Québec, les bateaux vont au Saguenay cinq fois par semaine durant les mois de l'été, arrêtant en route, à la Malbaie où se trouve le Manoir Richelieu, et à Tadoussac, le plus ancien poste français en Amérique.A Tadoussac, les bateaux laissent le Saint-Laurent sillonné de transatlantiques qui vont et viennent, pour entrer dans le majestueux et paisible Saguenay.Au moment où le soleil descend derrière les Laurentides aux sommets bleutés et où le firmament flamboie dans une gamme indescriptible de couleurs contrastant avec les eaux sombres du Saguenay, le paquebot approche du Cap Trinité et du Cap Eternité, deux tours imposantes qui s'élèvent à deux milles pieds au-dessus du niveau de la rivière.Au sommet du Cap Trinité, une statue de la Vierge étend ses bras comme pour bénir les marins qui passent à bateau de la Canada Steamship Lines obtenue par son intercession, est connue de tout le monde.Les légendes qui entourent le mystérieux torrent du Saguenay qui a fasciné les explorateurs depuis des siècles nous sont moins familières.Bien avant que soient colonisées les terres du nord et que Bagotville devienne la prospère localité qu'elle est maintenant, les touristes faisaient déjà la croisière du Saguenay.Aujourd'hui, en nombre toujours croissant, ils viennent de toutes les parties du monde admirer les merveilles du Saguenay.Petit à petit, la civilisation modifie les villes et les villages échelonnés sur le bas Saint-Laurent; Sorel et Trois-Rivières deviennent des ports actifs; Québec, l'ancienne capitale, possède maintenant ses gTatte-ciel et ses édifices modernes; mais le Saguenay demeure intact, sans être altéré par la main de l'homme, et ses beautés naturelles sont peut-être les plus riches et les plus émouvantes que possède notre pays.THERESA Page 6 MON MAGAZINE t Mai 19S2 Congrégation des Soeurs de l'Institut Jeanne d'Arc d'Ottawa Une Oeuvre bien Française au coeur de la Capitale Il existe, au coeur de la Capitale du Canada, rue Sussex, à proximité des édifices du Parlement, un pensionnat pour dames qui a nom "Institut Jeanne d'Arc", que je me permettrai d'appeler ici hôtellerie pour dames, à cause de son rapprochement avec villes américaines comme Boston et New York, pour ne citer que celles-là, en vue de la sécurité et da tranquillité des dames étrangères et de celles qui préfèrent mener une vie calme et reposante, au milieu de l'agitation inhérente à ces villes; avec la différence toutefois que ces maisons des Etats-Unis sont régies par des laïques, tandis que celle qui nous intéresse en ce moment est réglementée et régie par des religieuses.Mais à côté de cette oeuvre méritoire,, bienfaisante et éminemment utile il en est une autre magnifique et combien prometteuse: îles cours de français donnés aux Anglais de la Capitale.En effet, chaque jour, se rendent à l'Institut Jeanne d'Arc des fils d'hommes publics qui ont à coeur de connaître la belle langue française.Ces cours sont privés et conséquemment plus efficaces et plus rapides.La fondatrice de la Congrégation Jeanne d'Arc, Française de naissance, femme de lettres distinguée sert bien la France et l'Eglise.Et la France, c'est toujours notre vieille mère, notre aïeule vénérée.La fondation de la Congrégation Jeanne d'Arc date de 1919 et c'est la seule maison du genre au Canada.Mère Saint-Thomas d'Aquin, o.a., fondatrice de l'Ordre et supérieure générale, — depuis ce temps elle fonda trois maisons aux Etats-Unis — vint de France au Canada, bien déterminée d'accomplir de grandes choses à la gloire de Dieu.Elle y réussit pleinement.Dès son m i;kk arrivée, elle observa, scruta pour ainsi dire et découvrit que le besoin le plus urgent à Ottawa était de fonder une maison pour la protection des jeunes filles.On ne savait alors où diriger les étrangères arrivant ici, comme les normaliennes, par exemple, qui viennent chaque année terminer leurs études, sans oublier tant de jeunes filles, employées par les différents départements gouvernementaux et autres.C'est alors que Mère Saint-Thomas d'Aquin s'adressa à Son Excellence Monseigneur l'Archevêque afin d'obtenir la permission de fonder sa Congrégation.Dès qu'elle eut reçu l'approbation de Rome, la religieuse, munie de cette foi qui transporte les montagnes, et aidée de quelques postulantes, se mit à l'oeuvre; elle travailla, se dévoua sans compter.On comprendra facilement que cela ne se fit pas sans peine ni sans grands sacrifices.Si la Fondatrice fut admirablement secondée dans son oeuvre par des âmes charitables, par contre elle eut à subir la critique amè-re de personnes ignorantes du bien à accomplir; mais lorsque le courage est si haut placé que celui de cette femme et des petites religieuses venues de toutes parts pour la seconder dans ses efforts, nous ne sommes pas surpris de constater le progrès étonnant et presque miraculeux que fit cet Institut depuis sa fondation.Toute personne recommandable est ad- M A Kl K THOMAS d'AQUIN, fondatrice et première Super Généra'e de la Congrégation des Soeurs de l'Institut Jeanne d'Arc d'Ottawa.mise sous le toit de Jeanne d'Arc.Le service d'hôtellerie est bon.De jolies chambres et une table exquise agrémentent le séjour.Sans prétention, le service rivalise avec les meilleurs hôtels de la Capitale.Tous cela s'obtient pour une somme modique en comparaison des prix demandés ailleurs.Ce qui surprend chez ces religieuses, c'est qu'il n'y a pas chez elles de soeurs converses; il n'y a là aucun esprit de caste, aucune distinction de travail; chacune des religieuses fait sa part en toutes choses et tout le service de la maison est exécuté par elles d'une manière impeccable.Il arrivera parfois qu'après le repas vous entendiez une superbe mélodie de Liszt ou de Beethoven venant de la salle de musique, un mouvement de curiosité vous fera détourner la tête de ce côté; vous y recon- naîtrez la petite religieuse qui, tout à l'heure, vous servait avec un empressement de bon aloi et un sourire avenant.Si vous poussez plus loin l'indiscrétion, vous découvrirez que le Québec est largement représenté dans cette Congrégation et que plusieurs religieuses appartiennent à nos familles les plus honorables.On y enseigne les matières des cours commercial, supérieur et académique; la littérature, les beaux-arts, les langues française et anglaise.Les religieuses de la communauté donnent seules tous ces enseignements, comme elles font d'ailleurs le service de la maison.La douceur du personnel ajoutée à la pratique d'une charité chrétienne surprenante sait nous communiquer la paix.Ce qui m'a le plus touchée est leur dévouement incessant au soin des malades de leur maison.Depuis plus de deux mois la "Grippe" a sévi presque à l'état épidémi-que dans la ville et la plupart des pensionnaires sont tombées, frappées par cette maladie.Combien il est doux et réconfortant d'observer les religieuses que nous rencontrons dans les couloirs, portant des plateaux chargés de "douceurs" destinées à leurs patientes.On entendra frapper discrètement à une porte.C'est une soeur qui apporte un bol de bouillon et qui dit: "Vous avez besoin de cela, vous n'avez presque rien pris aujourd'hui", comme si elle voulait s'excuser du bien qu'elle fait.Et lorsque le temps de régler la note arrive on vous dit : "Ça va mieux?Ce n'est rien de plus, n'en parlez pas; nous n'avons fait que notre devoir! A l'une des religieuses à qui je demandais: "mais vous n'avez pas été atteinte par cette maladie, vous qui êtes constamment au chevet des malades?" "Si, je l'ai eue, dit-elle, dès les débuts, et j'ai dû la détourner depuis ce temps-là".Et quand je pense que personne de nous ne s'en est aperçu ! Quel renoncement, et quelle charité chrétienne ! Je vous admire braves petites religieuses! Quand je suis loin de vous, livrant souvent une lutte inégale au milieu du tourbillon de la vie, je reviens parfois vous visiter, en esprit, et retremper mon courage défaillant au souvenir de tant de vertus héroïques en honneur dans votre maison; et en vous revoyant toutes, oubliant vos maux et penchées sur nous avec sollicitude, je m'incline devant vous comme l'on s'incline devant des anges de charité! Madame E.-L.de-Montign^-Giguère. Mai 1932 MON MAGAZINE Page ?Les Soeurs de l'Institut Jeanne d'Arc se dévouent à l'enseignement et en font une partie importante de leur oeuvre, ajoutant à la sécurité et à la bonne influence du milieu le trésor des ressources intellectuelles et des connaissances pratiques les plus aptes à préparer aux jeunes filles une place honorable dans la société.Un cours d'enseignement primaire est donné à des élèves externes; il comprend la classe enfantine, le Cour élémentaire, le Cours moyen et le Cours supérieur.Une Ecole Commerciale dont le programme offre un enseignement complet en français et en anglais est fréquentée par les jeunes filles qui se destinent aux emplois du Service Civil ou à d'autres positions dans les bureaux.Des personnes de langue anglaise qui désirent apprendre le français reçoivent à l'Institut Jeanne d'Arc une instruction soignée.L'enseignement en toutes les branches, par leçons particulières ou par cours, se donne le soir comme le jour, à cause du grand nombre de personnes qui ne peuvent disposer que de la soirée pour se livrer à l'étude, source de si précieux bienfaits.L'Institut Jeanne d'Arc est situé sur la rue Sussex; sa façade s'étend de la rue York à la rue Clarence.Il est dans le voisinage direct de la gare, des édifices du Parlement, des magasins, du centre de la ville, de la cathédrale, du Chô eau Laurier.Il a pour vis-à-vis le parc Major avec ses arbres magnifiques; des fenêtres et surtout de la galerie du toit on découvre le panorama de la vallée de l'Ottawa, les collines de Kingsmere et de la Ga-tineau.Les Soeurs de l'Institut Jeanne d'Arc sont à !a fois une corporation civile ayant sa charte du gouvernement provincial datée du 16 novembre 1916 et la reconnaissant comme oeuvre sociale et d'utilité publique, et une Congrégation religieuse, dûment fondée le 7 octobre 1919, avec l'approbation du Saint Siège, par S.G.Mgr C- L'INSTITIT JEANNE D'ARC, façade de la rue Sussex H.Gauthier, Archevêque d'Ottawa et par M.le Chanoine J.-A.Plantin.Cette Congrégation diocésaine a sa Maison-Mère et son Noviciat à Ottawa et compte de plus trois missions dans le diocèse de Boston.Le 15 décembre 1920, M.l'abbé Charles Cordier, curé de Shirley, Mass., demandait à S.G.Mgr C.-H.Gauthier l'autorisation d'avoir cinq Soeurs de l'Institut Jeanne d'Arc pour tenir les écoles de sa pa- roisse et y enseigner le français et l'anglais.Cette permission fut accordée, bien que la Communauté ne comptât encore que quinze membres; les Soeurs furent installées à Shirley le 15 août 1921.Deux ans après, M.l'abbé H.-L.Scott, curé de Newburyport, Mass., fit la même demande à S.G.Mgr J.-M.Emard, nommé Archevêque d'Ottawa, après le décès du regretté Mgr Gauthier.La permission fut encore accordée et la deuxième mission fut ouverte au mois d'août 1923.En 1927, l'ancienne résidence de la famille Kessler, à Newburyport, fut généreusement offerte aux Soeurs de l'Institut Jeanne d'Arc pour y établir un Foyer pour les jeunes filles, en souvenir de M.et Mme Kessler qui avaient compté parmi les plus généreux fondateurs et bienfaiteurs de la paroisse St-Louis de Gonzague.Avec la permission de Son Eminence le Cardinal O'-Connell, Archevêque de Boston, et de Sa Grandeur Mgr J.-M.Emard.Archevêque d'Ottawa, le Foyer fut ouvert le 3 octobre 1927 et reçut le nom de Foyer Ste-Thérèse.L'oeuvre de la protection de la jeune fille s'y pratique depuis avec zèle et succès.Parmi îles oeuvres si belles accomplies par les communautés religieuses.l'Institut Jeanne d'Arc s'occupe donc de l'oeuvre sociale de la protection et de l'instruction de la jeune fille.Si l'on réfléchit combien il est important de garder bonne la jeune fille, destinée le plus souvent à devenir l'épouse et la mère q un futur foyer, et combien il est plus utile de prévenir que de guérir, on classera l'oeuvre de l'Institut Jeanne d'Arc parmi les plus dignes d'encouragement.OU NOUS TENONS A PRECISER Encore les livres canadiens.- On essaye d interpréter à faux.- Nos articles n étaient pas dirigés contre le gouvernement de Quéhec- M DAVID ET LES LETTRES Nous revenons en passant sur les livres canadiens, et sur leur distribution dans les écoles de notre province.En certains milieux, parait-il, on a essayé de donner une interprétation fausse à l'article publié dans la revue d'avril, reproduit et commenté chez plusieurs de nos confrères, tant de la presse quotidienne qu'hebdomadaire.D'aucuns ont vu là une attaque contre le gouvernement de Québec, et particulièrement contre les divers bureaux qui relèvent de l'hon.M.David, secrétaire de la province.Nous tenons à faire à ce propos, avec toute la précision possible, une mise au point.Jamais il n'est entré dans notre esprit de blâmer le gouvernement en quoi que ce soit, dans cette affaire.Au contraire.Nous avons indiqué dans un premier article que le gouvernement était fort libéral dans les achats de livres canadiens qu'il fait chaque année et nous ne le louerons jamais assez, avec tous les écrivains canadiens nos confrères, pour l'adoption de la loi Choquette.Le gouvernement ie Québec achète chaque année, par le ministère de M.David, de M.Bouchard et autres, de nombreux livres canadiens.Il achète des éditeurs, des libraires, des auteurs eux-mêmes.Il a à coeur d'encourager les écrivains canadiens et.dans l'ensemble, nous ne pouvons que le féliciter de ses bonnes dispositions.Tout le mon le sait encore que M.David a fondé les prix de littérature qui portent son nom.et que M.Bouchard se fait un devoir, en tant que président de l'Assemblée législative, de distribuer des livres canadiens aux députés ses confrères, au jour de l'An ou Jans d'autres circonstances appropriées.Nous reconnaissons tout cela, nous sommes heureux de le dire publiquement.Si les commissions scolaires manifestaient, à l'endroit des écrivains canadiens et de leurs ouvrages, la même bonne volonté que nos dirigeants, tout serait pour le mieux.Nous en avons seulement contre les commis- sions scolaires, dont il semble qu'un bon nombre font au gouvernement des rapports faux, quant à leurs achats de livres de récompense.Dans les articles publiés à ce sujet, et nous l'avons dit clairement, notre intention était d'attirer l'attention du gouvernement, de M.David, de M.Délâge, sur un état de choses qu'ils paraissaient ignorer, et qui était souverainement injuste, en regard de la loi Choquette, pour tous ceux qui s'occupent de lettres au Canada français.Le gouvernement de Québec fait l'impossible pour encourager les écrivains canadiens: achats de livres, prix David, loi Choquette.etc.il serait au moins désirable que les commissions scolaires fissent leur part, dans le sens in.iiqué par les autorités.Nous navons jamais dit plus, nous tenons à ce qu'il n'y ait pas de malentendu à ce sujet.Harry BERNARD.(Dm Courrier de St-Hyacinthe). Page 8 MON MAGAZINE Mai 1932 Déridons-nous Malcolm HODD ri\c$ Déménages-tu, lecteur?— Pour ma part, j'ai déménagé il y a trois ans.— Mon voisin déménagera l'an prochain.— Je sais qu'il vous faudrait des raisons majeures pour que vous déménagiez, lectrices.— Déménageons moins souvent.Ce qui précède vous démontre que le verbe déménager se conjugue à tous les temps et ne s'embarrasse du reste pas de modes.Il paraît même que, à part les cinq personnes ci-dessus, il y en a 75,000 autres — ce qu'on appelle pluriel, n'est-ce pas?— qui déménagent au mode indicatif et au temps présent, beau ou mauvais.Quand je parle de déménager, j'entends le mot au sens propre, même si l'on sort d'un logis qui ne l'est pas pour entrer dans un autre qui ne l'est pas davantage.Deux déménagements équivalent, dit-on, à un incendie! Cet aphorisme pourtant exagère car ce sont sensiblement les mêmes vieilles nippes qu'on trimballe d'une rue à une autre.Peut-être, avec les années, s'est-il ajouté aux meubles meublants un radio ou un Chesterfield assez fortunés pour avoir échappé à la saisie-gagerie du proprio, grâce à la prévoyance du vendeur à tempérament.à tempérament nerveux et inquiet.Que dénote donc ce trek annuel ?C'est, je crois, moins le fait d'une complexion pratique que d'un esprit qui se paie encore de rêves et d'illusions.Le philosophe se dit : A quoi bon changer?On n'est jamais content nulle part; le logis parfait n'est pas de ce monde; ici, il y a tel inconvénient, ailleurs, il y aura autre chose; je vais épargner $50.sur le loyer mais il m'en coûtera $50.de déménagement; il y a des punaises ici mais qui m'assure que je ne trouverai pas de blattes ailleurs; etc.Partir, c'est mourir un peu; déménager, c'est mourir beaucoup.Aussi, tout bien pesé, je reste.L'idéaliste raisonne tout autrement: C'est en cherchant qu'on finit par trouver ce qu'on désire; ce n'est pas en piétinant sur place qu'on améliore sa situation ; ce sont les bonnes bêtes de locataires indécollables qui font les proprios intraitables; etc.Rester, c'est s'attacher; s'attacher, c'est s'asservir.Vive la liberté! Tout compte fait, déménageons.Ives peuples nomades sont les peuples heureux.Nous sommes un peu de ceux-là.Longtemps à la même place, les pieds nous brûlent, nos jambes s'ankylosent ; faut voyager.Mais ça n'est pas un régime qu'on se donne, ça n'est pas non plus une habitude qu'on contracte, c'est bel et bien une prédisposition naturelle qu'on apporte en naissant comme une envie qu'on a dans la peau.Ce sont sans doute des traces d'atavisme qui persistent en nous; nous descendons d'aïeux découvreurs, explorateurs, coureurs de bois, voyageurs, colons.Nous émigrons volontiers aux Etats-Unis et la plus extrême concession que nous puissions faire à la vie sédentaire est de.déménager.Eh ! ne sommes-nous pas des pèlerins simplement de passage ici-bas?Alors, pourquoi nous installerions-nous comme pour un séjour définitif?Pourquoi aussi se momifier, se nicke-ler les pieds alors que tout en nous et autour de nous est mouvement?Il y a plus : le déménagement en masse, à cette époque de l'année est devenu chez nous une tradition et les traditions, c'est sacré.Le déménagement collectif, c'est le premier mai, une façon légale et constitutionnelle — ce qui cadre avec notre tempérament placide — d'envahir la rue, de dresser des barricades avec des fourgons de déménagement, de manifester enfin et de faire savoir à ces bourgeois de proprios qu'on les a dans le nez.Pierre qui roule n'amasse pas mousse! Peut-être bien, mais ça déroute tout de même les créanciers.Mais l'on va croire que je suis partial aux proprios alors qu'il y en a tant parmi eux qui méritent qu'on ne loue ni leur personne ni leurs maisons.Pour M.Vautour, en effet, le locataire est un être sans feu ni lieu et presque sans aveu, un "outlaw".On ne condescend à tempérer la rigueur de ce jugement que si ledit locataire a un mobilier convenable.Au reste, le proprio ne lui fait guère confiance dans les indispensables rapports qu'il a avec lui.Dans le commerce ou les affaires, on ne paie qu'autant qu'on a eu pour la valeur de son argent.Le locataire, lui, doit payer d'avance.Mais n'allez pas vous méprendre, car si le locataire est un paria, un "intouchable", le proprio, lui, ne demande pas mieux que de toucher.Faut entendre le questionnaire auquel le pauvre diable est astreint à répondre : Où étiez-vous auparavant et pourquoi êtes-vous parti de là?Quel âge avez-vous et quel âge a votre femme?Combien avez-vous d'enfants?Est-ce votre intention d'en rester là?Votre ménage est-il tout payé?Est-il assuré?Faitesjvous usage de boisson ?Avez-vous: (a) un piano?(b) un chien ?(c) des coquerelles?Jouez-vous: lo le trombone?2o le saxophone?3o le rumba?4o le poker?Et l'on trouve que les préposés au recensement sont indiscrets! Encore un peu et le propriétaire vous demanderait si vous avez fait vos Pâques ou si votre femme est emprunteuse.Tout ça pour un taudis, un nid à rats, un bâton de perroquet, un.Mais on va s'imaginer que j'ai une dent contre les proprios alors que je me fais toujours un plaisir d'assister à leurs funérailles.Au reste, je n'ai pas d'excuse à donner car si un plaideur malheureux (ne le sont-ils pas tous?) a quarante-huit heures pour maudire son juge, c'est bien le moins qu'un locataire qui est venu à bout d'acquitter son terme s'octroie quelques minutes pour bauder sur les locateurs."E pur si muova", comme dit l'autre, et pourtant on "mouve"! Je ne fais aucune difficulté de reconnaître qu'il y a force locataire qui manquent d'aménité — ce qui est regrettable — et même de solvabilité, — ce qui est plus sérieux encore.Ils vous ont des exigences de grands seigneurs: planchers de bois dur, incrustât, frigidaire, fresques, etc.Il faut les entendre s'enquérir d'une voix d'ultimatum: Les voisins ont-ils des enfants?A quelle heure rentre le locataire du deuxième?Y a-t-il des rats, des punaises, des mites?Le poêle à gaz et la glacière sont-ils fournis?Allez-vous peinturer les boiseries pour matcher avec notre ameublement d'érable moucheté?Croyez-moi si vous voulez, mais il y en a qui vont jusqu'à exiger une baignoire émaillée et des W.C.hygiéniques! Des sans-le-sou, des rien-du-tout qui n'avaient pas même une culotte au derrière quand ils sont venus au monde ! Ma parole! il y a des gens qui ne doutent de rien, qui ne savent pas garder leurs distances.Ca n'a ni auto ni radio et ça se mêle de tirer du grand, de vouloir une fenêtre dans chaque pièce et un ventilateur dans les latrines.Ca prend des mines de dégoûtés, ça lève le nez sur la bûche économique ou l'électro-lier en toc du salon et faut voir le mobilier qu'ils traînent après eux: un peigne dans un chausson ! Tout cela est bel et bien mais enfin s'il y a des locataires qui sont mauvais coucheurs, nous n'avons tout de même pas un climat à les laisser coucher dehors.Tu le vois, lecteur locataire, la position est intenable et c'est pour cette raison que, bon an mal an, tu erres d'un logis à un autre à la recherche du proprio idéal.Peut-être est-ce courir après une chimère, mais la vie n'est-elle pas une course sans fin après un idéal intangible: la richesse, l'amour, le bonheur ?Tantale fut le plus illustre des locataires dans l'ancienne Mythologie où le dieu Terme, cela va de soi, personnifie le proprio.Les statistiques nous apprennent que la plupart des grands poètes furent des locataires sans cesse ballotés, par le destin, d'une mansarde à une autre et que sur l'océan des âges ne purent jeter l'ancre un seul jour.Les poètes qui ont pignon sur rue et.du génie sont des exceptions, presque des êtres contre-nature au même titre que les musiciens chauves.D'autre part, il est à remarquer que locataire et prosateur riment richement.Et vous, lecteur locateur, vous n'êtes pas non plus sur un lit de roses, je sais bien.C'est vous que le satané code charge des grosses réparations et, au prix que demandent le menuisier ou le plombier, il n'y a que de grosses réparations.Il vous reste la ressource de confier vos ennuis au papier, timbré.Les hommes de loi, pour vous plaire, se mettront en frais et feront les baux.Et ies huissiers sont gens de personnalité si saisissante! Pour ma part et quelque désir que j'aie de vous accommoder les uns les autres, il faut bien reconnaître que ce monde-ci n'est pas un endroit où vivre.Si nous déménagions en mars?Ca nous reposerait toujours de déménager en.mai ! Reste aussi la lune et j'en connais tant et plus qui ne seront jamais satisfaits à moins.Franché-mcnt, je crois qu'on exagère de part et d'autre.Avec de la bonne volonté on pourrait s'entendre et remuer ses escabelles moins souvent.Les injures et les écarts de langage n'arrangent rien.J'ai entendu, de mes oreilles, des locataires à disposition ambulatoire traiter de crampon, de roufion et même, (Suite à la page 9) Mai 19S2 MON MAGAZINE Pag te 9 Réminiscences Gaetane de Montreuil UN VOYAGE ACCIDENTÉ Il est des souvenirs ancrés dans le coeur.Toute une vie de déceptions et de déboires ne peut les enfoncer au gouffre de l'oubli ; ils surgissent dans la pensée, quelque jour, comme ces plantes marines, qui ont leurs racines dans les profondeurs et se montrent à la surface, lorsque les flots calmes reflètent le ciel dans leur transparence lumineuse et nous dévoilent quelques-uns de leurs mystères.Depuis longtemps tu n'es plus là, Elise, mon aînée en âge et en méfaits — pour regretter hypocritement, en te moquant de moi, les effets de ta gourmandise et mon embarras d'être obligée à cause d'elle, ta gourmandise, de voyager durant des heures, en exhibant les blancs falbalas de mon jupon.Tu n'es plus là, et je raconte ici l'incident humiliant pour redire à ta mémoire que je te pardonne.Nous étions parties de Québec, Elise et moi, pour le Nouveau-Brunswick, via Fraser-ville — que nous appelions encore La Riviè-re-du-Loup.En vacances et ce beau jour de juillet ruisselant en poussière d'or sur nos projets et nos rêves !.Mais, faut-il le dire.Elise était gourmande.Nous étions à peine installées dans le train, qu'elle sortit de son sac de voyage une inquiétante boite de friandises et se mit à son occupation favorite, croquer des bonbons, des chocolats, engloutir des choux à la crème, des petits fours, des amandes, etc.J'ai ouvert un livre.Mais ma cousine détestait le silence et n'était pas égoïste.A tout moment, elle interrompait ma lecture pour me tenter avec quelques-unes des sucreries qu'elle sortait de l'inépuisable boite.J'avais tourné mon fauteuil le dos à la lumière, ma compagne avait placé le sien face au dehors, mais en le tassant sur le mien.Nous étions très rapprochées, et je voyais, sans y regarder, le manège agaçant de ma voisine, qui ne cessait de manger.A une petite station, où des gamins offraient des fruits aux voyageurs.Elise, sans presque quitter son siège, fit par dessus mon épaule de copieuses emplettes.Puis, sans y être autorisée, elle étendit une serviette sur mes genoux, une autre sur les siens et m'invita au festin.Je refusai ses politesses et les payai d'un avertissement de prudence "Tu seras certainement malade de cet engloutissement insensé de friandises".Mon conseil parut de l'ingratitude, et celle qui le dédaignait répliqua brusquement : "Attends que cela soit, avant de sermonner".Si j'avais pu deviner ce qui devait bientôt arriver, j'aurais certainement mis en action un proverbe sage : "Il vaut mieux prévenir que d'avoir à guérir".Mais Elise était vaillante et moqueuse, ses lèvres, plus rouges que les fraises qu'elle savourait, me renvoyèrent un sourire de dérision et de bouderie.Je continuai ma lecture, elle sa bombance.Mais, bientôt, je la vis chiffonner hâtivement sa serviette, en se la portant à la bouche comme pour prévenir une explosion.Pâle, les yeux hagards, elle me fit de la tète signe de lever le chassis.Je me rangeai vuement, mais à cet instant même, l'accident se produisit.Je reçus sur mes genoux, en un mélange confus tout ce que ma cousine avait consommé de variété, depuis notre départ.Il est superflu de dire que ma robe ne fut pas embellie par cette décoration.Quant au plaisir que j'en ressentis.Il est des impressions spontanées qui ne se traduisent pas en mots considérés: une exclamation d'horreur, une grimace de dégoût, un silence accusateur.Elise, débarrassée de la charge qu'elle m'avait si volontairement transmise, était redevenue raisonnable et même raisonneuse.Sans se troubler, elle sonna le garçon de service et me dit, très calme, comme si cela eût été une chose usuelle, une coutume : Enlève ta robe, le porter aura le temps de la nettoyer avant que nous soyons rendues à destination".La perspective de voyager en jupon blanc n'était pas des plus agréables, mais c'était l'unique solution possible.Aidée de ma cousine, je détachai ma ceinture et fis avec précaution glisser ma jupe vers mes pieds.Le porter l'enleva avec tout ce que'lle comportait de désastre, et m'assura qu'il me la rendrait immaculée, avant notre descente du train.Ainsi dépouillée de la moitié de mon costume, je repris mon livre avec une détermination persistante.Mais Elise n'aimait pas être longtemps sans entendre le son de sa voix.Elle fit bientôt une tentative de me ramener à ia conversation et à la bonne entente.Pour être aimable, elle voulut débuter par un compliment: "Ton jupon est joli", dit-elle, en analysant les fioritures de la broderie.Cette fois, je la regardai avec une intention bien arrêtée de faire enquête sur ses sentiments.Mais Elise ne riait pas, elle avait tout simplement transporté son attention à ce qui l'intéressait le plus au monde après les friandises, la toilette.Ma réponse fut laconique et brusque comme il convenait à la situation : "Oui, mais je l'aime mieux avec ma robe par-dessus".— En voilà une réponse sotte.— Je réponds comme tu manges.Le garçon, à ce moment, venait m'annon-cer que l'accident était à moitié réparé et que, lorsque son savonnage serait séché, il n'en resterait nulle trace.Ma cousine profita de la nouvelle pour reprendre tout son aplomb : "Tu vois que ce n'était pas la peine de se tourner le sang.Un accident est un accident, et celui-ci est sans importance et sans gravité".Mais elle parlait en joli costume de voyage et je pensais en simple jupon blanc.Quelques minutes avant d'atteindre la Rivière du Loup, le porter vint m'apporter ma robe fraîchement repassée et pressée avec un art subtil, qui ramenait des plis savants sur la tâche encore très visible, mais que ni ma cousine ni l'astucieux noir ne savaient plus voir.Aidé d'elle et lui, je repris mon vêtement stigmatisé.Satisfaite du résultat.Elise se recula d'un pas, m'explora du regard et dit avec assurance: "Ca n'y paraît plus, il faut le savoir pour le voir".Mais, avec un peu d'amertume, je ne pus m'empècher de répliquer : "Et le voir, pour le savoir ." Le soir, dans notre chambre d'hôtel, j'écrivis à ma mère : "Le voyage a été très agréable jusqu'ici.Nous repartons demain pour Edmundston.En bonne santé et de bonne humeur." Ainsi s'écrit l'histoire.BAUX FIXES (Suite de la page S) sauf respect, d'emphytéote, tel voisin qui avait la faiblesse de renouveler son bail.Tous ceux qui veulent être de bon compte reconnaissent aujourd'hui que le locataire Proud-hon est allé trop loin quand il a affirmé que la propriété c'est le vol.Pourquoi généraliser de cette façon quand on sait parfaitement que tous les propriétaires ne sont pas locateurs.D'autre part, il faut convenir qu'il y a des proprios qui ont bien de la morgue.Ils auraient tout à gagner à traiter leurs locataires avec des ménagements en les persuadant que, en définitive, leur péripatétisme ne mène nulle part, qu'on vit de ménage et qu'on crève de déménagement.Au reste, locateur et locataire ne sont pas des états immuables ou incommutables ressortissant à des tempéraments particuliers comme des qualités natives.Il y a de braves gens dans les deux camps.On peut même dire que maints locataires aspirent à devenir propriétaires: c'est la qualité qu'ils convoitent, c'est l'ambition qu'ils nourrissent.Aussi bien, ces petites querelles, chamailleries ou chipoteries, de quelque nom qu'on les désigne, sont affaires de point de vue."It all depends whose ox is gored", comme disait Cicéron quand il s'avisait de parler anglais.N'empêche qu'à voir tant de pauvres hères se balader dans nos rues à la recherche d'un gite, je sens mon coeur se serrer.Comme le sujet est héroïque, je crois bien bon de leur adresser mes sympathies non pas en prose banale mais en vers, fut-ce des vers de mir-miton : BALLADE DES DEMENAGEURS Faut ne s'attacher nulle part! Est maxime fort salutaire; C'est le sort commun sur la terre : A peine arrivé qu'on repart.Aussi, mai venu, la plupart Se baladent en tapissière Du Boul' Saint-J.à S.-Léonard, De Guybourg à Ville St-Pierre.C'est un carnaval, un bazar; On crie, on jure, on vocifère.I>e pot de chambre, la soupière Et le portrait de belle-mère.Tout est pêle-mêle au hasard.Le voisin narquois, goguenard, A l'arrivée ou au départ De vos nippes fait l'inventaire.Faut changer, dit Pierre ou Gaspard; Ce logis-là devrait me plaire! Mais l'an d'après c'est à refaire.Un jour pourtant ou tôt ou tard.Fût-on solide en Gibraltar, — Cette fois c'est bien la dernière — On déménage.en corbillard Dans un sous-sol, au cimetière.ENVOI Prince, bénigne locataire.Si coeur t'en dit.à ton chambard Va, va gaiment, c'est ton affaire.Au proprio, ce sacré tsar, Qui t'engueule ou fait du pétard Fiche ton plain-pied quelque part ! Page 10 MON MAGAZINE Mai 19 32 A travers les Montagnes Rocheuses Qiielques aspects de la Suisse Canadienne Pour bien voir la Suisse Canadienne, il est plus sage de faire un arrêt à Calgary, la métropole de l'Alberta, et de laisser cette dernière ville le matin.Elle vaut d'ailleurs la peine d'être visitée et tout autour de la ville s'étendent de somptueux quartiers résidentiels auxquels on accède par le tramway ou par des ponts.Du toit du Palliser, le splendide hôtel de la Compagnie du Pacifique Canadien, où des hauteurs du magasin de la compagnie de la Baie d'Hudson, l'on a un très bel ensemble de la ville, et c'est moins fatiguant que de tenter de la parcourir trop en détail lorsqu'on a peu de temps à sa disposition.Dans le lointain, l'on aperçoit les premières montagnes et c'est déjà un avant-goût du magnifique spectacle dont on jouira et qui vaut les quatre jours de chemins de fer qu'il a fallu pour atteindre cette région pittoresque de notre pays.C'est le mont Gap qui est la sentinelle qui garde ce royaume fantastique dont tous les personnages, comme les acteurs géants d'un drame, nous apparaissent quelques minutes, nous mettant au coeur comme un frisson d'émoi.Pour embellir encore ce décor unique, les eaux bleues de la Bow dans lesquelles se mirent les monts dont quelques-uns nous sont familiers par l'image et par le cinéma.Au pied des "Trois Soeurs" dont la plus massive nous apparaît la première, tandis que les deux autres plus grêles se dessinent et s'étalent à ses côtés, le village de Canmore donne une impression de vie dans cette immense solitude.La voix ferrée qui serpente sur les flancs des rochers nous ménage des surprises à chaque tournant.Il n'y a pas moyen de traverser les Rocheuses saTis faire un arrêt à Banff.C'est un enchantement que de se Le "Château' le superbe hôtel du Pacifique Canadien dans les Rocheuses.Le lac Wapta, le point le plus élevé atteint par la voie du C.P.R.dans les Montagnes Rocheuses.trouver au milieu de ces figures de pierre aux traits heurtés et si dissemblables.Au pied du Mont Rundle, dans la vallée de la Bow, se dresse l'hôtel Banff Springs, dont les tourelles plus légères, rappellent vaguement notre Châ teau Frontenac.C'est la somptueuse hôtellerie que la compagnie du Pacifique met à la disposition des voyageurs qu'elle amène dans cette solitude, car s'il n'y avait pas de chemin de fer, Banff, avec toutes ses beautés, serait un désert.En bas de la terrasse de l'hôtel, se trouve la piscine d'eau sul- sur le bord du Lac Louise, Banff, villégiature et station thermale réputée des Montagnes Rocheuses.Au fond, le mont Cascades fureuse chaude qui a valu à Banff sa réputation de station thermale.La source de cette eau est cachée dans la montagne où l'on peut admirer dans une caverne, les sources jaillissantes à l'odeur caractéristique.L'eau est limpide et d'un bleu particulier.A côté de cette caverne une grande baignoire découverte, garde malgré une température automnale, très prononcée sur les hauteurs, 73 degrés Farenheit.Une plus petite et plus profonde atteint 93o.Des jeunes gens et des jeunes filles s'y baignent comme en plein été et l'on obtient pour la modique somme de 25 sous, un costume et un cabinet de déshabillage.En plein carnaval d'hiver, la température de cette piscine permet de s'y précipiter sans danger.Une excursion intéressante vous mène le long du mont "Tunnel" par un chemin qui n'a que la largeur d'une automobile, d'où l'on vous fait admirer toute la vallée de la Bow.L'on se demande parfois ce qui arriverait si les freins manquaient, mais le spectacle mérite que l'on dompte ce petit frisson de peur.Les montagnes avoisinantes portent chacune leur nom et ont un aspect différent.LE LAC LOUISE On ne traverse pas les Montagnes Rocheuses sans arrêter au Lac Louise, dont la gare est située à un mille environ de la division entre l'Alberta et la Colombie Britannique.Il n'y a qu'un hôtel au lac Louise, celui de la Compagnie du Pacifique Canadien, le "Château", bâti tout au bord de l'eau, de sorte qu'en descendant du train, à 3 milles du lac, on enregistre ses bagages, avant de monter dans le tramway pour un trajet qui donne un peu l'impression d'une randonnée dans les montagnes russes.Tout semble avoir été réuni ici pour le nlaisir des yeux: côtes abruptes couvertes J'une riche végétation, gorges profondes à donner le vertige, ponts gracieux bâtis sur des précipices, rivières qui serpentent sur la mousse; et comme fond de scène, des montagnes et des glaciers.L'on descend dans la cour de l'hôtellerie qui, de l'extérieur, semble un immense chalet, mais qui contient tous les affinements du confort et du luxe.Des fenêtres de la vaste salle de l'hôtel on a vue sur le glacier Victoria qui se reflète dans les eaux bleues du lac, ce qui semble doubler sa masse.Cette teinte particulière des eaux leur est Mai 19 32 MON MAGAZINE Page 11 donnée, parait-il, par les particules de terre qui se détachent de la montagne et qui sont entraînées par le torrent lorsque le soleil chauffe le glacier.En marchant deux milles on peut aller l'admirer de près, et souvent l'on peut être le témoin d'avalanches qui se produisent sous les rayons ardents du soleil d'été.Les sentiers ne manquent pas dans la montagne qui avoisine le lac, et les alpinistes peuvent grimper jusqu'au sommet du mont Bechîne d'où ils admirent les lacs Louise, Miroir et Agnès.Sur cette même cime l'on peut, suivant l'heure ou son appétit, déjeuner, diner et souper, dans une auberge riante, qui n'a point à craindre de rivalité.Du lac Louise l'on peut rayonner dans la direction de la vallée du Paradis à une distance de dix milles et visiter le glacier du Fer à Cheval ou aller du côté de la vallée des Dix Pics, au sud est en passant devant le Mont Temple, le plus haut sommet que l'on voit du chemin de fer (11,625 pieds) Le Lac Moraine est à l'entrée de la vallée et à onze milles du lac Louise, mais plus loin l'on peut voir le glacier Wenkchemna et plusieurs plus petits.Au delà des Dix Pics, il y a un vaste champ de glace qui va vers la vallée des Prospecteurs et le passage du Vermillon.De n'importe quel point à l'ouest du lac Louise on peut avoir des aperçus des monts Daly et Balfour, mais les glaciers ne sont pas si faciles à atteindre que ceux qui sont au sud de la voie ferrée.Il y a des glaciers en vue durant la descente du sommet de la montagne dans la vallée du Cheval qui rue, dans le parc Yo ho et dans la vallée du même nom.Puis la route redescend dans la vallée de la Colombie et les scènes alpestres se font plus rares jusqu'à ce qu'on atteigne les monts Selkirks.LES MONTS SELKIRKS Les monts Selkirks n'ont pas la même apparence que les Rocheuses, ils sont couverts en général de courts arbustes déchiquetés par les vents, mais ils renferment aussi beaucoup de glaciers et de champs de glace.Le chemin de fer monte péniblement et se dirige vers l'entrée du parc Glacier.Le panorama devient plus grandiose à mesure que l'on approche du col de Rogers, entouré de pics recouverts de neige et exposé aux avalanches.Le tunnel Connaught, qui coupe maintenant de cinq milles la montée la plus difficile, cache aussi plus d'un point de vue, mais il est facile d'arrêter à Glacier, qui se trouve près de l'entrée opposée.L'Illecillewaet ou Grand Glacier est seulement à un mille et demi de la gare et il est facile de se rendre à sa base avec très peu d'efforts.On peut faire l'ascension du Mont Lookout à l'ouest et avoir ainsi une magnifique vue de l'Illicillewaet et des hautes montagnes qui l'entourent.Il y a encore de plus beaux champs de glace à admirer du mont Sir San- •v n La voie du Pacifique Canadien traverse dans les Montagnes Rocheuses des régions d'un grand pittoresque.On la voit ici longeant le tortueux canyon de la rivière Illecillewaet.ford, le plus haut point de cette chaîne.Les beautés des régions du lac Louise, de Field, de Glacier, sur la ligne du Pacifique Canadien ont eu l'occasion d'être très admirées, mais celles du Mont Robson et de son entourage, près du passage de Yellow-head, sur le Grand Tronc Pacifique, sont à peine connues.La montagne elle-même, s'élève à 13,087 pieds au-dessus du niveau de la mer; c'est le plus haut pic des Montagnes Rocheuses et on ne le voit pas du passage de Yellowhead, mais il apparaît à l'endroit où la rivière des Grandes Fourches rejoint la rivière Fraser.Quelques milles plus loin, à la tète de la vallée, ses falaises abruptes sur lesquelles la neige a peine à s'attacher, montent à 10,000 pieds couronnées par une pyramide de neige.Un sentier mène des Grandes Fourches à la vallée des Mille Chutes, où la rivière tombe dans une gorge sauvage et atteint l'arrière du Mont Robson.Des montagnes plus basses de cette région, il y a une vue splendide de monts, de glaciers et de lacs.Le torrent bleu du Glacier Tremblant semble surgir du Cimier et du pic de Robson, pour se plonger dans le Un camp de chalets dans les Rocheuses, près du Lac Louise lac Berg qui le réfléchit dans son miroir et semble le doubler.A la gauche, il y a de grandes chutes congelées qui s'étendent en un demi-cercle de cinq ou six milles, autour des sombres rocs de l'ar-rière-garde.L'eau qui sort des cavernes tombe dans le lac Berg et les Grandes Fourches, mais une partie atteint aussi le lac Adolphus et la rivière à la Fumée, l'un des affluents de la rivière Mackenzie, de sorte que le glacier envoie à la fois ses eaux à l'Océan Arctique et à l'Océan Pacifique.Les explorations dans 1 e s Rocheuses et les Selkirks ont été accomplies pour la plupart par des Anglais ou des Américains qui ont fait de l'alpinisme en Suisse, et l'on se demande pourquoi ils ont entrepris de si lointains voyages, lorsqu'ils avaient à leur portée des montagnes d'accès plus facile.Il faut accuser d'abord l'attrait que l'inconnu et l'immensité exercent sur les esprits aventureux.L'étendue des montagnes couvertes de neige dans l'Alberta et la Colombie Britannique couvre plusieurs fois celle des Alpes.La longueur de cette chaîne de montagnes d'Europe est de quatre cent milles et sa largeur de cinquante à quatre vingts milles, tandis que les Rocheuses et les Selkirks ont une longueur de douze cents milles et une largeur de cent quarante milles.Les clichés de ces deux pages sur les Montagnes Rocheuses nous ont été fournis par courtoisie du Canadien Pacifique.Réhaussons la beauté du Canada Toute maison non améliorée ou sans parterre au Canada peut être rendue plus attrayante par l'emploi judicieux d'arbres, d'arbrisseaux, de plantes grimpantes, de fleurs et de gazon bien entretenu.Le vieux dicton selon lequel une maison non encadrée de végétation n'est pas un foyer, fait bien ressortir la nécessité et la sagesse de la plantation ornementale.Le Canada est un pays d'une rare beauté naturelle, à partir des lacs Bras d'Or de l'Ile du Cap Breton jusqu'à ces fameuses montagnes aux assises baignées par les vagues du Pacifique.La nature a doté notre pays de paysages naturels grandioses, les plus beaux et les plus variés du globe.Les montagnes, les lacs, les ruisseaux, les forêts, les plaines et les chutes d'eau y abondent.Les endroits dont l'apparence laisse à désirer sont ceux que l'homme a lui-même enlaidis; il semble donc que le moins qu'il puisse faire, c'est d'améliorer suffisamment ces mêmes endroits pour les conformer, dans une certaine mesure au moins, à la beauté naturelle de notre grand pays.Souvent on se rend compte de l'avancement et de la prospérité d'une loca- (A suivre à la page iQ) Page IS MON MAGAZINE Mai 1932 Questions actuelles Auguste G ALI BOIS LES AMBITIONS DU JAPON Que se passe^Vil en ce moment dans l'Est ?En dépit du silence qui semble régner sur les questions de l'Extrême-Orient, les nations civilisées du monde n'en demeurent pas moins alarmées par la probabilité d'une reprise des troubles entre la Chine et le Japon, et également par l'imminence d'un conflit entre les Nippons et les Américains.Comme on le sait, le Japon possède des intérêts considérables en Mandchourie, et la Chine fait tout ce qu'elle peut pour retarder le développement de ces intérêts.Les conflits de l'an dernier semblaient s'être apaisés, mais on appréhende qu'ils reprennent bientôt, en dépit de la Ligue des Nations.Nous avons l'intention de montrer ici quelles ambitions et quelles nécessités économiques ont servi à aiguillonner les Japonais vers cette nouvelle agression probable.L'origine du peuple japonais est restée douteuse.Historiquement, on ne connaît rien de cette race avant le huitième siècle.L'archéologie et la légende sont également inutiles dans un pays où le bois a servi de seul matériel pendant de nombreuses générations et où les histoires des temps préhistoriques sont tellement contradictoires qu'il est impossible de séparer le faux du vrai.Nous trouvons d'abord les Japonais établis dans la plus éloignée des îles de l'extrê-me-sud.Quand ils émigrent graduellement vers les grandes îles du nord, ils rencontrent, vainquent et exploitent les indigènes, mais ce n'est qu'au commencement du dix-septième siècle qu'ils occupent les quatre grandes îles du Japon proprement dit.Vers le même temps, ils traversent aussi le détroit qui les sépare de la Corée et qui n'est pas très large.L'histoire de la Corée nous suggère l'idée qu'à partir de 1625, les Coréens, dans la conduite de leurs guerres civiles, faisaient alternativement appel à la Chine et au Japon pour leur aider, et de cette façon les Japonais avaient fini par gagner facilement un pied à terre.Un jour vint où les deux grandes races se rencontrèrent et dans la première lutte qui s'ensuivit la Chine expulsa les Japonais du continent.Mais vers 1637, les "shotguns" du Japon révélèrent leur ambition par diverses campagnes contre les nations de l'Asie et démontrèrent même qu'ils rêvaient d'un grand Empire japonais, qui pourrait inclure la Chine, la Corée, et les îles des Mers du Sud.Ensuite vint une période d'isolement véritable qui dura près de deux siècles, jusque vers 1853, quand les gambades de l'ours moscovite commencèrent à paraître menaçantes.Dès 1689, les Russes avaient atteint le Bassin de l'Amour, et en 1861, ils étaient rendus près de la frontière de la Corée.C'était ou jamais pour les Japonais le temps d'agir! Mettant de côté les prétentions chinoises sur la Corée, le Japon négocia un traité avec la Chine en 1876, et en 1880 établit une légation à Séoul.Après dix années de combats plus ou moins incohérents, "décousus", un nouveau traité fut signé par lequel les deux nations s'engageaient à retenir leurs troupes, et prenaient l'engagement de ne pas les faire revenir sans le consentement des deux nations.En 1894, la Chine négligea de demander le consentement du Japon et envoya deux mille hommes pour apaiser une émeute dans le sud de la Corée.Une nouvelle guerre s'ensuivit et les Chinois furent expulsés.Ainsi la Chine perdit sa souveraineté sur la Corée et abandonna Formose et nombre de petites îles aux Japonais.C'est à peu près à cette époque que les nations étrangères commencèrent à arriver en Chine.L'Angleterre, l'Allemagne et la France prirent chacune un morceau des "possessions japonaises si durement gagnées." Mais c'était la Russie que le Nippon redoutait le plus.Depuis quelque temps ce pays n'avait cessé d'empiéter en Asie, et finalement s'était servi de la rébellion des Boxers comme d'un prétexte pour maintenir cent mille soldats dans la Manichourie.Dans la guerre qui succéda immédiatement à cet état de chose, le Japon gagna le protectorat de la Corse et de presque toutes les régions concédées à la Chine et à la Russie.La Corée fut annexée en 1910, et placée définitivement sous le joug japonais.Dans la Mandchourie du Sud, les Nippons se sont puissamment retranchés.On doit admettre que sous leur contrôle le développement de ces régions serait d'un inestimable avantage au Japon comme base pour son armée et ses approvisionnements.Il est possible aussi que le Japon rêve au jour glorieux où ses armées tiendront fermement dans leur serres toute la Sibérie d'Extrême-Orient depuis le lac Baikal jusqu'à Vladivostock.Examinons pour un moment les ressources et lesbesoins du Japon.Le Japon proprement dit est essentiellement un pays de culture.De ces soixante millions d'habitants, près de vingt-huit millions appartiennent à la classe agricole.Pendant que le riz, qui est la base de la nourriture nationale est cultivé dans une énorme proportion, il n'y en a, cependant, plus suffisamment pour nourrir tout le monde, et même dans les meilleures années une certaine quantité assez considérable de riz doit être acquise en pays étranger.Le problème de se procurer l'alimentation supplémentaire est pratiquement résolu par les vastes "bancs" de poissons de toutes espèces qui abondent dans les eaux Japonaises et heureusement pour eux les Japonais aiment le poisson.Près d'un million et demi d'hommes sont engagés dans cette seule industrie de la mer.On importe du boeuf de la Chine, du porc de la Corée, et de la farine des Etats-Unis.A tout prendre, le problème de l'alimentation au Japon n'est pas insurmontable."Mais quand nous examinons la question des matières premières", dit la Revue de Paris, "la situation du Japon est bien moins satisfaisante.Sa production de charbon est insuffisante pour son usage et le sol n'accorde aucune promesse d'en donner plus tard davantage.Son anthracite est pratiquement tout réservé pour sa marine et tout le reste doit être acheté à l'étranger.En temps de paix, ceci est déjà assez désavantageux, mais en temps de guerre, les tout premiers jours d'une mobilisation industrielle priveraient le pays de toutes ses ressources naturelles ou acquises".Il n'est pas étonnant par conséquent que les Japonais jettent un regard d'envie sur la Mandchourie qui possède une abondante ré- serve de charbons de toutes les espèces, ainsi que de beaucoup d'autres minerais qui manquent au Japon.Sa production du fer est encore moins satisfaisante.De sa consommation annuelle d'un million de tonnes, le Japon n'en fournit que 70 tonnes.La Corée possède de grands gisements de fer, mais cependant pas assez pour pouvoir fournir au Japon tout ce dont il a besoin.La Chine possède tous les minerais, mais on ne peut compter sur elle d'une façon régulière.Alors, le marché le plus proche, c'est l'Inde britannique.Et également, de nouveau, pour ses gisements miniers, la Mandchourie devient un morceau temptant.L'huile, le troisième plus grand besoin d'une nation industrielle moderne, manque également au Japon.Ce pays produit deux cent soixante quinze mille tonnes d'huile et sa consommation annuelle est d'au moins quatre fois cette quantité.La Mandchourie produit annuellement cinquante mille tonnes d'huile lourde et quarante mille tonnes d'huile de divers degrés plus légère.On peut douter de l'avantage de ce produit mandchourien en temps normal, puisque cette huile coûte plus cher aux Japonais que celle de Californie et des Indes Néerlandaises.Mais sa valeur en temps de guerre ne peut être contestée.Deux matières premieres que le Japon doit nécessairement importer sont le coton et la laine.Le cotonnier n'existe pas sur les îles japonaises, mais on peut acheter le coton tout le long des côtes du sud de la Chine.Seuls les moutons les plus robustes peuvent vivre sur le sol japonais, mais la Mandchourie et la Mongolie produisent toutes espèces de laines.On verra par ce qui précède que ce dont le Japon a besoin est une portion de l'univers où il pourra se procurer les grandes quantités de matières premières qui lui manquent, ainsi que la nourriture qu'il lui faut pour nourrir sa population.En 1915.la population du Japon était de 59,736,000 habitants et son augmentation annuelle était d'un million.Il est insensé de vouloir comparer la densité de sa population avec celle de la Belgique, car la Belgique, à part d'être très industrielle et d'avoir beaucoup de charbon, est un pays plat où chaque pied de terrain peut être utile pour la culture, tandis que les terres du Japon sont arides, montagneuses et volcaniques : en bien des endroit», inhabitables.Les Japonais sont un peuple très patriote, très guerrier, et ce n'est que leur isolement insulaire qui les a empêchés de prendre part à plusieurs grands conflits.Si le Japon et les Etats-Unis avaient une commune frontière, les lois américaines de 1924, sur l'Immigration, — ou la question de la "porte ouverte" en Chine, — auraient certainement provoqué la guerre depuis longtemps.Heureusement, jusqu'ici, pour la paix du monde, la situation géographique des deux pays a retardé jusqu'à ce jour le conflit possible et même probable.Cependant, une guerre entre les deux pays prendra difficilement la (Suite à la page iO) MON MAGAZINE Page 13 Les Salons Français Henriette Tassé Madame Récamier La renommée sociale de Mme Récamier a éclipsé celle de toutes les femmes des salons contemporains.Elle est la femme du 19e siècle la plus admirée, la plus aimée et dont on a le plus écrit.Sa beauté fut universellement reconnue par l'élite de l'Europe.On a tellement insisté sur sa merveilleuse beauté, sur sa bonté et son charme, qu'elle est devenue une figure idéale, investie d'une grâce subtile et poétique.Le peintre David l'a immortalitée sur la toile dans toute la fraîcheur de sa jeunesse.Son buste a été sculpté par Canova, "le marbre pour être idéal n'eut qu'à copier le modèle" dit Sainte-Beuve.Grâce aux arts divins de la peinture et de la sculpture, les déesses de la beauté revivent encore.Son père, Mtre Jean Bernard, qui était notaire, avait, au dire de ceux qui l'ont connu, "une figure extrêmement belle, régulière et noble".Sa mère était une jolie blonde, fraîche et vive, parfaite à ravir ce qui explique la beauté de Juliette Récamier.A quinze ans, elle épousa le banquier Récamier qui avait quarante - deux ans et qui fut plutôt son père que son mari.Il avait acheté l'hôtel de Necker à la Chaussée-d'An-tin.Les Concourt donnent la description de la chambre de Mme Récamier dans leur ouvrage sur la société du Directoire."Deux cygnes de bronze doré bordent le lit d'une guirlande de fleurs échappées de leur bec; le lit se confesse à une glace de ruelle encadrée d'un acajou à filet d'or.Les' draperies sont de Mic chamois, ornementées d'or, relevées sur des rideaux de soie violette ornementée de noir." C'est un peu lugubre pour une chambre de jeune femme.Benjamin Constant dit qu'elle ne se montra pas à la Cour du Directoire.Ch.Monselet fait au contraire de Mme Récamier l'une des "Trois Grâces" du Directoire, avec Mme Tallien et Joséphine de Beauharnais."A elles trois", affir-me-t-il, "ces femmes ont affolé Paris et vu tomber les personnages les plus illustres à leurs pieds, ces beaux pieds qu'elles portaient chaussés de cothurnes." Au témoignage de Louis de Loménie: camier ne porta jamais de diamants; sa toilette d'une exquise simplicité n'admettait que les perles.Sa beauté avait cela de particulier qu'elle était plus attirante qu'éblouissante au premier coup d'oeil; plus on la voyait plus on la trouvait belle." "Au gré des étrangers, venant à Paris", dit Marcel Bou-teron, "Mme Récamier offrait le type le plus accompli de la grâce française.Tout est parfait en elle: personne, manières, mouvements, toilette, organe, langage, c'est un modèle accompli." Mme Lenormant a laissé ce portrait de sa tante: "Une taille souple et élégante, des épaules, un cou de la plus admirable forme et proportion, une bouche petite et vermeille, des dents de perle, des bras charmants, quoiqu'un peu minces, des cheveux châtains naturellement bouclés, le nez délicat et régulier, mais bien français, un éclat de teint incomparable qui éclipsait tout, une physionomie pleine de candeur et parfois de malice, et que l'expression de la beauté rendait attrayante, quelque chose d'indolent et de fier.C'était bien d'elle qu'on eut le droit de dire ce que Saint Simon a dit de la duchesse de Bourgogne: que sa démarche était celle d'une déesse sur les nuées." Lamartine disait: "Mme Reca- "Mme Ré- mier m'éblouit comme le plus céleste visage qui ait jamais éclairé les yeux d'un poète." Nous la voyons d'abord dans les cercles bizarres du Consulat dans toute la fraîcheur de sa jeunesse, entourée du luxe et de la fortune et captivant tous les coeurs par le charme indéfinissable qu'elle garda jusqu'à la fin de sa vie.A Paris, comme au château de Clichy, elle fut le centre d'une compagnie où les anciens étaient discrètement mêlés aux jeunes; où les antagonismes étaient adoucis et les éléments les plus discordants étaient mis en rapports harmonieux pour le moment par ses paroles gracieuses et son sourire séduisant.Là, nous trouvons les deux Montmorency, issus de la plus ancienne noblesse de France, Mme de Staël avant son exil, les deux Ampère, Narbonne, Barrè-re, le conventionnel, surnommé l'Anacréon de la guillotine, Masséna, Eugène de Beauharnais, Berna-dotte, qui devint plus tard roi de Suède, le général Moreau, l'astronome Lalande.Villemain, Augier, Montalembert, Mérimée, Legouvé, Thierry et Sain- Madame Récamier.te-Beuve.De temps en temps on voyait des célébrités étrangères, comme Sir Humphrey et Lady-Davy, Fox, Erskine, Humbolt, le duc d'Hamilton, la duchesse de Devonshire, Miss Berry Maria Edg-worth.Delphine Gay, (Madame de Girardin) y lut ses premiers poèmes; Talma et Rachel y rendirent quelques-uns de leurs principaux rôles; Pauline Viar-dot, Garcia, Rubini et Lablanche y chantèrent; Delacroix, David d'Angers et Gérard représentaient le monde artiste.Balzac se rendit un jour chez Mme Récamier.Il venait de publier "La Physiologie du Mariage"."Les femmes", lui dit Mme Récamier, "ont grand besoin d'être défendues.Vous avez fait là, monsieur, une oeuvre excellente".Cette visite à une femme qui était un des grands noms de la vie française venait d'apporter une clarté de plus au grand romancier, qui était alors au debut de sa carrière.Ll revint et lut "Peau de Chagrin".Napoléon essaya en vain d'attirer Mme Récamier à la Cour impériale.Son salon n'était ni politique ni philosophique, mais après la cruelle persécution de La Harpe, le bannissement de Mme de Staël, et les infortunes analogues d'autres amis, ses sympathies furent plus fortes que sa diplomatie, et son sa- lon passa dans les rangs de l'opposition.L'Empereur regardait tous ceux qui y venaient comme ses ennemis.Cette jeune femme était destinée à éprouver toute l'amertune de son mécontentement.Par 3es agiotages à la bourse, Napoléon ruina son mari, elle fut exilée et errante pendant plusieurs années.Aux premiers jours de la Restauration, elle était à l'apogée de sa beauté et de sa renommée.Son sa'.on reprit son éclat et fut le centre où tous les partis se rencontraient sur un terrain neutre.Ses relations avec ceux qui étaient au pouvoir lui donnaient une forte influence politique.Son pouvoir réel était dans la merveilleuse harmonie de sa nature, dans une pénétration subtile qui devinait les chagrins, excusait les faiblesses des autres pour leur appliquer un baume adoucissant.Elle dansait à ravir, chantait, pinçait de la harpe et jouait du piano.L'été à Albano, elle jouait l'orgue à la grand'messe et aux vêpres.La pieuse et austère Mme de Swetchine, était fortement prévenue contre Mme Récamier, et fut longtemps sans vouloir la rencontrer.Lorsqu'elle la vit, elle fut captivée elle aussi.L'ayant revue plus tard à Rome, elle écrivait à Mme de Montcalm: "Après de si brillants succès, rien assurément ne saurait être plus flatteur que de compter presqu'autant d'amis qu'autrefois d'adorateurs; peut-être que cependant, sans que je veuille ôter à son mérite, si elle avait aimé une seule fois, leur nombre à tous en aurait été considérablement diminué".Guizot disait: "Cette admiration passionnée, cette affection constante, ce goût insatiable pour sa société, sa conversation, son amitié, Mme Récamier les a inspirés à tous ceux qui l'ont approchée et connue, aux femmes comme aux hommes, aux étrangers comme aux français, aux princes comme aux bourgeois, aux saints et aux mondains, aux philosophes et aux artistes, aux adversaires comme aux partisans des idées et des causes qui avaient sa préférence, bien plus à ses rivales dans ses affaires de coeur, presqu'autant qu'à ceux-là mêmes dont elle leur enlevait la possession." Mme de Krudener, une illuminée, dont le salon unissait la mode et la piété, appréhendant la distraction que l'entrée de Mme Récamier était sûre de causer, engagea Benjamin Constant à lui écrire pour la prier de se faire le moins charmante possible.Sa note est certainement unique: "Je m'acquitte avec un peu d'embarras de la commission que Mme de Krudener vient de me donner.Elle vous supplie de venir aussi peu belle que possible.Elle dit que vous éblouissez tout le monde, que tous les esprits sont troublés et l'attention est impossible.Vous ne pouvez mettre vos charmes de côté, mais n'y ajoutez pas." La voir c'était l'aimer, ses victimes furent nombreuses et si elles devenaient ses amis ce n'était pas sans luttes et sans brisements de coeur.Les passions brûlantes qu'elle inspira ne semblent pas avoir détruit sa propre sérénité.Mme Récamier restera toujours mystérieuse comme la déesse Isis.Nul n'a pu soulever le voile qui entoure cette femme qui inspira tant d'amour passionnées, mais que les flèches de Cupidon semblent ne pas avoir blessée.Si une femme résiste à la (Suite à la page ZS) Page 1£ MON MAGAZINE Mai 1932 Le Artistes Français Serge de VARRO ?L'ECRAN MENSUEL » Georges Milton Parmi les nombreuses vedettes de l'écran français que nous avons eu le plaisir de voir jusqu'à présent et que nous reverrons dans l'avenir, il en est quelques-unes qui nous sont plus sympathiques, que nous avons admirées, puis aimées.Plusieurs de ces vedettes ont interprété des rôles dans différents films dont le succès à Montréal fut très marqué.Les citer! Ce serait tout un travail, et peut-être serions-nous au regret d'en oublier de très charmantes, de très gentilles que les lecteurs connaissent tout aussi bien que nous.Pas d'injustice.N'en parlons plus.Cependant, comme il ne déplait à personne de connaître un peu mieux les artistes, de savoir ce qu'on pense d'eux, de leur idéal, de leurs ambitions, de leurs succès, et ma foi, de leurs peines—car ils en ont—permettez-nous -d'être indiscret et d'en nommer quelques-uns bien connus ici et encore plus en France.MURAT D'abord, Jean Murât: le héros sympathique.Ce n'est pas un compliment, c'est un titre.Murât tourne beaucoup de films.Il est admiré dans tous les milieux.Nous l'avons vu au film muet dans "Vénus", avec Constance Talmage, soeur de Norma.Puis, le film-parlant nous le ramena dans différentes circonstances.Par exemple, dans "Un trou dans le mur"; "77 rue Chalgrin"; "Dactylo" et autres.Nous le reverrons dans "Brumes"; dans "Paris-Méditerrannée" et dans "Le vainqueur" avec la jolie Kate de Nagy.Ce Murât est l'artiste choyé, qu'on retourne voir.Il a toujours l'air d'un homme qui ne s'en fait pas.Son sourire narquois est infiniment mystérieux; son air moqueur intrigue beaucoup ses admiratrices.D'ailleurs, les femmes aiment, ou ont une tendance plutôt définie à aimer les hommes qui s'entourent de mystère.La critique a fait de Jean Murât, les plus enviables éloges.Il est un des jeunes premiers français les plus sympathiques au public de Montréal.Il ne serait pas faux de dire qu'il doit une part de sa popularité au fait qu'il est toujours lui-même dans tous les rôles qu'il incarne.Il ne faudra pas manquer de le voir dans "La Folle Aventure" que nous devrions avoir ici sous peu.ANNABELLA Une petite femme qui n'a peur de rien.En tous les cas elle n'a certainement pas peur du travail.Nous l'avons vue dans une série de films où son jeu sobre mais bien au point en fait une vedette d'autant plus estimée que les gens de chez nous connaissent et savent apprécier l'art, tel que cette artiste le comprend.Sa personne entière est dans le mouvement, dans le geste, dans l'attitude.Tous ces moyens d'action passent dans l'expression de ses immenses yeux jolis, qui sont noirs quand elle aime, gris neutres lorsqu'elle se fâche, et violets si elle songe.Elle nous a ému dans "Le Million" par sa grâce et son ingénuité; elle nous a conquis dans "Son Altesse l'Amour" par sa sincérité.Nous éprouverons un grand plaisir à la revoir dans "Paris-Méditerranée".NOEL - NOEL Noël-Noël, l'homme qui joue sans en avoir l'air.Celui qui joue pour s'amuser tout en nous amusant.Il a plu dans deux rôles tout à fait opposés.Il est fantaisiste dans "Octave" d'Yves Mirande, et excellent comédien dans "Mistigri", son premier grand rôle.On ne peut s'imaginer un autre Noël-Noël que celui que nous voyons sur l'écran, pour être naturel dans un autre personnage que soi-même, on ne peut l'être plus .Mais, il ne faut pas croire d'un autre côté qu'il est l'homme qu'on a souverainement détesté dans le rôle de Zamore, de "Mistigri".Un rédacteur, — trop indiscret, celui-là, — fit dire à Noël-Noël, dans un hebdomadaire de cinéma français, qu'il parlait souvent de sa "personnalité" de son "talent" et de ses "ressources".Le rédacteur de l'hebdomadaire reçu de Noël-Noël une lettre qui fut publiée dans "Pour Vous" à une semaine d'intervalle de cet incident et dont nous donnons ici un extrait : "Le public, déjà, a trop de tendances à taxer facilement les artistes de cabots vaniteux, et il est inutile de nous montrer forts et assurés quand, justement, nous portons en nous, pour la plupart, cette affreuse et déprimante incertitude de nos moyens".Le film "Mistigri" est vivement intéressant et Noël-Noël s'est révélé d'un naturel déroutant dans le rôle de Zamore.Dans "Mistigri" par contre, l'on joue un peu trop avec le sentiment.Se peut-il qu'un homme soit si méchant et une femme si bonne?Pour le croire, il faudrait oublier que la femme a commis le premier péché.Nous reverrons Noël-Noël dans "Papa sans le Savoir".GABY MORLAY Gaby Morlay : l'héroïne "d'Accusée, Levez-vous", dont nous sommes tous privés depuis des mois.Une femme dont le jeu est inoubliable.Des yeux pénétrants qui scrutent au fond des autres yeux.Une bouche qui parle sans s'ouvrir.Une âme qui ressent, qui vibre, qui s'émeut.Cette artiste qui considère comme son plus beau souvenir d'avoir joué aux côtés de Lucien Guitry, au théâtre, déclarait, dans une entrevue de Jacques Bernier prise devant le microphone du Radio - Journal de France, que le cinéma et le théâtre sont deux arts complètement différents.Elle ajoutait, qu'à son avis, trop de texte au cinéma ralentit l'action.L'artiste toujours interrompu, s'énerve et à moins d'être fort bien trempé, peut gâcher des centaines de pieds de films.Il faut recommencer.Mlle Morlay, à notre sens, a raison.Elle préfère le théâtre.Nous ne la blâmerons pas.Le théâtre et le cinéma sont en effet deux métiers bien distincts.Si l'on veut être acteur de cinéma et de théâtre à la fois, on n'a qu'à se rappeler le mot du Dumas: douze métiers.Nous aurons le grand plaisir de revoir Gaby Morlay, bientôt, dans "Ariane, jeune fille Russe".MILTON Milton, dit Bouboule.L'inimitable Bou-boule du "Roi des Resquilleurs"; de la "Bande à Bouboule" et le "Roi du Cirage".— Le plus aimé à Montréal des comédiens de l'écran français.Tous ses films ont tenu l'affiche trois semaines et même un mois.Plus il essaie d'être sérieux, plus il est drôle.Il est toujours emballé, mais il roule.comme une boule, hors du conflit.Les spectateurs rient aux larmes.Bouboule a eu le temps de s'emballer de nouveau, et ainsi, jusqu'à la fin.Il vient du music-hall?Qu'est-ce que ça fiche?Il n'a que l'histoire de ses numéros?— Et quoi encore ! C'est un amusant personnage, gai, aussi pimpant que replet, — mais il plait.Il s'est imposé aussi vite que Chevalier.Il est un des favoris du public montréalais.Lily Zévaco Mai 1932 MON MAGAZINE Page 15 FLORELLE Un flot.débordant de gaîté, de jeunesse, de sourires.Une petite femme ingénue qui a tout pris pour elle dans "Atout-Coeur", où elle donnait la réplique la plus amusante dans les circonstances: — "Tout de même, — c'est pas des blagues à faire".Jean Barreye dit en parlant d'elle : "Une des meilleures artistes françaises, la plus instinctive, la plus douée, la plus à l'aise devant le camera".Après l'avoir vue dans "Atout Coeur", nous sommes d'accord avec ce critique juste, qui parle au nom de l'art et non de lui-même.Son jeu dans "Tumultes" — que nous verrons bientôt a été loué par la presse française et particulièrement par M.René Leh-mann.Vraiment, c'est un plaisir toujours nouveau de revoir Florelle, et si quelqu'un voulait m'empécher de voir "Vacances" dans lequel l'artiste tient le premier rôle, je trouverais que — c'est pas des blagues à faire.LILY ZEVACO Elle se défend d'être une femme fatale, elle, l'impassible Nénette de la "Bande à Bouboule".Elle a le regard noyé dans une sorte de méditation infinie où elle semble chercher les secrets impénétrables de ceux qu'elle aime, — quand elle aime.Elle a abandonné la scène pour le studio.Ne lui reprochons pas trop vite sa détermination qui nous fait profiter de cette artiste pleine de charme dont nous avons admiré le talent et qui saura, certes, continuer son ascension au film-parlant.Nous espérons l'entendre chanter dans son prochain film.C'est vrai, elle débuta en 1926, sur la scène du théâtre Mogador, dans "La Bayadere".— Elle dit volontiers que Milton est le meilleur camarade du monde.UN DISPARU Pierre Batcheff est mort le 12 avril dernier.Il a succombé avant d'avoir pu réaliser son rêve: devenir metteur en scène.Il n'avait pas vingt-cinq ans.Son interprétation admirable dans "Un chien andalou" de Luis Bunuel, l'avait mis très en vogue auprès des réalisateurs.Sa franchise se traduisit à l'écran, dans tous les personnages qu'il a représentés.Il joua dans "Le Double Amour".— "Destinée".— "Les Deux Limites".— Au cinéma parlant nous l'avons vu, ici, dans "Les Amours de Minuit" et "Le Rebelle".Nous pourrons le voir encore dans "Baroud" qui vient d'être édité.C'est le dernier film dans Gaby Morlay lequel il ait joué.Nous garderons de lui, un bon souvenir.Dans sa courte mais brillante carrière, il a été un homme d'action et un artiste sincère.Il sera regretté.ET LES AUTRES.Liliane Harvey, reine européenne, de l'opérette filmée.Charles Vanel qui a aussi l'intention de devenir directeur.Henry Garât, de "Il est charmant".Kate de Nagy, Josselyne Gael, Charles Boyer, Lolita Bona-vente, Rolla France, Jim Gérald, Brigitte Helm, Arletty, Jean Dax, Baron, fils, Rosine Déréan, Gaby Basset, Fernand Gravey, Mauricet, Dréan.Max Dearly, Marcel André, Raimu, Janine Voisin, Marguerite Moreno, Jeanne Helbling, Helena Manson, Roger Tré-ville, Marcelle Roméo.Ouf! qu'il y a de bons artistes français! — Et, Simonne Vau-dry, Marie Bell, Françoise Rosay, André Berley, Pierre Etchepare, Simonne Cerdan, Lucien Galas, Colette Darfeuil, Thomy Bour-delle, Gaston Modot, Gabriel Gabrio, Fran-cen, Lucien Fonarese, Mona Goya, etc.Je savais bien que j'en oublierais.Serge de VARRO.Jean Murât LA FRANCE ET LE PROGRES SCIENTIFIQUE Les quatre plus grandes découvertes et inventions contemporaines, celles qui donnèrent à notre époque et à notre vie ses caractéristiques essentielles et son originalité foncière: la radio, le cinéma, l'avion et le phonographe, sont originaires de France.L'inventeur de la T.S.F.ou radiophonie est le Français Branly.membre de l'Académie des Sciences à Paris, qui vers 1885.construisit le premier appareil de captation et de diffusion d'ondes sonores.Le principe de la radiophonie était découvert et signor Marconi par la suite perfectionna l'appareil de Branly.Le grand mérite de Marconi c'est de s'être rendu compte de l'importance primordiale des antennes et d'avoir réalisé sur de très grandes distances l'expérience que Branly avait faite sur un terrain restreint.Si Marconi a vaincu la distance, c'est grâce à l'immortelle découverte de Branly, sans elle rien n'eût été possible.Quant au cinéma, c'est au génie des frères Lumière que nous devons son invention.Le premier appareil de cinématographie des frères Lumière était, cela va sans dire, muet.Celui qui a donné au cinéma la sonorité, le père du cinéma parlant est un autre Français non moins célèbre que les deux Florelle précédents: M.Léon Gaumont.En effet, dès 1910, existait en France le cinéma parlant.Et depuis vingt ans, il n'a cessé de perfectionner son invention et il a fait du cinéma ce qu'il est aujourd'hui.De fait, Gaumont a métamorphosé l'industrie internationale du cinéma par certains procédés lumineux qui ont rendu inutiles tous les systèmes antérieurs avec disques.Le mécanisme du cinéma parlant d'aujourd'hui tel que l'a institué et disposé Gaumont consiste en la projection de certains rayons lumineux qui, reflétés sur un écran, provoquent mécaniquement d'autres rayons de catégorie différente qui à leur tour transmettent par amplificateur les vibrations sonores telles qu'elles se suivent sur la bande.C'est donc par l'action de deux courants lumineux qui se complètent l'un et l'autre et exercent leur action réciproque et simultanée que s'explique le dessin sur la toile et l'audition sonore.D'ailleurs Gaumont n'a pas encore dit son dernier mot et nous promet, nous pouvons en être assurés, de sensationnelles révélations pour l'avenir, telle que la simplification du procédé lumineux par l'emploi de rayons spéciaux et de très grande puissance, rayons ultra-violets ou autres.Nous sommes de plus redevables à Gaumont d'une grande invention: celle du phonographe; en effet, bien avant Edison, il réalisa la première machine d'enregistrement et de transcription de sons, c'était le phono primitif muni de rouleaux cylindriques, l'ancêtre du magnifique appareil moderne.Le premier avion qui s'éleva dans les airs fut construit et piloté par le Français Clément Ader vers 1900.Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, l'homme était parvenu à vaincre les lois de la pesanteur.C'est après bien des années de travail obscur et tenace que Ader a pu réaliser son grand rêve.Si l'avion qui est, à mon avis la plus grande découverte des temps modernes, n'a pas encore pu asservir l'espace et s'en rendre maître absolu, il a cependant permis à l'homme de parcourir des distances prodigieuses et de s'élever à des hauteurs imposantes.Nous devons donc saluer en Clément Ader le père de l'aviation moderne.D'ici peu, nous pourrons sans aucun doute ranger au nombre des grands inventeurs modernes de nationalité française, le savant Georges Claude qui réussira certainement à capter les courants sous-marins du Gulf-Stream à l'aide d'un immense boyau d'acier placé sous l'eau, courants qui permettront, si l'interception est possible, de développer des pouvoirs électriques de capacité colossale.Jean PARISEAULT. Page 19 Le Terroir Fortunat Les porcs logeaient dans la soue où s'étaient succédées maintes générations de gorets bruyants.Les dieux lares étaient constitués par une auge affaiblie par la rude caresse des groins et un tonneau crotté qui contenait depuis près de dix ans la moulée que Fortunat Parent délayait avec les eaux de vaisselles qui rancissaient le mélange.A chaque repas, dès lors que Fortunat ouvrait la porte de la sombre demeure, les gentlemen comme autant d'ignobles voyous, se précipitaient à la curée.Comme des pompiers alarmés les gorets se ruaient vers le lieu du sinistre.pardon, du festin.Us étaient toujours deux à vouloir passer par l'étroite poterne du chateau (évidemment, vous savez que je veux parler de l'entrée basse de la soue), les flancs affamés s'écrasaient puis, après quelques grognements expressifs l'un des messieurs à toute vapeur, atteignait l'auge, et sans façon, avec des manières dégradantes, plongeait son groin dans le brouet délicat que Fortunat Parent préparait aux bêtes.Us vivaient là cinq porcs que le hasard de la vie avait réuni dans la porcherie austère et mélancolique.Les bêtes ne restaient pas longtemps à méditer dans l'obscurité du réduit, elles allaient vers le soleil qui caressait les "choux gras" dans le parc que leur voracité avait presque dénudé.Elle se parlaient doucement quand les midis chauds appelaient la somnolence.Elles se racontaient des choses sans doute intéressantes puisque leur langage avait la douceur d'une crécelle qu'on aurait huilée.De loin, elles sentaient l'approche du maître s'amenant avec deux énormes seaux au bout des bras.La mère de l'innombrable génération de porcs qui avaient promené leur bassesse (sans jeu de mots) du parc à la soue, s'ébranlait comme un colossale gendarme en état d'ébriété.Secouant sa torpeur, la gigantesque bête délaissait le trou poussiéreux où elle rêvait et c'était la course éperdue, la panique vers l'auge que Fortunat remplissait.Ce n'était pas toujours rose: le cultivateur leur caressait souvent l'échiné avec un solide rondin de noyer.Les porcs s'éloignaient de la table familiale avec de bruyants grognements, mais le plus souvent, l'affreuse gourmandise les tenait rivés au festin malgré les coups qui pleu-vaient drus.Dès lors que la dernière goutte d'ambroisie avait coulé à travers le gosier des affamés, le retour s'effectuait en désordre vers le "buen retiro", antre de paresseux s'il en fut.Un jour, effroyable chose à remémorer, madame Parent, au déjeuner, rapporta que le saloir était vide comme le portefeuille des Soeurs de 'la Providence.Il ne restait plus un morceau de lard, plus une couenne.Pour la couenne il n'en pouvait certes plus rester car depuis un mois elles se succédaient sans relâche sous «le pied de Sé-vérin Parent qui "s'était planté un clou".Le silence rôdait autour des dernières grillardes, l'affreux silence qui précède les graves actions à la campagne, et la bouche- MON MAGAZINE Parent fait rie était une chose sérieuse puisque madame Parent "faisait la toile" chaque fois qu'elle entendait crier un cochon.Enfin, il fallait bien se décider puisque le portefeuille, pardon, le saloir était vide.Comme dans la chanson, le sort tomba sur le plus jeune, un grand cochon rouge, crasseux, gras comme un ogre et qui avait dépassé ses frères de beaucoup.— On tuera le cochon rouge, prononça solennellement le fermier.Le silence se fit plus lourd, plus angoissant.Sans doute ce n'était pas la pensée de la prochaine immolation qui serrait les coeurs, c'était l'évocation de la corvée qui accompagne toujours sembJable sacrifice.A l'habitation porcine il y avait de l'inquiétude.La marée, pardon, la moulée n'arrivait pas.Que faisait donc Fortunat, lui si ponctuel?Ruminait-on des projets de meurtre dans la mystérieuse maison basse qui s'écrasait près de la route?L'aïeule se souvenait-elle des anciens assauts que sa progéniture avait dû subir de la part des soudards qu'étaient Fortunat Parent et ses fils?Se souvenait-elle d'anciens matins lugubres où le sang de ses fils avait coulé à torrent sous le poignard des meurtriers?Entendait-elle encore le râle effrayant des égorgés dont l'âme s'évaporait avec le liquide rouge qui coulait dans la poêle qui tremblait dans une main attendrie?Peut-être, car qui a jamais pu percer le mystère qui se cache derrière le front d'un porc ?Ce matin-là, ils eurent un brouet, mais un brouet de Spartiates et les estomacs embouchèrent le saxophone que chaque goret apporte en naissant et ce fut un jazz effroyable qui ameuta la basse-cour.Les pintades se juchèrent sur une clôture et apportèrent à la cacophonie les belles notes de leurs instruments; tout près, les vaches qui battaient des oreilles se firent une place dans l'orchestre et leurs notes basses se mêlèrent aux flutes porcines, aux modulations des pintades apeurées et couvraient presque les belles voix de baryton des génisses.Les veaux à l'âme tendre, pleins de jeunesse, relevaient la queue et la portaient comme un ornement orgueilleux.A la maison, les soudards avalaient le dernier morceau de lard, des idées de meurtre plein la tête.Le soleil se risquait à travers les ramures des grands ormes qui ombrageaient la route poussiéreuse; les moineaux vinrent pépier dans le domaine valonné par le groin des chercheurs.Soudain, sous le regard effrayé des vaches qui se pressent dans le coin de l'enclos, Fortunat apparait un large coutelas à la main.Suivent Sévérin, qui boîte encore malgré la caresse des couennes sous son pied endolori; Philemon, 14 ans, maigre comme un pic; Honorine qui tient la poêle et la chaudière à vache.et Princeau le chien félon qui a lâché ses frères les porcs, et ses soeurs les vaches pour s'attacher à ce soudard de Fortunat.Mai 19 32 M.Emmanuel Desrosiers boucherie La caravane s'avance à petits pas à travers les feuilles de raifort et les touffes de chiendent.La voici rendue à proximité de la soue.L'orchestre a cessé de moudre ses sons bizarres, seules les pintades, sans vergogne continuent le trémolo de leurs voix fêlées.L'ignoble chien aboie.Le contact des hommes l'a endurci, en a fait un affreux sans-coeur qui se réjouit du malheur des autres.Après maints cris rauques, des courses effrénées, quelques sacres et beaucoup de coups de bâton, le grand cochon rouge est isolé du reste de sa famille.Maintenant les assassins le traquent et Sévérin qui tangue fortement réussit à passer un noeud coulant à une patte de derrière de la pauvre bête.La courte exécution débute.A l'air libre, sous les regards de tous les esclaves de Fortunat qui jouaient tout à l'heure une marche funèbre de leur composition, le cochon salue son dernier matin.Au moment où le cortège s'achemine vers l'amoncellement de paille fraîche où il dormira bientôt son dernier sommeil, le porc se remémore-t-il, dans son obscur cervelle, d'anciens souvenirs?Se souvient-il des lointains colloques dans lesquels sa tendresse affreuse s'exhailait en d'effroyables grognements suivis de heurts sans nom qui ébranlaient la vieille soue à demie disloquée?A-t-il souvenance de certains matins, quand flottait la hantise du gibet dressé pour un frère malheureux?Qui connaîtra jamais la torture qui broie l'instinct des bêtes traquées par les hommes?Le grand cochon rouge connaissait l'ignominie d'être destiné au bûcher.On le traînait maintenant sur la terre humide sous le regard de ses proches qui collaient leurs yeux aux trous béants dans les planches mal jointes de 'l'enclos.Son corps avait des soubresauts d'horreur, la masse grasse se révoltait, se cabrait devant l'inévitable.Il devait savoir ce qui l'attendait, car autrefois, quand il avait assisté à semblable supplice, il était allé, 'le sacrifice consommé, enfouir son triste groin sous les feuilles qui pleuraient elles aussi sous la rosée du matin.Que pouvait-il contre la carrure de Fortunat, l'air décidé de Sévérin et'l'apparente férocité des autres?Se résigner à mourir.Déjà on l'avait tourné sur le côté et Fortunat cherchait le cou pour y enfoncer le grand couteau effilé la veille sous la remise.Honorine s'était approchée et tenait la poêle d'une main tremblante sur le gorgo-ton du supplicie qui se débattait sans cesse.Fortunat tâta et enfonça le couteau.Le porc criait à fendre l'âme pendant que le sang coulait comme une fontaine dans le récipirnt.Mais peu à peu le moteur se détraquait, le cri d'émeute devint un sifflement et le sifflement un râle.Un nuage passa, profilant sa pénombre sur les bâtiments, la basse-cour et le lieu du sinistre où achevait de mourir le grand cochon rouge.La progéniture porcine sem- Mai 1932 MON MAGAZINE Page 17 blait sangloter derrière les planches.On ne savait trop si c'étaient des vociférations de reitres ou des plaintes mal définies de coeurs tendres dissimulés sous des enveloppes grotesques.Les autres spectateurs animaux, horrifiés, gardaient une effrayante passivité.Pendant que le porc crevait sunla paille, madame Parent se terrait dans la cave de la maison, les oreilles bouchées de guenilles sous une lourde "capine" de grosse étoffe piquée.Malgré le disgracieux turban et l'atmosphère d'oubliettes où elle se trouvait elle entendait le S.O.S.du cochon, la sirène qui semblait bramer dans la tempête.Elle s'affala entre les jarres de grès, les pots de confitures et les bouteilles de ketsup.La scène fut sans doute disgracieuse et n'eut pour témoin tardif que la brave Honorine revenue des bâtiments avec la chaudière de sang.Celle-ci ayant crié "sa mère! sa mère!" avec de l'effroi plein la bouche, trouva l'évanouie "la tête acotée sur le rack à pétaques".Heureusement que la titanesque coiffure de madame Parent lui avait protégé le réceptacle à idée.J'allais dire qu'elle avait moins de mal que le cochon, sans doute, puisque celui-ci était mort et que déjà on lui grillait les flancs là-bas, en plein soleil.Les témoins du drame s'étaient dispersés.Les vaches, suivies des veaux, des génisses montaient l'allée vers le bois frais qui barrait le haut de la terre; les chevaux s'affairaient vers l'herbe rase et verte qui tapissait la prairie que le soleil n'avait pas encore brûlée ; les porcs douloureux geignaient à l'ombre d'un orme dont les ramures surplombaient le parc de leur soue.Seules les horribles pintades s'acharnaient à tenir l'inexplicable point d'orgue d'une pièce musicale dont les derniers accords s'étaient tus depuis une heure et demie.La victime pendait au gibet.Elle avait été grillée, grattée, lavée et maintenant Fortunat Parent s'apprêtait à lui fendre le corps de haut en bas.Il chercha le "gorgoton" et avec des pré- cautions de chirurgien il incisa le cou qui pendait flasque.Le lard apparut d'un blanc passé au bleu à laver.La lame descendit avec art jusqu'au bas de la bête.La cavité thoracique fut mise à jour laissant voir les organes qui prenaient de l'expansion.Tout fut sectionné.Une large cuve reçut le ventre, la panne, la "forçure" et les affriolantes maigreries et bientôt la brouette à la roue criarde s'achemina vers la maison avec le chargement tremblotant.Fou de ce manège, le chien tournait autour de ne te?3* 93 7!'/* '6 3 s».iTITffl vnurn No» 9378, No 1 et No 2 — Dessin dé( oratif pour set de boudoir ou de salle à manger.Les feuilles sont remplies.Employer 3 tons de vert, les plus petites feuilles seront vert clair, les plus grandes vert foncé.Fleurs en plusieurs tons de rose et de mauve, 2 pétales pâles et trois foncés ou vice-versa.Coeur des fleurs noeuds français jaune.Centre étampé sur beau tissu granité blanc centre de 36 pes 69c.chemin de 18 x 54 pes.59c.No.9378 No.3 — Dessus de gramophone, mêmes Couleurs que le set de boudoir.Patron à tracer, 25c ; perforé, 50c; au fer chaud, 35c; Coton de couleur 30c SPECIAL.—Etampé sur bon tissu granité blanc 69c.SPECIAL—EStampé sur belle .toile écrue .89c No.9378 No 4.— Coussin assorti au set de boudoir.Mêmes couleurs, patrons à tracer, .25; perforé, .50; au fer chaud, foncé seulement, .30; coton ou soie à broder, .30.SPECIAL.—Dessus seulement étanrné sur sateen noire ou toile écrue.43c.No 9378 No 5 et 1217 No 3.Dessus de moulin, assorti au set de boudoir, l'autre en gros richelieu ou au point de feston, brodé ton sur ton, très effectif.Chacun patron à tracer, 25c; perforé, 60c Au fer chaud.35c- SPECIAL-Etampé sur tissu granité blanc, 59c.Sur belle toile écrue 98c.r~i n RAOUL VENNAT, 3770, rue Saint-Denis Montréal Mai 19 32 MON MAGAZINE Page 27 .LA SANTE PAR LE UVCIC -VIVRE L.-P.Mercier, D.C., X.D.Hull, P.Q.(Droits réservés) RECAPITULONS Lire sans relire est aussi stérile en résultats que le seraient les efforts de celui qui persisterait à vouloir toujours semer sans jamais s'arrêter pour récolter.Nous voulons et espérons que ces articles vous soient utiles et bienfaisants, il semble donc opportun de repasser brièvement ce que nous avons déjà dit.Savoir-vivre, d'après notre interprétation, c'est connaître et observer certaines lois basées sur les besoins et la nature même de l'homme, lois dites naturelles.La majorité chez-nous semble ignorer ces lois et, qu'elle les transgresse volontairement ou non, peu importe, elle le paie chèrement.Notre but n'est pas de développer des gens à la musculature imposante de l'athlète, pas plus d'ailleurs que de vous rendre si soucieux de votre santé que vous en deveniez hypocondriaques.Entre ces extrêmes, il y a un juste milieu que nous visons, il s'appelle, la santé et il a comme ennemi acharné, la maladie.Qu'est-ce que la santé?Le malade vous répondra que c'est un trésor infiniment précieux et désirable.Pour la majorité, la santé est quelque chose d'aussi mystérieux et inexplicable que la chance.Ceux-là ne semblent pas se douter qu'il est possible de l'acquérir et de la conserver.Posons la même question à des philosophes, phisiologistes ou psychologues et tous seront d'accord pour répondre que la santé : "C'est un état normal qui permet que l'accomplissement des fonctions musculaires, intellectuelles et spirituelles se fasse en usant le moins possible la splendide machine qu'est le corps humain".Nous avons vu que le grand moyen de produire et maintenir cet état normal n'a rien d'occulte, c'est tout simplement de savoir prendre certaines précautions qui s'appellent hygiène préventive ou prophylaxie.Lorsque nous accomplissons volontairement un acte, et le répétons souvent, qu'ar-rive-t-il?Bientôt cet acte deviendra une habitude bonne ou mauvaise, dépendant de l'acte et de la manière dont il est accompli.Nous vous avons démontré que tout acte ayant une certaine répercussion physique et mentale, il est logique de conclure que nos habitudes influent beaucoup sur la santé.Les conditions sous lesquelles nous vivons ont changé, elles sont bien différentes de ce qu'elles étaient du temps de grand-père, mais les lois naturelles sont invariables.Pour pratiquer la prophylaxie, il nous faut donc modifier ou corriger certaines habitudes qui pouvaient êtres bonnes pour nos pères, mais.les temps sont changés.Nous avons tâché de vous indiquer les dangers de certaines habitudes en vous suggérant quelques moyens pour les éviter, ou les corriger.Nous avons appelé ces habitudes "erreurs" et les avons classées en trois groupes : Mécaniques, chimiques et mentales.Comme l'importance du système nerveux est très grande dans le corps humain, L'ART D'ETRE HEUREUX La santé et le bonheur sont si intimement liés que nous offrons aux lecteurs et lectrices de "Mon Magazine" un décalogue "à la Jefferson" qui peut produire l'un par l'autre.1 Un ou deux verres d'eau froide bus lentement, le matin, tonifient et nettoient l'intestin.2 Ne regrette: jamais de n'avoir pas assez mangé.3 Evitez les bains prolongés trop chauds ou trop froids.Le bain quotidien est conseillé, tiède, le soir ou, d'une minute, froid, le matin.4 Prenez l'habitude d'une longue marche quotidienne au grand air, en profitant pour respirer à pleins poumons.5 Le travail à nerfs détendus est toujours mieux fait et moins fatiguant.Pratiquez la relaxation volontaire.6 Soyez optimiste.Gardez-vous des soucis et des peines qui n'existent que dans votre imagination et n'arrivent jamais.7 Rappelez-vous que l'excès en tout est à éviter, que l'effet de stimulants n'est que passager et nuisible.8 Lorsque votre esprit est sous le coup d'une émotion violente, colère, surprise, etc., évitez tout aliment jusqu'à ce que vous soyez redevenu calme.9 Si votre travail demande beaucoup d'efforts physiques ou de concentration mentale, prenez l'habitude de quinze minutes de repos assis confortablement, avant les repas et au coucher.10 Afin que le sommeil soit pour vous un véritable repos, oubliez au coucher les tracas du jour.Constatez par votre expérience le nombre d'heures de sommeil requis par votre tempérament et prenez-les.¦i - surtout parce que ces erreurs s'attaquent plus souvent à lui, nous avons attiré votre attention sur l'accroissance des maladies nerveuses.Le nervosisme est de plus en plus un danger réel et nous avons vu que nous pouvions beaucoup pour le prévenir et le combattre en évitant la tension nerveuse continuelle.Que ce soit au travail, au jeu, même au repos, nous devons pratiquer la relaxation.Puis nous avons étudié un mal très commun en notre époque de vitesse, celui qui irrite les nerfs, les rend maîtres du corps, leur fait dominer le cerveau au lieu d'être dominé par lui, nous parlions alors de l'emballement qui occasionne une dépense exagérée d'une éner- gie précieuse et qui mène souvent à la prostration.Nous avons trouvé que le meilleur moyen d'éviter cet emballement nerveux est de pratiquer la placidité physique.Une autre habitude, des plus dangereuses celle-là aussi car elle est de plus en plus commune, c'est le manque de sommeil.On semble vouloir ignorer ce besoin naturel du corps et, si on n'y parvient pas complètement, en autant qu'on le peut on ne lui en accorde que le moins possible.C'est si bien une habitude du siècle qu'aujourd'hui, même les enfants se couchent très tard.Et l'on nous prépare ainsi une génération de névrosés.Comme toute bonne chose, le sommeil peut être poussé à l'excès, mais efforçons-nous de trouver, sans paresse, la quantité d'heures de repos que requiert notre svstème et accordons-le lui.Sous le rapport des erreurs chimiques, nous avons vu que différamment de l'animal, l'homme ne possède pas l'instinct alimentaire, que très souvent nous absorbons des con-somptibles dommageables et qu'il faut être sobre pour se bien porter; sobre non seulement en breuvages mais aussi en aliments.Il faut surtout savoir éviter de manger pour flatter le palais au lieu de le faire pour soutenir le corps.Nous avons constaté que les stimulants étaient à craindre et que le thé et café étaient de cette classe tout aussi bien que l'alcool ; que les condiments et aliments fortement épicés créaient un appétit factice qui portait à manger plus que la quantité nécessaire.Qu'ainsi ils produisaient une suralimentation propre à produire de la malassimilation et auto-intoxication.Pour cette raison, nous vous avons recommandé de les éviter.Ce que nous avons appelé erreurs mentales n'est qu'un manque de maîtrise de soi-même qui expose le cerveau aux chocs des émotions violentes telles que la peur, la colère, la jalousie, l'apitoiement personnel, etc.Sous le coup d'une de ces émotions, la dépense d'énergie nerveuse devient formidable, le cerveau par contre-coup devient surexcité à un tel point que la crise peut être fatale, même lorsqu'elle est moins aiguë, grave de conséquence et dangereuse.Pour éviter de maltraiter ainsi son cerveau et ses nerfs, il est bon de pratiquer les conseils donnés, surtout de s'entraîner à rester calme quoiqu'il arrive.La vie vous sera alors plus intéressante et agréable.Les articles sur l'exercice sont si récents qu'il est moins nécessaire de les analyser, il suffit de se rappeler qu'une certaine somme d'exercice ou d'activité physique est essentielle à la santé du corps si on veut le conserver bien et fort.Que cet exercice, s'il n'est pas fourni par le travail doit être pris proportionnellement à ses besoins.A cette fin, nous vous en avons suggéré différentes sortes.Choisissez ceux qui sont le plus appropriés à vos besoins, pratiquez-les et la santé de votre corps et de votre esprit s'en ressentira. Page t8 MON MAGAZINE Mai 1932 SOUS LA Solutions des problèmes d'avril LAMPE TON BARON 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 P A R OSA NEZ ERE EST TOT N 0 E JOB NUS RAMES LAS Nouveaux problèmes Mon problème, lecteur, doit être composé A l'ouest ainsi qu'à l'est de deux petits losanges; Sept mots à chacun d'eux il faudra que tu ranges C'est, en somme facile et très peu malaisé.Mais il faut, dans le sud, d'un V trouver la place; Ce V par toi, devin sera vite casé; De même vers le nord où tu verras la trace D'un autre V pareil, mais qu'on voit renversé.Ceci dit je commence au nord où l'on doit lire Horizontalement: A Blois.Un grand bateau.Chaussure.Ancien sultan.Un légume bien beau.Prince troyen.Sans goût.Pour allure on peut dire.Le suivant.A l'étoffe il donne un brillant, Grand divertissement.Suivant la verticale; En turc.Note.Rongeur.Auteur de Galistan.Affluent du Danube.Est en Suisse.Il régale.L'enfant.Recueils des lois.Tonneau.Muscle ou tendon.Epoque.Conjonctif.Le dernier dans Meudon.Au losange de gauche: En mer.Métal.Lanterne.L'époux d'Hélène.Oiseaux.Très fatigué.Chez Sterne.Celui de droite alors: En vous.Courts.Avocat.Un Gaulois.Animal.Les airs.Puis en sonica.Maintenant dans le sud, la ligne horizontale: Un saint.Ville autrefois.Héros du lac Stymphale.Au milieu des détroits.Pronom.Puis ville.L'amour.Peau très utile.Fils de Jacob.Armés.Un fait.Cercle brillant Coquillage.Une terre.Je passe au vertical: A Pau.Encore un saint.De plus.Ville anglaise.Malpropre.Est au fond du vaisseau.De Russie.En bon port.Possessif.En ponceau.J'ai fini, cher lecteur, déchiffre mon étoile Sur laquelle j'ai mis un assez léger voile.HORIZONTALEMENT 1—Poil sur le menton et les joues.— Espace de temps.— Récepteur d'ondes.2—Parée de ses plus beaux.— Personne descendant d'un ancêtre commun.3—Elle dure depuis bientôt trois ans.— Note de musique.— Qui a rapport à la religion.4—Deux syllabes du mot HEDERAOE.— Orgueilleux com- un .— Petit animal rongeur.5—Trépassées.6—En âge d'être marié.7—Breuvage blanc bu par petits et grands.— Colère.8—Pronom possessif féminin.Prénom masculin.9—Eclaircie.10—Article contracté.— Construits.— Qui n'a pas d'éclat.11—Vieux.— Direction.— Accomplira.12—Il n'est pas intelligent.— Article.— Personne qui incarne le plus grand et le plus beau des sentiments humains (Plur.) 13—Faire un récit.— Qui a rapport à la mer (Pluriel).14—Assembler par une entaille deux pièces de bois.— Troisième note de la gamme.— Petit vase pour boire.VERTICALEMENT 1—Filet en forme de poche.— Métal précieux.— Arme of-offensive.2—Foyer de la cheminée.— Grand nombre d'êtres vivants.3—Synonyme de Raide.— Article.— Convenable.4—Ignorant.— Energique.— Paysage.5—Epoque.— Il en faut plusieurs pour former une chaine (Fém.).— Syllabe de servir.6—Chaise à.7—Synonyme d'époux.— Lieu de délices.8—Il n'y manque même pas un.— Qui a les qualités du feu.9—Peau de faon qui servait de manteau à Bacchus (Plur.) 10—Plate-forme flottante.— Il y en a en Europe environ 160 millions.— Qui supporte les voiles d'un navire (singulier).11—Grand lac salé d'Asie.— Ancien nom de l'Archipel.— Formera.12—Accessoires pour la scène (sing.).— Mot ancien qui signifie en matière de.— Vin qui coule de la cuve avant que le raisin ait été pressé (plur.).13—Inscription mise par Pilate sur la croix.— Toute espèce de poissons de mer frais, (plur.).14—Enlèvera.— Deuxième note de la gamme.— Resserré dans un petit espace. Mai 19S2 MON MAGAZINE Page 29 JUANA, MON AIMÉE (Suite de la page \9) Michel Lebeau et sa femme étaient originaires de Montréal.Ils vivaient dans l'Ouest depuis dix ans.Etablis d'abord dans le Manitoba, ils vendi.rent leur ferme après deux mauvaises récoltes successives.Ils en avaient assez, retournaient dans leur pays.A la dernière minute, l'appel des grands espaces fut le plus fort.Avant de partir définitivement, Lebeau voulait voir la Saskatchewan, qu'il ne connaissait pas.Il visita Lebret, que baignent les trois lacs Katepwa, Mission et Qu'Appelle; Willow Bunch, tapi au creux du cirque que dessinent de hautes collines nues; il fila ensuite plus au nord, où il s'arrêta successivement à Rose-town, à Kindersley, à Lucky Lake, à Nokomis et à Ronda.En ce dernier endroit, il trouva une terre passable que son propriétaire, un Scandinave peu enthousiaste, voulait vendre à tout prix.Lebeau se laissa tenter.Retourné chez lui, il exposa à sa femme de nouveaux projets.Deux mois plus tard, la famille s'installait sous le ciel limpide de la Saskatchewan.Sa nouvelle aventure n'apporta point la fortune à Lebeau.Il vivait.En quatre ans, il compta une bonne récolte, une mauvaise et deux autres médiocres.L'homme était sur le point de se décourager, d'autant plus que la maladie se mit de la partie.Il ne se sentait plus de taille, avec des forces réduites, à affronter seul les travaux de la prochaine année.En somme, j'arrivais à temps.Je n'étais pas robuste, mais d'un moral excellent.Au témoignage des médecins, le climat aurait vite fait de me mettre de la chair sur les os.En vérité, au bout de six mois, je n'était plus reconnais-sable.Je travaillais comme un homme, sans m'en porter plus mal.Lebeau paraissait content.Je crois au fond qu'il n'était pas fâché d'avoir un compagnon à coudoyer, dans la solitude qu'était la sienne.Lebeau commençait de se démoraliser, comme autrefois dans le Manitoba.Il n'est pas impossible que mon arrivée ait contribué à le remonter.Je l'aidais.A nous deux, nous encourageant mutuellement, nous assurâmes sans trop de peine l'activité de la ferme.La roue tournait, lentement peut-être, mais elle tournait.Pendant les premières semaines, il me fallut tout apprendre.C'était l'époque des battages et je mis sans tarder la main à la pâte.Jadis, pendant les vacances, j'avais vu battre du grain à la campagne, chez des pa-r?nts.La théorie m'était familière, mais je n'avais aucune idée de ce que pouvait être, des jours durant, le travail acharné de nourrir la batteuse et de mettre le blé à l'abri.Je suffoquais dans la poussière, la balle, la paille coupée en morceaux.Lebeau jetait les gerbes sur la table-transporteur, aussi vite que le permettaient ses bras.En un clin d'oeil, la batteuse engouffrait tout.Un éternel recommencement, comme l'histoire des hommes.La machine appartenait à un Anglais, du nom de Thorne, qui la conduisait chez les fermiers pauvres et battait pour eux leur récolte, moyennant paiement.Elle était actionnée par un moteur à explosions.Le travail avançait rapide- ment.Nous étions quatre hommes, avec Thorne et Irénée, le plus vieux des garçons.L'Anglais était fier de sa machine.Il en parlait comme d'une personne vivante.Il nous expliqua que le moteur était supérieur à l'ancien outillage avec générateur utilisant la paille comme combustible.Je ne comprenais rien à ce charabia mécanique.Quant à Lebeau, qui avait entendu vingt fois le boniment, il n'écoutait même pas.< < < Le dimanche après-midi, je me promenais dans la plaine.Lebeau m'accompagnait rarement, préférant dormir.Nous étions à neuf milles de Ronda, ce qui donnait un trajet de dix-huit milles, aller et retour, pour faire nos dévotions.Lebeau manquait rarement la messe.Il fallait que les chemins fussent impraticables, à la suite de pluies prolongées, ou que les chevaux tombassent de fatigue, comme il arrive au fort des travaux.Mais revenu du village et son dîner avalé, le fermier se couchait.Je partais alors, tantôt seul, tantôt acommpagné d'un des enfants.Nous quittions les champs rasés pour nous perdre dans une espèce de savane marécageuse, agrémentée de mares vertes et bleues, où les canards sauvages barbotaient.Pour chasser ces volatiles, dans la Saskatchewan, il n'est pas besoin de se mettre à l'affût pendant des heures, au petit matin, sous un abri de roseaux.Il en est toujours un au bout du fusil.Je tirais passablement, depuis ma jeunesse, et je m'en donnai à coeur joie.Jamais la famille Lebeau n'avait mangé autant de gibier.On a beaucoup calomnié la steppe canadienne.Quand je quittai ma province pour l'Ouest, j'étais persuadé que je m'en allais vers un pays uniformément plat, sans arbres ni arbustes d'aucune sorte.J'imaginais une plaine se déroulant à l'infini vers un horizon toujours fuyant, avec ça et là, pour animer le paysage, la fumée montante d'habitations clairsemées, tapies contre terre, dans l'ombre desquelles languissent des bestiaux ennuyés.Rien n'est moins exact que ce tableau.Il est le produit d'imaginations désordonnées, autant que :lu préjugé.Il est faux en ce qui concerne l'aspect physique de la contrée, et l'impression qui s'en dégage.Du Manitoba, à mesure qu'on s'enfonce dans la prairie, un grand éton-nement saisit le nouvel arrivant et se superpose à l'impression première d'immensité.C'est que la plaine est extrêmement, diverses.Elle s'étend d'abord sur de longues distances, fiè-re de son blé jeune, d'un vert très pâle, qui se couche scus le vent.Elle se creuse, se soulève en monticules, se déroule en souples ondulations.Des lacs nombreux apparaissent, vert-bleu ou gris d'argent dans le lointain, les uns salés, où le poisson vie vit pas, les autres d'une eau si limpide, sur sable blanc, que le fond s'aperçoit à quinze pieds.La prairie est fort vivante, par sa flore et par sa faune.Elle grouille de vie animale.J'ai parlé des canards, (Suite à la page 30) CAS CAS Qui n'aimerait à recevoir une paire de BAS PURE SOIE sans que cela lui COUTE UN SOU?Dans le but de faire connaître ce produit, nous voulons que vous le portiez afin d'en mieux apprécier la valeur, la durabilité, le confort.Tout ce que vous avez à faire est de remplir le coupon ci-dessous et l'adresser à: TRE-BLA ADV.& SALES ORG.LTD.BOITE POSTALE 2977, MONTREAL, QUE.NOM _____________________________________ ADRESSE NO._____________________RUE .VILLE ____________________________ PROV.Ci-inclus vingt-cing cents (25) lequel montant me sera remboursé par votre plan.Je m'engage à intéresser 5 personnes, parents ou amis à cette offre, et en retour je recevrai une paire de bas.S.V.P.FAIRE REMISE par Bon de Poste.Aux Futures Mamans Chaque année, les statistiques canadiennes nous révèlent que les mortalités maternelles et infantiles, à la naissance des enfants, sont beaucoup trop élevées.La plupart des décès par accidents de natalité, peuvent être prévenus par l'hvgièno PRENATALE, OBSTETRICALE et POSTNATALE.Pour le propre intérêt de chacun, pour l'amour de vos bébés et de votre famille, instruisez-vous afin que, possédant les connaissances nécessaires, vous puissiez, vous et vos entants vous maintenir en santé et être heureux.Vous n'avez, pour vous instruire très facilement, qu'à demander les lettres maternelles qui vous seront adressées gratuitement.Adressez le coupon ci-dessous au CONSEIL CANADIEN DE LA SAUVEGARDE DE L'ENFANCE ET DE LA FAMILLE 245, rue Cooper, Ottawa, Ont.Nom .Adresse.Date probable de la naissance attendue.Nom du médecin retenu.Adresse du médecin.| MON MAGAZINE JUANA MON AIMÉE (Suite de la page 29) Page 30 qui sont de vingt familles différentes.Canards noirs et canards gris, milou-ins aux yeux rouges, à tête rousse, sarcelles et morillons, canards de toutes tailles et de tous les âges, qui encombrent les rivières et les lacs, les marais, jusqu'aux fossés débordés, le long des voies ferrées.La prairie est également riche d'outardes, et de poules d'eau que le profane confond avec les canards, de bécassines à long bec, d'alouettes et de pluviers divers, de geais du Canada d'étourneaux aux ailes rouges, voire de mouettes grises et blanches qui planent sur les labours d'été.Ces mouettes viennent des Grands Lacs; elles volent isolées et se posent tout à coup sur la terre retournée, où elles mangent des racines et des vers.Leur arrivée est un signe à peu près certain de mauvais temps.En fait de gibier à poil, la steppe est moins prodigue.Elle a bien ses petits loups ou coyotes, d'énormes lapins sauvages et les gophers, ces satanés gophers pour lesquels il n'existe pas de nom français,* et qui sont le fléeau sans cesse renaissant des cultures.Un jour que j'errais à l'aventure, le fusil en bandoulière, un bruit étrange frappa mes oreilles.Cela ressemblait au galop précipité d'un cheval.Il n'avait pas plu depuis longtemps et le terrain était partout très sec.Je me retournai, je regardai autour de moi, mais je ne vis rien.Etais-je le jouet d'une illusion?Je continuai à muser.Quelques arpents plus loin, le même bruit.Soudain, comme je quittais un pli de terrain, j'aperçus un petit cheval bai qui fuyait à bride abattue, son cavalier couché sur l'encolure.Sur le coup, j'eus un moment d'inquiétude.Qui était-ce?Je n'y pensai bientôt plus et, à la maison, j'oubliai d'en parler au fermier.Ce fut la seule fois, pendant tout cet automne, que j'aperçus un être humain dans la prairie.Nous n'avions pas de voisins, à dix milles à la ronde.Nous vivions dans un pays absolument sauvage et ne voyions jamais, sinon à Ronda, le visage de nos semblables.Vu mon état d'àme, cet isolement me convenait.Je n'avais d'ailleurs pas le temps de m'ennuyer.Ma journée faite, j'étais tellement harassé que je gagnais mon lit avec hâte.Le sommeil m'enveloppait, m'empêchait de penser.A certains égards, ma vie n'était plus que sensitive, comme celle des bêtes.Je dis que je ne vis qu'une fois le cavalier mystérieux.Pourtant, je me demande s'il ne passa pas près de moi un autre jour, à porté de carabine?C'était encore un dimanche.J'avais entrepris de dresser l'un des jeunes chiens à la chasse et je parlais doucement à l'animal qui me suivait, le nez sur mes talons.De temps à autre je ralentissais le pas, faisant signe au chien de m'imiter.Nègre, — c'était son nom, — levait vers moi ses yeux humides, tout en frétillant de la queue.Il s'arcboutait sur ses pattes musclées, prêt à bondir au moindre signe.Nous venions de lever une volée de morillons quand Nègre m'abandonna, * Mgr Taché donne au icoplirr le nom de marmnllp rt'Amfr-i or l'appelle marmotte-Kophcr et marmotte tigrée.Je ne suis pas en mesure de cloro le débat, mais aucun de ces termes ne me paraît traduire Justement le mot anglais, le seul, d'ailleurs qui soit d'usage courant dans l'Ouest canadien.—H.B moi et ma chasse, fit volte-face et se mit à gronder.Je l'appelai doucement, mais il continua de maugréer en son langage de chien, la babine retroussée, les crocs découverts.Je n'avais rien vu ni entendu d'insolite.Seulement, dans la direction du sud, je crus discerner un nuage de poussière.Le vent, soufflant du nord, emportait tout bruit.Mais le chien, dont les sens étaient autrement vifs que les miens, devait avoir perçu une présence étrangère.Il avait les oreilles pointées en avant, le poil hérissé sur le cou, les yeux mauvais.Cette fois, je parlai de la chose au fermier, rappelant ma prmière rencontre.Lebeau ne répondit pas tout de suite.—Depuis quatre ans, finit-il par dire, je n'ai jamais vu personne dans la plaine.Entre Ronda et le lac, comme vous savez, pas une maison.Dans les autres directions, je ne connais pas un colon d'établi.Je sais seulement qu'il y a un "homestead" abandonné, à six milles environ d'ici, droit vers le sud.Les chasseurs couchent là, quand ils s'attardent de ce côté.Le propriétaire est mort avant mon arrivée dans le pays.—Alors, qui était-ce bien?—Difficile à dire.Peut-être un métis monté à poil, venu de quelque réserve.Mais c'est pas probable.Et puis, ça vous inquiète?—Non, mais cela m'intrigue.L'ancien métier, voyez-vous .Je continuai de parler: —Peut-être qu'il y a maintenant quelqu'un, dans cette ferme abandonnée.Il n'est pas impossible qu'un nouveau colon soit venu tenter fortune dans la contrée.Qu'en pensez-vous, madame Lebeau?—Difficile à dire, fit celle-ci, répétant mot pour mot la phrase de son mari.—Quand j'aurai des loisirs, je crois que je tenterai une petite enquête dans ce coin-là.Je serais curieux de savoir si nous avons des voisins, de l'autre côté du lac.Avez-vous un cheval dressé à la selle?Lebeau me regarda.—J'en ai même deux, M.Chatel.—Abondance de biens.Vous me prêterez un cheval, un jour ou l'autre, et je me rendrai là-bas.Lebeau se contenta de sourire, sans parler.III L'hiver passa.Je n'entreprendrai pas d'en raconter les phases successives.Qu'il suffise de dire que je dormis mon saoul, et que j'eus toutes les peines du monde à ne pas sécher d'ennui.En hiver, les travaux ne sont pas exigeants.Il n'y a que les animaux à soigner: la vache, les chevaux, les chiens.Ces derniers logent dans la petite étable, en compagnie de la vache, et les chevaux restent dehors, comme c'est la coutume dans ce pays.Leur poil long les protège du froid.Pendant les grands vents, ils se serrent contre les meules de paille érigées après les battages, l'encolure et les oreilles basses.Les chevaux nous conduisent au village le dimanche, et s'ennuient les autres jours.Les semaines se suivaient, toutes semblables et monotones.Je n'ai ja- mais senti, mieux qu'ici, ce qu'on appelle l'horreur de la vie quotidienne.Je me faisais l'impression d'un homme enterré vivant, à six pieds sous terre.Pour m'occuper, je fis la classe aux enfants.Cela venait à point.Lebeau, pour qui l'instruction de sa progéniture devenait un problème, fut ravi de mon idée.Avec un zèle insoupçonné, je me mis à explorer, pour le bénéfice de quatre petits Lebeau, les profondeurs de l'orthographe et les mystères des quatre règles.L'initiative fut si appréciée que mes services furent retenus régulièrement, d'année en année.Je me prêtai de bonne grâce à la combinaison; j'achetai des livres à Montréal et j'établis mon enseignement sur des bases solides.Aucun de mes élèves n'est encore bachelier, mais tous en savent autant, à leur âge, que les autres écoliers.Je visitai bientôt, comme je me l'étais promis, le homestead abandonné.Je le trouvai tel qu'on me l'avait décrit : une construction de billes ressemblant à la nôtre, mais en moins bon état.La porte était branlante, les fenêtres veuves de carreaux.A l'intérieur, un ancien poêle rouillé et des lits d'herbe séchée.Les chasseurs et les nomades de passage s'arrêtaient là.On ne voyait aucune trace de bâtiments, sinon une espèce d'appentis en ruines appuyé au flanc sud de la maison.J'approchai avec précaution, sans descendre de ma monture, et je fis le tour des lieux.J'entrai et ne trouvai âme qui vive.Ce n'était pas là que je découvrirais le cavalier mystérieux.J'étais déçu, sans bien savoir pourquoi.J'enfourchai de nouveau ma jument et me laissai bercer sur ma selle, jusqu'au retour.C'était à l'approche de l'hiver, deux semaines après que j'eusse dit mon intention d'aller aux nouvelles.Lebeau, à qui je racontai les résultats de ma démarche, se contenta de lever les épaules.En tant que sage, cet homme en eût remontré aux philosophes de l'antiquité.Il parlait peu, ne s'énervait pas, n'était jamais surpris.Il faisait contraste avec sa femme, laquelle maugréait contre le sort, et plus souvent qu'à son tour.Je n'osais l'en blâmer, car son lot n'avait rien de très agréable.On ne s'imagine pas les privations et les renoncements, les souffrances que doivent affronter sans cesse, dans la solitude et le terrible silence de la prairie, les femmes des "homesteaders" et des petits fermiers.Les trois-quarts de l'année, c'est la tâche échinante du ménage, le soin des enfants, des volailles et des bestiaux, parfois d'un étroit jardin que brûlent sans cesse le soleil et le vent, pendant que les hommes sont aux champs.Pas d'amies, pas de parents, pas de voisines à qui dire son ennui, et son espoir d'un avenir meilleur.Personne à qui parler! L'hiver, l'homme est plus près, moins absorbé, plus accessible.Par contre, la nature a ses mauvais jours.Le froid est si grand que les clous cassent en deux, avec un bruit de détonation, dans la charpente des bâtisses.La neige molle et bleue couvre la terre, pendant que le vent souffle du nord au sud, de l'est à l'ouest, avec une furie qui n'a d'égale que son obstination à durer.Mai 1932 Le vent! Je n'ai pas de mots pour exprimer ce qu'il signifie.Le vent de l'Ouest est terrible.Je l'ai entendu pleurer, gémir, des jours et des nuits, sans un instant de répit.Je l'ai entendu siffler, gronder, vociférer.Tantôt il se plaignait comme un enfant qui souffre, tantôt il hurlait, comme une bande de loups faisant curée au fond d'un bois.Il venait par rafales, coupant l'air sec, brûlant les chairs.On eût dit qu'il allait balayer la plaine, arracher la toiture de la maison, nous rouler dans ses tourbillons et nous emporter, fétus de paille et poussières vaines, vers la mort et l'oubli final.Je hais le vent.Je sais des hommes qu'il a brisés.Ils étaient forts, ils avaient toutes les audaces, ils étaient prêts à tous les risques.Ils reculèrent devant le martyre du vent.Ils aimèrent mieux partir que de lutter contre lui.Un soir que nous étions tous ensemble autour de la lampe, madame Lebeau entama le chapitre des doléances.Cela lui arrivait de temps à autre, quand la pauvre femme ne se possédait plus.Depuis près de onze ans qu'elle suivait son mari dans les solitudes de l'Ouest, elle n'avait guère eu de bon temps.Sa vie?Une série de menus faits insignifiants, traversée par trois maternités successives, dans d'abominables conditions matérielles.Loin du village, loin du marchand, du médecin, du curé.Dans sa morne existence, jamais un coin d'azur clair.Toujours suer, toujours peiner et souffrir, dans l'âme et dans le corps.Souffrir sans cesse, et pourquoi?Si encore la terre était généreuse, si encore on pouvait se bercer d'un rêve d'aisance prochaine! Mais non, travailler et renoncer à toutes les joies humaines, sans espoir de retour.Les récoltes se suivaient, petites, passables, médiocres, et les conditions restaient les mêmes à la maison.Qu'on touchât ou non de l'argent, il n'y en avait jamais.Quand on avait payé les obligations sur la ferme, les réparations des machines, la main d'oeuvre additionnelle au temps de la moisson, il ne restait rien.Il ne restait rien, ou si peu qu'il valait mieux n'en point parler.Il fallait même, plus souvent qu'autrement, faire des comptes chez les fournisseurs, escomptant l'avenir pour payer.— Si nous étions restés à Montréal, disait madame Lebeau, serions-nous plus mal?Je ne le crois pas.Mon mari travaillerait dans une manufacture, comme ses frères et comme les miens, et nous mangerions quand même nos trois repas.Nous ne serions pas plus riches qu'ici, mais la vie aurait plus d'agrément.A Montréal, nous avons des parents, des amis, des connaissances.Et il y a les magasins, les théâtres, le mouvement de la rue.Les enfants grandiraient parmi leurs semblables, non comme de petits sauvages.Ils auraient plus de facilité pour s'instruire, se préparer un avenir.C'est pas pour vous faire de la peine, M.Chatel .car c'est grâce à vous s'ils ne sont pas de purs ignorants.Sans votre arrivée, je me demande ce qu'on aurait fait de ces enfants?Ce n'est pas drôle, quand on y pense! Nous sommes trop pauvres pour les tenir dans les collèges et les couvents, et la première école est à neuf milles.Pourquoi sommes-nous venus dans ce pays? Mai 1932 MON MAGAZINE Page 31 Lebeau ne disait rien.Le menton dans ses mains, il regardait sa femme.Cent fois, il avait entendu ces reproches.A quoi servait-il de discourir et d'argumenter?Quand on se trouve en face d'une difficulté, on en tire le meilleur parti possible.Peut-être que sa femme avait raison, en définitive, et qu'il ne savait que répondre.Quant à moi, je me gardais d'exprimer une opinion.Si l'on m'interrogeait, j'esquissais un geste vague, avec l'air de dire que je n'y entendais rien.Malheureusement, je ne devais pas m'en tirer toujours à si bon compte.D'ailleurs, madame Lebeau n'insistait pas.Elle comprenait que je ne devais pas avoir part au débat.C'est au lendemain d'une conversation de ce genre que je connus Juana.Nous étions en mai, le neuf, exactement.Je n'oublierai jamais cette date.Elle chante en mon coeur, je la possède comme un trésor.Pourquoi le souvenir a-t-il tant de puissance?Je n'ai qu'à fermer un peu les yeux, par une tiède journée de printemps, et la svelte figure de Juana surgit devant moi, rieuse et grave.Comme si elle n'était pas partie à jamais, disparue de ma vie! Comme si elle ne m'était pas aussi inaccessible qu'une morte! Ma main tremble à tracer ces mots.Que dirait Juana, mon aimée, s'il lui était donné de lire par dessus mon épaule?Il me semble qu'elle vient à petits pas, que je l'entends glisser derrière moi, s'appuyer au dossier de ma chaise et me donner brusquement, en éclatant de rire, un grand baiser dans le cou.Juana, petite fée de la prairie, déesse de la moisson, reine de mon rêve inachevé! Je te vois telle que t'ai connue, sans orgueil et sans pose, avec tes gestes simples et la générosité spontanée de ta jeunesse.Tu vis en moi, plus vivante que jamais, et pourtant plus lointaine que les mortes véritables.Je dormais.Allongé parmi l'herbe drue, dans l'ombre chiche que projetait un bouquet de trembles et de peupliers graciles, je m'étais assoupi sans m'en apercevoir.Fatigué de la selle, j'avais marché pour me dégourdir les jambes.Ma jument suivait en liberté, les guides sur le cou.Ayant atteint les petits arbres qui me cachaient l'horizon depuis longtemps, je ne sus résister au plaisir de m'éten-dre sous leurs branches.Je m'endormis presque aussitôt.Quand je rouvris les yeux, Juana était devant moi.Elle parla la première.— Alors, dit-elle, vous n'êtes pas plus malade que cela! J'avais bien tort de m'inquiéter.Vous m'avez fait une peur! — Je vous demande pardon .je ne vois pas .— Moi qui vous croyais blessé, ou malade .Tout de même, c'est mieux ainsi.N'est-ce pas?Vous me pardonnerez de vous avoir dérangé.Je me levai et dis: — Je ne comprends rien.Tout de suite, elle m'expliqua le mystère de sa présence.Elle parlait doucement, sans me quitter un moment des yeux : — Je venais au galop de mon cheval, dit-elle, insoucieuse et certaine d'être seule dans la plaine, quand j'aperçus votre bête qui broutait, toute sellée, les rênes traènant sur le sol.Immédiatement, les questions se pressèrent à mon esprit.A qui appartenait cette monture abandonnée?Qu'était devenu son maître?Craignant un accident, la jeune femme avait battu la contrée avoisi-nante.Elle n'était pas très brave, mais elle ne pouvait passer outre sans s'assurer qu'il n'y avait pas, tout près d'elle, un être humain qui eût besoin de son assistance.— Quand je vous aperçus, conti-nua-t-elle, je manquai de m'éclater de rire.Vous reposiez si bien, vous paraissiez enfoncé dans un tel bien-être que cela m'amusa.Un moment, je vous regardai dormir.J'allais repartir, en silence, quand vous avez ouvert les yeux.Tout de même, la vie est drôle! — Elle vous amuse à ce point?— Des fois.Je m'étonne surtout des surprises qu'elle réserve .— Pardon?— Dire que je suis venue ici tout l'été dernier, et même fort avant dans l'automne, sans jamais rencontrer personne! — J'espère que je n'ai pas gâté votre promenade?— Un peu, à vrai dire.J'avais tellement pris l'habitude de considérer le pays comme le mien.C'était mon domaine.De vastes espaces où je pouvais chevaucher à bride abattue, m'a-bandonnant au galop du cheval, sans savoir où j'allais.Je fermais les yeux et il me semblait que le vent m'emportait, loin de tout.Et voici que, dans le pays de mes jeux, je découvre un homme! — Le malheureux! — Vous m'en voulez de mon impertinence?— Elle m'amuse, bien plus qu'elle ne m'indigne.Mais puisque j'ai l'air d'être ici un intrus, je ferai l'impossible pour n'y plus revenir.Pour rien au monde je ne voudrais troubler votre quiétude, ni gâter la sauvagerie de vos paysages.Elle me regarda, intriguée un peu, cherchant une réponse.Elle dit tout à coup, à mi-voix, comme se parlant à elle-même: — Non, je suis folle, cela n'a pas de sens .— Pardon?Elle ne répondit pas.Je la considérai, amusé, avec un intérêt qui ne dut point lui échapper.D'ailleurs, pas un homme connaissant Juana n'eût voulu me blâmer.Cette femme était la plus merveilleuse créature que j'aie encore vue.Un corps nerveux, mince, presque androgyne.Des mains parfaites.Des yeux graves, d'un gris sombre, qui paraissaient bleus à certains moments.Je l'enveloppai toute, d'un regard rapide, et elle soutint l'examen.Elle était sûre d'elle.Pas un muscle n'avait bougé dans son visage.Je n'essaierai pas de tracer son portrait.Pourrais-je fixer la mobilité des traits, l'éclat lumineux des yeux, l'ambre de la peau?J'ai connu cette femme, je l'ai aimée, et je ne saurais dire son attirance, ni le charme particulier qui émanait d'elle.On a beau faire, l'eloignement et l'absence mettent un brouillard autour des êtres dont nous sommes séparés.Ils peuvent avoir laissé en nous une impression, nous ne possédons plus leur personne physique.Juana était très brune, avec des cheveux noirs, coupés UNE MAMAN PARLE Madame Albert Bolton.Toronto, remercie le Lait Eagle pour tout le bien qu'il a fait à -3 petite Jeanne Marguerite."Je l'allaitai durant les premiers trois mois; mais cela ne semblait pas la rassasier.Alors, après avoir tout essayé, je lus une annonce dans un journal, au sujet du Lait Eagle et je décidai de l'essayer.Elle sen trouva bien immédiatement.Depuis elle ne m'a causé aucun trouble.Elle a 14 dents, qui ont percé sans difficulté.Sa chair est ferme; elle a de belles jambe?droites et une forte ossature.Et ce qu'elle est gaie! Elle a remporté un troisième prix, dans la classe D.comprenant 102 concurrents, lors d'un concours de bébés, organisé par l'Exposition Canadienne Nationale, en Septembre dernier." Si vous ne pouvez allaiter bélié.nu s'il ne grossit pas comme il le devrait, suivez le conseil de centaines de milliers de mères averties et essayez le Lait Eagle.Envoyez-nous vos nom et adresse et nous vous expédierons avec plaisir un livret, graiis.du bien-être des nourrissons, rempli de conseils et de suggestions pratiques qui vous enchanteront.Les photographies et les lettres publiées par la Compagnie Borden sont des témoignage:* sponLinés de parents reconnaissants.Superbe Livret Sur Bebé! GRATIS! The Borden Co- Limited, c.w r * 115 George Street, Toronto.Ontario.Messieurs.—Veuillez m'expédier.gratis, un exemplaire de la nouvelle édition.64 pages, du Bien-Etre de Bébé.Nor Adr SEASIDE A ATLANTIC CITY \ \1 i:VR EXCEPTIONNELLE EN FACE DE LA WEB 1 ii 1 m t.r, .1 repn* A un tnus nuxoi nn* que Imm Taux apéclal >D.par jour à ln mrmninr Balcons ensoleillés où l'on vous sert du bouillon chaque matin.Cuisine renommée pour sa supériorité.L'eau de l'océan courante dans toutes les chambres avec bain.Garnir «ur len llcox Argent canadien au pair pour chambre et repas.HOTEL PRESIDENT 48th St.West of Broadway New York Vous offre le meilleur service à New York.Chambre simple $2.50 par jour Aussi.Chambre simple: $3.; $3.50; $4.00 Chambre double: $3.50; $4.00; $4.50 400 chambres avec bain et R.C.A.Radio.GARAGE GRATUIT Taux spéciaux aux touristes.L'Hôtel situé à portée de tout.JEANS.SUITS, gér.TOM YORE, asst.-gér.courts et frisés aux tempes.Ses cils longs, quand ils bougeaient, jetaient une ombre sur ses joues.Elle montrait en riant de petites dents gourmandes, et ses lèvres finement arquées, rouges au point de paraître saignantes, soulignaient l'impatiente ardeur dont tout son corps vibrait.La jeune fille ne disait toujours rien.Pour me donner contenance, je ramassai mon chapeau, jeté sous les arbres, et j'appelai ma jument.Elle m'arrêta d'un geste: — Vous ne partez pas comme ça?— Que voulez-vous dire?— Que je suis une égoïste, et que je devrais avoir honte.Oubliez, voulez-vous, mes paroles de tout à l'heure.Vous continuerez à vous promener dans la campagne, si le coeur vous en (Suite à la page S3) Page 32 4-— MON MAGAZINE Venez.passer vos vacances d'Été au "CAMP HONEYMOON" dans le coeur des Laurentides, à Val Morin Plusieurs maisons de toutes les dimensions à louer pour la saison d'été, ou au mois, à la semaine et à la journée.Nos prix sont très modiques.Chaque maison est complètement meublée.La vaisselle et la batterie de cuisine y sont.Vous n'avez qu'à apporter vos draps, taies d'oreillers et couvertures de lit.MAISONS DE UNE PIECE A 8 PIECES.Plage exclusivement française et anglaise Vous êtes en plein sur le bord dun beau lac Une vue du Lac au Camp "HONEYMOON" Au camp Honeymoon, il y a nage, danse, equitation, jeux de balle, terrain de jeux pour les enfants, pêche, chasse, sports divers, bain dans le lac, etc.Le camp Honeymoon est situé à Val Morin sur la route Montréal-Ste-Agathe.Le camp se trouve à 2'/2 milles du village de Val Morin sur une belle petite route gravelée dans toute sa longueur.Vous ne pouvez pas faire erreur.Il y a au delà de 100 enseignes avec flèches indicatrices pour vous guider à partir du village de Val Morin."HONEYMOON CAMPS" ALEXANDRE HUOT, Gérant VAL MORIN, Co.Terrebonne, Que. Mai 1932 MON MAGAZINE Page 33 JUANA, MON AIMÉE (Suite d* la page ZI) NOW! OPEN I dit.De quel droit vous en empêche-rais-je?Là-dessus, elle fit faire demi-tour à sa monture.J'avais remarqué que son cheval était petit, un de ces chevaux du pays appelés "cayuses", et qu'il était bai.—Permettriez-vous deux questions?demandai-je, comme elle ramassait les rênes dans sa main, ses pieds minuscules enfoncés dans les étriers.—Dites.—Je voudrais savoir si c'était vous, le mystérieux cavalier que j'aperçus l'automne dernier, fuyant à bride abattue.Tl avait un cheval bai comme le votre.Je pus à peine noter la couleur, tout disparut dans un nuage de poussière.— C'était moi, probablement.Je suis venue de ce côté, à plusieurs reprises.Mais quelle importance cela peut-il avoir?— Je voudrais savoir aussi qui vous êtes?Est-ce indiscret de demander?Ici, elle ne dit rien.Elle se contenta de sourire, me regardant bien en face, et je trouvai qu'il y avait dans ses yeux quelque chose d'amusé.Puis elle donna du talon dans le flanc de sa bête, qui partit comme une flèche.Au loin, de sa main nue, elle me salua une dernière fois.< « < Je repris lentement le chemin de la ferme.Le soleil était encore haut.Toujours innombrables, les gophers fuyaient à droite et à gauche.Ils se dressaient parfois sur leur derrière, poussant leur petit cri particulier, dès qu'il se trouvaient aux abords de leurs trous.Des oiseaux nombreux voletaient, paraissant se poursuivre.Haut sur pattes, les pluviers sautillaient dans l'herbe humide des bas-fonds.Une sarcelle, un mâle aux ailes vertes, partit devant ma monture.Je chevauchais lentement, sans souci de ce qui m'entourait.La nature ne m'intéressait pas.Ma pensée errait ailleurs.Je n'en revenais pas de ma surprise.Mais qui était cette jeune fille qui m'apparaissait, tombant des nues pour ainsi dire, dans la solitude de la prairie?Qui était-elle?D'où venait-elle?J'avais beau me creuser l'esprit, je ne trouvais pas.Lebeau m'avait raconté tant de fois que nous n'avions1 pas de voisins! Enfin, je donnais ma langue au chat.Ou ma gentille écuy-ère venait du bout du monde, ou elle habitait un établissement dont nous ignorions l'existence.Je penchai pour la première hypothèse, plus vraisemblable.Quand j'arrivai à la ferme, Lebeau travaillait dans l'étable.Lucienne, non loin, trayait la vache.— A vous voir ainsi occupés, dis-je en les abordant, je me sens confus de ma paresse.— Il n'y a pas de quoi, dit Lebeau.Lucienne demanda: — Vous avez fait bonne chasse?— Je n'ai pas chassé, aujourd'hui.Je n'ai pas même pris d'arme, j'ai flâné comme un paresseux.Depuis la fin des semailles, j'avais souvent du bon temps.Ma classe terminée, je m'en allais à l'aventure, tantôt à pied, tantôt à cheval.Je m'amusais aussi à tirer des gophers à la carabine, ce qui est un excellent exercice de précision.Le tir aux gophers est dans l'Ouest un sport auquel se livrent les jeunes gens des trois provinces.Il n'est pas facile.Il s'agit d'abattre les rongeurs à balle, avec une arme de petit calibre.Cela tue le temps, et rend service à l'agriculture.Quand Lucienne eût terminé sa traite, je portai à la maison le seau aux trois-quarts rempli.Mais ni à Lucienne, ni à son père, je ne mentionnai ma rencontre de l'après-midi.Cela, c'était mon secret.Je ne sais vraiment pas ce qui me retenait.J'avais parlé à Lebeau de mon cavalier de l'automne précédent, je lui avais dit mon voyage au vieux homestead.En tout cas, je gardai le silence.Au bruit de mes pas, Nègre leva la tête.Il sommeillait sur le seuil de la porte, le museau allongé entre ses pattes trop larges.Pauvre Nègre! Il ne soupçonnait point son erreur de l'automne, quand il grondait à l'approche du cayuse bai.Mais je ne dis rien, pour ne pas troubler son repos de chien qui grandissait.Car Nègre et son frère.Marquis, devenaient énormes.Ils avaient bien quelque chose d'encore jeune, d'inachevé, de non fini, mais c'était deux bêtes splendides.Quand Nègre se tenait debout, appuyé à mon bras, et qu'on le saisissait à la naissance de la patte, on sentait sous la main un paquet de nerfs et de muscles d'acier.L'animal ouvrait la gueule en montrant ses crocs, comme s'il riait, fier d'être aussi robuste.Lebeau, qui avait élevé les chiens dans le but de les vendre, n'en trouvait pas le courage.De plus en plus.Nègre et Marquis faisaient partie de la famille.On avait déjà deux chiens.Mais quand il y en a pour deux, il y en a pour quatre.D'autant plus que la plaine n'était pas avare du gibier.Quatre chiens à nourrir! N'était-ce pas là un débouché naturel pour les canards sauvages que j'apportais à tout propos, et que la famille ne suffisait plus à absorber?Nous soupâmes ce soir-là de bonne heure, comme d'habitude.Lucienne était ma voisine de table.Je mangeai d'excellent appétit, l'air m'ayant c-eu-sé l'estomac.Mais je me sentais plus distrait que je ne le voulais paraître.L'image de Juana, dont j'ignorais le nom, dansait devant mes yeux.Un besoin de comparer me fit tourner du côté de Lucienne.Mon regard croisa le sien, qui s'abaissa gêné.Je restai tout drôle.Pourquoi Lucienne m'observait-elle?Je redemandai du pain, comme si je n'avais rien remarqué.Huit jours plus tard, je rencontrais Juana de nouveau.IV Cette fois encore, elle croisa ma route à l'improviste.î i NEW YORK 4he Beautiful Keur « * • HOTEL * ¦ * PLYMOUTH 49^ ST.EAST OF BROADWAY $2.50 par jour peur une chambre avec bain, eau courante glacée et RADIO Chambre simple: $2.50; $3.00; $3.50 Chambre double: $4.00; $4.50 Lits jumeaux: $5.00 Garage gratuit Au centre des affaires, des magasins et des théâtres.H.G.VIRDIX, Directeur-Gérant J'errais depuis le midi, la cherchant des yeux.Sous prétexte de chasser, je scrutais les quatre coins de l'horizon.J'étais dans les terres basses, où l'herbe est plus nourrie d'eau et plus verte, et les sarcelles, depuis longtemps dans le pays, fuyaient sous mon nez.Nègre, comme toujours mon compagnon, ne savait que penser de ma maladresse.A sa connaissance, c'était la première fois que je manifestais un tel dédain pour de beaux oiseaux charnus.Il n'était pas loin de me mépriser.En arrêt, les pattes nerveuses, il se tenait prêt à bondir pour aller chercher dans l'eau épaisse des mares, grouillante d'insectes aquatiques, les victimes qu'il s'estimait promises.J'avais abandonné ma jument un peu plus haut, attachée à un arbre.Je devais être à huit milles de la maison.Soudain, Nègre se prit à gronder, et mon coeur battit d'une espérance que je ne voulais pas m'a-vouer.Peu après, la silhouette claire d'un cavalier se dessina sur le ciel.Se rapprochant, le cavalier se mua en cavalière.C'était Juana.Elle mit pied à terre et nous causâmes tout de suite, comme de vieux amis.Dans la steppe, comme dans la forêt, les préjugés du monde ont peu cours.Les présentations sont sommaires, les conversations vite amorcées.Je pris Juana par le bras et nous gagnâmes le terrain sec, où la marche est plus facile.Juana était devant moi.Je ne pouvais me rassassier de la i-egarder.Cette fois, elle me sembla plus jolie encore que l'autre jour.Ses lèvres (Suite à la page 37) L'hôtel le plus en voguejet le plus chic de New York front >ASO Et ce n'est pas trop déclarer.H n'y a qu'à le demander aux hôtes qui ont séjourné à notre hôtel.Non seulement, c'est l'hôtel le plus récemment construit mais c'est aussi l'hôtel le mieux situé au centre des affaires.1000 chambres contenant chacune radio, bain privé, douche, eau courante glacée, avec garde-robe spacieuse, et une foule d'autres commodités.1000 PETITS "HOMES" SOUS UN SEUL TOIT.AU COEUR DU CARRE TIMES.Chambres simples à partir de $2.50 par jour.Chambres doubles, à partir de $4.00 par jour.Suites, à partir de $7.00 par jour.ew HOTEL DISON 47th St West of B-wag NYC € HOTEL CHELSEA ATLANTIC CITY Sur le Boardwalk Souhaite chaque jour la bienvenue à ceux qui ont choisi la pli» belle saison pour prendre leurs vacances.Tout le comfort possible.Des hôtes distingués.Taux spéciaux pour la saison d'hiver pour les deux plane.Nourriture délicieuse, Ccncerte de nuit.Une aile de 10 étages récemment ajoutée et à l'épreuve du feu.THE CHELSEA L'Hôtel le plus hospitalier Sur le Boardwalk. MON MAGAZINE Mai 19 32 Nos Concours Littéraires A LA CONQUETE D'UN MARI La scène représente l'intérieur d'un kiosque.Quelques bancs rustiques, une table rustique.Raquette» de tennis accrochées.Au lever du rideau, Maud assise, lit.Gustave entre, l'air nonchalant.Tous deux sont habillés pour le tennis.Maud.— Ah, c'est vous Monsieur Longpré, bonjour.Gus.— Bonjour.Mademoiselle.Maud.— Vous êtes seul?Gus.— Oui, comme vous voyez.Maud.— Je regrette de vous importuner de ma présence.Je croyais que ce serait nombreux au tennis cet après-midi.Gus.— Je le croyais aussi quoique plusieurs soient partis pour une excursion.J'ai refusé d'en faire partie parce que la température ne me semble pas sûre.Ici, au tennis, on ne risque pas gros: s'il pleut, on a qu'à s'abriter et tout est dit.Mais vous, j'ai su que vous aviez été souffrante?.Vous allez mieux?Maud.— Oui, vraiment, je ne suis pas trop mal.Ça va mieux, (un silence) Nous ne pourrons pas même jouer un "simple" parce qu'avec vous je ne suis vraiment pas de taille, (elle semble hésiter).Peut-être devrais-je rester?il peut venir quelqu'un d'autre.Je ne veux pas vous chasser d'autant plus que vous n'aurez pas besoin de me tenir compagnie.Je m?suis apporté un livre au cas où je serais seule.Gus.— (goguenard) Ah, vous lisez toujours le même fameux roman: A la conquête d'un mari?Maud.— Non, j'ei changé."A la conquête d'un mari", je l'ai brûlé.C'est un livre inepte.L'auteur, Jean Brais, est un sot, il ne connait rien à la vie.Gus.— Fichtre, comme vous avez changé, auparavant ce livre ne vous quittait pas.C'était une manière de bréviaire.Pourrais-je connaître le titre de l'heureux sucesseur?Maud.— Celui-ci?C'est Huguette et Gilbert de Roger Roy.Le titre ne dit pas grand chose, mais c'est une oeuvre de fond.Gus.— Ah, c'est une oeuvre de fond?Et qu'est-ce que c'est que ça, s'il vous plait, une oeuvre de fond?Maud.— Ce .C'est.Enfin, c'est ma tante Herminie qui dit que c'est une oeuvre de fond.Gus.— Ah, et quand la tante Herminie dit quelque chose c'est .Maud.— C'est que c'est vrai.Ne vous moquez pas, Monsieur Longpré.Gus.— Vous ne m'appelez plus Gustave?Maud.— Non, maintenant que je sais que vous êtes .fiancé .Il me semble que ça ne convient plus.Voyez-vous peut-être, malgré qu'elle voyage au loin, votre fiancée viendrait-elle à apprendre cela et en prendrait-elle ombrage.Gus.— Ah, vous pensez qu'elle pourrait se fâcher?Maud.— Oh, croyez bien que je ne veux pas dire qu'elle serait jalouse de moi.Mais enfin peut-être croira-t-elle que vous m'avez encouragée (avec amertume) et c'est si peu le cas .Ma tante Herminie me réprimandait toujours d'ailleurs sur ce point.Elle a un type très différent du mien, n'est-ce pas?Gus.— Votre tante?Certes oui, Mademoiselle.Maud.— Mais non, je parle de votre fiancée.Gus.— Non .c'est-à-dire oui.C'est.une .blonde.Maud.— Ah, c'est beau d'être blonde .et elle a les yeux bleus, je suppose?Gus.— Oui, oui, c'est çà, je crois, des yeux bleus.Maud.— Ah, comme vous devez vous ennuyer loin d'elle.Je ne m'étonne plus que vous m'ayez envoyé promener.Quand on est fiancé avec une blonde aux yeux bleus.Mais tout le monde ne peut pas être blonde.Vous devez l'aimer beaucoup n'est-ce pas?Cependant, vous ne m'en aviez jamais parlé, (après un silence).' Savez-vous, Monsieur Longpré, j'ai beaucoup réfléchi durant ma maladie, et vous m'êtes apparu comme un caractère très curieux.Gus.— Ah, vraiment?Maud.— Mais oui.Tenez, je crois que vous avez du coeur, vous en avez, n'est-ce pas?Gus.— Vous avez toujours eu le monopole des questions curieuses et des curieuses questions.Je me demande, cette fois, où vous voulez en venir.Maud.— Ah, vous ne voulez jamais me prendre au sérieux.Mais enfin je suis presque certaine que vous avez du coeur.Je vous ai vu faire la chante maintes fois, et avoir de la vraie peine quand il arrivait malheur à quelqu'un.Et bien, cependant il y a un point qui pourrait porter à croire que vous n'avez pas de coeur.Gus.— (riant).Vraiment, et lequel donc?Maud.— Cela me coûte un peu de vous dire.Peut-être allez-vous penser que je veux encore vous attirer à moi.Je sais si bien maintenant que c'est inutile.D'ailleurs, je vous affirme que si j'avais su que vous étiez fiancé, jamais je ne me serais jetée à votre poursuite comme cela.Un jeune homme libre, c'est bien, mais pas les fiancés.J'aurais essayé de m'éprendre d'un autre, et dans le commencement, c'eut été plus facile, n'est-ce pas?Gus.— Vous êtes la jeune fille la plus extraordinaire que j'aie jamais vue.Si le peu de bon sens que je possède ne me venait en aide, vous me feriez croire que vous parlez sérieusement.Si vous voulez, nous allons en revenir à mon coeur.Pourquoi doutez-vous si je possède ce viscère ou non?Maud.— Vous allez encore vous moquer.Avant, je préfère vous dire quelque chose afin que vous soyez bien sur que je ne veux pas vous .Gus.— Cette chose?Maud.— C'est que je suis fiancée, moi aussi, mais seulement depuis deux jours avec Maurice Grisé.Gus.— Vous, fiancée à Maurice Grisé, mais vous ne vouliez pas le voir?Maud.— Justement, j'ai été bien méchante pour lui.Je n'ai réalisé combien je faisais mal, que lorsque j'ai appris vos fiançailles .Alors à sentir combien j'ai souffert, j'ai réalisé combien il devait souffrir puisque j'agissais avec lui de la même façon que vous vous comportiez avec moi.Voyez-vous, c'est à ce moment-là que j'ai douté si vous aviez du coeur.Gus.— (qui s'est promené de long en large en levant les épaules et en secouant la tête, goguenard) Ah, c'est à ce moment-là?Maud.— Mais oui, aussi cela m'a fait bien réfléchir, et je n'ai pas voulu manquer de coeur, moi aussi.Vous cependant, vous aviez l'excuse d'être déjà fiancé, tandis que moi, je ne l'avais pas.Gus.— Et c'est cela qui vous a déterminé à vous fiancer à Maurice?Maud.— Eh oui.Gus.— (sérieux).Ma chère enfant, vous m'accusez de manquer de coeur.Etes-vous bien certaine vous-même de n'avoir peiné personne en acceptant Maurice comme futur mari?Maud.— Que voulez-vous dire?Gus.— Mais simplement que si je ne me trompe Maurice n'était pas le seul à briguer vos faveurs.Je puis même dire que si vous aviez été aussi .aimable qu'avec moi avec n'importe quel autre jeune homme que je connais, celui-là s'en strait montré très heureux.Maud.— Ah, vous savez bien qu'une jeune fille riche comme moi, qui a deux tantes à héritage à part d'une fortune personnelle a toujours énormément d'admirateurs.Mais, Maurice lui est sincère, tandis que les autres, vraiment, non, je ne le crois pas.Gus.— Enfin, il pourrait se faire que deux personnes vous aimassent également toutes deux.Il vous faudrait choisir, et forcément faire souffrir l'une d'elles.Maud.— C'est bien vrai, je n'ai pas pensé à cela.Gus.— De plus, vous ne pensez pas qu'il est préférable d?faire souffrir quelqu'un en le repoussant, plutôt que d'épouser quand on n'aime pas, quitte à imposer a son conjoint une vie d'humiliations et de dédains.Maud.— Vous dites cela parce que vous croyez que c'est le cas de Maurice et le mien?Et bien je vous assure que vous vous trompez.Maurice n'est pas tout-à-fait l'expression de mon idéal au physique, mais vous savez, pour une jeune fille sérieuse, ce n'est pas ce qui compte le plus.Gus.— J'entends bien, mais où est la jeune fille sérieuse?Maud.— Vous vous moquez encore, vous êtes bien méchant.Mais je vais essayer de vous prouver que ce n'est pas par dépit que j'accepte Maurice trois jours après avoir appris vos fiançailles.Gus.— (moqueur) Oh, vous savez, je veux bien vous croire sur parole.Maud.— Alors, n'en parlons plus.Je vais reprendre ma lecture.Gus.— (après un silence) Euh .Je .Je serais curieux tout de même de vous entendre.Ce gros Maurice .Vous inspirer de l'amour .Vraiment votre choix m'étonne.Maud.— Voyons, Monsieur Longpré, pourquoi, n'aimerais-je pas Maurice malgré son embonpoint.Tenez la vérité, c'est que le roman que j'avais lu m'avait monté la tête."A la conquête d'un mari" c'est une jeune fille qui s'éprenant d'un type à première vue, se lance à sa tête un peu comme .ma foi, comme moi à la vôtre.La différence c'est qu'elle finit par toucher le coeur de l'élu, tandis que moi .mais passons.Maintenant je lis Huguette et Roger., et j'ai bien vu qu'il y a diverses manières de trouver le bonheur.Huguette, c'est une jeune fille qui s'est attachée à une chimère, un idéal.Elle croit le rencontrer dans la personne d'un j une homme qui malheureusement demeure indifférent à son égard.D'autre part, elle en dédaigne un autre follement amoureux d'elle.Cependant le pauvre garçon h force de fidélité finit par toucher son coeur.(Vous savez, je m'exprime comme dans les romans) et Huguette s'aperçoit que le physique du beau jeune homme l'a trompée, que les qualités qui lui plaisaient tant n'existaient que dans son esprit à elle, et finalement elle épouse avec joie celui qu'alla dédaignait.Ça, ça s'appelle un roman psychologique.Gus.— Ah bah, j'aurais appelé ça un roman à l'eau de rose.Et dans votre opinion, c'est notre histoire à tous trois, Maurice, vous et moi que l'auteur aurait raconté sans le savoir? Mai 1932 MON MAGAZINE Paçe 35 Maud.— Mais oui, ne trouvez-vous pas?Gus.— Et c'est cela qui vous a décidé à prendre Maurice pour fiancé?Maud.— Beaucoup, je l'avoue.Gus.— Ma foi, si je n'étais pas sûr que l'espèce en est perdue, je dirais que vous êtes la plus parfaite ingénue qui ait été.(Après un temps) Quel âge avez-vous, Mademoiselle Perrin?Maud.— Dix-huit, exactement.Gus.— (à part) Ma foi, je prenais cette petite pour une écervelée.(Haut) Après tout c'est peut-être possible que vous en soyez une.Maud.— Une quoi?Gus.— Une ingénue.Et dites-moi votre tante Herminie et votre tante .Machine ne pourraient-elles négliger un peu leur éternel tricot pour les pauvres et s'occuper un peu de leur nièce?(Il se campe debout devant et secoue la tète avec pitié.) Maud.— Que voulez-vous dire, encore?Gus.— Ah, tenez, c'est inutile .Je leur parlerai à elles-mêmes.Et pourriez-vous me dire où vous avez pris que les qualités que vous me prêtiez n'existaient que dans votre imagination?Maud.— Oh, je vous assure.Monsieur Longpré, il ne faudrait pas que vous vous formalisiez .Je n'ai pas du tout mauvaise opinion de vous.Mais je vous prenais pour un tel phénix.Hus.— Et je n'en suis pas un?Maud.— Non.C'est-à-dire que voyez-vous je vous croyais un esprit chevaleresque, un coeur grand, que sais-je, un vrai Hector.Gus.— Qui ça Hector, l'ennemi d'Achille?Maud.— Non.Hector, le héros de "A la conquête d'un mari." Gus.— Ah oui.Maud.— Voyez-vous, je croyais que lorsque vous aimeriez, vous sauriez tout sacrifier à la femme aimée, que vous ne pourriez penser qu'à elle, que sa présence vous serait chère, indispensable .Gus.— Et où voyez-vous que je ne possède pas ces diverses qualités?Maud.— Mais n'étes-vous pas fiancé?Et bien, quand nous avez-vous parlé d"'Elle" depuis un mois que vous êtes ici.Jamais vous ne sembliez trouver le t'mps long si loin d'elle qui voyage aux Etats-Unis.Jamais vous n'avez semblé lui écrire.Vous voyait-on pensif, chagrin, pas du tout! Et cependant, vous lui êtes fidèle, puisque vous avez refusé de flirter avec moi.Vous n'êtes donc au fond qu'un pauvre bon garçon pot-au-feu comme Emile.Gus.— L'Emile de Jean-Jacques Rousseau.Il n'était pas pot-au-feu que je sache.Maud.— Mais non, je parle du jeune homme en second plan dans "A la conquèt?d'un mari." Gus.— Encore.Alors, c'est entendu, je ne suis qu'un jeune homme pot-au-feu, un héros de second plan.Savez-vous que vous êtes flatteuse?Maud.— Bon, voilà que vous êtes fâché.Gus.— Non, je ne suis pas fâché.Je suis furieux .Quoi, vous croyez pouvoir dire impunément aux gens qu'ils sont pot-au-feu — héros de second plan.Que sais-je?Peut-être que vous prenez cela pour des aménités?Maud.¦— Mon Dieu, ce que vous êtes susceptible.Je ne vois pas ce qu'il y a de blessant dans ces propos.D'abord, moi, mon opinion ne compte pas.Ensuite, je suis persuadée que vous ferez très bien le bonheur d'une jeune fille placide comme l'est votre fiancée.Gus.— Vous êtes réellement étonnante.Où prenez-vous que ma fiancée soit une jeune fille placide?Maud.— Mais pour la même raison que vous êtes pot-au-feu.C'est l'évidence même.Voici une jeune fille qui voyage aux Etats-Unis laissant son fiancé en vacance dans le nord parmi tous les dangers possible de se le faire enlever.Oh, vous êtes loin d'être jaloux l'un et l'autre.Ce n'est pas moi qui ferais ça.Ni Maurice d'ailleurs.Gus.— Ah.Maurice lui, il est jaloux.Maud.— Oui, mais je ne veux pas dire que ce soit un vrai jaloux comme le roi Henri.Gus.— Il y a un roi Henri dans vos romans.Maud.— Jamais de la vie.Je parle d'Henri VIII d'Ancletcrre.Gus.— Ah .Enfin Maurice n'étant pas comme Henri VIII d'illustre mémoire, est jaloux juste à point pour jouer les jeunes premiers.Et pou-vez-vous me dire en quoi consiste le juste milieu?Maud.— Voilà .Il ne veut pas .Mais au fait peut-être serait-il mécontent de nous trouver en tête à tête: il doit venir au tennis vers quatre heures et.Figurez-vous que .enfin imaginez-vous .Ce pauvre cher Maurice, il faut lui pardonner mais .Gus.— (impatienté).Enfin, me direz-vous cette chose extraordinaire! Maud.— Pensez-donc, il s'imagine qu'il y a un danger pour moi de vous revoir.Gus.— Ah, il s'imagine cela?Maud.— Oui, est-ce assez drôle, hein?Gus.— (froid) Oh oui, c'est très drôle.Maud.— J'ai eu beau lui affirmer que depuis que je vous savais fiancé, c'était fini, bien fini, qu'un jeune homme pot-au-feu ne m'intéressait pas, il en a tenu à son idée.(Après un temps) Je me demande pourquoi vous avez tenu vos fiançailles cachées si longtemps.Voyez-vous, maintenant tout le monde est content.Gus.— Ah, tout le monde est content?Maud.— Mais oui.Vous, vous êtes content! Gus.— (l'air furieux Je suis content, moi?Maud.— Mais oui.Vous voilà débarrassé de moi à tout jamais.Maurice, lui, est content, et moi aussi d'avoir enfin compris que nous étions faits l'un pour l'autre, lui et moi.Gus.— Vous êtes faits l'un pour l'autre?Et bien, ça ne parait pas, je vous assure.Et pour tout dire, vous ferez un couple ridicule.Maud.— Vous dites?Gus.— J'ai dit ri-di-cu-le, et je maintiens ri-di-cu-le.Maud.— Vous pouvez vous vanter de dire les vérités en face vous.Jusqu'ici vous m'avez envoyé promener assez lentement, mais j'avoue que je vous importunais, aussi vous étiez excusable d'agir ainsi, mais aujourd'hui quand je ne vous demande même pas votre opinion, me dire que mon fiancé et moi nous ferons un couple ridicule, c'est un peu fort.Gus.— Avouez qu'il y a eu provocation de votre part.Depuis une heure que vous ne me servez que des sottises.Maud.— Mais .Gus.— Oui.oui.Je sais.Vous allez me dire qu'un jeune homme pot-au-feu ferait très bien le bonheur d'une jeune fille placide.Et bien, sachez que je ne ferai pas le bonheur d'une telle personne, car je ne suis pas fiance du tout.Maud.— Comment, pas fiancé?Gus.— Non, je suis libre comme l'air.Maud.— Ainsi, vos fiançailles .Gus.— Ce n'était qu'une fable.Maud.— La jeune fille blonde .Gus.— Un mythe.Maud.— Le voyage aux Etats-Unis.Gus.— Invention que tout cela.Maud.— Ainsi, si vous n'étiez pas jaloux .Gus.— C'est que je n'avais pas à l'être.Vous voyez que je ne suis pas aussi pot-au-feu que vous croyiez.Maud.— Et me ferez-vous le plaisir de me dire dans quel but vous avez ainsi fait travailler vos méninges?Gus.— Je .Vous .C'était une simple plaisanterie.Maud.— Je comprends.Je vous ennuyais.Vous vouliez vous débarrasser de moi, un crampon.Et bien, je vous félicite, vous avez bien trouvé.Vous pouvez crier Eurêka.Et moi, je vous suis reconnaissante, car c'est grâce à vous que je me suis enfin ouvert les yeux, et que je me suis fiancée à Maurice.Gus.— Vous n'avez pas sérieusement l'intention d'épouser ce gros faquin.Maud.— Je vous défends d'insulter ainsi mon futur mari.Gus.— Voyons, Maud.Maud.— Je m'appelle Mademoiselle Perrin.Gus.— Vous m'avez assez longtemps nommé de mon prénom que j'ai bien le droit de prendre cette initiative à mon tour.Maud.— Cela vous déplaisait tellement que vous ne devriez pas vous permettre d'erreur semblable.Gus.— Croyez-moi, en fait d'erreur, je reconnais que j'en ai commis une très grande.Je vous croyais de prime abord une jeune fille écervelée comme il y en a malheureusement trop.C'est même leur trop grand nombre qui a contribué à me faire croire que vous étiez de celles-là.Maud.— Et vous daignez croire maintenant que je n'en suis pas?Gus.— Je vous en prie, ne vous fâchez pas.Sachez faire le part des choses.Maud.— Je ne comprends qu'une chose.Que vous m'ayez jugée assommante, crampon, que sais-je?Mais que vous ayez cru nécessaire d'inventer cette fable.Je n'ai pas le droit de vous en vouloir, car après tout c'est moi qui ai commencé les hostilités.Mais quelqu'incroyable que cela puisse être, c'est suffisant pour que mon amour-propre se =wjit enfin éveillé.Je vous fais donc mes adieux.( Elle fait mine de sortir.) Gus.— Voyons, Maud .Mademoiselle Perrin, vous ne partez pas comme cela.Maud.— Que voulez-vous encore?J'ai déjà perdu avec vous trop de temps, ce que mon fiancé désapprouverait.Peut-être par esprit de contradiction étes-vous fâchée de ne plus avoir personne à envoyer promener?Peut-être regrettez-vous que je ne me jette plus à votre tète vous enlevant l'occasion de me ridiculiser.Gus.— Comment pouvez-vous me prêter une semblable pensée?Peut-être en effet y a-t-il un )»eu d'esprit de contradiction dans le sentiment qui m'a fait vous repousser.Mais avouez que rien de me prouvait que vous étiez sérieuse.Je n'avais même pas lu "A la conquête d'un mari" pour éclairer ma religion.De plus, l'homme a cette faiblesse de croire qu'il faut que ce soit lui qui découvre la femme qu'il destine à son foyer.Mais maintenant que j'ai compris le trésor d'ingénuité que cachaient vos gamineries, oh, si vous saviez combien je regrette mon attitude.Maud.— Oh, mais je ne puis plus vous écouter, il faut que je suis loyale avec Maurice.Gus.— Encore Maurice.Toujours Maurice.Peut-être ne devez-vous pas être loyale avec moi?Maud.— Avec vous?Mais je ne vous dois rien.Gus.— Ah non.vraiment.Et que diriez-vous si l'héroïne de "A la conquête d'un mari" après être parvenue à ses fins, après dis-je être parvenue à se taire aim°r.se récusait et s'avisait d'en épouser un autre.Ah non, vous savez il faut être logique avec soi-même, et fidèle à ses idées.Vous avez voulu mettre un roman dans ma vie, ne mettez pas l'amertume de la vie dans mon roman.Maud.— Mais je ne comprends pas.Vous parlez de quelqu'un qui serait parvenu à ses fins.Gus.— Voyons, ma petite Maud.N'avez-vous pas compris que je vous aime comme vous vouliez .que je vous aime comme le héros .plus que tous les héros de tous les romans.Et vous, ne m'aimez-vous plus, un tout petit peu.Maud.— Oh peut-être un gros peu .Mais Maurice.Gus.— Qu'est devenu le héros en second plan de " A la conquête d'un mari"?Maud.— Il s'est consolé avec une petite cousine.Gus.— Et bien Maurice fera de même.Lorette SAURIOL -DAIGNAULT Note de la rédaction Mme Lorette Sauriol-Daigncault, 6122 rue Hamilton.Montreal, est lauréate de notre concours littéraire pour mai.Xous sommes heureux de publier sa saynète et nous lui offrons nos plus cordiales félicitations. Page 36 MON MAGAZINE Mai 1932 remiere Communion ?< La veille, devant M.le curé, les bambins ont confessé leurs menus péchés.Il y a bien eu de l'émotion de part et d'autre.Dans la sacristie le silence n'était rompu que par le tic-tac de l'horloge, le va-et-vient des enfants et le bruit du guichet dans le confessionnal.Les enfants, un à un, étaient venus s'agenouiller dans la pénombre du tribunal et avaient attendu le bon plaisir (?) de M.le curé.Pendant ce court instant l'émotion les avait gagnés puis tout à coup ils avaient aperçu le confesseur à travers le grillage: — "Eh bien, mon enfant?" Tout d'un trait la confession s'était faite.Us étaient sortis rayonnants et avec un peu de scrupule tant ils voulaient bien faire à l'avenir.Le matin de la communion, tout ce petit monde s'était levé avec le soleil, afin d'être prêt pour sept heures.Les mamans s'affairaient, les chaussures étaient trop petites, on ne trouvait pas le brassard, les bas étaient percés.Malgré les contretemps les bambins s'amènent vers l'église; ils y entrent aux accords d'un cantique que l'orgue accompagne là-haut.Ils sont recueillis •* timides, c'est si grand ce qu'ils vont faire.Les voilà à la table sainte, ils sont gauches, se regardent et prennent la nappe dans leur mains tremblantes.M.le curé vient tenant entre ses doigts l'hostie blanche qui contient le Christ.Les petits coeur3 généreux battent et s'émeuvent quand le prêtre dépose sur leur langue la parcelle divine.Puis ils quittent la balustrade et leur âme garde un secret inoubliable de ce grand matin de leur première communion.Emmanuel DESROSIERS.Amitié Le bon sens de nos pères a illustré cette vérité par un de ces proverbes qui leur étaient si familiers: "Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es".A tout âge, le coeur a besoin d'affection, de confiance et d'épanche-ments.Dieu a créé les âmes pour aimer.Au bord de la coupe amère du devoir, Il a dans l'ordre moral, mis avec une exquise bonté, le bonheur ineffable des intimes consolations.Quand la souffrance vient à nous sous quelqu'une de ses formes, maladie, revers de fortune, incompréhension, trahison, c'est de l'amitié que nous atendons le baume qui console et ranime l'âme blessée; c'est l'heure de la sincérité! Ainsi le malheur qui met en fuite les amitiés légères, consolide, bonifie et fait resplendir celles qui sont vraies! C'est pourquoi il faudrait accoutumer notre coeur à faire grand cas de ce qu'il donne car tout ce qui vient de LE SOUVENIR Je sais tout le plaisir qu'un souvenir peut faire Un rien, l'heure qu'il est, l'éclat de l'atmosphère, Un battement de coeur, un parfum retrouvé.Me rendant un bonheur autrefois éprouvé.Sont-ils assez charmants, ces vers de Coppée, et la douce chose que si joliment ils chantent! Qui de nous n'a pas un jour murmuré cette plainte : Ceux que nous aimons sont toujours trop loin! et cette autre : 'L'absence est le plus grand des maiu".Pauvre coeur, c'est toujours lui le malade qui souffre et réclame sans cesse le viatique de douceur et de force qti'est le souvenir, ce quelque chose de lumineux qui, plus que l'illusion, nous donne les charmes de la présence, en nous faisant revivre le passé.Qu'est-ce que se rappeler, si ce n'est feuilleter son âme, pour y relire les pages empreintes de nos joies et de nos tristesses, et retourner vers ce qui fut, dans un irrésistible besoin de ressusciter ce que le temps impitoyable nous a ravi dans sa course.Ne vivre que du présent, vouloir éterniser ce qui passe, c'est joindre les mains sur un trésor qu'on ne veut céder pour aucun prix.C'est vouloir garder à jamuis le rayon de soleil qui a éclairé un instant notre vie.Toute la psychologie du souvenir est là.L'humanité ne s'est-elle pas magnifiquement ingéniée à effacer les distances?Téléphonie, télégraphie, et plus récemment encore, cette supra merveilleuse invention : La télévision.Montalambert avait fait graver cette pensée sur le seeait dont il se servait pour sceller ses lettres : "Le temps passe mais le souvenir reste".Je le crois, et tous ceux qui aiment et ont aimé, partageront mon credo.Il peut y avoir des faiblesses dans notre coeur, des in-termitences et des dépressions dans nos amitiés; la vie avec ses cahots, ses secousses, et toutes ses variantes, peut créer en nous un vide apparent, une sorte d'assoupissement, mais un jour, pour un rien comme dit le poète, le passé se lève tout grand devant nous.Les êtres, les choses qu'il nous présente deviennent presque palpables, tant il nous les montre avec art ! C'est que : "Le meilleur de la vie est fait de souvenance, Et rien n'est doux, vois-tu, comme cette romance Qu'on chante pour ceux-là qui vous aiment un peu".Le lyrique Samain, vient de nous psalmodier à son tour, avec une pointe de mélancolie, ce regard naturel vers l'autre fois.Les cheveux peuvent blanchir, la santé s'altérer, les forces nous abandonner, mais le souvenir, ce sanctuaire de l'âme, où s'entassent les joies et les tristesses défuntes, ne vieillit jamais, il est l'éternel veilleur.C'est lui qui tourne une à une les pages sur lesquelles nous avons tantôt ri, tantôt pleuré, parce que chaque jour, chaque heure, chaque instant de notre vie, lui ont versé une obole, qu'il a précieusement recueillie, et fidèlement gardée.Annette DUCHESNE.Blancheur lui est précieux, et ses affections ne sont pas une chose qu'il soit permis de traiter légèrement.Un caractère se juge d'après les amitiés qu'il inspire, écrit Montaigne, et quand on voit un vieillard au soir de la vie entouré d'amis fidèles et intelligents, on peut être certain que cet homme est une personnalité.Il existe encore de sceptiques âmes froides, qui suintent le doute de toutes parts, qui prétendent qu'on ne doit se fier à personne, qu'il n'y a pas d'amis en ce monde; celles-là sont bien à plaindre, elles ignorent, et c'est leur châtiment, une des plus pures jouissances, une des meilleures consolations de notre passage ici-bas! Il y a des amis, mais encore faut-il savoir les choisir .L'amitié existe, elle est un tout, une chose bonne et sainte, et tous nous avons besoin de boire à cette source, née de la royauté du coeur! Annette DUCHESNE.Nous voici en plein mois de mai, le mois de Marie, et le plus beau! Le temps où les lilas fleurissent, où l'on voit passer dans les rues des petites filles vêtues de blanc .ravissantes mariées en miniature.Elles ont un air tranquille et recueilli, et la foule s'écarte devant elles, avec déférence, les passants se retournent pour les regarder.D'où leur vient ces attentions touchantes?C'est qu'elles rayonnent de bonheur.Et ce n'est pas seulement la joie d'être en toilettes blanches, d'échapper peut-être pour un jour ou deux au labeur de l'étude, aux misères de la vie ordinaire que je lis dans leurs yeux.C'est bien une joie toute surnaturelle qui les illumine, ces petites filles papillonnantes et jolies que j'aime à voir passer, et qui nous attirent par une mystérieuse et divine sympathie.Aussi le p?uple, notre bon peuple de croyants, a gardé tout son respect pour la première Communion, et cela, non pas par habitude, tant d'autres traditions ont sombré, mais par un sentiment religieux indestructible, parce que la source est éternelle .Le jour de la première Communion, tous les parents de la même paroisse, à quelque classe qu'ils appartiennent, se reconnaissent un peu égaux, une fraternité règne.Ils font accomplir ensemble à leurs enfants, le même devoir qui leur a été imposé, ils se rendent à l'église avec des âmes pareilles.La première Communion des enfants est aussi l'occasion d'agapes familiales.Tout le monde est heureux dans les familles des jeunes Communiants; la joie intime et pure qui émane de ces âmes filiales atteint tous les coeurs.Ces petites fleurs humaines épandent autour d'elles de la piété, de la joie, avec un frais parfum d'innocence.Elles évoquent le plus pur souvenir, ce sont de blancs ostensoirs qui passent.Annette DUCHESNE.Courrier Graphologique Notre graphologue, Carol Prezcau, nous revient après une longue absence et nous prie d'avertir les lecteurs de son courrier qu'il répondra le mois prochain à toutes les lettres reçues.Ceux qui désirent communiquer avec lui peuvent lui adresser leurs lettres à: 1725 rue St-Denis, Montréal, au soin de Mon Magazine. Mai 1932 MON MAGAZINE Pa9e 87 JUANA, MON AIMÉE (Suite de la page ZZ) étaient d'un carmin très vif, comme je l'ai dit, et ses yeux légèrement tristes, d'une tristesse qui ne veut pas s'avouer.Quand elle riait, deux fossettes, lui naissant au creux des joues, lui donnaient l'air d'une grande poupée.Ce jour-là, elle avait mis par des-surata culotte de drap une jupe courte.Coquetterie! Instinct! Comme toutes ses pareilles, elle savait que rien ne séduit comme le charme discret de la féminité.Elle le savait, sans qu'on le lui eût dit.L'autre jour, elle portait une culotte de "corduroy" renforcée aux genoux, et des bottes à haute tige.Aujourd'hui, en plus de l'addition de la jupe, elle avait remplacé les bottes par des bandes molletières en laine, étroitement enroulées.Des détails, si l'on veut, mais que je ne pus ne pas voir.Juana parlait, riait, comme heureuse de me retrouver.Elle s'ennuyait tellement, dans ce monde perdu qu'était le sien.Il faisait bon rencontrer quelqu'un avec qui causer.Juana était une toute petite fille, déjà meurtrie par la vie, mais que la vie n'avait pas abattue.Je lui présentai Nègre, mais ce grand sauvege de chien qui ne connaissait rien ni personne en dehors de son entourage immédiat, ne sut pas se montrer aimable.Il gronda en baissant le cou, me regardant en dessous, pour voir si j'approuvais ou non cette manière de faire.Et voici que j'eus, tout à coup, l'une des surprises de ma vie.Nous allions côte à côte, sous le soleil brûlant.Je tenais par la bride le cayuse bai, et Juana, une branche à la main, fauchait les hautes tiges à sa portée.Comme nous atteignions les touffes d'arbustes où ma jument attendait, ma compagne demanda, san3 autre préambule: — Vous trouveriez drôle, n'est-ce pas.que je vous dise votre nom?— Vous voulez rire?Je la regardai, mais elle ne riait plus.Au contraire, elle me déclina tout de suite mes nom et prénoms, et leva les yeux vers moi, pour voir l'air que je ferais.Elle ajouta presque aussitôt: — Cela vous parait mystérieux, mais rien n'est plus simple.Naturellement, vous ne devineriez jamais.Laissez-moi vous expliquer! Elle s'assit sur l'herbe et croisa les jambes sous elle, comme un enfant Je me laissai tomber à son côté.Elle parut réfléchir, pour m'intriguer davantage, et commença: — Vous n'ignorez pas, M.Chatel, que le monde est petit.Vous vous appelez bien M.Chatel?Je ne pus qu'acquiescer.— Donc, M.Chatel, le monde est petit.Allez en Chine si vous voulez, vous y trouverez des connaissances.Quand je suivis mon père dans l'Ouest, qui m'aurait dit que je vous y rencontrerais, face à face?C'est pourtant ce qui arrive.Vous n'êtes pas fâché?Ici, elle m'envisagea de nouveau.Puis elle reprit: — N'avez-vous pas demeuré à Ot- tawa, pendant des années?Voyez comme mes souvenirs sont précis: vous aviez alors vingt-trois ans, ou vingt-quatre, et vous veniez d'accepter un poste dans un journal anglais, pour vous familiariser avec la langue.Vos amis s'appelaient Lionel Bertrand, Jean Drouin, Albert La-coursière, Roland Saint-Georges.Je puis même dire où vous aviez votre chambre.Vous vous rappelez: Côte de Sable, rue Nelson, un peu plus bas que Laurier.Ces détails vous étonnent?Mais je vous ai si bien connu .D'une petite poche de sa jupe, elle tira un mouchoir de soie rouge, qui détonnait dans le décor où nous étions.Elle le porta à ses lèvres.A l'un des coins, j'aperçus un J allongé, brodé en bleu vif.Je saisis l'occasion: — Moi, dis-je, je sais la première lettre de votre nom.Mais allez-vous me révéler qui vous êtes?— Vous ne soupçonnez rien?J'avais beau la regarder, je ne me rappelais pas.— Rien, finis-je par admettre.— Alors, vous avez moins bonne mémoire que moi.Je viens donc à votre secours.Mon nom est Jeannine, M.Chatel, mais tout le monde m'appelle Juana.C'est une habitude.Quant à ma famille, vous la connaissez.Vous n'avez pas oublié la maison de Rockcliffe où vous veniez danser, il y a une dizaine d'années?Je cherchai dans mes souvenirs.J'hésitais à risquer son nom.Je dis enfin : — Vous n'êtes pas Jeannine Duchesne?— Pourquoi pas?— La soeur de Reine et de Michelle?— Pour vous servir: la soeur de Reine et de Michelle.Seulement, vous m'appellerez Juana, comme tous mes amis.C'est convenu?Et elle rit aux éclats, amusée de mon étonnement.Je me rappelai alors son exclamation, à notre première rencontre."Non, avait-elle dit, je suis folle, cela n'a pas de sens." Dès lors, sans doute, elle me reconnaissait.Jeannine Duchesne! Cela ne me semblait pas possible! Jeannine Duchesne, la soeur de Reine et de Michelle .< < < Je la revois encore toute petite, avec ses yeux inquisiteurs et troublants, sa bouche maussade, ses cheveux en boucles sur les épaules.Elle avait douze ans, treize ans.C'était une gamine, et nous lui accordions, mes amis et moi, une attention fort distraite.Pourtant, c'était bien elle devant moi, l'enfant devenue femme.Elle avait déjà, dans ce temps-là ces lèvres pleines et ces joues à fossettes, ce teint chaud qui lui donnait l'air d'une Espagnole.Je considérai Juana, qui me touchait presque.Elle que j'avais vue enfant, en robe très courte, les genoux nus.m'apparaissait transformée, épanouie, dans toute sa splendeur féminine.Je n'en revenais pas de ma surprise.Comme disait Juana, le monde est petit.Se rencontrer ainsi, après tant d'années I Moi, sans doute, j'étais moins changé.Tous les connaisseurs de vins achètent les marques suivantes: I Grand s vins blancs ?Vhite Cap—1923 Pink Cap—1923 Red Cap—1923 Grands vins rouges La Bataillère — Pommard — Volnay — Corton — Chambertin MONTRACHET — CHABLIS GRANDS VINS DE BOURGOGNE VIEILLE FRANCE.ALBERT MOROT CHATEAU DE LA CREUSOTTE Beaune-France.Maison fondée en 1820.1;.?r.-.r.i -i n i poor l'eat ranadlfli M.F- M.COULLENOT.SS17 M.i.n lui., r, Tél.: HA.(MM Refermera — Commission dra Liqueurs de «ta».¦•.J'avais vieilli, mes cheveux étaient plus clairsemés.Mais ma personne n'avait pas 6ubi de transformations aussi radicales que celle de Juana.Tela explique qu'elle m'avait reconnu.— Comment se fait-il, demandai-je, que vous êtes ici?Et depuis quand?Le plus simplement du monde, avec une insouciance complète de l'effet, elle commença son récit: — Depuis sept ans.ma vie n'a été qu'un mauvais rêve.A partir du mariage de Michelle, les malheurs n'ont cessé de fondre sur notre famille.Vous vous rappelez que Reine fut tuée dans un accident d'automobile, six mois plus tard.Je l'aimais plus que tout, ma peine fut immense.Elle me ressemblait, elle avait les mêmes yeux que moi, la même peau mate et brune.Deux ans plus tard, maman mourait à son tour et je restai seule avec mon père, fou de douleur.Je n'aime pas me rappeler ces tristes temps.Papa était tellement découragé, affolé, que nous craignîmes pour sa raison.Il passait ses nuits sans dormir et partait pour son travail, le matin, comme un homme ivre.Notre mère était l'adoration de sa vie.Elle était très belle, — vous l'avez connue, — et, chose étrange, aussi blonde que nous étions brunes, Reine et moi.Michelle seule hii ressemblait.Un soir, maman se trouva malade.Ce fut le commencement de notre calvaire.Les médecins ignoraient ce qu'elle avait.Peut-être aussi qu'ils ne voulaient pas nous le dire.Toujours est-il que notre mère languit pendant trois semaines, et qu'elle mourut.La voix de Juana tremblait.Elle parlait lentement, les yeux fixés au sol.A ce moment, elle ne ressemblait pas à la créature impulsive de l'autre jour.Dans l'immensité de la prairie, elle souffrait.Elle n'aurait pas pleuré, elle était trop fière.Quant à moi, j'écoutais sans interrompre.Plutôt que de marquer mon intérêt sympathique par les banales formules habituelles, je me taisais.Juana parut m'en savoir gré.Elle continua: — Le dernier coup, ce fut quand papa m'annonça que nous quitterions notre vieille maison.Sans souffler mot à personne, il l'avait déjà cédée à un syndicat d'immeubles.Il ne pouvait plus vivre dans l'ombre de la morte.La maison était vendue, nous aurions à évacuer les lieux dans les trois mois qui suivraient.A cette nouvelle, je me sentis défaillir; le coeur me manquait.J'éprouvai un déchirement que je ne pourrais traduire.Quitter notre maison, la maison où j'étais née, où mes soeurs étaient nées comme moi, où notre mère était morte! Quitter cette maison où chaque pièce, chaque coin et chaque recoin, chaque meuble, racontait notre vie à tous! Non, monsieur Chatel, vous ne sauriez comprendre l'intime détresse qui m'envahit! J'étais comme folle.Juana prit à peine le temps de respirer: — Jamais vous ne pourrez savoir à quel point j'ai souffert de ne plus vivre dans notre chère vieille maison.Je n'aurais pas cru qu'elle me tenait si à coeur.Tant de souvenirs y étaient (Suite à la page 29) Page 38 Madame Récamier (Suite de la page 13) grande séduction de l'amour, on l'accuse de froideur.Sait-on les combats qui se livrent dans un coeur de femme?"Les passions les plus fortes sont celles qui sont plus fortes qu'elles", dit Emile Faguet.Si elle a aimé, Mme Récamier a eu la pudeur de garder son secret.Ce n'est qu'auprès de Chateaubriand qu'elle se départit de la froideur qu'on lui a tant reprochée; c'est le seul sentiment qui la maîtrisa.René a cinquante ans, Juliette en a quarante-deux.Cette amitié dura trente années.S'il voyage, il lui écrit de Berlin, d'Angleterre, de Rome, îl lui confie ses ambitions, lui demande ses conseils.Elle prend soin de ses intérêts littéraires.A la mort de sa femme, il voulut l'épouser, elle refusa.Agée et aveugle, elle pensa que leur amitié pouvait devenir plus intime sans attirer la malignité du monde.A ses amis elle disait que si elle l'épousait, il manquerait le plaisir et la variété de ses visites journalières.Il lui écrivait le matin, à trois heures et il se rendait chez elle, il causait jusqu'à quatre, quand les visiteurs arrivaient.Le salon de l'Abbaye-aux-Bois est le temple où l'astre pâlissant de Chateaubriand achève de répandre les derniers rayons de sa gloire.Un nombre restreint de personnes assistèrent à la lecture des "Mémoires d'Cutre-Tombe"; le prince de Montmorency, le due et la duchesse de La Rochefoucault, le duc et la duchesse de Noailles, quelques autres femmes de la noblesse, entre autres la petite-fille du général La Fayette.Ampère en fit la lecture.Un autre soir, ce fut la lecture de "Moïse", tragédie en vers de Chateaubriand, devant un public de choix: Appony, l'ambassadeur d'Autriche, Fontanes, Edgar Quinet, Sainte-Aulaire, Barante, Mérimée, Pasquier, fabbé Gerbet, Mme de Boigne, Mme Tastu, Louise Colet, Eliza Merceur, etc.C'est dans cette paisible retraite que l'on entendit pour la première fois: "Les Premières Méditations" de Lamartine.Mme Récamier était très charitable; elle fit élever à ses frais une petite Anglaise qu'elle enleva à des saltimbanques.En 1840, le Rhône et la Saône ayant inondé Lyon, elle organisa au profit de ses compatriotes une soirée par souscription: Lady Byron paya son billet cent francs, le duc de Noailles organisa le buffet, Chateaubriand fit les honneurs, Rachel récita une partie d'"Esther".Ce fut pour Mme Récamier son dernier succès.M.de Marcellus raconte que le jour où l'illustre tragédienne, après une scène de "Polyeucte" fit entendre la prière d"'Esther", Chateaubriand ému se souleva sur ses genoux tremblants et s'approchant de l'admirable actrice: "Quel chagTin" lui dit-il, "d'une voix affaiblie, de voir naître une si belle chose quand on va mourir"."Mais monsieur le vicomte", lui répondit Rachel, d'un ton animé et pénétrant, "il y a des hommes qui ne meurent pas".Ce fut chez Mme Récamier que Lamennais reprit ses relations avec Chateaubriand.Il lui en avait conservé une vive reconnaissance.Mme Récamier accueillit encore plusieurs nouveaux venus: le timide Ozanam, Alexis de Tocqueville, qui à trente-deux ans, publiait sa "Démocratie en Amérique", Cousin, Villemain, Saint-Marc Girardin et Quinet.Lamartine comparait le salon de Mme Récamier à "une académie qui tiendrait séance dans un monastère".Si celui de Mme de Broglie "était une chambre des pairs, si celui de Mme de Sainte-Aulaire était une chambre de députés, si celui de Mme de Girardin était une république, celui de Mme Récamier était une monarchie", dit Herriot.Un jour en 1847, il y eut une place vide: le fidèle Ballanehe ne vint plus à l'Abbaye-aux-Bois.Un an plus tard, Chateaubriand mourut à son tour.Brisée de corps et d'esprit, mais gardant encore le charme qui lui avait donné tant d'empire sur les coeurs elle le suivit de près, à quelques mois d'intervalle, le 11 mai, 1849, âgée de soixante-douze ans.C'est au couvent de l'Abbay-aux-Bois que nous nous représentons le mieux Mme Récamier, c'est là que privée de sa fortune, vivant de la manière la MON MAGAZINE plus simple, elle conserva durant trente ans la tradition des vieux salons.A travers tous les changements qui éprouvèrent sa force d'âme, elle semble avoir conservé sa sérénité.Elle a laissé bien peu d'écrits, ses lettres sont peu nombreuses.Elle lisait beaucoup et était familière avec la littérature courante, aussi avec les ouvrages religieux.Mais le monde n'accorde pas facilement une double supériorité et il est possible que la reconnaissance de sa beauté ait empêché de rendre justice à ses qualités intellectuelles.Mme de Genlis nous dit qu'elle avait beaucoup d'esprit.Elle l'a idéalisée dans son roman "Athé-naïs".Il est certin qu'aucune femme n'aurait pu tenir sa place au centre d'un cercle littéraire distingué et être la confidente et la conseillère des meilleurs hommes de lettres du temps sans avoir possédé une grande faculté de compréhension."Aimer ce qui est grand", disait Mme Necker' "c'est presque être grand soi-même".Mme Récamier représente mieux qu'aucune autre femme de l'époque les talents particuliers qui distinguent les reines des salons les plus fameux.Elle avait du tact, de la grâce, de l'intelligence et le don d'inspirer les autres.Les hommes et les femmes célèbres de son temps se rencontraient dans son salon.On y trouvait le génie, la beauté, l'esprit, l'élégance, la courtoisie qui furent le sourire de la France."Sa mémoire vivra autant que la société française", dit Sainte-Beuve.Cuisine diététique (Suite de la page 17) Mais il faut toujours : — lo.—Faire subir une longue cuisson aux légumes, afin de les ramollir et de faire éclater l'enveloppe des cellules.2o.—Faire bouillir toutes les sauces et les blancs mangers de trois à cinq minutes pour assurer une cuisson parfaite de la fleur de maïs.3o.—Voir à ce que les aliments soient frais, car alors ils se digèrent beaucoup plus facilement.4o.—Consulter le goût du malade, l'aliment qu'il préfère est toujours celui qu'il digère avec le plus de facilité.5o.—S'assurer que les aliments soient bien mastiqués par le malade, que les breuvages soient absorbés lentement.Enfin dans le service des mets, il importe, que le plateau soit préparé d'une façon attrayante, l'ornant si possible d'une fleur naturelle afin d'égayer la vue du malade et montrer qu'on s'occupe de lui.Il faut aussi veiller à la propreté méticuleuse des serviettes et du couvert.Les aliments doivent être servis à température requise, par petite quantité, dans de la verrerie ou de la porcelaine délicate.Avant de servir un malade, M est bon de lui rincer la bouche, de lui essuyer la figure et de lui laver les mains.Les malades sont de grands enfants qu'il faut gâter beaucoup.La gaieté, l'optimisnu' sont les grands facteurs de la guérison.RECETTES Soupe aux petits pois verts.Détail : — V-> c.à table de beurre, 1 ô c.à table de farine.'l tasse de lait, }& tasse de purée de pois verts, 1 petite tranche d'oignon, sel et persil.Mode de préparation: — Chauffer le lait avec l'oignon, y joindre la purée de pois verts.Fondre le beurre, ajouter la farine, bien mélanger.Verser la première préparation sur la seconde, laisser bouillir environ trois mi- Mai 1932 nutes.Saier et passer à la passoire fine, puis servir avec du persil finement haché.Pastilles de viande.Détail : — I tranche de boeuf dans la ronde, 2 c.à table de crème, 1 tranche de pain, sel et persil.Mode de préparation : — Racler à l'aide d'un couteau de la viande prise sur une ronde de boeuf.La diviser en six (6) ou huit (8) petites boulettes, Après les avoir assaisonnées de sel, les aplatir pour leur donner la forme de pastilles.Chauffer la crème, ajouter les pastilles de viande et laisser cuire jusqu'à ce que la couleur sanguine soit disparue.Servir sur une rôtie sèchée au four.Décorer de persil.Soufflé aux pommes de terre.Détail: — Deux (2) pommes de terre, \^ c.à table de beurre, 4 c.à table de lait, 1 blanc d'oeuf, persil.Mode de préparation: — Faire cuire les pommes de terre à l'eau salée.Lorsqu'elles sont cuites, enlever l'eau, les écraser, ajouter le lait que vous avez fait chauffer au préalable.Battre la purée quelques minutes afin de la rendre plus légère.Ajouter le beurre, puis le blanc d'oeuf monté en neige ferme.Déposer ce soufflé dans un plat allant au four, et faire cuire une dizaine de minutes.Décorer de persil.Carotte sauce poulette.Détail: — 1 carotte, Vt c.à table de beurre, \'-> c.à table de farine, 1 o tasse de liquide moitié eau de cuisson et moitié lait, 1 jaune d'oeuf, sel.Mode de préparation : — Couper la carotte en lanières très fines.Les cuire dans l'eau salée.D'autre part préparer une sauce en faisant chauffer la matière grasse et en ajoutant la farine puis le liquide.Laisser bouillir quelques minutes, puis incorporer le jaune d'oeuf.Après cette dernière opération éviter l'ébullition qui cuirait l'oeuf et qui rendrait l'aliment lourd.Joindre les légumes, assaisonner et cuire.Pommes en surprise.Détail: — 1 pomme, deux (2) c.à table de sucre, eau.Farce: — 1 c.à table de riz, 1 j tasse d'eau, 1 c.à table de sucre, 1 jaune d'oeuf, \\ tasse de lait.Meringue : — 1 blanc d'oeuf, 1 c.à table de sucre.Mode de préparation: — Enlever le coeur de la pomme, la faire cuire à demie dans un léger sirop composé de deux (2) c.à table de sucre et d'un peu d'eau.Cuire séparément le riz à l'eau, l'égoutter, lui ajouter le lait, le sucre et laisser bouillir jusqu'à ce que la consistance soit bonne.Ajouter le jaune d'oeuf, remplir la cavité de la pomme; enfin recouvrir entièrement et aussi joliment que possible d'une meringue faite d'un blanc d'oeuf monté en neige et d'une c.à table de sucre.Dorer au fourneau et servir avec biscuits secs.Biscuits au citron.Détail : — 4 c.à table de beurre, \-> tasse de sucre, 1 tasse de farine, 1 oeuf, 1 c.à thé de lait, 1 c.à thé de soda, zeste de citron.Mode de préparation: — Défaire le beurre en crème, ajouter le sucre, l'oeuf et la farine tamisée avec le soda à pâte.Aromatiser avec le zeste de citron.Placer cette pâte dans un cornet de papier et la laisser tomber par petite quantité, sur une plaque beurrée en laissant un espace entre chaque biscuit.Cuire dans un fourneau modéré. Mai 1982 MON MAGAZINE Page 39 JUANA, MON AIMÉE (Suite de la page 31) attachés, qui me rappelaient des jours si riants.Deux petites soeurs, venues après moi, y étaient nées comme nous.Elles moururent jeunes.Je me rappelle l'orgueil de notre père nous conduisant à la chambre de maman, Reine, Michelle et moi, pour nous présenter chaque fois le nouveau rejeton.A tour de rôle, nous ombrassions le bébé et lui disions, chacun à sa façon, le plaisir que donnait sa venue.Maman nous regardait; elle était heureuse.Combien d'autres heures, ainsi remplies de lumière et de joie, jusqu'au triste jour où ma blonde et belle maman disparut à jamais.Mon ami, — vous permettez que j'emploie ce terme, — vous ne saurez pas ce que j'ai souffert.Pendant des semaines, aussitôt pris le repas du soir, je me retirais dans ma chambre.Ce n'est pas que je tombais de sommeil; je voulais simplement dormir, pour oublier.Mais ce n'est pas encore tout.Bientôt, mon père ne voulut plus vivre dans la capitale.Il parla de s'exiler.Il voulait fuir ce milieu où il laissait le meilleur de son coeur.C'est ce qui explique notre présence en Saskatchewan.Mon père avait des connaissances à Régina et il s'y rendit, d'abord seul.Il piqua ensuite vers le nord, s'arrêta à Saskatoon, à North Battleford, à Duck Lake, à Prince-Albert.Il finit par acheter un bel établissement d'une nection, à quelques trois milyles d'ici.Il vit là depuis, un peu en "gentleman-farmer", avec deux domestiques et moi.Je ne crois pas qu'il soit heureux.Juana parlait toujours: — Quand nous arrivâmes dans le pays, nous fûmes plus que désorientés.Moi surtout, qui ne connaissais autre chose que l'existence des villes, et qui venais de tourner le dos à mon passé.J'essayai néanmoins de tenir, à cause de mon père.Puisque vous avez vécu ici, vous pouvez vous imaginer ce que fut ma vie.Je prenais soin de la maison, tantôt seule, tantôt aidée d'une bonne.Je m'habituai peu à peu à ma nouvelle condition.Quand les souvenirs me harcelaient trop, je pleurais dans ma chambre, en cachette.Ou bien, la plupart du temps, je sautais sur mon cheval et je fuyais à travers la campagne.Je fuyais la vie présente, je me fuyais moi-même.Que de courses folles j'ai ainsi faites dans la prairie, courbée sur le cou de mon cheval! Il me semblait alors que je renaissais.Je m'enivrais d'air, de vent, de l'odeur des blés qui m'entouraient.Les canards s'envolaient des mares, les lièvres fuyaient à mon approche.Les eglantines pourpres embaumaient.J'allais sans espoir et sans but, emportée par ma monture.J'étais la reine de la prairie .Elle s'arrêta.— Et vous, reprit-elle bientôt, par quel hasard êtes-vous à RondaT Le plus brièvement possible, je racontai dans quelles circonstances je m'étais transporté de l'est à l'ouest.Je dis ma vie chez Lebeau, je parlai des enfants et de ma classe, des travaux de la ferme, des chiens.Le feu au visage, toute émue encore par son propre récit, Juana écoutait.Elle se leva tout à coup, d'un mouvement, détacha le cayuse et sauta en selle.— Il faut que je parte, M.Chatel.Je vous dis bonjour .Je la retins: — Je voudrais vous demander une permission?— Vraiment! Laquelle?— Celle de vous baiser les doigts, comme dans les livres .Elle me les tendit gracieusement.— Je regrette, dit-elle, de n'en avoir que dix .« < € Le chemin du retour me sembla long.C'est que je fuyais l'objet de mon désir, au lieu d'aller à sa rencontre.Juana me troublait, déjà plus que je ne voulais l'admettre.Je n'en » avais besoin d'autre preuve que cette idée, au dernier moment, de presser mes lèvres contre sa main nue.Je me demandai ce que la jeune fille pensait de moi, et si mon geste ne lui avait pas paru ridicule?En somme, je la connaissais encore si peu! Nègre courait devant la jument.Elle allait bon train, la tète entre les pattes, pour éviter les terriers des gophers.Il commençait de se faire tard.La brume venait.Ça et là, les bouquets de saules nains apparaissaient en taches d'ombre.La douceur du crépuscule m'enveloppait.Le silence était presque complet.On n'entendait rien, sinon, de temps en temps, le cri rauque d'un butor, ou le coin-coin nasillard d'une canne appelant ses jeunes.J'abandonnai finalement les rênes au cou de ma bête, qui se dirigea seule.Oscillant sur la selle, je m'abandonnai aux caprices de mon rêve.Au loin, soudain, un coyote glapit.Un autre bientôt.Je me demandai si Juana avait peur des coyotes?Décidément, l'idée de la jeune fille ne me quittait point.Et je fus en vue de la maison, où la lampe brillait.Lucienne, debout sur le seuil, attendait.— Nous commencions, dit-elle, à être inquiets.C'est la première fois que vous revenez aussi tard.Je soulageai ma monture de la selle, lui donnai une portion d'avoine.Après m'être lavé les mains et le visage, j'entrai moi-même souper.— Vous n'avez pas montré votre chasse! dit madame Lebeau.Je ne savais que répondre.— J'ai été maladroit, finis-je par avouer.Je crois aussi que je me suis un peu perdu.Cela explique mon retard.De bonne heure le lendemain, je me mis à l'ouvrage.Je ne pouvais pas flâner toujours, pendant que les autres travaillaient.Depuis longtemps, je me proposais de planter des petits arbres aux abords de la maison.Le gouvernement, avais-je lu dans les journaux, recommandait cette pratique aux fermiers de la plaine.Cela protège les habitations, les bâtiments, contre le vent et la neige.Quand les rideaux d'arbustes sont suffisamment épais, ils permettent aussi de cultiver, même dans les endroits désolés, des légumes et des petits fruits, voi- re des fleurs d'ornement.J'avais déjà parlé de la chose à Lebeau, qui ne souleva pas d'objection.— J'y ai songé, dit-il seulement, mais je n'ai jamais le temps nécessaire.Si cela vous amuse, vous avez beau.Aidé des petits garçons, je commençai par préparer le sol où nous avions convenu de faire nos plantations.Il fallut d'abord ameublir la t'/rre par un labour profond.Il était tard pour ce genre de travail, mais je risquai.Si les arbres mouraient, j'en planterais de nouveaux plus tard.Ce n'était pas le temps qui manquait, ni les pousses d'essences indigènes.Nous choisîmes dans les ravins de beaux plants de trembles et de peupliers, auxquels je joignis quelques tiges de saules prises au bord du lac, pour voir ce qui réussirait le mieux.Enfin, j'écrivis à la pépinière du gouvernement fédéral, à Indian Head, demandant des conifères, pins, sapins ou épicéas, suivant ce que l'on jugerait le plus à propos.Tout ce travail demanda plusieurs jours, car je ne voulais pas d'un ouvrage à moitié fait.« < « J'essayais de me représenter la demeure de Juana.Ce devait être une de ces maisons proprettes, blanches, vertes, ou crèmes, comme il s'en rencontre chez les fermiers à l'aise de la prairie.Sans être riche, le père de Juana n'avait pas de soucis d'argent.Je me rappelle qu'il possédait à Ottawa une importante maison de commerce, avant de se muer en cultivateur.Il avait aussi plusieurs autres propriétés.D'ailleurs, comme disait Juana, il employait régulièrement deux domestiques et une bonne.Et le désir me vint, pour Lebeau, d'avoir une maison plus belle.Plus belle et plus vaste.Je dis pour Lebeau, quand j'étais sûrement le seul intéressé.Pourquoi Lebeau eût-il voulu d'un abri différent du sien, lequel lui avait suffi jusque là?Pour ce qui me concerne, il me semblait que cela m'humilierait si Juana, venant un jour du côté du lac, voyait le homestead modeste où nous vivions tous ensemble.L'idée des arbres, que j'entretenais depuis longtemps, n'avait éclos que depuis mes relations avec Juana.Au fait, je m'étais mis à l'oeuvre dès le lendemain de notre seconde rencontre.Je n'étais plus moi-même.Et je songeais maintenant à semer des fleurs.Je ne me reconnaissais pas, moi qui, l'année précédente, en dehors des travaux de la terre, ne pensais qu'à la chasse et à la pêche.Juana! L'image de la jeune femme me poursuivait.Elle était là toujours, devant mes yeux.J'en rêvais la nuit.Je me demandais pourquoi, me gardant d'analyser le sentiment que je sentais naître en mon coeur.Pourtant, je me rendais compte que je ne devais pas songer à Juana.Tout me le disait.Je n'en avais pas le droit.Je ne devais pas.Pourquoi aurais-je voulu troubler, me leurrant moi-même, la quietude de cette enfant triste?C'était bien le mot, Juana n'était qu'une enfant, une enfant.Elle avait vingt-deux ans, vingt-trois peut-être, et j'en aurais bientôt trente-six.D'ailleurs, qu'avais-je à offrir à Juana?Qu'avais-je à offrir, en dehors tof*i.Spociol Wookly.Fin»»?_ 7 jV r ¦ rw.OKAKAM FERRY, rood.Cornry I owrCJl«^dPWRjETQa Roomt.ftelaxo- rion.Hom»lik» Comfortv Fin» loco- M tion, on» Block to Oc»on Breofh» | M De»p 'he Brocing OcMn Air.Co«r- | M lt»y,Poliiene*iandS»nriceor»Youn j— 1 for Lu.Than You Think.Writ* now ; ») BEAUTIFUL STATES AVE1 .1 AT PACJF1C H1 W^Zi1 iK% 1 i I NEW YORK?/- THEN IT)'S/
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.