Le Réveil : revue politique et littéraire. --, 1 août 1897, samedi 28 août 1897
B01TB 2184 No 150 TELHPHOHB 892 2/5 Revue Politique et Littéraire POLITIQUE—THEATRE—LITTERATURE—BEAUZ-ARTS Vol vi.Montreal, 28 août, J897.No.150 SOMMAIRE Fin d'année, La Direction — Les honneurs partagés, Vieux-Rouge — La réforme scolaire, Magister — Réforme avortée, Vindex— Les plaques du Sacré-Cœur — Pour le denier de St.Pierre s.v.p.— " Pauvre " vicaire — Mensonge et violence — La villa des suicides, C.Roussel — Feuilleton : Rome (suite) Emile Zola.1rs conditions d'abonnement an Réveil ne •ont pas les conditions ordinaires des antres jounuux.Nons livrons le jonrnal à domicile j fraucoj à raison de 26 cts par mois, payable an commencement de chaque mois.Tont ce qne nous demandons an public eat de voir le jo-rual.Les abonnements en dehors de Montréal sont Payables tons les quatre mois et d'avance.Nona adresserons nn numéro échantillon gratuitement tous ce nxqui en ferona la demande.Ceux de nos abonnés qni ont des travaux d'impresssion à faire vondronnt bien s'adresser sa No 157 me Sanguinet on au No 1660 me Notre-Dame FIN D'ANNEE La vacance est terminée, et en même temps finit notre troisième année d'existence.La direction du Réveil tient à constater ici que depuis le 1er septembre 1894, il lui a été impossible de publier six numéros.Si l'on considère les influencée qui se sont coalisées pour le faire tomber, il faut bien admettre que c'est un beau résultat.Dans le premier numéro de sa quatrième année d'existence, Vieux Rouge fera une revue des événements auxquels le journal a été mêlé depuis son existence.De plus, un des anciens collaborateurs du Canada-Revue doit envoyer un article intitulé Autour d'une milrefii les renseignements qu'il attend lui viennent assez tôt» la direction. 886 LEJREVEIL LES HONNEURS PARTAGES Nous ne sommes pas toujours les gens grognons qu'on nous croit et qu'on nous dit être.Lorsque nous nous plaignons des sauteurs qui salissent notre parti, ce n'est pas de gaieté de cœur que nous constatons les dangers qui en résultent 'pour le gouvernement libéral.Nous aimerions bien autrement mieux pouvoir dire que tout va bien, que la consolidation du pouvoir sur des bases bien libérales se fait rapidement et sûrement, que les vieux amis ne sont pas oubliés et que les bureaux s'épurent des faiseurs et Vies manipulateurs des régimes précédents.Cela ne nous empêche pas de suivre d'un œil attentif le mouvement politique et de le suivre d'un œil beaucoup plus sympathique qu'on ne le croit généralement.Les récits du voyage de l'hon.M.Laurier à Paris et l'annonce de la dénonciation des traités belge et allemand sont deux choses qui nous réjouissent profondément et nous tenons à enregistrer sans réserve notre appréciation de ces deux événements.La dénonciation des traités par lesquels notre action était limitée au bon vouloir de l'Angleterre est d'une importance capitale.C'est le complément absolu de notre pouvoir de self government.C'est l'achèvement de l'œuvre de la.Confédération.Cette dénonciation n'a pu s'opérer qu'à la suite d'une pression très énergique de M.Laurier ; ce n'est pas là une politesse banale de jubilé, c'est un mouvement diplomatique très grave pour l'achèvement duquel M.Laurier a dû faire preuve d'énergie et d'influence et son succès mérite les plus grands éloges auxquels nous nous associons sincèrement.La liberté de conclure des traités de commerce a été longtemps un des buts vers lesquels le parti libéral tendait le plus ardemment.Les hommes les plus avancés de ce parti ont toujours vu dans l'obtention de cette latitude le pas le plus avancé vers l'indépendance totale et ne se sont jamais caché pour dire que c'était là leur objet suprême.Dans ces conditions, que M.Laurier ait demandé et obtenu cette transformation du régime anglais c'est un coup d'audace et un vrai triomphe.Le Canada devient libre de faire affaire avec qui il veut sans consulter personne.C'est un grand point noblement conquis.La décoration de l'hon.M.Laurier par le président Faure a été une autre victoire éclatante.Il n'est un secret pour personne que le premier ministre canadien n'allait pas en France sous des auspices aussi favorables qu'en Angleterre.M.Laurier qui, comme il le dit lui-même est d'instinct British, n'avait rien sauf son origine et la tournure française de son nom qui le désignât à la faveur de la population française.U professe sur les idées, le caractère et le sentiment français des opinions trop anglaises pour être amiables et il était à craindre que l'accueil n'eût pas toute la cordialité que nous désirions.Les Français ont fait un grand pas et ont montré une délicatesse qu'il faut noter, en ne tes nant pas compte des préventions intime-du représentant pour ne songer qu'aux chaudes amitiés du peuple qu'il représentait.M.Laurier a été reçu à bras ouverts ; il a été décoré par le président Faure, nommé grand officier de la Légion d'Honneur, tous les corps constitués l'ont salué et accueilli et finalement, dans un grand banquet extra-officiel il a été salué par l'élite de la France intellectuelle, com_ LE REVEIL 887 merciale, industrielle, politique et financière.| Là s'il faut en croire les dépêches, l'hon.M.Laurier a mis du baume sur les blessures qu'avait pu faire aux cœurs français la façon légère dont il avait parlé de Waterloo à Londres en annonçant aux parisiens la bonne nouvelle que les Français allaient pouvoir jouir au Canada des avantages commerciaux dont les Allemands venaient d'être exclus.Il n'en fallait pas plus pour soulever un enthousiasme sans borne ct cette nouvelle lancée au bon moment a fait de M.Laurier l'iirinme le plus populaire de Paris.Nous l'en félicitons.Ce sont deux grands succès qu'il fallait enregistrer et nous le faisons joyeusement en souhaitant bon retour au premier ministre.U nous revient maintenant assez tort pour exécuter des réformes qui s'imposent.vieux i10uge8.LA REFORMr^COLAIRE Nous sommes heureux de constater que l'acte quelconque que nous réclamions la semaine dernière afin de prouver (pie décidément on veut entrer dans la voie des réformes, ait reçu un commencement d'exécution, et nous ne sommes pas moins heureux de savoir que cette réforme est proposée avec vigueur et franchise par M.Paul G.Martineau.Voici la lettre qu'il a adressée mercredi à la Presse, lettre qui nous dispense de nous interposer entre son signataire et nos lecteurs : " Me faisant l'interprète du sentiment et du désir unanime des contribuables et particulièrement des ouvriers, j'ai proposé hier i^ir, à la séance régulière de la commission scolaire, uue motion à l'effet de riduire de près de la moitié le prix des livres que vendent le3 principaux des institutions, à leur profit, dans chaque école.Cette motion a été référée à nn comité composé de M.le Grand Vicaire Racicot, de M.le curé Leclerc et de moi-même, qui doit s'assembler demain et faire rapport à nne assemblée apécialo des commissaires, qui aura lieu vendredi matin, à 9 heures et demi.fo" Je n'ai aucun doute que cette première ré-rme scolaire sera adoptée par les commissaires et qu'une réduction considérable sera ainsi faite dans le prix des livres.Le peuple la réclame et ce serait inutilement s'opposer à sa volonté, qn'il saura bien, en uue matière aussi juste et importante pour lui, faire définitivement triompher.Les principaux eux mêmes seront, je l'espère, heureux de coopérer à cette réforme, de se mettre à l'unisson du sentiment populaire, même an prix de quelques sacrifices.'• Cependant, comme il s'agit, après tout de commencer la réforme, il se peut qne la majorité hésite à entrer la première dans la nouvelle loi.Je dis la première, mais je me trompe.Les commissaires protestants ont depuis longtemps défendu à leurs principaux ce commerce de livres.Nous n'allons pas aussi loin.Nous ne demandons qu'une réduction dans les prix Sur refus, je m'adresse à toute la presse pour venir efficacement en aide aux parents qui se plaignent depuis longtemps.Que chacun des journaux de Moutréal vendent dans leurs bureaux dea livres d'écoh-8 aux prix les plus réduits possibles pendant la première semaine scolaire, savoir celle qui commencera lundi prochain.Les classes s'ouvrent ce jour-là.qu'elles soient ajournées à mercredi, afin de permettre à tous les enfants de Venir acheter aux bureaux de la Patrie, de la Presse, du Moude Canadien, des Nouvelles, de La Minerve, du Signal, les livres dont ils ont besoin à des prix absolument raisonnables.Il est possible pour nous de fournir une preuve tangible do notre sincérité, donnons là, et soyons à la hauteur de nos déclarations et de nos protestations." Paul G.Martineau." La motion présentée par M.Paul G.Martineau à la commission scolaire porte, en outre de quelques ol>jet3 de peu d'importance, sur la révision des prix de vente des livres d'école.Aux termes de cette motion, les dits livres seront tarifés raisonnablement, et cette réforme permettra aux parents de réaliser une notable économie 388 LB REVEIL dans l'achat jusqu'alors si onéreux des livres classiques.Voici le tableau dressé par l'auteur de la motion : m a T A S l S •3 0 Z 8 I 3 M H H X "C C Oh Ch b Ct8 cts Ct8 Catéchisme.5 6 10 Premier livre, Frères.7 8 10 Premier livre, Mont petit.8 9 12 Deuxième livre, Mont petit.13 là 20 Troisième livre, Moutpetit.17 20 25 Quatrième livre, Montpetit.28 80 40 Cinquième livre, Montpetit.35 40 50 Grammaire franc.A.Robert.10 12 15 Exercices orth, Robert.17 20 25 Grammaire complète Robert.21 23 80 Exercices orth.comp.Robert.20 23 30 Cours de style et comp le année 25 28 35 Cours de style et comp 2e année 25 28 35 Histoire sainte, Rosaignon.11 13 15 Histoire de France, Rossignon 11 13 20 Géographie intermédiaire.85 40 45 Dictionnaire Bénard.60 65 75 Dictionnaiie Larousse.60 65 $1 00 First Reader, 1ère partie.5 6 7 First Reader, 2ème partie.8 9 10 Second Reader.20 23 30 Third Reader.80 85 40 Fourth Reader.45 50 50 Fifth Reader.45 50 50 Book-Keeping.60 65 75 Flanelle.25 28 85 Cours de style.25 28 55 Swinton.20 22 25 Blancs de tenue de livres.30 85 40 Blancs de tenue de livres.45 50 60 Arithmétique.40 23 25 Arithmétique comm.55 60 70 Cahiers d'écriture.7 8 10 Cahiers de devoirs.7 8 15 Cahiers de notes.3 4 6 Dessin et crayon.5 6 8 Papier à devoirs.8 4 5 Ce n'est, on le voit, qu'une réforme financière, mais elle est d'une extrême importance néanmoins.De plus, elle marqua la première étape dans la voie des rema- niements, une attaque contre la routine, et, à Ce titre, elle obtient nos suffrages sans réserve.Lorsque cette réforme sera un fait accompli, lorsque les intéressés auront dû faire le sacrifice de leurs illicites profits, ils seront moins rébarbatifs pour les transformations que l'on devra faire subir aux livres.Après tout, se diront-ils, puisque nous n'en tirons plus de bénéfices, que nons importe do vendre des insanités ou des bons livres ! Et comme, au demeurant, les principaux sont de braves gens, ils préféreront encore vendre les bons livres.magister.REFORME AVORTEE Notre collaborateur Magister, dans une autre partie du Réveil, chante victoire un peu trop vite.11 lui a suffi d'avoir connaissance de la motion de M.Paul G.Martineau pour se livrer à un doux espoir relativement à l'abolition des droits exorbitante qui pèsent sur les livres classiques dont on impose l'achat aux élèves.Lo vœu de M.Paul G.Martineau n'était qu'un vœu, vœu honorable et raisonnable, par conséquent vœu quasi stérile.Les commissaires de la commission scolaire catholique, réunis vendredi dernier, l'ont bien prouvé.Ces braves commissaires n'ont pas osé mettre au panier la motion de M.Paul G.Martineau, mais ils lui ont fait des funérailles hypocrites autant que définitives.Ce que demandait M.Paul G.Martineau, au nom des pères de famille, c'était la cessation du monopole des principaux pour la vente des livres d'école et l'abais- LE REVEIL 889 sèment sensible du prix de ces livres.Il avait, à cet effet, dressé un tableau du prix coûtant et du prix actuel de ces livres, et il avait, sur ces données, établi un tarif raisonnable.Eh bien, ce tarif a été repoussé, et les commissaires, très satisfaits des .choses du bon vieux temps, ont cru devoir proclamer qu'il " n'y avait pas lien de changer le système suivi jusqu'ici dans le mode de vente des livres d'école." En conséquence, messieurs les principaux continueront, comme par le passé, à tenir boutique de librairie et de papeterie, attendu que ces messieurs, à l'aide des profits qu'ils tirent de ce négoce, se livrent avec délices à la philanthropie.Nous aimons mieux le croire que d'y aller voir.Seulement, nous nous demandons, lorsque des réformes plus importantes seront proposées,comment les commissaires accueilleront ces propositions, puisque, pour une réforme si raisonnable, si simple, si juste et si facile à réaliser on repousse les voeux de toute une population.Sans doute, on a abaissé légèrement les prix de quelques ouvrages ; mais la proportion de cette réduction est si ridiculement faible, elle est si peu en rapport avec le prix coûtant comparé au prix de vente, que le mauvais vouloir de la commission saute aux yeox.Nous protestons donc contre la comédie jouée par les commissaires, et nous nous proposons,puisqu'ils semblent vouloir moisir dans la routine, de leur remuer le sang de telle façon qu'il faudra bien qu'ils s'agitent, non comme ils le voudront, mais comme le peuple le voudra.C'est lui qui paye, c'est aonc à lui do commander.VINDEX.Les plaques du Sacre-Cœur Nos cléricaux, on le sait, s'entendent merveilleusement 4 la réclame commerciale, spéculant admirablement sur la bêtise humaine ; jamais cependant ils n'étaient allés aussi loin dana cette voie de la pieuse et audacieuse spéculation que ces temps-ci, s'il faut en croire notre excellent confrère, le Phare de la Bretagne : "J'avertis charitablement MM.les agents d'assurances qn'il peuvent dès à présent jeter leurs portefeuilles par-dessus les moulins incendiés.Il n'y aura plus besoin de lenr veraer dea primes ruineuses pour être assuré contre le fen.Je l'ignorais encore hier mais ce matin nn prospectus, émanant des religieuses franciscaines deRomorautin est heureusement venu m'éclairer.Ce prospectus est un pnr chef-d'œuvre et je m'en presse de le reproduire en respectant aa disposition typographique : VIVE f JESUS AU NOM DU SACRE CŒUR Nous vons en supplions NE NOUS REFUSEZ PAS M Ponr assurer l'avenir dea écoles congréganis-tes dans la population presque exclnsivement ouvrière et pauvre de Romorautin, M.le curé et les dames directrices de l'œuvre du Sacré-Cœur osent solliciter de votre charité une aumône au nom du Cœur de Jésus.Dans ce 1 ut,nous nons occu'qona de répandre c ;i te graude dévotion au Sa;ré-Coeur et tont particulièrement.Les nouvelh-s Plaques DE CONSECRATION ET DE SAUVEGARDE du Sacré-Cœur de Montmartre Les Chapelains de la basilique désirent propager ces plaques le plus possible.Us voudraient les 890 LE REVEIL voir sur toutes les portes des maisons, appelées qu'elles sont à attirer les bénédictions du Ciel partout où elles sont posées, ainsi que sur les murs de nos propriétés, comme uue plaque d'assurance, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, selon la volonté de chacun ; elles sout une sauvegarde de nos intérêts.Ces plaques ont été bénites à la basilique de Montmartre et déposées au pieds du T.S.Sacrement pendant une nuit d'adoration nocturne (sic) PRIX : 1 FRANC Nous vous serions bien reconnaissants de nous aider à propager les plaques." Ce dévot boniment n'est-il pas une perle ?Et les plaques d'assurance du Sacré-Cœur ne sont-ailes pas uue trouvaille ?Il ne faudrait pas avoir vingt sous dans sa poche pour reculer devant l'achat de la plaque bénite ! **# Attendez, ce n'est pas tout.Les Franciscaines de Romorantin ont plusieurs cordes à leur arc.Voici les " assurances " spéciales qu'elles peuvent vous accorder moyennant finances : Pour un second franc, elles vous enverront avec la plaque, le " scapulaiie rouge " dit Miraculeux, renfermant des reliques de la B.Marguerite-Marie, qui protège dans les dangers.Encore uu franc, ct le nouveau scapulaire de Saint Antoine, qui a touché le reliquaire uù la langue du saint est miraculeusement conservée, vous assurera contre les tentations et les fautes 1 Que si vous vouliez vous fendre d'une quatrième pièce blanche, un scapulaire du Sacré-Cœur vous assurerait contre les maladies.Mais, allez jusqu'à cinq francs — une thune — Le " Bref ou lettre de Saint-Antoine de Padoue franciscain " vous assurera alors contre les microbes !!!.Au cas où votre femme serait enceinte, assu-rez-h contre les risques d'uue déliviauce malheur» une.Il vous suffira de faire venir de Romorantin la bénédiction miraculeuse de saint François d'assises, imprimée sur étoile avec la photo-phi c.#*# Lancées en si belle voie, les Franciscaines de Romorantin ne s'arrêteront pas et bientôt, je l'espère, elle assureront tour à tour contre la grêle, le phylloxéra le chômage ou l'humeur des belles-mères.Elles ne peuvent ainsi manquer de gagner beaucoup d'argent, puisque lenr système consiste à percevoir les primes sans jamais rendre la monnaie.Car, il est bien entendu, n'est-ce pas, que si le feu, malgré la plaque, venait à dévorer votre maison, on ne vous rembourse ni le prix de la maison, ni vos vingt sons.Vons vons débrouilleriez avec le Sacré-Cœur.C'est égal, je regrette qne les donblnres de mes poches se touchent en une promiscuité aussi désolante.J'aurais envoyé aux Franciscaines une " roue de derrière " ponr jouir dos multiples avautages que je viens d'énnmérer.Mais, j'y pense, pour la réclame que je viens de leur tailler, ne pourraient-elles paa.?— Etre assuré à l'œil contre le feu, lea microbes, lea tentations et lea femmes enceintes, quel rêve!." Pour le denier de st Pierre S.V.P.Si l'admirable artiste qu'est Mme Engénie Buffet veut se sanctifier snr terre pour gagner le Ciel, elle n'a qu'à recommencer, mais au nom du pape, cette fois, sa tournée dans lea cours parisiennes.Et les sons qui tomberont daus son tablier représenteront ponr elle autant d'indulgences plé-nières, si elle veut bien en expédier le total à Sa Sainteté Léon XIII, prisonnier en Vatican, à Rome.Il parait en effet, et vous m'en voyez tont marri, qu'il y a un abaissement considérable dans les rect-ttes du Denier de Saint-Pierre."Ça ne biche plus ! " m'écrierais-je, si j'étais Gavroche, mais je ne suis pas Gavroche et, m'expri-mant moins irrespectueusement, je dis : " Mince v'ia la galette qui ne rapplipne plus ! " C'est l'abomination de la désolation prédite par les prophètes.Ce qui est plus particulièrement navrant, c'est que cette diminution se fait surfont sentir dans les envois de France.Voilà qui ne nous fait LE REVEIL 391 guère honneur, ô me* compatriotes ! Il est donc temps, grand temps, qne de sa belle voix grave et chaude, Eugénie Buffet a'en vienne, ponr le Deniei de Saint Pierre, laire appel à la bonne volonté de tous.On a beaucoup de besoins à la cour pontificale ; aussi le secrétaire d'Etat de Léon XIII vient-il d'adresser une circulaire à fous les diocèses " invitant les évéques à stimuler le zèle de leurs ouailles." Pour qne u>a princea de l'Eglise ne dansent pas—tel David en présence de l'arche—devant le buffet, chantez, ô Engénie dito : Sois bonne, ô ma chère inconnue.* Fais-moi la charité."Pauvre" vicaire! Un prélat qui n'a paa le choix henreux dana ses thèmes de discours, est évidemment M.Mon-nier, auxiliaire de l'archevêché de Cambrai.Récemment, à Hazebrouck, présidant les obsèques d'nn de ses meilleurs amis, l'abbé Pruvosti il prononça une oraison funèbre qni remua profondément lea âmes sensibles de l'endroit.Avec des périodes à la Bossuet, il entretint son auditoire dea brillantes qualités du défunt, vantant son désintéressement, sa charité, son inépuisable bonté." Entré pauvre dana le sacerdoce, s'écria-t-il, " il en est sorti plus pauvre encore, après avoir " partsgé, pendant toute son existence, ses mai-"gres ressources avec les malheureux." Ce cliché habituel ne nous aurait pas surpris le clergé ayant coutume de none présenter ses membres comme des êtres d'élite, ayant renoncé à toutes les joies de ce monde, pour accepter un rlôe d'humilité devant le Seignenr.Mais où la chose tonrne au comiqt e, malgré tout le respect que l'on doit aux morts, ce fnt la atupenr qui saisit chacun, y compria les pieuses ouailles lorsqu'on connut la teneur du testament.Par ce document, le défunt léguait à son panégyriste la somme rondelette de 450,000 francs.De plus, six frères ou neveux du mort héritaient chacun de 150,000 fr.An total : uu million trois cent cinquante mille francs.A ce prêtre entré pauvre dans les ordres, la destinée ne s'était point montrée trop marâtre et la charité, ai elle n'épuisa point sa bonté, n'amoindrit pas trop du moins son patrimoine." Un million trois cent cinquante mille francs ! " Zuze, un peu, mon bon, dirait un Marseillais " a'il n'avait point fait l'aumône !" Un de plus! On écrit de Périguenx à la Lanterne : Vendredi aoir, vers huit heures, au moment où de nombreux promeneurs circulaient snr nos bonlevards, on vit s'avancer, an pas, une voiture découverte dans laquelle se trouvait nn prêtre assis entre deux gendarmes.Une foule considérable escorta la voitnre jusqu'à la prison où le prêtre fnt écroué.On apprit bientôt que c'était l'abbé Farges, ancien professeur de morale an grand séminaire, depnis huit ana curé de Manzac, canton de Saint-Astier.Il était arrêté sons l'inculpation d'attentats sur de nombreux enfants, garçons et fillettes, i L'accusé ne cesse de pleurer dans sa prison.Il eat gros et gras et a un tic qui lui fait tourner la bonche et lever béatement les yeux au ciel quand il parle.IL FAUT QU'IL AIT DU MERITE Il faut qu'il ait dn mérite, car le BAUME RHUMAL est chaque jour de pins en pins demandé.Les médecins le rec mmandent à ceux qui toussent.Il guérit rapidement et sûrement, bronchites, catharrhes.etc."Mensonge et violence" La Vérité, de Paris, continue., .à ne pas mériter son titre, ce qui ne surprendra personne.Revenant snr les émeutes cléricales de Versailles, le pieux confrère.soufflé parles messieurs prêtres du séminaire, écrit qu'elles ont été organisées par la police.P«nr un peu, la Vérité ajouterait que les agents se sont assommés eux-mêmes.Les magistrats ont pourtant établi les responsabilités, mais l'organe clérical ne s'embarrasse pas ponr si pen et, tranquillement, il écrit que les tribunaux de la ville ont rendu " des juge-mentB.de complaisance." 892 LB REVEIL Pais, inconsciemment sans doute, il ajoute : " Le mensonge a marché de pair avec la violence en cette affaire." Cette fois, c'est vrai, et la démonstration en a été faite par la Vérité elle-même et les perturbateurs versaillais.LA VILLA DES SUICIDES C'était dans une auberge de village, nne de ces aubergea ou l'enseigne vons annonce joyeusement qu' " on y loge à pied et à cheval." Dans la grande salle, carrelée de ronge, et où le comptoir était le seul meuble à peu près respectable — les tables boitaient et les bancs n'offraient qu'nn équilibre très instable — je venais de terminer nn déjenner d'nne parfaite " campagnardise " ; nne omelette an lard, arrosée d'un quart de litre de faro aigre.Je me demandais à qnoi j'allais passer mon temps en attendant le train, dans ce tron de campagne où le hasard d'une visite m'avait conduit, lorsque la porte de l'auberge, donnant sar la route ensoleillée, s'ouvrit et laissa passer un étrange petit vieux, à mine pensive.J'ai dit " nn étrange petit vienx, " mais il est bon de préciser ; l'étrangeté de l'arrivant n'exia tait gnère que dans son regard, un regard d'une mobilité extraordinaire, se dirigeant vers cent objets différents par minute et ne se fixant paa.Les yeux sous les paupières frippées avaient l'air de petites billes de verre mécanisées, tournant dans des orbites bien huilées avec nne rapidité quasi.électrique.Le reste de la mise du nouveau venu rentrait dans ['absolument commun dea tournures masculines ordinaires, une redingote noire boutonné.), un pautalon de même teinte " tombant " sur dea bottines irrép o.hables.La tête, à part le regard fuyant si étrangement, était sympathique ; téte de penseur ou de " piocheur ", dont les tempos s'étaient dénudées au feu de la pensée on de la lampe de travail.De longs cheveux* blancs, mélaugés encore de quelques fils gris, tombant sur le collet de sa redingote, lui donnaient nn air de vague parenté avec les bustes de marbre d'hommes illustres on simplement inconnus, éparpillés dans les corridors des monuments publics.Dès son entrée le petit vienx jeta snr moi nn de ces rapides coup d'œil dont il paraissait avoir le monopole, puis il tapa dn bont de sa canne aur le carrelage, d'un petit air d'autorité, qni ne lui seyait pas trop mal, il s'assit ensuite à nne table, sortit une pipe de sa poche intérieure et la bourra soigneusement, Le baes, accouru à l'appel dn consommateur, ne l'ent paa plus tôt aperçu, qn'il prit nne pose respectueuse : —Bonjour, m'sieur le colonel, dit-il de sa voix lourde de paysan.—Bonjour, mon brave, répondit l'autre d'une voix trèa doucereuse.La donceur de son accent fnt telle qne je ne pua m'empêcher d'éprouver nn petit saisissement.Si le hasard m'eût placé dans nne sa'le voisine, d'où je n'eusse pu voirie possesseur de cette voix, j'eusse certainement cru à la présence dans l'auberge d'nne jeune fille timide.Le bonhomme fut servi sans avoir rien demandé ; il venait quotidiennement dana l'établissement sans donte et avait sea habitudes.Trois minutes ne s'écoulèrent paa sans in'il m'adressât la parole de aa voix douce, accompagnant sa phrase d'nn rapide coup d'œil—d'nn seul.—-Vous n'êtes paa dn paya, Monsieur ?—Non, répondis-je gracieusement, je suis de la capitale.Il rit d'un petit air sec et pendant que ses prunelles se dirigeaient avec vivacité dana différentes directions : —De la capitale ?Vraiment, de la capitale î.Ah ! ah ! de la capitale ?.Je regardai le baes qni me comprit, car sans que son client pût le voir il mit son index snr son front, puis secoua la tete.—Vraiment, oni, dis-je, de la capitale.Cela vous étonne ?Il se leva et d'nn paa encore assez guilleret il Tint vera moi, et me mettant la main anr l'épaule ; —M'étonner ?Non, monsieur, rien ne m'é- LE RE -4EIL 898 tonne plus .Rien L.J'ai vu de tontes les philosophies, et quoique cela dérange l'esprit à beaucoup de malheureux, moi je n'ai retiré de mes lectures que ce qni devrait toujours être tiré des ouvrages philosophiques, c'est-à-dire de la philosophie.Ses yeux ronlaient pins vivement qne jamais, mais il avait repris nn air sérieux.—Non, vons ne m'étonnez pas, reprit-il, an contraire.Je suis même heureux, car je vais vous demauder de me faire l'honneur de m'ac-compagner.Je fis nn geste négatif.Sa voix se fit aussitôt suppliante : — O'est au nom de l'humanité, monsienr, que je vous demande cela.Venez chez moi.Vous y prendrez connaissance d'une institution nouvelle.Et avec nne pointe d'orgueil, il ajouta : —Dont je suis l'inventeur et le propriétaire.J'espère que qnand vous aurez vu et compris, vous ferez de la propagande ponr mon œuvre, dans la capitale.Visiter la maison d'un fou, quand ce fou n'est pas dangereux—et c'était le cas ici, puisque mon petit vieillard était laissé en liberté—a un certain attrait.J'acceptai donc et allai avec celni qui, déjà, m'appelai son ami et son collaborateur.Nous sortîmes bientôt dn village et arrivâmes à un sentier snr lequel donnait l'entrée -l'un petit chalet isolé au milieu dn feuillage et dont l'aspect, au milieu des feuilles et des fleurs qui l'entonraient, était des plus attrayant.—Voilà mon habitation, me dit mon compagnon non sans nn pen de satisfaction.Durant tout le trajet il n'avait guère ouvert la bonohe qne ponr lâcher des bouffées de sa pipe.Nous pénétrâmes dans le jardinet, parfaitement soigné, qui précédait l'entrée de la villa, tonte mystérieuse dans le feuillage et où l'ombre était exquise par ce mois d'août terriblement chaud.Mon hôte soi tit une clef de sa poche et ouvrit la porte qui de plain pied donnait dans nn petit cabinet de travail, trèa sombre par snite des arbres qui se trouvaient devant les fenêtres et qui interceptaient la lumière.Très banal d'ailleurs, ce cabinet de travail, tout encombré de livres, les uns parfaitement rangés, les antre3 épars sur plusieurs tables recouvertes de tapis verts.En tout cas, pas du tout le cabinet de travail d'un fou ! Le " colonel " fit entendre son petit rire et sa voix douce prononça : —C'est gentil, hein ?C'est mon bien.c'est dans cette maison toute simple que j'ai établi mon œuvre humanitaire.Connaissez-vous le nom de cette villa ?—Non, dis-je.comment voulez-vous ?.—C'est juste, reprit-il.Eh bien, vous êtes cher monsienr, dans la Villa des suicides.Décidément il était bien fou — et une fois de plus je me fis la réflexion en jetant nn nouveau regard circulaire sur le cabinet qne les apparences sont bien trompeuses.Mon hôte, pendant le conrt laps de temps donné à cette réflexion, avait été chercher deux verres et une bouteille qu'il me dit contenir dn porto ; il en versa denx doigts dans chaque verre puis s'instilla dans son faute il de enir puis il me jeta le troisième conpd'œil que j'avais eu l'honnenr d'obtenir de lni depuis uotre rencontre.Il me dit alors : —Vons n'avez jamais songé, sans doute, monsieur, à l'unique solution du grand problème si souvent posé, de la question sociale.Moi, monsieur, j'y ai songé.ton regard s'attacha snr moi ; U s'y atta< h », avec une telle fixité, pendant qne ses prunelles devenaient plus sombres, que je sentis descendre snr moi nn petit frisson d'appréhension.—Moi, j'y ai songé, monsieur, reprit-il.J'y ai songé, à cette unique solution qui est la mort.Mon hôte prononça ce dernier mot avec une sonorité lngubre qui me donna froid.Mais je n'eus pas le temps de penser beaucoup, car aussitôt après sa déclaration inattendne l'étrange vieillard était venue me prendre par le bras, disant.—Venez.Je me laissai conduire vers nne porto qn'il 94 LB RE> BIL ouvrit tout.! grande Alors j'avoue que je frissonnai ponr tout de bon.Qu'on imagine une salle de trois mètres carrés, bien éclairée par dem lu -arnes ; aux murs blancs des tètes de morts peintes en noir, sur le sol, sans autre mobilier, deux cercueils habités par deux squelettes.Et, ajoutant à cette mise en Bcène lugubre, lui donnaut un aspect terrorisant, de larges plaques de sang, d'un sang vermeil, tachant les murs en éclaboussements, comme après une lutte criminelle.Au milieu de tout cela s'élevait un instrument bizarre que je n'essayai pas de détailler.Cette i'eis, je l'avoue, j'eus peur.et n'eût été le bras dn fou qui me retenait fortement, j'aurais quitté les lieux.Mais le vieillard était tenace.—Comprenez-vous ' demandât il de sa voix douce.De la tête, je fis signe qne non et je sentis nn peu de sueur me mouiller la racine des cheveux.—C'est pourtant simple, reprit le funèbre personnage.Cet instrument, là, au milieu, à quoi croyez-veus qu'il puisse servir ?Vous ne voyez pas ?Tenez.teuez.En prououçaut ces mots, il me détailla l'objet et je reconnus, non saus stupeur, que l'instrument en question n'était antre qu'un trépied s'é-levant à quelques centimètres du sol, supportaut une tige de fer, laquelle supportait à sou tour, à hauteur d'homme, une rangée de revolvers, eu demi cercle, les bouches vers l'intérieur, et pouvant former autour du front une demi couronne.—Comprenez-vous ?C'est ici la Villa des Suicides, n'est-ce pas ?Spencer l'a dit : " L'homme inntile n'a qu'à se supprimer " Moi, qui aime l'humanité, j'ai dû pourtant donner raison à Spencer.Mais la ernauté de la nécessité m'a ému ; alors j'ai fondé mon œuvre.11 fallait que les hommes malheureux, inutiles, passent mourir suns souffrances, sans l'horreur de la noyade —le seul moyen de sortir de la vie pour le pauvre Ici ils peuvent trouver la mort rapides foudroyante.Teuez (et le vieillard plaçait sa téte dans le collier de revolvers) une simple secousse à cette chaînette reliée à toutes les gâchettes et la mort est crachée.Peut-on trouver une mort plus rapide, moins dénuée de souffrance ?Le malheureux s'était exalté en parlant ; il suait à grosses gouttes, ses longs cheveux formaient de petites tresses humides snr son vaste front : —Et ce n'est pas tont, continna-t-il, avant qu'ils meurent, je donne aux malheureux le bien-être le plus absolu dnrant une heure.lia sont servis comme ils le désirent et ceux qui sont venus ici ne se sont pas plaints.Il souriait et désignant une large tache de sang frais sur le plancher : —Voilà le sang du dernier.—Vous en &\ ex donc eu ?demandai-je, irrai-sonnablemeut et épouvanté.—Comment donc ! répondit-il avec orgueil.Je m'en allai vivement vers la porte et bientôt je fus dehors, dans le jardinet, criant : —Au revoir, je ferai de la propigande.Ne vous dérangez pas ! —Je compte snr vons, me cria une dernière fois la voix douce du petit vieillatd.Puis il m'informa encore, toujours criant : —Entendez-vous les oiseaux qui piaillent dans mes arbres ?Ce sont les â nos de mes suicidés qni viennent me remercier.J'étais assez agité en regaguaut le village et à ma honte, je dois ajouter qne mon esprit était hanté de pensées pen dignes de la raison.En repassant devant l'auberge, je rentrai pour me désaltérer et, en même tenps, demander si 1 ou se dontait de ce qui se passait à la Villa des Suicides.Dès que j'eus ouvert la porte, le baes, entouré de quelques routiers, me cria, en riant : —Eh bien, il vous a montré sa " suicidrille, " le colonel ?.Pas ragoûtant, hein ?.—Mais enli'i qu'est-ce ?.—Un fou, pardi !.—Je sais bieu.mais le oang ?—Ah ! oui, le sang ! Du sang de bœnf que je lui ai porté moi-même, répondit le bonhomme en riant de tout aon cœur du reste de pâleur qni me restait au front.—Je fns tranquilisé tont fait.Et la seule impression qui me resta de ma visite à la Villa des Suicides, fut nn peu de colère contre cette gredine de philosophie ! camille roussel.C'EST BIEN RECOMMANDE ; Dans les affections persistantes comme dans le traitement des bronchites chroniques, le BAUME RHUMAL est recommandé comme supérieur à tons lea remèdes existant.Vous le trouverez en vente dans tontes lea pharmacies du Canada.* LE REVEIL 895 riUILLKTON P a B EMILE ZOLA IIII Elle revint an moribond, elle le touchait maintenant.— Mon Dario, me voilà, me voilà ! Et ce fnt inouï Dans nne exaltation grandissante, daus nne fitmbée d'amonr qni la soulevait, elle commença sans hâte à se dévêtir.D'abord, le corsage tomba, et les bras blancs, les épanles blanches resplendirent ; puis, les jupes glissèrent, et déchaussés, les pieds blancs, les chevilles blanches, fleurirent sur le tapis ; puis, les derniers linges, nn à nn, s'en allèrent, et le ventre blanc, la gorge blanche, les cuisses blanches, sVpanouirent en nue haute floraison blanche.Jusqu'au dernier voile, elle avait tout retiré aveo une audace ingénue, nne tranquillité souveraine, comme si elle se 'rouvait seule.Elle était debout, telle qu'un grand lis, dans sa nudité candide, dana sa royau'é dédaigneuse, ignorante des égards.Elle éclairait, .elle parfumait la morne chambre de la beauté de son corps, nn prodige de beauté, la perfection vivante des pins beaux marbres, le col d'nne reine, la poitrine d'uue déess • guerrière, la ligne fière et souple de l'épaule au talon, les rondeurs sacrées des membre* et des flancs.Et elle était si blanch», que ni les statues de marbre, ni les colombes, ni la neige elle-même, n'étaient pins blanches.— Mon Dario, me voilà, me voilà ! Comme renversés à terre par nne apparut ion, le glorieux flamboiement d'nne vision suinte, Pierre et Victorine la regardaient de lenrs yeux aveuglés, éblouis.C Ile-ci n'avait pas même fait nn mouvement pour l'arrêter dans son action extraordinaire, envahie de cette sorte de respect terrifié qn'on éprouve devant les folies de la passion et de la foi.Et, lni, paralysé, sentait passer quelque chose de si grand, qu'il n'était plus capable que d'un frisson d'admiration éperdue.Rien d'impur ne lni venait de cette nudité de neige et de lis, de cette vierge de candeur et de noblesse, dont le corps semblait rayonne ¦ d'une lumière propre, de l'éclat même du puissant amour dont il brûlait.Elle ne le choquait pas plus qu'nne œuvre de vérité, transfigurée par le génie.— Mon Dario, me voilà, me voilà ! Et Benedetta, s'étant couchée, prit dans ses bras Dario.agonisant, dont les bras n'eurent que la force de se refermer sur elle.Enfin, elle avait voulu cela, dans sa tranquilité apparente, dans la blancheur liliale de son obstination, sous laquelle grondait une rouge fureur d'incendie.Toujours, cette violence l'avait dévorée, même aux heures de calm-1.Maintenant que le destin abominable lui volait son amant, elle refusait de se résigner à cette duperie de le perdre sans s'être donanée, puisqu'elle avait eu la sottise de ne pas se donner, lorsqu'ils étaient tous les deux souriants de tendresse, rayonnants do torce.Et, dans sa folie, éclatait la révolte de la nature, le cri inconscient de la f mme qui ne voulait pas mourir inféconde, comme la graine emportée par un vent de désastre, et dont ne germera plus aucune autre vie.—Mou Dario, me voilà, me voilà ! Elle l'étreiguait de tous ses membres nus, de toute sou âme nue.Et Pierre, à ce moment, aperçut contre le mur, au chevet du lit, les armes des Boccanera, un ancien panneau de broderie d'or et de soies de couleur, sur velours violet.Oui, c'était bien le dragon ailé soufflant des flammes ; c'était bien la devise tarouche et ardente, Bouâ nera, Aima rosa, bouche noire, âme rouge, la bouche entéuébrée d'un rugissement, l'âme II nnhoyant comme nn brasier de foi et d'amour.Toute cette vieille race de passion et de violence, aux légendes tragiques, venait de renaître, ponr pousser cette fille dernière, si adorable, à ces effrayantes et prodigienses fiançailles dans la mort.Et la vue des armes brodées évoqua eu lui uu autre souvenir, celui du portrait de Cassia Boccanera, l'amoureuse et la justicière, qui s'était jetée au Tibre avec son frère, Ercole, et le cadavre de son amant, Flavio Corradiui.N'était-ce pas la môme étreinte désespérée qni tâchait de vaincre la mort, la même sauvagerie se jetant à l'abîme avec le corps du bien-aimé, l'élu et l'uuique ?Toutes deux se ressemblaient ainsi que des sœurs, celle qui revivait en hau», sur l'ancienne toile, celle qui se mourait là de la mort de 6on amant, comme si cette dernière n'était que la revenante de l'antre, avec leurs mêmes traits d'enfance déli ate, la même bouche de désir et les mêmes grands yeux de rêve, dans la même petite face ronde, sage et têtue.—Mon Dario, me voilà, me voilà ! Pendant nne éternité, une seconde peut-être, ils astreignirent.Elle y apportait une frénésie dn don d'elle-même, une frénésie sacrée allant an delà de la vie, jusque dans l'infini noir de 896 LEJREVEIL l'inconnu, qui commençait pour eux.Elle se mêlait à lui, entrait dans lui, saus terreur ni ré-puguance du mal qui la rendait méconnaissable; et lui, qui venait d'expirer sous ce grand bonheur dont la félicité lui arrivait enfin, restait les bras serrés, noués convulsivement autour d'elle, comme s'il l'emportait.Aussi, fut-ce de la douleur de cette possession incomplète, en songeant à sa virgiuité inutile, qui ne pouvait plus être fécondée ?ou bien fut-ce au milieu de la joie suprême d'avoir consommé quand même le mariage, de toute la volonté de son être ?Elle eut au cœur, daus cette étreinte de l'impuissante mort, un tel flot de sang, que sou cœur éclata.Elle était morte an cou de son amaut mort, tous les deux étroitement serrés, à jamais, entre les bras l'un de l'autre.Il y eut un gémissement, Victorine s'était approchée, avait compris ; taudis que Pierre, debout lui aussi, restait frémissant d'admiration et de larmes, soulevé par le sublime.—Voyez, voyez, bégaya à voix très basse la servante, elle ne bouge plus, elle ne souffle plua.Ma pauvre eufaut, ma pauvre enfant ! elle est morte ! Et le prêtre murmura : —Mou Dieu ! qu'ils sout beaux I C'était vrai, jamais beauté si haute, si resplendissante, n'avait éclaté sur des visages morts.La face, tout à l'heure terreuse et vieillie de Dario, venait de prendre une p&leur, une noblesse de marbre, les traits allongés, simplifiés, comme dans un élan d'ineffable allégresse.Benedetta restait très grave, avec nu pli d'ardente volonté aux lèvres, tandis que la figure entière exprimait uue béatitude douloureuse el iufiuie, daus uue infiuie blancheur.Ils mêlaient leurs chevelures, et leurs yeux, restés grauds ouverts, les uns au foud des autres, continuaient à se regarder sans fin, d'une élern lie douceur d) caresse.lia étaient le couple pour toujours enlacé, parti pour l'immortalité daus l'enchantement de leur union, et qui avait vaincu la mort, et de qui rayounait cette beauté ravie de l'amour immortel et vaiu-queur.Mais les sanglots de Victorine crevaient enfin, mêiés a de telles plaintes, qu'il s'ensuivit toute une confusion.Et Pierre, bouleversé è présent, ue s'expliqua pas trop comment la chambre se trouva tout d'uu coup envahie par des gt ns, qu'une sorte de terreur désespérée agitait.Le cardinal avait dû accouiir de sa chapelle, avec dou Vigilio.Saus doute aussi, à cette minute, le docteur Giordano ramenait donna Serafina, prévenue de la mort prochaine de son neveu, car lie était là maintenant.dans la stupeur de ces-eoups de foudre successifs qui frappaient la mai son.Lui-même, le docteur avait cet étonnement troublé dea plus vieux médecins dont l'expérience sVIfire toujours devant les faits ; et il tentait une explication, il parlait en hésitant d'un ané-vrisme possible, peut-être d'nne embolie.Victorine, en servante que sa donlenr faisait l'égale de ses maîtres, osa l'interrompre.—Ah ! monsieur le docteur, ils s'aimaient trop tous les deux, est-ce que ça ne suffit paa pour mourir ensemcle ?Denna Serafina, après avoir baisé au front les chers enfants, voulut lenr f rmer lea yeux.Maia elle ne put y parvenir, lea paupières se rouvraient dès que le doigt lea abandonnait, les yeux recommençaient à se sourire, à échanger fixement la caresse de lenr regard d'éternité.Et, comme elle parlait, ponr la décence, de séparer les denx corps, en essayant de dénoner leurs membres : —Oh ! madame, ob ! madame ! se récria de nouveau Viotorin-*.Vous leur casseriez plutôt les braa- Voyez donc, on dirait que lea doigts sont entrés dans les épaules, jamais ils ne ae quitteront.Alors, le cardinal intervint.Dieu n'avait paa fait le miracle.Il était livide, sans nne larme, dans un déaeap tir glacé qui le grandissait.Il eut un geste souverain d'absolntion, de sanctification, comme si, en prince de l'Eglise, disposant des volontés du ciel, il acceptait ainsi les denx amants ainsi embrassés devant le tribunal suprême, largement dédaigneux des convenances, en face de ce cas de superbe amour, ému jusqu'aux entrailles par lea souffrance de leur vie et par la beauté de leur mort.—Laissez-lea, laissez-les, ma sœur, ne lea troublez pas dans leur sommeil*.Que lents yeux restent ouverts, puisqu'ils veulent les avoir jusqu'à la fin des temps p -ur se regarder, sans jamais en être las ! Et qu'ils dorment donc anx bras l'un de l'autre, puisqu'ils n'ont pas péché durant leur existence, et qu'ils ne se sont ainsi noués d'une étreinte que pour se coucher dana la terre ! Il ajouta, redevenant le prince romain, an sang d'orgueil, chaud encore dea anciennes aventurée de batailles et de passions : S —Deux Boceaneri peuvent dormir ainsi, Rome entière lea admirera et les pleurera.Laisses-les, laissez-les l'un à l'autre, ma sœur.Dieu les connaît et les attend.Tous les assistants s'étaient agenouillés, le cardinal récita lui-même les prières des morts.La LB REVEIL nuit venait, nne ombre croissante envahissait la tre.Il n'avait pn manger, il était hanté par chambre, où bientôt denx flammes de cierge l'image farouche et douloureuse des denx amants, brillèrent comme denx étoiles.si plein d'eux, que des soupirs involontaires s'é-Puis, sans savoir comment, Pierre se retrouva rhappaient de sa sorge, tandis que des pleurs dans le petit jardin abandonné du palais, au bord sans cesse remontaient à ses yeux.Ah! qu'il du Tibre.Il devait y être descendu, étouffant de aurait voulu pouvoir se cacher, pleurer à son fatigne ct de chagrin, ayant besoin d'air, Les aise, satisfaire ce besoin immense de larmes dont ténèbres noyaient le coin charmant, l'antique il étouffait ! E».c'était nn attendrissement qni sarcophage où le mince filet d'ean tombant du gagnait toutes ses pensées, la mort pitoyable des ma*qne tragique chantait sa grêle chanson de deux amants s'ajoutait pour lui à la plainte qni flûte; et le lanrier qui l'ombrageait, les buis sortait de son livre, le bouleversait d'nne pitié amers, las orangers des p'ates bandes n'étaient plus grande, d'une véritable angoisse de charité plue que des masses indistinctes, sons le ciel pnur tous les mi-érables et pour tons les souf-d'un bien noir.Ah ! comme il était doux et gai frants de ce monde, si éperdu à cette évocation ce délicienx jardin mélancolique ! et comme les de tant de plaies physiques et morales, de ce rires de Benedetta y avaient laissé uu échodéso- Paris, de cette Rome où il avait vu tant d'injus-lé, tonte cette belle sonnante du bonheur pro- tes et monstrueuses souffrances, qu'il avait peur, chain, qui maintenant gisait là-haut, dans le né- à < haque pas, d'éclater en sanglots, les bras ten-ant des choses et des êtres ! Il ent le cœur serré dus vers le ciel noir.si douloureusement, qu'il éclata en gros sanglots, Alors, lentement, pour se calmer un peu, il se assis à la place même où elle s'était assise, sur promena sur la place Saint Piene.A cette heure le fragment de colonne renversée, dans l'air de nuit, c'était une immensité d* ténèbres et de qu'elle avait respiré et qni paraissait garder son ,0litude Quand il était arrivé, il avait cru se odeur pure de femme adorable.perdre dans une mer d'ombre.Mais, peu à peu, Tont d'un coup, nne horloge an loin sonna six ses yeux s'accoutumaient, le vaste espace n'était heures.Et Pierre ent un brusque sursaut, en éclairé que par les quatre candélabre s à sept se souvenant que c'était le soir même que le pape becs, aux quatre coins de l'Obélisque, et qne par devait le recevoir, à neuf heures.Encore trois les rares becs, à droite et à gauche, le long des henres.Il n'y avait pas songé pendant l'effra- bâtiments qui montent à la basilique.Sous le yaute catastrophe, il lui semblait que des mois double portique de la colonnade, d'antres lan- et des mois s'étaient écoulés, cela revenait en lui ternes brûlaient d'uue lueur jaune, parmi la co- comme un très ancien rendez-vous, auqnel, après lossale forêt des quatre rangées de piliers, dont des années d'absence, on arrive vieil i, le cœnr et elles découpaient bizarrement les fûts.Et, snr le cervean changés par des événements sans la place, il n'y avait de visible que l'Obélisque nombre.Et, péniblement, il reprenait pied.pâle, se dressant d'uu air d'apparition.La façade Dans trois henres, il irait au Vatican, il verrait de Saint Pierre s'évoquait elle aussi, à peine enfin le pape.distincte, comme en un rêve, et close, et morte, dans nne extraordinaire grandeur de sommeil, XIV d'immobilité et de silence.Il ne voyait pas le dôme, à peine nne rondeur bleuâtre, géante, de-Le aoir, comme Pierre débonchait du Borgo vinée sur le ciel.Sans les voir, il avait d'abord devant le Vatican, l'horloge, dans le profond si- entendn le ruissellement des fontaines, quelque leuce du quartier en ténèbre et somm il lan t déjà, part, au fond de cette obscurité vague ; puis, il laissa tomber un grand coup sonore, la demie de finit par distinguer le fantôme mince et mou-huit heures.Il était en avance, il résolut d'at- vaut des jets continus qui retombaient en pluie, tendre vingt minutes, de façon à n'être en haut, Et, au-dessus de l'immense place, le ciel ira-à la porte des appartements, qu'à neuf heures, mensn s'étendait, sans lune, de velours bleu som l'heure exacte de l'audience.bre, où les étoiles semblaient avoir nne grosseur Et ce répit lni fut un soulagement, dans l'é- «t nn éclat d'escarboucles, le Chariot renversé motion et dans la tristesse infinies qui lui étrei- »or la toiture du Vatican, avec ses roues d'or, son gnaient le cœnr.Il arrivait les membres brisés, brancard d'or, Orion splendide, chamarré des affreusemeut las de l'après-midi tragique qu'il trois astres d'or de son baudrier, là-bas sur venait de passer au fond de cette chambre de Rome, du côté de la rm Giulia.mort, où Dario et Benedetta dormaient mainte* Pierre leva les yeux sur le Vatican.Mais il uant lenr éternel sommeil, anx bras l'un de l'au- n'y avait là qn'nn entassement de façades con 39f LE REVEIL ' (usés, où ne luisaient que deux petites lueurs de Inmpe, à l'étage des appartements du pape.Seule, dans la cour Saiut-Damase, éclairée intérieurement, la façade du fond et celle de gauche braisillaient, blanchies par les reflets de leurs grands vitrages de serre, fit toujours pas uu bruit, pas un mouvement, pas même un déplacement de l'ombre.Deux personnes traversèrent l'immensité de la place, il en vint une troisième qui disparut à son tour ; puis, il ne resta qu'une cadence de pas rythmés, très lointaine.C'était le désert absolu, ni promeneurs, ni passants, pas mémo l'ombre d'un rôdeur sous la colonnade, entre la forêt de piliers, aussi vide que les sauvages forêts centenaires des premiers âges.Et quel désert solennel, quel silence de hautaine désolation ! Jamais il n'avait éprouvé une sensation de sommeil plus vaste ni plus noir d'une souveraine nob esse de mort.A neuf heures moins dix, Pierre se décida, se dirigea vers la porte de brsnze.Un seul battant en était ouvert encore, au bout du portique de droite, daus un épaisissemeut des ténèbres, qui la noyait de nuit.U se souvenait des instruc tious précises que monsiguor Neui lni avait données : demander à chaque porte monsieur Squa-d-a, ne pas ajouter uue parole ; et chaque porte s'ouvriait, il n'aurait qu'à se laisser conduire.Personne au monde ne le savait là, puisque Benedetta n'était plus.Qua id il eut franchi la porte de bronze et qu'il se trouva devant le garde suisse immobile, qui gardait le seuil, d'un air ensommeillé, il dit simplement le mot convenu : —Monsieur Squadra.Et, le garde suisse n'ayant pas bougé, ne lui barrant pus le chemin, il passa, il tourna tout de suite à droite, dans le grand vestibule de la sca-la Pia, l'escalier de pierre à l'énorme cage carrée, qui monte à la cour £aiut-Damu8c.Et pas une âme, rien que l'écho étouffé des pas.rien que la lueur dormante des becs de gaz dont les globes dépolis blanchissaient mol lentement, la clarté.En haut, en traversant la cour, il so souvint de l'avoir déjè vue, des loges de Raphaël, avec son portique, sa fontaine, son pavé blanc, sous le soleil.Mais il n'y apercevait même plus les cinq ou six voiturea qui attendaient, les chevaux figés les cochers raidis sur leurs sièges.C'était uue solitude, uu vaste carré uu et pâle, d'un sommeil sépulcral, sous la lumière morne des lanternes, dont lee réverbérations blanchissaient les hauts vitrages des tiois façades.Et, uu peu inquiet, gagné par le frisson du vide et du silence, il se hâta, il se dirigea, à droite, vers le perron, abri t d'nne marquise, dont lea quelques degrés mènent à l'escalier des appartements.Là, debout, se tenait un gendarme superbe, en grand uniforme.—Monsieur Squadra.D'uu simple geste, sans nne parole, le gendarme montra l'escalier.Pierre monta C'était un escalier très large, à la rampe de marbre blanc, anx marches basses, aux murs enduits d'nn suc jannâtre.Dans lea globes de verres dépoli, les becs de gaz semblaient avoir été baissés déjà, par nne économie sage.Et, sous cette clarté de veilleuse, rien n'était d'une solennité plus triste qne cette majestueuse nudité, si blême et si froide.A chaqne palier, un garde suisse veillait encore, avec sa hallebarde ; et, dans le lourd sommeil qni prenait le palais, on n'entendait plus que lea paa réguliers de ces hommes, allant et venant toujours, sans doute pour ne pas succomber à l'engourdissement des choses.Au travers de cette ombre envahissante, parmi le grand silence frissonnant, la montée paraissait interminable.Chaque étage étage «e coupait en tronçon.8, encore nn, encore un, encore nn.Quand il arriva enfin au palier du deuxième étage, il s'imaginait qu'il montait depuis cent ans.Devant la porte vitrée de la salle Clémentine, dont le battant de droite était seul ouvert, un dernier garde suisse veillait.—Monsieur Squadra Le garde s'effaça, laissa entrer le jenne prêtre Cette salle Clémentine, immense, semblait sans bornes à cette henre, dans la clarté crépusculaire dea lampes.La décoration si riche, les sculptures, les peintures, les dorures, se noyait n'était plus qu'une vague apparition fanve, des murs dégrève où dormaient des refléta de joyaux et de pierreries.Et, d'ailleurs, pas nn meuble, le dallage sans fin, uue solitude élargie, se perdant au foud des demi-ténèbres.En Bu, à l'autre bout, près d'une porte, Pierre crut apercevoir des formes, le long d'un banc.C'étaient trois gardes suisses assis là, ensommeillés.—Monsieur Squadra.A suivre ON PEUT EVITER CELA > Que de souffrances, que d'ennuis on s'é» itérait en prenant quelques doses de BAUMtJ RHliMAL an premier symptôme de grippe.Remède actif, sûr et sans rival, 25c partout. LB REVEIL 89>9 'A RT MUSICAL sommaire du euméro de JUIN Chronique ; Causerie ; De l'origine des maîtres de la Symphonie (suite) ; La snceasion de Brahms ; Les fléaux dn fen, Superstitions ; L'Influence de l'électricité snr la voix ; Chopin (suite) ; Gabriel Pierné ; Règlement snr la musique sacrée, (suite) ; Une aneccdote de Rubinstein ; Les littérateurs et la musiqne ; Le jubilé de la Reine ; Une lettre de Boieldien ; Notes et informations ; Montréal ; Petit conrs d'hatnonie pratique ; Académie de musiqne de Québec ; Correspondance d'Europe ; Correspondance d'Amérique ; Instrumenta.MUSIQUE — A' l'Angélus (Piano) C.Brontin ; Valse, 01-bersleben; Les Pifferari (Piano) Ch.Gounod.A 0NNEMENT3 : ville.|1 15 | CAMPAGNE- 1 00 Un an en dehors du canada et des | etats-unis .1 25 Le nnméro.,,.15 Adresser !es abonnements : Boite postale No 2181, Montréal on 1676 rne Notre-Dame.A VENDRE Deux Matériels d'Imprimerie cownnn presses, Çaractè c.une chance exceptionnelle.8'âdrewerà A.FILIATREAULT, 1S7 rue Sanguiast, oite de Poite, 2181.Compagnie d'Assurance sur la Vie du Canada.Siigi Social, Montreal.ROBERTSON MACAU LAY.Président Hon.A.W OGILVIE,Vice Président.T.B.MACAULAY, Secrétaire.IRA B.THAYER, Snr't.des Agences W.F.JOHNSTON, Assistant Snrintendant des Agences.L'année 1897 a, jusqu'à maintenant été p(us satisfaisante encore qne 1806 Elle montrera sans aucun doute nne augmentation tout à fait anormale.Cela vent dire beaucoup pour la com-paagnie spécialement si l'on considère la crise commerciale qni se fait sentir partout.Ce résultat est surtout dû au fait que lo '* SUN " dn Canada est devenu tout à fait populaire.Sa police sans condition et sou habile et prndente direction ont fait lenr œnvre.— UNE AUTRE RAISON — Le " SUN " dn Canada est la première compagnie qni a introduit la police sans conditian ce qni a pendant de longues années été nne des principales attractions de ses polices.Cette compagnie a.depuis, fait un pas do plus en avant et émet des polices non confiscables.Le contrat d'assurance d'un porteur de police ne pont d'après ce privilège et aprâs avoir été deux ans en vigueur êtrt résilié aussi longtemps que sa réservo esé assez élevée pour acquitter une prime qui, sans quîil ait besoin de le demander, est payée sous forme d'un emprunt remboursable à volonté.DEMANDEZ A NOS AGENTS DE VOUS EXPLIQUERA SYSTEME Capitaux assurés au 31 décembre 1891.$88,196,890 9o Actif au 81 décembre 1899.6,388,142 66 Revenu pour 1896.1,886,258 0 0.LEGER, Gérant Département Français pour la ville et le District de Montréal 400 LE BEVEIL Une invention pour les enfants de 6 à 60 ans.l'echophone Lorsque Edison inventa le phonographe, qui reproduit la voix hunmine.on a cru que c'était la plus ronde invention du siècle, et on a eu rai-•on.Pensex-ybien! la voix humaine, den aire de musiqne, des chansons de toutes hortrg, les discours et les conférences des grands homines d'état bom reproduits par ces machines.Pourquoi n'y a-t-il pas des phonographes partout V Ils coûtent trop cher — de $40 n f3"0.Nous avons résolu ce problème.Un ECHO-PHONE vous seraaddiessé (les frais de l'express à la charge de l'acheteur, et Leslie's Weekly pondant une année pour la somme modique de $8.00 L'ECHOPHONE est mis en mouvement par un mouvement d'horloge.Un enfant peut s'enseïvir.Un cylindre est envoyé avec chaque machine, chaque cylindre ' Huplémentaire coûte50c chacun.Les cylindres du phonographe et duGiapho- Shone peuvent être utilisés sur cette machine, et si la machine parler ne satisfait pas l'acheteur, son argent lui sera remis.A juste titre, Leslies' Wètk/y, est considéré comme la magazine il'ius trée la plus en vogue en Amérique.1* prix d'abonnement est de $4,00 et l'echophone se vend $10.00.On peut être étonné que les deux se vendent seulement $8.00, mais ceci s'explique facilement.Nous avons besoin de 250,000 abonnés au Leslies' Weekly, N.us croyons les obtenir par ce moyen.Ceux qui annonceront dans notre circulation, nous rembourseront nos pertes d'aujourd'hu machine est limité — " Premier rendu, premier servi." 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