La Nouvelle-France : revue des intérêts religieux et nationaux du Canada français, 1 octobre 1903, Octobre
LA NOUVELLE-FRANCE REVUE DES INTÉRÊTS RELIGIEUX ET NATIONAUX DU CANADA FRANÇAIS OCTOBRE 1903 Tome II N° 10 LE CULTE DE MARIE DANS L’OUGANDA La Sainte Vierge est une Reine puissante et une Mère pleine de miséricorde.Ceux qui ont recours à Elle, comme des enfants affectueux et confiants, éprouvent les effets de sa maternelle protection.Comment pourrait-il en être autrement ?Ils s’adressent à la Trésorière des grâces divines, à Celle qui ne sait rien refuser.Les Pères Blancs qui travaillent depuis bientôt vingt-cinq ans dans l’Afrique équatoriale, et notamment dans l’Ouganda, ont compris la nécessité de se mettre corps et âme entre les mains de Marie.C’est en Elle qu’ils ont mis leur espérance.De plus, ils ont su inspirer à leurs néophytes une tendre et solide dévotion envers la Reine des cieux.Marie a répondu à la piété filiale des missionnaires et de leurs chrétiens par une incessante et visible protection.Les lignes suivantes ont pour but de mettre en relief cette dévotion des Noirs envers la Mère du Sauveur ; elles montrent également la maternelle protection de Marie envers des âmes nées d’hier à la vie de la foi.29 450 LA NOUVELLE - FRANCE LE ROYAUME DE L’OUGANDA, ROYAUME DE MARIE L'Ouganda, d’après tous les voyageurs, est l’uue des plus belles contrées de l’Afrique Equatoriale.A l’époque où nos missionnaires foulèrent son sol pour la première fois (17 février 1879), le pays formait un royaume de trois millions d’habitants.Il est devenu eu ces dernières années un Protectorat de l’Angleterre.La distance d’environ 600 milles qui le sépare de la côte orientale ne compte plus aujourd’hui, grâce au chemin de fer qui relie Mombasa au Lac Nyanza : le trajet se fait en 48 heures ; mais naguère encore, avec le système de caravanes et de porteurs, il fallait bien 90 jours.Les débuts de la mission furent extrêmement pénibles.Il fallait endurer à la fois un changement radical de climat, des privations de tout genre, la susceptibilité du roi Mtésa, l’aversion des marchands d’esclaves et des sorciers, la résistance des populations païennes plongées depuis des siècles dans l’infidélité.— Pour surcroît de malheurs les ministres protestants ne cessaient de nous créer des difficultés : arrivés quelques mois avant nous, ils se croyaient le droit de nous faire chasser du pays.Aussi les missionnaires s’épuisaient-ils en eftorts inutiles pour gagner quelques âmes et leur communiquer la vraie doctrine de Jésus-Christ.Dans cette situation critique, les Pères Blancs se souvinrent de la recommandation de leur vénéré fondateur, le cardinal Lavigerie.Il leur avait dit au moment des adieux : « Dans vos difficultés ne manquez pas d’invoquer le secours de la Vierge Immaculée, de celle dont il a été dit : que seule Elle écrase toutes les erreurs.» En conséquence, les missionnaires résolurent de consacrer à Marie la mission naissante.Ils s’empressèrent d’installer une chapelle provisoire, en roseaux, et sur l’un des poteaux de la cloison ils fixèrent un modeste piédestal, destiné â servir de trône à la petite statue de Marie Immaculée.L’humble oratoire LE CULTE DE MARIE DANS L’OUGANDA 451 fut inauguré par la célébration de la sainte messe.Aussitôt après, le Père Supérieur lut à haute voix l’acte suivant que tous avaient signé préalablement : Nous, soussignés, Missionnaires de l’Ouganda, consacrons à Marie Immaculée la mission du Nyanza.Nous Lui donnons et consacrons nos âmes et nos corps, nos œuvres, notre vie tout entière, notre mort et notre éternité.Nous La conjurons d’être Elle-même notre Maîtresse et Supérieure, afin que nous puissions connaître et accomplir par Elle, en Elle et avec Elle, le bon plaisir de son Fils, pour la gloire duquel nous désirons nous sacrifier entièrement.Nous déclarons que s’il se fait ici quelque bien, ce sera Marie qui l’aura fait, et que toute la gloire Lui en reviendra pour remonter par Elle à son divin Fils, à qui seul est dû tout honneur et toute gloire dans les siècles des siècles.En foi de quoi nous avons signé le présent acte, et l’avons déposé sous les pieds de la statue de Marie Immaculée.Suivaient les signatures de quatre Pères et d’un Frère.La très sainte Vierge ne tarda pas à répondre à la confiance de ses enfants.Quelques jours après la consécration solennelle, les missionnaires écrivaient, le cœur ouvert à l’espérance : La Vierge Immaculée exauce nos prières : de nombreux catéchumènes vien -nent se faire instruire, ils sont déjà plus de deux cents.L'attention soutenue qu’ils apportent à nos instructions nous remplit d’une joie indicible.Il semble que la Sainte Vierge bénit spécialement notre chère mission, et que l'heure de la régénération approche pour cette pauvre Afrique équatoriale.Jalouse sans doute de protéger ceux qui avaient remis officiellement entre ses mains leurs personnes, leurs travaux et leurs succès, la Reine du ciel a veillé sur eux et béni leurs efforts.Grâce à Marie, et malgré mille obstacles, les nègres de l’Ouganda se convertissent eu masse ; leur ferveur rappelle celle des premiers chrétiens.Leur foi est vive et généreuse ; pour la défendre ils savent souffrir et mourir.Grâce à Marie, l’Ouganda est aujourd’hui la perle des missions africaines. 452 LA NOUVELLE - FRANCE Et dans leur reconnaissance, les Pères Blancs ont adopté cette devise, également chère à leurs néophytes : Regnum Ougandæ, regnurn Mariai.LES CATÉCHUMÈNES ET MARIE La médaille de Marie Immaculée, dite médaille miraculeuse, est devenue dans l’Ouganda le signe distinctif des catéchumènes, et le chapelet, celui des néophytes.Nos Noirs éprouvent un besoin irrésistible d’aimer la sainte Vierge.Dès qu’ils La connaissent, ils Lui donnent leur cœur.Le jour où le païen fait le signe de la croix, il jette ses amulettes dans la brousse et va à la recherche d’une médaille.Il aborde le missionnaire et lui dit : » Je suis venu chercher Dieu.Je veux connaître aussi la sainte Vierge ; donne-moi le signe distinctif de ses enfants.» Et que de fois nous voyons de ces catéchumènes faire six, huit heures de marche, avec un énorme régime de bananes sur la tête, ou un panier d’œufs à la main, humbles présents qu’ils vous offrent pour une médaille de Marie ! S’ils l’obtiennent, ils l’attachent rapidement à leur cou, et se précipitent dehors ivres de joie.— Nous entretenons cette ardeur ; car aux yeux des Noirs l’objet béni tant convoité est un témoignage de science religieuse, un abri contre les obsessions des protestants, et un signe d’appartenance à Marie et à la foi catholique.Mais il ne suffit pas pour obtenir la médaille de la demander : il faut l’avoir méritée.Aux débuts de la mission noue donnions la médaille à tous ceux qui venaient librement se faire inscrire sur la liste des catéchumènes.Plus tard elle fut rigoureusement réservée ;ï ceux qui pouvaient réciter leurs prières.Depuis plusieurs années nous sommes obligés de nous montrer plus difficiles encore.Nous ne comptons plus ceux qui ont appris leurs prières : ils sont trop nombreux.Nous n’accordons le signe distinctif des catéchumènes qu’à ceux qui savent la plus grande partie du catéchisme.Et 453 LE CULTE DE MARIE DANS L’OUGANDA comme ces chers Noirs de l’Ouganda sont doués d’un esprit de prosélytisme vraiment extraordinaire, ils s’instruisent souvent entre eux, à l’insu même du missionnaire.Au milieu d’un village rarement visité, de nombreux jeunes gens s’étaient approchés d’un de nos Pères, et le suppliaient de leur donner la médaille.—« Voyons, leur dit le missionnaire, savez-vous votre catéchisme ?—Oui, Père, nous le savons.»—Il les interroge.Quelle n’est pas sa surprise de les entendre répondre exactement à toutes ses questions ! Il leur accorde alors l’objet tant désiré.A peine l’ont-ils reçu que toutes les amulettes volent en éclats.C’est Marie qui triomphe du démon.Oh ! de telles scènes sont bien faites pour réjouir le cœur du missionnaire.Pendant qu’il se laisse aller à la joie, le bruit se répand partout qu’il a apporté des médailles.On accourt de toutes parts ; le voilà de nouveau assiégé.Il fait le difficile ; mais un ancien catéchumène, devenu catéchiste, le presse.« Celui-là, dit-il, sait les prières ; il sait le catéchisme ; c’est moi qui l’ai instruit, exauce sa demande.» Le chef du village s’en mêle ; il veut aider le Père à faire la distribution, tant il est heureux de voir l’ardeur de ses sujets à se faire instruire.A ce moment un vieillard cherche à percer la foule et crie de loin : « Et moi, Père, veux-tu me laisser avec le diable ?Je t’en prie, donne-moi le signe qui me protégera.»—Et cela?lui dit le Père, en lui montrant des perles consacrées aux misumbwa (divinités) fixées à ses poignets.Les arracher, les maudire, les jeter loin de lui fut l’affaire d’un instant.Touché de cette générosité le Père lui passa au cou un cordon avec une belle médaille de Marie.*** Cette dévotion pour la Sainte Vierge va toujours grandissant surtout à l’approche du baptême.Dans les missions de fondation plus ancienne, il y a, en tout 454 LA NOUVELLE-FRANCE temps, à la résidence même des Pères, quinze cents catéchumènes qui se préparent immédiatement au baptême h A mesure que trois cents sont régénérés, trois cents nouvelles recrues prennent la place de ceux qui sont devenus chrétiens.Parmi ces quinze cents catéchumènes, il y a des chefs de village et des paysans, des enfants et des vieillards, beaucoup de jeunes gens et de jeunes filles ; impossible de dépeindre la vénération et le culte enthousiaste que cette foule de catéchumènes a pour Marie ! Chaque matin, aussitôt après l’instruction, ils vont, disent-ils, « faire leur cour à la Vierge Marie.» Ils se rendent à son sanctuaire, les uns au pas de course, les autres d’un train plus modéré, par bandes de dix à vingt, repassant en chœur la leçon qu’on vient de leur enseigner.A mesure qu’ils arrivent ils tombent à genoux contre les murs extérieurs de la chapelle (les catéchumènes ne pénètrent pas à l’intérieur), et après avoir récité un Pater et un Ave, chacun, sans plus s’occuper de ses voisins, adresse à haute voix à Marie sa requête, qu’il répète mille fois sur les tons les plus plaintifs.Ces prières ardentes peuvent toutes se résumer en ces mots : Marie, ma mère ! je t’aime, mais je t’aimerais encore davantage si tu me procurais la grâce du baptême du baptême dévore mon cœur, aie pitié de moi ! trois fois que j'échoue à l'examen.Fais en sorte que le Père me pose des questions faciles.Un matin c’est une pauvre femme qui, du dehors, jette par la fenêtre, au pied de l’autel, plusieurs cauris 1 2 et s’écrie : Vierge Marie 1 je t’avais promis 20 cauris, si j’étais admise au baptême.Tu m’as exaucée.Je n’ai que 15 cauris ; les voici ; je mendierai les cinq autres et j’achèverai do payer ma dette.Tu sais, Vierge Marie, combien le désir Marie, ma mère ! Voici 1 —D’après le bilan publié en janvier dernier, le nombre des néophytes dans l’Ouganda est d’environ 70,000, et celui des catéchumènes dépasse 125,000, répartis en 15 stations évangélisées par 40 missionnaires, 9 religieuses et 800 catéchistes.2 _Le cauri est un petit coquillage dur et blanc, qui sert de monnaie courante dans les achats ; sa valeur équivaut à un quart de centin. 455 LE CULTE DE MARIE DANS L’OUGANDA Aujourd’hui c’est une voix de femme qui crie à un groupe, avec une joie débordante : Voyez voua, mes amis, la Vierge Marie peut tout ; tout ce que vous Lui demandez, Elle vous le donne.Voyez vous, d'un nlcanaga (arbre épineux) elle peut faire un mutuba (arbre à lubugo ').Qui aurait pu croire que je triompherais à l’examen ?Je L’ai priée, et grâce à Elle j’ai triomphé.Une autre fois, c’est un jeune homme qui, pour exprimer à Marie la joie dont son cœur déborde, se met à gambader devant la porte de la chapelle.Tout à coup, la tête crépue du nègre disparait dans l’herbe, ses deux jambes battent l’air, et les pirouettes succèdent aux pirouettes, à la grande hilarité des assistants qui se disent entre eux : « Notre ami est content ! Il remercie Marie ! » Les catéchumènes se préparent au baptême par une double épreuve : le catéchisme du matin et celui du soir.Pour être admis au premier, il faut d’abord s’être fait instruire dans son village depuis trois ans et demi, être présenté par son catéchiste et répondre parfaitement à toutes les questions du catéchisme.Au bout de trois mois, le candidat subit un examen sur les explications de la doctrine chrétienne, et ses réponses décident de son admission au catéchuménat du soir.Après trois autres mois le catéchumène est enfin admis au baptême, s’il en est jugé digue après un nouvel examen.Impossible de décrire l’émotion qui règne à ces examens.Les candidats se présentent dix par dix.A mesure qu’on les appelle, ils se prosternent, et adressent, pas assez bas pour qu’on ne les entende, une invocation à la sainte Vierge.Ils font alors à Marie, dans l’ardeur de leurs prières, des promesses et des vœux parfois un peu téméraires.Les interrogations terminées, il se passe sous nos yeux les scènes les plus émouvantes.1__Le lubugo est un vêtement fait avec l’écorce du mutuba.Les Noirs, trop pauvres pour se procurer des étoffes, se couvrent avec cette encore écorce souple et assez solide qu’ils teignent ordinairement en couleur de brique. 456 LA NOUVELLE-FRANCE Ceux dont les réponses ont été suffisantes sont au comble de la joie.Hommes et femmes, jeunes et vieux, se précipitent au dehors, courent à perdre haleine jusqu’au fond de la plaine ou au bout du village, en battant des mains et en poussant de grands cris, puis reviennent vers leurs amis qui les félicitent par des compliments comme ceux-ci : « Tu l’as échappé belle ! — La sainte Vierge t’a aidé! — Te voilà sauvé !» et l’heureux catéchumène de répondre : « Oui, Marie m’a sauvé ! » Un de nos Pères avait examiné une vieille toute courbée sous le poids des années.Elle avait passé un examen satisfaisant.La pauvre femme ouvrait une grande bouche, de grands yeux et n’osait croire qu’elle allait enfin être baptisée.Levant vers le ciel ses longs bras décharnés, elle s’écria : « Grâce à Marie, je vais devenir l’enfant de Dieu ! J’étais vieille, me voilà rajeunie.J’étais malade, me voilà guérie.J’étais pauvre, me voilà devenue riche.Hé ! mes amis, faites-moi place, moi aussi je veux sauter de joie.» — Et l’heureuse vieille de retrouver la souplesse de ses quinze ans, et d’imiter David devant l’arche.Ici, dans nos pays catholiques, où le culte do Marie est le plus florissant, trouverait-on beaucoup d’exemples d’une dévotion aussi confiante et aussi généreuse envers la Mère de Dieu ! LES NÉOPHYTES ET MARIE Si des catéchumènes nous passons aux néophytes, que de traits plus édifiants encore nous aurons à raconter sur leur dévotion envers la très sainte Vierge ! Le culte que le catéchumène a pour la médaille, le néophyte le reporte sur le chapelet.En prévision de son baptême, le catéchumène cueille dans la forêt les baies d'un arbrisseau, très dures, d’un noir brillant, appelées malanga.Puis il trouve sur les bords du Nyanza un roseau filamenteux assez sembable au papyrus, appelé kibbo.Avec les filaments de ce roseau, le futur chrétien tresse une ficelle qui ser- 457 LE CULTE DE MARIE DANS L’OUGANDA vira de chaînette à son rosaire.Les graines de malanga une fois percées, enfilées et distribuées en cinq dizaines, il noue le tout dans les pans de son lubugo eu attendant le jour du baptême.Aussitôt que l’eau sainte a coulé sur son front et avant même do sortir de l’église, il se passe au cou le chapelet de malanga.C’est ce qu’il appelle son lusamba, comme qui dirait, son « collier d’honneur.» Mais heureux, mille fois heureux celui qui peut se procurer un véritable chapelet, un chapelet venant du pays des Blancs! Pour en avoir un les enfants pleurent et gémissent des semaines et des mois, et le missionnaire, pour ne pas les attrister, n’a qu’une ressource : celle de se sou-traire à leurs pieuses importunités.Pour avoir un chapelet fait par les Blancs, le jeune homme se fait petit marchand : il achète à bas prix, aux pêcheurs du lac, quelques poissons qu’il revend à très petit bénéfice ; après plusieurs semaines, quand il voit entre ses mains un nombre de cauris suffisant pour acheter l'objet do ses rêves, alors sa joie ne connaît plus de bornes.Dans l’Ouganda, un néophyte sans chapelet et couvert seulement de quelques guenilles a-t-il à choisir entre un habit neuf et chapelet : c’est le chapelet qu’il préférera sans hésiter, et si vous lui objectez qu’il grelotte par ces temps pluvieux, il répliquera : « Sapule esivga byonna.Un chapelet est préférable à tout.» Souvent on rencontre de grands garçons, de grandes jeunes filles, en haillons : ils avaient un lubugo neuf il y a quelques jours, mais ils l’ont vendu ou échangé contre un chapelet ; et quand, transis par la fraîcheur de la nuit, ces pauvres chrétiens se réveillent, ils palpent leur cher chapelet et le serrent contre leur cœur.Us répètent tout en tremblant de froid : Saoule esinga byonna.Depuis le premier ministre du Protectorat jusqu’au dernier des sujets, tous les catholiques de l’Ouganda portent au cou la couronne de Marie, avec cette différence que les chefs se réservent un 458 LA NOUVELLE - FRANCE les chapelets i\ grains plus gros: mais tous,même ceux qui n’ont qu’un rosaire de malanga, en sont aussi fiers que l’écolier l’est de sa croix d’honneur, ou le vieux soldat de sa décoration.Une fois en possession du chapelet, le néophyte le récite.Je ne sache pas, dit Mîr Stretcher, que parmi nos soixante dix mille chrétiens du Vicariat.il y en ait un seul qui ne récite habituellement son chapelet chaque jour, et je connais une foule de néophytes qui récitent journellement le rosaire en entier.< Père, m \ dit un jour un d'entre eux, j’ai oublié deux fois la récitation de mon chapelet ; cependant, je me suis éveillé la nuit et je l’ai récité à genoux.• Comme vous seriez édifié, cher lecteur, si vous pouviez voir nos oratoires de Marie toujours bondés de monde, depuis le lever du soleil jusqu’à la nuit, et tous ces nègres agenouillés de longues heures devant la statue de leur Mère, tandis que leurs doigts égrènent le chapelet ! Et quand, le dimanche, le missionnaire entonne uti cantique à la sainte Vierge, comme vous seriez heureux de constater avec quel entrain et quels formidables éclats, la foule reprend à l’envi : Ave, ave, ave Maria ! ou le gracieux refrain traduit en ruganda : 0 ma mère I 0 Vierge Marie 1 Je vous donne mon cœur, Je vous consacre pour la vie, Mes peines, mon bonheur I Pour moi, me disait un missionnaire, chaque fois que j’entends ce tonnerre de voix qui ébranle notre église en roseaux, il me semble que ces chants criards sont de délicieuses symphonies, et j’éprouve au fond du cœur ce qu’éprouve un fils en voyant le triomphe de sa mère.**# Le culte des chrétiens de l’Ouganda pour la sainte Vierge n’est pas un culte superficiel, comme on pourrait le croire, de la part de pauvres noirs; ce n’est pas une dévotion de sensiblerie, de sentimentalité, non ; en même temps qu’il est affectueux, ce culte est solide, il est généreux ; il part du cœur avant de tomber des lèvres. LE CULTE DE MARIE DANS i/OUGANDA 459 Il est solide.Il se traduit, en effet, par des jeunes pénibles, par des mortifications auxquelles on aurait peine à croire.Il y a beaucoup de néophytes, surtout parmi les femmes, qui, le samedi, ne mangent qu’une seule fois, à la tombée de la nuit ; d’autres, ce jourdà, s’abstiennent de tout condiment.Et tout cela pour honorer la Mère de Dieu.— Il y a dans l’Ouganda des chrétiennes qui, chaque semaine, passent une nuit entière prosternées sous le portique de la chapelle de la sainte Vierge.Représentez-vous par la pensée une de ces négresses, le visage fouetté par un vent glacial, ou grelottant sous la rosée pénétrante de la nuit, agenouillée de longues heures contre le mur de la chapelle, et dites si, devant cette chrétienne d’un jour, vous 11’êtcs pas aussi ému que devant le chevalier du moyen âge faisant sa veillée d’armes aux pieds de la Madone ?La dévotion de ces ISToirs pour Marie est généreuse, car ils prennent sur leur nécessaire pour faire l’aumône.Quand un enfant reçoit un eau ri bien blanc, bien luisant, c’est sur le marchepied de l’autel de Marie qu’il va le déposer; souvent cet enfant n’a pour se couvrir qu’un petit morceau d’étoffe ; qu’importe, il donnera fièrement son obole.Ce qui est le plus touchant dans ces offrandes faites à Marie, c’est de voir de pauvres vieilles, toutes ridées, se priver de sel ou de tabac (Dieu seul connaît tout le prix d’une pareille mortification pour une négresse 1) afin d’épargner, elles aussi, quelques cauris qu’elles offriront à leur Bonne Maman.Un seul fait prouvera la générosité de leur dévouement.Quand il s’est agi à la mission de Villa-Maria 1 de construire une chapelle neuve, en briques, en l’honneur de la sainte Vierge, le tronc se trouva riche de 40,000 cauris (environ 75 piastres).Quarante mille cauris ! c’est une somme immense, quand on songe à l’extrême indigence où sont réduits la plupart de nos néophytes.1 — Toutes les missions des Pères Blancs dans l'Ouganda portent ainsi le vocable de Marie : Sainte-Marie de Roubaga, Notre-Dame du Bon-Secours, N.-D.de la Paix, N.-D.des Neiges, Villa-Maria, N.-D.de la Garde, etc., etc. 4 GO LA NOUVELLE - FRANCE Ces chrétiens nés d’hier savent donner plus que leur argent qui consiste en petits coquillages.L’amour de Dieu et la dévotion envers la Sainte Vierge fleurissaient seulement depuis cinq années dans l’Ouganda, quand éclata la terrible persécution fomentée par les musulmans.Nous sommes chrétiens, dirent les premiers néophytes à l’infâme roi Mwanga, nous sommes prêts à te servir en tout ce qui n'est pas contraire à la loi de l’Evangile, mais nous prierons toujours Jésus et sa Divine mère.Leur constance reste ferme devant les promesses, les menaces, les tortures.Ces généreux confesseurs cueillirent la palme du martyre dans les flammes d’un bûcher, et la Reine des cieux accueillit près d’Elle la glorieuse phalange de ses enfants noirs.ar# La dévotion à la sainte Vierge occupe clans la vie des Bagauda 1 une place immense : tout ce qui leur arrive d’heureux, c’est à Marie qu’ils l’attribuent ; toute joie, toute bonne fortune, c’est Marie qui en est la source.Dans leur correspondance, avant de signer leurs lettres, les Bagauda, même simples catéchumènes, font toujours précéder leur signature de ces mots: Que la Vierge Marie te garde ! Pas un billet, quelque insignifiant qu’en soit le contenu, qui ne porte au bas ce souhait élogieux pour Marie.La Reine du ciel doit veiller d’une manière particulière sur ses chers Bagauda, car leur affection filiale envers Elle n’est pas seulement sur leurs lèvres, mais se traduit par des actes.Quand le chrétien mouganda revient sain et sauf d’une expédition militaire, il n’a qu’une réponse faire aux félicitations de ses amis : « La Vierge Marie m’a gardé.Merci de l’avoir priée pour moi ! » Quand le guerrier, devenu chasseur d’éléphant, revient des 1 — L’habitant de l’Ouganda s'appelle Mouganda, au pluriel : Baganda. LE CULTE DE MARIE DANS L’OUGANDA 461 forêts avec une défense d’ivoire, il l’échange aussitôt pour des cotonnades, et met toujours de côté une étoffe aux brillantes couleurs : c’est la part de Marie qui l’a aidé.Quand devenu marchand il revient après un heureux négoce, la joie de sa famille ne se traduit que par ces paroles : La Vierye Marie l'a aidé, et lui invariablement de répondre : Oui, elle m’a aidé.Une mère met-elle au monde un nouveau-né, un convalescent relève-t-il de maladie, un néophyte réussit-il dans une entreprise, c’est aux pieds de la Vierge que tous vont déposer l’hommage de leur reconnaissance.Quand les chrétiens de l’Ouganda entreprennent un lointain voyage, ils ont soin au départ de se mettre sous la protection de leur céleste Patronne.Pour rompre la monotonie de la route, ils répètent des refrains en son honneur.Chaque soir ils s’empressent de préparer et de prendre un léger repas pour jouir au plus tôt d’un repos bien mérité ; mais avant de s’étendre sur la terre nue, ils récitent leur prière à haute voix et la terminent par le chant de l’Ave maris Stella.L’hymne est répercutée par les échos d’alentour, comme si les anges s’unissaient aux hommes pour louer la Reine du ciel.Dans le danger, la première pensée du Mouganda chrétien est de recourir à Marie, comme l’enfant se réfugie vers sa mère.En temps de guerre, dès que l’ennemi est signalé, les femmes et les enfants courent à l’église et récitent le chapelet pour obtenir aide et protection.Sur le lac, quand la frêle embarcation est le jouet des vagues, les marins se tournent vers l’Etoile de la mer.Les Eagandas catholiques ont souvent à souffrir de l’intolérance des noirs protestants.Ceux-ci, excités par les calomnies de leurs ministres, insultent la sainte Vierge et profanent ce qui touche à son culte.Mais leurs moqueries impies ne font qu’exciter la dévotion des serviteurs de Marie.Les catholiques ramassent avec respect les chapelets et les 462 LA NOUVELLE - FRANCE médailles que leurs ennemis ont l’audace de leur arracher et de briser sous leurs yeux ; ils les baisent alors avec d’autant plus de piété que les protestants les couvrent davantage d’insultes et de blasphèmes.De la part des hérétiques et des païens, les chrétiennes sont parfois l’objet de mille obsessions et exposées à toutes sortes de dangers.C’est à Marie qu’elles ont alors recours, et ce n’est pas en vain.Quelques jours après la sanglante journée du 24 janvier 1892, où les protestants massacrèrent nombre de femmes et d’enfants sans défense, le Père Achte se trouvait assis, anxieux, sur le seuil d’une pauvre hutte.Il méditait sur les terribles épreuves de la chrétienté, quand il aperçut dans le sentier une femme vêtue d’un lubugo en lambeaux, le visage abattu, les pieds ensanglantés.A la vue du missionnaire, l’infortunée fugitive tombe à genoux et pleure de joie, en disant : “ Mon Père ! La sainte Vierge m’a sauvé la vie, j’ai couru beaucoup pour échapper aux protestants.Grâce à Marie, me voici ! » Comme on le voit, ces chers chrétiens de l’Ouganda cherchent et trouvent le secours auprès de la Consolatrice des affligés ! Dans un élan d’héroïque ferveur, ils vont même jusqu’à La supplier de leur envoyer des épreuves, comme expiation des fautes qu’ils ont commises quand ils étaient encore païens.Le trait suivant en est une preuve : il m’a été raconté par Msr Streiclier lui-même, il y a trois ans, lors de son passage à la maison-mère de notre Société à Alger : Un jour, dit-il, une femme chrétienne qui jusqu’alors avait joui d'une excellente santé, se présenta à moi, le visage défiguré par de grandes plaies.Comme je m’étonnais de cette invasion si subite de la maladie, elle me dit: • J’étais à genoux devant la statue de la sainte Vierge et je lui dis: Marie, j’ai commis beaucoup de péchés autrefois, et je n’ai fait que peu de pénitence.Envoie-moi une maladie, celle que tu voudras, je l'accepte volontiers en punition de mes fautes.• — La chrétienne, continuant, ajouta: • J’étais sur le seuil de la chapelle pour sortir, quand je sentis des picotements par tout le corps et une brûlure sur les lèvres.Sur le chemin, comme je m’en LE CULTE DE MARIE DANS L’OUGANDA 463 retournais, la peau des lèvres se fendit, et j'arrivai à la maison avec une plaie.En me voyant, mes amis s’écrièrent : Wo! wo ! liabolongo ! Tu as la lèpre ! •—Emu par un tel récit je lui dis: - Veux-tu que je te donne des remèdes ?— et elle de me répondre : Uli non 1 je puis bien souffrir encore deux mois, et, si je ne suis pas guérie, alors je viendrai en chercher.Il est vrai que je ne puis plus entrer à l'église ; les autres m’en chassent ; mais je m'agenouille dehors et je me dis: Le bon Dieu et sa Mère entendent ceux qui sont dehors aussi bien que ceux qui sont à l'intérieur ; et puis je no me fâche pas, mais je suis contente.> Ce trait, choisi entre mille, montre ce dont sont capables nos néophytes de l’Ouganda, et combien le missionnaire se sent encouragé à se sacrifier pour de si fervents chrétiens.Je m’arrête.Puissent ces lignes écrites à la gloire de Marie contribuer à augmenter dans les âmes l’amour et la confiance envers cette bonne Mère.Peut-être aussi feront-elles naître dans le cœur de quelque lecteur ou lectrice de La Nouvelle-France le désir efficace de travailler au salut de ces chers Noirs par l’apos- toi at de l’action ou de la charité, ou du moins par celui de la prière : Messis multa ! J.Forbes, des Pères Blancs.Québec, 4 octobre, Fête du Très Saint Rosaire. LES MÉFAITS DE L’ALCOOLISME (Suite et fin) La femme n’est pas encore conquise à l’alcool.Grâce à Dieu, elle a résisté jusqu’à présent à ses tentations, à ses attraits, et c’est à ses efforts qu’on doit en partie la conservation de la famille.Mais, ne nous illusionnons pas, elle sera prise et perdue dès qu’elle abandonnera la foi, sauvegarde de l’honneur et des mœurs.Déjà les écarts, les chutes se multiplient.On remarque souvent qu’un ivrogne épouse une femme éprise comme lui de la dive bouteille et, ce qui est pire, qu’une femme sobre en présence d’un mari alcoolique se met aussi à boire.L’alcoolisme des femmes, exceptionnel autrefois, tend à se développer.En Angleterre et en Belgique il est relativement fréquent.La seule année 1891 a vu traduire 8,373 femmes devant les cours de police de Londres pour ivresse publique : combien s’abandonnent à la boisson dans leur intérieur, on n’ose le supputer.En France, les ivrognesses sont rares ; mais si les ouvrières se grisent peu, beaucoup s’empoisonnent lentement, régulièrement avec les petits verres, ou même avec l’absinthe.Il suffit à certains jours de faire un tour dans les faubourgs de Paris ou sur les grands boulevards pour voir nombre de femmes attablées seules ou avec des hommes et sirotant le vert breuvage.Enfin il est bon de signaler que nombre de femmes ont une véritable dévotion pour l’eau de mélisse et font une effroyable consommation de cet alcool pur sous prétexte de dissiper leurs ennuis ou leurs vapeurs.Toutes, ou à peu près, s’intoxiquent à l’écart, loin des regards.Et nous n’avons pas à constater chez nous le lamentable spectacle qui s’étale trop souvent chez nos voisins d’outre-Manche : des femmes, appartenant parfois au meilleur monde, s’oubliant dans les salons ou les magasins et perdant dans la rue la dignité du maintien et ]’honneur du sexe.« A Londres, écrit un de nos confrères, la dame du monde, la lady trouve chez tous ses fournisseurs du champagne 465 LES MÉFAITS DE l’ ALCOOLISME extra-sec et du gin extra-pur et ne regagne la plupart du temps sa voiture qu’à pas chancelants l.» De pareilles défaillances sont profondément regrettables, car elles présagent la ruine de la famille.On devine le retentissement déplorable que de telles mœurs ont dans le mariage et sur la grossesse.Que l’alcoolisme soit le fait de la femme ou celui du mari, la conception n’en sera pas moins troublée et viciée.Et il ne faut pas être surpris du grand nombre d’accouchements prématurés et d’enfants mort-nés que révèlent les statistiques.Un de nos confrères relève chez des alcooliques sur 433 conceptions 50 avortements, soit 11.54%, tandis que chez des gens sans tare alcoolique il ne trouve que 56 avortements sur 847 conceptions, soit 6,61% 2.Le même autour donne les chiffres suivants de mortinatalité.Groupe alcoolique : 20 mort-nés sur 383 naissances, soit 5.2%.Groupe indifférent : 22 mort-nés sur 791 naissances, soit 2.75%.Il est bon de remarquer que tous les pays qui ont combattu l’alcoolisme ont enrayé du même coup la mortinatalité.Le tableau suivant du Dr Arrivé le démontre nettement : Année Consommation d'alcool Mortinatalité par ¦purpar habitant 100 naissances 8 litres 1 litre 53 8 litres 2 4 litres 4 5 litres 2 2 litres 9 Au contraire la mortinatalité progresse dans les pays où la consommation de l'alcool grandit : Belgique .France .1830 3.6 Norvège ., Allemagne Suisse.1888 3 InSO 3.9 1894 3.8 18"8 4.3 1891 3.9 3 litres 6 4 litres 7 1 litre 50 2 litres 27 3 litres 85 1835 4.4 actuellement 1841-1845 1858-1862 1886-1888 4.6 3.2 4.4 4.5 De tels chiffres out leur éloquence.1 —Dr Cat, L'alcoolisme chez la femme.2— René Arrivé, Influence de Valcoolisme sur la dépopulation.30 466 LA NOUVELLE - FRANCE IV On dit et on répète partout que l’alcoolisme restreint et diminue les naissances : c’est une erreur.Des auteurs sérieux prétendent que si le taux de la natalité s’abaisse en France d’une inquiétante façon, la faute en est à l’alcool.On peut suivre département à département, écrit le Dr Jacquet, la marche parallèle, inexorablement liée de cette série lugubre : alcoolisme intense, mortalité forte, natalité basse, criminalité élevée, aliénation mentale excessive ; tout cela, se tient, s’enchaîne, s’appelle l’un l'autre avec une logique implacable.Exemple : L’Eure est le département le plus alcoolisé, c'est aussi celui où l'on naît le moins, où l’on tue le plus, où l’asile d’aliénés regorge '.U y a là une illusion tenace que le Dr Souilhé n’a pas de peine à dissiper, chiffres en mains.Bornons-nous à citer ses conclusions : D’une part les départements fortement alcoolisés, ceux de la Normandie en particulier, fournissent un chiffre de naissances supérieur à la moyenne ; d'autre part les départements où l’on consomme le moins de boissons alcooliques, comme le Lot et le tiers, donnent dans notre pays la natalité la plus basse.Enfin dans certains départements, comme l'Eure, le Calvados et la Meuse, nous avons pu constater une augmentation du taux des naissances parallèle à l’extension du fléau alcoolique.En présence de ces résultats, la seule conclusion possible est que l'alcoolisme, loin de diminuer la natalité dans un pays, tend plutôt à l’accroître.Ce sentiment est partagé par les savants qui ont étudié avec soin la question.Le D‘ Arrivé a observé de nombreuses familles et les partage en trois groupes : un groupe alcoolique, un groupe tuberculeux et un groupe indifférent : 81 familles d’alcooliques ont donné 383 enfants, soit 4.72 par famille.76 familles de tuberculeux ent donné 332 enfants, soit 4.36 par famille.245 familles d’indifférents ont donné 791 entants, soit 3.22 par famille.Les familles alcooliques arrivent donc eu tête au point de vue 1 —Alcool, maladie, mort. 467 LES MÉFAITS DE IÉ ALCOOLISME de la natalité, et ces résultats permettent d’affirmer que « l’ivrog.ie est un être prolifique.» Le même auteur remarque que les générations d’alcooliques sont produites dans un état d’infériorité évident et qu’elles deviennent rapidement impropres à, continuer la race.Si les alcooliques, dit-il, sont des progéniteurs actifs, en sera-t-il de même de leurs enfants?Dès la première génération, la stérilité apparaît chez quelques-uns des enfants d’un couple ivrogne, d’autres débiles ou mal formés ne pouvant trouver à s’accoupler seront stériles au point de vue social ; les mieux partagés auront une apparence robuste et une intelligence souvent éveillée, mais la puberté suscitera chez eux le vice familial ; leurs enfants seront alors chétifs et progressivement d'étape en étape s’épuisera la résistance vitale des descendants, et la lignée s'éteindra vers la quatrième génération, ainsi que l’a constaté Morel.Entre la stérilité des uns et la prolificité des autres, la compensation n’arrive pas à s’établir ; et il faut admettre que le gain l’emporte sur la perte.Ce n’est pas du côté de l’alcoolisme, mais dans un vice inavouable qu’il faut chercher la cause de la diminution du nombre des naissances qui afflige la race française.V Si l’alcoolisme ne diminue le nombre ni des naissances ni des mariages, comme nous l’avons montré, il est difficile de comprendre qu’il soit une cause active et prépondérante de dépopulation.Tout s’explique par cette considération qu’il augmente la morbidité et par là même accroît la mortalité.La conséquence est fatale, inévitable.Si les naissances s’accumulent, les décès se multiplient de plus en plus, l’excédent des premières sur les autres diminue progressivement, et finalement la mortalité devenue prépondérante triomphe de la race.L’alcool, on ne saurait trop le répéter, est un poison violent qui s’attaque à tous les organes et les prédispose aux plus graves infections.La pneumonie, par exemple, est une maladie sérieuse, mais guérissable : chez le buveur, elle présente des symptômes nouveaux, une allure caractéristique, un pronostic alarmant.Il 468 LA NOUVELLE - FRANCE semble que l’alcoolisme déprime l’organisme et le met dans un état de moindre résistance vis-à-vis de la maladie.Un savant médecin des hôpitaux de Paris, que nous avons déjà cité, M.le Dr Jacquet, a fait une enquête sévère et instructive dans ses services.Sur 4,744 malades, il a trouvé le nombre énorme de 1405 alcooliques, dont la plupart boivent de l'absinthe.L'absinthe, déclare-t-il, devient par excellence la boisson nationale : par son extension dans la classe bourgeoise, à la dose quotidienne que la plupart croient inoffensive, et quelques niais, hygiénique, elle est pour une part responsable de cette faiblesse irritable, de cette nervosité trépidante, qui forment le fond de notre caractère.Sur ses 1405 alcoolisés malades, M.Jacquet en compte 217, soit 4.57%, frappés de maladies dues directement à l’intoxication alcoolique : 1-5 cas de gastrites ou gastro-entérites, 21 affections du foie, le reste appartenant à l’alcoolisme chronique, paralysies, etc.Mais, ajoute judicieusement notre confrère, les ravages sont tels que nous pouvons tenir les alcoolisés pour négligeables.C’est surtout en favorisant le mal humain, sous toutes ses formes, l’agression parasitaire y compris, que l'alcool nuit aux hommes, et les expériences de Schmiedeberg et de Baryatinsky, nous montrant en lui avant tout un paralysant des grandes fonctions vitales, sont en harmonie avec cette malfaisance, comme avec la conception moderne de la défense contre les microbes '.Aucune maladie n’est plus directement favorisée par l'intoxication alcoolique, que la tuberculose dont on sait les inquiétants ravages.Ce fléau des temps modernes nous enlève annuellement 150,000 Français ; et, à Paris où il fait rage, il tue piar an 13,000 habitants dont 2,000 enfants.Or, l’alcoolisme ayant pour effet constant de débiliter les organes, ses victimes sont plus exposées que d’autres à l’infection tuberculeuse.« Tandis que la sobriété sauvegarde la vigueur et la santé, dit le professeur Landouzy, l’alcoolisme devient l’agent le plus formidable de dégénérescence aussi bien pour l’individu que pour sa descendance.Dégénérescence qui notamment laisse l’individu sans résistance vis-à-vis de la contagion tuberculeuse, si bien que j’ai pu dire familièrement que l’alcoolisme faisait le lit à la tuberculose.» ] — Société médicale dee hôpitaux, 8 décembre 1899. LES MÉFAITS DE l’ALCOOLISME 469 Plusieurs médecins des hôpitaux ont mené à cet égard des enquêtes très instructives.Dans son rapport déjà cité, le Dv Jacquet compte 252 phtisiques à la troisième période (cavernes) : 180, soit 71.42%, étaient alcooliques avant les premiers symptômes du mal.Le Dr Barbier à l’hôpital Bichat a trouvé que les deux facteurs les plus puissants de tuberculisation sont : l’immigration à Paris, 70%, et l’alcoolisme, 88%.Le D1 Rendu a constaté que les forts delà Halle meurent presque tous tuberculeux, quoique vigoureux, mais parce que alcooliques h Le professeur Lancereau, sur 2192 observations de tuberculose, a pu en mettre légitimement 1229 au compte de l’alcoolisme ; ce ce qui confirme victorieusement l’heureuse proposition d’un autre maître, le professeur Hayem : «La phtisie se prend sur le zinc.» Le Dr de Lavarcnnc a recherché, dans une laborieuse mais fructueuse enquête, les départements où les tuberculeux abondent.Parmi ces départements, la Seine, le Rhône, le Doubs, la Haute-Vienne, la Loire Inférieure, l’Ardèche se distinguent par un nombre considérable de décès dus à la tuberculose.Or la Seine, la Loire Inférieure et le Rhône consomment de 31 à 32 litres d’alcool par tête et par an, le Doubs 18 litres et demi.Ce sont des proportions excessives.La Haute-Vienne et l’Ardèche semblent faire exception, ne consommant que peu d’alcool.Le Dr de Lavarenne n’a pas de peine à expliquer cette apparante contradiction.Si la mortalité est aussi élevée, dit-il, c’est que la statistique de l’alcool porte sur la population de tout le departement, y compris celle des campagnes où l'on boit beaucoup moins, tandis que la statistique de la tuberculose porte seulement sur la population des villes où l’on boit beaucoup plus.Et, en effet, dans la Haute-Vienne, nous avons Limoges où l'on consomme 22 litres 65 par tête ; dans l’Ardèche, nous avons Annonay où l’on boit énoimé-mentet qui, dans la statistique de tuberculose pour l’Ardèche, fournit près de 20,0UÜ habitants sur une totalité de 40,0UU 2.1 — Société médicale des hôpitaux, 30 juin 1899.2 — Alcoolisme et tuberculose. 470 LA NOUVELLE - FRANCE Le rapport entre l’alcoolisme et la tuberculose nous paraît établi."Hélas ! il est douloureux de constater que la France et la Belgique, assurées parmi les nations de la première place au point de vue de la consommation de l’alcool, sont aussi les plus durement frappées par la tuberculose.Cette double supériorité n’a rien d’enviable.L’alcoolisme est le facteur de nombreuses maladies et il en résulte cette conséquence : qu’il détermine une mortalité considérable.D’après les statistiques très complètes dressées en Angleterre par J.Tatham, les cabaretiers, brasseurs, ouvriers des docks, qui, par profession, paient un large tribut à l’alcoolisme, présentent une mortalité deux, trois et même quatre fois plus considérable que les cultivateurs, clergymen et maîtres d’école moins exposés à la tentation.La mortalité par phtisie sévit surtout sur les cabaretiers, les marchands ambulants, les garçons de cabaret.La mortalité générale de Paris tend à diminuer ou à rester stationnaire ; mais en la détaillant, on constate sans peine que la mortalité s’est accrue pour toutes les maladies qui se rapportent à l’alcoolisme.Ainsi depuis 20 ans la cirrhose du foie, la néphrite ont occasionné un nombre double de décès.Une étude spéciale du Dr Choimaux-Dubisson 1 nous renseigne utilement sur l’accroissement de la mortalité en Normandie, où les progrès de l’alcoolisme sont effrayants depuis 100 ans.En 1800, dans le canton observé, pour 294 naissances, on comptait 125 décès, 1 pour 119 habitants; en 1892, pour 167 naissances, on trouve 122 décès, 1 pour 48 habitants.Ce déchet entraîne une baisse importante dans la durée moyenne de la vie.En 1800, cette durée était de 62 ans pour les hommes et de 59 pour les femmes ; en 1892, elle tombe à 39 pour les hommes et à 45 pour les femmes.La disproportion entre les sexes est saisissante et tient à ce que les femmes résistent mieux que les hommes aux 1 — Contribution à l'étude de l'alcoolisme en Normandie, 1896. 471 LES MÉFAITS DE L’ALCOOLISME tentations de l’alcool.Mais déjà leur vaillance faiblit, et tout est à craindre pour l’avenir.La mortalité qui atteint si cruellement les adultes frappe encore plus durement l’enfance si tendre et si fragile.A côté des accouchements prématurés et des mort-nés si fréquents que nous avons déjà signalés, il faudrait inscrire les mortalités précoces, souvent attribuables aux soins insuffisants et à la démoralisation des parents alcooliques.Que de pauvres petits êtres sont ainsi négligés, livrés à l’abandon et succombent faute de soin et de nourriture ! Les rejetons d’ivrognes sont particulièrement délicats, nerveux, et leur mortalité est surtout due aux maladies à type convulsif.L’épilepsie tient à cet égard le premier rang.Il y a un demi-siècle que l’illustre Morel écrivait déjà : C'est surtout dans les cas d’alcoolisme du père et de la mère qu’il est possible la plupart du temps de relier à leur véritable cause génératrice les mauvais instincts innés des enfants, leur état d’épilepsie, d’idiotie, d’imbécillité ; tout ce qui les constitue en un mot à l’état d’êtres dégénérés, incapables souvent de reproduire leur race, ou ne la reproduisant que dans des conditions plus fatales encore pour leur descendance l.Le Dr Martin-Roux a pu recueillir en 1874 dans la section des aliénés à la Salpêtrière 83 observations d’enfants et d’adultes épileptiques.Il les a divisés en deux catégories : dans la première comprenant 60 malades, c’est-à-dire plus des deux tiers, il a mis les cas où l’alcoolisme des parents est acquis ; dans la seconde, l’alcoolisme des ascendants est soupçonné ou douteux.Dans chacun des groupes, le Dr Martin a nombré les frères et sœurs des malades, les survivants et les morts en 1874 et a pu ainsi établir le tableau suivant : Frères et Sœurs.Convul- sions.Morts.Vivants.48 1ère catégorie, 60 filles épilept.2è catégorie, 23 filles épilept.Totaux.83 244 132 112 46 83 10 37 158 327 58 169 1— Traité des dégénérescences, 1857. 472 LA NOUVELLE - FRANCE Comme on le voit, la distinction est frappante.Dans la catégorie des alcooliques invétérés, un cinquième des enfants ont eu des convulsions, et plus de la moitié sont morts presque tous très jeunes.Dans le second groupe, au contraire, où l’alcoolisme est douteux ou nul, le plus grand nombre des enfants survivait en 1874, et un huitième seulement avait subi des convulsions.En groupant les statistiques, on constate que les 83 familles dans lesquelles un ou plusieurs membres présentaient une surexcitation nerveuse d’origine alcoolique ont eu 410 enfants.Sur ce nombre, 108, c'est-à-dire plus du quart, ont eu des convulsions (car sur nos 83 épileptiques, 50 avaient eu d’abord des convulsions éclamptiques fort distinctes de l'épilepsie) et en 1874, 169étaient morts tandis que 941 vivaient encore, mais 83, c’est-à-dire plus du tiers des survivants, étaient épileptiques.Et notre distingué confrère se croit autorisé à conclure : L’alcoolisme, c’est l'abrutissement chez le buveur, une vie misérable, et puis bientôt une extinction rapide chez sa descendance Le Dr Grenier a pu établir de son côté une statistique très forte de fils d’alcooliques à système nerveux dégénéré.Sur 195 cas, 145 convulsivants : 42 épileptiques, soit 24%.17 hystériques.29 atteints de convulsions infantiles, soit 40.50% 1 2.L’influence de l’intoxication alcoolique des ascendants sur le système nerveux de leurs enfants est prouvée par la science.Aucun médecin ne l’a mieux mise en évidence que le Dr Legrain, un maître en neurologie.Il a pu grouper dans une statistique 215 familles et il y a trouvé un total de 814 unités ayant subi les atteintes de l’alcoolisme.Défalquons de ce chiffre les mortinatalités et les mortalités très précoces, il reste encore 761 unités, sur lesquelles 173 hérédo-alcooliques ont subi les convulsions infantiles, soit une proportion de 22.70% ; 42 ont été atteints de troubles 1 —De l'alcoolisme des parents, Annales médico-psychologiques, 1879.2— Contribution à l'étude delà descendance des alcooliques, 1887. 473 LES MÉFAITS DE L’ALCOOLISME méningitiques, soit 5.52% ; 131 ont été frappés d’épilepsie ou d’hystérie, soit 17,20%.«Convulsions infantiles, épilepsie, méningite, dit notre éminent auteur, forment une sorte de trilogie pathologique que l’on peut signer hérédo-alcoolisme h » Remarquons encore que d’après les chiffres du Dr Legrain, la misère physiologique, la débilité physique, mère de la tuberculose, et la tuberculose elle-même figurent pour 93 (dont 53 tuberculoses) soit 11.40% ; et qu’en ajoutant aux totaux déjà cités ceux des mortalités précoces et des mortinatalités ou doit estimer à 32.60% les pertes subies par la société, ce qui revient à dire que le tiers des individus est atteint par le vice héréditaire.La mortalité prématurée des liérédo-alcooliques se trouve admirablement démontrée par la statistique déjà citée du Dr Arrivé : Groupe alcoolique—363 sujets, 112 morts de 0 à 1 an, 93 de 1 à 5 ans, 45.15%.Groupe tuberculeux—332 enfants, 61 morts de 0 à 1 an, 31 de 1 à 5 ans, soit 27.71%.Groupe indifférent—791 enfants, 141 morts de 0 à 1 an, 60 de 1 à 5 ans, soit 25.41%.Notre confrère arrive ainsi aux conclusions suivantes qui mettent en relief les pertes dont 1 alcoolisme est responsable : Groupe indifférent—Sur 100 conceptions, 25.85 sont stérilisées avant les premières années d’existence.Groupe tuberculeux—Sur 100 conceptions, 29.07 sont stérilisées avant la première année d’existence.Groupe alcoolique—Sur 100 conceptions, 42 sont stérilisées avant la première année d’existence.Ainsi, chez les alcooliques, voilà 42 conceptions perdues sur 100, soit près de la moitié ! Ce gros total dépasse de 13% le chiffre des pertes par la tuberculose, de 16% celui des pertes dans les familles exemptes de ces deux tares.] — Dégénérescence sociale et alcoolisme.Ce livre bourré de faits et d’idées est à lire ; malheureusement il est empreint d’un esprit étroit et sectaire. 474 LA NOUVELLE - FRANCE Il faut souhaiter que de telles constatations soient comprises et éclairent enfin l’opinion sur l’énorme mortalité infantile qui désole la France, d’ailleurs si peu prolifique.Rappelons quelques chiffres avec le Dl Souillié : Nous perdons chaque année 150,500 enfants de moins d'un an, et 325,000 de 1 à 10 ans, ce qui nous donne un total de 500,000 enfants environ, de 10 ans et au-dessous.Si l’on considère que la mortalité globale est do 820,000 à 850,000, on verra la proportion considérable qu’occupent les enfants dans le chiffre de la mortalité générale.A Pari-q la mortalité de l’enfance varie, suivant les quartiers, de 12.7 à 46%.A Lyon, en 1889, d’après le Dr Fleury, elle était de 49%.Ajoutez à cela les nombreux avortements criminels qui, de jour en jour, tendent à augmenter, et dont pas I sur 2,000, d’après les statistiques judiciaires, n’est connu ou poursuivi par la justice.Ces chiffres vraiment effrayants ont préoccupé les hygiénistes, et de toute part on s'est efforcé par tous les moyens de limiter cette mortalité infantile.La tâche est difficile dans l’étal actuel des mœurs, et nous ne croyons pas avec notre jeune confrère que tout le mal réside dans l’alcoolisme.Mais la lutte contre ce fléau n’en est pas moins à recommander, car l’alcoolisme a une part indéniable, et une large part, dans la mortalité infantile.VI La descendance des ivrognes est tarée, nous l’avons vu, et rapidement décimée ; mais que deviennent les survivants?Sont-ils bien pondérés au point de vue intellectuel et moral ?Sont-ils utiles à l’ordre social ?Hélas ! ils sont presque fatalement marqués au front de la tare héréditaire, ils accusent une dégénérescence plus ou moins profonde dans leur santé, dans leurs habitudes, dans leur mentalité.L’alcool, dit le Dr Legrain, fait une première victime : le buveur ; mais à son tour le buveur fait de nombreuses victimes dans ses descendants ; ceux-ci à leur tour frappent de déchéance leurs héritiers, surtout lorsqu’ils deviennent, et c’est très fréquent, alcooliques eux-mêmes.Et cette déchéance atteint surtout l’esprit et le caractère : l’intelligence se rétrécit et s’abaisse, la volonté s’affaiblit et se perd, et l’homme arrive à ne plus vivre que d’une vie animale, bestiale. 475 LES MÉFAITS DE L’ALCOOLISME Le Dr Legrain, dans sa vaste enquête des asiles, a pu suivre de génération en génération les progrès de l’intoxication alcoolique jusqu’à l’anéantissement complet de la famille.Son étude comprend 215 observations avec total de 508 individus.Or pas un de ces malheureux ne s’est montré exempt du vice héréditaire, soit dans ses facultés psychiques, soit dans son système nerveux, soit dans sa santé générale.Les états dégénératifs, qui ont été souvent constatés, 168 fois à la première génération, se présentent sous différente aspects : tantôt c’est une simple déséquilibration de l’intelligence, avec violences, bizarreries, excès, obsessions ; tantôt c’est une impulsion irrésistible, telle la dipsomanie qui pousse inconsciemment le fils du buveur à faire comme son père.Parfois l’alcoolique arrive dès la première génération à la débilité mentale, à l’imbécillité, même à l’idiotie.Sur les 215 observations, le Dr Legrain a trouvé : Déséquilibration simple.Débilité mentale .Folie morale .Impulsions dangereuses En même temps le degré d’intelligence baisse beaucoup : 88 familles comptent des arriérés.La débilité mentale n’est pas rare, mais l’idiotie est encore exceptionnelle.Les signes physiques de dégénérescence accompagnent ces troubles psychiques : ce sont des malformations crâniennes, du strabisme, de la blésité, de la surdité, de la surdimutité, de la cécité congénitale, des tics, des paralysies, etc.Le mal s’aggrave à la deuxième génération : le niveau intellectuel et moral fléchit encore, la dégénérescence s’accuse.Il n’y a pas de famille qui ne compte un ou plusieurs arriérés.L’idiotie devient presque fréquente.Dans 54 familles sur 98, le Dr Legrain a rencontré la débilité mentale, l’imbécillité, l’idiotie ; dans 13 la déséquilibration simple ; dans 8 le nervosisme.La folie morale atteint un ou plusieurs membres dans 23 familles.63 fois 88 32 “ 13 “ 476 LA NOUVELLE - FRANCE Suivons l’hérédo-alcoolique jusqu’à la troisième génération, et nous constaterons avec le Dr Legrain l’anéantissement de la famille.Notre savant confrère n’a pu suivre jusqu’à cette navrante étape que sept familles comprenant un total de 17 enfants.Tous sont arriérés, faibles d’esprit, imbéciles ou idiots.Deux sont atteints de folie morale.Doux sont hystériques, Deux épileptiques.Quatre ont eu des convulsions infantiles.Un a été atteint de méningite.Trois sont scrofuleux ou profondément débilités.Voilà le bilan de l’alcoolisme héréditaire: une série d’avortons et de ratés qui annoncent la tin de la race ! Mais nous n’avons pas encore tout dit.Il nous reste à parler d’une redoutable maladie, l’aliénation mentale, dont les progrès en ces derniers temps sont dus en partie à ceux de l’alcoolisme.L’alcool est un poison cérébral, et il n’est pas surprenant que l’intoxication entraîne des désordres plus ou moins graves dans la mentalité, la déséquilibration psychique et finalement la folie.Tous les asiles d’aliénés renferment un grand nombre d’alcooliques et d’hérédo-alcooliques.A celui de Ville-Evrard, sur 100 entrées, il y a 22 alcooliques ; la plupart sont des buveurs d’absinthe.En tête des pensionnaires figurent les marchands de vin (40 sur 200) ; puis viennent les cochers, les bureaucrates.Dans une enquête, le Dr Legrain n’a pas manqué de rechercher l’aliénation mentale : il l’a rencontrée chez les hérédo-alcooliques dès la première génération.Sur 215 familles, 106 ont plusieurs fous, sous les espèces suivantes : Tendances, états, délires mélancoliques Suicide .Etat maniaque.Folie intermittente.Délire chronique.Paralysie générale.Affaiblissement des facultés.Folie dégénérative.eu un ou 19 fois 32 “ 2 «• 1 “ 3 « 10 *• 9 “ 30 “ ' 477 LES MÉFAITS DE L’ALCOOLISME Les troubles mentaux s’accentuent à la deuxième génération : dans 28 familles sur 33 on constate l’aliénation, toujours sous sa forme dépressive.En résumé, sur 761 descendants de buveurs, le Dr Legrain a trouvé 145 cas de folie, soit une proportion de 19%.M.le Dr Chonuaux-Dubisson a fait dans le canton de Normandie déjà cité une constatation intéressante.De 1800 à 1815, on n’y a pas vu un seul cas d’aliénation.En 1892, on y comptait 19 cas, dont 16 ont été internés.Le D' Grenier, en réunissant 188 observations d’hérédo-alcoo-liques, y a trouvé 38 cas d’aliénation mentale se rattachant nettement à l’alcoolisme, soit 20.30%, un cinquième.Une statistique de Vanlaër permet de bien saisir le rapport qui existe entre l’augmentation des cas d’aliénation et l’accroissement de la consommation de l’alcool.Eu 1865, pour une consommation de 873,007 hectolitres d’alcool, il y avait 13,983 aliénés.En 1892 le chiffre de l’alcool monte à 1,735,367, et celui des cas de folie s’élève à 58,753.La fameuse enquête de M.Claude (des Vosges) a montré que sur 80,593 aliénés internés dans les asiles de 1861 à 1885, 16,932, soit 21%, devaient leur mal à l’alcoolisme.Le Dr Magnan évalue la proportion des alcooliques à Sainte-Anne à 30% chez les hommes, à 9% chez les femmes.La progression de l’aliénation mentale est attestée par ces chiffres ; le département de la Seine qui comptait 7,805 aliénés en 1867 en avait 21,700, soit trois fois plus, en 1896.La raison se perd de plus en plus au fond des verres, et l’on peut se demander anxieusement ce que nous réserve l’avenir.VII L’alcool ne trouble pas seulement l’intelligence, il pervertit le cœur et la volonté.Et cette anesthésie morale, comme on l’a appelée, est la cause de crimes nombreux qui font du buveur et de ses enfants de véritables piliers de prison. 478 LA NOUVELLE - FRANCE L’hérédo-alcooliquc est d’ordinaire un impulsif, dont la responsabilité est plus ou moins atténuée.Parfois même il est inconscient, surtout quand il est épileptique.Nous n’avons pas à examiner ici les rapports de l’alcoolisme avec le droit pénal, nous ne nous occupons que de nos relations avec la criminalité.Toutes les statistiques les démontrent avec évidence.D’après un travail d’Arboux, les prisons de la Seine contiennent une proportion d’alcooliques de : 53.3 chez les meurtriers ; 57.1 chez les incendiaires ; 70 chez les voleurs et les escrocs.Le Dr Chonnaux-Dubisson ne trouve dans son canton, de 1800 à 1815, que trois délits criminels ; il en constate 176 en 1892.Voici sa statistique de crimes violents : Viols, attentais à la pudeur.Blessures non suivies du mort.Blessures suivies du mort Empoison- nements.1800 0 0 0 0 1892 42 70 52 12 En Allemagne, un savant renommé trouve 13,700 buveurs sur 32,837 détenus dans les prisons (Baër).Un professeur de Vienne, en Autriche, estime que 58% des crimes ou délits sont accomplis dans l’état d’ivresse 1.Il y a pour la France un tableau do Druhen qui est particulièrement suggestif : c’est celui qui indique les rapports entre le nombre des condamnations d’une part et la consommation de l’alcool mesuré par le nombre des cabarets de l’autre.1 cabaret pour : 88 habitants.1 condamné pour : 138 habitants.220 “ 200 " Seine.Seine Inférieure.Nord.Pyrénées Orientales, Allier.Hautes Alpes.Creuse.75 52 147 405 122 121) 530 615 132 1504 1 — A.Lœftier, Congrès international contre l'alcoolisme à Vienne, avril 1901. LES MÉFAITS DE IÉ ALCOOLISME 479 Le Dr Romme a fait des constations analogues : Les trois grands consommateurs d’alcool, la Seine Inférieure, le Calvados et l’Eure ont 80 condamnés pour 10,0UÜ habitants.Les départements de l’Indre et Loire, Loir et Cher et Loiret qui sont moyennement alcooliques, ont seulement 50 condamnés pour 10,000.Enfin la Creuse, la Corrèze, la Haute Vienne qui consomment fort peu d’alcool, en ont seulement 35 pour 10,000.Et quand ou étudie les rapports entre l’alcoolisme et la criminalité dans les pays étrangers, on arrive à la même conclusion qui montre toute la justesse du mot de Vanlaer : La courbe de la criminalité se mesure exacte- ment sur la courbe de l'alcoolisme.» Parmi les crimes qui se multiplient actuellement, il n’en est pas de plus stupéfiants, de plus inquiétants que ceux dont sont auteurs des adolescents, presque des enfants.On voit aujourd’hui des criminels de 15, de 12, de 10 ans même qui ont accompli leurs sinistres forfaits avec calme, calcul et préméditation.Dans le milieu parisien, écrit le Dr P.Garnier, médecin en chef de l’infirmerie spéciale de la Préfecture de police, où nous avons vu la folie alcoolique progresser avec une rapidité effrayante, il est un fait qui depuis un certain nombre d'années frappe d’étonnement, confond le moraliste, le philosophe, trouble magistrats et jurés : c’est l'excessive précocité dans le crime.Aujourd'hui le grand criminel, le héros de la cour d’assises est le plus souvent un adolescent Le même auteur a constaté par des chiffres la progression toujours croissante delà criminalité juvénile comparativement à la criminalité de l’adulte.De 1888 à 1900, en 13 ans, la criminalité juvénile annuelle, celle de 16 à 20 ans, est montée de 20 à 140, tandis que la criminalité adulte pour une période égale, par exemple de 31 à 35 ans, n’a pas augmenté ou à peine (25 en 1900 au lieu de 20 en 1888).Pour une même période, conclut le Dr Garnier, la criminalité juvénile est donc à la date de 1V00, six fois plus fréquente que la criminalité adulte.A quoi tient cette fréquence aussi étrange que peu rassurante ?Les auteurs n’hésitent pas à l’attribuer aux progrès de l’alcoolisme.1 — La criminalité juvénile, Annales d'hygiène publique et de médecine légale, novembre 1901. 480 LA NOUVELLE - FRANCE Que Von supprime l’alcool, quel qu'il soit, sous n’importe quelle forme puisse-t-il se présenter, dit avec une louable conviction le Dr A.Baratier et on ne rencontrera plus de fous, de voleurs el d’assassins parmi les enfants de 15 ans.Nous ne partageons pas l’optimisme de notre confrère, nous croyons comme lui aux rapports étroits de l’alcoolisme et de la criminalité, mais nous savons aussi que l’homme ne naît pas bon, et que la religion est un frein salutaire, nécessaire pour ses mœurs.Est-ce que l’enseignement du catéchisme ne rentrerait pas utilement dans les moyens de la lutte contre le vice et l’alcoolisme ?C’est absolument notre avis, et on y reviendra.Le même remède serait efficace contre les suicides qui se multiplient de plus en plus dans notre société sans idéal et sans foi.L’alcoolisme y a certainement sa part.M.Claude, dans son rapport, trouve de 1836 à 1840 une moyenne de J547 suicides par au, dont 5.8% d’origine alcoolique.Ce chiffre grossit avec les années : il monte en 1885 à 7901, dont 868, soit 11%, peuvent être attribués à l’intoxication alcoolique.Il y a sur l’enfance contemporaine une multiplicité et comme une épidémie de suicides.Tous la constatent avec douleur, mais on ne l’explique pas partout de la même manière.On est frappé, dit le Dr Bouillie, de la quantité d’enfants qui mettent fin à leurs jours.Four une cause insignifiante, une réprimande de leurs parents, parfois même un dégoût précoce de la vie, de tout jeunes gens se pendent ou se noient.Peut-on expliquer ce fait autrement que par un état mental particulier, et l’idée du suicide à l’âge où l’on tient le plus à la vie peut-il éclore dans d’autres cerveaux que dans des cerveaux de dégénérés ?Nous répondons sans hésiter affrmativement à l’interrogation un peu naïve de notre confrère.La dégénéresccnse a son rôle dans ces catastrophes, tout comme l’activité sensible ; mais elle ne suffit pas à les expliquer.Il faut aussi faire la part de l’âme ; if faut tenir compte de la volonté consciente et libre que ne règle pas une conscience droite, chez des malheureux sevrés des lumiè- 1 — L'alcool et Venfance, Tribune médicale, 1890. LES MÉFAITS DE L’ALCOOLISME 481 res de la foi, étrangers à toute pratique religieuse.Comment un pauvre enfant résisterait-il victorieusement aux brutales poussées de l’instinct, quand tout contre-poids lui a été enlevé par l’enseignement laïque et sectaire ?Nous admettons du reste sans peine que nombre de ces enfants n’ont dans leurs écarts de conduite qu’une responsabilité limitée par suite de tares somatiques et nerveuses qui résultent du vice héréditaire.C’est une raison de plus de penser à leur âme.Un dernier exemple rapporté par le Dr Pellmann de Bonn mérite d’être cité pour donner une idée saisissante de la dégénérescence alcoolique et de ses lointaines répercussions.Ada Jurlce, alcoolique, voleuse et vagabonde, née en 1740, meurt au début du siècle ; sa postérité compte 843 individus ; sur 709 qui ont pu être retrouvés, on compte : 106 nés hors mariage ; 142 mendiants ; 64 pensionnaires de dépôts de mendicité ; 81 prostituées ; 76 criminels dont 7 assassins.La plupart sont dégénérés.En 75 ans, cette famille d’alcooliques a coûté à l’Etat, en secours d’indigents, entretien dans les asiles et les prisons, en dommages causés, une somme évaluée à plus de cinq millions de marks.Tout commentaire affaiblirait la force de cet exemple, avec le tableau des dégâts énormes que cause l’alcoolisme dans la société.Nous l’abandonnons aux méditations du lecteur et nous espérons que, convaincu par nos arguments, il se ralliera à la conclusion qui s’impose et ressemble à un cri de guerre : U alcoolisme, voilà Vennemi ! Dr Surbled.31 CORRESPONDANCE DU MEXIQUE Quand on lit l’histoire des Républiques hispano-américaines, dans le siècle passé, ce sont la pitié et le dégoût qui nous viennent au cœur.Enrichies par la Providence, plus que toute autre contrée, ces nations ont gaspillé leurs trésors, ont décimé leur population par des révolutions incessantes.Tout aventurier cupide y a toujours trouvé des niais pour soutenir sa cause, les armes à la main, et le porter au pouvoir, où son unique préoccupation était de se faire une fortune personnelle.Ne désespérons pas de la race, pourtant.Les diverses nationalités sont encore en formation : quand elles seront assises, elles nous étonneront par leurs progrès, elles envahiront nos marchés, nous les craindrons.C’est le spectacle du Mexique actuel qui nous impose cette pensée.Ses premiers habitants plus civilisés que ceux du reste du continent, sans exclure les sujets des Incas, se sont assimilé plus vite les pratiques européennes, une fois leur indépendance conquise, et aujourd’hui la vaste République mexicaine est une des plus avancées dans les voies du progrès.Elle aussi, pourtant, a eu son époque d’enfance impuissante et de jeunesse turbulente et folle.Libre du joug de l’Espagne, en 1821, le Mexique, dans un rêve de grandeur suggéré par son passé de nation païenne, voulut se donner pour chef un Empereur.Iturbide, le Napoléon de ses armées triomphantes et libératrices, reçut le diadème et le sceptre.Il eut son Blücher.Santa Ana, un soldat d’aventure, le fit fusiller pour proclamer la République.Ce fut le commencement de désordres politiques qui durèrent 40 ans.Les Impérialistes et les Républicains d’abord, puis les conservateurs et les libéraux se combattirent sans trêve. 463 CORRESPONDANCE DIT MEXIQUE Le pays se saignait aux artères.Les Etats-Unis profitèrent de ces troubles; ils envahirent le Mexique, les libéraux s’unirent à eux, et ils contribuèrent ainsi au démembrement de leur patrie.Depuis lors, à Washington, on guette le moment propice pour l’absorption entière du vaste territoire mexicain.La première bouchée a été succulente ; elle a redoublé l’appétit du Yankee.Du reste, le consul américain au Venezuela publiait, l’année dernière, dans le Harper’s Magazine, dont on sait l’importance, que, « du pôle Nord à l’Equateur, il ne devrait exister qu’une seule nation, celle des Etats-Unis de l’Amérique du Nord, dont le chef résiderait à la Maison Blanche.» A-t-on remarqué cet article au Canada?Il a fait impression au Mexique et la nation qui est entrée dans l’âge mûr en 1867, sur la tombe de son second empereur chrétien, Maximilien d’Autriche, lâchement abandonné par Napoléon III, s’attache plus fortement à Don Dorfirio Diaz, le chef qu’elle s’est donné et qui a été l’ouvrier de son relèvement.Voilà 25 ans que Don Portirio Diaz est président de la République mexicaine.Tous les quatre ans il est réélu sans aucune opposition.Malgré son âge — il a plus de 70 ans — il consent de nouveau à se présenter comme candidat aux électeurs pour la période présidentielle 1904-1908.Il est encore vert et robuste, et l’on espère que sa carrière politique se prolongera au-delà de ce laps de temps.Ce n’est point par le despotisme, mais par sa valeur et le succès de ses œuvres qu’il s’impose au libre choix de ses concitoyens.On regarderait comme une calamité nationale son refus de gouverner le pays.Quand il entra en charge pour la première fois, le pays était ravagé par des bandes dont l’insurrection était le métier.Le pouvoir, quel qu’il fût, les avait toujours pour ennemies.Elles rançonnaient les villes et leur butin servait à alimenter leur vie de fêtes honteuses.Elles formaient les «garibaldiens» de l’époque.Le nouveau Président, habile soldat, qui avait arraché Puebla 484 LA NOUVELLE-FRANCE et Mexico aux troupes de Maximilien, poursuivit ces hordes et, malgré les difficultés du pays montagneux et boisé, il en fit plusieurs prisonnières.Il offrit aux captifs des places dans l’armée régulière ou l’administration civile, suivant leurs goûts, leurs grades et leur instruction.L’échafaud devait être le partage des relaps.Sans hésiter, les vaincus devinrent, pour la plupart, de paisibles fonctionnaires et leur exemple amena la soumission de nombreux partis de rebelles de profession.Ceux qui subsistèrent ne furent plus considérés que comme des troupes de voleurs.La tranquillité politique était établie ; on n’avait pas encore la sûreté personnelle.Voici comment un témoin de ces tristes temps décrivait la situation des voyageurs : Quand nous voulions aller à la capitale, pour affaires, nous y envoyions, d'abord, par les caisses de l’Etat, la somme d'argent dont nous aurions besoin.Ensuite nous nous mettions en route avec de l’argent en évidence dans notre pardessus ; une autre somme cousue dans la doublure du paletot, une troisième dans celle du pantalon.Le pardessus et la somme qu’il contenait restaient entre les mains de la première bande de pillards que nous rencontrions—avec le paletot et son pécule nous contentions la seconde — le pantalon et nos derniers centimes restaient à la troisième.Désormais la décence nous réduisait à voyager uniquement la nuit, et nous n’arrivions à destination qu’après avoir été battus par les autres bandes que nous avions rencontrés, et qui nous faisaient sentir combien elles étaient fâchées de n’avoir rien à nous prendre.Quelque chargées que soient les couleurs de ce tableau, on comprend aisément qu’à cette époque le travail, le commerce étaient à peu près impossibles dans la contrée.Porffrio Diaz mit tant d’habileté, de constance et de fermeté pour lutter contre cette plaie, que le brigandage, aujourd’hui, a disparu du Mexique.Dans ce pays, si accidenté, on est autant eu sûreté que sur la belle route qui va de Québec à Montréal.Des chemins de fer se tracent partout sur le territoire, et permettent aux produits innombrables de l’agriculture de cette région, qui possède tous les climats, d’arriver sur les grands marchés.Il 485 CORRESPONDANCE DU MEXIQUE y a, cette année, plus de vingt lignes nouvelles en construction, et je ne connais pas de pays où le travailleur puisse, en ce moment, louer ses deux bras avec plus do facilité.La piastre mexicaine ne vaut que 50 cents canadiens, il est vrai, mais la vie est à meilleur marché au Mexique que dans le Dominion.De plus l’étalon d’argent qui, jusqu’ici, avait été adopté pour la monnaie mexicaine, va être incessamment remplacé par l’étalon d’or.Le ministre des finances, M.Limantour, prépare la conversion métallique et il vient de faire un voyage en Europe pendant lequel les grands financiers lui ont promis leur concours et ont rendu témoignage à son indéniable compétence.Toutes les céréales, le coton, le sucre, le tabac sont les principales productions du pays.On augmente chaque année l’aire de culture en facilitant l’irrigation, et les récoltes sont si abondantes qu’il faut leur chercher des débouchés dans les pays étrangers.Dans le sol aride du Yucatan on multiplie le lienequen, plante de la famille des cactées, dont les fibres servent à faire des cordages d’une très grande résistance.L’exportation de cet article seul donne près de trois millions de dollars à la région.Dans le henequen on trouve encore un suc facilement convertible en alcool, et aujourd’hui où nos lampes et les fourneaux domestiques et industriels peuvent s’alimenter d’alcool, il y a là une nouvelle et très abondante source de richesse.Aussi les Portoricaine, que le joug bienfaisant (?) des Yankees a réduits à la misère, émigrent en masse vers cette contrée.Un terrain, aride comme le Sahara, planté de henequen vaut autant qu’une mine d’or.Le pays a pourtant ses grands désavantages.La fièvre jaune est en permanence au Yucatan, et ceux qui ne sont pas nés aux Antilles sont toujours exposés à succomber, en quelques heures, sous les coups de la terrible maladie.Dans d’autres Etats plus sains de la fédération mexicaine on peut encore réaliser de grands bénéfices.Les plateaux du centre 486 LA NOUVELLE - FRANCE et de la côte du Pacifique sont couverts d’immenses forêts vierges où abondent les essences les plus diverses, surtout le cèdre et l’acajou.Le gouvernement accorde facilement, et pour une modique redevance, des concessions qui donnent à l’exploiteur 50%.Une famille canadienne, qui compterait de nombreux garçons, aurait sûrement là un avenir.Elle trouverait des compatriotes établis dans la contrée.Il y a à Puebla une compagnie canadienne qui travaille à utiliser les cataractes de la rivière Uexaca.Elle fournira à la ville l’électricité sous forme de lumière, de chaleur, et de moteur.Le prix du fluide y sera tellement réduit que l’on peut compter y voir accourir des entrepreneurs, et toute une population ouvrière pour travailler sous leurs ordres.Les mines forment aussi un des attraits du Mexique.Il y en a aujourd’hui 11,865 qui payent patente à l’Etat.1,018 donnent de l’or ; 2,524, de l’argent et de l’or ; 4,225, de l’argent.Des autres, on ne retire que des métaux inférieurs.Comment ne pas mentionner les mines de cuivre du Miohoacan récemment découvertes ?Il y en a une de 125,000 acres avec un filon de 200 mètres de large sur 20,000 de long.C’est la plus grande et la plus riche du monde.Qui n’a pas entendu parler d’Alvarado le pauvre manœuvrier, au maigre salaire, qui, en dix ans, est devenu cent fois millionnaire ?C’est une mine, dont il a conservé la possession tout entière, qui a changé si heureusement sa condition.Il sait faire un bon usage de ses biens.Il donne royalement aux pauvres et a fait bâtir nue église splendide dans sa ville natale.Ceux des Boers qui n’ont pas voulu accepter le joug anglais— et ils sont nombreux—attirés par les richesses minérales du Mexique ont demandé à y fonder une vaste colonie, et Porfirio Diaz, qui veille, avec un soin jaloux, aux intérêts matériels de son pays, leur a accordé toutes les facilités désirables pour la réalisation de leur projet.En se mêlant aux Mexicains, ils augmenteront la valeur et l’énergie de la race aborigène.Espérons qu’ils en prendront la foi catholique. 487 CORRESPONDANCE DU MEXIQUE Par contre, les Chinois ne sont pas admis au Mexique, malgré leurs nombreuses tentatives pour s’y établir.On les accuse d’apporter la peste bubonique avec eux, niais le vrai motif, qui leur ferme l’entrée de ce pays si hospitalier, est la crainte de les voir, par des mariages, abâtardir les générations nationales.Pourquoi donc le général Porfirio Diaz n’a-t-il pas les mêmes scrupules pour ce qui touche à la santé et à la vigueur de l’esprit ?Pourquoi donc a-t-il permis à la secte hideuse des Mormons, l’opprobre le plus grand du protestantisme, d’essaimer au Mexique ?La corruption morale qu’elle apporte avec elle est plus à redouter que les maux physiques.L’hygiène peut nous délivrer de ceux-ci, mais qui ramènera à la vérité l’esprit égaré, à la sainteté du mariage catholique, le Mormon polygame?Le mouvement de colonisation, très intense au Mexique, indique que la vie industrielle et commerciale y est très prospère.Les lettres et les sciences n’y sont pas moins cultivées.Nous avons 10,222 écoles primaires où viennent étudier 825,000 enfants des deux sexes.Les maîtres, les savants se forment dans 68 écoles supérieures de degrés différents ; 139 bibliothèques accessibles au public favorisent les recherches sérieuses et approfondies ; 800 publications quotidiennes ou périodiques trouvent des lecteurs, et qui payent, parmi les Mexicains.Dans 33 musées sont distribuées nos collections scientifiques et artistiques, et Cabrera, qu’on a surnommé le Murillo de l’Amérique, a laissé des continuateurs, qui s’efforcent de reproduire la nature et l’idéal par le pinceau ou le ciseau.Qu’on me permette de donner quelques chiffres pour mieux faire comprendre les progrès immenses que, dans l’ordre matériel, Porfirio Diaz a fait réaliser à son pays.Il y a 20 ans nous n’avions que 2,000 milles de chemins de fer qui transportaient 10,000,000 de passagers et 1,000 tonnes de marchandises en 12 mois.Aujourd’hui nos voies ferrées ont 17,000 milles de longueur; 55,000,000 de voyageurs leur deman- 488 LA NOUVELLE-FRANCE dent leurs services, et c’est 10,000 tonnes de fret qu’elles charrient annuellement.Quand Porfirio Diaz monta au pouvoir, nos importations représentaient une valeur de 23 millions ; nos exportations, de 47 millions ; 1,689 navires visitaient nos ports, et le trésor national ne recevait, chaque année, que $37,600,000, somme insuffisante à l’administration du pays.Aussi les caisses étaient vides et les services mal faits.Aujourd’hui, après 20 ans d’une sage administration, nous importons pour 65 millions, nous exportons pour 148 ; nous recevons dans nos ports 6,200 navires, et $62,300,000 arrivent au trésor.Voilà la statistique de l’année 1902.Le service de la dette extérieure et intérieure est fait très régulièrement, des travaux publics, fort importants, sont exécutés, et néanmoins le budget se ferme, chaque année, avec un excédent de recettes sur les dépenses.Le trésor a une avance de 35 millions pour la conversion métallique.Depuis la frontière sud des Etats-Unis jusqu’au nord du Honduras britannique, de l’Atlantique au Pacifique, on travaille activement au Mexique.Le Canada devient son tributaire.Les précoces et savoureuses oranges que l’on vend à Montréal viennent de Sonora, un des Etats de la fédération mexicaine.Autrefois nous envoyions nos fruits en Californie, mais le protectionnisme yankee nous en a fermé les portes.Sans nous plaindre nous sommes allés jusqu’au Canada.Les animaux que nous élevons dans nos prairies, que l’hiver ne vient jamais faner, suivent grand nombre le même chemin.C’est dans la forêt du Mexique qu’on a coupé les arbres dont un maître ouvrier a fait les meubles de luxe qui ornent les salons de votre aristocratie, chers lecteurs.Pour tout dire sur notre prospérité commerciale, il suffira d’ajouter que les Yankees, qui s’entendent si bien en affaires, ont investi 700,000,000 de dollars sur notre territoire.Cette somme, que révèlent les statistiques officielles elles- en 489 CORRESPONDANCE DU MEXIQUE mêmes, doit inspirer de sérieuses craintes.La richesse de la Californie et du Nouveau Mexique, devenus Etats de l'Union Américaine, a augmenté la convoitise des résidents impérialistes de la Maison Blanche.Est-ce que par le commerce, par l’industrie, l’invasion du Mexique ne se fait pas graduellement sans que, peut-être, ou s’en rende compte dans le pays menacé ?Déjà on y parle beaucoup anglais ; ou y imprime de nombreux journaux en cette langue ; les missionnaires protestants, tous venus des Etats-Unis, jouissent de toute liberté pour y faire des prosélytes.N’est-ce pas la conquête pacifique qui se fait, peu à peu, par la langue et la religion ?Pour la repousser, le Mexique a sa foi catholique.Malheureusement Porfirio Diaz est franc-maçon, et la République mexicaine, officiellement, est athée.Elle ne reconnaît la religion catholique que pour la persécuter.Tous les biens de l’Eglise ont été séquestrés ; comment désormais lutter contre le ministre protestant qui répand l’or à pleines mains ?La hiérarchie catholique y a gagné, parce que, libre des entraves de tout concordat, elle ne relève que de Rome qui choisit librement les évêques.Aussi le clergé mexicain est aujourd’hui une des plus belles gloires de la patrie.Ses 35 évêques, ses 7 archevêques lui forment une couronne qu’ailleurs on peut justement envier.Les Prélats sont privés d’auxiliaires qui leur seraie nt bien utiles : les religieux.Les couvents ne peuvent pas exister au Mexique.Ils sont aujourd’hui habités par deux ou trois prêtres (c’est tout ce que la loi tolère), qui portent l’habit séculier.La moindre manifestation de vie religieuse leur peut attirer la visite de la police et l’emprisonnement.Le mois dernier, sans aller plus loin, et à Mexico même, une église d’anciens Carmes fut dénoncée aux tribunaux.On y avait vu plus de 3 prêtres dire la messe : on prétendait même qu’un visiteur était venu d’Espagne pour maintenir la ferveur parmi les siens.C’en était trop.A l’aube, la forcé armée cernait l’édifice, s’en faisait ouvrir les portes, laissait en liberté les 3 prêtres autorisés par la loi, et les autres 490 LA NOUVELLE - FRANCE étaient mis à l’amende, et celui qu’on supposait le Visiteur, emprisonné.La consigne est aussi sévère pour les femmes.Dans les anciens cloîtres, il y a quelques dames habillées plus ou moins à la mode.Une robe de bure, une cornette quelconque leur vaudrait une condamnation des juges mexicains.Je sais bien qu’il y a, dans la confédération, des Etats où les gouverneurs sont tolérants.Ils permettent aux prêtres séculiers de porter publiquement la soutane, ce que la loi défend sous peine d’amende et de prison ; ils ferment les yeux sur l’existence des couvents.Mais cette tolérance n’est que précaire : les gouverneurs sont souvent changés, et les bienveillantes dispositions de ceux qui restent ne sont nullement immuables.Aussi dans les couvents, même tolérés, on ne peut établir de noviciats et assurer le développement de la communauté.Cependant, les pasteurs protestants vont au milieu des tribus encore sauvages qui peuplent les Etats du Mexique sur la côte du Pacifique et dans le Yucatan.Ils en feront des Yankees par la foi, le cœur et la langue avant que les pauvres aborigènes aient connu leur vraie patrie.Des missionnaires catholiques, sortis de couvents mexicains, empêcheraient ce mal qu’un homme d’Etat de la taille de Porfirio Diaz doit prévoir ; mais il est franc-maçon, et le programme persécuteur et liberticide des malfaiteurs du triangle et de l’équerre passe au-dessus des intérêts sacrés de la patrie.Un personnage, qui visitait récemment le Mexique, parlait avec un député catholique de la triste condition faite aux religieux.« Nous en gémissons, répondit celui-ci, mais tout, ici, est entre les mains de Porfirio Diaz.S’il voulait dire un mot, le parlement renverserait cette législation anti-religieuse qui nous cause'tant de mal.» Si l’on fait la même remarque au Président, il s’excuse en déclarant que c’est aux Chambres à faire dçs avances, sf elles croient le moment venu.Cependant les années courent et le 491 CORRESPONDANCE DU MEXIQUE mal ee fait, mal que ne compensent nullement les progrès matériels réalisés d’autre part, et que nous ne prétendons pas diminuer.Nous préparons un pays riche.pour le Yankee impérialiste.Pourtant dans le peuple la foi est très vive, et si l’on organisait un parti catholique, et qu’il allât bien uni aux élections, les choses changeraient très vite.Les conservateurs écrasés par Juarez, dont Porfirio Diaz est le continuateur, se resaississent peu à peu.Ils ontlOOO écoles primaires.A Mexico l’Université catholique prend de merveilleux développements.Il y a des journaux catholiques dans de nombreux Etats de la fédération.Mais qu’il reste encore à faire ! Sa Sainteté Pie X, dans une audience accordée à un des plus actifs mexicains catholiques, a demandé qu’on se hâte de constituer le parti catholique.Les triomphes du centre allemand et des conservateurs de Belgique sont possibles ailleurs ; ils le sont surtout au Mexique où l’immense majorité pratique tous les devoirs que nous impose notre foi catholique.Hadryen, A.A. Pages Romaines Ephémérides du Vatican___Le cinquantenaire de l’Immaculée Conception.— La démocratie chrétienne_______Restauration du plafond de Saint-Jean de Latran__Colonies agricoles dans * LA CAMPAGNE ROMAINE.Dès le lendemain de l’élection pontificale, sans attendre le couronnement du nouvel élu, — leur santé ébranlée par des chaleurs tropicales réclamant la clémence d’un ciel moins brûlant que celui de Rome, — quelques-uns des cardinaux reprirent le chemin de leur pays.Les représentants de la presse que la mort du pape et le conclave avaient attirés sur les bords du Tibre furent ailleurs chercher une alimentation nouvelle à la curiosité journalière jamais rassasiée de leurs lecteurs.Les ministres du gouvernement italien, ayant achevé la mission qu'ils s’étalent donnée au changement du règne, se dispersèrent aux quatre coins de la Péninsule, et le Vatican, enveloppé des chauds rayons d’un soleil d’août, au dehors, et envahi au dedans plus par la charité que par la majesté du pontife qui y trouvait sa demeure, devint peu à peu désert, pour ne pas troubler le recueillement de Pie X.En cet état de choses, la chronique est peu loquace et le récit d’un long mois de silence est aussi difficile à faire que la description d’une solitude dont rien ne trouble la tranquillité.D'autant que ceux qui ont essayé de deviner la pensée du Pontife ont été rappelés au respect du recueillement, pendant que Pie X ¦ s’horizonne, • pour traduire par un néologisme le véritable mot italien.Si pour conduire les peuples, Pie X • s’horizonne, » pour venir en aide à la misère, son cœur n’avait pas besoin de s'orienter.Cent mille francs d’aumône, dont cinquante mille devaient être consacrés aux fourneaux économiques, telle est la première prodigalité, bientôt suivie de bien d’autres, qui a marqué les premiers jours de son pontificat.En retour de son dévouement pendant la maladie de Léon XIII, la garde palatine, la garde suisse, honorées l’une et l’autre des remerciements officiels de Pie X, reçurent de sa part de généreuses gratifications.Loin d’être dépossédés de leurs emplois, ainsi que c’en était la coutume, les serviteurs du pape défunt ont été gardés au service du nouveau, en reconnaissance de leurs services.En dehors de Rome, les condoléances pontificales précédaient à Paris le cardinal Richard dont l’arrivée allait être attristée parla terrible catastrophe du Métropolitain.En souvenir, sans doute, de la vieille coutume qui portait 493 PAGES ROMAINES autrefois les grands seigneurs à présenter à ceux qu'ils voulaient honorer la coupe à laquelle ils avaient bu, Pie X a offert au séminaire de Venise le riche calice qu’il reçut du clergé vénitien, au jour de son élévation au siège patriarcal.Il y a tout un programme de vie sacerdotale dans le don de cette urne d’or où le cardinal Sarto puisa journellement cette immense charité qui séduisit Venise et fait aujourd’hui l’admiration du monde entier.Conformément à une tradition déjà suivie au XIVe siècle et qui veut que, tout au moins pendant les premières années de leur pontificat, les papes unissent au siège épiscopal de Rome celui qu’ils occupaient précédemment, Pie X, élu évêque de Rome, a voulu rester, en même temps, patriarche de Venise.Pour l’aider dans l’administration de son lointain diocèse, il s’est donné un auxiliaire, en la personne de M> Aristide Cavallari, ancien arclii-prêtre de Saint-Pierre de Cas telle, en Vénétie, grand orateur, auquel il a donné le titre d’évêque titulaire de Philadelphie.C’est le 23 août, qu’en l’église de Sainte-Hélène in via Oiusli, le cardinal Satolli a donné la consécration épiscopale à l’auxiliaire de Pie X.Tandis que le pape faisait venir à Rome les deux sœurs qui, à Venise, habitaient sous le même toit que lui, et ne leur assignait dans la capitale du monde qu’une modeste demeure non loin du Vatican (où il leur sera permis de venir, quand bon leur semblera, sans modifier en rien l’humble costume de leur condition, dans l’éclat de la majesté pontificale), il recevait tour à tour les ambassadeurs, les ministres plénipotentiaires de toutes les puissances qui, lui présentant leurs lettres de créance, lui offraient, au nom de leur gouvernement, les plus respectueuses félicitations.Il n’est pas jusqu’au Sultan qui, à l’heure même où il laisse immoler tant de chrétiens dans son empire, ne se soit empressé d’offrir au Vicaire du Christ l’hommage de son respect.* Reprenant le projet de Léon XIII de fêter par des solennités extraordinaires le 1er cinquantenaire de la promulgation du dogme de l'immaculée Conception, Pie X, à la date du 8 septembre, a adressé aux cardinaux Vincent Vanutelli, Rampolla, Ferrata et Vives, une lettre par laquelle il les confirmait dans la mission qu'ils avaient reçue à ce sujet de son prédécesseur.La missive pontificale est accompagnée d’une prière, en langue italienne, composée par Pie X et enrichie de 300 jours d’indulgence en faveur de ceux qui la réciteront.La veille du jour où paraissait ce premier document de la piété du nouveau Pontife, sous la signature de Mgr Merry del Val, pro-secrétaire d’Etat, un blâme était adressé au journal socialiste chrétien hebdomadaire d’Orvieto, Il commune, pour un article paru dans ses colonnes le 20 août dernier intitulé Dans l’altente, qui contenait des propos peu rassurants au sujet de la direc. 494 LA NOUVELLE-FRANCE tion à donner au mouvement de l’action populaire chrétienne en Italie— Contrairement à la coutume qui a souvent prévalu de ouater les termes d’une représentation pour ménager autant que faire se peut les susceptibilités de ceux qui en sont l’objet, ceux de la lettre du pro-sécrétaire d’Etat ont l’allure d’un ordre de jour militaire qui ne laisse aucun doute sur la pensée qu’il exprime, et rassuré d’avance sur l'obéissance qu’il demande, se manifeste sans détour___Qu’on en juge : < En même temps qu’il désapprouve absolument tout ce qui est exposé dans cette lettre, (l'article précité), soit quant aux principes, soit quant aux personnes, le Saint-Père m'autorise à déclarer que jamais il ne reconnaîtra aucune oeuvre d’action populaire chrétienne qui ne soit rattachée et soumise à l’œuvre des congrès catholiques.Il rappelle en outre l’obligation pour tous les clercs et les prêtres constitués en quelque fonction de ne prendre part d’aucune manière aux associations qui, sous le nom de partis, portent la division dans les esprits et les séparations dans le camp catholique, en détruisant cette unité pour laquelle Notre Très Saint-Rédempteur adressait sa dernière prière à son Divin Père, et cette charité qui est l’unique caractère distinctif des vrais chrétiens.» C’est, comme on le voit, le mouvement social chrétien en Italie discipliné par la hiérarchie, ou rejeté par Pie X.# La basilique de Saint-Jean de Latran, pour être • la mère etlamiîtresse de toutes les églises du monde, > n'en est pas moins sujette, comme tout ce qui est terrestre, à subir les injures du temps.Depuis nombre d’années, déjà, le magnifique plafond en bois de la grande nef n’avait plus la force de garder les nombreuses décorations dont il était orné, et, un à un, les calices, les croix, les emblèmes du culte, les souvenirs de la Passion en bois sculpté et doré, se détachant, venaient mélancoliquement joncher le sol de leurs débris.Le 25° anniversaire de l’élévation do Léon XIII au souverain pontificat fut l’occasion dont se servit le cardinal-vicaire, pour provoquer, par l’intermédiaire du comité des fêtes, la restauration du plafond.En souvenir d’une vision célèbre, les tertiaires franciscains furent les premiers invités à donner de généreuses offrandes en faveur de l’œuvre projeté, tandis que sous la présidence du cardinal Satolli, archiprêtre de la Basilique, M> Tonietti, archevêque titulaire de Tiana, M>r Ferri Mancini, Mr Henri Têtu, prélat de la maison de Sa Sainteté, vol.in-8° de 470 pages.Prix : broché $1.00 ; relié en toile avec titre doré sur le plat, $1.25, port en sus.Librairie Pruneau & Kirouac, 34, rue de la Fabrique, Québec.Cette relation, empreinte de la forte et originale personnalité de son auteur, offre au lecteur le double charme d’une révélation historique intéressante et d’une étude de mœurs contemporaines tracée par un judicieux et impartial observateur, qui s’y connaissait en hommes.A la suite d’un guide aussi intelligent et si bien servi par une mémoire qu'on serait tenté d’appeler photographique, la .composition du lieu > devient chose facile.On croit suivre en réalité l’auguste voyageur, entendre et voir agir les personnages, pontifes, souverains, prélats, clercs et laïques de toute catégorie qu’il rencontra durant son mémorable pèlerinage au tombeau des apôtres.Il faut savoir gié à l’éditeur d’avoir sauvé de l’oubli ces pages importantes et de les avoir offertes à l’admiration du public.LI VE ES REÇUS Six mois d’histoire révolutionnaire (Juillet 1790—Janvier 1791)—La question politique et la question religieuse, par Marius Sepet.Un vol.in-12.Prix : 3 fr.50.Lettres spirituelles de Bossuet, extraites de ses œuvres, 2« édition.Un volume in-12 de xv-355 pages.Prix: 2 fr.La défense de la liberté du culte à Paris, par M, l'abbé Fonssagrives.Prix franco : 1 franc.Le missionnaire de l’adoration perpétuelle, par M.l’abbé Sabouret.Un vol.in-12 de vi-238 pages.Prix : 2 fr.Un moine.Le P.Antonin Danzas, frère prêcheur, par le P.Ingold.Deuxième édition, revue et augmentée.In-12.Prix : 1 fr.Nomination et institution canonique des évêques.Election, Pragmatiques Sanctions, Concordats, par T.Crépon des Varennes, Conseiller honoraire à la Cour de Cassation.1 vol.in-12.Prix: 2 ir.Entretiens pour les retraites et les missions, par l’abbé Sabouret.Un vol.in-12 de vii-180 pages.Tous ces ouvrages, publiés par l’Ancienne Maison Douniol, 29, rue de Tournon, Paris, sont en vente à la librairie Carneau, Québec, et à la Compagnie Cadieux et Derome, Montréal.Le Président du Bureau de Direction : L’abbé L.Lindsay.Québec : — Imprimerie S.-A.Demers, N° 30, rue de la Fabrique.
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.