La Nouvelle-France : revue des intérêts religieux et nationaux du Canada français, 1 septembre 1907, Septembre
LA NOUVELLE-FRANCE REVUE DES INTÉRÊTS RELIGIEUX ET NATIONAUX DU CANADA FRANÇAIS Tome VI SEPTEMBRE 1907 N° 9 L'ÉGLISE ET L’ÉDUCATION IX RENAISSANCE ET REFORME.Les soucis de l’éducation et l’étude suivie et réfléchie des lettres requièrent une atmosphère de calme.Rien n’est plus opposé à l’avancement de l’instruction, supérieure ou populaire, que la vie inquiète et précaire de familles en proie aux troubles de la guerre et violemment secouées par le choc des grandes commotions sociales.La guerre de Cent ans et les désastres qu’elle causa en France eurent pour conséquence nécessaire de ralentir notablement le mouvement scolaire.Cette dépression intellectuelle se fit sentir pendant tout le quinzième siècle, et ce n’est qu’au seizième que l’histoire enregistre, dans l’éducation de la jeunesse et dans la vie des lettres françaises, un progrès digne de mention l.Ce progrès, l’Allemagne en éprouvait depuis quelque temps déjà les effets bienfaisants.Il était dû à des causes et à des circonstances diverses, principalement à l’invention et à la diffusion 1___Allain, L'instruction primaire en France avant la révolution, ch.III.25 390 LA NOUVELLE - FRANCE de l’imprimerie, à la fondation de l’institut des « Frères de la vie commune » par Gérard Groote, puis à l’heureuse et pénétrante influence exercée, sous l’impulsion du Saint-Siège, par le célèbre cardinal et réformateur Nicolas de Cusa.Sous l’action de ccs forces providentielles, le peuple allemand, après une longue période de stagnation, parut entrer dans une ère nouvelle, et la vie de l’esprit, plus riche et plus abondante, s’y épandit en des formes et des manifestations jusque-là inconnues.Un vif désir d’instruction s’empara de la bourgeoisie intelligente et prospère et gagna rapidement toutes les classes du peuple.« Partout, dans les villes comme dans les campagnes, de nouvelles écoles furent établies, les anciennes furent améliorées.On chercha à donner de fermes assises à l’instruction populaire dans un système scolaire bien entendu 1 ».L’éducation, départie sous l’œil vigilant de l’Eglise, était chrétienne, et, selon les recommandations faites aux parents et aux instituteurs par les catéchismes du temps, l’enseignement religieux et moral, base de toute saine pédagogie, devait commencer au sein même de la famille pour, ensuite, se poursuivre tout le long et à travers toutes les phases de la formation intellectuelle.« La maison, dit le Guide de l’âme 2, doit être pour les enfants, dès l’âge le plus tendre, la première école et la première église.Mère chrétienne, lorsque tu tiens sur tes genoux ton enfant qui est l’image de Dieu, fais le signe de la sainte croix sur son front, sur ses lèvres et sur sa poitrine.Frie avec lui dès qu’il pourra parler, afin qu’il répète, après toi, ta prière.Tu dois bénir ton enfant, lui enseigner la foi, le conduire de bonne heure à confesse, et lui apprendre comment il faut faire pour bien se confesser».Plus loin, le même ouvrage ajoute3: « Interroge souvent tes enfants ; assure-toi qu’ils ont bien compris ce qui ] —Jean Janssen, VAllemagne et la réforme : t.1, VAllemagne à la fin du moyen âge, p.5 (trad, de l’allemand), Paris, 1887.2— Catéchisme cité par Janssen, ibid., p.24.3 — Ibid., p.33. 391 l’église et l’éducation leur a été dit sur la foi et les commandements, et ce qu’ils ont retenu des explications de la doctrine qui leur ont été données à l’école et à l’église ».Et ailleurs 1 : « Les maîtres d’école doivent enseigner aux enfants la doctrine chrétienne et les commandements de Dieu et de l’Eglise.Ils doivent suppléer à tout ce que les pères de la doctrine (c’est-à-dire les prêtres) ne peuvent suffire à faire dans les sermons et autres instructions spirituelles, et leur venir en aide ».Tout démontre que l’instruction primaire avait pris un large essor et que, de plus en plus, le peuple en appréciait les bienfaits.« L’enseignement alors, dit Janssen 2, n’était pas obligatoire ; cependant les écoles étaient très fréquentées, comme le prouvent beaucoup de documents conservés dans de grandes et de petites villes, et même dans de simples villages.Le maître d’une école de lecture et d’écriture à Xanten (Bas Bhin) se plaint que lui et son aide ne suffisent plus au grand nombre des écoliers, et demande qu’un sous-maître leur soit adjoint, sur quoi le conseil de la ville leur en accorde un, ainsi qu’à un autre instituteur de la même ville, en les invitant à s’entendre avec les parents pour la rétribution scolaire (1491).On voit d’après un document datant de 1494, qu’à Wezel il y avait cinq instituteurs chargés d’enseigner à la jeunesse la lecture, l’écriture, le calcul et le chant d’église ».Or, ce progrès scolaire attesté par l’éminent historien allemand, à qui était-il dû si ce n’est à l’Eglise catholique et à ses ministres ?Un inspecteur général de l’Université de France, M.E.Rendu, l’a reconnu en ces termes : « Le catholicisme, dit cet écrivain 3, avait peuplé l’Allemagne d’écoles populaires comme le reste de l’Europe ; il avait voulu que le clergé appelât à ces écoles les fils des serfs comme ceux des hommes libres ; 1 — Ibid., p.20.2— Ouv.et pag.cit.3 — De l'instruction populaire dans l'Allemagne du Nord, 1855,1pp.5-6 ; paroles citées par Allain, Vinst.prim, en France, pp.42-43. 392 LA NOUVELLE - FRANCE que tout prêtre ayant charge d'âme donnât l’instruction ou par lui-même ou par un clerc ; que les évêques, dans leurs tournées, prissent soin de faire construire des écoles, là où il n’en existait point ; que le curé de chaque paroisse offrît aux pauvres renseignement gratuit.Le catholicisme avait fait plus : devançant la pensée de J.-B.de la Salle, les disciples de Gérard Groote enseignaient aux enfants pauvres la lecture, l’écriture, la religion et quelques arts mécaniques.En même temps les monastères de femmes avaient donné aux jeunes filles du peuple des institutrices que la Réforme devait leur enlever ».Nous appuyant sur ces données, et, là où les faits manquent, nous basant sur l’induction et l’analogie, nous pouvons, ce semble, très légitimement conclure qu’au sortir du moyeu âge, dans tous les pays où la civilisation chrétienne avait pénétré, l’-école primaire distribuait l’instruction au plus grand nombre des enfants non seulement de la haute classe, mais aussi des classes populaires.Des écrivains protestants eux-mêmes 1 ont, là-dessus, rendu justice à la société médiévale.Toutefois, nous l’avouons, les informations scolaires, puisées aux sources historiques de cette époque, concernent moins l’enseignement du premier degré que l’enseignement secondaire et supérieur caractérisé par le célèbre mouvement de la Renaissance.Personne n’ignore la passion vive pour l’antiquité classique qui marqua le passage du moyen âge à l’âge moderne, et l’empressement admiratif et enthousiaste que l’on mit alors de toutes parts à étudier et à faire revivre en quelque sorte, dans le monde des lettres, les œuvres les plus renommées des anciens.Ce n’est pas ici le lieu de discourir sur les causes particulières qui, de près ou de loin, et dans une mesure plus ou moins large, déterminèrent ce vaste et universel ébranlement de l’esprit humain.Nous savons que le moyen âge ne s’était, ni avec 1—Voir Rob.Schwickeralh, Jesuit education; its history and principles viewed in the light of modern educational problems, 1904 (2'1 ed.), p.22. 393 l’église et l’éducation grande ardeur, ni avec un général succès, préoccupé des formes littéraires.Son attention s’attachait, sinon exclusivement, du moins principalement, à une conception juste des choses et à la manière de l’exprimer scientifiquement.Lorsque, à partir du quatorzième siècle, la scolastique, oublieuse de sa gloire et dominée par l’influence nominaliste d’Occam et de son école, dégénéra en ergotage stérile et en scepticisme dissolvant, une réaction se fit, reléguant dans 1’ombre les recherches spéculatives et ralliant les esprits autour des études classiques trop négligées par les siècles précédents.La chute de Constantinople, en poussant plusieurs lettrés à fuir la tyrannie turque et à chercher un refuge sur la terre d’Occident, vint hâter ce mouvement.Dès le début, parmi les amis des nouvelles méthodes, deux courants d’idées, tantôt vagues et imprécises, tantôt plus nettes et plus distinctes, parfois même diamétralement opposées, se dessinèrent.Les uns, mieux inspirés, plus réservés dans leurs vues, plus contenus dans leur action, jugèrent sage de ne pas s’abandonner à une admiration aveugle des auteurs de l’antiquité.Tout en proclamant l’utilité des études classiques et tout en s’y livrant avec amour, ils distinguèrent soigneusement (comme du reste on l’avait su faire avant eux) dans les écrivains anciens ce qui, d’une part, peut s’allier à la doctrine chrétienne et en servir les intérêts, et ce qui, d’autre part, porte l’empreinte fatale des erreurs et des superstitions païennes.Ce fut l’humanisme vrai et la renaissance de bon aloi.D’autres, moins prudents que les premiers, séduits par les noms illustres de tant de maîtres des langues grecque et latine, entraînés et comme magnétisés par le charme esthétique de leurs œuvres et la beauté sculpturale de leur style, ne virent pas le poison caché dans les replis de cette littérature enchanteresse : ils absorbèrent ce toxique de l’âme comme on prend un aliment sain ; gaiement, inconsciemment, ils s’énivrèrent à cette source perfide, et leur enthousiasme pour les vieux classiques alla sou- 894 LA NOUVELLE - FRANCE vent jusqu’à la plus honteuse et la plus scandaleuse apothéose des idées, des mœurs, des institutions du paganisme.Ce fut l’humanisme faux et la renaissance païenne.Cette déviation malheureuse d’un mouvement littéraire louable en lui-même, et capable de produire d’heureux fruits, tient à des raisons historiques de diverse nature.La renaissance, dit l’historien Pastor \ « se produisait dans une époque de relâchement, d’affaissement à peu près général de la vie religieuse, période lamentable dont les caractères sont, à partir du commencement du quatorzième siècle, l’affaiblissement de l’autorité des Papes, l’invasion de l’esprit mondain dans le clergé, la décadence de la philosophie et de la théologie scolastique, un effroyable désordre dans la vie politique et civile.C’est dans ces conditions que l’on mettait sous les yeux d’une génération intellectuellement et physiquement surexcitée, maladive sous tous les rapports, les déplorables leçons contenues dans la littérature antique.Faufil s’étonner si quelques-uns des chefs du mouvement se laissèrent entraîner à de dangereux égarements » ?En Italie, Boccace et Valla (pour ne citer que quelques noms) renouvelèrent en des écrits pernicieux les doctrines épicuriennes.Machiavel, le cynique théoricien de l’opportunisme, tout imbu des idées de l’antiquité gouvernementale, n’eut pas honte de proposer aux hommes publics pour règles de leur conduite la force et la ruse, et pour objet de leur ambition le triomphe de l’intérêt.Sa maxime favorite était: « tourner avec le veut, et avoir soin de uc jamais laisser échapper le succès 2 ».En Allemagne, Erasme, qu’on a, non sans raison, surnommé le Voltaire do la Renaissance, mena la campagne en faveur de l’humanisme païen.Il était instruit, doué d’un talent actif et maniait la langue latine avec une merveilleuse souplesse.Sa 1 — Histoire des Papes depuis la Jin du moyen âge (trad.Raynaud), t.I, 2c éd., p.16.2 — Id., ouv.cit., t.V, p, 160. 395 l’église et l’éducation verve brillante, gouailleuse, satirique, livra au mépris les institutions les plus saintes, éclaboussa l’Eglise, ses ministres, sa discipline, dénatura la Bible, poursuivit d’âpres sarcasmes la méthode et les doctrines de la scolastique que devaient, selon lui, remplacer la rhétorique élégante et la philosophie large et nuancée des anciens 1.D’autres novateurs vinrent à sa suite, et cette bruyante croisade, dont les échos retentirent dans presque toute l’Europe, fut désastreuse.Elle sema le doute dans les âmes, éveilla les passions mauvaises, fit germer des idées de révolte contre le catholicisme et contre son chef, et prépara ainsi, plus effectivement que toute autre cause, le succès funeste et l’issue révolutionnaire de la réforme protestante.Pourquoi faut-il que l’humanisme n’ait pas partout suivi la voie droite où, sur les traces de Dante et même de Pétrarque, marchaient des hommes éclairés ?Eu effet, parallèlement à la renaissance fausse et païenne s’était, par le travail de chrétiens sincères et avec l’approbation de l’Eglise elle-même, formé et développé un mouvement de saine rénovation littéraire.Pleins d’ardeur pour l’étude des lettres anciennes, ces partisans de la culture classique n’eu faisaient cependant pas un but, mais seulement un moyen ; ils y cherchaient moins une source de doctrine qu’un instrument intellectuel et une méthode pédagogique propre à former le goût, à apprendre l’art d’écrire et d’exprimer clairement, littérairement ses pensées.On avait pleine conscience des dangers qu’offre, particulièrement à la jeunesse, la littérature antique, et on s'efforcait de les écarter ou d’en restreindre la portée soit par l’esprit chrétien des maîtres, soit par le choix judicieux des textes, soit par l’étude simultanée des meilleurs écrits des Pères et des autres 1 — Voir Janssen, ouv.cit., t.II, VAllemagne depuis le commencement de la guerre politique et religieuse jusqu'à la fin de la révolution sociale, pp.6 et suiv. 396 LA NOUVELLE - FRANCE écrivains ecclésiastiques.Les humanistes de cette école étaient dans la persuasion « que, pour apprécier sainement un ouvrage de l’antiquité, il faut baser son jugement sur les principes du christianisme 1 2 ».C’était bien là le sentiment de l’Eglise et des hauts dignitaires qui la dirigeaient.Mais ceux-ci se tinrent-ils toujours suffisamment en garde contre les tendances fausses de l’humanisme radical et surent-ils, en toute circonstance, éviter tout ce qui pût paraître une appréciation trop complaisante de l’œuvre délétère accomplie par certains lettrés ?Nous ne voudrions pas le prétendre.Personne, du moins, ne pourra, sans contredire l’histoire, accuser les pontifes romains, et en particulier Nicolas Y, Jules II et Léon X, ces insignes protecteurs des lettres et des arts, d’avoir marchandé aux études classiques leurs encouragements et leur faveur.L’Italie avait pris les devants, et des esprits distingués par leur savoir, leur zèle, leur dévouement désintéressé à la religion et à l’éducation, y rivalisaient d’ardeur dans l’œuvre éminemment grande de la formation à la fois intellectuelle et chrétienne de la jeunesse.Mentionnons en particulier Victoria de Feltre, « le plus grand pédagogue italien de l’époque % », humaniste d’un rare mérite qui fit fleurir dans l’école palatine de Mantoue la bonne littérature classique, mais eu outre et surtout catholique convaincu dont l’action éducatrice était un apostolat et que le Pape honorait d’une singulière estime.« Victoria, dit l’historien Pastor 3, surveillait jusque dans les moindres détails la conduite morale et religieuse de scs élèves, car il pensait qu’une éducation digne de ce nom ne peut être obtenue que par l’union intime de la science avec la religion et la vertu ».L’humanisme chrétien, fort de la haute protection de l’Eglise, 1 — Pastor, ouv.cit., t.I, p.60.2 — Ibid., p.56.3 — Ibid., p.57. 397 l’église et l’éducation ne tarda pas à rayonner au loin et, débordant de l’Italie, à infuser aux institutions scolaires de France, d’Espagne, d’Angleterre et d’Allemagne, comme un sang nouveau.Ce dernier pays, théâtre principal des travaux des « Frères de la vie commune », dut aux éducateurs formés par cet institut l’établissement de nombreuses et florissantes écoles qui eurent, sur le développement intellectuel du peuple, une très heureuse influence.Ces écoles se multiplièrent et parvinrent, vers la fin du quinzième siècle, à couvrir une grande partie du territoire allemand.Tout l’enseignement des Frères s’inspirait de l’esprit chrétien.L’élève, sous leur direction, apprenait à considérer les principes religieux comme le fondement de l’être moral, comme la base de toute véritable éducation ; cependant on ne négligeait pas de faire, dans son esprit, une part convenable aux notions littéraires et scientifiques 1.« Comme l’enseignement était gra- tuit chez les Frères, leurs écoles étaient accessibles aux gens de petites ressources.Dans les villes allemandes où ils n’avaient pas d’établissements, ils prenaient néanmoins un vif intérêt à l’instruction de la jeunesse, fournissaient des maîtres aux écoles de la ville, payaient la rétribution scolaire des écoliers pauvres et leur procuraient des livres et d’autres moyens d’instruction 2 ».Les Papes, fortement secondés par le Cardinal de Cusa, favorisèrent de tout leur pouvoir l’œuvre de ces religieux.Dans leurs écoles, comme dans toutes celles que l’Eglise, à cette époque, fit éclore par ses libéralités ou par son influence, on tenait largement compte de l’élan qui emportait les esprits vers l’antiquité classique.Ce mouvement, d’ailleurs, ne venait nullement en conflit avec les enseignements et les méthodes des beaux jours de la scolastique : il ne heurtait et n’éliminait que les querelles oiseuses et les puériles arguties de la décadence.Aussi les théologiens et ] —Janssen, onv.cit., t.I, p.49.2 — Ibid., p.50. 398 LA NOUVELLE - FRANCE les philosophes de bonne lignée, heureux de voir dans la renaissance bien comprise le renouvellement et comme l’efflorescence des anciennes traditions littéraires en honneur même chez les Pères, l’accueillaient-ils avec faveur.« C’est à eux, dit Janssen \ qu’on doit l’introduction des études classiques dans les hautes écoles, et ceux-là mêmes dont on raille aujourd’hui Vobscurantisme ont favorisé et aidé le mouvement suscité par les nouveaux savants, aussi longtemps que ce mouvement ne menaça ni l’autorité de l’Eglise ni les fondements de la vie chrétienne ».L’heureuse alliance de l’humanisme et du christianisme, d’un vif souci de la perfection littéraire et d’un zèle plus jaloux encore pour l’intégrité doctrinale, là où elle n’était pas altérée par le néo-paganisme, réalisait donc dans les écoles, plus ou moins parfaitement, l’idéal pédagogique de l’Eglise.Cet idéal devait avant peu, et d’une façon plus systématique, prendre corps dans les méthodes éducatives d’un nouvel institut spécialement voué à la formation chrétienne de la jeunesse : les Jésuites 1 2.Au reste, bien avant cette époque, en même temps que l’enseignement secondaire chrétien 3, fonctionnait avec succès, sous l’inspiration généreuse des Papes, le haut enseignement.Nous avons déjà parlé des centres d’études supérieures créés au moyen âge.Le nombre de ces maisons s’était grandement accru, et entre toutes brillaient les universités de Paris, de Bologne, de Salamanque, d’Alcala, d’Oxford et de Cambridge, de Cologne, de Heidelberg et de Louvain.Janssen 4, parlant de neuf universités nouvelles érigées en Allemagne au quinzième siècle dans l’espace de cinquante ans, dit que toutes ces institutions (sauf 1 — Ibid., p.51.2 — Voir Schwickerath, ouv.cit., ck.Ill IV.3 — , Tous les établissements d’enseignement étaient étroitement unis à l’Eglise, non seulement parce que la plupart des maîtres appartenaient à l'état ecclésiastique, mais encore parce que l’inspection des collèges était, ou laissée, ou formellement attribuée au clergé > (Janssen, ibid., p.64).4 — Ouv.et t.cit., p.70. 399 l’église et l’éducation une seule) tenaient leurs titres de fondation des Papes.« Ce n’était qu’en vertu du pouvoir papal qu’elles entraient dans la pleine jouissance de leurs droits, dans le cercle de leur activité, et seulement après avoir reçu la sanction papale, elles étaient reconnues comme autorités ecclésiastiques, et comptées parmi les corps les plus élevés de l’état social chrétien.Toute leur organisation portait l’empreinte ecclésiastique ».Le souffle de la renaissance avait passé sur les universités, et, en y ravivant la flamme du beau, avait excité et entretenait dans l’âme des maîtres et des élèves le goût de la littérature et des langues.Le Saint-Siège lui-même exhortait à ne pas négliger ce genre d’études.Au concile de Vienne, en 1312, ordre avait été donné par le Pape d’établir des chaires d’hébreu, de chal-déen et d’arabe à Rome, Bologne, Paris, Oxford et Salamanque \ et cette injonction papale n’était pas restée sans écho 1 2.Les plus doctes représentants, vers cette époque, de la haute culture intellectuelle alliaient l’amour des lettres gréco-latines et même de la littérature hébraïque à l’étude des sciences physiques, historiques, théologiques.L’Ordre de saint Dominique gardait plus jalousement que tout autre les trésors de doctrine légués au monde par saint Thomas d’Aquin ; et, après les tristes ravages causés, au quatorzième siècle, par l’action rivale d’une philosophie bâtarde, on se réjouissait de voir l’Ange de l’Ecole reprendre dans les chaires 3 cette primauté doctrinale, un instant perdue, que le mérite transcendant de ses œuvres lui avait acquise, et que l’Eglise, par son suffrage, s’est tant de fois plu à reconnaître et à consacrer.1 — Ibid., p.83.2—En Espagne, le Cardinal Ximénès adjoignit à l’Université d’Aleala, dont il était le fondateur,,1e « collège des trois langues », où l’on se livrait spécialement à l’étude du latin, du grec et de l’hébreu (Schwickerath, ouv.cit., pp.42-43).3 — Janssen, ibid, p.91 ;—216 éditions et réimpressions connues des écrits du saint docteur datent de cette époque. 400 LA NOUVELLE - FRANCE Si donc, d’une part, les idées nouvelles commençaient à se faire jour, de l’autre, avec quel zèle les meilleurs esprits s’efforçaient de concilier le culte du passé avec l’élan d’une ardeur sagement progressive ! Rien, en dehors du légitime contrôle de l’Eglise, ne gênait ces aspirations.Aucune main profane ne s’élevait pour comprimer arbitrairement l’essor des doctrines.Libres et autonomes, jouissant dans l’ordre intellectuel de l’indépendance laissée aux corporations ouvrières dans l’ordre social, accueillantes pour tous les élèves, même les plus pauvres 1, auxquels elles ouvraient libéralement leurs portes, les universités se développaient dans la plénitude de leurs privilèges et sous l’influence d’une vive émulation mutuelle.Il régnait entre elles, même d’un pays à l’autre, une communauté d’idées et une réciprocité de sentiments qui, les plaçant au-dessus des rivalités et des vicissitudes politiques, leur imprimaient comme une sorte de caractère international2.Filiale soumission à l’Eglise, indépendance vis-à-vis de l’Etat : telles étaient les bases sur lesquelles reposait l’organisation générale non seulement des universités allemandes, mais de presque toutes les institutions similaires déjà si nombreuses dans les divers pays d’Europe.1 —i Duns tous les établissements ecclésiastiques, c’est-à-dire dans toutes les maisons d’enseignement, collégiales, écoles monastiques, gymnases, universités, les pauvres jouissaient, comme disent les statuts de Vienne, du privilège du bon vouloir.On les admettait gratuitement, aussi bien à l’immatriculation qu’aux cours et aux promotions.Une multitude de fondations, de dons étaient faits en faveur des jeunes gens sans ressource.Outre cela, dans les écoles secondaires, la mendicité passait pour un moyen réglementaire de subvenir aux dépenses, et elle n’était pas tout à fait exclue des universités.Comment la mendicité aurait-elle nui à l’honneur de ces sociétés qui reçoivent dans leur sein tant de membres des Ordres mendiants ¦ ?(Paroles de Paulsen citées par Janssen, ibid., p.73).2 — Janssen, ibid., pp.73-75. l’église et l’éducation 401 L’exemple était parti de l’Université de Paris, dont nous connaissons la situation privilégiée et l’étroite union originelle avec l’Eglise.Cette union, en se perpétuant, lui eût conservé tout son prestige et son incontestable prépondérance dans le monde catholique.Des circonstances fâcheuses vinrent trop tôt l’affaiblir et jeter l’illustre corporation française entre les mains du pouvoir royal que son triomphe politique sur la féodalité, joint à l’enseignement romano-césarieu des humanistes et des légistes, poussait peu à peu et comme fatalement vers l’absolutisme administratif.Cette tendance centralisatrice, menaçante pour les justes libertés domestiques et civiles, allait s’accentuer sous la forte poussée des idées d’insurrection religieuse émises et propagées, sous l’égide ou avec la connivence des princes, par Luther et par Calvin.Nous voici en présence des nouvelles doctrines dont ces deux hommes furent les hérauts, et des œuvres auxquelles ils prêtèrent violemment la main.Une grave question se pose: Qu’a fait le protestantisme pour le problème scolaire si heureusement résolu par l’Eglise catholique, et que faut-il penser de l’éuucation dans ses rapports avec la Réforme?Nous avons déjà relevé l’étonnante assertion de certains écrivains assez peu respectueux de l’histoire pour oublier la grande œuvre de formation intellectuelle accomplie avant Luther et pour faire honneur à la révolution religieuse du XVIe siècle des progrès indéniables réalisés, dans l’âge moderne, par l’instruction primaire.Ces affirmations, lancées et renouvelées par des auteurs soi-disant catholiques, désavouées d’autre part par plusieurs protestants sincères \ ne s’accordent ni avec le raisonnement ni avec les faits.1 — Schwickerath, Jesuit education, pp.21, 37, 653. 402 LA NOUVELLE - FRANCE Qu’y a-t-il, en vérité, dans les enseignements de la Réforme qui marque sur le catholicisme une réelle supériorité éducative et littéraire ?Serait ce la doctrine du libre examen, de la libre discussion des dogmes et de la foi préconisée et mise en œuvre par les chefs du protestantisme?Vraiment nous ne voyons pas bien quels avantages intellectuels l’homme peut trouver à détourner systématiquement ses yeux du symbole reçu par l’Eglise, de la sagesse de ses jugements, de la lumière de ses traditions, et à rechercher en lui seul et dans le travail subjectif de sa pensée la solution de tous les problèmes qui intéressent l’âme, ses progrès et ses destinées.La foi ne comprime pas la science ; elle la dirige.La religion d’autorité, qu’est le catholicisme, ne coupe pas les ailes à l’intelligence ; elle l’oriente et soutient son vol dans les sphères où celle-ci ne pourrait, par elle-même, s’aventurer sans péril.Serait-ce plutôt la doctrine de la lecture populaire et universelle de la Bible, des livres de l’Ancien et du Nouveau Testament que le protestantisme met indistinctement entre toutes les mains, parce qu’il y voit l’unique règle de la foi chrétienne ?Mais cette lecture, permise du reste, recommandée même aux fidèles par l’Eglise dans des conditions qui en écartent tout danger d’interprétation fausse, ne requiert pas plus d’instruction de la part du peuple que l’étude, nécessaire pour tous et imposée à tous les catholiques, du catéchisme et de la vérité religieuse.Deux faits frappent le regard de tout historien impartial : d’un côté, l’activité féconde qui, avant la Réforme, régnait dans les divers établissements scolaires de l’Europe ; de l’autre, la déchéance des études et le désarroi des lettres dont on eut, au temps de Luther, le contristant spectacle.Nous avons déjà prouvé le premier de ces faits ; rien ne nous sera plus facile que d’établir le second.Certes, nous ne prétendons pas que les chefs du protestantisme se soient, en principe et d’une manière absolue, prononcés contre la culture des lettres et l’instruction populaire.Ce jugement 403 l’église et l’éducation serait excessif, erroné même 1.Ce que nous disons, c’est que les novateurs, par leurs doctrines malsaines, leurs principes subversifs, leurs écrits incendiaires, créèrent un état de choses et un courant d’opinion extrêmement dommageables à l’éducation de l’enfance et au progrès des études scientifiques et littéraires.Ce résultat est attesté par Luther lui-même : « En Allemagne, écrit-il, on laisse dépérir l’enseignement.Les écoles supérieures languissent, les couvents sont fermés, l’herbe se sèche, la fleur tombe.Là où les couvents et les abbayes ont été supprimés, personne ne consent plus à faire instruire ses enfants 2 ».Le moine apostat devait-il eu être surpris?et n’étaient-ce pas là les fruits amers de son œuvre de démolition ?Poussé par l’orgueil frondeur qui fut le premier mobile de sa défection, il avait allumé et jeté aux quatre coins de l’Allemagne le brandon des discordes religieuses.Tout le pays était eu feu.Les princes, séduits par les doctrines nouvelles, se soulevaient contre l’Eglise, et les peuples à leur tour, témoins du mépris de l’autorité la plus sainte, secouaient impatiemment le joug des princes.Les églises étaient ravagées, les monastères pillés et incendiés.Que de livres et de manuscrits précieux disparurent dans cette tourmente ! 1 —Janssen toutefois, d’après Dellinger (Reform.t.I, p.440), n’hésite pas à écrire que « là où la nouvelle doctrine se développait sans aucune entrave, d'innombrables prédicants travaillaient à ruiner de fond en comble toute culture intellectuelle.Ils visaient sciemment, de propos délibéré, à fonder le règne de la foule ignorante, guidée par les démagogues religieux, sur les ruines des institutions ecclésiastiques et scientifiques.On revenait aux doctrines que les hussites de Bohème avaient mises en honneur au quinzième siècle: Celui qui s'adonne aux arts libéraux.n’est qu’un orgueilleux.les écoles doivent être détruites » (Ouv.cit., t.II, p.315)—Notons, en outre, avec quel mépris Mélanchthon, l’ami de Luther, en train d’exalter le pouvoir des princes, parlait du peuple auquel il appliquait ces paroles bibliques dites des anciens esclaves (Eccli.XXXIII, 25) : A l'âne le fourrage, le bâton et la charge ; à l'esclave le pain, la correction et le travail (ibid., p.614).2— Ibid., p.317—Cf.id., t.III, p.23. 404 LA NOUVELLE - FRANCE Ces troubles politico-religieux, non seulement en Allemagne, mais dans les autres pays qui en furent le théâtre, en France \ en Suisse, en Angleterre 1 2, eurent pour les écoles de tout degré les plus funestes conséquences.Il y a plus.Luther, dans sa haine passionnée contre le moyen âge, haine qu’entretenaient et attisaient ses relations avec Erasme et les humanistes tarés, poursuivait des plus brutales invectives la philosophie et la théologie scolastique et les institutions elles-mêmes où ces sciences tenaient le liant rang.Pour lui, les universités n’étaient que « des cavernes de malfaiteurs, des temples de Moloch, des synagogues de perdition 3.» Il allait, en sou langage virulent, jusqu’à s’écrier : « On devrait mettre le feu aux universités ; car rien de plus infernal, de plus diabolique, n’a existé depuis le commencement du monde, et jamais la terre ne connaîtra rien d’aussi pernicieux 4 » .Le plus grand discrédit pesait sur les sciences et les lettres ; ce qui arrachait à l’humaniste ISTossen cette constatation émue : « Personne ne saurait voir avec indifférence à quel point le zèle pour la science et la vertu sont éteints parmi nous.Ce qui m’afflige le plus, c’est la crainte qu’une fois les fondements des sciences sapés, toute piété ne soit du même coup ruinée, et que nous ne voyions reparaître une barbarie capable d’anéantir les derniers 1 — > L’introduction du protestantisme en France eut une première con- séquence, celle de retarder notablement la restauration de l’enseignement primaire en paralysant les efforts de l’Eglise et en annulant pour un temps les effets de l’invention de l’imprimerie > (Allain, L'inst.prim, en France, p.44)-L’enseignement populaire était généralement confié aux ecclésiasti- ques et aux clercs qui aspiraient à le devenir ; il était assez ordinairement mis à la charge des fabriques et partout il était placé sous la surveillance du clergé.Il est donc aisé de concevoir combien les écoles durent souffrir des attaques dirigées par ceux de la religion nouvelle contre le culte catholique ¦ (Paroles de M.de Beaurepaire, ibid., p.45).2 — Schwickerath, ouv.cit., pp.69-70.3 — Janssen, ouv.cit., t.If, p.310.4 — Ibid., p.311_Cf.id., t.III, pp.433-434. 405 l’église et l’éducation et faibles vestiges de la religion et des lettres b» Les comptes rendus scolaires de cette époque retentissent partout des mêmes gémissements.Cette décadence intellectuelle tenait, au fond, à une question de doctrine.Parmi les thèses qui faisaient alors partie intégrante du luthéranisme se trouvait celle de Vessentielle corruption de la nature humaine, par suite du péché d’Adam.Luther en voulait à la scolastique de faire si grand cas de la faculté de raisonner et de s’en servir comme d’un instrument de projection lumineuse dans l’étude des vérités chrétiennes.Ses expressions n’étaient ni assez fortes ni assez grossières pour déprécier cette raison humaine qu’il appelait « l’épouse du diable et la plus grande gourgandine de Satan1 2 « .Parlant de ce principe que le péché d’origine a substantiellement atteint l’homme et détruit les racines mêmes du bien, Luther était logique en inférant l’inefficacité de notre volonté à produire des œuvres salutaires.La foi seule, d’après lui, justifiait.Cette théorie, livrant la nature à ses instincts égoïstes, eut tôt fait de tarir les sources de la bienfaisance publique et d’arrêter le flot généreux qui par des fondations, des legs, des aumônes de toute sorte, alimentait les établissements scolaires.Le réformateur s’en plaignait en termes pleins d’amertume : » Sous le papisme, dit-il, tout le monde était bienfaisant et donnait volontiers, mais maintenant, sous le règne de l’Evangile, on est devenu avare.ÎTommez-moi une ville assez importante ou assez chrétienne pour se dire en état d’entretenir un maître d’école ou un curé3 » .Luther, il faut le reconnaître, n’était pas personnellement hostile à toute instruction 4.Mais sa révolte contre Rome et contre 1 — Ibid., p.312___Cf.id., t.Ill, p.759.2 — Ibid., p.311.—Cf.id., t.Ill, p.594.3 — Ibid., pp.320-321.4 — Ibid., pp.318-319.26 406 LA NOUVELLE - FRANCE la suprématie du Pape le forçait à remplacer, dans la haute direction de l’enseignement, la puissance religieuse par une autre puissance, la puissance temporelle, dont il s’était fait le vil adulateur.On ne peut se passer d’autorité : du sein maternel de l’Eglise le moine rebelle se jetait dans les bras accapareurs de l’Etat.« L’omnipotence de l’Etat en matière spirituelle, dit Janssen \ naquit des principes de l’hérésie et fut encouragée et développée par eux.Li s princes et, dans les villes libres, les magistrats devinrent les administrateurs en chef des intérêts temporels de l’Eglise comme de tous ses biens.Eu même temps, dans une complète indépendance de toute autorité spirituelle supérieure, ils s’érigèrent en pontifes suprêmes des églises naissantes.L’enseignement religieux fut placé sous la haute surveillance de l’autorité civile, et rendu dépendant du bon plaisir ou do l’agrément du pouvoir souverain ».L’un des prédicateurs et des pamphlétaires les plus influents de l’époque, Eberlin de Giinzbourg, religieux défroqué, dans un ouvrage intitulé Nouvelle organisation de VEtat laïque, trace le plan de réforme sociale qu’il voudrait voir se réaliser.D’après ce plan, « l’autorité temporelle sera seule chargée du soin des pauvres et de l’organisation de l’enseignement scolaire qui sera obligatoire et gratuit 2 ».Eberlin veut aussi que la philosophie soit bannie des universités, ainsi que tous les auteurs scolastiques, et il demande que les livres de droit canon soient publiquement brûlés 3.Le vandalisme le plus brutal est donc, par lui, érigé eu système.Et ce sont ces démolisseurs du passé, brûleurs de livres et iusul- ] — Ouv.cit., t.III, p.25.2 — Janssen, ouv.cit., t.II, p.194—On reconnaît là la formule en vogue de nos jours.II n’y manque que la neutralité, elle viendra plus tard.En attendant, Eberlin demande— et c’est un premier pas dans cette voie_______que les enfants apprennent la doctrine religieuse dans l’Evangile et dans saint Paul.3 — Ibid. 407 l’église et l’éducation tears de l’antique sagesse, que la libre pensée, anti catholique et auti religieuse, présente au monde comme les bienfaiteurs de la science et les libérateurs de l’esprit humain ! Le désarroi scolaire causé par la révolution protestante ne pouvait manquer de provoquer une réaction.Elle se fit, grâce au zèle des évêques que les doctrines nouvelles n’avaient pu séduire, grâce en même temps au concours actif des communautés religieuses.De nouveaux instituts surgirent.Les anciens ordres, ébranlés par la tempête, reformèrent leurs cadres et employèrent une partie de leurs forces à restaurer les écoles.Le concile de Trente 1 apporta à cette œuvre la lumière de ses conseils et l’autorité de ses décrets.De leur côté, quelques princes demeurés catholiques (il s’agit surtout de l’Allemagne) secondaient le mouvement.C’est ainsi qu’en Bavière, l’an 1569, parut un décret relatif aux écoles primaires : « L’instruction religieuse y était prise pour base de l’éducation.Le plus grand soin fut apporté au choix des maîtres.On n’admit que des instituteurs vraiment remplis de la crainte de Dieu, vraiment catholiques de cœur.Tous les livres d’enseignement furent catholiques 2 ».Les maîtres sectaires et opiniâtres furent exilés ; défense fut faite à tous les jeunes gens de fréquenter des écoles et des universités protestantes de l’étranger.Le duc Albert fonda, pour les pauvres et les nobles, des collèges et des séminaires, et il mit au service de l’Eglise toute son influence pour faire pénétrer dans l’enseignement à tous ses degrés le véritable esprit chrétien.1 —Sess.V, de ref., c.1 ; Sess.XXIII, de ref., c.IS.2 — Janssen, ouv.cit., t.IV, p.466.L.-A.Paquet, p*e. AUX SOURCES UE L’HISTOIRE MANITOBAINE VL —MÉTIS ET BLANC.A leajacta est ! Le dé en était jeté : il fallait maintenant agir si l’on ne voulait laisser triompher l’illégalité, l’agression indue et l’invasion des droits les plus sacrés, et se rendre en même temps la risée du monde entier.Eiel et les siens le comprirent.Aussi, le même parti qui reconduisit Proven cher et Cameron à la frontière eut-il ordre d’expulser du territoire McDougall, qui s’était installé au fort de la Campagnie de la Baie d’IIudson à Pembina, tout près delà frontière américaine.Le soi-disant gouverneur voulut se retrancher derrière l’autorité de la Peine, et exhiba devant Ambroise Lépine, le commandant des 14 hommes armés qu’on lui avait députés, les lettres sur parchemin qui, dans les circonstances, n’étaient rien moins qu’un faux, puisqu’elles ne devaient avoir force de loi qu’au transfert du pays au Canada, lequel no s’effectua que le 15 juillet de l’année suivante.Le brave métis, un instant intimidé à la vue du grand sceau de la Puissance, et en entendant l’explication qu’on lui donna du document, finit pourtant par s’en remettre au jugement de celui qui l’avait envoyé, et contraignit McDougall à déguerpir.Celui-ci s’établit alors en territoire américain, non loin de l’As-siniboia, et de là commença à travailler à la déconfiture de ceux qui le traitaient avec si peu de cérémonie.On savait que ce monsieur était accompagné d’une quantité d’armes et de munitions destinées à ses partisans, les « Amis du Canada», et il était de la plus simple prudence de l’empêcher de venir allumer les feux de la guerre civile au centre de la colonie.Pendant ce temps, Ricl faisait occuper le fort Garry par une troupe de 120 hommes (3 novembre).Le gouverneur de l’Assi-niboia, M.McTavish, écrit à ce propos que les métis » protestaient énergiquement contre toute intention de faire tort à personne ou de toucher aux biens que la place contenait, et on doit admettre que sous ce rapport ils ont tenu leur promesse » h Cette remarque était faite le 9 novembre 1869.Une semaine après (16 1 — Livre bleu de 1870, p.39. 409 AUX SOURCES DE l/HISTOIRE MANITOBAINE novembre) le même parti remarquait encore que « les hommes [en garnison chez nous] sont en général tranquilles et amis de l’ordre ; ils ne voudraient évidemment pas nous offenser 1 ».Dans la suite, des nécessités inexorables provenant de la prolongation de la lutte, de la formation d’un gouvernement régulier et de l’opposition qu’il rencontrait, forgèrent Riel non seulement à s’emparer d’armes et de munitions, ainsi que de provisions de bouche appartenant à la Compagnie, mais encore à négocier un emprunt en argent et à forcer le gérant de cette corporation à y consentir, à la condition que le Canada, qui était la cause du soulèvement, rembourserait la dite Compagnie une fois qu’il aurait pris possession du pays.Une autre saisie qui fit beaucoup de bruit et mécontenta la population de langue anglaise fut effectuée peu après l’occupation du fort.Le 23 novembre, Riel fit main basse sur les archives de la colonie, parmi lesquelles se trouvaient les registres qui contenaient les titres de toutes les terres vendues ou données depuis 1812.Cette mesure mit dans l’inquiétude les gens qui, ne comprenant ni les métis français, ni le but vers lequel ils tendaient, craignirent un instant pour leurs droits de propriétaires, que la disparition fortuite ou voulue des livres publics pouvait réduire à néant.De fait, après les troubles, on crut assez longtemps que ces précieux documents avaient été délibérément détruits, et le premier gouverneur effectif du Manitoba, M.Archibald, crut même devoir déplorer leur perte dans sou message à la législature de la nouvelle province.Eu réalité, d’après un ennemi même de Riel (qui s’était par deux fois enrôlé pour porter les armes contre lui), « c’était l’intention de celui-ci de transmettre personnellement à sir Carnet Wolseley tous les livres publics et les registres du pays ; mais comme ses amis lui assurèrent qu’il ne recevrait aucune protection de la part de cet officier, il quitta le fort Garry laissant après lui tous les registres publics ” 2.M.John H.McTavish, premier commis de la Compagnie de la Baie d’Hudson au fort s’en empara immédiatement et les tint longtemps cachés.1 — Livre bleu de 1870, p.185.2— The Veterans of the Fur Trade, p.14.Prince Albert, 1906.*** 410 LA NOUVELLE - FRANCE Mais noue anticipons.Après s’être rendu maître de la place, Riel n’eut plus qu’une ambition : obtenir le concours de la population anglaise afin de présenter au gouvernement canadien des réclamations aussi unanimes que possible.L’union fait la force : tel fut le principe qui détermina toute sa conduite pendant les mois orageux qui suivirent la prise d’armes.Malheureusement une opposition systématique à ses plans se dessina bientôt dans le lointain, qui rendit toute action pacifique et légalement régulière excessivement difficile.Ce fut celle de McDougall qui, après son éviction du fort Pembina, semble avoir été gouverné par la devise de Louis XI, divide et impera.Ses agents essayèrent longtemps de représenter le soulèvement des métis comme le fait d’une simple fraction de la population d’origine française.Le colonel J.-S.Dennis, entre autres, paraît avoir été tout particulièrement offusqué des sympathies du clergé catholique pour les droits de ses ouailles.L’abbé Ritchot, curé de Saint-Norbert, eut surtout le don de lui donner sur les nerfs.Il le nomme incessamment dans sa correspondance avec McDougall, et un do ses amis est tellement porté à rejeter la faute du mouvement de protestation sur les autorités ecclésiastiques qu’il va jusqu’à appeler prêtre un individu qui n’était même pas dans les ordres 1.D’un autre côté, il est évident que, bien que moins intéressés à la réussite du soulèvement et d’ailleurs de tempérament plus flegmatique, les Anglais, métis et pur sang, avaient bien aussi leurs justes griefs.Deux des plus influents parmi les premiers le montrèrent assez quand ils écrivirent dans la New Nation, le journal de la colonie, qu’ils étaient bien fâchés de voir des étrangers « s'efforcer de ruiner leur pays »2.La même feuille contenait plus tard (21 janvier) un long document où les blancs de race anglaise parlaient fréquemment de concessions à faire et de droits à garantir par le Canada 3.Bref, Riel ne s’était pas plutôt établi au fort Carry qu’il forçait les typographes du journal à imprimer une courte proclamation invitant la population anglaise de la colonie à élire douze députés pour s’entendre avec un nombre égal de représentants ] — Correspondence relative to the Recent Disturbances in the Red River Settlement, p.49.2 — The Creation of Manitoba, p.141.3— Ibid., p.244. 411 AUX SOURCES DE l’ HISTOIRE MANITOBAINE français sur les mesures à prendre dans la crise par laquelle passait le pays.Les agents de McDougall, prêtant aux vieux colons leur propre mépris pour les métis français, prédirent ouvertement et écrivirent à, leur maître qu’aucun compte ne serait tenu de cette invitation.Et pourtant chacune des paroisses écossaises ou anglaises désignées par Eiel l’accepta, et le IG novembre 1869, en présence de 150 hommes armés et bien disciplinés, au son du canon et d’une fusillade bien nourrie, les 24 représentants du peuple faisaient leur entrée au fort Garry transformé momentanément en salle législative.La convention qu’ils formèrent siégea plusieurs jours ; mais en raison des divergences d’intérêt et d’une lettre de protestation arrachée à MeTavish, le gouverneur de l’Assinihoia, qui était physiquement presque aussi malade que son propre gouvernement, dont les membres devaient leur nomination à cette même corporation qui bénéficiait seule de la vente du pays, et aussi parce que Kiel ne paraissait pas assez pressé de dévoiler ses plans pour l’avenir, les membres se séparèrent sans avoir accompli beaucoup plus qu’un simple échange de vues.Sans la malencontreuse proclamation de MeTavish, qui en reconnaissait lui-même la futilité dans les circonstances, « un bien inappréciable eut pu résulter de cette convention », dit Alex.Begg dans son histoire du Nord-Ouest h Pourtant une première liste des Droits dont on se proposait .d’exiger la reconnaissance par le gouvernement fédéral, comme condition d’entrée dans la Confédération, fut non seulement dressée, mais discutée au long et pratiquement adoptée par les deux partis.Elle ne contribua pas peu à tranquilliser les Anglais sur les intentions des métis, et, habilement disséminée dans les paroisses écossaises, elle les empêcha de céder aux sollicitations du colonel Dennis qui voulait les soulever contre Kiel et les siens, ' parce qu’il devenait de plus en plus évident que ceux-ci avaient l’intention de former un gouvernement provisoire, pour servir d’intermédiaire entre la population de l’Assiniboia et les autorités canadiennes dans les négociations dont tout le monde, à part le petit groupe de nouveaux venus, admettait la nécessité.Rien 1 — Vol.I, p.396. 412 LA NOUVELLE-FRANCE de formel ne fut pourtant fait dans ce sens avant la proclamation de McDougall.*** Mais celui-ci brûlait de faire acte d’autorité.Sans avoir rien pour lui prouver que le Canada était réellement entré en possession du territoire de la Rivière-Rouge, il prépara une proclamation où il n’hésita pas à annoncer officiellement au nom de la Reine le transfert du pays et sa propre élévation au poste de lieutenant-gouverneur.Puis, le 1er décembre, il alla bravement l’afficher en pleine prairie sur la borne internationale, pour le bénéfice des chouettes et autres oiseaux qui pouvaient s’y reposer de temps en temps.Enfin, non content de ce haut fait, il se rendit avec six compagnons jusqu’au fort de la Compagnie de la Baie d’Hudson, à Pembina, sur le territoire anglais.Il semblait alors dévoré d’une ardeur toute martiale.« J’ai résolu, » écrit-il le lendemain, « d’occuper le poste de la Compagnie de la Baie d’Hudson et de repousser par la force, s’il est nécessaire, toute attaque d’un parti comme celui qui nous en chassa le 3 novembre » l.Et dire que deux semaines après, le pauvre homme devait non seulement quitter sa capitale improvisée, mais même retourner au Canada, désavoué par ceux qui l’avaient envoyé, exécré de la population française dont il avait tenté la perte, et même abandonné des Anglais, qui voyaient maintenant le péril qu’il leur avait fait courir avec ses proclamations illégales et ses manœuvres inavouables ! Cet exploit du pseudo-gouverneur fut célébré par quelque poète de la Rivière-Rouge, dans une chanson pleine de sel gaulois dont je regrette de ne pouvoir citer que le premier couplet, d’après l’abbé Dugas.De Mac do u gall, amis, chantons la gloire, C’est un héros digne d’un meilleur sort ; Aujourd’hui même il a gagné victoire En combattant contre le vent du nord.A la faveur d’une nuit sans lumière Il a voulu faire un pas en avant, Et nous montrer là-bas sur la frontière Qu'il ne craint pas de s’exposer au vent.1 —Livre bleu de 1870 (Correspondence relative to the Recent Disturbances, etc.), p.60. 413 AUX SOURCES DE l7 HISTOIRE MANITOBAINE Il fit plus, et si ses bonnes intentions n’eussent excusé à demi l’excessive témérité de sa conduite en cette circonstance, on pourrait à bon droit se demander si la mesure extraordinaire qu’il prit alors n’était point une entreprise criminelle.C’est à la fermeté et à l’infatigable vigilance de Riel qu’on doit de ne l’avoir point vue dégénérer en une effroyable guerre civile.Par une seconde proclamation datée du même jour (1er déc.), McDougall constitua le colonel Dennis « Conservateur de la Paix», avec pouvoir de lever des troupes afin « d’attaquer, d’arrêter, de désarmer et de disperser » les métis français, « de livrer assaut, de tirer sur, démolir ou enfoncer tout fort, toute maison », etc., où il pourrait les trouver ! La paix qu’il préconisait par là ne semble-t-elle pas d’un genre quelque peu nouveau ?Heureusement la population anglaise, en dehors des meneurs venus du Canada, se montra généralement assez tiède pour la cause du soi-disant gouverneur.Dennis n’épargna pourtant pas ses peines, et, à l’aide de la fameuse proclamation à la validité de laquelle on crut d’abord, il parvint à faire quelque impression sur les fermiers écossais, bien qu’il leur répugnât excessivement d’attaquer des gens avec lesquels ils avaient toujours vécu dans la plus parfaite harmonie.*** Pendant qu’il s’efforçait de soudoyer les anciens habitants de la colonie, le Dr Schultz et une centaine de Canadiens-Anglais du village de Winnipeg, qui s’étaient formés en corps militaire pour attaquer Riel et ses métis, prenaient prétexte d’un certain dépôt de lard envoyé par le Canada aux ouvriers du chemin Dawson pour se rassembler et attirer à eux les membres du groupe qui s’appelait modestement loyal, et servir eu même temps de menace permanente à la garnison du fort Garry situé tout à côté.Il est avéré aujourd’hui que leur but principal était de provoquer une collision à main armée entre les deux partis et par là forcer les Ecossais à se soulever contre Riel.Pareille intention semble si odieusement criminelle qu’on y croirait à peine si l’un de ces Canadiens-Anglais ne l’avait implicitement avouée dans une lettre à son chef, McDougall.« Si on contrecarre nos plans», écrivait un M.D.-A.Grant, « nous défendrons les provisions et les 414 LA NOUVELLE - FRANCE enlèverons malgré n’importe qui.Cela aura peut-être pour résultat de hâter les événements, (of precipitating matters » 1).Ils s’étalent barricadés dans la maison de Schultz qui contenait ces barils de lard, et ils se vantaient de l’avoir mise eu état de soutenir un siège avec les 65 pièces d’armes dont ils étaient munis.C’était créer pour Riel une position délicate.Nous sommes actuellement le parti à la tête des affaires, se disait-il ; si quelque chose arrive à ces provisions, et qu’on les fasse disparaître en tout ou en partie, c’est nous qu’on accusera de ce méfait.Il voulut donc en dresser un inventaire ; mais le Dr Schultz s’y opposa.Alors, à la vue du danger que ce rassemblement faisait courir au pays, il résolut d’y mettre fin et de couper court aux complots de Schultz et Cie, en faisant investir ce repaire de provocateurs.Le colonel Dennis, qui se désolait de son insuccès parmi les Ecossais et écrivait qu’il « n’avait encore vu aucun signe de l’enthousiasme » contre les Français dont les Wiutiipegois parlaient sans cesse, fit alors donner ordre à ceux-ci d’avoir à quitter la place au plus vite et de se réfugier dans l’église écossaise.Mais les D" Schultz et Lynch, ainsi que le Major Boulton et M.Snow décidèrent après consultation qu’on ne bougerait pas.Ils se faisaient fort, disaient-ils, de tenir tête à n’importe quel nombre de métis.Ce que voyant, Riel s’avança le 7 décembre à la tête de 200 à 300 hommes pour attaquer le château-fort des Anglais.Mais, grâce aux bons offices d’un M.Baunatyne, il n’y eut point de sang répandu.Voyant que les métis étaient prêts à agir et s’apercevant que leur prétendue place forte s’était changée en souricière, les braves Ontariens préférèrent la prudence à l’héroïsme.Ils se rendirent, au nombre de 45, et Riel les interna dans le fort Carry.Un petit détail qui montre bien à quel point il se tenait au courant de la situation : comme ou lui passait la liste de ceux qui avaient signé la capitulation, il remarqua immédiatement l’absence des noms de deux Anglais que ses gardes n’eurent pas de peine à trouver.*** Débarrassé de cette pomme de discorde et par ailleurs persuadé de la nullité légale des proclamations de McDougall, qu’il 1 — The Creation of Manitoba, p.101.Voir aussi p.142. 415 AUX SOURCES DE L*HISTOIRE MANITOBAINE avait traitées d’abord avec une certaine réserve, par respect pour l’autorité royale qu’on y mettait en avant avec un sans-gêne si peu édifiant, Eiel publia lui-même le 8 décembre 1869 un document où, « après avoir invoqué le Dieu des nations », il déclare solennellement que le peuple de l’Assiuiboia, trahi dans son autonomie et ses intérêts les plus chers par ceux dont il avait jusque-là relevé, s’était donné un gouvernement provisoire qui devait désormais être tenu pour la seule autorité légitime du pays jusqu’à l’issue des négociations avec le Canada qu’il était toujours prêt à entamer.Cette proclamation fut adressée à tous les pouvoirs qu’elle intéressait et affichée à Winnipeg et ailleurs.Puis on défendit de nouveau l’entrée du territoire à McDougall, et les principaux meneurs encore libres, voyant que le jeune tribun ne badinait point, jugèrent à propos de s’esquiver.Mais l’espace manque pour le détail des événements qui s’ensuivirent.Mentionnons simplement pour mémoire l’avènement (le 25 déc.) de L.Eiel à la présidence qu’un M.Jean Bruce avait jusque-là occupé nominalement ; puis l’arrivée de M.Donald-A.Smith, en qualité de représentant du gouvernement fédéral en vue de traiter avec les métis.Son séjour à la Eivière-Eouge fut l’occasion d’une nouvelle convention, composée cette fois de 40 membres élus en nombre égal par les deux sections de la population.Craignant un piège, et comprenant mieux la situation que les députés anglais, Eiel se tint constamment sur la plus grande réserve vis-à-vis de l’étranger.Par moments il dut même se montrer assez autocratique pour empêcher des erreurs regrettables, ce qui lui aliéna la sympathie de ceux qui, par nature plus froids et moins perspicaces que lui, ne pouvaient voir la véritable portée de certaines mesures.Le résultat principal des séances quotidiennes de l’assemblée fut, avec la reconnaissance du gouvernement provisoire par les deux partis, l’envoi de trois délégués à Ottawa, pour faire admettre une liste des droits définitive, dont la plupart des clauses furent agréées et incorporées dans V Acte du Manitoba.Cette circonstance parle assez haut en faveur de la légitimité du mouvement de protestation et du savoir-faire de son principal promoteur.Elle aurait dû à elle seule assurer au jeune président la reconnaissance du peuple manitobain tout entier.*** 415 LA NOUVELLE - FRANCE Avant d’aller plus loin, qu’on me permette quelques courtes remarques sur le rôle des métis français et de leur chef, qui nous mettront mieux en état de le comparer avec celui d’un blanc qui avait peu auparavant voulu jouer au métier de fondateur de gouvernement.Il fut longtemps de mode de décrier Eiel et son œuvre.La plupart des auteurs anglais ne l’appellent que le « soi-disant président,» quand ils ne lui décochent point les épithètes de « rebelle,» « chef des rebelles, » ou même « archi-rebelle.» Ils ne peuvent parler du gouvernement provisoire sans user de guillemets, par manière de protestation contre l’expression.A leurs yeux les métis étaient des traîtres, des conspirateurs, des émeutiers, des faiseurs de complots, etc.h Un auteur dont les ouvrages ont joui d’une certaine vogue, le général sir W.-F.Butler, auteur du Great Lone Land, s’abaisse même dans ce volume jusqu’à déverser le ridicule sur Kiel (qu’il appelle charitablement un ogre, un Napoléon au petit pied), et pourquoi ?Parce qu’il était coupable de porter des mocassins ! On ne le croirait pas si ce n’était écrit en toutes lettres.Oyez plutôt.« Il était vêtu d’un habit composé de parties singulièrement disparates, » dit cet écrivain : « une redingote noire, un gilet noir et des pantalons de même couleur.Mais l’effet de ce costume quelque peu clérical était pas mal gâté par une paire de mocassins indiens »1 2.Et il se met à déblatérer contre ces malencontreux mocassins.Puis il est assez petit pour se moquer du chef des métis qui « joue le rôle du grand soldat de l’Europe sous l’habit d’un prêtre et avec les souliers d’un sauvage » 3 4.Il va sans dire que Riel n’aspira jamais à passer pour un génie militaire.Quant à la légalité de ses actes, cette question fera l’objet d’un article à part.Sous une plume aussi prévenue que celle du général Butler, le portrait suivant du jeune tribun est assez piquant.Riel lui parut .un homme gros et de petite taille 4, avec une tête d'une grande capacité, une figure pâle et bouffie, un œil vif, remuant et dénotant l’intelligence, un 1 — Tous ces différents titres, et plusieurs autres du même genre, leur sont prodigués par les auteurs anglais dont j’ai en ce moment les ouvrages sous les yeux.2— Op.cit., p.133, 15e édition.3 — Ibid., pp.135-36.4 — Riel était d’assez bonne taille et sans corpulence, bien que son frère Joseph ait bien 6 pieds de haut, avec un superbe physique. 417 AUX SOURCES DE l’HISTOIRE MANITOBAINE front massif et carré, ombragé d'une longue chevelure divisée en mèches épaisses, et coupé de sourcils bien taillés ; bref, une figure d’autant plus remarquable dans son ensemble qu’elle apparaissait dans un pays où pareille chose est une rareté 1.Pour eu revenir à son œuvre, je me suis toujours demandé comment un jeune métis de 25 aus, sans éducation politique ou aucune expérience du gouvernement des hommes, un enfant du peuple, par nature plutôt excitable et quelque peu autoritaire, ait pu faire passer sans plus de fautes son pays par une pareille crise en face de l’acharnement et des intrigues incessantes d’une clique qui avait juré sa perte 1 2.Certes, il ne fut pas sans défauts, et qui peut se vanter de l’être ?Même dans cette première partie de sa carrière publique il eut sa part des faiblesses qui sont inséparables de la nature humaine.Mais je répète que, étant donné les circonstances, il joua son rôle avec une habileté et une sûreté de jugement vraiment remarquables.Du reste, même certains de ces contemporains de la race qui lui fut opposée ne se firent pas faute de le reconnaître.Dans une lettre qui a mérité d’être publiée au livre bleu de 1870, un correspondant du pays admet que « son gouvernement est généralement reconnu comme meilleur que celui de la Compagnie » 3.« Ses hommes », ajoute-t-il, « font serment de s’abstenir de toute liqueur enivrante jusqu’à ce que les affaires soient arrangées, et jusqu’à ce jour leur conduite est strictement conforme à ce ser- 1 — Op.cit., i).133.2 — Encore une fois, le lecteur voudra bien remarquer que je ne fais pas ici l’histoire des troubles de la Rivière-Rouge, et que par conséquent il m’est loisible d’appuyer sur certaines circonstances plutôt que sur d’autres qui ne sont pas autant à la gloire du chef des métis.En outre, ce n’est que simple justice à la mémoire d’une certaine personnalité de Saint-Norbert de remarquer qu’elle fut pour beaucoup dans les succès du jeune tribun, dont les actes publics furent honorables en proportion de sa docilité à suivre les conseils de l’âge et de l’expérience.Enfin il va sans dire que Rie! n’était pas seul dans son œuvre d'organisation ; mais il me semble que, ayant subi devant l’histoire telle qu’interprétée par les auteurs anglais l’odieux de tout le mouvement de protestation par cela même qu’il en était le chef actif, on ne saurait, pour la même raison, refuser de mettre à son compte une bonne partie du bien que ce mouvement opéra.L’historien dira ses fautes ; l’auteur de simples croquis est libre de faire ressortir ce qui, dans le rôle qu'il joua, a été plus ou moins négligé jusqu’ici.3— Livre bleu de 1870, p.27. 418 LA NOUVELLE - FRANCE ment.Ils ont laissé passer des quantités de boisson au travers de leur camp sans y toucher.Dans quelques cas, ils ont ouvert des caisses pour y découvrir des armes ; mais quand ils n’en ont point trouvé, ils ont laissé le contenu intact.» Et quatre jours plus tard la même personne ne peut s’empêcher d’observer que « jusqu’ici la discipline maintenue a été réellement remarquable ».Peut-on s’étonner après cela si un des principaux Anglais de la colonie, M.A.-G.-B.Bannatyne, maître des postes de Winnipeg, n’hésita pas à écrire dans une pièce destinée à la publicité : « Je crois que ceux qui ont, pour ainsi dire, combattu nos propres combats (quoique peut-être d’une manière différente de la nôtre) recevront désormais les remerciements du peuple de la colonie ainsi que de la postérité » 1.Quel soufflet pour les écrivailleurs de la même race que cet homme d’honneur qui se sont appliqués depuis à salir la mémoire de Riel et de ses braves ! *** Et dire que ce sont les mêmes bienfaiteurs du Manitoba qu’un étranger qui ne connaissait pas le premier mot de la situation, un soldat qui fut moins le favori de Mars que de la Fortune, osa stigmatiser du nom de bandits dans une proclamation qui restera pour sa honte éternelle 2 ! Ah ! il était bien plus facile à lui de déployer pompeusement ses troupes en rang de bataille autour d’un fort désert, et d’en enfoncer bruyamment les portes toutes grandes ouvertes, que de passer sans mésaventure ou erreur de jugement par les neuf mois de soucis et de luttes continuelles qui turent le partage de Riel et de ses lieutenants.Qu’on veuille bien écouter ici un de ceux qui eurent h souffrir entre leurs mains des conséquences de leur propre légèreté.Parmi les 44 prisonniers dont nous avons parlé se trouvait un I)' John O’Donnell.Je traduis en la condensant une partie 1 — The Creation of Manitoba, p.92.2— Voici les propres paroles de Wolseley à ses soldats : .Bien que les bandits qui ont opprimé ce peuple aient fui à votre approche sans vous donner de chance de montrer comment des hommes capables de pareils travaux peuvent se battre, vous avez autant [mérité de la patrie que si vous aviez gagné une bataille ». 419 AUX SOURCES DE l’HISTOIRE MANITOBAINE d'un article que ce monsieur publia pas plus tard que l’année dernière dans un journal de Winnipeg à propos des événements qni nous occupent b Un de nos gardes avait une femme avec un nouveau-né, écrit il.Quand celui-ci n'avait peut-être pas plus de deux semaines, sa mère fut prise de convulsions, et on m’envoya chercher pour la traiter.L’ayant mise sous l’influence du chloroforme pendant une de scs crises les plus violentes, mon succès à la tranquilliser provoqua les commentaires les plus favorables.Quelque temps après, le même Geouton (?) m'envoya chercher pour un de ses enfants qu’on disait malade.Depuis ma première visite, je n’étais point gardé, mais allais et venais sur la foi de ma parole d’honneur.Quand j'arrivai à la maison de Geouton, je demandai à voir le malade ; mais le père de famille me dit que personne chez lui n’avait besoin de mes services, et qu’il m’avait envoyé chercher pour me tirer du danger qui menaçait les prisonniers.Il était rumeur que les colons anglais allaient venir attaquer le fort, et le brave homme craignait que quelque malheur ne m’arrivât.Et voilà quels étaient les « bandits qui opprimaient le peuple» de la Rivière-Rouge ! Plût à Dieu que les propres soldats de celui qui n’avait pas honte de cette flagrante injustice leur eussent ressemblé ! Selon un contemporain anglais, les métis en armes « étaient civils à l’égard de tous les étrangers qui les rencontraient, »1 2 tandis que les fameuses recrues auxquelles Wolse-lev recommandait de confondre par leur bonne conduite les « gens mal intentionnés qui s'efforcaient de faire croire à une partie de la population qu’elle avait beaucoup à craindre d’eux », donnèrent la mesure de leur valeur en tuant à coups de pierre un métis qui ne leur disait rien, et en laissant pour mort, après l’avoir attaqué sans provocation, un autre qui revenait d’accomplir un acte de charité3 ! *** Je m’attarde peut-être mal à propos à défendre les amis de Riel contre les insultes d’un bigot.Pour justifier maintenant mon titre de « Métis et Blanc », il me faut dire quelques mots d’une tentative de gouvernement par un blanc, avec le fiasco auquel le lecteur comparera instinctivement le succès des métis 1 — The Tribune, Déc.15, 1906.2 — Livre bleu de 1870, p.27.3 __V.les art.Goulet (Elzéar) et Nault (André) dans mow Dictionnaire historique des Canadiens et des Métis français de l'Ouest en ce moment sous presse. 420 LA NOUVELLE-FRANCE de la Rivière-Rouge.Lee détails de cette épopée d’un nouveau genre sont assez peu connus pour que j’en rapporte quelques-uns h Un nommé Thomas Spence, après avoir résidé quelque temps au fort Garry, avait transporté ses pénates au portage Laprairie, quelque 56 milles plus à l’ouest.Là, se trouvant en dehors de l’Assiniboia, il se crut l’homme de la situation et, en 1867, il prit sur lui-même d’inaugurer une espèce de république qu’il appela d’abord Caledonia, puis Manitoba.Il lui donna des centaines de milles carrés de superficie, et tout naturellement s’en nomma président.En même temps, un conseil fut formé et ceux qui le voulurent prêtèrent le serment de fidélité.Petits et grands bien comptés, sans oublier les enfants à la mamelle, la population du nouvel empire pouvait bien se monter à 400 âmes.Le premier besoin qu’on eut à satisfaire dans ce royaume du roi Pétaud fut celui d’une prison.Pour se procurer les fonds nécessaires à sa construction, on organisa un système de taxes et do douane.Mais, première déception, les autorités de la Compagnie de la Baie d’Hudson refusèrent de s’y soumettre.Que pouvait-on contre pareils adversaires ?Puis un certain cordonnier du nom de McPherson poussa l’irrévérence pour les autorités constituées jusqu’à déclarer que les taxes perçues s’en allaient en bière et en whiskey que les membres du gouvernement se chargeaient de consommer; Par surcroît de malheur, beaucoup des administrés de Spence eurent assez peu de charité pour partager cette opinion.Evidemment, pareil manque de respect ne pouvait se tolérer, surtout quand le coupable n’était qu’un cordonnier.Deux constables furent donc chargés de l’arrêter sous l’inculpation de.trahison (c’est littéral).Mais McPherson ajouta encore à sa faute en protestant contre cette mesure.Après une lutte corps à corps, au cours de laquelle il eut scs habits mis eu lambeaux, il parvint à s’échapper, et il était à courir dans la neige, poursuivi par les deux officiers que le whiskey gouvernemental empêchait d’être aussi lestes que lui, quand un traîneau vint à passer.Il s’y jeta hors d’haleine et en criant au secours.Un des conducteurs du véhicule nommé McLean tint alors à distance les sbires du président en les menaçant d’une énorme tarière qu’il tenait à la main.]—Je les emprunte à un livre devenu rare, l’Histoire du Manitoba, par Bob.B.Hill. 421 AUX SOURCES DE l/HISTOIRE MANITOBAINE Puis, ayant appris l’objet de la « poursuite », il conseilla au cordonnier de suivre les constables, ajoutant qu’il veillerait lui-même à ce que justice lui fût rendue.Le soir du même jour, après souper, il se dirigea, en effet, en compagnie de quelques mineurs, chez un nommé Hudson où McPherson devait subir son procès.La cause se vidait déjà quand la petite troupe entra.Spence se tenait au bout d’une table, séparé par une lampe de l’inculpé qui lui faisait face.—De quoi accuse-t-on McPherson ?demanda John McLean.—De trahison aux lois de la république, répondit Spence.—Nous n’avons point de lois, fit John.Dans tous les cas, qui est l’accusateur public ?M.Spence, dit un des constables.—Et qui fait l’office déjugé?—Le même monsieur.—Alors, finissez-en avec cette comédie, vieux sépulcre blanchi, tonna l’Ecossais indigné en s’adressant à Spence.Vous ne pouvez être accusateur et juge à la fois.Mais le constable Hudson mit l’interrupteur à la porte.Sur quoi, un des mineurs qui était d’une force prodigieuse prit l’accusé par le collet et lui dit de s’en aller.Un des assistants voulut intervenir ; mais le géant le saisit dans sa forte poigne, le souleva en l’air et le laissa retomber lourdement sur la table, renversant lampe, poète, Spence et tout ce qui se trouvait là dans un commun désordre.Surpris par les ténèbres qui s’ensuivirent, les autres mineurs déchargèrent alors leurs revolvers au plafond.Ce fut le signal d’une débâcle générale.Pendant que chacun déguerpissait, qui par la porte, qui par la fenêtre, ou entendit le pauvre président crier d’un ton piteux sous la table : —Pour l’amour de Dieu, ne tirez pas, mes amis ; j’ai une femme et des enfants ! Peu après, une lettre officielle d’Angleterre, écrite en réponse à une demande de reconnaissance du soi-disant gouvernement, vint donner le coup de grâce à l’entreprise.La république de Spence avait vécu, et personne ne la regretta.Elle avait duré non pas précisément « ce que durent les roses, l’espace d’un matin », mais juste ce que dure la neige, l’espace d’un hiver, et n’avait accompli que le ridicule.A.-Q-.Morice, O.M.I.27 LES CLASSIQUES 1 LETTRE DU PÈRE LOUIS LALANDE, S.J., X UN CONDISCIPLE Collège Sainte-Marie, Montréal, 22 octobre 1887.Tu veux donc, mou ami Prévost, avoir une dissertation : eh bien, tu vas l’avoir ! Je ne crois pas qu’elle te serve beaucoup ; mais elle fera du moins diversion à ton traité de gynécologie, et j’aurai prouvé aux bons vieux auteurs, qui reposent paisiblement sur ma table et sur les rayons de ma bibliothèque, que je ne les laisse pas taquiner impunément.Oui, me voilà replongé dans les classiques.Tu m’eu plains, et c’est trop de bonté,—de la bouté eu pure perte.Depuis trois ans, je tâche de les comprendre.Je ne me plains que d’une chose, c’est d’y arriver lentement.Si du moins mes élèves pouvaient y arriver avec moi ! En tout cas, je ne veux point qu’ils les admirent « parce que c’est le règlement», comme nous disions de notre temps.Si jamais, comme toi, ils les traitent de « vieilles perruques », ce ne sera pas ma faute.Jusqu’ici ils les traitent plutôt avec respect.Et s’ils ne se gardent pas toujours envers eux de l’éloge cliché et des vénérables formules fanées de la critique, ils se gardent soigneusement du dédain plagiaire et prétentieux.Les classiques sont des modèles consacrés, leur dis-je souvent ; 1 —Le brillant auteur des Lettres à un ami (nous présumons que c’est là le titre de son ouvrage) a été bien aimable pour la Nouvelle-France en lui envoyant comme primeur un chapitre du livre qu’il doit publier dans le courant de ce mois.Il n’a pas été moins heureusement inspiré en choisissant entre tous les chapitres celui qui plaide pour la fidélité aux classiques, juste à l’époque où les élèves viennent de rentrer au collège plus ou moins teintés de romantisme par les lectures de vacances-La Rédaction.Le livre du Père Louis Lalande, 350 pp.in-12, fort bien imprimé sur papier vergé, sera bientôt en vente chez tous les principaux libraires.Prix : 60 cts. 423 LES CLASSIQUES on les accepte.Ce sont des maîtres ; le temps n’est plus de les discuter ; il faut se rendre capable de les comprendre.En littérature, vois-tu, comme en philosophie et en mathématiques, il y a des vérités acquises.Il n’est pas permis, sous prétexte d’être soi, original, indépendant, de les méconnaître.Il est des chefs-d’œuvre qu’on ne conteste plus ; ils sont fixés dans l’admiration.Avouer qu’on ne les goûte pas, qu’on n’en saisit pas la beauté, ce n’est pas les déprécier ; c’est faire acte d’humilité, — à moins que ce ne soit acte de vaniteuse insolence.Les chefs-d’œuvre ne s’en portent pas plus mal.Ou n’entame guère la réputation de Bossuet ou de Shakspeare, parce qu’on s’y ennuie ; pas plus qu’on n’abaisse le sommet cl’uue haute montagne parce qu’on ne peut y monter.Quand je constate que Massillon m’agace et que je n’ai jamais pu lire jusqu’au bout un seul de ses serin ou s, je me contente d’avoir honte.Et pourtant tu sais si je trouve à plaindre les gens qui n’ont jamais la jouissance, ni d’une critique, ni d’une admiration personnelle; qui trouvent toujours que c’est beau avec les yeux des autres ; qui se pâment, quand on les laisse à eux-mêmes, devant une image d’Epinal, et qui dédaigneraient un Rubens ; qui s’endorment en réalité et jubilent par convention, au théâtre, à l’opéra ou à une conférence ; qui déclarent Michelet profond parce qu’on le leur a dit et que ça donne l’air de le comprendre, et font la grimace à Vcuillot, ce calotin ! parce que ça les met dans le mouvement.Hélas ! combien de moutons de Pau urge qui se donnent des allures de tigres et de lions ! Ils croient bondir sans entraves pardessus tous les obstacles : ils ne font que suivre à la queue-leu -leu, par des barrières ouvertes, dans de vieilles routes.Ils rejettent les classiques pour rompre avec la tradition et n’en plus subir le joug : ils subissent le joug de la mode et l’engouement qui passe.Pour paraître libres, ils se font gobeurs.Est-ce que tu ne connais pas de ces hommes qui croient tout mener, et que l’on mène ?Qui croient refaire les jugements suprêmes des générations, et ne font que la preuve de leur manque de jugement ?Chacun reconnaît, mon cher, —et il faut bien reconnaître avec les autres, —que certains auteurs, poètes, peintres, compositeurs, écrivains, occupent le premier rang dans leur art.Ils ne l’occupent pas seulement dans leur pays, mais dans tous les pays du 424 LA NOUVELLE - FRANCE monde.Ile ne tiennent pas la première place pour un temps, ils la tiennent pour toujours.Le culte intellectuel et artisticpie dont on les honore n’est pas national, il est universel.Et il dure.Les efforts d’une critique malveillante, engouée des formes nouvelles, le dédain, la fantaisie, le caprice, les préjugés, n’y peuvent rien.Ces efforts suffisent à faire bonne justice des ouvrages superficiels, variables comme les variations de la mode, éclos sous le soleil de la politique, du plaisir, de l’influence des castes et des rivalités mesquines, des passions du moment.Ils ne déchirent pas plus les chefs-d’œuvres classiques que nos ongles ne déchirent le roc.Il y a dans les lettres — permets-moi cette comparaison tirée de la géologie ; j’aimerais mieux en avoir une tirée de la médecine, mais je ne la trouve pas—des couches superposées de pensées et de sentiments.Les unes s’eu vont vite, les secondes résistent quelque temps, les autres restent quand même.Il suffit de quelques coups de bêche du piocheur pour racler et faire disparaître une terre d’alluvion toute de surface et d’extérieur.Les lits de calcaires et de schistes résistent davantage.Au fond sont les granits primitifs sur lesquels s’appuie tout le reste, et que la pioche des siècles et de l’homme ne peut entamer.Il y a dans la littérature de ces couches qu’ou croyait résistantes et dont la critique, de ses premiers coups de bêche, nous a vite débarrassés.Un peu d’indépendance d’esprit a raclé ce terrain mouvant.Le bon sens y est descendu, comme un large torrent, et en a lavé le sol.Que de prétendus chefs-d’œuvre out été ainsi vite usée, que leurs contemporains croyaient immortels ! Que d’autres, après une résistance un peu plus ferme, ont été élagués peu à peu, comme les gravois et les calcaires des couches intermédiaires, et n’ont pas beaucoup survécu à la génération qui avait fait leur succès.Il a suffi pour les faire disparaître, de faire disparaître ce qui leur avait donné la vie : de changer les formes de l’élégance, le vocabulaire de la réclame, les goûts do la vanité mondaine, l’intérêt des arbitres du bon tou et du distingué, la physionomie mobile de l’époque, avec ses rêves, ses enthousiasmes politiques, humanil aires ou révoltés, ses mélancolies sombres, ses ennuis emphatiques, ses défis tapageurs ;—comme à l’époque des romantiques, par exemple, où toute une génération de jeunes écrivains, 425 LES CLASSIQUES écervelés, en gilets ce couleur criarde, rompant avec les classiques, créa ou sacra des chefs-d’œuvre qui furent coulés en moins de quarante ans.Qui donc aujourd’hui se vanterait d’avoir lu tous les vers et la préface-manifeste du Cromwell de Victor Hugo ?Combien d’autres pièces ont fait fureur dans leur temps, qu’on ne voudrait pas remettre à l'affiche ! A combien de romans il a suffi d’une légère variation des mœurs qu’ils exprimaient, pour devenir démodés.Essaie donc, mon cher Arthur, de lire un peu certaines comédies écrites vers 1830, et tu vas te demander s’il est possible de rire à de telles fadaises.—C’étaient des chefs-d’œuvre dans leur temps.Impose-toi la tâche, fut-ce par pénitence, un jour que tu te prépareras à aller à confesse, de lire un quart de l’Astrée.Tu n’y arriveras pas.—Elle a ravi toute une époque.Il te faudrait une demi-douzaine de tasses de café pour te tenir éveillé devant les pages du Grand Cyrus et de la délie de ' mademoiselle Scudéry.Leurs personnages pourtant, polis, raffinés, raides, leur cérémonial majestueux, leur galanterie, leurs soupirs mignards et leur délicatesse fade, tout leur amour subtil et gémissant, ont fait les délices du temps dont ils étaient la représentation fidèle et ridicule.Ce n’est qu’hier que Chateaubriand berçait tout un monde dans Atala et les Natchez, avec ce qu’on appelait le sublime de ses rêves.Notre âge est bien revenu de cette emphase ; nous avons vite et cruellement percé cette affectation que les rêveurs contemporains subissaient sans la voir.Ce matin même, j’ai essayé d’expliquer à mes élèves pourquoi la fameuse Chute des Feuilles, de Millevoye, nous laisse si indifférents.Nous ne sommes plus à l’époque où la célèbre élégie exprimait le sentiment commun, mélancolique, morbide, de toute une génération de jeunes rêveurs, endoloris par une tristesse aimée, broyant du noir avec délice, et s’écriant devant une crique solitaire, vaguement éclairée des dernières lueurs du crépuscule : « Quel bel endroit pour se suicider ! « Toute cette littérature était l’expression d’un caractère à la mode, d’un état d’âme passager.Il lui a fallu, comme aux feuilles, trois saisons pour naître, s’épanouir et tomber.Telle n’est pas la littérature classique.Ses chefs-d’œuvre sont l’expression de ce que la nature et l’âme humaine ont de plus 426 LA NOUVELLE - FRANCE immuable ; ils out l’immortalité des lois universelles de l’Art et du Beau, d’après lesquelles ils ont été composés.Comme le granit des couches fondamentales, ils défient dans leur pérennité le temps et toutes les variations du goût.Tu me demandes pourquoi ?Comment ?Je voudrais bien te le dire comme je le pense ; il me semble qu’avec ta droiture et ta bonne foi, ce serait dit, entre nous, une fois pour toutes.Quand un maître—qu’il s’appelle Mozart, Homère, Léonard de Vinci, Virgile, Dante, Racine ou Bourdaloue—est déclaré, d’après le verdict unanime du monde, supérieur à tous les autres, il a dû passer par bien des creusets divers, subir mille jugements de la postérité, aussi variés par leur origine, la façon dont ils ont été prononcés, que par l’autorité qui les a rendus.Leur propre siècle les a d’abord passés, tous ces maîtres, au crible de toutes les opinions.Les auteurs rivaux sont venus les premiers et les ont jugés.A ceux-ci se sont bientôt joints les contemporains de langue et de nationalité étrangères.Les divergences d’esprit, de goût, d’éducation, de tempérament ont eu pour résultat des jugements individuels insuffisants.Les excès des uns ont été balancés par les excès des autres, et cette diversité même a rétabli l’équilibre.La résultante de ces oppositions de détail a été un jugement final, difîérent de forme chez tous, mais le même de fond et d’ensemble.Aux contemporains ont succédé les critiques d’un autre siècle, avec leur esprit nouveau, leurs procédés, leurs formes d’enquête et leurs préjugés tout neufs.Ils ont cité les maîtres devant leur tribunal, ont révisé la cause et refait le procès.Quand toutes leurs rectifications furent faites, il s’est trouvé qu’elles n’étaient qu’une confirmation éclatante.L’œuvre examinée de prétoire en prétoire, d’école en école, reçut en fin de compte la sentence unanime de tous les juges ; et cette sentence n’est que la réunion en un faisceau de l’admiration d’un siècle à celle d’un autre siècle, qu’une consécration lente, sûre, irréformable, du génie.Une pareille concordance de goûts, divers de temps, d’hommes, de mœurs, d’intérêts, s’impose la confiance.Chacun des individus, de chaque époque, aurait pu mal juger ; il est impossible, dans une pareille entente et une telle ténacité du goût instinctif, qu’ils aient mal jugé. 427 LES CLASSIQUES La critique moderne a repris—elle reprend tous les jours — ces jugements séculaires.Elle ajoute la science au sens commun.Elle fait passer les classiques, non plus à l’enquête du goût personnel et arbitraire ; — cette méthode dilettantiste a perdu sa valeur ; — elle les soumet à des opérations d’analyses minutieuses, à des examens scientifiques, d’après les lois générales, — et ces lois sont indépendantes du talent, des impressions et de la sympathie du critique.Plus les procédés varient, plus le jugement reste le même, invariablement confirmé.Penses-tu qu’aujourd’hui, mon cher Prévost, on peut sagement y adhérer ?Si vieilles que soient ces « perruques », crois-tu qu’elles ne valent pas beaucoup de jeunes têtes bien peignées ?Il me serait facile de trouver parmi les auteurs modernes des chefs-d’œuvre qui ont toutes les qualités pour devenir classiques : la Conscience de Victor Hugo, par exemple, le panégyrique de saint Louis, par MEr Pie ; mais ce n’est pas cela que tu m’as demandé.Tu voulais avoir une dissertation : tu l’as.Ce n’est pas un jugement que je t’envoie, c’est une adhésion ; c’est un résumé de mes dernières lectures.Ce n’est pas une lettre non plus.C’est une classe que je prépare en t’écrivant et que je répéterai demain à mes rhétori-ciens.oh! la classe ! la classe, .heure où l’on e’époumonne, Tandis que les enfants attendent que ça sonne.Au revoir, cher Arthur, classique sans perruque et mon bon vieil ami quand même.Louis Lalande, S.J. ERREURS ET PRÉJUGÉS ENCORE PAUL SURESNES.—LE JOURNAL CATHOLIQUE.—LA « SCIENCE DES COMPROMIS ».— LES PARTIS ET LA PARTISANNERIE.—LES TIERS-PARTIS.— LA NEUTRALITÉ PHILOSOPHIQUE ET LITTÉRAIRE.Je reviens à Paul Suresnes.Son article 1 très personnel dans la forme semble le manifeste officieux d’un certain groupe, qui n’a pas seulement l’intention de dire tout haut ce qu’il pense,— ce qui peut être son droit,—mais aussi celle de donner une direction aux jeunes et par eux à l’opinion catholique.Jusqu’à quel point cette direction est autorisée, même pour les jeunes, je ne le saurais dire, et sans doute celui qui la donne a tenu à ce qu’on ne le sache pas exactement.Dès lors la critique n’atteint personne que celui qui a signé ce manifeste, et elle semblera d’autant plus justifiable qu’il est facile de se méprendre sur la portée pratique de certaines directions données sous forme de jugements, d’insinuations et d’axiomes très vrais ou très contestables, suivant qu’on les interprète et qu’on les applique.*** D’abord il n’est nullement prouvé que, pour désirer la fondation d’un journal franchement catholique et indépendant de toute coterie politique, il faut être plus ou moins fanatisé.Paul Suresnes, lui, ne croit un tel journal ni nécessaire, ni opportun, ni possible, et à ce qu’il prétend, les catholiques sans fanatisme sont de son avis.En ce cas les catholiques sans fanatisme sont moins nombreux qu’il ne pense.J’ai dit pourquoi 2 ce n’est pas 1 e journal catholique, tel que le veut le fondateur de l’Association Sociale Catholique, mais l’article de Paul Suresnes, qui doit paraître aux « excellents esprits » suffisamment teintés de catholicisme, souverainement inopportun et regrettable.Tant qu’on délibère sur une mesure à prendre, celui qui est appelé au conseil, a le droit, parfois le devoir, de dire tout haut son avis et de le faire valoir par tous les arguments honnêtes, I — Le fanatisme des bons__< Revue Canadienne, juillet.2— Numéro d’août. 429 ERREURS ET PRÉJUGÉS fussent-ils moins sérieux que spécieux.Celui qui est invité à rester à la porte du conseil peut être parfois excusable d’y parler haut pour être entendu de ceux qui délibèrent au dedans, s’il est sûr d’avoir pour lui le monopole de la sagesse pratique et du bon sens.Mais lorsque, toutes informations prises, et tous avis entendus, une résolution est définitivement arrêtée et publiée, puis solennellement sanctionnée par l’autorité souveraine, les meilleures raisons apportées publiquement pour la combattre sont plus que des critiques inopportunes et impertinentes ; elles ressemblent fort à des fautes qu’un catholique sincère même laïque ne peut se permettre, sans rompre avec le principe qui fait la puissance de l’action catholique et de l’Eglise, la plus grande école de discipline et d’obéissance.Il n’a jamais été plus nécessaire qu’en nos temps troublés de ne pas oublier que nous catholiques, laïques et simples prêtres, nous sommes les serviteurs et les auxiliaires indispensables de l’Eglise, mais pour être conduits et dirigés par ses chefs et non pour les conduire et les diriger.Or de chefs qui aient le droit clans l’Eglise de diriger l’opinion et de commander l’action, à moins d’une mission extraordinaire que Paul Suresnes et ses « excellents esprits » n’ont probablement pas reçue plus que nous, il n’y a que les évêques et l’évêque des évêques.Quand ils ont parlé, nous avons tous également le droit de nous taire, et quand ils ont commandé, nous avons tous également le droit d’obéir, les modérés comme les fanatiques.Paul Suresnes ne le contesterait pas et n’a eu garde de l’oublier.Encore une fois, nul doute que s’il eût connu à temps le bref de Sa Sainteté Pie X approuvant l’action sociale catholique et son journal dans les termes que l’on sait, il eût modifié profondément plusieurs passages de son article ou, plus sagement encore, l’eût remis dans ses cartons en se disant en toute humilité : Plaçait nobis, sed non Spiritui Sancto.Aujourd’hui il ferait bien de désavouer la portée qu’on veut lui donner h Tout cependant n’est pas faux dans ses réflexions à propos du journal et de maint autre sujet, et plus d’un catholique militant 1 — On a prétendu sans preuve que l’article en question a été écrit après la publication du bref faite le 12 juin.On a même insinué que Fauteur couvrait tellement uno autre personnalité que l’attaquer c’était atteindre une autorité vénérable et qui ne relève pas de la censure des écrivains catholiques.Jusqu’à preuve évidente du contraire, ces insinuations me semblent dénuées de toute vraisemblance. 430 LA NOUVELLE-FRANCE pourra faire profit de ses réflexions en leur donnant le sens qu’elles devraient avoir.Malheureusement ce sens n’est pas celui que le plus grand nombre des lecteurs leur prêtera, et non sans apparence de raison.L’auteur s’est efforcé d’être insinuant et courtois, comme il convient aux esprits flottants et nuageux dont le royaume est entre ciel et terre.Si c’est là la terre promise aux cœurs doux, ce n’est pas absolument celle de la clarté sans ombre où il ne peut y avoir de malentendu.*** D’abord, à propos du journal catholique : il est clair que Paul Suresnes n’eu veut pas.Sur ce point sa pensée ne me semble pas douteuse.Ses raisons très enveloppées se réduisent au fond à celles-ci : Le peuple est assez bon pour n’en avoir pas besoin.Un journal catholique est nécessairement maussade et ennuyeux et n’intéressera que ceux qui n’en ont pas besoin.Nos grands journaux ne sont pas parfaits, mais ils sont forcément les éducateurs du peuple ; en faire de meilleurs est un rêve impossible : il faut se contenter de les « maintenir dans la bonne voie, » (ils y sont sans doute) en exerçant sur eux « une action quelconque » si petite soit-elle.Surtout un journal catholique coûterait trop cher et ne paierait pas.Donnez-vous maintenant la peine ou le plaisir de relire la page du catholique qui en est toujours à la deuxième béatitude.Or donc un tel catholique (non fanatique) ne voit pas sans malaise se former de petites avant-gardes qui mènent grand bruit en se séparant du corps de la nation.Cela l’inquiète surtout dans un pays comme le nôtre où le gros de la population est encore suffisamment honnête et religieux.Il ne croit pas qu’il faille tellement se défier de nos journalistes et de nos hommes politiques et les exaspérer par des exigences qui contrarient trop les légitimes exigences de leur profession.Ces idées sont surtout de la dernière conséquence en matière de journalisme.11 y a des fatalités qu'il faut accepter parce qu'on ne peut pas les écarter.Il est inutile de s'attendrir sur la simplicité de nos pères : nous ne la reverrons plus.Trop d'eau a coulé sous les ponts depuis cinquante ans.Il y a aujourd’hui à tous les foyers une soif d’information menue et vulgaire qui a besoin d'être satisfaite.Cela étant, quel sera le sort d’un journal à catholicisme claironnant, de mœurs sévères, et qui aura soin de filtrer la chronique de manière très scrupuleuse ?Voici comment se partagera l'opinion à son égard : la grande majorité de la population ne le recevra pas ; un certain nombre de personnes s'y abonneront par égard pour les conseils venus de haut, mais prendront peu à peu l’habitude de le laisser dans ses plis, le trouvant moins récréatif, après une journée de travail, que les autres grands journaux ; quelques Phi- 431 ERREURS ET PREJUGES listing le liront afin de se tenir au courant, et seront agacés de ce qu’ils considéreront comme une guerre mesquine faite à leurs idées et à leurs actes.Enfin, un certain nombre de zélés fidèles le liront avec un vif intérêt, y trouvant le reflet de leurs propres idées, mais sans en être modifiés, n’ayant pas besoin de conversion.Et c’est tout.L’opération chimique est complète et ne laisse pas de résidu.Je pourrais ajouter qu’un journal quotidien qui n'a pas un assez fort vent en poupe ne se soutient que par des sacrifices d'argent périodiquement renouvelés et dont les patrons se lassent au bout de quelques années.C’est là une expérience assez vieille, mais qui semble toujours à recommencer.Aussi d’excellents esprits en viennent ils à penser que la plus petite action exercée, pour les maintenir dans la bonne voie, sur les puissants journaux qui sont forcément les éducateurs de l’opinion vaut mieux que toute création de nouveaux organes.La citation est longue, mais c’est le seul moyen (l’abréger.Assurément pour être sincère et zélé un catholique ne doit pas voir le mal partout, soupçonner témérairement, encore moins accuser publiquement et à la légère ses concitoyens et ses coreligionnaires de crimes ou d’erreurs qui ne sont pas prouvés.Il faut être juste envers tout le monde : c’est une forme nécessaire et peu banale de la charité qui n’est pas suffisamment dans les habitudes ni des « fanatiques » ni des doux et des modérés.La justice veut, non moins que la charité, que les appréciations et les jugements sur les politiciens et les journalistes et sur toute autre personne ne concluent jamais au delà des preuves évidentes et donnent toujours aux prévenus le bénéfice du doute.Mais faut-il davantage, pour n’être pas taxé de fanatisme, ne se séparer jamais du grand nombre, de ce que Paul Suresnes appelle le « gros de la nation ?» Des avant-gardes, il en faut à toute armée qui veut marcher, et n’être pas surprise ni désorganisée au premier choc de l’ennemi.Ce n’est plus le temps d’en former quand l’armée entière est engagée, pénétrée de toute part, et qu’on ne peut plus prévoir si la mêlée générale tournera en victoire ou en déroute.Sans doute le gros de la nation doit rester dans le corps de l’armée, mais il lui faut des soldats d’avant-garde, même des éclaireurs, qui découvrent et signalent à temps les positions, la marche et les manœuvres de l’ennemi.Tout ce qu’on doit exiger d’eux, dans l’armée catholique plus que dans aucune autre, c’est qu’ils n’aillent pas de l’avant sans l’aveu de leurs chefs, qu’ils ne manœuvrent pas sans tenir compte du commandement, qu’ils n’engagent pas imprudemment l’armée entière par leur indiscipline et sachent rester au rang qui leur est assigné.Il en faut aussi pour l’arrière-garde.On y laissera ceux eu plus grand nombre qui croient plus 432 LA NOUVELLE - FRANCE utile sinon plus glorieux de veiller sans bruit sur les bagages que de claironner au premier feu de l’ennemi.Assurément Paul Suresnes a raison de dire que dans notre province « le gros de la population est encore suffisamment honnête et religieux.» C’est pourquoi il ne faut pas le laisser gâter.Si vous attendez pour combattre le mal qu’il ait fait son œuvre, vous ferez comme certain docteur en médecine que j’ai connu, lequel découvrait toujours la maladie de ses patients et donnait infailliblement les meilleures prescriptions quand le mal était sans ressources ou que le malade avait passé de vie à trépas.Ce n’est pas d’ordinaire par le gros de la nation qu’un peuple commence à se gâter ; c’est pas la tête qui une fois pourrie perd tout le reste.Ce n’est pas le gros de la nation qu’il s’agit pour le moment de guérir : il suffit de le préserver, eu l’éclairant et le mettant en garde contre une classe plus ou moins nombreuse de scribes et de bavards qui consciemment ou non l’auront vite perdu d’esprit et de mœurs.On peut discuter sur le nombre des francs-maçons actifs, des sectaires hypocrites et sournois qui s’acharnent contre la foi et les mœurs religieuses de notre peuple, sur le nombre de leurs complices ; mais ce serait vraiment trop d’innocence de méconnaître et de nier leur influence sur nos journaux et sur un certain nombre de nos hommes publics.Ils s’organisent, ils complotent, ils parlent, ils écrivent, ils agissent pour perdre la Nouvelle France comme ils ont perdu l’ancienne.Paul Suresnes est-il d’avis qu’il ne faut pas s’organiser, ne pas parler, ne pas agir, ne pas écrire, parce que le Canada n’est pas encore pourri d’erreurs et de vices comme les vieilles sociétés d’Europe ?« Il est inutile de s’attendrir sur la simplicité de nos pères : nous ne la reverrons plus.» Soit, faisons notre deuil d’une simplicité de mœurs que personne n’espère ressusciter.Mais faut-il aussi facilement nous désintéresser de la foi et de l’honnêteté du peuple, et ne rien faire pour les préserver de toutes les erreurs et des mauvaises influences qui s’acharnent à les perdre partout, dans les villes surtout, quelque bien qu’il s’y fasse par ailleurs ?Parce que la foi du peuple n’est plus peut-être aussi naïve qu’autrefois, faut-il ne rien faire pour qu’elle soit plus forte et mieux éclairée ?—« Trop d’eau a coulé sous les ponts depuis cinquante ans ».D’autres disent : — ont-ils tort ?— Trop de fange et de limon coulent à plein bord dans l’éloquence très peu filtrée de 433 ERREURS ET PRÉJUGÉS nos démagogues et de nos publicistes pour que l’esprit et les mœurs de nos chrétiennes populations n’en aient pas été plus ou moins flétris et maculés.Ce que l’ignorance des uns, la passion et la mauvaise foi des autres versent d’erreurs, de préjugés, de sottises, parfois de principes subversifs de toute foi et de toute morale, dans l’âme du peuple, qui le pourrait dire ?Une pratique religieuse plus ou moins éclairée et plus ou moins routinière sera-t-elle toujours un vaccin eflicacc ?Oui, peut-être au fond des montagnes, tant que certains courants d’air n’y auront pas pénétré ; non, sûrement, dans les populations des grandes villes ouvertes, quoi qu’on dise, à toutes les séductions, et insuffisamment défendues contre les infiltrations malsaines, ni dans un grand nombre do petites villes et de paroisses rurales travaillées par les mêmes bacilles de peste intellectuelle et morale.Assurément l’action intelligente et dévouée du clergé fera beaucoup pour préserver les classes populaires surtout, et nos maisons d’enseignement supérieur et secondaire peuvent plus encore pour la classe dirigeante ou plus instruite de la société.Mais dans notre monde moderne, cette action du clergé que rien ne supplée jamais ne suffit plue, au Canada et dans la province de Québec pas plus qu’ailleurs.Ne pas le voir c’est être aveugle, et aveugle de parti pris.Un grand évêque du siècle dernier, qui fut un grand homme d’action et auquel l’Allemagne catholique est en partie redevable de son réveil, Ketteler, disait que si saint Paul avait dû prêcher dans un temps semblable au nôtre, il se serait fait journaliste,—journaliste catholique, sans doute, même quelque peu claironnant.Imagine-t-on saint Paul revenant aujourd’hui et ne trouvant rien de mieux à faire pour entretenir et développer la foi et le sens chrétien de ses fidèles, que de leur laisser entre les mains quelqu’un de nos grands journaux, le Canada par exemple, ou la Patrie, ou même la Presse, qui publierait volontiers de temps en temps quelques passages de ses lettres et lui ferait même des compliments sur sa largeur d’esprit et sa diplomatie.Il faudrait qu’il apprenne d’abord de Paul Suresnes la « science des compromis.» « Il y a, dit Paul Suresnes, des fatalités qu’il faut accepter parce qu’on ne peut pas les écarter.» Par exemple, disent les Papes, le monde moderne étant ce qu’il est, livré à l’influence du journal, il faut que ceux qui veulent l’éclairer et le sauver recourent au journal, et au bon journal, non à celui qui subit de gré ou 434 LA NOUVELLE-FRANCE de force « la plus petite action » de l’autorité légitime pour l’empêcher de tourner au mal.Est-ce là ce que veut insinuer Paul Suresnes?Veut-il dire, au contraire, qu’il faut accepter comme une fatalité inévitable nos grands journaux tels qu’ils sont et ne pas songer à en avoir de notablement meilleurs, encore moins d’excellents ?Qu’il l’accepte, cette fatalité, si c’est pour lui le seul idéal réalisable: un catholique la subira peut-être s’il ne peut mieux faire, il no l’acceptera jamais.Il est bien inévitable que dans un pays de grande publicité comme le nôtre il y ait des journaux de toute sorte : des bons en petit nombre, qu’il faudrait multiplier et rendre meilleurs ; des mauvais qui préparent sournoisement et de leur mieux par des procédés hypocrites, empruntés à la franc-maçonnerie et aux malfaiteurs intellectuels de tous les pays, l’apostasie du peuple et surtout des classes dirigeantes ; d’autres en plus grand nombre voués au service des intérêts temporels des partis politiques qui se disputent le pouvoir, ou de corporations ou de particuliers, et qui subordonnent tout à ces intérêts ; quelques-uns eufiu, dont les patrons et les maîtres traitent le journalisme comme une affaire, et croient que « les légitimes intérêts de leur profession » sont de faire de l’argent avant tout, de faire de l’argent quand même, dût l’esprit du peuple en souffrir et eou niveau moral baisser.S’eusuit-il qu’il faille ne lutter pas ou lutter le moins possible et contre les journaux intentionnellement mauvais et contre ceux dont les directeurs règlent leurs principes et leur conscience sur les exigences de leur caisse ?Si Paul Suresnes se contentait do dire qu’on n’arrivera pas à supprimer la presse jaune, et qu’il faut prendre le parti de la rendre meilleure ou moins malsaine, je ne voudrais pas contester.Tout au plus ne me contenterais-je pas comme lui de « la plus petite action exercée sur les puissants journaux » qui se fout les éducateurs de l’opinion : j’en voudrais uue vraiment sérieuse et efficace.Mais de ce que la presse jaune plus ou moins amendée circulera toujours dans le pays, doit-on conclure qu’il ne peut pas y avoir d’autres journaux plus sérieux et bleu autrement mandablcs ?S’ensuit-il qu’il n’y a pas place pour des journaux honnêtes et chrétiens avant tout, qui, non seulement aient le respect de la foi et de la morale, mais ne tiennent pas habituellement école de mensonge, de fourberie, de calomnie et de toutes ces malhonnêtetés qu’inspirent l’amour du lucre, l’intérêt propre reeom- 435 ERREURS ET PRÉJUGÉS et les passions politiques ?S’ensuit-il même qu’un journal quotidien exclusivement catholique—je ne dis pas exclusivement religieux—n’aurait pas une circulation suffisante pour exercer une grande influence sur l’esprit public ?Sans doute, encore une fois, il n’empêcherait pas la circulation de la presse jaune, peut-être même ne la gênerait-il pas ! mais au moins celle-ci ne serait plus seule à faire l’êduc-ation du peuple, et celui-ci ne serait plus en droit de répondre quand on lui reprocherait de la fréquenter et d’aller à mauvaise école : « Donnez-m’en une meilleure où je puisse m’instruire et m’élever.En attendant, je fréquente la seule qui me soit ouverte, et où l’on me dit que j’entendrai parfois de bonnes leçons que vous inspirez à côté des autres toutes différentes, il est vrai, mais qu’il faut accepter comme une « fatalité qu’on ne peut éviter.» Puis, est-il bien sûr, comme l’affirme Paul Suresnes, que l’immense majorité de notre catholique population a un tel appétit pour la presse jaune et un tel dégoût pour toute lecture saine et sérieuse qu’un journal catholique, fût-il bien informé et parfaitement rédigé, ne serait lu absolument que par ceux qui n’en ont pas besoin?Est-il bien sûr même que les catholiques instruits et les mieux disposés ne retireraient aucun profit de la lecture d’un bon journal ?Quelle est bien cette « soif d’information menue et vulgaire » que Paul Suresnes découvre dans tous les foyers, sans eu paraître aucunement alarmé, et que, paraît-il, la presse jaune seule peut étancher ?Est-elle saine ?Alors pourquoi un journal catholique quotidien bien rédigé et bien informé ne pourrait-il pas la satisfaire ?Est-elle morbide ?En ce cas, faut-il donner au malade le seul breuvage qui nourrira cette soif et l’enflammera encore après l’avoir allumée ?Puis, cette soif d’information que l’écrivain de la Revue Canadienne constate « dans tous les foyers »—tous, notez bien,—et qui ne peut être rassasiée que par une information non filtrée, comme celle de la pressejaune, d’où est-elle venue au peuple tout entier ?Comment le gros de la population est-il suffisamment honnête et religieux, si « une information menue », mais suffisamment filtrée pour n’être ni déshonnête, ni irréligieuse, ni d’une trop choquante vulgarité, ne peut le satisfaire, et s’il lui faut s’abreuver au ruisseau qui roule pêle-mêle eau, sable, cailloux, fange et immondices ?Est-ce bien cette soif morbide dans le gros de la 436 LA NOUVELLE-FRANCE population qui a rendu une certaine presse nécessaire et qui fait de cette presse seule l’éducatrice nécessaire de l’opinion ?Alors, encore une fois, comment notre peuple est-il encore suffisamment honnête et religieux ?Est-ce la presse jaune, la grande presse qui ne filtre guère ni sa chronique, ni ses dépêches, ni ses annonces, ni ses reproductions, ni ses articles de fond et ses articles sans fond, qui a allumé « dans tous les foyers une soif d’information menue et vulgaire » qu’elle seule peut désormais satisfaire?Alors, que le doux et pieux écrivain nous dise nettement s’il est satisfait de cette éducation donnée à un peuple catholique, s’il n’y a rien de mieux à faire que de ne pas lui chercher d’autres maîtres et de ne pas lui laisser donner d’autres leçons.Mais est-il bien vrai que tout notre peuple soit si gangrené déjà, ou si perdu de sens, qu’il ne puisse plus prendre plaisir à une lecture quotidienne, je ne dis pas sèche et morose, mais instructive et sérieuse ?Je ne le crois pas.Paul Suresnes ne peut pas le prétendre sans se contredire.Dès lors, pourquoi un journal catholique bien rédigé, bien informé, mais bien surveillé ne pourrait-il pas intéresser tout ce qu’il y a d’esprits sains dans les classes populaires comme dans les classes les plus élevées de la société ?L’homme du peuple suffisamment honnête et religie prend goût à ce qui le renseigne, l’instruit et l’élève ; il s’attachera vite à son journal comme à toute compagnie sérieuse et distinguée qui lui apprend quelque chose et l’éclaire sur ses intérêts et ses devoirs.Si le peuple refuse de s’intéresser à un journal sérieux, mais bien fait et mis à sa portée, est-il vraiment si honnête et religieux qu’on le dit, et n’est-il pas grand temps de travailler non seulement à le conserver, mais à le rendre meilleur ?Quoi qu’il en dise, « l’opération chimique » de Paul Suresnes le journal catholique n’est pas complète et le résidu me semble plus riche que ce qu’il a tiré de sa cornue.Est-il bien sûr qu’une propagande bien organisée et entreprise par un motif de zèle et de religion n’assurera pas au journal une circulation suffisante?Est-il bien sûr que le journal, en le supposant bien fait, bien soigné et bien écrit, ne sera pas lu par le grand nombre des abonnés?Combien de lecteurs dans toutes les classes de la société se plaignent des « puissants journaux » qui leur donnent à lire tant de balivernes et d’inepties, et liraient avec intérêt et avec fruit un journal qui leur apprendrait quelque chose ! Est-il bien sûr !1X sur ren- 437 ERREURS ET PRÉJUGÉS qu’un journal catholique Lien fait, qui au lieu de s’occuper exclusivement de polémiques plus ou moins irritantes et de questions personnelles, renseignerait au jour le jour ses lecteurs sur tous les événements en les jugeant uniquement au point de vue du droit et des principes catholiques, exposerait d’une façon claire et intéressante les principes sociaux chrétiens, et se tiendrait au courant du mouvement économique et social dans tous les pays comme dans le nôtre, soulèverait tellement l’ire des « Philistins », que ceux-là qui ne sont pas émancipés de toute idée chrétienne y verraient avec quelque apparence de bon sens une guerre mesquine faite à leurs personnes et à leurs idées ?Et peu importe après tout le jugement des Philistins.Est-il vrai enfin que les catholiques qui n’ont pas besoin d’être convertis n’ont aucun besoin d’être instruits et tenus au courant des choses du pays et de tous les pays, par un bon journal qui ne dénature pas les faits et traite toutes les questions dignes d’intéresser la religion et l’avenir de notre race en s’inspirant uniquement des principes de la foi et de la justice ?Bien au contraire, un journal quotidien catholique ne serait inutile ni aux catholiques sincères et sans alliage qui ont toujours besoin d’être instruits et tenus au courant, ni au grand nombre des lecteurs de toutes les classes de la société qui sont parfois moins vulgaires d’esprit que ceux qui se font leurs éducateurs, ni même à un bon nombre de Philistins plus ou moins hostiles aux idées catholiques, souvent parce qu’ils ne les connaissent pas suffisamment.Mais n’eût-il d’autre utilité que de bien renseigner et de grouper pour l’action tous les catholiques sincères et de bonne volonté, son œuvre serait encore de toute importance et mériterait le dévouement effectif de tous ceux qui font passer avant de mesquins intérêts de personne ou de parti le bien de l’Eglise et de la société.Il y a plus.Le voisinage, l’exemple, et—nous l’espérons,—l’influence d’un journal quotidien vraiment catholique qui saura se tenir au-dessus des intérêts de parti et mépriser les sottes querelles de personnes et de coteries, ne manqueront pas d’avoir une action salutaire sur les autres journaux.L’esprit public assaini les mettra vite en demeure de filtrer avec plus de soin leur prose, sous peine de voir diminuer sensiblement leur clientèle ; et comme ils ont la conscience du gousset très avertie, ils se réformeront d’eux-mêmes par intérêt.Ils y gagneront, et le public aussi.28 438 LA NOUVELLE - FRANCE Mais, dira-t-on, si la grande presse, prenant ombrage et rancune d’une presse quotidienne catholique, s’eu faisait un prétexte pour rompre avec l’autorité religieuse et ne plus tenir aucun compte de ses avis et de sa direction, quel mal ne ferait-elle pas ?Un mal moindre peut-être que celui qu’elle fait.Elle ne tromperait pas si facilement les fidèles sur ses dispositions et ses intentions, si elle ne pouvait sc dire plus ou moins chaperonnée par une autorité dont elle exploite, tout en le détestant, le contrôle plus ou moins efficace.Ensuite l’autorité légitime elle-même serait plus libre pour agir efficacement en temps opportun, sinon sur la conscience des patrons et des directeurs, au moins sur celle des lecteurs.Les uns et les autres n’auraient plus l’excuse que le journal doit être intéressant et informé et le lecteur universellement renseigné.Le journal catholique serait là pour démontrer qu’on peut instruire sans corrompre, informer sans souiller, intéresser sans scandale, et qu’on n’a aucune raison de faire des lectures malsaines quand les bonnes apprennent suffisamment tout ce qu’un honnête homme et un chrétien a besoin de connaître.*** Sur la politique je crains de n’être pas davantage de l’avis de Paul Suresnes.Selon lui « la politique est la science des compromis.» Cette définition très anglaise u’est juste et vraie qu’en autant qu’on y ajoute quelques mots qui eu changent totalement le sens et la portée.Si Paul Suresnes veut bien dire : « La politique est la science des compromis qu’un honnête homme peut faire pour le bien général, » je ne contredirai pas, bien que je connaisse de meilleures définitions de la politique telle qu’elle doit être.La souplesse n’est pas seule de rigueur dans la politique, il y faut de l’énergie et de la droiture.Il ne suffit pas qu’elle arrive toujours à ses fins, il faut que ses fins soient honnêtes toujours, les meilleures possibles, et qu’elle y arrive honnêtement.Puisque Paul Suresnes aime les axiomes et les dictons, je me permets de lui en rappeler un autre qui n’est pas l’équivalent du sien et n’est pas moins chrétien : « L’honnêteté est la meilleure des politiques.» Sans doute, dans la politique comme ailleurs, il y a des compromis que la sagesse commande et que la conscience impose.Mais il en est d’autres que la conscience catholique ou simplement honnête n’accepte jamais.Si Paul Suresnes veut connaître la différence des uns et des autres, qu’il relise l’histoire des négo- 439 ERREURS ET PRÉJUGÉS dations du Saint-Siège avec les différents Etats pour établir des concordats.Ou, sans aller si loin, qu’il relise cette encyclique Affari vos, que si peu de nos politiques semblent connaître et comprendre.L’Eglise romaine n’ignore cependant pas tout à fait la politique et elle l’a pratiquée avec quelque succès depuis dix-neuf cents ans.Sans aller si haut, que Paul Surcsnes se donne la peine de lire le Lafontaine de M.De Celles.Cet homme d’Etat entendait quelque chose à la politique.A-t-elle été pour lui uniquement « la science des compromis « ?Pas tout à fait, si je ne me trompe, et c’est bien sa fermeté et son intransigeance qui lui ont permis en quelques années de reconquérir et de sauver nos droits et nos libertés.La politique qui n’est que la science des compromis, c’est celle des gens qui veulent s’éterniser au pouvoir.Le ministre qui veut toujours s’assurer une majorité à ses ordres doit avoir la science des compromis.C’est peut-être le sens du politique anglais qu’on nous cite.Mais un catholique, même un païen, s’il est honnête homme, a de la politique une conception toute différente.Paul Suresnes ferait bien de lire la Politique d’Aristote.Ce vieux païen, qui fut l’éducateur d’Alexandre, lui donnerait des idées moins terre à terre et plus conciliables avec les enseignements de la foi et de la raison sur les droits et les devoirs des dépositaires du pouvoir dans la société civile et politique.S’il faut, pour n’être pas fanatique, préférer « ce qu’on appelle les hommes de gouvernement » à ceux qui les critiquent même avec justice, trouver son politique idéal dans l’un quelconque des ministres qui ont gouverné la France depuis la Restauration jusqu’à nos jours, le nombre des fanatiques sera grand, même parmi ceux qui ne sont pas catholiques du tout.La grande autorité de M.Doudau, génie à peu près inconnu du siècle dernier, n’y pourra rien.Faut-il être ministre pour critiquer un ministre ?Faut-il avoir gouverné le pays pour juger avec équité et sagesse ceux qui le gouvernent bien ou mal ?Faut-il être soi-même un grand politique pour juger raisonnablement qu’un autre ne l’est pas ?Non, sans doute ; car alors qui pourrait les juger ?Il est très juste que ceux qui gouvernent aient droit à l’équité et à l’indulgence.Il faut leur tenir compte non seulement du bien qu’ils font, mais de celui que manifestement ils veulent faire et des obstacles qu’ils rencontrent.Les chasser du pouvoir sans savoir qui leur succédera et pourra mieux faire, serait un acte 440 LA NOUVELLE - FRANCE d’imprudence et de folie.Mais faut-il tout pardonner et tout dissimuler, sous prétexte qu’ils ont fait quelque bien et que d’autres ont eu d’autres torts ?Ce n’est pas la sympathie pour ces hommes, ni même pour un parti, c’est l’utilité publique et le bien général du pays, le bien temporel et le bien moral surtout, qui doivent inspirer les jugements et les votes d’un citoyen catholique.*** Paul Suresnes trouve qu’on a eu tort en certain quartier de s’acharner à démolir les partis politiques organisés qui se sont jusqu’ici disputé le pouvoir.Il en veut aux tiers partis « qui « ne bâtiront jamais rien parce qu’ils ne sont ni le gouvernement « d’aujourd’hui ni la loyale opposition, c’est-à-dire le gouverne-« ment de demain, et qui passent leur temps à gêner les hommes « d’Etat par une guerre d’escarmouche.» Cette condamnation en bloc des tiers partis, quels qu’ils soient, est bien sommaire.Les tiers partis sont parfois inutiles et inopportuns, parfois utiles ou nécessaires.Tout dépend des circonstances et des raisons qui les font naître.Ils seraient inutiles peut-être et ne se formeraient jamais, si chacun des deux grands partis politiques comptait assez d’hommes de conscience et de caractère pour maintenir les chefs et au besoin les ramener dans la voie de la justice et du droit, quand l’intérêt privé ou des influences immorales les en font dévier.Que les deux partis politiques se montrent toujours dignes de la confiance de tout homme juste et honnête, et il n’y aura pas un tiers parti d’honnêtes gens.Mais dans un certain état des partis politiques, lorsque la préoccupation des intérêts particuliers leur fait sacrifier l’intérêt général et les droits sacrés que tout pouvoir doit protéger et défendre, il est inévitable, il est nécessaire qu’un groupe d’hommes plus ou moins nombreux, qui n’ont pas abdiqué leur jugement et leur conscience pour des fins de parti, se forme entre les partis pour les ramener s’ils le peuvent, au moins par intérêt, dans la voie juste et honnête.Personne que je sache, à l’heure présente, ne conteste l’utilité et la nécessité des partis politiques pour le bon gouvernement du pays.Ce que les catholiques peuvent déplorer sans fanatisme et ce que les citoyens honnêtes et éclairés doivent reprouver comme eux, c’est la partisannerie qui couvre tout, qui excuse 441 ERREURS ET PRÉJUGÉS tout, qui juge tout par l’intérêt du parti.C’est là ce qui légitime et peut rendre nécessaires les tiers partis.On a dit très justement : « Qu’on me donne des catholiques en Parlement et je n’ai que faire d’un parti catholique.» —On pourra dire de même à Paul Suresnes : Faites en sorte que le grand nombre des politiciens des deux partis soient honnêtes et consciencieux quand même ; qui demandera un tiers parti et songera à le fonder ?# Un dernier mot avant de prendre congé.Paul Suresues veut que les jeunes catholiques sachent isoler les différents domaines, la vérité philosophique, la valeur littéraire, le caractère moral, etc.Alors même qu'un homme aura été hostile à l’Eglise il rendra pleine justice à son talent, s’il y a lieu, tout en prévenant du danger de ses écrits.Nier le mérite de pensée ou de style d’un auteur est un calcul enfantin.Comme dit l’autre, .cela finit toujours par se savoir.* A ce point de vue-là le progrès est énorme depuis trente ans.Pour qui a connu l’autre régime il est délicieux de voir avec quelle équité les livres et les journaux catholiques apprécient aujourd’hui toutes les productions.Lisant ces jours-ci un discours de Me1' d’IIulst, je tombe sur une phrase comme celle-ci : i Savant comme Goethe, profond comme Kant, M.Vacherot, etc.» Je songe qu’autrefois il était de rigueur de ne jamais prononcer le nom de Vacherot sans y accoler une épithète injurieuse.C’était vraiment trop sommaire.Un tel esprit n'a pas complètement disparu.En se développant il irait à faire des Ilotes dans le pays littéraire.Deux ou trois observations suffiront à mettre les choses au point catholique.D’abord est-il vrai qu’il y a trente ans les catholiques méconnaissaient la valeur littéraire ou scientifique de leurs adversaires?Quelques-uns peut-être, le grand nombre et les plus marquants, Il est vrai qu’alors il n’était pas de mode comme aujourd’hui d’exalter un ouvrage parce qu’il était rationaliste et de louer d’autant plus un ouvrage qu’il s’éloigne davantage de la vérité catholique.Libre à Paul Suresues d’appeler cela un progrès.L’Eglise catholique, qui n’y entend rien sans doute, appelle cela une déchéance de la toi et du bon sens.Si l’on vent mesurer les degrés du progrès réalisé par la nouvelle méthode ou n’a qu’à lire attentivement la constitution apostolique Lamentabili sine exitu avec les soixante-cinq propositions erronées qu’elle emprunte pour les condamner aux catholiques intellectuels de France et d’Allemagne.Si notre jeunesse catholique s’inspire de Paul non. 442 LA NOUVELLE-FRANCE Suresnes au lieu de suivre les directions moins progressives du Saint Office et de l’Index, elle n’a qu’à fréquenter comme nombre d’Allemands et de Français catholiques, prêtres et laïques, des auteurs « savants comme Gœthe » et « profonds comme Kant », pour y perdre d’une façon déplorable la foi et le bon sens sans y trouver une science véritable, et sans y prendre une teinte littéraire plus riche que celle des croyants à l’ancienne mode.L’autorité de Mgr d’Hulst est ici invoquée sans assez de discernement.Ce prélat, d’un esprit fort distingué, d’un zèle admirable, et d’une vie tout apostolique qu’on ne saurait trop louer, n’avait malheureusement pas reçu nue saine éducation philosophique et théologique.Un de ses successeurs raconte comment eu 1881 Léon XIII lui fit un accueil plutôt sévère.Avec une extrême vivacité, il (le Pape) le somma d’abjurer tout reste de cartésianisme ; et joignant le geste à la parole, frappant du poing sur la table, il lui déclara qu’il voulait être obéi à la lettre 1.Et personne n’ignore que c’est en partie à des idées fort inexactes du même prélat fur l’inspiration des Livres Saints et des îègles d’une exégèse vraiment catholique que l’on doit l’encyclique Providentissimus Deus du même Pontife.Quant à « l’isolement des différents domaines » que demande Paul Suresnes afin que les catholiques ne soient pas des ilotes dans le pays littéraire, je me permettrai d’observëi- que les auteurs catholiques en général l’ont observé autant que la foi et la morale et le bon sens aussi le permettent.Ils n’ont pas cru devoir être plus sages que l’Eglise.Quand l’Eglise juge un ouvrage pernicieux pour l’esprit des fidèles, sans en nier la valeur purement littéraire ou scientifique, elle le condamne et eu interdit la lecture.Quand un ouvrage peut être sérieusement, utile aux sciences et aux lettres, fût-il repréhensible eu quelque partie, elle en permet volontiers la lecture à qui peut en profiter sans danger de perversion.Les catholiques non progressistes à la façon des modernistes font comme elle.Ils distinguent entre les œuvres littéraires qui ont une vraie valeur scientifique et une véritable utilité pour le progrès des connaissances humaines, qu’ils louent avec les réserves que de droit, et ceux qui ne sauraient être d’aucune utilité sérieuse ou dont l’utilité ne compenserait pas 1 — Revue pratique d'Apologétique.—Octobre 1906, p.23. 443 LE GRAND DOCUMENT les dangers ; et ceux-là, ils les réprouvent absolument sans leur méconnaître un mérite de facture, et ne croient pas devoir les signaler à l’admiration.Quel homme sensé leur en fera un reproche, et de ce chef les accusera de fanatisme?Il serait intéressant aussi de savoir ce qu’on entend au juste par « l’isolement de la vérité philosophique et de la valeur morale ; » et quelle vérité philosophique les catholiques emprunteront à des rationalistes, qu’ils ne trouvent pas déjà dans leurs propres philosophes, et quelle valeur morale ils doivent faire ressortir à l’étranger qu’ils ne peuvent pas admirer chez les leurs.*** Je ne veux pas rester sur un mot désagréable.Paul S u res nés dit quelque part dans son article : « L’important, c’est d’entretenir un bon esprit public.» Tout le monde ici sera de son avis, et pour des catholiques le meilleur esprit public possible, c’est l’esprit catholique.Or, dit Pie X, — et Paul Suresnes, moins que personne, ne récusera sa compétence et son autorité, —le meilleur moyen d’assurer un esprit public vraiment sain et vraiment catholique, c’est l’Action sociale catholique et des journaux catholiques bien faits et bien dirigés.Nous voilà d’accord, implicitement au moins, et je l’espére pour toujours.Raphaël Geevais.LE GRAND DOCUMENT SYNTHESE DU CORPUS JURIS VI.—ARCHÉOLOGIE Le Corpus juris offre ensuite de riches éléments d’information pour l’archéologie, une science très en vogue de nos jours.En règle générale, la connaissance des institutions d’un peuple, de ses mœurs, des principaux événements de son histoire, sert à interpréter ses monuments ; à leur tour, les monuments traduisent dans une langue solennelle ses institutions, ses mœurs et son histoire, en éclairant les obscurités, en comblant les lacu- 444 LA NOUVELLE - FRANCE nés de la littérature et de la tradition.S’agit-il d’archéologie biblique, la connaissance du Pentateuque de Moïse et de ses commentateurs inspirés est d’une indispensable nécessité.On sait le parti que les apologistes chargés de défendre la Bible contre les attaques de la science moderne tirent des découvertes de nos orientalistes en Palestine, en Egypte, dans les vallées du Tigre et de l’Euphrate, partout où la race sainte a laissé sa trace et écrit une page de sa destinée orageuse.Pour les monuments de la Grèce et de Borne, l’étude préalable de la littérature, des mœurs et des lois politiques et civiles de ces nations est la méthode la plus sûre à suivre, si ou veut les comprendre.Ce principe trouve son application dans l’archéologie chrétienne, qui demeure un hiéroglyphe indéchiffrable pour qui ignore la constitution de l’Eglise et ses lois.Pendant les premiers siècles elle se composa une langue monumentale qu’elle seule parlait, et qui contrastait singulièrement avec les formes de l’art des nations au milieu desquelles elle vivait.Encore aujourd’hui, ce qui reste des tombeaux chrétiens, qui autrefois étaient des autels, avec les inscriptions et les symboles qui les couvrent, frappe l’amateur qui n’est pas initié, et qui se demande ce que peuvent signifier ces étranges caractères.Avec la loi du secret ou de Y arcane on a la clé du mystère.Les Constitutions apostoliques (Lib.VIII, cap.6, 7, 8) nous renseignent sur ce point, à propos de la discipline des assemblées d’où les catéchumènes, les pénitents et les infidèles étaient exclus : Ne quis audien-tium, ne quis infidelium.nemo eorum quibus non licet exeat.Les raisons de cette discipline sont développées par Ter-tullien (Apologétique VIII — De Præscriptionibus XLI), par saint Cyrille (Catéchèses) ; c’était par respect pour les mystères, dont les infidèles n’auraient pas compris la sainteté : Nolite dare sanctum canibus ; en temps de persécution, c’était pour se dérober aux poursuites et aux supplices des païens.Si les conciles qui se tinrent pendant les trois premiers siècles n’en parlent pas ; ai la discipline du secret et de Varcane resta un mot d’ordre qui ne fut jamais formulé très explicitement, c’était pour mieux atteindre le but.Du reste, la loi non écrite n’était pas moins une loi très rigoureuse et observée religieusement jusque par delà les persécutions, après que Constantin eut rendu la paix à l’Eglise.Ainsi s’expliquent les inscriptions suivantes : .Ichthus, poisson, qui est une phrase entière : Jesus Chris-tus, Dei Films, Salvator; et encore la formule Fercepit, sous- 445 LE GRAND DOCUMENT entendu Baptismum, et cette autre : Neophytus it ad Deam.Le phénix, les saisons, l’ancre, les repas sont des figures empruntées aux païens, et dessinées sur les sarcophages chrétiens pour exprimer le dogme de la résurrection.Les Orantes signifient la prière parce que les chrétiens priaient les bras étendus en forme de croix.Après la paix, l’art chrétien encore dans l’enfance se manifesta plus librement.Alors les scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament apparaissent sur les parois des cubicula et sur les sarcophages eu plein air.Le symbolisme exploite l’Evangile : la vigne et les épis de blé expriment l’Eucharistie ; le navire sur le dos d’un poisson représente l’Eglise appuyée sur son divin Fondateur ; l’eau qui coule d’une fontaine signifie la grâce ; les colombes sont l’image des âmes ; le bon Pasteur chargé de la brebis qu’il rapporte au bercail, c’est Jésus rédempteur du monde : autant de pages du Livre sacré, écrites sur la pierre et le marbre, pour l’enseignement des simples, incapables de saisir des vérités abstraites.Le symbolisme se retrouve jusque sur les anneaux que les chrétiens portaient aux doigts à l’instar des païens, mais avec une inspiration plus élevée ; on y voyait l’ancre, le poisson, l’Alpha et l’Omega de l’Apocalypse, le Labarum, la croix portant deux poissons : tous ces signes étaient entourés d’inscriptions pieuses en exergue.La ressemblance constatée entre ces signes chez les chrétiens de pays différents a fait croire à de graves antiquaires qu’une loi disciplinaire écrite ou coutumière, comme pour les fresques des basiliques et les images gravées sur les métaux, la pierre et le bois, réglait jusqu’aux détails de ce qu’on pourrait appeler le culte privé 1.Le doute n’existe pas pour le culte public ; et l’on peut soutenir avec certitude que les symboles furent contrôlés par l’autorité des pasteurs, aussi bien que les scènes historiques et les images des saints.Ainsi demeure établie la corrélation de l’archéologie avec le droit canon, dont on trouve la preuve dans le Corpus juris, sinon pour tous les détails, au moins quant aux dispositions principales d’où ils se déduisent.1___Martigny.Loco citato___Les beaux travaux de Jean-Baptiste Rossi ont fait pleine lumière sur ces intéressantes questions.P.At, prêtre du Sacré-Cœur, Pages Romaines Tempête anticléricale____Le cardinal Svampa____Décret dü 2 août.Si elles voulaient raconter tous les événements de ces derniers temps, ces pages seraient un véritable bulletin de tempête anticléricale.Il faut remonter aux mois révolutionnaires de la prise de Rome, en 1870, et à l’installation du nouveau gouvernement, pour rencontrer un déchaînement de haine contre la religion pareil à celui qui sévit en ce moment en Italie.A Marino, le jour de l’Assomption, le cardinal Merry del Val, secrétaire d’Etat de Sa Sainteté, était, en plein jour, assailli dans sa voiture par une troupe de forcenés, en dépit du délégué de la sûreté, de deux brigadiers en bourgeois, des deux cyclistes agents qui ont l’habitude de l’accompagner partout pour le couvrir de leur protection, le cas échéant.Quelques jours après, M«r Gaspari, secrétaire de la Congrégation des Affaires ecclésiastiques extraordinaires, était, à son tour, publiquement insulté.Ces faits n’étaient que la suite d’autres vexations dont avaient été victimes de nombreux membres du clergé.A Rome, le cardinal Cassetta, dont la vie n’est qu’une longue suite d’aumônes à l’égard de toutes les indigences, se voyait insulté par une bande de mécréants ; Mer Dandini était frappé d’un coup de pierre à l’oreille ; M*r San-fermo, que l’amitié de Pie X appela à Rome, au chapitre de Sainte-Marie Majeure, dès les premiers jours de son pontificat, était atteint par une grosse pierre qu’une main inconnue lui lançait au moment où il descendait les degrés de la basilique de Saint Pierre aux-Liens ; M«r Laurent Perosi, dont le génie musical a produit tant d’oeuvres justement applaudies, recevait un crachat en pleine figure, alors qu’il sortait de la gare des chemins de fer.M*r Tisimo, passant par le Corso, était gifflé et aurait même été terrassé sans l'intervention de citoyens honnêtes.Sans vouloir poursuivre une liste qui, hélas, serait trop longue, il faut signaler encore des faits absolument semblables qui se sont passés à Bergame, Gênes, Legnano, Sestri, Turin.En plusieurs villes, les églises ont été l'objet d’attentats sacrilèges ; le feu a été mis à leurs portes arrosées préalablement de pétrole.A la Spezia, en plein jour, une troupe de malfaiteurs faisant subitement irruption dans l’église Saint-Antoine ont, à la hâte, réuni pêle-mêle, bancs, chaises, ornements sacrés, auxquels ils ont mis feu, en chantant toutes les imprécations qui leur revenaient en mémoire.Le tabernacle lui-même n'a pas arrêté l’audace de ces véritables possédés.A l’arrivée trop tardive de la police, la bacchanale a dégénéré en une rixe sanglante qui a fait un mort et plusieurs blessés.Et comme pour bien prouver que ces faits n’étaient point de regrettables incidents isolés, de tous les côtés de l’Italie une guerre acharnée a été déclarée aux institutions catholiques et principalement aux œuvres si belles de Don Bosco.La moralité de ces admirables bienfaiteurs de l’enfance, les Salésiens, a été dénoncée comme masquant une infâme hypocrisie ; des enfants soudoyés ont déféré à l’autorité civile les manoeuvres immorales dont ils prétendaient être les victimes ; des prêtres ont été traînés en prison et des collèges salésiens ont été fermés.Habilement exploités par la presse anticléricale ces faits ont soulevé les haines, les démonstrations hostiles ont éclaté, et pour ne citer qu’une ville, à Sampierdarena, la foule, après avoir fait le siège du collège salésien, en avoir brisé toutes les vitres, les portes, a mis le feu aux bâtiments avec une fureur sauvage.A Parme, l’assaut fut donné au couvent des Carmes, au nom de la liberté et de la morale 1 A Florence, le couvent des religieuses Dorothées eut le même sort. 447 PAGES ROMAINES Devant ce déchaînement de passions, loin de se dérober, Don Rua, général des Salésiens et successeur immédiat de Don Bosco, a demandé au gouvernement une enquête sur la moralité de tous les collèges salésiens, sûr que la lumière faite sur les actes, les hommes, les choses, manifesterait la fausseté des accusations.Et de fait, les prévisions de Don Rua n’ont pas été déçues.Tandis que le gouvernement poursuivait ses investigations non seulement dans tous les collèges salésiens, mais dans presque toutes les institutions religieuses de la Péninsule, nombre d’avocats se sont offerts spontanément pour revendiquer l’honneur de défendre les accusés ; les associations des anciens élèves des Salésiens ont publié de nobles protestations contre les injurieuses accusations de la presse anticléricale à l’égard de leurs vénérés maîtres, et les enquêtes ont démontré que, ici, un malheureux sectaire se donnant pour Salésien, en avait revêtu le costume et s’était livré à des actes immoraux pour jeter le discrédit sur les fils de Don Bosco dans les maisons desquels il n’avait jamais demeuré ; là, que des religieuses se donnant comme telles n’appartenaient à aucune congrégation, n’étaient reconnues par aucune autorité religieuse ; ailleurs, que les enfants qui s'étalent déclarés victimes de sévices avaient été dressés dans leurs affirmations mensongères par de véritables experts dans l’art du chantage.Ainsi, pendant les dernières semaines de juillet et les premières d’août, un véritable torrent de fange, un fleuve d’immondices a inondé l’Italie entière, et la presse anticléricale s’en est indignée dans un sentiment d’hypocrite moralité.Le Grand Maître de la maçonnerie italienne, Hector Ferrari, dans un véritable accès d'hypocrisie, a adressé une circulaire à toutes les loges d’Italie pour affirmer que si, loin d’être son fait, le mouvement anticlérical était la légitime révolte de la conscience humaine contre l’immoralité de l'école religieuse, la franc-maçonnerie devait en profiter pour éclairer les populations sur la nécessité de ne confier les entants qu’à des maîtres laïques, dont la moralité garantie par les autorités civiles gouvernementales, offrait des assurances autrement grandes que celles des instituteurs congréganistes.Le simple résumé de cette circulaire montre jusqu’où peut aller l’audace du mensonge.Soit faiblesse, soit connivence secrète, le ministère italien n’a eu des indulgences que pour ceux qui dirigeaient le mouvement et des rigueurs injustes contre ceux qui en étaient l’objet.Devant l’odieuse campagne qui avait la complicité des autorités publiques, le pape a pris la grave décision de suspendre les fêtes de son jubilé sacerdotal, pour ne pas exposer les catholiques de l’Italie ou de l’étranger à de sauvages agressions comme celles qui eurent lieu jadis sous Léon XIII, et tous les pèlerinages des mois de septembre et d'octobre ont été contre-mandés.Le sentiment élevé qui a inspiré la décision de Pie X n’eût peut-être pas été compris, s’il n’avait eu pour résultat, en éloignant les pèlerins, d’amoindrir non la piété (?) des marchands d’objets de piété, mais le gain que leur donne la piété des autres.Et la crainte de voir diminuer les profits que donne la présence de la Papauté à Rome, a fait comprendre plus que tous les meilleurs raisonnements que le Pape n’est plus libre chez lui, qu’il est de toute nécessité qu’une digue soit opposée à l’envahissement de l’impiété qui, sous prétexte de liberté de conscience, étrangle celle des autres.*** 448 LA NOUVELLE - FRANCE Le 10 août, dans son archevêché de Bologne, où on l’avait transporté en toute hâte, expirait le cardinal Dominique Svampa, qu’une grave crise avait surpris quelques jours auparavant en pleine tournée pastorale.Né à Montegranaro, dans le diocèse de Fermo, le 13 juin 1851, il fit ses premières études au séminaire diocésain et fut, en novembre 1872, envoyé par le cardinal archevêque de Angelis, au séminaire Pie à Rome, où il acquit brillamment ses grades en théologie et en droit canon.Ordonné prêtre, et de retour à Fermo, il fut nommé chanoine de la cathédrale, professeur de dogme et de droit au séminaire du diocèse.En 1882, Léon XIII lui donna la chaire de droit à l’université pontificale de l'Apollinaire, et le nommant camérier secret, consulteur de la Congrégation du Concile, il lui confia la direction spirituelle des élèves du collège de la Propagande.Cinq ans après, promu à l'évêché de Forli, 13 juin 1887, Mer Svampa montra un tel zèle apostolique, une activité si grande que, à la vacance du siège de Bologne par l’option du cardinal Serafino Vanutelli au siège suburbicaire de Frascati, Léon XIII, dans le consistoire du 18 mai 1894, le créa cardinal prêtre du titre de Saint Onuphre au Janicule et lui confia l’église de Bologne.Homme de grande doctrine, de principes inflexibles, mais sachant en faire aimer la rigidité par la douceur, les condescendances de ses rapports avec les hommes, le cardinal Svampa devint populaire dans ce diocèse de Bologne où l’indépendance des caractères a mis si souvent en échec ceux qui ont la charge de gouverner.Au conclave, il fut, dit-on, l’un des électeurs les plus actifs du cardinal Sarto, et Pie X retrouva en lui un précieux auxiliaire pour diminuer la tension des rapports qui existaient entre la Papauté et la maison de Savoie, à la mort de Léon XIil.La disparition de ce prince de l’Eglise, qui eut la rare fortune de plaire à tout le monde, a été largement pleurée par Bologne qui, frondeuse envers tous, s’était inclinée devant lui.#** A la date du 2 août, par l'ordre et l’autorité de Sa Sainteté, la Congrégation du Concile a publié l’un des plus importants décrets qu'elle ait élaborés depuis sa création.Il sera connu dans la législation ecclésiastique par les premiers mots de sa première phrase Ne temere inirentur, ainsi que l’a établi une longue coutume.Ce décret modifiant la discipline relative aux fiançailles et au mariage, bien que fait par la Congrégation du Concile, n’a été rendu qu'après entente avec la commission chargée de préparer la modification du droit canon, ou plutôt la Congrégation du Concile n’a été invitée à publier ce que la commission du droit canon avait décidé, que parce que, d’une part, les travaux de codification ne doivent pas être publiés par fraction, et que, d'autre part, le bien des âmes demandait à ce qu’on ne différât pas davantage une modification des droits nécessitée par les exigences de la vie moderne.En vue d’empêcher les mariages clandestins, le Concile de Trente avait décrété : > Si quelqu’un essaye de contracter mariage autrement qu'en présence du propre curé ou d’un prêtre autorisé par ce curé ou par l’ordinaire, le Saint Concile le rend complètement inapte à participera un tel contrat, et déclare ce contrat absolument nul.» 449 BIBLIOGRAPHIE CANADIENNE Ce décret devait être publié dans chaque paroisse et il ne devait être applicable que dans les pays où il avait été promulgué.Par suite des déchirements produits en Europe par la Réforme, les décrets du Concile de Trente ne furent pas publiés dans plusieurs pays, notamment en Angleterre, en Suède, en Norvège, dans une partie de l’Allemagne.Or, là où on n’appliquait pas la législation matrimoniale du Concile de Trente, on vivait sous un régime imprécis, présentant mille inconvénients.Et même dans les pays où les décrets du Concile étaient en vigueur, on se heurtait à bien des difficultés.Souvent, en effet, on ne savait quel était le propre curé des contractants.Les règles canoniques établissaient que c'est celui de l’endroit où l’un ou l’autre des contractants a son domicile ou un quasi-domicile.Mais, comme il est quelquefois difficile de juger si le quasi-domicile est certain, il en résultait que beaucoup de mariages étaient exposés à la non-validité ; beaucoup aussi, soit par ignorance des contractants, soit par fraude, ont été atteints d’illégitimité complète et de nullité.C'est pour éviter ces irrégularités que ce décret a été rendu.La présence du curé ou de sou représentant sera nécessaire universellement, sauf dans les cas d’impossibilité prévus.Tout mariage devant le curé du territoire sera valide.Pour la licéité des règles précises sont établies : un mois de séjour est prescrit.Les fiançailles ne seront valides que si elles sont consignées dans un écrit authentique ou devant deux témoins.Le nouveau décret n’entrera en vigueur qu’à partir de Pâques 1908, mais il sera obligatoire partout, c’est-à-dire même dans les pays où les décrets du Concile de Trente n’avaient point été publiés.Ce décret laisse deviner que la codification du ^Iroit canon en sera aussi une heureuse modification.Don Paolo-Agosto.BIBLIOGRAPHIE CANADIENNE Manuel des sciences usuelles—Zoologie, botanique, minéralogie, par l’abbé V.-A.Huard—Physique, cosmographie, industrie, par l’abbé H.Simard, 1 vol.in-18, avec 234 gravures, de 388 pages, Québec, Marcotte, 1907.Nous le disions naguère à propos d’un remarquable ouvrage du savant sulpicien, M.Guibert, rien n’est plus difficile et rien n’est plus rare qu’un bon livre de vulgarisation, qu’un manuel à la fois scientifique et pratique.Et nous sommes heureux de saluer comme tel le beau traité que nous devons aux efforts réunis de MM.Huard et Simard.Assurément leur œuvre est très incomplète, très résumée, élémentaire en un mot, pour répondre à la nature de l’enseignement et aux exigences du programme ; mais elle a le grand mérite de présenter ces deux qualités si nécessaires, l’exactitude et la clarté.Tout lecteur intelligent comprendra ces pages ; et les instituteurs et les institutrices pour lesquels elles ont été spécialement écrites y puiseront sans peine les éléments de leurs leçons. 450 LA NOUVELLE - FRANCE Ce qui nous a plus particulièrement frappé, c'est le soin scrupuleux avec lequel nos auteurs se tiennent au courant des plus récentes découvertes et tirent parti des progrès de la science.Et c’est la raison qui nous engage à leur soumettre une petite critique, la seule.Pourquoi M.Simard ne fait-il pas état des travaux du savant catholique Bran!y, des merveilles de la télégraphie sans fil et de la télémécanique?Pourquoi M.Huard, méconnaissant les derniers résultats de la cérébrologie, attribue-t-il aux hémisphères cérébraux le siège « de la connaissance et de la volonté > ?Notre distingué naturaliste doit savoir que les hémisphères ne président qu’à la sensibilité, voire à la mémoire, l’intelligence et la volonté étant des facultés spirituelles et inlo-calisables.Nous n'insistons pas.Nos légères critiques prouveront aux auteurs que nous avons lu avec attention leur livre, et nous sommes assuré qu’ils en tiendront compte dans la prochaine édition.Est-il nécessaire de signaler et de louer l'esprit qui anime tout le volume et en double le prix ?Comme tous les vrais savants, MM.Huard et Simard trouvent dans tout l’univers l’ineffable signature de Dieu et ne manquent pas une occasion de rendre hommage au Créateur.Comment ne pas répéter après eux : -La puissance de Dieu, sa providence et sa bonté pour l’homme apparaissent de toutes parts dans l’univers.» ?Plus on scrute les mystères de la nature, plus on sent la justesse de la proposition, plus on se rapproche de ce Soleil de vérité et de justice dont nos pauvres sciences ne sont que les faibles rayons.Dr Surbled.BIBLIOGRAPHIE FRANÇAISE La Mission de la Jeunesse Contemporaine, par F.-A.Vuillermet.Lille, Bureaux de l’Echo du Rosaire, 38, rue Jean-sans-Peur, 1907.Le Père Vuillermet aime les jeunes ; il ne se contente pas de leur parler du haut do la chaire, il fait pour eux des livres.Celui qu’il a publié, il y a quelques mois, fait bien voir son âme ardente d’apôtre.Le titre lui-même est suggestif, il est plein de promesses, et il attire tout de suite l’attention des éducateurs et des jeunes gens.La Mission de la Jeunesse Contemporaine ! Cette seule phrase résume, et ramasse dans une heureuse formule tout l’esprit du livre, et toutes les préoccupations de ceux qui aujourd’hui s’occupent des oeuvres des jeunes gens.11 est si vrai de répéter à chaque génération qui se lève qu’elle sera la maîtresse de l'avenir ! Et, de notre temps, il est si nécessaire de préparer, mieux encore qu’on ne l’a fait dans le pasfé, les jeunes gens à leur travail de demain et à leur mission sociale 1 Le P.Vuillermet estime avec raison qu’il y a deux préparations indispensables au jeune homme qui veut être quelqu’un : une préparation morale et une préparation intellectuelle.Il se réserve sans doute de nous parler de la première dans un livre qu’il nous promet et qui sera intitulé : Soyez des hommes ; et il n’insiste dans celui qu’il vient de nous donner que sur la préparation intellectuelle. 451 BIBLIOGRAPHIE FRANÇAISE L’homme de demain ne pourra bien remplir son rôle social et exercer une influence efficace sur ses contemporains s’il n’est pourvu d’une forte discipline intellectuelle, s’il n’a ouvert son esprit à toutes les questions d’où va dépendre la prospérité commune.Il faut donc que son esprit soit actif, éveillé, curieux, cultivé.Le P.Vuillermet lui donne d’excellents conseils qui l'aideront à développer et à enrichir cet esprit.Il lui dit quels livres il doit lire, et il lui apprend comment il faut lire : non pas de cette façon nonchalante et commode qui fait de la lecture un agréable passe-temps, mais avec ces méthodes de réflexion et d’annotations qui forcent le lecteur à se servir sans cesse de sa plume, et à se préciser à lui-même ses propres impressions.Le chapitre consacré aux cercles d’études sera particulièrement utile à nos jeunes de l’A.G.J.G., qui cherchent dans le groupement de leurs efforts et dans l’association des esprits tous les stimulants et tous les secours dont ils ont besoin.L'auteur a même ajouté à cette partie de son livre une petite rhétorique sur l’ait d’écrire et de parler, où il rappelle les notions essentielles que doit avoir celui qui veut écrire pour être lu, ou qui veut parler pour être écouté.Le Père Vuillermet énumère et étudie, dans une deuxième partie de son livre, les obstacles à la préparation intellectuelle, et qui sont pour les jeunes gens : la dissipation, la paresse, et les passions.Il y a là des conseils très sages, fondés sur des observations judicieuses.Nos jeunes étudiants canadiens, plus encore peut-être que les jeunes français, sont facilement victimes de la dissipation et de la paresse.Il faut tant de distractions à nos jeunes d’Amérique 1 Et l’esprit canadien est encore si peu porté vers les choses de la vie intellectuelle I Et l’on s’imagine si volontiers que l’on a presque tout fait pour enrichir son esprit quand on a occupé ses loisirs à lire nos volumineux et vides journaux ! Enfin, le P.Vuillermet raconte, en terminant, les joies et les récompenses du travail intellectuel.Il dit comment ce travail de l’esprit élève l’âme, la déprend des basses sollicitations de l’oisiveté et du mal, et assure au jeune homme laborieux une part précieuse dans le grand œuvre de l’édification de la vie religieuse et de la vie nationale.Ce livre, écrit dans un style alerte et abondant jusqu’à être parfois un peu incohérent et diffus, ne peut manquer d’intéresser beaucoup nos jeunes gens, et surtout les étudiants de nos académies et de nos collèges.Il sera aussi utile aux directeurs et aux professeurs de nos maisons d’éducation.Camille Roy, ptre.Formation de l'Orateur Sacré.Thèmes oratoires, 72 exercices comprenant tout le catéchisme du Concile de Trente, parle Père Bouchage, in-16 de pp.xvm-277, Lyon-Paris, Emmanuel Vitté Prix, 3-fr.Ce nouveau volume du R.P.Bouchage, rédemptoriste, a pour but de mettre sur la voie de l’application ceux qui ont eu l’avantage—et même ceux qui ne l’ont pas eu—de prendre connaissance de son premier volume sur ¦ la formation de l’orateur sacré * dont nous avons parlé dans notre numéro de mars.Ce sont des cadres très bien ordonnés où l’auteur a commencé à disposer d’une manière sommaire l'abondante doctrine du Catéchisme Romain.On y trouvera les plans déjà un peu développés de trente trois instructions sur le Symbole, de quatorze sur les Sacrements, de quatorze 452 LA NOUVELLE - FRANCE aussi sur le Décalogue, et de douze sur la Prière, dont neuf sont consacrées à l’exposition du Pater.Ces .thèmes oratoires • indiquent et divisent la doctrine à développer, mais n’en renferment pas toute l’exposition.Le livre du P.Bouchage n’a donc pas la prétention de se substituer au Catéchisme Romain dont il faudra toujours avoir le texte si riche en doctrine.Mais il aidera beaucoup à mettre en œuvre pour la prédication, les trésors de matériaux qui sont malheureusement laissés trop peu employés dans le catéchisme officiel de saint Pie V et de Clement XIII ; aussi nous aurions désiré trouver dans cette belle suite de thèmes oratoires, outre l’ordre et une partie de la doctrine que l'auteur a tirés du Catéchisme Romain, des références nombreuses au texte lui-même, pour faciliter au jeune orateur son approvisionnement doctrinal par l’assimilation de cette partie de la doctrine que l'auteur ne pouvait pas introduire lui-même dans ses cadres, sans outrepasser son but et entreprendre un ouvrage beaucoup plus considérable.11 a voulu aider mais non pas rem.placer le travail personnel.Sou aide, venant d’un ouvrier aussi expérimenté de la parole évangélique, sera précieux et d’un grand secours à tous ceux qui auront la sagesse de l'accepter.Ses « thèmes • sont souvent très heureusement suggestifs et ont le grand avantage pratique d’aider à traiter des sujets d’opportunité quotidienne.Dans ces plans bien conçus, il y a déjà de la vie, du relief, de la couleur, une heureuse poussée, oserions-nous dire, vers une éloquence vivante et solide, pratique, pieuse et belle.J.A.D.Collection Science et Religion, vols in-12, prix 0 fr., 60.Librairie Blond & Cie, 4, rue Madame, Paris (VIe).N° 436.Vie de Paul de Thèbes et Vie d'Hilarion, par saint Jérôme.Traduction.Introduction et notes, par P.de Labriolle.N” 437.Newton, par le baron Carra de Vaux.N °* 438 439.Charles Darwin, par E.T trouverez.N° 440.A.-A.Cournat, par Florian Mentré.N° 441.Ba/lanche.pensées et fragments.Introduction par P.Vulliaud.N ° 442.V Organisation professionnelle et le Code du Travail, par Henri Lorin.N° 443.VEpanouissement social des Droits de VHomme, par C.Boucaud.R° 44").Les Variations et les Théories de la Science, par le Vte R.d’Adhé- N° 448.La Peur de la Vérité, par B.Allô.N° 451.Les Idées Morales d'Horace, par M.Victor Giraud.N08 452 453.Les Silex taillés et V Ancienneté de T Homme, par A.de Lappa-rent.mar.Cette livraison de notre revue compte, par exception, 64 pages.Québec.— Imprimerie de la Compagnie de • L'Événement.>
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