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Titre :
La Nouvelle-France : revue des intérêts religieux et nationaux du Canada français
Éditeur :
  • Québec :[s.n.],1902-1918
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeurs :
  • Parler français ,
  • Canada français
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La Nouvelle-France : revue des intérêts religieux et nationaux du Canada français, 1916-11, Collections de BAnQ.

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LA NOUVELLE-FRANCE NOVEMBRE 1916 TOME XV No 11 LE SEPTIÈME CENTENAIRE DES DOMINICAINS A.FELICI.DIE QUO.SEPTEM.ABHINC.SÆCULIS APOSTOLICUS.PATER.DOMINICUS MANDANTE.CHRISTI.VICARIO UT.OLIM.DEI.FILIUS.DUODECIM PRIMOS.OPERARIOS.MISIT OMNI.CREATURÆ.EVANGELIUM.NUNTIARE GLORIÆ.DIVINÆ.ANIMARUMQUE.SALUTIS.CUPIDI LAUDARE.BENEDICERE.PRÆDICARE NUMQUAM.DESTITERE DISCIPLINÆ.SACRÆ.ANGELICO.DUCE.DOCTORES.INCLYTI VERITATEM.UBIQUE.VINDICARUNT QUORUM.VERBI.PRÆCONUM IN.OMNEM.TERRAM, SONUS.EXIVIT QUARE.CUM.ECCLESI A, MAT RE.TOT.FILIORUM.LÆTANTES MARTYRUM.CONFESSORUM.VIRGINUM.ORDINIS CANDIDATO.IN.CŒLIS.PLAUDENTE.EXERCITU EXSULES.NOS.PATRIAM.SPIRANTES D.O.M.ET.DEIPARÆ.SSMI.ROSARII.REGINÆ FRATRUM.PRÆDICATORUM.PIÆ.F ATRONÆ HOSANNA.LAUDIS.ET.GRATIÆ CONCORDE VOCE.CANIMUS (TRADUCTION) Depuis l'heureux jour, il y a de cela sept siècles, où l’apostolique Père Dominique, sur l’ordre du Vicaire du Christ, envoya ses premiers ouvriers, comme autrefois le Fils de Dieu les Douze, annoncer l’Evangile à toute créature, désireux de la gloire divine et du salut des âmes, ils n’ont jamais cessé de louer Dieu, de bénir, de prêcher; maîtres illustres de la science sacrée, avec le Docteur Angélique pour guide, ils ont partout fait triompher la vérité, et la parole de ces hérauts du Verbe a retenti par toute la terre; aussi, nous associant à la joie de l’Eglise mère de si nombreux fils, et aux applaudissements de la blanche armée des martyrs, des confesseurs, des vierges de l’Ordre au ciel, nous exilés, qui aspirons à la Patrie, au Dieu très bon et très grand, et à la Vierge Reine du Très-Saint Rosaire, patronne aimante des Frères Prêcheurs, chantons d’un commun accord Vhosanna de la louange et de la reconnaissance. 482 LA NOUVELLE FRANCE LE CÉSARO-PAPISME ET LES LUTTES CONTRE LE CONCILE DE CHALCÉDOINE Schisme d’Acace et publication de l’Henoticon.Si Rome n’opposa aux empiètements de Constantinople que des plaintes remplies de longanimité, il n’en fut pas de même du siège patriarcal d’Alexandrie, dont le 28ème canon de Chalcédoine lésait directement les droits.En Egypte le bruit se répandit vite qu’à Chalcédoine les Pères conciliaires n’avaient été que les instruments du Patriarche impérial, qu’on y avait tramé la ruine de l’Eglise alexandrine, et qu’on n’avait cherché dans la condamnation d’Eu-tychès qu’un moyen détourné de condamner Cyrille (1).Aussi, quand le Concile eut averti le préfet d’avoir à installer Proterius sur le siège de saint Marc, à la place de Dioscore, les partisans de celui-qui ils voyaient le défenseur de la dignité de leur ville, furent ci, en prompts à la révolte.II y eut bataille dans les rues.Les soldats impériaux chargés de soutenir l’élu du concile durent se réfugier 1.—Il faut dire qu’Eutychès appuyait son erreur sur certaines expressions correctes, dont Cyrille s’était servi dans la chaleur de sa lutte contre Nés- torius.Le grand évêque alexandrin avait en effet dans ses anathématismes employé les termes mta pbysis ou encore enôsis pbysikè pour exprimer l’unité de personne dans le Christ.Philologiquement ces mots étaient malheureux; mais Cyrille avait lui-même expliqué sa pensée (qui restait parfaitement orthodoxe) dans sa réponse à Jean d’Antioche.Seulement Dioscore aurait voulu voir triompher la doctrine des anathématismes interprétée dans le sens monophysite, tenir ainsi le haut bout dans la question dogmatique et régenter l’Orient à sa guise.Pour abaisser Antioche aussi bien que Constantinople, il commença par accuser son école de Nestorianisme parcequ’elle admettait la distinction des deux natures tn concreto.Jugeant que les arguments abstraits seraient insuffisants à lui procurer la victoire, il avait fait convoquer par l’Empereur à son Brigandage (TE-pbése l’archimandrite Barsumas comme représentant de tous les Abbés d’Orient, Celui-ci, pour imposer plus sûrement son opinion, ou plutôt celle de Dioscore, s’était fait escorter de mille moines aux poings solides, qu’il poussa sans vergogne au meurtre de Flavien.Après avoir paru à la 4ème session du Concile de Chalcédoine, pour s’expliquer sur la mort du vénérable Patriarche de Constantinople, il rentra en Syrie, où, rebelle aux exhortations de Marcien et de Pulchérie, il ne cessa de répandre le monophysisme jusqu’à sa mort (458).Par son disciple Samuel il fit pénétrer l’hérésie jusque chez les Arméniens.Il est vénéré par les Jacobites comme un thaumaturge et un saint. LE CÉSARO-PAPISME ET LE CONCILE DE CHALCEDOINE 483 dans le Sérapeum, où ils périrent brûlés vifs.Un nouveau déploiement de forces se préparait à rétablir l'ordre quand deux clercs du parti de Dioscore, Timothee Ailouros (le chat) et Mongus (Mongos, l’enroué), firent défection et entraînèrent à leur suite un certain nombre d’évêques et de moines.Proterius vécut ainsi sous la protection des soldats du Basileus, ayant contre lui la majorité de son clergé et de son peuple.Mais à la mort de l’empereur Marcien, (457), Ailouros et Mongos organisèrent une autre émeute; Proterius fut massacré et Timothée Ailouros prit sa place.Sans perdre de temps celui-ci réunit un concile où il lança l’anathème contre le Basileus Léon, contre le pape du même nom, contre Anato e de Constantinople, contre le Concile de Chalcédoine et où il assigna des sièges à ses partisans par toute l’Egypte.En réponse à ces gestes audacieux, l’empereur Léon I, après avoir consulté seize cents évêques, fit déposer Ailouros et le remplaça par Timothée Salopha-ciolos (le sage), qui parvint à maintenir la paix dans son diocèse jusqu’en 475, année ou s’accomplit une révolution importante.Zénon, gendre de Léon 1er, succéda sur le trône impérial à Léon II, mais fut promptement renversé par l’usurpateur Basiliscus, qui, partisan déclaré du monophysisme, se hâta de réintégrer Ailouros dans ses fonctions d’évêque, puis exigea que tous les chefs d’églises signassent un édit anathématisant la lettre du pape Léon à Fla-vien (êpist.28) et les nouveautés de Chalcédoine.Non contents d’obéir, cinq cents évêques enriron des patriarcats d’Alexandrie, d’Antioche, de Jérusalem, manifestèrent leur satisfaction par des éloges serviles à l’adresse de la personne impériale se transformant en pape.Toutefois Acace de Constantinople refusa sa signature, en punition de quoi Basiliscus retira tous les privilèges dont Chalcédoine avait doté son siège.Ailouros ne dissimula pas sa joie de voir enfin annuler les usurpations de Constantinople; mais sa joie fut de courte durée.Basiliscus, apprenant que Zénon approchait de la ville à la tête d’une forte armée, jugea prudent de se réconcilier avec Acace et le peuple II n’hésita même pas à prononcer la nullité de ses précédents édits.Irrité et déçu, Ailouros convoqua un synode à Ephèse, où fut votée une adresse suppliant l’empereur de maintenir son premier décret et l’annulation de Chalcédoine, où l’évêque Paul fut rétabli sur son siège d’Ephèse auquel on ren- 484 LA NOUVELLE-FRANCE dait en même temps son titre et ses droits d’exarchat ; où furent prononcées enfin la déchéance d’Acace et l’abolition des privilèges de Constantinople.Mais Acace ne s’émut guère de toutes ces foudres dirigées contre lui et son siège ; Zenon venait de reprendre le dessus sur Basiliscus et le Patriarche byzantin, appuyé par le nouveau souverain, ne tarda pas à se conduire en vrai pape dans tout l’Orient.Il commença naturellement par se payer le plaisir de la revanche en déposant Ailouros, puis il sacra un titulaire pour Antioche, où les désordres occasionnés par les partisans du monophysite Pierre le Foulon avaient causé le meurtre d’un évêque (1).Ce ne fut pas tout.Timothée Salophaciolos, dont il avait favorisé la réintégration sur le trône épiscopal de saint Marc, étant mort, il refusa de reconnaître pour successeur Jean Talaïa, moine économe de l’Eglise alexandrine, élu régulièrement et très orthodoxe; il fit nommer â sa place Pierre Mongus, qui avait déjà occupé le siège d’Alexandrie après Ailouros, mais avait été déposé par l’empereur Zenon.De tels abus de pouvoir étaient la conséquence d’un grand événement religieux dans l’Empire : Zénon venait de publier, sous l’influence d’Acace, son fameux Henoticon (482), symbole de foi différent de celui de Nicée, où l’on évitait de prononcer es mots irritants de uns X.—Pierre le Foulon ayant été déposé par un synode d’Antioche, Jean d’Apa-mée, qui avait été ordonné par le Foulon lui-même, mais qui n’avait pas été reçu par sa ville (Apamée), était revenu d’Antioche et avait pris la place de son consécrateur.Déposé à son tour, il fut remplacé par un homme pieux, Etienne, qui annonça son élévation à Acace de Constantinople.Celui-ci, agissant en pape d’Orient, réunit un concile endèmousa, confirma la déposition du Foulon et l’élévation d’Etienne.Mais Etienne mourut en 481.Un autre Etienne fut nommé évêque d’Antioche, accusé de Nestorianisme par les partisans du Foulon, justifié par un synode réuni à Laodicée sur l’ordre de Zénon.Mécontents, les Foulonistes s’emparèrent d’Etienne et le massacrèrent avec des roseaux pointus dans le baptisterium du saint martyr Balaam.Comme punition, Zénon confia à Acace le soin de nommer un évêque pour Antioche.Calendion fut choisi et parvint à faire reconnaître son élection par un synode tenu dans la capitale de la Syrie, puis, par le pape Simplicius, tandis que Codonatus, qui n’était autre que Jean d’Apamée.était de nouveau élu par les Antiochiens.Toutefois ce dernier ne voulut pas faire trop d’opposition à l'évêque nommé par Acace; il consentit à recevoir de celui-ci l’évêché tie Tyr, en compensation : compromis que le pape déclara de nulle valeur.On le voit, Acace prenait au sérieux le 28ème canon de Chalcédoine; il agissait en potentat même dans le patriarcat d’Antioche. LE CÉSARO-PAPISME ET LE CONCILE DE CHALCEDOINE 485 ou deux natures, et par où on se flattait de rétablir la paix (1).Chon savait Pierre Mongus complètement acquis au nouveau formulaire dogmatique, tandis qu’on était moins sûr de la souplesse de Talaïa (2).Peu de temps après Mongus annonçait à Constantinople que, par le moyen de YHenoticon, il avait refait l’union entre orthodoxes et monophysites.La nouvelle tenait plus de la courtisannerie que de la vérité: l’union était à peine apparente.En Egypte, comme un peu partout d’ailleurs, plus les empereurs imaginaient d’expédients pour faire l’unité, plus la division s’accentuait entre leurs sujets.Comment les Alexandrins, en particulier, se seraient-ils unanimement groupés autour de prélats excommuniés par Rome et créatures de Constantinople?Ni les orthodoxes, ni les monophysites ne pouvaient les accepter.Le résultat fut la multiplication des sectes et une source de nouveaux embarras pour le Pouvoir II se forma trois confessions distinctes, sans compter les subdivis ons et les résidus hérétiques (3) : a) les catholiques, fidèles à la mémoire de 1.—Acace, en faisant rédiger l'Henoticon, imitait Timothée Ailouros, qui avait fait publier par Basiliscus la lettre circulaire enkyklion, où on ne reconnaissait comme légitimes que les trois premiers conciles œcuméniques.Cinq cents évêques avaient souscrit cet édit, et le concïle, présidé par Ailouros à Ephèse, le qualifia d’encyclique “divine et apostolique.” Basiliscus la rétracta pourtant et remplaça par Vantienkyklion, qui ne fut sans doute ni moins divine, ni moins aux yeux de ces prélats courtisans.apostolique 2.—C’est même Pierre Mongus, qui avait déterminé Acace et Zénon à imaginer un compromis dogmatique pour ramener les monophysites.II leur avait ensuite représenté la nécessité de mettre à Alexandrie un évêque agréable au peuple.Cet évêque ne pouvait être que lui évidemment.Acace avait consenti à cette suggestion d’autant plus volontiers que son orgueil avait été froissé par Talaïa, qui n’avait pas envoyé de circulaire à Constantinople pour annoncer son élection.Talaïa vint à Rome en appeler au Saint-Siège.Félix III envoya des légats, Vital et Misène, qui se laissèrent corrompre et signèrent un jugement favorable aux deux complices, Acace et Mongus.En 484 le pape reprit l’affaire, déchargea les légats de leur mission, excommunia Acace et Mongus.Un moine attacha au manteau d’Acace la sentence d’excommunication portée par Félix III, audace qui lui coûta la vie.Le Patriarche offensé raya le nom du pape des diptyques de l’église de Constantinople.Ce fut le schisme déclaré.Les apologistes d’Acace, la cour impériale en tête, soutenaient que le pape n’avait pas le droit de condamner l’évêque de la Nouvelle Rome hors d’un Concile général, qu’il avait méconnu les prérogatives accordées au siège de cette ville par le 28ième canon de Chalcédoine.Ainsi, ce 28ème canon, trente ans après sa promulgation, produisait ses effets.La moitié de l’empire, grâce à lui, était dans l’hérésie, et Constantinople dans le schisme.3.—Parmi les résidus hérétiques on peut noter les Agnoïtes, qui prétendaient que Jésus-Christ avait ignoré le jour du jugement.Plus tard, vers 538, Jean le grammairien dit Philopon, un Acéphale, professa trois natures en Dieu, ce qui supposait trois dieux et fit donner à ses sectateurs le nom de Tritbéistes. 486 LA NOUVELLE FRANCE Proterius, assassiné en 457; b) les monophysites anti-chalcédoniens, rangés sous la bannière de saint Dioscore, qualifiés d’acéphales (sans tête) ; c) les hénoticiens, monophysites mixtes, partisans de l’Hénotique.Ceux-ci eurent naturellement les faveurs du Pouvoir tant que dura la rupture entre Rome et Constantinople, c’est-à-dire de 484 à 519.Pendant ces trente-cinq ans on vit même renaître chez les Princes temporels une tyrannie religieuse qui ne fut pas loin d’égaler celle exercée par Constance, le grand protecteur de l’arianisme.Exils et persécutions allèrent bon train.Voyez ! Anastase le Silen-tiaire, successeur de Zénon, veut à tout prix imposer au monde chrétien l’Henoticon : dans ce but il favorise contre Symmaque l’élection de l’anti-pape Laurentius; il expulse de leurs sièges Flavien d’Antioche et Elle de Jérusalem, qui avaient éventé le projet d’un concile pour annuler celui de Chalcédoine, il dépose le Patriarche de sa ville impériale, Macédonius, qui ne réprouva pas assez nettement Chalcédoine, et le remplace par Timothée, un docile prélat de cour.Il joint d’ailleurs la duplicité à la violence.Effrayé par une émeute, il a promis une réunion œcuménique à Héraclée; pour rendre inefficace sa promesse, sans paraître y manquer, il fait défendre secrètement au pape d’y envoyer des légats, tandis qu’il l’invite publiquement à y assister; il disperse par ses soldats les évêques qu’il y a convoqués.Malgré tout, lettres et légats lui sont-ils venus de Rome, il refuse de les recevoir et écrit au pape Hormisdas qu’il n’a que faire de ses décisions dans les choses divines, qu’il appartient aux Augustes de commander, et aux Pontifes d’obéir.Heureusement Justin 1er (518-527) fut mieux inspiré.Dès la première année de son règne, le jour de Pâques, en présence des légats d’Hormisdas, après que le Patriarche Jean II et plusieurs évêques eurent adhéré au formulaire de foi rédigé par le pape, l’union entre Rome et l’Orient fut solennellement rétablie, Chalcédoine reconnu, et une fête spéciale instituée en l’honneur du 4ème Concile œcuménique.Le successeur de Jean II, Epiphane (520-535), fut chargé, comme délégué du pape, de réconcilier les hérétiques avec l’Eglise.Sur tous les sièges on revit des titulaires vraiment orthodoxes, sauf sur celui d’Alexandrie, où l’hérétique Timothée III réussit à se maintenir jusqu’en 536.Ainsi finit ce schisme, dit d’Acace, LE CÉSARO-PAPISME ET LE CONCILE DE CHALCEDOINE 487 qui d’une part démontra si bien l’impuissance radicale des princes à régenter l’Eglise, et d’autre part mit en un singulier relief la primauté du successeur de Pierre.Celui-ci, par ses protestations énergiques et incessantes contre les édits impériaux, par ses directions envoyées aux évêques et ses exhortations aux fidèles, confirma vraiment ses frères et ses fils dans la foi; il sauva l’indépendance de la société du Christ.Que fût-elle devenue, cette indépendance sacrée, si elle n’avait eu pour sauvegarde que le Patriarche de Constantinople, lequel savait déployer de l’énergie pour s’attribuer les même ; privilèges que le siège de Rome, mais s’en montrait en même temps indigne par sa lâcheté et son servilisme devant les usurpations du Prince?Lâcheté et servilisme ne sont-ils pas d’ailleurs a conséquence obligée de l’orgueil, qui ne peut appuyer ses prétentions sur le droit et la justice?Que lui reste-t-il sinon de les appuyer sur la force, qu’il doit implorer en rampant ?Ces vaniteux et serviles Byzantins n’allaient pas tarder à recevoir du pape une autre belle leçon de courage et d’indépendance.En l’année 536 arrivait en effet dans les murs de la Nouvelle Rome Agapit, l’évêque de I’Ancienne, chargé de présenter au Basileus les propositions de paix du roi des Ostrogoths, Théodat.Cette mission d’ordre temporel ne lui faisait pas oublier son rôle de Pasteur suprême du bercail chrétien.Il trouvait sur le siège de Constantinople Anthime, évêque monophysite, protégé par l’impératrice Théodora.Sans se soucier des menaces et des promesses, il le déposait, et sacrait Mennas pour le remplacer.L’ombrageuse princesse, comme on devait s’y attendre, ne se résigna pas à l’humiliation; pour s’en relever elle ne résolut rien moins que d’installer l’hérésie sur la chaire de saint Pierre.Agapit étant mort à Constantinople même (22 avril 536), elle jeta les yeux, pour l’exécution de son projet, sur Vigile, un clerc qu’elle savait peu récalcitrant.Sur son instigation, Silvère, qui venait d’être ordonné évêque de Rome, est saisi par Bélisaire, commandant des armées du Basileus en Italie, et envoyé mourir dans l’île Palmaria.Mais Vigile, devenu pape, grâce à des intrigues si criminelles, se garde bien de tenir ses promesses.Dans une lettre à l’empereur et au patriarche il se hâte de reconnaître les quatre conciles œcuméniques et fait une profession de foi parfaitement orthodoxe (1).Théodora malheu- 1—Voir la lettre dans Hergenrôther, Histoire de l’Eglise, II.p.284. 488 LA NOUVELLE-FRANCE reusement ne se résignait pas à rompre ses attaches au monophysisme.En Egypte surtout, où les haines demeuraient si vivaces contre Chalcédoine, on exploitait son appui.En 536, à la mort de Timothée III, se trouvaient exilés à Alexandrie deux théologiens de la secte d’Eutychès, Sévère, ex-patriarche d’Antioche, et Julien, evêque d’Halicarnasse.Ils entrèrent en dispute; Julien prétendit que la chair du Christ avait été incorruptible, Sévère qu’elle avait été corruptible.II ne s’agissait du reste que de la possibilité; l’incorruption de fait n’était pas contestée.Mais étant donnée la turbulence des Alexandrins (1), c’en était assez pour déchaîner coups de bâton, massacres, compétitions épiscopales entre incorrupticoles et corrupticoles, qui élirent chacun de leur côté un patriarche.Les derniers avec l’appui officiel (que leur avait assuré Théodora) élevèrent sur le siège patriarcal un certain Théodose ; les premiers, soutenus par les moines, acclamèrent un certain Galanos.1—La turbulence des Alexandrins était connue.Depuis la conquête romaine l’histoire de l’Egypte n’avait guère été qu’une histoire de désordres, de divisions et de révoltes, souvent extrêmement sanglantes, révoltes contre l’autorité impériale, révoltes contre les patriarches intrus que leur envoyait Constantinople.On sait que les épigrammes des Alexandrins contre Caracaila avaient provoqué une descente de cet empereur chez eux, et un massacre, qui dura un jour et une nuit (au 216).Hadrien, qui n’avait pas été épargné par les quolibets des mêmes Alexandrins durant son voyage en Egypte, s’était contenté de s’en moquer dans une lettre à son ami Servianus, traitant l’Egypte et Alexandrie en particulier de “légère, insconstante, empressée de toute espèce de bruit.” N’oublions pas que les Juifs très nombreux en Egypte furent pendant longtemps une source d’affreux désordres par leurs révoltes contre l’autorité romaine, qu’ils ne pouvaient souffrir depuis la destruction de leur ville et de leur temple par Titus.Souvent aussi ils s’allièrent avec les païens, pour persécuter les chrétiens.N’est-ce pas cette alliance, favorisée cette fois par le Pouvoir romain, qui rendit si cruelle la persécution sous Dèce (an 250), et poussa une foule de fidèles dans les solitudes de la Thébaïde?L’horrible vengeance que Dioclétien tira d’Achillée, préfet d’Egypte, en rebellion contre lui, apaisa quelque temps les dissensions intestines.On sait que cet empereur avait donné ordre à ses soldats de ne cesser le carnage que lorsque son cheval aurait du sang jusqu’aux genoux.Heureusement que le cheval s’abattit.Le 13 juin 284, commença en Egypte l’ère de Dioclétien ou ère des Martyrs.A l’ère des martyrs succéda avec Arius celle des discussions théologiques qui ne fut guère moins sanglante.Sous Constance surtout et après le Concile de Chalcédoine, les querelles religieuses devinrent l’occasion de véritables barbaries; elles ne s’apaisèrent que sous l’infâme joug de Mahomet.Terrible punition pour une Eglise qui avait donné tant de martyrs et de docteurs; mais elle n’imita pas l’exemple des Athanase et des Cyrille.Si, au lieu de se révolter politiquement contre les empereurs byzantins à l’occasion de leurs édits doctrinaux, elle en avait appelé au successeur de Pierre; si elle était allée lui demander lumière et appui, il est bien à croire qu’elle se serait relevée de son humiliation.Mais elle préféra s’entêter dans ses erreurs, et poussa l’aveuglement jusqu’à prendre pour des libérateurs les fanatiques disciples du prophète mecquois. “ LES RAPAILLAGES ” 489 La victoire finale resta à celui-ci.Mais trois mois après, Narsès, le futur vainqueur des Goths, débarquait dans le delta du Nil; Gaïanos prenait le chemin de l’exil; Théodose occupait sa place, salué par des massacres et des incendies.Au bout d’un an il était rappelé sur les rives du Bosphore et enfermé dans un monastère de la ville impériale.Pélage, apocrisiaire du pape à Constantinople, ordonnait un moine de Tabenne, Paul, égyptien de race, et l’envoyait à Alexandrie.Terrifiés par e déploiement des forces officielles, les moines eux-mêmes durent I’accue Ilir, signer le tome exécré de Léon et approuver le Gone le de Chalcédoine.Toutefois Paul, ayant laissé ou fait massacrer un de ses diacres, Psoius, à cause de lettres poussant à la révolte, et dont il était ’auteur, ne tarda pas à devenir impossible.Il fallut le juger et déposer, ce que fit le représentant du pape Pélage, dans un concile réuni à Gaza, qui nomma pour le remplacer un certain Zoile, dont l’autorité civile assura le maintien.(A suivre) M.Tamisier, S.J.“ LES RAPAILLAGES ” Vieilles choses, vieilles gens par l’abbé Lionel Groulx Avons-nous une littérature canadienne, c’est une question.Peut-il même en être une, c’est une autre question.Imperturbablement quelques esprits ont répondu par la négative à l’une et à l’autre.Les optimistes y sont allés hardiment d’un oui, deux fois.Plus sages, d’aucuns ont préféré la faire plutôt que de la simplement dire, cette réponse.Avec Parménide, ils ont pensé que le mouvement se prouve en marchant.Et voilà comme ils ont entrepris de nous donner, en tout cas de nous continuer, une authentique littérature du pays.L’abbé Camille Roy exposait naguère avec autant de clarté que de maîtrise sa thèse de la nationalisation de nos lettres, thème souvent retouché depuis, mais nulle part mieux exposé.En quel sens 490 LA NOUVELLE-FRANCE pour le fond, comment même par la forme, nous pouvons, nous devons plutôt, nous faire une littérature propre, je cite à cet égard quelques unes de ses très précises conclusions : .Pour être canadien, il faut d’abord être soi-même, et tout le problème que nous agitons sous le grand mot de nationalisation de la littérature canadienne se ramène et se réduit à cet autre, très simple, qui est de développer parmi nous une littérature originale.Or, ce problème sera toujours résolu pour chacun de nous, dès lors que nous aurons soin de soumettre à une méditation bien personnelle la matière de nos livres, d’où qu’elle vienne et à quelque source que nous l’ayons empruntée; dès lors que nous l’aurons fécondée avec notre esprit, et que nous l’aurons fait passer, pour ainsi dire, à travers cette âme canadienne, à travers ce tempérament qui est nôtre, et qui laissera sur cette substance et sur cette manière l’impression et le mouvement de sa propre vie.Ayons foi en notre avenir littéraire, et pour mieux accentuer dès maintenant le libre et original développement de nos lettres, faisons des livres qui soient, par leur fond même et par la substance dont iis sont remplis bien canadiens (1).Et il s’est mis tout le premier à l’œuvre.En des essais critiques où sa plume, devenue pour le moins l’une de nos meilleures, eût pu consacrer des loisirs très occupés à des sujets parfois de plus haute envergure et mieux assurés de la gloire, son respect des livres de chez nous lui a inspiré une fraternelle et condescendante attention pour nos œuvres littéraires; mais aussi, de ce chef, il est devenu notre critique, que tous lisent à cause même des sujets qu’il traite, et tous avec profit pour le talent et la mesure qu’il y sait mettre.En plus, certain jour, il édita des propos rustiques qui illustrèrent sa pensée.Mais déjà M.Adjutor Rivard, notre philologue par excellence —le grand médecin de notre langage,—nous apportait son ravissant Chez nous qui s’en va depuis, volant sur toutes les lèvres, et qui aura le don de faire germer un genre nouveau pour nos auteurs, d’une richesse sans limite et inexploitée.Une émotion de surprise et d’attendrissement a comme saisi notre public littéraire jusque dans ses plus humbles rangs, depuis qu’il a lu ces petits chefs d’œuvre qui s’appellent, par exemple, Le poêle, l’heure des vaches, En grand’charrette, extraits de Chez nous, ou bien La patrie, Le ruisseau, et d’autres qu’on a hâte de lire chez nos gens.Vraisemblablement, c’est sous le coup de cette émotion, qu’à l’instar de la Société du Parler français, la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal a voulu orienter les jeunes talents dans le même sens, et susciter d’autres 1—Essais sur la littérature canadienne, pp.356 et 366. “ LES RAPAILLAGES ” 491 productions d’une saveur aussi nationale, par ses concours : La Croix du chemin, La courvée, et d’autres à venir.De cette manière, les théoriciens jusqu’ici incrédules se devront convaincre qu’après tout, oui, nous avons un vrai Chez nous littéraire, et qu’il se peut écrire ici en un français excellent, bien que quelquefois particulier, des choses qui ne s’écriraient point, non plus que de cette façon nulle part ailleurs.Les Rapaillages, que vient de publier M.l’abbé Lionel Groulx, professeur à l’Université Laval de Montréal, en sont une autre preuve à l’appui.A son tour, le brillant jeune auteur, déjà connu par sa plume exubérante et son patriotisme généreux, a donc simplement rapaillé au champ des vieilles choses et des vieilles gens, et ses glanures forment dix nouvelles qu’on va à n’en pas douter se dévorer.Avec ce que nous avons mentionné plus haut, de l’abbé Roy et de M.Rivard, et peut-être quelques autres pages, Les Rapaillages demeureront ce qu’aura produit de plus délicieux, de plus sain et de plus indigène tout à la fois, notre littérature d’aujourd’hui.Ce ne sont point des vers, si l’on excepte la pièce du frontispice, dont les strophes ont du souffle autant que de l’élégance et de l’harmonie, et qui ferait bonne contenance dans une anthologie française; mais, l’on s’en doute bien, sur sa prose, quand il le veut,—et c’est souvent,—l’abbé Grouix sait broder une riche poésie; une poésie, cette fois, douce, tendre, qui sourit, qui pleure, mais surtout qui chante à toutes les pages.Elle chante, l’on croirait, au hasard de l’inspiration, et sans autre programme que la joie de son cœur.Elle chante l’attachement de l’habitant à son petit royaume et à tout ce qui en est, fût-ce même la Grise, déjà trop vieillie.Elle chante le culte de la Langue française, les attendrissantes démonstrations dont elle est l’objet dans nos écoles de campagne, et les fiers défis qu’elle pose sur les lèvres de nos petits contre d’impudents agresseurs : Ils ne l’auront jamais, jamais !.Elle chante le rude travail et les mâles vertus de cette race de colons qu’à été la nôtre, et de tous ceux qui forment dans nos régions neuves les gens de l’ancien temps.Elle chante encore les souvenirs chrétiens et patrio- 482 LA NOUVELLE-FRANCE tiques qui flottent autour de nos routes, et qui imprègnent ce soi qu elles couvrent de leur bras tutélaires.Elle chante l’enfance pieuse qu’ont connue ceux qui furent au temps où l’on marchait au catéchisme.Elle chante avec le blé, la laborieuse et noble culture qu’ont pratiquée nos vieux parents.Elle chante ces traditions de piété, de foi vivante, ce christianisme de terroir qui s’est conservé au sein de notre race pendant des siècles, comme il a été gardé le vieux livre de messe jauni des ancêtres.Elle chante les contes et légendes, l’herbe écartante et les autres, que, mi-croyants, mi-sceptiques, se transmettaient nos pères et mères, et qui témoignaient de leur âme naïve, sans dol et sans méfiance.Elle chante aussi l’activité incessante et le dévouement héroïque des ferrynes d’autrefois, qui pensaient de si sublimes choses et faisaient de si utiles ouvrages en tricotant.Elle chante, enfin, l’inexprimable intimité, l’indissoluble affection qui attache nos âmes, nos âmes d’enfants surtout, aux lieux qui nous ont bercés et dont la nostalgie profonde nous a blessé le cœur, quand un jour, une fois les rapaillage finis, il a fallu comme à jamais fermer sur ces lieux bénis et chers les grandes portes de a grange, après le dernier voyage.Et elle chante toutes ces chos s, parce que Prier, chanter avec la brise aérienne, Et l’âme du terroir et l’âme des aïeux, Et puis se souvenir afin qu’on se souvienne, Voilà par quels devoirs l’on grandit jusqu’aux cieux.L’auteur s’en remet, pour chanter ainsi, à ses jours lointains de la quatrième terre du rang du Bois-Vert, de la paroisse Saint-Michel (de Vaudreuil).Et c’est tout ce monde-là qu’il étudie par le menu: ces vieilles gens et ces vieilles choses, on les voit naître, vivre, travailler et mourir; on entend leur langage si pittoresque dans sa naïve allure, et si savoureux dans ses archaïsmes qui sentent la parlure de France; on connaît à la fin la maisonnée entière, on a traversé la terre d’un bout à l’autre, depuis le trécarré jusqu’aux grandes pièces; les voisins, plus d’une fois, on les a rencontrés, on sait leur nom, les sobriquets même qui les désignent et leur caractère particulier, les Brisebois et les Saint-Denis, Pierre à Paul, Joson Landry, le garçon à chose, et les autres; on a parcouru la paroisse en haut et en bas, on est allé maintes fois à l’église, on a vu Monsieur le Curé; “ LES RAPAILLAGES ” 493 on s’est trouvé à diverses réunions de famille et autres assemblées, bref, on possède par cœur le rang du Bois-Vert, voire le rang du Crochet, en un mot toute la paroisse Saint-Michel.L’on s’est même rendu au-delà avec l’ami Basile, quelque part dans les Laurentides, au sein des montagnes de la Blanche.Mais toute cette révélation est discrète au point de ne manquer en rien au respect; elle est véridique, clairvoyante, pénétrante, attentive, jusqu’à percer cet horizon apparemment restreint, et par delà étendre ses cadres comme à l’infini; elle découvre la source secrète elle-même de ce flot de vie qui là bondit et circule; et l’on se trouve transporté naturellement sans presque s’en être aperçu, sur le théâtre immense où notre race déroule sa vie, en cet hémisphère; le puissant et providentiel rôle national des nôtres, qui se magnifie depuis l’Atlantique jusqu’au Pacifique, l’auteur nous le fait comme saisir sur le vif et examiner à la loupe, dans le vieux rang du Bois-Vert et aux alentours.Nos vieilles gens, leur paix, leur labeur, leurs vertus sociales, leurs coutumes touchantes, leur langage imagé ; ce que nous portons dans le sang de valeur et de noblesse, ce à quoi il nous faudra toujours être fidèle sous peine de déchoir et de tomber à rien, la droite route de foi et de devoir que nous a tracée l’histoire, et en dehors de laquelle marcher pour nous serait forligner et forfaire : voilà l’objet des Rapaillages.Et c’est ainsi que l’auteur décrit lia miniature de ce qu’on a appelé, en parlant des œuvres de Maurice Barrés, “les romans de l’énergie nationale”.Et que, selon la théorie classique de la Bruyère et de Taine, il paie à son milieu ce qu’il lui a pris, qu’il donne au sol qui l’a formé un juste et glorieux rendement, l’esprit d’un écrivain ne se peut plus excellemment développer qu’à se plonger dans son histoire et dans son pays, pour y puiser les forces qui lui sont naturelles.“C’est quelque chose que d’avoir un passé et un pays, s’écrie vivement un jour le très regretté et éminent archevêque de Saint-Boniface, Mgr Langevin; il n’y a que les bâtards qui n’ont point d’histoire ni de patrie, ou qui tendent à la renier.Quand on est de race, le culte du souvenir couronne et grandit.” Et pour un écrivain, il n’est certes pas de plus noble objet.Ce principe, M.l’abbé Groulx l’a compris de bonne heure.Pour le mettre en œuvre, il formait autrefois des apôtres, et écrivait Une Croisade d’adolescents.Dans ce même dessein, il s’est fait hier h is- 494 LA NOUVELLE-FRANCE torien national ; et aujourd’hui il veut être le chantre des vieilles choses et des vieilles gens.Hier il a été historien probe et consciencieux; il n’a pas fait trop de littérature autour de notre histoire, mais d’une main filiale et glorieuse, il a commencé de dépouiller le reliquaire de nos triomphes sur des conquérants restés persécuteurs, et il achèvera sans doute plus tard de produire ainsi en des mailles serrées et luisantes une chaîne de faits fortement liés, une philosophie fondée et objective de nos gestes passés.Aujourd’hui, il nous est un écrivain du terroir; il se soucie peu ou prou de décrire quelque “Paon d’émail” importé, ou des “Forces” inertes et matérialistes, comme n’en a jamais conçues, encore moins adorées, notre Canada français, croyant à la mode de l’ancienne France II cherche sa poésie chez nous, il lui donne l’âme de nos gens, la nôtre; nous nous y reconnaissons, cela nous attire, cela nous caresse et nous émeut.Voilà par quoi son livre sera attendrissant et bienfaisant pour tous: pour les enfants qui savent à peine lire, mais dont l’âme est vierge des semences d’un génie étranger, ils en seront mieux préservés; pour les vieux qui se souviennent et que l’avenir inquiète, il leur renaîtra de l’espoir; pour les gens d’âge moyen qui s’égarent en des sentiers trop mercantiles, et à la poursuite d’idéals trop exotiques à notre tempérament d’hommes d’église et d’hommes de labour, ils en seront éclairés, et peut-être se ressaisiront.encore * * * II y a donc un incontestable avantage pour la formation patriotique de notre peuple que de lui faire aimer son pays, comme fait l’auteur des Rapaillages, en le lui disant, en le lui chantant, en le lui faisant voir, auréolé des reflets saillants et des délicatesses cées que l’art sait mettre au front de la nature.Cet objectif est capable de séduire ceux qui écriront au Canada quelque jour peut-être, comme les Charles Péguy, les Romain Rolland, les Albert Thierry, et autres, des Cahiers de la quinzaine.Mais il y a plus.Au seul point de vue esthétique, ce genre est un mérite par lui-même ; il suppose une science de l’art et un génie personnel qui marquent le véritable maître.Il n’est pas invraisemblable que c’est lui, s’ils doivent jamais y entrer, qui ouvrira plutôt nuan- “ LES RAPAILLAGES ” 495 à ses auteurs le temple de la gloire littéraire.Mistral, dont l’abbé Grouix rappelle quelque part le souvenir con amore, avec une émotion qu’on sent vécue, ancienne et inspiratrice, Mistral, parce qu’il a écrit Mireille, a exalté la Provence d’abord, mais il a été pour cela même le célèbre Mistral.Tout comme Botrei en premier lieu émeut ses Bretons parce qu’il leur chante d’une voix délicieuse leurs can-tilènes à eux, mais au surplus émeut du même coup l’oreille de toutes les Frances, auxquelles il apporte un chant nouveau.Nous avons eu par le passé des auteurs presque nombreux, quelques uns ont écrit de bons ouvrages, peu les ont écrits pour nous et de la manière qu’il nous fallait.On l’a dit : c’est à peine si l’on a abordé notre histoire ; quelques discours seulement ont été prononcés, et quelques chapitres sérieux ont paru, sur nos problèmes nationaux et religieux ; enfin de rares compositions d’ordre inventif ont respiré l’air natal ; le terroir de notre littérature canadienne n’a pas été cultivé, remué même.Que nous sommes un peuple jeune, et que peu ont écrit, en est une première cause.Que ceux qui écrivent chez nous le fassent ordinairement les yeux fixés sur des modèles étrangers, ou en contemplant vaguement un tableau imaginaire imprécis et sans contours, en est peut-être la principale.Il nous a manqué le sens de la vue, l’observation, le réalisme littéraire, celui qui est au sommet de l’art, et que pour cela les artistes vulgaires méconnaissent quand ils ne vont pas à le mépriser.Or voilà que les Rivard, par exemple, et les Grouix, revenant à un genre ébauché d’une façon lointaine dans les meilleures pages des de Gaspé et des Gérin-Lajoie, ont fait avancer d’un grand pas notre culture littéraire.Ils auront presque créé, et porté d’emblée à un très haut dégré, l’art de la vision autour de nous, d’une vision nette, fouilleuse, saisissante, amoureuse, dans notre monde naturel et historique, l’art de la contemplation intelligente et j’oserai dire filiale de cette féerique réalité qu’est notre patrie: et c’est en quoi ils feront école.II s’en suivra normalement un mouvement de décentralisation de notre littérature, s’il est permis de s’exprimer ainsi, une descente de l’abstrait au particulier et au vivant, du pays entier au petit coin de terre, du fonds commun au régionalisme, source féconde en productions littéraires neuves et palpitantes.Nos mêmes idées, nos principes généraux, notre âme commune, s’incarneront en des mots, des scènes, des choses qui auront une figure concrète, reconnue, 496 LA NOUVELLE-FRANCE située.On l’observe déjà ainsi, par la seule comparaison de Chez nous et des Rapaillages: c’est canadien de part et d’autre, mais ici c’est plus montréalais, et là plus québécois, pour les expressions typiques comme pour les usages.Voilà donc des choses vues, vraiment vues.Aussi quelle perception aigue de ces choses, champs, bois, montagnes, lacs, fleuves, grains, feuillages, oiseaux, nuages, ciels, climats, et le reste ! Quelle intelligence de la pensée qui circule sous l’écorce du réel ; quelle psychologie sensible à cet émoi divin qui vibre au cœur des êtres et que l’antiquité, rendue myope par son paganisme, attribuait à des faunes et à des naïades, créés pour son besoin ! Pour tout dire en un mot, quelle littérature, l’art d’exprimer du réel, et quelle poésie, l’art de le dire avec délicatesse et sentiment, il y a là-dedans.Non, les élèves de la petite école du “Trois”, dans la paroisse Saint-Michel, tant espiègles puissent-ils être, n’auront point l’envie de répondre comme ceux d’Albert Thierry, dans L’Homme en proie aux enfants, après que leur maître leur a lu une description de la forêt de Fontainebleau par Flaubert : “M’sieu, ça c’est n’importe quelle forêt; je la connais, moi, la forêt de Fontainebleau.” (1) Lisez plutôt cet extrait, et dites si pareil tableautin est tout inventé : D’abord, les rapaillages, c’est presque toujours à l’ombre du bots, là où les grandes faucheuses ne peuvent aller à cause des pierres et des souches.Il faut donc les faucher doucement, par petits andains, à la petite faux.Et dans ce foin des rapaillages, que de gentilles choses il y a ! Il y a des herbes de senteur, du baume, du thé des bois, du trèfle d’odeur, de la fougère, et tous ces parfums secoués par la faux vous montent délicieusement à la figure.Il y a aussi des fruits, des fraises des champs, et de belles et de juteuses qui ont crû à l’ombre; il y a des framboises, des catherinettes, quelquefois même les premières mûres, quand il n’y a pas dans le feuillage au-dessus de votre tête des cerises, des étrangles et des petites merises.Dans les rapaillages il y a encore des chants d’oiseaux; il y a des nids bien cachés que vous mettez à vue en coupant l’herbe, et voici des petits œufs, gris, blancs ou bleus, enveloppés de crin et de duvet, et voici encore des oisillons frileux qu’il est si doux de tenir dans sa main.Dans les rapaillages du bois de par chez nous il y avait aussi un vieux puits abandonné d’une margelle en bois.Chaque année, en fauchant, nous levions le couvercle.Penchés sur le bord, nous écoutions les gouttes d’eau qui, des pierres humides des parois, tombaient avec rythme sur la surface du fond immobile et noire.Et cette solitude et ces larmes secrètes du vieux puits qui pleurait son abandon nous emplissaient l’âme de mélancolie et de mystère.Oui, dans les rapaillages de par chez nous.il y avait tout cela, tout cela.Ah! qu’il ferait bon quelquefois dans la vie trouver encore quelque bout de rapaillage a faucher I (2) 1— Cf.Etudes, 20 mai 19HS, Aux nouvelles, par Albert Benières, p.506.2— Page 152. “ LES RAPAILLAGES ” 497 Deux lignes plus loin, voici une scène non moins achevée : C’était dans mes premières années de collège, par un soir de fin de juin, un soir de fenaison.Nous retournions au foyer, Tes jambes pendantes au bord de nos grand’charrettes, le chapeau sur l’arriére de la tête, une tige de mill entre les dents.Les chevaux s’en allaient lentement, de leur pas fatigué.De larges bandes de lumière retraitaient de clôture en clôture et se repliaient rapidement du côté de l’ouest, où le soleil, derrière le rideau des arbres, achevait de s’éteindre comme une lampe qu’on vient de baisser.Cependant il rougissait encore la grande pièce de mil en bas des coteaux que tout à l’heure, en prévision du serein, nous avions mises en veillottes.A l’entrée de la forêt un bois-pourri reprenait éperdûment son chant monotone, et, du fond lointain, lui répondait à intervalles bien marqués, le cri solennel du héron.Soudain du village là-bas s’en vint le bonsoir de I’angelus.Nettement, dans l’apaisement de tous les bruits la cloche tinta ses rumeurs de prière.Presque en même temps les derniers moulins venaient de cesser leur chanson, et seule, au bout des terres, continuait de résonner la voix claire d’un enfant qui appelait ses vaches (1).Mais il faudrait citer aussi le voyage de la Grise menant les enfants à l’école, la description du logis des vieux colons sur le dépent de la montagne, la prière du soir au pied de la croix, la visite aux blés le dimanche après Vêpres, il faudrait tout citer.Les Rapaillages,k la vérité, sont un produit authentique et charmant de notre littérature, et c’est une plume de maître qui les a écrits.Dois-je risquer, pour ne point paraître céder à la flatterie ou à l’amitié, un mot de critique, et qu’ajouterais-je?Je me confesse volontiers un profane ès-Iittérature, ès-poésie surtout.On a chu-chotté déjà, je pense, que la lyre de M.I’abbé Groulx, si juste et si vibrante, y gagnerait encore à simplifier ses accents.L’on aurait jugé qu’en de rares endroits elle parût s’entendre chanter, et c’est pour nous qu’elle chante pourtant.Recherche ou griserie sont des mots sans doute trop forts pour exprimer judicieusement ce reproche; ce serait un peu beaucoup de richesse et de déploiement dans le style, une envergure d’ailes trop subite et moins suffisamment préparée, ou bien un vol à grande hauteur trop prolongé.Est-ce un si vilain défaut?Beaucoup s’en prévaudraient.En tout cas, cette fois, s’il existe c’est à peine; si peu, que rien.Au reste, passons, l’abbé Roy ou l’abbé Chartier, ou bien M.Rivard, vont nous le 1—Page 153. 498 LA NOUVELLE-FRANCE dire eux-mêmes, tout comme s’il est quelques phrases un peu oubliées, et nous serons fixés là-dessus; mais ils diront en même temps quel précieux cadeau l’abbé Groulx vient de faire à notre librairie canadienne et française.II y a des ouvrages qu’on goûte comme un gâteau exquis, confectionné selon toutes les formes, avec apprêt et solennité; il en est qui ont plus simplement le goût du bon pain, à l’arôme fort et naturel, sous une belle croûte d’or un peu grillée; d’autres enfin ont le goût délicat des petits pains.Les contes de M.Rivard comme ceux de l’abbé Groulx, à coup sûr, pour l’appétit canadien, c’est comme du pain.Lesquels de ceux-ci ou de ceux-là sont plutôt les petits pains?Je n’ose le dire, et je vous le laisse à juger.Peut-être bien que c’est encore un peu plus Chez nous que les Rapaillages.Mais d’abord “ne venez pas me dire qu’un petit pain, après tout, doit avoir le goût d’un gros”.On voit bien que nous n’avez jamais goûté aux petits pains, qu’on faisait naguère sur la quatrième terre du rang du Bois-Vert, et que vous n’avez pas lu les Rapaillages.Peut-être qu’il y a là une sensibilité plus discrète, un ton moins oratoire, un arôme plus subtil, qui jaillit du terroir sans qu’on le remue et qu’on sent sans le humer; et peut-être que tout cela est dit dans un langage travaillé du ciselet, encore plus juste et plus approprié.Mais il semble bien qu’ici les horizons sont plus larges, les champs plus fleuris, les parfums plus prenants, les couleurs plus vives, les leçons plus nombreuses, l’ivresse plus généreuse.Et que de choisir entre l’un et l’autre n’est point facile, et que comme tous deux sont de beaux livres faits par deux excellents auteurs, on peut les préférer tous les deux à la fois, parce qu’ils ont tous deux des mérites réels, quoique un peu différents.Tous les deux en tout cas ont entendu parfaitement le conseil d’Ab der Halden à la canadienne : Pareille à l’hirondelle des Mille-Isles, ne cherche pas les lointains pays.Dis-nous les splendides paysages du pays natal, fais chanter l’âme de tes compatriotes.Tu pourras en tirer les éternels accents de l’âme humaine.Mais laisse les chiffons qui sortent de nos magasins de nouveautés, les oripeaux fripés dont nos marchandes à la toilette ne veulent plus, et va, Canadienne aux jolis yeux doux, va boire à la claire fontainel muse 1—Etudes de Littérature canadienne-Jrancaise, par Charles Ab der Halden» p.124, cité par l’abbé Roy, ouvrage mentionné, page 376. PROCÉDÉS DE CULTURE FORESTIÈRE 499 Tous deux ont compris que l’âme du bon peuple, étrangère à tout artifice, vibre de l’harmonie la plus profonde et la plus intime, et que ses pulsations sont rythmées au rythme de la race elle-même.Et que le paysan de chez nous, lui aussi, déborde de poésie, comme débordent de sève nos grands érables; que dans nos campages Iau-rentiennes, où le fils de la glèbe a poussé sur sa terre avec ses blés et ses futaies, au grand soleil, sous un ciel clair, en pleine brise, et au-delà, depuis les Laurentides jusqu’aux Rocheuses, où le hardi pionnier travaille d’arrache-pied à conquérir le sol pour y ranger ses guérêts féconds, notre bon habitant s’émeut souvent en son âme simple et rustique des plus beaux sentiments que connaisse le cœur humain.J.-M.Rodrigue-Villeneuve O.M.I.PROCEDES DE CULTURE FORESTIERE (Suite) LA LUMIÈRE, FACTEUR ÉCOLOGIQUE IMPORTANT AU POINT DE VUE SYLVICOLE L’action de l’homme se montre cependant d’une grande efficacité et d’une étonnante portée, lorsqu’elle s’applique à régler l’influence de la lumière.La lumière, comme nous l’avons laissé pressentir, est un des agents principaux du développement des peuplements forestiers.En effet, c’est elle qui préside à la fixation de l’acide carbonique, à l’élaboration de la feuille et à la formation de la chlorophylle.La chlorophylle est plus qu’une substance colorante, elle constitue en quelque sorte la partie vitale des plantes, entendez que c’est son activité qui rend possibles la nutrition et l’assimilation, que sans elle la matière organique ne pourrait se former.“ La chlorophylle, suivant Grandeau, semble avoir la propriété exclusive de réduire l’acide carbonique et l’eau, et de les transformer 500 LA NOUVELLE-FRANCE en matière vivante.Les végétaux dépourvus de chlorophylle sont inaptes à effectuer cette décomposition et ne se nourrissent, tels les champignons, que des substances préalablement fabriquées par les parties vertes des autres végétaux.” Cette substance, d’autre part, doit non seulement son activité, mais encore son existence, à l’influence de la lumière, surtout de la lumière blanche.Les expériences et les constatations suivantes sur ce point ne laissent plus de doute.Duhamel de Monceau (1) n’avait-il pas constaté que, dans les jardinets qu’encadraient de très hautes constructions, les plantes poussaient surtout en hauteur et périssaient avant d’avoir porté des fruits.Les expériences du physicien Bonnet (2), d’autre part, tant à cause de leur originalité que de leurs conclusions méritent d’être citées.II sema trois pois : le premier fut semé à l’air libre, le second fut recouvert d’un tube de verre, fermé par le haut, et le troisième fut placé sous un tuyau de bois également fermé par le haut.Les trois plants issus de ces semences furent soumis à la même température.Au bout d’un certain temps, Bonnet constate que les deux premiers s’étaient développés de façon identique et avaient sensiblement les mêmes caractéristiques.Par contre, le plant, qui avait végété à l’intérieur du tuyau de bois, après s’être beaucoup allongé et aminci, s’était étiolé.Bonnet n’arrêta pas là ses expériences.Il plaça dans un tube de ferblanc un bouton de vigne qu’il entoura de mousses pour que la chaleur du ferblanc ne lui fût pas nuisible.Ce bouton ne tarda pas à se décolorer et à s’étioler.Chez les plantes qu’il avait placées dans des tuyaux de bois percés de petites ouvertures que des verres fermaient, il observa le même phénomène, avec cette différence toutefois que des tissus verts s’étaient formés vis-à-vis des ouvertures.Ces expériences, en opposant les uns aux autres les résultats obtenus avec les mêmes plants en pleine lumière, dans l’obscurité complète et dans la demi-obscurité, établissent que la lumière est essentielle à la formation de la chlorophylle.Elles montrent aussi, et très clairement, que le végétal, en l’absence de chlorophylle et de lumière, ne peut s’accroître qu’aux dépens des substances nutritives tenues en réserve dans la graine et qu’il meurt dès que celles-ci sont épuisées.1— Revue des Eaux et Forêts, année 1892, page 222.2— Revue des Eaux et Forêts, ibid. PROCÉDÉS DE CULTURE FORESTIERE 501 Les expériences plus récentes de Gaston Bonnier (1) permettent de déterminer aussi exactement que possible le rôle de la lumière sur la végétation.Elles furent faites précisément pour montrer à quels résultats on pourrait s’attendre, si les végétaux, au lieu d’être soumis à une lumière intermittente, comme elles le sont dans les régions tempérées, étaient illuminés de façon continue pendant vingt-quatre heures.Dans le sous-sol du pavillon d’électricité des Halles centrales de Paris il exposa diverses plantes à l’action de la lumière électrique, après avoir pris soin d’éliminer par des écrans de verre les rayons ultra-violets, considérés comme nuisibles.Sous l’influence d’une lumière continue, n’ayant pas le repos dont elles jouissent, à l’ordinaire, pendant la nuit, et qu’elles emploient à s’accroître avec les substances nutritives accumulées pendant le jour, ces plantes assimilaient et consommaient en même temps.De ce fait, leurs tissus furent simplifiés, et elles se montrèrent, grâce à une surproduction de chlorophylle, coloriés en vert jusqu’au centre de la moelle.De tout ceci, il résulte que l’activité végétale est en raison directe de l’intensité de la lumière, parce qu’elle dépend de la chlorophylle et que celle-ci, pour accomplir ses fonctions, pour se mettre en œuvre, a besoin d’être mue par la lumière.La lumière exerce aussi sur la floraison et la fructification une influence très marquée.Ne permet-elle pas l’assimilation par les feuilles de tous les éléments nécessaires à l’élaboration de la sève, et n’est-ce pas avec le surplus de celle-ci que sont fabriqués les fleurs et les fruits?Le botaniste Sendtner (2), au cours de ses expériences, observait que, dans les serres, où les rayons solaires pénétraient à la fois par le haut et par les côtés, plus d’un tiers des plantes portaient des fleurs, alors qu’un dixième seulement des plantes élevées dans les serres qui n’étaient éclairées que latéralement fleurissaient et fructifiaient.Grandeau, d’autre part, a été conduit par ses constatations à affirmer qu’à l’ombre le nombre des végétaux qui portaient fleurs et fruits était trois fois moindre qu’en plein soleil (3).On aura à peu près tout dit du rôle que joue la lumière dans les manifestations de la vie végétale, si on ajoute qu’elle détermine l’ouverture 1— Cf -Plant Geography, Schimper, pages 64-65.Aussi : Le Monde végétal par Gaston Bonnier, pages 315 à 322.2— Culture et Exploitation des Arbres par Antonin Rousset, page 234.3— Antonin Rousset, loc.cit., page 235. 502 LA NOUVELLE-FRANCE des stomates des feuilles, qu’elle influe sur les phénomènes de transpiration et d’évaporation, qu’elle n’est pas étrangère à certains mouvements (1) de la plante ou de ses organes ; qu’elle peut se transformer, dans les régions froides, en une bienfaisante chaleur, grâce à l’anthocyanine, une substance colorante associée dans les feuilles à la chlorophylle, et qu’elle favorise la décomposition en humus des matières végétales, gisant sur le parquet de la forêt.Si la lumière exerce une aussi décisive action sur la végétation, on conçoit aisément que les arbres soient comme naturellement sollicités vers elle.N’en ayant pas toutefois besoin au même degré ils ne la recherchent pas tous avec la même avidité.Il y a des arbres de lumière, comme le melèze, le pin blanc, le bouleau, et des essences d’ombre, tels le sapin, le hêtre, l’érable et l’épinette, c’est-à-dire des arbres qui, à presque toutes les phases de leur existence, requièrent une illumination intense, et des arbres à qui suffit pour vépéter une lumière diffuse.On s’explique alors que les peuplements forestiers, si uniformes que la nature les crée ou que l’homme les veuille, finissent par se diversifier, et qu’il y ait entre tous les arbres, qui composent une forêt ou un bosquet, une véritable lutte.Cette lutte que se font les arbres pour atteindre à la pleine lumière est réellement une lutte pour la vie, la vie, dit Lavoisier, n’existant qu’à la lumière.Pline l’Ancien nous en donne une idée assez précise lorsqu’il écrit : “ Il y a des arbres qui se font mourir les uns les autres, quand ils sont trop épais, ou à cause de leur ombre, ou en se dérobant mutuellement leur nourriture.’’ Elle est d’autant plus vive, que les arbres composant un massif forestier se trouvent à avoir les mêmes exigences, sous le rapport de la composition chimique du sol, de la chaleur et de la lumière.Elle ne laisse pas de se produire au sein même des peuplements composés d’essences forestières très différentes les unes des autres à tous les égards.Les arbres qui survivent à cette lutte sont, comme nous l’avons dit déjà, beaucoup plus beaux, plus droits et plus capables de donner à l’homme des produits utiles.Il ne faudrait pas cependant oublier que cette lutte, souvent très intense, ne comporte de réels avantages qu’à la condition de ne pas trop se prolonger.Si le forestier, dans les peuplements qu’il crée par le semis ou la plantation, s’emploie 1—Ces mouvements sont désignés par le mot héliotropisme. PROCÉDÉS DE CULTURE FORESTIERE 503 à distribuer et à mélanger les essences de telle sorte que cette lutte ait lieu, s’il la laisse se produire dans les peuplements naturels, il doit empêcher qu’elle ne devienne dommageable.II y réussit en pratiquant certaines coupes qui, en modifiant l’action de la lumière, se trouvent à influer sur le développement des arbres demeurés debout et sur l’accomplissement de leurs fonctions.Ces coupes sont, dans le langage forestier, désignées sous le nom d’éclaircies.Nous croyons devoir ici rappeler, pour éclairer ce qui va suivre, que les forêts naturelles, suivant leur mode d’origine, se distinguent en taillis et en futaies.Aux premières les rejets de souche ont donné naissance, les secondes sont nées de semences.Les taillis sont peu fréquents et il ne semble pas qu’ils aient une grande valeur au point de vue de l’exploitation.Aussi nous contenterons-nous de dire d’eux qu’ils sont relativement faciles à créer, rapides à se développer et capables en quelque sorte de prendre soin d’eux-mêmes.Sauf quelques résineux, comme l’arbre géant de Californie (1), les bois feuillus ou bois francs seuls se prêtent à ce régime.La futaie, au contraire, étant le régime auquel s’assujettissent et les résineux et les feuillus, le régime qui favorise la production des meilleurs bois, celui qui donne généralement le rendement le plus élevé est le seul dont nous tiendrons compte au cours de notre analyse des traitements forestiers.Les traitements forestiers ne sauraient être confondus avec les éclaircies.Celles-ci, d’intensité très variable, suivant l’état et la composition des forêts dans lesquelles elles sont faites, échappant à toute formule, nécessitant pour être bien conduites, de la part du forestier, une connaissance approfondie des lois de la végétation, un jugement sûr et beaucoup d’esprit d’observation, sont toujours destinées à mettre un terme à la concurrence que se font les arbres dans un peuplement.Elles opèrent une sorte de sélection, ou plutôt elles empêchent la nature, en réglant son action, de faire une sélection à sa guise.En ménageant pour les individus qu’elles laissent survivre plus d’espace et de lumière, elles leur assurent une recrudescence d’activité végétale.Aussi contribuent-elles à faire qu'ils* épaississent leurs anneaux annuels de croissance, qu’ils augmentent 1—Sequoia gigantea. 504 LA NOUVELLE-FRANCE leur volume et leur valeur (1).Elles s’appliquent toujours dans un peuplement déjà constitué à seule fin de l’améliorer à tous les points de vue et sont à proprement dire des opérations culturales.Les traitements, au contraire, sont appliqués aux forêts non pas pour en bonifier les produits et en améliorer les conditions de croissance, mais pour en assurer la régénération, la continuation.Les éclaircies s’opèrent dans un peuplement encore en pleine jeunesse, les traitements ne sont mis en pratique que dans les forêts arrivées à l’âge d’exploitabilité.C’est en effet au terme de leur existence, avant de tomber sous la hache, que les arbres semblent surtout avoir souci de se prolonger dans des descendants.L’intervention de l’homme à cette phase du développement de la forêt n’a pour but que de régler l’œuvre de la nature.Pour nous fixer sur l’importance de cette intervention de l’homme, il nous est indispensable de savoir ce que fait la nature lorsqu’elle est, comme dans les forêts vierges, laissée à ses propres moyens.Le sol supporte et nourrit des tiges de tous diamètres et de toutes espèces : les unes très vieilles, d’autres très jeunes, celles-ci produites par celles-là et vivant à leur ombre, celles-ci par la force des choses destinées à remplacer celles-là.Les vieux arbres ayant épuisé pour la production de fleurs et de semences toutes leurs réserves, incapables de trouver dans le sol, où leurs puissantes racines se sont développées, la nourriture que les jeunes plants plus vigoureux leur disputent, que leur abondant feuillage sollicite pour la formation et la mise en œuvre de la sève, débilitée par une végétation trop active et trop prolongée, finissent par mourir et tomber.Leurs troncs vermoulus se décomposent, et en mêlant leurs substances au sol se trouvent à lui restituer une grande partie des éléments qu’ils en avaient tirés et qui, désormais, serviront à assurer l’existence des jeunes plants.Ajoutons que la trouée qu’ils font dans le couvert, en tombant, permet aux jeunes plants de recevoir plus de lumière, et de développer davantage leurs cimes, en un mot de montrer une recrudescence d’activité végétale.Nemo enim nostrum sibi vivit et nemo moritur, a dit saint Paul, et cette parole faite pour illustrer ce qui se passe dans les sociétés humaines peut, en vérité, trouver dans les associations d’arbres 1—Cf.Cuif.Théorie des Eclaircies. PROCÉDÉS DE CULTURE FORESTIERE 505 sa confirmation.Mais si la nature pourvoit à ce que les vieux arbres disparaissent pour assurer le complet épanouissement et le plein développement de leurs rejetons, faisant ainsi servir la mort à la vie, il lui arrive de ne pas exercer sa sollicitude au bon moment, d’agir à demi et de faire œuvre imparfaite.Ainsi les arbres vétérans ne disparaissent pas toujours assez vite pour que leurs descendants puissent bénéficier de la place qui leur est laissée.Ceux-ci, du reste, pour avoir été plus qu’il n’était nécessaire maintenus sous un couvert épais, continuent en pein soleil leur vie de langueur, tels ces enfants à qui on borde le lit trop amoureusement et trop longtemps, et qui, devenus hommes, toujours apparaissent comme enveloppés de flanelle.D’autre part, lorsque la nature suit ses caprices, ne voit-on pas que dans les peuplements mélangés les essences les plus frugales, les plus robustes, les plus prolifiques et souvent les moins précieuses soient les premières à se régénérer et finissent par étouffer les bois de valeur, comme le fit l’ivraie pour le bon grain, ainsi qu’il est dit dans l’Evangile.Et dans les peuplements purs, la mort des vieux arbres ne profite-t-elle pas souvent à ces mêmes essences, comparables pour la rapidité de développement et la puissance d’envahissement aux mauvaises herbes, qui dans nos champs font tache toujours grandissante.La nature, on le voit, lorsqu’elle agit à sa fantaisie, ne se soucie pas de respecter l’ordre établi, ou se comporte comme s’il n’existait pas, se complaisant à étaler toutes ses richesses et mettant sa prévoyance à maintenir toutes ses variétés.Aussi les traitements forestiers, que l’homme a imaginés, trouvent-ils leur raison d’être dans la nécessité d’empêcher la nature de se livrer à ses seuls caprices.S’ils sont nés d’un même principe, s’ils tendent à un même but, les traitements forestiers, pour être véritablement efficaces, pour réaliser leur fin, doivent, autant que faire se peut, s’adapter à l’état et à la composition des forêts, dans lesquelles ils sont mis en œuvre.Ce qui ne veut pas dire, comme les Américains (1) paraissent le croire, qu’ils seront nécessairement aussi nombreux que sont variées les manifestations dont la végétation est capable.Vouloir qu’il en 1—Tout particulièrement C.G.Shenck.Voir ses Baltimore Lectures on Sylviculture. 505 LA NOUVELLE-FRANCE soit ainsi, c’est, on le concevra aisément, demander au forestier qu’il ait en l’esprit une image précise et pleine de détails de toutes les forêts qu’il a pu observer, afin d’en pouvoir opposer toutes les nuances, et c’est exiger de la science qu’elle nous renseigne très exactement sur les lois auxquelles l’activité végétale et l’association des espèces sont soumises, c’est, en un mot, vouloir ce que l’observation et la science sont impuissantes à donner.Aussi bien la nomenclature des traitements forestiers est-elle courte ; ils peuvent même en effet être ramenés aux trois types principaux, que j’essaierai d’analyser.Ils ont été, à la vérité, conçus pour s’ajuster aux seules variétés de peuplement dont se préoccupe surtout le forestier les peuplements réguliers, c’est-à-dire ceux dont toutes les tiges ont sensiblement même âge, et les peuplements irréguliers qui présentent des tiges de tous âges; les peuplements purs, c’est-à-dire ceux qui ne sont composés que d’une seule essence, et les peuplements mélangés, dont la formation est due à l’association d’essences différentes.Mais, tels qu’ils sont, les traitements forestiers se prêtent encore à toutes les modifications de détail que le forestier jugera nécessaires pour leur mise en pratique.(La fin prochainement) Avila BÉDARD. l’affaire DES CAPUCINS EN LOUISIANE 507 L’AFFAIRE DES CAPUCINS EN LOUISIANE Supplément des ar.icles sur La MANIÈRE DECRIRE l’hISTOIRE AU CANADA Les travaux sur l’histoire du Canada se multiplient de nos jours.On va vite à notre époque, ce qui parfois comporte quelques inconvénients.Bien des causes délicates sont jugées d’une façon trop hâtive et en termes trop peu mésurés.C’est ainsi que les Capucins fondateurs de la mission de Louisiane nous semblent avoir été traités par certains auteurs avec une injuste sévérité.Notre opinion est qu’ils furent victimes de circonstances fâcheuses dont on leur impute bien à tort la responsabilité.Le public intelligent auquel s’adressent ces lignes pourra, pensons-nous, après les avoir lues, se former une opinion impartiale sur cette affaire.* * * L’Eglise de la Louisiane a cruellement souffert d’une faute originelle dont les conséquences déplorables se firent sentir pendant toute la durée du XVIIle siècle.Corpment un homme du mérite de Mgr de Saint-Valier put-il se rendre coupable d’une telle aberration, c’est pour nous un mystère que la mentalité gallicane et l’amour exagéré du vénérable évêque pour la gloire de son siège de Québec ne parviennent point à expliquer.Voici les faits : Ce prélat ayant appris, vers l’année 1694, que l’on venait de créer des vicariats apostoliques dans les régions récemment découvertes de la Louisiane, se hâta d’envoyer à Louis XIV une protestation contre cette salutaire mesure.Les deux principaux arguments qu’il fit valoir dans son mémoire furent d’abord, que les communications entre Québec et la Louisiane étaient des plus faciles, et ensuite, “que Sa Majesté veut des Evêchés en titre et non des Vicariats apostoliques dans la Nile France, et avec raison, puisque les Evêques 508 LA NOUVELLE-FRANCE titulaires conservent mieux les intérêts du Roi que les Vicaires apostoliques qui semblent plus attachés à ceux de Rome.” “C’est pourquoi Sa Majesté est très humblement suppliée d’ordonner que tous les missionnaires qui passeront à la Nile France prendront juridiction de l’Evêque de Québec.” “Ce qui ayant été examiné par trois Commissaires du Roi, messieurs l’Archevêque de Paris, le Confesseur du Roi, et M.le Marquis de Seignelay, ministre et secrétaire d’Etat, il a été réglé qu’on solliciterait à Rome la révocation des Vicariats apostoliques et que M.le Marquis de Seignelay écrirait pour cela de la part du Roi” (1).Tel fut l’acte déplorable qui livra pendant un siècle la Louisiane à l’abandon.Les évêques de Québec ne mirent jamais les pieds dans ce pays lointain.Bien plus, se reconnaissant incapables de le gouverner personnellement, ils le firent administrer par des Vicaires généraux nommés ad hoc et résidant à Paris.Lorsque, au commencement du dix-huitième siècle, la colonie louisianaise commença à s’établir, les Jésuites demandèrent à l’Evêque qu’il leur attribuât dans le Bas-Mississipi un district où ils travailleraient seuls, sous la direction d’un supérieur régulier qui jouirait des facultés d’un Vicaire général.Cette demande si sensée, appuyée par le ministre Pontchar-train, se heurta à un refus obstiné de Mgr de Saint-Valier.Le temps nous manque pour raconter ici les déplorables commencements de la colonie, alors que des milliers d’émigrants périrent sur les rives inhospitalières du grand fleuve, privés le plus souvent des secours de la religion.Lorsque, enfin, la Compagnie royale des Indes fut créée, 1717, une ère nouvelle commença pour la Louisiane, et l’on songea à organiser un établissement religieux dans ce pays.Les Capucins débarquèrent en 1721 à la Nile Orléans.A la suite d’une série d’arrangements pris entre Mgr de Mornay et la Compagnie et sanctionnés en 1725 par le Roi, la Louisiane fut divisée en deux districts : Haute Louisiane et missions sauvages, confiées aux Jésuites ; Basse Loui- 1—Mandements des Evêques de Québec.Vol.I.p.298. l’affaire DES CAPUCINS EN LOUISIANE 509 siane et Nile Orléans, réservées aux Capucins.II fut positivement stipulé que tout le territoire de la Basse Louisiane appartiendrait aux dits Pères Capucins, et serait administré par eux, sous l’autorité de l’Evêque de Québec, sans qu’aucun autre religieux ou prêtre séculier puisse s’y établir en dehors de leur consentement.Les choses semblaient donc réglées de façon à éviter toute possibilité de frictions.Le malheur voulut que les résultats ne correspondissent point aux espérances.L’auteur de “L’Histoire de l’Eglise au Canada” (2e partie, p.21), après avoir raconté l’établissement d’un Jésuite à la Nile Orléans à côté des Capucins, ajoute : “On avait fait promettre au P.Beaubois qu’il ne ferait aucunes fonctions ecclésiastiques sans le consentement des Capucins.C’était pousser un peu loin les précautions et les exigences.Pourrait-on raisonnablement attendre que cette condition serait toujours et inviolablement observée ?Afin de n’être pas, à la Nile Orélans, sur un pied inférieur au P.Raphaël, le P.Beaubois demanda à Mgr de St.Vallier et obtint des lettres de grand vicaire pour cette ville.C’était aggraver encore la situation : deux grands vicaires, appartenant à des ordres différents dans une petite ville où il n’y avait encore que quelques centaines d’habitants.” On le voit, l’histoire se répète ; le traité des Capucins était déchiré la même désinvolture que l’est aujourd’hui celui des pauvres Belges.On le considérait comme un simple chiffon de papier.Les Capucins protestèrent.Le résultat naturel d’un pareil sans-gêne fut un jusqu’en 1763, date de l’expulsion des Jésuites par l’impie duc de Choiseul.Pendant une trentaine d’années Québec accusa de désobéissance les Capucins.Ceux-ci tinrent bon.La cause fut portée à Rome où, selon l’usage, l’on recourut à des atermoiements, comptant les années pour calmer l’ardeur des belligérants.Nous regrettons beaucoup que l’auteur auquel nous faisons allusion (l) ait jugé à propos de publier certains documents ensevelis dans les archives qui font aussi peu d’honneur à leurs auteurs qu’à ceux contre lesquels ils sont écrits.Beaucoup des assertions malveillantes conte- 1—L’Eglise du Canada après la conquête.1ère partie, pages 323, 325, 327, 328.avec conflit de juridiction tragi-comique qui se prolongea sur 510 LA NOUVELLE-FRANCE nues dans ces documents sont, en effet, reconnues aujourd’hui comme mal fondées.Lorsque, par exemple, l’abbé de I’IsIe-Dieu, par lettre de 1769, se plaint des Capucins, lesquels n’entretiennent en Louisiane que quatre religieux, dont deux malades, pour une population de six à sept mille familles françaises, il commet, involontairement nous voujons bien le croire, une grave diffamation à notre détriment, vu que, en 1766, la colonie ne comptait en tout que cinq mille cinq cent soixante-deux habitants blancs, et un chiffre à peu près égal de noirs.Lorsque l’on affirme que, en 1777, la Louisiane dépendait encore de Québec, on commet une erreur.Lorsque l’on accuse le gouvernement espagnol de négliger, à l’instar des Capucins, les intérêts de l’Eglise catholique, on affirme une contre-vérité.La vérité la voici : dès 1772, les Espagnols, sans expulser les Capucins français que la population chérissait, leur adjoignirent des confrères espagnols sous le supérioriat du P.Cirilo de Barcelona.Bientôt après, comprenant, mieux que n’avait fait la France, la nécessité absolue de placer un évêque à la tête de cette mission, le gouvernement espagnol fit sacrer, 1781, le même P.Cirilo en qualité d’évêque auxiliaire de Cuba pour la Floride et la Louisiane avec résidence à la Nile Orléans.Enfin, douze ans plus tard, en 1793, la Louisiane était érigée en diocèse, la mission des Capucins prenait fin, et Mgr Penalver faisait, 1795, son entrée triomphale à la Nile Orléans.Depuis longtemps le pays était bien desservi.En 1781, la Louisiane comptait les paroisses ou missions suivantes : Ville de la Nile Orléans, un curé et cinq vicaires ; paroisses de Terre aux-Bœufs, de Saint-Charles, de Saint-Jean Baptiste, de Saint-Jacques, de l’Ascension, de Saint-Gabriel, de la Pointe-Coupée, Attocapas, Opelousas, Natchitoches, Natchès, Saint-Louis, Sainte-Geneviève, Saint-Bernard, soit quinze paroisses desservies par dix-neuf prêtres.On le voit, les Capucins n’ont pas à rougir de leur œuvre en Louisiane.* ** Ces misères auxquelles nous venons de faire allusion sont devenues, l’antèchrist 511 grâces à Dieu, une chose du passé.Rome, instruite par une cruelle expérience, à compris qu’une mission, pour prospérer, avait besoin d’autonomie; et, lorsqu’elle confie un nouveau territoire à une Congrégation religieuse, elle lui en laisse, d’ordinaire, la libre et pleine responsabilité.C’est ainsi que les Capucins, en date du 1er janvier 1916, possèdent quarante-quatre missions répandues dans les cinq parties du monde.Ces missions comptent 1,292,787 chrétiens, dirigés par mille cinquante-neuf missionnaires.A leur tête sont seize évêques, dix préfets apostoliques et dix-huit supérieurs réguliers, tous capucins.Un tel état de choses semble donner complète satisfaction.L’Eglise enseigne que la vocation aux missions est une vocation héroïque.Est-ce à dire que tous les missionnaires soient des héros?Non.Quelques uns, bien rares, succombent sous le poids trop lourd qu’ils ont imprudemment placé sur leurs épaules.Laissons aux ennemis le soin de divulguer leurs fautes.Quant à nous, dont les mains débiles ne peuvent remuer de tels fardeaux, respectons du moins les missionnaires, et gardons-nous de prendre avec eux un ton de supériorité dédaigneuse.Fr.Alexis, cap.1/ANTÉCHRIST (Suite) III.—PRODROMES DE L’ANTÉCHRIST PERSONNEL Dieu punit généralement l’orgueil de l’esprit par les ignominies de la chair.L’orgueil satanique dont nous venons de parler, devait conduire à la corruption sans frein.L’Antéchrist sera le plus corrompu des hommes, parce qu’il sera le plus orgueilleux.Le prophète Daniel nous dit “qu’il aura la passion des femmes” (XI, 37).Corrompu jusqu’à la moelle des os, il s’efforcera de corrompre et d’éteindre dans la boue le flambeau de la foi.Arrêtons-nous un moment pour sonder une autre plaie contemporaine. 512 LA NOUVELLE-FRANCE Vraiment, en voyant la campagne de corruption entreprise et poursuivie par la franc-maçonnerie, on est tenté d’y voir le dernier prodrome de 'Thomme de péché”.La secte veut corrompre et ne s’en cache pas.Nous avons cité plus haut le programme de corruption, et le mot d’ordre donné à tous les francs-maçons.Par quels moyens arriver à la corruption universelle ?Les instructions de la haute Vente les indiquent ainsi que le Manuel maçonnique : “ II faut répandre partout des livres qui contiennent une forte dose d’immoralité.II faut multiplier les théâtres qui font applaudir des turpitudes.Des sociétés s’appliqueront à donner des représentations, surtout la nuit, pour exciter les passions.” (Manuel maçonn.) Jetez maintenant un regard sur le monde, et en particulier sur notre ville, et dites-moi : le programme a-t-il été suivi ?Nous avons partout des pourvoyeurs de mauvais théâtres et de poisons littéraires.Chaque année, chaque mois, on voit grandir le nombre des théâtres qui font applaudir des turpitudes ! N’est-ce pas la poussée maçonnique qui a causé cette frénésie, cet engouement, cette fureur, pour les vues animées et les représentations malsaines du théâtre ?N’est-ce pas son souffle empesté qui les fait germer et croître comme les microbes se multiplient dans l’incubation épidémique ?Toutes les ordures littéraires des romanciers, toutes les putréfactions du théâtre français, tout le détritus des écrivailleurs, qui, font des passions les plus ignobles l’objet de spéculations lucratives, sont colportés sur nos bords par les apostats de la morale.Et quand un homme d’honneur ose se lever, pour opposer une digue à cette marée d’immoralité qui monte sans cesse et menace de nous submerger, les empoisonneurs publics et les assassins de l’innocence trouvent toujours des défenseurs.Ne sommes-nous pas arrivés au degré de corruption qui doit précéder l’avènement du dernier ennemi de Dieu ?Le missionnaire de satan encore caché ne travaille-t-il pas déjà par ses suppôts à ravir au divin moissonneur les restes de la moisson ?“ Il faut, dit saint Paul, que le mystère d’iniquité se manifeste ”.Alors on verra paraître l’homme du péché, l’adversaire du Christ, que le Seigneur Jésus tuera du souffle de sa bouche” (2 Thess.IL 3). l’ANTÉCHRIST 513 La corruption n’est-elle pas le mystère d’iniquité ?Le grand obstacle au flot de la corruption et de l’iniquité, c’est la croyance en Dieu, et la foi à l’au-delà.Quand la pensée de Dieu et de l’éternité se dresse au seuil de la conscience du pécheur, il s’arrête, il hélsite, souvent il recule tremblant et s’efforce de remonter le courant des passions.Pour corrompre d’une manière efficace et permanente, il fallait jeter contre les lumières accusatrices de la foi tous les nuages des passions ; il fallait mêler des erreurs aux vérités dogmatiques, inspirer des doutes, puis nier catégoriquement les dogmes.Et c’est l’œuvre de la secte.Elle souffle partout une tempête de scepticisme railleur, de négations, pour battre en brèche les dogmes catholiques, anéantir la foi et corrompre ensuite à loisir.Car on ne peut ébranler les dogmes, sans produire, par un contrecoup inévitable, une perturbation égale dans la morale ; et la corruption morale achève de renverser l’édifice.Quand on enlève les grands principes qui servent de bases à la conscience, la conscience incline bientôt la tête et l’âme humaine s’abîme dans l’animalité.De là cette corruption affreuse qui submerge en ce moment le monde.Pourquoi voit-on ces multitudes enlisées dans la fange, au bord du fleuve des passions ?C’est que la foi est presque éteinte en elles.L’orgueil satanique a tout nié.11 a ravagé tous les enseignements divins, détruit toutes les institutions chrétiennes ; il a fait de toutes ces ruines un piédestal pour escalader le ciel et détrôner Dieu.L’âme humaine, emportée par les débris des dogmes qu’elle a ébranlés et renversés, roule dans toutes les ignominies.Pascal a dit : “ L’homme n’est ni ange ni bête ; celui qui veut faire l’ange, fait la bête ”.Ne pouvons-nous pas dire que l’orgueilleux qui veut se faire dieu devient pourceau ?LE PLAISIR ET LE SPIRITISME, PRODROMES DE l’ANTECHRIST L’homme est créé pour la félicité et ne peut s’en passer.C’est une nécessité inhérente à sa nature.S’il renonce à Dieu et à la félicité du ciel, il cherche un bonheur terrestre.II se parque dans 514 LA NOUVELLE-FRANCE la région du temps et y cherche une pâture à ses passions.II tâche d’étancher sa soif aux sources du monde.II demande à la terre ses richesses et ses amusements, et, bientôt ne regarde plus au delà des horizons de la vie présente.II cherche le paradis sur la terre ! Or, l’Esprit Saint nous dit que telles seront les dispositions de la plupart des hommes, quand l’Antéchrist fera son apparition.“ Comme au temps de Noé, les hommes emportés par l’esprit de vertige, mangeront, boiront, contracteront des alliances, vendront, achèteront, s’amuseront jusqu’à ce qu’ils soient surpris par la catastrophe finale ” (Luc VII, 28).Eh bien ! ne sont-ce pas là les dispositions de l’humanité contemporaine ?Est-ce que la jouissance, les amusements, les plaisirs ne sont pas le but où tendent toutes les aspirations du monde moderne ?Comme l’impie dont parle le livre de la Sagesse, l’homme de ce siècle a dit : “ La vie présente n’est qu’une ombre qui passe, et il n’y a pas de vie au-delà du temps.Venez, jouissons des biens présents ! Hâtons-nous ! Enivrons-nous des vins les plus exquis, oignons-nous de parfums, cueillons les fleurs de la vie, avant qu’elles ne soient flétries.Couronnons-nous de roses, et laissons, dans tous les prés, des traces de nos amusements ” (Sap.II, 6).Néron, Dèce, Maximin, Dioclétien, Julien l’Apostat, et tous les anciens persécuteurs ne rêvaient que les plaisirs sensuels : les anté-christs contemporains qui persécutent les fidèles du Seigneur suivent tous les courants des passions ; ils prêchent la doctrine du plaisir et mènent une vie sardanapalesque.Et la masse de l’humanité se courbe à tous les souffles de l’égoïsme.Les peuples enivrés ont je ne sais quel vertige.Les croyances à l’au-delà s’obscurcissent, les trônes chancellent, les monarchies craquent, les nations avachies, par le sensualisme, ne demandent plus, comme l’ancienne Rome, que du pain et des spectacles.Donc, la foi pratique s’en va.Elle subit une baisse, à mesure que le thermomètre du plaisir monte.La vie naturelle remplace la vie chrétienne.Ne sommes-nous pas arrivés aux temps auxquels le Sauveur faisait allusion, quand il disait : l’antéchrist 515 “ Quand le fils de l’homme reviendra, pensez-vous qu’il retrouvera un reste de foi sur la terre ?” (Luc XVIII, 8) Sans doute, il y a encore aujourd’hui un bon nombre de saintes âmes en qui la foi et la charité sont vivantes, et qui ne prennent aucune part aux désordres du siècle ; mais ces vrais chrétiens, qui ne fléchissent pas le genou devant Baal, sont peu nombreux, si on les considère en face des multitudes qui se prosternent devant l’idole du plaisir.Un autre prodrome de l’Antéchrist, c’est le spiritisme.“ Cet impie, dit saint Paul, doit venir accompagné de la puissance de satan, avec toutes sortes de miracles et de prodiges menteurs, avec toutes les illusions qui peuvent porter à l’iniquité ceux qui périssent, parce qu’ils n’ont pas reçu et aimé la vérité pour être sauvés.C’est pourquoi Dieu leur enverra des illusions si efficaces qu’ils croiront au mensonge, afin que ceux qui ont consenti à l’iniquité soient condamnés ” (2 Thess.II, 10, 11).Ces paroles de l’apôtre disent assez clairement que l’intervention des mauvais esprits jouera un grand rôle, au temps de l’Antéchrist.Le spiritisme sera un des grands agents pour conduire à l’apostasie de la foi.Les hommes trompés par les esprits de mensonge, ne “ supporteront plus la saine doctrine, et, pressés de désirs insensés, et par la démangeaison maladive d’entendre des maîtres qui flattent leurs oreilles, ils fuiront la vérité et chercheront des fables ” (2 Tim.IV, & 4).Et quelle sera la conséquence ?“ Ils croiront aux esprits d’erreur, et à la doctrine des démons Le spiritisme conduit naturellement à la perte de la foi et au paganisme.Nous avons dit qu’au temps de l’Antéchrist, le démon déchaîné fera la lutte suprême, pour saisir, dans ses filets, les derniers voyageurs de la caravane humaine, aux abords de l’éternité.Le Sauveur lui-même nous a prédit cette recrudescence de l’action satanique, à la fin des temps.“ II s’élèvera alors de faux christs, de faux prophètes, qui feront des signes éclatants, et des prodiges, si bien que les élus eux-mêmes seraient induits en erreur, si cela était possible.Je vous I ai dit d’avance ” (Math.XXIV). 516 LA NOUVELLE-FRANCE Depuis la venue de Jésus-Christ, satan était enchaîné par Faction bienfaisante de la foi chrétienne.Pour punir les hommes qui ont rejeté la vérité “ pour croire à des fables ”, Dieu envoie aux hommes des illusions qui les portent au mensonge ”, c’est-à-dire, Dieu, par voie de punition, leur retire les lumières qui les préservaient autrefois des illusions, et la conséquence de cette soustraction de la grâce, c’est qu’ils sont victimes des illusions diaboliques.Or, si nous regardons attentivement la société contemporaine, il est impossible de ne pas se dire : nous sommes arrivés aux temps épouvantables prédits par l’apôtre.Une multitude innombrable “ écoute les esprits d’erreur et la doctrine des démons ”.Sans doute, le spiritisme est de tous les temps.Il était avec les évocateurs que Dieu frappait de ses anathèmes, dans la loi ancienne (Levit.XXII).II était avec les pythonisses et les oracles de Delphes et de Dodone.II était avec Simon le mage, avec les convulsionnaires Jansénistes, au cimetière de Saint-Médard ; il était avec les sorciers du Moyen-Age, avec les Fakirs de l’Inde, et les jongleurs du Canada ; il était avec Victor Hugo, évoquant l’âme de sa fille Léopoldine, sur les rochers de Jersey ; il était avec Douglas Home, dans sa tournée mondiale.Depuis un demi siècle, l’erreur spirite a fait le tour du monde, comme une épidémie infernale.Partie des Etats-Unis, elle a passé en Europe, en Asie, en Afrique, en Australie, au Canada,et fait en core, tous les jours, des victimes innombrables.Le spiritisme était la plus grande attraction à Paris, à l’Exposition de 1900.Qu’est-ce que le spiritisme ?“ Le spiritisme est un ensemble de pratiques ayant pour objet de mettre en relation les êtres du monde visible avec les esprits ou êtres du monde invisible, afin d’en obtenir des phénomènes extraordinaires et des révélations.“ L’imposition des mains sur des objets matériels, des évocations orales ou mentales, produisent ces phénomènes et ces révélations.Les tables, les guéridons, les fauteuils, les chaises, les meubles, les corbeilles, les chapeaux, se livrent à des mouvements désordonnés, paraissent s’animer de passions diverses, tressaillent comme s’ils éprouvaient de la joie, menacent et bondissent comme s’ils étaient l’ ANTÉCHRIST 517 ivres de colère, parlent au moyen de signes conventionnels, écrivent des réponses intelligentes.“ Ou bien des femmes et des enfants s’abandonnent à une force mystérieuse, laissant courir, sur le papier, une plume rapide, qui révèle en diverses langues, inconnues quelquefois à toute l’assemblée, en caractères variés, selon les divers esprits qui se mettent en scène, les mystères du monde invisible et de la vie future, les événements qui se passent à distance, les secrets de l’avenir, la cause cachée des maladies, les pensées intimes des spectateurs.Les esprits récréent les yeux, et les oreilles, par des paysages, des charges, des portraits, des concerts ; mais quelques fois, ils effraient par des lumières, des flammes, des mains mystérieuses, des fantômes, des détonations, des bruits terribles.Voilà la merveille du dix-neuvième siècle ” (Monsabré, Introd.au dogme).Et ces pratiques et ces phénomènes ne sont pas des choses d’antan, des vieilleries démodées.Le spiritisme est encore à l’ordre du jour.II a des millions d’adeptes.Les Etats-Unis comptent quarante mille médiums qui sont les prêtres de cette secte dont le dogme principal est l’évocation des morts.Quel est l’enseignement de la religion spirite ?Le contre-pied des enseignements de la foi.“ Le spiritisme enseigne que les âmes des défunts nous environnent sans cesse, et désirent d’entrer avec nous dans les rapports les plus intimes ; “ que les habitants de la patrie céleste sont toujours prêts à répondre à notre appel, pour nous enseigner les vérités éternelles, et que Dieu les envoie à nous pour cela ; “ que Jésus-Christ n’est pas Dieu, que l’enfer n’est pas éternel ; que les hommes ne meurent qu’en apparence, et qu’ils passent, en quittant notre monde, de sphères en sphère:, où ils jouissent d’un bonheur parfait ; “ que dans ces sphères apirituelles, ce ne sont que concerts, que festins, bals, fêtes à grandes toilettes ; “ que tous les hommes bons et méchants, sont heureux dans l’autre vie ; que les animaux mêmes sont immortels, et vivent avec leurs maîtres et leurs maîtresses, dans une communauté de bonheur ! II n’y a guère que Dieu dont il ne soit pas question ” (Dictionnaire de la conversation). 518 LA NOUVELLE-FRANCE On le voit, l’épidémie de spiritisme qui ravage en ce moment le monde des âmes, est bien, avec le sensualisme, le prodrome de “ l’homme de péché,” et l’acheminement vers la perte de la foi.IV.—L’Antéchrist personnel Mais tous les ennemis de Dieu, tous les adversaires du Christ dont nous avons parlé ne sont que les avant coureurs de l’Antéchrist proprement dit.La tradition catholique, d’accord avec les révélations des Livres Saints, affirme qu’à la fin des temps l’antichristianisme paraîtra dans une personnalité vivante, immédiatement avant le second avènement de Jésus-Christ : ce sera l’Antéchrist par excellence.II concentrera en lui tout ce que le monde a renfermé d’antichrétien depuis l’origine du christianisme.Quel sera .ce personnage épouvantable ?Sera-t-il un homme ?un démon?une incarnation démoniaque ?Un bon nombre d’auteurs du Moyen-Age, plus attentifs à certaines croyances populaires qu’aux enseignements théologiques, ont affirmé que l’Antéchrist aura pour mère une femme très méchante, et pour père un démon.Ils ont prêté à satan mille aventures érotiques qui seraient mieux placées dans un roman.Sans vouloir excuser le diable pour ses méfaits, je suis persuadé qu’on l’a souvent calomnié et accusé d’alliances monstrueuses dont il était innocent.Ce grand révolté n’est pas libre de se mêler, comme il le voudrait, à la vie domestique.Il ne peut se montrer à son gré.Et, d’ailleurs, précisément parcequ’il n’est pas un sot, il comprend qu’il est pour nous une mauvaise compagnie, que nous le craignons, et qu’il a tout à gagner à garder l’incognito.L’hypothèse de cette généalogie diabolique est contraire à la saine théologie.“II est certain, dit Suarez, il est même de foi (defide), que l’Antéchrist n’est pas seulement une collectivité d’ennemis de Dieu, un personnage historique, mais une personne vivante, un être humain véritable”.Le docteur angélique est du même avis : “Comme la plénitude de la divinité habitait dans le Christ, la plénitude de la malice habitera dans l’Antéchrist.Il ne faut pas dire cependant que son humanité sera élevée par le diable à cette incarnation de malice, comme l’ ANTE CHRIST 519 l’humanité a été élevée à la divinité dans le Christ.Nous disons seulement que le diable manifestera sa malice infernale, d’une nière plus complète (eminentius), et qu’il lui insufflera ses pensées criminelles plus qu’à tout autre mortel” (III q.8, 28).D’après la doctrine du même auteur, le démon peut produire dans l’organisme humain des mouvements, des impressions, mais il ne peut faire les actes vitaux.Comme notre âme ne peut absolument rien hors du composé qu’elle informe, satan ne peut produire les opérations de la vie, dans un principe vital étranger.L’influx vital vient nécessairement, ou de l’être qui en est le théâtre, ou de l’Auteur de la vie.Or, la transmission de la vie est un acte vital.Satan ne peut donc pas être père de l’Antéchrist, qui sera un être humain véritable.Tout ee que nous pouvons affirmer, avec saint Thomas, c’est que le diable quintessenciera, dans ce type vivant de malice, tous les desseins criminels qu’il a formés contre l’homme, depuis son premier coup de jarnac dans le paradis terrestre.II lui inspirera le dessein d’anéantir l’Eglise et le christianisme, et de faire disparaître du monde les derniers vestiges du culte véritable.Cet apôtre de satan, le plus criminel et le plus méchant de tous, sera comme la dernière explosion de l’antichristianisme, et de ce que saint Paul appelle “l’apostasie”, “le mystère d’iniquité” (2 Thess.II).D’après l’enseignement des Pères, il sera comme l’héritier universel de toutes les haines, de tous les complots sataniques dirigés contre l’Eglise dans le cours des siècles.II portera dans son cœur les fureurs de tous les hérétiques.II ne sera pas un démon : il sera mieux que cela : il sera un homme parfaitement docile aux volontés du démon, qui lui insufflera son zèle infernal.Quelques écrivains, pour mieux mettre en lumière la difformité morale de l’Antéchrist, et mieux vérifier l’horoscope que les Pères ont faite de lui, ont dit : “Qu’il sera pétri de vices et d’ignobles passions” ; “qu’il grandira dans l’iniquité et la corruption”; “que le démon couvrira de son ombre infernale le fils de perdition, comme I’Exprit Saint couvrit la Vierge de son ombre”; “que satan formera cet homme de péché dans le sein de sa mère, comme Dieu a formé le corps divin de Jésus, dans le ma- 520 LA NOUVELLE-FRANCE sein virginal” ; “qu’il aura dès son bas âge tous les penchants mau-qu’il s’abandonnera de bonne heure à tous les vices” ; “que vais;” “ le démon, son maître, en formera de bonne heure un élève digne de lui”; “qu’il aura toutes laideurs physiques et morales” Loin de moi la pensée de débarbouiller la figure sinistre de cet “homme de péché”.Le prophète Daniel nous dit clairement qu’il sera corrompu.Mais quel fondement trouve-t-on, dans l’Ecriture, des autres affirmations que je viens d’énoncer?Quel prophète a jamais dit qu’il sera physiquement laid?qu’il s’abandonnera de bonne heure à tous les vices?En voulant charger, outre mesure, le dossier déjà si lourd du “fils de perdition”, ne rend-t-on pas sa mission invraisemblable?Ce plébéien, d’abord inconnu, devra conquérir le monde en trois ans et demi, d’après Daniel (XII).Or, comment un personnage qui aurait toutes les laideurs physiques et morales pourrait-il séduire les multitudes, et se faire recevoir pour l’envoyé du Dieu trois fois saint?Cela est-il vraisemblable ?Il vaut mieux dire que ce suppôt de satan sera un hypocrite consommé dant l’art de feindre et qu’il séduira les fidèles, par l’apparence de la piété, par l’horreur qu’il montrera extérieurement pour tout ce que la loi prohibe.Quand il se sera emparé des multitudes, quand la nation juive, qui rêve encore un messie conquérant, aura vu ses conquêtes, ses prodiges, et se mettra à sa suite, il jettera le masque et se fera adorer lui-même, comme le Dieu véritable.Si on considère la mission que l’Antéchrist doit remplir, à la lumière des textes de l’Ecriture, on peut affirmer, sans crainte d’erreur, que cet hypocrite aura un esprit pénétrant; qu’il sera au courant de toutes les sciences humaines; qu’il connaîtra les lois mystérieuses qui régissent la matière, qu’il joindra à une science prodigieuse et aux éclairs du génie, toutes les ruses et les séductions de la magie.“Il viendra, dit i’apôtre, accompagné de la puissance de satan, avec toutes sortes de miracles et de prodiges menteurs, avec toutes les illusions qui peuvent porter à l’erreur et à l’iniquité ceux qui périssent” (2 Thess.II).Quels seront ces prodiges menteurs?II est certain que le miracle l’ante CHRIST 521 véritable suppose une intervention divine.L’Auteur de la nature peut seul en suspendre les lois.Mais Dieu peut communiquer le don des miracles à des créatures, et même aux réprouvés, comme l’Evangile l’atteste (Math.VII, 22).L’Antéchrist pourra donc opérer de vrais miracles dans le but de tromper.II est probable, cependant, que les prodiges dont parle saint Paul ne seront que des prestiges diaboliques, des incantations magiques.Il fera jouer toutes les forces mystérieuses de la nature, les influences magnétiques, électriques, physiologiques, psychiques, et toutes les ruses de satan.Quels seront ces prestiges?L’Ecriture signale trois des prodiges opérés par l’antagoniste du Christ : Il fera descendre le feu du ciel (Apoc.XIII).II animera et fera parler l’image de la “bête”.(Apoc.XIII.15) II simulera une résurrection (Apoc.XIII.3.4.).Saint Hippolyte, dans son ouvrage sur l’Antéchrist, nous dit que le séducteur contrefera en tout le Fils de Dieu : “Le Sauveur, dit-il, fut un agneau : l’Antéchrist aura des dehors de l’agneau et sera loup dévorant”.“Le Christ est Roi: l’Antéchrist le sera”.“Le Sauveur, descendant en ce monde, fut soumis à la circoncision : l’Antéchrist sera circoncis.” “Le Seigneur a envoyé ses apôtres pour parcourir le monde : l’Antéchrist enverra ses pseudo-apôtres dans tout l’univers.” “Le Sauveur a réuni dans le bercail ses brebis dispersées : l’Antéchrist rassemblera le peuple Juif dispersé”.“Le Seigneur a donné à ses fidèles un signe, celui de la croix : L’Antéchrist aura un signe que tous les siens devront porter, dans la main droite ou sur le front.” “Le Sauveur est venu sous la forme humaine: l’Antéchrist sera un homme véritable.” “Le Sauveur, par sa résurrection, a réédifié le temple de l’ancienne loi : l’Antéchrist relèvera de ses ruines le temple matériel de Jérusalem”.“Le Christ a fait des miracles: il en fera” (De Antechristo.7).Ainsi, d’après le saint évêque, entre le Christ et son contrefacteur 522 LA NOUVELLE-FRANCE satanique, il y a un parallélisme parfait.L’homme de péché singera le Saint par excellence.On peut conjecturer, d’après les textes de l’Ecriture, que ce singe infernal imitera, par ses prestiges, les miracles du Sauveur, comme les Mages de Pharaon imitaient les merveilles opérées par Moïse.Il guérira les malades, fera parler les muets, entendre les sourds, marcher les paralytiques, révélera même, jusqu’à un certain point, les pensées etc.Il pourra faire ce que fait satan qui lui prêtera sa puissance.Or, le démon pénètre nos organes, voit tous les phantasmes qui passent dans notre imagination.Et, comme les phantasmes sont le point de départ de nos pensées, l’image sensible de nos concepts intellectuels, il pourra arriver du phantasme à l’idée, et lire indirectement les pensées, comme on voit un objet reflété dans un miroir.Et par cette ruse, il fera croire aux multitudes qu’il pénètre, comme Jésus-Christ, tous les secrets des cœurs.T.L., s.j.(A suivre) PAGES ROMAINES Protestation du Vatican à propos de la prise de possession du Palais de Venise.—Les droits d’outre-mer de l’Italie.A l’encontre d’un trop grand nombre de catholiques libéraux qui se sont empressés d’approuver l’acte du gouvernement italien dépossédant l’Autriche du Palais de Venise, résidence de l’ambassade austro-hongroise près le Saint Siège, le Vatican, qui a vu dans le décret du Lieutenant Général une atteinte à ses droits, a fait la protestation suivante auprès de tous les gouvernements avec lesquels il entretient des rapports officiels : "Le soussigné, Secrétaire d’Etat de Sa Sainteté, se permet d’attirer l’attention de Votre Excellence sur le décret par lequel le gouvernement royal d’Italie a décidé qu’à dater du jour de sa promulgation, (25 août 1916), le Palais de Venise à Rome devenait la propriété de l’Etat.La polémique qui, dans les jours précédents, s’ctait faite à ce sujet, dans les divers organes de la presse, avec l’approbation du gouvernement, puisque, pouvant l’empêcher il l’avait laissée se développer, faisait prévoir cette grave mesure.Ce fut seulement le 26 août, vers 10 heures du matin, que le Saint Père, par les soins du gouvernement italien, fut informé de la chose qui, devenue désormais un fait accompli, suscita aussitôt ses protestations.“Le Saint Siège n’a pas l’intention d’examiner si les motifs allégués par le décret suffisent à justifier la prise de possession du Palais de Venise, tant au point de vue des lois de la morale que des accords qui régissent le droit international.Il s’abstient également de juger s’il est prudent, en l’état des choses, de prendre une mesure qui peut provoquer de graves représailles de la part de l’adversaire, et s’il est de bonne politique de faire un acte qui peut porter atteinte au bon renom de l’Italie dans les esprits pacifiques et impartiaux des hommes 523 PAGES ROMAINES de tous pays, non moins qu'aux yeux de l’histoire.Mais le Saint-Siège ne saurait passer sous silence une mesure qui est par elle-même une violation de ses droits les plus sacrés.“En effet, en fait, le Palais de Venise est la résidence habituelle de l’ambassadeur de Sa Majesté Impériale et Royale près le Saint Siège; son absence momentanée, motivée par les circonstances anormales créées par l’état de guerre, ne saurait lui enlever ce caractère.Au reste, le gouvernement italien lui-même considère le représentant austro-hongrois près le Saint Siège comme encore en possession de sa charge et dans l’exercice effectif de sa mission diplomatique, puisqu’il déclara lui-même publiquement que l’ambassadeur d’Autriche-Hongrie, non moins que les Ministres de Bavière et de Prusse pouvaient rester à Rome, en toute liberté et sécurité, et qu’il déclinait toute responsabilité en ce qui touchait leur absence temporaire qui ne dépendait que de la volonté expresse de leurs gouvernements respectifs.Cette prise de possession de la résidence du représentant d’une puissance étrangère près de la Papauté est donc une offense au Saint-Siège, une violation de son droit d’avoir des ambassadeurs accrédités auprès de lui, droit que lui reconnaît la loi du 13 mai 1871.C’est contre cet acte qui est un nouveau témoignage des conditions anormales faites au Saint Siège que le Cardinal soussigné, par ordre de Sa Sainteté, doit élever une formelle et solennelle protestation, en priant Votre Excellence de la porter à la connaissance de son gouvernement, dans l’espoir qu’il voudra bien attirer l’attention du gouvernement italien sur l’irrégularité de sa manière d’agir et sur la nécessité de modifier son attitude en cette affaire.” Naturellement la protestation du Vatican a été discutée par la presse libérale qui, dans l’ensemble, s’en est rapidement consolée en constatant que, pour la première fois depuis 1870, la Papauté a appuyé sa réclamation sur la fameuse loi des Garanties, ce en quoi elle a cru voir, de la part de Benoît XV, l’acceptation d’une loi que ses prédécesseurs n’avaient jamais voulu reconnaître, comme si réfuter les prétentions d’un adversaire, en lui empruntant les seuls arguments qu’il admet, c’était en reconnaître soi-même la légitimité !.Le Palais de Venise, transformé en musée national, va recevoir dans ses vastes salles toute la collection d’art antique qui se trouvait jusqu’à ces jours au palais Corsini, non moins que les autres collections de céramique, d’ivoires, de bois sculptés, d’armes anciennes, de verres, de fers battus transportés, il y a quelques années, au Chateau Saint-Ange.Une exposition topographique de tous les monuments de Rome s’ajoutera à toutes ces richesses.* * Mais si vaste que soit le vieux palais vénitien, il est loin de satisfaire les désirs qui animent l’âme italienne dans cette guerre qui, de prime abord, ne semblait avoir été entreprise que pour étendre les frontières de l’Italie jusqu’à ses limites naturelles.Depuis juillet dernier, une campagne de presse, qui a pour sujet “les droits d’outre-mer de l’Italie”, prépare les futures revendications que le gouvernement royal fera au Congrès de la paix.Ces droits d’outre-mer inconnus jusqu’à maintenant s’étendent sur l’Afrique et l’Asie, et paraissent être l’écho de la voix de l’ouvrier de la onzième heure réclamant le même salaire que celui de l’ouvrier de la première.Oubliant les travaux et sacrifices que depuis si longtemps la France et l’Angleterre s’imposèrent pour se constituer un empire colonial, l’Italie, qui, jusqu’en ces derniers temps, n’eut point de politique coloniale, expose la situation des immense territoires possédés par les Anglais et les Français en Afrique et, les mettant en regard de ceux qu’elle occupe, elle se déclare lésée par leur disproportion.Au début de la guerre, dit-elle, la France possédait en Afrique 9 millions 772 mille kilomètres carrés entre ses colonies proprement dites et ses zones d’influence; l’Angleterre, 9 millions 640 mille kilomètres carrés; mais cette étendue moins vaste est beaucoup plus pruplée et d’une valeur économique plus grande Chacune de ces deux puissances avait donc une superficie plus grande que l’Eu- 524 LA NOUVELLE-FRANCE rope, environ 35 fois ia surface de l’Italie.Or, à cet immense empire colonial, par suite de la guerre, sont venus s’ajouter les 2 millions 427 mille kilomètres carrés des colonies allemandes qui ont été conquises, ce qui fait environ 22 millions de kilomètres carrés sur 29 millions qui formant la superficie de l’Afrique entière- De ce fait, la France a la prédominance de la Méditerranée occidentale et de l’Atlantique, l’Angleterre celle des mers du sud et de l’est de l’Afrique.Il en résulte de tels avantages géographiques, économiques, politiques, que l’Italie a droit de revendiquer des compensations.En vain, objectera-t-on, continue la presse italienne, que l’Italie va s’agrandir en Europe, puisque la France espère, elle aussi, reprendre l’Alsace-Lorraine ; que les colonies allemandes étaient conquises, lorsque l’Italie s’est associée à la guerre, puisque cette conquête, d’après le sentiment italien, n’aurait pas demandé de grands sacrifices, les Australiens ayant occupé presque sans coup férir les pays de protectorat allemand sur la côte du Pacifique, les Anglo-Français n’ayant eu à lutter pour s’emparer du Togo, un tiers plus grand que l’Italie, que contre 400 hommes mal armés, etc.Le programme minimum que l’Italie peut exposer en ce qui touche à ses compensations africaines est une rectification des frontières de la Tripolitaine et de la Cyrénaïque, la cession de la vallée de Giuba, la rectification des frontières méridionales de l’Ethiopie, de la Somalie anglaise et française, ce qui ne ferait environ que 250,000 kilomètres carrés, avec une population d’un peu plus d’un demi million d’indigènes.Cela peut-il se comparer aux immenses possessions anglo-françaises?.Voilà pour l’Afrique.En ce qui touche aux compensations asiatiques, les aspirations italiennes sont encore incertaines sur leur étendue ou mieux sur leur délimitation.Tout le monde est d’accord sur la possession du territoire qui s’étend de Smyrne jusqu’à Mersina; mais, tandis que les uns veulent que ces deux points servent de limites, les autres demandent que l’extension du territoire se fasse jusqu’à Alexandrette; d’autres aspirent à s’emparer de tout le rivage asiatique qui va de Smyrne aux Dardanelles, à la Mer de Marmara, jusqu’au Bosphore.Les ambitions qui ont pour objet Alexandrette s’appuient sur les avantages économiques qui en résulteraient; celles qui visent les Dardanelles ne sont inspirées que par la politique.Avec Alexandrette, c’est la pénétration directe de l'Orient.L’Anatolie, comme il suffit de s’en convaincre par une simple vue sur la carte, de par sa position de péninsule dans la Méditerranée, est encore la grande zone du transit terrestre entre l’Europe et l’Asie, parceque ses lignes ferrées, jusqu’à maintenant, ne desservent pas les côtes.Si donc Alexandrette, qui est à la base de la péninsule, était transformée en un centre de trafic, si son port était modernisé, si on la réunissait, (150 kil.à vol d’oiseau) de la ligne ferrée Bagdad-Bahn au bassin de l’Euphrate, ce qui la mettrait encore en communication avec la vallée du Tigre, elle Orient, ce qui lui donnerait une importance capitale.Et de même que Suez est la porte maritime de l’Orient, Beyrouth la porte terrestre de l’Arabie, Alexandrette serait le port naturel de la Mésopotamie et du Golfe Persique.Que Alexandriette soit, au contraire, donnée à l’Angleterre déjà maîtresse de la Mésopotamie, de Chypre qui commande le golfe d’Alexandrette, de l’Egypte, etc., elle aura le monopole absolu de toutes les routes de l’Orient.Les politiques demandent l’extension des futures possession italiennes de Smyrne au Bosphore, c’est-à-dire le condominium des détroits, ce qui serait, dit la presse italienne, le meilleur moyen d’écarter toute rivalité entre les vainqueurs (!) La phrase mérite d’être citée : “Il cbe puo significare una soluzione dove, più del nostro interesse o del nostro diritto avrebbe peso l’opportunità di un equilibriojra gli alleati vincitori (Idea Nazionale, 6 septembre 1916.) Mais en acceptant un tel condominium, qui ne lui donnerait pas les avantages économiques d’AIexandrette, il faudrait une autre compensation !.deviendrait le débouché de tout ce riche 525 PAGES ROMAINES Reste VExtrême-Orient, et l’Italie espère bien que, désormais, elle y aura une part, puisque les autres puissances ont la leur.La première tentative de pénétration en Chine que fit l’Italie eut lieu l’année de la malheureuse bataille de Lissa, ce qui la voua à l’insuccès.L’ultimatum qu’elle adressa à l’empire chinois à l’occasion de l’affaire de Sammum resta même sans réponse, et l’Italie fut le seule puissance à laquelle la Chine refusa une concession territoriale.Dans la repression de la révolte des Boxers à laquelle elle s’associa, elle n’obtint que Tien-tsin, ce qui ne pouvait être comparé aux avantages obtenus par les autres nations.Et cependant l’Italie a plus de 200 missionnaires dans les provinces chinoises, de nombreux et puissants commerçants dans les principaux ports, des maisons de bienfaisance : n’est-il pas juste qu’elle puisse exercer des droits là où elle possède tant d’intérêts! L’accord russo-japonais de juillet 1916 ouvre une èie nouvelle pour la question de l’Extrême-Orient.Aux vieilles rivalités de la Russie et du Japon succède maintenant un accord d’influences dont la prédominance est laissée au Japon, la Russie comme l’Angleterre s’orientant ailleurs.L’Allemagne a été brusquement rejetée de sa possession de Kiao-Ciao, et les Etats Unis subissent les eff de leur neutralité, qui sont de ne plus pouvoir désormais disputer la prépondérance du Japon en Chine que par la puissance de leurs armes.Or, du moment que l’accord de juillet 1916 par deux puissances se garantissant mutuellement leur aide, si une nation quelconque ayant des vues ambitieuses venait essayer de porter atteinte à leurs intérêts en Chine, n’est-il pas juste que dans le congrès qui liquidera toutes les affaires internationales, l’Italie se mette en garde contre un avenir qui l’évincerait pour longtemps de l’Extrême-Orient ?Telles sont les questions dont s’occupe depuis plusieurs mois la presse italienne.en cela, certainement, encouragée par le gouvernement, pour que, au jour venu, les diplomates aient une puissance de conviction plus grande, quand ils se sentiront soutenus par toute la force de l’opinion d’une nation.Don-Paolo Agosto.ets BIBLIOGRAPHIE CANADIENNE Les principales espèces d’Insectes nuisibles et de Maladies végétales, par le chanoine V.-A.Huard, A.M.(1) Cette plaquettede 75 pages grand in-8° est un véritable traité de vulgarisation, à la fois scientifique et pratique, d’entomologie et de pathologie végétale.La plupart des maladies des plantes leur sont en effet inoculées par des insectes, fussent-ils microscopiques comme les bacilles, bactéries, microbes de toutes sortes.II est vrai qu’une foule d’insectes ne sont pas seulement nuisibles aux plantes, mais aussi aux bêtes.et même aux gens.L’ouvrage comprend cinq divisions, déterminées non d’après la classification entomologique, mais d’après le mode de nuisance des insectes étudiés, et le genre de victimes auxquelles ils s’attaquent.Voilà pour le côté pratique.Chaque insecte est décrit et dans son ensemble, et dans chacun de ses organes, et dans son genre d’action sur ses victimes, le tout en langage ordinaire, en évitant autant que possible les expressions techniques.Voilà pour la vulgarisation.En plus, d’innombrables figures dans le texte donnent au lecteur l’aspect non seulement de l’insecte avec grossissement suffisant quand il y a lieu, mais encore et le plus souvent, avec sa larve, sa chrysalide, ses œufs, etc.Et ces représentations par leur précision et leur netteté sont vraiment scientifiques.1—Nos lecteurs seront heureux d’apprendre que, depuis que cette notice a été écrite, M.le chanoine Huard a été honoré par l’Université Laval du titre de Docteur ès Sciences, en reconnaissance de ses nombreux travaux scientifiques, dont le moindre n’est pas la publication, avec sacrifices pécuniaires, du Naturaliste canadien.N.0.L.R. 526 LA NOUVELLE-FRANCE " La première division (Chapitre I) nous montre les malfaisances exercées “dans la Maison et ses Dépendances”; non seulement dans la maison, mais aussi chez ses habitants.Tels le Sarcopte (Acarus) de la gale ; la Mouche commune (Musca domestica); le Pou on plutôt les Poux (Pediculus capitis, P.vestimenti, P.corporis); la Puce commune (Pulex irritons); on y pourrait joindre les Mites (Arachnides divers: Mite des fourrures, Mite des tapis, Mite des poulets), et enfin l’un des insectes les plus odieux de tous, la Punaise des lits (Cimex lectu-larius).Le chapitre II nous fait faire connaissance avec les insectes qui vivent aux dépens des “Animaux de la Ferme”.II y a d’abord un microbe, la Loque des Abeilles (Bacillus alvei), qui, pondant ses œufs dans le couvain des mouches à miel, en amène la pourriture.Puis l’auteur nous signale la Mouche dite des cornes (Lyperosia irritons),beaucoup plus petite que la mouche commune, et qu i se rassemble de préférence à la base des cornes des bovidés, ovidés.etc.; le genre Œstre : ce sont des sortes de grosses mouches velues s’attaquant celle-ci au cheval, celle-là au boeuf, une autre au mouton, et sans doute aussi à leurs congénères, capridés, cervidés, etc.Nous abordons, au chapitre III, l’étude des parasites du jardin potager : Attise potagère (Altica oleracea) ou du navet, toute petite mouche d’un noir ou d’un vert brillant, Escarbot (Hisler) du concombre, de la tomate, etc., Bruche (Brucbus), tout petit coléoptère qui s’en prend au pois, déposant ses œufs dans la fleur de ce légume; trois parasites ennemis de la pomme de terre: la Chryso-mèle proprement dite, la chrysomèle à lignes noires, et enfin un petit champignon microscopique, un bacille, Ùospora Scabies, le plus dangereux de tous et qui produit la gale de ce légume; Mouche à carotte; Puceron et Ver du chou ; le Hanneton (Melolonlha) et le Ver Blanc, celui-ci larve de celui-là.Après les parasites du jardin potager, ceux qui execent leurs ravages “Dans les Prairies et les Champs”.C’est l’objet de la IVe division.Signalons rapidement la Punaise des céréales (Blissus leucopterus), coléoptère extrêmement prolifique ; le Charbon du Mais, minuscule champignon qui s’attaque aux grains, aux feuilles, à la racine ; la Mouche de Hesse, qui cause d’irréparables dégâts dans le blé, l’orge, le seigle et l’avoine; le Moucheron du Trèfle (Dasineura leguminicola) et sans doute aussi de bien d’autres plantes des champs, qu’on peut combattre en fauchant en juin comme engrais vert et enfouissant en terre dans le champ qui en serait infecté; le Petit Barbeau (Hylastinus obscurus),autre ennemi du trèfle.La Nielle ou Rouille des blés et autres graminées provient d’un champignon microscopique qui prend naissance sur l’arbrisseau nommé Epine-Vinette (Berberis vulgaris) et de là envahit les champs de céréales où elle exerce ses ravages.On connaît la plaie d’Egypte que fut l'invasion des sauterelles sous les Pharaons, laquelle se renouvelle encore de nos jours dans toute l’Afrique Septentrionale; il existe, au Canada deux espèces de ces locus-tidés; leurs dégâts, assurément, ne sont pas à comparer à ceux de l’ancienne Egypte ou des plaines du Sahara; elles sont assez sérieuses toutefois pour qu’il faille s’en défendre.Il nous reste à dire quelques mots des insectes qui vivent aux dépens des Arbres du verger, et de bien d’autres encore.Ils sont nombreux.Quand aurons cité les Chenilles arpenteuses qui s’en prennent aux feuilles du pommier, les Chenilles dites à tente qui attaquent les fruits, les feuilles,l’écorce des pommiers, poiriers, cerisiers, etc., et même de beaucoup d’arbres forestiers; les Chenilles à bouppes, coupables des mêmes méfaits; le Puceron du pommier, la Mouche à pomme, le Puceron lanigère; la Pyrale pomelle, autre chenille; les Kermès, insectes hémiptères, voisins des Cochenilles, tous fléaux des pommes, des pom- nous 527 BIBLIOGRAPHIE CANADIENNE miers et de bien d’autres ; nous n’aurons pas épuisé la liste des insectes qui exercent leurs ravages “Dans le Verger”.Ajoutons que ce dernier chapitre est suivi d’une table alphabétique de tous les insectes décrits dans la brochure.II y en a près de 260 (257).Deux cent soixante insectes représentés dans leur forme aux divers états de larve, de chrysalide, d’insecte adulte, décrits dans leurs métamorphoses, leurs mœurs, leur mode d’action sur les végétaux où ils naissent, vivent et déposent leurs œufs, les maladies dont ceux-ci sont par eux affectés, c’est assurément beaucoup, surtout pour les mémoires moyennes.Et cependant, ce n’est encore qu’une infime minorité; ce sont seulement les plus fréquents dans une région déterminée; et encore n’a-t-il été question que d’une manière tout à fait incidente de quelques-uns des innombrables insectes qui s’attaquent aux arbres forestiers.Que serait-ce, si l’on voulait dénombrer et décrire les insectes non d’un climat de l’Amérique du nord, mais de la Sphère terrestre tout entière ! Il y faudrait plusieurs gros volumes, dont on pourrait intituler d’ensemble ; Encyclopédie entomologique.Une réflexion, ici, se présente à l’esprit.Dans cette immense classe des insectes, la plupart sont nuisibles à l’homme, soit en un sens soit en un autre: les uns s’attaquent (1) à ses fruits et denrées de ; ceux-ci attaquent ses arbres par les feuilles, l’écorce ou les tissus toute sorte intérieurs, ou bien le bois des charpentes et des navires; ceux-là s’en prennent à l’homme lui-même ou à ses vêtements ou aux animaux domestiques.Bien peu, comme les abeilles qui lui fournissent leur miel, ou comme les ichneumonides qui font la guerre à certains de leurs congénères nuisibles, lui sont secourables.Que représente, dans le Plan divin, cette immense collection de bestioles dont l’utilité nous échappe et dont nous n’expérimentons que la nocuité ?A cela on peut répondre d’abord que, dans le cycle presque infini des êtres vivants, ceux-ci sont destinés à fournir a l’alimentation les uns des autres, car il faut que chacun vive; et chacun prend sa nourriture là où il la trouve.Ensuite, à considérer la reproduction desdits êtres vivants, la destruction des uns par les autres a pour effet—d’une manière très générale—de maintenir l’équilibre: telle espèce animale ou végétale aurait bientôt envahi le globe terrestre, si elle n’était arrêtée, dans sa pullulation, par la pâture et souvent le couvert qu’elle a fournis à d’autres espèces.Mais pourquoi, objectera-t-on, l’homme lui-même est-il exposé à être exploité dans sa personne, dans les végétaux et animaux nécessaires à sa subsistance, par d’autres animaux ?N’est-il pas le roi de la Création?Comment, pourquoi se trouve-t-il, à cet égard, sur le même rang que l’herbe de ses champs, le feuillage de ses forêts, l’animal qui sert à sa nourriture?Pour répondre d’une manière pleinement adéquate à cette question, il faut sortit du domaine scientifique et même philosophique.Il faut se rappeler que si l’homme est le roi de la Création, il est un roi déchu, et déchu par la faute du fondateur de la race, par la faute du premier couple humain; le genre humain ayant été flétri dans son germe, a été par là-même déchu de l’état supranaturel qui lui avait été accordé en surplus de la vie naturelle, de l’existence commune.1—Cette réflexion, du reste, peut s’appliquer à une foule d’autres animaux de tous ordres: bêtes féroces, de proie, reptiles venimeux, etc., et justifie les mê-conclusions que celles par lesquelles se clôt cet article.mes 528 LA NOUVELLE-FRANCE Révolté contre Dieu, il a vu la nature révoltée contre lui et ne le point disting des autres êtres naturels.Par son intelligence et son travail, il peut bien, d une certaine mesure, la dompter et la faire servir aux fins qu'il se propose; il peut, par son étude et sa prévoyance, déjouer plus ou moins l’artifice des minuscules ennemis que lui oppose, entre autres, la prolifique classe des insectes, et c’est un résultat auquel ne contribuent pas peu des mémoires clairs, précis, didactiques comme celui qui a fait l’objet de l’analyse ci-dessus; mais pour cela, il lui faut lutter, il lui faut combattre; ce n’est que par un labeur incessant qu’il justifie son titre de Roi de la Création.uer ans Jean d’Estienne.BIBLIOGRAPHIE ETRANGERE Le T.R.P.Le Floch, Supérieur du Séminaire Français de Rome.Les Elites sociales et le Sacerdoce.Brochure in-8, 1 franc.—Appel aux hommes de France libres et instruits à venir faire “ la moisson qui abonde, mais qui ne peut être faite parceque les ouvriers ne sont pas nombreux.” Ils ne l’étaient pas avant la guerre; ils le seront encore moins après.La religion sera le principe le plus efficace delà régénération française, mais il lui faut pour cela des prêtres en nombre suffisant.Pourquoi les classes dirigeantes ne fourniraient-elles pas leur part ?Elles semblent y avoir renoncé depuis assez longtemps.C’est un malheur.Il n’en doit plus être de même.Rien ne s’y oppose.L’auteur le démontre avec force et clarté dans ces soixante pages qui sont une des plus précieuses semences qui aient été déposées en terre française dans ces derniers temps.c.Mgr de Keppler, évêque de Rottenburg.Homélies et Sermons, traduits de l’allemand, 1 vol.in-12.Paris, P.Lethielleux, éditeur.—Mgr de Keppler est un maître de la pensée catholique allemande contemporaine.Il quable par sa droiture et sa fermeté doctrinale.En lui revit le vieil esprit allemand—celui d’avant la prussianisation de ce vaste pays.Il est fait de science, de joie et de sérénité dans la possession d’une foi éclairée et qui ne vacille pas.Mgr de Keppler s’est beaucoup préoccupé de la prédication dans son diocèse.Orateur éloquent et disert, il a laissé des sè'rmons et des homélies remarquables.Il a voulu aussi que son clefgé fût en état d’annoncer avec zèle, mais surtout avec efficacité, la parole de Dieu.Il a publié dans ce but : La Prédication contemporaine (1).Ce recueil d’homélies que nous recommandons aujourd’hui a pour but d’illustrer l’enseignement théorique qui a précédé.Il a pour but d’initier le jeune prédicateur à la bonne manière d’interpréter et de présenter la Sainte Ecriture afin de la faire comprendre et aimer des auditeurs.A lire également quatre lettres pastorales sur le Travail, qui terminent le volume.est remar- c.1.—Traduction publiée chez Lethielleux.Le Directeur-propriétaire, Le chan.L.Lindsay Imprimerie de L’ÉVÉNEMENT, 30 rue de la Fabrique, Québec.
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