Nigog, 1 novembre 1918, Novembre
?eR AJ~ % 2- £K- d- (-j Novembre 1918 LENIG2G à J >v 4 ili II 0; V MONTREAL Vol.1 No 11 Le Numéro* 20 Sous SOMMAIRE ! — No.11.Novembre 1918 — V Cultivons les arts.VICTOR MORIN i LÉO-POL MORIN Quelques musiciens français: Maurice Ravel.R.LAROQUE DE ROQUEBRUNE Le dernier Romanoff.Othello, rue Lepic.FRANCIS CARGO.Dialogue des bêtes.PAUL BRUNOT La mare aux grenouilles.A.HEBERT, J.-C.DROUIN et J.R.SMITH.En-têtes et culs-de-lampe par Le livre dont on parle est en vente à la ! LIBRAIRIE C.DÉOM 251 rue Ste.Catherine est MONTRÉAL B * Dépositaire de la revue d’art “ LE NIGOG " Musique et broderie française Livres de Classes Fournitures de Classes Articles Religieux Fleurs Artificielles RAOUL VENNAT 64-2, rue St Denis LIBRAIRIE Nous faisons toutes les broderies.L.-J.=A.DEROME, Limitée, Nous avons tout ce qui est joli en musique.36-ouest, rue Notre-Dame, MONTREAL tel.est aces *¦ LA PLUS IMPORTANTE LIBRAIRIE et PAPETERIE FRANÇAISE du CANADA Fondée en 1885 Maison fondée en laisser îles poètes à leur art qui est merveilleux ; les hommes-politiques seuls auront assez de férocité, assez de froideur pour exécuter ce qu'ils ont rêvé.Mais si Tolstoï eut été magnanime, les bolchcvikis ne Vont guère été.Ils ont assassiné le tsar comme une troupe de loups dévorent un voyageur blessé.Ils ont tenu pour responsable un homme dont la première et la principale prérogative avait toujours été l'irresponsabilité.Monarque absolu, Nicolas II se croyait divinement préposé au gouvernement de ses peuples.Un monarque absolu, est irresponsable comme un enfant ou comme un animal.Les actes qu’il accomplit ne peuvent lui être imputés.Demander compte à un monarque de son absolutisme c'est demander compte à une brute de sa bestialité.Un roi n'est pas un homme; c'est un être à part, en dehors de l'humanité.Les révolutionnaires ont fait de Nicolas II un homme ordinaire, ils l'ont forcé à rentrer dans l’humanité commune, puis ils l’ont chargé des fautes et des crimes d'un monarque.Les prestiges de la monarchie sont si puissants que les révolutionnaires eux-mêmes en gardent l’empreinte et qu'ils continuent à voir le monarque dans un tsar détrôné, prisonnier et malade.C’est reconnaître l’étrange réali‘é du droit divin.Quelle fut la mort" du tsar?Elle demeure obscure comme tous les actes des révolutionnaires russes.Cet homme taciturne qui porta la tiare de Russie avec une résignation farouche, est sans doute mort avec stoïcisme.Ils meurent tous, ces derniers rois des hautes races, avec un fatalisme morne.Ni le pouvoir suprême, ni le suprême supplice ne les étonne.Ils ont vécu, hors de l'humanité comme des criminels et ils meurent comme des criminels qui ont longtemps violé la plus terrible des lois humaines: l’égalité, qui fit «tirer à bout portant sur des foules à Le tsar crudl et tiare genoux pour supplier sa justice, qui fit exiler, qui fit fouetter, qui fit pendre un peuple entier d'hommes et de femmes, est mort sans plainte et sans cris.Sa face muette et énigmatique n’a rien révélé de son âme inhumaine et de son coeur sans frissons.Dans cet immense chaos qu'est la nation russe on ne saurait délimiter dès à présent les promesses d’un grand avenir. 370 Mais cette révolution est terriblement émouvante.Pour quelqu'un qui eut toujours de la passion pour toutes les expressions de ‘1 âme humaine et qui s'est constamment intéressé aux expériences de l'homme, la révolution russe est un spectacle grandiose.Ne peut-on concevoir une sensibilité éprise à fois de deux idées contradictoires qui se détruisent au moins, des gestes dont leur conflit est l’occasion?N’est-il donc arrivé à aucun français en lisant les beaux récits de la Révolution d aimer à la fois les généreux révolutionnaires épris de liberté et «lés chevaleresques aristocrates mourant an nom du roi sur les échafauds ?Pour :a ou.tout ma part, la cruauté de St-Just dn m'ont toujours plu comme et la témérité de LaRochcjaqueli appartenant aux forces de l'homme.D ailleurs, que la mort d'une dynastie ne passe pas sans un frisson sur le monde.Nous ne sommes pas tellement blasés dans l’horreur que le cadavre d’un tsar ne nous fasse songer quelques instants.Il faut aussi que la révolution russe soit vue à travers autre chose que les préjugés de la Ces grands soubresauts hu-que les réflexions sangrenues d’un Il est dit dans la vie de Kant classe comique des parvenus, mains méritent mieux monsieur qui a fait fortune, qu’il oublia de faire sa promenade quotidienne le jour où il apprit la nouvelle de la Révolution française.C’est grand esprit sentait qu’un événement qui a'I'lait changer la vie humaine méritait l’hommage d’une modification dans scs habitudes 'personnelles, et qu’il convenait d’en marquer la minute par un geste extraordinaire.Une grande race d’hommes qui s’éteint tragiquement et un peuple en anarchie sont des évènements palpitants.La guerre n’a pas épuisé toutes nos capacités de sentir.que ce L’ancien régime a vécu sous la force ; nous vivons sous la loi; l’avenir voudra vivre -sous la justice.La révolution russe sort de ce généreux 19e siècle où s'éleva puissamment le grand rêve romantique de fraternité humaine.Aujourd’hui' les nations démocratiques triomphent.Nietzsche, nouveau Julien, est vaincu par les grands rêveurs chrétiens du romantisme; l’âpre religion de la force que Nietzsche avait puisée dans ces féroces latins : Machiavel, Montaigne, La 371 Rochefoucauld, est vaincue de nouveau par les grands barbares chrétiens : Rousseau, Michelet, Tolstoï.La pensée universelle du Christ se révèle de nouveau plus féconde et plus puissante sur l'humanité que la psychologie savante et froilde des aristocrates.L’intelligence mathématique et sans chaleur est de nouveau l’esclave inutilement orgueilleuse de la sensibilité.Une immense tendresse sociale se prépare, et l’on punira bien ôt impitoyablement des crimes contre l’égalité tels que l’orgueil, l'intelligence et la beauté.Les Romanoffs viennent de mourir.Comme les Bourbons.ils ont fini par un homme faible, dominé par son entourage et indécis dans l’exercice de la monarchie.Entre la face rasée et boira: se de Louis XVI et le visage barbu de Nicolas II il a existe un grand air de famille.Le guillotiné de 1793 et le fusillé de 1918 sont des victimes expiatoires.On les a chargés des crimes e*.des fautes de leur race tout entière.Il n’y aura peut-être bientôt plus de races souveraines.L’humanité, à cause de la guerre de 1914, vient d’acquérir une terrible lc» : : pa\ .mais je ne crois pas « 111 'i ¦ existe un artiste canadien capa e dune telle erreur.Un sujet canadien peut, cer aine;neat inspirer les artistes et leur faire produire de belles oeuvres.Prenons seulement comme exemple les trois maquettes primées pour le monument Dollard.Ce sont trois belles oeuvres ot nous devons ê rc fiers que deux sculpteurs canadiens-français aient été mis sur un pied d'égalité avec un sculpteur français de premier ordre.Mais le sujet proprement canadien ou du terroir n'est pas le seul qui existe, il y a des sujets qui sont universels comme l’homme, les passions, etc., etc.; à moins de vouloir absolument rétrécir son inspira ion un artiste n'aura jamais l’inutile fatuité de les négliger, s’il a un peu de respect pour son art.11 est tout de même étrange que, dans Le Nujog, soyons forcé de temps à autre de proclamer notre patriotisme à propos d’une querelle bien ridicule nous Le plus iin-artistcs en somme.portant pour J es canadiens-français, c'est d'avoir des 378 de valeur qui affirment, par leurs oeuvres, l’existence d'une race non dépourvue de culture.Ne chicanons donc pas nos artistes sur leur inspiration, cncourageons-lcs plutôt par tous les moyens possibles à produire des oeuvres.Fernand PREFONTAINE.C’est une tendance commune à plusieurs musiciens de Montréal grisés de régionalisme outrancicr et notamment M.Fred.Pelletier, de la 1rie Musicale du Devoir, de vouloir que les canadiens n’écoutent pas trop ce qui vient de l’étranger, cet e étrange chose qu’on appelle l’art moderne.On a même quelquefois prétendu que les canadiens pouvaient se suffire à eux-mêmes, qu’ils ne devaient rien demander à l’étranger.C’est ce qui ressort de maintes chroniques officielles.On ne saurai' pourtant méconnaître les bien faits d’une influence étrangère bien assimilée.On doit même rechercher cet e influence qui s’impose ici plus qu’ailîeurs, où il manque au développement des jeunes musiciens les plus essentiels éléments de formation: les moyens de s’instruire, une musique nationale, une atmosphère propre à sa création.Ce n’est pas en rejetant de parti pris tout ce qui est étranger qu’un fabriquera par le fait même un art national.Les américains (i) avant de tenter un effort pour créer une musique se sont mis à l’étude, à l’école.Ils s’y sont peut-être trop soumis, d’une manière exclusive, mais plusieurs y ont pris de grandes connaissances qui serviront de base à l’enseignement général.Il viendra une autre génération qui amplifiera ces connaissances et il s’élèvera sans doute un génie qui consacrera l'art musical américain.Hypothèse.Mais l'autre hypothèse, cet art spontané qu'on imagine pour le Canada, cela reste troublant ou enfantin.(2) Les musiciens qui s’élèvent au dessus de la moyenne médiocrité par leurs productions musicales, prouvent qu’ils ont au moins étudié l'art étranger, s’ils ne Vont pas toujours compris et aimé.Mais l’éducation n'a pas été assez complète et, en tout cas.si jusqu'ici le musicien canadien n’a pas créé une musique na*ionalc, c'est qu’il lui a manqué le Cf.Le NIgog de juin, page 204.et Le Devoir du 2 nov.(3) chronique de F.1*.(2) Il n’y a pas plus d’art spontané qu’il n’y a de generation spontanée.Rémy de Gourmont. 370 Un musicien canadien n’aura aucun mérite à rcdôcou- gcme.vrir cc qui a etc mille fois traite, et définitivement, dans le passe.Une redite n’a d’intérêt nulle part, et à plus forte raison si elle se maintient soigneusement en dessous du modèle.Une copie, même excellente, est toujours inférieure.Il ne s’agit pas d’imiter servilement, mais de bien assimiler fluence.Je trouve donc une immense erreur de faire croire à des jeunes musiciens—ou à des vieux—qu’ils sont des artistes complets et des créateurs.Il est nécessaire, au contraire, de les mettre au courant de ce qui se fait à l’étranger, et de leur donner l’occasion de se fixer sur leur propre valeur, rendement, quelques musiciens ont déjà compris leur rôle.Il tau* croire, après tout, que certains critiques et certains musiciens ont tout avantage à entretenir dans l’esprit des gens, une telle aberration, une telle ignorance des nécessités, et il faut présumer qu’ils ne de choses.Souhaitons pour eux pas à voir clair brusquement.( 1 ) M.RU DM YAR ET LES CANADIENS Les articles de M.Rttdhyar, ancien secrétaire de Rodin, philosophe, poète, pianiste, svnanthrope, esthète, conférencier cosmique et positeur français, dans Le Canada, ont étonné quelques personnes qui nous en ont demandé un commentaire.Nous n’avons rien à ajouter aux prophéties de M.Rudhyar, si ce n’est que nous sommes pleins de foi et pleins de joie.Il est vraiment un Messie, un Sauveur, un révélateur et un farceur.Désormais nous savons où aller et surtout où ne pas aller.Nous savons que l’Europe est fichue comme continent — la une in- Heu- doivcnt leur réputation qu’à cet état que le public ne se mette com- Russie exceptée — et que la France ne peut plus avoir d’influence sur le monde.Nous savons surtout que les dicnncs ont un fameux tempérament, un indiscret.cana- Mais M.Rudhyar est Il lui a etc révélé le grand secret canadien et voilà qu’il révèle tout, à la face du monde étonné.Les canadiens voient leur plan de conquête universelle ruinée par (1) Mats députa l'armistice, M.Fred.Pelletier a fait cette audacieuse déclaration: "Nous n’avons ici, rien à enseigner aux étrangers, notre art est encore à naître.” (Le Devoir, 16 nov.).Il semble même trouver excellente une influence française.Plusieurs critiques de ce chroniqueur sc trouvent être légèrement compromises. :tso vc bavard qui.au fond, est peut-être suscite contre l'Amérique.Les révélations de M.Rudliyar se divisent en trois points: Décadence latine, déjà cinq ans.agent de l'Europe, un prouvée par Féladan il y a vingt-Supériorité pliai iqtie des canadiens sur les autres races du monde.3° Existence d’une pui nine au Canada.Nom aissods 1 an e sexualité fémi- < V le côté fies points «le détail tels que: Les femmes françaises sont tou es des danseuses de corde ( t ) cependant elle >*y donnent e* tombent fréquemment.Personne /u 'rc.11 n’y a phi> «le s ratege mais pas un e'i.-' liVujuv.Il y aura un empereur canadien.hrrants comme M.Rudhyar qui sont des individus de gênu et qui apportent le flambeau de la véri'é aux canadiens.généra ement trè< mal i Europe n’a su penser » • chef en Europe.Koch e t un W i '
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