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Titre :
Le couvent : publication mensuelle à l'usage des jeunes filles
Éditeur :
  • Joliette :[s.n.],1886-1899
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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Le couvent : publication mensuelle à l'usage des jeunes filles, 1898-11, Collections de BAnQ.

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COUVENT Publication mensuelle à l’usage îles jeunes filles.14ème année.— No 3 — Nov iinbre 1898.Aiionnkmhxt : 25 contins par an.Los abonnements datent du 1er septembre.—s’adresser à F.-A.B.ullaihgé, prêtre, curé, Rawdon, P.Q.Irrxs'bi'b'U-'birice cLe trente-six sons.Sœur X.— Lucie, vous avez l’air triste aujourd’hui.Lucie.— Je songe que c’est ma dernière année de pensionnat.Sœur X.Votre dernière année de pensionnat, et vous n’êtes que dans la oicine année du cours ! Lucie.— Je veux me présenter aux prochains examens pour le diplôme d’institutrice.Sœur X.— En voilà du nouveau, par exem- ple ! Lucie.•— Cela ne me paraît pas nouveau, puisque ça se répète chaque année.Sœur X.— Chaque année, oui, pour les filles de dix-huit ou vingt ans.Quel âge avez-vous?Lucie.— Seize ans ! — 5° — Sœur X.— Vous devez savoir que vous ne pourrez enseigner qu’à dix-huit ans.Que ferez-vous pendant ces deux années ?Lucie.— Je ferai la cuisine et le ménage avec ma mère.Sœur X.— Lorsque vous aurez fait- cent omelettes et que vous aurez lavé la vaisselle dix-huit cent fois, où sera le peu de science que vous avez ?Lucie.— Dans tous les cas, j’aurai mon diplôme ! Sœur X.— Est-cc le diplôme qui fait l’institutrice ?Une institutrice qui n’a du valeur que sur papier, est une institutrice de trente-six sous, une nuisance dans l’école.La maison paternelle n’est point pour vous un lieu propre à la repasse et aux développements de vos études.Lucie.— Avec de l’énergie, on arrive à tout.Sœur X.— Je sais ce que c’est que l’énergie d’une fille de seize ans ! Du reste, qui vous enseignera ce que vous ne savez pas ?Vous avez encore trois années à faire pour terminer votre cours au pensionnat.Qu’allez-vous devenir avec ces études tronquées.Vous n’avez pas encore, appris la période anglaise de l’histoire du Canada ; vous êtes pou a van- — 51 — ec'e en arithmétique ; vous ne savez que médiocrement votre grammaire française ; votre calligraphie nous arrache les yeux ; votre prononciation nous blesse les oreilles et c’est à peine si vous pouvez dessiner un âne.Lucie.— Tout cela est vrai : aussi, je ne prétends pas être une brillante étoile.Sœur X.— Ne parlez pas d’étoile, ma chère enfant ; avec le bagage que vous avez vous ne pouvez pas même faire une lune ! Du reste, il est une chose que vous oubliez.Les examens sont aujourd’hui plus sévères : ce qui vous arrivera, c’est que vous vous ferez bloquer sur toute la ligne.et vous ne l’aurez pas volé.Lucie.— ,1e le sais, mais je cours ma chance.Sœur X.— Ne parlez pas de chance.L’obtention d’un diplôme serait un malheur, pour vous et pour vos futurs élèves.Lucie, — Mon père est pauvre, j’aimerais à lui venir à son aide.Sœur X.— Et pour cela, vous voulez l’appauvrir encore ! Lucie.— Je ne comprends pas.Sœur X.— Une fille aussi peu instruite que vous l’êtes ne fera qu’une institutrice médiocre et connue bientôt et partout comme telle.Or une institutrice médiocre passe généralement — 52 — aussi pour une fille médiocre, et les filles médiocres, malgré leurs prétentions, restent sur les bras de leurs parents.Elles méritent bien du reste de coiffer sainte Catherine.Lucie.— Vous me dites là, ma sœur, des choses qui me dérangent un peu.Sœuu X.— Et qui vous dérangeront plus encore dans l’avenir, et qui en dérangeront bien d’autres, par votre faute.Lucie, ce sont des filles instruites qu’il faut dans les écoles.La Providence vous a mise au couvent, vous avez l’avantage d’être pensionnaire, eh bien, profitez-en, Donnez à vos études du corps et de la tête.Vous y gagnerez cent pour cent.Croyez-moi, revenez avec nous l’an prochain, et abandonnez de suite le projet qui vous attriste.Lucie.— Ma sœur, si vous étiez mon frère, je vous dirais de faire un avocat ! Sœuiî X.— Je vois que ma cause est gagnée, c’est bien.Maintenant, ma chère Lucie, appliquez-vous à être une bonne élève, terminez votre cours et je réponds de votre avenir, car les talents ne vous font pas défaut.Lucie.— Ainsi-soit-il ! Les passions sont comme la poudre ; il n’y faut pas mettre l’étincelle.( Le Pas ). — S3 — X43_A_XLg© Gardien Voiliez sur moi quand je m’éveille, Bon ange, puisque Dieu l’a dit ; El chaque nuit quand je sommeille, Penchez-vous sur mon petit lit, Ayez pitié de ma faiblesse, A mes côtés marchez sans cesse, Parlez-moi le long du chemin ; Et pendant que je vous écoute, l)e peur que je ne tombe en route, Bon ange, donnez moi la main.Mme TastU.Le catéchisme nous apprend qu'il est un ange préposé à la garde do chacun de nous.Cotte vérité connue dès l'enfance ne fait cependant qu’une impression médiocre sur l'immense majorité des chrétiens Oui, l’ange gardien est oublié ! En telle et telle circonstance, nous avons échappé à un danger.Nous nous on félicitons, mais songeons-nous à l’ange gardien qui a peut être été le premier à nous faire éviter lu danger ?Nous allons oublier telle chose importante, nous y songeons inopinément ! Qui nous a inspiré ?Qui nous a dit : Ta oublies.Le respect, l'attention et la reconnaissance nous mériteront de la part de l’ange gardien une protection de plus en plus grande. — 54 — ZPoxix'bs d-’Zb.is'fcoinre La GUERRE GRECO-TURQUE de 1897-Cede guerre ont le sait a été le fait de la Crète.Les Cirées, aussi mal préparés que les Espagnols, furent vaincus.Des massacres injustifiables ayant eu lieu cette année, dans l’ilc, les Turcs, sur l’injonction des Puissances ont dit quitter la Crète.Le prince George de Grèce, a été nommé haut commissaire, agissant au nom des Puissances.Les Cretois sont dans la jubilation.LORD et LADY ABERDEEN — Ces noms réveilleront clans notre histoire des éloges et du blâme.Lord Aberdeen est un homme distingué, de grande urbanité et de haute éducation.On lui reproche cependant d’avoir été partisan, d’avoir par suite brisé les traditions constitutionnelles de gouverneur du pays, depuis 1807.Lady Aberdeen, femme distinguée dans son genre, est très remuante et remplie d’excellentes intentions.Sa piété protestante cependant, ne pouvait avoir au Canada grand succès, car nous avions mieux, dans nos institutions catholiques, que tout ce qu’elle pouvait inventer.Cette guerre entreprise, il y a 10 ans, semble être terminée.Samory, chef soudanais, avait soumis à la puissance de ses armes les chefs de la rive droite du Niger, et venaient de s’emparer de deux centres, Kangabal et Niagassola.sur la rive gauche du Niger.C’était en 1881.Les Fiançais qui avaient bâti un fort à Ni ta, à 3) lieues du Niger, quittant les rives du Haut-Sénégal, GUERRE FRANCO-SOUDANAISE. — 55 — sc dirigèrent vers le Niger, en 1882, date de la guerre franco soudanaise.Les Français ont trouvé dans Samory puissant et rusé.11 y eut de nombreuses rencontres.Samory devenait insaisissable lorsqu’il était trop faible ou vaincu.1-c succès le rendait audacieux.Ainsi en 1885, le capitaine Louvel, attaqué à improviste par Samory, ayant dû se réfugier dans le village de Nadalié, y fut assiégé pendant 10 jours.Après des efforts héroïques, la petite troupe, allait succomber, lorsqu’elle fut délivrée par le commandant Combes.Un 1800, dans un combat d'un jour entier, où les Français étaient sous les ordres du lieutenant colonel la mêlée devint général, et plusieurs à combattre corps à corps avec les soldats de Samory.La victoire resta aux Français.En 1893.Le commandant Combes poursuivit Samory pendant quatre mois, sans 1 atteindre.Il lui huit communication avec la colunbie an.Le colonel Burnier, marchant ennemi un Humbert, officiers eurent coupa cepem glaise (le Sierra Leone Tombouctou, surprit Samory et faillit le prendre sur après l’avoir défait.En 1894, le capitaine Marchand enlevait a bamoiy, Kong, situé près de la bouche, du Niger ; mais la vaillante cohorte du colonel Monteil, après maints devait rebrousser chemin.Plus tard, le détachement trouvaient la L’émotion fut grande en combats capitaine Braulot cl son mort dans un gneta pens.France à cette nouvelle.L’année 1898 devait voir la chute de Samory par la prise de ses principaux centres de ravitaillement : Kong et Sikasso.Samory, pour comble de malheur, — 56 — vient d'être capturé ( octobre dernier ), par le capitaine Gaurard.La lutte a duré 16 ans.Nous donnons des détails sur ces guerres, aux lectrices du Couvent, parceque l’Afrique devient avec la Chine le théâtre de 1 histoire contemporaine.11 faut, maîtresses et élèves, être de son temps.Lorsque l’on ne comprend rien aux grands évènements du jour, on ne lit dans les journaux que les feuilletons et les faits divers.Le grand nombre des lecteurs ignorants et peu intéressés aux questions sérieuses sont dans une large mesure la cause qui porto les journaliste à donner trop souvent la plus grande place à des futilités qu’ils sont les premiers à regretter.Les ŒUVRES de CHARITÉ au CANADA.- Parlant de l’œuvre des sœurs de la Miséricoule, et des œuvres canadiennes françaises do charité, Mgr Bruchési dit avec raison : “ A-t on vu des hommes d’affaires ou de finances tenir conseil et chercher ensemble les moyens les plus efficaces d’entreprendre une œuvre si charitable, et si véritablement humanitaire.Sont ce les représentants du peuple, les pères de la cité’qui ont eu l'idée d'une pareille fondation ?Non.La Miséricorde, comme l'Hôtel Dieu, 1 Hôpital des Sœurs Gzises, le Bon Pasteur, nos refuges pour les aveugles et les sourds-muets, toutes nos institutions de bienfaisance en un mot — institutions auxquelles Montréal doit d’être ce qu’elle est aujourd’hui — sont nées d’une pensée chrétienne, du dévouement de quelques fils ou de quelques filles de nos campagnes, du concours du clergé cl du zèle de l’épiscopat. — 57 — on ne la C’est là de l’histoire.On peut l’oublier, changera pas LE MONDE DES NOUVELLES La Presse de Montréal vient d’atteindre une circulation de 65,000.Inauguration d’une nouvelle et superbe chapelle, au séminaire Sainte-Thérèse, Si M.Dallaire veut bien consulter le traité d’agriculture des Frères de l’Institution chrétienne, il y trouvera nombre de problèmes dans le genre de ceux qu’il désire pour l’avancement de l’agriculture.L’immigration au Canada se chiffre déjà comme suit, culte année : 13,000 Anglais ; 750 Irlandais ; 1,506 Ecossais ; 2,805 Français.Souhaitons la bienvenue à Lord Minto successeur de Lord Aberdeen.Les Anglicans d’Ottawa prétendent que l’église latine, l’église grecque et l’église anglaise sont sœurs, dans la religion catholique.Ce mouvement est significatif.Le Père Falloir, de la paroisse de Saint.Joseph d'Ottawa, s’élève fortement et au long contre cette prétention.Les revenus de la ville de Montréal pour 1808, sont de 2 millions, huit cent soixante-six mille piastres.Achetez le volume “ Mère de la Nativité et les Origines des Sœurs de la Miséricorde ” et vous y trou- — — verez d’intéressants détails sur l’une îles plug belles œuvres de nos religieuses.m Grand incendie à Han-Kon, en Chine.1,000 personnes tuées.L’année 1898 restera remarquable par le nombre des sinistres maritines.MM.les curés de Québec font une campagne en régie contre les danses vives et les théâtres dangereux.Ils prétendent avec raison que les personnes qui se livrent à ces amusements et qui sc croient pieuses, se font gravement illusion.Les capitalistes anglais ont 7 milliards de prêts à l'étranger.Un nommé Adam Warn mer, do Beaver, Wis, lue neuf hommes à coups de fusil, dans un moment de folie.Cette victime de l’épilepsie larvée aurait dû s’acharner sur la 1ère de ses victimes, d’après la théorie incomplète de certains médecins.La France, l’Angleterre et la Russie font de grands armements.Tout annonce une guerre plus ou moins prochaine.Dreyfus subit un nouveau procès : c’est un triomphe pour la juiverie.Les insurgés, dans les îles Philippines, sont très — 59 — incommode?.Les autorités espagnoles perdent du terrain dans les îles qui leurs sont encore soumises.Le tombeau de Christophe Colomb qui se trouvait dans la cathédrale de la Havane ( Cuba ), est transporté en Espagne.La FEMME, VESCARGOT, l’ECHO et l’HORLOGE Il y a, dit un auteur anglais, trois choses auxquelles une femme doit ressembler et auxquelles aussi elle ne doit pas ressembler.“D’abord elle doit ressembler à l’escargot qui garde constamment sa maison ; mais elle ne doit pas comme l'escargot mettre sur son dos tout ce quelle possède, En second lieu, elle doit ressembler à un écho qui ne parle que lorsqu’on l’interroge ; mais elle ne doit pas comme l’écho chercher toujours à avoir la dernière note.Troisièmement enfin, elle doit être comme l’horloge de la ville d’une exactitude et d’une régularité parfaite ; mais elle ne doit pas comme l’horloge faire assez de brait pour être entendue de toute la ville"’.Hommes du temps, vous me parlez de chiffres ; et moi, prêtre de l’éternité, je ne connais qu’un chiffre qui m’intéresse, et qui soit placé à ma hauteur : c’est le chiffre éternel des élus.( Mgr Pie ).Quand les vivants m’ennuient, je converse avec les morts.( Le card.Cheverus ). — 6 o — L’Hôte.— Monsieur l'aubergiste, votre chien mord-il ?L’Aubergiste.— Non.L’Hôte.- C’est dommage ! car il aurait pu s’ s-sayer sur la viande que vous m’avez servie.Les Cloches de Noel T Une bise âpre et froide courbait jusqu’à terre les tiges dénudées des longs peupliers et faisait tourbillonner dans l’air les dernières feuilles des vieux chênes.Les étoiles, scintillaient dans le ciel sans nuage et la lune inondait de ses reflets d’argent la route sinueuse et blanche de neige traversant le bourg île Kercaradec, situé aux contins ,|n Morbihan.Dans l’une des plus pauvres chaumières de ce bourg, et à la lueur d’une maigre chandelle de résine, une femme encore jeune, au visage blême et décharné, était étendue sur un lit de misérable apparence et semblait toucher à sa dernière heure.Au pied du grabat, une fillette de neuf à dix ans dormait, la tête appuyée sur la couverture qui pendait.Sans doute le sommeil si impérieux à cet âge, l’avait terrassée là.Les traits de l’enfant offraient assez d’analogie avec ceux de la malade pour qu'on pût deviner qu’elle était sa fille, mais le sourire qui entrouvrait ses lèvres roses, probablement sons l’empire d’un songe heureux, formait un contraste saisissant avec l’expression d’angoisse répandue sur les traits de la mourante.Une femme touchant la soixantaine, d’une physionomie maussade et brusque, allait et venait dans la chambre, ranimant de temps en temps les deux ou trois tisons de la vaste cheminée.Bientôt la malade s’agita et d’une voix faible comme un souffle : — 61 — — Catherine, dit-elle, Pierre n’est donc pas rentré ?— Non Marie.— Mon Dieu 1 c’est fini ! je ne le reverrai plus.— Ali! oui, marmotta la vieille Catherine avec une mauvaise humeur mal déguisée, rester au cabaret quand sa femme agonise.Quoique ces dernières paroles eussent été prononcées presque à voix liasse, Marie les entendit et reprit d’une voix saccadée par la fièvre : — Oui, Catherine, vous avez raison.le cabaret.c’est là qu'il s’est perdu, mon Pierre.car il était bon autrefois.Il m’aimait, il adorait sa petite fille.mais quand il a commencé à quitter notre paisible foyer, adieu le bonheur.adieu la joie.J'en meurs, voyez-vous, Catherine.— Calmez-vous, ma bonne Marie, et souvenez-vous de ce que M.le curé vous disait encore tantôt : Heureux ceux qui soutirait 1 Pardonnez au mari qui vous a tant offensée., — Oh ! oui, oui, je pardonne, reprit la pauvre femme dont une sorte de reflet extatique illumina le pâle visage.Je me réjouirais de quitter ce monde sans ma fille, ma petite Madeleine.Que deviendra-t-elle ?— Vous pensez bien que nous toutes qui vous avons connue et année, nous ne l’abandonnerons pis, repartit Catherine cachant sous un accent grondeur la profonde émotion qui l’envahissait.Madeleine sera l’enfant de notre village.— Merci ; oli ! merci, Catherine ; mais le permettra-t-il, lui, Pierre î Si seulement ma sœur Louise était ici.Mon Dieu, mon Dieu ! tout me manque à la fois.— Je ne crois pas qu’une humble sœur de charité pourrait plus que nous assurer l’avenir de votre enfant, ma chère Marie.Cependant, de ce côté aussi, il faut vous tranquilliser puisque M.le curé a écrit à la communauté où se trouve votre sœur.Comme Catherine achevait ces mots, un léger coup retentit à !a porte de la chaumière, et elle s’empressa d’ouvrir.Hélas ! an lieu de l’époux dont la présence était nécessaire à cette heure suprême au foyer familial, c’étaient c’est abominable de - 6 2 - deux charitables voisines qui venaient seconder Catherine et l’assister dans sa veillée funèbre.En même temps par la porte entr ouverte, arrivèrent les joyeux cardions de la cloche de l’église de Kercara-dec sonnant à toute volée dans la nuit étoilée.— La messe de minuit, lit la mourante en joignant les mains avec ferveur; oh 1 Anges de Noël, vous qui vîntes autrefois annoncer à lu terre lu naissance du Divin Enfant, du Rédempteur du monde, sauvez ma tille ; protégez la pauvre orpheline ! Vierge Marie, bonne Mère, je vous la recommande.Ce furent ses dernières paroles; sa voix se perdit dans murmure inintelligible ; l’agonie commençait.Lt lorsqu’une heure plus tard, Catherine quittait la chaumière, emmenant avec elle la petite Madeleine toute en larmes, les cloches sonnaient encore, comme pour à l’orpheline que les anges de Noël avaient entendu la dernière prière de sa mère.un annoncer II Six années se sont écoulées depuis que la pauvre Marie Le Dantec repose dans l'humble cimetière de Kercarnd c, et nous nous retrouvons, au soir du 2-1 décembre 1880, dans la rue Saint-Jacques à Paria.Le tableau que présente la grande cité la veille de Noël ne ressemble guère à celui que peuvent offrir les modestes bourgades du fond de la Bretagne.Là, une foule joyeuse et animée remplit les rues étincelantes de lumière, mais combien est relativement intime le nombre de ceux qui songent aux consolantes leçons de la crèche de Bethléem, et combien au contraire, sont nombreux les indifférents, les désœuvrés, les amis du plaisir, qui souviennent seulement de la Noël que pour satisfaire les plus grossiers appétits, pour réveillonner enfin, suivant le mot consacré I La rue Saint Jacques surtout, située au centre du quartier des Écoles, se distinguait par un tumulte extraordinaire Des milliers d'étudiants, envahissants les restaurants et les cafés, se préparaient à fêter plus bruyamment que pieusement la nuit de Nucl.ne se — 63 — Auprès d’un de ces restaurants se tenait déjà depuis un certain temps une jeune fille de seize à dix-sept ans, vêtue d’un modeste costume noir, dont une propreté minutieuse ne parvenait pas à cacher le long usage.Elle paraissait attacher un regard de convoitise sur les victuailles de toute nature qui garnissaient la vitrine.C’est qu’elle avait beaucoup soult'ert pendant ces dernières années, la pauvre Madeleine.Après la mort, de sa femme, Pierre Le Dantec, honteux de sa conduite et de ses égarements, avait manifesté de sérieuses velléités d’amendement, et les amis de l’or-un instant l’espoir que de meilleurs pheline conçurent jours allaient luire pour elle.Mais, après quelques mois de sagesse, Pierre reprit insensiblement le chemin de l’auberge et retomba dans ses anciens errements.Bientôt, les derniers amis restés fidèles se détournèrent de lui avec dégoût, et, repoussé de tous, il prit la résolution de quitter Kercaradec, dont les habitants n’étaient que des brutes, disait-il, et de venir à Paris où il devait trouver beaucoup mieux, il l’assurait du moins, à utiliser ses talents.Ce fut un grand chagrin pour Madeleine lorsqu’il lui fallut quitter l’humble village où elle était, née et où demeuraient les amis de sa mère, lorsqu’il lui fallut abandonner la chère tombe qu’elle entretenait avec un soin si touchant.En arrivant à Paris, Madeleine était déjà une charmante enfant de quatorze ans.Une sagesse précoce, une sorte de distinction native et surtout les pieuses habitudes qu’elle apportait de la Bretagne lui servirent de sauvegarde contre les dangers du toute sorte auxquels l’abandon de son père l’exposait.Cependant, nous devons l’avouer, à force d’entendre blasphémer et r tiller le Dieu de sa mère, Madeleine avait finit par croire qu'elle ne pouvait mieux faire que d’imiter l’indifférence des Parisiens en matière religieuse, et, à seize ans.elle n’était plus chrétienne que Je nom.Quoi qu’il en soit, ce fut nu coup de foudre pour Madeleine, lorsqu’à cette époque, un soir de juin, on vint lui apprendre que son père avait eu le brus pris et broyé -— 64 - dans l’engrenage de la machine qu’il dirigeait, et qu il avait dû être transporté à l’hôpital._ _ Ce terrible malheur entraînait la perte irremediable de l’humble foyer dont le gain de Pierre représentait la principale ressource.Madeleine travaillait pour une couturière du boulevard Saint-Germain, mais la pauvre enfant gagnait a peine de quoi se sullire elle-même.Néanmoins, comme elle n’avait jamais cessé d’affectionner son père, elle se privait du nécessaire pour pouvoir, chaque dimanche lui procurer quelques douceurs.Pierre gisait depuis six mois déjà sur son ht il hôpital, hôpital laicisé, s’il vous plaît, et Madeleine se trouvait sim s ouvrage et seule sur le pavé de Paris.La petite pièce de monnaie, salaire de son dernier travail, avait été mise de côté, car, h dimanche précèdent elle une douzaine Made Ici- un avait promis à son père de lui apporter d’oranges.Mais le pain sec, dont depuis longtemps déjà ne se contentait, n’avait pas été renouvelé la veille.Et voilà pourquoi Madeleine considérait avec envie l’éluhme du restaurant de la rue Saint-Jacques.Soudain l’horloge de [l'église Saint-Jacques sonna a demie après onze heures, et toutes les cloches de la \ille se mirent en branle.A ce bruit qui domina les vagues Madeleine sortit de la rêverie à laquelle elle s abandonnait inconsciemment, et relevant la tête : — Les cloches à cette heure ?mnrmura-t elle avec étonnement ; pourquoi donc ?Ah ! oui : c’est demain Noel ; c’est la messe de minuit.La messe de minuit I.l’anniversaire de la mort de ma pauvre mèie 1 Elle regarda le ciel et, dans une vision fugitive, elle revit Kercaradec enfoui sous la neige ; elle revit toute son enfance, sinon heureuse, du moins croyante et paisible ; comme poussée par une force inconnue, elle reprit sa marche dans la direction Je l’église Saint-Jacques, oit elle entra à la suite du Ilot des fidèles.Le .fraud autel étincelait de lumière ; la voix puissante île l’orgue remplissait la vaste nerf de mystérieuses harmonies.rumeurs de la rue, — 65 — milieu 'le Elle n’osa pa°, l’humble enfant, rester l’église ; les clartés vives des innombrables cierges et des becs de gaz lui causaient une sorte d’éblouissement.gagna un des bas-côtés restés dans l’ombre et prit une chaise auprès d’une soeur de Saint-Vincent de Paul qui se tenait derrière un troupeau de tilles de huit à dix ans, les pensionnaires de quelque orphelinat, sans doute.Madeleine s’agenouilla et, la tête cachée dans ses mains, s’absorba dans une muette rêverie.Maintenant elle revoyait sa mère ; elle entendait les dernières recommandations de la mourante et, a son tour, elle priait les anges de Noel de la protéger, de la soutenir.Oh ! oui, de la soutenir, car elle se sentait bien faible devant les terribles épreuves, les dangereux combats de la vie.Sa faiblesse physique surtout était extrême.Qu’était ce donc que cette torpeur qui l’envahissait tout entière 7 Après tout, elle n’avait pas mangé depuis le matin.Cependant Madeleine se rendait parfaitement compte de ce qui se passait autour d’elle.La messe était commencée et aux accents suppliants du Kyrie eleison cédaient les notes retentissantes de l’hymne des anges de Noel : Gloire à Dieu dans le ciel, et paix sur la terre hommes de bonne volonté.Encore quelques verset», quelques oraisons et les assistants se levèrent pour l’Evangile.Madeleine voulut faire comme les autres ; elle se leva, mais soudain ses jambes fléchirent ; un voile passa yeux ; elle laissa échapper un sourd gémissement et s’affaissa évanouie dans les liras de la sœur de charité qui s’était élancée pour la soutenir.au Elle s iic- anx sur ses Quand Madeleine ouvrit les yen:: le lendemain, il faisait grand jour.Elle promena un regard rempli d’eton-nement sur l’étroite cone.liette blanche et sur la modeste chambre qu’elle occupait.La jeune fille ne conservait qu’un vague souvenir des évènements de la nuit.Il lui semblait avoir vu, comme dans un rêve, une femme à la blanche cornette se pencher avec anxiété sur son lit et lui faire avaler avec ¦— 6 6 —- mille précautions le contenu d’un bol fumant ; puis, plus rien.La porte de la chambre s’ouvrit et une sœur de Saint-Vincent de Paul, au visage austère et doux, s’approcha de la jeune (ille et lui dit avec une bienveillante extrême ; — Comment vous trouvez-vous, ma chère enfant ?— Pas trop mal, ma sœur, répondit Madeleine enhardie ; seulement il me semble que je suis bien faible.— Oli maintenant, nous allons vous donner quelques aliments solides sans prendre autant de precautions que cette nuit, continua la religieuse.Attendez un instant, je reviens.Elle sortit et reparut, en effet, presque aussitôt, portant un plateau sur lequel il y avait une tranche de pain, un œuf à la coque, un biscuit et deux doigts de vin ronge dans un verre.Elle aida la jeune fille à se soulever sur son oreiller et lui dit avec son doux sourire : — Allons, ma chère petite, mangez ; tout ceci est pour vous.La pauvre enfant ne se fit pas répéter l’invitation et les aliments disparurent avec une rapidité qui excita l’étonnement de la religieuse.Puis, quand elle eut terminé son repas : — Nous vous garderons jusqu’à demain matin, reprit la sœur ; seulement, mon enfant, vous allez nous indiquer l’adresse de vos parents, afin que nous puissions les rassurer sur votre compte.Ces paroles si simples ramenèrent Madeleine au sentiment île sa situation.— Je u’ai point de famille à prévenir, dit-elle tristement.— Est-oe possible ?.— J'ai perdu ma mère : mon père est à l’hôpital et je ne voudrais pas l’inquiéter.— Pauvre petite ! mais que faites-vous ?Comment vivez-vous, seule, à votre âge ?demanda la religieuse avec anxiété.— Oh 1 chère sœur, je suis bien malheureuse ?s’écria Madeleine en se renversant sur son oreiller et en éclatant en sanglots convulsifs. —— 6 y ' ¦ — La religieuse se rapprocha encore, la serra dan= ses bras et, la calmant par ses affectueuses caresses : — Chère enfant, ouvrez-moi votre coeur, lui dit-elle : peut-être à nous deux trouverons-nous un remède au mal.Madeleine commença le récit de son existence, non sans laisser dans sa narration un certain désordre.Puis elle dit assez indifféremment : — J’avais quatorze ans quand nous quittâmes Korea-radec.Que n’y sommes-nous restés I La religieuse poussa un cri de surprise.— Kercaradec, dites-vous ?Comment vous nommez-vous donc ?— Madeleine Le Plantée.— Ciel I interrompit la religieuse, la fille de ma sœur Marie que j’ai si longtemps et si vainement cherchée ! Oh ! que Dieu soit béni I — Vous ma tante I est-il possible ?balbutiait Madeleine en versant îles larmes d’attendrissement.Puis ce fut entre la religieuse et la jeune fille un épanchement interminable.Que de choses on avait à se dire !.Lors de la maladie du sa sœur, Louise, ou plutôt la sœur Saint-Louis était à soigner les malades à la Guyane française, et elle y avait elle-même contracté une maladie qui l’avait mise à deux doigts de la mort.Le devoir la retenait encore dans nos colonies quand elle apprit le décès prématuré de sa sœur Marie, et elle ne rentrait en France que trois ans plus tard.Déjà Pierre avait quitté Kercaradec et les recherches faites par la sœur Saint-Louis étaient naturellement demeurées infructueuses jusqu’au jour où la Providence amena Madeleine mourante jusque dans l’église Saint-Jacques.Ill Le 24 décembre 1887, à onze heures du soir, une jeune religieuse se mourait de la fièvre typhoïde à l’hôpital de Toulon.Elle se nommait sœur Saint-Jean, et dans ses traits — 68 — altérés et amaigris, nous aurions eu peine à reconnaître notre petite bretonne Madeleine Le Dautec.C’était, bien elle pourtant.En 1882, elle prononçait ses derniers vœux et demandait comme une faveur d’être envoyée a 1 hôpital de Toulon, poste périlleux entre tons, puisque c’est là que viennent échouer nos pauvres soldats, épaves des corps expéditionnaires, rapportant le germe des plus terribles maladies.C’est qu’à l’école de la soeur Saint-Louis, sa tante bien aimée, Madeleine n’avait pas tardé à comprendre le vide et le néant des choses humaines, et son âme ardente et généreuse s’était promptement élevée jusqu’aux sommets de la charité chrétienne.Son zèle ne s’était pas démenti un seul instant au chevet des malades jusqu’au jour où elle était elle-même tombée mortellement frappée, victime de son dévoue- ment.Aucun devoir de famille ne lu retenait sur la terre, du Le Dautec, fort maltraité a rhô- reste, Son père, Pierre pilai Inique où i avait d’abord été transporté, avait pu, grâce à l’intervention de la sœur Saint-Louis, obtenir transfer à l’Hôtcl-Dicu, encore desservi par un personnel religieux.Il s’y était éteint au bout de quatre mois, le corps épuisé par les excès et les privations de toute sorte, mais l’âme régénérée et consolée, plus encore par les nobles exemples d’immolation chrétienne qu’il avait sons les veux que par les exhortations du vénérable aumônier de l’établissement.Soudain, dans le silence de la nuit, toutes les cloches des églises de la ville lançèrent dans l’espace leurs sons les plus éclatants, rappelant de nouveau à la terre que le Christ était venu sauver les hommes.Madeleine entr’ouvre les yeux.Un sourire céleste illumine son visage, et les deux sœurs qui veillent a chevet écoutent, surprises, ces paroles qui, à travers 1 èvres décolorées, s’échappent comme un dernier souille : — Oh ! sainte Vierge, soyez bénie ! les anges de Noel ont entendu la prière de ma mère ! son son ses Lucien Dauviu.e.
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