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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1969-01, Collections de BAnQ.

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[" MER Sociologie et théologie L\u2019Episcopat canadien et l\u2019avortement Institutions privées et réforme scolaire La Qrande mission de Chicoutimi Mémoire\" de Jacques Brault A A A A A A A A À À A À À À SOMMAIRE Janvier 1969 Editoriaux.3 L\u2019Episcopat canadien et l\u2019avortement.\u2014 Institutions privées et réforme scolaire.Articles Christianité\tet\tchristisme\t.\t.\t.Raymond Bourgault\t5 Témoignage d\u2019un missionnaire à l\u2019intérieur Jean-Charles Waddell\t7 Sociologie et théologie.Lucien Roy 10 \u201cMémoire\u201d de\tJacques\tBrault .\t.\t.Gabrielle Poulin\t13 Le colloque de Jonquière sur l\u2019éducation Albert Plante\t16 Chroniques Vie de l'Église : Une nouvelle étape dans l\u2019unité chrétienne au Canada.Stéphane Valiquette 17 Littérature : L\u2019effroyable ennui de Charles Baudelaire Liam Brophy\t18 Au service du français :\tPonctuation-1\t.\t.\tJoseph d\u2019Anjou\t20 Radio et télévision : Nos vœux à la radio et à la télévision Émile Gervais\t21 Le théâtre.Georges-Henri d\u2019Auteuil 22 Monsieur Bonhomme et les Incendiaires.\u2014 Pauvre amour.\u2014 Staircase.\u2014 Les Posters.Au fil du mois.24 Une réaction de santé.\u2014 Deux îles: Félix et Andrée Leclerc.Correspondance : Le Parti\tnationaliste\tchrétien .Lucien Roy\t25 Méditation : En route avec Lui.Paul Fortin 25 Les livres.26 Notes bibliographiques.3Q Ouvrages reçus.31 RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jesus Directeur: Richard Arès.Rédacteurs-.Luigi d\u2019Apollonia, Marcel Marcotte.Collaborateurs: Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil, Irénée Desrochers, René Dionne, Fernand Potvin, Jean-Paul Rouleau.Secrétaire de la rédaction: Georges Robitaille.Administrateur: Albert Plante Rédaction et abonnements : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal-351.Tél.: 387-2541 M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est une publication des Editions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $6 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de l\u2019Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.AMOUR ET CONSCIENCE A propos d\u2019« Humanæ Vitæ » par Gérard LA VIGNE,, S.J.Cette brochure s\u2019adresse aux couples de nos paroisses et à ceux qui se préparent au mariage, aux groupes d\u2019étude des mouvements sociaux et apostoliques, au personnel hospitalier et enseignant, à tous ceux qui désirent mieux comprendre et mieux vivre l\u2019amour conjugal authentique.$0.50 \u2014 Par la poste: $0.60 LES ÉDITIONS BELLARMIN 8100, boulevard Saint-Laurent Montréal-351 CONSERVEZ RELATIONS Cartable en similicuir rouge avec titres or.Jeu de 12 cordes.au comptoir $2.50 par la poste $2.65 Reliure de votre collection 1968.Le lecteur fournissant sa collection : $3.00 Si nous fournissons la collection : $8.00 Ajouter $0.25 pour frais d'expédition Écrivez ou téléphonez 8100, boul.Saint-Laurent Montréal-351 387-2541 montréal numéro 334 janvier 1969 CENTRE DE DOCUMENTATION , -/ StaMi corporation des enseignants du tjuêo* - relations £ditotiaux L'Épiscopat canadien et l'avortement Quand le Parlement d\u2019Ottawa, prochainement, décidera du sort de la nouvelle législation sur l\u2019avortement proposée par le gouvernement Trudeau, chaque député saura à quoi s\u2019en tenir sur les positions de l\u2019Épiscopat catholique du Canada à cet égard.Ces positions, comme en fait foi la \u201cDéclaration\u201d officielle du 5 décembre dernier, n\u2019ont pas varié d\u2019un iota durant l\u2019année en cours.Les Évêques continuent de s\u2019opposer énergiquement au projet gouvernemental, apparemment inchangé, et pour les mêmes raisons qu\u2019ils ont invoquées à son encontre dès leur \u201cDéclaration\u201d du 7 février: 1° ce projet ne respecte pas, ni n\u2019entraîne à respecter \u201cla valeur inappréciable de toute vie humaine\u201d, y compris la vie fœtale; 2° il ne contribuera point, comme l\u2019expérience le prouve, à la diminution du nombre des avortements clandestins; 3° il repose, de l\u2019aveu même du Comité ad hoc qui l\u2019a inspiré, sur des études insuffisantes dont les résultats, par surcroît, n\u2019ont jamais été rendus publics; 4° il est une solution de facilité à un problème qui ne peut être résolu que par un grand effort d\u2019éducation populaire, de recherche scientifique, de promotion sociale et familiale.Nous avons ouï dire, un jour, au Premier Ministre lui-même que l\u2019opposition de l\u2019Épiscopat n\u2019était peut-être pas définitive, que ses sévérités intermittentes, en cette matière comme en d\u2019autres, étaient sujettes à révision.Pourquoi les Évêques, par exemple, n\u2019en viendraient-ils pas à composition vis-à-vis de l\u2019avortement comme vis-à-vis de la contraception ?Ne sont-ils pas l\u2019un et l\u2019autre, selon l\u2019enseignement de l\u2019encyclique \u201cHumanæ Vitæ\u201d, condamnés par la morale et par l\u2019Église ?Et si l\u2019Épiscopat canadien a pris sur la question de la vente des contraceptifs une attitude tolérante, pourquoi maintiendrait-il sur la question de l\u2019avortement \u201cune attitude plus catégorique\u201d ?L\u2019illusion est d\u2019autant plus facile et dangereuse que la récente Déclaration de Winnipeg a été interprétée par la presse dans un sens extrêmement libéral.C\u2019est pour la dissiper, semble- t-il, que les Évêques ont senti le besoin de \u201créaffirmer\u201d leurs positions antérieures, et qu\u2019ils ont pris soin de bien marquer, au départ, la différence entre la contraception et l\u2019avortement.S\u2019il est possible, à la rigueur, de faire de la contraception une simple question de morale personnelle, relevant en dernier ressort de l\u2019appréciation de la conscience de chacun, l\u2019avortement, en revanche, qui met en cause le droit sacré à la vie d\u2019une autre personne humaine, tombe nécessairement dans le domaine de la loi criminelle dont c\u2019est le rôle, précisément, d\u2019empêcher que les droits fondamentaux et objectifs des uns soient mis en péril par les initiatives intéressées et subjectives des autres.Ce disant, l\u2019Épiscopat dépouille nos législateurs, ceux notamment qui lui donnent leur allégeance, d\u2019un alibi confortable.Bon gré mal gré, le jour venu, chaque député, en déposant son vote, aura conscience de dire oui ou non au magistère officiel de l\u2019Église canadienne.Certes, ce oui ou ce non, pour les raisons que nous avons déjà dites {Relations, mars et avril 1968), ne ressortit pas directement à la foi: les catholiques, en matière d\u2019avortement légal, ne sont pas tenus d\u2019entériner en tout point l\u2019enseignement moral et la discipline de l\u2019Église, mais doivent s\u2019en remettre, en définitive, à leur conscience de citoyens, responsables du bien commun.N\u2019empêche que l\u2019écart, ici, entre l\u2019extrême rigueur de la loi morale et l\u2019indulgence excessive de la loi criminelle, serait tellement considérable qu\u2019il est permis de douter qu\u2019aucun législateur catholique, dûment éduqué par l\u2019Église, en arrive jamais, sans renier ses convictions, à tomber pleinement d\u2019accord avec le projet du gouvernement.Et donc, de deux choses l\u2019une: ou bien le gouvernement doit apporter des modifications substantielles à son projet de loi, ou bien il doit laisser à chaque député entière liberté de voter pour ou contre, suivant ses convictions personnels d\u2019homme et de chrétien.Mais le gouvernement, jusqu\u2019à ce jour, s\u2019est refusé à toute concession sur l\u2019un et l\u2019autre point.Cette raideur est de mauvais augure pour l\u2019avenir des rapports entre l\u2019Église et l\u2019État canadien sous le présent régime.Puisque, en dépit des avances qu\u2019elle lui a faites, ces dernières JANVIER 1969 3 années, César s\u2019entête et s\u2019enferre dans son intransigeance, ne faudra-t-il point que l\u2019Église s\u2019enquière, en désespoir de cause, d\u2019autres moyens plus efficaces de défendre les droits imprescriptibles de Dieu et de la conscience chrétienne ?Institutions privées et réforme scolaire Il n\u2019y a pas si longtemps.\u2014 dix ans tout au plus, \u2014 les institutions privées occupaient dans notre système d\u2019enseignement, au niveau secondaire et collégial surtout, pour ainsi dire toute la place.Aujourd\u2019hui, quelques-unes seulement survivent dans l\u2019inquiétude et l\u2019angoisse du lendemain.Et le secteur public, autrefois presque inexistant, absorbe l\u2019une après l\u2019autre ces fières et méritantes institutions, au sein desquelles, depuis la Conquête, se maintenait chez nous, comme en autant de forteresses, la culture dite classique.Le bill 60 avait pourtant reconnu aux parents le droit de choisir pour leurs enfants les institutions les plus en accord avec leur conviction; le rapport Parent n\u2019avait pas craint d\u2019affirmer que \u201cl\u2019État ne peut négliger l\u2019apport des établissements privés .(et leurs) titres à faire partie du système d\u2019enseignement\u201d.Et les gouvernements enfin, tant libéral qu\u2019Union nationale, avaient promis l\u2019adoption d\u2019une loi-cadre qui situerait les institutions privées dans l\u2019ensemble du système, en leur accordant une juste part des subventions nécessaires à leur survivance.1968 se termine et cette loi (les bills 56 et 61) n\u2019est encore qu\u2019à l\u2019état de projet.Les 21 et 26 novembre dernier, une quarantaine d\u2019associations et d\u2019institutions ont, par leurs représentants devant le Comité parlementaire de l\u2019Education, exprimé leurs doléances et réclamé justice, et le plus tôt possible, car, affirmait l\u2019un des participants, \u201cd\u2019ici un an ou deux, il ne demeurera plus qu\u2019une demi-douzaine de collèges privés\u201d.Le même délégué concluait son mémoire par ces mots qui résument bien la situation: \u201cÀ moins que les institutions privées ne jouissent d\u2019une aide financière appréciable de l\u2019État, qui réduira à un niveau accessible à l\u2019ensemble de la population les frais de scolarité exigés dans ces institutions, elles seront demain sans étudiants .\u201d À ces voix criant au secours s\u2019est ajoutée, depuis, celle des évêques du Québec dans leur note du 29 novembre.À l\u2019objection que le maintien d\u2019écoles privées pourrait faire échec au développement du secteur public de l\u2019enseignement, les évêques ont répondu en rappelant les faits suivants: cinquante-cinq des établissements de niveau collégial, naguère dirigés par des prêtres, des religieux ou des religieuses, se sont intégrés à vingt-cinq institutions gouvernementales pour créer les vingt-trois CEGEP existants.Le nombre des établissements à direction cléricale ou religieuse passera, de quelque deux cent cinquante qu\u2019il était en 1964, à une douzaine d\u2019ici quatre ou cinq ans.De plus, l\u2019établissement des écoles polyvalentes a amené et amènera dans quelques années la disparition ou l\u2019intégration de la grande majorité des institutions privées du niveau secondaire.Le secteur public a atteint un tel degré de développement que maintenant ce sont les institutions privées qu\u2019il faut défendre et à qui il faut accorder \u201cune participation juste et équitable aux deniers publics\u201d.La liberté d\u2019enseignement, affirment les évêques, est basée sur le droit fondamental de l\u2019homme à recevoir l\u2019enseignement et l\u2019éducation lui permettant de se développer harmonieusement.Elle est l\u2019expression d\u2019une liberté essentielle que les pays démocratiques se font un devoir de respecter.Mais, il ne suffit pas d\u2019en énoncer le principe, il faut la rendre financièrement possible.Une liberté d\u2019enseignement qui n\u2019est pas un vain mot suppose la possibilité d\u2019accès aux institutions privées.Cette liberté est réelle lorsque, de fait, ces institutions sont mises à la portée financière de tous ceux qui veulent s\u2019y inscrire et qu\u2019en même temps elles disposent des ressources matérielles nécessaires pour vivre décemment.Seule une juste distribution des deniers publics peut favoriser l\u2019exercice d\u2019une telle liberté.La justice distributive exige que la répartition des deniers publics entre les diverses institutions d\u2019enseignement, publiques ou privées, se fasse selon les mêmes critères objectifs.Le ministre de l\u2019Éducation, M.Jean-Guy Cardinal, a écouté d\u2019une oreille sympathique les demandes faites par les représentants des institutions privées; il a même laissé entendre que les bills 56 et 61, fusionnés en un seul et améliorés, deviendraient la loi-cadre qu\u2019espère depuis si longtemps l\u2019enseignement privé au Québec.Maintenant qu\u2019il est débarrassé du souci de se faire élire et qu\u2019il peut siéger en toute légitimité à l\u2019Assemblée législative, peut-être voudra-t-il donner enfin la priorité à ce projet de loi-cadre, depuis si longtemps promis et tant de fois retardé.15 décembre 1968.AUGMENTATION DU PRIX DE L'ABONNEMENT À partir de janvier 1969, le prix de l\u2019abonnement à \u201cRelations\u201d sera porté à $6.Il était de $5 depuis janvier 1962.Nous avons maintenu ce prix durant ces sept années malgré la hausse générale des frais.À ces augmentations du coût de la production et de l\u2019administration vient s\u2019ajouter l\u2019accroissement prochain des frais postaux pour les journaux et les périodiques.Notre budget en sera lourdement grevé.Nous avons donc pensé que nos lecteurs considéreraient avec bienveillance notre situation et qu\u2019ils consentiraient de bon gré à nous verser un dollar supplémentaire.Aurions-nous été présomptueux ?Nous remercions d\u2019avance ceux qui nous honoreront de leur fidélité.Nous nous efforcerons de leur presenter une revue de meilleure qualité encore, à la hauteur des problèmes qui confrontent notre milieu.4 RELATIONS CHRISTIANITÉ ET CHRISTISME Raymond Bourgault, S J.Nous considérons volontiers les montagnes comme le type des choses solides et durables et, faute d\u2019envelopper d\u2019un seul regard tout l\u2019empan des longues durées des âges géologiques, nous ne portons pas notre attention sur les puissantes orogenèses qui ont soulevé ces masses de pierre, et, en conséquence, notre langue n\u2019a pas de mot pour dire, à l\u2019intransitif : \u201cil montagne\u201d, c\u2019est-à-dire, \u201cil se fait de la montagne\u201d.De même, hommes de peu de foi, quand nous voyons des masses d\u2019hommes au cœur de pierre qui ne croient pas au Christ, nous ne pensons pas que Dieu a donné ordre que toute montagne et toute colline soient abaissées, et que Jésus nous a reproché de ne pas avoir la foi qui transporte les montagnes.Si nous avions cette foi, peut-être notre langue pourrait-elle créer l\u2019expression, au transitif cette fois et avec une majuscule : \u201cIl montagne\u201d, c\u2019est-à-dire Dieu élève son Église peu à peu au sommet de la montagne pour en faire la lumière des nations.Pour renouveler notre langage et nous réhabituer à voir les choses dans la foi, il faut donc nous rendre attentifs, non seulement à ce qui apparaît au ras de l\u2019écorce, mais tout autant à ce qui s\u2019ourdit et se trame dans les profondeurs de la Terre.Cette conversion du regard est devenue aujourd\u2019hui une nécessité.Car bien des descriptions de ce qui arrive sous nos yeux à l\u2019Église de Jésus-Christ s\u2019expriment dans un langage très approximatif et même involontairement tendancieux.Les mots employés prétendent circonscrire objectivement les phénomènes, mais souvent ils ne font que monter en épingle des aspects superficiels et secondaires, et ils prennent la partie pour le tout.Il en est probablement ainsi, pour une part, de ce qu\u2019on appelle la sécularisation et la déchristianisation.Ces mots désignent \u2014 dans une mauvaise langue, croyons-nous, \u2014 l\u2019aspect négatif de la transformation actuelle d\u2019une certaine figure de la religion chrétienne, et ils peuvent empêcher les observateurs et les croyants de se rendre compte de ce qui se passe en réalité, surtout des lignes de forces qui se dessinent déjà et qui, pour être moins apparentes, n\u2019en sont pas moins grosses d\u2019avenir.Cet article voudrait, à partir de l\u2019histoire et des mots qui en caractérisent les périodes et les processus, être une contribution à une clarification du vocabulaire qui encourage la pensée à regarder au fond des choses et l\u2019action à faire émerger des nappes souterraines de la vie de l\u2019Église, les sédiments que la vie mystique y a déposés et mis en réserve pour notre temps.Chris-t-ian-is-me.La racine chris- est grecque et veut dire oindre, frotter d\u2019huile.C\u2019est une pratique des guerriers, et plus tard des athlètes, qui assouplissaient ainsi leurs membres avant de se porter au combat contre les ennemis de leur communauté tribale ou nationale.Sur ce modèle, ce fut ensuite un rite de consécration des roi-guerriers sauveurs de leur peuple : on versait de l\u2019huile sainte sur la tête du chef, qui devenait ainsi un oint, un messie, un chris-t.En effet, le -t final est un suffixe d\u2019adjectif verbal qui fait que christos, et en français christ, signifie celui qui est oint, consacré par l\u2019onction.Le groupe suivant, -ian-, est un suffixe latin qui, dans les plus anciens emplois du mot, oppose probablement les partisans du Christ Jésus aux partisans du roi Hérode : le christianos, qui est devenu notre chrétien, est donc, pour les occupants romains, une façon de caractériser un groupe d\u2019hommes qui, dans le monde judéo-oriental, semblait participer à un mouvement de libération que dirigeait un chef, soit profane (roi) soit sacré (christ).La syllabe -is- est un suffixe verbal d\u2019action que le français a hérité du grec et qui sert encore à composer des mots tels que celui qui fait l\u2019objet de la présente analyse : christianiser désigne donc l\u2019ensemble des activités par lesquelles les partisans du Christ Jésus travaillent à augmenter le nombre de leurs adhérents.Enfin, -me est un suffixe nominal de mouvement : il oppose ici le mot christianisme à judaïsme et hellénisme, et désigne donc le mouvement par lequel les disciples de Jésus qui croient qu\u2019il est Christ annoncent leur foi afin que d\u2019autres la partagent.Ce terme suppose donc un monde qui n\u2019est pas gagné à la foi à Jésus-Christ et en même temps l\u2019activité missionnaire d\u2019une minorité.Déchristianisation.Or, cette minorité a fini par éliminer ses concurrents sur tout le pourtour de la Méditerranée et à s\u2019imposer comme religion officielle de l\u2019empire romain.Le processus de christianisation s\u2019est alors intensifié; pourtant, il a à peine entamé la population des campagnes, les habitants des pagi ou pagani, qui est devenu notre mot païen.Les invasions barbares et arabes ont ensuite ruiné la culture méditerranéenne et remis au creuset les éléments auxquels la religion issue de la foi à Jésus comme Christ avait donné une forme définie, quoique limitée.Au septième siècle, les pays riverains de la Méditerranée étaient menacés de barbarisation ou d\u2019arabisation, et aussi de déchristianisation.Chrétienté.Puis, après la tourmente, le mouvement missionnaire a repris de plus belle, mais cette fois l\u2019Église n\u2019apparaissait plus comme un parti opposé à d\u2019autres : elle était plutôt l\u2019héritière de la romanité qui, dans ses derniers siècles, s\u2019était trouvée être chrétienne.Quand les barbares furent en principe convertis avec leurs chefs à cette tradition complexe, \u2014 et non seulement à la foi au Christ, \u2014 les élites prirent conscience que la société prenait une forme nouvelle qui, par opposition à la romanité et peut-être à l\u2019islamité, reçut le nom de chrétienté.Le mot et le suffixe ne désignent plus un mouvement mais un état.On n\u2019a plus le sentiment d\u2019avoir à christianiser, la foi au Christ ne se saisit plus tout à fait comme un mouvement de christianisation, un christianisme.On estime JANVIER 1969 5 que la vie selon le Christ est désormais une réalité historiquement instituée qu\u2019il n\u2019y a plus qu\u2019à approfondir.Les Celtes et les Germains romanisés et christianisés s\u2019éprouvent plutôt comme les héritiers de l\u2019empire romain tout entier converti et dépassé, et ils donnent à l\u2019aspect politique de leur société le nom de Saint Empire romain germanique.Or l\u2019empire est, non point missionnaire, mais conquérant, il n\u2019est pas tant au service d\u2019une foi en l\u2019universalité du salut apporté par le Christ qu\u2019un moyen de combattre le paganisme, l\u2019hérésie et l\u2019Islam.Les moines eux-mêmes qui avaient mystiquement porté la croix du Christ et ainsi converti les barbares exhortent maintenant les chevaliers à porter la croix physiquement sur leur armure et à faire la croisade contre les Albigeois et les Sarrasins.Déchrétienîéisation.Une telle symbiose de l\u2019Église et de l\u2019État ne pouvait durer.Sans être contradictoire, elle était une synthèse forcément provisoire de deux universa\u2019is-mes différents, obligés l\u2019un et l\u2019autre d\u2019arrêter leur élan à ce qui était pour lors la frontière du possible.Le rêve de la catholicité et celui de l\u2019empire universel étaient restreints à l\u2019Europe et ils ne pouvaient longtemps demeurer côte à côte sans se heurter et tenter chacun de nier l\u2019autre.Il était dans la force des choses que l\u2019Église et l\u2019État prennent chacun leur autonomie, et que l\u2019universalisme recouvre son dynamisme créateur et déborde hors d\u2019Europe et hors de la chrétienté.C\u2019est pourquoi, en même temps que l\u2019Europe s\u2019ouvrait aux autres continents, les structures socio-politiques et la culture se sont-elles laïcisées de plus en plus.Mais sans doute le caractérise-t-on mal en parlant de déchristianisation, car il s\u2019agit en réalité de déchrétien-téisation.C\u2019est du christianisme comme mouvement méditerranéen des fidèles du Christ qu\u2019il est exact de dire qu\u2019il a été soumis à un processus de déchristianisation.La chrétienté européo-atlantique ne peut être que déchrétien-téisée.Christianité.Faudrait-il dire alors que le \u201cchristianisme\u201d reste intact tandis que la forme historique qu\u2019il a prise au Moyen Âge se décompose ?Sans doute, le langage courant peut-il le dire.Mais peut-être la science historique soucieuse d\u2019exp\u2019ication ne dispose-t-elle pas ici d\u2019un vocabulaire assez précis pour éviter, même chez les doctes, une ambiguïté fallacieuse.Si la foi au Christ est ce que l\u2019Église catholique soutient qu\u2019elle est, il convient de chercher un mot qui exprime le continu au sein du discontinu.C\u2019est pour faire face à un problème comme celui-là que Heidegger a créé le terme allemand christ-lichkeit, qu\u2019Henri Birault a traduit par christianité.Le christianisme médherranéen s\u2019est déchristianisé, la chrétienté européo-atlantique s\u2019est déchrétientéisée, mais la christianité qui a fait et le christianisme et la chrétienté continue sa marche historique, et elle s\u2019apprête à créer une nouvelle forme de la foi au Christ, héritière sans doute des anciennes mais radicalement nouvelle dans la figure qu\u2019elle cherche à se donner.Peut-on définir la christianité ?C\u2019est l\u2019esprit du Christ ressuscité actuel\u2019ement régnant dans la gloire sur une humanité qu\u2019il s\u2019applique à sauver par le moyen de ceux qui croient en son Nom et qui, dans la mesure où la chose dépend d\u2019eux, se dis- posent à accueillir les inspirations de l\u2019Esprit par le moyen des Écritures, de la Tradition, du Magistère et de la Prophétie.Christisme.La nouvelle forme de christianité aura un nom.Ce nom devrait, comme les précédents, conserver une référence à l\u2019idée d\u2019onction qui fait des guerriers au service du roi sauveur, non plus d\u2019un peuple en particulier, mais de l\u2019humanité entière.Mais peut-être le Christ ne sera-t-il plus celui dont les baptisés sont les partisans à côté d\u2019autres groupes de pression et contre eux, ni celui au nom duquel s\u2019organisait en chrétienté la répartition des pouvoirs politico-religieux.Ce pourrait être celui qui, du dedans, conduit l\u2019histoire et mène l\u2019humanité à son salut par le moyen de tout ce qui, de quelque manière, émane de lui ou converge vers lui : d\u2019abord, les groupes locaux ou nationaux de catholiques, d\u2019orthodoxes et de protestants, ensuite les groupes interconfessionnels et œcuméniques entretenant une mentalité pluraliste qui cherche à s\u2019étendre même aux autres traditions spirituelles de l\u2019humanité, enfin tous les individus et les groupes qui sont en quête de justice et de vérité.Cette troisième forme historique prise par la christianité n\u2019apparaîtra peut-être p^s aussi immédiatement comme mouvement ou comme état.Penser que le Christ est ici et non point là sera une tentation de la \u201cfin des temps\u201d.Les chrétiens catholiques devront être paradoxalement fiers et modestes à la fois, penser que Dieu a besoin des hommes et en particulier des chrétiens fidèles au successeur de Pierre, et en même temps réapprendre qu\u2019ils sont des serviteurs inutiles, que Dieu peut se passer de leur zè\u2019e, que quiconque n\u2019est pas contre eux est avec eux.Ce n\u2019est pas nous dont l\u2019activité est efficace, mais c\u2019est le Christ qui opère en nous et par nous son œuvre de rassemblement des hommes.Peut-être voyons-nous maintenant la forme que prendra bientôt la christianité; la foi au Dieu qui intervient dans l\u2019histoire, toujours identique à elle-même, ne se pensera plus seu\u2019ement comme activité des fidèles pour convertir les autres ou l\u2019activité de Rome et du successeur de Pierre pour établir un royaume de Dieu ici-bas, mais aussi comme activité du Christ lui-même qui choisit ici et là dans le monde ceux qu\u2019il veut pour accomp\u2019ir visiblement ou invisiblement son œuvre, mener à terme la lutte contre les ennemis de l\u2019homme qui sont en l\u2019homme, et oindre pour être ses auxiliaires des ouvriers imprévisibles.La tentation d\u2019Élie est la nôtre : \u201cJe suis rempli d\u2019un zèle ja\u2019oux pour Yahvé, parce que les enfants d\u2019Israël t\u2019ont abandonné .et je suis resté moi seul.\u201d Mais Dieu lui dit d\u2019aller oindre Jéhu comme roi et Élisée comme prophète, et il ajoute : \u201cJ\u2019épargnerai en Israël sept mi\u2019le hommes qui n\u2019ont pas plié le genou devant Baal\u201d.Ce qui veut dire : \u201cTu te pensais seul fidèle, ô Élie, mais c\u2019est moi qui donne la foi au Dieu des armées, qui donne le goût de combattre pour le royaume de Dieu et qui donne à qui je veux l\u2019onction prophétique, sacerdotale et royale.\u201d Pour exprimer tout ce1 a, on suggère ici le mot christisme.Il n\u2019exprime ni un mouvement ni un état des chrétiens comme tels, mais l\u2019activité constante du Christ pour transmettre son onction et son esprit, pour faire de ceux 6 RELATIONS qui croient en lui moins des partisans que des oints, pour encourager la hiérarchie à renoncer à ce qui peut rester de pouvoir temporel, pour redonner à tous les groupes locaux de fidèles, en communion vitale avec une hiérarchie de service, la hantise d\u2019être, lumière sur la montagne, le reflet de la lumière éternelle qui brille sur la figure de l\u2019unique Oint de Dieu de qui toute onction tire son efficacité.Cette ana\u2019yse peut nous aider à comprendre que ce que certains sociologues décrivent comme déchristianisation est en fait, pour une part, une déchrétientéisation salutaire et l\u2019envers trop apparent d\u2019une christisation qui s\u2019ourdit dans les profondeurs de la vie de l\u2019Église.Pour que l\u2019Église cesse d\u2019apparaître comme occidental et qu\u2019elle soit planétaire, comment n\u2019est-il pas nécessaire qu\u2019elle se déchrétientéise ?La ruine des structures imposantes, fruits de tant de labeurs de nos pères dans la foi, nous émeut et nous scandalise.Mais n\u2019est-ce pas le temps de nous rappeler que l\u2019universalisme de la foi d\u2019Israël a fait un bond gigantesque en avant précisément au moment où toutes les structures politiques de la royauté terrestre s\u2019écroulaient et où le peuple était exi\u2019é dans la lointaine Babylonie ?La Diaspora n\u2019est-elle pas le nom que doit prendre la dissémination de la semence qui est la parole de Dieu ?Bientôt sans doute, si ces prospectives sont fondées, les géographes de la religion chrétienne ne dessineront plus sur la carte de larges surfaces correspondant à des nations chrétiennes, mais plutôt des pointillés délicats et discrets signalant, sur la mappe-monde tout entière, l\u2019existence ardente de millions de groupes de ferveur qui seront véritablement le levain dans la pâte, \u2014 peut-être après avoir été, comme leur Maître, le grain de blé jeté en terre qui ne porte beaucoup de fruit qu\u2019au delà de la mort vie-créante.APRÈS LA GRANDE MISSION DE LA VILLE DE CHICOUTIMI TÉMOIGNAGE D\u2019UN MISSIONNAIRE À L\u2019INTÉRIEUR Jean-Charles Waddell, S.J.Je sens ici le besoin de faire le point.Après dix ans de prédication et de mission à l\u2019intérieur.Et je crois utile d\u2019en communiquer les résultats.L\u2019occasion: la Grande Mission qui vient de se dérouler au cœur du diocèse de Chicoutimi dans la ville du même nom et ses environs immédiats.J\u2019ai missionné dans une paroisse populeuse au centre de la ville.Les objectifs de toute Grande Mission Les propos que je tiendrai ici n\u2019engagent que moi, même s\u2019ils doivent le meilleur d\u2019eux-mêmes à de nombreux échanges avec des prêtres, des laïcs et des missionnaires engagés dans la même tâche: raffermir la communauté chrétienne, éclairer et nourrir sa foi, rajeunir ses structures de façon à rendre plus réels et p\u2019us vrais les échanges, le partage, et la prise en charge des différents secteurs de la vie profane.Faute de quoi nous en resterions au compartimentage, mortel, dont la communauté chrétienne a déjà trop souffert, entre une religion vidée de substance (moins d\u2019une heure de pratique, le dimanche), bonne tout au plus à anesthésier un vague sentiment de culpabilité diffuse, et d\u2019autre part une vie de tous les jours (la \u201cvraie\u201d vie, le \u201csérieux\u201d de la vie) vécue sous le signe non pas même soupçonné de l\u2019égoïsme et de l\u2019exploitation de l\u2019autre.Au bout du compte, une foi morne réduite presque à la dimension d\u2019une étiquette, face à une société où l\u2019homme \u2014 à qui le Fils de Dieu s\u2019est pourtant identifié \u2014 n\u2019est plus guère respecté dans la dignité.Or la foi proposée tout au long de l\u2019Ancien Testament et du Nouveau est autre chose qu\u2019un paquet de notions sues que l\u2019on se contenterait de répéter (\u201cJe sais mon catéchisme !\u201d).Croire, c\u2019est se fier à Quelqu\u2019un, au Christ-Fils de Dieu, sur sa Parole, et engager sa vie à sa suite, c\u2019est prendre sa mentalité, ses points de vue, \u201cses sentiments\u201d (il ne s\u2019agit pas de sentimentalité), comme dit saint Paul, sur toutes les dimensions de mon existence, qu\u2019il s\u2019agisse de ma vie personnelle, de mes relations avec les autres, de mes amours, de ma vie de travail, du monde des affaires, de la profession, de la vie politique, de la vie sociale, de mes loisirs \u2014 de tout.Le Christ s\u2019y intéresse, rêve tout cela grand.Mais il ne fera rien à ma place.Dans sa liberté, il adresse à ma liberté une invitation.A son niveau, lui la Source, il fait tout; au mien, moi son œuvre de tous les instants, j\u2019ai à tout faire.Il ne me dispensera d\u2019aucun effort, d\u2019aucune difficulté.Tout ce qu\u2019il fera, c\u2019est d\u2019être là pour m\u2019inspirer, pour aue je puise dans son amour la force de tout faire, de prendre en charge les autres et la construction d\u2019un monde où pour tous il fasse bon vivre dans la dignité et la responsabilité.Les étapes D\u2019abord une enquête sociologique par un spécialiste de l\u2019Université Laval, où déjà étaient analysés dans leur ensemble les problèmes propres à la région, et esquissées des orientations pastorales possibles.Depuis janvier, quatorze Commissions ont repris le travail, chacune couvrant JANVIER 1969 7 un secteur: Travailleurs, Jeunes Travailleurs, Paroisse, Famille, Liturgie, Religieuses, Monde des affaires, Professions, Éducateurs, Étudiants, etc.Un certain nombre ont fourni une somme de travail presque incroyable, matérialisé dans des documents dont il serait souhaitable d\u2019assurer la diffusion afin que le plus grand nombre soit saisi de la situation, pour ensuite travailler à l\u2019améliorer.J\u2019accorderais une mention spéciale à l\u2019étude de vingt-cinq pages de la Commission des Travailleurs, où les ouvriers ont trouvé une voix pour exprimer leur insécurité, leurs souffrances, leurs aspirations.Une des choses les plus émouvantes qu\u2019il m\u2019ait été donné de lire, écrite dans leur langage à eux, simple, direct, et qui leur a demandé cinquante-deux réunions bien comptées, outre des consultations avec d\u2019autres Commissions.Je ne dis pas que tout y soit absolument objectif, mais je dis qu\u2019avant de la critiquer, il faut la lire avec une immense sympathie et s\u2019en laisser longuement pénétrer.Promotion du Laïcat dans les faits Ceci au plan de la zone.Au plan des paroisses, le dévouement investi a dépassé tout ce qui s\u2019était fait dans les autres zones du diocèse.Les prêtres de paroisse savaient qu\u2019on ne fait pas bouger une population citadine comme on peut le faire à la campagne.Ils ont sans doute été aiguillonnés par tous les problèmes qui leur sautent à la figure depuis quelques années, dans une région longtemps épargnée par les bouleversement nés plus tôt ailleurs.Mais maintenant, les bouillonnements sont d\u2019autant plus violents.Ils ont cru à la Mission, et ils y ont mis tout leur cœur et toutes leurs énergies.Les laïcs, aussi inquiets sinon davantage, ne pouvaient faire autrement que de répondre avec empressement.Qui dira ce qu\u2019ils y ont déployé de foi et de dévouement ! Co-responsabilité totale vécue scrupuleusement.Plus de cent laïcs ont visité pratiquement tous les foyers de la paroisse où je missionnais, pour les renseigner et les inviter à la mission prêchée.Regroupés en équipes dans des salles, ils mettaient en commun leurs impressions et approfondissaient les questions soulevées.Dans les plénières qui suivaient, ils prenaient connaissance de quelques rapports, pour ensuite tenter ensemble de faire plus de lumière sur des points plus délicats ou plus obscurs.Le missionnaire intervenait le moins possible, sauf quelques minutes à la fin pour faire le point sur l\u2019ensemble de la soirée.Les résultats ont dépassé les espérances les plus optimistes.Assistance nombreuse et constante au cours des dix jours.Les gens ont appris à se connaître, à échanger sur leur vie de foi, à en découvrir peu à peu toutes les dimensions et les implications.Comme ce sont les laïcs qui ont entièrement assumé le fonctionnement et l\u2019animation des réunions, il y a en place dans les paroisses un instrument de première valeur prêt à fonctionner pour rénover la vie paroissiale.Bon nombre désirent poursuivre le travail amorcé, sous forme de catéchèse aux adultes et de service d\u2019orientation des foyers.La place du missionnaire, essentielle dans la proclamation de la Parole de Dieu, était pour le reste beaucoup plus discrète que lors des missions précédentes, en partie parce que la préparation n\u2019en avait pas été aussi poussée.Je dois avouer que les premiers jours, j\u2019ai eu une certaine difficulté à m\u2019insérer à l\u2019intérieur d\u2019un mécanisme parfois un peu rigide.Mais ma conviction était qu\u2019il le fallait.Pour le plus grand bien non seulement de la Mission, mais surtout de l\u2019après-mission: le missionnaire passe, les structures mises en place et assumées par le clergé local et les laïcs, restent.Nous avons franchi là un pas en avant décisif.Évaluation du prêtre et de son rôle Une autre considération, d\u2019importance, c\u2019est que le temps fort de la Mission doit être d\u2019abord un temps d\u2019évangélisation.Les chrétiens d\u2019aujourd\u2019hui éprouvent un besoin pressant d\u2019entendre la Bonne Nouvelle (c\u2019est le sens du mot \u201cévangile\u201d) que constitue de la part de Dieu le don de son Fils devenu l\u2019un de nous pour nous inviter en retour à partager son destin de Ressuscité.Tant de chrétiens sentent leur foi remise en question, trop mal équipée pour pouvoir en rendre compte aux jeunes et aux moins jeunes qui le leur demandent.Trop souvent la prédication que nous avons reçue prenait la forme d\u2019une mauvaise nouvelle, et notre christianisme se réduisait en pratique à l\u2019observance d\u2019une loi, dont nos prêtres s\u2019étaient un peu faits les farouches policiers.Le chrétien d\u2019aujourd\u2019hui veut qu\u2019on lui révèle le Dieu d\u2019Amour, celui qui rayonne dans tout l\u2019Évangile.Il veut croire en quelqu\u2019un qui l\u2019aime infiniment, et il a bien raison.Combien de chrétiens se tiennent actuellement à distance de l\u2019Église pour un temps, par peur de la matraque spirituelle, la pire de toutes: elle nous atteint au tréfonds de nous-mêmes, au cœur de notre conscience ! Le chrétien d\u2019aujourd\u2019hui est plein de questions, il veut la lumière de la foi dans sa plénitude.Il ne veut pas sortir d\u2019une mission plus \u201cmêlé\u201d qu\u2019au départ.Et j\u2019ai peur que des prêtres, pour une part victimes de la mode du jour, plus profondément faute de savoir s\u2019asseoir devant une table et de consacrer des heures studieuses à l\u2019étude de la Parole de Dieu et de la pensée théologique de notre temps, ne soient pas équipés comme il le faudrait pour apporter la lumière de Jésus-Christ aux hommes d\u2019aujourd\u2019hui.Ils se rabattent sur une forme de travail qui consiste à soulever sans cesse des questions, sans jamais se risquer à apporter de façon élaborée et authentique la réponse de l\u2019Évangile, alors que c\u2019est là leur fonction principale.Oh ! je crois savoir d\u2019où viennent leur hésitation et leur malaise.Nous avons été nourris d\u2019un catholicisme qui sous prétexte d\u2019orthodoxie est tombé dans le plus stérile conformisme, sourdement méfiant à l\u2019égard de toute forme d\u2019intelligence et de culture.Nos professeurs de théologie \u2014 je ne dis pas nos théologiens: nous n\u2019en avons guère eu \u2014 ont cultivé de façon exclusive la mémoire, ils ont répété, répété, répété \u2014 trop souvent des.niaiseries qui faisaient boule de neige de décade en décade, tout particulièrement en morale.Pas surprenant que nous ayons développé dans l\u2019isolement et la suspicion, une des formes les plus malsaines de catholicisme qui soit au monde, une espèce de Vaudou québécois pour consommation domestique \u2014 nos psychiatres auraient des choses édifiantes à nous dire là-dessus, si nous consentions seulement à les entendre.Nous avons trop oublié que toutes 8 RELATIONS les hérésies condamnées et cataloguées au cours des siècles, sont autant de déformations qui à chaque génération menacent toujours notre foi, et qu\u2019il faut beaucoup de vigilance et de discernement pour empêcher qu\u2019elles ne s\u2019insinuent dans nos comportements et nos mentalités.C\u2019est ainsi qu\u2019en toute bonne foi nous avons été manichéens, jansénistes, fidéistes.Un christianisme ainsi contaminé devient à plus ou moins brève échéance irrespirable et invivable.La peur de Dieu déclenche automatiquement dans l\u2019inconscient l\u2019agressivité.Depuis bientôt dix ans, nous assistons à son monnayage quotidien.Ce sont les prêtres qui ont été le plus sévèrement endommagés par cette forme de christianisme, car ce sont eux qui y ont cru le plus.Beaucoup de départs s\u2019expliquent par là.Ceux qui restent ont une peur plus ou moins avouée de perpétuer le même malaise.D\u2019où la tentation de se taire.Qu\u2019ils étudient plutôt pour retrouver la grande Tradition de la foi.Ils n\u2019en ont pas fini ! Dans le même ordre d\u2019idées et dans son prolongement, j\u2019ai peur qu\u2019on ne s\u2019en tienne encore à une morale, non plus individualiste, mais communautaire, et que si on n\u2019y est pas attentif, on n\u2019en finisse par ne constituer qu\u2019une communauté humaine horizontale, une espèce de club social philanthropique.L\u2019enjeu est pourtant d\u2019incarner notre foi dans une communauté, non pas de former une communauté où la foi au Christ serait plus ou moins mise entre parenthèses.Il est vraiment temps que notre communauté chrétienne soit évangélisée pour de vrai.Notre tentation permanente au Québec: morale toujours ! même si la forme en peut changer.Le drame à ce niveau, c\u2019est que nous n\u2019avons pratiquement jamais eu d\u2019authentiques moralistes, mais des répétiteurs apeurés de ce qu\u2019il y avait de plus étroit et étriqué.Je crois en avoir été assez endommagé personnellement pour avoir acquis le droit de le dire tout haut.Notre morale Nous avons eu et avons souvent encore une morale qui s\u2019est développée en vase clos et qui forme un système de principes aux arrêtes d\u2019acier ne tenant aucun compte de l\u2019homme et de ses situations concrètes.Oh ! il y a bien ici ou là, en bas de page des manuels, un énoncé sur le respect des consciences, sur la vertu prudentielle d'épikie qui veut respecter la singularité des situations, sur les situations \u201cinfra-humaines\u201d (mais entre nous, quel mépris secret trahit pareil langage, alors qu\u2019il s\u2019agit de situations tragiques, tout simplement humaines, comme la vie nous en fait voir tous les jours: notre morale a été ce que j\u2019appellerai une \u201cmorale de riches\u201d, pour gens équilibrés, normaux, dans des situations normales \u2014 et les autres, les \u201cpauvres\u201d, les gens aux prises avec des situations sans issue ?\u2014 Pécheurs à vie, culpabilisés à fond, réduits au plus noir désespoir souvent), mais tout cela bien vite strangulé, surtout à ne jamais utiliser en pratique.Pour ma part, j\u2019ai connu surtout deux espèces de moralistes: les uns, aux principes absolus qu\u2019ils imposaient avec non moins d\u2019absolutisme: rigides et inhumains; les autres, aux principes aussi absolus, mais dans l\u2019application méconnaissables parce que compréhensifs, souples et humains.On dirait le type qui accorde une permission en sous-main.Dans les deux cas, ne s\u2019agirait-il pas d\u2019une façon larvée de satisfaire sa volonté de puissance ?Or nous assistons depuis un certain nombre d\u2019années, surtout depuis le tournant que marque le Concile, à l\u2019élaboration d\u2019une morale influencée par la pastorale et les diverses sciences de l\u2019homme, qui veut combler l\u2019abîme qui existait entre la morale théorique et les situations vécues.Un déplacement d\u2019accent décisif.La déclaration des évêques du Canada sur l\u2019encyclique Humanœ vitœ, de même que celles d\u2019épiscopats de plusieurs pays, fait passer dans les faits une autre attitude, que j\u2019essaierai maintenant de décrire.La morale dont nous avons vécu était une morale qui avait mis entre parenthèses la corporalité et sa conséquence immédiate, notre insertion dans un monde spatio-temporel qui fait de notre existence une histoire.Ceci est de conséquence, car notre relation à Dieu se vit précisément à l\u2019intérieur d\u2019une histoire: l\u2019Histoire sainte commencée avec la création et qui aura sa consommation avec le retour du Christ de gloire.Nous avons eu une morale statique qui jugeait les actes dans l\u2019abstrait.Nous retrouvons une morale dite de cheminement qui ne veut plus juger nos actes dans l\u2019absolu-même si elle a toujours ses absolus \u2014, mais en tenant compte de l\u2019orientation profonde de notre vie, et des conditions et des possibilités concrètes de l\u2019étape où nous nous trouvons.Dieu est en avant qui nous fait signe et nous invite à nous approcher sans cesse davantage de lui, à partir de là où nous sommes.Nous sortons enfin par là d\u2019une morale de l\u2019angoisse et de la contrainte.Et si l\u2019on croit que la morale que je tente ici de cerner est une morale moins exigeante, qu\u2019on se détrompe ! Nous avons affaire avec une morale qui ne permet plus de se soulager en toute bonne conscience, parce qu\u2019elle est centrée sur l\u2019amour des personnes, et que dans cet ordre, on n\u2019en a jamais fini: \u201cCelui qui dit: j\u2019aime assez, a cessé d\u2019aimer.\u201d (S.Augustin) Cette morale revalorise le rôle de la conscience personnelle, inviolable, qui en avait grand besoin.Ces dernières réflexions me sont venues à la suite d\u2019une rencontre lors de la Grande Mission, entre médecins, \u201cthéologiens\u201d et missionnaires, sur les problèmes concrets soulevés par Humanœ vitœ.Dimension sociale de la Justice Un dernier point.Un des thèmes de la prédication était la Justice.Contrairement à une opinion trop courante, elle ne concerne pas seulement le droit de ceux qui ont déjà quelque chose à offrir (travail, argent, etc.) en échange d\u2019autre chose.Mais dans toute la Bible il y a également le droit de ceux qui n\u2019ont rien (\u201cle pauvre, la veuve et l\u2019orphelin, l\u2019étranger\u201d, comme dit l\u2019Ancien Testament), sur les biens de ceux qui ont, et qui sont tenus en conséquence à partager de quelque manière (sous forme, par exemple, d\u2019aumônes, d\u2019investissements productifs d\u2019emplois, de paiements de taxes et d\u2019impôts assurant le partage et la redistribution équitable des biens) avec ceux qui n\u2019ont pas.À ce sujet, nous avons à reviser JANVIER 1969 9 notre notion du droit de propriété qui vient en ligne directe du droit romain païen, pour retrouver son véritable sens, celui de la Bible, présenté avec force par les Pères de l\u2019Église, et qui consiste en la responsabilité de celui qui a, de gérer et attribuer ses biens à ceux qui ont besoin, à commencer par lui-même et ses dépendants, mais sans s\u2019y arrêter, pour ce qui regarde ses superflus.Le riche est l\u2019intendant des biens que le Seigneur lui a permis d\u2019acquérir en toute honnêteté.Il doit dans le partage permettre à ceux qui autrement seraient en dehors de la communauté, de la réintégrer dans la dignité.Cela vaut aussi bien pour les pays riches comme le nôtre que pour les individus, ainsi que l\u2019ont proclamé avec force Jean XXIII et Paul VI.Voilà un de ces énormes péchés secrets que démasque le Christ dans l\u2019Évangile, que comme prêtres nous avons à dénoncer avec le même courage, et qui faisait s\u2019écrier une vieille dame: \u201cVive les bons vieux péchés d\u2019autrefois !\u201d Ils étaient moins compromettants .Là encore nous avons à retrouver les véritables accents de l\u2019Évangile.Je puis vous assurer que les gens défendent à tous crins leur portefeuille (\u201cLà où est ton trésor, là est aussi ton cœur\u201d).Deux réactions typiques: les richesses du Vatican, d\u2019abord.Disons que j\u2019en souffre, et que je souhaite que l\u2019Église s\u2019en allège, comme des États pontificaux, au siècle dernier.Toute l\u2019Église \u2014 et nous en sommes \u2014 a à vivre en plénitude la pauvreté évangélique, le Concile nous le rappelle avec insistance.Et \u201cNous n\u2019avons plus les pauvres que nous avions !\u201d Le pauvre idéal que nous rêvons ne serait déjà plus un pauvre.Combien de riches donnent en riches, j\u2019allais dire avec la meilleure volonté du monde, et humilient le pauvre qui est déjà un humilié.Saint Vincent de Paul disait à ses dames patronnesses: \u201cVous avez à vous faire pardonner par les pauvres votre charité.\u201d Le prêtre retrouverait en partie son véritable rôle s\u2019il se consacrait à donner aux personnes qui se dévouent au service des pauvres, dans les Sociétés de Saint-Vincent-de-Paul ou ailleurs, une spiritualité qui leur apprenne à aller aux pauvres avec une âme de pauvre, en serviteurs qui leur apportent d\u2019abord leur cœur.C\u2019est le riche souvent qui est le plus pauvre: il ne sait pas se donner d\u2019abord lui-même.Sinon l\u2019Église trahirait sa vocation première, celle d\u2019une Église servante et pauvre.ÿ\tÿ\tÿ La Grande Mission du grand Chicoutimi a permis à ces propos, qui la débordent largement, de se cristalliser.Puissent-ils aider ceux qui l\u2019ont vécue à lui donner des lendemains, et leur permettre de rejoindre ceux qui pour une raison ou l\u2019autre, n\u2019ont pas pu ou n\u2019ont pas voulu y participer, ceux qui pour un temps au moins prennent des vacances, ceux qui sont loin.Puisse la communauté chrétienne se rajeunir dans son âme et dans ses structures, et rassembler dans la charité du Christ un Peuple de Dieu convaincant parce que largement accueillant et fraternel.J\u2019ai cru que ces propos à la suite d\u2019une expérience-modèle, pourraient également être de quelque utilité ailleurs.Collège Jean-de-Brébeuf, 3200, ch.Ste-Catherine, Montréal 250.SOCIOLOGIE ET THÉOLOGIE Lucien Roy, S.J.T t \u2014> a sociologie est une science qui a fait ses preuves et que personne ne songe à mettre en doute.Considérer les comportements humains comme des faits, sujets à l\u2019analyse \u2014 analyse capable de fournir des conclusions plus éclairantes, à partir du réel, que toutes les théories aprioristiques de penseurs en chambre \u2014 est non seulement valable en soi mais accepté de tous.Les différentes branches de la sociologie, (comme les ramifications normales de toute science), ont cherché à se déployer dans tout le champ offert à leurs possibilités; et cela non plus n\u2019est pas mis en cause.C\u2019est ainsi que s\u2019est développée une sociologie de la religion à partir de faits et comportements relevant de cette discipline.\u2014 J\u2019emploie le mot discipline à dessein pour rester dans une certaine indétermination commandée par la diversité des religions et de leurs origines.Il y a pourtant un seuil à ne pas franchir en ce genre de ramifications ou de développements si on ne veut pas 10 déborder un jour sur un champ de compétence qui n\u2019est plus le sien, usurper des responsabilités relevant d\u2019une autre instance.Laissons ici de côté les religions qui ne sont pas la nôtre; bornons-nous au christianisme, et même au catholicisme dans lequel nous vivons, la plupart d\u2019entre nous.Xl nous paraît excellent que des sociologues de notre milieu s\u2019attardent à considérer sous toutes les faces les phénomènes modernes de décentralisation, de démocratisation, de contestation .etc ., qu\u2019ils en voient les implications dans le monde de la religion, qu\u2019ils s\u2019essaient à trouver les solutions que leur discipline suggère; encore faut-il savoir s\u2019arrêter au bon moment ! Il est peut-être dangereux ici plus que partout ailleurs d\u2019interférer avec une compétence étrangère puisque, dans le monde religieux (si on veut bien l\u2019accepter tel qu\u2019il se présente), on se meut constamment dans le voisinage de l\u2019invisible et du transcendant.RELATIONS Que dirait-on d\u2019un psychologue qui jouerait le directeur de conscience ou d\u2019un directeur de conscience qui s\u2019arrogerait le rôle du psychologue ?Que penserait-on du psychanalyste incroyant qui commencerait par bouleverser les convictions religieuses de son patient ou, à l\u2019inverse, du croyant opérant une thérapie en imposant ses propres schèmes religieux ?Le cas se présente de la même façon pour toute discipline quand il lui arrive d\u2019étudier l\u2019enracinement humain et la prolifération humaine d\u2019un fait d\u2019ordre transcendant dans ses origines.Je sais bien qu\u2019on ne doit pas régenter tout le \u201creligieux\u201d au nom d\u2019une théologie trop facilement sûre d\u2019elle-même.Reconnaissons d\u2019ailleurs, si nous voulons être honnêtes, que les meilleurs théologiens actuels savent douter et chercher longuement avant de donner la réponse que le moindre curé de campagne avait déjà toute prête et pour tout le monde, il n\u2019y a pas si longtemps.Ne citons pas les noms de ces théologiens, bien connus de l\u2019ensemble des catholiques cultivés.Notons seulement avec quelle prudence, quelle circonspection le catéchisme hollandais nous présente un ensemble doctrinal qui ne heurte personne et ne sacrifie rien du mystère chrétien.(Nous devons être reconnaissants à ses auteurs des luttes qu\u2019ils ont dû soutenir et qu\u2019ils soutiennent encore pour nous donner cet admirable corps de doctrine, lequel contribuera sans doute pour beaucoup à l\u2019unité de foi dans l\u2019Église tout en servant l\u2019œcuménisme).1 Si les grands théologiens actuels ont le souci de respecter les compétences qui ne sont pas les leurs, peut-on demander que les chercheurs, dans toutes les branches des connaissances humaines, veuillent bien leur rendre la pareille ?T) JL\\.estreignons-nous au groupe des sociologues.Même la sociologie religieuse, parce que religieuse, a-t-elle le droit d\u2019imposer des normes aux croyants à partir d'en-bas, alors que le christianisme se présente comme une religion RÉVÉLÉE, dont les normes viennent précisément d'en-haut avant toutes choses ?La sociologie religieuse, comme n\u2019importe quel fidèle d\u2019ailleurs, a le droit de demander au théologien, dont la source principale est la Parole de Dieu, s\u2019il est bien sûr de l\u2019interprétation qu\u2019il donne de cette même Parole; mais il serait inconvenant, inadmissible, que le sociologue veuille en remontrer au théologien dans le domaine propre de la théologie.Ces considérations valent éminemment \u2014 et à l\u2019évidence \u2014 du premier théologien de l\u2019Église, de son docteur par excellence qu\u2019est, par fonction, le souverain pontife.Les grands théologiens le sont par leurs études acharnées et la puissance de leur esprit.Le pape l\u2019est, bien avant eux, par son rôle de Vicaire du Christ et la puissance de l\u2019Esprit.1.L\u2019édition française donne en supplément les observations de la commission des théologiens et de la commission cardinalice.Sur plusieurs points, les corrections sont déjà faites, quoique non encore insérées dans le texte.Le supplément se termine par la profession de foi de Paul VI, prononcée le dernier jour de l\u2019Année de la foi.La question ici est d\u2019abord de savoir si l\u2019on accepte les données fondamentales de la Révélation.Dieu a parlé aux hommes; il leur a parlé éminemment et de façon définitive en Jésus-Christ; il s\u2019est manifesté lui-même et s\u2019est exprimé pleinement en Jésus-Christ.L\u2019Église, aujourd\u2019hui, continue le Christ, animée par son Esprit.Quant à nous, nous constituons l\u2019Église, tous et chacun d\u2019entre nous, mais à notre modeste place, en des rôles forts divers et toujours solidairement.Ce qui veut dire qu\u2019aucun d\u2019entre nous, fidèle, prêtre, évêque pris isolément ne peut revendiquer pour lui de façon individualiste des titres qui ne reviennent qu\u2019au Peuple de Dieu dans son ensemble.Il est vrai que la participation à l\u2019Esprit-Saint varie de l\u2019un à l\u2019autre dans l\u2019Église de Dieu, ainsi que l\u2019a maintes fois redit saint Paul en formules diverses.\u201cTous sont-ils apôtres ?tous sont-ils docteurs .?\u201d Cette participation s\u2019intensifie à mesure que l\u2019on remonte dans la hiérarchie pour culminer à son sommet.Le dernier concile a remis en lumière certains aspects du christianisme plus ou moins méconnus ou laissés dans l\u2019ombre; il n\u2019a rien renié de ce que l\u2019Église avait acquis au cours de son histoire et qui tend vers \u201cla pleine stature du Christ.\u201d P JL our qui n\u2019accepte pas ce point de départ, il est inutile de parler de sociologie religieuse, avec le sens précis que nous lui donnons, nous chrétiens.Parlons de sociologie tout court, si l\u2019on veut, et ce sera très bien; mais alors nous accorderons aux représentants de cette discipline la même audience qu\u2019aux psychanalystes, anthropologues .etc ., c\u2019est-à-dire avec beaucoup de respect pour leur science et un grand souci de la vérité, tout en opérant le décantage et la transposition qui s\u2019imposent.On ne peut appliquer tout de go leurs conclusions à un domaine qui relève d\u2019un autre monde et d\u2019une autre structure.Ou bien l\u2019on parlera de sociologie religieuse en un sens élargi englobant tout phénomène religieux de quelque origine qu\u2019il soit.Quand on vient réclamer des révisions de structures d\u2019autorité dans l\u2019Église, nous sentons le besoin de demander des explications.Veut-on parler de l'usage d\u2019un pouvoir ou du pouvoir lui-même ?Qu\u2019il y ait eu des abus d\u2019autorité chez certains hommes d\u2019Église au cours des siècles, cela crève les yeux et ce n\u2019est pas la peine de s\u2019y arrêter une seconde.Qu\u2019on ait assisté dans l\u2019Église, même durant ces dernières décennies, à un autoritarisme déplaisant, personne ne songe non plus à le nier; on peut même prévoir que le fait se renouvellera dans l\u2019avenir, tellement c\u2019est humain.Mais si on accepte la Révélation intégralement, la structure d\u2019autorité ne vient plus du bon plaisir des participants qui accorderaient plus ou moins de latitude à leurs chefs (comme feraient des syndiqués envers leurs porte-parole), mais de l\u2019institution même que le Christ a voulue pour son Église.Moïse, que je sache, n\u2019a pas attendu l\u2019autorisation des Hébreux pour se fâcher et briser les tables de la loi; et si Josué a exercé plus habilement son leadership, lors du pacte de Béthel, l\u2019un et l\u2019autre cependant avaient 1 1 JANVIER 1969 conscience de ne pas s\u2019imposer eux-mêmes mais d\u2019interpréter la volonté de leur Seigneur qui s\u2019était révélé à eux et, par eux, au peuple tout entier.Quand, à son tour, saint Paul insiste pour dire que ce n\u2019est pas lui-même qu\u2019il prêche, mais Jésus-Christ, c\u2019est au même phénomène de transcendance qu\u2019il nous renvoie.Il est vrai que nous aussi nous possédons l\u2019Esprit du Seigneur, que la foi du Peuple chrétien constitue une base solide pour l\u2019élaboration de la théologie (\u201cQuod ubique, quod, semper .mais cela prend beaucoup de petits et grands spirituels, de théologiens qualifiés et de charismatiques pour approcher, même de loin, ce que représentent les \u201ccolonnes de l\u2019Église\u201d, particulièrement celui sur qui repose primor-dialement la solidité de l\u2019Église: Pierre, en la personne de ses successeurs.La collégialité elle-même a ses limites que les théologiens de seconde zone ne savent pas toujours discerner et où plus d\u2019un sociologue ne manque pas de s\u2019enferrer en y voyant un vulgaire phénomène de démocratisation.Ils oublient que la collégialité n\u2019aurait pas été reconnue par le second concile du Vatican si elle n\u2019avait d\u2019abord été voulue par le Christ lui-même; qu\u2019elle a été voulue pour le collège apostolique (et ceux qui le continuent) mais non pour la corporation des ethnologues, anthropologues ou sociologues.La déclaration conciliaire sur la collégialité ne correspond nullement à une habileté de l\u2019Église pour s\u2019adapter au temps présent, même si le temps présent, avec les signes qu\u2019il comporte, nous a aidés à mieux comprendre le révélé lui-même.^^n nous parle de contestation dans l\u2019Église comme d\u2019un phénomène moderne qu\u2019il faudrait accepter de gaieté de cœur, sans autre forme de discernement.Qu\u2019on y voie, comme le P.Rahner, un signe des temps qu\u2019il faut savoir reconnaître et apprécier à son mérite, nous l\u2019admettrons volontiers.Qu\u2019on y voie encore une sorte de remise en question qui aurait en partie pour auteur l\u2019Esprit-Saint lui-même, nous n\u2019y contredisons pas non plus.Mais ceux qui sont familiers avec le discernement des esprits savent bien que de telles indications sont ambiguës et qu\u2019il n\u2019est pas donné à tout le monde d\u2019y voir clair facilement.Personne n\u2019y voit clair facilement et personne n\u2019en peut juger d\u2019après quelques indices seulement et sur une courte période.Il faut au contraire une longue courbe, à incidences spirituelles autant qu\u2019humaines, pour qu\u2019on puisse y distinguer à la fin le vrai dessein de Dieu.Le jour où l\u2019Esprit se mettra à contester le Père et le Fils dont il est toujours l\u2019Envoyé parmi les hommes, le jour où le Fils et l\u2019Esprit se ligueront pour secouer la paternité du Père, il nous faudra reviser nos textes sacrés et nos institutions de fond en comble, il faudra passer au crible Pierre, l\u2019Église, le Christ et son Évangile.En attendant, nous devons comprendre que nous avons une religion essentiellement trinitaire et que la sociologie n\u2019y pourra rien, pas plus qu\u2019elle ne peut rien contre la constitution divine de l\u2019Église.Qu\u2019on n\u2019essaie pas de nous impressionner avec le nombre de ceux qui disent \u201cnon\u201d à ceci ou à cela dans l\u2019Église.Oh ! nous en tiendrons grand compte pour les approches pastorales, bien sûr ! mais ce ne sera jamais sur des chiffres que reposera notre adhésion à la foi.Ce n\u2019est pas là-dessus que nous nous alignerons dans le seul ordre disciplinaire \u2014 d\u2019une importance fort secondaire pourtant par rapport aux questions de doctrine (foi et morale).Des prêtres peuvent faire défection par centaines et par milliers, cela ne changera rien à notre attitude: notre conduite s\u2019inspirera toujours du Magistère suprême, qui est encore le premier guide de l\u2019Église, fût-ce même en ces questions de moindre importance.Si un jour l\u2019Esprit change de langage, par son interprète autorisé, nous nous adapterons aux nouvelles indications.Jusqu\u2019à maintenant, le dernier mot est à Paul VI et non à 185 ou 490 prêtres protestataires de tel ou tel diocèse.Une conférence épiscopale nationale entière (ou plus) ferait défaut sur ce point que notre soumission au Père par le Christ dans l\u2019Église n\u2019en serait nullement affectée.Faisons de la bonne sociologie en respectant la bonne théologie.LA FOI EST UNE TÂCHE Notre foi ne se maintient pas sans nous.Elle est une réalité à laquelle nous pouvons consacrer notre attention et nos soins, ou que nous pouvons négliger.Ainsi la foi est une tâche.Reconnaître intérieurement la révélation de Dieu est le début de tout un itinéraire.Celui qui accueille la foi devra réaliser la vérité la plus profonde à laquelle il croit, mais qu\u2019il ne voit pas et souvent ne sent pas.C\u2019est chaque fois un saut dans la nuit.Quand la douceur d\u2019une tentation vous envahit, c\u2019est un saut dans la nuit que de mettre la foi en pratique et de dire non; mais c\u2019est un oui à ceux auxquels on veut être fidèles, c\u2019est aussi un oui à Dieu.Quand, par un four de pluie, on ne rencontre que des collègues maussades et qu\u2019on ne trouve chez soi que la dispute, c\u2019est poser un acte authentique de confiance que de croire quand même en l\u2019Esprit Saint et par là même en la possibilité, pour les autres et pour soi, d\u2019être bon.Quand une souffrance insensée nous submerge, il faut un acte de foi pour se pénétrer de la fidélité de Dieu et croire que Jésus donne un sens à notre souffrance .Croire a toujours quelque chose à voir avec maintenant: croire qu\u2019aujourd\u2019hui Dieu est puissant pour ne pas nous laisser seuls; qu\u2019aujourd\u2019hui il est en mesure de disposer de la marche des événements; oui, croire même qu aujourd'hui Dieu peut, s\u2019il le veut dans son amour, faire un miracle .(Une introduction à la foi catholique.Le catéchisme hollandais, 1968, p.376.) 12 RELATIONS érnoire \"Je a acques jjrau U Gabrielle Poulin Pourquoi la parole de certains poètes exerce-t-elle une si grande puissance de séduction ?Quand il s\u2019agit d\u2019œuvres anciennes qui nous arrivent, précédées et portées par des siècles d\u2019admiration, il n\u2019est pas impossible que l\u2019inconscient collectif ait contribué à préparer en nous le geste d\u2019accueil et de \u201creconnaissance\u201d.Par ailleurs, la voix des poètes de notre siècle, de ceux de notre génération et, qui plus est, de notre pays, venue dans toute sa nouveauté et sa solitude à notre rencontre, se heurte bien souvent à la réserve, voire à la froideur.Nous n\u2019aimons pas nécessairement d\u2019instinct les visages neufs.Des barrières sont dressées au seuil du sanctuaire où nous rendons un culte aux dieux que le passé a immortalisés.Qui oserait d\u2019ailleurs prétendre, aujourd\u2019hui, non pas usurper la place d\u2019un Villon, d\u2019un Nerval, d\u2019un Rimbaud ou d\u2019un Baudelaire, mais seulement espérer les rejoindre ?Les noms d\u2019Apollinaire, d\u2019Aragon et d\u2019Éluard, il est vrai, sont déjà presque consacrés; mais ces poètes sont français, et puis ils sont nés à la fin du siècle dernier.Serait-il possible que l\u2019un des nôtres, un fils du Québec, né pendant les années \u201c30\u201d, conquière d\u2019emblée le royaume de mémoire ?Pourtant, quiconque ouvre pour la seconde fois le recueil de poèmes de Jacques Brault \\ s\u2019aperçoit que, pendant le temps écoulé entre la première et la seconde lecture de Mémoire, la parole du poète s\u2019est creusé en lui une demeure.Il le sait à quelques signes discrets mais qui ne trompent pas, ces mêmes signes qui suffisent à nous faire découvrir que le passage de quelqu\u2019un a projeté en nous et autour de nous une lumière nouvelle.Nous demeurons les mêmes, certes, mais nous nous voyons mieux, et mieux aussi le monde qui nous entoure.Quand la parole d\u2019un poète nous est devenue à ce point intérieure qu\u2019elle est attendue, souhaitée, quand, devant chacun de ses poèmes, nous avons l\u2019impression d\u2019entendre en nous-mêmes un écho à la fois si nouveau et si familier que nous ne savons plus discerner laquelle de cette parole intérieure ou de cette parole extérieure est l\u2019écho, alors nous pouvons être sûrs qu\u2019il s\u2019est passé quelque chose de merveilleux et d\u2019unique.Jacques Brault possède le pouvoir de prêter sa parole à ceux qui consentent à sa mémoire comme à un \u201cespace mouillé de présences\u201d 2; c\u2019est déjà un signe qu\u2019il est un grand poète.Dès lors, il nous faut aborder le recueil de Mémoire avec infiniment de respect et de disponibilité.Le poè*e lui-même ne nous suggère-t-il pas cette attitude dans un 1.\tJacques Brault a reçu, récemment, le Prix France-Canada.Mémoire a d\u2019abord paru à Montréal, en 1965 (coll.\u201cPoésie canadienne\u201d.10, Librairie Déom, 81 pp.); puis, dans une édition remaniée, à Paris, en mars 1968 (Edition Bernard Grasset, 108 pp.) Notre étude est basée sur l\u2019édition canadienne.2.\tJacques Brault, Mémoire (Montréal, Librairie Déom, 1965), 13.premier poème qui est une invitation en même temps qu\u2019une offrande ?Consens à l\u2019air vicié de chuchotis consens à l\u2019espace mouillé de présences c\u2019est une belle morte sous un glacis éphémère qui recouvre notre enfance 3.Si, comme le disait lui-même Jacques Brault récemment dans une très belle émission radiophonique consacrée à Guillaume Apollinaire, \u201cl\u2019entreprise poétique est un accueil à l\u2019innommable\u201d, cette attitude de consentement est la seule qui convienne devant les poèmes de Mémoire dans lesquels le poète a véritablement réussi à \u201caménager un domicile à ce qui n\u2019a pas de nom\u201d.Sur les pentes de l\u2019espérance Le recueil comprend trois parties: \u201cQuotidiennes\u201d, \u201cSuite fraternelle\u201d et \u201cMémoire\u201d.Ces parties n\u2019ont toutefois pas l\u2019aspect d\u2019un triptyque, mais se présentent plutôt comme trois cercles concentriques, trois chemins étroitement dépendants tracés vers une même demeure, vers un centre où brille, comme une perle noire, un nom mystérieux et fascinant, un visage que le poète solitaire grave à \u201cl\u2019intaille de (ses) mots\u201d4.L\u2019une des grâces de la poésie de Jacques Brault sera précisément de réussir à nous pousser en avant, à nous entraîner vers un au-delà, un au-delà des mots et un au-delà de nous-mêmes.Dès lors, le titre du recueil ne doit pas nous abuser: ce n\u2019est pas sur les routes du passé que la mémoire du poète le ramène et nous avec lui, mais bien sur les pentes de l\u2019espérance: Je me souviens cela est gravé dans notre avenir cette âpre mémoire 5.La mémoire constitue le lieu de la continuité entre hier et demain, le lieu où germe la parole poreuse et pleine de \u201ctrous d\u2019espérance\u201d.Une image d\u2019ailleurs revient constamment dans les poèmes de Jacques Brault, qui semble symboliser, dans sa fluidité et sa pureté, non seulement la mémoire, ce lieu de l\u2019espérance, mais l\u2019espérance elle-même: l\u2019image de l\u2019eau qui court.À travers les poèmes, nous entendons constamment chanter les ruisseaux, couler doucement la source.L\u2019eau donne son rythme et son mouvement à la musique des vers: L\u2019eau dans la rue se plaint d\u2019une vieille plainte6; elle brille à tous les carrefours du poème comme un témoin de la lumière et de la vie: Ah qu\u2019il vienne qu\u2019il vienne le temps où je m\u2019éprenne de la paume de l\u2019eau ou\u2019il vienne le temps mien à jamais Où je boive à la margelle des vents 7.3.\tIbid., 13.4.\tIbid., 26.5.\tIbid., 67.6.\tIbid., 15.7.\tIbid., 16.JANVIER 1969 13 Cette étroite dépendance entre le mouvement intérieur et les formes dans lesquelles il s\u2019exprime manifeste d\u2019une autre façon la présence d\u2019un poète authentique.La trame sonore du poème coïncide parfaitement avec le monde des images.Spontanément, devant ce poète qui a entendu au plus profond de lui-même le chant de l\u2019espérance et l\u2019a laissé informer sa parole, l\u2019on pensera peut-être à un autre poète moderne qui est connu comme étant un chantre de l\u2019espérance: Paul Éluard.Pourtant l\u2019univers poétique de Paul Éluard, loin d\u2019apparaître comme un univers de fluidité en constante transformation, constitue un univers figé, fait de pierres et de miroirs où l\u2019image de l\u2019eau est statique et ne sait plus parler d\u2019espérance et de vie.Ne serait-ce pas à cause d\u2019un malentendu ou\u2019on a parlé d\u2019Éluard comme poète de l\u2019espérance, oubliant précisément ceci: aue c\u2019est dans ses plus beaux poèmes, ceux où la poussée intérieure fait germer les images et les rvthmps qu\u2019un poète doit être pris au sérieux ?Or, quand Paul Éluard écrit: Sœurs d\u2019espérance ô femmes courageuses Contre la mort vous avez fait un pacte Celui d\u2019unir les vertus de l\u2019amour 8, il ne touche et ne convainc personne.Mais, au contraire, ouand il chante sa plainte, les images et les rythmes jaillissent, s\u2019ordonnent et recréent un univers à l\u2019image de son ennui: Jours de lenteur, jours de pluie.Jours de miroirs brisés et d\u2019aiguilles perdues, Jours de paupières closes à l\u2019horizon des mers, D\u2019heures toutes semblables, jours de captivité 9.Il semble assez significatif que les plus beaux recueils de poèmes de Paul Éluard, ceux de Capitale de la Douleur et de la Vie immédiate, ne parlent pas d\u2019espérance, mais de solitude et de regret.Les images de ces recueils, tou+ en étant très belles, sont pourtant très froides, images insolites oui empruntent au monde du minéral leur éclat, leur dureté et leur fixité: Tes yeux sont revenus d\u2019un pays arbitraire Où nul n\u2019a jamais su ce que c\u2019est au\u2019un regard Ni connu la beauté des yeux beauté de pierres Celle des gouttes d\u2019eau des perles en placard 10.Paul Éluard est un très grand poète; mais le poète d\u2019un univers fermé, entouré de miroirs dont l\u2019éclat rejaillit sur les poèmes et oui renvoient au poète son propre reflet, le gardant prisonnier d\u2019un monde sans issue.L\u2019on ne peut donc pas parler de l\u2019esnérance comme d\u2019un thème majeur de la poésie de Paul Éluard.À la margelle de l\u2019eau Toutefois le rapprochement entre Paul Éluard et Jacques Brault, tout arbitraire qu\u2019il puisse paraître, peut 8.\tPaul Eluard, Poèmes politiques (Paris, Gallimard, 1948), 54.9.\tPaul Eluard, Capitale de la Douleur (Paris, Gallimard, 1966), 115.10.\tIbid., 51.être fécond pour qui désire pénétrer davantage l\u2019univers poétique de l\u2019un et de l\u2019autre: celui du premier est dans toute sa cohérence et son harmonie un univers fermé qui rappelle à l\u2019homme combien il est seul et pauvre dans un monde étranger et hostile, tandis que celui du second laisse partout des brèches ouvertes par où s\u2019infiltre l\u2019espérance: L\u2019eau raccorde les petites espoirs Agile et muette et sans bulles ni remous Une volée de rires qui s\u2019abattent dans la rue O folie de l\u2019eau Mais l\u2019eau mène bien son ouvroir et sa façon Brodeuse fine des morts aux destins compliqués L\u2019eau coud et recoud et fait une belle étoffe longue Et qui coule n.L\u2019image du poète québécois a retenu certaines caractéristiques de l\u2019image surréaliste du poète français.Dans sa spontanéité et sa liberté, elle recrée sans cesse sa propre charge émotionnelle et sa propre nouveauté.L\u2019image de l\u2019eau, dans ses multiples surgissements et ses riches métamorphoses, viendra ainsi adoucir toutes choses et rappeler au poète que l\u2019instant, le lieu et toutes les réalités quotidiennes sont à la fois signes et présence: signes d\u2019une soif et d\u2019un désir jamais satisfaits, présence d\u2019une puissance mystérieuse capable de vaincre la mort elle-même.Dans \u201cQuotidiennes\u201d, le poète rappelle à sa mémoire les lieux et les choses simples qu\u2019il a aimés, les saisons passées aux incessants retours.Voici \u201cla rue qu\u2019émaille le soleil\u201d 12, la fumée, la sirène.Voici: Avril sur les tombes comme une lumière songeuse 13, voici la \u201cneige de mon pays douce et si dure\u201d et \u201cla mitraille du quotidien\u201d et voici le visage de l\u2019amour dans \u201cla petite existence en bigoudis\u201d 14.Sur tout cela veille le souvenir des morts: Épaves promises à tous les rivages rêvés ils partirent un matin à la dérive dans les plis du grand fleuve qui bouge vers la mer ils partirent sous le soleil blanc des banquises ils partirent déjà délestés de leur nom comme la vague qui court à sa brisure n\u2019a déjà plus de visage 15.Dans des passages comme celui-là, l\u2019on entend distinctement chanter l\u2019espérance.Aucun cri de révolte ici contre l\u2019absurde, aucun propos désabusé, mais une immense douceur, celle de la mer au loin, fascinante, qui attire tout, qui pacifie tout: Et la mer n\u2019est pas loin qui répond au ressac de ta mort16.La douceur toutefois n\u2019est pas incompatible avec la crainte: ô frères dans la mort criez criez quand l\u2019aile de l\u2019effraie frôle nos temps 17.1 \\.Mémoire, 15.12.\tIbid., 13.13.\tIbid., 14.14.\tIbid., 19.15.Ibid., 20.16.Ibid., 54.17 .Ibid., 21.14 RELATIONS L\u2019amour veille cependant comme un témoin du royaume: L\u2019ambre et le basilic de quelque royaume à nos regards les voici mouillés encore de songerie Chanson de partance chanson de revenue Chanson de toile où l\u2019on tisse l\u2019enfant Ta voix dans la mienne et ma voix dans la tienne Une seule lampée à l\u2019eau courante de l\u2019instant Et le matin encore des gouttes à nos lèvres Comme si nous n\u2019avions jamais fini de boire l\u2019un à l\u2019autre 18.Il faudrait citer dans leur entier les poèmes qui suivent: \u201cTout est novembre\u201d, \u201cJour et nuit\u201d, \u201cRue Saint-Denis\u201d, \u201cA demeure\u201d .Chacun de ces poèmes approfondit l\u2019une ou l\u2019autre des réalités quotidiennes, mais laisse de plus en plus percevoir une présence dont on entend le \u201cfrois-sis\u201d (.) \u201csur la soie nerveuse du temps\u201d 19, un appel: ta main dans ma main un noyau d\u2019espérance dans le fruit mélancolique nous allons à la margelle du Pôle boire l\u2019eau fraternelle 20.La douce neige du pays L\u2019image de l\u2019eau ne suffit pourtant pas à rendre compte de l\u2019ambivalence de l\u2019univers.Pour parler d\u2019espérance, il faut avoir connu l\u2019ennui, le désespoir, l\u2019horreur de la monotonie et des gestes de pantin.De ces pierres pourra jaillir la source nouvelle, de ces glaciers et de ces banquises naîtra l\u2019eau régénératrice.L\u2019image de l\u2019eau appelle ou évoque des images complémentaires.Pour Jacques Brault, toutes ces images correspondent à une réalité qui nous est bien familière, à nous qui savons à quel point la chanson est vraie qui dit: Mon pays ce n\u2019est pas un pays c\u2019est l\u2019hiver21.Ces images sont celles de la neige et de la glace: Neige de mon pays si douce et si dure cristalline et crispée comme un cri c\u2019est toi qui m\u2019endors et m\u2019abuses 22.Mais nous savons aussi que le printemps est une réalité, que la glace, c\u2019est de l\u2019eau emprisonnée: Ne reviens pas en ce pays où les eaux de la tendresse tournent vite en glace 23, que le désepoir, c\u2019est de l\u2019espérance figée et que tout \u201cglacis est éphémère\u201d: Tant de morts sans collier ni bannière Fondent en la douceur de l\u2019eau 24 C\u2019était hier c\u2019est maintenant le même désespoir étriqué qui clopine sur la glace 25.18.Ibid., 23.19.Ibid., 26.20.\tIbid., 31.21.\tGilles Vigneault, Avec les vieux mots (Québec, Editions de l\u2019Arc, 1964), 13.22.\tMémoire, 16.23.\tIbid., 49.24.\tIbid., 14.25.\tIbid., 27.JANVIER 1969 Que l\u2019image de la neige et celle du glacier surgissent spontanément lorsque le poète parle de son pays, n\u2019a donc rien qui doive nous surprendre.Au contraire, cela nous rassure: quand Jacques Brault parle de son pays, il ne le fait pas comme en service commandé.La vie et ses moindres détails, la terre avec toutes ses réalités, le temps dans chacun de ses instants, lui tiennent trop à cœur pour qu\u2019il ne ressente pas la présence de son pays au plus profond de lui-même comme la présence de la femme: Moi je te porte comme une blessure au vif de mon corps Tu ressembles à la terre qui nous recommence 26.La transformation de l\u2019image majeure de l\u2019eau en cette image de la neige et des glaces fait donc du pays un élément organique de l\u2019univers poétique de Mémoire.Par ce biais de l\u2019esthétique, le thème du pays rejoint le thème de l\u2019amour, celui de la mort et celui de l\u2019espérance: Neige de mon pays si douce et si dure cristalline et crispée comme un cri c\u2019est toi qui m\u2019endors et m\u2019abuses 27.Tout ce qui menace la vie et la lucidité, tout le royaume des apparences où chacun a rêvé un jour ou l\u2019autre de s\u2019établir, naturellement le poète l\u2019assimile à la neige qui emprisonne les eaux, à la glace qui paralyse le fleuve et isole son pays loin de la mer: Plus tard peut-être tes pas dans mes pas un duvet de sourire sur la pierre nous irons hors du moment coïncider avec notre mort et donner à ce pays de gel de vapeur de fiel et de peur un nom de chair et d\u2019air un nom de sueur et de soie un nom qui dise enfin comme notre amour entre les glaces et la mer a levé une chaleur dans la pâte de l\u2019hiver28.Aussi, quand Jacques Brault nous livre, dans \u201cSuite frafer-nelle\u201d, la plainte et le chant d\u2019espérance nés de ce corps avec un pays trop dur et trop doux, nous ne sommes nas choqués par ce que d\u2019aucuns pourraient appeler un poème engagé; nous retrouvons là tous les thèmes du poète, toutes ses images privilégiées, comme si le pays était devenu le creuset de l\u2019espérance: Tu es beau mon pays tu es vrai avec ta chevelure de fougères et ce grand bras d\u2019eau qui enlace la solitude des îles Et nous aussi nous persistons comme le rire des vagues au fond de chaque anse pleureuse 29.La mémoire de demain Dans la dernière partie du recueil, l\u2019auteur adresse un suprême hommage à son père auprès de qui \u201cdans la rumeur de (son) âge (il a) longtemps sommeillé tiède et 26.\tIbid., 72.27.\tIbid., 16.28.\tIbid., 34.29.\tIbid., 52.15 calme comme une flaque d\u2019eau sous le soleil\u201d30.Ici encore, l\u2019espérance triomphe, car \u201cla neige fond au creux de mémoire\u201d 31.Que reste-t-il entre nous hormis cette espérance indocile où rumine ton vieux corps 32 ?Et quand nous refermons le livre du poète \u201cacquitté de mémoire\u201d33, nous nous sentons prêts à attendre et à endurer d\u2019autres hivers; car le poète a assumé la neige et le gel, il nous a laissé entendre à travers son chant: \u201cla plainte de l\u2019eau\u201d, un \u201cmurmure de lèvres blanches\u201d, \u201cle souffle soyeux de la dormeuse\u201d.Quelqu\u2019un est venu dont nous avons perçu le bruit des pas \u201cautour de la maison\u201d quand le matin se plissait \u201csur son passage\u201d.Non, \u201cnous n\u2019oublierons plus que le grand fleuve mène son chant 30.Ibid., 61.31 .Ibid., 67.32.\tIbid., 61.33.\tIbid., 80.sûr et monotone en un lieu où composent les voix de la terre\u201d 34.Au terme de cette étude, il nous reste à formuler un souhait: que, chez nous, on lise et on relise Mémoire.Cette poésie est belle, très belle, et tonifiante.Il faut que tous, jeunes et vieux, nous sachions que, si notre pays de gel et de solitude, notre pays sans passé, \u201cné dans l\u2019orphelinat de la neige\u201d, a pu provoquer une poésie authentique qui a été une longue plainte puis un cri de révolte, il peut aussi nourrir un chant d\u2019espérance non moins authentique.Jacques Brault nous a prêté sa voix, il a assumé la nôtre, recréant par la magie de sa parole la mémoire qui manquait à chacun de nous.Cette mémoire, tout entière tournée vers aujourd\u2019hui et vers demain, nous rappelle que \u201cla mer n\u2019est pas loin qui répond au ressac de (la) mort\u201d, si nous aussi, \u201cporeux et perméables à la souffrance, nous sommes pleins de trous d\u2019espérance\u201d.34.Ibid., 76.de J/oncfrwière ôur l(dddwcation Albert Plante, S.J.DU 28 NOVEMBRE AU 1ER DÉCEMBRE, s\u2019est tenu à Jonquière le premier colloque sur l\u2019éducation dans le \u201cbeau Royaume Saguenay-Lac-Saint-Jean\u201d.Dans son message, M.Victorien Gagnon, président du colloque et directeur général des écoles de Jonquière, affirmait que le thème: \u201cEnseignements nouveaux .besoins nouveaux\u201d lançait un défi à toute la population.Le but de ce colloque était de renseigner la population sur l\u2019école de demain et sur les problèmes qu\u2019elle pose: comment envisager l\u2019administration scolaire, l\u2019éducation des adultes, le rôle des parents dans l\u2019éducation ?Que doivent être les relations avec le ministère de l\u2019Éducation, les arts au Saguenay-Lac-Saint-Jean, la pastorale dans l\u2019éducation ?Chacun de ces sujets fut l\u2019objet d\u2019un colloque particulier.Entre les réunions, les participants pouvaient visiter une intéressante exposition.Mon passage à Jonquière fut rapide.J\u2019eus cependant la chance de m\u2019y trou- ver pour le colloque sur les parents et l\u2019éducation.L\u2019assistance participa activement aux échanges de vues qui suivirent la conférence de Me Jacques Riverin, ancien président du Comité catholique du Conseil supérieur de l\u2019Éducation, et les brefs exposés de chacun des membres du panel, qui représentaient le milieu scolaire et familial.Me Riverin souleva dans son exposé le problème qui allait susciter les échanges les plus substantiels: les rapports qui existent actuellement à l\u2019école entre l\u2019instruction et l\u2019éducation.Jadis, on se plaisait à souligner que les parents et l\u2019école jouaient le rôle principal, l\u2019État n\u2019y exerçant qu\u2019un rôle supplétif.Aujourd\u2019hui, les rôles sont changés; la part respective des commissions scolaires et du gouvernement dans le financement de l\u2019éducation, soit 35 et 65 pour cent, a amené une participation de plus en plus grande de l\u2019État, le supplétif devenant le principal.Ce renversement des rôles n\u2019a pas été sans faire sentir ses effets sur l\u2019éducation.\u201cOn dispense l\u2019enseignement à l\u2019école.Y dispense-t-on aussi l\u2019éducation ?Laissez-moi en douter\u201d.C\u2019était là une affirmation-choc, propre à stimuler l\u2019échange de vues.Il n\u2019y a pas qu\u2019à l\u2019école, ajouta M.Riverin, que se pose le problème de l\u2019éducation.Les enfants n\u2019y sont par semaine que trente heures.Dans quelle atmosphère passent-ils les autres cent trente-huit heures ?Au foyer, il y a la télévision, la radio, le disque; en dehors du foyer, les salles de loisirs, le cinéma, les discothèques.La responsabilité des parents et de la famille est grande.Ils ne doivent pas avoir un complexe d\u2019infériorité, même si leur instruction est moindre que celle de leurs enfants.Ceux-ci attendent d\u2019eux beaucoup.La période consacrée aux questions de l\u2019assistance et aux échanges de vues porta sur le problème crucial de l\u2019éducation à l\u2019école.Est-il vrai que l\u2019école dispense uniquement l\u2019enseignement et laisse de côté l\u2019éducation ?Dès le dé- 16 RELATIONS but, un participant établit une distinction entre l\u2019école élémentaire et les autres paliers: secondaire.CEGEP et universitaire, et affirma que le problème ne se posait guère à l\u2019élémentaire.L\u2019assemblée parut d\u2019accord sur ce point.Certains insistèrent si fortement sur les carences de l\u2019éducation en dehors de l\u2019élémentaire qu\u2019un autre participant proposa de changer le nom de ministère de l\u2019Education en celui de ministère de l\u2019Instruction publique.On s\u2019aperçut vite que le changement proposé n\u2019aurait pas nécessairement toute la portée qu\u2019on voulait en espérer; on nota, en effet, non sans ironie, qu\u2019il se faisait de l\u2019éducation au temps du département de l\u2019Instruction publique.La suite de la discussion devait mettre en évidence qu\u2019il existe actuellement des efforts sincères et valables, même en dehors de l\u2019élémentaire.Cette remarque vint de directeurs d\u2019écoles, qui étaient eux-mêmes passés par l\u2019enseignement secondaire, d\u2019un professeur actuel du secondaire, d\u2019un étudiant en philosophie dans un CEGEP de la région.À un moment donné, la vapeur fut tellement renversée pour reconnaître la présence de l\u2019éducation à tous les paliers de l\u2019enseignement qu\u2019une mère de famille de six enfants crut bon de remarquer: \u201cOn est en train de voir en couleurs.Il faut être réaliste.Les élèves passent successivement d\u2019un professeur à l\u2019autre.Le côté humain fait défaut.Sans cela, tout sera négligé.C\u2019est précisément pour obvier à cette lacune que le Rapport Parent avait prévu le tutorat.\u201d Le problème, ajouta un professeur du secondaire, c\u2019est la non-disponibilité du tuteur obligé en même temps d\u2019enseigner.\u201cUn tuteur devrait être simplement tuteur\u201d.Précédemment, une mère de famille de dix enfants avait souligné qu\u2019un rien pouvait suffire durant un cours pour faire de l\u2019éducation.Il est évident que cette mère ne songeait pas à l\u2019éducation, genre \u201csermon\u201d, mais tout simplement à l\u2019authentique éducation qui peut et doit normalement s\u2019intégrer à l\u2019enseignement.L\u2019échange de vues amena finalement le retrait de la proposition relative au changement de nom du ministère de l\u2019Education en celui du ministère de l\u2019Instruction publique, le proposeur se disant satisfait des témoignages appor- tés en faveur des efforts faits, à tous les paliers d\u2019enseignement, en faveur de l\u2019éducation.Sa proposition, d\u2019ailleurs, voulait surtout stimuler la discussion.Il est clair qu\u2019il y a là un problème, même si on y apporte déjà quelque solution, et la meilleure façon de travailler à régler ce problème sera la collaboration des parents, des enseignants et des administrateurs scolaires.L\u2019efficacité de l\u2019action des parents dépend, elle, de l\u2019efficacité de leurs associations, qui, à son tour, suppose, comme l\u2019a souligné avec insistance une des panellistes, la participation non seulement des mères mais des pères de famille.Cette panelliste a noté, avec vigueur, l\u2019indifférence d\u2019un trop grand nombre de parents.Il serait déjà beau, affirma-t-elle, de mobiliser vingt pour cent d\u2019entre eux.On comprend qu\u2019un des vœux du colloque ait porté sur les efforts à faire pour amener les parents à participer à leurs associations.Un autre vœu nota la nécessité de les bien informer, ce qui aurait pour résultat, entre autres, de leur permettre de conseiller leurs enfants dans leur orientation.Le lendemain se tenait un colloque sur les relations avec le ministère de l\u2019Éducation.Colloque très instructif.Mlle Thérèse Baron, sous-ministre de l\u2019Éducation, fit l\u2019exposé.Fait à souligner : la conclusion finale dégagea l\u2019importance de la collaboration entre commissions scolaires, parents et professeurs, tous ceux-ci collaborant à leur tour avec le Bureau régional du ministère de l\u2019Éducation.Cette conclusion répondait parfaitement aux désirs exprimés la veille au colloque sur les parents et l\u2019éducation.Personne ne doit vivre isolé s\u2019il veut contribuer, pour sa part, à l\u2019existence d\u2019une authentique éducation à tous les paliers d\u2019enseignement.Le colloque-expo de Jonquière a permis la discussion de questions majeures dans le domaine de l\u2019éducation, qui intéressent non seulement la région Saguenay-Lac-Saint-Jean mais toute la province.Les organisateurs méritent des félicitations.Ils méritent également que le colloque ait des suites heureuses.Une nouvelle étape dans l\u2019unité chrétienne au Canada Depuis de nombreuses années, les Églises chrétiennes du Canada ont senti la nécessité de prier selon le désir explicite du Christ: \u201cQue tous soient un.Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu\u2019eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que tu m\u2019as envoyé.\u201d (Jean 17,21) Cependant catholiques et protestants avaient chacun leur livre de prière particulier.Seulement lorsqu\u2019ils se rassemblaient pour une prière commune, leur arrivait-il de s\u2019exprimer d\u2019une même voix.Pour 1969 le Conseil Canadien des Églises, qui représente la presque totalité des protestants et des orthodoxes, et la Conférence Catholique Canadienne se sont entendus pour préparer ensemble un livret de \u201cPrière pour l\u2019unité chrétienne\u201d.Le livret, bilingue, contient cinq services de prières œcuméniques avec un choix de lectures bibliques et une anthologie de belles oraisons.Si bien que dorénavant, partout au Canada, quand une communauté chrétienne s\u2019assemblera dans une prière pour l\u2019unité, sa voix s\u2019ajoutera à l\u2019unanime concert de la chrétienté canadienne.Si le Christ a promis d\u2019être là où deux ou trois s\u2019assemblent en son nom, comment son Esprit ne ferait-il pas sentir sa vivifiante présence, quand d\u2019un même cœur, toute une nation demande pardon de ses fautes contre l\u2019unité et prie d\u2019être conduite vers le point de rencontre avec Celui qui est \u201cl\u2019Alpha et l\u2019Oméga\u201d ?A partir de 1969 les Églises chrétiennes du Canada mettront moins l\u2019accent sur 1\u2019 \u201cOctave de Prière pour l\u2019Unité\u201d, habituellement célébrée du 18 au 25 janvier.Nous sommes désormais invités à nous réunir au jour et durant la semaine qui nous accommodent davantage, par exemple au début du carême ou à la Pentecôte.Ce qui importe cependant, c\u2019est que nous sentions le besoin de nous rassembler pour prier dans l\u2019humilité et la charité.\u201cIl n\u2019y a qu\u2019un Corps et qu\u2019un Esprit, comme il n\u2019y a qu\u2019une espérance au terme de l\u2019appel que vous avez reçu.\u201d (Éphésiens, 4,4) Stéphane Valiquette.JANVIER 1969 17 JL effroyahL e ennui : de Charles Qdaudelaire Liam Brophy, Ph.D.Dans les fêtes littéraires qui ont marqué le centenaire de la mort du maître de la poésie française que fut Charles Baudelaire, les catholiques se sont attachés surtout au caractère du personnage, type de l\u2019homme moderne assoiffé de Dieu et de la certitude de son amour.Une légende a entouré son nom.Il est l\u2019auteur d\u2019un recueil de poèmes scandaleux, au titre provocateur, les Fleurs du Mal, c\u2019est un dandy et un adorateur du Diable, un habitué des bas-fonds de Paris et le créateur d\u2019un mode de vie artificielle qu\u2019imitèrent de façon pitoyable des auteurs moins doués, tels le sombre Oscar Wilde et Ernest Dowson.Pour les catholiques c\u2019est un personnage plus tragique encore que le libertin de génie et le romantique rêveur.On a vu en lui un homme profondément religieux, a dit le critique anglais Geoffrey Berton, mais privé de la Grâce.Pour employer des termes théologiques qu\u2019il aurait approuvés, il a certainement ressenti dans sa chair l\u2019aiguillon du Péché originel, l\u2019amertume de la Chute qui se renouvelle en chacun, et les sortilèges impies de Satan.Il rêve grand, retombe, se consume en regrets sous le poids du remords qui remplit sa vie.Le poète et profond critique T.S.Eliot écrit de lui: Au milieu du XIXe siècle, \u2014 qui se dégrada de plus en plus \u2014, Baudelaire comprit que les seules réalités importantes sont le Péché et la Rédemption, que le Péché reconnu ouvre une vie nouvelle; de savoir la damnation possible est un grand soulagement dans un monde où ce qui compte sont les réformes électorales, les référendums, l\u2019émancipation sexuelle et les modes nouvelles.La damnation elle-même est une forme extraordinaire de salut contre l\u2019ennui de la vie moderne parce qu\u2019au moins elle donne un sens à la vie.Martin Turnell, le dernier critique anglais à publier une étude poussée du poète, affirme que la poésie de Baudelaire reflète l\u2019effondrement général des relations traditionnelles: entre l\u2019homme et Dieu \u2014 c\u2019est devenu un monde sans rédemption \u2014, entre l\u2019homme et l\u2019homme \u2014 la communauté se dissout dans une 18 poussière \u201cd\u2019exilés\u201d anonymes \u2014, entre l\u2019homme et la femme \u2014 à une religion tronquée et mutilée répond un amour tronqué et mutilé ! Charles Baudelaire naquit à Paris, rue Hautefeuille, le 9 avril 1821 et fut baptisé dans l\u2019église de Saint-Sulpice, le 7 juin.Son père mourut en 1827 et sa mère se remaria, l\u2019année suivante, au lieutenant-colonel Jacques Aupick.Celui-ci fut ambassadeur de France auprès de plusieurs cours et le jeune Charles qui détestait son beau-père souverainement fut placé dans un collège à Lyon puis à Paris.Sa vie, au sortir du collège, fut tellement déréglée qu\u2019on décida de l\u2019envoyer en voyage aux Indes; il rentra bientôt et réclama son héritage.Il menait un train de vie si extravagant qu\u2019on jugea nécessaire de confier ses biens à des tuteurs et de ne lui verser qu\u2019une petite pension, qu\u2019il tenta d\u2019arrondir par des travaux littéraires.Il a décrit sa jeunesse comme \u201cun ténébreux orage\u201d.Avec les années, les deux traits saillants de son caractère, la colère et l\u2019ennui, s\u2019accentuèrent.Il se jeta dans la bohème de Paris et inventa les cultes étranges des coteries de cafés vouées à l\u2019art pour l\u2019art.A ses mœurs dévoyées, il ajouta une liaison coupable avec une Noire, Jeanne Duval, \u201cla Vénus noire\u201d de ses poèmes.Essentiellement, Baudelaire fut le poète de la ville et ses plaisirs.La seule nature, disait-il, n\u2019avait pour lui aucun attrait.Toutes les tares de la grande ville se retrouvent dans ses vers: l\u2019ennui persistant, les stimulants artificiels et l\u2019agitation sans but.A l\u2019ombre de Notre-Dame, Baudelaire travaillait ses vers avec la lente précision d\u2019un orfèvre et la passion du détail poli et ciselé.En 1857, il publie son premier recueil, justement celui qui le rendit célèbre: Les Fleurs du Mal.Ce sont, pourrait-on dire, les facettes d\u2019un monde sans la Grâce, monde de cauchemar où suinte des arbres une gomme empoisonnée, où les ombres engendrent la fièvre et le délire.C\u2019est la culture en serre-chaude de toutes les distorsions, excroissances, maladies et monstruosités d\u2019une flore pourrie, un Eden satanique où le Plaisir et la Mort cheminent la main dans la main.La maîtrise poétique y est parfaite mais au service d\u2019associations d\u2019idées et d\u2019images impies.Bien que le poète ne moralise jamais de façon directe, une morale se dégage de son œuvre: sans l\u2019illumination secrète de la Grâce, le talent et le génie de l\u2019homme ne produisent que d\u2019élégantes pourritures, que des fleurs mortelles, monstrueuses comme des fuschias au clair de lune.Le sort fait au volume offre un curieux exemple des avatars de la censure et d\u2019une certaine morale.Peu de temps après la publication, un tribunal du Second Empire déclara dangereux pour la moralité et l\u2019ordre publiques six des poèmes des Fleurs du Mal et ordonna leur suppression, imposant à l\u2019auteur, à l\u2019imprimeur et à l\u2019éditeur de fortes amendes.En juillet 1949, la Société des Gens de Lettres de France obtint la révision de la sentence par le plus haut tribunal de France, la Cour de Cassation.Le jugement du Second Empire fut renversé et la Cour déclara Baudelaire innocent de tout crime contre la moralité.Aujourd\u2019hui, si on lit encore ce recueil, c\u2019est à cause des idées qui y sont en germe et comme une curiosité littéraire.Le goût du public, habitué depuis longtemps à une nourriture plus épicée, aurait peine à voir en ces vers ciselés de la pornographie.Naturellement, la décision du premier tribunal excita la curiosité du public et stimula la vente.Baudelaire publia, quatre ans plus tard, une seconde édition dans laquelle ils substitua de nouveaux poèmes aux pièces offensantes.Ce volume de poésie a des mérites plus profonds que les découvertes verbales et musicales, et les titres provocants étalés comme par un adolescent RELATIONS pour choquer le bourgeois.Il met à nu sous nos yeux l\u2019âme de l\u2019homme moderne.La répétition des mots-clés: ennui, remords, irrémédiable ironie et tristesse révèle un état d\u2019âme que nous trouvons parfois chez les existentialistes et chez ceux qui se prétendent les coryphées de la pensée moderne.Ainsi cet ennui que Baudelaire appelle le spleen n\u2019est pas uniquement le dégoût ou la lassitude physique, c\u2019est le péché bien connu des théologiens du Moyen Âge, Y acedia: la tristesse voulue, désespérée, entretenue, qu\u2019ils rangeaient parmi les péchés qui donnent la mort.Dante place ses victimes dans une région où c\u2019est le perpétuel demi-jour, et, avec raison, car c\u2019est un péché contre la Lumière, un refus d\u2019accueillir la Grâce.Plus d\u2019un critique a rapproché Baudelaire et Dante.On est allé jusqu\u2019à soutenir que les Fleurs du Mal, aussi réellement que la Divine Comédie, avec même plus d\u2019angoisse, témoignent d\u2019un art qui, par son essence et par ses ornements, est la proclamation de Dieu.À dire vrai, le poète français est aussi mélancolique que Dante est joyeux dans le Seigneur, comme pour montrer que la poésie se ressent elle aussi de la perte de la Foi.On a également comparé la puissance de Baudelaire à peindre le péché en ses aspects les plus affreux à celle de Dante, chez qui cependant cette puissance est plus soutenue.Le poète français avait un sentiment très vif de la réalité du Mal; il l\u2019identifiait, le trouvant partout, à l\u2019air que nous respirons et à la présence de Satan, qu\u2019il interpelle plusieurs fois en ses vers.Si paradoxal que cela paraisse, Baudelaire manifestait ainsi un sens plus profond des réalités spirituelles que ceux qui font du Démon un personnage de comédie.Comme chez l\u2019homme sécularisé, les blasphèmes de Baudelaire sont de pathétiques efforts pour attirer l\u2019attention de Dieu.Malgré sa faiblesse de volonté et sa vie perverse, il éprouvait un profond besoin de prière et cherchait par les méthodes les plus étranges à vérifier l\u2019existence de Dieu et la possibilité d\u2019un au-delà.Poète, il avait de l\u2019immortalité ses pressentiments où spirituel et sensuel faisaient un étrange mélange.\u201cLa JANVIER 1969 soif insatiable de tout ce qui est au-delà et que révèle la vie est la preuve la plus vivante de notre immortalité\u201d.C\u2019est surtout dans ses œuvres de prose que Baudelaire, affranchi de toute recherche d\u2019harmonie verbale et de symbolisme subtil, met son cœur à nu.C\u2019est comme un écho triste et affaibli de saint Augustin.Ces deux hommes, en effet, ont d\u2019évidentes ressemblances extérieures: même amour profond et constant pour leur mère, même jeunesse orageuse, même prestige sur les coteries littéraires de leur temps, et l\u2019un et l\u2019autre fascinés, quoique d\u2019une façon bien différente, par le problème de la Grâce.Une étrange parenté aussi de pensée, comme dans le sentiment de la fragilité des choses.Souvent le grand évêque d\u2019Hippone a fait entendre cette note en mineure dans ses Confessions.Omnis quippe iste ordo pulcherrimus rerum valde bonarum, modis suis pe-ractis, transiturus est; et mane quippe in eis factum est et vespera.(En effet, tout cet ordre magnifique des choses, tellement bonnes, leurs périodes étant révolues, passera, car elles ont déjà leur matin et leur soir.) Baudelaire répétait souvent ce refrain: \u201cO douleur ! O douleur ! Le temps mange la vie\u201d.Il a lancé en littérature la mode des roses fanées et des lis flétris, et le goût de la mort; cela est passé dans la religion existentialiste.Une tâche, que nul autre encore n\u2019a entreprise et qui s\u2019avérerait fort intéressante, serait de retracer l\u2019influence de Baudelaire sur l\u2019Existentialisme.On dirait que 1 'acedia entretenue du poète, sa mélancolie, son refus de la Grâce et ses rêveries morbides sur la futilité de la vie et sur la mort ont été servies, réchauffées, en mode littéraire, et monnayées au public (nous parlons ici du courant français) en romans et en pièces de théâtre pour ceux qui ne lisent plus ou ne comprennent plus la poésie.Ce serait là jeu amusant et innocent s\u2019il ne causait des désastres spirituels dans les esprits déséquilibrés et n\u2019entraînait certains dévots jusqu\u2019au suicide.Toutefois, ce n\u2019est ni à saint Augustin ni à Dante que Baudelaire se comparaît mais au poète américain d\u2019ascendance irlandaise Edgar Allan Poe.Il était en admiration devant la maîtrise des mots et du vers dans la pièce Le Corbeau et d\u2019autres poèmes de même veine.C\u2019est une curiosité de l\u2019histoire littéraire que cette technique soit un emprunt fait par Poe à \u201cL\u2019Époque des Barmécides\u201d de notre poète Mangan et que Mallarmé ait défini Poe: \u201cun génie de l\u2019Irlande transplanté en Amérique\u201d.Ainsi la mélancolie de Baudelaire remonterait à quelque atavisme celtique ! Baudelaire traduisit en trois gros volumes les Contes fantastiques et extraordinaires de Poe.On a l\u2019habitude de considérer Baudelaire comme le maître d\u2019une époque décadente.On qualifie ainsi, dans l\u2019histoire des sociétés, les époques où les vieilles institutions s\u2019écroulent pour être insensiblement remplacées par de nouvelles, en un mot, des époques de lente transition.En littérature, le terme peut s\u2019appliquer aux œuvres caractéristiques de ces époques.Cela ne veut pas dire que ces œuvres soient nécessairement de qualité inférieure.Nietsche prétend même que la littérature de ces périodes l\u2019emporte sur toutes les autres.Baudelaire est le poète d\u2019une époque de décadence mais on aurait tort de lui appliquer l\u2019appellation ambiguë de \u201cpoète décadent\u201d.Il nous a rendu le grand service de s\u2019être fait pour ainsi dire le cobaye de toutes les maladies spirituelles de son temps.Il disait souvent aux panégyristes du progrès qu\u2019une civilisation s\u2019élève, non dans la proportion où elle étend son équipement, mais dans la mesure où elle diminue les traces du Péché originel.Conscient du drame singulier qu\u2019il vivait et du caractère artificiel du rôle où les autres voyaient un amusement, il s\u2019appelait \u201cle parfait comédien\u201d, \u201cun Polichinelle de la Douleur\u201d.Inquiet et troublé jusqu\u2019à la fin, Baudelaire fit, en 1863, un voyage en Belgique; il y demeura jusqu\u2019en 1866, alors qu\u2019une attaque de paralysie le terrassa et l\u2019obligea à rentrer à Paris.Son état de santé s\u2019aggrava.Ce maître de l\u2019ironie fut la victime de l\u2019ironie suprême: quoique ses facultés fussent demeurées intactes, il ne pouvait ni lire ni écrire.Il mourut le 31 août 1867 et on l\u2019enterra au cimetière de Montparnasse.19 AU SERVICE DU FRANÇAIS Ponctuation \u2014 1 Joseph d\u2019Anjou, S.J.UN DÉSORDRE REGRETTABLE.- Comment échapper à une sourde irritation en constatant, chez les barbouilleurs de papier, journalistes et chroniqueurs de tout acabit, voire chez des écrivains célèbres ou chevronnés, l\u2019irréflexion, la stupidité même que révèle leur emploi ou leur mépris des signes de ponctuation ?Entre point-virgule et deux points aperçoivent-ils la différence ?Le souci de distinguer, par le signe idoine, l\u2019interrogation directe: Que voulez-vous?et l\u2019interrogation indirecte: Je demande qui vous cherchez, fort peu savent le manifester.Il faut un point d\u2019interrogation au bout de la première: beaucoup l\u2019omettent; au point ordinaire qui doit terminer la seconde, ils substituent souvent le point d\u2019interrogation.Presque égale au déplaisir éprouvé devant le saccage de la ponctuation auquel on se livre dans les ouvrages de langue française, \u2014 sans omettre les bourdes que charrient les textes latins ou français de la liturgie, \u2014 il y a l\u2019hostilité de certains lecteurs envers le signataire de comptes rendus de livres, s\u2019il ose blâmer les auteurs qui sabotent ou galvaudent la ponctuation.Pour sûr, leur impatience trahit leur propre misère.L\u2019académicien Pierre-Henri Simon LA JOIE DE VIVRE COMMENCE AVEC JETTE .une installation de Jetté est une assurance de confort ! Jetté profite de 40 ans d\u2019expérience dans le domaine du chauffage et de la plomberie.ou plutôt ce sont les clients qui en profitent.\u201cOù le travail devient œuvre.chef-d'œuvre\u201d ooo ooo ooo ooo CHAUFFAGE PLOMBERIE 849-4107 360 EST, RUE RACHEL - MONTRÉAL ne songerait sans doute pas à réagir de la sorte.Dans son discours de réception à l\u2019Académie française, tel que le reproduit la Documentation catholique (7 janv.1968, col.57), on peut déceler quelques fautes de vocabulaire et de syntaxe, mais il n\u2019y a pas une seule erreur ou déficience de ponctuation.Quasi-miracle, de nos jours.Même après la guerre de 1914 et avant celle de 1939, nombre de revues, en France, les Études, par exemple, pouvaient servir de normes à l\u2019apprenti désireux de précision et de nuance dans la fidélité aux règles de la grammaire et de la ponctuation.Aujourd\u2019hui, dans la majorité des revues et des livres, on trouve, à la même page, deux graphies pour le même mot, et les signes de ponctuation surgissent au petit bonheur ou manquent effrontément à l\u2019appel.Pour s\u2019excuser, on nous renvoie à Louis Veuillot (mais lit-on encore ce maître de la prose française ?), qui consentait, disait-il, à se plier aux préceptes grammaticaux, mais revendiquait le droit de fixer à sa guise la ponctuation de ses écrits.Or, d\u2019une part, la qualité de la langue et la fermeté de la logique du grand journaliste autorisent à lui accorder une confiance que ne méritent pas le premier venu, ni même l\u2019académicien de 1969; d\u2019autre part, il y a, pour Veuillot comme pour les autres, une cohérence à maintenir entre le sens des mots d\u2019une phrase et celui des signes de ponctuation qui en délimitent les rapports.Selon le linguiste Albert Dauzat, l\u2019application à ponctuer intelligemment démontre le degré de respect qu\u2019un écrivain a pour son lecteur.Finie, alors, l\u2019ère du respect, sur ce terrain comme sur maints autres ! Chez les auteurs francophones, en tout cas.Je l\u2019avoue, non sans quelque honte, les livres et les magazines publiés aux États-Unis dont il m\u2019arrive de prendre connaissance ne souffrent pas du désordre qui s\u2019étale dans les œuvres imprimées en France, en Belgique et au Canada.Valéry admirait celui qui se pique assez de per- fection pour hésiter une heure avant de poser une virgule ici et non là.Au fils de la rempailleuse, à notre cher Péguy, revient pareille admiration.Mais dans notre siècle de la vitesse, où, paradoxalement et normalement, les meilleures choses nous arrivent en retard, quel écrivain voudra \u201cperdre du temps\u201d à chercher la juste place d\u2019une virgule, même à dessein de témoigner à son lecteur un peu de considération ?Ce dernier, du reste, a-t-il le loisir de se demander, à ce propos, si l\u2019on se moque de lui ?On lui inspire plutôt l\u2019ambition, exaltée par la réclame, de lire 1000, ou 1500, ou 2000 mots à la minute.Les virgules, alors, il s\u2019en balance éperdument.Comme je déplore ce laisser-aller, cette irrévérence à l\u2019égard de soi-même et du prochain, j\u2019entreprends de rédiger un court traité de ponctuation, si l\u2019on me permet cette expression presque trop solennelle pour le genre familier de ma chronique.Quelques grammaires expliquent plus ou moins, en les énumérant, les divers signes de ponctuation.Un excellent ouvrage de chez nous, Au service de nos écrivains, du R.P.Léandre Poirier, O.F.M., exégète et travailleur consciencieux, offre l\u2019essentiel de ce qu\u2019un écrivain soigneux doit observer en ponctuant ses manuscrits (3e édit., Fides, Montréal; voir Relations, mai 1965, p.158).Au contenu de ces instruments de travail peuvent s\u2019ajouter avec profit des conseils et des exemples non seulement utiles, mais urgents.On s\u2019en rendra compte, je l\u2019espère, si l\u2019on parcourt la série d\u2019articles qui débute avec celui-ci.Une double loi.\u2014 L\u2019espace manquant pour développer davantage et la logique commandant ma démarche, je me contenterai de formuler les deux lois qui régissent la ponctuation.Premièrement, ponctuer suppose qu\u2019on a une notion juste de la portée des signes.Tâche facile, mais dont peu de plumitifs, diplômés ou non, semblent disposés à s\u2019acquitter; elle appartient, pourtant, aux leçons que reçoit l\u2019écolier 20 RELATIONS 06 voeux a la radio et à la télé euLüon Émile Gervais.auquel on enseigne l\u2019analyse logique et les éléments de la stylistique.On me pardonnera donc d\u2019y consacrer une couple d\u2019articles.Deuxièmement, le sens seul de la phrase doit guider l\u2019écrivain lorsqu\u2019il choisit un signe de ponctuation et la place qu\u2019il lui attribue.J\u2019insiste, car j\u2019ai la conviction de toucher au nœud de la difficulté, en même temps qu\u2019au moyen de la résoudre.Le sens seul.On ne ponctue donc pas pour indiquer au lecteur les pauses à faire s\u2019il veut soit reprendre souffle, soit donner, dans une déclamation ou une conférence publique, une valeur émotive ou oratoire à tel passage, à telle idée.On ponctue uniquement, par tel signe et non par tel autre, parce qu\u2019il le faut ainsi, compte tenu du sens, avec les nuances intellectuelles (d\u2019abord), passionnelles ou affectives (ensuite) qu\u2019on a l\u2019intention de suggérer au lecteur.Une application pour l\u2019heure; j\u2019en apporterai des dizaines concernant surtout l\u2019emploi judicieux de la virgule.Voici deux phrases simples.Dieu créa l\u2019univers.Le ciel et la terre chantent sa gloire.Pour appuyer sur le fait que Dieu, l\u2019Être transcendant, non le hasard, a lancé l\u2019univers dans l\u2019existence, je pourrai, dans un sermon ou un cours oral, m\u2019arrêter une seconde après avoir prononcé le mot Dieu, en vue d\u2019attirer l\u2019attention de l\u2019auditoire ou de la classe sur ce que j\u2019ai dit ou ce qui suivra.De même, en lisant à haute voix la deuxième phrase, je garderai, si ça me plaît, un instant de silence après le mot terre.Mais on commettrait une énorme sottise et une insulte à l\u2019endroit du lecteur si, pour la seule raison qu\u2019une légère pause convient dans la lecture à haute voix, on allait, dans le texte écrit, mettre une virgule après le mot Dieu ou après le mot terre.Sottise, hélas ! semée à profusion dans des livres ayant pour auteurs d\u2019éminents romanciers, des hommes de science, des philosophes, des théologiens.Pourquoi ?11 ne peut y avoir que deux réponses: ou l\u2019on ignore la règle fondamentale de la ponctuation: du sens seul dépend l\u2019usage des signes, ou l\u2019on sous-estime l\u2019intelligence du lecteur qui débitera oralement le texte écrit.Les entretiens subséquents compléteront, en les illustrant par force détails, les données générales que je viens d\u2019esquisser.JANVIER 1969 ^ l\u2019aurore de 1969, il convient d\u2019offrir des vœux ardents à notre industrie de la radio et de la télévision et aux bons artisans qui la font ce qu\u2019elle est, l\u2019une des plus importantes de l\u2019univers francophone: responsables de la direction, auteurs, réalisateurs, artistes et interprètes, membres des services administratifs et techniques.Nous incluons dans nos souhaits non seulement les géants comme Radio-Canada et Télémétropole, mais aussi les postes privés qui rendent le service inestimable d\u2019animer la vie culturelle et communautaire dans la région qu\u2019ils desservent.Souhaitons que tous prennent une conscience de plus en plus aiguë de leurs responsabilités et de la puissance de l\u2019instrument qu\u2019ils ont en mains, pour la formation de l\u2019opinion publique et l\u2019éducation des masses.Il n\u2019est pas nécessaire d\u2019identifier ici les nombreux aspects de notre industrie qui justifieraient des éloges.Et ce n\u2019est pas le moment de souligner les points qui demanderaient une revision.Ceux-ci pourront être l\u2019objet de chroniques à venir, faites dans un esprit de bienveillance et de collaboration.Car la critique, si elle est judicieuse, peut être pour l\u2019art un guide et un stimulant.Dieu encore mieux servi Il est cependant un vœu et un hommage que j\u2019aimerais exprimer.Le vœu de voir augmenter le nombre des émissions formellement religieuses de caractère doctrinal, à la télévision et même à la radio où dominent d\u2019emblée, dans cet ordre, les émissions de dévotion ou de téléphone.Les deux productions actuellement à l\u2019horaire du Canal 2 et du Canal 10, \u201c5D\u201d et \u201cPour l\u2019amour du Christ\u201d, de l\u2019aveu même de leurs responsables, ne sont religieuses que dans un sens large.Les interviews qui les composent nous apportent des tranches de vie humaine, fort intéressantes, où il n\u2019y a pas toujours trace d\u2019expériences proprement spirituelles.Télémétropole nous promet, pour le mois de janvier, une émission télévisée de catéchèse pour adultes, dirigée par le P.Legault.Pourquoi Radio-Canada ne nous ferait-elle pas le cadeau d\u2019une initiation à la doctrine de l\u2019Église sur les ondes de son réseau de télévision, si puissant pour la formation de notre peuple ?Cette émission, remise à l\u2019entière responsabilité de l\u2019Épiscopat, aurait un singulier prestige.Rien ne s\u2019oppose qu\u2019on fasse à d\u2019autres dénominations religieuses le même cadeau, aux mêmes conditions, en tenant compte du nombre de leurs adhérents.Nous adressons l\u2019hommage à l\u2019émission le \u201c8e Jour\u201d qui soutient seule l\u2019honneur de glorifier le Seigneur, chaque dimanche, à la télévision.Longue vie et popularité croissante à \u201c8e Jour\u201d ! Remarquables sont les progrès accomplis depuis ses débuts quelque peu hésitants.On a trouvé le moyen de présenter le thème des réunions, toujours bien choisi, d\u2019une manière concrète et vivante.La prédication puise davantage dans le trésor des faits évangéliques, sans toujours se garder encore du style abstrait, qui jongle avec les idées.Par-dessus tout, cet hommage va aux créateurs de l\u2019émission, en particulier à M.l\u2019abbé Jean-Guy Dubuc.Avec la collaboration de leurs \u201cparoissiens\u201d en studio et de l\u2019équipe des artistes et des techniciens, ils animent cette rencontre hebdomadaire avec le Seigneur, d\u2019une vie ardente de foi et de prière.De même, nous exprimerons notre gratitude à Radio-Canada poulies sommes importantes, le matériel considérable et le personnel nombreux et très qualifié qu\u2019elle consacre gracieusement à cette émission religieuse, qu\u2019elle a voulue l\u2019une des plus prestigieuses de son réseau de télévision.L\u2019époque des fêtes et des souhaits passée, nous reviendrons aux émissions en cours, en particulier aux téléromans.Ceux qui ont été mis à l\u2019horaire de 1968-69 soulèvent plusieurs problèmes fort intéressants.21 Georges-Henri cTAuteuil, S.J.L e t h é û » r e Monsieur Bonhomme et les Incendiaires Si on ne cherche pas midi à quatorze heures ni de subtiles symboles, on peut dire que la pièce de Max Frisch, Monsieur Bonhomme et les Incendiaires, semble être une satire assez rosse d\u2019une certaine bourgeoisie prétentieuse et veule, qui se laisse facilement manœuvrer, qui collabore même, avec une stupide inconscience, à sa propre déchéance.Cela ressemble fort d\u2019ailleurs aux idées personnelles de Frisch, plutôt à gauche.Satire, mais présentée dans un mélange d\u2019humour noir et de farce insolite qui fait accepter, sans trop sourciller, les situations les plus absurdes et cocasses.En effet, on ne peut être plus hurluberlu que ce Monsieur Bonhomme; sa sottise frôle l\u2019invraisemblance.L\u2019auteur le sauve en le faisant agir avec une bonne foi et une crédulité désarmantes.Il porte tellement bien son nom de bonhomme qu\u2019il ne peut concevoir les autres différents de lui.De là le comique de la pièce, mais effarant parfois devant les énormes balourdises du bonhomme, que l\u2019on sait pouvoir produire des catastrophes.22 C\u2019est cette œuvre très moderne que nous ont offerte, comme premier Exercice public, les élèves de l\u2019École nationale de Théâtre, sous la direction de Jean Doat, au Monument National, qui ne rajeunit pas, au contraire.Certains pourraient penser qu\u2019il est facile de jouer des pièces farfelues comme Monsieur Bonhomme et les Incendiaires, qu\u2019il suffit de \u201clâcher son fou\u201d comme on dit, et le tour est réussi.Erreur.En effet, autre chose est faire le drôle et être drôle, qui suppose des qualités de finesse, de mesure, de retenue, incompatibles avec l\u2019exagération ou l\u2019outrance très fréquentes chez le bouffon mais qui n\u2019ont rien à voir avec l\u2019art.Ainsi, le Bonhomme de Pierre Curzi était pétillant de vie, mais son jeu trop peu nuancé tombait dans la mécanique: une agitation à la longue factice et agaçante.Tandis que le Goulot d\u2019Yvon Barrette, surtout dans la première partie, a été savoureux et fort amusant grâce à une interprétation contrôlée et adaptée avec justesse à son personnage.Une belle composition.Gilbert Sicotte a aussi joué son Duras-sier avec intelligence et naturel.L\u2019air effarouché de l\u2019Anna de Madeleine Arsenault était bien plaisant et Paule Baillargeon a réalisé son personnage de Babette, l\u2019épouse de Monsieur Bonhomme, avec aisance.Le décor fonctionnel \u2014 et comment ! \u2014 était, à mon goût, franchement laid.Plus ou moins solide, un échafaudage à double palier d\u2018un édifice en construction, voilà ce décor.Les deux plans sont nécessaires, j\u2019en conviens; mais nous sommes dans un intérieur de bourgeois cossus et non dans un vague taudis de la Petite Bourgogne.Monsieur et madame Bonhomme craignent, pour leur demeure, les projets criminels d\u2019incendiaires qui, paraît-il, rôdent dans le quartier.Ils devraient, au contraire, se réjouir et désirer passer au feu sans retard et, ainsi, pouvoir se loger plus décemment.Est-ce qu\u2019on enseigne la stylisation à cette École de théâtre ?Pauvre amour Je me demande encore, avec étonnement, comment on a pu croire à un tournant dans l\u2019œuvre dramatique de Marcel Dubé.J\u2019ai pensé, pour ma part, me retrouver à une répétition de Un matin comme les autres, représentée l\u2019an dernier, sauf erreur, en assistant à Pauvre amour.Il y a plusieurs variantes de détail, d\u2019accord.Mais, dans les deux pièces, l\u2019essentiel est étrangement le même: deux couples, d\u2019âge et de mentalité différents, s\u2019échangent leurs partenaires pour vivre une aventure amoureuse, éternelle prétendent-ils, mais qui ne dure, en fait, que \u201cl\u2019espace d\u2019un matin\u201d (ou d\u2019une nuit) et ne laisse, après quelques heures éblouissantes, qu\u2019a-mertume au cœur et goût de cendre dans la bouche.Que le jeune couple, cynique et pervers, de Pauvre amour soit bien différent de celui que dépeint Un matin comme les autres, ne change rien à l\u2019affaire.Les résultats sont les mêmes.Dans les deux cas, pauvre et pitoyable amour, vraiment, parce qu\u2019uniquement charnel, en dépit du leurre des prétextes que les personnages se donnent pour se justifier.Pauvre amour n\u2019est donc pas, à mon sens, une pièce nouvelle, mais une autre analyse, assez triste et déprimante, de l\u2019amour déçu, dissous, du couple, thème actuel de l\u2019œuvre dramatique de Dubé.Analyse, au reste, intéressante et bien poussée, dans des personnages vivants et bien réels.Car Dubé sait bâtir une pièce, créer et développer des situations dramatiques vraies.Mais il affectionne aussi un certain goût pour la catastrophe.L\u2019échec, toujours l\u2019échec ! Dans Pauvre amour, dès les premières répliques, il est total.Le déroulement de l\u2019intrigue n\u2019en sera que la démonstration visuelle, fatale.Le ver ravageur était déjà dans le fruit.La pourriture devenait irrémédiable, nécessaire.Le rôle de l\u2019auteur fut simplement de nous dévoiler le cheminement du ver et le progrès désastreux de son travail.Pour faire vivre sous nos yeux cette lamentable histoire, Louis-Georges Carrier, metteur en scène, a fait un choix judicieux d\u2019interprètes: Jean Du-ceppe, Monique Lepage, le couple des \u201cvieux\u201d, Benoît Girard et Louise Mar-leau, le couple des \u201cjeunes\u201d, plus Guy Sanche, sorte de personnage caméléon et discret meneur de jeu.Benoît Girard joue assez bien les mauvais garçons.Il en exprime justement la désinvolture, l\u2019outrecuidance, RELATIONS le cynisme et aussi la turpitude.A-t-on l\u2019intention de spécialiser Duceppe dans les amours de rechange, plutôt ridicules et sans avenir ?Ce ne semble pourtant pas dans son caractère, plein de vitalité, de santé, de bonne humeur et d\u2019optimisme.Le fait de jouer ces rôles avec sincérité et naturel, de les rendre plausibles, démontre, à coup sûr, son talent incontestable.Monique Lepage joue son personnage, las et désabusé, avec une retenue presque effacée.Au contraire, Louise Marleau, avec une aisance souveraine, commande en fait le mouvement de la pièce.Ce n\u2019est plus la jeune ingénue d\u2019hier, mais la femme agressive, sûre d\u2019elle-même et de ses charmes, une personnalité mûrie en pleine possession de ses moyens qui sont grands.Guy Sanche est en train de se tailler une place avantageuse parmi nos comédiens.Sa figure énigmatique, ses attitudes réservées, son jeu sobre, les inflexions nuancées d\u2019une belle voix et cette façon de jeter les propos les plus inattendus comme à la dérobade, donnent à son interprétation un tour original qui n\u2019est qu\u2019à lui.Ses interventions, occasionnelles pourtant et très marginales par rapport à l\u2019intrigue, sont loin d\u2019être banales et de passer inaperçues.Staircase L\u2019homosexualité tient la vedette, actuellement.Après les moralistes, les médecins, les psychiatres, voilà que les législateurs eux-mêmes se penchent sur ce problème, cet anormal accouplement des sexes.On pouvait donc s\u2019attendre que l\u2019art, en particulier le cinéma et le théâtre, s\u2019emparât du thème, affaire de le \u201cdémythifier\u201d, comme on dit si élégamment.La prude Angleterre (autrefois !) s\u2019en est chargée et Charles Dyer a composé Staircase, qui vient de faire courir Londres, Paris, New York et jusqu\u2019à la non moins prude Toronto (autrefois!).Le public de Montréal, de langue anglaise du moins, a dû marcher volontiers vers le charmant théâtre, La Poudrière, sur l\u2019île Sainte-Hélène, pour voir le Staircase de Madame Jeanine Beaubien, interprété par Max Helpmann et Patrick Boxill.Par malheur, comme mon anglais est plutôt \u201clousy\u201d, je n\u2019ai pu goûter toute la \u201csubstantifique moëlle\u201d de la pièce pour en apprécier judicieusement la valeur psychologique et dramatique.En effet, de cette sorte de mariage établi depuis vingt ans entre deux amis totalement repliés sur eux dans une humble échoppe de barbier, l\u2019auteur relève et étudie davantage les comportements humains des deux hommes à l\u2019égard l\u2019un de l\u2019autre, leurs mutuelles réactions face aux événements selon leurs caractères.Un exemple de plus du théâtre actuel où, sous l\u2019influence de la psychologie moderne, on s\u2019explique longuement plus qu\u2019on agit.Théâtre verbeux et partant difficile à jouer et à mettre en scène de façon vivante et variée.Aussi faut-il louer la grande ingéniosité de Jeanine Beau-bien pour faire évoluer les deux uniques personnages de Staircase autour de deux chaises de coiffeur, plantées dans les dix pieds carrés de la scène de La Poudrière, pendant plus de deux heures.Heureusement Helpmann et Boxill sont loin d\u2019être des amateurs.Leur jeu varié, aisé et naturel leur a permis de surmonter les embûches de la pièce et d\u2019éviter, surtout, de tomber dans la monotonie ou la répétition des mêmes effets.Cette dernière qualité, Boxill m\u2019a paru la posséder avec plus de maîtrise que son confrère Helpmann dont les trop fréquents emportements et excès de voix agaçaient à la longue.Les Posters Quand il a écrit les Posters, Louis-Georges Carrier voulait-il exalter la jeunesse ou s\u2019en moquer ?Plus probablement, peut-être, ridiculiser amicalement la puérile prétention des jeunes à bouleverser le monde sous prétexte de le réformer vraiment, pour s\u2019apercevoir qu\u2019ils imitent bêtement leurs aînés.La contestation étant à la mode, ils contestent dans la plus parfaite incohérence, puis sont contestés à leur tour.Mais tout s\u2019arrange, car au milieu de sauts, de danses, de courses, de folies, ils découvrent soudain l\u2019amour, le premier amour, celui que chantent les poètes et.Léveillée.En effet, les Posters est une comédie musicale du tandem Carrier-Léveillée, réalisée au Rideau Vert dans une mise en scène de Richard Martin.Deux parties.D\u2019abord la contestation des vieux, accomplie dans les cris, le tintamarre, les disputes et la banalité.De l\u2019enthousiasme, mais factice et de circonstance: genre émission yé-yé à la télévision.Ensuite, la découverte de l\u2019amour.De l\u2019eau de rose, du sentimentalisme fade, surtout dans les chansons.Le tout entrelardé de deux ou trois scènes pastiches réussies et amusantes.Les jeunes s\u2019y plairont sans doute.À cet âge, quoi qu\u2019on dise, on est turbulent et romantique.C\u2019est bien ainsi.Ils auront tout le reste de leur vie pour être sérieux et réalistes.Les autres ?Eh bien, ils s\u2019intéresseront aux comédiens, qui en valent la peine.En effet, les six jeunes interprètes \u2014 trois filles, trois garçons \u2014 font du bon travail.La petite Yvonne Moisan, à la voix encore enfantine, montre déjà beaucoup de talent, Ghislaine Paradis a du charme et une belle voix, André Cartier, qui a déjà fait ses preuves à l\u2019École nationale de Théâtre, manifeste un don de comique intéressant.Tous ont joué avec une précision dans les attitudes, les gestes, le maintien, assez étonnante pour des débutants.Un bon point pour eux et aussi, sûrement, pour le metteur en scène qui a su les si bien styler.Les Posters n\u2019encombreront pas les anthologies dramatiques de demain, mais le spectacle produit sur la scène du Stella, à l\u2019occasion des Fêtes, aura fait passer de bons moments à plusieurs.Cela a son prix en nos temps de crises de la monnaie.CROIRE Croire, c\u2019est dire oui à la révélation de Dieu.Ce serait mal comprendre cette révélation que de la considérer comme un vaste système de vérités toutes faites.Elle est avant tout un message et une lumière, la lumière de Dieu sur notre vie, sur l\u2019histoire, sur le bien et le mal, sur la mort, sur Dieu lui-même, sur la valeur dernière de l\u2019amour.Pour proclamer cette révélation, il faut bien se servir de mots et adopter un certain ordre, un enchaînement cohérent.Mais jamais on ne devra donner l\u2019impression que la révélation de Dieu est une collection de choses à savoir.Elle est regard de Dieu sur la réalité que nous sommes.Voir avec les yeux de la foi, c\u2019est voir avec les yeux de Dieu.(Une introduction à la foi catholique.Le catéchisme hollandais, 1968, p.375).JANVIER 1969 23 AU FIL DU MOIS Une réaction de santé C\u2019est par une réaction de santé morale que le Solliciteur général de la province, M.Armand Maltais, a dénoncé, à l\u2019occasion de la diffusion d\u2019un disque d\u2019information sexuelle toute naturaliste (v.Relations, nov.1968, p.361) \u201cle déferlement d\u2019obscénité\u201d auquel nous assistons depuis des années et qu\u2019il a annoncé une enquête pour rendre efficace notre législation.Ce n\u2019est pas parce que ce dérèglement est aujourd\u2019hui fort répandu ou qu\u2019il sévit ailleurs avec plus de virulence que nous devons nous y résigner.Notre tolérance présente étonne et déconcerte les esprits cultivés qui nous visitent.Tel ce rédacteur de Missi, venu à l\u2019Expo l\u2019an dernier, qui en fit la remarque {Missi, 1967, 7, p.247), à propos des annonces de spectacles que publient à pleines pages même nos journaux catholiques; il en cite deux, La Presse et le Devoir qui \u201cs\u2019affirment inconditionnellement catholiques\u201d.\u201cIl y a là un mépris des femmes dont les femmes catholiques auraient droit de s\u2019offusquer\u201d.Il y a là un mépris de l\u2019homme en sa condition même, du fait qu\u2019il est esprit, sans parler de la grandeur pour ainsi dire infinie que lui confère sa condition chrétienne.N\u2019est-ce pas André Malraux qui, recevant un doctorat de l\u2019Université d\u2019Oxford, en appelait aux \u201cpuissances de l\u2019esprit (qui) seules pourront lutter contre ces démons et ces usines de rêves, le cinéma et la télévision, qui font inéluctablement appel à ce qui est le plus puissant au monde, le sexe et le sang\u201d?{Paris-Match, 10 fév.1968, P- 86).Plus éclairante encore, cette réflexion que Raïssa Maritain a consignée dans son Journal, p.84: \u201cDeux choses manifestent la spiritualité de l\u2019âme: la nature de l\u2019intelligence et la pudeur.\u201d \u201cLa pudeur est dans le composé humain l\u2019instinct spirituel, par lequel est révélée la supériorité réelle (et non de convention) de l\u2019esprit sur la chair.C\u2019est un instinct strictement humain, étant une revendication de l\u2019esprit contre l\u2019emprise de l\u2019animalité\u201d .\u201c.elle (la pudeur) est dans la conscience instinctive que l\u2019esprit prend de lui-même, et de la part qui lui est faite dans le composé humain\u201d.\u201c.dès que l\u2019homme sent qu\u2019une subversion menace la hiérarchie des êtres: Dieu, esprit, animalité, que la chair entre en lutte avec l\u2019esprit, la pudeur élève la voix, d\u2019autant plus haut que l\u2019esprit est plus libre, plus vigoureux et que les mœurs sont plus innocentes\u201d.Il y a longtemps que des voix de parents et de clercs ont dénoncé chez nous cette subversion.Une voix officielle s\u2019élève aujourd\u2019hui, lucide et courageuse; pour notre honneur et notre santé morale, souhaitons qu\u2019elle soit entendue.Georges Robitaille.Deux îles: Félix et Andrée Leclerc En juillet 1968, Félix Leclerc faisait paraître à Paris, chez Robert Laffont, Chansons pour tes yeux, sorte de suite, \u2014 meilleure, \u2014 au Calepin d\u2019un flâneur (voir Relations, 23 (1963): 28).Y parlait-il d\u2019amour, c\u2019était d\u2019amour souffrant plutôt que d\u2019amour heureux: \u201cLe verbe aimer pèse des tonnes.Des tonnes de chagrins, de joies, d\u2019inquiétudes, de chair, de sang, de doutes, d\u2019extases et de cris.Ne le fuis pas.Le verbe \u2018ne pas aimer\u2019 pèse encore plus lourd.\u201d (P.53.) Parfois, on sentait, lourde, la confidence: \u201cIl a quitté famille, religion, pays, à cause du manque d\u2019amour.\u201d (109.) Félix ressentait encore la dureté de plusieurs critiques: \u201cJ\u2019ai apporté le vin à la table de mon pays où je ne suis pas admis.Je suis de ceux qui, chez eux, sont debout à la cuisine.\u201d (78.) Il éprouvait également certains regrets: \u201cLa vie n\u2019a pas voulu, mais si elle avait voulu, nous aurions pu devenir le plus beau couple de la Terre.\u201d (18.) Cependant, même aux prises avec les noirceurs de la vie, \u201cle Canadien\u201d n\u2019en conservait pas moins toute sa grandeur: \u201cLa noblesse, c\u2019est de la souffrance qui se tient debout sans crier au secours.\u201d (88.) Pareille noblesse n\u2019a pas été donnée à tous.Aussi Jean-Paul Sylvain vient-il de livrer au grand public Félix Leclerc, \u201cl\u2019histoire du plus grand des chansonniers canadiens telle que racontée par sa femme\u201d, ou mes 25 années dans l\u2019intimité de Félix Leclerc, par Andrée Leclerc (Montréal, les Éditions de l\u2019Homme, 1968, 157 pp.).La langue, le ton et le contenu de ce livre ont toute la grisaille, sinon la bassesse, de certains petits journaux qui, chaque semaine, se plaisent à parasiter la vie de nos artistes.Non seulement Sylvain fait parler et écrire à Madame Leclerc une langue qui n\u2019a même pas le rythme et le style du bon jouai quotidien, mais d\u2019elle il rapporte encore des confidences qui auraient dû rester secrètes, même si l\u2019on admet qu\u2019il ait jamais été opportun ou nécessaire de les faire.D\u2019ailleurs, \u201cest-il indécent de demander à un inconnu ce qu\u2019il lit, ce qu\u2019il pense, ce qu\u2019il regrette ?Je crois que oui.La chambre secrète de ses pensées, on ne l\u2019ouvre qu\u2019à ceux qui nous aiment, c\u2019est-à-dire presque jamais.\u201d {Chansons pour tes yeux, 30.) En maints endroits du livre de Sylvain l\u2019indiscrétion est telle que l\u2019on se demande si Madame Leclerc, au lieu que de se prêter de bonne grâce à une interview, n\u2019y a pas davantage été prise au piège.On a peine à croire, en effet, que cette femme qui non seulement ne cesse de dire son admiration pour son \u201chomme\u201d, \u201cl\u2019homme de (sa) vie\u201d (14, 19, 29, 30, etc.), mais encore le considère toujours comme un génie et, malgré tout, comme un \u201cpur\u201d, un \u201cgars propre\u201d (v.g.131), en vienne sciemment, de son gré et de bon cœur, après l\u2019avoir défendu contre la critique méchante, à lui \u201cadministrer (la) douche froide\u201d (Jean Basile, dans le Devoir, 30.11.68: 14) qu\u2019est vraiment le volume de Jean-Paul Sylvain.À ce dernier quelle dose de cynisme ne faut-il pas pour rapporter platement les propos suivants (choisis entre quelques autres): \u201cFélix s\u2019est construit de ses mains un camp à l\u2019île d\u2019Orléans, il y a maintenant quatre ans.Il s\u2019y absentait tellement souvent pour y composer qu\u2019à la fin, j\u2019eus des doutes.J\u2019appris d\u2019une de mes amies qu\u2019il s\u2019était amouraché d\u2019une secrétaire de 26 ans, lui qui en a 56.\u201d (154.) Est-ce là la façon que M.Sylvain a trouvée de rendre à la fois justice et service à celle qu\u2019il citait ainsi quelques lignes auparavant: \u201cMoi, monsieur Sylvain, je ne désespère pas.Je suis une femme patiente qui ai attendu tout le temps de sa vie.J\u2019ai confiance qu\u2019il va 24 RELATIONS revenir.\u201d (Ibid.) Femme d\u2019un artiste que son métier a peut-être par trop accaparé, Andrée Leclerc a souffert et souffre encore de la solitude.\u201cDans la vie\u201d de Félix, écrit-elle au fil de la plume de Jean-Paul Sylvain, \u201cles gens et les objets avaient une importance secondaire, et souvent j\u2019ai senti que je faisais comme partie d\u2019un décor\u201d 66-67); aujourd\u2019hui, \u201cmon homme, l\u2019homme de ma vie, est à Paris, ramassant la gloire, tandis que moi, qui ai partagé sa vie de bohème, je suis une femme seule et délaissée\u201d (19) qui tente de \u201csurnager\u201d (157).Andrée Leclerc a collaboré aux ouvrages de son mari: \u201cJe lui donnais beaucoup d\u2019idées pour ses manuscrits.(.) J\u2019étais bien contente d\u2019être une partie de son inspiration, tout comme le paysage, la mer.Parfois, je reconnais une phrase complète de moi, ou encore, plus souvent, mes idées ou des situations.Mais Félix avait l\u2019art de rendre tout cela vivant, attachant.\u201d (33.) Cette fois, c\u2019est à Jean-Paul Sylvain qu\u2019Andrée Leclerc a confié ses idées, et elle ne devrait pas en être contente, car ce scribouillard a plutôt fait œuvre de mort qu\u2019œuvre de vie en prétendant \u201cfouille(r)\u201d, en sa \u201ccompagnie\u201d, \u201cla vie et l\u2019âme de Félix\u201d.Elle était capable de mieux, l\u2019épouse de celui qui a écrit: \u201cSeule une femme peut tisser riches draperies avec bouts de misère.\u201d (Chansons pour tes yeux, 96.) Félix, en tout cas, a écrit plus bellement: \u201cMon bateau est fatigué.Je le mets en rade quelque part en France, au soleil.Je me donne un an pour lui refaire une toilette neuve, et je reprendrai la mer, et la vie.\u201d (Ibid., 103.) Voilà comment \u201cce couple, autrefois uni comme un continent, surnage aujourd\u2019hui comme deux îles\u201d (ibid., 52).Finalement, Félix n\u2019aura-t-il pas eu un peu raison, qui constatait (ibid., 104): \u201cCe qui se vend le mieux chez les catholiques: les péchés mortels des autres.\u201d Aussi m\u2019en voudrais-je d\u2019oublier que l\u2019éditeur de ses pseudobiographes a pris soin de noter, en dernière page de la couverture, \u201cque c\u2019est avec un attendrissement discret\u201d que Jean-Paul Sylvain et Andrée Leclerc \u201cnous livrent, dans ce merveilleux ouvrage, tous les petits secrets de la vie quotidienne du grand poète\u201d.Et alors, l\u2019indiscrétion, c\u2019aurait été qu0* ?\u2018 \u2022\tRené Dionne.JANVIER 1969 CORRESPONDANCE Le Parti nationaliste chrétien Québec, le 17 novembre 1968 M.le directeur, Une chose m\u2019inquiète actuellement: la naissance du Parti nationaliste chrétien.Relations évite de faire de la politique au sens mesquin du mot, et c\u2019est bien.Doit-elle éviter toute sorte d\u2019engagement politique, même au sens plus relevé ?doit-elle surtout refuser d\u2019éclairer ses lecteurs sur certaines options majeures qui les engageraient comme citoyens et comme chrétiens ?Il y a des tournants à ne pas manquer.On menace de fonder un parti qui va encore confondre politique et religion.Un de ces fourre-tout où on réussit à faire entrer des badauds ou de braves chrétiens qui se croient obligés d\u2019afficher toutes les étiquettes portant le mot \u201cchrétien\u201d.Ces partis n\u2019ont-ils pas suffisamment démontré en Europe qu\u2019ils étaient incapables d\u2019atteindre leur but; qu\u2019ils introduisent la confusion; qu\u2019ils liaient presque invinciblement la religion à des causes fort discutables par plus d\u2019un côté ?Et l\u2019on voudrait recommencer la même erreur au Québec ! Malgré les bonnes intentions des personnes lançant de tels mouvements, n\u2019avez-vous pas le devoir urgent de leur crier casse-cou, à eux et à toute la population ?le devoir aussi de dénoncer les peurs excessives à l\u2019endroit du prétendu socialisme de certains hommes publics ?A l\u2019aide d\u2019économistes et de politicologues compétents, ne serait-il pas grand temps de faire dans la population une campagne de nettoyage autant que d\u2019éclairage pour nous débarrasser de la marche des chapelets mêlés aux dividendes; des écrans de fumée créditistes qui nous font passer pour des mineurs et des analphabètes aux yeux des étrangers ?(La France a bien eu sa petite crise de poujadisme, mais cela n\u2019a duré qu\u2019une saison.) Alors qu\u2019en d\u2019autres provinces on a évacué le créditisme, beaucoup de nos gens attendent encore, ici au Québec, la venue du Père Noël politique qui va leur distribuer des cadeaux en leur tapotant les joues.Que cette impéritie populaire serve fort bien, à l\u2019occasion, les intérêts des grands partis, je ne le sais que trop.Cela vous enlève-t-il le devoir de parler ?Vous allez dire que Relations n\u2019a qu\u2019un public restreint et assez relevé.D\u2019accord ! mais il arrive que certains de vos articles passent dans les grands journaux.Et si d\u2019autres revues voulaient bien jouer avec vous un jeu plus sérieux et autrement plus important pour la formation vraie de notre peuple, ne verrions-nous pas poindre un vrai sens politique, même dans les couches plus humbles de la population ?Je rêve peut-être en couleur, comme dirait le défunt Daniel Johnson, mais j\u2019imagine une sorte de pool des compétences, des bonnes volontés et des mass media pour en arriver à l\u2019évolution sociale, culturelle, morale, politique de notre population.Je suis chrétien autant que quiconque, mais de grâce, débarrassez-nous d\u2019un parti nationaliste chrétien.Lucien Roy.MÉDITA TION EN ROUTE AVEC LUI Que l\u2019année soit légère ! C\u2019est mon souhait, bien sûr, c\u2019est davantage celui du Père.Par lui, les trois cent soixante-cinq lignes sont écrites, écrites en termes vivants de rencontres quotidiennes; or chacune me sera lue par des voix aux tonalités différentes, tantôt agréables, tantôt blessantes; apportant aujourd\u2019hui le message réconfortant de l\u2019amitié sentie, demain celui de l\u2019opposition ou du mépris.Messages transmis à partir de figures d\u2019où les mots d\u2019accueil sortent des yeux et rejoignent le cœur, à partir de figures d\u2019où les mots d\u2019accueil sortent des lèvres et ne se rendent ni jusqu\u2019aux yeux, ni jusqu\u2019au cœur.Chaque ligne, cependant, sera légère si mon amour des autres, comme celui de Dieu pour moi, en est un de bienveillance, et si je consens à le chercher Lui, afin de l\u2019identifier, et de l\u2019aimer, caché au meilleur de chacun.Il est là, comme le sens entre les lignes d\u2019un texte effacé, difficile à lire, mais enrichissant quand on l\u2019a trouvé.Que l\u2019année soit légère ! Par lui, les trois cent soixante-cinq lignes sont écrites, écrites en termes non capricieux d\u2019incidents quotidiens, permis ou voulus pour l\u2019amour de moi.Ils seront les pierres de ma route, tantôt douces, tantôt rudes, déposées là par le maître de ma vie.J\u2019y marcherai, comme un enfant docile marche à l\u2019école, riant au bon vent et se moquant du mauvais; ignorant même de tout son cœur les façons du temps, s\u2019il puise en sa hâte d\u2019apprendre le goût d\u2019aller à la leçon ou de faire le devoir.A son exemple, je foulerai les pierres de ma route, tantôt léger comme le beau matin dont les ombres même sont claires, tantôt fatigué dès la première heure, et portant sur le visage, malgré le soleil, le teint gris des journées sans lumière.Elève à mon tour, élève attentif à l\u2019écoute du maître, j\u2019y marcherai de tout mon cœur.Que l\u2019année soit légère ! Les trois cent soixante-cinq jours sont là, tous apparemment limités, mais tous porteurs d\u2019un peu d\u2019éternité.Il y aura ceux dont toutes les minutes sont de bonne humeur, ceux dont toutes les heures semblent maussades, tous d\u2019égale longueur ! Ils ne le paraîtront cependant pas, si je les mesure à la mesure trompeuse des courtes joies ou des longues peines; chacun pourtant me sera léger, si au lieu de m\u2019y rechercher, j\u2019en recherche l\u2019auteur et sa volonté, portée par chacun d\u2019eux.Chacun me sera léger, si je puise en ma foi réveillée ce surcroît de vision intime, indispensable pour lire l\u2019invitation d\u2019aimer, transmise par chacun d\u2019eux; l\u2019invitation d\u2019aimer au-delà de moi, au-delà du temps, d\u2019aimer là où je le suis, là où je pourrai toujours aimer.Ce sera le rôle de la grâce divine, jamais refusée, de soutenir ma fatigue concrète ou de l\u2019alléger.Par la foi et la grâce, Dieu est dans ma vie; il y est pour la changer, il y est pour transformer les longues heures en courtes peines, les courtes heures en longues joies.En route avec Lui, l\u2019homme peut porter des journées lourdes et vivre, malgré tout, l\u2019année légère.Paul Fortin.25 Les livres Théologie Jacques Maritain: Humanisme intégral, 320 pp.\u2014 Henri de Lubac, S.J.: Athéisme et sens de l\u2019homme, 152 pp.\u2014 En collaboration: Dialogues avec la souffrance, 142 no.\u2014 Johannes Blauw: L\u2019apostolat de l\u2019Eglise, 220 pn.\u2014 Yves Congar, O.P.: Cette Eglise que j\u2019aime, 124 pp.\u2014 A mes frères, 222 pp.\u2014 René Coste, S.S.: Evangile et politique, 320 pp.\u2014 Karl Rahner: Le prêtre et la paroisse, 124 pp.\u2014 Paul Claudel: Psaumes, 256 pp.Coll.\u201cFoi Vivante\u201d, nos 66 à 74.\u2014 Paris, Editions Montaigne, du Cerf, Spes, Delachaux et Niestlé, Desclée de Brouwer, 1968, 18 cm.Neuf nouveaux volumes d\u2019une collection très .éritante.Les uns sont une réédition de textes déjà publiés, les autres présentent de l\u2019entièrement nouveau.Tout le monde connaît Humanisme intégral de Maritain, les Psaumes de Claudel; beaucoup ont déjà lu ailleurs les textes de conférences ou d\u2019articles des PP.de Lubac, Congar et Rahner, ainsi que les extraits que présente l\u2019ouvrage Dialogues avec la souffrance.Deux livres, par contre, offrent du tout nouveau: L\u2019apostolat de l\u2019Eglise et Evangile et politique.Le premier est l\u2019œuvre d\u2019un protestant et a été coirmosé à la demande de la Commission d\u2019études biblioues auprès du Conseil international des missions et Conseil œcuménique des Eglises; le second provient d\u2019un auteur (René Coste) qui a déjà beaucoup oublié sur les questions politiques et la morale internationale.Dans l\u2019Avant-propos d'Humanisme intégral, Maritain écrit ces lignes significatives: \u201cLe monde issu de la Renaissance et de la Réforme est ravagé depuis cette époque par des énergies puissantes et à vrai dire monstrueuses, où l\u2019erreur et la vérité se mêlent étroitement et se nourrissent l\u2019une de l\u2019autre, vérités qui mentent, et \u201cmensonges qui disent la vérité\u201d.Il appartient à qui aime la sagesse d\u2019essayer de purifier ces productions anormales et meurtrières, et de sauver les vérités qu\u2019elles font délirer\u201d (p.7).A cette nécessaire entreprise de purification et de salut dont parle Maritain, peuvent certainement contribuer les ouvrages qui viennent de paraître dans la collection Foi Vivante.Richard Arès.Divo Barsotti: Dieu est Dieu.Traduit de l\u2019italien par E.de Solms.\u201cCahiers de la Pierre-qui-vire\u201d.\u2014 Bruges (23, quai au Bois), Desclée de Brouwer, 1967, 280 pp., 19 cm.Prix: $5.55.Tout le sens de la création, de notre vie en particulier se dégage du premier commandement formulé dans la Bible (Deut., vi, 4-9; Nombr., xv, 40-41).Le propos de l\u2019A.consiste à le montrer.Il y réussit admirablement, en dépit de quelques contradictions, imprécisions et maladresses, qu\u2019il faut peut-être imputer à la traduction.Ecoute, Israël, invite Dieu.Ecouter Dieu par la foi, dans la prière et l\u2019obéissance d\u2019amour: nécessité radicale, besoin de l\u2019homme aussi.Et que dit Dieu ?Le Seigneur est unique.Tu l\u2019aimeras de tout ton cœur, de toutes tes forces; et ton prochain comme toi-même.Mystère étonnant.Lui seul est.Sans nous identifier à Lui, nous n\u2019avons d\u2019être que par Lui et en Lui.Indestructi-blement.Tout en nous Lui appartient.Nous ne nous appartenons qu\u2019en Lui.Chacun pour soi; et tous, mystiquement et réellement unis dans son Verbe incarné.Ni panthéisme dépersonnalisant, ni dualisme idolâtre ou athée.Mystère de foi et d\u2019amour.Exigence de totalité dans la foi et l\u2019amour: foi en Dieu, amour de Dieu pour nous et amour de l\u2019homme pour Dieu, amour des hommes entre eux, par Dieu et pour Dieu.Exigence totale: Dieu est Dieu, on ne marchande pas avec Lui, Il exige tout parce qu\u2019il donne tout.Pauvreté, chasteté, obéissance et humilité expriment d\u2019une manière excellente l\u2019effort de purificabon ascétique sans lequel on n\u2019aime Das Dieu comme II le mérite.Effort indéfini: tu aimeras.Nous n\u2019aimons jamais trop ni même ascez, sauf dans l\u2019acte de mourir par amour.De plus, ce que D:eu commande, nous devons le méditer continuellement et l\u2019enseigner aux autres par l\u2019exemple et la parole.Livre austère, mais facile.L\u2019A.semble contredire saint Jacques (n, 19) en affirmant (p.53) que Lucifer n\u2019a pas la foi.Le texte français confond chasteté et virginité (chap.11).Mais tout le développement forme une solide initiation à la vie réelle pour tous: vie de communion avec Dieu; à ce titre, l\u2019ouvrage se recommande à l\u2019attention du chrétien réfléchi.Joseph d\u2019Anjou.André Manaranche, S.J.: Je crois en Jésus-Christ aujourd\u2019hui.\u2014 Paris (27, rue Jacob), Editions du Seuil, 1968, 192 pp.20.5 cm.Excellent petit livre, qui aborde avec franchise et liberté les grandes questions que le monde d\u2019aujourd\u2019hui pose à la foi chrétienne.L\u2019A.connaît parfaitement les courants idéologiques qui agitent la pensée contemporaine, il les examine un à un et dit, à propos de chacun, ce qu\u2019un chrétien peut retenir et ce qu\u2019il doit laisser de côté.L\u2019incroyance nous assaille tous, nous sommes tous aujourd\u2019hui tentés dans notre foi; certains se font \u201cun Jésus qui n\u2019est pas Christ\u201d, d\u2019autres, \u201cun Christ qui n\u2019est pas Jésus\u201d; certains veulent réduire la foi à la religion, d\u2019autres, la foi à la morale, d\u2019autres encore, la foi à une idéologie, mais la foi, la vraie foi est plus qu\u2019une religion, plus qu\u2019une morale, plus qu\u2019une idéologie; elle n\u2019est pas un mythe, elle ne s\u2019explique pas par \u201cla symbolique du Père\u201d, ni par \u201cla symbolique du Mal\u201d, ni par \u201cla symbolique de la Peine\u201d.A ceux qui objectent aujourd\u2019hui: \u201cDieu fait difficulté, pas Jésus-Christ\u201d, ou encore \u201cL\u2019Eglise fait difficulté, pas Jésus-Christ\u201d, l\u2019A.répond par des mises au point claires et précises.On souhaiterait qu\u2019un théologien canadien-français puisse écrire un ouvrage du même genre pour notre public québécois; nous en avons grandement besoin.Richard Arès.Gustave Thils: Christianisme sans religion ?Coll.\u201cChristianisme en mouvement\u201d, no 6.\u2014 Tournai, Paris, Casterman, 1968, 164 pp., 20 cm.Livre très actuel qui éveillera l\u2019intérêt ' non seulement du théologien mais de tout lecteur cultivé qui, dans les salons ou les bureaux, entend parler de \u201cdésacralisation\u201d, de \u201cdémythologisation\u201d, de \u201creligion séculière\u201d, de sécularité.L\u2019A.mène son étude dans une démarche lumineuse et opportune.Dans une première partie, assez brève, il décrit la position de K.Barth, de Bonhoeffer et de Harvey Cox; puis il, ajoute un chapitre sur la désacralisation ou, plus précisément, sur l\u2019opposition mise entre la foi et la religion.Une fois ces données du problème bien présentées, l\u2019A., dans une seconde partie, s\u2019attache à définir la doctrine catholique en ce qui concerne la foi et la religion chrétiennes et explique en quoi la révélation divine possède une incidence sur l\u2019action de ce monde.Développement qui, déjà, dissipe plus d\u2019une confusion.Mais l\u2019A.ne s\u2019arrête pas là; dans une troisième partie, il reprend, en y apportant beaucoup de nuances, son analyse de Barth, Bonhoeffer et Cox: il montre sur quels points nous pouvons être d\u2019accord et sur quels points il convient de formuler des réserves.Au lieu de rejeter en bloc des slogans que la propagande a peut-être déformés ou que les ennemis de l\u2019Eglise ont exploités, l\u2019A.établit comment, même dans l\u2019Eglise catholique et à la lumière de Vatican II, on peut parler d\u2019une certaine désacralisation et de sécularité.Il le fait dans une recherche équilibrée qui, loin de jeter le trouble et le désarroi, éclaire des avenues et encourage la bonne volonté des chercheurs en théologie.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Hans Urs von Balthasar:\tCordula ou l\u2019Epreuve décisive.Traduit de l\u2019allemand par B.Fraigneau-Julien.Postface augmentée pour l\u2019édition française.\u2014 Paris, Beauchesne, 1968, 126 pp., 18,5 cm.UT \u2019épreuve décisive\u201d ici nommée est celle 1_> que nous avons acceptée par notre baptême; celle de mourir pour le Christ qui le premier nous a aimés et a donné sa vie pour chacun dans la ténèbre de la Croix.Il revient à Dieu d\u2019en marquer l\u2019échéance et les modalités, violentes ou non-violentes, selon sa Providence.Tel est le sens profond de la mort chrétienne; elle est la chance offerte à chacun de payer Dieu et le Christ de l\u2019amour infini dont nous sommes prévenus.Notre fin et notre vie entière en devraient être transformées.La vierge Cordula, l\u2019ayant compris, sortit de sa cachette et alla s\u2019offrir aux barbares pour rejoindre ses compagnes martyres.L\u2019A.dégage avec force cette donnée fondamentale de l\u2019engagement chrétien.Il nous éclaire vivement les courants de pensée nés de l\u2019idéalisme allemand (Kant, Hegel, Fichte, Marx) en lesquels nous sommes emportés.Cette pensée nous ferme aux arguments qui prouvent Dieu; elle nous replie 26 RELATIONS sur nous-mêmes, sur notre liberté, et nous lance à la conquête du monde comme à celle du moyen absolu de nous achever.Même les valeurs de la révélation chrétienne, \u201cdémytifiées\u201d sont, dans cette école de pensée, déformées et intégrées au service de cet humanisme purement terrestre.\u201cLa situation de l\u2019Eglise est aujourd\u2019hui d\u2019une gravité sanglante\u201d (p.122).L\u2019A.a le très grand mérite de ramasser en quelques pages limpides, et souvent piquantes, cette immense courant de pensée qui nous atteint plus que nous ne le pensons.Il n\u2019hésite pas à relever des écarts jusque chez tel penseur catholique de ses amis.Un petit livre profond, nerveux, à lire et à relire.Il éclaire et avive intensément l\u2019amour qui nous fait chrétiens.Georges Robitaille.A.Gagnon: Entre deux feux.\u2014 Québec, (chez les PP.du Saint-Esprit?), 1967, 110 pp., 20 cm.Voilà un opuscule que le croyant lit avec satisfaction et qu\u2019il aura le goût de conseiller aux jeunes et aux moins jeunes qui entreprennent la révision de leur croyance.Il expose en effet en une première partie le cœur même de la religion.C\u2019est par amour que Dieu nous a créés et qu\u2019il accomplit, par l\u2019Incarnation et la venue de l\u2019Eprit Saint, l\u2019œuvre de notre salut.La messe et la communion demeurent par excellence les voies actuelles de cette grâce.La deuxième partie discute des difficultés principales soulevées par la religion.La discussion est preste et pénétrante.L\u2019A.excelle à présenter avec simplicité, de façon accessible et convaincante, les aspects fondamentaux de la religion.Un grand bon sens, de savoureuses comparaisons tirées de la vie courante, quelques beaux souvenirs de sa vie missionnaire, etc., gagnent le lecteur.Il redécouvre pour ainsi dire des vérités qu\u2019il connaissait et Dieu même sous son vrai visage, celui de l\u2019Amour qui veut nous combler.On pourrait chicaner sur tel ou tel détail, comme lorsque nous lisons \u201cque l\u2019âme humaine ne comporte pas d\u2019aspiration naturelle pour l\u2019Etre infini, Dieu\u201d (p.65).Le mot naturel est ici ambigu.Souhaitons à cet opuscule une très large diffusion; il peut faire grand bien.Georges Robitaille.Spiritualité Congrès des Exercices Spirituels de Saint-Ignace, Cap-Rouge, les 27, 28 et 29 juin 1968.\u2014 S.l.ni d., 99 pp., 21 cm.Le rapport d\u2019un congrès vise avant tout à ^ garder à ceux qui y ont participé les enrichissements qu\u2019ils y ont cueillis: joie de la rencontre, exposés doctrinaux, échanges de réflexions, communion dans la prière, les délassements, et surtout dans la ferveur à poursuivre l\u2019idéal commun.C\u2019est bien tout cela que retrouveront ici, évoqué avec simplicité et bonheur, les 400 participants du congrès des Exercices Spirituels de juin 1968, à Cap-Rouge.Avec quelque chose aussi de la cordialité qui les unissait tous: jeunes, prêtres, religieux et religieuses, évêques et Cardinal, enfin, celui qui fut l\u2019initiateur et l\u2019inspirateur du mouvement, le P.loseph Ledit.JANVIER 1969 A ceux que préoccupe le renouveau spirituel postconciliaire chez les clercs comme chez les laïcs, la magistrale conférence du P.Ludger Brien sur les Exercices Spirituels, instrument de renouveau spirituel après le Concile et selon le Concile, fera découvrir l\u2019actualité de ces Exercices que les textes conciliaires ont comme \u201cilluminés\u201d de l\u2019intérieur.Un participant du congrès dont la formation spirituelle s\u2019était faite en dehors des Exercices Spirituels, M.F.A.Angers, s\u2019est trouvé confirmer, dans les quelques mots qu\u2019il adressa à l\u2019assemblée, la conclusion qu\u2019avait dégagée le P.Brien: \u201cLes Exercices Spirituels pourraient bien constituer le pivot du véritable renouveau conciliaire envisagé par Jean XXIII et souhaité à l\u2019heure actuelle par Paul VI dans la Foi\u201d.Georges Robitaille.Maîtres spirituels au désert de Gaza: Barsanuphe, Jean et Dorothée.Textes choisis et présentés par Dom Lucien REGNAULT.\u2014 Ed.de l\u2019Abbaye de Solesmes, 1967, 270 pp., 12 Fr.La doctrine spirituelle de saint Dorothée ' de^ Gaza, traduite au XVIIe siècle par Lemaître de Sacy, est l\u2019une des œuvres monastiques du Vie siècle dont l\u2019actualité ne manque pas de frapper les lecteurs.Dom Régnault en a donné récemment une excellente édition et une traduction dans la collection des \u201cSources chrétiennes\u201d.Or saint Dorothée appartient à un groupe spirituel d\u2019une étonnante vitalité.Il fut formé au monastère de l\u2019abbé Séridos non loin de Gaza, par les deux grands Vieillards, Barsanuphe et Jean qui vivaient en reclus non loin de là.Les deux anciens ne voyaient personne, mais ils correspondaient avec ceux qui venaient leur soumettre leurs problèmes d\u2019ordre spirituel, par le moyen de lettres ou de billets de direction qui nous permettent de saisir sur le vif comment, en ce milieu monastique, on concevait la formation surnaturelle des âmes.Dans l\u2019important dossier que forme la correspondance de Barsanuphe et Jean, Dom Régnault a choisi un certain nombre de textes particulièrement suggestifs; il les a éclairés par des notes biographiques sur les maîtres et leurs disciples.Ce choix de lettres est suivi des passages principaux de la Doctrine spirituelle de Dorothée de Gaza et d\u2019un délicieux récit grâce auquel nous découvrons le cheminement spirituel du jeune saint Dosithée qui, en quelques années, parvint aux sommets de la sainteté en mettant en pratique sans défaillances l\u2019enseignement spirituel de son maître Dorothée.Dosithée est une démonstration vivante de l\u2019efficacité spirituelle de la doctrine offerte aux moines du Vie siècle, et de tous les temps, par les maîtres du désert de Gaza.Dom Guy Oury.Abbaye de Solesmes, France.Bertrand de Margerie, S.J.: Le Cœur de Marie, Cœur de l\u2019Eglise.Coll.\u201cVie spirituelle et vie intérieure\u201d, \u2014 Paris, P.Lethielleux, 1967, 88 pp.Lopuscule du P.de M.montre dans quel sens le Cœur de Marie est le Cœur de l\u2019Eglise.La première partie présente une synthèse doctrinale du dogme marial, centrée sur le Cœur de Marie: Cœur immaculé, virginal, nuptial.En particulier, on aimera contempler dans le cœur virginal de Marie une préfiguration du mystère pascal; l\u2019acceptation du mystère de la Croix conduit à la Résurrection, à la plénitude de la vie, manifestée par la naissance virginale de l\u2019Homme-Dieu.Dans le Cœur nuptial de Marie, se découvre l\u2019amour de la Vierge pour son époux, Joseph; leur mariage virginal est le symbole le plus parfait de l\u2019amour de l\u2019Eglise pour le Christ.L\u2019A.précise aussi dans quel sens le Cœur de la Vierge peut être dit co-rédempteur et sa place dans la vie eucharistique et l\u2019expérience pascale de l\u2019Eglise (cf.9.Le Cœur mourant et ressuscité de Marie, cœur pascal de l\u2019Eglise).Prolongeant les admirables textes de saint Jean Damascène sur la mort de Marie, l\u2019A.montre dans cette mort l\u2019acte ultime d\u2019amour et de consécration du Cœur maternel de Marie à l\u2019œuvre de la rédemption.Dans la deuxième partie, l\u2019A.présente le Cœur immaculé de Marie comme membre éminent et Cœur de l\u2019Eglise.Ses intuiPons nous permettent d\u2019approfondir la doctrine du Concile Vatican II qui, comme on le sait, a voulu unir étroitement le mystère de Marie et le mystère de l\u2019Eglise.L\u2019A.montre ainsi comment le Magistère pourrait éventuellement préciser que Marie est le Cœur de l\u2019Eglise.En annexe, quelques suggestions mariales relatives à la réforme du calendrier dans le rite latin: l\u2019A.propose l\u2019institution, le 1er janvier, (jour dans l\u2019octave de la Nativité), de la Fête de la Maternité spirituelle de Marie.Nous pourrions nous demander si l\u2019A.maintiendra cette proposition après l\u2019institution par Paul VI du \u201cJour Mondial de la Paix\u201d ! La seconde proposition, \u2014 transformation de la Vigile de l\u2019Assomption en la Fête de la Dormition de Marie \u2014, pendant marial du Triduum pascal, mériterait, croyons-nous, d\u2019être retenue pour ses avantages œcuméniques et dogmatiques.Cette annexe complète l\u2019apport du Père de Margerie à la rénovation de notre dévotion publique et privée au Cœur Immaculé de Marie.Paul-André Hébert.Colégio Cristo Rei, Saô Leopoldo, Rio Gr.do Sul, Brasil.Etienne de Sainte-Marie, O.C.: Pas à pas avec Jean de la Croix.\u2014 Paris, Nouvelles Editions latines, 1968, 187 pp., 18.5 cm.T\u2019ŒUVRE spirituelle de saint Jean de la L/ Croix n\u2019est plus à présenter ni à louer: Pie XI l\u2019a proclamé le grand docteur de la vie spirituelle.Cette œuvre demeurant assez peu accessible, c\u2019est une aubaine qu\u2019un guide averti nous y introduise, nous en trace les grandes avenues et nous laisse à la joie d\u2019en explorer les pages les plus révélatrices.C\u2019est le service que rendra l\u2019ouvrage du P.E.de S.M.Une bibliographie choisie permet d\u2019aller au-delà et de poursuivre la fréquentation du docteur de l\u2019Amour divin.Georges Robitaille.VIIe Congrès interaméricain de philosophie: Actes du Congrès, 1967, tome 2.\u2014 Québec, Les Presses de l\u2019Université de Laval, 1968, 400 pp.25.5 cm.27 811984 Voici le deuxième volume des Actes du Congrès interaméricain de philosophie tenu à l\u2019Université Laval de Québec en 1967.Les travaux y sont divisés en dix sections: logique, anthropologie philosophique, éthique, métaphysique, philosophie des sciences, philosophie de la religion, philosophie ancienne et médiévale, philosophie de l\u2019art, philosophie moderne, philosophie contemporaine.Oeuvres de spécialistes, ces travaux s\u2019adressent surtout à des spécialistes, il faut, pour s\u2019y retrouver, posséder quelques connaissances philosophiques, et encore ! Les travaux sont publiés dans leur langue originale: français, anglais, espagnol.Richard Arès.Adrian Van Kaam, C.S.Sp.: Religion et Personnalité.Coll.\u201cPsychologie pour notre temps\u201d.Traduit de l\u2019américain par Brigitte Baille et Henriette Didellen Chétiennot; revu par Jean Muller.\u2014 Mulhouse (porte du Miroir), Editions Salvator, 1967, 204 pp., 19 cm.Par son propos, l\u2019A.vise à susciter \u201cl\u2019unité intégrative\u201d, disait Pie XII, des éléments divers de la personne humaine.Cette unité définit la personnalité; elle fonde la manière habituelle, prévisible en général, d\u2019agir et de réagir; l\u2019instabilité trahit l\u2019absence ou l\u2019insuffisance de la personnalité; celle-ci peut, évidemment, plaire ou déplaire, convenir ou non moralement.Du point de vue religieux, la personnalité trouve son principe d\u2019intégration dans la foi qui unifie la pensée et l'affermit, dans la charité qui inspire la conduite et l\u2019épanouit.Or, nul n\u2019échaprie aux secousses, difficultés, tentations; la personnalité mûrit en les affrontant avec le meilleur succès possible.On doit accepter ce qu\u2019on a, ce qu\u2019on est: lacunes et richesses, fautes et progrès, non point passivement, mais avec une humilité active, toujours tendue vers le bien, sans jamais se décourager du mal.La constance sereine en toute occasion (p.82) témoigne de l\u2019intégration conquise: réussite rare, car elle suppose une disponibilité confiante aux exigences du réel (109-111), souvent malheureux, parfois tragique.L\u2019A.favorise, plus qu\u2019il ne faut, la docilité de chacun à ses \u201cspontanéités\u201d (15, 150), comme s\u2019il paraissait inutile de lutter contre ses tendances: opinion qui se comprend, mais exige nuances.Heureusement, il prône la lucidité courageuse, la volonté souple (150-154), le souci de vivre un mystère plutôt que de résoudre des problèmes (34), correctif excellent d\u2019une sorte de primat donné à l\u2019efficacité (68), aux dépens de l\u2019équilibre, pourtant recommandé (155).Malgré certaines erreurs d\u2019expression (12, 13, 63, 73, 74), l\u2019ouvrage pourrait éclairer; mais, outre qu\u2019il apporte peu de neuf, il offre trop de développements diffus dans une traduction trop négligée.Joseph d\u2019Anjou.Jean-L.Faure et Remy Lafon: Introduction à la compréhension psychologique.\u2014 Paris (17, rue de Babylone), Editions du Centurion, 1967, 288 pp., 18 cm.Prix: 12,35 F.CONÇU POUR LA FORMATION de futurs médecins et travailleurs sociaux, l\u2019ouvrage des docteurs Faure et Lafon a les qualités d\u2019un manuel:\tpensée ordonnée, développements concis et denses, exemples éclairants.On y explique aux praticiens de la rencontre interpersonnelle qu\u2019à la compétence de chacun doit s\u2019ajouter une connais- sance juste du psychisme humain; autrement, médecine, secours social, éducation risquent d\u2019échouer ou de nuire.La dernière partie de l\u2019ouvrage, la plus originale, traite du rapport qui met en contact le malade et son médecin: pages à lire même par l\u2019entourage du patient; le Dr Faure y trace de fines analyses de la personne en état de déficience physique ou psychique.L\u2019intelligence des observations qu\u2019il y présente requiert un aperçu montrant, de l\u2019enfance à la vieillesse, les étapes de \u201cla structuration de la personnalité\u201d: notions de base qui s\u2019imposent au clinicien, puisque se constatent chez tous, malades ou non, quelques traces des chocs subis depuis la naissance; suit un résumé des \u201cvoies de la connaissance psychologique\u201d: psychanalyse, test, caractérologie.Moins neuves, ces deux \u201cséquences\u201d du livre ne suppléent pas des ouvrages plus complets, que mentionne une bibliographie de choix (pp.277-279), où manque l\u2019indication des volumes du P.Cruchon relatifs à la psychologie de l\u2019enfance et de l\u2019adolescence, les meilleurs en la matière.Souhaitons que les irremplaçables \u201cmédecins de famille\u201d et les spécialistes de toute discipline acquièrent la science psychologique dont profiteront leurs clients (32-33, 190-191).Ils trouvent ici l\u2019essentiel, mais aussi des opinions discutables en ce qui concerne le \u201cpetit dernier\u201d des familles (87), la précoce maturité du jeune ouvrier (122-124, car il faudrait définir la vraie maturité), l\u2019idée qu\u2019on s\u2019affirme toujours en s\u2019oonosant (101, 113, 115), l\u2019erreur qui identifie amour et relation génitale (98), épanouissement et fécondité physique (150, 168), enfin l\u2019approbation accordée à la fille qui garde son enfant (167).Ils retiendront plutôt les définitions répandues dans l\u2019ouvrage (25, 27, 34, 35, 45 .), l\u2019esquisse des motivations inconscientes des amoureux (134-138), la condamnation de la licence actuelle (111), l\u2019importance des toutes premières années pour l\u2019acquisition d\u2019une virilité et d\u2019une féminité authentiques (144) .Les auteurs omettent de toucher, sauf par de brèves allusions, aux retentissements psychologiques de la morale et de la religion: lacune grave; en la comblant, une réédition devrait améliorer le style: écarter les trop nombreuses parenthèses et purifier la langue de ses incorrections.Joseph d\u2019Anjou.Michel Adam: Le Sentiment du péché.Etude de psychologie.Coll.\u201cPhilosophie\u201d.\u2014 Paris (17, rue de Babylone), Editions du Centurion, 1967, 368 pp., 21.5 cm.Prix: 24,70 F.T A distinction possible entre la faute, erreur ou maladresse qui n\u2019engage pas toute la personne dans sa liberté singulière, responsable, et le péché, qui implique cet engagement, permet à l\u2019A.de parler du \u201csentiment du péché\u201d d\u2019abord en fonction du temps et des valeurs, réalités finies, mais aptes à évoquer la transcendance, car elles s\u2019imposent à l\u2019homme et exigent le respect d\u2019un ordre donné, non fabriqué.En le rattachant à Dieu et à la religion, le péché, qui appartient strictement au surnaturel, prend tout son sens pour la personne créée, libre, faillible, capable de reprise et sauvée par la miséricorde de l\u2019Homme-Dieu, dont l\u2019incarnation, la passion et la résurrection conservent leur efficace dans l\u2019Eglise par les sacrements.A développer ce schéma l\u2019A.déploie une remarquable faculté d\u2019analyse, grâce à laquelle s\u2019éclaire la tentation d\u2019éter- niser le temps dans le péché jailli de la passion, soit par l\u2019intensité de l\u2019acte, soit par sa multiplication; l\u2019A.présente alors une juste interprétation du donjuanisme.Suit une élucidation de la conscience du péché par le recours au \u201cmaître intérieur\u201d, instance perçue comme au delà et au dedans du sujet responsable et dont le rejet constitue infidélité à soi-même par désobéissance à un autre.De fait, au tout Autre, qui nécessairement ordonne en commandant (veut un ordre par des ordres) à ses créatures une docilité filiale contre laquelle s\u2019insurge le péché de ses enfants.Une spiritualité d\u2019enfance apparaît ainsi aux antipodes d\u2019un infantilisme psychologique, parce que fondée sur une solide théologie.En la refusant par le péché, on prétend se suffire à soi-même, vainement; on gaspille la grâce; on risque de ne pas échapper au \u201ctragique du péché\u201d irrémissible, dans la mesure où le mépris de la foi porte à énerver l\u2019espérance, que le péché a précisément pour effet de ruiner: péril de l\u2019endurcissement, si le pécheur n\u2019a pas le bon sens d\u2019accepter sa condition et la chance de la dépasser par le repentir.Erudit, pénétrant, l\u2019essai de l\u2019A.omet une référence capitale à la Vierge immaculée; à cause de cela, peut-être, il majore indûment la \u201cnécessité\u201d du péché, chemin normal (de fait, non de droit) de la connaissance de soi, des autres, de Dieu.Conforme au felix culpa de la liturgie pascale, la pensée de l\u2019A.n\u2019aurait besoin que de la nuance apportée par la petite Thérèse à un propos du P.Faber.Il resterait à exprimer plus simplement, pour le peuple et même pour les apôtres moins savants et plus pressés que l\u2019A., une doctrine souvent abstruse, mais très utile par sa rigueur et sa vivante actualité.Joseph d\u2019Anjou.Biographies Newman: Apologia pro vita sua.\u2014 Traduction de L.Michelin-Delimoges.Commentaire de M.Nédoncelle.\u2014 Nouvelle édition remaniée.\u2014 Collection \u201cTextes Newmaniens\u201d, V.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1967, 560 pp., 17.5 cm.Une attaque maladroite du Rév.Charles Kingsley contre Newman nous aura valu l\u2019une des œuvres les plus spirituelles et les plus pures de la littérature catholique.Cet ouvrage, que Newman qualifie \u201cd\u2019histoire de mes opinions religieuses\u201d, retrace, avec une vigueur et une finesse remarquables, le lent cheminement de Newman de l\u2019anglicanisme au catholicisme et expose avec clarté la position dogmatique de Newman dans la religion catholique.Nous revivons aussi, d\u2019une manière étonnamment vivante, l\u2019époque du mouvement d\u2019Oxford avec ses modalités et ses nuances.Mais, avant tout, ce que l\u2019œuvre nous découvre, c\u2019est l\u2019esprit génial et la qualité d\u2019âme exceptionnelle de Newman.La traduction suit de près le texte original; les notes de M.Nédoncelle sont très riches.En particulier, l\u2019introduction brosse en traits vigoureux l\u2019itinéraire spirituel de Newman.Nous sommes ainsi mieux préparés à la lecture du chef-d\u2019œuvre lui-même.Un livre qu\u2019il faut avoir à la main dans sa bibliothèque et qu\u2019il faut reprendre à loisir.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.28 RELATIONS J.Galarneau: René Bazin et le problème social.\u2014 Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval; Paris, P.Lethielleux, 1967, 258 pp., 19 cm.Nous connaissions assez peu chez René Bazin l\u2019écrivain préoccupé des problèmes sociaux; cette thèse, présentée en Sorbonne, vient à-propos.Après une enfance heureuse, quelques années au lycée d\u2019Angers, sa ville natale, puis au petit séminaire de Mongazon, R.B.opte pour le droit et, en 1882, obtient la chaire de Droit criminel à l\u2019Université d\u2019Angers.Jamais il ne s\u2019écarta de l\u2019Eglise ni ne remit en cause son christianisme.Son épouse, \u201cfemme équilibrée physiquement et moralement\u201d, fut, par son bon sens et sa délicatesse, son inspiratrice et son critique.Il ne cessa d\u2019aimer la terre, où il avait séjourné dans son enfance: \u201cJ\u2019ai un fond poétique ou paysan qui ne me permet pas de m\u2019attacher à aucune ville et qui me ramène aux champs comme à mon domaine\u201d.Aussi son premier roman sera \u201cLes Nœllets\u201d, où il raconte l\u2019effondrement d\u2019une famille par la faute de l\u2019un de ses fils qui déserte la terre.Du second de même, \u201cLa Terre qui meurt\u201d, il confie qu\u2019il voulait raconter la terre abandonnée par ses fils.D\u2019autre part, il n\u2019a pas oublié l\u2019appel pressant d\u2019Albert de Mun aux membres de l'A.C.J.F.en faveur du peuple, de l\u2019ouvrier des villes et des champs.Il publie, en 1929, \u201cLe Roi des Archers\u201d, roman ouvrier, puis \u201cDe toute son âme\u201d, documentaire unique sur une catégorie d\u2019ouvrières de la mode.Dans \u201cLes Métiers\u201d, il met en lumière la valeur ethnique et spirituelle du travail manuel.Contre le socialisme, il défend le droit de propriété \u201cgrand stimulant au travail\u201d, nécessaire à la sécurité et à la stabilité de la famille; il souhaite que l\u2019ouvrier possède sa maison.Le rôle de la mère dans la formation de l\u2019homme l\u2019inspirera dans \u201cGingolph l\u2019abandonné\u201d.Ayant accompagné les 10,000 ouvriers français en leur pèlerinage à Rome, en 1890, il se fit le reporter de l\u2019audience que leur accorda Léon XIII et l\u2019apôtre des idées si neuves du Pape sur la condition des ouvriers.En éclairant la portée sociale des romans de R.B., M.Galarneau nous incite à reprendre la lecture de ce grand romancier social chrétien.Euclide Gervais.Saint-Jérôme.Alexis Klimov: Berdiaeff.Coll.\u201cPhilosophes de tous les temps\u201d, 32.\u2014 Paris, Seghers, 1967, 192 pages.Lauteur est né en Belgique, de parents ' russes.Etabli au Canada depuis quelques années, il est professeur de philosophie au Centre des Etudes Universitaires de Trois-Rivières et dirige un institut d\u2019histoire des religions qui fait partie de ce Centre.Spécialiste de la philosophie russe, il était tout désigné pour donner un Berdiaeff à la collection \u201cPhilosophes de tous les temps\u201d.Le portrait qu\u2019il y trace de cet auteur et l'exposé qu\u2019il y fait de sa philosophie se lisent aisément et avec intérêt.Mais ce qui nous paraît le plus admirable en ce volume, c\u2019est précisément ce qui d\u2019ordinaire, dans les ouvrages de ce genre, est le plus décevant, c\u2019est-à-dire le choix de textes.Celui qu\u2019on nous présente ici est constitué de telle manière que les extraits qui le composent s\u2019éclairent et se complètent les uns les autres comme s\u2019ils JANVIER 1969 formaient un expose continu.C\u2019est dire qu\u2019Alexis Klimov n\u2019a point de peine à dégager les grands thèmes berdiaviens et à \u201cles relier les uns aux autres, tout en leur conservant leur juste valeur\u201d (p.8).Bien qu\u2019il s\u2019abstienne avec raison d\u2019instituer une critique détaillée de son auteur, il nous prévient tout de même, dès le départ, que Berdiaeff, penseur solitaire et angoissé, n\u2019est pas \u201cun métaphysicien selon l\u2019acceptation courante de ce mot\u201d (p.5).Il nous signale aussi que sa manière d\u2019écrire (Berdiaeff rédigeant sous le coup de l\u2019inspiration et ne prenant pas la peine de se corriger! \u201ca engendré une grande imprécision dans l\u2019emploi de certains termes\u201d (p.7).Il remarque enfin que Berdiaeff use parfois d\u2019 \u201cun langage reflétant plus de passion que de raison\u201d, quand il s\u2019en prend, par exemple, au sexuel, à la procréation et à la famille (p.12).Ce qui n\u2019empêche pourtant pas M.Klimov de croire que l\u2019œuvre à laquelle il nous introduit est \u201cun édifice magnifique (p.6) et qu\u2019elle est \u201cappelée peut-être à une grande influence\u201d (p.7).Elle dénonce opportunément, en effet, les maux de notre époque et tout particulièrement celui de F \u201cobjectivation\u201d.Elle insiste à bon droit sur le sens de l\u2019amour et la dignité de la personne, sur la nécessité de dépasser le sexuel, sur le devoir de créer et celui de contempler.Elle peut inspirer le désir de dépasser les limites de ce monde et de s\u2019élever à un au-delà de l\u2019actuelle condition humaine.Nous doutons cependant que les affirmations et les hypothèses qu\u2019elle contient relativement à l\u2019origine des choses et à la nature de Dieu puissent séduire beaucoup d\u2019incroyants ou éclairer beaucoup de croyants.Mais peut-être faudrait-il, pour les comprendre et les apprécier équitablement, les examiner à la lumière de cette tradition gnostique à laquelle s\u2019apparente la pensée de Berdiaeff.C\u2019est ce que suggère en tout cas M.Klimov au terme de son excellent exposé.Jean Racette.Centre des Etudes Universitaires, Trois-Rivières.Canadians Léo Tremblay: La liberté, ou la déchéance et la mort.\u2014 Charlesbourg (750 est, 79e Rue), Chez l\u2019auteur, 1967, 2e édit., 285 pp, 20 cm.Prix: $2.On ne peut, il me semble, ni déconseiller ni recommander l\u2019ouvrage de l\u2019A.Pourquoi ne le lirait-on pas avec patience et l\u2019intention de réfléchir ?Deux thèmes s\u2019y répondent.De notre histoire canadienne-fran-çaise, épopée d\u2019un peuple laissé à lui-même par la monarchie française et qu\u2019a bafoué, pillé, persécuté l\u2019adversaire anglais, avec la complicité tantôt naïve, tantôt honteuse de certains des nôtres (premier thème), il résulte que le Québec se trouve face à l\u2019alternative ou de disparaître en s\u2019assimilant à la majorité anglophone ou de conquérir la plénitude de sa liberté politique (second thème).Les 191 premières pages démontrent à la fois l\u2019héroïsme de \u201cl\u2019habitant\u201d québécois et le dilemme d\u2019aujourd\u2019hui, après cent ans de régime pseudo-fédératif.Dans le reste de l\u2019ouvrage, l\u2019A.plaide en faveur de l\u2019indépendance, fustige ceux qui l\u2019entravent, explique brièvement pourquoi et comment elle se réalisera, énumère enfin les articles, assez nombreux et variés, du programme politique dont s\u2019inpirera la Laurentie à venir.Reprocherai-je à l\u2019A.une truculence excessive, un mépris déplacé de la \u201cbourgeoisie\u201d (qui ne l\u2019a peut-être pas volé, mais sur laquelle, en toute hypothèse, il faut compter), une langue décidemment incorrecte ?\u201cJ\u2019écris pour le peuple\u201d, riposte-t-il.Au pied d\u2019une tribune électorale, le peuple supporte bien les gros mots et le parler \u201cen bras de chemise\u201d.Mais dans un livre ?La valeur de quelques jugements portés sur des personnages morts ou vivants prête souvent à discussion.Dans une perspective indépendantiste, comment apprécier les congrégations religieuses et le clergé ?L\u2019A.n\u2019y va pas de main morte.On le blâmera, on l\u2019applaudira, selon ses goûts.Il a, lui, une foi trop solide, un trop ferme désir de contrer la laïcisation envahissante, une estime trop sincère de l\u2019œuvre accomplie par le clergé d\u2019ancien régime et une trop haute idée de la mission irremplaçable des clercs et des religieux dans l\u2019éducation Vient de paraître L'URBANISATION DE LA SOCIÉTÉ CANADIENNE-FRANCAISE Marc-André Lessard et Jean-Paul Montminy, édit.Cet ouvrage réunit les textes des communications du quatrième colloque de la revue Recherches sociographiques et du département de Sociologie et d\u2019Anthropologie de l\u2019Université Laval tenu à Québec du 22 au 24 février 1968.Dans notre société comme ailleurs, le phénomène de l\u2019urbanisation est à la fois le point de convergence et la cause des plus profondes transformations technologiques et sociales.Les auteurs de cet ouvrage étudient ce phénomène selon les perspectives du géographe, du démographe, de l\u2019économiste, du politicologue et du sociologue.7 x 101/2, 216 pages, broché, $4.00 En vente chez votre libraire ou chez l\u2019éditeur LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ LAVAL C.P.2447, Québec 2, (Qué.) 29 pour qu\u2019on le soupçonne de pactiser avec les forces de désordre, indépendantistes ou \u201ccollaboratrices\u201d, qui s\u2019agitent chez nous.Son livre ne remplace pas ceux de MM.Barbeau et Chaput, ni l\u2019influence méthodique de l\u2019Action nationale.Quant à moi, je souhaite pour le Québec (ou la Laurentie) l\u2019avènement d\u2019un homme qui aurait le talent d\u2019un Henri Bourassa et les vertus d\u2019un Lionel Groulx.Joseph d\u2019Anjou.Charles-Marie Boissonnault: Histoire politico-militaire des Canadiens français (1763-1945).\u2014 Trois-Rivières, Editions du Bien Public, 1967, 312 pp.22 cm.En l\u2019espace de deux siècles, les Canadiens français ont participé à suffisamment de guerres pour qu\u2019on puisse écrire une histoire militaire à leur sujet.L\u2019A.en dénombre sept, depuis la révolte de Pontiac en 1763 jusqu\u2019à la seconde guerre mondiale; pour chacune, il décrit le rôle joué par les Canadiens français.C\u2019est un ouvrage d\u2019une lecture facile et d\u2019un intérêt constant.Chose étonnante: ce sont les premiers chapitres, c\u2019est-à-dire ceux qui portent sur la guerre de l\u2019Indépendance américaine, sur celle de 1812 et sur la rebellion de 1837, qui sont les plus captivants; les trois derniers chapitres, par contre, qui se rapportent à la guerre du Transvaal et aux deux guerres mondiales, sont plus techniques et plus froids.La conclusion de l\u2019A.est plutôt optimiste: \u201cQuelle magnifique leçon d\u2019espérance ne retire-t-on pas de ces terribles aventures!\u201d Peut-être .L\u2019espérance est une petite fleur qui pousse aussi parfois sur les champs de bataille ! Richard Arès.Littérature canadienne Fernand Ouellette: Dans le sombre, suivi de Le Poème et le poétique.\u2014 Montréal, Editions de l\u2019Hexagone, 1967, 94 pp., 19 cm.Ce recueil de poèmes est d\u2019une très haute noblesse d\u2019écriture et d\u2019une remarquable unité.Si la relation sexuelle de l\u2019homme et de la femme en constitue la matière de base, la force d\u2019un insatiable désir empêche cependant que le sujet y soit réduit.Autour d\u2019un centre unique, très physique, le poète explore un monde aux multiples facettes.Il ne s\u2019agit pas tant d\u2019assouvir l\u2019instinct que, porté par lui, le poussant à la limite, de le magnifier aux rivages de l\u2019Infini, en ce point précis et très charnel où le Soleil, perçant l\u2019horizon de la Mort, germe la Vie.Malheureusement, pour un temps encore, celle-ci faillit à être l\u2019océan de la pleine et libre et éternelle navigation.Le poète décroche-t-il de \u201cl\u2019anneau innommable\u201d où il a souhaité en vain faire surgir Dieu (64), il disparaît dans l\u2019abîme: \u201cNi Dieu ni la mer ni ma vie / ne m\u2019arrachent du néant où je m\u2019effrite, / quand je suis coupé de ton être, / quand je ne suis plus un.\u201d (81.) De vrai, ainsi que Fernand Ouellette l\u2019affirme dans \u201cle Poème et le poétique\u201d, \u2014 sorte d\u2019art poétique en quatre pages, \u2014 \u201cle poème est une blessure ouverte, et qui se ne peut fermer, une soif sur le sable, un feu sur la pierre.Mais la soif appelle toutes les sources et le feu tout l\u2019air pour accroître sa flamme.\u201d (88.) René Dionne.NOTES BIBLIOGRAPHIQUES Ouvrages et albums pour les jeunes aux Editions Casterman, 1968.Henri Gougaud: Contes du vieux moulin.\u2014 Louise Bellocq: Conte de mes bêtes à l\u2019aventure.Coll.\u201cPlaisir des Contes\u201d, chacun 62 pp.F.Craenhals: Hopi et Cati.\u2014 Madeleine Raillon et Philippe Salembier: Gris-Gris, l\u2019écureuil étourdi.\u2014 G.Dela-haye et M.Marlier: Martine, petite maman.Coll.\u201cFarandole\u201d, chacun 20 pp.Alain Grée: Roméo fait du cinéma.Coll.\u201cRoméo\u201d, 22 pp.Alain Grée: L\u2019automobile.Coll.\u201cCadet-Rama\u201d, 30 pp.Déserts de feu et déserts de glace.Coll.\u201cGloberama\u201d, 196 pp.Liliane et Fred Funcken: L\u2019uniforme et les armes des soldats du Premier Empire.158 pp.M.Sasek: San Francisco.60 pp.Hergé: Popol et Virginie chez les Lapinos.60 pp.Jacques Martin:\tLe tombeau étrusque.Coll.\u201cAlix\u201d, 64 pp.Madame d\u2019AuLNOY: La princesse Fanette.Coll.\u201cLAge d\u2019Or\u201d, 32 pp.Tous ces ouvrages et albums publiés par Casterman sont illustrés, quelques-uns même sous forme de bandes dessinées.Toujours intéressants et instructifs, ils peuvent être mis entre les mains des enfants de tous les âges.Les plus sérieux sont sans contredit les deux gros albums de luxe consacrés, l\u2019un à Déserts de feu et déserts de glace, l\u2019autre à L\u2019uniforme et les armes des soldats du Premier Empire.Les lecteurs plus jeunes se délecteront dans les aventures de Popol et Virginie chez les Lapinos et dans celles d\u2019Alix dans Le tombeau étrusque.Antonio Rossi: Comment acheter ou vendre une propriété.\u2014 Montréal (1130 est, de la Gauchetière), Entreprises Rossi, 1968, 92 pages.Conseils et renseignements ayant pour but \u201cd\u2019éviter à toute personne, désirant faire l\u2019achat d\u2019une propriété, toute démarche coûteuse ou toute complication légale\u201d.Le peuple de Dieu dans l\u2019itinéraire des hommes.\u2014 Roma (Piazza San Calisto, 16), Editions COPECIAL, 1968, 160 pages.Texte des Actes du Ille Congrès mondial pour l\u2019Apostolat des Laïcs.Contient, entre autres, le discours de Paul VI, les conférences de T.Kerstiens, Yves Congar, J.Ruiz-Giménez, etc.M.-J.André: Refus et acceptation d\u2019autrui.Aspects psychologiques et spirituels.\u2014 Paris (17, rue Cassette), Editions Alsa-tia, 1967, 206 pp.Analyse psychologique du comportement humain envers autrui et conseils pour mieux accepter, voire aimer l\u2019autre.Dieu demeure le fondement ultime à l\u2019acceptation d\u2019autrui.Se lit facilement.Séraphin Marion:\tLa domination cana- dienne-française, obsession du Canada anglais.\u2014 Ottawa, 1968, 33 pp.Analyse vigoureuse et documentée de la coexistence des deux peuples au Canada.\u201cLe plus grand malheur du Canada français n\u2019est pas d\u2019avoir été conquis par les Anglais .Sa plus grande infortune, c\u2019est que la conquête l\u2019a acheminé vers une situation pénible et, à la longue, intolérable: elle a peu à peu fait du peuple canadien-français une minorité.\u201d William Chapman.Textes présentés et annotés par Jean Ménard.Coll.\u201cClassiques canadiens\u201d.\u2014 Montréal, Editions Fides, 1968, 96 pp.Quelques-uns des poèmes et des textes les plus intéressants de Chapman, avec une introduction analysant le rôle du poète au Canada français.Robert Rumilly: Histoire de la province de Québec.Tome XXXVII, Premier gouvernement Duplessis.\u2014 Montréal, Editions Fides, 1968, 282 pp.Toujours aussi intéressant à lire que le journal du matin.Sympathique à Duplessis, l\u2019A.n\u2019en signale pas moins les défauts et le caractère autoritaire du premier ministre d\u2019alors.\u2022 La Bible de Jérusalem : La Genèse.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1968, 260 pp.Nouvelle traduction, avec introduction et de nombreuses annotations pour guider le lecteur non spécialiste.Daniel Pezeril: Qui es-tu ?\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1968, 94 pp.Six homélies de Carême prononcées à la télévision française en avril 1968.Ton très simple et direct.Dom Georges Mercure, O.S.B.: Cantiques populaires.\u2014 1.Accompagnement; 2.livret des fidèles.\u2014 Mont-Laurier, éditions des moniales bénédictines du Précieux-Sang, 1968.Recueil de cantiques fort bien composés pour les diverses fêtes du temporal et du sanctoral ainsi que pour les rencontres sacramentelles.Cantiques à l\u2019unisson.L\u2019accompagnement est original.Sera utile à toute communauté chrétienne en assemblée.Les centres résidentiels.\u2014 Montréal (506 est, rue Sainte-Catherine, suite 800), Institut canadien d\u2019Education des Adultes, septembre 1968, 48 pp.{Polycopié).Mémoire présenté à la direction générale de l\u2019Education permanente du ministère de l\u2019Education du Québec et recommandant la création d\u2019un centre résidentiel pour les adultes dans la région métropolitaine de Montréal.30 RELATIONS Daniel Johnson: Egalité ou indépendance.\u2014 Montréal (1130 est, rue de La Gau-chetière), Editions de l\u2019Homme, 1968, 126 pp.Réédition d\u2019un ouvrage déjà publié en 1965.Robert Rocca: Livre rouge du Général.\u2014 Paris (48, rue Monsieur-le-Prince), Editions de la Pensée moderne, 1968, 252 PP- Mao avait déjà son \u201cPetit Livre Rouge\u201d, de Gaulle aura désormais le sien.L\u2019A.s\u2019y montre quelque peu gavroche à l\u2019égard du Général.Il met en exergue ces mots: \u201cDe Gaulle a fait le don de la France à sa personne\u201d, et termine son introduction par ceci: \u201cOn nous excusera de ne pas livrer ce \u201cPetit Livre Rouge\u201d avec la manière de s\u2019en servir, la Pensée Gaullienne n\u2019étant pas faite pour servir, mais pour être servie\u201d.Dom Georges Mercure, O.S.B.: Messe solennelle de la Toussaint.\u2014 Mont-Laurier, Editions des moniales bénédictines du Précieux-Sang, 1968.Ordinaire de la Messe, d\u2019une écriture originale et assez audacieuse.Cette messe rehaussera, grâce au concours simultané de l\u2019assemblée, de la schola (4 voix mixtes) et de l\u2019orgue, la fête de la Toussaint.Jean Barbier: La Vierge chez les Protestants.\u2014 Paris (17, rue Duguay-Trouin), Nouvelles Editions Debresse, 1968, 92 pp.Confrontation de la doctrine catholique avec les idées reçues chez les Protestants à l\u2019égard de la Vierge Marie.Dans la préface, le pasteur Henry Bruston, président de la commission des études et recherches théologiques de la Fédération protestante de France, remercie l\u2019A.de son objectivité et de sa sympathie.OUVRAGES REÇUS Bessière, Gérard; de Peretti, André; Alési, Jacques; Natanson, Jacques: L\u2019Education et l\u2019homme de l\u2019avenir.Coll.\u201cLe Monde et l\u2019Es-prit\u201d.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1968, 176 pp.Blais, Gérard:\tL\u2019amour humain.Coll.\u201cNotre temps\u201d, 1.\u2014 Sherbrooke, Editions Paulines, 1968, 139 pp.Bouchard, François: L\u2019homme de demain.Coll.\u201cNotre temps\u201d, 3.\u2014 Sherbrooke, Editions Paulines, 1968, 325 pp.Cahiers de l\u2019Académie canadienne-française; no 12: Grammaire et Linguistique.\u2014 Montréal, 535, avenue Viger, 1968, 169 pp.Cahiers d\u2019histoire ¦\u2014 Historical Studies, I : Le Traité de réciprocité (de) 1854.Textes présentés par Pierre Trudel, M.A., en collaboration avec Claude Bélanger.\u2014 Ottawa, Les Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 1968, 121 pp.Cahiers du Centre d\u2019études et de documentation européennes: Dix ans d\u2019intégration européenne.Compte rendu du colloque organisé par le C.E.D.E.les 14 et 15 mars 1968, à Montréal.Edition bilingue.\u2014 Montréal, Les Presses de l\u2019Ecole des Hautes Etudes Commerciales, 1968, 121 et 116 pp.Cloutier, Eugène.^ Les Témoins.CLF Poche Canadien.\u2014 Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1968, 209 pp.Comfort, Alex.: Vivrons-nous plus jeunes plus longtemps ?Bilan et perspectives de la gérontologie, Marabout Université, 165.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1968, 187 pp.de Beer, Patrice:\tLa Guerre civile en Chine (1919-1949).Coll.\u201cAnnées tournantes\u201d.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1968, 298 pp.de Clercq, B.J.: Religion, Idéologie et Politique.Cahiers de l\u2019Actualité religieuse.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1968, 136 pp.de Locht, Pierre: La morale conjugale en recherche.Coll.\u201cVivre et croire\u201d.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1968, 148 pp.Doyon, Jacques: Christologie pour notre temps.Coll.\u201cNotre temps\u201d, 2.\u2014 Sherbrooke, Editions Paulines, 1968, 383 pp.Dyonnet, Edmond: Mémoires d\u2019un artiste canadien.Préface de Jean Ménard.\u2014 Ottawa, Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 1968, 144 pp.En collaboration: Dialogues sur la foi, 2.Coll.\u201cLe Point\u201d, 4.\u2014 Sherbrooke, Editions Paulines, 1968, 263 pp.Fortin, David: Evolution du langage agricole franco-canadien.\u2014 Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, 1968, 243 pp.Garneau, François-Xavier: Voyage en Angleterre et en France dans les années 1831, 1832 et 1833.Texte établi, annoté et présenté par Paul Wyczinski.\u2014 Ottawa, Editions de l\u2019Université d\u2019Ôttawa, 1968, 377 pp.Giroux, André: Malgré tout, la joie ! CLF Poche Canadien.\u2014 Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1968, 191 pp.Haring, Bernard: Dialogues sur la foi, 1.Coll.\u201cLe Point\u201d, 3.\u2014 Sherbrooke, Editions Paulines, 1968, 217 pp.King, Martin Luther: La seule révolution.Traduit de l\u2019américain par Jacques Potin.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1968, 120 pp.Labelle, Sr Suzanne, M.I.C., M.D.: L\u2019esprit apostolique d\u2019après Marie-de-l\u2019Incarnation.\u2014 Ottawa, Les Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 1968, 220 pp.La deuxième année du catéchisme paroissial, Ire partie.Guide pour le catéchiste.\u2014 Tournai, Office de l\u2019Enseignement religieux, 129 pp.Lanos, Dr Bernard et Lanos, Annick: Fiancés et jeunes mariés de notre temps.Coll.\u201cFeuilles familiales\u201d.\u2014 Paris et Tournai, 1968, 272 pp.Major, Jean-Louis: Saint-Exupéry.L\u2019écriture et la pensée.\u2014 Ottawa, Les Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 1968, 278 pp.Merton, Thomas: Le temps des Fêtes.Traduit par Marie Tadié.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1968, 232 pp.Michl, Johann: Le problème de Jésus.De Jésus de l\u2019histoire au Christ de la foi.Traduit par Léon Hégélé.\u2014\u2022 Mulhouse, Editions Salvator; Paris et Tournai, Casterman, 1968, 141 pp.Nanda, B.R.: Gandhi.Sa vie, ses idées, son action politique en Afrique du Sud et en Inde.Marabout Université, 164.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1968, 383 pp.Navone, John J., S.J.: Témoignage personnel.Une Spiritualité biblique.Traduit de l\u2019américain par René Virrion.\u2014 Mulhouse, Editions Salvator, Paris et Tournai, Casterman, 1968, 285 pp.Nicolle, Jacques et Morisset, Maurice: Pour comprendre rites et symboles de l\u2019Eglise.Préface de Louis Chaîne.Coll.\u201cBeauchesne\u201d, 18.\u2014 Paris, Beauchesne, 1968, 152 pp.Ogletree, Thomas W.: La controverse sur la \u201cmort de Dieu\u201d.Traduit de l\u2019anglais par Jacques Cloarec.Coll.\u201cChristianisme en mouvement\u201d.Paris et Tournai, 1968, 127 pp.Olivier, Jean: Les métamorphoses de Jonas.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1968, 205 pp.Pelletier-Dlamini, Louis: Pomme-de-Pin.\u2014 Montréal, Les Editions de l\u2019Homme, s.d.134 pp.Pommel, Jacques: Tout est dans un.\u2014 Paris, Nouvelles Editions Debresse, 1968, 187 pp.Pontaut, Alain: La Tutelle.\u2014 Montréal, Editions Leméac, 1968, 141 pp.Riquet, Michel et Baylot, Jean: Les Francs-Maçons ?Dialogue.Coll.\u201cVerse et controverse\u201d.\u2014 Paris, Beauchesne, 1968, 95 pp.Savard, Félix-Antoine: Symphonie du Misereor.\u2014 Ottawa, Les Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 1968, 43 pp.Schlosser, Félix: Formes de vie chrétienne.Traduit par Martin Benzerath.\u2014 Coll.\u201cLe Concile dans la vie\u201d.-\u2014 Mulhouse, Editions Salvator; Paris et Tournai, Casterman, 1968, 134 pp.Simard, Jean: Mon fils pourtant heureux.CLF Poche Canadien.\u2014 Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1968, 194 pp.LES CATHOLIQUES AU LENDEMAIN DE L\u2019ENCYCLIQUE « HUMANÆ VITÆ » par Marcel MARCOTTE, S.J.?\tL\u2019encyclique et l\u2019obéissance catholique ?\tL\u2019encyclique et l\u2019amour conjugal ?\tL\u2019encyclique et la paternité responsable ?\tL\u2019encyclique et la liberté de conscience Prix: $1.25 LES ÉDITION BELLARMIN 8,100 boul.Saint-Laurent Montréal-351 JANVIER 1969 31 *\u201c\u20ac* i-\u20ac* h\u20ac* \u2022-\u20ac* HE* ^tf* *\u201c\u20ac* *\u201c\u20ac* ^CT* HE* HE* *?marabout actualité ¥ ¥ Dans la série \"ECONOMIE MODERNE\u201d de Marabout Service: iW.rrm FERNAND BAUOHÜIN professeur à l\u2019Université de Louvain dictionnaire de l'économie contemporaine \u201d (1c *A j » ': ;:«:>'VJxrtr« U cCWtoipr- ;t< K « «b: is ?«.**, X: I $}*KÏ .\\
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