Relations, 1 novembre 1969, Novembre
[" r r r v w u B r r r u La grève des policiers \u201cMa nuit chez Maud\" L'impuissante Peur L\u2019Église et les idéologies au Québec Télévision et violence s Pour \u201cun Québec français 99 Montréal, ordalie du Québec k b w b b *3nï) *01 039300 A0>31S *H0 9&Z 339300 00 S1NVN3I39N3 S304d900 S/V u\t3NS3H000 A00 W __________relations___________________________________________ revue du mois publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus COMITÉ DE RÉDACTION Irénée Desrochers, directeur Guy Bourgeault, secrétaire Richard Arès, René Champagne, Jacques Chênevert, Michel Dussault, Julien Harvey, Marcel Marcotte ADMINISTRATEUR : Albert PLANTE novembre 1969 SOMMAIRE Éditorial.291 Contestation contestable et contestée: la \u201cjournée a\u2019études\" des policiers montréalais Articles L\u2019Église et les idéologies au Québec Jacques Grand\u2019Maison 293 L\u2019impuissante Peur.Michel Dussault 297 Les chrétiens prient-ils encore ?.Pierre Lucier 299 Réflexions sur \u201cUn sens au voyage\u201d .\t.Julien Harvey 301 Chroniques Littérature : Le creuset montréalais, ordalie du Québec René Dionne 304 Au service du français : Ponctuation-9 .\t.\t.Joseph d\u2019Anjou 307 Radio-Télévision : Les émissions religieuses de Radio-Canada Madeleine Brabant 308 Cinéma : \u201cMa nuit chez Maud\u201d: approfondissement d\u2019une foi Yves Lever 309 Théâtre: En rentrant de Paris .\t.Georges-Henri d\u2019Auteuil 310 Au fil du mois Pour \u201cun Québec français\u201d.\u2014 IIe Congrès national du Parti Québécois.¦\u2014 Télévision et violence: rapport d\u2019une commission d\u2019enquête.\u2014 Michel Conte chante: \u201cAimons-nous les uns les autres\u201d.Chants de matin clair: Sur le chemin d\u2019accueil .Paul Fortin 315 Les livres.315 Sondage de Relations auprès de ses lecteurs.317 Relations est une publication des Éditions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal 351.Tél.: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $6 par année.Le numéro: $0.60.Relations publiques : Pauline Houle, 1396 ouest, rue Sainte-Catherine (ch.314), tél.: 866-8807.M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Sécurité pour l\u2019ouvrier, le professionnel, l\u2019homme d\u2019affaires, sa famille, ses employés, son entreprise.Votre compagnie L\u2019ÉCONOMIE MUTUELLE D\u2019ASSURANCE vous protège depuis 1899 Sécurité sur la planification successorale \u2022\tAssurance-vie \u2022\tRentes viagères \u2022\tAssurance collective MUTUELLE O N O M I B D'ASSURANCE Siège social: 385 est, rue Sherbrooke, Montréal 129 \u2014 Tél.: 844-2050 Agences et unités: Drummondville - Granby - Joliette - Laval - Longueuil Montréal - Ottawa - Québec - Saint-Jean - Sherbrooke CONSERVEZ RELATIONS Cartable en similicuir rouge avec titres or.Jeu de 12 cordes.au comptoir $3.00 par la poste $3.25 Reliure de votre collection 1969.Le lecteur fournissant sa collection : $4.00 Si nous fournissons la collection : $9.00 Ajouter $0.35 pour frais d'expédition Écrivez ou téléphonez 8100, bout.Saint-Laurent Montréal-351 387-2541 Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 0143. mt, CENTRE DE DOCUMENTATION montréal novembre 1969 numéro 343 ____________________ Sondage de RELATIONS auprès de ses lecteurs Il est d\u2019importance capitale, pour une revue qui veut être de dialogue, de chercher à connaître qui sont ses lecteurs et ce qu\u2019elle représente pour eux.C\u2019est pourquoi l\u2019équipe de Relations vous demande aujourd\u2019hui de consacrer quelques minutes de vos loisirs à répondre au questionnaire que vous trouverez à la fin du présent numéro (pp.317-318).Nous comptons sur la collaboration de tous: il suffit d\u2019encercler quelques chiffres, de détacher la feuille et de nous la faire parvenir.Nous nous engageons, de notre part, à publier dans un avenir prochain les principaux résultats de cette consultation.La rédaction.Contestation contestable et contestée : la « journée d'études » des policiers montréalais Le 7 octobre dernier, à Montréal, le débrayage subit et complet des policiers et l\u2019abandon partiel du travail J au Service des incendies plongeaient la métropole canadienne dans une anarchie dont les conséquences auraient pu être plus tragiques encore qu\u2019elles ne l\u2019ont été.Bilan: un mort, quelques blessés, plusieurs milliers de dollars de dommages causés par le vandalisme.En moins de vingt-quatre heures.Ce bilan, les policiers ne l\u2019avaient pas voulu: le revirement de leur attitude, au Centre Paul-Sauvé, lors de l\u2019annonce du décès d\u2019un de leurs confrères de la Sûreté du Québec, le montrerait à lui seul avec évidence.Et pourtant, dans l\u2019ambivalence des sentiments qu\u2019engendre si facilement l\u2019ambiguïté des situations, peut-être avaient-ils souhaité secrètement et inconsciemment qu\u2019éclatent certains troubles: ces troubles manifesteraient \u2014 et manifestèrent de fait \u2014 l\u2019importance et la nécessité de leur travail professionnel.Où en est notre moralité collective ?Trois semaines plus tard, l\u2019évocation de la soirée du 7 octobre nous invite cependant à dresser un autre bilan.On parle bien souvent, aujourd\u2019hui, de la « majorité » de l\u2019homme contemporain, qui n\u2019en serait plus à ces temps barbares où il fallait compter sur les codes et les répressions pour assurer dans la conduite un minimum de dignité et de respect du droit des autres.Les bagarres (spécialement aux bureaux et ateliers de la Murray Hill) et, rue Sainte-Catherine, le vandalisme d\u2019un soir nous forcent à tempérer notre optimisme: il semble bien que le « gendarme » soit encore indispensable et que sa présence seule puisse contenir certaines violences refoulées qui n\u2019attendent que le moment propice pour exploser.N\u2019exagérons rien: dans l\u2019ensemble, la population montréalaise est demeurée bien tranquille à la maison, ce soir-là.Mais il faudrait pouvoir mesurer l\u2019inquantifiable pour évaluer, par exemple, le degré de connivence secrète et inavouée des paisibles « spectateurs » avides de la violence introduite dans le confort du foyer et des pantoufles par le petit écran.Ne nous le cachons pas: les jeunes (et moins jeunes) briseurs de vitres de la rue Sainte-Catherine nous révèlent une partie de nous-mêmes que nous préférons généralement ne pas regarder en face, celle qui n\u2019est guère encore civilisée et qui savoure si goulûment le spectacle de ce que nous n\u2019oserions cependant pas commettre nous-mêmes.Quoi qu\u2019il en soit de ces complicités inavouées et parfois secrètement présentes en nos condamnations mêmes de la violence, le bris des vitrines, rue Sainte-Catherine, exprime à sa façon la fragilité de notre cohésion collective.Et l\u2019étonnement est que, dans les circonstances qui furent celles de la soirée du 7 octobre, l\u2019éclatement de cette fragile cohésion n\u2019ait pas entraîné plus grand désastre.Car notre cohésion collective, que devrait idéalement assurer une authentique morale collective intériorisée, semble avoir encore besoin, pour se protéger, des rideaux métalliques qui, en plusieurs pays, recouvrent pour la nuit les montres des grands magasins et des boutiques.Mais le « gendarme », même plus fort et mieux armé, pourrait-il faire plus que regarder, en les contenant pour un temps, certains éclatements ?Il ne suffit pas de déplorer l\u2019immaturité collective révélée par le débrayage des policiers montréalais et ses suites.Il faut, par delà les pleurs, amorcer un effort de réflexion critique, prendre conscience, par exemple, de ce que l\u2019attitude des policiers et le geste qu\u2019ils ont posé, quelque regrettables et peut-être même condamnables qu\u2019ils aient été, nous apprennent sur l\u2019ambiguïté quotidienne de leur travail et de notre société.La collectivité demande aux policiers de faire respecter un ordre qu\u2019elle-même, ouvertement ou en secret, s\u2019empresse aussitôt d\u2019enfreindre, pour s\u2019étonner ensuite et se scandaliser d\u2019une « rébellion » qu\u2019elle a, d\u2019une certaine façon, suscitée.Il y a là un manque de solidarité qui s\u2019exprime, en tant de domaines, par une démission massive des responsabilités sociales et civiques, individuelles tout autant que collectives, qu\u2019une communauté \u2014 surtout une démocratie \u2014 ne peut porter longtemps sans faire inconsciemment hara-kiri.Comme les professeurs ne sont pas les seuls responsables de l\u2019éducation des jeunes, comme les fonctionnaires des services gouvernementaux ne sont pas les seuls responsables de la correction des inégalités sociales, de même les policiers ne sont pas les seuls responsables du maintien de l\u2019ordre public et du respect positif des droits des personnes.Tout citoyen doit y collaborer, dans la cohérence intellectuelle et vitale de la délégation spéciale qu\u2019il a lui-même (par des intermédiaires élus) accordée à cette fin à certains autres citoyens.Délégation de responsabilités et de pouvoirs ne dit ni n\u2019implique aucunement démission et abdication.NOVEMBRE 1969 291 Mais l\u2019un des problèmes majeurs de nos sociétés modernes tient précisément à ce que la multiplication des « intermédiaires » et la complexité sans cesse croissante des mécanismes de participation rendent plus difficile et en tout cas moins sentie la participation effective des citoyens à la marche des affaires publiques.Et pourtant, sans cette participation réelle, la démocratie n\u2019est qu\u2019un mot.Dans cette perspective, il faut se réjouir de la prise de conscience suscitée en ce domaine et de l\u2019action déjà entreprise par les « comités de citoyens ».Dans le désir de ramener l\u2019ordre, il ne faudrait pas décourager des efforts et des initiatives qui « troublent » certes la vie de notre communauté, mais pour la vivifier.Il importe aussi de tenir compte, pour comprendre la soirée du 7 octobre, des transformations culturelles récemment vécues chez nous.Culturellement, le citadin montréalais est encore déraciné, dépaysé dans ce milieu pluraliste de la grande ville où ne peuvent être retenues les valeurs paysannes et religieuses qui firent autrefois son « assiette » morale; il est encore à la recherche d\u2019une éthique séculière qu\u2019il ne saurait importer préfabriquée.De plus, si l\u2019anonymat de la grande ville permet de respirer à des libertés que la trop grande concentration humaine risquerait autrement d\u2019étouffer, ce n\u2019est pas sans qu\u2019il en coûte quelque chose.La difficulté de la participation, évoquée plus haut, tient pour une part à cet anonymat des grandes agglomérations qui doivent construire des structures administratives fort complexes.En outre, l\u2019organisation sans cesse plus poussée de la vie urbaine engendre, si on en respecte toutes les règles, un profond ennui.Il suffit d\u2019avoir fréquenté un peu anthropologues, psychologues et sociologues ou d\u2019avoir lu quelques analyses des « événements de mai » en France pour être convaincu de l\u2019importance du rôle joué par la fête dans la vie humaine collective.Cette fête, en sa dimension « orgiaque » surtout, est pratiquement refusée à l\u2019avance au « civilisé » de notre monde, où le fonctionnel tend à tuer toute gratuité et tient surtout à contenir ses possibles débordements.Un jeune homme de 17 ans qui, au soir du 7 octobre, a lui-même fait éclater quelques vitrines, me disait avec enthousiasme l\u2019euphorie \u2014 certes ambiguë \u2014 dans laquelle il avait vécu cette soirée: il en avait oublié ou perdu sa haine des « capitalistes anglo-saxons » et s\u2019amusait à jouer les vandales pour la gratuite joie des éclats de verre dans la lumière et le bruit.La fête traditionnelle des « primitifs » autour du feu dévorant permettait, dans un cadre socialement admis et adapté, le débordement \u2014 symbolique, mais réel \u2014 de la passion qui habite le cœur de tout homme.Faudrait-il donc offrir aux Montréalais la constante possibilité de cette « fête » ?La preuve est faite par l\u2019histoire que le pain et les jeux, pour heur ou pour malheur, achètent facilement la liberté et ses revendications.Il apparaît plutôt nécessaire, et infiniment plus utile, de canaliser la violence et la passion enfouies et prêtes à éclater vers Y édification « agressive » ou résolue et décidée d\u2019une société qui soit vraiment plus juste.Où sont les vrais agitateurs ?La soirée du 7 octobre s\u2019inscrit d\u2019ailleurs dans un ensemble de manifestations « agitées » tout autant qu\u2019« ac- tives », qui expriment sporadiquement une réelle insatisfaction collective.Aussi me paraît-il injuste \u2014 et dangereux \u2014 d\u2019en vouloir faire porter l\u2019entière responsabilité par quelques agitateurs professionnels anonymes ou identifiés.Je ne veux pas nier ici leur présence possible ou probable, voire même assurée (après enquête), et leur action au sein de divers organismes (dont la Compagnie des Jeunes Canadiens) et peut-être aussi dans certains syndicats, sûrement en tout cas dans l\u2019organisation de nombreuses manifestations de contestation.Il importe que, dans un climat de sérénité, lumière soit faite à ce sujet.Mais la réponse d\u2019adhésion obtenue par ces éventuels agitateurs professionnels ne saurait s\u2019expliquer sans l\u2019existence d\u2019une crise latente et sans la présence au moins diffuse et inconsciente d\u2019un réel malaise social.La démagogie, qui chercherait ici à éluder les vraies questions et ferait ainsi perdurer des situations injustes, serait certes électoralement (mais non politiquement) rentable, mais elle ne réglerait aucun problème en profondeur.11 est facile de soulever l\u2019indignation populaire contre tel groupe d\u2019agitateurs désignés, surtout si on peut y dénombrer les ressortissants étrangers et en désigner les membres qui s\u2019inspirent d\u2019idéologies étrangères: se trouvent alors mis en branle les mécanismes de défense si souvent exploités, dans un contexte de xénophobie ou même de racisme, de la lapidation d\u2019un bouc émissaire.Mais il est dangereux de faire alors le jeu d\u2019autres agitateurs, autrement efficaces peut-être, qu\u2019on laisse dès lors agir impunément, au su et au vu de tous, et qui sapent les bases mêmes de la société qu\u2019on prétend chercher à préserver.C\u2019est tout le « système » de la société de consommation qui est ici mis en cause.La publicité, par exemple, crée, pour le profit d\u2019un petit nombre, des désirs et des besoins dont on sait fort bien que, dans la situation et dans le système actuels, ils seront fatalement insatisfaits.Même si les ventes à terme permettent de différer cette insatisfaction jusqu\u2019au jour de la saisie, où elle sera plus cruelle encore.Mais la publicité, dit-on, accroissant la consommation, suscite un accroissement de la production et donc de l\u2019emploi; le profit du « petit nombre » s\u2019identifie ainsi, à longue échéance, avec le profit ou le mieux-être du « grand nombre ».Mais où donc sur notre planète cela s\u2019est-il réalisé ?De toute façon, le système socio-économique qui est le nôtre et dans lequel s\u2019inscrit la publicité crée massivement une frustration explosive.N\u2019est-ce pas là travail d\u2019« agitateurs professionnels » ?Si les policiers ont gravement compromis l\u2019ordre public et la sécurité vitale des citoyens montréalais, entre autres raisons, pour faire sauter leurs salaires annuels dans les $9,000, à quoi faut-il nous attendre au jour plus ou moins lointain de la « manifestation » \u2014 un service d\u2019ordre adéquat pourra-t-il la réprimer?\u2014 des 45% de travailleurs montréalais dont les revenus n\u2019atteignent pas $5,000 par année ?Une idéologie et un système bien organisé agitent dangereusement, dans la légalité, la population.Qui y verra ?Guy Bourgeault.292 RELATIONS L'Église et les idéologies au Québec Jacques Grand\u2019Maison L\u2019apparition de nouvelles formes d\u2019existence chrétienne dans l\u2019Église, au cours des siècles, a le plus souvent coïncidé avec les transformations plus profondes de la société profane.Il ne faudrait pas voir en cette coïncidence la simple résultante d\u2019un effort d\u2019adaptation, de la part de l\u2019Église, ou l\u2019effet de la seule acculturation, mais aussi une correspondance de la conscience chrétienne à de neufs surgissements de l\u2019Esprit: celui-ci emprunte le plus souvent les chemins de la « profanéité » pour secouer les léthargies et les fausses sécurités.Aujourd\u2019hui, les conditions inédites de notre temps invitent les chrétiens à inventer, dans la fidélité à l\u2019essentiel évangélique retrouvé par delà les codes bien définis, de nouveaux styles d\u2019existence chrétienne.Mais une sorte d\u2019obscurcissement de ce qu\u2019on a appelé jadis le discernement spirituel semble ramener inéluctablement nos pas dans les sentiers battus et rebattus, dans lesquels nous tournons en rond malgré quelques réformes timidement tentées.Une impossible distance critique?Ce piétinement d\u2019une démarche emprisonnée est visible en maintes situations ecclésiales.La crise sacerdotale et religieuse s\u2019aggrave de jour en jour.Les réformes liturgiques et catéchétiques en sont à la phase de l\u2019essoufflement et du plafonnement.Privées des soutiens humains offerts par les institutions temporelles chrétiennes, particulièrement dans les domaines social et scolaire, les structures propres de l\u2019Église, comme la paroisse et le diocèse, sont fortement ébranlées et doivent faire face à des difficultés de tous ordres: fonctionnement, finances, ressources humaines, leadership, participation, etc.N\u2019a-t-on pas souligné récemment l\u2019incapacité des Églises locales à se donner des objectifs identifiables et réalisables, et cela malgré des efforts réels de restructuration ?En somme, tout se passe comme si l\u2019Eglise ne parvenait pas à sortir d\u2019elle-même, à prendre vis-à-vis d\u2019elle-même une certaine distance critique, pour se rénover et redevenir un signe lisible et comprésible pour les hommes d\u2019aujourd\u2019hui.Or je soutiens que tous les retours aux sources, tous les efforts d\u2019adaptation, tous les synodes et conciles et toutes nos épiceries nouvelles ou anciennes ne nous sortiront pas de nos éternelles ornières, si nous ne consentons pas à reconnaître courageusement et lucidement les empreintes idéologiques implicites qui sont sous-jacentes à nos perceptions de l\u2019Église et de l\u2019expérience chrétienne, à nos théologies d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui, à nos institutions et à leur fonctionnement, à nos débats et à nos efforts constructifs.C\u2019est à cette tâche de reconnaissance ou d\u2019exploration que voudrait contribuer l\u2019esquisse présentée ici de l\u2019évolution idéologique du Québec et, plus particulièrement, de l\u2019évolution idéologique en cours dans l\u2019Église de chez nous.NOVEMBRE 1969 Qu'est-ce que l\u2019idéologie?Il importe de préciser en quel sens nous entendrons ici l\u2019expression « idéologie ».Pour ce faire, nous procéderons par l\u2019analyse de ses composantes et de ses fonctions.Tout groupe social tente de donner cohérence à sa situation dans toute son ampleur.Il se bâtit, à cette fin, une vision de lui-même, de son milieu et du monde, un système d\u2019explications, de normes, de valeurs qui, dans un contexte historique donné, influence les attitudes et les comportements, les moyens et les fins que les membres de ce groupe partagent.L\u2019idéologie implique une lecture particulière du passé, une interprétation du présent et une projection dans l\u2019avenir.Elle constitue un pôle central de référence pour l\u2019identification et la cohésion du groupe, pour la légitimation de sa situation historique et de ses projets.Elle perd sa fonction essentielle quand elle n\u2019a plus son caractère provisoire, quand elle devient un pur système intellectuel, quand il n\u2019y a plus de confrontation entre les conditions particulières d\u2019existence du groupe et les représentations qu\u2019il se fait de lui-même.Parfois, l\u2019idéologie exerce encore alors une fonction latente: celle de létitimer la domination des tenants du pouvoir, en offrant des justifications qui cachent les vrais rapports sociaux, économiques, culturels ou politiques.Lorsque les groupes dominés comme les groupes dominants sont convaincus que l\u2019idéologie prévalente dans leur société n\u2019en est pas une, mais est plutôt une vérité définitive, les pouvoirs en place sont assurés de contrôler et même d\u2019étouffer les efforts de changement et la mise en cause des situations réelles.C\u2019est, à mon sens, un des principaux problèmes de l\u2019Église catholique.Ses porte-parole considèrent les autres systèmes comme des idéologies, sans appliquer le même regard critique sur le leur.Comme le signale F.Houtart, on retrouve ailleurs, dans la société profane, des attitudes semblables: l\u2019idéologie devient l\u2019attribut critiquable des systèmes antagonistes ou bien, au nom d\u2019un pseudopragmatisme, on décrète la disparition des idéologies dans la société urbaine post-industrielle, bureaucratique et technocratique.Mais les idéologies ne disparaissent pas, dans cette société nouvelle; au contraire, elles se multiplient.Elles deviennent par ailleurs de plus en plus fluides, soit à cause d\u2019une transformation toujours plus rapide des conditions objectives d\u2019existence, soit à cause des nouveaux dispositifs de critique permanente.I \u2014Les idéologies profanes du Québec Voilà une première grille d\u2019analyse de l\u2019évolution idéologique de l\u2019Église et de la société québécoises.Mais voyons les choses de plus près.293 A.\tNous avons connu jusqu\u2019à tout récemment une idéologie unitaire largement diffusée dans le peuple.Elle unissait étroitement et même confondait les « vocations catholique, française et agricole » des Canadiens français en Amérique du Nord.La plupart des nôtres ne pouvaient dire s\u2019ils étaient catholiques parce que français, ou vice versa; s\u2019ils avaient la religion de leur culture, ou la culture de leur religion.Mais la place centrale qu\u2019occupait l\u2019Église dans notre société indique déjà son rôle prépondérant dans la définition de notre idéologie dominante.Nous ne reviendrons pas sur les nombreux diagnostics portés sur cette expérience historique; ils se complètent d\u2019ailleurs beaucoup plus souvent qu\u2019ils ne s\u2019opposent.Signalons toutefois que les traits caractéristiques du système catholique, auxquels nous faisions allusion plus haut dans notre description des fonctions de l\u2019idéologie, sont devenus caricaturaux et hypertrophiés dans des conditions historiques qui contribuaient à les maximaliser.Si les mythes, les doctrines et les institutions d\u2019autrefois n\u2019ont plus grande influence manifeste dans nos vies, il n\u2019en va pas de même des fonctions latentes de l\u2019idéologie ancienne, de ses modèles culturels, des réflexes spontanés qu\u2019elle conditionne encore.On les retrouve bien actives dans les familles spirituelles les plus en rupture avec le passé ou les plus opposées entre elles.Ce que nous avons dit plus haut de l\u2019idéologie en général et de ses diverses fonctions s\u2019applique ici de multiple façon.B.\tDepuis quelques années à peine, plusieurs idéologies ont pris corps chez nous.Nous avons mis du temps à nous rendre compte du processus d\u2019idéologisation que nous étions en train de vivre.L\u2019idéologie, pour nous, c\u2019était le spectre de notre mythologie aliénante, de notre infériorité et de notre isolement.Ceux qu\u2019on appelle les réformistes sociaux cherchaient un rattrappage qui se voulait tantôt une contre-idéologie anticléricale, antinationaliste et antiduplessiste, tantôt une pure entreprise pragmatique de promotion collective.Après cette phase de premier éclatement, se sont peu à peu dessinées des tendances idéologiques de plus en plus accusées.Des groupes divers commençaient à se construire leur propre vision de la situation d\u2019ensemble et de leur projet.La gamme idéologique du Québec, avec sa diversité d\u2019accents aux plans culturel, socio-économique et politique, s\u2019en trouve aujourd\u2019hui d\u2019une telle ampleur qu\u2019il n\u2019est plus guère possible d\u2019en faire une présentation exhaustive.Un rapide tour d\u2019horizon parmi les idéologies nouvelles, même non exhaustif, sera quand même révélateur.1.\tD\u2019abord, un néo-nationalisme est au centre de la plupart des débats chez nous, surtout depuis le début de la « révolution tranquille ».Contrairement à la définition rigide qu\u2019en donnent ses opposants, cette idéologie s\u2019est révélée très fluide, polymorphe et plurivalente.Tandis que « La Laurentie » de R.Barbeau ne faisait que continuer l\u2019ancien nationalisme, tout en le mettant à jour, le « Québec indépendant, socialiste et laïque » des mouvements de gauche marquait, lui, une rupture radicale.Plus récemment, le projet « souveraineté-association » du Parti Québécois s\u2019est constitué sur des compromis qui mettent en veilleuse le radicalisme précédent et tente de mobiliser l\u2019ensemble de la nation, au delà des rapports de classes et de certaines différenciations idéologiques.Les intentions culturelles et politiques sont ici beaucoup plus claires que les visées socio-économiques et laïques; mais il y a menace continuelle de débordement sur la gauche ou sur la droite: en font foi les visées et les agissements de l\u2019ex-Rassemblement pour l\u2019Indépendance nationale, du mouvement créditiste de Grégoire, des artisans extrémistes des luttes linguistiques et, enfin, les perspectives révolutionnaires de plusieurs foyers de contestation.2.\tLe néo-fédéralisme pancanadien a ses origines dans un groupe de Québécois.Le premier ministre Trudeau et ses adeptes politiques du Québec veulent une reprise du compromis canadien sur des bases idéologiques qui se révèlent dans les projets du biculturalisme et du bilinguisme, de la promotion des régions économiquement défavorisées, du bill sur les droits de l\u2019individu.Certaines politiques de cette idéologie recèlent des postulats du bon vieux libéralisme, d\u2019autres empruntent au Welfare State, d\u2019autres encore à des modèles de type néo-capitaliste.Son style politique se sert des méthodes technologiques d\u2019administration fonctionnelle et aussi des techniques sociales de participation conditionnée et manipulée: nous l\u2019avons vu durant la campagne électorale de 1968.S\u2019il projette de nouveaux mythes, comme celui de la « société juste », il explicite rarement ses propres composantes idéo\u2019ogiques.3.\tLe néo-capitalisme adopte chez nous à peu près toutes les composantes de l\u2019idéologie dominante aux États-Unis.Il ne cache pas son adhésion à une échelle de valeurs où l\u2019intérêt économique privé occupe le sommet.En défendant le primat du progrès économique, il ne mentionne jamais les pouvoirs, les privilèges, les intérêts qui se cachent derrière cette visée.Il parle d\u2019une économie de productivité, sans vouloir prêter attention aux mécanismes de concurrence aveugle, de profit maximalisé, de main mise sur la technostructure, sans s\u2019interroger sur la signification humaine et politique de ce qu\u2019on produit ou consomme.Pour atténuer les déchets de pauvreté d\u2019une telle économie, il préconise des mesures sociales qui permettent aux petits de survivre.Cette idéologie plouto-cratique a prouvé son efficacité provisoire, mais à quel prix ! Voilà à peu près ce que les Chambres de commerce nous apprennent, depuis que des événements politiques sont venus les obliger à dire le fond de leur pensée et le fin mot du type de société qu\u2019elles préconisent.4.\tUne idéologie nouvelle de développement apparaît chez certains technocrates qui récusent les cadres idéologiques précédents.Voici comment G.Fortin la décrit: Le développement s\u2019oppose .à l\u2019évolutionisme scientifico-libéral: le changement n\u2019est pas défini comme nécessairement bon ou progressif.Le changement en outre a produit des inégalités de plus en plus grandes à l\u2019intérieur des sociétés et entre les sociétés.Le développement s\u2019oppose aussi au déterminisme marxiste: le terme de l\u2019histoire n\u2019est plus défini comme unique et fatal; ce terme peut être multiple et faire l\u2019objet d\u2019un choix constant de la société .Ce n\u2019est pas seulement la nature que la société croit pouvoir contrôler par la science, mais son propre devenir.Le développement suppose trois conditions essentielles: \u2014 l\u2019auto-détermination de la société qui veut le développement, 294 RELATIONS \u2014\tla participation qui permet à la société de choisir socié- talement ses objectifs, \u2014\tla rationalité dans le choix des moyens.5.\tUne idéologie que j\u2019appellerais, faute d\u2019autre terme, de révolution culturelle refuse globalement la société exis-tente et ses différents modèles idéologiques que nous venons d\u2019évoquer.Elle entend créer de nouvelles valeurs et même un homme nouveau, puisque des structures toutes neuves ne vaudraient rien sans un changement de l\u2019homme lui-même.Nous sommes ici en présence d\u2019une véritable eschatologie profane, ou d\u2019une utopie globalisante difficilement définissable, qui nous réfère au mythe de la « civilisation heureuse et pacifiée » et qui veut assumer, corriger et dépasser les visions du monde de Hegel, Marx et Freud.Sans doute ce dessein reste-t-il inchoatif chez les groupes contestataires qui travaillent à la « révolution culturelle »; certaines composantes de leur idéologie commencent toutefois à se diffuser assez largement, chez les jeunes surtout.Dans sa phase actuelle, le mouvement en est au refus, sous le signe d\u2019une révolution sociale d\u2019un type nouveau et qui n\u2019entre pas dans les considérations idéologiques des groupes précédents.6.\tUne idéologie laïque: celle du noyau dur, mais très restreint, des militants pour un « Québec laïque ».Le rythme rapide de la laïcisation chez nous leur épargne bien des efforts.On ne saurait toutefois préjuger des résultats des affrontements qui s\u2019annoncent au sujet de la structuration d\u2019un système scolaire public confessionnel selon de nouvelles modalités.7.\tUne idéologie socialiste: celle de l\u2019aile dure des socialistes qui refuse l\u2019identification de ses visées à l\u2019une quelconque des idéologies précédemment décrites.Elle attend ou prépare les conditions favorables à la création d\u2019un véritable parti socialiste et révolutionnaire des travailleurs.Moins encore que le laïcisme, le socialisme a chez nous peu de racines dans la vie collective et dans les divers groupes, strates ou classes.Il \u2014Les idéologies dans l\u2019Église du Québec Après cette rapide revue des idéologies profanes au Québec, essayons de cerner un peu et de décrire celles qui s\u2019y déploient au sein de l\u2019Eglise.1.Une idéologie de chrétienté y a encore la vie dure.Pour ses tenants extrémistes, l\u2019Église doit jouer le même rôle-clef qu\u2019autrefois dans notre société.Ils ne comprennent pas pourquoi la nouvelle Université du Québec ne serait pas confessionnelle: ne sommes-nous pas pour toujours une nation catholique?Pour être fidèles à nous-mêmes, selon eux, nous nous devons de maintenir toutes nos institutions chrétiennes et de poursuivre l\u2019idéal d\u2019un ordre social chrétien, déterminé selon les principes de la doctrine sociale de l\u2019Église.En réalité, cette idéologie est maintenant surtout active en ces « zones grises » qui prolongent certains résidus de chrétienté.Je pense à des institutions \u2014 plusieurs de nos journaux, les Caisses populaires, les SSJB, la plupart des hôpitaux et beaucoup d\u2019œuvres d\u2019assistance sociale \u2014 qui ont gardé le statut catholique officiel de leur fondation, mais sont obligées à bien des compromis officieux.Les conflits latents, dont l\u2019éclatement est retardé par ces compromis, deviennent parfois explosifs, quand s\u2019ouvrent les brèches favorables.Certains y flairent ou croient flairer des manœuvres de l\u2019Église, une action cléricale camouflée.Chacune de ces situations concrètes ambiguës appelle un jugement politique et un discernement spirituel difficiles.On peut néanmoins se demander si ne font pas défaut, en bien des cas, une pensée et une pratique politiques et religieuses cohérentes, vraiment démocratiques et soucieuses de respecter les règles du jeu des régimes modernes.N\u2019oublions pas que le public supportera de moins en moins les ententes de coulisse sur des questions qui le concernent directement.Laisser perdurer des situations ambiguës comporte le risque de susciter des crises plus graves encore que celles d\u2019aujourd\u2019hui, surtout dans le domaine scolaire: que fera-t-on, par exemple, si une forte proportion d\u2019étudiants, d\u2019éducateurs et d\u2019administrateurs scolaires ne rencontre plus les vœux d\u2019une majorité de parents?2.Une idéologie missionnaire a pris naissance chez nous, avant la guerre, pour cheminer parallèlement à la première.L\u2019Action catholique en a été le principal moteur.Elle a suivi des étapes que nous renonçons à étudier ici, à cause de leur complexité.Nous nous contenterons de dégager de cette évolution quelques faits ou indices plus révélateurs.D\u2019une mentalité de conquête et de croisade, on est passé à la recherche de styles de vie chrétienne plus soucieux de l\u2019engagement profane.Corps étrangers dans la pastorale traditionnelle, plusieurs cellules de militants se sont progressivement constituées en substitut de paroisse: leurs membres y trouvaient une communauté qui n\u2019existait pas ailleurs, une liturgie et une formation spirituelle plus près des sources chrétiennes et de leur propre expérience humaine, une possibilité de participation, d\u2019autonomie, de créativité inusitées.Plusieurs membres ont débouché sur ce réformisme social dont nous avons parlé plus haut.Les statuts officiels de l\u2019Action catholique faisaient des militants des collaborateurs immédiats de la hiérarchie; ils assuraient ainsi la continuité d\u2019un nouveau mode de vie chrétienne avec le modèle ecclésiologique de chrétienté.Mais, en dehors de certaines exceptions, les pratiques effectives relevèrent de plus en plus de la responsabilité des leaders laïcs.Comment expliquer le déclin de ces mouvements qui ont sûrement joué chez nous, à un moment donné, un rôle d\u2019avant-garde?Faut-il en chercher la cause dans le poids des tâches de suppléance et des fonctions de substitution?ou dans celui d\u2019une idéologie de chrétienté encore bien vivante et qui suscitait maintes oppositions en d\u2019autres secteurs d\u2019Église ?ou dans les ambiguïtés mêmes des statuts ?ou, enfin, dans la crainte qu\u2019on avait de verser dans un prosélytisme de plus en plus honni ?Certes, les bases sociologiques et théologiques de l\u2019Action catholique n\u2019ont jamais été très claires; mais ses principales difficultés vinrent peut-être davantage et surtout du contexte de chrétienté dans lequel elle devait se déployer.Aujourd\u2019hui que ces obstacles extérieurs ont disparu, les difficultés internes prennent plus de relief et le regard critique devient plus sensible à NOVEMBRE 1969 295 l\u2019oscillation et à l\u2019opposition entre les désirs de ressource-ment spirituel et les volontés d\u2019engagement profane pur et simple.Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019Église du Québec a perdu, avec le déclin de l\u2019Action catholique, une force critique et prophétique qu\u2019elle n\u2019a pas remplacée.Rien n\u2019annonce ici un prochain regain de vie.3.\tUne idéologie de ressourcement.Pour décaper les vieilles routines de chrétienté que l\u2019on retrouvait un peu partout, et même dans l\u2019Action catholique, certains optèrent pour le grand retour aux sources en théologie, en liturgie et en catéchèse particulièrement.Cette démarche accompagnait un repli de l\u2019Église sur son propre terrain.Elle bénéficiait aussi des apport massifs des expériences européennes.Elle débouchait sur d\u2019autres visions de l\u2019Église et de la vie de foi.C\u2019est de ce côté que l\u2019institution a concentré presque tous ses investissements, au cours des dernières années: l\u2019Église du Québec devint une grande école, accentuant le culturalisme et l\u2019historicisme qui marquent profondément le système catholique, dans la recherche du véritable visage du christianisme et de ses composantes essentielles.4.\tUne idéologie de l\u2019adaptation.Les renouveaux précédents atteignirent un plafonnement facilement compréhensible: on se sentait tout aussi dépaysé dans le psautier français que dans le bréviaire latin ! L\u2019Église, disait-on, avec son équipement artisanal, n\u2019est pas adaptée à la société urbaine et à ses nouvelles conditions de vie.Sociologie religieuse, pastorale d\u2019ensemble et des ensembles, articulation des pastorales spécialisées (scolaire, familiale, etc.), établissement de zones pastorales décalquées sur les nouveaux espaces humains, réformes internes des communautés religieuses: autant de dispositifs pour adapter l\u2019Église à la vie moderne et la rendre présente au monde.Or un vent de sécularisation soufflait déjà sur ces entreprises qui étaient, en définitive, peu critiques de leurs prélèvements profanes: on voulait en finir avec des traditions désuètes, des structures périmées, et on se hâtait d\u2019adopter les nouveaux modèles séculiers.Inutile de dire la dichotomie qu\u2019on préparait ainsi pour aujourd\u2019hui, dans la désarticulation de l\u2019idéologie précédente de ressourcement et de cette idéologie d\u2019adaptation: spiritualisme intimiste, d\u2019une part, et socialisation profane, d\u2019autre part.5.\tL\u2019idéologie de la communauté de base.Une autre idéologie allait naître de ce désarroi de plus en plus marqué dans les divers milieux d\u2019Église.Les retours aux sources et les réformes institutionnelles ne suffisaient pas: après avoir fait éclater les aménagements d\u2019autrefois, ils provoquaient de vifs débats entre les diverses familles spirituelles, au point qu\u2019il n\u2019y avait plus d\u2019assemblée unanime ni de consensus collectif.Plusieurs s\u2019isolèrent, se fermèrent sur eux-mêmes ou quittèrent l\u2019institution paroissiale, religieuse ou autre.C\u2019est dans ce contexte que s\u2019inscrit la naissance de l\u2019idéologie de la communauté de base \u2014 communauté d\u2019identification, où les membres partagent une même expérience chrétienne et souvent profane, dans un climat de liberté, de fraternité et d\u2019égalité; communauté où se fait un nouveau partage des tâches et où s\u2019instaurent des modes de communication plus directs, plus simples, plus chaleureux; communauté où l\u2019on vit la foi, le culte et les solidarités humaines sans cadres rigides et tout faits, où l\u2019on respecte les cheminements de chacun.L\u2019engagement chrétien dans la vie profane est ici conçu dans une perspective exclusive de témoignage individuel.Quant à l\u2019Église institutionnelle, certains l\u2019ignorent en pratique, d\u2019autres maintiennent avec elle des liens superficiels, d\u2019autres, enfin, veulent se débarrasser du système clérical qui serait à la source de toutes les scléroses de l\u2019Église.Un membre d\u2019une de ces communautés me disait récemment: « Pour faire une véritable expérience chrétienne aujourd\u2019hui, il faut pratiquement la tenter en dehors des cadres officiels de l\u2019Église.» Voilà un survol sans doute bien rapide des idéologies provisoires qui se partagent les deux terrains que nous avons voulu sonder: la société profane et l\u2019Église au Québec.S\u2019agit-il de deux univers parallèles, opposés ou convergents ?Devrons-nous vivre une phase de dissociation, pour mieux assurer l\u2019autonomie et le développement de l\u2019un et de l\u2019autre ?Sommes-nous mûrs pour songer à de neuves articulations ?Existe-t-il déjà des liens valables ?Quels sont les obstacles ?Je ne saurais répondre à toutes ces questions.Mais l\u2019analyse idéologique tentée ci-dessus m\u2019apparaissait préalable à la considération de ces questions, parce que nécessaire à l\u2019établissement d\u2019une certaine distance critique qui semble nous manquer quand nous songeons à de nouveaux modèles sociaux ou ecclésiologiques, quand nous cherchons à saisir les vrais rapports d\u2019une Église concrète avec une société particulière, quand nous tentons d\u2019expliciter, par exemple, ce que serait un engagement chrétien en politique.Ameublement et accessoires de bureau ROSAIRE DESNOYERS, PRES.261 est, rue Craig, Montréal \u2014 861-9879 296 RELATIONS L'impuissante Peur Michel Dussault Sans doute n\u2019est-il pas exagéré de dire que, à l\u2019heure actuelle, le Québec vit dans une situation spirituelle de révolution.Les infrastructures traditionnelles de la pensée et de l\u2019agir sont brisées, les esprits, divisés et le discours, tendu.À côté des violents, il se trouve des gens qui ont peur.L\u2019homme apeuré dont nous parlons ici a plus ou moins le sens de l\u2019initiative dans la pensée et dans l\u2019action.Dans un monde où il ne se retrouve plus, il tend à s\u2019agripper désespérément à un ensemble presque stéréotypé de paroles et de gestes qui sont comme les derniers vestiges d\u2019une sécurité perdue.Prisonnier d\u2019un présent qui lui semble sans avenir et dans lequel il tourne en rond, un tel homme métamorphose son passé en royaume pour sa liberté devenue captive.Sa solitude le déracine et le temps joue contre lui.Or ce fond de peur, probablement plus répandu chez nous que nous ne le penserions au premier abord, fait violence non seulement à soi-même mais à la société; et cela, d\u2019autant plus, peut-être, que cette peur se dissimule davantage ou se manifeste sous des apparences, jamais critiquées, de fidélité et de souci d\u2019intégrité.Une critique de la peur Il est assez facile de prétendre trouver le motif de sa frayeur dans le souci des « valeurs en péril ».Mais on peut se demander si, en bien des cas, ce n\u2019est pas surtout la contestation même des normes et des cadres, avec la confrontation et la lutte qu\u2019elle suppose, avec la perte de confort psychologique qu\u2019elle provoque, qui angoisse.De même, on peut se demander si de telles appréhensions ne proviennent pas souvent du sentiment de fragilité éprouvé par celui qui est mis en cause au delà de ce qu\u2019on dit être en cause: dans un Québec où les convictions personnelles étaient soutenues par la collectivité, voilà que chacun est plus ou moins rendu à lui-même, avec peu de points de référence et d\u2019appui d\u2019ordre social, démuni devant les refus croissants opposés à son témoignage.D\u2019autre part, il faut savoir se méfier d\u2019une certaine apologétique des valeurs.La tentation est forte, en effet, dans un climat de désarroi spirituel, d\u2019essayer de contrebalancer l\u2019absence ou en tout cas la pauvreté de pensée et de réflexion critiques sur les événements, par un rappel massif aux « impératifs catégoriques » : ne pouvant comprendre la signification du présent, on se satisfait de le condamner, en s\u2019appuyant sur des canons traditionnels qu\u2019on n\u2019a guère souci de repenser.Ainsi, pour prendre un exemple, la paix et l\u2019harmonie constituent, dans toute société, de grands biens, dans la mesure où elles sont fondées sur la justice et la pleine reconnaissance des droits des citoyens.Mais dans la mesure où elles deviennent le camouflage de la volonté de NOVEMBRE 1969 puissance d\u2019un certain groupe social, paix et harmonie deviennent les nouveaux noms d\u2019une violence subtile.Or désirer la paix pour le Québec sans s\u2019interroger sur les justes conditions de sa réalisation, condamner la violence des gestes sans prendre la peine d\u2019en saisir la signification et la part de vérité qu\u2019elle peut dévoiler, revient un peu à considérer notre comportement social traditionnel comme un modèle de justice: souhaits éthérés ou inacceptables refus de voir.D\u2019ailleurs, si les défenseurs des valeurs se montraient toujours aussi zélés pour s\u2019attaquer avec détermination à un problème comme celui de la pauvreté qu\u2019ils le sont pour défendre des droits déjà acquis (que nous ne contestons pas ici), les choses iraient peut-être autrement dans « la belle province ».Par ailleurs, une lecture plus critique et moins dogmatique des événements pourrait nous « protéger » d\u2019une nouvelle vision dualiste du monde, dans laquelle les « bons », tenants de l\u2019ordre, côtoient les « méchants », dissidents.Une telle conception ne signifie-t-elle pas qu\u2019on se fait de la moralité une conception facilement juridique, qui tend à identifier la loi et le bien ?S\u2019il est vrai que certaines options apparaissent difficilement, sinon de manière impossible, conciliables avec le droit des citoyens, il faut bien reconnaître aussi que le souci de légalité est loin d\u2019être toujours inspiré par le pur désir du bien.En outre, à écouter certains, on pourrait avoir l\u2019impression qu\u2019ils se sentent obligés à l\u2019égard des valeurs considérées abstraitement.Mais n\u2019est-ce pas seulement par rapport à la personne humaine et aussi, pour le croyant, par rapport à Dieu que nous pouvons parler de devoir ?Or, présentement, l\u2019homme québécois peut tirer difficilement profit d\u2019un discours sur les vertus traditionnelles de ses ancêtres.Ce dont il a grandement besoin, c\u2019est de se sentir compris et aimé dans ses efforts d\u2019élucidation, de se savoir concrètement appuyé dans ses cheminements par tous ceux-là qui sont, par profession ou par vocation, des artisans du langage.Cette compréhension de l\u2019homme \u2014 qui devrait apparaître comme une obligation morale \u2014 ne passe pas d\u2019abord par les principes et les définitions, mais par ce qu\u2019on peut appeler la participation au devenir collectif.Celui qui veut comprendre quelque chose au Québec d\u2019aujourd\u2019hui devra en épouser les préoccupations et, éprouvant en lui-même les tensions de son milieu, il pourra tenter de les expliciter et d\u2019en chercher le vrai fondement.Or cette attitude suppose qu\u2019on se soit libéré de la peur de l\u2019affrontement, de la mise en question, de la nouveauté.Le salaire de la peur Mais, s\u2019il faut apprendre à critiquer et à surmonter sa peur, ce n\u2019est pas uniquement parce qu\u2019elle s\u2019avère néfaste pour l\u2019individu qui n\u2019en sonde pas les motifs et inutile 297 pour la société dont le citoyen craintif ne peut plus comprendre et vivre l\u2019évolution.C\u2019est aussi qu\u2019elle provoque des attitudes sociales qui ne peuvent le plus souvent que contribuer, malgré elles évidemment, à apporter de nouveaux éléments de justification à ceux qui conçoivent l\u2019avenir comme le rejet global du présent.En effet, l\u2019homme effrayé pourra adopter un comportement teinté de mauvais stoïcisme.Il feindra alors de vivre les situations nouvelles avec un suprême détachement, de penser le monde et les hommes sans partager leurs convulsions et leurs angoisses, avec la satisfaction de celui qui sait, tout en étant insensible à qui l\u2019ignore.Ce sera le sage silencieux et aristocrate qui s\u2019est fait d\u2019abord sourd, celui qui ne trébuche jamais parce qu\u2019il ne marche pas.Il pourra accomplir fidèlement son « devoir d\u2019état », même si cette fidélité n\u2019a guère souci de celle des autres.Mais, si un tel comportement peut devenir le fait de celui qui est enclin à faire de l\u2019isolement, provoqué par ses craintes, un présupposé de sa conduite, il ne peut guère dissiper la nostalgie du « bon vieux temps » et de l\u2019unanimité sociologique qui le caractérisait.Or le désir de la restauration de l\u2019ordre ancien ne trouve-t-il pas la voie royale de son accomplissement dans le recours à une autorité forte, autant policière que politique, qui sache prendre les moyens pour ramener les « égarés » dans le droit chemin ?Toutefois, ni l\u2019individualisme « blindé », qui croit pouvoir se désolidariser aussi facilement du destin collectif, ni l\u2019autoritarisme hargneux qui, prétendant ne rechercher que le bien commun, finit par nuire à tout le monde, ne constituent des attitudes recevables.Ce sont des tentatives de fuite illusoires, parce que, dans les deux cas, on cherche à nier la réalité du conflit par le biais d\u2019un discours (moral ou légal) étranger au contenu intrinsèque de la situation critique.De plus, comme nous le laissions entrevoir plus haut, l\u2019abstention et l\u2019incompréhension servent indirectement une cause qu\u2019elles méprisent pourtant directement.Ainsi, celui qui associe une pseudo-fidélité aux « vérités » et aux « valeurs » traditionnelles avec un désengagement politique accentué ne fait que donner à croire qu\u2019en effet la pensée et le système de valeurs dont il vit sont tout simplement incapables de relever le défi que lancent les situations nouvelles.De même, le partisan de l\u2019État policier devrait savoir qu\u2019une dictature qui contredit les principes de la démocratie constitue déjà un nouvel « ordre » en rupture avec l\u2019ancien et que la violence, dissimulée ou manifeste, suscite la violence.Vers un dépassement de la peur Le contraire du comportement peureux \u2022\u2014 qui, lui, au fond, est refus du présent et enferme l\u2019homme dans des formes d\u2019existence et de langage à tout le moins stériles \u2022\u2014 se trouve dans une attitude prospective et dialectique.La solution de nos difficultés ne nous précède pas; elle sera le salaire de nos efforts collectifs d\u2019élucidation et de création.D\u2019ailleurs, la « tradition » qu\u2019on invoque si souvent, à tort et à raison, et dans laquelle seul un regard superficiel peut lire la tranquillité, manifeste cette incessante quête de la signification et cette lutte toujours reprise pour la détermination du destin historique de l\u2019homme: comprise en sa profondeur, la tradition nous renvoie aux réalités brutales du présent et nous presse de penser celui-ci en fonction de l\u2019avenir.D\u2019autre part, l\u2019homme qui possède le sens de la dialectique ne craindra pas l\u2019opposition, car il la croit importante pour l\u2019avènement d\u2019une parole plus vraie, plus adéquate, sur la réalité.S\u2019il a foi en certaines valeurs, il ne sera pas enclin, toutefois, à en absolutiser des formes et des formules transitoires.Une crise sociale lui apparaîtra, d\u2019ailleurs, comme l\u2019occasion privilégiée de mettre à l\u2019épreuve l\u2019authenticité de son attachement à l\u2019essentiel.Par ailleurs, l\u2019homme libre à l\u2019égard de la peur sera prêt à payer le coût des combats qu\u2019il veut mener et ne s\u2019en remettra pas à d\u2019autres pour les défrayer.Il n\u2019en appellera pas aux valeurs pour que leur prétendue défense le dispense d\u2019un témoignage plus existentiel, mais plutôt pour que son témoignage découvre un sens créateur à ses concitoyens.En définitive, une seule peur devrait être nôtre: la peur, féconde, de la peur stérile.Mais la libération de cette dernière suppose qu\u2019on ait commencé à faire la vérité sur soi comme sur les événements et qu\u2019on vive de cette incessante révélation.En effet, une période de révolution spirituelle, qui rend problématique le domaine de l\u2019avoir dans ses formes les plus subtiles, devrait nous ramener au souci premier d\u2019être, collectivement et individuellement, non pas dans l\u2019abondance, non pas dans une quiétude souvent trompeuse, mais dans l\u2019irremplaçable, vivifiante et 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là?On veut dire le plus souvent que les formes traditionnelles de la prière sont de plus en plus abandonnées par un grand nombre de chrétiens, même engagés, tant chez les laïcs que chez les religieux et chez les prêtres.On connaît quelques enquêtes qui ont déjà été menées concernant la « pratique religieuse » \u2014 surtout dominicale \u2014 dans notre milieu; ce qu\u2019il y a de frappant, c\u2019est qu\u2019on trouve de plus en plus de « non-pratiquants » parmi ceux qui se réclament de la foi chrétienne.Des données statistiques nous manquent encore sur la pratique de la prière « privée » : oraison, vie sacramentaire, prières qui traditionnellement jalonnaient la journée du chrétien.Il nous faudrait aussi des chiffres sur la situation de la prière dans les communautés religieuses et dans le clergé: ces données auraient valeur de « signes ».Mais on peut d\u2019ores et déjà se demander combien de religieux, jeunes et moins jeunes, ont délaissé la pratique quotidienne de l\u2019oraison ou de l\u2019Eucharistie, combien de prêtres ont délaissé la récitation quotidienne du bréviaire ou la célébration quotidienne de l\u2019Eucharistie.C\u2019est de cette façon que l\u2019on pose le plus souvent le problème.En somme, on constate que le cadre de prière a « craqué » et que, par rapport aux canons traditionnels en usage dans l\u2019Église, les chrétiens actuels semblent prier assez peu.Le verdict est grave; il laisse entendre qu\u2019un grand nombre de chrétiens sont menacés de souffrir bientôt de « sous-alimentation spirituelle ».On se perdrait en conjectures, si on voulait expliquer comment on a pu en arriver là.Imputer la crise à la lâcheté ou à la paresse n\u2019est pas une explication qui résiste à l\u2019analyse: on trouve toujours du temps pour ce qui réussit à canaliser vraiment les énergies.Le problème est de bien plus grande envergure; il n\u2019est pas dissociable de la crise culturelle qui ébranle notre planète.Et qui dit transformation culturelle, dit principalement changement dans les modes de langage et d\u2019expression et, plus fondamentalement, transformation dans l\u2019être-au-monde lui-même.On ne voit pas pourquoi la prière traditionnelle échapperait à l\u2019éclatement des formes traditionnelles d\u2019expression: on NOVEMBRE 1969 sait assez ce qui advient présentement à toutes les formes de langage stéréotypé ou de « dialogue par devers soi ».\u2014 Une recherche dans ce domaine est encore à faire.Quoi qu\u2019il en soit, même si la genèse de notre problème de prière demeure peu explorée, la situation est perçue par tous de façon assez claire: nous « prions », semble-t-il, de moins en moins.2.\tUne approche courante L\u2019approche assez courante du problème n\u2019est pas exempte de nostalgie et aussi, il faut bien le dire, de culpabilité.Plusieurs ont la vague impression que la situation présente est l\u2019aboutissement d\u2019une lente déchéance.On se rappelle l\u2019idéal du « régime de prière », tel qu\u2019on s\u2019était habitué à le considérer et à l\u2019accepter, et on se demande comment en retrouver l\u2019ancienne consistance.Autrement dit, on semble penser qu\u2019on devrait tenter de « redresser » la situation, en réaffirmant comme toujours valable un idéal de prière qui a nourri des générations de chrétiens.Qui n\u2019a pas entendu des sermons et des exhortations en ce sens ?On y rappelle un certain nombre de principes « qui ont fait leur preuve » : « un chrétien qui ne prie pas est un chrétien en péril », « une foi qui ne s\u2019exprime pas dans la prière est une foi qui s\u2019illusionne sur sa propre solidité », « des formes de prière qui ont passé l\u2019épreuve du temps ne peuvent pas être impunément délaissées », « la prière est aussi nécessaire que la respiration », etc.On propose alors une re-conversion courageuse à l\u2019idéal séculaire de la prière et à la pratique régulière d\u2019« actes de prière ».On peut douter que cette façon de voir ait quelque avenir.A-t-on réussi à y trouver autre chose que malaise et vague regret du passé ?S\u2019y maintenir, c\u2019est peut-être se condamner à demeurer paralysé.Les échecs répétés dans cette voie devraient faire comprendre à ceux qui sont « désireux de réforme » que le problème de la prière est trop compliqué pour être réglé par des « coups de barre » ou par des modifications au niveau des formules.On devrait surtout comprendre qu\u2019il ne suffit pas de répéter des principes abstraits pour que l\u2019expérience vitale se convertisse à ces principes.Il y a là un immense risque de « forcer » l\u2019expérience en essayant à tout prix de trouver le sens de gestes et d\u2019attitudes conformes à des « idéaux transcendants ».On risque surtout de réaliser au seul plan du langage l\u2019adéquation entre la vie et l\u2019« idéal » stéréotypé.3.\tPour une approche plus constructive Demandons-nous si une autre approche ne donnerait pas des résultats plus éclairants et plus stimulants.Plutôt que de déplorer avec nostalgie la situation présente en la 299 comparant à un idéal abstrait et figé, ne pourrait-on pas se pencher sur la vie concrète et voir quel en est, de fait, le « pouls spirituel » ?Le premier pas d\u2019une critique prospective de notre prière ne consisterait-il pas à chercher à savoir où nous en sommes de fait par rapport aux fruits escomptés des formes traditionnelles de prière ?On a toujours vu dans la prière le moyen par excellence d\u2019actualiser la conscience de la « présence divine », dans une « élévation de l\u2019âme et du cœur vers Dieu », comme le disait le « petit catéchisme ».Ces formules sont anciennes, mais elles disent assez bien ce qu\u2019elles veulent dire.Dans un langage plus accordé à l\u2019expérimentation actuelle, il faudrait dire que la prière n\u2019est rien d\u2019autre que la saisie intime de ce que l\u2019on est devant Dieu et devant les autres: par elle, on se « situe » comme croyant, dans son ouverture à Celui que l\u2019on rejoint dans l\u2019obscurité de la foi, par un climat et un environnement de silence, bien plus que par une verbalisation ou un « dialogue » jugés de plus en plus suspects.Dans la perspective chrétienne, être « uni à Dieu » signifierait donc que l\u2019on vit dans la conscience d\u2019être orienté, dans son intimité la plus secrète, vers une Présence « sans mains ni visage », mais sans cesse indiquée et manifestée en Jésus-Christ.En étant une reprise conciente du projet chrétien, en ravivant la visée chrétienne des décisions humaines, la prière situe le chrétien « en présence de Dieu » : en cela elle est irremplaçable.Or, si l\u2019on examine sous ce rapport l\u2019ensemble de notre expérience « spirituelle », on est souvent obligé de reconnaître \u2014 même si les risques d\u2019illusion sont grands en ce domaine \u2014 que beaucoup vivent plus « en présence de Dieu » maintenant qu\u2019à l\u2019époque où ils n\u2019avaient guère dérogé au régime traditionnel de prière.Qu\u2019est-ce à dire ?Certains s\u2019aperçoivent qu\u2019ils n\u2019ont jamais été aussi conscients de leur situation devant Dieu et devant les autres, que le sentiment d\u2019une Présence enveloppante ne les a jamais accompagnés avec autant de ténacité et d\u2019impact quotidien, que le sens chrétien de l\u2019histoire n\u2019a jamais autant éclairé leurs décisions quotidiennes, que la signification de la vie chrétienne ou de la vie religieuse ne les a jamais atteints de façon aussi intime.Quant à la dimension ecclésiale de la foi, on doit constater qu\u2019il y a ici et là un accroissement de charité et de vérité, plus d\u2019efforts de compréhension et de rapprochement, plus de désirs de partager les expériences les plus fondamentales.Même si le bon grain n\u2019est pas toujours facile à distinguer de l\u2019ivraie, l\u2019analyse critique de notre prière doit s\u2019instituer à partir de constatations de ce genre.Si, de fait, quelqu\u2019un croit vivre dans une certaine « union à Dieu », c\u2019est donc qu\u2019il y a dans son expérience des données qui le rapprochent de Dieu.S\u2019il « grille » \u2014 pour reprendre une expression savoureuse d\u2019un bon ami \u2014, c\u2019est donc qu\u2019il est en quelque façon exposé aux rayons du soleil ! Il serait donc plus juste de chercher à détecter les élans de l\u2019expérience qui de fait ouvrent à Dieu, que de confesser a priori qu\u2019on ne doit pas être près de Dieu, puisque l\u2019on « prie » peu.Un effort pour expliciter en quoi l\u2019expérience ouvre à Dieu équivaut à discerner les invitations divines 300 dans la vie de chaque jour.C\u2019est aussi établir des points de repère pour apprécier de l\u2019intérieur le cheminement chrétien.Quand donc l\u2019on réfléchit dans cette voie, quatre champs d\u2019expérience me semblent être des lieux actuels de sollicitation divine dans la vie de beaucoup de chrétiens, laïcs, religieux et prêtres.A)\tLes formes traditionnelles de prière D\u2019abord \u2014 n\u2019exagérons rien ! \u2014 toutes les formes traditionnelles de prière n\u2019ont pas été évacuées de nos vies.Au premier chef, l\u2019Eucharistie, la plus traditionnelle des prières, \u2014 peut-être la seule à avoir des garanties de survie.Dans des formes qui se cherchent encore, la célébration de l\u2019Eucharistie constitue pour plusieurs une voie privilégiée d\u2019approfondissement dans la foi: beaucoup d\u2019entre nous, selon des rythmes qui varient, y puisent et y expriment leur fidélité la plus essentielle.Quant aux temps d\u2019« oraison », même si le rythme quotidien a été assez massivement abandonné, beaucoup y recourent périodiquement.Qui d\u2019entre nous n\u2019en sent pas parfois le besoin, surtout aux périodes plus fébriles où il risque de s\u2019échapper à lui-même ?Sans aucun souci de la longueur ou de la modalité, il arrive alors de chercher dans une oraison silencieuse une sorte de consistance qui resitue en profondeur, dans une disponibilité plus grande à cette Présence mystérieuse dont nous parlions plus haut.B)\tL\u2019impact de /\u2019« être-chrétien » et de /\u2019« être-religieux » Les transformations radicales du monde chrétien traditionnel confrontent le chrétien à l\u2019essentiel de son baptême, comme elles confrontent le religieux à l\u2019essentiel de sa consécration religieuse.L\u2019insertion massive du croyant dans le « vrai monde » rend l\u2019impact de l\u2019être-chrétien et de l\u2019être-religieux de plus en plus concret et quotidien: c\u2019est la vie de chaque jour qui se charge de rappeler qu\u2019on a misé sa vie sur plus grand que soi.C\u2019est peut-être dans ce climat senti et vécu, dans ce sentiment fréquemment actualisé d\u2019être rattaché par tout soi-même à une Réalité plus grande, que consiste l\u2019essentiel de la prière du chrétien d\u2019aujourd\u2019hui.En somme, l\u2019éclatement de la « société chrétienne » favorise une identification de plus en plus consciente de ce que l\u2019on est, comme chrétien et comme religieux, devant Dieu et devant les autres: cela n\u2019est-il pas le but que visaient les formes traditionnelles de prière ?Ce qui voudrait dire que la conscience du caractère « singulier » de l\u2019être-chrétien et de l\u2019être-religieux, conscience ravivée par le cadre sécularisé où évolue présentement la vie chrétienne, constitue un autre mode existentiel d\u2019« élévation de l\u2019âme et du cœur vers Dieu ».C)\tLe décloisonnement de la vie Faute de mieux, j\u2019emploie cette expression pour désigner le fait que beaucoup de chrétiens ont de moins en moins une vie « spirituelle » à part, comme une sorte d\u2019activité autonome ayant sa cohérence propre et chargée d\u2019éclairer les « autres » secteurs de la vie.La « vie spiri- RELATIONS tuelle » est bien plutôt une sorte de dimension, de niveau de profondeur, à l\u2019intérieur de l\u2019ensemble de l\u2019agir.Elle désigne ce cheminement de conversion à Jésus-Christ de tous les dynamismes de l\u2019existence.Elle est inséparable, par exemple, de l\u2019activité intellectuelle, professionnelle, de la vie affective et communautaire.Toutes ces activités peuvent être autant de pas dans la conscience de la Présence de Dieu.Pour autant qu\u2019elles stimulent à être plus vrai, à mieux saisir le fond de son être devant Dieu et devant les autres, elles sont prière.Même si l\u2019on se préoccupe peu de savoir s\u2019il s\u2019agit d\u2019activités « spirituelles », on sent de plus en plus clairement que c\u2019est l\u2019ensemble de l\u2019itinéraire vital qui rapproche de Dieu.Je sais que toutes ces études, tous ces travaux, ces rencontres, ces échanges, ces réflexions, tous ces temps de silence et d\u2019approfondissement que je vis dans mes déplacements solitaires en ville, ou dans mon fauteuil quand j\u2019écoute la bande FM, ou même quand je me rase ou quand je lave un plancher, je sais que tout cela est ma vie spirituelle, ma prière, et que Dieu m\u2019y guide sûrement.D) L\u2019effort communautaire L\u2019effort communautaire, que l\u2019on remarque dans divers groupes de chrétiens et dans diverses communautés religieuses, me semble présentement une autre voie de mise en présence de Dieu.Pour peu que l\u2019on veuille en arriver à un véritable partage fraternel à tous les niveaux, on s\u2019aperçoit vite de ce que cette entreprise représente de dépouillement et de sortie de soi.La vie « en église » apparaît ainsi comme une lente croissance.La question du fondement et de l\u2019orientation de cette vie ne saurait être évitée.Et c\u2019est parce qu\u2019elle ne peut pas être authentique sans aboutir au partage fraternel du projet le plus essentiel, que la vie communautaire constitue une sorte de rappel quotidien de la conversion à Jésus-Christ: ce en quoi elle est prière.C\u2019est aussi pour cela que l\u2019évolution de la prière communautaire exige qu\u2019on y mette le temps.S\u2019il est vrai que la prière s\u2019enracine dans l\u2019orientation la plus intime d\u2019un individu, on comprend que la rencontre communautaire dans la prière ne puisse pas suivre des rythmes autres que ceux de la rencontre inter-personnelle elle-même.On ne parvient pas du jour au lendemain à un partage de ce type: c\u2019est pourtant là une exigence de la prière communautaire.Comment ne pas y voir un appel de l\u2019Esprit, auquel on doit accepter de répondre dans la patience ?N\u2019est-ce pas là une voie très actuelle d\u2019« élévation du cœur et de l\u2019âme vers Dieu » ?Voilà un type de réflexion qui s\u2019offre à des chrétiens et à des religieux « vivant dans le monde » qui veulent critiquer de l\u2019intérieur l\u2019ensemble de leur vie de prière.Sans doute y a-t-il là plus de tâtonnements que dans une analyse basée sur la conformité à des normes fixes.Mais ce que nous savons maintenant de l\u2019homme et les échecs actuels de tant de « tentatives de réforme » devraient nous inciter à aller plus avant dans la direction que l\u2019on a essayé d\u2019évoquer ici.Peut-être est-ce là que nous avons le plus de chances de saisir sur le vif les orientations profondes de l\u2019expérience et, par là, de « discerner » plus correctement les « sollicitations de l\u2019Esprit ».En nous engageant dans cette voie, nous ne ferions que prendre au sérieux le meilleur de la spiritualité ignatienne, \u2014 pour ne mentionner que celle-ci, \u2014 toute centrée sur la « contemplation dans l\u2019action » et sur le « discernement des esprits »; Ignace lui-même était le premier à admettre le caractère relatif des « régimes » de prière, l\u2019essentiel étant de vivre dans l\u2019« union à Dieu » et la « fidélité à l\u2019Esprit ».Réflexions sur Notre \u201cUn sens au voyage\" catéchèse des adolescents Julien Harvey Le catéchète et la situation Le catéchète de tous les temps est affronté à une double difficulté: il doit à la fois rendre le message de l\u2019Évangile accessible, croyable, sauveur, et le transmettre sans le falsifier.Les deux exigences sont déjà soulignées dans l\u2019Évangile lui-même.Si nous observons par ailleurs la tradition catéchétique catholique des derniers siècles, il nous faut constater qu\u2019elle a surtout insisté sur la fidélité au message, sans se soucier aussi fortement de le rendre accessible.Lorsque des catéchismes fondamentaux ont été rédigés, après le concile de Trente, le climat de tension provenant de la Réforme a fait que le Catéchime du Con- cile, comme ceux de saint Robert Bellarmin et de Pierre Canisius, a surtout reformulé, en termes plus simples, l\u2019essentiel de la théologie dogmatique de l\u2019époque.Ces ouvrages ont profondément marqué la catéchèse de chez nous, car ils ont servi de source et de modèle au Petit Catéchisme de Québec, que tous les Canadiens français de plus de 25 ans ont étudié.Ce type de catéchisme comportait beaucoup d\u2019avantages sur le plan de la clarté intellectuelle, n\u2019exigeait aucune préparation spéciale du catéchète ni même, à la limite, son engagement personnel de vie chrétienne, et il correspondait sans doute aux besoins d\u2019une époque où la vie familiale et paroissiale apportait le complément d\u2019adaptation à la vie qui pouvait NOVEMBRE 1969 301 manquer dans le manuel et dans la catéchèse orale qu\u2019il suscitait.Mais nous devons admettre que la situation a profondément évolué.La transmission de la foi à nos plus jeunes ne se fait plus facilement, et elle ne peut plus se faire à travers une présentation systématique très intellectualisée, au point qu\u2019on puisse l\u2019apprendre par cœur.L\u2019évolution des moyens de communication, tout particulièrement l\u2019avènement de la télévision, le virage de la pédagogie générale vers les méthodes actives, le renouvellement surtout de l\u2019expérience de la vie chez les plus jeunes, tout indique qu\u2019une continuation de la tradition catéchétique ancienne risque fortement de ne transmettre qu\u2019une érudition religieuse superficielle, dont la vie se débarrassera plus tard trop facilement, surtout dans un milieu de plus en plus pluraliste.Réaction de notre catéchèse Devant cette situation, il est réconfortant de constater que la réaction catéchétique a été très vive et qu\u2019elle a commencé, surtout depuis cinq ans, à produire des instruments pédagogiques de plus en plus adaptés.Il faut signaler ici de façon spéciale l\u2019influence de Mgr Coderre, évêque de Saint-Jean, et de l\u2019Office Catéchistique Provincial.L\u2019effort a commencé au niveau de la catéchèse des enfants.Viens vers le Père (6-7 ans) est de 1964; il a été suivi de Célébrons ses merveilles (7-8 ans) en 1965, de Rassemblés dans l\u2019amour (8-9 ans) en 1966, de Nous avons vu le Seigneur (9-10 ans) en 1967, et la série continue.Sans vouloir faire ici la longue génétique du renouveau de notre catéchèse pour enfants, disons qu\u2019elle dépend largement de l\u2019école belge de Lumen Vitæ, et tout spécialement de l\u2019intuition méthodologique de Pierre Ranwez.Ranwez qui, depuis 1957, a publié de remarquables ouvrages de catéchèse des tout-petits (Ensemble vers le Seigneur, puis Écoute, mon fils), s\u2019est attaché aux critères de formation d\u2019une expérience de la grâce chez l\u2019enfant, en s\u2019appuyant sur les travaux de Maréchal, Mouroux, Congar et Rahner.1 Ce qu\u2019il recherche explicitement est une pédagogie de l\u2019acte de foi à travers une pédagogie des signes de Dieu dans la vie concrète quotidienne.Constatant qu\u2019une initiation chrétienne de l\u2019enfant moderne à partir des signes de Dieu dans la Bible s\u2019avérait inefficace, il a cherché à faire lire par transparence l\u2019action de Dieu dans l\u2019expérience même de l\u2019enfant.L\u2019expérience de l\u2019élan vers l\u2019avenir, de l\u2019émerveillement, de l\u2019amour-con-fiance deviennent chez lui signes de Dieu, au sens fort du terme, signes vécus avant d\u2019être compris.Les révéler à l\u2019enfant est l\u2019objet de la catéchèse; l\u2019enfant pourra ensuite, comme adulte, lire ces mêmes signes dans l\u2019Écriture et la vie de l\u2019Église.Ranwez, tout comme ses continuateurs canadiens, a toujours affirmé qu\u2019une telle catéchèse requiert, pour 1.\tOn lira avec intérêt \u201cLe discernement de l\u2019expérience religieuse chez l\u2019enfant\u201d, Lumen Vitæ 19 (1964): 221-242.réussir, un sérieux engagement du catéchète et des parents.Et la question demeure toujours posée à chacun de nous: beaucoup d\u2019échecs partiels de la catéchèse canadienne ne sont-ils pas à expliquer par le refus de l\u2019engagement sincère chez plusieurs catéchètes et plusieurs parents ?Si la présence et l\u2019action de Dieu ne deviennent visibles à l\u2019enfant que dans le livre, jamais dans la vie concrète du catéchète ni à la maison, l\u2019expérience de la grâce risque fort de n\u2019être jamais faite.Catéchèse des adolescents Voici maintenant qu\u2019une équipe renouvelée de l\u2019Office Catéchistique Provincial s\u2019est engagée, surtout depuis deux ans, dans la catéchèse des adolescents.La série \u201cUn sens au voyage\u201d comporte déjà trois fascicules à l\u2019usage de l\u2019étudiant, autant pour le catéchète, en plus d\u2019une introduction générale.Les thèmes: \u201cLe corps\u201d, \u201cL\u2019activité humaine\u201d, \u201cLa rupture\u201d.La présentation est admirable, et il est probable que les cahiers de catéchèse seront les plus attrayants de tous les ouvrages mis entre les mains des étudiants à ce niveau.Plusieurs traits fondamentaux de la méthode de l\u2019école de Bruxelles se révèlent encore ici (influence de M.van Caster), mais en plus, signe de la capacité d\u2019adaptation de nos catéchètes, une nouvelle et heureuse influence, celle de l\u2019Institut de Catéchèse de Paris.L\u2019apport capital, dans la structure de la méthode, est celui de J.Audinet et de J.Le Du, avec en plus certains éléments empruntés à P.Babin.L\u2019intuition fondamentale est ici la communication réelle entre la vision du monde de l\u2019adolescent et le mystère du Christ.Et le souci constant est de faire saisir, par dévoilement et transparence, cette présence de la grâce dans la question bien posée.Il s\u2019agit ensuite de bien poser les questions.La démarche de la catéchèse sera le mouvement par lequel le projet de salut divin en Jésus sera présenté à l\u2019adolescent ou à l\u2019adolescente en liaison avec sa propre vision du monde, avec ses espoirs et ses désirs 2.Ceci admis, les centres d\u2019intérêt remplacent les programmes 3.Et trois points de départ s\u2019offrent simultanément, dans la plupart des cas: la problématique rationnelle de l\u2019adolescent (Jésus comme explication de la cohérence de la vie et du monde), l\u2019appel des valeurs (continuité, rupture et dépassements exigés par la vie loyalement vécue), la signification des situations concrètes (lecture des situations comme signes des temps).Le terme visé n\u2019est pratiquement jamais l\u2019information abstraite, mais plutôt la conversion, la révision de vie, la lecture de sa vocation personnelle dans le monde présent.On remarque dans les travaux de l\u2019équipe canadienne une influence toute spéciale de J.Le Du, qui accentue plus fortement que d\u2019autres la réflexion de départ sur l\u2019aventure humaine.Plusieurs ont vivement critiqué \u201cUn 2.\tVoir J.Audinet, Vers une catéchèse des adolescents.Essai de méthodologie, Paris, 1964.3.\tH.Holstein, \u201cProgrammes ou centres d\u2019intérêt?\u201d, Catéchèse 5 (1965): 415-430.302 RELATIONS sens au voyage\u201d dès la parution des premiers cahiers, en particulier à cause des thèmes choisis (tout spécialement \u201cLe corps\u201d) et en raison de cette très longue réflexion sur la vie humaine avant de parler de la réponse de Jésus-Christ.On a soupçonné que la réflexion sur \u201cLe corps\u201d aboutirait à un cours de sexologie, que celle sur \u201cL\u2019activité humaine\u201d glisserait vers l\u2019orientation professionnelle et que l\u2019étude sur \u201cLa rupture\u201d tournerait en un manuel de la contestation familiale et sociale ! Dans chacun des cas, ces niveaux d\u2019explicitation doivent être traversés, non pas contournés, mais dépassés.Car il est un point essentiel à saisir, et les auteurs le soulignent: la grâce est déjà profondément à l\u2019œuvre dans la question elle-même, et non pas seulement dans la réponse.Il faut en outre demander à ces critiques s\u2019ils ont vraiment songé au fait que nous sommes très souvent, chez nous et à l\u2019heure actuelle, en face d\u2019une telle pénétration de la révolution culturelle chez nos plus jeunes que la catéchèse joue très souvent en même temps le rôle de pré-catéchèse et d\u2019évangélisation: nous ne sommes certainement plus un peuple \u201ccatholique de naissance\u201d et le Canada français aurait intérêt à se demander, sans amertume comme sans angoisse, s\u2019il n\u2019est pas un pays de mission 4.On se prend à souhaiter que plusieurs lisent, pour se convaincre de la qualité de cette méthode, un ouvrage comme celui de Sr M.C.Jézierski, L\u2019eucharistie dans la vie des jeunes, Paris, 1966.On se prend aussi à songer à un fait indéniable, même s\u2019il tend à s\u2019atténuer: l\u2019hostilité à peine voilée, chez nous, d\u2019un bon nombre de théologiens à l\u2019égard des catéchètes.Dans la situation actuelle, il est plus que temps que de telles tensions disparaissent et soient remplacées par une collaboration positive.La vocation de catéchète est devenue une vocation héroïque.Ce sont nos catéchètes qui font face quotidiennement à la grande contestation de la foi par nos plus jeunes.Et, s\u2019ils sentent de l\u2019autre côté le soupçon des pasteurs et des théologiens, leur position devient intenable.Beaucoup ont déjà abandonné le combat, les statistiques du Ministère de l\u2019Éducation en font foi.Devant ces faits, les sottes oppositions professionnelles doivent céder et se transformer en collaboration active.L'avenir de la catéchèse La fonction, ou la vocation, de catéchète est devenue beaucoup plus difficile.A la fois en raison de la situation et de l\u2019exigence des méthodes qui s\u2019y adaptent.Ces méthodes exigent du catéchète une foi vivante et vécue, un approfondissement de sa vraie expérience de la vie et la capacité de témoigner.Une transmission objective du message chrétien pouvait à la rigueur être faite par un catéchète incroyant, mais intellectuellement honnête.La série \u201cUn sens au voyage\u201d ne permet plus rien de tel; comme les cahiers ne veulent faire aucune propagande, mais veulent susciter une adhésion humaine libre et vécue sous la grâce, la catéchèse concrète est, pour reprendre une expression de Mgr Jaeger, évêque de Paderborn, la foi-vécue-devant-les-autres.4.Voir J.Le Du, \u201cCatéchèse, précatéchèse\u201d, Catéchèse 5 (1965): 395-414.NOVEMBRE 1969 Les cahiers actuellement publiés ne sont pas parfaits.Tous pourront même constater un progrès constant du premier au troisième.On notera en particulier le choix progressivement plus judicieux des photos, dans un effort pour utiliser ce langage que nos plus jeunes lisent beaucoup mieux que nous, le photolangage, pour reprendre l\u2019expression que les éditions catéchétiques de Lyon ont créée.Il faudra que les éditeurs aident davantage le catéchète; au lieu des longues enquêtes sociologiques sur divers aspects de la foi, il faudrait insister sur les points de départ de la méthode, les attitudes, l\u2019usage de la dynamique des groupes, le lien à la liturgie, quitte à publier en fascicules séparés les enquêtes elles-mêmes.Il faudra aussi mieux aider le catéchète à lire l\u2019Évangile, sans redevenir un fondamentaliste ni un bibliciste.En d\u2019autres termes, il faut créer peu à peu une mentalité et une tradition; si bien que des sessions d\u2019initiation, des travaux d\u2019équipe, des publications complémentaires dans des revues seront de plus en plus indispensables.La communication en retour entre les équipes de rédaction, d\u2019une part, et les éducateurs et parents d\u2019autre part, sera également indispensable.Un dernier point mérite considération, à savoir que la situation évolue très vite, et de même la mentalité correspondante à la situation, et que la catéchèse doit la précéder; si bien que, malgré des coûts plus élevés, les tirages ne doivent pas devenir trop considérables, de façon à permettre des améliorations constantes.L\u2019exemple du monumental cathéchisme des diocèses d\u2019Allemagne doit ici nous éclairer: on a pris plus de 25 ans à le faire, mais il ne peut se modifier facilement; on en a fait un chef-d\u2019œuvre, mais pour être aussitôt surpris par le Concile et par le renouveau liturgique.Dans cette perspective, la publication en cahiers légers, dont deux ou même trois peuvent servir pendant la même année, apparaît comme une initiative heureuse.Nous sommes donc en face d\u2019une aventure, aventure sérieusement préparée et garantie par des expériences étrangères poussées.Elle doit être entreprise et poursuivie avec optimisme, compétence et foi.Elle exige d\u2019être soutenue: elle suscite tellement de questions, comme tous les renouvellements profonds, que si elle n\u2019obtient pas la collaboration positive des autorités, des pasteurs et théologiens, des parents surtout, elle risque d\u2019être bloquée par une contestation qui ne saurait pas, par ailleurs, comment remplacer cet effort.Il me semble que c\u2019est précisément de ceux qui appuieront fortement l\u2019entreprise que les critiques constructives doivent en même temps venir.Le mois prochain, un NUMÉRO SPÉCIAL : 1960-1969 - BILAN D\u2019UNE DÉCENNIE L\u2019évolution politique, économique, culturelle et religieuse du Québec au cours des dix dernières années.Articles de Gérard Bergeron, Fernand Dumont, Jean Éthier-Blais, Paul-Émile Gingras, Jacques Parizeau .303 LITTÉRATURE Le creuset montréalais, ordalie du Québec René Dionne De plus en plus on le sent, on le dit, on le répète, on le crie avec crainte ou effroi, fureur ou désespoir, et les événements politiques, les troubles sociaux récents, \u2014 qu\u2019il s\u2019agisse de conflits scolaires, de démêlés syndicaux ou de manifestations populaires plus ou moins organisées, \u2014 le laissent crûment apercevoir: c\u2019est Montréal qui mène la danse, c\u2019est à Montréal, non pas que se jouera demain, mais que se joue actuellement le sort du Québec.Celui-ci va bientôt prendre le visage que celle-là se donne rapidement aujourd\u2019hui.Montréal, j\u2019en conviens, n\u2019est pas tout le Québec, mais c\u2019en est la tête; la Vieille Capitale peut bien avoir encore l\u2019impression, sinon de tout mener, du moins de décider en dernier ressort, il reste que, à y regarder de près et y bien voir, elle ne réussit tout au plus, \u2014 et avec quelle peine, voire quelle opération magique de dernière minute ! \u2014 qu\u2019à mettre un peu d\u2019ordre dans le courant de vie qui naît et se développe à partir de la métropole et ne fait, tout comme le Saint-Laurent, que passer, en se rétrécissant mais sans se laisser endiguer, dans le goulot québécois, avant de se perdre dans l\u2019immensité de la mer.On peut canaliser un fleuve, on ne lui barre pas la route: qu\u2019on renonce ou qu\u2019on se refuse à lui faire son lit, il inondera le pays entier.Montréal, une puissance Douteriez-vous encore de l\u2019importance capitale de Montréal, prenez et lisez le beau livre que vient de faire paraître Antoine Sirois: Montréal dans le roman canadien 1.L\u2019ouvrage se présente comme un manuel et il en a 1.\tMontréal, Marcel Didier, 1969, 195 pp., 23 cm.tout le sérieux, mais il n\u2019en est pas un.S\u2019il en emprunte l\u2019allure, c\u2019est qu\u2019on l\u2019a muni d\u2019une solide reliure cartonnée, puis magnifiquement illustré, et qu\u2019il porte bien en évidence ses divisions et subdivisions; sa table des matières n\u2019a rien non plus de littéraire: elle affiche le sec vocabulaire et les rationnels chefs d\u2019étude des livres de sociologie.Rien que de normal à cela, puisque, par son objet même, ce volume se situe au confluent de la littérature et de la sociologie, à ce point où l\u2019œuvre littéraire, \u2014 qu\u2019on la considère comme un miroir de la société ou l\u2019un de ses multiples reflets, \u2014 se prête à une étude de la pensée et des sentiments propres aux citoyens d\u2019un pays ou d\u2019une ville.Il n\u2019est question que de Montréal dans le volume de M.Sirois; pourtant, on a l\u2019impression que, si toute la littérature québécoise n\u2019est pas là, le meilleur s\u2019y retrouve quand même.Loin de moi la pensée que les Québécois n\u2019écrivent pas: Savard, Lemelin, Giroux, et quelques autres de là-bas existent, je le sais.Il reste que, pour peu que l\u2019on prête attention au lieu de publication de nos œuvres littéraires, on a tôt fait de remarquer que Montréal, surtout depuis quelques années, apparaît comme le lieu privilégié de l\u2019édition littéraire.Et il semble tout aussi évident, à première vue, que ce qui se publie à Québec n\u2019a pas le caractère de ce qui paraît à Montréal.Ici, c\u2019est le nombre, la qualité, l\u2019aventure, l\u2019avenir; là, c\u2019est le petit peu, le passé, la tradition, sauf exceptions bien rares.Faut-il vérifier, prenez Livres et auteurs canadiens 19682 ; qu\u2019a-t-on publié à l\u2019un et l\u2019autre endroit ?À Montréal, des romans de Hubert Aquin, Réal Benoît, Marie-Claire Blais, Roch 2.\tMontréal, Editions Jumonville, 1969, pp.254ss.Carrier, Jean Éthier-Blais, Jacques Ferron, Alain Pontaut, Yves Thé-riault, etc.; à Québec, un roman de Roland Brossard (qui est-il ?) et les Cormorans de Suzanne Paradis (la même, l\u2019unique, toujours!), et il n\u2019y a pas de etc.3 En poésie, la situation est sensiblement la même: aux Montréalais Paul Chamberland et Gilbert Langevin peut-on comparer Reine Ma-louin et Madeleine Guimont ?Ailleurs en province ?Rien de plus ou rien de mieux qu\u2019à Québec.Au fond, il y a Montréal, puis le reste de la province (ou de notre pays), la Vieille Capitale y comprise.Dès lors, on ne s\u2019étonne plus que Gilles Marcotte ose affirmer, dans l\u2019admirable préface qu\u2019il a écrite pour le volume de M.Sirois, que, « dans notre littérature, Montréal est la cause et l\u2019effet, la figure et le lieu », puis, continuant sa réflexion, qu\u2019il se demande si, en place de l\u2019épithète « québécoise » que, depuis quelques années, on veut substituer à celle de « cana-dienne-française » lorsqu\u2019il s\u2019agit de qualifier notre littérature, il ne vaudrait pas mieux utiliser celle de « montréalaise ».« On ne peut éviter, écrit-il, de poser la question après avoir lu l\u2019ouvrage d\u2019Antoine Sirois.Il a choisi de n\u2019analyser que les œuvres où la métropole est décrite avec une certaine abondance de détahs, mais on pourrait en citer beaucoup d\u2019autres où, bien que sa présence soit plus discrètement évoquée, elle apparaît comme le vortex de l\u2019expérience romanesque.» 3.\tJe n\u2019ignore pas qu\u2019un Québécois, Jean Nadeau, a obtenu, cette année-là, le Prix Jean-Béraud; mais c\u2019est à Montréal qu\u2019il l\u2019a reçu et c\u2019est à Montréal qu\u2019il a publié son roman.304 RELATIONS Montréal, un creuset Mais alors, Montréal, puisque c\u2019est si important, qu\u2019est-ce que c\u2019est ?Telle est la question que M.Sirois a posée à 29 romans écrits par 22 auteurs de langue française et à 12 romans de langue anglaise écrits par 8 auteurs, toutes œuvres ayant paru de 1942 à 1965 et choisies pour leur qualité littéraire tout autant que pour leur sujet4.Montréal, c\u2019est d\u2019abord une ville admirablement bien située au carrefour de multiples voies de communications, ainsi que le notent écrivains et voyageurs depuis quatre siècles5.Aujourd\u2019hui, et depuis près d\u2019un siècle, cette ville ne cesse de grandir et de faire montre d\u2019un dynamisme extraordinaire tout tourné vers un avenir à construire dans un monde industriel nord-américain.Ses habitants sont venus de partout, entre autres des Iles Britanniques et de la campagne québécoise, et ils ont accepté parmi eux un fort groupe de Juifs sortis pour la plupart de l\u2019Europe centrale.Au fond, Montréal, ça n\u2019a d\u2019abord été qu\u2019un immense creuset où se sont agglomérés des individus de maintes nations.Aussi la ville fait-elle étalage d\u2019un fort cosmopolitisme.Il se trouve cependant que, à la différence du « melting-pot » américain, elle ne s\u2019est pas révélée d\u2019emblée lieu de fonte et que, intérieurement tout comme extérieurement, elle affiche encore trois visages bien distincts, que sa division en blocs raciaux juxtapose résidentiel-lement sans les joindre d\u2019un ciment chaud et fusionnant.Montréal ?Un agglomérat de trois groupes ethniques compacts:\t« un puissant groupement anglais vers le Sud-Ouest, une souple échine juive vers le Centre, une énorme agglomération française qui tient tout le Nord et pousse des prolongements vers le Sud et l\u2019Ouest » 6.Au centre, on s\u2019enrichit, 4.\tMontréal dans le roman contemporain, 7.5.\tM.Sirois a fait précéder son étude d\u2019une très intéressante « Présentation historique, géographique et sociologique de Montréal » (pp.XI-XLVI) et suivre d\u2019un appendice bien documenté: « Présence de Montréal dans les récits des écrivains-voyageurs français et anglais jusqu\u2019à 1945 » (pp.147-173).6.\tRaoul Blanchard, cité par A.Sirois, ibid., XXVIII.NOVEMBRE 1969 puis l\u2019on passe à l\u2019Ouest qui, depuis un siècle déjà, vit fort bien.Aux autres points cardinaux, on végète, en français.Cette situation, le groupe français l\u2019a d\u2019abord assez bien acceptée, car elle ne lui paraissait que transitoire; peu à peu, pensait-on, au contact de l\u2019Anglo-Saxon ou du Juifs, le Français apprendrait à s\u2019enrichir et il aurait, lui aussi, sa part de la fortune montréalaise.L\u2019expérience, pour jeune qu\u2019elle soit, s\u2019est révélée extrêmement cruelle et décevante.Les autres ont continué de grossir leur lot; nous, sauf exceptions, de servir d\u2019hommes de peine dans une ville que l\u2019on dit être nôtre.Montréal, un bien anglais Mais est-elle vraiment nôtre, cette ville ?Les Français ont fondé Montréal il y a de cela, malgré tout, fort longtemps; les Anglais, plus récemment, c\u2019est-à-dire au siècle dernier, ont engendré la vie qui circule aujourd\u2019hui avec affolement dans ses veines.Depuis que la terre ne les fait plus assez vivre, les Français ont commencé de bâtir à Montréal des maisons qu\u2019ils habitent souvent sans les posséder; les Anglais, eux, ont continué d\u2019exploiter inexorab'ement la ville et ils y ont élevé des gratte-ciel dont l\u2019ombre puissante allonge de plus en plus leur main d\u2019empoigne sur le Québec tout entier.Les Anglais, nous disent les romanciers de l\u2019une et l\u2019autre langue, sont chez eux à Montréal; ils s\u2019y sentent à l\u2019aise, ils aiment la grande ville d\u2019un attachement naturellement cordial.« Ce qui nous apparaît le plus frappant, écrit M.Sirois, dans les sentiments exprimés » sur leur ville par les personnages des romanciers d\u2019expression anglaise, « c\u2019est le sentiment d\u2019affection, et d\u2019une affection comme on peut en entretenir pour une personne ou pour un bien à soi qui sont chers » 7.Et notre essayiste de se demander si cet attachement du cœur ne traduit pas « un sentiment bien déterminé de longue possession » 8.Rien de tel chez les romanciers d\u2019expression française.Leurs personnages sont en face de Montréal com- 7.\tMontréal dans le roman contemporain, 20.8.\tIbid., 21.me d\u2019une ville à conquérir.Ils s\u2019y sentent à l\u2019étroit, même s\u2019ils en occupent, de fait, le plus grand espace.Ils s\u2019y croient toujours en danger, même s\u2019ils y sont (mais pour combien de temps encore ?) les plus nombreux.Ils détiennent le pouvoir politique, mais c\u2019est l\u2019économique qui régit tout, et il leur échappe; les possédants, ce sont les autres: Anglais et Juifs.Ceux-là vivent à Montréal; les Français y existent seulement: « Pour s\u2019épanouir, il faut s\u2019enraciner », et les ouvriers canadiens-français ne peuvent, semble-t-il, ni « s\u2019attacher à un emploi » ni « se fixer à un domicile » 9.Il leur arrivait même, naguère encore, de rêver d\u2019un possible retour à la terre; aujourd\u2019hui, il semble que les aînés ont fini par se résigner à l\u2019existence montréalaise, tandis que les jeunes, comptant bien l\u2019assumer, ont tendance à ne regarder que l\u2019avenir et à travailler désespérément à le faire leur et le plus beau possible.Montréal, une lice Réussiront-ils ?Pour un bon nombre, on peut le croire, puisqu\u2019ils sont prêts à y mettre le prix.Et ce prix est fort élevé; du moins aux yeux des aînés, qui ne se sont jamais résolus collectivement à le payer.Ce prix, c\u2019est d\u2019abord un renversement des valeurs: il faut cesser de croire que la culture et les idées générales assurent le pain et le succès en affaires dans la société montréalaise; il faut renoncer également à compter sur la politique pour garantir la survie et le bien-être du groupe français.A Montréal (aussi bien dire au Québec), c\u2019est désormais l\u2019argent qui fait vivre et régner.Il y a déjà belle lurette qu\u2019il en est ainsi, mais, à quelques têtes près, les Canadiens français des vieilles générations ont toujours refusé de l\u2019admettre.Pour eux, les valeurs spirituelles devaient infailliblement l\u2019emporter, un jour, sur les valeurs matérielles.Il se trouve cependant que celles-ci nous font vitalement défaut et que les autres, les éternelles, ont perdu leur attrait auprès des jeunes.Elles sont mêmes devenues l\u2019objet d\u2019une critique acerbe et on leur préfère aujourd\u2019hui 9.\tIbid., 74.305 celles que l\u2019on rejetait hier: les anglo-saxonnes.Les spirituelles étaient-elles fausses ?Que non, et elles restent nécessaires, mais ceux qui les portaient et étaient censés en vivre ont manqué à les approfondir et à les adapter.Passant de la campagne à la ville, nos ruraux n\u2019ont pas su intégrer leur culture paysanne et traditionnelle à la civilisation urbaine: leur religion, plus extérieure qu\u2019intérieure, plus nationale et collective que personnelle, s\u2019est engoncée dans un formalisme stérile; leur langue n\u2019a pas réussi à surmonter le handicap que représentait pour l\u2019autonomie de sa vie l\u2019existence d\u2019une structure industrielle anglaise de conception et d\u2019expression; leur famille n\u2019a pas su développer ou inventer les liens nouveaux que requérait pour le maintien de sa cohésion le mode de vie urbain.Si l\u2019on tient encore à son identité française (ou à son identité juive, car sur ce point le problème est le même pour les Montréalais de l\u2019une et de l\u2019autre origine), c\u2019est pour une qualité et une quantité de plus en plus réduites de valeurs traditionnelles 10.De plus en plus, la valeur montréalaise primordiale, c\u2019est l\u2019argent, même pour les Canadiens français; la métropole est en train de devenir pour eux, comme elle l\u2019est depuis des générations pour les Canadiens d\u2019origine juive ou britannique, une « lice » n, « une ville de conquête et d\u2019ascension » 12.Déjà on remarque chez certains groupes une adaptation réelle à la ville: il s\u2019agit d\u2019une part de commerçants, mais surtout de « l\u2019intelligentsia » 13 qui, devant son existence à la ville, s\u2019y trouve naturellement à l\u2019aise 14, et de la couche socio-économique supérieure, soit qu\u2019elle ait « atteint le sommet », soit qu\u2019elle s\u2019en approche avec confiance.La métropole, pour ces nouveaux intégrés ou assimilés, n\u2019a rien du lieu de perdition 10.\tIbid., 127, 139.11.\tIbid., 84.12.\tIbid., 111.13.\t« Cette appellation embrassera ici écrivains, journalistes, artistes, syndicalistes, et ceux qui, tout en exerçant une autre profession, sont habités par de profondes préoccupations intellectuelles ou sociales.» A.Sirois, ibid., 85.14.\tIbid., 90.de jadis; elle offre seulement « un terrain propice à toutes les ambitions et à toutes les conquêtes » 15.Qu\u2019ils réussissent, et ils rejoindront là-haut, dans le domaine de la Montagne, « la couche socio-économique supérieure d\u2019origine anglaise » qui est à Montréal « dans son domaine propre, qu\u2019elle exploite avec assurance et succès, natu-rallement » 16.De là il y a risque que ceux d\u2019en-bas leur paraissent bien pitoyables et il est à craindre que, honteux de ces vieux frères, ils ne tentent de les ignorer.Mal leur en prendra cependant, car il y a lieu de croire que, chez la masse des inadaptés ou des mésadaptés, les problèmes de langue et de race deviendront bientôt secondaires, ensevelis qu\u2019ils seront sous une grande misère: la pauvreté.Le problème, de national qu\u2019il était, sera devenu social, pour le mieux ou pour le pis .Déjà, des signes avant-coureurs sont là, qui nous avertissent que le conflit des valeurs, d\u2019horizontal qu\u2019il a surtout été jusqu\u2019ici (c\u2019est-à-dire entre races ou groupes nationaux), se transmue en vertical (c\u2019est-à-dire entre générations et groupes sociaux: pauvres contre riches).Montréal, une ordalie Écrivant Convergences17, Jean Le Moyne, au retour de ses lectures anglaises et de sa prise de conscience dans Henry James de notre différenciation nord-américaine, s\u2019était demandé s\u2019il serait un jour possible pour les Canadiens français de rendre compte d\u2019eux-mêmes et de l\u2019Amérique en langue française; et il prophétisait que non, notre information au niveau de la vie quotidienne étant par trop américaine.Devant l\u2019extension de la vie montréalaise et son emprise sur l\u2019orientation de la vie québécoise, il n\u2019est nul besoin de prophétiser: « ça y est »; la métropole canadienne, informée par trois groupes nationaux différents: Français, Anglais et Juifs, n\u2019a de visage en littérature que multiple, ethniquement parlant, mais au niveau des valeurs se dessine une étrange 15.\tIbid., 99.16.\tIbid., 107.17.\tColl.«Convergences», 1.\u2014 Montréal, HMH, 1961, 324 pp.Voir Relations, 23 (1963): 234-237.tendance: on ne tient plus bien à une religion dont les meilleurs fidèles se demandent, individuellement ou cor-pusculement, quelle formes elle devrait prendre, on ne parle guère de culture que pour s\u2019interroger sur ses formes à venir et, si l\u2019on tient encore à sa langue, c\u2019est avec des réflexes d\u2019agonisants qui soupçonnent fort que la vie continuerait, autre mais plus intéressante, s\u2019ils consentaient seulement à emprunter la voie royale qui a fait le succès du conquérant: « Les Canadiens anglais ont su concilier, dans la ville, religion et prospérité, et même les sévères presbytériens gardent bonne conscience dans l\u2019accumulation des richesses et la conquête de la puissance.» 18 Ils sont le petit nombre, pourtant ils détiennent les clés du pouvoir.Et nous avons de plus en plus de peine à nous définir contre eux, car nos valeurs nouvelles, nous les leur devons en partie.Non, il semble de plus en plus que les seules informations que nous réussirons jamais à donner de nous-mêmes appartiennent au passé: ce sont la sulpicienne (la paroisse Notre-Dame) et l\u2019ultramontaine (l\u2019épiscopat de Mgr Bourget).A partir du livre de M.Sirois il sera donné à plusieurs de prendre conscience, une fois de plus, que le creuset montréalais, de simple récepta-ble qu\u2019il avait surtout été jusqu\u2019ici, est en passe de devenir un chaud et terrible lieu de fusion et d\u2019épreuve, l\u2019ordalie, en quelque sorte, de notre moyen âge québécois.Département des Etudes françaises, Université de Sherbrooke.18.Ibid., 139.\t \t \t \t \t 306\tRELATIONS AU SERVICE DU FRANÇAIS Ponctuation \u2014 9 Joseph d\u2019Anjou Les guillemets (suite).\u2022\u2014 Dans notre dernière chronique (octobre, p.284), nous avons énoncé les principes et fourni des applications concernant l\u2019emploi et, par exception, l\u2019omission des guillemets.Il reste à proposer une façon logique de les placer par rapport à d\u2019autres signes de ponctuation.Peut-on formuler certaines règles et en justifier l\u2019observation ?Je le pense.La difficulté ne surgit qu\u2019au moment de fermer les guillemets.Personne, en effet, ne songe à les ouvrir juste avant un signe de ponctuation, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un commencement de phrase ou de quelques mots extraits d\u2019un passage plus ou moins digne de mention.1.En citant, rappelons-le, vous devez transcrire exactement le texte emprunté, avec ou sans omissions; des points de suspension signalent toujours les mots omis; des parenthèses enclavent un ou des mots substitués à ceux de l\u2019original (article d\u2019octobre, p.285).Or, si la citation commence par la majuscule que requiert le début de toute phrase, et si vous terminez celle-ci sans commentaire ou explication de votre cru, la logique exige que vous fermiez les guillemets seulement après le point final de la phrase ou des phrases citées, ou après les points de suspension marquant l\u2019omission de mots contenus à la fin de l\u2019extrait partiellement reproduit.Car la ponctuation \u2014 que, pour le moment, je présume correcte \u2014 appartient au texte.Le point final (simple, interrogatif ou exclamatif), les points de suspension eux-mêmes, qui tiennent lieu de mots omis, font partie intégrante de la citation; fermer les guillemets, cela vous revient, à vous, pour indiquer où finit votre emprunt, que vous l\u2019ayez ou non annoncé par deux points (article de septembre, p.246).Louis Veuillot perdit coup sur coup sa femme et quatre de ses filles.Dans l\u2019abondante correspondance qu\u2019il écrivit à cette époque, on retrouve sans cesse cette vision de la foi.« Si j\u2019étais assez chrétien, je me réjouirais d\u2019avoir trois de mes enfants au ciel, à côté de leur sainte mère.Je le suis assez pour ne pas être accablé, pour goûter même une ombre de cette sainte joie.» (Ivan Gobry, NOVEMBRE 1969 Amour conjugal et Fécondité, Nouvelles Editions latines, 1, rue Palatine, 1969, P.71.) L\u2019auteur commence à citer après le point simple qui termine une de ses phrases, à lui.Et il ferme correctement les guillemets après le point simple que Veuillot a placé au bout d\u2019une de ses phrases.On doit procéder de la même manière quand la citation vient après deux points.Vous direz peut-être, en pensant aux nombreuses existences perdues dans le gouffre du néant:\t« Si Archimède, si Virgile, si Parmentier n\u2019étaient pas nés ?Comme leurs parents ont eu raison de ne pas les refuser ! » Mais on pourra vous répondre:\t« Si Alcibiade, si Attila, si Hitler n\u2019étaient pas nés ! comme leurs parents auraient été sages de s\u2019abstenir ! » (Ouvr.cité, p.67.) Voyez, toutefois, l\u2019inconséquence de l\u2019auteur ou du typographe.On a d\u2019abord un point d\u2019interrogation suivi d\u2019une majuscule (n\u2019étaient pas nés ?Comme leurs parents.), puis un point d\u2019exclamation suivi d\u2019une minuscule.Or, la réplique imaginée a exactement le même sens et le même tour que l\u2019objection.Mais on a bien fermé les guillemets en les faisant précéder par les derniers points d\u2019exclamation.On a tort de ne pas observer partout la même règle.Vous lisez, dans le même ouvrage (p.66) : .on trouve dans les appréciations du public des paroles bienveillantes qui mesurent le mérite à la peine: «La pauvre femme, avec toute cette famille, elle est bien admirable ».Il fallait ponctuer comme suit: « La pauvre femme, .elle est bien admirable ! » Car, premièrement, parce qu\u2019elle reproduit une phrase complète, avec majuscule au début, la citation doit se terminer non par le point, qui fait corps avec la citation, mais par les guillemets, qui en établissent la fin.Dans un livre, parfois dans une page, la plupart des écrivains, même de l\u2019Académie, accumulent les façons contradictoires de ponctuer, comme s\u2019ils ne paraissaient pas .comprendre le sens des signes de ponctuation ou celui de leur propre texte.2.D\u2019après la logique encore, on doit fermer les guillemets avant le signe de ponctuation qui les suit, lorsque a)\tla citation ne commence pas par la majuscule obligatoire au début d\u2019une phrase, même si, dans le texte reproduit, une ou plusieurs phrases se terminent par un point (simple, interro- gatif, exclamatif); b)\tle signe de ponctuation qui suit les guillemets ne finit pas la phrase dans laquelle vient s\u2019insérer la citation, ou, c)\ttout en la finissant, relève de votre choix, non de l\u2019auteur cité, dont vous jugez commode de prendre les mots pour traduire votre pensée.Essayons d\u2019illustrer par des exemples les trois cas a), b), c).a)\tOn veut utiliser un passage du Journal de Jean Guitton (t.2, 1955-1964, Plon, Paris, 1968, p.127).On pourra procéder de la manière suivante.Comme on connaît mal l\u2019enfant si on ne l\u2019estime « malheureux de ne pas être une grande personne ! Il donne l\u2019image du bonheur aux esprits mûrs, beaucoup plus qu\u2019il n\u2019est bonheur lui-même.Sa vie est éparpillée en instants sans suite qui n\u2019ont pas cette continuité et cette possession qui font le vrai bonheur humain ».Les guillemets s\u2019ouvrent juste devant le premier mot de la citation; et, quoique le point final coïncide avec la fin d\u2019une phrase de Guitton, il suit les guillemets, parce que le citateur commande la fin aussi bien que le commencement de l\u2019extrait reproduit, tout en respectant les autres signes de ponctuation de cet extrait.b)\tDu deuxième cas les exemples foisonnent.Parmi les parents dont il exalte le courage, Ivan Gobry (ouvr.cité, p.154) loue Mme Martin, la mère de sainte Thérèse de Lisieux.Toute sa vie fut oblation dans la foi, pour le profit de ses enfants.« J\u2019ai mené une rude vie », écrivait-elle.Ce qu\u2019il rapporte de Louis Veuillot (p.148) offre un exemple de ponctuation plus caractéristique encore.Celui qui écrivait à un intime: « Le mariage doit être plus chaste, s\u2019il se peut, que la virginité », savait quel renoncement Dieu attendait de lui; celui qui écrivait: « Il ne faut point considérer vos fatigues, dussiez-vous en mourir », savait que la fondation d\u2019un foyer n\u2019est pas une récréation.Voici un exemple complexe; on y emploie logiquement les guillemets.Je l\u2019emprunte à Henri-Irénée Marrou (Théologie de l\u2019histoire, Édit, du Seuil, Paris, 1968, p.59).il ne faut pas se risquer trop vite à transposer sur le plan dogmatique l\u2019imagerie de la littérature apocalyptique qui se plaît à montrer, à mesure que s\u2019approche le grand jour de la fin de l\u2019histoire, les forces du mal déchaînées et connaître un triomphe apparent:\t« Alors, émer- veillée, la terre entière suivit la Bête .» (Apoc., 13, 3 et la suite), ce qui faisait 307 RADIO \u2014 TÉLÉVISION Les émissions religieuses à Radio-Canada Madeleine Brabant dire à saint Augustin: « Que sommes-nous en comparaison des saints et des fidèles qui vivront dans ce temps-là ?» et qui se montreront capables de résister à l\u2019assaut des forces du mal déchaînées (Civ.Dei, XX, 8, 2).c) Parlant de l\u2019encyclique Humanae Vitae (voir la Presse, Montréal, 3 octobre 1969, p.10), le P.Michel Riquet, S.J., écrit: Elle reconnaît que la doctrine qu\u2019elle rappelle ou précise « pourra apparaître à beaucoup difficile, pour ne pas dire impossible à mettre en pratique » (H.V.20).Elle n\u2019entend aucunement « dissimuler les difficultés parfois graves qui sont inhérentes à la vie des époux chrétiens: pour eux, comme pour chacun, étroite est la porte et resserrée est la voie qui conduit à la vie » (H.V.25).elle avertit que l\u2019assentiment, interne et externe, qu\u2019elle requiert lui est dû « non pas tant à cause des motifs allégués que plutôt en raison de la lumière de l\u2019Esprit Saint, dont les pasteurs de l\u2019Eglise bénéficient à un titre particulier pour exposer la vérité » (H.V.28).À trois reprises, dans les passages tirés de l\u2019article du P.Riquet, s\u2019applique la recommandation exprimée plus haut, à la lettre c).3.Un dernier cas:\tcelui d\u2019une phrase complète et affirmative qu\u2019on cite en l\u2019incluant dans un texte auquel vous donnez un tour interrogatif ou exclamatif.Logiquement, par le fait de votre choix, il vous faudra fermer les guillemets avant le point d\u2019interrogation ou d\u2019exclamation, qui rend alors inutile le point simple de l\u2019extrait, emprunté.Freud n\u2019écrivait-il pas: « En fin de compte, la psychanalyse est une méthode de recherche, un instrument neutre, au même titre que le calcul infinitésimal » ?(E.Ringel et W.Van Lun, Psychothérapie et Direction de conscience, Marne, Tours, 1955, p.45.) Vous agirez de même si vous optez pour la forme exclamative.Comme Freud avait raison d\u2019écrire: « En fin de compte, .calcul infinitésimal » ! Je ne prétends pas avoir résolu tous les doutes possibles.On a souvent du mal à trouver la place logique des guillemets lorsqu\u2019ils se rencontrent avec des parenthèses, des tirets, des chiffres de renvoi (ou d\u2019appel de note, comme disent les typographes).Concluons en invitant le lecteur à se défier de la ponctuation des meilleurs écrivains eux-mêmes.Pour accorder à leur usage force de loi, on doit pouvoir le défendre pleinement par une réflexion portant sur le sens du texte que, sous leur nom, transmet l\u2019ouvrage imprimé.308 Émissions religieuses: cela évoque peut-être les « bons vieux sermons » de nos messes d\u2019antan, où chacun, une fois la semaine, tramait son ennui.Pourtant, ces émissions, en mettant en contact avec le phénomène religieux à travers le monde, manifestent l\u2019importance, dans la vie de tous les hommes, aussi bien musulmans ou juifs que chrétiens et catholiques, de cette « cinquième dimension », la dimension religieuse, qui constitue une composante de notre être d\u2019homme et de nos vies.On peut classer les émissions religieuses de Radio-Canada, en fonction des buts qu\u2019elles poursuivent, en trois groupes principaux.Inviter à la réflexion L\u2019« éditorial » de M.Maurice Champagne, à Méditation (le dimanche, à 8.55 heures), de même que les émissions Prière (du lundi au samedi, à 6.55) et Pensées de la nuit (tous les jours, à 0.03), constituent autant d\u2019invitations à la réflexion, à la méditation personnelle.Engager le dialogue Les émissions « dialogue » jouissent, dans tous les domaines, de la faveur populaire.Radio-Canada est entré dans la ronde.Dialogue (à la chaîne française, le dimanche, à 13.15) vise à renseigner l\u2019auditeur sur les événements religieux de la semaine: commentés d\u2019abord par deux spécialistes, le P.Vincent Harvey, O.P., et M.Louis Rousseau, professeur de théologie à l\u2019Université du Québec, ces événements suscitent eux-mêmes et animent par la suite le dialogue téléphonique avec le public.L\u2019émission du Père Legault (tous les jours de la semaine, à 11.05), la plus ancienne série de type « dialogue », puisqu\u2019elle remonte à l\u2019été de 1966, engage directement le dialogue par les questions posées par téléphone sur tout ce qui concerne la religion, la morale publique et même la psycholo- gie.L\u2019important, c\u2019est la rose, qui vient d\u2019entreprendre sa deuxième saison (les mardi, mercredi et jeudi, à 20.00), pose directement aux jeunes eux-mêmes cette question qui les concerne: comment la religion est-elle vécue par les jeunes ?Renseigner sur les événements religieux 5 D (le dimanche, à 17.00) veut permettre au public de suivre l\u2019actualité religieuse dans le monde entier.Animée par Jacques Houde et Jean-Rock Roy, cette émission s\u2019intéresse aux événements économiques, politiques, sociaux, etc.et en recherche l\u2019implication religieuse.L\u2019équipe des réalisateurs \u2014 Jean Letarte, Roger Leclerc et Guy Comeau \u2014 nous fait assister régulièrement, par reportages, aux grandes manifestations religieuses dans le monde: Congrès des Églises protestantes d\u2019Afrique, Synode romain, etc.Une fois par mois, 5 D fait relâche pour permettre à Visages de l\u2019Église de présenter la vie contemplative, les pèlerinages et les dévotions populaires, la crise des prêtres, telle ou telle personnalité (comme le\tPadre Pio),\tun\tdossier sur\tl\u2019Église\taméricaine\tou\tsur l\u2019Église de Hollande, etc.*\t* * Cette rapide revue des émissions religieuses à Radio-Canada serait incomplète\tsi elle\tne mentionnait\tpas Jour du Seigneur, présentation télévisée de la messe dominicale (chaque dimanche, à 10.30), et, à la radio, Le Livre par excellence, présentation commentée de quelques chefs-d\u2019œuvre de la musique religieuse inspirés par la Bible (le dimanche, à 9.05).Une énumération peut-être un peu sèche, mais en même temps une invitation.À la réflexion, au dialogue, à la considération du phénomène religieux dans le monde.RELATIONS CINÉMA\t66 On ne provoque jamais les moments exceptionnels de son existence.Le hasard d\u2019une rencontre, des paroles apparemment insignifiantes, un sourire échangé, une atmosphère propice aux confidences vont parfois nous amener, sans que nous l\u2019ayons cherché, à faire émerger de nous-mêmes des vérités humaines insoupçonnées.Cette grande partie de nous-mêmes, la plus profonde, vécue incognito, s\u2019articule alors lentement, s\u2019élucide et devient présence consciente en nous et pour les autres.C\u2019est cette expérience, banale par ses circonstances, mais extraordinaire par ses implications, que nous présente Ma nuit chez Maud d\u2019Eric Rohmer.Jean-Louis, ingénieur, 34 ans, catholique pratiquant, rencontre Vidal, un camarade de lycée devenu professeur de philosophie, marxiste et athée.Discussion sur le pari de Pascal.Le lendemain soir, les deux dînent chez Maud, une amie de Vidal.Nouvelle discussion, qui se continue fort tard, entre Jean-Louis et Maud, Vidal à moitié saoul étant rentré chez lui.Voilà l\u2019essentiel d\u2019une histoire somme toute assez banale.Mais ces conversations apporteront lentement à notre ingénieur l\u2019élucidation de sa foi et de sa vision chrétienne du monde.Pari de Pascal et espérance mathématique On connaît bien la formulation du pari pascalien.Georges Brassens nous en a déjà donné une critique à la fois gentille et méchante avec Le Mécréant.On connaît aussi le jansénisme et l\u2019« abêtissement » qui peuvent en découler.Mais, dès qu\u2019on parle de foi, qu\u2019elle soit chrétienne ou marxiste, on peut difficilement l\u2019éviter.Le film reformule pour nous, en termes contemporains, le pari de Pascal.Chose curieuse, c\u2019est Vidal, philosophe marxiste, qui accepte d\u2019abord le pari et fait prendre conscience à Jean-Louis que les mathématiques font appel à une notion semblable, l\u2019espérance mathématique.On sait que les recherches opérationnelles font beaucoup appel au calcul des probabilités et à la règle des jeux de Neumann et Mor- NOVEMBRE 1969 nuit chez Maud\" Approfondissement d\u2019une foi Yves Lever genstern (Games and Economie Behaviour).Ces notions mathématiques peuvent apporter un renouvellement extraordinaire dans la façon de poser les problèmes philosophiques.Le film nous en donne un exemple: qu\u2019est-ce qui peut justifier l\u2019engagement total que requiert la foi chrétienne ou la vision de l\u2019avenir marxiste ?Aucune certitude humaine, seulement une espérance.Mais cette espérance bien comprise devient tout ce qu\u2019il y a de plus existentiel, car elle est la seule chose qui puisse donner un sens à la vie.Quatre hypothèses sont à considérer: 1 ) je refuse cette espérance et elle s\u2019avère fausse: je n\u2019ai rien perdu, mais rien gagné non plus; 2) je refuse cette espérance et elle se réalise quand même sans moi: j\u2019ai alors tout perdu; 3) j\u2019accepte cette espérance, je m\u2019engage, mais elle ne se réalise pas: n\u2019ayant rien perdu, j\u2019ai quand même un gain limité, car mes gestes quotidiens ont eu un sens; 4) j\u2019accepte, je m\u2019engage et l\u2019espérance se réalise: j\u2019ai alors la possibilité d\u2019un gain infini.Pour peu que nous réfléchissions, c\u2019est ce schéma que nous appliquons, plus ou moins consciemment ou inconsciemment, dans toutes les décisions importantes que nous prenons.Dans ces décisions, nous avons généralement le moyen de calculer la possibilité de réalisation de l\u2019espérance.Dans la foi, aucune prospective possible, car on ne sait jamais quel cheminement va provoquer un engagement qui se veut total.Cependant, dit Vidal, même si notre espérance n\u2019avait que dix pour cent de chances de se réaliser, il faudrait quand même tout miser sur elle, car le gain peut être infini et, de toute façon, elle seule donne un sens à la vie.Pour Pascal, ce « gain infini » se trouvait éventuellement dans une autre vie et, dans ce sens, il apparaît peu acceptable, surtout s\u2019il faut mépriser la vie actuelle pour l\u2019obtenir.D\u2019où les réticences de Jean-Louis.Car le christianisme, pour lui, est avant tout un engagement pour cette vie: c\u2019est maintenant que doit commencer à se réaliser le gain et cela seulement va justifier le « choix global » de son acquiescement à la foi.Les principes et leur incarnation Choix global, projet fondamental: termes bien connus depuis Sartre.Réalités aussi inévitables que la vie elle-même et qui sont la source des grands problèmes de l\u2019existence.Qui dit choix global dit nécessairement incarnation de ce choix, selon une hiérarchie de valeurs, dans des gestes précis qui prennent leur sens dans leur relation au projet fondamental.Dans la vie, ce choix global se structure et s\u2019articule en quelques grands principes qui vont guider et en même temps « conscientiser » les choix individuels.Mais les actes ne vont-ils pas souvent à l\u2019encontre de ces principes ?Et n\u2019est-ce pas alors parce qu\u2019on n\u2019y croit pas tellement ?C\u2019est la question que pose Maud à Jean-Louis, quand celui-ci avoue qu\u2019il a déjà eu des aventures, des maîtresses.Mais non, répond-il, personne n\u2019est parfait; j\u2019ai fait des fautes, des péchés, je le sais, je les perçois comme contraires à mon choix global, mais ils ne le détruisent pas.Il faut considérer la vie dans son ensemble, dans sa totalité; c\u2019est cela qui est important.Une déviation provisoire reconnue comme telle ne détruit pas la ligne de l\u2019engagement et l\u2019infidélité d\u2019un moment ne renie pas la fidélité à long terme.C\u2019est la morale de l\u2019engagement total, au lieu de celle de la classification et de la comptabilité des actes.Bien sûr, la foi et les péchés ne mèneront jamais une coexistence pacifique dans notre conscience; ils vont plutôt provoquer un déchirement intérieur.Mais ce déchirement peut lui-même devenir source de dynamisme pour un renouvellement et une nouvelle naissance.Rohmer situe l\u2019action de son film au moment de la fête de Noël.Car Noël, dit le curé de la paroisse dans son sermon de circonstance, ce n\u2019est pas qu\u2019un rappel de la naissance du Christ, c\u2019est surtout la fête de la naissance en nous d\u2019une nouvelle joie, plus profonde, émanant de cet amour que Dieu a pour nous et que nous apprenons à nous porter les uns aux autres.Cet amour n\u2019a aucune mesure avec nos petits « mérites » ou nos fautes.Jean-Louis n\u2019aime pas Pascal, parce que celui-ci met l\u2019accent sur les fautes à 309 THÉÂTRE En rentrant de Paris Georges-Henri d\u2019Auteuil éviter plutôt que sur l\u2019abondance de cet amour.Accepter le pari reviendrait, en définitive, à acquérir une police d\u2019assurance ou un billet de loterie pour un ciel hypothétique.Si l\u2019espérance du ciel a pu pousser Pascal à mépriser le vin, les femmes et même les mathématiques comme choses futiles, le chrétien d\u2019aujourd\u2019hui ne va les aimer que mieux, parce qu\u2019elles font partie de son action de grâces pour la création.Ainsi, ce n\u2019est pas malgré sa foi qu\u2019il va aimer la terre, mais précisément parce qu\u2019il est chrétien.Seigneur, je ne suis pas digne Un long extrait de la célébration eucharistique, au début du film, a de quoi surprendre.Mais chacune des paroles prononcées prend son sens dans la confession qui achève cet extrait: le « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir ».Cette parole, c\u2019est celle de Jean-Louis constatant qu\u2019il n\u2019a pas mérité de lui-même toute cette chance qu\u2019il a eue dans la vie.C\u2019est son cri d\u2019émerveillement devant cet amour nouveau qu\u2019il entrevoit avec Françoise.C\u2019est l\u2019aveu lucide de son imperfection devant Maud, son refus de légitimer à tout prix ses actes et de juger les autres au nom de principes.C\u2019est encore sa délicatesse pour ne pas humilier Françoise devenue sa femme, quand il apprend son incartade passée et fait semblant de l\u2019oublier.C\u2019est le cri de l\u2019homme que son cœur condamne peut-être, mais qui sait que l\u2019amour de Dieu est encore plus grand que son cœur et que, finalement, tout est grâce.* * * Que dire de la facture esthétique du film?On pourrait parler longuement du symbolisme de la nuit, de la neige, de la montagne, de la vie des villes de province, des clairs-obscurs, des gros plans; ou bien relever les mouvements habiles d\u2019une caméra creusant la vie intime des personnages pour en dévoiler les mouvements intérieurs; ou bien louer le ton juste et vrai du jeu des comédiens qui ont su faire vivre de longues discussions.Et puis après ?.Après avoir vu Ma nuit chez Maud, on n\u2019a pas tellement envie de ratiociner sur le cinéma.On veut plutôt faire le silence autour de soi et « relire » sa vie avec un peu plus de lucidité.Peut-être aussi relire saint Jean.310 On me l\u2019avait rappelé: « les voyages élargissent les idées », au dire de Sainte-Beuve.Ils peuvent permettre aussi, dans la visite de contrées nouvelles, d\u2019admirer de prestigieux monuments, d\u2019apprécier des coutumes et mentalités différentes, d\u2019assister à des spectacles intéressants mais peu connus chez nous, sauf par le truchement des critiques.Au point de vue de la production dramatique de langue française, Paris, vu le nombre de salles, offre au visiteur une grande variété de spectacles.Bien sûr tout n\u2019y est pas d\u2019égale valeur, mais, comme tous les goûts sont dans la nature, toutes les pièces, aussi bien de boulevard que celles de Pirandello ou Montherlant, attirent leurs fidèles clients.* * * Commençons par le boulevard.Une création, d\u2019abord, de Robert Lamou-reux: Échec et Meurtre, ou « variations autour d\u2019un crime », comme l\u2019indique le programme.On pourrait dire encore \u2014 et peut-être plus justement \u2014 : à l\u2019occasion d\u2019un crime, variations autour d\u2019un personnage, le commissaire Pellizzari, interprété, on s\u2019en doute, par Robert Lamoureux lui-même.Donc, ne pas s\u2019attendre à du théâtre noir.Oui, il y a eu crime.Oui, il y a la traditionnelle enquête de police avec ses rebondissements, ses pistes croisées, ses révélations contradictoires.Il y a surtout les « mots », les gags, l\u2019humour de Robert Lamoureux et son jeu désinvolte et précis à la fois.Ainsi, tout en cherchant l\u2019auteur du crime avec l\u2019astucieux Pellizzari, on s\u2019amuse ferme à cette partie d\u2019échecs dont le jeu de quelques pièces surtout est particulièrement remarquable, comme celui du savoureux « fou » Pierre Destailles, du rusé « cavalier » Jean To-part, de la fine et émouvante « reine » Nadine Alari, sans oublier les « pions », gendarmes que n\u2019aurait pas désavoués Courteline.Ce meurtre pas trop tragique eut l\u2019heur de plaire aux spectateurs du sélect Théâtre des Ambassadeurs.* * * Au Bouffes-Parisiens, Barillet et Grédy remportent un nouveau succès avec 4 pièces sur Jardin, où triomphent l\u2019aisance, le naturel, la virtuosité étonnante de Sophie Desmarets et Jean Richard.Incontestables phénomènes de la scène: la pièce, sans eux, pourrait être tout autre et surtout manquée.Leur présence donne un sens et une unité à cette histoire d\u2019un appartement, toujours le même, et d\u2019un couple en quatre exemplaires, différents l\u2019un de l\u2019autre et pourtant se ressemblant aussi, un peu comme les quatre mouvements d\u2019une même sonate pour deux pianos.Sans l\u2019habileté des deux grands comédiens, de Sophie Desmarets en particulier, nous assisterions à quatre pièces en un acte, sans autre lien entre elles que le décor.Jacques Charon a signé la mise en scène et Christian Dior, les robes de cette réussite qui commence sa deuxième saison.Même à Paris, le théâtre de boulevard ne semble pas près de mourir.* * * N\u2019entre vraiment pas qui veut à la Comédie-Française.Les dramaturges modernes en savent quelque chose.Leur purgatoire dure parfois longtemps avant de mériter l\u2019accès à l\u2019empyrée en compagnie de Molière, Racine, Corneille, Marivaux.Très peu, de leur vivant, y arrivent, à moins de s\u2019appeler Montherlant ou Ionesco.Aussi souligne-t-on d\u2019une pierre blanche une création rue de Richelieu, celle des deux Pirandello que François Chau-mette vient de mettre en scène.Un Imbécile, pièce en un acte donnée en lever de rideau, est une fougueuse satire d\u2019une certaine presse politique bêtement partisane, dont les directeurs et rédacteurs, par leurs appels insensés à la violence, peuvent devenir de dangereux ennemis publics.Sujet d\u2019actualité en France et peut-être ailleurs .Jacques Eyser et Michel Aumont savent rendre avec intensité le brutal affrontement que Pirandello a voulu exposer dans ce court acte.L\u2019œuvre majeure au programme, la Volupté de l\u2019Honneur, quelques vieux habitués du petit écran, chez nous, se souviennent peut-être l\u2019avoir vu jouer RELATIONS à notre télévision, il y a quelques années déjà.Drame fort, action serrée et sans bavures, ton élevé du dialogue, personnages humains vigoureusement dessinés: cette pièce est bien à sa place sur la première scène de France.Chez Pirandello, il y a un côté doctrinaire dont la dialectique minutieuse agace souvent, mais qui s\u2019appuie toujours sur une affabulation hautement dramatique.Du théâtre moral, psychologique, mais non du théâtre à thèse.Ses personnages, en butte parfois à des situations étranges, sont loin de n\u2019être que des idées vaguement incarnées pour les besoins d\u2019une démonstration.Au contraire, faits de chair et de sang, ils se débattent au milieu des événements, luttent, attaquent, se défendent, souffrent et aussi savent faire souffrir, comme dans la vie.Et c\u2019est ce qui fait toute la différence, comme dans la Volupté de l'Honneur, entre un drame passionnant et un essai philosophique.Angelo Baldovino peut paraître un idéologue dans les nuages quand il accepte, pour sauver l\u2019honneur d\u2019une famille, de passer pour le père légitime de l\u2019enfant que le marquis Fabio Colli \u2014 qui n\u2019est pas libre \u2014 vient de faire à Agathe Renni.Pourtant, c\u2019est lui le plus lucide quand il prévient les heureux bénéficiaires de son acte qu\u2019ils devront, comme lui, assumer les risques de cet équivoque arrangement.Risques trop réels, que nous révèlent les conflits qui font la trame de la pièce.Jouée sans entracte, avec une belle sobriété, mais avec aussi une tension soutenue, la Volupté de l\u2019Honneur laisse une forte impression.Interprète de Baldovino, François Chaumette nous gagne par la conviction et la sincérité de son jeu.Dans un rôle d\u2019appui, Michel Etcheverry s\u2019est montré un comédien bien intelligent.Pièce qui devrait tenter telle ou telle de nos troupes.* * * On dit que c\u2019est probablement le chef-d\u2019œuvre de Montherlant.La Ville dont le Prince est un Enfant traite d\u2019un sujet trop souvent galvaudé par une recherche maladive du scandale: les amitiés particulières dans un collège catholique.Hauteur de la pensée, vigueur exceptionnelle du style, noblesse des personnages \u2014 deux adolescents, NOVEMBRE 1969 deux prêtres \u2014, parfaite justesse du ton, ascension graduelle de l\u2019action vers un sommet tragique bouleversant, telle est cette pièce qui, dans la mise en scène de Jean Meyer, entreprend sa troisième saison au Théâtre Michel.Un événement.Événement d\u2019autant plus instructif que Montherlant, qui se dit éloigné de l\u2019Église, fait appel, pour résoudre les conflits du cœur qu\u2019évoque sa pièce, au plus austère sacrifice et à l\u2019esprit surnaturel le plus total, réalités, on l\u2019avouera, peu à la mode de nos jours.Même louée universellement par la critique lors de sa publication, en 1957, la Ville n\u2019a accédé à la scène professionnelle que dix ans plus tard.L\u2019auteur lui-même a expliqué ce retard par, d\u2019abord, la délicatesse du sujet et aussi par la difficulté de trouver des comédiens ayant l\u2019âge et les talents désirés pour interpréter les personnages importants des deux adolescents de la pièce.En 1967, après la rapide évolution des idées et des mœurs, Montherlant consentit à faire jouer son œuvre, mais dans un texte remanié par lui et maintenant définitif.Il est bien servi par les comédiens réunis par Jean Meyer.Bernard Jeantet marque avec justesse la fougue, l\u2019ardeur, la grande franchise aussi qui caractérisent André Sevrais, élève de philosophie considéré comme une sorte de leader de son collège par ses condisciples et protecteur de Serge Souplier, jeune élève de troisième, le « prince de la ville », dont Roland Demongeot dégage avec naturel le tempérament fruste, indiscipliné, mais d\u2019une spontanéité attachante.Il leur arrive, à tous deux, sous le coup de l\u2019émotion par exemple, de parler trop vite, de bredouiller même.Comme André Sevrais, l\u2019abbé de Pradts, préfet de la division des « moyens » du collège, a aussi le béguin pour Souplier, qu\u2019il essaie de diriger, de former; mais, sous des apparences apostoliques, son affection devient vite trop humaine et le pose violemment en adversaire de Sevrais et même de son lucide Supérieur, qui l\u2019avertit du danger imminent.Alain Lionel a incarné avec beaucoup de vérité cet abbé de Pradts, ferme et éclairé pour les autres, plein d\u2019illusions sur lui-même, et Yves Brainville, en plus de son personnage du Supérieur courageux et compréhensif, a campé un portrait impressionnant du prêtre, authentique représentant du Christ au milieu des hommes.Sa scène finale avec Alain Lionel nous a valu un grand moment de théâtre.* * A Montréal, le Rideau Vert, à son habitude, a ouvert la nouvelle saison théâtrale, après une reprise des Belles Sœurs, par cet Animal étrange, pièce bâtie par Gabriel Arout d\u2019après des récits de Tchékhov.Actuellement, Tchékhov est surtout connu par son théâtre.Il fut un temps où le conteur a été d\u2019abord apprécié et célèbre; Arout voudrait qu\u2019on ne l\u2019oubliât pas.Il a habilement agencé les événements d\u2019une douzaine de courts récits de l\u2019écrivain russe pour présenter, grâce aux ressorts dramatiques, l\u2019homme \u2014 cet animal étrange \u2014 tel que l\u2019a dépeint et aimé Tchékhov.Par là, Arout établit un lien, ténu et plutôt moral mais réel, entre les différents tableaux de sa pièce.Ce premier spectacle du Rideau Vert est agréable et plaisant.En plus, il nous a donné la chance de voir Yvette Brind\u2019Amour et Gérard Poirier abandonner pour un temps leurs rôles trop stéréotypés et nous présenter quelques facettes, nouvelles et bienvenues, de leur talent.Serge Turgeon semble devenir un habitué de la scène du Stella.Il joue avec application.Il lui reste à apprendre que le naturel est le comble de l\u2019art.* * * Le spectacle que nous a offert, pendant quelques semaines d\u2019octobre, le Théâtre de Quat\u2019sous nous vient en droite ligne de la Terre des Hommes, où il fut représenté cet été.Moi, ma Maman m\u2019aime n\u2019est pas une pièce de théâtre, mais plutôt une revue, surtout musicale, sur le thème commun de la mère.Revue satirique pas tellement malicieuse et parfois amusante.Le genre appelle du mouvement et de la verve.Les quatre protagonistes, Louise Forestier et Pauline Julien, Yvon Deschamps et Gilbert Chénier, n\u2019ont pas manqué de nous en fournir abondamment.Quelques-uns de leurs numéros leur ont mérité de copieux applaudissements de l\u2019auditoire tout à fait sympathique.Une soirée gaie et distrayante.311 Au fil du mois Pour « un Québec français » Il ne faudrait pas croire que la Commission Gendron, qui enquête sur le statut des langues au Québec, n\u2019a reçu jusqu\u2019ici que des mémoires provenant d\u2019associations anglophones désireuses de mousser la cause du bilinguisme en notre milieu.Non, beaucoup d\u2019autres associations se sont présentées et ont fait entendre un autre son de cloche.Parmi celles-ci se distingue le Conseil de la Vie française, dont le mémoire, tout à fait remarquable, a pour titre « Un Québec français ».Remarquable, ce mémoire l\u2019est d\u2019abord par la qualité de sa présentation et par la richesse de sa documentation.Il forme un volume imprimé de plus de 150 pages, dans lequel est examinée sous tous ses aspects la situation de la langue française au Québec: démographique, juridique, scolaire, économique et culturel.On trouve, ramassés là, non seulement une foule de renseignements et de statistiques, dispersés auparavant dans de nombreuses publications, mais encore les résultats inédits d\u2019une enquête menée par le Conseil auprès de jeunes de 15 à 20 ans dans le but de déterminer les motifs qui les font tenir soit au français, soit à l\u2019anglais.Remarquable, ce mémoire l\u2019est encore plus par les positions qu\u2019il adopte.Pour bien saisir la portée de l\u2019événement, il faut savoir que le Conseil de la Vie française est loin de se composer de jeunes révolutionnaires en mal de publicité et que près de la moitié de ses membres \u2014 soit 18 sur 41 \u2014 n\u2019habitent pas le Québec.Néanmoins, après de longues et sérieuses études, le Conseil en est venu à la conclusion qu\u2019il faut « faire du Québec un État français », un État dont la langue propre sera le français.En conséquence, le français devra avoir partout au moins la priorité et l\u2019école française sera accessible à tous les Québécois.« Nous sommes convaincus, affirment 312 les auteurs du mémoire, que cette option fondamentale pour une forme d\u2019unilinguisme relatif s\u2019impose si nous voulons demeurer comme entité culturelle.» L\u2019État français du Québec reconnaîtra aussi « pour sa population d\u2019ascendance britannique, une langue officielle qui sera l\u2019anglais », et il admettra des écoles anglaises, mais « ouvertes seulement aux enfants d\u2019ascendance britannique et à ceux dont la langue maternelle est l\u2019anglais ».Quant aux Québécois d\u2019autres origines, s\u2019ils ont déjà l\u2019anglais comme langue maternelle, ils pourront choisir pour leurs enfants entre l\u2019école anglaise et l\u2019école française.Mais les nouveaux arrivants au Québec devront être prévenus qu\u2019ils s\u2019en viennent « dans une province française et qu\u2019il leur faudra opter pour la culture française, tout comme s\u2019ils étaient en France.Une fois installés au Québec, ils devraient obligatoirement diriger leurs enfants vers des écoles françaises.» Par ces positions claires et précises, les auteurs du mémoire se sont efforcés de rendre justice à tout le monde.À la majorité francophone d\u2019abord, en lui reconnaissant le droit de conférer son propre caractère à l\u2019État québécois; à la minorité britannique, laquelle pourrait conserver sa langue et ses écoles; aux nouveaux immigrants, qui seraient, dès le début, avertis de la nécessité de connaître le français et de le parler pour devenir citoyens québécois.Ainsi, le Conseil de la Vie française a suivi dans son mémoire la recommandation qu\u2019il a faite à l\u2019État: que l\u2019État québécois, a-t-il demandé, se définisse d\u2019abord au point de vue linguistique et qu\u2019il établisse ensuite ses politiques culturelles et scolaires en fonction de cette définition.Tout bien considéré, c\u2019est là, je pense, la seule méthode qui puisse résoudre des conflits du genre de celui de Saint-Léonard et en empêcher d\u2019autres de naître à l\u2019avenir.Richard Arès.IIe Congrès national du Parti Québécois Au IIe Congrès national du Parti Québécois, tenu à Montréal les 17, 18 et 19 octobre, trois faits ont particulièrement retenu l\u2019attention des observateurs: la représentativité du congrès, la participation, la cohérence des politiques socio-économiques.La représentativité Fondé il y a à peine un an, le Parti Québécois est déjà passé du stade de petite formation politique à celui de grand parti national.En fait foi la représentation au congrès de toutes les régions du Québec: sur les 1004 délégués inscrits, 23 venaient du Nouveau-Québec, 59, du Lac Saint-Jean, 30, du Nord-ouest québécois, 84, de la Gaspésie et du Bas du fleuve, 90, de Québec, 77, des Bois-Francs, 36, de l\u2019Outaouais, 119, des Laurentides et de la Mauricie, 220, de l\u2019Estrie, 333, de la région de Montréal, auxquels il faut ajouter les 23 délégués d\u2019office.Le parti peut donc se réjouir à juste titre des immenses progrès rapidement accomplis au plan de la représentation régionale.La situation est tout autre en ce qui concerne la représentation au plan de l\u2019appartenance sociale.Cols blancs: 63% (professions libérales: 12%, enseignants: 23%, fonctionnaires: 11%, cadres: 10%, étudiants: 7%); cols bleus:\t17% (ouvriers spécialisés: 8%, ouvriers non spécialisés:\t1%, agriculteurs: 2% ).Ce fossé a d\u2019ailleurs été remarqué et souligné par les délégués et par certains orateurs, dont un candidat à l\u2019exécutif, M.Marcel Gagné ( Montréal - Sainte-Anne ).Faisant remarquer qu\u2019il était utopique de penser réaliser l\u2019indépendance du Québec sans les travailleurs, M.Gagné a invité les délégués à faire du Parti Québécois un parti de masse et à y faire participer les travailleurs non seulement en paroles, mais en actes.Son intervention fut longuement applaudie.Si un parti se dit et se veut québécois, il doit représenter toutes les couches de la société québécoise et non se cantonner dans une seule.Combler ce fossé entre cols blancs et cols bleus me paraît être le principal défi que ce parti doit relever, s\u2019il veut prendre le pouvoir.RELATIONS La participation Dès l\u2019ouverture du congrès, s\u2019imposa un climat propice à l\u2019étude et au travail, et non pas une atmosphère de foire ou de carnaval.Répartis en 25 ateliers, les délégués étudièrent les 818 résolutions soumises à leur attention et qui visaient à compléter ou à amender le programme élaboré l\u2019an dernier et à revoir les statuts du parti.La participation à ces ateliers, qui couvraient tous les secteurs de notre vie nationale, fut de presque 100%.Un travail sérieux fut accompli en chaque atelier, dans une liberté d\u2019expression toujours respectée et dans une cordialité non entamée par la divergence des opinions.Pour l\u2019observateur: une leçon de participation démocratique efficace.La cohérence des politiques socio-économiques Fort de la présence en ses rangs de M.Jacques Parizeau, le Parti Québécois a su donner à son programme une injection de réalisme en matière de politique sociale et économique.Salaire minimum, développement régional, syndicalisation générale, recyclage de la main-d\u2019œuvre, rénovation urbaine, protection du consommateur contre les taux usuraires de compagnies de finance, industrialisation de l\u2019agriculture: tous les points névralgiques du secteur socio-économique ont été touchés.Les orientations prises impliquent un décloisonnement des ministères concernés, si l\u2019on veut assurer la cohérence des mesures proposées.Au chapitre du recyclage de la main-d\u2019œuvre, un élément nouveau: la résolution 4,4 recommande « qu\u2019une aide financière suffisante soit accordée au travailleur selon ses besoins familiaux, aussi longtemps que ce sera nécessaire pour terminer ses cours ».Dans le domaine de la rénovation urbaine, la prise de conscience de l\u2019importance des « comités de citoyens » se traduit par la résolution 9,3: « La loi prévoira la formation de comités de citoyens à l\u2019occasion de chaque projet de rénovation urbaine; la mise sur pied et l\u2019animation de ces comités seront confiées à des organismes indépendants des pouvoirs politiques.» Le Parti Québécois a compris qu\u2019une rénovation intelligente est impossible sans la participation des intéressés, c\u2019est-à-dire des citoyens des quartiers à rénover.En matière de politique syndicale, une proposition, celle de l\u2019article 4,5, mérite qu\u2019on s\u2019y arrête.« Il est proposé de remplacer l\u2019article 123 du Code du Travail par les deux articles suivants: 1.Selon le verdict rendu par le tribunal du travail, tout employeur qui refuse de mauvaise foi de négocier, en temps de grève ou de « lock-out », sera obligé de payer à ses employés leur salaire pendant tout le temps que durera la grève ou le « lock-out ».2.Selon le verdict rendu par le tribunal du travail, les syndiqués qui refusent de mauvaise foi de négocier, en temps de grève ou de « lock-out », seront obligés d\u2019accepter les dernières offres patronales.» Dans le climat actuel, un tel tribunal s\u2019avère nécessaire: en trop de conflits, la négociation véritable ne commence qu\u2019avec l\u2019éclatement de la crise, la médiation et la conciliation étant devenues les salles d\u2019attente de la grève ou du « lock-out ».Par de semblables articles de loi, les parties en causes, incitées à négocier sérieusement dès le départ, auraient meilleure chance d\u2019éviter la crise.Le Parti Québécois a démontré par ce congrès qu\u2019il était un parti sérieux.Sa présence active, souhaitons-le, donnera vigueur à la vie politique québécoise.Bernard Bélair.Télévision et violence Rapport d\u2019une commission d\u2019enquête La télévision, par le truchement des scènes barbares qu\u2019elle étale à profusion sous le regard des foules, influe-t-elle sur l\u2019incidence des gestes individuels ou collectifs de violence dont nous sommes, à l\u2019heure présente, les témoins impuissants et navrés ?Le bon sens incline à répondre à l\u2019emporte-pièce que cette influence malfaisante \u2014 par imitation, identification, contamination \u2014 s\u2019exerce sûrement et qu\u2019elle est importante.Dis-moi qui tu fréquentes.Des enquêtes ont révélé que, aux États-Unis, enfants et adolescents passent entre vingt-cinq et cinquante pour cent de leurs heures de veille devant le petit écran.Ce qu\u2019ils y voient \u2014 ce que nos jeunes Canadiens y voient, à leur tour, presqu\u2019à la même cadence \u2014 c\u2019est une suite lancinante de rixes, d\u2019assassinats, de vengeances, de viols, d\u2019atrocités, d\u2019horreurs.Le crime sous toutes ses formes et \u2014 ce qui ne vaut guère mieux \u2014 la répression du crime dans toute sa splendeur brutale, voilà, jour après jour, ce qu\u2019on est sûr de trouver, en abondance, au menu des images.Comment des êtres jeunes ou des esprits incultes, à ce régime, n\u2019en viendraient-ils pas spontanément à penser que la violence fait partie, pour ainsi dire, de l\u2019existence quotidienne des humains, au\u2019elle est un moyen normal et nécessaire, voire le moyen par excellence, de défendre ce qu\u2019on a, d\u2019obtenir ce qu\u2019on n\u2019a pas, d\u2019assurer son emprise sur autrui, d\u2019accéder, en quelque manière, à la puissance et même à l\u2019héroïsme ?Mais il faut, paraît-il, se méfier ici du bon sens qui, avec ses vues courtes, est incapable de tenir compte, par exemple, des vertus « cathartiques » de l\u2019art dramatique, c\u2019est-à-dire de l\u2019étrange propriété qu\u2019ont les sanglantes liturgies célébrées au théâtre et au cinéma, d\u2019exorciser l\u2019agressivité de tous et de chacun en lui fournissant, sur le terrain de l\u2019imagination, un exutoire inconscient.Aristote, déjà, attribuait à la tragédie ce pouvoir de purification.Les dramaturges de son temps, il est vrai, s\u2019appelaient Eschyle, Sophocle, Euripide, et la tragédie, entre leurs mains, était devenue un art de haute volée, propice à la « sublimation ».A quelques rares exceptions près, est-ce le cas des drames de pacotille que la télévision sert à son auditoire, de préférence en séries, pour assouvir journellement et, bon gré mal gré, pour nourrir cet obscur appétit de violence que chacun s\u2019étonne et s\u2019attriste, à ses meilleures heures, de porter dans le recès de sa « triperie » ?Quoi qu\u2019il en soit, les intuitions du bon sens en la matière viennent d\u2019obtenir, aux États-Unis, une sorte de reconnaissance officielle.Le 23 septembre, la commission présidentielle formée au lendemain de l\u2019assassinat de Robert Kennedy pour étudier « les causes et la prévention du crime et de la violence », a publié la tranche de son rapport qui, précisément, porte sur la violence à la télévision et son impact sur le comportement des foules.Les NOVEMBRE 1969 313 faits sont accablants, le verdict, péremptoire.En 1967 et 1968, (la situation, depuis, s\u2019est légèrement améliorée), huit émissions dramatiques sur dix contenaient des scènes de violence.Plus de la moitié des vedettes de ces émissions, sans distinction des « bons » et des « méchants », avaient régulièrement recours à la violence pour mener leurs affaires.La question de l\u2019illégalité, de l\u2019immoralité, du caractère antisocial de la violence y était rarement soulevée.La violence y était plutôt dépeinte comme un mode de vie, une façon courante, simple et rapide de régler les problèmes à son avantage, à condition, simplement, d\u2019être et de rester le plus fort.Reste à savoir si pareil étalage de violence, avec les suggestions qu\u2019il véhicule, influe sur le comportement des téléspectateurs.La réponse de la Commission, là-dessus, est catégorique: Les résultats de la recherche, en majeure partie, donnent fortement à penser que la violence à la télévision peut exercer et exerce en effet une mauvaise influence sur les auditoires, particulièrement sur les auditoires d\u2019enfants.Nous croyons raisonnable de conclure qu\u2019un régime continu de violence à la télévision exerce une mauvaise influence sur le caractère et les attitudes des humains.La violence à la télévision incite aux comportements violents et diffuse, en rapport avec la violence dans la vie quotidienne, des valeurs morales et sociales qui sont irrecevables dans une société civilisée.Nous ne prétendons pas que la télévision est une cause principale de la violence dans la société.Nous prétendons qu\u2019elle y contribue.La Commission américaine, en tenant ces graves propos, compte apparemment soulever dans le public une vague de protestations qui aboutirait, sans heurt et par la force du nombre, à convaincre les producteurs et surtout les commanditaires de la télévision que l\u2019exploitation massive de la violence n\u2019est pas \u2014 n\u2019est plus \u2014 rentable, ou qu\u2019elle l\u2019est moins qu\u2019une programmation dramatique moins scabreuse et de meilleure qualité.Nous craignons fort que la Commission là-dessus s\u2019illusionne; nous attendrons, en tout cas, pour partager son optimisme, une confirmation par les faits.Mais, entretemps, comment ne pas souhaiter que les téléspectateurs, chacun pour soi, et particulièrement les parents, prennent conscience de la gravité du problème et s\u2019attachent, avec les moyens du bord, à le résoudre de leur mieux pour eux-mêmes et pour ceux dont ils ont la charge ?La télévision est, pour le meilleur ou pour le pire, un puissant agent d\u2019éducation dont, à cause de sa nouveauté relative et de sa complexité, nous évaluons encore bien mal l\u2019influence sur nos propres vies et sur la vie d\u2019autrui.Jour après jour, sans prendre la peine de sonner à la porte, elle entre, silencieuse ou tonitruante, dans nos foyers, y prend tranquillement la meilleure place, réclame notre attention et, sous couleur le plus souvent de nous distraire, entreprend de nous instruire, interminablement.Les adultes savent se défendre, au besoin, contre les intrusions maléfiques.Mais les jeunes, pour faire moins bien la différence entre l\u2019imaginaire et le réel, y sont à coup sûr plus vulnérables.Laire de la télévision une espèce de bonne d\u2019enfant \u2014 de « baby-sitter », comme dit la Commission ¦\u2014 chargée de retenir l\u2019attention des jeunes pendant qu\u2019on vaque à ses occupations, c\u2019est une aberration.Cette aberration, hélas ! est courante chez les parents d\u2019aujourd\u2019hui.Le coup de semonce qu\u2019on vient d\u2019entendre devrait en éveiller bon nombre au sens, par trop assoupi, de leurs responsabilités.C\u2019est aux parents de décider s\u2019ils veulent que leurs enfants soient modelés de pied en cap par la télévision; s\u2019ils veulent, notamment, que leurs enfants, à l\u2019école quotidienne des comédies policières, des western, des récits d\u2019aventures, des bandes filmées, apprennent à voir dans la violence la méthode tout indiquée pour les individus et pour les groupes \u2014 donc pour eux-mêmes, quand les temps seront mûrs \u2014 de réaliser leurs desseins.Marcel Marcotte.Michel Conte chante : « Aimons-nous les uns les autres » Le spectacle de Michel Conte « Aimons-nous les uns les autres » mérite sûrement une attention toute spéciale tant par les défis qu\u2019il entend relever que par les questions qu\u2019il pose .Qu\u2019un auteur-compositeur-in- terprète professionnel qui, par surcroît, est un ancien danseur et un chorégraphe dont la réputation n\u2019est plus à faire, se mette à bâtir un spectacle de chansons toutes inspirées de l\u2019expérience humaine confrontée à l\u2019Évangile, c\u2019est pour le moins périlleux.Comme disait un critique de La Presse: il est bien des curés armés de guitares et de bonnes intentions qui se sont là-dessus proprement cassé le nez ! Michel Conte semble avoir trouvé un style nouveau tant au plan musical qu\u2019au plan du contenu de ses chansons.Il était temps qu\u2019un artiste de classe mette son talent à profit dans ce domaine et fasse éclater les cadres un peu restreints des chansons de nos messes rythmées.Mais la plus grande force de Michel Conte est sans doute d\u2019avoir pu actualiser le message évangélique en ce qu\u2019il a de plus humain et de plus bouleversant pour le cœur de l\u2019homme.Ce qui explique peut-être pourquoi M.Conte tient tellement à donner ses spectacles dans nos églises ! Car, avouons-le, mis à part le climat tout à fait particulier que cela recrée autour de nous et en nous, nos églises ne sont pas du tout fonctionnelles pour quelque spectacle que ce soit (il n\u2019y a que nous pour les utiliser !) : en plus d\u2019être trop souvent d\u2019affreuses caisses de résonnance, elles ne permettent parfois guère à des auditeurs-spectateurs fort mal assis d\u2019y voir quelque chose ! Malgré toutes ces difficultés et ces défis, Michel Conte, grâce à une étonnante présence en scène, communique aux autres cette profonde remise en question que suscite chez l\u2019homme le message du Christ.En cela, Michel Conte nous offre un spectacle inappréciable qui, dans sa formule actuelle, n\u2019a pas à chercher ailleurs une autre raison d\u2019être.Aussi la question de savoir si ses œuvres sont immédiatement utilisables dans la liturgie est-elle délicate.La réponse, en un sens, appartient à M.Conte.Peut-être le fait que la plupart de ses chansons soient longues et que, au niveau du message, le dénouement en soit serré poserait-il problème.Surtout, on ne saurait confier de telles chansons à n\u2019importe quel « filet de voix » ou à n\u2019importe quel orchestre tapageur.A ce niveau, un profond changement serait nécessaire.Gilles Tremblay, ptre.Paroisse Saint-Germain d\u2019Outremont.314 RELATIONS CHANTS DE MATIN CLAIR SUR LE CHEMIN D\u2019ACCUEIL \\Jovembre ! Les oiseaux s\u2019en vont construi- re leurs nouveaux nids en ces régions de soleil où le froid n\u2019est qu\u2019un mot.Ils s\u2019en vont par chemin blanc de lune, à coup d\u2019ailes cadencées, mains joyeuses, envoyées en signe d\u2019au revoir.Et tout au long de la route, pour saluer en passant les paysages et tous les paysans, ils feront entendre leurs cris gais et pointus d\u2019espiègles en vacances, ou d\u2019enfants fascinés par les jeux animés de la lumière.Le bonheur chante au firmament.Sur terre, cependant, l\u2019homme en contemplation de ce spectacle, souvent, reste pensif.Novembre ! Mon âme aussi, un jour, partira; elle devra quitter son nid, lentement défait par chacun des jours de mon âge, ou subitement emporté, tout neuf encore ou presque, par la tourmente imprévue.Que devient alors cette exilée sans logis, étrangère sans amis en un lieu d\u2019exil ?Guidée par ses souvenirs, elle voudra, j\u2019imagine, refaire le trajet de l\u2019aller et cherchera, soutenue par son espérance, l\u2019indicatif de cette région unique, si proche et si lointaine, où le temps, les tracas et la souffrance ne sont que des mots.Puis, l\u2019ayant trouvé, ce sera l\u2019envol magnifique par ce chemin blanc de gloire, jadis ouvert aux petites heures d\u2019un certain matin de grande victoire; chemin d\u2019accueil sans cesse illuminé depuis le passage du sauveur de la double vie.Mon âme est en route vers où chante le bonheur.Rêve éveillé, il est vrai, puisque mon âme, toujours emmaillée dans ma chair et mes os, attend encore l\u2019ordre de quitter.De l\u2019intérieur, peut-être voit-elle déjà la maille en voie de céder, par laquelle elle pourra s\u2019envoler à plus ou moins brève échéance ! Et mon corps, lui, témoin angoissé de ce déchirement accentué, par lequel ses derniers jours pourraient s\u2019enfuir, à l\u2019instar de l\u2019âme qui l\u2019informe, a des pensées de vie qui s\u2019en va et de mort qui s\u2019en vient.Tous deux, ils le sentent, devront se diviser pour ce voyage dans l\u2019inconnu, dont ils n\u2019ont pas l\u2019expérience.Le temps de la séparation imminente, c\u2019est parfois le temps choisi par les anges noirs pour lancer des invitations à la crainte; c\u2019est le temps choisi par Dieu aussi pour se manifester, et sa voix rassurante sera là, à l\u2019heure du besoin, pour rétablir la sérénité: « Vous n\u2019avez pas eu d\u2019inquiétudes en vue de réaliser votre première rencontre ?Et vous vous êtes rencontrés, vous et vos aimés ! Or, moi, je vous ai fait la promesse de vous réunir tous à nouveau en l\u2019amour inséparable ! De quoi vous inquiétez-vous ?Non, ne laissez pas votre foi et votre espérance sombrer sous les apparences; ramenez-les plutôt à l\u2019écoute de mes paroles, à l\u2019exemple de ma vie et vous verrez; pour vous et pour moi, avec et grâce à moi, par la séparation ce sera, oui, la mort qui s\u2019en va et la vie qui s\u2019en vient.Loin de donner à ce dernier instant l\u2019allure fausse d\u2019un châtiment, acceptez-le en toute vérité et tout amour, il est la dernière étape de votre assimilation avant la résurrection avec et près de moi.» Après la minute de la dernière offrande et de la dernière élévation, après le dernier sacrifice, dont je serai, en union avec Jésus, à la fois le prêtre et l\u2019hostie, ce sera l\u2019action de grâces et le chant du matin clair.Paul Fortin.NOVEMBRE 1969 Les livres Bible H.H.Rowey: Atlas de la Bible.Histoire \u2014 Géographie \u2014 Chronologie.Traduit de l\u2019anglais par Jacques Potin.\u2014 Paris, Ed.du Centurion, 1969.61 pp., 25.5 cm.Ies Editions du Centurion ont eu la ¦' main heureuse en choisissant de présenter au public d\u2019expression française ce riche Atlas biblique, un très utile instrument de travail, \u201cde consultation aisée, à la fois sommaire et précis\u201d.Il donne \u201cl\u2019essentiel des précisions historiques et géographiques, en se fondant rigoureusement sur les plus récentes découvertes, sans cependant entrer dans le détail des controverses\u201d (p.4).Dans une longue introduction (pp.5-20), l\u2019A.présente, en une synthèse claire, les grandes lignes de l\u2019histoire et de la géographie de l\u2019Israël biblique et de l\u2019Eglise des Apôtres.Puis vient une chronologie, qui met en parallèle les événements historiques d\u2019Israël et ceux des pays voisins.Le choix des dates pour les événements israéliens reste toujours un point délicat; mais l\u2019ensemble paraît acceptable.Après une série de 29 excellentes cartes, l\u2019A.présente un index précieux qui explique tous les termes géographiques indiqués sur les cartes; cet index signale aussi les principales références bibliques qui concernent ces lieux géographiques.L\u2019ouvrage possède toutes les qualités d\u2019un vade-mecum biblique.Je lui souhaite une large diffusion.Jean-Marie Archambault.Georges Delarue: Les Actes des Apôtres.Enfances de l\u2019Eglise.Coll.\u201cSources de spiritualité\u201d.\u2014 Colmar-Paris, Alsatia, 1968, 256 pp., 21 cm.Lauteur \u201cse défend d\u2019avoir voulu faire ' œuvre d\u2019exégète, ou d\u2019historien \u2014 ni des personnages, ni des événements, ni des institutions \u2014 ou de théologien.Son propos essentiel est de scruter les états d\u2019âme, et d\u2019observer les comportements, d\u2019un groupe et d\u2019un milieu religieux, à un moment privilégié.Il pense pouvoir recouvrir tout cela d\u2019un mot: c\u2019est la spiritualité des Actes qu\u2019il étudie\u201d.L\u2019A.traite, en s\u2019inspirant des Actes, certains thèmes de spiritualité que lui suggère la lecture des Actes: le nom de Jésus, la grâce, le salut, la foi, le péché et sa destruction, en prière, etc.L\u2019exposé est vivant, cordial même, facile et agréable à lire.Il laisse découvrir l\u2019âme apostolique fort attachante de l\u2019A.Ces causeries spirituelles auraient toutefois gagné -\u2014- sans changer leur visée première ou le \u201cgenre littéraire\u201d auquel elles voulaient appartenir \u2014 à \u201cscruter\u201d davantage le texte des Actes et à se laisser guider plus souvent par l\u2019ensemble du Nouveau Testament ou les commentaires exégé-tiques des Actes.L\u2019A.se contente trop souvent de raconter les faits ou de réciter les textes, en les enrobant d\u2019un commentaire qui, parfois, tourne un peu court.Nous ne rendrions pas justice à l\u2019ouvrage, cependant, si nous ne signalions pas qu\u2019il fourmille d\u2019intuitions justes et suggestives, qu\u2019il fait découvrir la vie de la primitive Eglise et fait aimer les valeurs spirituelles dont vivait cette Eglise.Paul-Émile Langevin.Faculté de Théologie, Université Laval, Québec.A.Feuillet: Le Prologue du quatrième évangile.Etude de théologie johannique.Préface du P.Le Guillou, O.P.\u2014 Bruges (23, quai au Bois), Desclée de Brouwer, 1968, 315 pp., 20 cm.Pour étudier les dix-huit versets qui, au seuil du quatrième évangile, ouvrent des perspectives grandioses, l\u2019A., spécialiste de renom, a lu et médité non seulement toute la Bible, mais d\u2019innombrables commentaires plus ou moins liés à son sujet.Traduction personnelle du prologue; analyse fouillée du texte, à la manière de la prélection classique; exposé de sa structure et des idées maîtresses qu\u2019il contient; hypothèse et solution relatives aux antécédents et à la rédaction de l\u2019hymne johannique; comparaison entre Jn i, 1-18 et les autres passages de l\u2019apôtre où figure le Logos; influences grecques et juives que révèle le texte de Jean et transcendance originale de son Logos, à la fois Parole et Sagesse; enfin, parallèle entre la christologie de Paul et celle de Jean: voilà ce que l\u2019A.traite magistralement et sobrement.Technique, son ouvrage dépasse, quoi qu\u2019il pense, l\u2019homme de la rue, instruit ou non, mais étranger au grec, même transcrit en caractères romains (jusqu\u2019à la page 196 seulement); le séminariste, le professeur de religion s\u2019en délecteront.Composé par le disciple bien-aimé comme un hymne à la gloire du Logos, \u2014 Verbe incarné, créateur, révélateur et sauveur, méconnu par les uns, accueilli par les autres, \u2014 le prologue, après les retouches de Jean lui-même, a reçu sa place légitime au début du quatrième évangile.La richesse doctrinale qu\u2019il présente n\u2019étonnera point le lecteur familier de saint Jean; mais on l\u2019apprécie beaucoup mieux grâce à la perspicacité, à l\u2019ampleur d\u2019intelligence théologique dont l\u2019A.fait preuve.L\u2019élévation contemplative du prologue s\u2019harmonise avec le réalisme historique de la suite; on a, dès les premiers versets, affaire à une Personne à la fois divine, éternelle et charnellement engagée dans l\u2019histoire; par son prologue Jean témoigne d\u2019emblée de la Parole entendue, touchée de ses mains (/ Jn, i, 1) dans l\u2019humanité de Jésus; il suggère le drame de l\u2019option prise pour ou contre le Sauveur et laisse entrevoir que l\u2019action du Logos a influencé et influence encore ceux que, par malheur, n\u2019a rejoints aucun témoignage attestant la prévenance du Dieu créateur et Sauveur de tous les hommes.On saisit l\u2019actualité œcuménique d\u2019une interprétation large et nuancée du prologue de saint Jean.Il faut compter l\u2019ouvrage de l\u2019A.parmi les meilleurs et les plus utiles de la production exégétique de notre temps.Joseph d\u2019Anjou.Heinrich Kahlefeld: Paraboles et leçons dans l\u2019Evangile.Tome I.Traduit de l\u2019allemand par Georges Bret.\u2014 Paris (29 bd Latour-Maubourg), les Editions du Cerf, 1969, 152 pp., 21 cm.A près avoir classé les paraboles et les leçons en cinq grandes catégories (l\u2019Evangile et son efficience, Les temps messianiques, Israël, écoute !, Etre prêt, Le don total), l\u2019A.les étudie une à une, les interprète et s\u2019efforce d\u2019en faciliter \u201cl\u2019intelligence spirituelle\u201d.Il s\u2019agit d\u2019une étude scientifique, parfois même assez technique, non de pieux commentaires, d\u2019une étude qui pré- 315 catalogue et magazine gratuits marabout 226 Est, Christophe Colomb - Québec 2 pare le terrain à la catéchèse mais ne s\u2019attarde pas à élaborer cette dernière.A lire par ceux qui veulent mieux saisir le sens de l\u2019enseignement donné par Jésus dans ses paraboles et ses leçons telles que l\u2019Evangile nous les a transmises.Richard Arès.Littérature canadienne Eva Kushner:\tRina Lasnier.Collection \u201cPoètes d\u2019aujourd\u2019hui\u201d, no 183.\u2014 Introduction, choix de textes, bio-bibliographie, 60 illustrations.\u2014 Paris, Seghers, 1969, 192 pp., 15.5 cm.La parution d\u2019une anthologie de poèmes de Rina Lasnier, dans la collection \u201cPoètes d\u2019aujourd\u2019hui\u201d, est pour cette poétesse une consécration.De façon plus marquée, on reconnaît ainsi la rare qualité de son œuvre.Eva Kushner, qui a choisi les poèmes et rédigé l\u2019introduction, ne renie rien de ce qu\u2019elle écrivit naguère sur Rina Lasnier, femme, chrétienne, canadienne-fran-çaise et poète; mais elle pénètre ici plus avant dans l\u2019intimité de Rina Lasnier; avec encore plus de relief, elle saisit, à la lumière des dernières œuvres, le sens profond de la poétique de Rina Lasnier.Ainsi, elle reconnaît au poème la Malemer la place centrale qu\u2019il occupe dans cette œuvre; et avec raison, à notre avis, puisque ce poème traduit l\u2019expérience poétique même de Rina Lasnier.Si Eva Kushner semble négliger la première période de la création de R.L., c\u2019est que cette dernière a pris sa pleine mesure dans la deuxième période pour y atteindre un niveau d\u2019universalité rarement égalé dans la littérature canadienne-française.L\u2019anthologie procède de cette vision critique; à la parcourir, nous sommes éblouis par la densité de l\u2019œuvre.Rina Lasnier est un très grand poète et plusieurs de ses écrits résisteront à la patine du temps.Grâce à la bio-bibliographie, utile non seulement aux lecteurs français mais aussi canadiens, R.L.nous devient plus proche.Souhaitons que ce livre reçoive au Canada français l\u2019ac-cueil qu\u2019il mérite: ce n\u2019est pas tous les jours qu\u2019une voix de chez nous chante avec cette pureté.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.René Pageau: L\u2019ombre de l\u2019hiver.Poèmes.\u2014 Berthierville (1090, rue de Montcalm Qué.), A compte d\u2019auteur, 1969, 108 pp., 19 cm.Dar rapport au recueil précédent, Pays intérieur, le présent opuscule n\u2019est pas une reprise, mais un approfondissement.Ses vers sont une musique remplie de silence, d\u2019un silence peuplé et prégnant.Le thème de la mort, de l\u2019hiver, du dépouillement n\u2019est pas sec, puisqu\u2019il a sa contrepartie dans la vitalité des saisons, des fleurs, des oiseaux et dans le chant de l\u2019amour.L\u2019auteur se promène à travers la création et dit sa quête de Dieu.Sous le signe de la contemplation, les symboles ont une portée spirituelle, mais ne sont nullement désincarnés.On retrouve la même solidité, de facture que dans Pays intérieur et, à notre avis, il y a progrès dans l\u2019expression.Il faudra suivre de près ce jeune poète qui ne court pas après la popularité facile, mais cherche sereinement la Vérité et la Beauté.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Madeleine Guimont: Les temps miscibles.Poèmes.\u2014 Québec, Editions Garneau, 1968, 155 pp., 20.5 cm.(^\u2019est le deuxième recueil de poèmes de Madeleine Guimont.Avant ses deux volumes, elle avait imprimé ses poèmes un peu partout: en France, en Belgique, aux Etats-Unis, dans mainte revue canadienne.Certains d\u2019entre eux, \u201cOffertoire\u201d, par exemple, ont été maintes fois recopiés à la main pour la joie des malades.Jamais Guimont ne vous déprime; souvent, elle fait chanter dans votre cœur la résurrection.Même quand on devine la souffrance, et c\u2019est assez souvent si on y fait attention, on est doucement amené au delà de la nuit, vers un irrésistible soleil.La lumière qui revient dans presque tous les poèmes, c\u2019est la lumière du premier jour, quand le chaos disparut sous le souffle de l\u2019Esprit.La nuit elle-même devient transparente dans les \u201cRéflexions sur la création de la nuit\u201d Poèmes de lumière pour une créature d\u2019ar- Joseph Ledit.VOULEZ-VOUS TOUT CONNAÎTRE SUR L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC, SES STRUCTURES, SES MÉCANISMES?PROCUREZ-VOUS .UNIVERSITÉ DU QUÉBEC par Serge Lamarche Préfacé par M.Alphonse RIVERIN, Président de l\u2019Université du Québec I\t- LA NOUVELLE UNIVERSITÉ NOUVELLE \u2022\tL\u2019Université du Québec, réponse québécoise \u2022\tLa structure pédagogique de l\u2019Université du Québec \u2022\tLa structure administrative II\t- L\u2019UNIVERSITÉ DANS LA SOCIÉTÉ MODERNE \u2022\tLes caractéristiques \u2022\tLes travaux et la loi \u2022\tLes réflexions d\u2019un étudiant III-LES DOCUMENTS \u2022\tLe protocole du corps professoral \u2022\tLe guide d\u2019évaluation des étudiants \u2022\tLa bibliographie En vente dans toutes les librairies et postes de revente $1.75 274-6521 LIBRAIRE 1083 AVE VAN HORNE, MONTRÉAL, QUÉ.EDITEUR \u2018 IMPRIMEUR Sondage de RELATIONS auprès de ses lecteurs 1 ) Sexe Masculin.Féminin .2) Année de naissance 1900 et avant.1901-1910 .1911-1920 .1921-1930 .1931-1940 .1941-1950 .1951 et après .3 ) Lieu de résidence 1 ) En matière religieuse Areligieux(se) .Déiste .Non-chrétien (ne) (préciser: Chrétienne (ne) .Catholique .Catholique pratiquant (e) .2) En matière politique fédérale N PD .Parti conservateur.Parti créditiste .Parti libéral .1 .\t2 )\t3 .\t4 .\t5 6 vous répondez en encerclant le chiffre correspondant à la réponse qui vous satisfait.\t\t\t I \u2014 Votre identité\t\t\t Etat civil\t6)\tMétier ou profession\t Marié (e) \t\t.1\t\t Célibataire \t\t.2\t\t Veuf (veuve) \t\t.3\t\t Prêtre \t\t.4\t\t \t7)\tRevenu annuel\t Prêtre-religieux \t\t.5\t\t Religieux (se) \t\t6\tAucun\t\t\t 1 \t\tMoins de 3,000 \t\t\t 2 \t\tDe 3,000 à 4,999 \t\t\t 3 Scolarité\t\tDe 5,000 à 6,999 \t\t\t 4 Cours primaire\t\t.1\tDe 7,000 à 8,999 \t\t\t 5 Cours secondaire \t\t.2\tDe 9,000 à 10,999 \t\t\t 6 Ecole de métiers \t\t.3\tDe 11,000 à 12,999 \t\t\t 7 Soins ménagers \t\t.4\tDe 13,000 à 14,999 \t\t\t 8 Cours classique \t\t.\t5\tDe 15,000 à 16,999 \t\t\t 9 CEGEP \t\t6\tDe 17,000 à 18,999 \t\t\t 10 Université\t\t.7\tDe 19,000 et plus\t\t\t 11 Quels sont vos options et intérêts ?\t\t\t Aucune option \t\t.5\tGéographie\t\t3 \t\tHistoire\t\t\t 4 En matière politique québécoise\t\tLittérature \t\t\t 5 NPD québécois \t\t.1\tPédagogie \t\t6 Parti libéral \t\t.2\tPhilosophie\t\t\t 7 Parti québécois\t\t.3\tPolitique \t\t\t 8 Union nationale \t\t.4\tPsychologie \t\t\t 9 \t\tQuestions religieuses \t\t\t 10 Aucune option \t\t.5\t\t \t\tQuestions sociales \t\t\t 11 \t\tSciences appliquées \t\t\t 12 En matière culturelle\t\t\t (N\u2019encerclez que 2 chiffres)\t\tSciences pures \t\t\t 13 Arts\t\t1\tSports \t\t\t 14 Économie Technique 15 317 NOVEMBRE 1969 Ill \u2014 Comment lisez-vous RELATIONS ?1 ) Recevant mensuellement Relations, vous le lisez régulièrement.1 souvent .2 rarement.3 jamais .4 vous le lisez en entier.1 en grande partie.2 en partie .3 2) Combien de personnes lisent l\u2019exemplaire que vous recevez ?.3) Vous vous abonnez à Relations surtout Par sympathie pour\tles\tJésuites.\t1 Par sympathie pour tel ou tel des rédacteurs.2 Par intérêt pour les sujets abordés par la revue .3 Par intérêt pour les jugements que porte la revue sur les événements .\t4 Pour y trouver des\tréponses-guides\t5 4) Vous portez intérêt surtout (Au besoin, encerclez plusieurs chiffres) Aux éditoriaux.1 Aux articles concernant la religion et la morale .2 Aux articles concernant la politique 3 Aux articles traitant de questions sociales et économiques .4 Aux articles sur l\u2019éducation et la famille .5 A la chronique bibliographique .\t6 A la chronique de cinéma .7 A la chronique littéraire .8 A la chronique de théâtre .9 A la chronique \u201cAu service du français\u201d .10 A la méditation .11 5) En consultant les numéros de Relations parus en 1969 (y compris celui-ci), dites a) Quels sont les rubriques ou articles que vous avez le plus appréciés ?(Nommez-en 3) b) Quels sont les rubriques ou articles qui vous ont le plus déçu(e)?(Nommez-en 3) 6) Êtes-vous d\u2019accord (1), plutôt d\u2019accord (2), plutôt en désaccord (3) ou en désaccord (4) avec les propositions suivantes ?(Répondez en inscrivant dans les parenthèses, pour chacune des propositions, le chiffre correspondant à votre opinion.) a) Quant à la présentation générale de la revue : La page couverture est attrayante (.) La mise en page vous satisfait (.) Le choix des titres est bon .(.) Les caractères se lisent facilement .(.) La longueur des textes est raisonnable .(.) Les textes présentent une assez grande variété de contenu .(.) Les collaborateurs sont assez nombreux .(.) La langue des auteurs est habituellement correcte .(.) Les textes se comprennent assez aisément .(.) b) Quant au contenu de la revue: Les éditoriaux sont à point.(.) Les prises de positions sont assez nettes .(.) Les prises de positions sont trop prudentes .(.) prudentes .(.) imprudentes .(.) On y trouve un éventail assez large d'opinions .(.) 7) Parmi les publications mensuelles d\u2019intérêt général que vous recevez ou que vous connaissez, comment définiriez-vous le rôle propre de Relations ?IV \u2014 Quelles suggestions feriez-vous ?1 ) Pour améliorer la présentation de la revue.2) Pour améliorer le contenu même de la revue.Au besoin, écrivez vos commentaires et suggestions sur une autre feuille, que vous joindrez à celle-ci.Adressez, le plus tôt possible, à: RELATIONS 8100, boul.Saint-Laurent Montréal 351\tDétachez ici -> 318 RELATIONS EN VENTE PARTOUT A PRIX POPULAIRES Le temps des fêtes approche.Qui dit joyeux noël ^\tà tous, dit\t^ cacsaux marabout pcuptous
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