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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1979-06, Collections de BAnQ.

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[" JUIN 1979 l'actualité nationale élections autodétermination constitution Solange Chaput Rolland Irenée Desrochers Léon Dion Guy Bourgeault Végalité des chances en éducation Gabrielle POULIN ROMANCIÈRE SOMMAIRE \"A juin 1979 vol.39 no 449 Elections, autodétermination, constitution Solange CHAPUT ROLLAND Irénée DESROCHERS Léon DION Guy PAIEMENT Guy BOURGEAULT La désunion sur l'unité Le droit du Québec et les tactiques de M.Clark Le réforme constitutionnelle Morale imposée, morale proposée L\u2019égalité des chances en éducation image, formes, symboles Joseph BON ENFANT\tCogne la caboche, de Gabrielle Poulin Jean-René ETHIER\tUn gros cirque chapeauté Molière 163 167 173 179 181 186 188 Dans le numéro de JUILLET/AOUT: LA TELEVISION ET L\u2019ENFANT J ICIdllUlld\t\\\t\tNouveautés revue du mois publiée sous la responsabilité\t\tCanada s Anti-Inflation Program d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus\t\tpar O.J.Firestone Directeur: Robert Toupin\t\t15,5 x 23 cm., 274 pages.Prix: $7.50 Conseil de Direction: Jean-Louis D\u2019Aragon, Jean-Paul Rou-\t\tLe Bas-Canada leau, Jacques Saint-Aubin.Roger Sylvestre.\t\t1791-1840 Comité de rédaction: Albert Beaudry, secrétaire, Jacques\t\tChangements structuraux et crise Chènevert, Irénée Desrochers, Roger Marcotte, Luis Mor-\t\tpar Fernand Ouellet fin, Robert Toupin.\t\t15 x 23 cm., 542 pages.Prix: $15.00 Administration: Maurice Ruest.\t\t Rédaction, Administration et Abonnements:\t\tLanguage Maintenance 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal H2P 2L9\t\tand Language Shift in Canada.Tél., 387-2541.Publicité: Liliane Saddik,\t\tPaul Lamy (éd.) 1700, rue Allard, Ville Brossard.Tél.: 678-1209\t\t15 x 23 cm., 114 pages.Prix: $3.75 Relations est une publication des Editions Bellarmin.\t\tThe E.J.Pratt Symposium Prix de l\u2019abonnement: $10 par année.Le numéro: $1\t\tReappraisals: Canadian Writers Les articles de Relations sont répertoriés dans le Répertoi-\t\tGlenn Clever (éd.) re analytique d\u2019articles de revue du Québec (RADAR) de la\t\t15 x 23 cm., 188 pages.Prix: $4.80 Bibliothèque nationale du Québec, dans l\u2019Index analytique de\t\t périodiques de langue française (PERIODEX), dans le Cana-\t\tEn vente chez votre libraire et aux: dian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadien-\t\t ne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019é-\t\tÉditions de ducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.\t\t On peut se procurer le microfilm des années complètes de\t\tl\u2019Université d\u2019Ottawa Relations en s\u2019adressant à University Microfilms, Ann Ar-\t\t bor, Michigan 48106 U.S.A.\t\t65, avenue llastey, ISSN 0034-3781\t\tOttawa, Ont.i\tCourrier de la deuxième classe - Enregistrement no 014S.\t\tK1N 6N5 162 RELATIONS L'ACTUALITE NATIONALE ELECTIONS AUTODETERMINATION CONSTITUTION S\u2019il peut sembler, à vue de nez, que les dernières élections étalent au grand jour l\u2019écart qui éloigne francophones et anglophones au Canada, il ne faut pas oublier que les cinquante-six jours qu\u2019a duré la campagne électorale sont au moins parvenus à susciter, d\u2019un océan à l\u2019autre, un même sentiment de frustration devant le mélange d\u2019ennui et de morosité distillé par la machine publicitaire des grands partis fédéraux.Faute d\u2019un débat des chefs d\u2019Etat sur les problèmes d\u2019un pays en crise, restaient les harangues et les poignées de mains télévisées des chefs de partis, dont la campagne, pensée à l\u2019américaine, faisait pratiquement des aspirants à la présidence.d\u2019une république sans constitution.Restaient les sondages et l\u2019ironie des Rhinocéros.Mais tous les observateurs ne pouvaient se résigner à voir exploités à des fins purement électoralistes les grands motifs du problème de l\u2019unité canadienne.Membre québécois de la Commission Pépin-Robarts, Solange Chaput Rolland nous livre ses observations, ses réactions, ses sentiments au fur et à mesure du déroulement de la campagne.Avant, pendant, après.I la désunion sur l\u2019unité par Solange Chaput Rolland AVANT Le 15 novembre 1976, le réveil du Canada anglais fut brutal.Au What does Quebec want, avait succédé; what will happen now, et au Québec plusieurs répétaient, à la fois angoissés et bouleversés: que vont-ils faire?Ce triangle émotif tournoie encore dans l\u2019air et peut-être a-t-il motivé le premier ministre Trudeau à créer, le 5 juillet 1977, la Commission de l\u2019unité canadienne à laquelle j'ai eu l\u2019honneur d\u2019appartenir.Notre naissance fut pénible, notre adolescence difficile et notre mort, glorieuse, au sens où malgré les critiques, les sarcasmes, les injures et malgré la somptueuse indifférence de celui-la qui nous avait créés, nous avons réussi à imposer le respect aux citoyens qui ont souscrit à l\u2019esprit des rapports et des recommandations.La plupart des hommes politiques ont reconnu la rigueur de l\u2019analyse que nous avons proposée de la crise d\u2019unité, mais plusieurs, plutôt que d\u2019admettre que le pays est au bord de l\u2019éclatement, ont préféré continuer de vivre comme si le référendum n\u2019aurait pas lieu.Le mot même d\u2019unité est à ce point complexe et diversifié, selon les régions, les opinions et les pas- sions, que nous avons rapidement renoncé à l\u2019enfermer dans une seule définition.Mais la notion d\u2019unité continue de dresser le premier ministre du Canada contre la plupart de ses contemporains, puisqu'il en fait son cheval de bataille, son postulat politique et son principe moteur.Notre commission fut mise sur pied, sensément, pour l\u2019aider à refaire l\u2019unité dans un pays désuni depuis plus de trois cents ans.Jamais il n\u2019a, bien sûr, fait appel à nous.Durant dix-huit mois, les commissaires furent invités une seule fois à déjeuner au 24 promenade Sussex et, depuis, nous ne l\u2019avons pas revu.Ce qui en dit long, je crois, sur l\u2019estime de M.Trudeau pour des travaux gigantesques qu\u2019il nous avait commandés, sans vraiment croire que nous puissions lui offrir autre chose qu\u2019une poignée d\u2019engrais pour faire pousser la feuille d\u2019érable dans tous les parterres canadiens.Notre rapport et nos recommandations proposent une nouvelle façon de réussir une certaine unité entre provinces, régions et ethnies, en posant la maison reconstituée sur trois poutres de soutien: la dualité, le régionalisme et un nouveau partage des compétences et des profits.L\u2019unité, assise sur cette troika politique, sociale et économique, pourrait, si seulement les chefs de file de nos sociétés le voulaient, résister aux pressions centrifuges et centripètes qui nous déchirent, nous aspirent et nous diversifient.JUIN 1979\t163 Notre pays en est un de solitude voulue, de murs construits par la mauvaise volonté des uns et des autres, et chacun se complaît et se meut à l'aise dans son petit milieu, inconscient, indifférent et égoïstement enfermé dans ses problèmes, ses humeurs, ses phantasmes, ses préjugés et sa mauvaise conception de ce que pourrait devenir un grand pays, qui reconnaîtrait l\u2019existence de deux sociétés enfin en paix au sein du même état.Moins de deux mois après avoir recruté notre équipe et de nous envoler vers les régions choisies pour y tenir nos audiences publiques, nous avions pressenti que l\u2019unité était mise en échec par celui-là même qui nous avait demandé de la consolider.Pierre Elliott Trudeau, durement contesté par les siens, et par ses adversaires, était perçu par nos intervenants comme partie intégrale de la crise.Son éloignement des problèmes quotidiens, sa gestion impériale du Canada, ses humeurs altières lui avaient valu la haine, j\u2019emploie ce mot avec tristesse, de trop de citoyens, qui au Québec comme dans les neuf autres provinces, le percevaient comme un homme complètement coupé de la réalité de ses semblables.Sa politique du bilinguisme n\u2019avait pas uni les hommes et les femmes du nord, du sud, de l\u2019est et de l\u2019ouest; elle les avait dressés les uns contre les autre, et l\u2019immonde cessez de nous faire avaler le français coûte que coûte, que Keith Spicer avait surnommé le syndrome de Strasbourg (en hommage aux oies mortes au champ d\u2019honneur du foie gras) retentissait à nos oreilles et trop souvent pour mon goût! M.Trudeau devenait cause de la crise et selon les plus anti-premier-ministre, seule sa défaite électorale pouvait rétablir un semblant d\u2019unité, à l\u2019anglaise bien sûr.au Canada.Le citoyen de Halifax déteste Ottawa, l\u2019Albertain tout autant, mais il déteste encore plus l\u2019Ontarien.Les Terre-neuviens, ridiculisés ouvertement par des blagues racistes qui leur restent dans la gorge, sont totalement coupés du continent et, qui plus est, se fichent passablement du mot \u201cunité\u201d, estimant que la leur suffit à combler leurs espérances déçues par une \u201cconfédération\u201d qui ne semble pas avoir rempli leurs attentes.Bref, l\u2019unité n\u2019existe pas au Canada; non seulement entre Québec et le reste du pays, entre francophones et anglophones, mais entre des régions qui n\u2019ont de commun que leur insatisfaction pour l\u2019état actuel des choses.Tout le monde au Canada, sauf les élus du peuple, désire des changements, mais à la condition que les transformations du grand ordre politique n\u2019affectent que le voisin; si le citoyen doit déranger lui-même ses chères habitudes pour accommoder son voisin, alors il ne joue plus à l\u2019unité.Ce phénomène n\u2019est pas réservé aux seuls Anglais du Canada; il recouvre à peu près tout le pays enduit dans son crépi de matérialisme, de confort facile et de sécurité épidermique.Que faudra-t-il pour que ce pays se transforme, se refasse une âme, et une volonté bi-nationale?Je l\u2019ignore car, même si les Québécois, à qui nous avons reconnu le droit à l\u2019autodétermination.se donnaient massivement un gouvernement souverainiste avec ou sans association, le reste du Canada devra trouver des moyens de se transformer, avec ou sans le Québec, s\u2019il veut continuer sa vie canadienne.Une des grandes aberrations québécoises tient à notre certitude que seule la province de Québec est en rogne contre Ottawa et que seuls ses ressortissants portent le dur poids du pays.J\u2019ai été interloquée d\u2019entendre des Albertains, des Colombiens, et des Amérindiens des deux territoires du Nord-Ouest tenir exactement le même langage, mais en anglais évidemment, pour critiquer le gouvernement central, son éloignement, son inconscience de leurs problèmes et sa totale incompréhension du rythme et de la vie culturele des provinces de l\u2019Ouest.Les Québécois imaginent un peu facilement que tous les résidents des grandes plaines canadiennes enfourchent un cheval et, coiffés de leur ten gallon hat, participent à des stampedes quotidiens.La culture, la poésie, la musique, le théâtre, la sculpture et la peinture fleurissent avec abondance et passion sur les rivages du Pacifique et il n\u2019est que de prêter l\u2019oreille à la colère populaire pour pressentir que.si le gouvernement central ne se donne pas de nouvelles structures pour rapprocher l\u2019est de l\u2019ouest, l\u2019Alberta et la Saskatchewan seront sans doute demain épaulées par la Colombie pour former des Western States, qui ne seront canadiens que du bout des lèvres.Actuellement, l\u2019Alberta pourrait fort bien rêver en contemplant son or noir, à une souveraineté sans association, puisque l\u2019association lui coûte au-delà de $400.par habitant, alors qu\u2019il ne nous en coûte que $200, pour contribuer au bien commun.Les Albertains assument en ce moment le prix de la péréquation et je ne crois pas qu\u2019ils endureront encore longtemps les sarcasmes à la Trudeau, lorsqu\u2019il parle du Sultan Peter.A l\u2019heure ou le P.M.se décida à déclencher les élections générales, il avait en main les recommandations de notre commission, qui démontraient qu\u2019il était encore possible de refaire la maison canadienne et de la rendre assez spacieuse pour loger tous les citoyens, toutes les régions et toutes les ethnies.Il avait en main également toutes les données du problème canadien et savait pertinemment que plus il aspirait à contrôler la fédération pour la maintenir en tutelle, plus ses composantes se dresseraient contre sa gestion hautaine et teintée d'une arrogance à peine voilée.L\u2019unité allait redevenir le moteur de la campagne électorale, l\u2019économie allait également devoir être discutée au grand jour.Le gouvernement promettait de contenir ses dépenses et il jurait dur comme fer de mettre un frein à l\u2019inflation et de relancer la chasse aux emplois pour contrer le chômage.164 RELATIONS Et le 22 mai, fut la date choisie pour proclamer la victoire ou la défaite de l\u2019unité.Le rapport Pépin-Robarts était froidement relégué aux calendes grecques, et -Jean-Luc Pépin, co-président de notre Commission, retournait à ses premières amours libérales.Son engagement me déçut considérablement et m\u2019obligea a prendre mes distances à l\u2019égard de son action politique.Il nous avait incités à demeurer indépendants de toute tutelle libérale, alors que le Premier Ministre Trudeau avertissait la population que la troisième option, que nous proposions comme thème de recherches, était un piège pour les citoyens.L\u2019unanimité de notre commission n\u2019existe plus depuis le jour où M.Pépin, comme c\u2019était d\u2019ailleurs son droit, décida de solliciter les sufrages de la population d\u2019Ottawa-Carleton, l\u2019ancien fief de John Turner, devenu la forteresse de -Jean Pigott, député conservateur qui lui mena la vie dure tout au long de la campagne.La Commission J^épin-Robarts n\u2019existe plus.Les élections vont-elles, à tout jamais, rejeter nos recommandations dans la nuit des temps?La question est posée; je tenterai maintenant d\u2019y répondre.PENDANT Durant cinquante-six jours, nous avons entendu des chefs politiques transformer une élection dont M.Trudeau affirmait qu\u2019elle comptait parmi les plus importantes de notre histoire, en vaudeville pour tristes comédiens.La grisaille, la redite, les platitudes traditionnelles à la démagogie nous tinrent lieu de pensée politique.La plupart du temps, Joe Clark insulta Pierre Elliott Trudeau qui, en retour, le traita de garçon de table et de capitaine sans gouvernail.Ed Broadbent se complut dans les attaques contre les politiques économiques des conservateurs et des libéraux, mais il reprit du souffle, du courage et de la dignité au grand soir du maintenant célèbre débat télévisé du dimanche 13 mai; Fabien Roy démontra avec verdeur qu\u2019au Québec le ridicule ne tue personne! M.Trudeau a tenté désespérément, mais avec des arguties plutôt qu\u2019avec des propositions concrètes, d\u2019axer sa campagne sur les thèmes de l\u2019unité et du rapatriement de la constitution.Les citoyens exigeaient, le mot n\u2019est pas trop fort, d\u2019apprendre à relancer l\u2019économie, de pouvoir trouver des emplois stables, d'arriver à payer leur loyer, et ils voulaient savoir quand ils pourraient s\u2019offrir un succulent rôti de boeuf.Si ces grands sujets avaient été débattus publiquement, je demeure convaincue, forte de l\u2019expérience acquise au cours de mes derniers voyages en Canada, que la plupart d\u2019entre eux auraient volontiers écouté leurs leaders leur dire comment ils entendaient recoudre la courte-pointe canadienne.Mais parler de constitution comme si chacun pouvait payer son rapatriement à même des économies inexistantes, c\u2019était à mon avis compromettre dangereusement la chère et vénérable loi de 1867.Losque M.Trudeau, plus impatient que vigilant, voulut sa formule de rapatriement de la constitution et sa volonté d\u2019en appeler au peuple, si les provinces résistaient à ses exigences, il se vit accuser d\u2019autoritarisme par ses adversaires, d\u2019ingérence dans les affaires provinciales par la plupart des \u201cPremiers\u201d, et il obligea Claude Ryan, nouvellement installé à l'Assemblée Nationale, à prendre ses distances a l\u2019endroit des vues du Premier ministre Libéral fédéral.Et c\u2019est ainsi, qu\u2019une autre fois, les forces fédéralistes se sont divisées, autorisant les forces souverainistes à se tordre de rire devant la dissension générale qui se donne des airs d\u2019unité canadienne.Tout au long de cette campagne, le silence le plus complet a régné sur le rapport de notre commission.Est-il définitivement oublié?-Je le crains, mais je garde un dernier espoir que, durant les mois qui précéderont et qui suivront notre réponse au référendum du gouvernement Lévesque, ce rapport redeviendra le centre et le point de départ de nouvelles négociations entre le Québec et le reste du pays.Au moment où je rédige ces lignes, je me prépare à une autre tournée des régions déjà visitées par la commission.Cette fois j\u2019y retourne \u201caux frais de l\u2019entreprise privée\u201d, à titre personnel, mais encore investie de la responsabilité d'un ex-commissaire pour mesurer l\u2019humeur des anglophones du Canada concernant le rapport.Je leur dirai que, loin de s\u2019inquiéter de constater le respect du gouvernement Lévesque pour nos travaux, ils devraient s\u2019en réjouir et imposer au prochain premier ministre canadien et à ses homologues des provinces, d'entreprendre au minimum une analyse de nos recommandations.Si je devais constater que déjà l\u2019indifférence est généralisée face aux deux documents Se Retrouver, et Définir pour Choisir, je reviendrai au Québec, fortement déç-çue et moralement obligée de prendre de graves décisions.Notre rapport a été signé, endossé, défendu, adopté, unaniment.Cela veut dire que huit personnes, issues de milieux différents, de régions souvent dressées les unes contre les autres, majoritairement anglophones, et co-présidés par -John Robarts, un des hommes les plus influents et les plus prestigieux du Canada conservateur, ont réussi à se dominer, à se rassembler, mais non à se ressembler.La réussite est de taille et elle a fortement intluencé les jugements portés sur nos recommandations par tous les observateurs chevronnés du Canada.Si, malgré la force que nous représentions, si, en dépit d\u2019une consultation à l\u2019échelle pan-canadienne avec les grands experts constitutionnalistes, fédéralistes, de dix provinces, nous avons échoué à changer le grand ordre fédéral, pourquoi imaginer que Claude Ryan, libéral, partisan et chef de l\u2019opposition d\u2019une seule province, et qui, de plus, est de la province la plus discutée et la plus détestée du pays, pourra réussir à imposer ses propositions au gouvernement canadien?-Je ne sous-estime en rien les qualités exceptionnelles de JUIN 1979\t165 Claude Ryan; seuls les esprits les plus fanatisés du pays ricanent de son austérité intellectuelle et de la rigueur de ses jugements.Mais pourquoi réussirait-il là où nous avons échoué0 La question est troublante et je serai mieux en posture d'y répondre durant les mois qui suivront la victoire conservatrice du 22 mai 1979.APRES LA VICTOIRE DE JOE CLARK Ils sont deux pour représenter plus de 4 millions de Québécois, balkanisés à l\u2019excès et gendarmés les uns contre les autres.Et même si nous reconnaissons à Rock Lassalle et à Howard Graffty des talents incontestés de politiciens, ils ne sont pas représentatifs du Québec nationaliste et farouchement souverainiste de notre époque.Comment feront-ils pour infléchir la volonté des Tories de tout gouverner à leur guise, si Joe Clark, notre nouveau et étonnant premier ministre, ne réussit pas à grouper autour de lui une cellule importante et influente de Québécois?Il est tombé au champ d\u2019honneur, ce Pierre Elliott Trudeau, qui ne ressemble à personne, qui domine tout le monde et qui ne s\u2019incline devant qui que ce soit, pour quoi que ce soit.Le soir de sa défaite, il prit congé du pays avec des accents d\u2019une si haute dignité, que nous fûmes plusieurs, ce soir là.à essuyer quelques larmes.Seuls des Québécois fanatisés à l\u2019excès ont dû ce soir là, comme il fut dit, \u201csabler le champagne\u201d et chanter leur délivrance devant la défaite des Libéraux.Et la défaite fut cuisante, méritée en raison de l\u2019usure d\u2019un gouvernement qui prit ses désirs pour des réalités, ses amis pour le peuple, et le peuple pour des ignares qui ne pouvaient rien comprendre aux grands jeux constitutionnels.Les deux sociétés canadiennes, l\u2019une francophone et l\u2019autre anglophone et multi-ehtnique, se font face maintenant à la Chambre des Communes et aucune solution miracle mise de l\u2019avant par le Premier Ministre Clark, ne pourra faire oublier que, massivement, les Canadiens français sont demeurés fidèles à Trudeau et à ses vues et qu\u2019aussi massivement les anglophones se sont portés à la rescousse de Joe Clark et des siens.Je termine cet essai au lendemain de la défaite libérale et j\u2019en porte les cicatrices; non que je sois inconditionnellement du clan Trudeau, mais parce que je suis demeurée fidèle à l\u2019amitié qui me lie à cet homme que je ne connais pas du tout comme ex-premier ministre du Canada, mais dont j\u2019ai subi l\u2019influence aux verts printemps de ma non moins verte jeunesse! Le Canada anglais s\u2019est donné le 22 mai un gouvernement conservateur aussi terne que monotone; comme a pu l\u2019écrire le cher Edmond Rostand, \u201cil remit son uniforme gris\u201d.Nous revivrons maintenant à l\u2019anglaise; le waspism, (la mentalité dominante anglo-saxonne) a repris sa force, le sherry tié-dasse remplacera le kir glacé, et la gentry politique conservatrice coulera un peu plus d\u2019ennui dans la si ennuyeuse capitale du Canada.Mais il ne faudrait pas conclure de ces lignes désabusées, que je suis anti-Clark.etc.Je ne crois pas non plus que la polarisatin au sein des Communes laisse présager le divorce entre le Québec et le Canada.Et je pressens que M.Lévesque se trompe allègrement et cyniquement, s\u2019il imagine avoir la partie plus facile avec Joe Clark qu\u2019avec Pierre Elliott Trudeau ou Marc Lalonde.Certes, le clan conservateur sera moins cinglant, moins hautain, mais attention! Le nationalisme tory n\u2019est pas souple; au-delà du sourire traditionnel de la diplomatie conservatrice, un poing de fer se brandira aux moindres éclats de voix.Si Joe Clark nous semble, de prime abord, facile à berner, nous déchanterons au matin des premières négociations entre les deux paliers de gouvernement.Le Premier Ministre est jeune et inexpérimenté; ses collègues au cabinet, ses mandarins et conseillers, ne le sont pas.Il sera sans doute facile de trouver des compromis honorables entre Messieurs Lévesque et Morin et Clark et une Flora MacDonald; mais ne sous-estimons pas le ressentiment anti-québécois de l\u2019aile la moins progressiste de ce parti.Côté Québec, le gouvernement Lévesque se doit plus que jamais d\u2019offrir des alternatives honnêtes au statu quo dans lequel le Canada tout entier menace de se cantonner, et au rejet évident de la thèse séparatiste de son programme politique par la population du Québec.Il devrait, à mon avis, et au plus vite, informer toute la population non pas seulement de la date du référendum mais du sens de la question.Il ne suffit plus, à l\u2019heure Clark, et à l\u2019heure Ryan, de laisser entendre qu\u2019il s\u2019agira de négociations asso-ciationnistes.Personne ne comprend le sens exact de ces mots et la réalité économique qu\u2019ils recouvrent.La question doit être mise à la portée de tout les citoyens et non seulement réservée à ceux qui la débattront sur le plancher de l\u2019Assemblée nationale.Même si les débats sont peut-être devenus l\u2019émission la plus suivie de notre télévision, tous les citoyens ne sont pas sensibles à ce type de dialogue.Donc, la question devra devenir matière à discussions dans nos maisons, dans les rues, et dans les assemblées publiques.Elle nous concerne tous, et tous nous devrons nous mettre à son étude, à l\u2019étude de ses conséquences, de ses exigences et de ses nuances.Si nous laissons les politiciens l\u2019accaparer au profit de leurs intérêts électoraux en vue des élections générales du Québec, il pourra arriver qu\u2019ils gagnent la bataille du référendum, mais nous aurons perdu celle de la démocratie.Si c\u2019est à la liberté politique que nous aspirons, soyons assez libres pour respecter le débat politique qui conduira à notre devenir collectif, et assez adultes surtout pour nous incliner sans récriminations devant la réponse.M.Clark doit maintenant nous montrer si, comme Premier Ministre du Canada, il entend respecter la volonté populaire.La santé du Canada conservateur et anglophone en dépend.166 RELATIONS II le droit du par Irénée Desrochers Quand, vendredi le 11 mai, le chef libéral provincial du Québec s\u2019est vu obligé d\u2019intervenir dans la dernière campagne électorale fédérale, pour clarifier sa position sur certains aspects du problème constitutionnel soulevés par les partis fédéraux, il a tenu à bien spécifier qu\u2019il s\u2019abstenait alors de toute intervention de caractère partisan et qu\u2019il n'intervenait de fait, à ce moment-là, que parce que \u201cdes principes fondamentaux ou des valeurs essentielles\u201d étaient en cause.Maintenant que s'annonceront des conférences fédérales-provinciales et un référendum québécois, il serait utile que, dans un même esprit de réflexion sur des principes fondamentaux et des valeurs essentielles, les Québécois de toute couleur politique se mettent à scruter, le plus objectivement possible, ce que le chef conservateur, M.Joe Clark a dit, de fait, sur le problème de l\u2019unité canadienne, à examiner la teneur des promesses électorales qu\u2019il a eu l\u2019audace de faire au Québec, et à s\u2019interroger, en donnant sa chance à ce nouveau et jeune coureur, sur les espoirs qu\u2019ils pourraient peut-être songer à y fonder.L\u2019enjeu, semble-t-il, en vaut la peine.Le contexte québécois Pour saisir la portée des paroles qu\u2019a prononcées M.Clark pendant la récente campagne électorale, à Montréal, à Cowansville, à Toronto et à Trois-Rivières, il faut d\u2019abord se replacer dans le contexte québécois qui préexistait, d\u2019autant plus que ce contexte général, qui n\u2019a pas contribué alors à lui faire changer d\u2019idée, reste celui dans lequel il aura dorénavant à poursuivre son action.De façon générale, les francophones du Québec, surtout ces dernières années, avaient suffisamment clarifié le sens qu\u2019ils donnent au droit moral à l\u2019autodétermination des Québécois, pour que, de quelque parti politique provincial qu\u2019ils soient, ils se sentent heurtés et même blessés par les affirmations, pour le moins équivoques, de ce chef Tory, telles que rapportées par l\u2019ensemble des journaux francophones et anglophones du Québec.Québec et les tactiques de M.Clark Ainsi donc, après avoir réussi à rallier les mécontents de neuf provinces, Joe Clark se lance à la \u201cconquête psychologique\u201d du Québec.Le nouveau conquérant aura fort à faire.Car, pour convaincre le Canada anglais qu\u2019il pourrait, lui aussi, mettre le Québec à la raison, le chef conservateur n\u2019a pas hésité à nier à ce dernier \u201cle droit de mettre fin à la Confédération en votant sa sortie du pays\u201d.A plusieurs reprises, il a paru rejeter purement et simplement le droit à l\u2019autodétermination.C\u2019était aller contre l\u2019opinion unanime des partis provinciaux du Québec qui, fédéralistes ou souverainistes, admettent tous que doit prévaloir la volonté populaire clairement exprimée.C\u2019était ignorer les recommandations de la Commission Pépin-Robarts, qui reconnaît que c\u2019est à la province de Québec, et non au pays tout entier, qu\u2019il revient de prendre ses décisions politiques et constitutionnelles.C\u2019était contredire un principe moral, admis depuis 1972, par un autre organisme pan-canadien, la Conférence des évêques catholiques du Canada.L\u2019intransigeance de ces propos étonne dans la bouche de celui qui se présente comme un spécialiste du consensus.A moins que nous les ayons mal compris.A moins que nous n\u2019ayons pas encore décodé la logique très pragmatique du nouveau premier ministre.Le fondement moral de leurs aspirations légitimes à plus de justice, qu\u2019ils soient souverainistes, encore indécis dans leur option politique, ou même fédéralistes, leur apparaissait nettement.Une affirmation comme celle qu\u2019avaient faite le0 Evêques du Canada, en avril 1972, que \u201ctoutes les options politiques respectueuses de la personne et de la communauté humaine sont libres, tant au plan individuel que collectif\u201d était devenue comme indiscutable, tant on avait de tout côté cessé de chercher à en expliciter le sens.Toutes les options étaient considérées comme moralement fondées et servant de base à la vie politique de tous les partis provinciaux, même de ceux qui étaient opposés en pratique à l\u2019option d\u2019un \u201coui\u201d, à condition qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un \u201coui\u201d qui serait vraiment majoritaire, honnête, démocratique, en réponse à une question claire et précise.Le débat ne portait plus sur l\u2019existence du droit fondamental et moral (\u201cvoulons-nous décider nous-mêmes ce que nous déciderons, librement et démocratiquement?\") qui était sous-jacent à toutes les diverses options politiques, mais sur le choix de telle ou telle option particulière.Même les hommes politiques du parti conservateur fédéral au Québec étaient d\u2019accord, certains prétendant même être aussi nationalistes, ou même plus, que des rivaux d\u2019autres partis fédéraux.De sorte que, quelques jours avant l\u2019élection fédérale du 22 mai, Gretta Chambers, journaliste anglophone à la Gazette de Montréal (19 mai, p.17), pouvait sans aucune hésitation écrire, en faisant allusion à la position de M.Clark, que, quel que soit le nombre de Québécois à admettre les difficultés qu\u2019il peut y avoir, quand on songe à appliquer le principe de l\u2019autodétermination dans les diverses façons de résoudre le problème de l\u2019unité canadienne, \u201cil n\u2019y en a aucun qui croie que le Québec n\u2019a pas le droit de décider de son avenir politique\u201d.Inutile de revenir sur la position qu a prise un parti comme le Parti Québécois, dont le premier considérant de base est \u201cque le peuple québécois a le droit le plus strict à l\u2019autodétermination\u201d (I).1.Conseil exécutif national du Parti Québécois, D'Egal à Egal, Manifeste et propositions concernant la souveraineté-association (pour le Congrès national de JUIN 1979 167 Prenons plutôt, comme un à fortiori, la position d\u2019un parti franchement fédéraliste, le Parti libéral provincial du Québec.Dans son document de travail le plus récent (il est de février 1979), à l\u2019intention des membres du Parti libéral du Québec, intitulé Choisir le Québec et le Canada, M.Claude Ryan est très clair sur cette question: Le droit à l\u2019autodétermination est déjà à toutes fins utiles reconnu au Québec.La meilleure preuve qu\u2019on puisse en fournir, c\u2019est que le droit du Québec de tenir un référendum sur son avenir constitutionnel est très généralement accepté à travers le Canada.Ce qui sera par conséquent en cause, à l\u2019occasion du référendum, ce ne sera pas l\u2019acceptation ou le refus du droit du peuple québécois à décider de son destin.Ce droit est d\u2019ores et déjà accepté.Ce qui sera en cause, ce sera d\u2019abord et uniquement le choix par les Québécois de l\u2019option politique la plus apte à favoriser l\u2019exercice judicieux de leur droit à disposer librement de leur avenir.En d\u2019autres mots, il faut affirmer sans la moindre hésitation que l\u2019on peut très bien adhérer au principe de l\u2019autodétermination tout en étant convaincu que la meilleure façon pour le Québec d'exercer son droit à l'autodétermination, c\u2019est de rester fidèle à l\u2019option fédérale canadienne.Il ne saurait être question non plus que l\u2019on soit moins favorable à l\u2019autodétermination parce que l\u2019on choisit de rechercher la liberté du peuple québécois à l\u2019intérieur de l'option fédérale canadienne (pp.71-72).La position du rapport Pépin-Robarts La conclusion de la Commission Pépin-Robarts sur cette question particulière fait partie du contexte, tout au moins québécois, dont nous parlons.Elle ne pouvait pas passer et n\u2019a pas passé inaperçue.Aussi n\u2019y a-t-il aucune surprise à la voir citée très longuement par M.Ryan et appuyée par lui dans ce même document de travail du Parti libéral provincial.Ce rapport de la \u2018\u2018Commission de l\u2019unité canadienne\u201d, intitulé Se retrouver et publié en janvier 1979, de façon à arriver avant la campagne électorale fédérale, consacre les premières pages de son important chapitre de conclusion à cette question fondamentale.Faut-il 1979), 1979, p.12.2.Commission Pépin-Robarts de l\u2019unité canadienne, Se retrouver, en appendice pp.149-151.rappeler que ce document, nettement fédéraliste, nous vient d\u2019une commission fédérale\u2019 dont le mar|dat était à l\u2019avance limité à une conclusion fédéraliste, et dont le type de conclusion avait été tiré par la Commission dès le début de son existence \u2014 voir le communiqué émis lors de la première réunion de la Commission, à Ottawa, le 1er septembre 1977: \u201cLe rôle de la Commission\u201d(2) \u2014 avant même de commencer ses études et son enquête.Et pourtant, c\u2019est bien cette Commission qui affirme avec beaucoup d\u2019honnêteté, il faut le reconnaître, le droit du Québec à l\u2019autodétermination.On remarquera que cette conclusion particulière a été accueillie unanimement au Québec par tous les partis provinciaux.M.Clark ne pourra jamais l\u2019oublier, même s'il devait un jour \u201centerrer\u201d une bonne partie du reste de ce rapport.Il se souviendra que les remarques qui suivent ont été signées unanimement par les Commissaires, anglophones et francophones.En posant la question: \u201cLe Québec a-t-il droit à l\u2019autodétermination?\u201d, le rapport de la Commission souligne d\u2019abord la grande importance de cette question: elle ressort du fait que \u201cle droit du Québec à décider de son propre destin est partie intégrante de toute solution à la crise canadienne\u201d.Les commissaires affirment donc qu'ils ne peuvent pas ne pas \u201cinsister, avec le plus de franchise possible, sur le principe de l\u2019autodétermination\u201d.Ils concèdent qu\u2019au plan technique et juridique, il y aurait à résoudre des problèmes de droit constitutionnel ou peut-être de droit international.Mais ils reviennent vite au débat de fond, celui qui les place \u201cau coeur du problème\u201d: Il s\u2019agit plutôt de déterminer, dans les faits, quels sont les principes qui serviront de base aux discussions entre le Québec et le reste du pays, et ce au moment même où le Québec s\u2019apprête à prendre la décision politique la plus importante de son histoire.Il faut savoir, advenant qu\u2019au cours des prochaines années les Québécois décident démocratiquement, de façon définitive, de se séparer, si leur décision doit être respectée et acceptée par le reste du Canada.Nous répondons à cette question par un oui sans équivoque.Cette réponse s\u2019impose comme un corollaire nécessaire de notre acceptation du processus démocratique (p.121).Les commissaires ont dit plus haut qu\u2019aucun d\u2019eux ne souhaiterait, - s\u2019il arrivait, suite à un choix manifeste et déterminé, que les Québécois voient dans la souveraineté, leur destin, - que le droit de rechercher cette souveraineté leur soit refusé.Ils concluent maintenant que \u201cla volonté populaire, clairement exprimée, doit prévaloir\u201d et qu\u2019il serait \u201cà la fois peu prudent et moralement discutable de la refuser ou de l\u2019entraver\u201d (122).Ils voient donc clairement, et ne craignent pas de l\u2019affirmer, que non seulement les problèmes constitutionnels prennent racine dans la vie politique, mais que la vie politique démocratique elle-même invite la volonté populaire à s\u2019exprimer et commande, quand elle est prise globalement, c\u2019est-à-dire de façon réaliste, une attitude fondamentale, qui est d\u2019ordre moral.Les commissaires pensent que la plupart des Canadiens, de même que l\u2019ensemble des chefs politiques du pays, partageront leur point de vue.C\u2019est un espoir que tous les Québécois aimeront entretenir, étant eux-mêmes, semble-t-il, très sensibles à cette valeur.Les auteurs du rapport tirent alors une conclusion d\u2019ordre pratique: Ceci dit, nous nous devons d\u2019ajouter que c\u2019est à la population du Québec qu\u2019il incombe d\u2019exercer ses propres choix politiques et constitutionnels, et non pas au pays tout entier .c\u2019est aux Québécois qu\u2019il appartient de décider\u201d (p.122).Qu\u2019est-ce que M.Clark a dit?C\u2019est le dimanche, 18 février, à un grand dîner-bénéfice organisé à Montréal pour le présenter à la population du Québec, que le nouveau chef conservateur, M.Joe Clark a vraiment fait son entrée sur la scène politique québécoise.Il a voulu que les Québécois ne l\u2019oublient pas tandis que les anglophones du reste du Canada ne manqueraient pas de comprendre la fermeté de sa position.Il a répété qu'un gouvernement progressiste-conservateur ne négocierait pas une souveraineté-association entre le Québec et le reste du Canada: Ne vous méprenez pas, souveraineté-association veut dire séparation.M.René Lévesque parle d\u2019association, mais le reste du Canada n\u2019est pas intéressé à la séparation et vous pouvez être convaincus qu\u2019un gouvernement progressiste-conservateur ne négociera pas le démembrement du pays.(Le Devoir, 19 fév., p.1 ; The Gazette, 19 fév., p.2.) Bien qu\u2019il semble croire ou qu\u2019il affirme que, pour le Canada anglais du moins, une souveraineté politique pour le Québec, liée à une association économique avec le Canada, veuille vraiment 168 RELATIONS dire une \u201cséparation\u201d, le démembrement du pays, sa pensée n'est pas encore aussi claire qu\u2019elle le deviendra, parce qu\u2019il parle encore d\u2019un contexte dans lequel il est tout de même question d\u2019association, au sens assez confus que le jeu politique pan-canadien a donné jusqu\u2019ici à l\u2019expression.Négocier ou non une association, c\u2019est envisager une transaction à deux et l\u2019on peut comprendre une tactique de la part du Canada anglais, qui consiste à dire que, pour sa part, il n\u2019est pas intéressé et qu'un gouvernement conservateur trouvera de bonne guerre de clamer, particulièrement avant coup, il va de soi, qu\u2019il ne négociera pas.Le caractère bilatéral de l\u2019échange en question, une \u201cassociation\u201d, permet jusqu\u2019ici à l\u2019un des partenaires de vouloir jouer rudement la partie de poker.Ce n\u2019est pas encore le geste unilatéral par lequel ce partenaire déclarerait qu\u2019il entend instaurer une nouvelle règle du jeu, à savoir que le droit moral qu\u2019ont objectivement les deux partenaires de décider de leur propre destin en jouant les cartes qu\u2019ils possèdent, soit dorénavant nié à l\u2019un, avant même de commencer à jouer, nié d\u2019avance en principe par l\u2019un des vis-à-vis, parce qu\u2019il tient à tout prix à tenir l\u2019autre sous sa coupe.Il prétendrait jouer au poker, en enlevant, dès l\u2019abord, du jeu de son \u201cadversaire\u201d, la carte principale que de fait il possède.En effet, essayer de fausser le jeu au départ, en niant en l\u2019occurrence aux Québécois le droit moral des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes, ce n\u2019est pas tout à fait la même chose que de dire tout bonnement qu\u2019on ne négociera pas une \u201cassociation\u201d.Bien des Québécois se sont demandé, sans trop se soucier de préciser la pensée de M.Clark, jusqu\u2019où en fait il voudrait aller.Le 20 avril, cette fois pendant la campagne électorale, à Cowansville, au Québec, M.Clark reprend la même position, en se réfugiant au plus vite dans son autobus pour échapper aux journalistes qui le poursuivent (La Presse, 21 avril, p.A-10).Un reporter du journal montréalais The Gazette se met alors à l\u2019affût.Il attend sa chance d\u2019acculer littéralement le chef conservateur à préciser davantage sa pensée.Quelques jours plus tard, à Toronto, le 25 avril, il réussit, en s\u2019y prenant à deux fois le même jour, à soumettre M.Clark à la torture.Claude Hénault livrait la transcription même de cette interview dans la Gazette du lendemain (26 avril, p.2).Ce texte, dont M.Clark a dû de toute façon improviser la teneur, ne semble pas avoir été suffisamment examiné par les Québécois, surtout qu\u2019ils ont très probablement dû se fier un peu trop, non seulement à l\u2019interprétation rapide et équivoque que Claude Hénault lui-même en donne, en résumant l\u2019incident dans le texte de sa propre \u201cnouvelle\u201d à la page un de la Gazette (en affirmant que Clark \u201crejette le droit du Québec à l\u2019autodétermination\u201d), mais au rapport qu\u2019en firent les autres journaux du 26 avril, sans jamais, à ma connaissance, publier de cette interview la transcription littérale elle-même.Retournons donc à cette première source.L\u2019interviewer prépare d\u2019abord son terrain en posant une première question lui permettant de passer de l\u2019expression \u201csouveraineté-association\u201d, de laquelle M.Clark avait semblé vouloir se servir jusqu\u2019ici, à l\u2019idée de l\u2019indépendance elle-même.Question: M.Clark, ces derniers jours, vous avez répété que si René Lévesque venait vers vous avec un mandat de négocier la souveraineté-association, vous refuseriez de négocier .Est-ce que cela veut dire que vous refuseriez de négocier la séparation du Québec quel que soit le mandat d\u2019indépendance (no matter what mandate for independence) que les Québécois donneraient à leur gouvernement?Clark: Eh bien, oui.C\u2019est clair dans tout ce que j\u2019ai dit.Alors Claude Hénault, journaliste de Québec qui sait quelle est la corde la plus sensible pour les Québécois, demande un peu plus loin, au sujet du droit: Question: Une question complémentaire pour clarifier votre réponse à la première question.Etes-vous en train de dire, par conséquent, que vous n\u2019accorderiez à la province de Québec, en aucune circonstance, le droit de devenir indépendante?Clark: C\u2019est ça! la province de Québec ne peut pas voter sa sortie du Canada.Question (posée lors d\u2019un deuxième échange qui a eu lieu le même jour): Je veux m\u2019assurer que j\u2019ai bien compris.Etes-vous alors en train de dire que même s\u2019il y avait dans la province de Québec un vote majoritaire en faveur d\u2019une question claire sur la séparation, vous empêcheriez cette séparation, vous ne la permettriez pas?Clark: Oui.Je pense que vous ne pouvez pas briser ce pays par un vote unilatéral d\u2019une partie du pays pour mettre fin au pays.C\u2019est ça l\u2019élément essentiel de ce que je dis depuis assez longtemps.Cette fois, c\u2019est plus clair.On avance d\u2019un pas.En toutes lettres, il ne s\u2019agit plus d\u2019association, mais de l'indépendance et du droit à l\u2019indépendance.A Trois-Rivières, le 2 mai, Clark répète sa position au sujet du droit, en essayant d\u2019éviter qu\u2019on l\u2019accuse de faire de la discrimination à l\u2019égard du Québec en particulier.Il nie ce droit à toutes les provinces sans distinction.Mais remarquons qu\u2019il utilise telle quelle l\u2019expression \u201cdroit d\u2019autodétermination\u201d: Je pense qu'aucune province n\u2019a le droit de mettre fin à la Confédération.Alors, non, je ne pense pas qu\u2019il y ait un droit d\u2019autodétermination pour l\u2019Ontario, le Québec, l\u2019Ile-du-Prince-Edouard, ou n\u2019importe quelle autre province, (journaux du 3 mai, Gazette, p.10; Devoir, p.1 ; Presse, p.A-8.) Quelle importance ces déclarations peuvent-elles avoir?Il est clair que, pour les gens du Québec, elles ne peuvent passer à la légère.Mais si on se replace dans le contexte de la comparaison que M.Clark a voulu établir entre le Québec et l\u2019Ontario, l\u2019Ile-du-Prince-Edouard ou n\u2019importe quelle autre province et si on demande au public anglophone de ces autres provinces ce que signifient pour lui les mots du chef conservateur au sujet d\u2019un \u201cdroit\u201d de mettre fin à la Confédération, au moment où il parle de \u201cvoter\u201d sa sortie du Canada, qu\u2019est-ce que ce public aura compris?Est-il sûr qu\u2019il aura compris la même chose que le public québécois, qui songera au sens qu'il s\u2019est habitué à donner à l\u2019expression devenue classique pour lui, c\u2019est-à-dire \u201cle droit d\u2019autodétermination\u201d?Le problème de savoir quelle est la vraie pensée de M.Clark existe donc, au moins au niveau de ce que le public a pu capter comme venant des media.Car il faut d\u2019abord se rendre à l\u2019évidence: d\u2019une part, que les journalistes et éditorialistes, francophones et anglophones, ont de fait répété qu'il niait le droit du Québec à l\u2019autodétermination, et, d\u2019autre part, que M.Clark, s'il ne l\u2019avait pas nié, n\u2019avait pas cru bon de revenir à la charge pour rectifier quoi que ce soit, en faisant des distinctions que la tactique électorale, telle qu\u2019il la voyait, lui, commandait de ne pas risquer auprès d\u2019un public canadien, pris en bloc, englobant à la fois anglophones et francophones, divisé, émotif, et souvent peut-être un peu fanatique, ou du moins pas exagérément porté à raffiner.JUIN 1979 169 A Toronto, Claude Hénault, presqu'à la gêne, car il sent que c\u2019est le genre de question qu\u2019un fanatique, un redneck dit-il, serait porté à faire valoir, est finalement poussé à poser sa dernière question: Question: Enfin, si votre effort pour convaincre les Québécois ne réussissait pas, songeriez-vous, pour retenir le Québec, à avoir recours à l\u2019armée?Clark: Non, évidemment non.j\u2019ai déjà dit que je n\u2019ai jamais été d\u2019avis que l\u2019on puisse forcer une nation à rester unie par la force des armes.D\u2019après M.Ed.Broadbent, chef du N.P.D., l\u2019alternative serait bien définie: ou bien le Canada accepterait la décision du Québec, ou bien il ne l\u2019accepterait pas.S\u2019il ne l\u2019acceptait pas, c'est l\u2019impasse.On tourne en rond.Et si on dit qu\u2019on empêchera de tourner en rond, n\u2019est-ce pas qu'on a véritablement l\u2019intention de recourir aux armes?L\u2019attitude de M.Clark, dit Broadbent, ne peut que produire l\u2019effet contraire de ce qu\u2019il recherche et contribuer à accélérer le mouvement séparatiste.Donc, raisonne Broadbent, \u2014 même si on pense que la chose n\u2019arrivera pas et surtout si on est, comme tous les partis fédéraux, opposé au séparatisme, \u2014 il n\u2019y a qu\u2019une chose à faire pour clarifier d'avance la situation, c\u2019est de dire qu\u2019on accepterait une décision démocratique et claire de la part des Québécois, quitte à envisager que ce seraient alors \u201cthe toughest negotiations\u2019\u2019 les négociations les plus dures que le Canada aurait jamais connues.Mais on n\u2019aurait pas le choix.M.André Payette, un des candidats conservateurs défaits au Québec, se consolait pendant la campagne électorale, en concluant qu\u2019il était au moins clair que M.Clark ne songerait jamais à se servir de l\u2019armée pour forcer le Québec à rester contre son gré dans la fédération canadienne.C\u2019était, pour ce candidat, le principal à retenir.Mais ne peut-on pas conclure aussi qu\u2019il y a, de la part de M.Clark, dans cette façon de laisser en suspens une impasse, comme une menace?On voilerait ainsi une intention d\u2019intimider: ne votez pas dans le sens du \u201coui\u201d, parce que ce serait inutile, il y aurait blocage, nous ne le reconnaîtrions pas.On a peut-être l\u2019impression de comprendre suffisamment ce que M.Clark veut dire.Mais les implications de ce qu\u2019il affirme paraissent prendre une dimension telle qu'on hésite encore à affirmer qu'on saisit bien sa pensée.En effet, un journaliste bien connu, George Radwanski, dans le Financial Times of Canada (7 mai, p.9), ose écrire: Ces déclarations récentes du chef conservateur méritent d\u2019être scrutées très soigneusement, car il est fort possible que ce soient là les choses les plus importantes que n\u2019importe qui ait dites pendant cette campagne électorale.La porte de sortie de M.Clark On peut concéder à M.Clark la remarque qu\u2019il a faite à la fin au journaliste Claude Hénault qui l\u2019avait acculé: C\u2019est votre métier de réduire les questions en les simplifiant.J\u2019essaie donc de répondre à vos questions en tenant compte de cette simplification (\u201cin relation to that simplicity\") Mais il faut voir que la première porte de sortie du chef conservateur est plutôt celle d\u2019une fuite complète devant l\u2019hypothèse.Accepter de faire face à l\u2019hypothèse, ce serait, comme un intellectuel, à la Trudeau, concéder qu\u2019il puisse y avoir un problème.Affirmer que c\u2019est un faux problème, que la question ne se posera jamais, est la meilleure façon pour cet homme d\u2019action, à la réputation d\u2019être \u201cpragmatique\u201d avant tout, de l\u2019écarter.C\u2019est ainsi qu\u2019à une émission radiophonique du dimanche 6 mai, il affirmait qu\u2019avec un gouvernement conservateur, il n\u2019y avait pas plus de chance de voir les Québécois voter pour l\u2019indépendance que de voir le ciel lui tomber sur la tête ou encore la ville d'Ottawa inondée par les vagues de l\u2019Atlantique! Mais ce n\u2019est pas encore sa vraie réponse.La clef de toute son attitude, c\u2019est l\u2019optimisme qui le soutient.Il est capable, dit-il, de persuader les Québécois en utilisant \u201cla force de l\u2019argument\u201d et non celle des armes.Voici ce qu'il dit à Claude Hénault, le 25 avril, à Toronto: Un référendum .ce n\u2019est qu\u2019un vote à un point donné du temps.Ce qui compte, c\u2019est un processus de démonstration de la valeur du pays aux parties qui le composent .Voilà pourquoi j\u2019insiste tellement sur le nouveau travail, le nouveau terrain qu\u2019un nouveau gouvernement national peut ouvrir en faisant une démonstration .qu\u2019il y a un nouveau gouvernement national en ville, qui a autorité en dehors de la province de Québec, autorité pour parler au nom du reste du pays, et qui est sensible aux aspirations des Québécois, particulièrement au sujet de leur sécurité culturelle et de leur épanouissement économique .Je pense que le défi qui se présente mainte- nant, en avant, au reste du pays, c\u2019est de démontrer aux Québécois que le système fédéral peut subir une expansion.Quelques jours plus tard, le 30 avril, à Sydney, M.Clark ^e présente comme celui qui peut proposer aux Québécois de nouvelles raisons (\u201cfresh reasons\") pour qu'ils décident de rester dans le Canada, même si le Québec n'avait donné aux Tories aucun appui dans l\u2019élection fédérale du 22 mai.La chance particulière qui s\u2019offre à mon parti, c\u2019est que nous serons capables de montrer au peuple du Québec que le fédéralisme a un nouveau visage, et qu\u2019il n\u2019y a pas que Pierre Trudeau, qu\u2019il n'y a pas que ces gens qui disent non depuis onze ans.Voilà la grande promesse électorale de M.Clark.On doit donc attendre maintenant pour voir quel oui il dira au Québec.Il a parlé de convoquer une conférence fédérale-provinciale très tôt, avant même que le référendum provincial ne soit tenu au Québec.Le vrai problème Le vrai problème venait du fait que M.Clark refusait carrément d'affirmer le droit moral des Québécois à l\u2019autodétermination.Il a cherché en même temps à se réfugier dans des formules de demi-obscurité, par lesquelles il pourrait se contenter de s\u2019abstenir, pensait-il, de nier explicitement et directement ce droit.Donc, au mieux, ni affirmer, ni nier, avec l\u2019espoir de sauver peut-être la chèvre et le choux, car c\u2019était une tactique qui visait à la fois le Canada anglais et le Québec francophone.Mais il acceptait en pratique le risque de paraître au moins nier ce droit.Son optimisme l\u2019a poussé à utiliser cette tactique jusqu\u2019à en récolter un avantage important au Canada anglais et à en payer un prix très élevé au Québec.Ce n\u2019était pas, semble-t-il, chez M.Clark, une véritable confusion sur une question de principe.C\u2019était plutôt une lucidité et un risque calculé au niveau de la tactique.Dans la course au leadership, le chef conservateur devait s\u2019afficher, aux yeux du plus grand nombre possible d\u2019anglophones, comme un chef très ferme, plus dur encore que M.Trudeau.Le chef libéral, en effet, c\u2019était le dur qui s\u2019opposait aux \u201cséparatistes\u201d, mais en concédant tout de même, après tout, le principe du droit moral et le fait qu'il donnerait, à la limite, sa démission, s\u2019il devait un jour avoir à négocier au-delà de l\u2019hypothèse fédéraliste.170 RELATIONS M.Clark, délibérément, était prêt à poser comme un geste désespéré, \u2014 mais c'était son dernier espoir, \u2014 celui d\u2019un politicien qui, n\u2019ayant pas réussi à gagner du terrain au Québec, devait conclure qu\u2019il n\u2019avait rien à y perdre et qu\u2019il valait la peine de se lancer à la conquête de certains électeurs du Canada anglais, particulièrement ceux que le langage populaire appelle les \u201crednecks\", c\u2019est-à-dire des gens qui, plus ou moins bien renseignés, veulent à tout prix qu\u2019on soit extrêmement ferme avec ces Québécois \u201cbrouillons\" et qu\u2019on n\u2019hésite pas à utiliser toutes les armes de la menace pour leur faire peur, tant qu\u2019il y a moyen, jusqu\u2019à aller à affirmer qu\u2019on leur refusera tout ce qu\u2019il faut refuser, puisqu\u2019il est clair qu'on leur refuse au départ le droit même à la souveraineté.L\u2019optimisme de M.Clark était bien suffisant pour qu\u2019il accepte le prix que sa tactique représentait au Québec.L\u2019embarras pour les conservateurs au Québec fut tel, que leur leader provincial, M.Roch LaSalle, s\u2019est empressé de réaffirmer pour sa part le droit des Québécois à l\u2019autodétermination et son accord sur ce point avec la Commission Pépin-Robarts.Pour sa part, André Payette a rappelé que sa position était déjà bien connue: il avait en effet affirmé ce droit dès le début de la campagne électorale.Le soir des élections, le 22 mai, M.Claude Dupras, ancien président des conservateurs au Québec (pendant quatre ans, jusqu'en 1976) tirait la conclusion de cette aventure: il avouait au réseau anglais de la télévision de Radio-Canada que la position de M.Clark sur le problème du droit à l\u2019autodétermination l'avait surpris et qu\u2019elle avait vraiment coûté cher aux conservateurs du Québec.Dans un éditorial, le journal The Gazette a jugé que M.Clark avait commis une gaffe majeure (\u201cBlunders badly\").Peut-être, si l\u2019on ne considère que le champ restreint du Québec, où ses troupes allaient au désastre et les libéraux à leur plus grande victoire.Mais, peut-on avec assurance l\u2019affirmer, s'il est vrai que beaucoup d\u2019anglophones hors Québec y ont trouvé un appui qu\u2019ils recherchaient?On ne peut se résoudre à penser que M.Clark a voulu adopter en principe le \u201cpositivisme juridique\", par lequel il aurait nié le lien vital qui relie le droit positif constitutionnel au sens moral qu'a un peuple des fondements de la justice et de la liberté démocratique.Non.Il a plutôt risqué de donner l\u2019im- pression d\u2019être un formaliste rigide, un légaliste de la plus mauvaise espèce, rétrécissant l\u2019horizon intellectuel de façon fort étroite, en usant d\u2019un subterfuge qui relevait du droit constitutionnel.Pourquoi?Parce que la tactique, pensait-il, en valait le prix.Il a simplement laissé entendre, en parlant de \u201cvote\u201d, en niant qu'un \u201cvote unilatéral\u201d puisse permettre de quitter la fédération canadienne, qu\u2019il faudrait un amendement à la constitution présente du Canada.Ce que tout le monde admet! L\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique ne prévoit pas le cas d\u2019une province qui exprimerait sa volonté de quitter la fédération.C\u2019est donc que la constitution, diront les uns, ne dit pas oui; et qu\u2019elle ne spécifie pas, diront les autres, qu\u2019elle dit non.Quoi qu\u2019il en soit, le Rapport Pépin-Robarts affirme tout simplement: \u201cSur un plan technique et juridique, il est évident que la sécession du Québec requerrait un amendement\u201d (p.121).M.Clark, forcé de dire quelque chose, a donc tout simplement enfoncé une porte ouverte: la constitution ne le permet pas! Celui qui attache de l\u2019importance d\u2019abord à la question de fond, celle du droit moral, devrait conclure, au lieu de penser que son droit est nié, qu\u2019il faudra alors, si le cas se présente et si c\u2019est nécessaire, amender tout simplement la constitution.De toute façon, même pour obtenir un fédéralisme \u201creconstitué\u201d, on en verra bien d\u2019autres, des amendements et des changements! Le rapport Pépin-Robarts n\u2019a jamais pris prétexte de la nécessité d\u2019un amendement à la constitution pour nier le principe du droit à l\u2019autodétermination.Celui qui, au contraire, n'attend qu\u2019un prétexte, pour essayer à n\u2019importe quel prix de bloquer une \"séparation\u201d, trouvera satisfaction dans l\u2019objection, qu\u2019elle soit faite d\u2019équivoque, d\u2019esquive ou simplement \u201cde paille\u201d, érigée par le chef conservateur.Dans la lutte politique, même si on n'a plus de vraies balles, il faut tirer quand même, à blanc.C\u2019est mieux que rien.C\u2019est un risque à prendre.Et parfois, ça suffit.Qu\u2019est-ce que M.Clark dira?M.Clark ayant gagné, on peut se demander quelle sera à l\u2019avenir sa position.Sur la question de principe, on peut s\u2019attendre vraisemblablement à ce que cet homme politique, essentiellement \u201cpragmatique\u201d, continue, le plus long- temps possible, la tactique qui lui a servi à s\u2019assurer l\u2019appui du Canada anglais .dont il a encore besoin.Il s\u2019arrangera, s\u2019il y a moyen, pour ne pas nier ce droit moral, sans toutefois l\u2019affirmer.s\u2019il le peut.Mais son attitude ambivalente, il voudra qu\u2019elle soit interprétée par les francophones du Québec comme un oui pratique, même s\u2019il devait rester peut-être assez voilé.Il ne peut cependant, aux yeux des anglophones, céder quoi que ce soit d\u2019important, à moins d\u2019y être absolument forcé.Il ne peut absolument pas, à la limite, lui, un anglophone, passer, aux yeux des francophones, pour quelqu'un qui ne serait pas \u201cun démocrate\u201d.Le jeu de passe-passe, il le jouera dans ce qu'il appelle lui-même l\u2019art d\u2019obtenir un \u201cconsensus\u201d; et c\u2019est, dit-il, sa forme à lui de leadership.Un projet de loi fédéral qui permettrait à un référendum fédéral de déjouer un référendum québécois?Les anglophones, les provinces de l\u2019Ouest surtout, pourront rappeler à M.Clark le sens de sa remarque sur un \u201cvote unilatéral\u201d.On pourra lui rappeler aussi le sens d\u2019une remarque qu\u2019il a faite à la télévision française de Radio-Canada, quand il fut interviewé par Denise Bombardier, le 17 mai.La journaliste, invoquant la base morale de la démocratie, lui avait dit: \u201cMais enfin, tout démocrate dans une société libre reconnaît ce droit à l\u2019autodétermination.\u201d Et M.Clark avait répondu: \u201cAucune province au Canada n\u2019est assez grande pour constituer une majorité de Canadiens.\u201d C\u2019était dire: le Québec à lui seul ne peut représenter \u201cune majorité de Canadiens\u201d! Sans vraiment se reprendre, M.Clark, demain, ajoutera seulement: mais cela n\u2019arrivera pas; le Québec ne votera pas sa sortie; une loi de référendum fédéral, on n\u2019aura même pas besoin de l\u2019appliquer.Et si on rappelle à M.Clark le sens général d\u2019une réflexion capitale, par laquelle le chef libéral provincial du Québec, M.Ryan, répondait, le 11 mai, à M.Trudeau qui faisait planer sur les provinces une épée de Damoclès en cas d'impasse invincible sur une formule d\u2019amendement constitutionnel, que répondra M.Clark?M.Ryan, en effet, dans une entrevue au terme de sa conférence de presse, a affirmé que, dans les matières qui relèvent de la compétence provinciale ou de la compétence conjointe des provinces et du gouvernement fédéral, ce serait procéder d\u2019un principe inacceptable que de s\u2019imaginer (en dehors du cas où la question référendaire péquiste serait \"source de grande confusion\u201d) qu'un référendum fédéral pour- JUIN 1979 171 rait régler la question.Ce serait, a-t-il dit, la voie la plus sûre vers un régime militaire, ou vers la séparation.Car, comme M.Ryan l\u2019expliquait: \u201cLe Québec n\u2019est pas une des dix provinces, c\u2019est une province fondatrice, absolument fondamentale dans l\u2019équilibre politique canadien.Vous savez, on ne compte pas cela, un contre neuf.\u201d (Le Devoir, 12 mai 1979, pp.1 et 6.) C\u2019était dire à qui veut l\u2019entendre, fût-ce d\u2019avance à M.Clark comme aux autres, qu\u2019en ce qui regarde le Québec, on ne compte pas tout simplement une province, le Québec, contre neuf autres provinces, pour obtenir \u201cune majorité de Canadiens\u201d.Si c\u2019est le genre de choses qu\u2019on songe à rappeler à M.Clark, il répondra sans doute, en esprit de suite avec ce qu\u2019il a déjà dit bien des fois: Mais je ne suis pas M.Trudeau, cet homme qui provoquait des confrontations; je suis l\u2019homme qui travaille au consensus.L\u2019esprit qui mène au consensus Dans sa conclusion, la Commission Pépin-Robarts a cru bon d\u2019insister: \u201cNous croyons qu\u2019il sera plus facile de changer la constitution que de créer l\u2019unité entre les Canadiens.\u201d Cette commission semble avertir aujourd'hui M.Clark: il ne sera peut-être pas facile de changer la constitution, mais ce sera moins difficile encore, M.Clark, que de créer l\u2019unité.Car, continue la Commission: \u201cdes changements constitutionnels qui ne seraient pas fondés sur un diagnostic minutieux de l\u2019état de crise actuel pourraient facilement avoir des effets plus négatifs que positifs sur l'unité canadienne.\u201d Il ne suffit pas, ajoute-t-elle, de trouver \u201cce qui devrait être fait\u201d, il y a à définir \u201cl\u2019esprit\u201d qui doit animer la recherche d\u2019une solution, même celle d'un fédéralisme \u201creconstitué\u201d.M.David Crombie est ce candidat conservateur que son chef a rabroué parce qu\u2019il avait osé affirmer que, s\u2019il le fallait, il faudrait au moins accepter de s\u2019asseoir un jour avec le gouvernement du Québec, même un gouvernement de M.René Lévesque, et de \u201cparler\u201d avec lui.Car ce M.Crombie, lui aussi, se présente comme un politicien du consensus.C\u2019est dans cet esprit qu\u2019à 3.\tGretta Chambers, \u201cSeeking Quebec Policy\u201d, The Gazette, 19 mai, 1979, p.17.4.\tVoir les journaux du 17 mai: The Gazette, pp.1 et 10; Le Devoir, p.1; La Presse, p.A-13.l\u2019occasion de ses discours sur le Canada pendant la récente campagne électorale, il disait avec toute sa candeur charmante: J\u2019avais coutume de dire \u201cnégociation\u201d (avec le Québec), mais je ne puis plus dire cela.J\u2019ai dit avec un coeur pur.: la souveraineté-association, c\u2019est peut-être un autre mot pour une forme de fédéralisme! En effet, quelle sorte de fédéralisme allons-nous avoir?Voilà bien la question de la prochaine décennie.Je ne sais pas, moi, ce que finalement ce sera: il y a là un mur sémantique en ce moment.(The Montreal Star, 28 avril, 1979, p.B-3.) Le sens des mots reste à définir.Des deux côtés de la table.Que ce soit fédéralisme renouvelé ou \u201creconstitué\u201d, souveraineté-association ou nouvelle interdépendance, il faudra dépasser le mur sémantique qui nous sépare.C\u2019est peut-être qu\u2019un bonnet blanc, ça ressemble pas mal à un white bonnet, après tout.En français, l\u2019adjectif vient après et, en anglais, il vient avant; par contre, le substantif vient avant en français et après en anglais.Il y a là de quoi satisfaire différents goûts.Mais quelle est la vraie différence?N\u2019est-ce pas la Commission Pépin-Robarts elle-même qui expliquait de la façon suivante le sens qu\u2019elle voyait au référendum provincial qui vient: c\u2019est un cheminement qui conduira éventuellement les Québécois \u201csoit à l\u2019indépendance, soit à une nouvelle forme d\u2019association avec leurs concitoyens dans un cadre politique canadien\u201d (p.122).Donc, même pour un John Parmenter Robarts, devenu patriarche des anglophones parmi les plus \u201cTories\u201d les plus \u201cbleus\u201d des conservateurs, le fédéralisme \u201creconstitué\u201d, tout fédéralisme qu\u2019il soit, est une nouvelle forme \u201cd\u2019association\u201d.En tout cas, c\u2019est seulement en acceptant, comme l\u2019a dit M.Crombie, de \u201cparler\u201d à l\u2019autre et d'ouvrir ainsi une porte dans le mur politique que symbolise le mur sémantique, c\u2019est seulement en concédant les préalables raisonnables d\u2019une honnête conversation, qu\u2019on finira par se donner une chance de trouver un consensus.C\u2019est \u201cl\u2019esprit\u201d dont a parlé la Commission Pépin-Robarts.C\u2019est la chance, ou le défi, de M.Clark.S\u2019il est vrai, comme l\u2019a redit M.Trudeau à la fin de la récente campagne, que le Canada anglais, à la limite, n\u2019accepterait pas qu\u2019un Canadien français, au nom du gouvernement fédéral, c\u2019est-à-dire pratiquement en \u201cleur\u201d nom, négocie une nouvelle association qui respecterait le type d\u2019affirmation de soi que demanderait le Québec, il est non moins vrai qu\u2019il existe un \u201cmal québécois\u201d (3) dont souffre le Canada anglais.Ce \u201cmal québécois\u201d qui blesse de façon particulière et gravement le parti très anglophone des Conservateurs, c\u2019est que, même avec son chef M.Clark, ce parti ne réussira pas à capter l\u2019oreille de l\u2019ensemble des francophones du Québec, à moins qu\u2019il ne trouve moyen (selon le point de vue), soit \u201cd\u2019accorder\u201d à ces derniers, soit de \u201cnégocier\u201d avec eux toute la mesure de ce qui est suffisant.Autrement, on se demande comment M.Clark pourra enclencher \u201cle processus de la démonstration\u201d qui révélera que cette maladie ne finira pas par devenir \u201cterminale\u201d.Ce qui est clair, c\u2019est qu\u2019il ne suffira pas d'une attitude réellement négative, d\u2019une pure tactique par laquelle on se contentera de ne pas nier à ces Québécois \u201ctrouble-fête\u201d le droit fondamental à l\u2019autodétermination, sans toutefois se résoudre à le concéder au moins effectivement, \u201cpragmatiquement\u201d.Tous les partis politiques provinciaux du Québec sauront rappeler ce principe de liberté démocratique aux anglophones du reste du Canada, qui, incapables jusqu\u2019ici de concevoir avec le Québec une politique d\u2019ensemble pour le Québec, souffrent encore et toujours de ce \u201cmal québécois\u201d.En expliquant plus précisément ce qu\u2019il entend par \u201cdécentralisation\u201d et par \u201cune communauté des communautés\u201d, M.Clark devra bien un jour révéler ce que le Canada anglais entend par un fédéralisme \u201creconstitué\u201d:\tsi ce n\u2019est pas un simple statu quo, what does English Canada want?A Vancouver, le 7 mai, M.Clark a promis de faire la conquête \u201cpsychologique\u201d du Canada et du Québec, d\u2019unir le pays \u201cpsychologiquement\u201d.Lors de sa dernière visite au Québec, le 16 mai, au Parc Lafontaine à Montréal, parlant uniquement en français, il a assuré les Québécois qu'il est le seul leader d\u2019un parti politique fédéral qui puisse reconstruire l\u2019unité du pays, le seul chef national capable d\u2019expliquer la réalité du Québec aux autres provinces et, avec son équipe, d\u2019expliquer la réalité des autres provinces au Québec (4).Il lui reste donc à mettre en branle ce fameux \"processus de démonstration\u201d.Le temps va presser.Ses promesses étant faites, l\u2019heure est venue de tenir parole.M.Clark n\u2019a maintenant, comme on dit en anglais, qu\u2019à faire la livraison: deliver the goods.172 RELATIONS Ill la réforme constitutionnelle: une interview de Léon Dion Quel que soit le parti au pouvoir à Ottawa et quel que soit le nom du premier ministre du Québec, il faudra bien qu\u2019un jour Québécois et Canadiens s\u2019asseoient autour de la même table pour convenir d\u2019une nouvelle constitution, d\u2019un fédéralisme renouvelé ou de l\u2019association de deux nations souveraines.Ces négociations ne pourront pas s\u2019engager, toutefois, tant que les structures et le cadre n'en auront pas été précisés.Qui négociera?Selon quel rapport de forces?Qu\u2019est-ce qui de part et d\u2019autre ne saurait être mis en jeu?Devant le Comité spécial mixte du Sénat et de la Chambre des communes sur la Constitution canadienne, le professeur Léon Dion, de l\u2019Université Laval, proposait l\u2019automne dernier le mécanisme d\u2019une assemblée constituante.A l\u2019époque, RELATIONS avait signalé quelques interrogations soulevées par cette structure de négociation (voir le numéro d\u2019octobre 1978, p.260).Le 29 novembre, le professeur Dion acceptait de recevoir Irénée Desrochers et Albert Beaudry pour répondre à leurs questions sur le fonctionnement d\u2019un tel mécanisme constitutionnel et sur le réalisme de cette proposition dans le contexte politique actuel.Au lendemain des élections fédérales et à la veille du référendum sur le projet de souveraineté-association, les propos de Léon Dion n\u2019ont rien perdu de leur actualité.On y verra contestés la présente constitution canadienne, le caractère partisan du débat national du Québec, l\u2019absence d\u2019une distinction claire entre l\u2019essentiel et le négociable pour le peuple québécois, les principaux obstacles à l\u2019élaboration d\u2019un véritable consensus national de ce côté-ci de l\u2019Outaouais.Relations - La discussion que nous entreprenons traitera essentiellement des conditions de possibilité d'une négociation portant sur le statut national du Québec.La question est complexe, mais à entendre les porte-parole des partis politiques provinciaux, on peut se demander dans quelle mesure le Parti québécois et le Parti libéral du Québec ont effectivement envisagé le problème.Léon Dion - Jusqu\u2019à présent ceux qui ont oeuvré dans le camp du Québec n\u2019ont pas démontré qu\u2019ils mesuraient les difficultés techniques d\u2019une telle négociation: ou bien ils ont ignoré l\u2019autre partie (les autres provinces et le gouvernement fédéral), ou bien ils ont présumé de la position qu\u2019elle adopterait.Et c\u2019est un peu au fait qu\u2019on ait accepté de laisser dans l\u2019ombre les réactions possibles d'Ottawa et des autres provinces qu\u2019il faut imputer l'imprécision de la démarche et du débat en cours au Québec.la polyarchie canadienne Pourtant, on n\u2019a pas tardé au gouvernement du Québec à se libérer de quelques illusions dangereuses; on a vite compris, d\u2019une part, qu\u2019il n\u2019y a dans les provinces anglaises qu\u2019un désir très limité de changement constitutionnel et que, d\u2019autre part, ce qu\u2019on appelle encore \u201cle Canada anglais\u2019\u2019 n\u2019existe pas vraiment: ce qui existe réellement, ce sont neuf provinces avec des intérêts extrêmement divergents.En fait, jamais autant qu\u2019aujourd'hui on n\u2019a si bien vu l\u2019importance du concept de la mosàique canadienne: une pluralité d\u2019entités différentes, parfois antagonistes.Au centre de cette mosàique disparate et tourmentée, le gouvernement fédéral ne saurait se contenter d'un rôle d\u2019arbitre: il est devenu l\u2019organe de la cohésion, l\u2019instance qui tient ensemble, de façon plus ou moins arbitraire, plus ou moins autoritaire, ce grand corps qu\u2019on appelle le Canada.S\u2019il le faut, et il le faut parfois, Ottawa impose des décisions JUIN 1979 aux provinces récalcitrantes: en essayant toujours, évidemment, de s\u2019appuyer sur les unes contre les autres.On peut observer que, dans la plupart des questions en litige, entre en jeu ce qu\u2019on appellera la polyarchie canadienne: les majorités se créent et se défont, coalitions de provinces qui se nouent et se dénouent en fonction des problèmes.C\u2019est dans ce contexte qu\u2019il faut situer l\u2019Assemblée constituante.L\u2019Assemblée constituante sera une structure de travail née d'une entente entre les parties qui vont devoir accepter certaines propositions touchant la réforme de la constitution.Or, on n\u2019a pas défini quelles sont les parties à ce débat.S\u2019agit-il des 10 provinces et du gouvernement fédéral?Des seules provinces?Du Québec et du \u201cCanada anglais\u201d?Tout dépend de l\u2019envergure de la réforme constitutionnelle qu\u2019on projette, tout dépend de notre conception de la réalité du pays et de notre perception de l\u2019urgence de la situation.Les provinces anglaises se satisferaient d\u2019une décentralisation plus ou moins accentuée, selon l\u2019importance des provinces et leur capacité de contrôler l'exploitation des ressources naturelles.L'Alberta, la Saskatchewan, dans une certaine mesure aussi la Colombie-Britannique, ont une position \u201cdécentralisatrice\u201d beaucoup plus marquée que le 173 Nouveau-Brunswick et les provinces de l\u2019Est qui accepteraient volontiers le statu quo ou favoriseraient même un gouvernement fédéral plus centralisateur afin de bénéficier d\u2019une redistribution plus généreuse des ressources nationales, sous forme de péréquation ou autre.La position du gouvernement du Québec est un peu ambiguë sur ce plan.En termes économiques, ni le gouvernement, ni le peuple québécois n\u2019ont jamais pu décider si une plus forte centralisation fédérale favoriserait l\u2019économie et le revenu national brut des Québécois.Il n\u2019y a pas ici de réponse simple.Les richesses pétrolières pousseraient l\u2019Alberta à s\u2019isoler économiquement pour une période de dix à quinze ans: elle y gagnerait de vendre son pétrole au prix du marché international et elle n\u2019aurait aucune difficulté à l\u2019écouler, au Canada ou aux Etats-Unis, étant donné le besoin énergétique nord-américain.Si la situation était aussi claire au Québec, nous n\u2019aurions pas le débat flou auquel nous assistons: il suffirait de produire des études économiques qui susciteraient une certaine unanimité chez les spécialistes et qui rassureraient l\u2019opinion publique.Pour l\u2019instant, indépendantistes et fédéralistes récupèrent les chiffres à leur avantage.Si le débat économique est plutôt confus, la question nationale, elle, est beaucoup plus claire.A propos de l\u2019autonomie culturelle du Québec et des Québécois, je suis convaincu qu'à condition de dépasser les querelles partisanes, chacun reconnaît que les Québécois sont autonomistes et qu\u2019au plan culturel et linguistique ils favorisent une très grande décentralisation vers les provinces.Dans les provinces anglaises, au contraire, le problème linguistique et culturel ne se pose pas, ou se pose en des termes tellement généraux et acceptables pour tous qu\u2019on peut parler de particularisme posant un problème constitutionnel.Le premier ministre de la Saskatchewan parle depuis quelque temps de souveraineté culturelle, mais en fait ce qu'il préconise, pourrait, et, à mon avis, devrait être la politique de toutes les provinces anglaises; plus d\u2019autonomie face aux Etats-Unis.Cela devrait aller de soi, et, sur ce point, le premier ministre de la Saskatchewan n\u2019a rien d\u2019un révolutionnaire: il reprend à son compte une position défendue depuis longtemps par plusieurs intellectuels anglophones, en divers coins du pays.En conséquence, avant même qu\u2019on commence de discuter de notre avenir constitutionnel, il faut bien comprendre que les points de vues du Québec ne concordent pas avec ceux des autres provinces: ce qui nous intéresse laisse les autres indifférents.Si cette analyse est juste, il importe qu\u2019au Québec, les groupes et les individus s'entendent sur la question de l\u2019autonomie culturelle.Mais comme vous le savez, cette question-là a été politisée depuis si longtemps qu\u2019elle est devenue une arme électorale pour les partis politiques, à tel point qu'ils ne peuvent se mettre d\u2019accord aujourd\u2019hui sur un programme commun face au débat constitutionnel.Le PQ et le PLQ se voient contraints de s\u2019opposer pour des raisons de rentabilité électorale et, au lieu de diminuer leurs points de désaccord, ils tendent à les amplifier à l\u2019absurde.feu les deux nations En fait, pour bien poser le problème de l\u2019autonomie du Québec, il faut distinguer nettement l'économique du culturel et bien identifier ce qu\u2019est aujourd\u2019hui la dualité canadienne.Pour ce faire, il faut en finir une bonne fois avec la théorie des deux nations.Vous et moi nous sommes nés avec l\u2019idée que le Canada devrait être français et qu'il était anglais.A travers le pays on pourrait relever des groupes de Canadiens français et de Canadiens anglais, qui formeraient la trame de deux sociétés.Or, pour les anglophones, cette image ne veut rien dire: eux se perçoivent d\u2019abord comme habitant la Colombie-Britannique ou Terre-Neuve, et ils perçoivent entre eux-mêmes d\u2019énormes différences.C\u2019est nous qui nous obstinons à les voir de façon uniforme parce qu\u2019ils parlent tous anglais.Pour eux, rien de plus banal que le fait de parler anglais; ils se voient d\u2019abord comme pêcheurs, forestiers, ouvriers du pétrole.Et pour eux, surtout dans les régions excentriques, le Canada français n\u2019existe simplement pas: ce qui compte, c\u2019est la province de Québec.Très longtemps nous avons pris pour acquis qu\u2019il existait un Canada français, que les intérêts et la culture des Canadiens français étaient les mêmes partout où ils étaient: on accentuait les bases communes, la foi catholique et la structure protectrice de la paroisse; le réseau de communications très dense des institutions ecclésiastiques rattachait au Québec les communautés minoritaires.Aujourd\u2019hui, il faut admettre que ce Canada français s\u2019est dissipé dans une très large mesure.Les bases de l\u2019Eglise catholique ne jouent plus la même fonction; l\u2019Ordre de Jacques-Cartier a été supprimé en 1964: il s\u2019agissait du \u201clobby\u201d des Canadiens français à Ottawa qui rejoignait toutes les minorités françaises; ce réseau serré et puissant intervenait dans toutes les décisions susceptibles de compromettre les intérêts des Canadiens français.Les liens se sont relâchés d'une région à l\u2019autre du Canada: les intérêts des francophones diffèrent autant que ceux des anglophones, même au plan linguistique, les intérêts des Québécois ne sont pas ceux de leurs voisins acadiens du Nouveau-Brunswick, si bien qu\u2019ils ne peuvent plus défendre les mêmes causes.Radio-Canada est important pour nous autres, mais quel intérêt présente le réseau français pour \u201cnos frères de la diapora\u201d?Ils vivent dans un autre contexte culturel.La conception horizontale qu\u2019on s\u2019était faite des deux sociétés ne convient plus: il faut lui substituer une conception verticale, en vertu de laquelle les intérêts et les valeurs des Canadiens français du Nouveau-Brunswick seraient défendus et promus au Nouveau-Brunswick même, par la force et la densité critique des institutions que les Acadiens eux-mêmes se sont données (la Société L\u2019Assomption, l\u2019Evangéline, l\u2019Université de Moncton, Radio-Canada là-bas).Même chose pour l\u2019Ontario, où l\u2019affrontement des générations au sein de l\u2019Association des Franco-ontariens est très révélatrice: les jeunes savent qu\u2019ils doivent lutter sur place et négocier avec le gouvernement de l\u2019Ontario.La possibilité de créer ainsi des sociétés verticales (provinciales) françaises dépend de la force institutionnelle, de la capacité et de la volonté de s\u2019organiser, de la démographie également.Le Québec, dans ce contexte, peut agir comme peuple et comme gouvernement: les accords de réciprocité offerts aux autres provinces au sujet de l\u2019école (avantages offerts ici aux anglophones des autres provinces en échange de l\u2019enseignement en français garanti aux minorités francophones) n\u2019ont rien de machiavélique: il s\u2019agit de la négociation normale entre des gouvernements provinciaux sur des questions de politique culturelle, qui sont déjà de leur compétence.Le fond du débat, ce n\u2019est donc pas la traduction en termes constitutionnels des intérêts des Canadiens français au Canada, mais la traduction politique et constitutionnelle de la réalité du Québec: là réside le dualisme.C\u2019est ce qu'il s\u2019agit de faire comprendre: c\u2019est à partir de là qu\u2019il faut penser un nouveau 174 RELATIONS pays, et non en fonction des mythes anciens, comme celui du bilinguisme intégral, celui de l\u2019égalité des deux langues (vous savez très bien qu\u2019elles ne sont pas égales), celui des \u201cdeux majorités linguistiques\u201d du Livre blanc, celui des deux sociétés.Ces mythes, nous les avons nous-mêmes créés à partir d'une lecture de la situation qui convenait à la société traditionnelle d\u2019il y a 20 ou 30 ans; et la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme, où j\u2019ai joué un certain rôle, a contribué à les répandre chez les anglophones! Cette lecture-là n\u2019est plus adaptée.REL.- Pour résumer le débat qui oppose les partis au Québec, vous dites: au plan économique, ce n'est pas clair, il faudra négocier en fonction des problèmes qui se présentent et en risquant d\u2019expérimenter; sur la question cultu-reule, par contre, c'est très clair, et s\u2019il y a une apparence de débat, c'est finalement pour des raisons de politique partisane.Est-ce que ça ne ressemble pas étrangement à une souveraineté culturelle, la plus étendue possible et donc structurée politiquement afin de défendre efficacement l\u2019identité québécoise, et à une association économique, qu\u2019il faudra négocier, dans la mesure -comme vous dites - où le quotidien l'imposera?L.D.- Je suis persuadé que si c'était là une notion acceptable, j\u2019entends compréhensible, par le gouvernement fédéral et les autres provinces, tous les Québécois s\u2019y rallieraient.REL.- C\u2019est une question de marketing à l'extérieur du Québec?L.D.- Oui, c\u2019est une question de mise en marché.Mais c\u2019est aussi une question de lecture des possibilités d'action concrète du Québec, car il s\u2019agit d\u2019amener les autres provinces à accepter une vision de la réalité canadienne qui ne leur est pas familière: un pays à créer, où le Québec exercerait des prérogatives à peu près exclusives sur toutes les questions touchant la langue et la culture, tout en maintenant une association économique qui reste à déterminer.Jusqu\u2019ici, le Parti québécois a cru que le gouvernement du Québec pour rait exercer une pareille influence sur ses partenaires.Inversement, le PLQ est d\u2019avis que jamais les provinces anglaises et le fédéral n\u2019accepteront de commencer à négocier sur de telles bases.Il faut bien voir l\u2019essentiel de la position péquiste.La raison pour laquelle le PQ a voulu l\u2019indépendance est avant JUIN 1979 tout stratégique: il veut se donner du poids dans la négociation.Une fois gagné le référendum, il n\u2019y a plus ici un gouvernement provincial comme les autres, encore moins un simple parti politique: nous arrivons à la table de négociation comme un peuple, comme Etat et c\u2019est en tant que tel que nous offrons aux autres de s\u2019associer à nous.On estimait que cet argument (la déclaration d\u2019indépendance) suffirait à arracher un oui au fédéral et aux autres provinces.structuralisme ou fonctionnalisme Comme je l'ai fait remarquer dans Le Devoir, au lendemain de l\u2019élection du 15 novembre, le gouvernement du Québec s\u2019inspire d\u2019une conception structuraliste des changements politiques au Canada, tandis que le fédéral et le PLQ partent d\u2019une perspective fonctionnaliste.Logiquement, pour le PQ, la souveraineté doit d\u2019abord être affirmée sans équivoque, pour que s\u2019ensuive une structure d\u2019action nouvelle.Or c\u2019est mon sentiment qu\u2019à force de miser sur la tactique, le PQ en est venu à modifier la substance même de son programme et à passer du structuralisme au fonctionnalisme: on s'apprête à accepter de discuter du partage des pouvoirs, sans avoir d\u2019abord établi à quel titre on discute, comme gouvernement provincial, ou comme gouvernement rendu souverain par la population et qui souhaite que subsistent des ponts entre lui et le reste de ce qui était autrefois le Canada.Mais si nous commençons à tergiverser sur le statut juridique de l\u2019instance qui ira négocier avec le reste du pays, si nous acceptons de remettre après la négociation la définition de la souveraineté, dans quelle position nous présentons-nous à la table des négociations?Pourquoi ce changement d\u2019orientation?A la suite de discussions informelles avec leurs collègues des autres gouvernements, ou en fonction d\u2019une meilleure évaluation de la situation à partir des rencontres interprovinciales ou fédéral-provinciales, ils en sont venus à penser que le risque est trop grand.D\u2019une part, la population du Québec \u2014 qui n\u2019éprouve pas le besoin de courir une aventure aussi risquée \u2014 ne se laisserait pas persuader de mandater, par référendum ou autrement, le gouvernement du Québec pour qu'il déclare l\u2019indépendance unilatéralement; d\u2019autre part, on n\u2019espère plus que le gouvernement d'un Québec indépendant pourrait amener à la négociation Ottawa et les autres provinces.Lisez Must Canada Fail?, écrit par un groupe d\u2019intellectuels de l\u2019Université Queen\u2019s qui examinent l'éventualité d\u2019une déclaration d\u2019indépendance du Québec: ils nous laisseraient aller, et les relations qu\u2019ils proposent d\u2019établir entre les deux nouveaux pays ne seraient pas l'association économique prônée par le PQ.Pour le Canada, la question serait de savoir si les volontés d\u2019autonomie - économique cette fois - de certaines provinces risqueraient de démanteler le pays.Pour eux, il est clair que la Souveraineté-Association - qui n\u2019est au fond qu\u2019une variante de la théorie des deux nations - est une impossibilité.Parce que, même si elle s\u2019imposait au Québec, cela ne suffirait pas pour amener le Canada et les provinces anglaises à accepter de refonder le pays sur de nouvelles bases.Le PQ prend conscience de ce dilemme.Les tergiversations des derniers mois s\u2019expliquent, le réalisme du pouvoir l\u2019oblige à en tenir compte.REL.- Si bien que la Constituante s'éloigne à mesure que le PQ renonce à ses premiers objectifs.L.D.- Exactement.Mais on pourrait faire la même lecture à propos du PLQ.Celui-ci met tous ses oeufs dans le panier de la décentralisation et il espère par là satisfaire aux besoins culturels et linguistiques du Québec, en comptant qu\u2019il ne sera même pas nécessaire de revendiquer un statut particulier pour le Québec.L\u2019évolution de ces partis fait s\u2019estomper l\u2019idée d\u2019une refonte radicale de la constitution canadienne; un simple rafistolage suffirait.C\u2019est ce qui faisait dire à Flora MacDonald qu'on n\u2019a plus besoin d'une constituante, puisqu\u2019il ne s'agit que d\u2019une révision technique qu\u2019on pourra confier à des fonctionnaires: il n'y a pas lieu de dramatiser.Au fond, on n\u2019est pas d\u2019accord sur la réalité du pays: le PQ estime encore qu\u2019il y a deux nations au Canada, mais il est seul à le penser; les provinces anglaises s'inspirent d\u2019une conception très différente.Mais au niveau des faits, j\u2019observe que même ceux qui sont partis d\u2019une position maximaliste impliquant la refonte complète du pacte fédératif ont été amenés à nuancer considérablement leur thèse initiale.Il ne s\u2019agit pas ici de ma position personnelle mais des positions effectivement mises en oeuvre dans le débat actuel.J\u2019ai répliqué à Flora McDonald qu'elle avait raison: si l\u2019on veut tout juste re- 175 priser la constitution, pas besoin de convoquer une assemblée constituante.En pratique, on va sans doute tenter le raccommodage et laisser aux gouvernements fédéral et provinciaux le soin d\u2019amender la constitution.C\u2019est très probablement au niveau de \"conférences constitutionnelles\u201d qu\u2019on fera le travail et il est bien possible que ses palabres n\u2019aboutissent guère à des résultats satisfaisants pour le Québec.Car le gouvernement québécois se trouve en bien mauvaise posture aux conférences fédé-ral-provinciales: sa présence implique une reconnaissance de facto de ce mode de négociation, et il ne peut s\u2019en retirer puisqu\u2019on y discute effectivement de problèmes qui intéressent les citoyens du Québec.REL.- Mais c'est là le court terme.L.D.Sans doute.Mais on se rend très vite prisonnier de structures.Une fois engagé dans de telles discussions, comment se retirer?Or, pour les provinces anglaises, il suffit que les choses continuent ainsi.tactique et tergiversations Le grand problème, c\u2019est que le débat sur la réforme constitutionnelle a été amorcé de telle façon qu\u2019il est devenu la chose, le monopole d\u2019organismes déjà institués; les partis et les gouvernements.Quant à moi, j\u2019estime que la question est tellement vaste qu\u2019il faudra finalement s\u2019en remettre à une espèce de chambre ad hoc, à une assemblée de parlementaires et de spécialistes.En d'autres termes, j\u2019ai toujours soutenu que si l\u2019approche fonctionnaliste et l\u2019approche structuraliste se distinguaient fortement à leur point de départ, à la fin du processus elles pouvaient être assez proches l\u2019une de l\u2019autre.Le problème n\u2019est pas tellement de définir ce que sera le pays pour les uns et les autres, mais bien de préciser comment vous commencez à travailler pour le construire.Si vous travaillez comme souverain ou indépendant, vous avez d\u2019autant plus de force pour négocier l\u2019association.On voit les répercussions sur la structure de négociation, le droit de veto et la proportionnalité (discuter à deux, à trois, à dix ou à onze)! Mais jusqu\u2019à maintenant le PQ ne nous a pas dit grand-chose sur la façon de procéder.REL.- Mais ne faut-il pas concéder beaucoup à la psychologie et à la tactique avant que n\u2019ait eu lieu le référendum; après un référendum positif, la situation ne serait plus la même.Il faut accepter une évolution dans le temps.L.D.- Oui, revenons à cette idée du référendum.Nous avons affaire à des êtres rationnels, il s\u2019agit d\u2019être soi-même rationnel.On n\u2019a pas à jouer avec l\u2019électorat: il faut expliquer clairement le destin qu'on leur propose.Il se peut que cette tactique soit rentable électo-ralement .Mais je me dis qu\u2019un gouvernement qui a recours à ces pratiques n\u2019a pas vraiment confiance, ni dans son projet, ni dans le peuple.Si le projet est raisonnable, il n\u2019y a pas d\u2019autre voie, en saine démocratie, que de l\u2019expliquer clairement aux gens pour les convaincre qu\u2019il s\u2019impose.Pourquoi un référendum qui n\u2019engage à rien?Pour mieux échouer dans les négociations subséquentes avec Ottawa et revenir devant le peuple suggérer la souveraineté?Pourquoi toutes ces précautions, quand il s\u2019agit de proposer à la population du Québec de se donner un pays?Des peuples n\u2019ont pas hésité à faire la révolution pour accéder à l\u2019indépendance; si le mot seul suscite ici tellement d'hésitation, cessons d\u2019essayer de convaincre les gens et parlons d\u2019autre chose! Autrement, toute cette aventure ne sert que les intérêts d\u2019un gouvernement ou d\u2019une petite clique au sein de ce gouvernement.Et le jour où tout ceci deviendra évident, nous assisterons à un recul coûteux de la cause nationaliste chez nous.Voilà ce qui me semble grave.Que se passera-t-il, le jour où René Lévesque ne sera plus là?L\u2019élite du gouvernement, la quinzaine de personnes qui ont en mains présentement les postes de commande et les organes de décision ne paraissent pas d\u2019accord entre elles: la volonté de puissance, l\u2019égoisme et la cupidité respecteront-ils encore la volonté du peuple et les idéaux qui donnent son sens au PQ?Ce gouvernement a été élu beaucoup trop tôt.On essaie actuellement d\u2019accélérer une prise de conscience nationale, qui demande bien plus que deux ou trois ans.On ne peut forcer ces choses-là, à moins de se trouver en pleine révolution.Or, vous le savez, nous ne sommes pas en situation de révolution.Surtout qu'au plan économique on est incapable de démontrer les avantages de la séparation.C\u2019est précisément parce que les membres du gouvernement ont pris conscience de la complexité de la situation, des difficultés que pose une solution comme la souveraineté-association prise au sens strict, qu\u2019ils ont fini en pratique par renoncer à leur projet; et les tactiques qu\u2019ils déploient sont en train de camoufler leur démission.Idéalement, ils de- vraient avouer ces choses et, alors, la question culturelle cesserait d\u2019être au Québec une ressource partisane.Car le PLQ, qui est lui aussi un parti autonomiste, pourrait donner son accord aux objectifs d\u2019autonomie culturelle, et le débat serait aussitôt ramené au niveau des moyens capables de garantir cette autonomie.REL.- Et le statut particulier?L.D.- Vous savez comme moi qu\u2019il y a dix ans maintenant que des partis politiques le proposent en vain à l\u2019électorat: il semble qu\u2019on ait abandonné cette formule aujourd\u2019hui.Je crois, pour ma part, que la nouvelle constitution n\u2019accordera pas au Québec de statut particulier officiel, et que le Québec ne le revendiquera même pas.On tentera plutôt d\u2019obtenir l\u2019équivalent par des formules concrètes, de type \u201copting out\u201d, ou par des systèmes de majorités variables au Parlement, qui permettraient aux députés de bloquer un gouvernement fédéral portant atteinte aux prérogatives du français.En pratique, j\u2019ai l\u2019impression que le Québec, qu\u2019il s'agisse du PQ ou de PLQ, est encore une fois en train de se mettre à genoux devant Ottawa: on ne demandera même pas le statut particulier.Au lieu de revendiquer clairement et ensemble ce qui est fondamental, nous continuons d'avoir peur.Probablement parce qu\u2019à force de fréquenter les autres, nous nous sommes convaincus qu\u2019ils n\u2019accepteront jamais de refaire le pays sur la base de la souveraineté-association ou du statut particulier.Les débats constitutionnels sont en train de s'amorcer sans que le Québec ait pu formuler clairement ses exigences quant aux structures de négociation! Quand les provinces anglophones se sont mises d'accord à Régina pour refuser le projet de loi C-60 (le temps d\u2019agir), elles l\u2019ont fait parce qu\u2019elles manquaient de données sur le partage des pouvoirs; il n\u2019a jamais été question des conditions de rapatriement de la constitution ou de la structure de négociation.Qu\u2019a dit le PQ?Rien.Même pas quelque chose comme Nous ne négocierons pas à moins de négocier à deux, car ce serait là prendre une position radicale équivalent à une déclaration d\u2019indépendance.On se tait car on craint trop que l\u2019autre partie refuse la négociation à ces conditions.On se résigne donc à la formule bien connue des conférences fédéral-provinciales, et on renonce du coup à toute remise en question fondamentale de la constitution: on continue à faire du reprisage.176 RELATIONS un référendum clair Ce qui contredit la volonté exprimée depuis longtemps par différents gouvernements québécois.J\u2019en viens donc à penser que nous n\u2019aurons pas de révision constitutionnelle en profondeur à cause de la difficulté qu\u2019on éprouve à concevoir et à mettre en place des structures de négociation acceptables.Ceci, faute d\u2019une position clairement exprimée par le Québec, à la suite d\u2019un référendum qui permettrait d\u2019établir une position unique, appuyée par les partis politiques provinciaux, pour formuler des conditions précises aux autres gouvernements.REL.- Comment en arriver à ce que le Québec ne parle que d\u2019une seule voix?Seriez-vous optimiste au point de penser que les partis politiques pourraient se mettre d'accord sur une base commune?L.D.- Pas dans l\u2019ordre actuel des choses.La situation n\u2019est pas assez dramatique.Même le PQ est en train de \u201cdédramatiser\u201d le problème.pour mieux gagner le référendum, \u201cson\u201d référendum.Encore une fois, l\u2019abbé Groulx aura eu raison, qui disait que l\u2019esprit de parti était ce qui avait été le plus néfaste aux Canadiens français.Tant qu\u2019on ne parlera pas d\u2019une seule voix, les provinces anglaises ne bougeront pas.Un référendum clair, pas un référedum où le \u201coui\u201d pourrait inclure jusqu\u2019à la volonté décentralisatrice des fédéralistes! Car à moins d\u2019en arriver à exprimer la volonté très nette d\u2019un pays autonome, le débat constitutionnel continuera de porter sur des vétilles.REL.- Donc, si le Québec, par un référendum clair, réussissait à s'exprimer d'une seule voix, ce serait le point de départ pour demander la convocation d'une assemblée constituante?A deux?L.D.- Certainement.Ca ne veut pas dire qu\u2019on l\u2019obtiendrait.Mais on obligerait alors le gouvernement fédéral et les neuf autres provinces à s\u2019interroger sur leur propre statut face au Québec.Que l\u2019Ontario exige demain une assemblée constituante sur ses problèmes et les autres provinces seront obligées d\u2019acquiescer si elles craignent que le départ de l\u2019Ontario leur cause trop d\u2019ennuis.Pour le Québec, le premier pas vers une véritable réforme constitutionnelle, c\u2019est un référendum clair qui accorde une majorité importante à l'option de la souveraineté.Si tel est le cas, je crois que le PLQ n\u2019aurait d\u2019autre choix que de se rallier à l\u2019option plébiscitée.JUIN 1979 REL.- Et s'il se ralliait, nous aurions \u201cune seule voix\u201d au Québec?L.D.- C\u2019est la seule façon d\u2019arriver à un consensus national.Sans un référendum qui dépasse les manoeuvres partisanes pour exprimer la cohésion du peuple et de ses options fondamentales, je ne vois pas comment on puisse espérer sortir de l\u2019ornière de la banalité.Le référendum est l\u2019outil qui nous permettrait de clarifier le débat.Le problème, c\u2019est que le PQ en est arrivé à la conclusion qu\u2019il ne gagnera pas ce référendum; aussi évite-t-il d\u2019affronter la question directement.Il organisera le référendum autour d\u2019une question trop vague, pour mieux gagner les prochaines élections.C\u2019est ainsi qu\u2019on joue l\u2019avenir politique d\u2019un peuple.REL.- La tentation sera quand même très forte, pour les partis d\u2019opposition, d\u2019exploiter à leur avantage un \u201créférendum clair\u201d.L.D.- Eh oui! On repose tout le problème que posait le chanoine Groulx.La question est tombée trop tôt au niveau des luttes partisanes.C\u2019est devenu trop vite une question posée par un parti au pouvoir; c'est tout le drame de l\u2019élection de 1976 du point de vue de l\u2019objectif fondamental du PQ.Il y a conflit entre la logique du parti gouvernemental qui le pousse à gagner les prochaines élections et l\u2019article premier du programme du PQ! On sait que cette tension est dénoncée dans certains secteurs du parti, mais tant que René Lévesque sera premier ministre, l\u2019adhésion de la base du parti est acquise au gouvernement.Nous ne sommes pas engagés, au Québec, dans une voie qui appelle la convocation d\u2019une assemblée constituante.Ne croyons pas que ce seront les autres provinces qui viendront nous en proposer une, elles ne voient même pas que la situation actuelle puisse être dramatique.REL.- En supposant un référendum clair, gagné par une majorité suffisamment nette, est-ce que votre réponse à Flora MacDonald ne vaut pas toujours?Pour les questions essentielles, il faudra des négociations bilatérales.L.D.- C\u2019est bien ça.REL.- Et même si le PLQ était au gouvernement, ça se passerait de la même manière?L.D.- Oui.REL.- Et c'est ce qui explique l\u2019échec de Victoria?L.D.- Oui.REL.- Et probablement les difficultés de la conférence fédéral-provinciale d\u2019octobre sur la constitution?L.D.- Oui.REL.- Mais vous ajoutez: \u201cComment y arriver?La question est rarement posée et cependant il nous faudra nous y attaquer d\u2019abord\u201d.La dualité doit donc s\u2019exprimer d\u2019une certaine façon dans des négociations qui seraient bilatérales.L.D.- Reprenons.Je suis convaincu que nous sommes ici devant un peuple original, et qui serait beaucoup plus heureux et plus sûr de ses orientations s\u2019il pouvait être souverain.Je ne suis pas membre du PQ - comme vous me l\u2019avez fait dire tout à l\u2019heure \u2014 je ne suis pas indépendantiste.Il n\u2019en reste pas moins que le PQ est aujourd\u2019hui l\u2019héritier de ce voeu profondément enraciné chez les Québécois, qu\u2019ils soient indépendantistes ou fédéralistes: il y a chez nous un sens profond de l\u2019identité, qui devrait normalement se vérifier objectivement dans un pays souverain, concrétisation de cette identité.F ombre de Victoria Or, à moins de revendiquer une autonomie telle qu'on forcerait la convocation d\u2019une constituante, le PQ ne pourra pas aller plus loin que Bourassa en 1971.Et pourtant, dès qu\u2019il s\u2019agit de langue, de culture, d\u2019immigration, de communications, d\u2019affaires sociales, le Québec ne peut accepter d\u2019aller discuter à un contre dix; il ne peut courir le risque d\u2019être mis en minorité sur des points qui touchent notre identité nationale.Aucun parti du Québec n'accepterait, pas plus Bourassa que Ryan ou Lévesque.A cet égard, même un droit de veto ne suffit pas.L\u2019heure de la vérité sonnera pour le PQ quand débuteront les négociations sérieuses.S\u2019il accepte de négocier de un à dix, le peuple jugera.Il ne le fera pas: nous voici de nouveau à Victoria.Mais le PQ pourrait être en mesure de proposer, voire d\u2019imposer, au fédéral et aux autres provinces un ordre du jour beaucoup plus fondamental et des conditions de négociation plus honnêtes.REL.- Quoique vous vous défendiez d\u2019être un technicien ou un constitutionnaliste, vous vous prononcez sur des questions très précises en maintenant, d'une part, que les négociations sur les problèmes essentiels au plan de la culture doivent être bilatérales et en critiquant, d'autre part, les mécanismes suggérés par le projet de loi C-60 (double majorité à la Chambre de la Fédération, majorité des deux tiers aux Communes).Vous ne pouvez éviter de parler chiffres.L.D.- Ce n\u2019est pas moi qui ai proposé ces chiffres.Je les rejette, parce que je suis convaincu qu\u2019on n\u2019a pas le droit de s\u2019en remettre à des proportions, à des droits de veto, à des majorités des deux tiers ou à des doubles ma- 177 jorités pour la protection de la culture et de la langue: ces questions doivent être exclues absolument du champ de compétence du gouvernement fédéral.Tout compromis est inacceptable dans ce domaine.Ce qu\u2019il faut au Québec, c\u2019est la pleine et entière juridiction sur ces questions.Si nous reformulons la constitution, il faudra qu\u2019elle prévoie que les questions culturelles, au moins pour le Québec, échappent au contrôle fédéral.Mais pour la langue, je ne puis accepter qu\u2019une loi du Québec soit sanctionnée de l'extérieur, comme c\u2019est présentement le cas: les tribunaux québécois ne peuvent juger la Loi 101 inconstitutionnelle qu'en vertu de la constitution fédérale! Quant à l\u2019assemblée constituante, au moins pour les questions de langue et de culture, le Québec doit avoir une voix prépondérante, discuter d\u2019égal à égal (un à un), pour faire accepter à son partenaire que ce qui lui convient en cette matière lui soit garanti par la constitution.Pour ce type de débat au moins, il faudra que la constituante se convertisse en assemblée bilatérale.REL.- Tout en affirmant que ce sera long et difficile, vous gardez l'espoir que le Canada anglais finira par comprendre ça?L.D.- Oui, à condition qu\u2019on le lui demande.Une fois que la langue et la culture françaises sont suffisamment protégées, c\u2019est-à-dire qu\u2019on a accepté qu\u2019elles soient de juridiction provinciale, je ne suis plus le programme du PQ: c\u2019est en ce sens que je suis fédéraliste.J\u2019accepte volontiers qu\u2019on réduise les prérogatives fédérales dans ce domaine, mais pour les questions qui ne touchent pas la langue et la culture, j\u2019admets le régime fédéral, quitte à décentraliser davantage, si telle est la volonté des provinces.Mais il est indispensable, dans la perspective d'une négociation qui devra avoir lieu de toute façon, que l\u2019essentiel soit clairement présenté comme ce sur quoi il n\u2019est pas question de transiger: la question linguistique n\u2019est pas négociable.Il ne faudrait même pas accepter de négocier le \u201cdroit d\u2019aînesse\u2019\u2019 du Québec à l'égard des minorités francophones.REL.- Pour \u201cle reste\", vous accepteriez de négocier selon le jeu de la majorité ordinaire?L.D.- Absolument.Du moment qu\u2019on a assuré l\u2019essentiel, il faut penser que, malgré certaines diminutions démographiques et certaines pertes de poids économiques, le Québec restera une province très importante: il s\u2019agira de voir comment les intérêts du Québec s'allient à ceux de telle ou telle autre province, en acceptant le jeu de la polyarchie.Mais il ne faut surtout pas commencer par ça! REL.- En réponse à une question de Monsieur Lachance, vous envisagez trois hypothèses pour le proche avenir.La dernière suppose la défaite du PQ au référendum et aux prochaines élections provinciales: \u201cLe prochain gouvernement qui aura épousé la cause d'un fédéralisme acceptable par le reste du pays sera mandaté à ce moment-là pour venir représenter les Québécois à Ottawa ou aiHeurs\".Est-ce que cet autre gouvernement, vraisemblablement formé par le PLQ, acceptera de régler toute cette question dans le cadre d'une conférence fédéral-provinciale plus ou moins classique ou devra-t-il exiger la convocation d'une assemblée constituante?L.D.- Pour l\u2019essentiel, il est dans le même bateau que le PQ.Il ne peut pas accepter de négocier dans la structure actuelle des conférences fédéral-pro-vinciales.REL.- De lui-même, il serait porté à demander la convocation d\u2019une constituante?L.D.- De lui-même, il sera porté à ne rien faire.Les initiatives, dans le débat constitutionnel, sont toujours venues d\u2019Ottawa, en 1971 comme aujourd\u2019hui.Le PQ attend.REL.- C\u2019est parce que le référendum n'a pas encore eu lieu.L.D.- Même porté au pouvoir, le Parti libéral ne pourrait absolument pas prendre l\u2019initiative d\u2019aller négocier ce qui n\u2019est pas négociable de un à dix.Ce fut le problème de Bourassa.quatre ans trop tôt.REL.- Vous admettrez quand même que depuis cinq ans, le climat politique a changé au Québec! Et vous ne craignez pas que, si le Parti libéral était toujours au pouvoir et continuait de \u201claisser faire\", on aurait une réaction comme celle des Américains, en 1946, contre le gouvernement Truman?L.D.- Si le PLQ avait conservé le pouvoir en 1976, la situation aurait continué de pourrir et on peut penser que le parti porté au pouvoir pour le remplacer se trouverait dans une situation plus facile.En 1976, l\u2019opposition l\u2019a emporté sur le parti gouvernemental jugé défaillant sur tous les plans; mais la crise constitutionnelle était si peu mûre, que même un parti dont le premier objectif est l\u2019indépendance du Québec, a de la difficulté à organiser son référendum.Ce qui m\u2019importe ce n\u2019est pas le pays indépendant, c\u2019est que la langue que je parle et les éléments de culture essentiels qui sont les miens ne soient pas régis par des gens qui ne parlent pas ma langue et sont étrangers à ma culture, et que ce ne soit pas le gouvernement fédéral qui décide en ces matières.Pour le reste, on n\u2019a jamais réussi à me convaincre que nous aurions au Québec de meilleures conditions de vie en devenant politiquement souverains pour ensuite aller négocier.On ne m\u2019a pas donné les instruments pour m\u2019en convaincre.REL.- Vous avez rappelé l\u2019importance pour le Québec de ne parler qu'avec une voix (et donc de dépasser l'esprit de parti), mais n\u2019est-il pas nécessaire que le Canada anglais commence à se regrouper pour répondre d\u2019une seule voix aux demandes du Québec?L.D.- Les neuf provinces et le fédéral n\u2019ont pas à se constituer en bloc contre le Québec, car les questions à discuter dans un cadre bilatéral porteront sur la langue française.Il devrait être évident aujourd\u2019hui que le Québec doit avoir des droits garantis en ce domaine.Il suffirait que les autres provinces reconnaissent là une prérogative du Québec, ou encore un champ de compétence provinciale.Le gouvernement fédéral n\u2019a plus rien à voir là.Si on juge qu\u2019une telle politique présente trop de risques pour les autres provinces, qu\u2019on accorde un statut spécial au Québec; si on juge la formule valable pour toutes les provinces, que les gouvernements provinciaux s\u2019entendent pour offrir des garanties aux minorités françaises.Les gouvernements des provinces sont-ils si peu civilisés qu\u2019il faille encore recourir au fédéral pour faire respecter les droits des minorités?D\u2019ailleurs, l\u2019Ontario et le Nouveau-Brunswick ont déjà signifié leur bonne volonté.En outre, le Québec pourrait intervenir pour faire pression à ce niveau sur les provinces récalcitrantes: c\u2019est ici que les accords de réciprocité jouent leur rôle.Pour le reste, je m\u2019en remettrais au principe de la polyarchie, et c\u2019est ici que je me sépare du PQ qui voudrait - si je comprends bien - que même les ententes économiques soient négociées de façon bilatérale.Tant qu\u2019on n\u2019aura pas démontré que le cadre fédéral entraîne plus de désavantages à ce niveau que la souveraineté, je garderai ma façon de voir.Au fond, une fois que le PQ aura conclu son association économique avec le reste du Canada, le résultat net ne sera guère différent de ce qu\u2019on peut déjà obtenir par ce que j\u2019appelle la réforme fonctionnaliste, menée dans les cadres actuels.178 RELATIONS morale imposée morale proposée?le professeur de morale et les marins d'eau douce par Guy Paiement* J\u2019ai intitulé mon exposé: \u201cle professeur de morale et les marins d'eau douce\u201d.A première vue, je semble assez loin du thème proposé pour le congrès.D\u2019une certaine façon, cette impression est juste.Déformé comme je le suis, j\u2019ai, en effet, commencé par questionner la question.\u201cMorale imposée ou morale proposée?\u201d a-t-on demandé.D\u2019emblée je réponds: c\u2019est une fausse question, car vous avez déjà la réponse! Peu de personnes ici présentes viendront soutenir qu\u2019elles veulent imposer une morale aux jeunes du secondaire.Tout le monde veut \"proposer\u201d une morale.C\u2019est évident.A y regarder de près, cependant, je me dis que la morale proposée est bel et bien une morale imposée, elle aussi, pour la bonne raison qu\u2019il est impossible de parler d\u2019éducation sans parler d\u2019une forme ou l\u2019autre d\u2019imposition.Que l\u2019on prenne la persuasion plutôt que la force, le chantage affectif plutôt que le coup de règle sur les doigts, l\u2019invitation plutôt que le commandement, la morale comportera toujours une intervention dans la vie d'un autre.Elle ne sera jamais une simple induction.Elle est produite par des groupes humains et se transmet de mille et une façons aux générations montantes.Le problème n\u2019est donc pas de savoir si nous voulons promouvoir une morale qui s'impose ou une morale qui se propose.La question est ailleurs.L\u2019autre question La question me paraît plutôt de savoir ce que l'on propose ou l\u2019on impose et pour quoi faire.Ce que l\u2019on propose/ impose constitue un ensemble de valeurs et d\u2019interdits.Il s\u2019agit d\u2019une construction que l\u2019on peut décrire et analyser.Un puzzle que l\u2019on peut défaire ou tout simplement montrer aux autres.Si nous faisions maintenant un tour de table sur ce que chacun propose, nous ne serions pas plus avancés que la personne qui fe- * L\u2019auteur, jésuite, est professeur de théologie à l\u2019université de Sherbrooke.Cet article reprend fondamentalement une conférence prononcée à Québec, à la fin d\u2019octobre, dans le cadre du congrès annuel de l'Association Québécoise des Professeurs de Morale et de Religion.JUIN 1979 rait le tour d\u2019un supermarché sans savoir ce qu'elle vient acheter.A moins de ramener l'éducation de la conscience morale aux sciences du marketing, je vois mal, en effet, comment on peut se contenter d\u2019énumérer les différentes constructions que chacun a réussi à édifier de peine et de misère.Connaître toutes les boîtes de conserves n\u2019a jamais créé un bon chef cuisinier.Plus intéressante me semble la question de savoir pour quoi nous proposons /imposons une morale.Deux chemins s\u2019ouvrent alors pour répondre à cette question.Le premier est celui du désir: le désir de celui qui propose/impose une morale.Le second est celui du projet entrevu par cette même personne.Le désir et le projet Parlons tout d\u2019abord du désir.Le désir de transmettre ses valeurs est toujours ambigu.Il doit être examiné de près.Sans entrer ici dans tous les détails, qu\u2019il suffise de vous rappeler que le désir de l\u2019inceste n\u2019est pas mort.Le désir de l\u2019inceste, c\u2019est-à-dire, au départ, le désir de faire un avec le sein maternel, de refuser la différence et la rupture, de conserver la fusion bienheureuse et inconsciente.Il n\u2019est jamais confortable de prendre le risque de penser, de prendre en mains sa propre conscience, de s\u2019aventurer dans un chemin que personne n\u2019a encore emprunté.La tentation est grande alors de créer, autour de soi, une sorte de sein maternel protecteur.Si tout le monde pense comme moi, je me sens protégé, sécurisé.Dès lors, tous les moyens sont bons pour sauver cette sécurité.Que l\u2019on propose ou que l\u2019on impose ensuite sa morale ne changera rien à la perspective.Si la transmission de mes propres valeurs signifie que je refuse de sortir du sein maternel, que je cherche à créer une impossible fusion avec les autres, bref, si je refuse d\u2019accueillir la différence des autres, je pourrai difficilement être un éducateur de la conscience morale des autres.Je serai toujours sur la défensive, j\u2019utiliserai tous les raffinements du chantage affectif.Au besoin, j\u2019irai chercher l\u2019appui de la loi et du ministère.Mais je raterai le bateau.L\u2019éducation commence quand on re- nonce à son désir de fusion et que l\u2019on accepte l\u2019autre comme différent.Alors devient possible le dialogue et la découverte réciproque.Alors peut se déployer la force du désir que j'exprimerai de la façon suivante: \u201ctu sais, est vrai ce qui me fait vivre\u201d mais aussi bien, je soupçonne qu\u2019est vrai aussi ce qui te fait vivre.\u201d Pouvons-nous dire et déployer ce qui nous fait vivre?Car il est juste de dire que ce qui me fait vivre est vrai.Mais si je ne puis pas espérer que ce qui me fait vivre puisse, un jour, te faire vivre, je ne crois pas que cela soit encore la vérité vivante.De même pour toi.Si je ne puis pas intégrer, un jour, ce qui te fait vivre, un de nous deux devra disparaître.Nous deviendrons alors menaçants l\u2019un pour l\u2019autre, hostiles peut-être.A la limite, il faudra me défendre contre un agresseur éventuel.Je me mettrai à tuer mon frère.L'interdit universel du meurtre nous rappelle, je pense, la limite à ne pas franchir si nous voulons vivre et faire vivre.Mais une fois que j'ai décidé de tenir compte de cette balise, je dois encore prendre le large.Je dois chercher des façons de vivre avec celui que je refuse de tuer.Dès lors s\u2019ouvre le temps du projet moral.Peut-il y avoir des connivences entre ce qui nous fait vivre?Pouvons-nous imaginer un voyage ensemble?Si oui, nous sommes en train de promouvoir une vie plus humaine.On parlera sans doute alors de valeurs.Le désir de faire sortir ou advenir des façons de vivre ensemble comme humains, frères de la même race, m\u2019amène ainsi à m\u2019associer avec d\u2019autres dans un projet.La question qui nous retient devient donc celle-ci: Où voulons-nous aller ensemble?C\u2019est la question des marins qui ont décidé de prendre la mer ensemble et de mettre le cap dans une direction.Deux attitudes de l\u2019éducateur de morale Ces deux chemins du désir et du projet sont un peu comme le courant et le port.Ils permettent de préciser deux attitudes de l\u2019éducateur de la conscience morale.En premier lieu, il convient que l\u2019éducateur élucide son propre désir: pourquoi veut-il proposer/imposer sa 179 morale?S\u2019il décide de présenter un courant qui fait vivre un bon nombre de personnes et lui-même, et s\u2019il invite les jeunes à s\u2019aventurer, eux aussi, à prendre le large, à expérimenter ce qui leur est présenté, en leur laissant surtout la possibilité d\u2019apprécier et de juger par eux-mêmes, cela me paraît déjà éducatif.Précisons tout de suite que la façon de faire comprendre une conclusion est de refaire la démarche qui l\u2019a rendue possible.Ce n\u2019est pas de répéter la conclusion pour faire plaisir au professeur.L'éducateur qui invite l\u2019autre à trouver la source qui a donné naissance à un courant encore vivant s\u2019expose à ce que le jeune marin ne prenne pas forcément la même route que lui, le même bateau.S\u2019il l\u2019accepte, il devient un accoucheur, au sens de Socrate.S\u2019il le refuse, il n\u2019est pas encore sorti du sein de sa mère.Est-ce à dire qu\u2019il ne faut plus parler des interdits?Bien sûr que non.Les interdits sont des moyens économiques qu\u2019une société s\u2019est donnés pour garantir le voyage en mer.Ils sont comme les balises qui indiquent l\u2019importance de prendre la mer.Quelqu\u2019un peut toujours aller voir par lui-même s\u2019il y a vraiment des roches là où l\u2019indique la balise.Mais l\u2019essentiel de la balise est ailleurs.Dans la direction qui est ouerte et qu\u2019il faut aller explorer.En ce sens, une seconde question s\u2019impose à l\u2019éducateur et qui est celle de savoir où il veut s'en aller et avec qui?En d\u2019autres termes, une fois que l\u2019éducateur a élucidé son désir de proposer sa morale, il doit encore se demander le projet social qu\u2019il porte avec d\u2019autres et inviter les jeunes à s\u2019en donner un.S\u2019il est difficile de préciser un tel projet social, on peut cependant découvrir quel type de conscience est souhaitable et quelle amélioration est possible.Selon la conscience que je possède de la situation, je vais, en effet, élaborer des projets différents.Pour reprendre mes comparaisons marines, si je connais les fonds marins, les bancs de poissons, les vents et les marées, je ferai une autre pêche que celui qui se contente de traverser le golfe en rêvant aux mouettes.L\u2019éducateur ne peut négliger le type de conscience que partagent les jeunes avec qui il travaille, car ce type va déterminer ses objectifs et le style de son intervention.Quatre types de conscience, quatre types d\u2019intervention Décrivons brièvement chacune de ces consciences et les types d\u2019intervention qui les accompagnent.1.\tLa conscience soumise La conscience soumise est celle qui considère les interdits comme normaux, dans la nature des choses, sécuritaires.Cette conscience a domestiqué la force des désirs au point de rendre impossible toute critique ou un minimum de distance.La personne n\u2019est pas capable de dire JE: \u2018\u2018J\u2019m\u2019en vais dire comme ce gars.\u201d Ce sont les autres, le système, qui pensent.Ce qui existe est normal.Il n\u2019y a rien à changer.L\u2019éducateur insistera vraisemblablement sur la promotion d\u2019une parole personnelle.Montrer comment on s\u2019en remet aux autres et à des abstractions.La description de la passion de Jésus de Nazareth illustre assez bien cette conscience captive qui se lave toujours les mains sur le dos d'un autre.La formation d\u2019un jugement personnel n\u2019est pas facile, mais il faut y tendre.Je ne vois pas, à cet égard, ce qu\u2019il peut y avoir de formateur dans le fait de prendre, à la place des autres, leurs décisions morales: \u201cCe que tu fais là est péché.C\u2019est grave.Ce n\u2019est pas permis, etc.\u201d Invitons plutôt le jeune à se formuler un ju- gement, à prendre une décision, même si elle n\u2019est pas conforme à ce que nous aurions voulu! 2.\tLa conscience rouspétante C\u2019est la conscience qui commence à secouer le joug des interdits du milieu, mais sans toucher encore à la situation proprement dite.On a pris la parole, on découvre les limites imposées à ses désirs.On le dit, on le chiâle, on le crie sur tous les tons.Mais on n\u2019en continue pas moins comme avant.Le pédagogue insistera ici pour que l\u2019on donne des mains à la parole.Apprendre à se donner un projet, même s\u2019il est limité et imparfait, ne permet-il pas d\u2019articuler les désirs et un sens du possible?3.\tLa conscience critiquante C\u2019est celle qui a dépassé le rouspéta-ge pour rechercher une amélioration du fonctionnement de la classe, de l\u2019école, de la société.Le projet est donc réduit ou limité à une question de fonctionnement.On ne touche pas à la structure qui conditionne les personnes.On aura ainsi tendance à se centrer sur les intentions de la personne et sur ce qu\u2019elle ressent.Mais on la coupera de ses liens avec l\u2019économique, le social et le politique.L\u2019éducateur cherchera alors à remettre en relief les liens oubliés et à apprendre avec les autres à situer un événement dans un ensemble de forces et d\u2019influences.4.\tLa conscience libérante C\u2019est la conscience qui vise une transformation de la conscience et de son milieu en permettant aux personnes de se mettre ensemble pour prendre en charge leur vie.L\u2019éducateur pourra-t-il prendre cette conscience comme objectif terminal, favoriser l\u2019apprentissage de la solidarité, du projet mené à terme, de l\u2019élargissement de la conscience?Je pense que oui quand j\u2019entends parler d\u2019une équipe de la JEC qui a réussi à sensibiliser toute une école à faire la grève pour que les professeurs et les administrateurs se mettent à se parler.en guise de conclusion Je me permettrai de ramasser mes comparaisons maritimes.La notion d\u2019itinéraire me paraît indissociable de la formation morale.C\u2019est ce que veulent suggérer les quatre types de conscience.Nous avons pour ainsi dire la forme schématique d\u2019un itinéraire, c\u2019est-à-dire d\u2019une série d\u2019apprentissages.Cet ensemble comprend des balises et un courant, un bateau et des marins, un port et des relais.Les balises, ce sont les interdits d\u2019une société.Le courant, le désir à libérer, le goût de l\u2019itinéraire personnel à découvrir Le bateau et les marins: le projet et le groupe capable de le porter, les ententes faites pour tenter de vivre plus humainement ensemble Le port, l\u2019objectif visé, les échanges possibles, les surprises, les nouveaux départs.Dans cette veine, la morale devient une aventure réelle oû il faut apprendre à prendre sa vie en mains, à chercher ce qui nous fait vivre et à se diriger avec d\u2019autres vers une libération plus grande, toujours plus grande, et pourtant repérable à des efforts précis dans la situation oû l\u2019on se trouve.Selon la conscience que l\u2019on possède de la mer, de ses richesses comme de ses dangers, on tentera différentes manoeuvres, différentes pêches, différentes vies à bord.Mais c\u2019est le port avec la foule grouillante qui déterminera l\u2019ensemble.D\u2019où la question toujours pertinente sur laquelle nous pouvons terminer: \"Jusqu'où veux-tu aller et avec qui?\u201d 180 RELATIONS L égalité des chances en éducation du rêve à la réalité La démocratie d\u2019Athènes contredisait dans les faits son rêve.Le pouvoir y demeurait, jalousement non partagé, prérogative d\u2019un petit groupe de citoyens de naissance, mâles par surcroît.Avons-nous jamais quitté Athènes?L'accès au pouvoir \u2014 qu\u2019il s\u2019agisse de culture ou d\u2019argent - demeure dans nos sociétés modernes dites démocratiques rigoureusement surveillé et contrôlé.La culture fut longtemps un privilège de la noblesse du sang; elle est devenue, avec et depuis la révolution bourgeoise, l\u2019apanage des riches.Peut-il en être autrement?Le rêve d\u2019une société plus égalitaire et moins injuste est-il condamné à ne jamais pouvoir s\u2019incarner dans des réalisations même partielles et imparfaites?C\u2019est pourtant à ce rêve d\u2019une société démocratique - plus égalitaire et moins injuste - que nous renvoie la thématique proposée par le Conseil supérieur de l\u2019éducation pour sa rencontre de consultation 1979: \u201cl\u2019égalité des chances en éducation\u201d.Comme le note - à mon sens avec grande justesse - le Livre blanc du gouvernement québécois sur la politique québécoise du développement culturel (vol.1, p.6), la démocratie est indissociablement culturelle, sociale et économique tout autant que politique, ou elle n\u2019est pas: Pour qu\u2019elle porte tout son fruit, la démocratie doit devenir culturelle, autant que politique, sociale ou économique.Pour que s\u2019actualise son droit à la culture, le citoyen doit pouvoir accéder librement et facilement à tous les biens culturels, malgré les contraintes géographiques, économiques et sociales.Il doit pouvoir utiliser pour le développement de ses talents et de ses capacités créatrices les ressources de la collectivité.Il doit pouvoir enfin participer avec ses proches, au gré de ses affinités, dans toutes les communautés dont il fait partie, à l\u2019élaboration d\u2019une culture vivante qui exprime à la fois son identité et ses choix existentiels.Voilà pour le texte et pour le rêve.Qu\u2019en est-il dans la réalité?La publication récente de quelques documents du gouvernement québécois nous invite à faire le point de la situation.A l\u2019aide de cinq de ces documents: JUIN 1979 par Guy Bourgeault \u2022\tL\u2019enseignement primaire et secondaire.Livre vert, Québec, 1977.\u2022\tL\u2019école québécoise.Enoncé de politique et plan d\u2019action, Québec, 1979.\u2022\tLes colleges du Québec.Nouvelle étape.Projet du gouvernement à l\u2019endroit des CEGEP, Québec, 1978.\u2022\tCommission d\u2019étude sur les universités, Document de consultation, janvier 1978.\u2022\tLa politique québécoise du développement culturel, Québec, 1978, le présent exposé tentera de dégager, au chapitre des rapports entre démocratie et égalité des chances en éducation, les acquis, les bonnes intentions, les défis.1.Les acquis La réforme du système scolaire entreprise chez nous à la suite des travaux de la Commission Parent, lors de la révolution tranquille des années 60, était nettement commandée par un souci de démocratisation et, notamment, d\u2019accessibilité des ressources éducatives scolaires pour l\u2019ensemble des Québécois.Quel bilan peut-on dresser à cet égard après quinze ans?Quels sont les acquis à préserver?Je me contenterai ici d\u2019une rapide et sèche énumération: \u2022\tl\u2019accessibilité géographique de l\u2019école secondaire a fait passer les taux de scolarisation, chez les jeunes de 15 ans et moins, de 74f7 en 1961 à 97Q en 1977 (Livre vert, ch.1 et 3); \u2022\tla polyvalence de l\u2019école secondaire a permis une diversification relative de cette scolarisation en fonction des besoins et attentes tant des personnes et des groupes que de la société dans son ensemble {Ibid.); \u2022\tl\u2019accessibilité de l\u2019enseignement postsecondaire s\u2019est considérablement accrue pour les jeunes par l\u2019implantation du réseau des CEGEP (Les collèges, pp.15-17 - \u201cDix ans après la ré- 181 forme, 46 établissements publics couvrent l\u2019ensemble du territoire québécois, avec des effectifs qui ont doublé en 10 ans et qui, en 1977-1978, atteignent pratiquement le chiffre de 120 000 étudiants.\u201d (1,2); \u2022\tla contiguïté des secteurs général et professionnel dans le CEGEP l\u2019a fait considérer par l\u2019OCDE comme \u201cun modèle éducatif et socio-politique de la plus grande importance et ce, à l\u2019échelle internationale\u201d (Ibid., p.6); \u2022\tdes services communautaires d\u2019ordre socio-culturel sont fournis par le CEGEP dans le cadre de quelques expériences de promotion culturelle et collective particulièrement pertinentes et prometteuses; \u2022\tl\u2019accès à l\u2019enseignement universitaire a été élargi, entraînant un accroissement considérable des effectifs étudiants à ce niveau (Commission d\u2019étude sur les universités, Document de consultation, p.18); \u2022\tenfin, quelque 500 000 adultes, c\u2019est-à-dire 1/8 de la population adulte du Québec, tentent actuellement leur \u201cseconde chance\u201d scolaire (400 000 au secondaire, 20 000 au collégial, entre 60 000 et 75 000 à l\u2019universitaire) (3).Et voilà pour l\u2019actif, inscrit en lettres fermes dans les documents gouvernementaux.Mais il y a aussi le passif, reconnu et avoué peut-être moins nettement, parfois même passé sous silence.C\u2019est pourtant ce passif qui ouvre la voie, par-delà les déclarations de bonnes intentions, à la plus nette perception des défis majeurs et à l\u2019articulation conséquente de projets et de programmes d\u2019action.2.Les bonnes intentions.et les omissions Pour l\u2019enseignement primaire, secondaire et collégial, les documents gouvernementaux présentent des énoncés de politique et des plans d\u2019action; la thématique de l\u2019égalité des chances y est souvent évoquée.Pour ce qui est de l\u2019Université, nous sommes toujours dans l\u2019attente du rapport de la Commission Angers d\u2019abord, puis des projets gouvernementaux qui devraient suivre.L\u2019éducation des adultes, elle, - décidément, les adultes seront toujours les élus de la \u201cseconde chance\u201d! - fera ultérieurement l\u2019objet d\u2019analyses, de débats, de planification.Après quoi on pourra peut-être voir si une perspective d\u2019ensemble a par hasard présidé à cette \u201cplanification\u201d d\u2019une réforme morcelée, faite à la pièce sous la pression de l\u2019opinion publique ou de certains lobbies.a.L\u2019école québécoise L\u2019énoncé de politique et plan d\u2019action de l\u2019école québécoise évoque et invoque au départ - c\u2019est quand même l\u2019année de l\u2019enfant! - le droit de tout enfant à \u201cbénéficier d\u2019une éducation qui contribue à sa culture générale et lui permette, dans des conditions d\u2019égalité de chances, de développer ses facultés, son jugement personnel et son sens des responsabilités morales et sociales, et de devenir un membre utile de la société\u201d.Il serait difficile de ne pas souscrire aux généreuses visées de ce principe 7 de la Déclaration des droits de l\u2019enfant (Beyrouth, 1959).Pour concrétiser ces visées, on propose non moins que de faire de l\u2019école québécoise un \u201cfoyer de la culture d\u2019un peuple\u201d, un \u201clieu ouvert\u201d où la diversité serait valorisée (ch.1).Cette école, accessible à tous, devrait \u201caider à la formation de l\u2019individu et du citoyen dans la plus grande égalité des chances possibles\u201d (ch.2, 2.2.5 et 2.2.6) en se donnant comme \u201cpremier objectif\u201d le développement de la personne (2.3.1).La générosité des intentions n\u2019a ici d\u2019égale que la généralité des propos et des propositions.Un chapitre entier (ch.5) est toutefois consacré à l\u2019enfance en difficulté d\u2019adaptation et d\u2019apprentissage; on y prône pour elle, dans ce que l\u2019on appelle une \u201cpolitique de l\u2019adaptation scolaire\u201d, l\u2019accessibilité à l\u2019école publique et à une éducation de qualité dans le cadre scolaire le plus normal possible (5.4).Un autre chapitre (ch.6) traite de l\u2019éducation en milieu défavorisé: on y déploie la thématique de l\u2019égalité des chances en proposant certaines \u201cmesures de redressement.comme le décloisonnement de la formation générale et professionnelle au secondaire, la restauration de programmes mieux articulés et d\u2019instruments didactiques diversifiés.\u201d (6.1.3) et des interventions diverses destinées à prévenir l\u2019absentéisme et l\u2019abandon (phénomènes nettement plus fréquents en milieux dits défavorisés - 6.7) ou à soutenir les efforts des élèves (projets expérimentaux d\u2019encadrement pédagogique, etc.- 6.8).1.\tLes 120,000 étudiants sont \u201crépartis à peu près également entre le secteur des techniques ou professionnel (47.8%) et le secteur général préuniversitaire (52,2%).Le taux de passage du niveau secondaire au collégial était de 47.2r0 en 1975-1976, alors que, en 1971-1972, il n\u2019était encore que de 39.8%.Autre signe des temps, la clientèle féminine, de 22.5% en 1967-1968, est de 49.4% en 1977-78\u201d (Les collèges au Québec, p.15).2.\tVoir aussi les tableaux statistiques des pages 55-57.Egalement les données présentées dans La politique québécoise du développement culturel, p.411.3.\tChiffres tirés d\u2019une allocution de René Lévesque sur L\u2019éducation permanente et le Québec de demain, dans Education permanente et société québécoise, Rapport du congrès-fête du 6 mars 1978, Université de Montréal (Faculté de l\u2019éducation permanente), 1979.4.\tL\u2019énoncé de politique de l\u2019Ecole québécoise se contente ici d\u2019une simpliste conciliation des inconciliables en rappelant dans une même phrase et d\u2019un même souffle, sous une même inspiration, que \u201cles écoles catholiques, écoles dans lesquelles l\u2019enseignement moral et religieux catholique est obligatoire pour tous, sont tenues d\u2019accorder la dispense de cet enseignement aux élèves dont les parents font une demande écrite à cet effet, ou, s\u2019il s\u2019agit du niveau secondaire, aux élèves qui font une telle demande avec l\u2019approbation de leurs parents (1.6.7)! L\u2019énoncé au sujet des \u201cécoles reconnues comme protestantes\u201d (1.6.14) est moins contradictoire.182 RELATIONS Au chapitre 13, qui traite de l\u2019organisation de l\u2019école secondaire, on annonce \u2022\tl\u2019abandon \u201cpar le gouvernement\u201d, \u201ccomme formule d\u2019organisation scolaire\u201d, des \u201cvoies\u201d \u201ctelles qu\u2019on les a connues\u201d (13.3.2); \u2022\tune nouvelle politique de la formation professionnelle ayant pour objectif de \u201crevaloriser ce secteur essentiel au développement du Québec\u201d et qui favoriserait notamment \u201cle décloisonnement de la formation professionnelle\u201d pour que \u201cles jeunes qui s\u2019engagent dans cette voie puissent bénéficier d\u2019ouverture, d\u2019égalité de chances et de services comparables à ceux offerts aux élèves qui choisissent le secteur général\u201d (13.7.1).Voilà assurément un train de mesures auxquelles on ne saurait s\u2019opposer.On peut cependant déplorer que certains problèmes majeurs touchant l\u2019égalité des chances soient passés sous silence ou escamotés dans un traitement par trop superficiel.Je me contenterai, ici encore, d\u2019une sèche énumération: rapports entre l\u2019école privée et l\u2019école publique et financement public de l\u2019école privée; confessionnalité scolaire et pluralisme (4); rapports école-société (le bref paragraphe 4.4.7 reconnaît l\u2019appartenance de l\u2019école à un milieu socio-culturel, tout en constatant que \u201cle concept d\u2019école communautaire est relativement embryonnaire\u201d et que \u201cl\u2019école demeure souvent en marge du milieu qu\u2019elle dessert\u201d); concertation de ressources scolaires avec les autres ressources éducatives de la société; rapports entre structures scolaires (incluant programmes et pédagogies) et difficultés d\u2019apprentissage; fonction de reproduction sociale de l\u2019école et rôle de sélection - élimination des tests, mesures et évaluations (le ch.8 porte le titre Mesure et évaluation et réussit à ne pas soulever la question de la validité et de la fonction des instruments utilisés); etc.Par ailleurs, on peut aussi déplorer que la double annonce de l\u2019abandon des \u201cvoies\u201d et du décloisonnement de l\u2019enseignement professionnel soit à la fois si timide et, dans le premier cas au moins, si alambiquée: on aura tôt fait, renonçant aux \u201cvoies\u201d \u201ctelles qu\u2019on les a connues\u201d, d\u2019en inventer de nouvelles.en tous points semblables aux anciennes, dirait le grammairien du Soulier de Satin, et tout aussi efficaces! b) Les collèges du Québec Le projet du gouvernement à l\u2019endroit des CEGEP - Les collèges du Québec - prend racine, par souci de \u201ccontinuité dans le changement\u201d (ch.5 -Bravo pour les progressistes-conservateurs!), dans l\u2019analyse d\u2019un bilan des dix années de fonctionnement des CEGEP dont on veut noter \u201cle passif avec la même franchise que l\u2019actif\u2019 (ch.3).Il fut question de l\u2019actif plus haut.Quant au passif et pour ce qui est de \u201cl\u2019accessibilité des collèges, ou pour mieux dire, l\u2019égalité des chances\u2019\u2019, le document recommande de ne pas accorder \u201ctrop de crédit à l\u2019accroissement remarquable des taux de scolarisation\u201d JUIN 1979 L\u2019analyse de ces taux révèle des tendances qui ne vont pas dans le sens de l\u2019égalité des chances.Si les taux de scolarisation envisagés globalement se comparent favorablement à ceux des statistiques de l\u2019Occident, tout semble indiquer que, sans les taux atteints par la minorité anglophone au Québec, taux qui sont supérieurs à ceux de la majorité francophone, le taux moyen serait notablement, voire anormalement, réduit.Ce qui est certain, c\u2019est que les statistiques.montrent à l\u2019évidence que, selon les régions et l\u2019appartenance ethnique, les taux de passage du niveau secondaire au collège et la répartition des effectifs entre le secteur général et le secteur professionnel varient énormément.Sans qu\u2019il soit aisé de dégager des explications entièrement satisfaisantes, tout indique que les jeunes Québécois n\u2019ont pas tous des chances égales d\u2019accéder à l\u2019enseignement supérieur et que cette inégalité est liée à la situation socio-économique des régions, des groupes ethniques ou des classes sociales auxquels ils appartiennent.A quoi il faudrait ajouter les handicaps entraînés par les préalables imposés aux étudiants du niveau secondaire, lesquels limitent pratiquement l\u2019admission à plusieurs programmes, tout comme ceux imposés aux étudiants des collèges restreignent l\u2019accès de la clientèle des CEGEP à certains programmes universitaires.Il existe également des groupes particuliers, comme les adultes, les personnes handicapées, le troisième âge et les économiquement faibles qui, de manière généralement moins apparente, il est vrai, sont aux prises avec des contraintes qui limitent indûment leur accès à l\u2019enseignement collégial.C\u2019est en bonne partie pour corriger ces inégalités que la relance proposée est axée sur trois priorités: respect des droits de l\u2019étudiant, renforcement des responsabilités locales, large accueil réservé à la collectivité (ch.6).Les perspectives et les visées du projet d'éducation permanente sont ici explicitement évoquées.Touchant la troisième priorité, le document, reconnaissant que \u201cles initiatives de services à la collectivité sont embryonnaires\u201d, déclare le propos du gouvernement \u201cd\u2019encourager les CEGEP à développer leurs services généraux à la collectivité\u201d et l\u2019explicite ainsi: Pour l\u2019ensemble du réseau collégial, cette volonté de promotion collective sera elle-même, d\u2019ailleurs, un principe de recherche et de développement.Car, de par leur nature, ces services à la communauté ne pourront se définir uniformément pour tout le territoire québécois.Il appartiendra à chaque collège de découvrir, pour et avec la communauté où il s\u2019intégre, dans quelles voies il serait opportun de s\u2019engager.Mais, dans chaque cas, l\u2019objectif fondamental consistera à mettre à la disposition des collectivités intéressées les ressources des collèges, à la faveur d\u2019assouplissements administratifs, d\u2019une large consultation avec ces milieux et d\u2019une conscience plus vive de leurs besoins et aspirations. Par-dessus tout, il sera primordial de reconnaître comme un droit, et non comme un privilège, cette accessibilité aux ressources des CEGEP: ils constituent un bien public et le gouvernement a l\u2019intention de tirer toutes les conséquences de ce fait.Mais pourquoi fallait-il, après ce mandat généreux, en définissant par la suite les droits des utilisateurs et en édictant diverses mesures, oublier tout simplement cette dimension de service du développement collectif pour revenir, pour les jeunes, à une perspective étroitement scolarisante de promotion strictement individuelle?(5) Les mesures concrètes proposées touchant notamment l\u2019admission aux études collégiales (ch.7) et l\u2019éducation des adultes (ch.11) paraissent heureuses.Il n\u2019est cependant pas assuré qu\u2019on en obtiendra tout ce qu\u2019on semble en espérer.Au sujet de l\u2019amélioration de l\u2019accessibilité des adultes à l\u2019enseignement collégial et de la qualité des services qu\u2019on leur offre, je tiens à noter au passage l\u2019admirable souci de transparence qui a poussé à exposer en clair les raisons qui président à cet effort: il s\u2019agit, avoue-t-on candidement, de \u201cfaire contrepoids à la baisse des clientèles \u201cjeunes\u201d et à ses conséquences fâcheuses pour l\u2019avenir des collèges et de leur personnel\u201d et d\u2019\u201camorcer une révision en profondeur des règles du jeu qui président actuellement à l\u2019organisation complexe et coûteuse de l\u2019ensemble de l\u2019éducation des adultes\u201d.avant même d\u2019élaborer une politique à ce sujet! 3.Les défis Des acquis à préserver.De généreuses déclarations, de généreuses intentions.Des défis aussi lancés à l\u2019ensemble de la collectivité par des injustices criantes et qui ne sont pas en voie de disparition, tout au contraire.Puisant abondamment, pour en traiter, aux riches perspectives du projet d\u2019éducation permanente, j\u2019ouvrirai simplement ici quelques pistes pour la réflexion et les débats, renvoyant volontiers à d\u2019autres sources et à d\u2019autres instruments pour compléter les trop hâtifs propos tenus ici.(6) a.Ecole et société On ne pourra éluder indéfiniment la question des rapports entre l\u2019école et la société.Le débat public sur cette question a été ouvert chez nous en 1972 par le manifeste de la CEQ: l\u2019école au service de la classe dominante.Trois ans plus tard, dans une allocu- tion au Conseil supérieur de l\u2019éducation intitulée \u201cTelle société, telle école, voilà la dure réalité\u201d (le 13 juin 1975), Yvon Charbonneau poursuivait le questionnement et le débat amorcés sur la base d\u2019un même constat, celui de l\u2019inégalité des chances en éducation: Nous constatons que, dans ce système d\u2019éducation qu\u2019on a tenté de réformer, i.e.d\u2019adapter aux besoins du grand capital, \u201cl\u2019égalité des chances\u201d reste un mythe; que les étudiants sont répartis, presque conformément à leur origine sociale, dans des voies et des secteurs séparés par des cloisons difficilement franchissables; que l\u2019orientation des étudiants repose essentiellement sur les échecs et les retards scolaires et conduit à lancer.sur le marché du travail une main-d\u2019oeuvre promise à la déqualification, à l\u2019exploitation et au chômage.Pourtant, note sitôt après le président de la CEQ, \u201cau Québec comme ailleurs, la hausse de la fréquentation scolaire a été conquise et payée par les travailleurs\u201d.Les analyses de Bourdieu et Passeron ont montré, il y a déjà plusieurs années, comment l\u2019école servait la reproduction sociale en sélectionnant (par ses politiques et critères d\u2019admission, par ses tests et ses évaluations, par la langue de ses enseignements et leur appartenance à une culture dominante dont est exclue la majorité, etc.) ceux qui seront autorisés demain à avoir part avec les puissances économiques et politiques.et en éliminant à l\u2019avance les exclus de demain.(7) Plus récemment et plus près de nous, les résultats de recherches diffusés dans un document de travail de l\u2019ICEA, sous le titre Nos enfants feront-ils mieux que nous?(Montréal, 1977), amènent à conclure que \u2022\tles enfants des classes populaires sont les plus nombreux dans ce que l\u2019on appelle pudiquement les classes d\u2019attente; o les enfants des classes populaires sont plus souvent qu\u2019à leur tour en \u201crégulier\u201d et en \u201callégé\u201d et y échouent également ou \u201ca-bandonnent\u201d plus souvent qu\u2019à leur tour; \u2022\tles enfants des classes populaires sont proportionnellement plus nombreux que les autres dans le secteur professionnel au secondaire et au CEGEP, ce qui diminue leurs chances d\u2019accès à l\u2019Université.(8) Les énoncés de politiques du Ministère de l\u2019éducation présentent quelques mesures destinées à cor- 5.\tVoir à ce sujet Gaétan Daoust, Développement culturel ou scolarisation généralisée: où va la politique de l\u2019éducation du gouvernement actuel?Document de travail, CSE, 1978.6.\tVoir l\u2019excellente recherche dirigée par Mireille Lévesque: L\u2019égalité des chances en éducation.Considérations théoriques et approches empiriques.Publication d\u2019une version préliminaire par le Conseil supérieur de l\u2019éducation, décembre 1978.Nous espérons pour bientôt la publication et la diffusion de cette recherche.Henri Jalbert en a présenté un condensé des- tiné à servir de document de référence pour la rencontre de consultation.7.\tP.Bourdieu et J.-C.Passeron, La Reproduction.Eléments pour une théorie du système d\u2019enseignement, Paris, Ed.de Minuit, 1970.8.\tVoir aussi là-dessus le dossier (noir) de Ligne directe 5/5 avril 1977: l\u2019enseignement professionnel: pour qui?pourquoi?Egalement le rapport de recherche A.S.O.P.E.(Aspirations scolaires et orientations professionnelles des étudiants), sous la direction de Pierre W.Bélanger (Université Laval) et Guy Rocher (U.de Montréal), vol.1 (1976), pp.34-38.184 RELATIONS riger les injustices les plus criantes mais qui, timides comme elles sont et ne s\u2019attaquant nullement aux racines du mal, serviront plus à masquer les inégalités qu\u2019à redresser véritablement la situation.L\u2019important n\u2019est pas que l\u2019école soit aux prises avec des difficultés liées à des inégalités de naissance.Cela, qui exprime peut-être un morceau d\u2019une réalité regardée avec partialité, a été souvent contesté.Plus fondamentalement, l\u2019école produit pour la société ses \u201clents\u201d et ses \u201crapides\u201d, ses \u201callégés\u201d et ses \u201cenrichis\u201d (9).Tant que le vrai rôle de l\u2019école dans la société ne sera pas démasqué (à la suite d\u2019analyses rigoureuses), propos généreux et propositions générales seront condamnés à l\u2019inefficacité de l\u2019idéalisme.L\u2019accroissement des taux de fréquentation scolaire à tous les niveaux ne doit pas ici induire en erreur et faire croire à une amélioration des chances de.l\u2019égalité des chances.Cet accroissement a des corollaires très nets dans la montée du chômage et dans le discrédit jeté sur des diplômes devenus progressivement inutiles:\tqui osera montrer demain des diplômes chèrement conquis dans les collèges d\u2019il y a quelques années seulement?b) Ecole, éducation et culture L\u2019égalité des chances en éducation déborde largement l\u2019école et ses systèmes, ses structures, ses programmes.Il faut tenir compte ici de ce que Gaétan Daoust, dans un document de travail du Conseil supérieur de l\u2019éducation, expose sous le titre \u201cLa diversité des voies d\u2019accès à la culture\u201d: La culture n\u2019est pas une notion univoque, qui renverrait à une réalité indifférenciée, à laquelle chacun pourrait avoir un égal accès, indépendamment de son âge, de son sexe, de son appartenance ethnique ou régionale, de sa classe sociale d\u2019origine.Le Livre blanc sur le développement culturel débusque courageusement les inégalités que masque d\u2019ordinaire une politique d\u2019égalité purement formelle devant les biens culturels, et notamment devant l\u2019éducation.Les milieux dits défavorisés ne se distinguent pas des milieux plus aisés au seul plan économique: ils créent et véhiculent une autre culture, qui s\u2019exprime dans d\u2019autres modes d\u2019être et de création, un autre langage, d\u2019autres savoirs, d\u2019autres manières de penser.Le Livre blanc sur le développement culturel reconnaît ces différences, qui du reste ne partagent pas que les \u201cdéfavorisés\u201d des autres citoyens.L\u2019autre culture, la \u201cpetite culture\u201d appelée encore \u201cculture populaire\u201d, par opposition à la \u201chaute culture\u201d, ou à la \u201cculture officielle\u201d est 9.Voir à ce sujet le rapport de recherche A.S.O.P.E., p.68, également l\u2019étude récente de Yves Bégin, inspirée des travaux de B.S.Bloom, sur L\u2019individualisation de l\u2019enseignement: pourquoi?Québec, INRS-Education, 1979.10.Cf.H.Damber, E.Verne et al., L\u2019école à perpétuité, Paris, Ed.du Seuil, 1977.le lieu d\u2019identification et d\u2019expression de la vaste majorité des québécois.Les taux de fréquentation des institutions d\u2019enseignement post-obligatoire en sont un signe assez évident.Constatant que \u201cnos façons de concevoir le développement du Québec depuis les années 60 ont \u201cprobablement\u201d été inspirées surtout par les idéaux de la bourgeoisie et des classes moyennes\u201d, le Livre blanc reconnaît la nécessité d\u2019une \u201cvraie diversification des politiques de la culture\u201d, qui évite d\u2019\u201cimposer à toute la société la culture héritée d\u2019une classe sociale\u201d.Au plan éducatif, la solution ne consiste pas à rendre l\u2019enseignement post-obligatoire proportionnellement aussi accessible aux fils et filles d\u2019ouvriers \u201cqu\u2019aux fils et filles des familles bourgeoises\u201d.Ce serait là une bien trompeuse \u201cégalité des chances\u201d.\u201cS\u2019il y a une culture populaire\u201d, observe le Livre blanc, \u201csa fécondité ne devrait pas se résumer à fournir à l\u2019autre culture les esprits supérieurs susceptibles de la perpétuer.Il faut, au contraire, valoriser et promouvoir pour elles-mêmes les traditions et la fécondité de la culture populaire, qui du reste \u201cpourraient rafraîchir l\u2019atmosphère abstraite et desséchée de beaucoup de nos écoles.\u201d C\u2019est un fait de primordiale importance que le gouvernement, dans un Québec qui a tellement investi dans le système scolaire et fondé sur lui tant d\u2019espoirs de développement collectif, reconnaisse maintenant, comme principe de base d\u2019une politique de développement culturel qu\u2019il veut démocratique,\u201cla pluralité des mondes culturels et la pluralité des voies d\u2019accès à la reconnaissance que les hommes poursuivent de leur existence commune\u201d (pp.109-111).Un tel principe aura sur le rôle de l\u2019école des conséquences déterminantes.On peut du moins l\u2019espérer en dépit des indications dans un tout autre sens des énoncés de politiques plus concrets et pratiques des autres \u201clivres\u201d d\u2019un gouvernement qui écrit beaucoup.Le développement collectif Les visées des promoteurs de l\u2019égalité des chances en éducation dans un projet d\u2019éducation permanente ne sont pas, espérons-le, de condamner tous les citoyens de demain, jeunes et moins jeunes, à l\u2019école à perpétuité (10).Il importe d\u2019assurer à l\u2019ensemble des individus et des groupes l\u2019accessibilité des diverses ressources éducatives de la société, dans une perspective de développement collectif ou de promotion collective.Cela supposera et exigera que l\u2019école, à tous les niveaux, soit vue et vécue comme un centre de ressources parmi d\u2019autres et non pas - non plus - comme une boîte à cours monopolisant les compétences et leur accès.Des transformations radicales sont ici requises, au plan des mentalités comme à celui des structures, et les perspectives des documents gouvernementaux à cet égard, mis à part le Livre blanc sur le développement culturel, demeurent selon moi à la fois trop timides et trop étroites.JUIN 1979 185 Que conclure?L\u2019école, comme appareil d\u2019Etat bien plus que comme \u201cprolongement de la famille\u201d (cf.L\u2019Ecole québécoise 2.2.7), travaille chez nous comme ailleurs à la reproduction sociale.On l\u2019a vu à plusieurs indices.Cette école, reflet d\u2019un ordre (ou désordre) social existant, peut-elle devenir agent de transformation sociale et de développement collectif?C\u2019est finalement à cette question - et au voeu qui la soustend - que renvoie le débat sur l\u2019égalité des chances en éducation.Les transformations radicales de l\u2019école qui sont ici souhaitées ne pourront sans doute s\u2019opérer que par l\u2019instauration de solidarités nouvelles.L\u2019Université, pour prendre les choses par en haut - ou à la base: les enseignants y sont formés -, a été traditionnellement liée aux grandes corporations professionnelles et plus globalement aux classes dites supérieures de la société.L\u2019école, pour sa part, a nettement servi les intérêts d\u2019un monde du travail orienté vers la production et le profit, au service encore une fois de la classe dominante.S\u2019il n\u2019y a pas des solidarités nouvelles - et institutionnelles \u2014 qui s\u2019établissent avec d\u2019autres partenaires, les transformations souhaitées n\u2019ont pas de chances d\u2019avenir.J\u2019ajouterai en terminant qu\u2019une école autre - plutôt qu\u2019alternative, car la majorité ne jouit jamais des alternatives - ne sera sans doute possible que dans une société elle-même autre.Mais peut-être une sorte de réciprogénèse est-elle ici possible: travaillant même timidement à la transformation de la société, l\u2019école en sera elle-même transformée.Une interaction constante école-société me paraît ici souhaitable, voire nécessaire.Encore faudrait-il cependant éviter certains leurres: les quelques idées un peu plus audacieuses qu\u2019une société tolère sont généralement vite \u201cintégrées\u201d et \u201cdigérées\u201d, sans que l\u2019organisme qui soi-disant les \u201cassimile\u201d en soit transformé.Il en sera sans doute ainsi pour les généreuses idées - et le rêve - de l\u2019égalité des chances en éducation et du projet d\u2019éducation permanente.Mais il n\u2019y a rien à perdre à tenter quelques possibles.la courbe d'une route fascinante par Joseph Bonenfant Université de Sherbrooke cogne la caboche de Gabrielle Poulin Critique littéraire à la revue Relations depuis nombre d\u2019années, Gabrielle Poulin a suivi avec passion l\u2019évolution de l'imaginaire du pays qu\u2019évoque ce premier roman, témoin d\u2019une âme qui s\u2019émeut à tout ce qui s\u2019appelle vie et écriture.Nous sommes heureux d\u2019accueillir ces réflexions spontanées d\u2019un hommes de lettres.Je trouve ce livre terrible même si sa lecture fut pour moi un enchantement continuel.Le compte rendu m\u2019en apparaît redoutable.Je ne peux plus différer le moment de le faire; je m\u2019y lance au hasard, en résumant ainsi l\u2019anecdote: Rachel Delisle raconte ce que furent quinze années de sa vie passées dans une communauté religieuse, sous le nom de Soeur Anna-des-Anges, ce qui s\u2019est passé en elle quand elle a quitté cet espace de temps limité, bref quand elle est passé de la mort à la vie.Elle avait, en cours de route, appris deux choses de Soeur Sara.D\u2019abord l\u2019amour de la vie: \u201cVivez, soeur Anna, moi je n\u2019ai pas pu\u201d; puis la vérité de la littérature: \u201cC\u2019est d\u2019elle que soeur Anna a appris que la littérature ouvrait l\u2019accès à un univers merveilleux, comme une grande fenêtre ou comme un oeil de surcroît\u201d.Vivre, lire, écrire.Ou 186 l\u2019intrusion de la lumière, l\u2019accès au merveilleux.Ce premier roman de Gabrielle Poulin est un hymne à l\u2019amour et à la lumière qui recourt constamment à l\u2019enfance et au rêve, un hymne passionné et rempli de splendeurs, de chansons, de comptines et d\u2019autres symboles parlants.Mais à ce versant clair s\u2019oppose le versant sombre: c\u2019est l\u2019univers de la communauté religieuse, symbolisé par la prison et la forteresse, par les murs de coton, la stérilité, la mort.\u201cElle a traversé un univers étrange et fermé, plein de couloirs austères, interminables, de portes identiques, toutes closes, de grandes salles aux murs blancs et nus, hantées par des êtres apparemment aveugles, sourds et muets comme des robots.Formes exsangues, desséchées, venues d\u2019un autre âge.\u201d L\u2019univers clos, dans ce roman, c\u2019est un univers de mort.Mais je pense que Gabrielle Poulin n\u2019a jamais eu l\u2019idée de chercher à démontrer qu\u2019il n\u2019y a pas de cisterciennes, de carmélites ou de clarisses heureuses; ou encore que la vie conjugale ne comporte pas ses murs, ses barreaux et sa prison.Il y a des soeurs heureuses à longueur de vie, comme il y a des femmes mariées malheureses leur vie durant.Il n\u2019y a pas de vérité objective du cadre et du genre de vie.Caresser ou ne pas caresser Ce que je trouve admirable dans le roman de Gabrielle Poulin, c\u2019est qu\u2019elle a réussi à camper un univers clos irrespirable, un univers de la loi, de la règle et du règlement, vécu et rejeté RELATIONS comme tel.La preuve en est que la première moitié du roman est parsemée d'extraits de la règle, mis en retrait et rendus en lettres majuscules.C\u2019est le règne des prescriptions, des interdictions, des mises en garde, comme ces codes pouvaient être à la mode au milieu du 19e siècle, quand la communauté en question fut fondée: comment contrôler ses yeux, ses mains, sa démarche, comment ne pas prendre les bébés ni les caresser, comment ne parler ni trop haut ni trop bas.La règle concédait toutefois que la religieuse puisse marcher sur le sol! La deuxième partie est remplie de chansons, de refrains, et surtout de la comptine principale: ventre de son, estomac de plomb, etc,cogne la caboche, c\u2019est-à-dire par le jeu, la fantaisie.Il est vrai que soeur Anna est amoureuse; elle a revu le Père Jean lors de ses études à l\u2019Université.Entre temps, elle a fait la découverte de son corps et, par ce moyen, retrouvé les grands rêves de son adolescence, retrouvé toutes les libertés de l\u2019enfance, et, par voie de conséquence, le Père.Oui, le Père.Comme elle est importante cette présence, cette sécurité, cette source de la joie qui emplit une vie, ce recours permanent, cette assise de l\u2019existence, dans toute vie, tant d\u2019un homme que d\u2019une femme.Je pense que ce roman raconte bien plus l\u2019histoire de Rachel Delisle que de soeur Anna.Je l\u2019aime bien, cette soeur Anna, et je m\u2019attendris sur ses émois sensuels.Quoi de plus sérieux que de retrouver son corps quand on l\u2019a perdu, quoi de plus émouvant! Quoi de plus merveilleux que de convoquer son enfance et la source féconde de la mémoire pour retrouver équilibre et épanouissement! Gabrielle Poulin analyse avec une finesse et une précision sans égales la prise de possession de soi-même, la merveille d\u2019être amoureuse, de se retrouver libre.Tout cela s\u2019organise dans une cohérence qu\u2019on ne peut prendre en défaut.Pour ma part, cependant, je trouve difficile à interpréter la sorte d\u2019auto-accusation que s'inflige Rachel Delisle.Est-ce remords, est-ce souffrance, est-ce ironie?Toujours est-il qu\u2019on lit avec un certain malaise des phrases de ce roman qui ne sont en réalité que le point de vue de tierces personnes: Le jour de sa première Profession, une jeune soeur recevra le crucifix rafraîchi de l\u2019épouse infidèle.Les baisers enflammés de la religieuse encore dans sa ferveur première mettront un baume sur les plaies rouvertes par le baiser de la traîtresse.Enfin, tout sera racheté des restes de la défroquée et son ombre elle-même s\u2019évanouira à jamais quand l\u2019Evêque, un jour, glissera au doigt d\u2019une vierge fidèle, l\u2019anneau refondu et purifié de la vierge folle.Ces mots portent loin.Cernent-ils une culpabilité?Ça ne change rien qu\u2019ils viennent d'une intention prêtée, ou d\u2019une méchanceté supposée.Ils restent prononcés, appliqués à la narratrice par elle-même.En tout cas, ils reflètent l\u2019hypocrisie d\u2019une société, ils sont assumés par un seul individu; ils manifestent aussi la franchise d\u2019un être qui s\u2019expose, qui possède assez de force pour être le bouc émissaire nécessaire.Quel groupe, surtout religieux, n\u2019en a pas besoin?A supposer qu\u2019un monde de la loi est mauvais et doit être détruit, ou du moins fui, il devient évident que son envers lumineux est un monde de l\u2019amour.Tout monde mauvais doit être fui, et il l\u2019est; mais ce n\u2019est encore rien.Il faut vivre dans un monde beau et bon.C\u2019est la question même de la liberté, c\u2019est l\u2019affaire de chaque être.Parmi les centaines et les centaines de Québécois et de Québécoises qui ont quitté les ordres religieux, combien ont raconté leur histoire?Presque personne.Gabrielle Poulin, sans donner en rien dans le vice autobiographique, est allée au-delà du témoignage; elle est allée jusqu\u2019au roman, c\u2019est-à-dire jusqu\u2019à l\u2019oeuvre littéraire.La route au rendez-vous du rêve Pourquoi sommes-nous ici devant un authentique roman?Bien sûr, d\u2019abord, parce qu\u2019il est encore possible d'en faire.Et comment cela se fait-il?D\u2019abord en mettant sur pied un univers.Quelques symboles suffisent à Gabrielle Poulin (mise à part l\u2019écriture, sur laquelle je reviendrai).D\u2019abord le symbole de la route avec sa courbe \u201cravisseuse\u201d, \u201cdouce\u201d, \u201cinvitante\u201d: \u201cla courbe douce d'une route fascinante et inaccessible\u201d.Cette image sensible, cette métaphore obsédante, se magnifie en cours de récit.J\u2019en décèle deux marques: \u201cUn nuage a découpé sur la face de la lune le mirage d\u2019une courbe fragile.Est-ce celle d\u2019un bras doucement arrondi, invitant\u201d?Et surtout: \u201cLe prince charmant dont les traits se confondent encore avec la courbe de la route\u201d.L\u2019invitation de l\u2019espace, l\u2019attrait de railleurs, la douceur de ce qui s\u2019arrondit pour étreindre, tout cela se trouve dans les quatre premières lignes du roman et est repris textuellement dans les dernières lignes de l\u2019avant-dernier chapitre.On retrouve donc, en ouverture comme en fermeture, une figure-clé qui travaille tout le texte et dont je retrouve la trace au milieu du roman: Mais j\u2019ai su, ce jour-là, que mon coeur n\u2019était pas complètement sec et qu\u2019il suffirait de bien peu pour que s\u2019infiltrent à nouveau dans ma chambre les figures compensatoires du rêve que j\u2019avais eu tant de peine à chasser après avoir quitté le village où j\u2019ai failli m\u2019engager sur un chemin fait de chair et de sang au lieu de suivre la voie aride du renoncement et de la tradition.Voilà une phrase-témoin de la figure de la route fascinante autant que de l\u2019écriture de Gabrielle Poulin.Cette dernière est capable de la grande phrase rythmée, ferme et souple, pleine de nuances et de méandres, caractéristique, comme tout le monde le sait, de Proust, et plus près de nous, de Victor-Lévy Beaulieu dans ses Voyageries, notamment dans Monsieur Melville.Cette remarque incidente me fournit l\u2019occasion de dire que, dans ce premier roman, l\u2019écriture n\u2019est toutefois pas toujours assez détendue, la phrase assez étendue, la fantaisie folle, à l\u2019intérieur de la phrase, assez présente ou assez agissante.Le style se surveille un peu; la phrase cherche la correction, la concision.Mais ce roman nous fournit plus de preuves que nécessaire que son auteur maîtrise à fond l\u2019écriture et l'imaginaire, laisse pénétrer et travailler le désir, et surtout sait organiser à la perfection un monde signifiant: la haine, les ténèbres et la mort abondamment s\u2019opposent à l\u2019amour, à la lumière et à la vie, surabondamment présents.Ces réalités antinomiques sont habilement exploitées à travers le déroulement d\u2019une histoire bien ficelée, et point trop prédéterminée.Les mêmes univers bénéfique et maléfique se trouvent chez Nerval, par exemple; c\u2019est une donnée universelle du roman.En lisant Gabrielle Poulin, j\u2019ai souvent songé à des scènes nervalien-nes: l\u2019enfance, la poupée, voir la scène féérique des pp.141-146: la poupée de son, les rondes des petites filles; également le chapitre huit, où soeur Anna se met nue dans le jardin, mord à belles dents dans une pomme juteuse et se retrouve comme rendue à la terre.C'est toute la naissance anticipée, rêvée, d\u2019une femme nouvelle, d\u2019une romancière nouvelle: \u201cJe voudrais écrire comme on caresse et comme on se laisse caresser\u201d.Plus haut, elle avait écrit (c\u2019est la belle page 87): \"Des mots sensibles et délicats.Des caresses attendues, désirées, devancées\u201d.Et encore cette prise de position panique qui JUIN 1979 187 révèle le vrai écrivain: \u201cSi au moins, j\u2019avais le courage de poser clairement le problème.D\u2019écrire une phrase, une seule, nette, simple, aux arêtes bien définies, qui agirait comme un poinçon pour percer et graver cette chose en moi confuse et sans nom\u201d.Rêve impossible.Toujours écrire pour réaliser ce jeu insensé.Mais quelques consolations sont accordées, sinon à l\u2019auteur, du moins au lecteur.La naissance de Rachel Delisle A la figure de la route qui travaille l\u2019écriture, il faut ajouter celle de la rétrospective, dans la composition du récit, l\u2019une complétant l\u2019autre, comme le temps est le supplément de l\u2019espace.Au début, Anna, la mère de Rachel, se berce sur la galerie et se rappelle sa vie: bonne manière de camper la situation; dans le dernier chapitre, Anna vient de recevoir la lettre de Rachel annonçant sa sortie.Entre ces deux limites, la mère est l\u2019image du temps et de l'attente; le père, quant à lui, est associé à la courbe de la route et au renouvellement de la vie.De chapitre en chapitre s\u2019instaure un régime de récit au présent, régulièrement entrecoupé de retours dans le passé.La passion présente se creuse d\u2019une profondeur, la femme adulte, par la mémoire, par le recours à l\u2019enfance, récupère tous les mondes merveilleux; mais au fur et à mesure de l\u2019écriture, les rétrospectives se font plus abruptes, ou de nécessité plus impérieuses, éga- lement plus profondes, remontant mieux et possédant davantage le temps antérieur.Cette technique de composition, qui fait que la naissance de Rachel Delisle se trouve évoquée dans la rétrospective du dernier chapitre, correspond magnifiquement au sens même du roman, à l\u2019un d'eux au moins, à savoir que ce roman raconte une naissance, ou un retour à la vie.\u201cIl a bien des façons de raconter une même histoire\u201d, disait soeur Anna à ses petites filles, lit-on à la page 21.Elle avait raison.Mais il appartenait à Rachel Delisle d\u2019en faire la preuve en racontant sa propre histoire.Signalons une autre valeur de ce livre, c\u2019est son insertion dans l'histoire de la littérature québécoise.D\u2019abord parce qu\u2019il raconte, ensuite par la manière dont il le fait, je viens d\u2019en parler.Ce roman est aussi un reflet de notre pays, qu\u2019il nomme en détail.C\u2019est à la fin du huitième chapitre, lors de la scène de la nudité au verger, quand surgit \u201cla femelle généreuse\u201d.Par le père survient le pays (le père s\u2019appelle Charles; il faudrait écrire une longue étude sur le père dans ce roman, sur sa mort impossible, sur ses substituts impossibles, sur son rapport avec le temps et la mort; j\u2019ai souvent songé à ce qu\u2019Hé-lène Cixous dit du père dans Dedans et dans les commencements) : Charles appelait ce ruisseau, le ruisseau des Acadiens.Elle n\u2019en sortira pas avant que l\u2019onde n'atteigne là-bas la secrète Abénaquis, puis la langoureuse Famine (.) jusqu\u2019à la Chaudière qui court à travers les villages aux noms prédestinés:\tSaint-Georges, Notre-Da- me-de-la-Providence, Beauceville, Saint-Joseph, Beauce-Jonction, Sainte-Marie, Saint-Rédempteur.Follement, elle se jettera dans le fleuve royal et se laissera emporter jusqu\u2019à l\u2019île merveilleuse, l'île aux fous, qui est volière et navire et pointe bleue détachée, pour le rêve, du pays réel, comme un émissaire et un héraut.(.) Dans ce pays où avec tant d\u2019autres, emmurée depuis toujours, elle s\u2019est mise à ressembler aux femmes irréelles des légendes.Bref, ce roman est une grande quête de réalité; il brûle de la passion d\u2019un pays; il rejette les univers diminués (la loi, c\u2019est la mort) pour montrer, sous les jours de l\u2019amour, les merveilles du vivre.Rachel Delisle veut être une femme réelle; elle s\u2019insère dans un pays réel et, pourrait-on dire, dans le pays de la réalité.Mais c\u2019est le rêve qui est la plus haute et la plus belle porte donnant accès à la réalité.Cogne la caboche est certainement le plus nervalien des romans québécois que je connaisse.Le rêve de l\u2019amour n'est-il pas la plus belle chose du monde?A moins que ce soit le rêve du pays.Gabrielle Poulin, une fois, écrit quelque chose de très étrange sur Rachel Delisle, lorsque celle-ci cherche à mieux connaître l\u2019histoire du Québec: \u201cElle s\u2019étonne chaque fois de voir comment son destin ressemble à celui de son pays\u201d.Etrange, en effet.Il ne peut en être autrement quand la passion de la réalité donne forme et sens à nos rêves, quand la réalité de l\u2019amour donne forme et sens, couleur et densité à notre vie.le 22 mai 1979 un gros cirque chapeauté MOLIÈRE par Jean-René Ethier On attendait avec impatience le dernier film sur Molière, celui, bien sûr, d\u2019Ariane Mnouchkine, qui a fait lever bien des boucliers au festival de Cannes de l\u2019année dernière.Peut-être parce qu\u2019on se rappelait, toute fraîche encore à la mémoire, la série télévisée récemment, prolifique, un peu conventionnelle mais fort sympathique, somme toute.Peut-être parce que Cannes nous avait mis la puce à l\u2019oreille.Mais, surtout, parce que c\u2019était de Molière qu'il s\u2019agissait, une fois de plus, et que Molière, par les temps qui courent, n\u2019est-ce pas toujours cette \u201cpinte de bon sens\u201d qu\u2019on s\u2019est habitué à voir en lui, invariablement?Le film nous est arrivé (enfin!) et nous avons eu le droit (payé plus cher que d'habitude) de le voir dans les pires conditions de distribution et de vision-nement(1).Comme à Cannes, le Molière d'Ariane Mnouchkine n\u2019a pas manqué de plaire aux uns, d\u2019enrager les autres.Je suis de ces derniers.et je comprends un peu les Français, qui ont crié tout de suite à la trahison.Or, la mode est à la \u201cdémystification\u201d.Est-ce vraiment trahir que de tout bousculer pour retrouver une vérité première, essentielle?Nous aurons à éclaircir ce point, tout à l\u2019heure.Au vrai, ce n'est pas tellement notre désir d\u2019emboîter le pas dans une polé- 188 RELATIONS mique, aussi vaine que, sans doute, déjà essoufflée.L'opinion, de nos jours, est vite mise en déroute, pressée qu\u2019elle est par d\u2019autres consommations.Ce combat n\u2019aura guère de lendemain.Il s'ajoutera aux autres, ne laissant toutefois en arrière que des questions sans réponse, dont l\u2019effet, à longue échéance, est de saper les convictions et de jeter un discrédit de plus.Mais nous ne pouvons passer outre, parce que le film d'Ariane Mnouchkine recèle un double poison:\tcelui d\u2019une valeur artistique contestable d\u2019abord mais, surtout, celui d\u2019une représentation de l'homme à travers le visage du héros humaniste qu\u2019est Molière.Le Molière de l\u2019histoire Qui connaît bien Molière?On lui préfère ses pièces.Elles parlent assez par elles-mêmes, Dour qu\u2019on n\u2019aie guère besoin d\u2019aller trouver des affidavits dans la vie de leur auteur.Dans le cas de Molière, note Mornet(2), on cesse, dès le début de sa carrière, d\u2019attaquer l\u2019écrivain pour s\u2019en prendre à ses pièces.Quand l\u2019auteur réussit à s\u2019effacer à ce point derrière son oeuvre, c\u2019est que l\u2019art est accompli.En fait, l\u2019on sait très peu de choses sur Molière, sinon de grands repères qui indiquent moins sa psychologie personnelle que les jalons de ses succès grandissants.Pour qui veut aller broder sur cette vie, la partie est belle, mais gratuite.Donc, dangereuse.Il est évident, pour lors, que ce qui a attiré Ariane Mnouchkine, ce sont les conditions même du théâtre au temps de Molière: comment ne pas penser qu\u2019A-riane Mnouchkine ne pouvait qu\u2019être infléchie à ce choix, alors que la biographie de la réalisatrice révèle qu\u2019elle est d\u2019abord une femme intéressée aux conditions de création théâtrale concrètes, s\u2019étant elle-même particulièrement occupée de \u201ccréation collective\u201d, cette nouvelle esthétique du théâtre moderne qui a fait les jours belliqueux et frustrants de maintes troupes théâtrales, mais qui semble, présentement, prendre un recul significatif(3) Or, dans le parti-pris biographique, en art, ce ne sont pas tellement les erreurs de détails qui peuvent rendre suspecte la volonté de démonstration, c\u2019est l\u2019omission d\u2019aspects essentiels, qui viennent contredire les propos engagé.On constate, dans le film d\u2019Ariane Mnouchkine, une volonté obtuse d\u2019infléchir la vérité à la démonstration d\u2019une thèse.C\u2019est un premier pas malhonnête.Que la réalisatrice s\u2019attarde longuement, en appuyant, sur la jeunesse hypothétique de Molière, qu\u2019elle la traite en poncifs des écoles psychologiques, on peut lui pardonner cette coquetterie à la mode freudienne.Mais qu\u2019elle omette des années connues et significatives, qu\u2019elle passe sous silence les chefs-d\u2019oeuvre des dernières années ou qu\u2019elle les bascule en \u201cflashes\u201d rapides et /n-signifiants (4), on commence à trouver lourd le mécanisme pamphlétaire à peine déguisé.Qu\u2019elle réduise, par exemple, la vie de Molière en Province à une seule vague campagne farfelue, puis la concentre à un moment, d\u2019une façon ambiguë, au seul château d\u2019un Prince de Conti, qui ne s\u2019est converti à la vie pieuse que très tard, quand Molière était déjà à Paris, qu\u2019elle ne parle jamais des séjours, beaucoup plus longs, de Molière à Lyon, Toulouse, Bordeaux, il y a là racornissement de la biographie à un point de vue étriqué qui va, certes, servir la thèse de \u201cdémystification\u201d - ou le propos cinématographique, c\u2019est la même chose ici - mais qui ne sert pas la vérité objective.La vie de Molière - c\u2019est aisé à re- 1.\tQuand donc les responsables des grandes salles, comme la salle Maisonneuve de la Place des Arts, s\u2019occuperont-ils de vérifier les conditions du spectacle cinématographique?Ce n\u2019est pas la première fois que le public aura eu à se plaindre: cette fois-ci, c\u2019était le grand rideau qui était \u201ccoincé\".Nous en avons eu pour une perte de temps de près d\u2019une heure.Par ailleurs, le film, acheté par Denis Héroux, ne semble pas s\u2019orienter vers une distribution régulière.Trop long, paraît-il.(Au fait, nous n\u2019avons eu que 3 heures de projection d\u2019un film que la publicité de vente indiquait de 4 heures et 10 minutes.Aurions-nous été amputés?) Pourtant, les Docteur Jivago, les Barry Lyndon, les 1900 et tant d\u2019autres! Mystères de la distribution.Après tout, pour Molière, c\u2019est peut-être mieux ainsi.! JUIN 1979 2.\tDaniel Mornet, Histoire de la littérature française classique, Paris, Colin, 1950, p.260.3.\tAriane Mnouchkine \u2014 n\u2019est-ce pas significatif?\u2014 n\u2019a jamais abordé Molière avant ce film.Elle s\u2019est illustrée par Le Songe d'une nuit d\u2019été de Shakespeare, Les Clowns, oeuvre collective.Ses deux films antérieurs étaient aussi des oeuvres dites de théâtre collectif.3.Tels Le Bourgeois Gentilhomme, L'Avare, le Misanthrope, Don Juan, Tartuffe, L\u2019Ecole des femmes.En somme, les grandes productions de Molière de sa période parisienne.5.Will et Ariel Durant, Histoire de la civilisation, Editions Rencontre, t.23, p.200.tenir - se divise en trois parties proportionnelles: les 21 premières années sont celles de l\u2019enfance (à Paris) et celles des études, d\u2019abord au collège de Clermont (ah! les étroits et méchants pères du film, jésuites confondus avec la société secrète du Saint-Sacrement) ce collège qui passait, dans le temps, pour trop libéral, voire même qu\u2019il était le ramassis des hérétiques (5)! Puis, ce furent les études de Droit, l\u2019entrée officielle, à 21 ans, de Molière à la chambre du roi.Quelques temps auparavant, des embardées de théâtre et la fondation de l'Illustre Théâtre avec les Béjarts.Dettes, emprisonnement de Molière, départ de Rouen pour fuir les créanciers, avec la troupe de Dufresne (qu\u2019il réunira plus tard avec celle de Béjart).Molière va passer les quinze prochaines années, non pas dans la campagne, mais en campagne: ce qui n\u2019est pas la même chose.Il sera surtout à Toulouse, où il produira Le Dépit amoureux et où il aura appris l\u2019esthétique (très sérieuse) de la commedia dell\u2019arte qui noie, à ce moment, le sud de la France, par la proximité de celle-ci avec l\u2019Italie.Molière, évidemment, se rappellera le jeu de Scaramouche, qu\u2019il avait apprécié dans les rues de Paris et d\u2019Orléans, au milieu de la comédie informe du temps.C\u2019est ce succès du Dépit (pièce subtile s\u2019il en est une et en vers: ce qui supposait un auditoire sélect) qui décidera Molière à gagner Paris, ou il vivra, débarrassé de ses créanciers devant la faveur du roi, les quinze dernières années de sa vie.Mais, avant de poursuivre, il importe ici de préciser ce qu\u2019Ariane Mnouchkine ne semble pas avoir tellement saisi: l\u2019esprit de la commedia dell\u2019arte.Elle la réduit à une série de gags plus ou moins appuyés, plus bêtes qu\u2019intelligents.Une sorte de mécanique du rire pour auditoires arriérés.Cette technique aurait-elle vraiment séduit Molière, si elle s\u2019était résumée à des pitreries de grandguignol?Rappelons que la commedia dell\u2019arte était, avant tout, une esthétique des caractères, non une école d\u2019improvisation gratuite.Inventant des situations tirées d\u2019un canevas préétabli, elle crée des caractères universels impénitents, tels le docteur ignare, la père obtus, le vieillard gâteux, Pantaléon, Sgagnarelle, Pierrot, Colombine, etc.La commedia dell\u2019arte était une esthétique fondamentalement théâtrale, où le jeu dramatique (contre les écoles du seul beau parler) venait appuyer des caractères qui se retrouvaient, certes, toujours les mêmes, mais très diversifiés et très près de la sensibilité popu- 189 laire.Le public de Molière (et de la comédie du temps) était autrement plus dégourdi et moins rustre que ne le laisse à penser le film d\u2019Ariane Mnouchkine.On a la conviction qu\u2019Ariane Mnouck-kine se complaît dans un parti-pris de misérabilisme, qu\u2019elle ne comprend le peuple du grand siècle qu\u2019à travers la grille marxiste dénonçant un prolétariat souffreteux et opprimé.Elle fait de son film une sorte de mécanique gestuelle, certes endiablée, mais où les caractères sont autant gratuits que peu approfondis.C'est un jeu de marionnettes qui virevoltent devant nous.Certes, dans une mise en scène ordinairement bien ponctuée, mais où abondent les effets grossiers et voyeurs.Elle aime jouer avec l\u2019insolite et les effets accrocheurs.Elle manipule cela avec une adresse de cirque ambulant, dont elle tire d\u2019ailleurs tous les effets possibles.Son Molière devient une grosse farce où les problèmes de coulisses se déroulent à des tables gargantuesques et se réduisent continuellement à des chicanes érotiques de comédiens et des factures d\u2019argent.Son film donne toujours à voir et à penser que les conditions matérielles du théâtre de Molière étaient sans cesse miséreuses, alors que Molière n'avait plus de problèmes d'argent dans la dernière quinzaine de sa vie.Molière a, de plus, joué dans les plus grands centres du temps: Versailles (où la scène était somptueuse), Chambord, Vincennes, à Vaux-le-Vicomte, chez Fouquet, dans ce château qui fit ombrage à Louis XIV.Molière, d\u2019ailleurs, habitait alors un riche appartement que le roi soldait.Grand parmi les grands, jalousé de son appui royal, le Molière réel n'a pas tellement à voir avec le Molière d\u2019Ariane Mnouchkine.Puis, le théâtre du temps est loin d\u2019être celui que le film décrit.La tragédie régnait dans le sublime et la splendeur avec un Corneille vieillissant et un Racine exigeant.Richelieu avait déjà tout fait pour rendre le théâtre digne de ses vues grandioses et pompeuses.Prétendre, alors, que le film de Mnouchkine témoigne de la vie théâtrale 6.\tDaniel Mornet, op.cit., p.253.Jusqu\u2019au deux-tiers de la production, note-t-il.7.\tCe parti-pris des plans américains et des gros plans intempestifs du film, très rarement des plans généraux/généreux, presque jamais de plans d\u2019ensemble, outre qu\u2019ils témoignent d\u2019une économie masquée (mais où diantre sont passés les 6 millions de dollars que le film a coûtés) trahissent bien l\u2019obstination de rappetisser le monde du grand siècle aux seules visées subjectives.du temps, c\u2019est ne voir le théâtre qu\u2019à travers le prisme qu\u2019Ariane Mnouchkine a voulu imposer pour juger cette époque.Molière, maître de comédie Certes, avant Molière, la comédie n\u2019a pas encore toutes ses lettres de noblesse.C\u2019est Molière qui va la lui donner.Elle existe toutefois, multiforme, se confondant avec tous les genres: ballet, opéra, concerts.Elle emploie tout le monde et le met en concurrence.Si Brueys, Palaprat, Dancourt, Bohours triomphent dans leur médiocrité, ce n\u2019est pas dû au misérabilisme dont fait état Ariane Mnouchkine.La comédie fait plus de \u2018\u2018box office\u201d que la tragédie (6).C\u2019est le goût que Molière va modifier.Il n\u2019invente pas tellement qu\u2019il porte à son sommet un genre très cultivé.Il va le nettoyer, le densifier de sa propre thématique.Dans le film de Mnouchkine, on a l\u2019impression lourde que la comédie se réduisait à des salmigondis de quartiers poisseux, que la condition du comédien consistait à se ravaler, à s\u2019ébattre dans la déchéance.Certes, l\u2019Eglise du temps ne sera pas tendre pour le théâtre en général: mais sa condamnation ne regarde pas toujours la condition \u201cpécheresse\u201d de l\u2019homme.Bossuet y voyait surtout le périlleux \u201cdivertissement pascalien\u201d.Ce qui suppose, toutefois, une importance considérable du théâtre à l\u2019époque, et cela, parmi toutes les classes de la société.On accusait même le théâtre d\u2019être, dans son essence, bourgeoise, le pilote de la mentalité générale.On comprend mal la hargne d\u2019Ariane Mnouchkine de ne s\u2019en prendre qu\u2019aux bas-fonds de quartiers.Il est significatif que sa caméra, en des plans plutôt américains (7), ne se braque que sur la boue, les chariots de cours, le sang et les tavernes de bas étage.Si Ariane Mnouchkine a voulu, à travers le visage de Molière, témoigner d\u2019un siècle \u2014 comme Tavernier le faisait mieux dans \u201cQue la fête commence\u201d \u2014 il faut tout de suite dénoncer son parti-pris et sa lorgnette manipulatrice.Du grand siècle, de la société d\u2019alors, qu\u2019y voyons-nous?Une caricature d\u2019elle-même.Des pitres, des bas de carosses, des perruques ridicules, des caves de châteaux, des poutres salies de théâtre piteux.Toujours, l\u2019objectif de cette caméra, plus centrée sur le spectacle que sur la vérité des choses, ne se pose que sur le resserrement des locaux et des âmes.Le fil d\u2019Ariane On sent bien que ce discours d\u2019Ariane Mnouchkine n\u2019est pas là pour lui-même.Qu\u2019il sous-tend une interprétation où Molière lui-même ne fait que chapeauter une idée que la réalisatrice se fait de l\u2019homme-Molière autant que de l\u2019homme tout court.Il s\u2019agit donc d\u2019un procédé de démystification dont l\u2019art se fait fort de nos jours.Mais la démystification devrait avoir ses lois comme le mythe a les siennes.Les comprendre, c'est voir la faille de l\u2019un et de l\u2019autre.Or, où s\u2019installe le mythe?Dans un abus subjectif de l\u2019intuition.Le mythe dit davantage que la réalité objective.Le mythe, en fait, dit ce que l\u2019on voudrait de la réalité, et non ce qu'elle est.Le danger, alors, de la démystification, c\u2019est de faire, à l\u2019envers, le jeu du mythe.De remplacer un mythe par un autre.Partir de l\u2019idée que Molière aurait été trop embelli, qu\u2019il aurait nagé dans une supra-humanité dont il témoigne avec mordant, qu\u2019on n\u2019est pas au courant, en outre, des conditions pénibles où il devait oeuvrer \u2014 c\u2019est tentant pour un artisan de théâtre de projeter ses embûches actuelles sur des époques révolues \u2014, c\u2019est peut-être là une piste intuitive, mais est-ce vraiment intéressant?Dans le cas de Molière, le produit fini n\u2019est-il pas, à lui seul, un plaisir suffisant?Une vérité plus plausible?Recréer Molière à partir de nos occupations et nos intuitions modernes, est-ce vraiment la voie juste pour le restituer à lui-même?Son texte ne por-te-t-il pas, en lui, sa première autobiographie?Celle de l\u2019homme qui, certes, n\u2019a pas tout dit, qui n\u2019a pas nécessairement tout fait ce qu\u2019il écrit, mais qui est l\u2019homme, en quelque sorte, à son état brut?Celui dont la philosophie sous-jacente au texte ne saurait mentir?Certes, Molière n'a pas tout dénoncé de son siècle.En particulier, le mal fondamental du règne de Louis XIV: l\u2019avidité militaire et le despotisme ruineux.Mais Molière aurait-il été plus grand s\u2019il l\u2019avait fait?Molière était-il sociologue ou comédien?Quand l'art se veut prophète politique, on comprend qu\u2019il cherche, dans les grands maîtres, la faille par où pourrait s\u2019infiltrer les prétentions de prosélytes fiévreux.Ariane Mnouchkine ne pardonnerait-elle pas à Molière qu\u2019il ait été cruel envers les femmes instruites?Bien sûr, Molière a pu manquer de discernement dans ses attaques contre les médecins.Mais l\u2019emphase n\u2019est-elle pas l\u2019essence de la satire?190 RELATIONS Par ailleurs, rien n\u2019est plus aisé que de vouloir détruire un mythe: on n\u2019a qu\u2019à le ridiculiser ou lui opposer une contrevérité en la dramatisant à l\u2019excès.En jouant avec la sensibilité crédule du public.Le cinéma est cette magie où, dans l\u2019ombre, l\u2019image s\u2019empare des ténèbres de l\u2019esprit pour lui imposer une vérité sans appel.Sans possibilité de discourir.Car, le charme des images empiète toujours sur les raisons abstraites.Ariane Mnouchkine ne se serait-elle pas prise au propre fil qu\u2019elle avait tissé?Molière, un homme moins qu\u2019humain Il faut bien le dire: Molière, en ce film, en prend pour son rhume.Sa maladie congénitale semble moins qu\u2019imaginaire.Il est aussi malade que tous les humains, ses frères, veut nous dire Ariane Mnouchkine.Inutile de le penser grand, fort, lucide.Inutile de penser que son message doive rester éternel; que sa bonne philosophie de bon sens n\u2019est pas meilleure que celle de notre temps.Que Molière, en un mot, partage cette médiocrité qui est le lot de tout le monde.En d\u2019autres mots, que Molière, selon une philosophie récente, n\u2019est pas à situer ailleurs qu'à cet infra-humain où il faut bien définir la nature humaine.Que l\u2019humain, chez tous les hommes, n\u2019est pas autre chose qu\u2019une profonde médiocrité, dont il faut bien s\u2019accommoder.Que l\u2019humain, tel que les siècles l\u2019ont défini, n\u2019est plus ce concept hérité de la culture judéo-chrétienne.N\u2019est donc plus humain celui qui a du \u201cbon sens\u201d, de l\u2019équilibre (non, cela devient trop bourgeois), de la revendication pour les vertus passées, tel un Misanthrope, qui refuse ce monde de compromis et d\u2019hypocrisie.N\u2019est plus humain ce qui se définit comme un être raisonnable, car l\u2019humain, c\u2019est la médiocrité, qui fait loi passion.C\u2019est l\u2019instinct retrouvé.L\u2019humain, c\u2019est la médiocrité qui fait loi partout.La norme humaine, c\u2019est désormais la statistique du dénominateur commun.Et comme le dénominateur commun \u2014 égaré sous les valeurs qui fuient et ne se retrouvent plus, façonné au contraire par les media qui, tels un évangile nouveau, veulent lui insluffler une âme nouvelle, anarchique, spoliée de son appartenance au sacré, immergé dans la révolution sexuelle et l\u2019affranchissement de toutes les contingences \u2014 se complaît maintenant dans le matérialisme, l'insignifiance des sentiments humains: c\u2019est là qu\u2019il faut trouver une nouvelle définition de la nature humaine.Le vrai Molière, pour Ariane Mnouchkine, c\u2019est celui qui crache le sang, batifole avec les femmes, fête à n\u2019en plus finir, fomente des fêtes prolétariennes, et traite \u2014 évidemment \u2014 ses collaborateurs sur le même pied que lui.C\u2019est la médiocrité devenue universellement fraternelle.Le vrai Molière, ce n\u2019est pas celui qui se moque de la psychose de la pharmacie, de l\u2019attachement avaricieux aux biens de consommation, de la prétention nàive à la vie intellectuelle, de l\u2019amoureux transis et malheureux des infidélités (même de passage), des maris égoistes et grotesques, des suffisances de la science omnipuissan-te, des épicuriens ridicules, de notre manie congénitale de la vie facile et du panache.Non, c\u2019est celui qui a tous les vices et c\u2019est cela la nature humaine.Démasquons-là, une fois pour toute.Ne lui donnons aucune chance.Reconnais-sons-là en nous et dans les autres.C\u2019est cela le nouvel humanisme.C\u2019est là le devoir urgent de la morale absolvant tout le monde, sous prétexte d\u2019égalité.Contre Dieu, les Eglises et les idéaux tenaces.Contre le vieux bon sens, qui ne doit plus être dans la nature humaine.Place à la fête, au cirque, même s\u2019il doit se terminer dans la crevaison sanguinolente des intestins et du coeur.Un film étincelant ou un gros cirque?Certes, on peut s\u2019y tromper au change.Car, de prime abord, le film d\u2019Ariane Mnouchkine n\u2019est pas sans éclat.Les jeunes comédiens, par exemple, qui se partagent la distribution (inconnus mais fervents) s\u2019y dépensent avec une chaleur contagieuse.Une mise en scène habile contribue en outre à la vérité des atmosphères.Puis, une justesse dans le ton \u2014 quand il n\u2019est pas trop outré \u2014 qui rend le propos véridique.C\u2019est bien là l\u2019équivoque qui fera croire à une écriture cinématographique neuve et personnelle.Personnelle?Oui, si l\u2019on prend l\u2019insolite pour critère.Procédant par tableaux successifs plutôt que par scénario linéaire, on pensera ici davantage à une évocation plutôt qu'à une analyse continue.On verra une brillante manifestation de cette logique cinématographique qui se rapproche, à vrai dire, beaucoup plus d\u2019un style impressionniste que d\u2019un discours développé.La vérité qui vient à coups de pinceaux et qui se dégage de plans contraires qui se heurtent.En ce genre de style, il faut que l\u2019image soit courte, percutante, nourrie de paradoxes, de croisements d\u2019images, d\u2019assonnances visuelles picturales brusquées et cultivées de façon systématique.Des touches divisées.Ainsi, le propos sur Molière se trouve-t-il à se déplacer imperceptiblement.Ce n\u2019est plus une visée intégrative, c\u2019est sur un axe nouveau qu\u2019elle doit jouer, déroutant au besoin.Autant d\u2019intelligence cinématographique n\u2019est pas sans plaire, puisqu'elle rive le spectateur dans l\u2019attente du plus insolite.Nous voici en plein monde des illusions, avec les séductions qui sont les siennes: celles de la vérité opératoire, du questionnement nouveau, du mirage de l\u2019universel et du fraternel.Mais, ce ne sont là que les apparences.La vérité de cette écriture est plus masquée, plus vulnérable qu\u2019on ne le croirait.Car, ce style brillant cache ses leurres: il ne fait qu\u2019emprunter à gauche et à droite.Il ne s\u2019est pas synthétisé dans une vue vraiment originale.Qui n\u2019aura pas reconnu, par exemple, dans la séquence (qui n\u2019en finit pas) du tréteau volant et de la manducation du cheval éreinté, le réplique du Satyricon de Fellini?Et dans la séquence finale, la réplique, à peine transposée, de Que la fête commence! Qui ne reconnaît pas, dans les visages gonflés de mutisme, des séquences de l\u2019enfance de Molière, un plagiat de Bergman?Puis, le rythme du film n'est pas toujours ponctué.A des scènes qui traînent en longueur (sous prétexte d\u2019incursion intérieure - on sent que le rythme est mal maîtrisé), en succèdent d\u2019autres à une trop vive allure.On n\u2019a guère le temps ni de voir, ni de comprendre.Le dialogue, est, le plus souvent, d\u2019une platitude, d\u2019une banalité étrangère à la verve de Molière.Plus que des personnages, le Molière d\u2019Ariane Mnouchkine esquisse des caricatures, peintes à gros traits, fardées à outrance.Il s\u2019amuse aux galéjades éhontées, noircit contours à souhait, patauge dans les bas-fonds, cerne les réalités les plus crues, dans un tourbillon de gens et de choses qui le rapprochent plus du cirque que de la critique sociale interrogative.Oeuvre, somme toute, trop hâtive, trop ambitieuse, mal réfléchie, partisane, trop incurvée par sa thématique vaporeuse et arbitraire.Ce n'est pas le film que nous attendions avec chaleur.Ce n'en est pas un, par ailleurs, qui nous convainc sur une vérité nouvelle.Molière, dans sa tombe, devra attendre encore avant qu\u2019on ne lui fasse une nouvelle justice.JUIN 1979 191 LES VIEUX M\u2019ONT CONTE par Germain Lemieux :: «DIREGTOK3ERMAIM LEMIEUX LES VIEUX MONTJ CDNTEi Wmmmmmmm Le Tome 13 vient de paraître.Pourquoi ne pas vous \u201cabonner\u201d?Pour finalement posséder la collection complète, on peut recevoir un volume périodiquement, au rythme de son choix: un par mois, par deux mois, par trois mois.Demandez tous les renseignements chez l\u2019éditeur.Tome Tome Tome Tome Tome Tome Tome Tome Tome Tome Tome Tome Tome 1,316 2,\t346 3,\t355 4,\t450 5,\t348 6,\t392 7,\t303 8,\t351 9,\t364 10, 336 11,360 12,\t340 13,\t324 pages, pages, pages, pages, pages, pages, pages, pages, pages, pages, pages, pages, pages, $12.00 $13.00 $13.50 $15.00 $14.00 $14.50 $14.00 $14.50 $15.00 $15.50 $16.00 $16.50 $16.50 Les Editions Bellarmin 8100, boul.Saint-Laurent Montréal, H2P 2L9 TéL: (514) 387-2541 "]
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