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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1982-05, Collections de BAnQ.

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[" S- ELS GUAT MCAR relatli LE PAPE ET LES JÉSUITE S__ SECTES ET DÉPROGRAMMA T I O N no 480\t1,50$ mai 1982 SOMMAIRE oo O \\ vre, et de la recherche qui l\u2019a préparé: MM.Fernand Dumont et Jacques Racine.QUAND?le lundi, 1 7 mai prochain de 19h30à 22h00 OÙ?à la Salle du Gésu 1202, rue Bleury (Métro Place-des-Arts) L\u2019ENTRÉE EST LIBRE MAI 1982 115 LES ÉVÊQUES ET L'ÉCOLE QUÉBÉCOISE DE DEMAIN Depuis que la question de la restructuration scolaire se profile à l\u2019horizon, tous les intéressés surveillent avec attention la réaction des évêques du Québec.Et sans aucun doute avec raison.Car peu de groupes peuvent avoir autant de poids qu\u2019eux dans cette question, où ils sont l\u2019un des partenaires officiels du gouvernement depuis l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord Britannique.D\u2019où l\u2019importance particulière de la déclaration qu\u2019ils viennent de rendre publique, le 18 mars, sous le titre \u201cLe système scolaire et les convictions religieuses des citoyens\u201d.La Déclaration prend position sur trois points, après avoir situé le débat sur le terrain de l\u2019évolution de l\u2019école et de la société québécoise et avoir affirmé la volonté des évêques, comme pasteurs, d\u2019être partie prenante dans l\u2019effort collectif pour améliorer le service des jeunes, de l\u2019école et de toute la communauté québécoise.1.\tLes évêques déclarent: \u201cNous serions d\u2019accord pour que le régime pédagogique des écoles publiques québécoises offre l\u2019option entre l\u2019enseignement religieux et l\u2019enseignement moral.Nous reconnaissons que ce régime pédagogique sera mieux adapté au caractère commun de l\u2019école publique\u201d.2.\tMême si la réforme de 1 964 s\u2019est avérée heureuse, le pluralisme religieux s\u2019est accru depuis lors et ce pluralisme recommande plus de liberté de décision des parents.En conséquence, les évêques déclarent: \u201cNous estimons que le système scolaire du Québec doit laisser place à des écoles officiellement reconnues comme catholiques, chaque fois qu\u2019une majorité de parents dans un milieu réclame de telles écoles\u201d.On répond ensuite à une série d\u2019objections, on demande une redéfinition de la tâche du Comité catholique, on recommande le plus grand souci dans la préservation de la démocratie et du droit des parents.3.\tEnfin, après avoir reconnu qu\u2019ils préfèrent le maintien de commissions scolaires confessionnelles, les évêques déclarent: \u201cSi toutefois les traits confessionnels qui affectent les commissions scolaires s\u2019avèrent un obstacle insurmontable à la diversité du réseau scolaire, nous ne nous opposerons pas à leur abandon, pourvu que dans les commissions scolaires, quelle que soit leur nature, on assure le soutien nécessaire à la régie des écoles catholiques et aux services d\u2019enseignement religieux et de pastorale dans les écoles non catholiques\u201d.Si on se réfère à l\u2019esprit et à la lettre du Concile sur cette question, à la fois dans le document sur l\u2019Éducation chrétienne (nos 5-9) et sur la Liberté religieuse (nos 4-7), on doit d\u2019abord se féliciter d\u2019un aggiornamen-to qui fait honneur à l\u2019Église d\u2019ici, bien loin d\u2019être une trahison ou une faiblesse comme d\u2019aucuns le disent déjà dans certains milieux peu marqués par le progrès de la pensée de l\u2019Église.Et à ce titre il ne sera pas mauvais qu\u2019on verse au dossier de nos parlementaires, lors de la discussion du \u201cprojet Laurin\u201d, quelques paragraphes de Vatican II sur le rôle de la société dans la protection des droits humains dans le domaine scolaire.Pour les communautés chrétiennes, la Déclaration est également une bonne occasion de faire connaître à tous une dimension peu familière de la pensée de l\u2019Eglise au Concile.Les évêques sont bien conscients de faire ici un geste politique.Ils s\u2019appuient sur les droits collectifs des personnes, un point sur lequel l\u2019éthique des milieux li-béralistes est peu portée à insister.Surtout si l\u2019école sert en même temps de lieu de consolidation de la culture.Il ne faut pas s\u2019étonner si The Gazette intitulait son éditorial du 20 mars \u201cBishops\u2019 unwise course\u201d (La route imprudente des évêques), en se référant exclusivement à leur acceptation, conditionnée mais ferme, de commissions scolaires non confessionnelles.Deux réflexions de cet éditorial montrent toute la portée de la démarche politique impliquée: \u201cDu côté protestant, les commissions élues ont toujours été l\u2019instrument le plus fort au service de l\u2019éducation anglaise\u201d, et \u201cDe façon inexplicable, les évêques ne mentionnent pas les garanties contenues dans l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord Britannique en faveur des écoles et des commissions scolaires catholiques et protestantes\u201d.Les deux observations sont justes.Mais il faut conclure qu\u2019une démarche oecuménique, qui aurait été possible et recommandable dans un cas comme celui-ci, s\u2019est avérée impossible.Et sans doute aussi que les évêques du Québec ont senti que les références à l\u2019AANB sont peu populaires chez nous ces mois-ci! Il serait bien étonnant que le projet en cours de rédaction ne profite pas à plein des trois chemins ouverts par la Déclaration.Il faudra évaluer avec attention les conséquences concrètes qu\u2019on en tirera et en tenir compte lors des audiences de la commission parlementaire itinérante.La Déclaration se veut concise et directement adressée au projet de restructuration.Elle rappelle cependant deux points brûlants qui peuvent faire le succès ou l\u2019échec de la restructuration en cours: les affrontements idéologiques entre parents et groupes de parents lors de la décison concernant la confessionna-lité de chaque école et lors des renouvellements de cette décision à chaque cinq ans (n.23) et l\u2019attitude éthique concrète des professeurs à l\u2019égard de leur salaire et de leur engagement professionnel (n.27).Dans les deux cas, la Déclaration est optimiste.C\u2019est sans doute l\u2019attitude la plus saine, dans un moment de rajeunissement des structures, surtout si elle ne nous détourne pas d\u2019un examen sérieux de l\u2019école confessionnelle actuelle.Mais le projet de loi devra contenir des mécanismes qui rendent concrètement gérables les relations avec les parents et les professeurs.Enfin, la Déclaration se situe elle-même comme un premier pas: \u201cpar delà ces questions, d\u2019autres soucis préoccupent également les parents et les diverses personnes intéressées à l\u2019éducation chrétienne: soutien à apporter aux éducateurs, liens à établir entre l\u2019école et les communautés ecclésiales, qualité de l\u2019enseignement religieux, vitalité de l\u2019animation pastorale, formation des maîtres, identification et promotion des valeurs chrétiennes\u201d.On se réfère ici à un message des évêques en 1978 et on termine par le souhait d\u2019une consultation plus large de la part du gouvernement et d\u2019une information officielle plus complète, qui permet- 116 RELATIONS iiiiiimiiiiiiiiiii!iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii!iiiiiiiiiiiiiii!iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii!iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiMiiiiiimiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii tent à tous d\u2019aborder la suite de la démarche \u201cavec un esprit de tolérance et de dialogue, avec le souci de bien identifier les modifications opportunes.L\u2019objectif dernier devrait être d\u2019assurer la paix, l\u2019harmonie sociale, la justice et le meilleur service des jeunes\u201d.Comme nous le faisions remarquer dans un premier article (Relations, avril 1982, p.88-89), le projet de restructuration scolaire est pour nous tous un test de démocratie et de responsabilité.La Déclaration des évêques ne veut en aucune façon s\u2019y substituer ou nous en dispenser.Il faut maintenant attendre impatiemment le projet lui-même.Julien Harvey PRODUIRE, TRAVAILLER ET VIVRE AUTREMENT Il est difficile de parler comme d\u2019un livre de la dernière publication du Regroupement pour le socialisme 1.Nous supposons que les auteurs ont essayé d\u2019éviter la confusion avec l\u2019autre Mouvement pour le socialisme, avec l\u2019autre manifeste 2.En ce qui concerne Le Regroupement pour le socialisme, le titre et le contenu sont ceux d'un manifeste.Tout le discours réfère à une pratique: il présente officiellement au public une organisation mise sur pied en 1979; plutôt discrète, et regroupant surtout des militants et des militantes issus du mouvement syndical ou de groupes de solidarité internationale, elle compte pourtant déjà un certain nombre de publications 3.Ce livre-manifeste se laisse parcourir avec aisance, ce qui est rare pour ce genre de littérature.Les Éditions Socialisme et Indépendance ont réussi une audacieuse mise en page.Sans oublier l\u2019humour.À travers les illustrations passe déjà une des idées centrales du texte: le socialisme québécois naîtra du mûrissement et de la radicalisation des luttes concrètes qui se mènent actuellement au Québec.\u201cNotre démarche politique se situe en continuité avec ces luttes et la naissance d\u2019une gauche au sein de ce mouvement social et national.Notre démarche prend son sens dans la nécessité de favoriser un débouché politique à ces luttes et à ce courant\u201d (p.9).Le Regroupement situe donc sa démarche politique dans le prolongement de toutes les luttes du mouvement ouvrier et populaire: luttes syndicales, mouvement des femmes, actions de solidarité internationale.Il lui semble important d\u2019éviter \u201cla coupure entre d\u2019une part le militantisme dans des organisations syndicales, populaires.et de l\u2019autre le militantisme politique\u201d (p.18).Par ailleurs, il ne faut pas oublier que le Regroupement est né d\u2019une volonté de se démarquer d\u2019un des grands écueils du \u201cm-lisme\u201d québécois des dernières années: l\u2019articulation de l\u2019organisation politique aux mouvements de 1.\tLe Regroupement pour le socialisme.Ses orientations, ses interventions, son fonctionnement.Ed.Socialisme et Indépendance, Montréal, 1982, 43 p.(on peut le commander à C.P.204, Station E, Montréal, H2T 3A7, pour 4$, poste incluse).2.\tIl s\u2019agit, bien sûr, du Mouvement pour un Québec socialiste, indépendant, démocratique et pour l\u2019égalité entre les hommes et les femmes, né de ce qu\u2019on a appelé le Comité des Cent, et qui publiait son manifeste à la fin d\u2019octobre 1981.Voir Relations, décembre 1981, p.325.3.\tLa conjoncture au Québec au début des années 80: les enjeux pour le mouvement ouvrier et populaire, Désy/Ferland/Lévesque/Vaillancourt, 1 980.Socialisme et indépendance au Québec: pistes pour le mouvement ouvrier et populaire, Ferland/Vaillancourt, 1981.Et plusieurs autres textes ronéotypés.masse.Le Regroupement affirme ses distances par rapport à la conception de l\u2019avant-garde, qui après s\u2019être attribué une lucidité et une sagesse supérieures, va chercher à contrôler par en haut les luttes et les organisations du mouvement ouvrier et populaire.Au lieu de se concevoir comme un \u201cétat-major\u201d d\u2019où partiraient consignes et mots d\u2019ordre (la fameuse \u201cligne juste\u201d), le Regroupement souhaite même un apport spécifique des militants(es) syndicaux pour aider l\u2019organisation politique à se défaire des biais non-démocratiques et élitistes.L\u2019autonomie des organisations du mouvement ouvrier et populaire est donc un leitmotiv des mili-tants(es) du Regroupement engagés sur les différents fronts de ce mouvement.Un exemple, à côté du front syndical est le journal Presse-Libre qui fonctionne avec une base plus large que celle du Regroupement et dans une relative autonomie.Dès leurs premiers textes, les théoriciens du Regroupement avaient pris position contre le pancanadianis-me des groupes m.-l.: l\u2019oppression nationale est considérée comme imbriquée dans l\u2019exploitation capitaliste, et de ce fait \u201cchargée d\u2019un potentiel de rupture par rapport au capitalisme canadien et à l\u2019impérialisme américain\u201d.À distance du projet péquiste, refusant une conception étapiste (faisons d\u2019abord l\u2019indépendance, ensuite nous ferons la révolution socialiste), le Regroupement pense que le mouvement ouvrier et populaire, organisé politiquement, dans une perspective de classe, peut mener la lutte nationale avec un projet de société socialiste.Le thème de l\u2019oppression des femmes parcourt à ce point toute la brochure qu\u2019on est en droit de conclure qu\u2019il correspond, dans la pratique du Regroupement, à un débat continuel et à une sensibilité toute particulière.Il existe en tout cas un secteur-femmes au sein du Regroupement qui se donne pour tâche \u201cde réfléchir, de comprendre et de construire l\u2019articulation entre la lutte pour la libération des femmes et la lutte pour le socialisme\u201d (p.33).Ce qui dans cette brochure nous intéresse le plus, et nous pose question tout à la fois, ce ne sont pas tant les règles de fonctionnement de l\u2019organisation données en annexe (p.43-44), que la définition du socialisme à laquelle le Regroupement est conscient de contribuer.Loin du stalinisme, ce socialisme se veut respectueux \u201cdu pluralisme politique, du pluralisme syndical, de l\u2019autonomie des organisations syndicales et populaires.et du pouvoir ouvrier et populaire à la base\u201d (p.29).Les militants du Regroupement semblent avoir les pieds bien implantés dans le concret de ce qui bouge actuellement au Québec.Mais en même temps, ils n\u2019ont pas peur d\u2019avoir la tête pleine de rêves.L\u2019utopie socialiste qu\u2019ils décrivent et qu\u2019ils prétendent inscrire dès iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimimiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiMiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimiiiiiHiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimiiiiimiiiiiiiiiiiiiiMiiiiiiiiiii MAI 1982 117 aujourd\u2019hui dans la trame de leurs luttes quotidiennes refuse de se laisser circonscrire dans l\u2019espace restreint de l\u2019économie et du politique.On parle bien sûr d\u2019une économie nouvelle, socialisée, ainsi que du \u201charcèlement de l\u2019appareil d\u2019État bourgeois\u201d.Mais on appelle aussi l\u2019émergence d\u2019une nouvelle culture, de nouvelles valeurs.La fin et le sens du socialisme ne sont pas la dictature du prolétariat, mais la transformation des structures économiques, politiques et sociales qui permettent \u201cde produire, de travailler et de vivre autre- ment\u201d (p.30).Il est évident qu\u2019entre le concret des luttes actuelles au Québec et ce grand rêve d\u2019une vie autre, d\u2019un socialisme qui apporte \u201cplus de liberté, plus d\u2019espaces de liberté\u201d.il y a comme qui dirait beaucoup de choses à dire.À dire avec des chiffres.À mettre en programme.À traduire en mots d\u2019ordre.Il y a une longue lutte à mener.Il y a un socialisme à inventer.De cela, le Regroupement est bien conscient.Mais il n\u2019a pas peur de rêver tout haut.Et des militants qui rêvent sont plus sympathiques que ceux qui récitent des dogmes.Karl Lévêque LA CRISE?QUELLE CRISE?\u2014\tEt alors, cette crise?(Il y a des gens qui parlent de la crise comme de la santé de leur plus cher ennemi: plus \u201cça avance\u201d, plus ils paraissent afficher de détachement et de bonne humeur.) \u2014\tBen quoi, la crise?\u2014\tVous avez bien discuté de la crise à la dernière soirée Relations?\u2014\tAh, pour discuter, on a discuté.Et comment! Même qu\u2019on ne savait plus très bien, à voir se repousser les propos contradictoires, si tout le monde parlait encore de la même chose.\u201cÀ qui fait-on payer la crise?\u201d, c\u2019était la question de départ.Et plusieurs s\u2019attendaient à ce que le panel réponde, avec plus ou moins d\u2019enthousiasme et d\u2019unanimité sans doute, quelque chose comme: aux travailleurs non-syndiqués, ou encore à la petite et moyenne entreprise, ou peut-être aux familles monoparentales, ou même aux organisations de travailleurs, ou pourquoi pas?aux citoyens les plus lourdement taxés.La première surprise nous est tombée dessus quand la moitié du panel s\u2019est engagée dans l\u2019argumentation que voici; êtes-vous bien sûrs qu\u2019il y a vraiment une crise?C\u2019est un bien grand mot vous savez, terriblement galvaudé, et ce n\u2019est pas parce que tout le monde avale innocemment ce que nous serinent les médias qu\u2019il y a effectivement une crise économique.(Il est assez plaisant de voir d\u2019imperturbables économistes brandir, d\u2019une main, des colonnes de chiffres et feuilleter, de l\u2019autre, un manuel de psychologie: comme si nous étions, nous autres, victimes d\u2019une vaste hallucination collective, provoquée par quelque \u201coverdose\u201d de consommation ou d\u2019information.) Le fait est que l\u2019inflation nous obsède: les sondages Gallup le confirment, de 1 966 à aujourd\u2019hui, l'augmentation du coût de la vie a été constamment le principal souci des Canadiens.Mais quand nous parlons de crise, nous pensons à quelque chose de plus grave: la \u201cstagflation\u201d, apparue en 1972-73 avec la première crise du pétrole, et qui ajoute à une inflation excessive un taux de chômage exagérément élevé.Pourtant, soulignait Pierre Lefebvre, économiste au département de science économique de l\u2019UQAM, de 1972 à 1979, \u201ccompte tenu de l\u2019inflation, de la croissance démographique et des impôts, le revenu disponible réel par personne a augmenté de 30,5% au Canada\u201d.Parallèlement, au plan de la redistribution des revenus (en fonction des taxes, des impôts et des paiements de transferts), on peut constater, pour la même période, qu\u2019il n\u2019y a pas eu de variation marquée entre la part du revenu total des ménages les plus fortunés et la part du revenu total des ménages les plus pauvres: \u201cles 40% des ménages les plus riches recevaient 67,3% du revenu total en 1973 et 67,6% en 1979; les 40% des ménages les plus pauvres, quant à eux, recevaient 1 5,1 % du revenu total en 1 973, et 1 4,8% en 1 979\u201d.Ces chiffres sont difficilement contestables.Mais on n\u2019échappe pas à l\u2019impression, en les voyant défiler, que les spécialistes qui les invoquent pour contester la crise sont ici handicapés par la technicité de leur recherche: il faut du temps pour recueillir les données statistiques, plus encore pour analyser, et le jugement de fait qui s\u2019ensuit ne court-il pas le risque d\u2019être décalé par rapport à l\u2019actualité?C\u2019est maintenant, en 1981-82, que nous parlons de crise: les taux d\u2019intérêt élevés, les fermetures d\u2019usines et l\u2019accroissement du chômage qui en résulte, tout cela s\u2019est passé au cours des deux dernières années; pas étonnant que les statistiques antérieures n\u2019en laissent rien paraître.La deuxième surprise nous attendait au tournant des solutions proposées.Sujet difficile, sans aucun doute, à exposer à des profanes.Mais tout le monde a bien reconnu les deux types de politiques qui se confrontaient.La première se situe dans la logique de la tradition \u201clibérale\u201d, et on ne s\u2019étonnera pas que M.Claude E.Forget s'en soit fait le défenseur.Elle part du principe que l\u2019État doit chercher à intervenir le moins possible dans les jeux du marché; une politique monétariste serait excessivement coûteuse socialement puisqu\u2019elle aggrave le chômage, une politique de contrôle des prix et des salaires serait politiquement suicidaire: mieux vaut prendre son mal en patience, favoriser l\u2019investissement le plus possible et attendre que les choses s\u2019arrangent d\u2019elles-mêmes.À l\u2019opposé, pour M.Michel Pelletier, économiste au département de sciences juridiques de l'UQAM, les causes de la crise sont structurelles, elles tiennent aux règles du jeu de l\u2019économie capitaliste, et il n\u2019y aura pas de solution véritable à la stagflation tant qu\u2019on n\u2019appliquera pas un traitement proportionné au mal, en d\u2019autres termes, tant qu'on n\u2019accordera pas à l\u2019État le pouvoir de diriger l\u2019économie en fonction des besoins des plus démunis.L\u2019exemple de la politique du gouvernement socialiste français lui sert de point de repère, car il n\u2019est pas question de transposer ici des modèles de gestion conçus pour les pays de l\u2019Europe de l'Est.Dans le premier cas, on ne nous l'a pas caché, les résultats pourront tarder à se faire sentir; dans le second, c\u2019est l\u2019application même de la solution qui n\u2019est pas pour tout de suite, si l\u2019on songe au conditionnement que l\u2019environnement économique nord-américain fait peser sur le Québec et le Canada.Reste le problème d\u2019une politique économique pour aujou;-d\u2019hui.Entre les coûts socialement inacceptables d\u2019une politique anti-inflationniste à la Reagan et les espoirs que semble permettre une politique de contrôle des prix et des salaires à la Galbraith, le choix est-il si difficile?Surtout si l\u2019on songe que l\u2019opinion publique semble évoluer sur cette question, comme en fait foi le sondage CROP-LA PRESSE publié à la fin de mars, selon lequel 70% des Québécois seraient disposés à accepter un certain contrôle des prix et des salaires \u201cpour corriger la situation économique\u201d.Mais tout est de savoir de quel contrôle on parle, et comment il serait appliqué.Au fond, nous avons fait un petit bout de chemin, si nous n\u2019en sommes plus à nous demander \u201cquelle crise?\u201d, mais \u201cquels contrôles?\u201d.Non?Albert Beaudry iiiiiiiiiiimiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiniiiiiiiiniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimMiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimmiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiHiii 118 RELATIONS ^4449999999999999999999999999999999999999999999999999999999999999999999996 Pendant le mois de mars, l\u2019Amérique centrale a fait les manchettes presque sans interruption.Au Guatémala, par exemple, les élections présidentielles du 7 devaient être annulées par le coup d\u2019État du 23.Étrange démocratie que celle du Guatémala, où le régime du général Lucas Garcia tente de passer la main au général Guevara mais se voit aussitôt chassé du pouvoir par le général Rios Montt.Au Salvador, en dépit du sens politique le plus élémentaire et de l\u2019exemple pourtant éloquent des élections guatémaltèques, scrutin général le 28 pour élire une Assemblée constituante.Le pays se retrouve aujourd\u2019hui avec une majorité parlementaire d\u2019extrême-droite, et la perspective de négociations efficaces entre l\u2019opposition de gauche et le gouvernement paraît plus éloignée que jamais.Pourtant, quelle autre solution envisager que de véritables négociations pour mettre un terme à une guerre civile meurtrière?L\u2019attitude du gouvernement américain face au Nicaragua rappelle étrangement celle qu\u2019avaient adoptée les États-Unis à l\u2019égard de Cuba, au lendemain de la chute de Fulgencio Batista.Boycott économique, campagne de propagande \u201canti-communiste\u201d, menaces d\u2019intervention militaire, mandat donné à la CIA de déstabiliser le régime sandiniste: on en vient à se demander si le Département d\u2019État américain n\u2019est pas en train de devenir, par son ingérence systématique, l\u2019ennemi le plus dangereux des intérêts américains et de la paix dans la région.Le dossier que voici ne fait pas le tour, évidemment, du conflit qui meurtrit présentement l\u2019Amérique centrale.Il en présente seulement quelques aspects fondamentaux (l\u2019économique, le politique, le religieux) à propos des trois pays les plus directement touchés par les guerres de libération.Il essaie de répondre aux questions suivantes: \u2014\tquel est le projet socio-économique du gouvernement sandiniste du Nicaragua?\u2014\tque penser du coup d\u2019État du 23 mars au Guatémala et quel est le rapport des forces politiques dans ce pays?\u2014\toù en est l\u2019Église de Mgr Romero, à l\u2019heure de la remontée de l\u2019extrême-droite et deux ans après l\u2019assassinat de l\u2019archevêque de San Salvador?A.B.AU NICARAGUA, UNE ÉCONOMIE POUR LA MAJORITÉ iiiiiiiiiiiiiiiiminii par Xavier Gorostiaga iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiigiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii r »e vu Xavier Gorostiaga est bien placé pour présenter socio-économique du gouvernement sandiniste.Jésuit miste-conseil auprès du gouvernement du Nicaragua.Le abrégée d\u2019une conférence prononcée à l\u2019Université de Mo dre d\u2019un colloque organisé conjointement par l\u2019Agence lati Groupe de recherche sur l\u2019Amérique latine de l\u2019Université J que et u pro us es al, le 1 o-am n et le .t., .Le nouveau Nicaragua doit se construire dans un contexte et en un moment de crises: crise géo-politique et économique affectant l\u2019ensemble de l\u2019Amérique centrale, crise mondiale du système capitaliste, crise de l\u2019hégémonie impérialiste sur le bassin des Caraïbes et l\u2019Amérique centrale.Au même moment, un ensemble de forces internationales ont fait de l\u2019Amérique centrale le lieu de leurs affrontements: tensions Est-Ouest sans doute, mais pensons aussi à l\u2019intervention de l\u2019internationale socialiste, à celle des moyennes puissances latino-américaines, tels le Mexique, le Vénézuéla et le Brésil, et même à l\u2019influence d\u2019autres pays latino-américains, comme la Colombie ou les pays membres du Pacte andin.C\u2019est dans le contexte de ces affrontements, de ces tensions et de ces crises que se développe aujourd\u2019hui la révolution sandiniste.Un pays en chantier Au lendemain du renversement de Somoza, en juillet 1979, le Nicaragua est en ruines: 40% du système de production a été détruit par la guerre civile; la dette extérieure s\u2019élève à 1,6 milliard de dollars; au cours des deux MAI 1982 i 119 LA DETTE EXTÉRIEURE Le premier problème que dut affronter l\u2019administration sandiniste fut celui de la dette extérieure.Nous avons renégocié les termes du remboursement avec un consortium de 111 banques de 1 3 pays différents.Mais cela n\u2019a pas été sans peine au plan intérieur, car les organisations populaires refusaient d\u2019acquitter les dettes contractées par le régime Somoza.Il a fallu leur faire comprendre qu\u2019un refus de payer de notre part déclencherait aussitôt un boycott économique international, situation intenable pour un pays comme le nôtre qui vit de ses exportations.En septembre 1979, le plan de négociation de là dette extérieure était présenté à l\u2019Assemblée générale des Nations unies, et approuvé par 128 pays.Fort de cet appui politique, le gouvernement du Nicaragua entreprit des négociations qui durèrent plus d\u2019un an et qui aboutirent à retarder jusqu\u2019en 1985 le paiement du capital et à réduire le taux d\u2019intérêt sur la dette à 7%, au moment où les taux d\u2019emprunt se situaient autour de 20%.années précédentes, le pays a subi une fuite de capitaux d\u2019environ 2 milliards de dollars; au total, le pays a perdu 4,1 milliards de dollars, et ses réserves ne dépassent pas 3,5 millions de dollars parce que le régime Somoza avait tout simplement vidé les caisses de l\u2019État.Outre cet héritage désastreux laissé par le somozisme, le sous-développement du Nicaragua est rien moins que dramatique.Les forces productives du pays sont beaucoup moins développées que ne l\u2019étaient celles de Cuba, il y a une vingtaine d\u2019années.Ce sous-développement chronique est un obstacle majeur.Il se traduit, par exemple, par un taux d\u2019analphabétisme de plus de 50%.Totalement ouvert à l\u2019économie internationale, le pays est intégré au Marché commun centro-américain, dominé par le capital transnational.Soulignons encore la faiblesse des organisations populaires après 40 ans de dictature somoziste.La révolution sandiniste est peut-être la plus radicale de l\u2019histoire, en ce qui concerne les structures de l\u2019État: l\u2019État somoziste s\u2019est écroulé et a complètement disparu; il a fallu rebâtir l\u2019État en commençant à zéro.Le grand atout de la révolution, c\u2019est la jeunesse; mais cet avantage a un revers: le nouvel État est dirigé par des jeunes, qui n\u2019ont évidemment aucune expérience administrative.Voilà dans quelles conditions il faut bâtir la société nouvelle.On peut ramener le programme du gouvernement sandiniste sous quatre priorités stratégiques: 1)\tune économie mixte, planifiée et inspirée par la logique de la majorité; 2)\tun pluralisme politique, visant à préserver l\u2019unité nationale, mais en respectant l\u2019hégémonie du peuple; 3)\tune dynamique d\u2019organisation, de participation et de mobilisation populaire, qui rejoint tous les aspects de la vie des citoyens; 4)\tau plan international, auto-détermination et non-alignement, visant à protéger avant tout l\u2019indépendance du pays.Une économie mixte Au plan économique, le projet sandiniste prévoit une économie mixte.À l\u2019heure actuelle, le secteur privé contrôle 60% du PNB.Pour sa part, l\u2019État dispose de trois leviers qui lui permettent de diriger l\u2019économie nationale; le système fiscal, le système bancaire et financier et le commerce extérieur nationalisé.Cette économie mixte n\u2019entend pas se réduire à une simple juxtaposition du secteur privé et du secteur public; elle se veut, au contraire, intégrée et soumise aux besoins des plus pauvres, à \u201cce qu\u2019on appelle chez nous la logique de la majorité\u201d.Le régime Somoza nous a laissé un système de répartition des revenus où 5% de la population contrôlaient 30% du revenu national.La \u201clogique du capital\u201d (celle des 5% favorisés) dirigeait l\u2019économie somoziste.Aujourd\u2019hui, ce sont les intérêts et les priorités des 50% les plus pauvres de la population qui inspirent la politique économique: c\u2019est la \u201clogique de la majorité\u201d.Chaque année, les priorités principales de l\u2019économie sont définies en tenant compte de la participation populaire à la planification.Et toute l\u2019économie, secteur public et secteur privé, doit se mettre au service des priorités ainsi établies.Autrement dit, dans la mesure où le secteur privé oriente sa production pour répondre aux nécessités fondamentales du peuple du Nicaragua, il reçoit l\u2019aide de l\u2019État (jusqu\u2019à 100% du financement nécessaire), il a la permissiçn d\u2019importer, il passe des contrats de production avec l\u2019État et avec la classe ouvrière.L\u2019État est disposé à garantir un taux de profit raisonnable.C\u2019est en faisant jouer quatre mécanismes (le système financier, le commerce extérieur, le système fiscal, et la participation des travailleurs à la production) que l\u2019État peut faire en sorte qu\u2019une économie mixte soit en même temps une économie planifiée pour répondre aux besoins de la majorité.Qu\u2019est-ce que nous avons réussi à faire depuis deux ans et demi?Le taux de croissance de l\u2019économie, en 1 980, a été de 10%, et en 1 981, de 8%, soit le rendement le plus élevé pour toute l\u2019Amérique latine et l\u2019un des plus élevés au monde pour ces deux dernières années.L\u2019inflation a été réduite de 84% (1979) à 24% (1981); le chômage est passé dans la même période de 36% à 1 5%.Et cette année, nous avons atteint l\u2019auto-suffisance alimentaire pour tout le pays.Deux problèmes Mais nous avons toujours à faire face à de très sérieux problèmes; les deux plus difficiles à résoudre au plan économique concernent la consommation et la productivité.120 RELATIONS Le problème de la consommation est lié a la conception de la liberté.Nous avons une consommation modelée sur l\u2019étranger, une consommation artificielle et prématurée compte tenu du degré de développement du pays.Mais quand nous tentons de faire de la consommation populaire la consommation \u201clogique\u201d (planifiée) du pays, nous compromettons du même coup la consommation des classes moyennes et des classes les plus riches, ce qui porte atteinte à l\u2019idée que ces classes se font de la liberté (leur notion de liberté implique un certain pouvoir de consommer et un certain type de consommation).Quand j\u2019étudiais à Cambridge, on nous disait que le développement correspondait à un \u201ctrickling down effect\u201d (l\u2019enrichissement de la grande entreprise et des classes supérieures finit par \u201cs\u2019égoutter\u201d jusque sur les couches moins fortunées pour améliorer un peu leur niveau de vie); la logique de la majorité, c\u2019est exactement le contraire, on pourrait parler d\u2019un \u201ctrickling up effect\u201d; quand les besoins des masses les plus pauvres auront été satisfaits, on pourra s\u2019inquiéter des appétits de consommation des mieux nantis.Chaque bouleversement social, qu\u2019il soit de droite ou de gauche, entraîne de sérieux problèmes de productivité, parce qu\u2019il désarticule l\u2019appareil productif.Au Nicaragua il y a eu une chute considérable de la productivité et elle persiste toujours.Le secteur privé dénonce une baisse de la productivité des travailleurs; et c\u2019est un fait; après 400 ans d\u2019histoire, la classe ouvrière du Nicaragua s\u2019est payé deux ans de vacances.Elle ralentit la production parce qu\u2019elle n\u2019est plus soumise à la contrainte, que ce soit celle de la dictature et de la Garde nationale, ou celle des patrons, des contremaîtres et des retenues sur les salaires.Le nouveau concept de productivité se fonde sur la participation, l\u2019information et la formation de la classe ouvrière et sur les responsabilités de l\u2019État: c\u2019est un défi qui demandera plusieurs années.D\u2019un autre côté, il n\u2019est pas facile de créer les garanties pour que le capital investisse dans le cadre des priorités de la majorité.Pas facile non plus de créer l\u2019État nouveau, en dépassant la bureaucratie et même la technocratie, pour permettre aux travailleurs de participer à la gestion.Il y faut du temps.Mais aucune révolution populaire ne peut éviter d\u2019affronter ce problème de la productivité.Dans ce contexte, deux tentations guettent la révolution sandiniste.La première serait de se mettre à reproduire un ancien modèle de société, sans transformer les rapports sociaux, et en s\u2019appuyant seulement sur des solutions technocratiques dans le but d\u2019accélérer la croissance.Il y a des secteurs de la population qui n\u2019ont pas renouvelé leurs façons de penser; ils croient encore que la reconstruction strictement économique correspond à ET LE SECTEUR PRIVÉ?Une bonne partie du secteur privé, opprimé par le régime Somoza, s\u2019est joint à l\u2019insurrection nationale aux côtés du Front sandiniste, si bien qu\u2019on peut parler, aujourd\u2019hui, au Nicaragua d\u2019une sorte de \u201cpacte de sang\u201d entre le gouvernement révolutionnaire et certains secteurs de la bourgeoisie: les fils de plusieurs entrepreneurs privés sont eux-mêmes sandinistes, certains siègent même au Conseil national, plusieurs autres sont morts au combat.Pour la décrire à grands traits, disons que l\u2019économie du Nicaragua comprend un secteur public (nationalisé), qui correspond à 40% du PNB, un secteur de la petite entreprise (paysans, petits propriétaires), qui représente 30% du PNB, et la grande entreprise qui concourt pour 30% au PNB.Au sein du secteur de la grande entreprise, on observe trois groupes à peu près égaux en importance mais qui se distinguent par leur attitude face à la révolution sandiniste: les premiers lui sont tout à fait favorables et participent activement au plan de redressement, les seconds collaborent mais sans beaucoup d\u2019enthousiasme, les derniers se montrent franchement hostiles.Cette hostilité se traduit généralement par ce que nous appelons la \u201cdescapitalisacion\u201d: le terme ne désigne pas seulement l\u2019exportation du capital en dehors du pays, il vise aussi la décision de laisser improductives de grandes plantations\u2019 ou des installations industrielles.Pour contrer cette forme de boycott économique, le gouvernement peut recourir à la confiscation, ou redistribuer aux paysans regroupés en coopératives les terres non exploitées (le projet sandiniste ne prévoit absolu- ment pas de \u201ccollectivisation\u201d ou de \u201cnationalisation\u201d des terres, mais plutôt la réforme agraire et l\u2019appui aux coopératives de production).Au contraire, dans la mesure où le secteur privé s\u2019engage dans la production et répond aux orientations du plan de redressement économique, il peut être largement subventionné, il reçoit la permission d\u2019importer et il bénéficie de divers programmes d\u2019incitation.Pour l\u2019année 1980-81, par exemple, les producteurs de coton ont vu leurs coûts de production subventionnés par l\u2019État à 100%; ce sont des politiques de ce genre qui ont permis au pays d\u2019atteindre l\u2019autosuffisance dans le domaine des graines et des céréales de base.Les investissements étrangers sont bienvenus au Nicaragua, mais ils sont réglementés par une loi spéciale.Le gouvernement favorise la venue du capital étranger dans le cadre de \u201cplants conjoints\u201d (joint ventures) avec l\u2019État.Cette loi veut être pratique et, pour la mettre au point, on n\u2019a pas négligé le point de vue des investisseurs.En fait, le premier organisme consulté fut le Council of the Americas, un très important consortium de corporations transnationales basé aux États-Unis, et on a tenu compte de leurs avis; il ne servirait à rien de légiférer dans ce domaine si le capital international n\u2019acceptait pas la législation promulguée.À la limite, et pour certains secteurs de la production, le gouvernement sandiniste est même disposé à accepter que le capital étranger investisse au Nicaragua en dehors du cadre des \u201cplans conjoints\u201d.Déjà, cependant, des accords ont été conclus entre des gros investisseurs américains et des coopératives agricoles.MAI 1982 121 l\u2019idéal sandiniste, ils oublient la profonde et nécessaire transformation des rapports sociaux, l\u2019urgence de former un homme nouveau capable de bien vivre dans une démocratie productive.Il ne s\u2019agit pas en effet de laisser la démocratie à la porte de l\u2019usine; il faut faire en sorte que la démocratie se développe dans le système de production lui-même.L\u2019autre tentation, c\u2019est la fuite en avant, le saut prématuré: cela reviendrait à essayer de passer, en un nombre donné d\u2019années de plan, d\u2019une situation de sous-développement à une nouvelle société populaire et démocratique.Et il semble actuellement que le grand promoteur de cette tentation soit l\u2019administration Reagan, qui oblige le Nicaragua à poser à la hâte des gestes qui ne correspondent pas à la stratégie de développement originale du sandinisme.Un pluralisme orienté Passons maintenant à la vie politique: le pluralisme au service de l\u2019unité nationale mais soumis à l\u2019hégémonie populaire.La révolution nicaraguayenne n\u2019a pas été le fait d\u2019un parti prolétarien ou paysan: elle est le résultat d\u2019une insurrection populaire qui a mobilisé la majorité du peuple du Nicaragua.Il s\u2019est formé au Nicaragua un vaste front populaire (trente de masas) dirigé par le Front sandiniste, héritier lui-même d\u2019une longue tradition de lutte anti-impérialiste, qui remonte à Sandino, dans les années 30, et à Carlo Fonseca, fondateur du Front sandiniste en 1 961 ; ce mouvement devait incorporer, pour la première fois dans l\u2019histoire des révolutions sociales, les masses chrétiennes qui ont participé très activement à l\u2019insurrection armée et qui participent aujourd\u2019hui à la reconstruction du pays; de larges secteurs de la bourgeoisie se sont également ajoutés au mouvement insurrectionnel: le somozisme ne leur permettait pas de se constituer en bourgeoisie nationale, et ils se sont incorporés à la révolution sandiniste.Présentement, on compte 12 partis politiques dans le pays; cinq d\u2019entre eux formant le Front patriotique, qui appuie le processus révolutionnaire.Il y a d\u2019autre part, cinq centrales syndicales; trois appuient la révolution, et deux militent dans l\u2019opposition, dont une qui est affiliée à l\u2019ORIP (d\u2019allégeance américaine).Le plus grand quotidien du pays, La Prensa, est aux mains de l\u2019opposition.Il y a 52 stations radiophoniques; 31 appartiennent à l\u2019entreprise privée, la majorité d\u2019entre elles contrôlées par l\u2019opposition.En dépit de cela, on prétend qu\u2019au Nicaragua il n\u2019y a ni pluralisme, ni liberté de presse.À un groupe de représentants du Congrès américain, j\u2019ai demandé qu\u2019on me donne un exemple, dans toute l\u2019Amérique latine, d\u2019un pays où le plus grand quotidien et la majorité des stations de radio soient aux mains de l\u2019opposition.Je n\u2019ai pas eu de réponse.Comment est-il possible, dans ces conditions, de faire une véritable révolution sociale en respectant le pluralisme et en concédant autant de liberté à une opposition réactionnaire, qui jouit en outre de l\u2019appui de l\u2019administration Reagan?La réponse à cette question se trouve, au plan pratique, dans la participation et la mobilisation populaire à tous les niveaux de la société.Quelques exemples.Une mobilisation populaire La campagne d\u2019alphabétisation, en six mois, a réduit le taux d\u2019analphabétisme de 52% à 1 2%; les journées de la santé ont permis de vacciner l\u2019ensemble du pays et ont mobilisé près de 100 000 brigadistes de la santé contre la fièvre jaune, la polyo, etc.Cela montre que ces problèmes, classiques dans le tiers monde, sont avant tout des problèmes de décision politique et de mobilisation populaire, avant d\u2019être des questions de technique ou de financement.Pour atteindre, cette année, l\u2019autosuffisance alimentaire pour les céréales de base (riz, fèves, maïs), on a mobilisé des milliers de paysans, on a créé plus de 2 500 coopératives, on a fait une réforme agraire qui maintient les unités de production à haute technologie dans de grands domaines mais remet aux paysans regroupés en coopératives toute la production des céréales de base.La dernière campagne de mobilisation populaire, celle qui a provoqué de la part de la CIA la réaction que vous savez, est la mobilisation pour la défense nationale.Il y a trois semaines, j\u2019étais aux États-Unis, et on nous accusait de posséder la plus grosse armée de tous les pays d\u2019Amérique centrale; j\u2019ai répondu que nous avons la plus grande armée de toute l\u2019Amérique latine: il n\u2019y a pas un autre peuple en Amérique latine qui soit capable de mobiliser 80% de sa population.Mais cette armée est une armée populaire et exclusivement une force défensive: le pays n\u2019a pas de marine, il n\u2019a pas d\u2019aviation.Or voici qu\u2019on a monté toute une campagne de propagande pour dénoncer notre armée, quand nous ne faisons que nous prémunir contre une menace d\u2019invasion, menace qui va croissant à mesure que s\u2019approchent les élections du Salvador.Il y a quelques semaines, des représentants du Congrès américain sont venus au Nicaragua.Je les ai accompagnés dans un barrio, nous avons pris une bière, nous avons causé avec les gens.Des miliciens rentraient justement de l\u2019entraînement, et les délégués américains ont voulu discuter avec eux des élections.\u201cJe vote deux fois par semaine, répondit aussitôt l\u2019un de ceux-ci: vers quatre heures, après le travail, on me donne un fusil, je fais mon entraînement, et à huit heures je remets le fusil.Le jour où je ne serai plus d\u2019accord avec le gouvernement, je garde le fusil!\u2019\u2019 Et le milicien d\u2019ajouter: \u201cJ\u2019espère que Pinochet fera la même chose: qu\u2019il distribue des armes au peuple chilien, on verra bien s\u2019ils les remettront.\u2019\u2019 Autodétermination et non-alignement Comment se traduit cette stratégie intérieure au plan international?Nous parlons de non-alignement.Nous entendons garder notre indépendance et nous refusons de nous rattacher à un bloc ou l\u2019autre.Nous sommes membres des \u201cpays non-alignés\u201d; nous avons des relations diplomatiques et commerciales avec la majeure partie des nations du monde.Nous avons diversifié notre dépendance économique; dans le passé, 70% de notre 122 RELATIONS Beatriz Luz*: PRENDRE SA PART DES TACHES On demande souvent quelle place tiennent les chrétiens dans la Révolution sandiniste et dans la construction du Nicaragua.Notre engagement ne date pas d\u2019hier: il y a eu des chrétiens activement et consciemment impliqués dans le combat social au Nicaragua depuis les années \u201960, depuis Medellin surtout.La terrible pauvreté de la grande majorité de notre peuple nous a forcés à reconnaître notre situation de dépendance et d\u2019exploitation, et à en chercher les causes: dictature militaire, capitalisme traditionnel, influence étrangère.Très tôt, nous avons compris que nous ne pouvions pas nous contenter, comme chrétiens, d\u2019une pratique cultuelle, mais qu\u2019il nous fallait traduire notre foi en pratique de justice dans une société injuste.Nous avons commencé à nous impliquer dans de petites actions, mais il apparaissait de plus en plus clairement qu\u2019il ne suffisait pas d\u2019appliquer des emplâtres: il fallait attaquer le mal à la racine, et donc radicaliser nos engagements.La mission de l\u2019Église au service d\u2019un peuple pauvre, opprimé et exploité nous poussait à appuyer la révolution sandiniste.Non pas que nous croyions qu\u2019un projet politique parvienne à réaliser parfaitement l\u2019utopie du Royaume; mais cette inévitable distance entre l\u2019idéal à poursuivre et la réalité vécue ne saurait nous servir de prétexte pour éviter de nous engager sur le terrain.On nous objecte parfois que notre engagement politique risque d\u2019engendrer un nouveau modèle de \u201cchrétienté\u201d, un nouveau conformisme socio-politique et religieux, de gauche cette fois, mais aussi ambigu et contestable que la \u201ccristiandad\u201d conservatrice de la tradition hispano-américaine.Comme s\u2019il suffisait de s\u2019abstenir pour échapper à l\u2019ambiguïté! Historiquement, l\u2019Église a été gravement compromise avec les anciens pouvoirs économiques et politiques.Elle vient de redécouvrir qu\u2019elle se doit, au nom de ce qu\u2019elle est et de ce qu\u2019elle enseigne, de faire \u201cune option préférentielle pour les pauvres\u201d.Ce n\u2019est pas là une affaire de sentiment ou de belles déclarations: cela veut dire qu\u2019on assume le projet politique des pauvres et qu\u2019on prend sa part de tâches et de luttes pour le réaliser.Les chrétiens du Nicaragua vivent aujourd\u2019hui un temps pascal, mêlé de souffrances et de joie: le passage de l\u2019esclavage à la liberté porte avec lui des tensions, des réticences, des notalgies.Pourtant nous avançons.Dans l\u2019espérance.Mais nous avons aussi besoin de vivre la catholicité de l\u2019Église, de savoir que des chrétiens, ailleurs, savent ce que nous traversons et appuient, eux aussi, l\u2019Église des pauvres.Beatriz Luz Avellano, religieuse franciscaine nicaraguayenne, est responsable du secteur de la formation au Centre oecuménique Antonio Valdivieso, de Managua.Ce centre de réflexion théologique, de vulgarisation biblique et de formation sociale porte le nom du premier évêque du Nicaragua, mis à mort par les Espagnols pour avoir pris la défense des Amérindiens.commerce se faisait avec les Etats-Unis: nous avons réduit ce chiffre à 30%; dans le même temps, nous avons accru nos rapports commerciaux avec le Canada et l\u2019Europe; même chose avec le Mexique, le Brésil et le Véné-zuéla.Nous avons aussi établi des relations avec les pays socialistes; malheureusement, ces rapports avec les pays socialistes ne représentent que 5% de notre commerce extérieur, alors que pour protéger notre indépendance économique, ils devraient atteindre 25%: il ne s\u2019agit pas, encore une fois, de nous rattacher à un \u201cbloc\u201d, mais d\u2019être libres au plan international.Voici donc brièvement résumé le projet social de la révolution sandiniste.Ce projet se heurte aujourd\u2019hui à de graves menaces.Au plan économique, les Etats-Unis ont refusé d\u2019accorder quelque aide que ce soit à la révolution sandiniste: au point de couper les envois alimentaires (on n\u2019hésite pas à utiliser la nourriture comme un moyen de pression économique); le Canada, par contre, fut le premier pays à nous envoyer gratuitement une livraison de blé de 4 1/2 millions; je tiens à dire publiquement la reconnaissance du Nicaragua et j\u2019espère seulement que ça va continuer.Les États-Unis exercent actuellement des pressions sur les organismes internationaux comme la Banque mondiale et la Banque inter-américaine, pour couper ou bloquer les fonds qu\u2019en reçoit actuellement le Nicaragua.Au plan politique, sévit présentement une forte campagne de propagande qui vise à déformer \u201cl\u2019image\u201d interna- MAI 1982 tionale de la révolution nicaraguayenne, et à compromettre le soutien dont a bénéficié le Nicaragua au cours de la première année de sa révolution.Cette campagne s\u2019articule sur trois points: le problème des indiens Misquitos la question de la liberté de la presse et celle de la \u201cpersécution religieuse\u201d.Enfin il existe une campagne militaire contre le Nicaragua.Plus de 1 000 gardes somozistes s\u2019entraînent actuellement aux États-Unis même (en Floride, au Texas et à San Francisco); plus d\u2019une vingtaine de camps d\u2019entraînement de gardes somozistes fonctionnent présentement au Honduras, juste aux frontières de notre pays (au cours des derniers mois, les incursions de ces bandes somozistes ont causé plus de 200 morts au Nicaragua).En outre la CIA dispose d\u2019un budget de 19 millions de dollars pour déstabiliser de l\u2019intérieur le gouvernement du Nicaragua, et on annonçait hier dans la presse américaine qu\u2019on avait utilisé à cette fin 7 millions de dollars l\u2019an dernier.On met sur pied une force d\u2019intervention inter-américaine, destinée à renverser le gouvernement sandiniste et à empêcher la libération du peuple salvadorien: cette stratégie ne peut aboutir qu\u2019à une vietnamisation de l\u2019Amérique centrale.C\u2019est cette campagne d\u2019agression militaire qui a provoqué la mobilisation pour la défense du pays: il ne s\u2019agit pour nous que de défendre une révolution qui nous a déjà coûté près de 50 000 morts.123 NOUS CROYONS EN LA PAIX lllillll ! : m s i wê iilii liü üil :: 1 : ¦ lllliiiiiiiimilliipar Julia Esquivel Julia Esquivel a dirigé pendant plusieurs années la revue chrétienne Dialogo, avant de devoir s\u2019exiler du Guatémala.De passage à Montréal à la fin de mars, elle a bien voulu accorder à RELATIONS une longue interview, dont voici quelques extraits.Le tableau qu\u2019elle trace de l\u2019injustice sociale, de la violation des droits humains et de la guerre ouverte qui sévissent présentement dans son pays éclaire l\u2019engagement de nombreux chrétiens dans la lutte et explique la persécution infligée à l\u2019Église guatémaltèque.Relations: Le 23 mars, un coup d\u2019État renversait le gouvernement du Guatémala, à peine plus de deux semaines après la tenue des élections présidentielles.Un groupe de militaires destituait le gouvernement militaire du président Romeo Lucas Garcia, avant que son successeur élu, le général Anibal Guevara, n\u2019ait pu entrer en fonction.La nouvelle junte justifiait son intervention en rappelant les critiques formulées par les partis d\u2019opposition à propos du déroulement des élections du 7 mars et en assurant \u201cmettre fin à la corruption et rétablir une véritable démocratie\u201d.Les événements ont de quoi dérouter un observateur du Nord.mala, de lui fournir des armes et des conseillers militaires pour lutter contre la guérilla.D\u2019ailleurs, pourquoi la nouvelle junte a-t-elle permis à Lucas Garcia et à Guevara de quitter le pays et de se réfugier à Miami, sans avoir à répondre des crimes qu\u2019ils ont commis contre le peuple du Guatémala?Ce fait à lui seul la rend complice de l\u2019ancien régime: au fond, c\u2019est la même clique qui se succède à elle-même, avec la bénédiction de Washington.Julia Esquivel: Ce coup d\u2019État n\u2019a pourtant rien de bien surprenant, et je peux même dire que nous nous y attendions depuis un petit moment.Pour deux raisons.D\u2019abord, parce que le gouvernement des États-Unis reconnaissait ouvertement les graves et nombreuses violations des droits humains perpétrées par le régime Lucas; dans ces conditions, il était pratiquement impossible que le Congrès autorise le président Reagan à fournir de l\u2019aide militaire au Guatémala, même si la guérilla y est bien organisée et contrôle déjà une bonne partie du pays.En fait, Guevara était le candidat de Lucas Garcia, si bien que les \u201célections\u201d n\u2019avaient rien changé au régime politique du pays; il fallait donc recourir à un autre scénario pour corriger \u201cl\u2019image internationale\u201d du Guatémala et permettre au gouvernement américain d\u2019appliquer sa politique de pacification de l\u2019Amérique centrale.Le scénario utilisé n\u2019a rien de bien original \u2014 et c\u2019est d\u2019ailleurs ce qui permettait aussi de le prévoir \u2014, en fait il répète exactement ce qui s\u2019est passé au Salvador en 1979.Le coup d\u2019État de San Salvador a porté au pouvoir un groupe de militaires qualifiés de \u201cmodérés\u201d, et un représentant de la Démocratie chrétienne, Duarte.De même, à Ciudad Guatémala, les responsables du putsch se sont empressés de se qualifier eux-mêmes de modérés; ensuite, ils se sont placés sous l\u2019autorité du général Rios Montt, qui a été le candidat de la Démocratie chrétienne aux élections présidentielles de 1974; enfin, ils ont déclaré solennellement que \u201cle but primordial du coup d\u2019État est de convoquer de nouvelles élections qui, cette fois, seront limpides et pures\u201d.On peut deviner la suite: la junte s\u2019engagera à mettre en oeuvre de nombreuses réformes, probablement même une réforme agraire.Le nouveau régime offrira, de ce fait, des garanties de \u201cmodération\u201d et de \u201cdémocratie\u201d, qui permettront au président Reagan et au Congrès de \u201cvenir en aide\u201d au Guaté- Élections et démocratie Relations: Nous qui sommes habitués aux règles assez précises du système électoral britannique, nous avons facilement tendance à identifier \u201célections\u201d et \u201cdémocratie\u201d.Il n\u2019est pas évident, cependant, qu\u2019au Guatémala ces deux mots correspondent à ce que nous avons en tête.Julia Esquivel: Effectivement, il y a longtemps que le peuple guatémaltèque a appris à ses dépens que les élections au Guatémala n\u2019ont pas grand\u2019chose à voir avec la démocratie: sauf deux fois entre 1 944 et 1 954, le pays n\u2019a pas connu d\u2019élections véritablement démocratiques.Et depuis que la CIA a renversé le gouvernement de Jacobo Arbens, en 1954, tous les présidents ont été désignés par l\u2019armée.Prenons comme exemple le scrutin du 7 mars.Tous les partis qui ont présenté des candidats sont des partis d\u2019extrême-droite, sauf la Démocratie chrétienne, qui depuis plusieurs années a perdu pour nous toute crédibilité: ce parti agit par opportunisme et sacrifie volontiers les intérêts du peuple à la conquête du pouvoir politique, ou plutôt d\u2019un semblant de pouvoir.Quand les candidats aux élections se réclament de partis qui se déclarent prêts à massacrer la population, pour résister au \u201ccommunisme\u201d, où est l\u2019espérance pour le peuple?Ce ne sont pas là de vaines menaces, d\u2019ailleurs, dans un pays où, depuis les années 60, c\u2019est l\u2019armée qui contrôle la politique, l\u2019économie et les relations avec les corpora- ' ; : : ¦¦ ¦ RELATIONS _ tions transnationales.En participant aux élections, dans ce contexte, la Démocratie chrétienne se trouvait appuyer implicitement une politique de génocide et d\u2019extermination.Comme c\u2019est le cas présentement au Salvador.Les autres partis sont clairement d\u2019extrême-droite, malgré ce que leurs noms pourraient laisser supposer.Le Mouvement de Libération nationale (MLN) a été fondé à la suite de l\u2019intervention militaire américaine de 1954.Ses dirigeants eux-mêmes présentent leur parti comme celui de \u201cla violence organisée\u201d.Ils disposent d\u2019une armée particulière, formée de paysans et de petits propriétaires quis\u2019engagent comme mercenaires.Ils ont créé la \u201cMano blanca\u201d (la Main blanche) et \u201cOjo por ojo\u201d (oeil pour oeil), deux groupes para-militaires qui se chargent d\u2019exécuter les criminels de droit commun.et les adversaires politiques de leurs chefs.Vient ensuite la Central Aranista Organisada, le parti du général Arana Osorio.Dans les années 60, le général Arana, assisté d\u2019un État-major formé de militaires américains, a résolu de venir à bout des mouvements de guérilla qui avaient commencé de se former.Bilan: 20 000 morts.En fait, il est le rival immédiat des frères Lucas Garcia, auxquels il espérait arracher le pouvoir politique (et les avantages économiques qui l\u2019accompagnent).Reste le Front démocratique populaire (un nom choisi pour tromper le peuple) du général Anibal Guevara, qu\u2019appuyaient les frères Lucas Garcia (au moment du coup d\u2019État, l\u2019un était président de la République et l\u2019autre ministre de la Défense nationale).C\u2019est lui qui est censé avoir remporté facilement les élections du 7 mars.Ces partis politiques reflètent surtout des luttes de pouvoir au sein de l\u2019oligarchie militaire.Pour le peuple, ils ne représentent pas un véritable choix.D'autant plus que ça n\u2019a aucun sens de déclencher des élections dans un pays en guerre; or, depuis 1980, le Guatémala est en état de guerre: l\u2019armée conduit ses opérations très ouvertement.L\u2019an dernier seulement, plus de 1 1 500 personnes ont été tuées par les militaires: des communautés rurales ont été exterminées, des indigènes ont été tués par milliers; on a utilisé des avions et des hélicoptères pour bombarder des villages, on en a brûlé d\u2019autres au napalm.Ce qui se passe présentement au Guatémala, c\u2019est un génocide.Comment voulez-vous organiser des élections démocratiques dans une situation pareille?S\u2019il y a encore des gens, dans les pays du premier monde, qui accordent quelque crédibilité aux élections guatémaltèques, c\u2019est simplement parce qu\u2019ils ignorent la guerre civile et le génocide qui font rage là-bas.Je sais que la chose est difficile à imaginer.Il faut avoir vu le pays pour comprendre comment le gouvernement a opté pour la terreur, passant des exécutions sélectives à des massacres en masse, quand il a compris que les indigènes passaient massivement du côté de la guérilla.L \u2019opposition Relations: En somme, la véritable opposition ne se trouve pas dans les partis qui ont participé aux dernières élections, et qui se retrouvent assez proches de la junte 0) c CD O co CD D CT O 0J O O -C û_ \u201cLa paix est le fruit de la justice.L\u2019injustice engendre la guerre.Nous le constatons tous les jours.\u201d\t(Julia Esquivel) nouvellement installée au pouvoir, mais bien dans les organisations politiques qui appuient la guérilla?Julia Esquivel: Oui.Depuis 27 ans, le gouvernement a toujours refusé de discuter avec les syndicats, les groupes populaires, l\u2019Action catholique même.Les exécutions ont été sa seule façon de \u201cdialoguer\u201d.Aujourd\u2019hui, le peuple ne veut plus rien savoir des militaires, et les organisations de la guérilla sont bien structurées et bien coordonnées.Il faut savoir que ces mouvements de guérilla ne sont pas nés du jour au lendemain.C'est en 1962 que deux jeunes officiers dissidents ont décidé de prendre le maquis.Malgré les massacres du général Arana, et au moment même où celui-ci proclamait que la guérilla avait été complètement éliminée (au début des années 70), le mouvement de lutte armée recommençait de s\u2019organiser et de s\u2019implanter silencieusement.Il y a déjà une dizaine d\u2019années que l\u2019EGP (l\u2019Armée de la guérilla des pauvres) s\u2019est installée dans le Nord-ouest du pays; ses membres ont d\u2019abord passé deux années entières à reconnaître le terrain et à découvrir les techniques de survie et de subsistance dans la forêt du Guatémala.Ensuite, progressivement, ils ont gagné la confiance des paysans, ils ont appris la langue des indigènes et ils se sont adaptés à un mode de vie tout à fait nouveau.Ce n\u2019est qu\u2019en 1975 qu\u2019ils ont effectué leur premier raid punitif (contre un grand propriétaire qui ne donnait pas cher de la vie des indiens).Parallèlement, les communautés de base, les mouvements d\u2019étudiants, d\u2019intellectuels, la solidarité entre paysans et ouvriers, tout cela se développait de côté et d\u2019autre.Mais l\u2019intransigeance du gouvernement devait entraîner un rapprochement progressif entre ces groupes politiques et les organisations de la guérilla.Depuis 1978, l\u2019unification et la coordination se sont beaucoup accentuées., -\u2022 -«* MAI 1982 125 LES CINQ POINTS FONDAMENTAUX DU MANIFESTE fill® III ¦Hil il in U mi 1.\tLa révolution mettra un terme définitif à la répression contre le peuple et elle garantira aux citoyens la vie et la paix, droits suprêmes de l\u2019être humain.2.\tLa révolution mettra en place les structures nécessaires pour répondre aux besoins fondamentaux de la grande majorité du peuple, en commençant par exercer un contrôle économique et politique sur les grandes propriétés, qu\u2019elles soient aux mains du capital national ou étranger.3.\tLa révolution garantira l\u2019égalité entre les indigènes et les \u201cLadinos\u201d (le terme désigne la population d\u2019origine européenne et de langue espagnole); elle mettra un terme à l\u2019oppression culturelle et à la discrimination.4.\tLa révolution garantira la création d\u2019une société nouvelle; elle verra à ce que soient représentés au gouvernement tous les secteurs patriotiques, populaires et démocratiques.5.\tLa révolution garantira la politique de non-alignement et de coopération internationale qui est aujourd\u2019hui indispensable aux pays pauvres pour qu\u2019ils puissent se développer, sur la base du droit des peuples à l\u2019autodétermination.(trad.Relations) En fait, bien des groupes et des communautés, qui n\u2019auraient jamais pensé devoir un jour appuyer la guérilla, y ont été amenés par leur pratique quotidienne et par l\u2019opposition qu\u2019ils rencontraient de la part du gouvernement et des grands propriétaires.Peu a peu, il est devenu évident que le changement nécessaire devait être radical.On ne peut introduire de véritable changement au Guatémala sans mettre un terme à la violence répressive; et on n\u2019affronte pas la répression les mains nues.\\\u2019Unité révolutionnaire nationale guatémaltèque: déjà les partenaires avaient reconnu la convergence de leur lutte sur le terrain, mais ce manifeste commun témoigne d\u2019une unité plus profonde et plus organique, en termes d\u2019objectifs politiques et de stratégie militaire.En appui à cette organisation militaire s\u2019est constitué le Comité guatémaltèque d\u2019unité patriotique, un vaste regroupement de représentants de larges secteurs de la société guatémaltèque.Nous nous sommes réunis, vingt-six porte-parole, pour appuyer formellement les cinq grands objectifs du manifeste de l'Unité révolutionnaire.(Voir l\u2019encadré) Ces deux déclarations portaient un coup très dur à la crédibilité du gouvernement Lucas et je pense qu\u2019elles ont pu précipiter les événements, en inquiétant sérieusement Washington.En parcourant le texte du manifeste, les principes énoncés vous paraîtront peut-être aller de soi.Il faut comprendre que, dans le contexte actuel, dans un pays en guerre, rien ne va de soi: il faut repartir de zéro.Prenez la situation des indigènes, par exemple.Ils représentent actuellement 75% de la population du pays, mais tout se passe comme s\u2019ils n\u2019existaient pas: les lois, le système d\u2019éducation, la presse écrite et les médias électroniques, tout se fait exclusivement en espagnol.Il y a au Guatémala 23 langues amérindiennes, mais aucune loi n'a jamais été transcrite dans une de ces langues.L\u2019éducation équivaut à un processus d\u2019assimilation à la culture occidentale.Pas étonnant que les indigènes se rallient de plus en plus à la guérilla: c\u2019est la première fois qu\u2019une force politique d\u2019envergure nationale prend leur situation à coeur, au point que ses porte-parole parlent leurs langues.Injustices et Paix Relations \u2014 Julia Esquivel, vous-même vous êtes chrétienne et c\u2019est au nom de votre foi que vous vous êtes engagée dans le combat révolutionnaire.Cela dépend, pour une part, du contexte politique extrêmement grave que vous venez d\u2019évoquer; mais cela suppose aussi une façon de comprendre la foi qui n\u2019est pas celle de tous les chrétiens.Beaucoup de croyants, en effet, jugent que ce qu\u2019ils doivent mettre au premier rang de leurs préoccupations et de leur vie, c\u2019est la paix, la réconciliation, et le recours à la prière.Relations: Où en est, à l\u2019heure actuelle, l\u2019unification de la guérilla?Julia Esquivel: Il y a au Guatémala quatre grandes organisations de guérilla: EGP (l\u2019Armée de la guérilla des pauvres), ORPA (l\u2019Organisation du peuple en armes), PGT (le Parti guatémaltèque des travailleurs), FAR (les Forces armées rebelles).Dès 1978, trois de ces organisations s\u2019étaient regroupées.Depuis, la guerre systématique conduite par l\u2019armée a beaucoup stimulé le mouvement de coordination.Le 7 février dernier, les quatre organisations publiaient une proclamation conjointe, annonçant la création de Julia Esquivel \u2014 Nous croyons à la prière et nous croyons aussi à la paix, à la réconciliation.Mais nous croyons que la paix doit être une paix authentique.Il y a toujours eu des faux prophètes pour crier Paix! Paix!, quand le Seigneur disait \u201cPas la paix mais le jugement contre les riches qui oppriment les pauvres!\u201d.Comme l\u2019a dit le prophète Esaïe, la paix est le fruit de la justice; l\u2019injustice engendre la guerre, et nous le constatons tous les jours.Nous croyons à la prière et nous savons qu\u2019il y a des communautés chrétiennes partout dans le monde qui prient pour la libération de nos pays; nous croyons à la prière de la communauté de Solentiname, par exemple, à 126 RELATIONS celle de Mgr Romero, à celle de Mgr Casaldaliga, à la prière des communautés de base des hauts-plateaux du Guatémala.Nous croyons à la conversion, mais à la conversion tangible, à celle de Zachée qui a restitué quatre fois ce qu\u2019il avait volé et qui a remis aux pauvres la moitié de ce qui lui restait.Nous croyons que la terre appartient à Dieu et que \u201cl\u2019année de grâce du Seigneur\u201d signifie le ra- chat de la terre, sa rédemption pour la vie des hommes, non plus son exploitation au nom du profit et en vue de la course aux armements.Les hommes doivent être les maîtres de la création, non pas les esclaves d\u2019autres hommes.Et nous croyons que les pauvres, qui nous évangélisent, sont notre trésor, car ils nous aident à redécouvrir l\u2019Évangile, à l\u2019interpréter sans évacuer les exigences du Dieu de la vie.Illllllllllllllllllllllll MGR ROMERO RECONNAÎTRAIT-IL SON ÉGLISE?illlllllllllllllllil par André LeBlanc iiMiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimimiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiMiiiiiiiimmmiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii La polarisation du conflit social au Salvador a plongé le pays dans une véritable tragédie et le résultat des élections du 28 mars aggrave encore cette impasse.La situation de l\u2019Église est particulièrement difficile, autant à cause de divisions internes que du rôle joué ces deux dernières années par le parti de la Démocratie chrétienne.André LeBlanc, prêtre de la Société des r Missions étrangères, a passé plusieurs années en Amérique centrale.Mgr Romero reconnaîtrait-il aujourd\u2019hui son Église?Il n\u2019est pas facile de répondre à une telle interrogation, surtout quand elle se pose de l\u2019extérieur, à l\u2019abri du drame quotidien dont les bilans annuels dépassent dix mille victimes depuis le temps de Mgr Romero.Pour y parvenir, il faudra d\u2019abord se rappeler ce qu\u2019était devenue cette Église, pendant les trois ans qu\u2019elle fut lucidement et courageusement guidée par lui.Mais au départ de cette réflexion, il ne sera pas sans intérêt d\u2019évoquer les circonstances entourant sa nomination comme archevêque.Quand il s\u2019est agi de trouver un successeur à Mgr Chavez, qui avait démissionné vers la fin de 1976, le Salvador connaissait déjà de fortes tensions politiques et ecclésiastiques.Suite à l\u2019obstruction de l\u2019oligarchie, le timide projet de réforme agraire du Président Molina se soldait par un échec total et avait cédé 1.ARIAS, C., La praxis cristiana de Mon-sehor Romero en la historia de El Salvador durante los anos 1977-1980, dans VI Semana de Teologia, ITAC, San José, Costa Rica, mai 1 981.la place à une violente répression contre les paysans qui voyaient s\u2019évanouir leurs maigres espoirs, pourtant légitimes.Par ailleurs, il apparaissait clairement que le futur archevêque serait mis devant un choix très précis: d\u2019une part, la fidélité à Vatican II et Medellin, où l\u2019on avait redécouvert l\u2019Église comme peuple de Dieu et sujet de son destin; d\u2019autre part, le repli sur des positions et des pratiques préconciliaires et le retrait en dehors de l\u2019histoire en train de se faire.Deux noms surgirent 1.D\u2019abord celui de Mgr Rivera y Damas, déjà évêque auxiliaire de la capitale et, à ce titre, favori dans la course au leadership, quoique considéré par l\u2019oligarchie comme un \u201cdémocrate-chrétien communiste\u201d, à cause de ses idées progressistes.Il y avait également Mgr Romero, candidat auquel rêvaient les forces conservatrices du pays, c\u2019est-à-dire le gouvernement, le nonce, les secteurs les moins avancés de l\u2019Église locale et du Vatican.Ses liens antérieurs avec l\u2019oligarchie, ses sympathies pour l\u2019Opus Dei et ses garanties de conciliation permettaient d\u2019entrevoir qu\u2019il ne gênerait en rien les \u201cpropriétaires\u201d du Mgr Oscar Romero pays.Il fut donc nommé le 8 février 1977 et consacré quinze jours plus tard.MAI 1982 127 LA REPRESSION EN 1981 Un revirement 12 501 personnes assassinées dans les opérations de répression, dont 7 527 par les forces de l\u2019ordre et 4 974 par les milices pro-gou-vernementales (on enregistre, d\u2019autre part, 224 exécutions de \u201cjustice populaire\u201d par le Front Farabundo Marti de libération nationale); 2 127 personnes tuées pendant le couvre-feu, au titre de la loi martiale; 379 personnes décapitées en deux mois, 1808 \u201cdisparus\u201d, 450 prisonniers politiques; 280 000 réfugiés politiques à l\u2019extérieur du pays et 310 000 réfugiés à l\u2019intérieur.sans compter les pertes de la guérilla et de l\u2019armée au cours des combats militaires.(d\u2019après DIAL et le \u201cSecours juridique\u201d de l\u2019archevêché de San Salvador) Mais deux événements devaient lui faire connaître une évolution tellement rapide et radicale qu\u2019elle le rendrait bientôt méconnaissable aux yeux de ses supporteurs de jadis.Le premier eut lieu deux jours avant son ordination, soit le 20 février, quand tout un processus électoral se termina par une fraude scandaleuse qui mit à la tête de l\u2019État un dictateur tristement célèbre, le général Carlos H.Romero.La consécration épiscopale du nouvel archevêque se fit au cours d\u2019une cérémonie étonnamment simple, à laquelle les autorités n\u2019avaient pas été invitées, contrairement à une longue tradition où mitres et képis se mêlaient.L\u2019autre événement survint le 12 mars suivant: pour la première fois au Salvador, un prêtre était tué pour des motifs socio-politiques: il s\u2019agit du curé d\u2019Aguilares, le jésuite Rutilio Grande dont l\u2019action pastorale, en fidélité créatrice à la Parole de Dieu et au peuple, avait mis l\u2019accent sur la création de communautés vivantes et la formation de leurs animateurs et animatrices.La montée en spirale de la répression, simultanément contre le peuple et contre l\u2019Église, fut l\u2019occasion et le lieu de la véritable conversion de celui qui allait devenir le Monseigneur Romero que nous avons connu et pleurons encore.Un tel revirement, hors de toute prévision, ne tarda pas à faire apparaître un conflit de plus en plus net entre Mgr Romero et les forces de la droite.Quant à la Conférence des évêques de El Salvador (CEDES), elle fut le lieu de deux réactions tout à fait opposées.L\u2019un de ses membres, Mgr Rivera y Damas, ne tarda pas à donner tout son appui à Mgr Romero.Ainsi, le 6 août 1978, ils signèrent conjointement une lettre pastorale sur L\u2019Église et les organisations populaires, ces dernières étant présentées comme un signe des temps porteur d\u2019une Parole de Dieu.Les quatre autres membres de la CEDES formèrent un bloc pour contrecarrer les positions de leurs confrères.À peine trois semaines après la publication de cette lettre, ils firent une déclaration pour condamner ces mêmes organisations populaires comme marxistes et anti-chrétiennes.Pendant les trois ans de son difficile ministère, Mgr Romero aura à endurer l\u2019opposition bruyante de ces mêmes évêques, no- tamment celle de Mgr Aparicio, de San Vicente, qui tous les jours se faisait entendre sur les ondes de la radio pour réfuter point par point les homélies dominicales de l\u2019archevêque.Pour la conférence si importante de Puebla, la CEDES ignora Mgr Romero et préféra déléguer ce même Mgr Aparicio, en plus de Mgr Revelo et de Freddy Delgado.Fort heureusement, Mgr Romero put se rendre à Puebla, à titre de membre de la commission romaine pour l\u2019Amérique latine.Enfin, Mgr Rivera y Damas sera le seul membre de la CEDES à assister aux funérailles de l\u2019archevêque martyr, le 30 mars 1980: un scandale que le peuple pourtant généreux n\u2019est pas près d\u2019oublier.Depuis lors.Depuis le drame du 24 mars de cette année-là, l\u2019évolution de la parole de la hiérarchie de l\u2019Église salvado-rienne s\u2019est accentuée.Tandis que Mgr Romero avait nettement été le premier interlocuteur non seulement de l\u2019archidiocèse, mais également de toute l\u2019Église qui est au Salvador, on s\u2019est alors empressé de faire passer la CEDES au premier plan.Des observateurs avertis relient une telle opération à l\u2019influence d\u2019intérêts personnels de certains pasteurs et de la CEDES en général, de même qu\u2019à une politique très définie du Vatican 2.Plus précisément, on a fait prévaloir les vues de la hiérarchie par rapport à la réalité vécue par le peuple de Dieu, puis l\u2019assemblée des évêques par rapport à l\u2019archevêché de San Salvador.Depuis lors, on veut éliminer graduellement l\u2019image que Mgr Romero et l\u2019Église métropolitaine avaient créée à travers la contestation prophétique et les rapports conflictuels avec le gouvernement qui en découlèrent.À la racine d\u2019une telle démarche, il ne faudrait pas sous-estimer le rôle de l\u2019actuel Conseil épiscopal latino-américain (CELAM), pour qui un gouvernement démocrate-chrétien est un interlocuteur naturel, capable de servir les intérêts de l\u2019Église et, de toute façon, supérieur à tout autre gouvernement qui apparaîtrait à la suite d\u2019un éventuel triomphe du Front démocratique révolutionnaire (FDR).Toutes ces résistances et tant de manigances ne sauraient cependant neutraliser le souvenir de Mgr Romero et effacer les traces de son passage dans ces terres déchirées du Salvador.Car ce bon pasteur s\u2019était appliqué à construire sur des fondements solides une Église qui réponde aux critères de la plus pure tradition théologique 3: \u2022\tune Église qui soit consciente de sa mission et, pour cette raison, une Église vraiment apostolique; \u2022\tune Église persécutée et martyre comme signe de sa fidélité au Seigneur et aux hommes et, pour cette raison, une Église sainte; \u2022\tune Église qui soit totalité du peuple de Dieu et, pour cette raison, une Église une; \u2022\tune Église enfin qui éveille et nourrisse la solidarité et, pour cette raison, une Église catholique.2.\tLa Iglesia perseguida y las declaracio-nes de la CEDES, dans Estudios Cen-troamericanos, ECA, octobre-novembre 1980, p.1043-1049.3.\tSOBRINO, J., Monsenor Romero y la Iglesia salvadorena un ano después, dans ECA, mars 1 981, p.1 27-1 50.128 RELATIONS Une mission prophétique D\u2019abord, une Église apostolique.Mgr Romero s\u2019y consacra avec beaucoup de zèle.Il rappela fréquemment que l\u2019Église n\u2019a pas le droit de chercher en elle-même sa propre raison d\u2019être, car elle n\u2019existe que dans et pour sa relation au Seigneur et au monde, dans l\u2019esprit de Celui qui est venu pour servir et non pour être servi (Mt 20,28).Il a en outre cherché à préciser la mission de son Église à partir des souffrances très concrètes du peuple salvadorien, imitant ici encore l\u2019attitude de Jésus qui \u201cfut saisi de pitié devant les grandes foules\u201d (Mt 14,1 4).Convaincu que seul le regard vers la croix peut ouvrir à la grâce de la conversion chrétienne, il s\u2019appliqua lui-même, de semaine en semaine, à trouver et à contempler la présence réelle de cette même croix dans la vie des pauvres de son pays, et une telle attitude de recherche le maintint dans un état permanent de conversion.C\u2019est principalement à travers la dénonciation prophétique qu\u2019il mit en.oeuvre la mission de son Église au service du petit peuple opprimé et persécuté, répétant inlassablement le non inconditionnel de Dieu au péché du monde dans ses lettres pastorales, ses conférences et ses homélies dominicales (qui duraient une heure).Mais c\u2019est aussi toute son Église qui a participé à ce courant de prophétisme, au moyen surtout d\u2019organismes diocésains tels que Secours juridique, la radio YSAX, l\u2019hebdomadaire Orientaciàn.Sa voix trouvait un écho dans d\u2019autres organismes nationaux, tels que l\u2019Université centroaméricaine des jésuites, la Conférence des religieux du Salva-dpr, la Coordination nationale de l\u2019Église populaire etc.Aujourd\u2019hui, aucun texte prophétique ne saurait être attribué à la CEDES.La radio YSAX a dû mettre fin à ses émissions, devant tant d\u2019actions criminelles contre son personnel et ses installations.Il en va de même pour Orientaciàn.Même les homélies de Mgr Rivera y Damas ne parviennent pas à trouver un souffle qui les rapprocheraient de celles de son prédécesseur: elles ont souvent le ton de jugements éthiques sur les faits de la semaine écoulée ou à venir.Sa critique n'a pas non plus les caractéristiques de celles de Mgr Ro- mero, où l\u2019on retrouvait une ligne constante, une option fidèle, un parti pris en faveur du projet populaire, néanmoins soumis à un constant discernement.Ainsi, l\u2019archevêque affirme parfois que, sans la gauche, il n\u2019y a pas de solution à la crise que traverse le pays, alors qu\u2019en d\u2019autres occasions, il semble chercher à se réfugier derrière une neutralité très ambiguë ou tient des propos que la Junte peut récupérer facilement à ses fins.Mais il serait injuste de reprocher à Mgr Rivera y Damas de ne pas avoir les mêmes charismes extraordinaires que Mgr Romero.Il ne faut surtout pas oublier que, contrairement à son prédécesseur, cet homme est pratiquement seul, puisque nombreux sont les théologiens, agents de pastorale liés à la base, analystes et conseillers qui ont dû prendre le chemin de l\u2019exil.Quant aux autres diocèses, ils s\u2019enfoncent davantage dans leur médiocrité traditionnelle, à cause notamment de l\u2019absence de Mgr Romero qui, par son témoignage, orientait un bon nombre de prêtres, religieux, religieuses et autres agents de pastorale d\u2019ailleurs.Une Église soumise à la persécution Une Église sainte.Mgr Romero n\u2019a jamais manqué d\u2019interpréter la persécution que doit affronter l\u2019Église de son peuple et de l\u2019Amérique centrale en général.Il y a toujours vu une caractéristique de l\u2019authenticité de l\u2019Église.Il y a surtout découvert une réalité sur laquelle il devait construire \u201cune Église sainte, parce qu\u2019en définitive il lui arrive ce qui est arrivé à Jésus lui-même.\u201d Il considérait donc la persécution comme un signe non équivoque que l\u2019Église a pris sa place, celle qui lui convient, c\u2019est-à-dire à côté du peuple: c\u2019est pour cette raison qu\u2019elle partage le sort des pauvres.Aujourd\u2019hui, la persécution n\u2019a pas diminué.Elle frappe indistinctement les étrangers comme les Salvado-riens eux-mêmes, les trois religieuses et la missionnaire laïque américaines ayant connu un tel sort quelque huit mois après Mgr Romero.Nous n\u2019aurions pas le droit de juger ceux et celles qui, par crainte, cher- chent des accommodements en vue d\u2019éviter la mort.Il est cependant beaucoup plus difficile de comprendre pourquoi, dans ces pays mais aussi ailleurs, certains hommes d\u2019Église font tout pour effacer le souvenir des martyrs actuels de l\u2019Amérique latine ou, ce qui est encore pire, tiennent des propos de nature à interpréter tendancieusement les motifs et les circonstances de leur mort.Il faudra sans doute beaucoup de temps avant que Mgr Romero ne connaisse la Gloire du Bernin.Mais le flair et la fidélité du peuple l\u2019ont déjà canonisé: vox populi, vox Dei.La difficile unité Une Église une.Mgr Romero a eu la joie de constater combien le service de l\u2019Évangile et la persécution avaient créé une unité jusque-là inconnue dans l\u2019archidiocèse: \u201cAvec joie nous avons pu noter que des barrières étaient disparues.Jamais autant que maintenant n\u2019a existé une telle unité entre les pasteurs et les religieux et religieuses.\u201d Cette unité ne venait pas seulement de la confession d\u2019une même foi, mais surtout, disait-il, de la mise en pratique de cette foi.Aujourd\u2019hui on ne saurait passer sous silence une importante détérioration dans la vie ecclésiale de l\u2019archidiocèse.Avec le départ de Mgr Romero est disparu le principe d\u2019unification qui rassemblait les agents de pastorale dans une vision et un plan d\u2019ensemble.La collégialité opérationnelle est disparue de la recherche des solutions.Surtout, la voix des pauvres ne résonne plus aussi clairement dans les orientations pastorales.On peut donc parler d\u2019un certain virage à droite ou, du moins, d\u2019une tendance vers l\u2019adoption d\u2019une pratique conservatrice.C\u2019est ainsi que, privés de l\u2019impulsion du grand prophète, plusieurs prêtres sont retournés à des positions nettement moins avancées.Secours juridique a connu lui aussi un malaise avec Mgr Rivera y Damas, au cours de l\u2019année dernière.Il est révélateur de constater la rapidité avec laquelle s\u2019est emparé de l\u2019affaire l\u2019Institut pour la religion et la démocratie, fondé aux Etats-Unis en 1981, et dont le pre- MAI 1982 129 mier texte porta justement sur l\u2019Eglise catholique au Salvador 4.De son côté, la CEDES, au sein de laquelle Mgr Rivera y Damas apparaît comme le mouton noir, ne manque pas d\u2019offrir une unité artificielle à partir d\u2019en haut et de déclarations théoriques; elle cherche à cacher sa profonde division, mais le peuple s\u2019en rend compte.Elle n\u2019a vraiment pas de poids et ses déclarations restent lettre morte.Ses appels à la réconciliation sont dénoncés par plusieurs comme anti-évangéliques car \u201cils ne cherchent qu\u2019à crucifier de nouveau le Christ en perpétuant la situation d\u2019injustice qui écrase les pauvres\u201d 5.Notre solidarité Enfin, une Église \u201ccatholique\u201d.C\u2019est Mgr Romero lui-même qui constatait avec étonnement le nombre de lettres de solidarité et d\u2019appui reçues de cardinaux, d\u2019évêques, de conférences épiscopales, de groupes de prêtres, de religieux et de laïques, de même que d\u2019autres Églises chrétiennes.Il découvrait comment une Église locale est capable de se mettre en lien avec une autre Église et de devenir ainsi une Église \u201ccatholique\u201d dans le sens théologique du terme.Il aimait répéter que l\u2019Église du Salvador donnait et recevait tout autant: elle donnait ses souffrances, sa solidarité avec les pauvres, sa créativité pastorale et théologique, ses martyrs; elle recevait, des Églises du tiers monde et des nôtres, des exemples et des appuis.C\u2019est dans ce vaste mouvement de solidarité qu\u2019il faut situer les prises de position courageuses des évêques catholiques du Canada et des États-Unis, et tant de gestes d\u2019appui posés par des groupes de chrétiens d\u2019ici.Certes il ne manque pas de voix pour contester une telle \u201ccatholicité\u201d.Elle préoccupe au plus haut point les tenants de l\u2019idéologie néo-conservatrice qui se répand chez nos voisins du Sud, et elle agace peut-être même ici.Une telle réaction n\u2019est pas facile à comprendre.Mais parce qu\u2019ils s\u2019identifient au Christ, les pauvres seront toujours un signe de contradiction, et la solidarité avec eux ne manquera jamais d\u2019être occasion de scandale.\u201cJe ressusciterai.\u201d Non, Mgr Romero n\u2019est pas mort en vain.Même si tel évêque bénit les hélicoptères de Reagan, alors que Mgr Romero demandait au Président antérieur de ne pas leur envoyer de ces machines à tuer; même si tel autre évêque assiste à l\u2019assermentation des recrues d\u2019une garnison, alors que Mgr Romero invitait les jeunes soldats à désobéir aux ordres homicides de leurs supérieurs; même si tel autre déclare ne reconnaître dans Puebla que les paroles d\u2019introduction de Jean-Paul II, alors que Mgr Romero y cherchait un appui à son option quotidienne pour les pauvres, son ministère et sa mort n\u2019ont pas été en pure perte.Peu avant sa mort, il avait déclaré à un journaliste mexicain: \u201cS\u2019ils me tuent, je ressusciterai dans le peuple.\u201d Paroles prophétiques: il est déjà ressuscité, il va continuer à ressusciter dans le peuple.4.\tPTACEK, K., The Catholic Church in El Salvador.The Institute on Religion and Democracy, Washington, D.C., 1981.5.\tRencontre internationale OSCAR AR-NULFO ROMERO, Cuernavaca, janvier 1982.LE PAPE ET LES JÉSUITES iiiiMiiiiiiiiniiiipar Julien HarveyiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiMiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii \u201cLe Pape estime que les 26 000 jésuites, considérés jusqu\u2019à présent comme la cavalerie légère de l\u2019Église, doivent descendre de cheval pour parvenir à une communication plus intense avec le chef de l\u2019Église, la curie romaine et les évêques.\u201d C\u2019est par cette nouvelle métaphore militaire que le Père Giuseppe Pittau, assistant-délégué pontifical à la direction des jésuites, résumait des mois de suspense au sujet des relations difficiles entre le Pape et la Compagnie de Jésus (Le Devoir, 9 mars 1 982).Relations ne parle guère à ses lec-130 teurs des affaires internes de la famille.La revue a d\u2019autres objectifs.Mais il peut être utile de faire, cette fois-ci, une exception.Non pas parce que la presse internationale a donné une grande importance aux tensions récentes entre le Vatican et les jésuites, mais parce que ce qui se passe depuis quelques années dans les relations des jésuites avec Rome constitue en quelque sorte un laboratoire qui permet d\u2019observer de près plusieurs phénomènes qui affectent l\u2019ensemble de l\u2019Église à une échelle beaucoup plus grande.Le pape Jean-Paul II le reconnaît lui-même, en citant Paul VI, dans le discours qu\u2019il vient d\u2019adresser aux supérieurs provinciaux jésuites du monde entier: \u201cVotre Compagnie est, pour ainsi dire, un test de vitalité de l\u2019Église à travers les siècles; elle constitue en quelque sorte un carrefour où se rencontrent d\u2019une manière très significative les difficultés, les tentations, les efforts et les entreprises, la pérennité et les succès de l\u2019Église entière\u201d (Jean-Paul II, 27 fév.1982, citant Paul VI, 3 déc.1974).C\u2019est seulement dans cette perspective que nous croyons que notre histoire peut vous intéresser.RELATIONS On sait les faits: l\u2019an dernier, notre supérieur général, le Père Pedro Ar-rupe, est victime d\u2019une hémorragie cérébrale qui fait de lui un grand handicapé.Il a 75 ans et il dirige la Compagnie de Jésus depuis 15 ans.Il désigne un vicaire temporaire, son premier assistant, le Père Vincent O\u2019Keefe.Quelques mois plus tard, sans que rien ait pu permettre de prévoir une telle décision, le Pape remplace le Père O\u2019Keefe par un délégué personnel spécial, le Père Paolo Dez-za, un jésuite romain bien connu, universitaire brillant et confesseur de deux papes, âgé de 80 ans.Il lui donne un assistant, le supérieur provincial des jésuites du Japon, le Père Pittau.D\u2019où le tapage publicitaire qu\u2019on sait.Tapage accentué par l\u2019annonce de la convocation à Rome de tous les supérieurs provinciaux pour une rencontre spéciale, un événement qui ne s\u2019était jamais produit dans les quatre siècles et demi de notre histoire.À cette rencontre, le Pape doit adresser une allocution qui concentre tout le suspense et dont beaucoup prévoyaient qu\u2019elle serait orageuse.En fait, le discours a été positif, chaleureux par moments, soucieux de ne pas peiner davantage le Père Arrupe, dont la lucidité demeure entière.Il s\u2019attarde d\u2019abord, en italien, sur le passé des jésuites, sur les réalisations des grands anciens depuis la Renaissance, dans les domaines de l\u2019éducation, de la vie spirituelle, de la mission étrangère, de la recherche théologique, de la liaison entre la science et la foi.Il rappelle surtout le rôle joué alors par les jésuites dans la mise en oeuvre du concile de Trente.Puis il aborde le présent, en français, et formule ce que le Pape attend de la Compagnie de Jésus d\u2019aujourd\u2019hui.Essentiellement, il désire qu\u2019elle fasse tout ce qui est possible pour faire pénétrer l\u2019esprit de Vatican II dans le monde présent.Puis il continue en anglais et insiste pour que les jésuites conservent leur tradition de formation longue et exigeante.Et il termine en espagnol en annonçant que le régime spécial de direction via un délégué pontifical pourra se terminer par l\u2019élection d\u2019un supérieur général, selon la procédure traditionnelle, dans environ un an.Le plus grand mérite de ce discours, à mon avis, est de débroussailler en bonne partie le terrain complexe des relations entre le Pape et un groupe de chrétiens qui, lors de son dernier chapitre, s\u2019est défini \u201cbien que pécheur, appelé à être compagnon de Jésus\u201d, et qui a redéfini sa mission de la façon suivante: \u201cQu\u2019est-ce qu\u2019être aujourd\u2019hui Compagnon de Jésus?C\u2019est s\u2019engager sous l\u2019étendard de la croix dans la lutte décisive de notre époque, qui est la lutte pour la foi et la lutte pour la justice qu\u2019elle implique\u201d (32e Congrégation, Décret 2, nos 1 et 2).La section française du discours du Pape dit assez clairement qu\u2019il y a malaise sur deux points et que tout le reste est positif.On peut logiquement conclure que ce sont ces deux points qui ont provoqué la série d\u2019événements rappelés plus haut.Et ce sont ces points qu\u2019il est intéressant de considérer à l\u2019heure actuelle, car ils concernent non seulement les jésuites mais tous ceux qu\u2019intéressent l\u2019histoire de l\u2019Église et son engagement dans le monde.Le prêtre et son engagement social Je cite d\u2019abord le discours du Pape: \u201cDe nos jours, on ressent avec une urgence toujours plus grande dans l\u2019action évangélisatrice de l\u2019Église la nécessité de promouvoir la justice.Dans ce domaine, tous n\u2019ont pas la même fonction et, en ce qui concerne les membres de la Compagnie (de Jésus), il ne faut pas oublier que la nécessaire préoccupation pour la justice doit s\u2019exercer en conformité avec votre vocation de religieux et de prêtres\u201d.Le Pape cite ensuite son discours du 2 juillet 1 980 à Rio de Janeiro, où il a affirmé que le service du prêtre \u201cest un service par excellence et essentiellement spirituel\u201d, qui \u201cn\u2019est pas celui du médecin, de l\u2019assistant social, du politique ou de syndicaliste\u201d.Il ajoute que dans le passé le prêtre a pu offrir de façon supplétive de tels services à la société, \u201cmais aujourd\u2019hui ils sont rendus de façon convenable par d\u2019autres membres de la société, tandis que notre service est toujours plus clairement et plus spécifiquement un service spirituel\u201d.Et il conclut ce premier point en disant: \u201cC'est sur le terrain des âmes, de leurs relations avec Dieu et de leur rapport intérieur avec leurs semblables que le prêtre a une fonction es- sentielle à remplir.C\u2019est là qu\u2019il doit déployer son assistance aux hommes de notre temps\u201d.On reconnaît là une discussion déjà ancienne dans l\u2019Église, un point sur lequel le Concile ne se prononce qu\u2019avec difficulté (comparer: sur l\u2019Église, n.31; sur la mission, nos 15-21-41; sur les prêtres, n.9; sur les laïcs, nos 2-3; sur l\u2019Église dans le monde de ce temps, n.43), un point également où les théologiens contemporains se divisent selon leur interprétation du lien entre l\u2019Église et le monde, entre le spirituel et le temporel: si l\u2019Église est hors du monde, il est normal qu\u2019elle y envoie ses laïcs comme intervenants et fasse de ses prêtres des cadres et des conseillers qui demeurent hors de la lutte directe; si l\u2019Église est \u201cau sein même de l\u2019histoire humaine\u201d, s\u2019il y a \u201ccompénétration de la cité terrestre et de la cité céleste\u201d (l\u2019Église dans le monde, n.40), on voit mal pourquoi il y aurait distinction entre laïcs engagés dans le monde et prêtres hors du monde, entre engagements temporels et engagements spirituels.Or, sur ce point de la distinction profonde entre vocation chrétienne et vocation ministérielle, la tradition de la Compagnie de Jésus est aussi ancienne que l\u2019Ordre lui-même: depuis saint Ignace, nous l\u2019avons toujours réduite au minimum, cherchant seulement les lieux où la gloire de Dieu et le bien des humains seront les plus grands.Cela a fait de la Compagnie de Jésus le plus vaste groupe de prêtres à double vocation convergente qu\u2019il y ait dans l\u2019Église (les Américains disent \u201chyphenated priests\u201d): prêtres-professeurs, prêtres-chercheurs, prêtres-ouvriers, prêtres-administrateurs, prêtres politiciens, etc.C\u2019est dans cette perspective que nous avons jusqu\u2019ici été à l\u2019aise avec la définition que fait des religieux le Concile: des chrétiens qui \u201ctémoignent avec un éclat tout particulier du fait que le monde ne saurait être transfiguré ni offert à Dieu sans l\u2019esprit des béatitudes\u201d (Sur l\u2019Église, n.31 ).Pour ne donner qu\u2019un seul exemple de cette orientation, entre 1 540 et 1966, les jésuites se sont interdit d\u2019accepter des paroisses, sauf dans de rares cas où seul le Général pouvait permettre des exceptions.Cela ne constitue pas un jugement négatif sur la paroisse, mais cela indique bien que les jésuites ont eu depuis très longtemps la grâce d\u2019exercer une action chrétienne en milieu profane, tout en étant prêtres.Certains interprètent déjà l\u2019inter- MAI 1982 131 vention du Pape comme visant seulement l\u2019esprit dans lequel les tâches terrestres doivent être exercées lorsque des prêtres les remplissent.Mais de toute façon on comprendra que la demande de Jean-Paul II puisse nous rendre perplexes et nous suggérer une période suffisante de dialogue.D\u2019autant plus qu\u2019une autre vieille tradition des jésuites, qui remonte à saint Ignace lui-même, est celle du droit à la \u201creprésentation\u201d, le droit à l\u2019avant-dernier mot avant l\u2019obéissance.C\u2019est à cette tradition que se sont référés Karl Rahner et un groupe de ses confrères jésuites allemands, dans une lettre qu\u2019ils ont adressée au Pape dans le contexte actuel.En effet, il y a là une décision d\u2019importance considérable pour l\u2019avenir de l\u2019Église, si elle doit être maintenue.Elle influera sur les vocations, sur la formation des prêtres, sur la prédication, sur la promotion des ministères laïcs.La question se pose d\u2019autant plus que, quelques jours après l\u2019intervention du Pape auprès des jésuites, la Congrégation du clergé publie un décret qui s\u2019adresse à tous les prêtres diocésains et réaffirme la même distinction de tâches (voir Le Devoir, 9 mars 1982).Le prêtre et l\u2019obéissance à l\u2019Église Le deuxième point où apparaissent des tensions est celui du pluralisme doctrinal, moral et disciplinaire qui se manifeste dans l\u2019Église actuelle, un pluralisme auquel les jésuites auraient contribué.Cette tension, exprimée dans le discours, a été confirmée par la suite par la révélation d\u2019un dossier considérable de plaintes venues de diverses régions du monde et compilées dans les dossiers du Vatican, dossiers que personne jusqu\u2019ici n\u2019avait pu connaître ni à plus forte raison consulter.Dans cette perspective, le Pape décrit ce qui est notre tâche \u201caujourd\u2019hui comme hier et toujours\u201d: \u201caider le Pape et le collège apostolique à faire avancer toute l\u2019Église sur la grande voie tracée par le Concile et à convaincre ceux qui sont hélas tentés par les chemins soit du progressisme soit de l\u2019intégrisme à revenir avec humilité et avec joie à la communion sans ombre avec leurs Pasteurs et avec leurs frères qui souffrent de leurs attitudes et de leur absence\u201d.Et il ajoute: \u201cvous devez aujourd\u2019hui vous lever comme un seul homme pour cette mission d\u2019unité dans la vérité et la charité\u201d.Ensuite, il rattache cette demande au \u201cquatrième voeu\u201d des jésuites, ce voeu spécial d\u2019obéissance au Pape pour les missions apostoliques qu\u2019il désire nous confier.Quiconque s\u2019intéresse à la vie présente de l\u2019Église sera immédiatement conscient de l\u2019énormité de la tâche qui est ici décrite.L\u2019unanimité de l\u2019Église, au niveau de la pensée et de la conduite, est de plus en plus éclatée depuis la fin de la dernière guerre, plus encore depuis le Concile.Et cet éclatement rejoint de tout côté la vie concrète, à travers des domaines de la pensée dogmatique comme l\u2019infaillibilité pontificale, la collégialité épiscopale, la naissance virginale de Jésus, l\u2019existence du purgatoire, des anges et des démons, qualifiant parfois même la divinité de Jésus; également, des domaines entiers de la vie morale comme la sexualité (depuis Humanae Vitae), le mariage et le di-vçrce, la place de la femme dans l\u2019Église (décret de 1976), (\u2019intercommunion; et des points de discipline comme l\u2019obligation de la pratique sacramentelle dominicale et des pans entiers du droit canonique.Ce pluralisme de pensée et de conduite provient à la fois des fidèles et des pasteurs et il affecte fortement les communautés religieuses, y compris la Compagnie de Jésus.Je ne crois scandaliser personne si je dis que nous avons dû depuis assez longtemps déjà nous habituer à vivre dans des communautés où la foi de l\u2019un est perçue par l\u2019autre comme superstition, comme erreur ou comme retard historique.Et cela est difficile, surtout lorsque nous devons exercer ensemble un ministère.Mais nous commencions un peu partout dans le monde, surtout à travers l\u2019exemple de l\u2019infinie patience du Père Arrupe, à considérer que c\u2019est là la condition historiquement inévitable de la foi chrétienne et de l\u2019engagement religieux dans le monde pluraliste de la fin du vingtième siècle.Quand le Pape nous demande d\u2019éliminer de la Compagnie de Jésus ce pluralisme \u2014 et il semble certain que c\u2019est dans ce domaine que se situe le contentieux le plus considérable à notre égard \u2014 il nous demande déjà quelque chose de très considérable.Plus encore lorsqu\u2019il désire nous voir \u201cnous lever comme un seul homme pour cette mission d\u2019unité dans la vérité et la charité\u201d.Comment réagir positivement à une telle mission?Que nous le voulions ou non, nos milieux et nous-mêmes sommes habitués au pluralisme depuis vingt ans et même les plus exigeants n\u2019acceptent l\u2019unanimité que si elle passe par leurs propres options.Le \u201ccheminement\u201d est devenu un mot-clé pour formuler le pluralisme de fait et la tendance vers une unité qui ne sera jamais, en pratique, l\u2019unanimité.Un changement d\u2019attitude ne peut se faire, à mon avis, que s\u2019il engage beaucoup plus que les forces limitées de la Compagnie de Jésus; ce dçit être une opération au niveau de l\u2019Église, à laquelle nous collaborerions.Et il faudrait commencer, à mon avis également, par une \u201copération franchise\u201d, où nous aurions le courage de mettre en lumière, pour les examiner, toutes les divergences accumulées depuis le début du siècle, entre ce qui est proclamé en Église et ce qui est vécu dans le concret, le plus souvent avec sincérité et souvent aussi avec l\u2019approbation des pasteurs.Ensuite seulement il pourra devenir possible de chercher \u201cune communion sans ombre, au delà du progressisme et de l\u2019intégrisme\u201d.Ce sera là sans doute le défi de l\u2019an 2000, au delà d\u2019une période de franchise qui aura raccordé la parole et l\u2019action.Et on peut déjà se demander si l\u2019unité visée au terme, une unité indéniablement voulue par le Seigneur, comportera beaucoup d\u2019unanimité à moins que la démarche elle-même n\u2019ait fait évoluer sur bon nombre de points la position officielle de l\u2019Église, en particulier sur plusieurs de ceux que j\u2019ai cités plus haut.C\u2019est sans doute à une entreprise à long terme comme celle-là que nous invite le Pape.Tâche de fantassin, dit le Père Pittau.Sa réflexion m\u2019a rappelé un grommellement de vieux jésuite, au cours d'une de nos rencontres internationales: \u201cSaint Ignace nous voulait soldats du Christ, l\u2019histoire a fait de nous d\u2019abord des Croisés, puis des zouaves et nous voilà devenus des gardes suisses!\u201d Le panache de la Renaissance a sans doute influencé le style de la Compagnie de Jésus et nos amis ont souvent blagué à ce sujet.La façon d\u2019en sortir est peut-être de renoncer à toute monture et de continuer notre marche dans l\u2019histoire \u201cpour que la gloire de Dieu soit plus grande\u201d! Le 24 mars 1982\t|||||||||||||||l||||||llll 132 RELATIONS UN BILLET POUR LE CIEL LE FILM ET LA CONTROVERSE llllllllllllllllllllpar Roland ChagnorviiiiiiiiiiiimiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimiNHiiiimillIIlllllllllNIIIIIlIlIllllllllllllllllllIlllllinillIlllllllllllIlIlllllllimilllIIIIIIHIllIllllilllll r K La diffusion des sectes et l\u2019inquiétude que suscitent certaines d\u2019entre elles ont donné naissance à une p.ofession à peine moins inquiétante, celle des \u201cdéprogrammeurs\u201d, qui se chargent de reconduire à la \u201cvie normale\u201d les jeunes disciples de Moon et de ses semblables.C\u2019est le problème que pose le film Ticket to Heaven, commenté ici par Roland Chagnon, professeur au département de sciences religieuses de l\u2019Université du Québec à Montréal.\\ Récemment paraissait sur les écrans le film \u201cTicket to Heaven\u201d.Tourné à Toronto en 1 980-81 et produit par Vivienne Leebosh, le film cherche à faire pénétrer les spectateurs dans l\u2019univers inquiétant d\u2019une secte contemporaine, la secte du Révérend Sun Myung Moon, connue aussi sous le nom de l\u2019Église de l\u2019Unification.Les co-scénaristes Anne Cameron et Ralph Thomas se sont inspirés du livre de Josh Freed, Moonwebs: Journey into the mind of a cult, paru chez Virgo Press en 19801.Le scénario est simple.Il s\u2019agit d'un jeune, David Kapell, qui décide de prendre un peu de distance par rapport à sa vie et à sa carrière en allant voir Karl, un vieil ami, à San Francisco.David retrouve Karl bien entouré.Lui-même est accueilli de façon exceptionnellement chaleureuse par les gens qui gravitent autour de Karl.Sollicité par le groupe, David accepte d\u2019aller passer une fin de semaine dans un coin retiré de la campagne californienne, Boonville.Ce sera le début d\u2019un long périple dans la secte de Moon.En effet, Boonville est un camp où on change soudainement de personnalité.Le film montre, en première partie, les techniques de lavage de cerveau (\u201cbrainwashing\u201d) utilisées à la retraite californienne.Essentiellement, il s\u2019agit de réduire les 1.Le livre de Josh Freed a été traduit en français par Marcel-Marie Desmarais sous le titre: \"Billet pour le ciel\", Montréal, Libre Expression, 1981, 285 p.systèmes de défense des individus pour les embrigader subrepticement dans les troupes de Moon.D\u2019abord, il y a des conférences où on fait appel à l\u2019idéalisme des jeunes en leur disant qu\u2019il y a moyen de bâtir un monde meilleur, plus juste et plus fraternel et que ce projet commence ici, à Boonville.Le nom de Moon, père de ce projet, est tu.Ces conférences sont suivies de sessions de partage où chacun est invité à faire part aux autres de ses expériences et sentiments personnels sous l\u2019oeil vigilant d\u2019animateurs \u201cmoonie\u201d qui notent les points faibles de chacun.La pression du groupe pousse même les plus discrets à sortir d\u2019eux-mêmes, histoire d\u2019être comme les autres.Le camp baigne dans la bonne humeur et la fraternité.Le sourire est de rigueur.Boonville, c\u2019est aussi, outre les conférences et les sessions de partage, des loisirs communs où on chante et où on joue ensemble.La solitude n\u2019y est pas tolérée.Le solitaire identifié est immédiatement rejoint par un \u201cmoonie\u201d qui l\u2019invite à réintégrer le groupe des copains et à chasser ses pensées \u201cnégatives\u201d, c\u2019est-à-dire toute trace de pensée personnelle.De longues journées se passent ainsi sans un seul moment de répit.Les heures de sommeil sont brèves, la nourriture est peu riche en protéines, les facultés s\u2019affaiblissent.si bien qu\u2019on en oublie le moment de repartir.La deuxième partie du film porte sur le rapt (kidnapping) et sur la déprogrammation de David, qui, parti voir un ami, se retrouve tout à coup, malgré lui, membre de la secte.Bien que le film n\u2019ait pas toute la saveur et la richesse du volume de Freed, il décrit assez bien les diverses étapes de la déprogrammation.Détaillons rapidement.S\u2019ils ne prennent pas les grands moyens, les parents et amis de David réalisent qu\u2019ils ne le reverront jamais.Ils organisent donc le rapt de David.Pour le faire échapper aux recherches des \u201cmoonie\u201d et à celles de la police, ils prennent soin de le dissimuler dans un motel.Un déprogrammeur est engagé.Ce dernier tâchera de ramener David à son ancienne identité, de lui faire admettre que ses parents ne font pas partie des forces sataniques qui contrôlent le monde et que le monde lui-même n\u2019est peut-être pas aussi totalement asservi au mal que ne le pense David.La déprogrammation tient lieu de contre-endoctrinement et de rétablissement des liens chaleureux avec la famille et les amis d\u2019antan auxquels le \u201cconverti\u201d demeure d\u2019abord parfaitement indifférent.Après quelques heures de descente aux enfers, David sortira de sa léthargie, reprendra conscience en même temps qu\u2019il renouera contact avec les siens.Le film dans son ensemble est un très bon documentaire qui sensibilisera le public à la secte de Moon, aux techniques qu\u2019elle utilise pour se reproduire et aux moyens qui existent pour s\u2019en sortir.La déprogrammation étant actuellement l\u2019objet d\u2019une vive controverse aux États-Unis et ailleurs dans le monde, les lecteurs et lectrices apprécieront sans doute d\u2019en savoir davantage sur elle, sur ceux qui la supportent et sur ceux qui vou-draient lui substituer d\u2019autres moyens de lutter contre les dangers des sectes.MAI 1982 133 Dangers des cultes et déprogrammation La déprogrammation repose sur un ensemble de convictions profondes partagées par des personnes regroupées au sein de mouvements anticultes2, un peu partout à travers le monde.Alain Woodrow3 mentionne, pour la France, des groupes dont les noms sont déjà très significatifs: \u201cl\u2019Association pour la défense des valeurs familiales et de l\u2019individu\u201d, \u201cl\u2019Union pour la sauvegarde de l\u2019individu et de la famille\u201d.En ce qui concerne les États-Unis, Anson D.Shupe et David G.Bromley4 énumèrent les groupes suivants: \u201cThe Parents\u2019 Committee to Free Our Sons and Daughters from the Children of God Organization\u201d, \u201cThe Citizens Freedom Foundation\u201d, \u201cThe Citizens engaged in Reuniting Families\u201d, \u201cReturn to Personal Choice\u201d.À Montréal existent depuis quelque temps le \u201cCult Information Centre\u201d et les \u201cParents de jeunes envoûtés par certaines sectes qui emploient des techniques de contrôle de l\u2019esprit\u201d.Ces mouvements anti-cultes, dont les traits ressemblent souvent à ceux des cultes qu\u2019ils combattent, sont animés par deux grands objectifs: rendre les jeunes à leur liberté et discréditer les cultes.L\u2019idéologie de ces mouvements repose sur quatre grandes convictions.Premièrement, les cultes sont pour eux des pseudo-religions qui se déguisent en religions uniquement pour profiter des privilèges fiscaux que leur consentent les Etats où ils se répandent.En réalité, ces cultes sont des entreprises lucratives opérées par des charlatans se faisant passer pour des messies, des gurus ou des prophètes.Deuxièmement, les mouvements anti-cultes sont profondément persuadés que les jeunes qui adhèrent à ces cultes le font parce 2.\tUn culte représente un mouvement religieux marginal, peu structuré et tolérant à l\u2019égard des autres visions du monde contrairement à la secte qui met l\u2019accent sur sa rupture avec le monde et sur des structures organisationnelles très développées.3.\tWoodrow, Alain, Les nouvelles sec- tes.Enfants de Dieu, Moonistes, Dé- vots de Krishna, Église de Scientolo- gie etc.Paris, Seuil, 1977, 187 p.qu\u2019ils sont victimes de manipulation et autres pratiques malhonnêtes portant atteintes à leur liberté.On dit d\u2019eux qu\u2019ils ont subi un lavage de cerveau dont seule la déprogrammation serait le remède.Troisièmement, on affirme que le processus de programmation (ou lavage de cerveau) et la soumission inconditionnelle à laquelle elle conduit provoquent chez les membres des cultes des problèmes d\u2019ordres physique et mental tout en causant des torts sérieux à la famille, aux Églises et à la société.Enfin, prétend-on, puisque les membres des cultes ont perdu leur liberté à la suite du processus de lavage de cerveau, on conclut qu\u2019ils sont incapables de quitter ces cultes sur une base volontaire.Le seul espoir de les ramener à épouser des styles de vie plus conventionnels consiste donc à procéder à leur déprogrammation.Les mouvements anti-cultes déploient de vastes efforts pour rendre légale la déprogrammation.Aux États-Unis, certains États ont invoqué la loi du \u201cconservatorship\u201d qui permet aux parents de soumettre leurs enfants à la déprogrammation durant une période de trente jours, après quoi, le jeune peut disposer de lui-même à sa guise.Cependant, conscients des dangers de la déprogrammation, la plupart des États américains résistent toujours à la légalisation de cette pratique au nom du principe de la liberté religieuse.En effet, l\u2019institutionalisation de la déprogrammation risquerait de conduire à l\u2019intolérance à l\u2019égard des groupes sociaux marginaux et de leurs membres, que ces groupes soient d\u2019inspiration religieuse ou non.Elle abandonnerait au pouvoir judiciaire le soin de tirer ia ligne très délicate entre un groupe religieux acceptable et un autre qui ne l\u2019est pas.Elle pourrait, en conséquence, étouffer des mouvements dont certains, peut-être, apportent une importante contribution à la société contemporaine.4.\tShupe, Anson D.et Bromley, David G., The Moonies and the Anti-Cultists: Movement and Countermovement in Conflict, dans Sociological Analysis, 1979, Vol.4, no 4, p.325-334.5.\tParmi les défenseurs de la déprogrammation, on pourrait citer le nom de Ted Patrick, le plus célèbre des déprogrammeurs américains, qui, dans son livre \u201cLet Our Children Go\" (New York, E.P.Dutton, 1976), se vante d\u2019avoir accompli 1500 déprogrammations en sept ans.Dangers de la déprogrammation et l\u2019alternative éducative S\u2019il se trouve des personnes5 et des groupes pour promouvoir la déprogrammation sous prétexte que les cultes sont des dangers publics, il y en a d\u2019autres qui proposent une autre voie de solution aux problèmes suscités par l\u2019existence des cultes.Près de nous, en Ontario, une commission d\u2019enquête présidée par Daniel G.Hill aboutissait à la conclusion que le gouvernement ne devait pas passer de nouvelles lois pour mieux contrôler les sectes, les cultes et les groupes de développement mental, mais qu\u2019il devait plutôt prendre un ensemble de mesures en vue de mieux informer le public sur l\u2019existence de ces groupes et sur les dangers que certains d\u2019entre eux peuvent représenter pour la santé physique et mentale de leurs membres6.Aux États-Unis, plus particulièrement à Berkeley, en Californie, un groupe de recherche sur les nouvelles religions arrivait à des conclusions analogues.Après une dizaine d\u2019années de travaux et de recherches sur les nouvelles religions, ces chercheurs ont résolu de créer un centre d\u2019information et de consultation multidisciplinaire où, sur une base volontaire, les membres des nouvelles religions ainsi que leurs parents et amis pourraient trouver un ensemble de ressources en vue de mieux connaître leur situation et de décider en toute connaissance de cause de l\u2019orientation de leur vie.Ce centre de consultation endosse si bien une telle perspective éducative qu\u2019il ne présente pas de réponses toutes faites aux personnes; il se met plutôt au service de leur cheminement avec le souci d\u2019amener les personnes à une décision mieux éclairée et plus libre.6.\tHill, Daniel G., Study of Mind Development Groups, Sects and Cults in Ontario.A Report to the Ontario Governement, June 1980, 773 p.7.\tAnthony, Dick, The Fact Pattern Behind the Deprogramming Controversy: An Analysis and An Alternative, Center for the Study of New Religious Movements, Graduate Theological Union, Berkeley, California, Texte polycopié, 48 p.134 RELATIONS Cette approche repose elle aussi sur quelques convictions fondamentales qu\u2019expriment bien Dick Anthony7 et Thomas Robbins8.Premièrement, Anthony et Robbins soulignent qu\u2019on ne peut tirer une ligne entre les cultes qui seraient dangereux parce qu\u2019ils procèdent au lavage de cerveau et les autres.Ces auteurs font remarquer que ceux qui s\u2019avancent sur cette voie le font à partir de données scientifiquement mal établies.Ils ajoutent que \u201cle brainwashing est probablement mieux compris quand on le considère comme une arme qu\u2019utilisent certaines personnes pour combattre des mouvements et des idéologies impopulaires en utilisant des arguments d\u2019allure rationnelle\u201d9.Deuxièmement, ces auteurs affirment \u201cle droit strict dont disposent les individus de devenir membres de sous-cultures à caractère totalitaire\u201d10.Ils ajoutent qu\u2019au cours des siècles passés, un grand nombre de personnes ont librement exercé ce droit.Selon eux, la société contemporaine doit reconnaître à certains individus le droit de trouver une solution religieuse à leurs problèmes, même si cette solution s\u2019éloigne des sentiers traditionnels.Cette position les amène à insister, sans pour autant négliger leurs faiblesses, sur les caractères positifs et fonctionnels des nouvelles religions.Ces dernières accompliraient des fonctions thérapeutiques en contribuant à la réhabilitation d\u2019anciens consommateurs de drogues; en apportant de nouvelles sources de motivation qui abaissent les seuils de confusion morale et d\u2019anomie; en prévenant les suicides; en accroissant le sentiment d\u2019accomplissement personnel; et en améliorant le sens de l\u2019identité personnelle11.Elles répondraient ainsi aux besoins créés par le changement social actuel: besoin de chaleur humaine conséquent à la croissance de la bureaucratie moderne et besoin de sens relatif au déclin des institutions religieuses traditionnelles.Troisièmement, à la lumière de ce qui précède, on peut comprendre qu\u2019Anthony et Robbins s\u2019opposent tout autant à une pratique psychothérapique systématiquement méfiante à l\u2019égard de 8.\tAnthony, Dick et Robbins, Thomas, New Religions, Families and \u201cBrain- washing\" dans In God We Trust.New Patterns of Religious Pluralism in America.Ed.by T.Robbins and D.Anthony, Transaction Books, New Brunswick (USA) and London (U.K.), 1981, p.263-274.l\u2019expérience religieuse qu\u2019à la déprogrammation comme telle.Leur approche reconnaît le rôle et l\u2019importance des motivations religieuses dans la vie des personnes.Leur modèle de centre de consultation implique, d\u2019une part, la nécessité de recherches académiques sérieuses sur les nouvelles religions en vue d\u2019introduire entre les innombrables groupes existants les distinctions qui s\u2019imposent (ce que ne font pas suffisamment les mouvements anti-cultes) et, d\u2019autre part, la nécessité de prendre au sérieux l\u2019expérience religieuse des membres de ces groupes (ce que ne fait pas beaucoup la psychothérapie classique).Avec de tels présupposés, on comprend qu\u2019Anthony et Robbins s\u2019opposent à toute présentation de nouveaux projets de lois.Pour eux c\u2019est en suscitant l\u2019appui du public pour la recherche sur les nouvelles religions et pour la mise en place d\u2019organismes consultatifs basés sur les conclusions de ces recherches qu\u2019on arrivera convenablement à faire face aux problèmes posés par l\u2019existence de ces groupes dans notre société.Conclusions L\u2019approche des déprogrammeurs peut sembler brutale et il serait étonnant que les parents qui ont recours à leurs services le fassent dans l\u2019allégresse.Josh Freed montre que ceux qui s\u2019y résolvent le font à leurs risques et périls, menacés qu\u2019ils sont de poursuites judiciaires.Par contre, l\u2019approche des chercheurs de Berkeley peut sembler naïve.En effet, comment peut-on croire qu\u2019un disciple bien endoctriné d\u2019un culte autoritaire se présentera de lui-même, sur une base volontaire, en thérapie?9.\tAnthony, Dick et Robbins, Thomas, op.cit., p.265.10.\tAnthony, Dick et Robbins, Thomas, op.cit., p.271-72.11.\tAnthony, Dick, texte polycopié, p.11.Cette dernière voie présente plus de charmes à ceux qui ne sont pas concrètement aux prises avec un problème et qui voient les choses calmement de l\u2019extérieur qu\u2019aux autres qui sont quotidiennement inquiets de la condition de leurs fils ou de leurs filles.On peut donc se demander dans quelle mesure les deux solutions ne devraient pas être complémentaires plutôt qu\u2019opposées.Le modèle de Berkeley pourrait être envisagé comme plus orienté à la prévention, à la réhabilitation et à l\u2019accompagnement thérapeutique de membres de groupes \u201cmous\u201d (ceux qui ne cherchent pas à exercer un contrôle total sur l\u2019esprit de leurs membres).Le modèle de la déprogrammation pourrait être utilisé, en dernier recours, à l\u2019égard de membres de groupes \u201cdurs\u201d (ceux qui exercent un contrôle total sur l\u2019esprit de leurs membres).À ce moment-là, un centre suivant la proposition des chercheurs de Berkeley pourrait être très utile dans la phase de réinsertion sociale de l\u2019ex-membre à la société.Pourtant cet effort de complémentarité ne règle pas tous les problèmes.Par exemple, il faudra encore procéder à la distinction des groupes \u201cdurs\u201d et \u201cmous\u201d, ce qui implique qu\u2019on fixe des seuils de tolérance au delà desquels la société se croira justifiée d\u2019intervenir.Et alors, pourrait-on se demander, n\u2019est-ce pas plus simple d\u2019interdire légalement la constitution d\u2019un groupe que d\u2019en tirer, après coup, un à un les membres dont les parents s\u2019inquiètent grandement tout en maintenant des recours financiers pour les aider?Et, pourrait-on aussi se demander, dans quelle mesure la société globale ne profite-t-elle pas de l\u2019existence de ces groupes qui contribuent à faire baisser les taux de chômage et peut-être bien aussi la criminalité?Il y a dans ces questions tout ce qu\u2019il faut pour comprendre la complexité du problème et la circonspection prévisible des gouvernements.On s\u2019interdira sans doute de condamner les groupes \u201cdurs\u201d parce que cela est théoriquement gênant pour nos systèmes libéraux et parce que cela va pratiquement contre leurs intérêts; également on fermera les yeux sur ceux qui ont les moyens de désobéir aux lois en saisissant \u201ccontre leur gré\u201d (un rapt) leurs fils et filles.Encore une fois, ceux qui paieront seront ceux qui n\u2019en ont pas les moyens.MAI 1982 135 MENUS PROPOS SUR LA RÉINCARNATION imiiiiiilliliim par Richard Bergeron lllllllllllllllllllllllllllllllllllllllimillllllllllllllllllllliil!llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllimilllllllllllllllllllllillllllliiiiiiii f^ La doctrine de la réincarnation, ou plus exactement la croyance en la réincarnation, paraît connaître un regain de popularité avec la multiplication dans notre milieu des groupes gnos-tiques et orientalisants.Bien des chrétiens, séduits par cette représentation ésotérique de la vie après la mort, en viennent à s\u2019interroger sur sa compatibilité avec la tradition et l\u2019enseignement de l\u2019Église.Contrairement à ce que suggèrent certains partisans de la réincarnation, cette croyance n\u2019a jamais été reçue dans l\u2019Église, même à l\u2019époque des Pères.Origène lui-même, à qui on tente parfois de l\u2019attribuer, ne s\u2019y est jamais rallié.Au fond, cette doctrine s\u2019oppose directement à la foi en la résurrection et à l\u2019espérance d\u2019un salut personnel.Richard Bergeron, franciscain, enseigne au département de théologie de l\u2019Université de Montréal; depuis plusieurs années, il étudie le phénomène des sectes et les doctrines qu\u2019elles véhicule\",\u2022 La réincarnation se vend bien.Elle a donc beaucoup de maquignons.Les réincarnationalistes s\u2019en donnent à coeur joie et ne ratent pas une occasion d\u2019exposer au grand public leurs pensées sur ce sujet.C\u2019est ainsi que, ces derniers temps, beaucoup de conférences publiques, d\u2019interventions à la radio et à la télévision ont fait vibrer l\u2019air pollué de Montréal de leurs harmoniques réincarnationalistes.Mentionnons à titre d\u2019exemple et pour rappel seulement les conférences de Natacha Kolésou-Losca, d\u2019Anubis Sebénuda, et surtout la conférence-spectacle de M.Jean-Louis Victor, présentée à l\u2019Arlequin et dans plusieurs autres villes au Québec.J\u2019ai suivi ces exposés et ces propos en cherchant à y découvrir une meilleure connaissance d\u2019une doctrine des plus anciennes et des plus vénérables.Mais j\u2019en suis toujours sorti déçu et insatisfait.En règle générale le sujet n\u2019a pas reçu le traitement grave et sérieux qu\u2019il méritait.On s\u2019est facilement contenté d\u2019affirmations courtes et apodictiques, d\u2019évocations poétiques et symboliques et de considérations floues et superficielles prétendant démontrer la réincarnation en faisant appel aux cycles de la nature, aux phénomènes du dédoublement de la personne ou de la régression de la mémoire, et à ceux des taches de naissance et des enfants surdoués \u2014 sans oublier évidemment les rêves \u201cinitiatiques\u201d et les peintres-médiums.136 Une salade Toutes ces considérations fournissaient les ingrédients d\u2019une salade fort déplaisante par son manque de sérieux et de rigueur intellectuelle.Les auteurs avaient une thèse à démontrer et, pour ce faire, ils ont fait appel à des phénomènes qui peuvent recevoir plusieurs hypothèses d\u2019explication tout aussi plausibles (ou, en tout cas, moins difficiles) que celle de la réincarnation.La réincarnation est objet de croyance et lorsqu\u2019on prétend en faire un objet de savoir scientifique démontrable, on risque de commettre une erreur épistémologique grave et de berner les gens simples.Qu\u2019est-ce que la réincarnation?Au cours de l\u2019histoire, ce concept n\u2019a pas reçu une acception univoque.Quel sens les réincarnationalistes actuels lui donnent-ils?En général, les conférences ont omis de dégager les grandes articulations du réseau sémantique et conceptuel de l\u2019idée de réincarnation.Qu\u2019est-ce qui se réincarne: la vie, l\u2019esprit, l\u2019âme, la psyché, le \u201cje\u201d?Combien de fois se réincarne-t-on?Où vont les êtres entre chacune des existences terrestres?Comment articuler les notions connexes de réincarnation et de Karma, et comment inscrire la notion de liberté dans ce contexte?Au nom de quoi peut-on affirmer que la réincarnation est un processus de libération, alors que les anciens la considéraient comme une dure nécessité cosmique, servant de substrat soit à une évolution, soit à une involution, c\u2019est-à-dire à une régression de l\u2019individu pouvant aller jusqu\u2019à un retour dans un corps animal?Quelle est l\u2019anthropologie sous-jacente à l\u2019idée de réincarnation?Quelle conception du temps et du cosmos présuppose-t-elle?Comment concevoir l\u2019état de perfection auquel aboutit le prétendu \u201cprocessus\u201d de la réincarnation?Comment l\u2019homme peut-il sortir de la roue infernale de Samsara, du cycle fatal de l\u2019éternel retour?Par des techniques particulières, comme le yoga?Par la méditation?Par un régime alimentaire?Par la pratique des vertus ou par le service des autres?Par le don gratuit d\u2019un Dieu bon?Autant de questions fort graves que les auteurs n\u2019ont même pas cru bon d\u2019évoquer.Les réincarnationalistes contemporains transforment en bonne nouvelle de salut l\u2019affirmation du \u201ccyclisme\u201d cosmique que les anciens considéraient comme une fatalité pénible et désespérante.En général les conférenciers ne manquent pas de consacrer de longues considérations à la réincarnation dans le christianisme primitif.Ces considérations tiennent plus de la fantaisie et de la légende que de l\u2019histoire, telle que nous la connaissons par les documents scientifiquement identifiés.Je crois comprendre que les tenants actuels de la réincarnation représentent l\u2019Église primitive RELATIONS comme un groupe ésotérique.Selon eux, les Pères de l\u2019Église des premiers siècles, Origène en particulier, auraient repris et partagé l\u2019enseignement des Esséniens.La réincarnation aurait été une doctrine généralement admise par les Pères de l\u2019Église jusqu\u2019au Vie siècle.À cette époque, l\u2019empereur Justinien \u2014 constatant les effets nocifs de la croyance en la réincarnation sur les travailleurs et les esclaves \u2014 aurait convoqué, de connivence avec le Pape Vigile et le patriarche Ménas, un Concile oecuménique dans le but de faire condamner la doctrine de la réincarnation en échange de privilèges financiers et politiques octroyés au Pape et à Ménas.Ce Concile aurait prononcé plusieurs anathèmes contre la réincarnation et se serait engagé à extirper de tous les textes antérieurs (conciliaires, théologiques et scripturaires) toute allusion à la réincarnation.Une doctrine étrangère au christianisme Cette présentation de l\u2019histoire de l\u2019Église relève plus de la \u201cvision\u201d que de la science.Où a-t-on pu puiser une telle légende?Dans la clairvoyance?Dans des documents mystérieux et secrets?Dans des archives plus mystérieuses?À entendre ces propos réincarnationalistes, les Pères de l\u2019Église se fussent dressés dans leur cercueil! Toute la patrolo-gie s\u2019inscrit en faux contre une telle présentation de l\u2019histoire ancienne.Aucun Père de l\u2019Église n\u2019a professé la réincarnation dans ses écrits \u2014 du moins dans ceux qui nous sont parvenus.Pas même Origène, auquel les réincarnationalistes occidentaux se réfèrent volontiers.Certes Origène a enseigné la doctrine de la préexistence des âmes et la restauration finale universelle.Mais a-t-il enseigné directement et explicitement la réincarnation?À première vue, on pourrait être tenté de lui attribuer la théorie pythagoricienne de la réincarnation.Dans son premier livre du De Principiis, Origène se confronte à de graves questions théologiques et élabore certaines hypothèses de solution dont il ne pousse pas l\u2019examen d\u2019une façon approfondie.\u201cSon esprit aiguisé le por- \u201cLa réincarnation n\u2019a jamais été enseignée dans l\u2019Église pour la simple raison qu\u2019elle est inconciliable avec la doctrine évangélique qui enseigne que le salut, don de Dieu en Jésus, se réalise au cours d\u2019une seule existence terrestre.\u201d tait à multiplier les hypothèses, à proposer des thèmes de discussion.Souvent il terminait sans conclure et laissait à son lecteur le soin de décider\u201d (G.Bardy).Tel est le sens de sa discussion sur la réincarnation qui se trouve dans le De Principiis.Nous trouvons dans ses autres oeuvres assez de condamnations directes de la réincarnation pour être assuré qu\u2019il n\u2019a jamais accepté cette doctrine (Contre Celse, V, 29; Sur l\u2019Évangile de Matthieu, XIII, 1 ).L\u2019influence d\u2019Origène, né vers 1 85, fut très grande dans l\u2019Église.Sa doctrine de la préexistence des âmes eut ses défenseurs, tels Évagre du Pont et Didyme l\u2019Aveugle, et de féroces opposants, tels Jérôme, Épiphane, Irénée de Lyon, Tertullien, etc.La doctrine de la préexistence des âmes fut condamnée par un concile régional, convoqué par Ménas, patriarche d\u2019Alexandrie, en 543.Le texte de l\u2019anathème se lit comme suit: \u201cQuiconque croit à la fabuleuse préexistence des âmes, qu\u2019il soit anathème\u201d.Cette condamnation et celle des principales thèses origénistes seront reprises, en 553, par un synode particulier de Constantinople, appelé Sy-nodos Endêmousa.Et le pape Vigile y donna son approbation.On ne trouve dans les actes du Deuxième Concile oecuménique de Constantinople, en 553, aucun indice qui permette d\u2019affirmer que ce Concile a repris ces condamnations.C\u2019est donc à tort que parfois on les lui attribue.Aucun Concile oecuménique n\u2019a eu à se prononcer directement sur la réincarnation, car cette croyance n\u2019a jamais été partagée par les chrétiens et partant n\u2019a jamais fait l\u2019objet d\u2019une controverse dans l\u2019Église.Par ailleurs la doctrine de la préexistence des âmes a été réprouvée officiellement par le Deuxième Concile oecuménique de Lyon, en 1 254, qui déclare que \u201cles âmes sont reçues immédiatement du ciel\u201d.Et le Concile oecuménique de Florence, en 1439, déclare solennellement que le sort fi- nal et irrévocable des hommes est scellé immédiatement après la mort.Ces enseignements impliquent le rejet de la réincarnation.Mais, répé-tons-le, l\u2019Église n\u2019a jamais eu à se prononcer directement et officiellement sur la réincarnation, parce que cette doctrine ne s\u2019est jamais infiltrée à l\u2019intérieur de l\u2019Église, mais seulement dans les sectes gnostiques des premiers siècles et du Moyen Âge.Et l\u2019on sait avec quelle virulence, les Pères de l\u2019Église, en particulier Irénée de Lyon, ont fustigé les gnoses anciennes.Réincarnation et résurrection La réincarnation n\u2019a jamais été enseignée dans l\u2019Église pour la simple raison qu\u2019elle est inconciliable avec la doctrine évangélique qui enseigne que le salut, don de Dieu en Jésus, se réalise au cours d\u2019une seule existence terrestre.Tout au long de son histoire, l\u2019Église chrétienne n\u2019a fait que reprendre l\u2019affirmation de l\u2019Écriture Sainte: \u201cComme les hommes ne meurent qu\u2019une seule fois, après quoi vient le jugement, ainsi le Christ, après s\u2019être offert une seule fois pour enlever les péchés d\u2019un grand nombre, apparaîtra une seconde fois à ceux qui l\u2019attendent pour leur donner le salut\u201d (He 9, 27).Je reconnais aux tenants de la réincarnation le droit de propager leurs opinions; mais est-ce trop leur demander que de les inviter à plus de circonspection dans leur présentation de la foi et de la tradition d\u2019une grande Église! Aussi loin que l\u2019on remonte dans l\u2019histoire, le christianisme n\u2019a jamais enseigné que la résurrection.À la suite du Nouveau Testament, il a toujours parlé du salut en termes résur-rectionnels.Sa vision du monde com- MAI 1982 137 me réalité créée par Dieu et achevée par lui, sa conception d\u2019un Dieu bon dont le pardon est recréateur de l\u2019homme, son anthropologie \u201cunitive\u201d qui englobe le corps dans la définition de l\u2019identité personnelle, sa vision du temps linéaire et sa conception de la protologie et de l\u2019eschatologie, tout cela oblige le christianisme, en toute cohérence doctrinale, à concevoir le salut comme résurrection \u2014 et non en termes de réincarnation.Celle-ci se rattache, en effet, à une cohérence radicalement différente.Il est donc important de distinguer résurrection et réincarnation.Beau- coup d\u2019adeptes de la réincarnation confondent allègrement les deux notions et en font une salade indigeste et un alliage qui sonne creux.Il faut distinguer pour unir.Ce à quoi il faut tendre, ce n\u2019est ni à la fusion, ni à l\u2019unité des croyances, c\u2019est à l\u2019union dans la différence.L\u2019union qui nie la différence est piégée et oppressive.Et l\u2019unité qui jaillit de la fusion n\u2019est que confusion.La tolérance, qui est la vertu de la conviction, doit toujours être notre compagne sur le chemin difficile de la recherche de la vérité.La vérité est si mystérieuse et elle fait souvent si mal, qu\u2019il est fa- cile de se leurrer à son sujet.Tenants de la résurrection et adeptes de la réincarnation doivent mener honnêtement leur démarche respective et pousser à la limite \u2014 au niveau intellectuel et existentiel \u2014 leur cohérence spécifique.La vérité appelle la vérité.La vérité est plus forte que l\u2019erreur et elle en triomphe toujours à long terme.Dans la mesure où nos conceptions de la résurrection et de la réincarnation contiennent quelque vérité, dans la même mesure ces notions s\u2019appellent et se rejoignent quelque part.DÉFRICHER L'IMAGINAIRE 1 - A propos de: Pierre Filion, Juré craché, VLB éditeur, 1981,193p.Margaret Doerkson, Jazzy, Quinze/prose étrangère, 1981,272p.par Diane Alméras Il y a déjà belle lurette que les bonzes des collèges et des universités ont proclamé la déchéance du roman du terroir.Le verdict était justifié.Notre littérature dégorgeait de récits glorieux et misérables à la mémoire des luttes, du courage d\u2019un peuple pionnier, et nos écrivains, submergés de sentiment patriotique, avaient manifestement le goût de passer à autre chose.Mais, à en juger par les publications récentes, le pays n\u2019avait pas dit son dernier mot, ni inspiré son dernier roman.Si j\u2019étais écrivain je me laisserais moi aussi séduire, sans doute, par le charme prenant de cette terre gigantesque; et sa fascinante démesure m\u2019entraînerait à peupler les pays vierges.Je voudrais alors animer des personnages sensibles et rudes comme le sol qui les fait vivre, j\u2019aurais le désir de perpétuer une légende qui foisonne de géants.C\u2019est l\u2019originalité du récit terrien façon actuelle, on ne 138 défriche plus la terre mais l\u2019imaginaire de ses occupants.D\u2019où l\u2019intérêt du dernier roman de Pierre Filion, Juré craché, et de son héros, Alphonse Godon, le géant aux deux coeurs de Saint-Agricole P.Q.Né du côté de Ste-Agathe à la fin du siècle dernier, Godon, un colon à la mesure des rêves du curé Labelle, emploie son existence à ouvrir vers le Nord le comté de l\u2019Archambault.Mais plus que poussé par l\u2019obligation de \u201cfaire de la terre\u201d, il sera surtout, d\u2019exil en exil, mené par l\u2019amour.Un amour fol, aux racines profondes et vibrantes, auquel jamais roman du terroir n\u2019a fait la moindre allusion.Juré craché s\u2019ouvre sur une vision \u201cd\u2019épouvante qui descendait de la montagne\u201d: Godon, au petit jour, transportant le cadavre de son gars de dix-neuf ans renversé sur ses épaules, comme un grand chevreuil sacrifié.Il n\u2019y aura pas de sépulture chrétienne pour Jean-Baptiste, en- fant né hors-de-l\u2019Église-point-de-sa-lut, Monsieur le curé ne veut rien entendre.Alors Godon est sorti du Nord, le poing levé au ciel, bien décidé à marcher son chemin de croix jusqu\u2019à Ste-Agathe afin que chacun, habitants des fermes et des villages, reconnaisse l\u2019injure faite à son fils.L\u2019apparition épique hante le roman à chaque page, la silhouette du monstrueux attelage tramant avec elle les souvenirs d\u2019amour, les humiliations et les indomptables rêves de bonheur auxquels Godon s\u2019est accroché toute sa vie, comme aujourd\u2019hui à l\u2019honneur de Jean-Baptiste.Ce matin de 1919, l\u2019Archambault se terre, apeuré par les images occultes que crée l\u2019entreprise de Godon.Celui-ci en profite pour faire le procès de ses concitoyens, à grands coups de jurons et de crachats \u2014 ah! les crapauds et les vipères abandonnés sur le chemin de l\u2019Archambault, qui les ramassera?Il y a le p\u2019tit Morin RELATIONS qui suit de loin, attentif à ne pas se salir les pieds.Séduit, ébloui par la grandiloquence du bonhomme qui tout à l\u2019heure a maudit son père il assiste, voyeur et impuissant, aux rebondissements du drame.C\u2019est à sa mémoire de petit garçon impressionné que puise la narration de Juré craché; y a-t-il un meilleur point de vue, pour observer un géant, que les yeux d\u2019un gosse?Mais Godon a aussi taille normale, ses gestes d\u2019éclat ne sont que l\u2019accent de sa plainte déchirée.Est-ce la vengeance du Ciel, ce corps noirci par la grippe espagnole?Il était pourtant beau et plein de vigueur, le fruit du corps ferme de l\u2019amoureuse Anastasie.La folie d\u2019Adèle Chénier, sa première compagne est-elle une interdiction au bonheur?L\u2019existence d\u2019un fantôme, errant depuis vingt ans à Saint-Jean-de-Dieu parmi les écrevisses de terre, aurait-elle dû l\u2019empêcher d\u2019avoir un coeur et d\u2019aimer?Saudit curé.Pauvre Godon.Ce roman de roches et de révolte a l\u2019intensité d\u2019un mythe.Ressemblant aux demi-dieux de l\u2019antiquité, forces de la nature en butte à la vindicte de leur tout-puissant géniteur, Alphonse Godon refuse de se soumettre et combat, irrémédiablement seul, pour sauvegarder son intégrité menacée par l\u2019étroitesse d\u2019esprit d\u2019un \u201cpeuple de géants aux coeurs de nains\u201d.Par delà le livre et la légende, il en reste une image lumineuse, obsédante: soixante ans plus tard, Morin revoit encore, au petit matin, son Godon, poing levé, haranguant le soleil.Pierre Filion raconte avec beaucoup de talent.Juré craché est un récit puissant, dont la valeur aurait pu atteindre la stature de son héros, si l\u2019éditeur \u2014 Victor-Lévy Beaulieu en l\u2019occurence \u2014 avait fait son travail.Éditer un livre cela signifie aussi conseiller l\u2019auteur, l\u2019aider à structurer son texte, éliminer le superflu.Malheureusement, surtout au Québec, ça ne se fait presque jamais.Cette fois l\u2019oubli m\u2019attriste particulièrement, car il s\u2019en faut de peu pour que Juré craché soit un très grand roman.Par moments, l\u2019écriture rejoint la condensation mythique du sujet, le plus souvent la phrase mérite d\u2019être scandée amoureusement, afin de jouir sans restriction de l\u2019accord charnel du rythme et de l\u2019émotion, le thème est riche, les métaphores sont belles.Alors, pourquoi ne pas avoir resserré quelques vis d\u2019un tour ou deux, remis parfois un peu d\u2019ordre et fait sauter certains clichés, certaine blague ridi- cule?C\u2019est trop rare un récit de cette qualité.Juré craché.L \u2019apprentissage de Jazzy Le titre de la collection a un petit air coquin, mais il faut louer la décision des éditions Quinze de publier, dans \u201cProse étrangère\u201d, les meilleurs produits de la littérature canadienne-an-glaise.Il y a des surprises.J\u2019ai dévoré Jazzy, le premier roman de Margaret Doerkson, avec infiniment de plaisir.J\u2019ai découvert d\u2019étonnantes parentés entre les aspirations des gens de l\u2019Ouest, terre lointaine derrière les remparts de l\u2019Ontario oran-giste, et la sensibilité québécoise.À n\u2019en pas douter, ceux qui ont vécu leur adolescence au Québec pendant les années cinquante croiront avoir grandi avec Jazzy, et les autres ne s\u2019en reconnaîtront pas moins dans le miroir albertain.Identité pour identité, la quête est la même.Le premier prix de la \u201cAlberta Novelist Competition\u201d a récompensé Margaret Doerkson de ne pas avoir abandonné d\u2019écrire, pour aller prospecter.L\u2019histoire de Jazzy débute par une mésaventure digne des romans roses du meilleur cru.Leah Miriam Naomi Liard, alias Jazzy, étouffe dans le carcan de l'éducation mormone que lui infligent ses parents.Que peut-il arriver à une jeune fille de seize ans, rebelle, passionnée, qui doit prendre de grands risques chaque fois qu\u2019elle troque sa jupe honnête pour un jean ajusté et un bâton de rouge à lèvres?Rencontrer un prospecteur américain sur la concession agricole de son père, tomber enceinte, faire une fausse couche et se retrouver seule avec ses valises sur les trottoirs de Calgary.Fait particulier, Keith Karling l\u2019abandonne parce qu\u2019elle ne pourra plus avoir d\u2019enfants; une femme ça doit servir à bâtir une lignée.Jazzy est à un premier chef un récit divertissant, qui happe son lecteur chapitre après chapitre.On ne se lasse pas de suivre la fougueuse adolescente, qui auparavant n\u2019avait jamais quitté son patelin de Peace River.À travers son regard neuf, le lecteur d\u2019ici prend contact avec les paysages émeraudes, les petites villes prospères, les vallées enlaidies par les installations pétrolières irrévérencieuses dont, comme elle, il a depuis longtemps entendu parler.Émerveillement en face de l\u2019inconnu, lequel semble porter tous les espoirs d\u2019une terre en croissance.Rapidement mêlée à des transactions immobilières plus que suspectes, cause malgré elle du dénouement déplorable d\u2019une affaire de ménage sordide, Jazzy apprend à son heure qu\u2019il est plus satisfaisant de développer son autonomie personnelle, que de se laisser bercer par le chant conjugué de l\u2019argent, du progrès et des hommes (Alphonse Godon l\u2019avait bien dit).Elle retourne chez elle acheter l\u2019Ermitage, le refuge de son enfance.Mais la Okal Oil est passée par là, n\u2019a-t-elle pas permis à la compagnie pétrolière d\u2019arracher à leurs propriétaires les concessions convoitées?Le résultat est désastreux.Il n\u2019y a pas qu\u2019au Québec que les grandes sociétés américaines fabriquent des dépotoirs à ciel ouvert.Jazzy encaisse le coup, elle a compris; l\u2019adolescente est devenue adulte, à l\u2019avenir elle saura se tenir debout.L\u2019aventure risquait d\u2019être banale.Mais au second degré Jazzy est l\u2019histoire d\u2019une conscience mise au monde.Margaret Doerkson accompagne avec une intelligence psychologue, plume en coin, les tâtonnements de son héroïne aux cheveux fous.La vitalité de ce bout de femme, sa détermination inquiète, son orgueilleux désarroi comptent tout autant que ses intrigues de série B.ÀQUÉBEC En collaboration avec le Carrefour Tiers-Monde, RELATIONS organise une soirée-débat sur l\u2019Amérique centrale.Il y sera question de la politique canadienne face aux pays de la région, de l\u2019information et de la \u201cdésinformation\u201d sur les événements qui s\u2019y produisent et de la place des chrétiens dans le conflit.Y prendront la parole M.André Dionne, du journal Le Soleil et M.Gilles Rivest, du Secrétariat Québec \u2014 Amérique latine.OÙ?Au CLSC \u201cBasse-ville\u201d 310, rue Langelier QUAND?mardi soir, le 27 avril de 19h30 à 22H00 L\u2019ENTRÉE EST LIBRE MAI 1982 139 LE CONFORT ET L'INDIFFÉRENCE: POUR RENOUER AVEC LE CINÉMA POLITIQUE par Yves Lever Presque dix ans se sont écoulés entre Le confort et l\u2019indifférence de Denys Arcand et nos grands documentaires d\u2019analyse politique du début des années \u201970 (Un pays sans bon sens et l\u2019Acadie, l\u2019Acadie de P.Perrault et Michel Brault pour le second, Les événements d\u2019octobre \u201970 de R.Spry, Faut aller parmi /\u2019monde pour le savoir de F.Dansereau, Québec: Duplessis et après de D.Arcand, 24 heures ou plus de G.Groulx (sorti seulement en 1977), Richesse des autres de M.Bulbulian).RELATIONS Abonnement: 1 an (10 nos): 12,50$ Nom Adresse code postal 8 100, St-I Montréal H (514) 387 Un long silence Il y eut bien, entre temps, une demi-douzaine de longs métrages sur quelques Amérindiens, anthropologues ou gens d\u2019Abitibi que Pierre Perrault aurait bien aimé qu\u2019on censure pour qu\u2019on en parle un peu; deux séries sur les Indiens du Nord-Est qu\u2019Arthur Lamothe a désespérément essayé de rendre polémiques mais qui n\u2019intéressent que les anthropologues; une Fiction nucléaire embrouillée de Jean Chabot, qui est passé à côté de son objet; une Loi de la ville naïvement marxisante et manichéenne de Michel Bouchard; les panégyriques maladroits du P.Q.qu\u2019auront été 15 Nov de R.Brault et H.Migneault et Le Québec est au monde d\u2019Hughes Migneault.Rien en tout cela de bien dérangeant pour personne.Ni de quoi réveiller les plus susceptibles censeurs.Si vous ne les avez pas encore vus à la télé, ne soupçonnez aucun complot: rappelez-vous simplement que \u201ccote d\u2019écoute oblige\u201d.Dix ans de presque vide, donc, dans la catégorie \u201ccinéma politique\u201d.Car à part Réjeanne Padovani d\u2019Ar-cand (1973) et Les Ordres de Michel Brault (1974), le long métrage de fiction n\u2019a rien présenté lui non plus de bien substantiel.En 1978, la série télévisée Duplessis (scénarisée par Arcand) a assez bien relancé la question de l\u2019analyse politique à travers la fiction, mais le débat a vite glissé vers des querelles de personnes et de dates, des appels à la censure ou des chicanes esthétiques qui ont complètement occulté le niveau politique et son traitement cinématographique.Qu\u2019ont fait nos cinéastes dits politiques pendant ce temps?Ils sont allés partager quelque bonne nouvelle syndicaliste avec des travailleurs mexicains; ils ont constaté comment ça se passe dans le paradis socialiste de Sékou Touré; ils ont joué à l\u2019anthropologue avec les Amérindiens, sans toutefois leur demander comment ils font pour si bien intégrer à leur culture traditionnelle l\u2019anorak de nylon \u201cmade in Taiwan\u201d, le \u201cSki-doo\u201d Bombardier, le fusil suédois, les lunettes de soleil italiennes, etc.; ils ont rapaillé à peu près tout ce qu\u2019on pouvait encore trouver en fait de sons folkloriques des Français d\u2019Amérique.Ou bien, comme tout le monde, ils se sont tournés vers la psychologie, la romance ou la chronique des amours quotidiennes! Ne serait-ce qu\u2019à cause de ce vide politique qui prévaut sur nos écrans depuis quelques années, il faudrait saluer bien haut la sortie de Le confort et l\u2019indifférence qui ose parler d\u2019une situation d\u2019ici et de maintenant.Cinématographie et politique Mais il y a bien plus.En soi, le film d\u2019Arcand mérite tout le bruit qu\u2019il provoque, car rarement a-t-on vu un film aborder un sujet politique d\u2019une façon aussi cinématographiquement politique, c\u2019est-à-dire utiliser le langage du cinéma pour expliciter les mécanismes et codes de représentation qui permettent la prise et le maintien du pouvoir sur les esprits.140 RELATIONS 4573^673 À son niveau de surface \u2014 l\u2019anecdotique \u2014 le film raconte l\u2019événement de la lutte référendaire, il en expose clairement les enjeux tels que les protagonistes les ont formulés, il en présente les principaux acteurs dans les meilleurs moments de leurs rôles respectifs.Son montage en dramatise les tenants et aboutissants sur un ton plutôt ironique: la victoire du \u201cnon\u201d devient surtout la défaite du gentil petit prince nu et esthète aux mains du grand méchant prince armé et entouré de courtisans rapaces! Il en fait interpréter les étapes et la conclusion par un Machiavel de cinéma, bien costumé et philosophiquement placé au-dessus des verbo-gre-nouilleurs à ras de sol.Jusqu\u2019ici, la plupart des commentateurs (éditorialistes, journalistes politiques, animatrice de télé, critiques de cinéma, même!) en sont platement restés à ce niveau de surface.Et de condamner (surtout) le film parce qu\u2019il est trop péquiste pour les uns, pas assez ou trop engagé pour les autres; trop factuel pour les uns, mauvais journalisme pour les autres; bibite d\u2019intellectuel et mépris du peuple pour les uns, parti-pris naïvement nationaliste pour les autres, etc.Et de concéder, quand même, que Ronfard a bien joué le rôle de Machiavel et que quelques gags furent bien réussis! Mais sous cette surface?L\u2019implicite de ces explicites?Les non-dits de ce dit si clairement énoncé?Seul Richard Guay, au Devoir (6 février), s\u2019en est vraiment approché dans son interview avec Arcand, quand il l\u2019a amené à discuter du rêve et de l'imaginaire, ces grands organisateurs, au sens le plus fort du terme, des décisions vitales.Et c\u2019est alors que le titre du film prend tout son sens: l\u2019univers imaginaire qui recouvre le mot de \u201cconfort\u201d, bien orchestré dans ses principaux symboles nord-américains, ne peut susciter que l\u2019indifférence pour toute démarche opposée à ce type de confort.Au delà des apparences Le grand mérite de Le confort et l\u2019indifférence est de situer d\u2019entrée de jeu sa réflexion au niveau de l\u2019uni- MAI 1982 vers sémantique recouvert par les stéréotypes accrocheurs et les mots-clés du discours politique: pays et richesse, argent et sécurité, nation et grandeur, petitesse et risques, liberté et aventure, statu quo et bien-être, audace et ouverture, enfants et avenir.Le film regarde la campagne référendaire de la même façon qu'on analyse l\u2019efficacité d\u2019un message publicitaire.Il signale aux spectateurs que les agences de publicité, qui savent si bien dire et faire dire \u201cnon merci\u201d ou \u201con aime ça de même\u201d ou \u201cje suis chanceux d'être Canadien\u201d, ont à peu près toujours raison d\u2019appeler au conformisme.Parce qu\u2019en général l\u2019ensemble de la nation aime mieux l\u2019illusion du pouvoir (plus facile à magnifier) que le pouvoir lui-même; elle préfère le prince flamboyant qui l\u2019opprime à l'humble baron qui l\u2019appelle à la liberté; elle s'imagine grandie par une Coupe Stanley ou des Expos victorieux (tout en se moquant des humbles cyclistes); elle réfléchit rarement aux paroles de son hymne national et comprend encore plus rarement que ce texte vaut bien plus par les rêves d\u2019avenir qu\u2019elle y met, que par le rappel d\u2019une quelconque épopée (un peu facile le gag \u201cO Canada\u201d cacophonique dans le film, mais combien vrai et révélateur!).C\u2019est tout cela, et bien d\u2019autres choses, qu\u2019Arcand souligne et démontre en utilisant le sourire ironique et les paroles cinglantes de Machiavel, qui avait depuis longtemps compris le phénomène.Comme l\u2019ont bien retenu aussi ces puissants qui de Napoléon à Reagan en passant par Hitler, Mao ou de Gaulle, ou notre petit prince local Drapeau, ont assis leur pouvoir sur une habile manipulation des stéréotypes et des rêves collectifs.Quand Reagan essaiera d\u2019être vraiment président des U.S.A.et non plus seulement l\u2019acteur qui joue le rôle du président, il est douteux que ses \u201cfans\u201d continuent à le suivre.Bien longtemps auparavant, l\u2019avait aussi compris l\u2019empereur romain qui savait offrir \u201cdu pain et des jeux\u201d au bon peuple (et encore plus de jeux quand le pain se faisait rare!).Nos princes locaux savent bien, eux aussi, que la seule science politique efficace en ce siècle se confond avec l\u2019art du spectacle; que le stade occupé par des floralies, des congrès charismatiques, du baseball ou du soccer, des salons de la moto ou de la \u201cvan\u201d touristique, assure beaucoup plus de votes (là où le pouvoir se veut encore démocratique!) que tous les éditoriaux et toutes les recherches universitaires.Autre chose que du mépris Ce n\u2019est pas par mépris de son peuple, comme l\u2019a prétendu Lise Bis-sonnette du Devoir, qu\u2019Arcand a voulu lui dire qu\u2019au moment du référendum il s\u2019est encore une fois fait prendre en flagrant délit de crédulité et d\u2019irrationalité politique, quel qu\u2019ait été son vote.Car il a opté pour des abstractions creuses, autant celui qui a choisi les certitudes sécurisantes que celui qui a préféré les promesses de liberté.L\u2019historien le constate, le rêveur ou le militant le déplore.Il y a aussi bien plus que des clins d\u2019oeil aux cinéphiles dans l\u2019idée d\u2019insérer des commentaires de plusieurs personnes \u2014 sujets de quelques classiques de notre cinéma des vingt dernières années \u2014 commentaires que les réalisateurs de ces films sont allés eux-mêmes recueillir en renouant contact avec les Ronald Jones de Golden Gloves (G.Groulx), Maurice Nadeau de Huit témoins (J.Godbout), Louis Lebeau de Le discours de l\u2019armoire (B.Gosselin), Maurice Chaillot de Un pays sans bon sens, Hauris Lalancette de Le retour à la terre (P.Perrault), ou les Néo-Québécois de Les voleurs de jobs (Tahani Rached).Ces témoins privilégiés, qui n\u2019apportent pas tous la même réponse à la question référendaire d\u2019ailleurs, portent avec eux à la fois une histoire particulière, un milieu d\u2019appartenance bien déterminé et aussi une vision engagée quoique non monolithique du cinéma en tant que révélateur social: beaucoup plus qu\u2019un simple reflet.Pour qui revoit ces films, le documentaire d\u2019Arcand prend singulièrement plus d\u2019épaisseur et d\u2019extension.Le confort et l\u2019indifférence marque un jalon nouveau dans l\u2019histoire de notre cinéma politique.C\u2019est une oeuvre de maturité d\u2019un cinéaste qui montre encore une fois qu\u2019il sait jouer autant de la fiction que du documentaire direct.Après Cordélia et L\u2019affaire Coffin, pourquoi Radio-Canada n\u2019en ferait-il pas un de ses \u201cbeaux dimanches\u201d?141 \u201cL\u2019affaire Regalado\u2019\u2019 ou Les abus de la sécurité nationale, une brochure publiée par la Ligue des droits et libertés \u201cveut aider chacun à dépasser l\u2019aspect \u201cactualité\u201d de \u201cl\u2019affaire Regalado\u201d pour y découvrir les problèmes plus profonds que pose l\u2019actuelle Loi canadienne sur l\u2019Immigration\u201d.1825, rue de Champlain Montréal H2L 2S9 (514) 527-8551; 2,00$.\u201cNous vivons dans un monde qui connaît de terribles différences de niveau de vie entre les plus pauvres et les plus riches: c\u2019est là une situation comparable à l\u2019état de la société française avant 1789 ou à celui de la Russie tsariste d\u2019avant 1 91 7.Or ce monde est de plus en plus petit: le village global est devenu une réalité.Dans ce contexte, une révolution mondiale devient vraisemblable, d\u2019autant plus que nous assistons actuellement à un déclin de la puissance de l'Union soviétique, des États-Unis et de l'Allemagne.\u201d C\u2019est le rédacteur en chef du quotidien Le Monde, André Fontaine, qui tenait ces propos dans une interview qu\u2019il accordait au mensuel new-yorkais World Press Review (avril 1 982).Il ajoutait: \u201cSi vous considérez la situation actuelle du tiers monde où les gens manquent de presque tout, et notre propre situation marquée par un surcroît de production, il devient évident qu\u2019il nous faut absolument investir dans le Sud, ne serait-ce que pour y créer un pouvoir d\u2019achat.Cette idée s\u2019impose de plus en plus, mais le président Reagan continue de penser Est-Ouest et de voir la main de l\u2019Union soviétique dans la moindre crise qui éclate dans le tiers monde.Vue d\u2019ici, cette position semble ridicule: vous n'avez pas besoin des Russes pour provoquer des situations comme celles du Nicaragua ou du Salvador.\u201d L\u2019autre Parole, un collectif de femmes chrétiennes et féministes, organise une journée de réflexion sur la condition des femmes dans l\u2019Église: \u201coù en sommes-nous?que désirons-nous faire?quel sens donnons-nous à notre pratique?quelle est l\u2019importance, pour l\u2019Église, de notre démarche?\u201d.Le samedi 8 mai, de 9h30 à 16h30, à l\u2019UQAM.Pour femmes seulement.Pour de plus amples informations, contacter Réjeanne Martin: (514) 332-3000.\u201cJe sais maintenant que ce que nous appelons le centre, \u2014\tlà où nous croyons que vont se résoudre tous les problèmes du monde, \u2014\tlà où nous trouvons la puissance économique et politique, \u2014\tlà où nous pouvons décrocher la célébrité, etc., ne peut pas nous donner le bonheur ou, c\u2019est la même chose, le salut.Non, le salut n\u2019est pas dans le centre; comme les Béatitudes, il est excentrique\u201d (Santiago, Chili, novembre 1980).Les textes du Congrès de la IVe rencontre interaméricaine des religieux et religieuses (Relations, janvier 1981, p.4) ont été colligés par la Conférence religieuse canadienne sous le titre Les religieux dans l\u2019Église locale (coll.Donum Dei no 27).Cette publication de 368 pages est disponible à la CRC, 324 est, ave Laurier Ottawa K1N 6P6; (613) 236-0824.\u201cLa course mondiale aux armements a dépassé de loin toute limite justifiée par le principe de la légitime défense.La quantité d\u2019arsenaux en place est plus que suffisante pour tuer tous les hommes plusieurs fois.Malgré tout, la recherche et la planification se poursuivent en vue d\u2019intensifier la fabrication d\u2019armes encore plus meurtrières comme la bombe à neutrons, dont la caractéristique principale est de tuer la population sans détruire la propriété.De plus, les premiers résultats de la recherche spatiale laissent entrevoir la possibilité d\u2019utiliser des armes toujours plus perfectionnées.À ce rythme, nous nous acheminons de plus en plus vers un holocauste mondial.Notre pays aura une occasion spéciale de s\u2019opposer à la militarisation et de promouvoir la paix lorsque, l\u2019été prochain, se tiendra la deuxième session des Nations unies sur le désarmement.Le Canada sera bien placé pour intervenir avec fermeté, s\u2019il le désire, sur les questions de prolifération nucléaire, de répression des droits humains par les régimes militaires dans des pays comme le Salvador, la Pologne et le Guatémala, et sur la mauvaise utilisation ou le gaspillage des ressources qui pourraient satisfaire les besoins vitaux, mais qui alimentent plutôt aujourd\u2019hui la course aux armements.\u201d Mgr Henri Légaré, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, à l\u2019occasion de la Semaine sainte.Le Comité des affaires sociales de l\u2019Assemblée des évêques du Québec appuie les victimes de la mousse d\u2019urée-formol (MIUF) et prie le Gouvernement d\u2019intervenir rapidement en retirant toute la mousse des murs des maisons qui en contiennent.Dans une lettre à M.André Ouellet, ministre de la Consommation et des Corporations du Canada, les évêques signalent que les dangers causés par cet isolant sont bien établis et que l\u2019on commence à soupçonner la présence d\u2019autres gaz plus toxiques que la formaldéhyde.D\u2019autre part, les évêques mettent en évidence les pertes encourues par les propriétaires de ces maisons.Elles deviennent invendables, difficiles à hypothéquer et même à assurer.Le Gouvernement, continue la lettre des évêques, a déjà fait un pas en interdisant la MIUF.Il faut aller plus loin et la retirer complètement des maisons où elle a été installée.C\u2019est là une responsabilité collective des citoyens et l\u2019action de l\u2019État s'impose au nom de la justice, concluent les évêques.\u201cL\u2019Asie n\u2019a pas tellement besoin de recevoir de nouveaux missionnaires que de redécouvrir la mission.\" C\u2019est du moins i\u2019avis de José Marins et d\u2019une équipe de ses collaborateurs, qui viennent de publier une étude comparée de la situation pastorale en Amérique latine et en Asie (Asia y America Latina, un nuevo dialogo y compromiso pastoral).Compte tenu du nombre de catholiques, certains diocèses et certaines paroisses d\u2019Asie disposent déjà d\u2019un surplus de personnel pour accomplir le travail déjà entrepris.\u201cMais le problème est d\u2019un autre ordre: il s\u2019agit de penser l\u2019évangélisation globale de ces pays où les catholiques constituent des minorités peu importantes.Il s\u2019agit d\u2019aller au-devant du monde, chez les païens; il s\u2019agit de dialoguer avec les grandes religions non-chrétiennes, de se solidariser avec le peuple, de s\u2019engager dans ses projets de libération, pour que les gens de là-bas fassent l\u2019expérience d\u2019un renouveau porteur de salut, dans la perspective proclamée par Jésus de Nazareth: un Royaume de justice et de paix où tous puissent vivre et agir en frères, fils d\u2019un même Père, gérant en commun les biens de la terre.\u201d Les analystes en concluent qu\u2019il est indispensable d\u2019accentuer les échanges de personnel missionnaire entre les deux continents, \u201cnon pas pour perpétuer le vieux modèle d\u2019Église\u201d mais dans la perspective d\u2019un \u201cnouveau projet missionnaire et d\u2019un nouveau style d\u2019évangélisation\u201d.142 RELATIONS Sciences pastorales/Pastoral Sciences, une toute nouvelle revue bilingue publiée par l'Institut de pastorale de l\u2019Université d\u2019Ottawa, se propose de favoriser l\u2019intégration de la théologie et des sciences humaines à la praxis pastorale.Le premier numéro, un volume de 200 pages, est disponible au 223 rue Main, Ottawa K1S 1C4, pour 10.00$.Aux États-Unis, les ventes de pilules anticonceptionnelles ont chuté de 25% au cours de la dernière décennie.Contre toute attente, les méthodes mécaniques (condom, diaphragme, etc) sont de plus en plus populaires.Pourtant, les médecins, les compagnies pharmaceutiques et les agences gouvernementales investissent toujours la quasi-totalité de leur budget de recherche (98% en 1979) au profit des méthodes hormonales et chimiques.Ce qui, en pratique, signifie que les méthodes mécaniques n\u2019ont pas été améliorées depuis une cinquantaine d'années.(D'après Maclean's, 15 mars 1982).S\u2019écrire la Bible aujourd\u2019hui, le plus récent numéro de la revue Communauté chrétienne, déploie \u201cla nécessité, pour la communauté comme pour l\u2019individu, de se dire et de s\u2019écrire la Parole de Dieu dans le \u201ctexte\u201d de sa vie.\u201d Plusieurs bi-blistes et animateurs bibliques sont au rendez-vous, 2715, ch.Côte Ste-Cathe-rine Montréal H3T 1 B6 (51 4) 739-9797; 3,50$.Lors de l\u2019assemblée générale annuelle de l\u2019Alcan, quatre groupes religieux (dont la Conférence des évêques catholiques du Canada), possédant 61 000 (soit 0,074%) des 83 millions d\u2019actions de cette compagnie, ont proposé que la multinationale révise sa politique d\u2019investissement en Afrique du Sud.Les détenteurs de 8,8% des actions ont appuyé cette proposition, ce qui est plutôt étonnant, car, aux États-Unis, des propositions semblables ne recueillent habituellement que 3% du vote.(D\u2019après The Gazette) LES ÉVANGILES Le christianisme n\u2019est pas une religion du livre.Son coeur est Jésus Christ.Mais il demeure que la Bible, et tout particulièrement les Évangiles, y occupent une place de choix.Et en ce qui concerne les catholiques, une place récemment reconquise, depuis le Concile.C\u2019est tout cela qui fait un événement important de la parution des Évangiles de l\u2019Association catholique des études bibliques au Canada (ACEBAC), en collaboration avec la Société catholique de la Bible (SOCABI) et la Bibliothèque des Facultés jésuites de Montréal.il y a peu de communautés chrétiennes un peu importantes en nombre qui n\u2019ont pas rêvé de posséder un jour leur propre traduction de la Parole de Dieu.Et beaucoup l\u2019ont réalisée, souvent grâce aux sociétés missionnaires internationales.Au Canada français, l\u2019initiative provient à la fois des évêques du Québec et de quelques exégètes qui, en 1944, fondaient l\u2019ACEBAC en lui donnant comme premier objectif de réaliser une traduction des Évangiles, puis de tout le Nouveau Testament.Les Évangiles parurent à la fin de 1951, il y a plus de 30 ans, sous le titre Faites ça.et vous vivrez! (Luc 10,28 mis au pluriel).C\u2019était un effort brave, qui eut beaucoup de succès; plus d\u2019un million et demi d\u2019exemplaires ont été diffusés, en particulier grâce à la collaboration de la Société catholique de la Bible (SOCABI) et des Éditions Fides.À partir de 1953, l\u2019édition comprit le Nouveau Testament entier.Le projet d\u2019une révision commença dès 1968 et plusieurs brouillons se succédèrent.Mais c\u2019est à la ténacité du président actuel de l\u2019ACEBAC, Paul-Émile Langevin, jésuite, que nous de- vons la réalisation actuelle.Avec la collaboration de quelques collègues, Pierre Guillemette, Jean-Louis D\u2019Aragon, Gérard Rochais et Paul-André Giguère, il nous présente aujourd\u2019hui une nouvelle traduction des Évangiles, dans une langue simple et bien faite pour la proclamation.Les \u201cpublicains\u201d y deviennent des collecteurs d\u2019impôts, \u201cl\u2019orient et l\u2019occident, le levant et le couchant\u2019\u2019 deviennent l\u2019est et l\u2019ouest, le \u201cglaive\u201d est une épée, un \u201cbrigand\u201d est tout simplement un bandit et un \u201csarment\u201d, dans ce pays boréal, devient tout simplement une branche! Mais si la traduction est rafraîchie et normalisée (le même mot traduit toujours le même mot grec de l\u2019original), le commentaire mérite encore plus d\u2019éloges.Au lieu de le comprimer au bas des pages et en caractères minuscules, on l\u2019a placé en pleine page, à gauche, vis-à-vis le texte.Il est abondant sans commenter l\u2019évident, se soucie beaucoup d\u2019éclairer les ensembles et non pas seulement les mots isolés, est plus spirituel et théologique que la plupart des commentaires analogues.Et il est très au courant de l\u2019état présent de l\u2019exégése.Quelques index bien faits permettent de retrouver rapidement les principaux thèmes et les principaux commentaires.Les Évangiles se présentent sous trois formats: celui que je viens de vous décrire, une édition grand format et gros caractères, sans commentaire, et enfin une édition livre de poche, également sans commentaire.Les Éditions Bellar-min nous présentent les trois en éditions solides, le premier et le deuxième pour 12$ chacun, le troisième pour 4,95$.Julien Harvey LE PÈRE GEORGES SIMARD, o.m.i.(1878-1956) par Émilien Lamirande La figure du P.Georges Simard s\u2019impose comme celle d\u2019un des rares penseurs qui, pendant trois décennies, a imprimé sa marque sur des générations de collègues et d\u2019étudiants et qui a permis à l\u2019Université, pour la première fois peut-être, de s\u2019affirmer au-dehors.14 x 20 cm., 96 pages: 4,50$ Frais de port et de manutention: 0,50$ En vente chez votre libraire et aux: ÉDITIONS DE L\u2019UNIVERSITÉ D\u2019OTTAWA Veuillez me faire parvenir.exemplaires de LE PÈRE GEORGES SIMARD, o.m.i.(1878-1956) Nom.Adresse .Les chèques ou mandats de poste doivent être faits à l\u2019ordre des ÉDITIONS DE L\u2019UNIVERSITÉ D\u2019OTTAWA 65, avenue Hastey, Ottawa Kl N 6N5 MAI 1982 143 L'Église d'ici et le social 1.La Commission sacerdotale d'Études sociales par Jacques Cousineau Comment comprendre la Révolution tranquille sans connaître l\u2019époque qui l\u2019a précédée?Jacques Cousineau a participé activement aux activités sociales de l\u2019Église du Québec au cours des années 1940 à 1960.Il fait l\u2019histoire de cette période.Preuves à l\u2019appui, il raconte le rôle de l\u2019Église durant ces années.Des épisodes moins connus sont mis en lumière et changent les perspectives d\u2019une histoire partiellement et souvent très mal connue.Ce volume fait bien voir que, du point de vue social, les années \u201960 sont un aboutissement, non une rupture.LES ÉDITIONS BELLARMIN 8100, boul.Saint-Laurent Montréal H2P 2L9 Tel.: (514) 387-2541 1.La Commission sacerdotale d'Études sociales 287 pages, 15$ JACQUES COUSINEAU, S.J."]
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