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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Janvier - Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1983-01, Collections de BAnQ.

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[" janvier-février 1983 GRANDE ph.: Keystone no 487 bel EiTIIAVIHOlOIA LE PROBLEME CONSTITUTIONNEL ET LA CECC MONTREAL: UN TOURNANT POUR LA DÉMOCRATIE?LES FEMMES ET LE TEMPS PARTIEL I SO\tIM\tM\tIAI\tR\tE volume 43 numéro 487 janvier-\t\t\t\t\tfévrier 1983 ¦ ¦ ¦ revue du mois publiée sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.FACE À L'ACTUALITÉ Nicaragua: l\u2019invasion est imminen- 3 te (A.A.) \u2014 Le GATT et la montée du protectionnisme (R.B.) \u2014 Pour un nouvel ordre mondial de l\u2019information (K.L.) \u2014 Les étudiants sous les sigles (F.G.) \u2014 Le regroupement des sacrifié(e)s (A.B.) \u2014 Nouvelles tensions entre l\u2019Église et l\u2019État en Haïti (K.L.).ARTICLES \u201cDu travail maintenant, et pour de 9 bon!\u201d Le problème constitutionnel et les 11 évêques canadiens Comment recevrons-nous le pape?\t18 Le cortège des fous de Dieu: un 21 théologien devant les sectes Les élections du 14 novembre\t24 1982 à Montréal: un tournant pour la démocratie?Les femmes et le temps partiel\t29 CHRONIQUES Yves LEVER\tFeu la bête lumineuse\t32 Diane ALMÉRAS\tUrgence de sens\t35 Raymond BERTIN\tLe San Francisco Mime Troupe\t38 PÊLE-MÊLE\t38 Jacques COUTURE\t\u201cIl y a toujours quelqu\u2019un\tquelque 39 part.\u201d Guy PAIEMENT Irénée DESROCHERS Julien HARVEY Eric FOUCART Guy BOURASSA.et Francine GA-GNON-LACASSE Renée CARPENTIER BUREAUX 8 1 00, boul.St-Laurent Montréal H2P2L9; tél.: (514) 387-2541.DIRECTEUR Albert Beaudry CONSEIL DE DIRECTION Jean-Louis D\u2019Aragon, Jean-Paul Rouleau, Jacques St-Aubin, Roger Sylvestre.COMITÉ DE RÉDACTION Ginette Boyer, assistante à la rédaction, Jacques Chênevert, Irénée Desrochers, Julien Harvey, Denis Lalonde, Karl Lé-véque, Roger Marcotte, Guy Paiement.COLLABORATEURS: Diane Alméras, Marcel Arteau, Nadia Azer, Renaud Bernardin, Michel-M.Campbell, Yves Lever, Annine Parent Fortin, Jean Picher, Andrée Pilon Quivi-ger, Jacques Racine, Jean-Paul Rouleau, Carolyn Sharp.PAGE COUVERTURE PHOTOS Jean Villemaire\tPaul Hamel ADMINISTRATION Les Éditions Bellarmin ABONNEMENTS Hélène Desmarais (514) 387-2541.DISTRIBUTION: Les Distributeurs Associés du Québec (DAQ) Ltée 3600, boul.du Tricentenaire, Montréal H1 B 5M8 (514) 645-8754 Relations est une publication des Éditions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: 12,50 $ par année (10 numéros).Le numéro: 1,50 $.Les articles de Relations sont répertoriés dans le Répertoire analytique d'articles de revue du Québec (RADAR) de la Bibliothèque nationale du Québec, dans l\u2019Index analytique de périodiques de langue française (PERIODEX), dans le Canadian Periodical Index, publication de l'Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s'adressant à University Microfilms, Ann Arbor, Michigan 48106 U.S.A.Courrier de la deuxième classe - Enregistrement no 0143 2 RELATIONS 9184 NICARAGUA: L\u2019INVASION EST IMMINENTE Dans le silence presque total de nos médias le sort du Nicaragua est peut-être en train de se jouer en ce moment même.Les menaces d\u2019une invasion directe qui viendrait du Honduras avec l\u2019appui des États-Unis sont de plus en plus réelles.Faudra-t-il attendre cette invasion et une déclaration \u201cofficielle\u201d de guerre ouverte pour en entendre parler?Les attaques meurtrières quotidiennes des ex-gardes somozistes à partir de leurs bases du Honduras font de cette guerre d\u2019ores et déjà une réalité pour les Nicaraguayens.Dernièrement un hélicoptère transportant 73 enfants Miskitos (dans le but de les éloigner du terrain des opérations) a été froidement abattu par les ex-So-mozistes.Un massacre peut-être plus spectaculaire mais qui s\u2019ajoute à d\u2019autres tout aussi horribles et qui, on le sait maintenant, fait partie d\u2019une escalade très bien orchestrée par les États-Unis.Il n\u2019est plus question d\u2019indices mais bel et bien de preuves de la volonté des États-Unis d\u2019en finir avec le \u201ccancer marxiste\u201d que constitue pour eux le Nicaragua.C\u2019est ce que rapportent avec force détails des revues et journaux américains aussi peu suspects de \u201csubversion\u201d que Newsweek et le New York Times.Soùs le prétexte que le Nicaragua approvisionnerait en armes les guérillas du Salvador et du Guatemala (ce qui n\u2019a pu être démontré), les États-Unis ont arrêté, dès le début de 1981, un plan de déstabilisation de ce pays.Ce plan consiste d\u2019abord à armer et à entraîner d\u2019anciens gardes somozistes; ceux-ci, au nombre de 6000, opèrent à partir de 10 camps situés en territoire hondurien le long de la frontière.En décembre 1981, le président Reagan a confirmé qu\u2019il avait donné à la CIA l\u2019autorisation d\u2019entraîner les contre-révolutionnaires et débloquait pour cela une somme de 19,9 millions de dollars.Depuis, l\u2019escalade est impressionnante: aujourd\u2019hui 50 agents de la CIA et plusieurs dizaines d\u2019officiers à la retraite sont présents au Honduras et peuvent compter sur l\u2019appui d\u2019autres conseillers militaires latino-américains (incluant de 30 à 50 Argentins) et sur un nombre indéterminé de militaires israéliens.Le deuxième axe de cette guerre secrète vise à consolider l\u2019armement de l\u2019armée du Honduras et à faire de ce pays la base de départ de l\u2019invasion: 21 millions de dollars ont été assignés par le Pentagone pour construire 3 aéroports avancés le long de la frontière du Honduras; 6 avions de combat légers A-37 vont venir renforcer l\u2019aviation hondurienne, déjà la plus puissante de la région; deux bases navales sont en construction près de la frontière sur l\u2019Atlantique à Puerto Castilla et Caratasca; enfin, toute l\u2019armée hondurienne est restructurée en trois commandements régionaux et augmentée (par recrutement forcé) pour atteindre maintenant 27,500 hommes.Si l\u2019on ajoute la présence de bateaux de guerre nord-américains au large des côtes du JANVIER-FÉVRIER 1983 Nicaragua, on voit que tout est fin prêt pour l\u2019attaque finale.Cette attaque, de nombreux observateurs la prévoyaient pour le 5 décembre, jour où devaient se dérouler des manoeuvres conjointes Honduras/États-Unis.Après les piètres résultats obtenus aux élections législatives et à la veille de son voyage en Amérique latine, le président Reagan a décidé de reporter ces manoeuvres à plus tard.Jusqu\u2019à quand?Les Nicaraguayens pensent que c\u2019est une question de semaines.Les scénarios prévus ne sont pas un secret non plus.En utilisant les populations Miskitos qui vivent des deux côtés de la frontière, une zone \u201clibérée\u201d pourrait être conquise sur la côte atlantique du Nicaragua.Ceci légitimerait alors une aide ouverte et directe des États-Unis en armes et en hommes.La destruction simultanée d\u2019objectifs stratégiques sur le territoire du Nicaragua à partir des nouveaux aéroports établis au Honduras pourrait former un second volet de cette stratégie.Avec l\u2019armement sophistiqué et les conseillers dont dispose le Honduras, une dizaine d\u2019objectifs (ponts, barrages hydro-électriques, ports, aéroports) pourraient être détruits en une seule poussée.le prochain LUNDI de Relations LES NOUVEAUX MINISTRES DANS L\u2019ÉGLISE Qu\u2019est-ce qui change dans notre Église depuis que des agents de pastorale laïques y exercent le ministère?quels obstacles rencontrent-ils?quels espoirs se profilent?Monique Cardinal a été responsable d\u2019une paroisse dans la région de Saint-Jérôme; André Charbonneau est directeur du Centre de pastorale en milieu ouvrier de Montréal; Annine Parent Fortin est responsable de l\u2019Office de pastorale sociale du diocèse de Québec.Rendez-vous: lundi, le 24 janvier de 19h30 à 22H00 à la Maison Bellarmin 25, Jarry ouest, (Métro Jarry).L\u2019entrée est libre. Le but est de régionaliser la guerre et la participation du Honduras est déjà assurée.À en croire les déclarations d\u2019anciens fonctionnaires américains en poste dans la région, il y a longtemps que le général Alvarez, chef de l\u2019armée hondurienne et l\u2019homme fort du pays, aurait aimé passer à l\u2019attaque.Comment réagissent les Nicaraguayens devant cette escalade?Il est clair que cette guerre larvée qui dure depuis plus d\u2019un an, a déjà des effets directs sür la reconstruction de ce petit pays.En plus de lui imposer un état de mobilisation constante, cette drôle de guerre a retardé les plans de redressement économiques et sociaux du pays.Après les premières réalisations très encourageantes en économie et dans le domaine de l\u2019éducation, l\u2019année 1 982 \u2014 qui devait être celle de la santé \u2014 est devenue l\u2019année de la défense.On imagine aisément que la destruction d\u2019une dizaine d\u2019objectifs stratégiques bien choisis pourrait faire reculer ce pays d\u2019une quinzaine d\u2019années.Devant cette menace, les responsables nicaraguayens ont multiplié les interventions diplomatiques auprès de toutes les instances internationales et directement avec le gouvernement du Honduras.Leur but serait de démilitariser la frontière, en s\u2019assurant la présence d\u2019observateurs internationaux.Ils se heurtent, bien entendu, à des refus catégoriques, ce qui indiquerait selon certains la volonté des États-Unis et du Honduras de passer à l\u2019étape finale.Une chose est sûre; les Nicaraguayens n\u2019ont rien à perdre et ils savent ce qu\u2019est une invasion.Ils sont bien décidés à suivre leur slogan \u201cLa Patrie libre ou la mort\u2019\u2019.le 20 décembre 1 982\tAlain Ambrosi LE GATT ET LA MONTÉE DU PROTECTIONNISME Pour la première fois depuis 1973 s\u2019est tenue à Genève, du 24 au 27 novembre 1982, la réunion ministérielle du GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce).Pour stopper la dérive du commerce international et revenir à l\u2019orthodoxie libérale des échanges internationaux, il fallait au moins, à défaut d\u2019une nouvelle Conférence, réaffirmer, à cette tribune surtout, la volonté commune de maintenir entre les nations participantes la libre circulation des biens.Mal remises de deux chocs pétroliers, frappées de plein fouet par la stagflation, incapables d\u2019absorber les vagues des taux de change flottants, matraquées par les taux d\u2019intérêt élevés, les économies occidentales tournent le dos, dans les faits, aux thèses libérales.La multiplication des mesures protectionnistes le montre bien.Ainsi des clauses de sauvegarde sont systématiquement invoquées pour justifier la recherche et la conclusion d\u2019accords d\u2019autolimitation des exportations dans les secteurs jugés sensibles.À défaut de telles ententes, la panoplie des mesures classiques, avec leur cortège de représailles, est mise en branle.Pour protéger des secteurs comme la sidérurgie, le textile, la chaussure, l\u2019électronique, les machines-outils, entre autres, des contingentements ou des taxes de compensation sont décidés, ou encore des politiques d\u2019achat préférentiel adoptées.En outre, on élève des barrières non tarifaires comme, par exemple, des normes sanitaires ou de protection de l\u2019environnement pour rendre plus imperméable le marché du pays importateur.On n\u2019hésite pas non plus à appliquer des subventions à l\u2019exportation, des prêts préférentiels ou garantis, des exemptions d\u2019impôts, pour aider une compagnie nationale à décrocher des contrats à l\u2019étranger.On recourra même à des braderies ou au troc pour écouler ses surplus.Toutes ces mesures visent trois objectifs.Le premier est de corriger les déséquilibres de la balance des paiements: on recherche des exportations nettes, soit pour éponger un déficit des opérations de capital, soit pour renflouer ses réserves et soutenir une monnaie nationale attaquée par le redressement de certaines devises fortes, le dollar américain en particulier.La seconde raison invoquée est la préservation de secteurs de l\u2019économie nationale qui autrement ne pourraient supporter la concurrence étrangère \u201cdéloyale\".On admet certes la nécessité de leur modernisation mais on en souhaite également l\u2019étalement dans le temps afin de minimiser les coûts sociaux, économiques et politiques de cette opération.Conséquemment \u2014 et c\u2019est le dernier but recherché \u2014 on vise à sauvegarder l\u2019emploi en période de chômage généralisé.Les pays du tiers monde, y compris les \u201cNouveaux pays industriels\u201d, même s\u2019ils ne réclamaient que le statu quo, n\u2019ont joué aucun rôle significatif à la réunion de Genève.Les U.S.A., pour leur part, en attendaient quatre résultats: la renonciation à de nouvelles mesures protectionnistes, le renforcement des règles actuelles du GATT, l\u2019inclusion du secteur des services dans le champ réglementé par le GATT, enfin de nouvelles négociations en matière de tarifs préférentiels et de libéralisation du commerce Nord-Sud.La C.E.E.(Communauté économique européenne) inspirée par la France a ignoré la position américaine.Pour elle, la montée du protectionnisme découle de la crise actuelle; c\u2019est en s\u2019attaquant à celle-ci qu\u2019on pourra freiner celui-là.Le communiqué final ne mentionne aucun compromis entre la C.E.E.et les U.S.A.Cela signifie que les États continueront à appliquer les mesures protectionnistes dictées par leurs intérêts immédiats et que la logique fonctionnelle de l\u2019O.N.U.vient, encore une fois, d\u2019être battue en brèche par l\u2019une de ses institutions spécialisées.Derrière ces deux orientations, derrière aussi l\u2019absence de rôle significatif reconnu au tiers monde à cette rencontre, se profile un élément dont on est trop peu conscient: le redéploiement industriel actuellement en cours.Pour sortir de la crise, la libéralisation des échanges, sans doute nécessaire, ne suffit pas.Il importe aussi de mettre en oeuvre une nouvelle division 4 RELATIONS internationale du travail, susceptible de restructurer la production des biens et des services comme de réorienter les courants d\u2019échange internationaux.L\u2019échec de la réunion du GATT souligne, s\u2019il en était besoin, l\u2019urgence des négociations globales réclamées par le Groupe des 77 et auxquelles tout le monde feint de souscrire.Renaud Bernardin Collège de Lévis POUR UN NOUVEL ORDRE MONDIAL DE L\u2019INFORMATION La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) vient de rendre public, à l\u2019occasion de son congrès annuel, le résultat d\u2019une recherche sur L\u2019information internationale au Québec.D\u2019une présentation soignée, admirable, ce travail est le fruit d\u2019une démarche de deux ans.Le contenu extrêmement généreux de ses recommandations permet d\u2019espérer le recul des fortes résistances que rencontre l\u2019information alternative, et que relève le rapport de la FPJQ.Nous voudrions, pour notre part, appuyer certaines de ces recommandations et rappeler l\u2019insatisfaction grandissante dans beaucoup de milieux face à l\u2019unilatéralisme des pages internationales de nos médias.En conclusion d\u2019une enquête menée auprès de onze quotidiens québécois en 1 977, on écrivait: Le point de vue du tiers monde est quasiment absent.Ni les petites agences de nouvelles, ni les groupes ethniques ne sont utilisés et le monde est observé à travers la lunette des grandes agences de presse (FPJQ, L'information internationale au Québec, p.50).Depuis 1977, la qualité de cette information internationale n\u2019a pas changé.Cependant qu\u2019au niveau du public, d\u2019un certain public tout au moins, le besoin d\u2019une autre information est maintenant clairement ressenti.Le développement des comités de solidarité dans notre milieu a sensibilisé de plus en plus de gens aux questions du tiers monde.Dans de nombreux cas, où l\u2019information de première main (journaux locaux, documents, témoins, coopérants, missionnaires) était disponible au Québec, on ne pouvait que trouver grotesque voire mensongère la version des faits proposée par les agences dites sérieuses, officielles, comme AFP, Reuter et UPI.De cela aussi traite le document de la FPJQ: Il entre effectivement au Québec une multitude d\u2019informations \u201csouterraines\u201d, divulguées auprès d\u2019un nombre restreint de personnes intéressées et qui atteint rarement, sinon jamais, le grand public.Tout se passe comme si les petits médias, avec leurs maigres moyens, disposaient d\u2019informations plus variées que les grosses boîtes qui, elles, s\u2019abreuvent le plus souvent aux mêmes sources \u201cconsacrées\u201d (FPJQ, op.cit.p.56).Si tous les journalistes tombent vite d\u2019accord sur le fait qu\u2019il y a actuellement une plus forte demande pour la nouvelle internationale, tous ne perçoivent pas également dans quel sens qualitatif va cette demande: on ne demande pas seulement plus d\u2019information interna- 1.\tBulletin de l\u2019Entraide missionnaire vol.23, no 1, mars 81.2.\tEn 1 983, la FPJQ fera un colloque sur l\u2019information internationale.tionale, on demande aussi une autre information.Car on ne comprend pas la disproportion entre les longues colonnes accordées à une grève en Pologne et le petit entrefilet sur le massacre d\u2019un village de paysans guatémaltèques.Pour beaucoup d\u2019entre nous, l\u2019Amérique centrale a été le lieu d\u2019une découverte ou d\u2019une confirmation: la désinformation.Ici au Québec, dans des médias parallèles bien entendu, on a quand même traduit et publié le Dissent Paper \\ produit par un groupe de parlementaires américains qui contestaient la politique américaine en Amérique centrale mais faisaient état, sans les réprouver totalement, de dispositions officielles prises pour s\u2019assurer d\u2019une désinformation radicale sur les événements qui se passaient dans cette région.Comment, après cela, jouer les enfants de choeur, en liant d\u2019un côté grande presse et objectivité, face aux agences parallèles qui ne proposeraient rien que \u201cde la propagande révolutionnaire\u201d! Même en s\u2019interdisant de démoniser les grandes agences de presse, il n\u2019en faut pas moins reconnaître qu\u2019elles sont à leur manière biaisées, et dans le sens des moyens économiques énormes sur lesquels elles s\u2019appuient.La chose n\u2019en est que plus évidente ici lorsque, dans un même journal, des éditorialistes, qui ont le courage d\u2019aller puiser leur information ailleurs que dans les seules agences, apportent des faits et une analyse de fond très différents de ce qu\u2019on trouve dans la section des nouvelles internationales.Bref, il y a des personnes, des groupes, des institutions chez qui l\u2019insatisfaction grandit devant l\u2019étroitesse d\u2019esprit de ceux qui dans nos journaux (Le Soleil excepté) assurent l\u2019international en nous mettant stupidement à la traîne de ce que pensent les États-Unis.Des agences parallèles existent (Agence Nueva Nicaragua, Salvapresse, Inter-presse, etc.), d\u2019autres veulent exister au Québec, toutes veulent servir.En faisant la part des blocages idéologiques qui, d\u2019en haut, ferment parfois la porte à toute utilisation de cette information alternative, il faut reconnaître que le plus souvent ce sont les critères paresseux des \u201cprofessionnels\u201d qui envoient à la poubelle toute nouvelle qui n\u2019est pas traitée et transmise par le cadran magique de leur salle de presse, et qui font ainsi obstacle à une plus grande ouverture des médias.Des universitaires, des actifs de la solidarité internationale et aussi des journalistes voudraient que le droit à l\u2019information du public soit respecté, que l\u2019information internationale utilise les agences du tiers monde, qu\u2019elle informe le public d\u2019ici (qui est multi-ethnique) sur un monde moins rétréci: une action pour cela est en marche.Ils ont lu et interprété en ce sens le rapport MacBride: JANVIER-FÉVRIER 1983 5 On aura toujours besoin de nouvelles provenant de sources sûres et bien informées.Mais si ce courant à sens unique devait cesser d\u2019être le modèle dominant, et pratiquement unique, et s\u2019il pouvait se combiner aux formes horizontales de la distribution de l\u2019information, alors la communication pourrait devenir plus humaine et démocratique, et le public pourrait secouer sa passivité et devenir une force sociale active (Sean MacBride, Voix multiples, un seul monde, La Documentation française, Nouvelles éditions africaines, Unesco, 1980, p.248) Nous nous réjouissons des résolutions extrêmement positives de la FPJQ et nous souhaitons qu\u2019elles aident à transformer la situation actuelle 2.Par ailleurs, la décision des Nations unies de consacrer l\u2019année qui vient au nouvel ordre mondial de l\u2019information donnera à plus d\u2019une instance l\u2019occasion de réviser et d\u2019améliorer la qualité de l\u2019information internationale dans nos médias.Karl Lévêque LES ÉTUDIANTS SOUS LES SIGLES Si vous étudiez au Collège Bois-de-Boulogne, à l\u2019Université de Montréal, à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières ou au Collège de Ste-Foy, vous avez sans doute les mêmes problèmes et les mêmes angoisses face à l\u2019avenir, mais cela ne sera pas partagé sur les mêmes tribunes et les solutions envisagées seront différentes.C\u2019est que votre association étudiante souscrit aux objectifs, respectivement, de l\u2019Association nationale des étudiants et étudiantes du Québec (ANEQ), du Regroupement des associations étudiantes universitaires (RAEU), du Regroupement pour un véritable syndicat national des étudiants du Québec (SNEQ) et de la Fédération des associations étudiantes collégiales du Québec (FAECQ).Au mois de novembre dernier, chacune de ces organisations nationales ou réunissait ses instances, ou tenait un colloque ou rendait publique sa position sur les débrayages du Front Commun syndical, en ayant soin, bien sûr, d\u2019y inviter les représentants de la presse.Quiconque aura parcouru attentivement les compte rendus publiés à ces occasions, sans chercher à distinguer les sigles, ne peut que s\u2019étonner du manque de cohérence du mouvement étudiant qui, un jour, appuie inconditionnellement les membres du Front Commun pour, le lendemain, menacer d\u2019entreprendre une campagne de dénonciation contre les syndiqués s\u2019il y a grève! Y a-t-il place au Québec pour quatre associations étudiantes nationales?Pour le Dr Camille Laurin, la réponse est positive: enfin, jes étudiants \u201cse donnent une voix\u201d et le ministre de l\u2019Éducation est prêt à écouter.Sept ans après la naissance de la première organisation, ce recouvrement de l\u2019ouïe est pour le moins choquant.En effet, le 22 mars 1975, à l\u2019Université Laval, les délégués de 44 associations étudiantes collégiales et universitaires adoptent la constitution de l\u2019ANEQ et une trentaine ont déjà en poche un mandat d\u2019assemblée générale pour y adhérer officiellement.À l\u2019automne 1978, on s\u2019en souvient, universitaires et collégiens sont dans la rue, réclamant la gratuité scolaire et des améliorations au régime des Prêts et Bourses.La riposte gouvernementale est brutale et l\u2019ANEQ, en déroute, perdra, toute crédibilité chez certaines associations universitaires, qui fondent alors le Regroupement des associations étudiantes universitaires (RAEU).Le choc de la scission passé, diverses collaborations sont malgré tout possibles et souhaitées entre les deux organisations.Vint le référendum de mai 1 980 où l\u2019appui étudiant au OUI est manifeste, sans toutefois être inconditionnel.Le Dr Laurin succède à Jacques-Yvan Morin comme ministre de l\u2019Éducation et survient alors une pluie de promesses et de consultations que l\u2019ANEQ refuse alors que le RAEU entend, sait-on jamais, vérifier la bonne foi du ministre et puiser l\u2019information à la source.Les leaders étudiants s\u2019accusent de trahison ou de spontanéisme.L\u2019été 82 sonne l\u2019heure des bilans.L\u2019ANEQ, devant une désaffection inquiétante de ses instances décisionnelles et de son membership, reconnaît son manque de perspectives et son peu de contact à la base.Le RAEU, pourtant devant une situation interne analogue, se proclame le champion des \u201calternatives étudiantes aux problèmes étudiants\u201d et \u201cdes gains concrets\u201d et accuse l\u2019ANEQ de \u201crevendiquer la lune\u201d et de promouvoir les \u201cgrèves du vendredi après-midi\u201d.Tout dialogue est devenu impossible.En novembre, avec l\u2019appui du RAEU, on crée la Fédération des associations étudiantes collégiales du Québec (FAECQ).Ses objectifs se confondent avec ceux du RAEU.Parallèlement, un Regroupement pour un véritable syndicat national des étudiants du Québec (SNEQ), formation saluée par les trotskystes, propose, pour régler la crise du mouvement étudiant, de réunir sous sa bannière les étudiants du secondaire, du collégial et de l\u2019université, rien de moins.Favoriser l\u2019unité semble prématuré: les philosophies de base divergent profondément.Pour le RAEU et la FAECQ, les étudiants sont d\u2019abord des consommateurs d\u2019un bien nommé éducation et qu\u2019il faut protéger, d\u2019une part, de \u201cl\u2019égoïsme\u201d de certains syndicats qui, en faisant la grève, privent les étudiants de leurs cours et, d\u2019autre part, de la voracité des administrateurs scolaires qui ne les consultent pas sur l\u2019application des coupures ou tout autre sujet qui menacerait l\u2019éducation.Pour l\u2019ANEQ et le SNEQ, à divers degrés, les étudiants sont des agents de transformation de l\u2019école et, par le fait même, de la société, et ils se doivent de rechercher des alliances avec les syndicats et les groupes populaires.La conjoncture évolue très vite dans le mouvement étudiant et bien malin qui pourrait prédire l\u2019issue du maraudage qui aura cours cette session.Néanmoins, à la lecture prochaine d\u2019une article sur le milieu étudiant, assurez-vous de bien vérifier les sigles.François Gloutnay s 6 RELATIONS LE REGROUPEMENT DES SACRIFIÉ(E)S L\u2019été dernier, la Ville de Montréal a décidé de refaire notre rue.Pas seulement l\u2019asphalte: toute la rue, des égouts aux conduites de gaz et d\u2019électricité.Cinq mois de gros travaux, synchronisés avec les programmes de subvention pour la rénovation des logements: quelques propriétaires ont été obligés de changer complètement le \u201cfilage\u201d électrique, d\u2019autres ont profité de l\u2019occasion pour convertir le système de chauffage ou pour rafraîchir la façade.Maintenant, c\u2019est certain, la rue est beaucoup plus propre.et les loyers pas mal plus chers.On peut déplorer les déplacements de population qui affectent les quartiers proches du métro, maintenant que de nombreux \u201cbanlieusards\u201d choisissent de s\u2019établir sur l\u2019île, mais on ne peut regretter le fait que ce genre de travaux protègent un nombre important d\u2019emplois en pleine récession économique.Pourtant, en regardant travailler les employés des grosses firmes de construction qui foraient, dynamitaient, creusaient puis remplissaient ce qui avait été \u201cnotre\u201d rue, je ne pouvais m\u2019empêcher de constater que la très grande majorité des travailleurs avaient un certain âge.Même pour \u201cle gros ouvrage\u201d, on ne voyait pas de jeunes sur le chantier.Il s\u2019agissait là de \u201cvraies jobs\u201d, bien payées et protégées par l\u2019ancienneté; et pas seulement d\u2019emplois de vingt semaines pour passer provisoirement du Bien-être social à l\u2019assurance-chô-mage.Un travail, en somme, qui permet à un homme de finir d\u2019élever sa famille.Les jeunes, sur notre rue, ils ne travaillaient pas souvent.Quelques-uns vivaient en commune et en chômage, dans le bloc d\u2019en face.D\u2019autres étaient un peu plus mal pris: ils revendaient de la drogue et ils faisaient le dur apprentissage des comptes à régler avec la petite pègre.Il y en avait qui avaient essayé d\u2019ouvrir un petit café à l\u2019angle de deux petites rues résidentielles, mais ça n\u2019avait pas marché.Restaient quelques \u201cchanceux\u201d qui s\u2019étaient trouvé un poste de moniteur ou de jardinière au parc ou à la garderie.Par les temps qui courent, ce n\u2019est pas commode d\u2019avoir moins de trente ans, surtout si l\u2019on n\u2019a pas en poche un diplôme universitaire ou un D.E.C.professionnel.Et on sait bien que cette situation se retrouve partout à travers le Québec.\u201cQuand ça fait longtemps que t\u2019es sur le Bien-être social ou sur le chômage, ça finit que tu tombes dans une dépression.Les réactions des parents et de la société ne t\u2019aident pas: tu sais que t\u2019es pas paresseux(euse), que tu ne veux pas vivre de l\u2019État \u2014 mais les préjugés sont tellement bien ancrés.Tu veux travailler, faire quelque chose, mais il n\u2019y a pas d\u2019ouvrage, et tu te déprimes.\u201d Ce témoignage a été recueilli par les militants et militantes de la Jeunesse ouvrière chrétienne (J.O.C.) de la région de Québec et il figure dans le premier communiqué de presse du Regroupement des sacrifié(e)s.Ce que revendique cette déclaration est clair, facile à comprendre, élémentaire en vertu du droit au travail: pourquoi les jeunes doivent-ils être traités comme des citoyens ou des citoyennes de deuxième classe jusqu\u2019à l\u2019âge de trente ans?pourquoi faut-il attendre si longtemps pour avoir une \u201cvraie job\u201d alors qu\u2019à dix-huit ans on peut déjà se marier, voter, exercer des responsabilités civiles?Le texte du Regroupement a reçu immédiatement l\u2019appui du Carrefour de pastorale en monde ouvrier de Québec (CAPMO).Personne ne subit plus durement les retombées de la crise, déclarent à leur tour les membres du CAPMO, que le ou la jeune célibataire de moins de trente ans.\u201cProfondément blessé(e) dans son orgueil, découra-gé(e) par un manque de travail tel qu\u2019on n\u2019en a pas vu depuis quarante ans, le (la) jeune d\u2019aujourd\u2019hui se perçoit de plus en plus comme la victime sacrifiée par notre système économique.C\u2019est comme si les responsables financiers et politiques de notre pays étaient incapables ou inefficaces dans leurs tentatives de redonner de l\u2019espoir aux jeunes en leur créant du véritable travail.C\u2019est dans ce sens que les évêques québécois, dans une déclaration récente, ont condamné le fait que nous sommes en train de sacrifier toute une génération\u201d.Quel projet reste-t-il, en effet, à une société qui prétend traverser la crise en mutilant sa jeune génération?Albert Beaudry JANVIER-FEVRIER 1983 NOUVELLES TENSIONS ENTRE L\u2019ÉGLISE ET L\u2019ÉTAT EN HAÏTI Comment buvez-vous votre café, cher Père?Chaud ou froid?Et vous, ma Mère, la bouillie, la mangez-vous chaude ou froide?Dans les milieux d\u2019Église en Haïti, ces fausses civili-¦ tés ont un contenu peu banal et sont un langage codé qui réfère au nouvel affrontement de l\u2019Église et de l\u2019État.En effet, au symposium de clôture de l\u2019année mariale, un évêque devait suggérer le silence pour laisser passer l\u2019orage et il a pris l\u2019image du café ou de la bouillie qu\u2019on ne prend pas brûlants mais qu\u2019on laisse refroidir.Un autre évêque, le lendemain, revenait sur ces exemples en affirmant que ni le café ni la bouillie ne se prenaient froids.Bref, la prudence s\u2019impose, mais un secteur de l\u2019Église haïtienne qui voit venir la répression semble prêt à accuser le coup sans faiblir ni reculer.De toutes les façons, il n\u2019est plus question de se taire, de faire silence \u2014 pas de café froid! \u2014, car c\u2019est la solidarité avec le peuple qui est en cause, qui est en jeu.Reprenons les événements.Pour la fin de novembre, une dizaine de jeunes prêtres étaient convoqués individuellement par le ministre des Cultes.Ils se sont présentés ensemble à l\u2019entrevue, où M.Jean-Robert Estimé leur a reproché le ton trop politique de leur prédication et les a avertis que le gouvernement ne supporterait plus aucune critique de leur part.Parallèlement, le P.Connard, responsable de la \u201cRadio Soley\u201d, était aussi vertement tancé et on lui a fait comprendre que pour moins encore, il y a deux ans, le pouvoir avait démantelé deux postes de radio et expulsé plusieurs journalistes.Par la suite, la Conférence épiscopale fut convoquée elle aussi au Palais national.Et finalement la Conférence haïtienne des religieux (C.H.R.) fut mandée à son tour.Cette entrevue fut particulièrement tendue.On reprocha à la C.H.R.de travailler contre le gouvernement.La réponse ne fut pas moins tranchante que l\u2019accusation: les religieux s\u2019efforcaient de travailler avec le peuple, et c\u2019est dans la mesure où la politique gouvernementale semblait contredire les intérêts du peuple qu\u2019il pouvait sembler au pouvoir politique que l\u2019Église se mettait en travers de son chemin.Le ministre précisa que c\u2019étaient les interventions des missionnaires qui avaient compromis le projet de barrage à Verrettes.La réponse se borna à démontrer que les interventions des missionnaires avaient seulement été l\u2019heureuse occasion d\u2019une prise de conscience de la part du gouvernement canadien et qu\u2019une étude écologique et une évaluation des coûts sociaux de ce projet de barrage s\u2019imposaient en préalable.On leur reprocha ensuite de prêcher la violence.Ils se contentèrent de référer à la violence prophétique de la bible devant toute injustice.Bref, les officiels de la C.H.R.se montrèrent polis mais déterminés, et cette entrevue ne semble pas avoir dissipé le climat d\u2019hostilité du pouvoir vis-à-vis de l\u2019Église.Pour la dernière semaine de décembre, un geste est posé qui fait monter d\u2019un cran la tension.Une réunion des responsables de petites communautés de base avait lieu chez les Pères Salésiens.On fait quérir à l\u2019intérieur un des volontaires laïcs, M.Gérard Duclairvil, animateur par ailleurs d\u2019un programme religieux à Radio Cacique.Il est aussitôt appréhendé par la police et jeté en prison.Il sera par la suite relâché, en même temps que Sylvio Claude.Cela fait moins de bruit à l\u2019étranger que d\u2019arrêter un prêtre ou une religieuse, mais sur l\u2019Église locale, l\u2019effet d\u2019intimidation est censé jouer aussi fort.C\u2019est dans ce contexte plein d\u2019incertitudes que se pose la question d\u2019un éventuel voyage du Pape à Port-au-Prince pour le début de février 1983.Jean-Paul II avait accepté l\u2019invitation de participer à une réunion du CELAM, qui se tient à Port-au-Prince en février.Les journaux haïtiens n\u2019ont jusqu\u2019à maintenant rien publié à ce sujet, mais le ministre des Relations extérieures et des Cultes, lors d\u2019un voyage récent à Washington, tirait argument de la visite du Pape en Haïti pour conclure de la bonne cote morale du régime Duvalier.Des chrétiens d\u2019Haïti et de la diaspora se demandent quel sens peut avoir le voyage du Souverain Pontife dans un pays où la dictature exerce une subtile mais réelle répression contre les secteurs d\u2019Église qui sont en solidarité avec le peuple affamé, dépossédé, réprimé.Cette inquiétude est aussi fondée sur le fait que ce régime corrompu a toujours tenté de récupérer politiquement le spirituel, et tout particulièrement l\u2019Église catholique1.Karl Lévêque 1.Cf.François Duvalier, Mémoires d'un leader du tiers monde, Paris, 1969, où il expose longuement ses relations avec le St-Siège.Cf.aussi mon étude \u201cL\u2019interpellation mystique dans le discours duvalérien\u201d, Nouvelle Optique, no 4, déc.1971, p.5-32.8 RELATIONS \u201cDU TRAVAIL MAINTENANT, ET POUR DE BON!\u201d par Guy Paiement Centre Saint-Pierre La situation actuelle du Québec ne manque pas d\u2019éléments pour nourrir notre pessimisme.À première vue, les décrets du gouvernement, les ripostes des syndiqués du secteur public et para-public ont créé une atmosphère de cul-de-sac.Il ne reste plus d\u2019énergie, dirait-on, pour imaginer du neuf.Toutes les ressources du milieu semblent réquisitionnées pour alimenter la bataille actuelle ou pour compter les coups.C\u2019est, peut-être, cette sorte de fascination qu\u2019il faut d\u2019abord identifier et démystifier.En se braquant sur la crise financière, le gouvernement nous fait perdre de vue l\u2019autre crise, celle qui touche la production de notre industrie.Car, même si l\u2019on parvient à diminuer le déficit du Québec, il reste encore tout à faire pour changer la situation de notre industrie.Après les locomotives d\u2019antan, le boom des autos américaines, les nouveaux meubles et la panoplie des appareils ménagers, où serait aujourd\u2019hui, le domaine nouveau capable de stimuler autant les investissements et la production?Il serait naïf de croire que les gens vont se mettre, demain, à s\u2019acheter une grosse voiture neuve, deux réfrigérateurs, trois lave-vais- selle, quatre télé-couleurs ou cinq manteaux de fourrure pour permettre à notre industrie de connaître une relance! Notre marché, globalement, est saturé.Il faut imaginer autre chose.La haute technologie, dans un tel contexte, risque de profiter à très peu de personnes, surtout si elle cherche à diminuer encore plus les emplois.Elle ne paraît pas encore la réponse à la recherche d\u2019une politique du plein emploi.Il faut donc chercher, dans tous les secteurs, comment orienter autrement notre économie, en tenant compte des gens qui habitent ce pays, et non des seuls équipements à moderniser ou des profits à préserver.C\u2019est là une tâche urgente mais de longue haleine.Entre temps, il faut bien vivre.Il faut surtout mettre en place, dès à présent, des réalisations qui seraient, en même temps, autant de conditions pour une nouvelle politique économique.C\u2019est ce à quoi s\u2019est attachée la CSN dans un document de travail distribué à ses fédérations en novembre dernier.Intitulé \u201cDu travail maintenant.et pour de bon\", il propose \u201cun plan de création d\u2019emplois à court terme\u201d, mais avec le souci de \u201ccommencer à corriger certains problèmes structurels de l\u2019économie québécoise\u201d.Nous résumons ci-dessous les projets élaborés pour les différents secteurs de l\u2019économie québécoise.En fait, cinq grands critères fondent les choix d\u2019investissement proposés: 1.\tla création d\u2019emplois permanents au Québec: 2.\t\u201cl\u2019effet multiplicateur\u201d, par le recours à des ressources et à des capacités de production disponibles chez nous; 3.\tle développement économique de l\u2019ensemble du territoire québécois (par opposition aux seules régions métropolitaines); 4.\tle bien-être de l\u2019ensemble de la population (l\u2019environnement, la santé, \u201cla production de biens pour les moins nantis\u201d); 5.\tl\u2019intégration du projet dans un développement auto-suffisant: viser d\u2019abord le marché québécois, remplacer des biens importés.DU TRAVAIL POUR TOUT LE MONDE: UNE STRATEGIE SECTORIELLE 1.\tDans le domaine du logement, le gouvernement québécois devrait favoriser en premier lieu l\u2019achat et la rénovation, par la Société d\u2019habitation du Québec, de blocs de logements usagés.La rénovation étant une activité qui crée deux fois plus d\u2019emplois directs que la construction neuve.À cela devrait s\u2019ajouter une accélération dans la construction de logements multiples neufs pour location avec option d\u2019achat.Partout au Québec, de nouveaux centres d\u2019accueil pour personnes âgées devraient être construits (la demande est grande).2.\tFace au transport, dans le but d\u2019utiliser les sources d\u2019énergie québécoises plutôt que le pétrole importé, il faut étendre l\u2019électrification des transports urbains et interurbains, par exemple, permettre le JANVIER-FÉVRIER 1983 prolongement du métro de Montréal qui est un facteur de création d\u2019emplois dans plusieurs secteurs.3.\tQuant au projet d\u2019épuration des eaux, on devrait le remettre en marche vu son importance sociale.4.\tDans le secteur forestier, toute vente de bois devrait se faire par un Office de commercialisation du bois relevant du gouvernement québécois majoritairement propriétaire de ce patrimoine.Il faut intensifier les travaux de reboisement et de sylviculture, de même que des travaux d\u2019infrastructure dans les forêts afin de les rendre plus accessibles.Créer un fonds pour la forêt à même des cotisations payées par les compagnies forestières sur chaque corde de bois pour venir en aide aux usines dans les périodes creuses.Il faut préserver ce qui reste de l\u2019industrie du meuble qui semble péricliter à cause des taux d\u2019intérêt élevés.5.\tÀ cause d\u2019un relâchement dans le contingentement, les secteurs du textile, du vêtement et de la chaussure sont en chute libre.Le gouvernement fédéral devrait appliquer intégralement des contingentements afin de réserver une partie importante du marché à la production nationale.6.\tPour l\u2019industrie des pêcheries, la mise en chantier de bateaux capables d\u2019opérer dans la zone de 200 milles durant plusieurs mois de l\u2019année est très souhaitée.Il faut lancer de nouveaux produits, qui soutiendront la concurrence sur le marché intérieur et sur celui de l\u2019exportation.7.\tPar rapport à la production agricole, le gouvernement du Québec doit viser l\u2019auto-suffisance pour l\u2019ensemble des productions réalisables au Québec par la mise sur pied des offices de commercialisation, par la relance de la fédération des magasins Coop et par un programme d\u2019irrigation et de drainage des terres.8.\tPour favoriser le tourisme, il faut faciliter l\u2019accès des sites naturels et développer un réseau d\u2019auberges à prix modiques.9.\tLes médias de communications et l\u2019industrie du film québécois supposent un meilleur soutien financier.10.\tSensibles aux fluctuations économiques, le secteur minier pose des problèmes de stockage et d\u2019une faible activité d\u2019exploration et d\u2019exploitation: il faut chercher de nouvelles possibilités de transformation de nos minerais (l\u2019amiante); il faut imposer par des offices de commercialisation un coût plus élevé des minerais à l\u2019état brut expédiés à l\u2019extérieur du Québec.11.\tDans le domaine de l\u2019industrie lourde, le développement d\u2019une marine marchande canadienne, la protection des usines de pièces automobiles canadiennes, l\u2019accroissement des activités sidérurgiques (Sidbec) sont importants.Par rapport au prix du pétrole, celui-ci devrait être moindre lorsqu\u2019il entre dans la fabrication d\u2019autres produits que lorsqu\u2019on l\u2019utilise comme énergie.Il faut encourager fortement les recherches d\u2019autres produits nouveaux, tel le méthanol.AGOCHONDA Agochonda: nom d\u2019origine iro-quoise donné à ce qui est maintenant Lanoraie.Il a été noté par Jacques Cartier, en 1536, sur une carte que l\u2019on retrouve à Dieppe.Il désigne le lieu d\u2019un relais, \u201clieu où l\u2019on s\u2019arrête pour cuire ses aliments, manger, refaire ses forces avant de continuer sa route\u201d.C\u2019est maintenant le nom de la salle à manger qui est ouverte au public au Centre de formation de la CSN, à Lanoraie1.Mais il pourrait, sans doute, désigner assez bien l\u2019ensemble du Centre.Ouvert depuis peu, le Centre bourdonne de gens arrivant de différents coins du Québec.On y vient pour des sessions de quelques jours, sur les sujets les plus divers: la santé et la sécurité au travail, la technologie et la réorganisation du travail.Les syndiqués, hommes et femmes, peuvent loger sur place.Ce qui, manifestement, facilite les échanges.Jean-Yves Bellemare, de Sorel, souligne l\u2019importance de cette présence simultanée de groupes de différentes régions et de différents secteurs de l\u2019industrie: \u201cCela permet, dit-il, de comparer notre situation avec celle des autres\u201d.Une sorte de \u201ccarte du Québec\u201d se dessine ainsi peu à peu qui montre la parenté entre les différents problèmes et active la recherche des causes communes et des solutions.Une solidarité ouvrière se tisse à nouveau, dans un contexte où les divisions ne manquent pas.C\u2019est Jeanne Bilodeau, de Shawinigan, qui le rappelle avec enthousiasme: \u201cOn est conscient des grandes divisions entre les syndiqués du public et ceux du privé.Mais ici, on apprend à aller plus loin.Car c\u2019est le syndicalisme, ajoute-t-elle, qui est actuellement en cause.Il n\u2019est pas parfait.Il a ses contradictions.Mais c\u2019est la seule force dont disposent les travailleurs et les travailleuses à qui on veut faire porter le plus dur de la crise actuelle.On ne se laissera pas faire!\u201d Le Centre, à cet égard, semble devenir un lieu où l\u2019on découvre, dans le retour à la base et à l\u2019histoire du mouvement, des énergies de renouvellement.Marc Ber-thiaume, un formateur régional, le note: \u201cCe ne sont pas seulement des officiers syndicaux qui viennent ici, mais des gars et des filles de la base.Ensemble, on discute beaucoup.Ceux qui ne sont pas d\u2019accord le disent et, avec les autres, on cherche des solutions.Le soir, on va chercher Norbert (Rodrigue, le directeur du Centre) pour qu\u2019il nous parle de ce qu\u2019il a connu.Il nous écoute beaucoup.On se sent vraiment chez nous!\u201d En somme, le Centre, déjà, est beaucoup plus qu\u2019une \u201cboîte à cours\u201d.Il devient un carrefour d\u2019in- formation, un lieu où l\u2019on apprend à relier ses intérêts à ceux des autres, à questionner les frontières existant entre le public et le privé, les permanents et la base, le local et le collectif, le national et l\u2019international.Ce déplacement des limites, ce dépassement des questions techniques, pourtant indispensables, ouvrent-ils la porte à un renouveau des solidarités?Jean-Yves Bellemare mentionne des faits qui ont valeur d\u2019indices: \u201cLa semaine prochaine, c\u2019est la marche des chômeurs à Sorel.Après, il y en aura dans toutes les régions.Des collectes de paniers de Noël s\u2019organisent pour ceux qui sont plus mal pris.Les médias sont de la partie.Les associations de la région aussi.On est tous dans le même bateau!\u201d Le bateau, heureusement, a désormais un Agochonda, \u201clieu où l\u2019on s\u2019arrête pour refaire ses forces avant de continuer sa route\u201d.G.P.1.Dans un article de Relations paru dans le numéro d\u2019octobre dernier, \u201cUn Centre de formation pour forcer l\u2019avenir\" (p.243), Guy Paiement annonçait l\u2019ouverture du Centre de formation de la CSN et se demandait, en conclusion, \u201cce que les usagers feront du Centre\u201d.Il est donc allé sur place, rencontrer quelques-uns de ces usagers.10 LE PROBLEME CONSTITUTIONNEL ET LES ÉVÊQUES CANADIENS par Irénée Desrochers Une conférence constitutionnelle, d\u2019après la loi de 1982 sur la constitution, doit être convoquée en 1983, réunissant, dit l\u2019article 37 (1), \u201cles\u201d premiers ministres provinciaux et le premier ministre du Canada.Le gouvernement fédéral la prévoit pour le mois de mars.L\u2019article 37 (2) spécifie qu\u2019à l\u2019ordre du jour devront être placées les questions constitutionnelles qui intéressent directement les peuples autochtones du Canada, \u201cnotamment la détermination et la définition des droits de ces peuples à inscrire dans la Constitution du Canada\u201d, et que leurs représentants seront invités à participer aux travaux relatifs à ces questions.Le jeu politique recommence donc, du respect ou de la manipulation.Mais dans ce jeu, qu\u2019en sera-t-il de ce peuple que les évêques du Québec ont appelé \u201cle peuple francophone du Québec\u201d?D\u2019autant qu\u2019on nous dit maintenant: la Cour suprême du Canada vient de rendre son jugement.Au plan strictement légal, dit-elle, le Québec n\u2019a pas de veto à exercer.Cette opinion permettra-t-elle aux Canadiens de pratiquer tranquillement un positivisme juridique et de vivre une attitude qui se veut scientifiquement amorale?Ou existe-t-il encore une morale politique pertinente, qui fonde non seulement les négociations des hommes politiques mais la question de la légitimité qui devrait préoccuper les simples citoyens?Tel est le cadre dans lequel on doit placer une réflexion sur le débat qu\u2019en octobre dernier tous les évêques du pays ont tenu entre eux sur la \u201cVie politique au Canada\u201d et la nouvelle constitution, débat qu\u2019inévitablement ils devront poursuivre.Si la réflexion est ici centrée sur le problème que pose le Québec, ce n\u2019est pas qu\u2019on veuille oublier ou minimiser l\u2019importance des injustices dont ont à se plaindre d\u2019autres régions que le Québec.Mais on peut rappeler une observation déjà faite en avril 1972 par la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) elle-même, dans sa déclaration sur \u201cLa vie politique au Qué- 1.\tOn trouvera le texte intégral de cette déclaration de la CECC, du 21 avril 1972, \u201cLes évêques canadiens et la vie politique au Québec\u201d, dans Relations, juin 1972, p.162.2.\tRobert Stanfield, \u201cWhat to Do about Quebec's Isolation, Opposition to the constitutional settlement reflects long-standing concerns which English Canada could and should lessen\u201d, Options politiques \u2014 Policy Options, vol.3 no 4, juillet-août 1982, p.6-10.bec\u201d et son droit moral à l\u2019autodétermination1: bien que ce soit \u201cun problème qui concerne directement le Québec\u201d, c\u2019est un problème \u201cqui ne peut manquer d\u2019avoir des incidences dans tout le pays\u201d.Voilà pourquoi les évêques de tout le Canada s\u2019y intéressent encore.Le blocage vécu Avec le prestige d\u2019un ancien chef conservateur au fédéral qui a conservé aux yeux de tous une grande dignité et qui est toujours perçu comme jouissant d\u2019une mesure de sagesse peu ordinaire, Monsieur Robert Stanfield, dans un article2 publié après la Proclamation officielle de la \u201cLoi constitutionnelle 1982\u201d, constatait: \u201cLe Québec est plus vulnérable qu\u2019auparavant.La plupart des Canadiens d\u2019expression anglaise.ont maintenant l\u2019impression qu\u2019ils en ont par-dessus la tête des discussions sur la constitution.C\u2019est pourtant à nos risques et périls que nous laissons les choses au point où elles en sont.En ces circonstances, que devrions-nous faire, maintenant que la Loi constitutionnelle a été adoptée?\u201d À leur assemblée générale d\u2019octobre, tous les évêques canadiens avaient reçu dans leur dossier le texte intégral de Monsieur Stanfield.Ils avaient comme premier objectif de poursuivre leur dialogue à la recherche des \u201cattitudes et perspectives pastorales\u201d à préciser, en regard de la nouvelle Loi constitutionnelle.Que devaient-ils penser, ensemble, anglophones et francophones, du reste du Canada et du Québec, des enjeux de la nouvelle constitution et de ses effets sur la société canadienne?Et en particulier, ce sont eux qui le spécifient dans leur ordre du jour, que penser de \u201cla place du Québec dans la situation créée par la constitution\u201d?Les difficultés de cette réflexion commune qui se poursuit encore à la CECC sont fortement éclairées par celles qui y accompagnèrent la démarche des évêques deux ans auparavant, vers novembre et décembre 1980, au moment où le débat constitutionnel reprenait intensément au Parlement canadien.À l\u2019automne de 1980, le Parlement d\u2019Ottawa créait \u201cle Comité mixte spécial du Sénat et de la Chambre des JANVIER-FÉVRIER 1983 11 communes sur la Constitution du Canada\u201d, pour mieux étudier et aider à mettre au point le \u201cProjet de résolution\u201d que venait de publier le gouvernement fédéral, le 2 octobre.Ce Comité mixte spécial invita la population à venir lui présenter ses vues et de fait reçut les \u201ctémoignages\u201d à partir du 14 novembre et jusqu\u2019au 9 janvier suivant.La Conférence des évêques catholiques du Canada avait donc à décider s\u2019il était opportun pour elle d\u2019aller témoigner devant ce comité, comme conférence nationale, pour exposer le point de vue de l\u2019ensemble des évêques du Canada.Est-ce que les évêques anglophones et les évêques francophones s\u2019entendaient suffisamment, non seulement sur le fait de s\u2019y présenter, mais surtout sur le contenu du mémoire qu\u2019ils y déposeraient?Pour situer le problème qui se posait à ce moment-là à la CECC, il faut se rappeler que l\u2019Assemblée des évêques du Québec (AEQ) avait déjà publié le 1 5 août 1979, bien avant le référendum de mai 1980, un message pastoral intitulé \u201cLe peuple québécois et son avenir politique\u201d3.Dans ce message, les évêques du Québec affirmaient que \u201cles francophones du Québec constituent sûrement un peuple\u201d, que le peuple du Québec a le droit de déterminer par lui-même ce qu\u2019il veut être.\u201cLes Québécois peuvent décider, par autodétermination, d\u2019accepter le cadre fédéral actuel ou un autre, de se proclamer souverains, d\u2019entrer en association ou confédération avec d\u2019autres.L\u2019autodétermination n\u2019est pas un statut constitutionnel, mais la liberté de décider, sans contrainte, de celui qu\u2019on veut se donner.\u201d La conclusion qu\u2019un an plus tard les évêques du Québec tireraient de ces principes fondamentaux, devant l\u2019attitude \u201cunilatérale\u201d du gouvernement fédéral prêt à marcher avec ou sans le consentement du Québec, était assez facile à prévoir.Ils finiraient d\u2019ailleurs par la formuler par écrit dans leurs \u201cObservations sur la question constitutionnelle\u201d, publiées le 29 janvier 1981.Leur perspective n\u2019était pas celle qu\u2019on prend au plan purement juridique ou légal, mais celle de pasteurs préoccupés par les aspects moraux de la question4.Elle touche à ce qu\u2019on appelle le veto du Québec.La constitution du Canada devait obtenir, disaient-ils, \u201cl\u2019accord des parties contractantes et des grands partenaires de l\u2019autorité publique\u201d et il s\u2019ensuit donc, en conformité avec le droit moral du peuple du Québec à l\u2019autodétermination, que \u201ctoute modification substantielle de la constitution, pour des motifs enracinés dans la dualité fondamentale du pays, requiert l\u2019accord du Québec\u201d (no 9).La question qui se posait donc à la CECC, en novembre 1 980, était de savoir si la conférence nationale était prête à faire une déclaration commune, au nom de tous les évêques du Canada, qu\u2019ils soient du Québec ou du reste du Canada, anglophones ou francophones, en tenant compte de cette position tout à fait prévisible des évêques du Québec.Les évêques du reste du Canada pouvaient-ils appuyer la position des évêques du Québec?On sait que de fait la conférence nationale des évêques ne s\u2019est pas présentée devant le comité mixte.Il y eut un blocage quelconque à la CECC.Et les évêques en discutent depuis.Ils ont poursuivi leurs échanges à l\u2019assemblée générale d\u2019octobre 1 981 puis à celle d\u2019octobre 1982.Toujours pas de déblocage en vue.Pourquoi?12 Un déblocage désiré À lire les exposés des quatre membres du panel, à l\u2019assemblée générale qui reprit la question cette année, il semble pourtant qu\u2019un déblocage est désiré et même qu\u2019il devrait être possible.Mais qu\u2019en est-il?Le premier membre du panel, Monseigneur Augustin Burke, de la région des Maritimes, manifeste d\u2019abord très fortement le regret qu\u2019il ressent de ce que la CECC ne se soit pas exprimée publiquement à l\u2019occasion du débat constitutionnel, en 1980-1981.Il rappelle que le peuple de Dieu dans la région de l\u2019Atlantique avait senti le besoin d\u2019un Moïse pour le libérer, parce qu\u2019il avait besoin d\u2019une constitution neuve qui l\u2019aurait libéré des injustices régionales.Or ce peuple, continue-t-il, a fait l\u2019expérience du pouvoir du pharaon, car \u201cla Constitution a favorisé le pharaon au détriment de Moïse\u201d.\u201cNous\u201d, les évêques, déplorait-il audacieusement, \u201cnous avons péché parce que nous n\u2019avons pas contribué à libérer le peuple\u201d.\u201cEn tant que leaders du peuple de Dieu\u201d, les évêques, concluait-il, ont une tâche qu\u2019il leur \u201creste à accomplir\u201d, devant \u201cune Constitution encore déficiente\u201d: ils \u201cdevront lutter\u201d pour que ceux qui sont victimes d\u2019injustices ne soient pas écrasés.La tâche, semble-t-il, est donc indiquée très clairement par Monseigneur Burke; les évêques du Canada devraient reprendre la parole.Le représentant de la région de l\u2019Ouest, Monseigneur Hubert O\u2019Connor, déplore lui aussi très catégoriquement \u201cle silence\u201d de la CECC à l\u2019automne de 1980.\u201cJ\u2019ai ressenti tristesse et déception du fait qu\u2019en tant que Conférence canadienne, nous ayons été incapables de relever le défi lancé par le Comité sur la Constitution pour y apporter des déclarations claires.Je me suis senti frustré du fait que la politique nous avait privés d\u2019une occasion providentielle et, j\u2019ose même dire, d\u2019une responsabilité que nous avons de nous adresser au gouvernement et à notre peuple.\u201d Faisant allusion à quelques présentations simplement individuelles ou régionales de la part de quelques évêques, Monseigneur O\u2019Connor ajoutait: \u201cSi nous avions pu parler d\u2019une seule voix et de façon unie a mari usque ad mare, comme cela aurait été beaucoup plus efficace\u201d.\u201cNos frères évêques de la région du Québec peuvent nous rendre un grand service en continuant de dialoguer franchement avec tous les membres de cette Conférence pour nous dire ce qu\u2019ils voient comme obsta- 3.\tAssemblée des évêques du Québec, \u201cLe peuple québécois et son avenir politique, message pastoral sur l\u2019évolution politique de la société québécoise, 15 août 1979\u201d, texte complet et commentaire, \u201cLes évêques du Québec et l\u2019avenir du peuple\u201d, dans Relations, octobre 1979, p.264-272.4.\tAEQ, \u201cObservations des évêques du Québec sur la question constitutionnelle, 29 janvier 1981\u201d.On trouvera le texte complet dans Le Devoir du 4 février 1981, p.9; et un commentaire, \u201cLe projet constitutionnel, le droit à l\u2019autodétermination et les évêques\u201d, dans Relations, mars 1981, p.80- RELATIONS clés à l\u2019évangélisation en regard de la Constitution\u201d.\u201cLa tâche d\u2019être des bâtisseurs de ponts (bridge-builders) n\u2019est pas facile, mais il nous faut l\u2019accomplir.\u201d Monseigneur O\u2019Connor finit en citant saint Paul: \u201cJe vous exhorte, frères: soyez tous d\u2019accord et qu\u2019il n\u2019y ait point de divisions parmi vous; soyez bien unis, dans un même esprit et dans une même pensée\u201d.Son exposé nous place donc carrément devant le problème de la reprise de la parole pour rompre le silence passé de la CECC.Il s\u2019agit d\u2019abord, dit-il, de continuer à dialoguer.Monseigneur John Sherlock, représentant la région de l\u2019Ontario, avoue lui aussi \u201cêtre peiné de ce que l\u2019Église n\u2019ait eu aucun effet visible, avant ou après la Constitution, pour guérir les blessures qui ont résulté du débat constitutionnel ou qui furent révélées à çette occasion\u201d.Il pose la question: \u201cQu\u2019est-ce que l\u2019Église peut faire dans les circonstances pour promouvoir l\u2019unité dans le Christ malgré des points de vue qui paraissent inconciliables?\u201d Et il cherche les lignes directrices de la réponse dans le Sermon sur la montagne.Il se risque, dit-il, \u201cà prêcher à ceux dont c\u2019est le devoir de prêcher\u201d.Dans le commentaire qu\u2019il fait des Béatitudes, relevons quelques points.Il lance aux évêques que la Béatitude de la \u201cdouceur\u201d implique que l\u2019on renonce à condamner en préjugeant (to prejudge) ou à regarder les autres de haut parce qu\u2019on se déclare soi-même juste et innocent (through self-righteousness).Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, continue-t-il, car ils \u201ctravaillent intensément pour elle\u201d.Heureux ceux qui font oeuvre de paix, car cela \u201caiguise la perception de l\u2019injustice\u201d et fait \u201ctravailler à supprimer les causes de division et d\u2019injustice\u201d.Mais il avertit: \u201cRechercher activement la justice et la paix apportera inévitablement la confrontation avec des positions qui sont populaires, et la contradiction.Cela provoquera la critique et l\u2019opposition.Et si cette action est radicalement prophétique, elle entraînera sans doute la persécution\u201d.En réponse à sa question, \u201cQu\u2019est-ce que l\u2019Église peut faire?\u201d, Monseigneur Sherlock se trouve donc à suggérer, plutôt courageusement, que ce que l\u2019Église peut faire, elle doit le faire, selon son mandat, car elle a, dit-il, un mandat.On le voit, les évêques représentant les trois autres régions que le Québec ont livré un message assez concordant: la CECC devrait rompre son silence et reprendre la parole.Quelle sera la position du représentant de la région du Québec?Monseigneur Charles Valois, de Saint-Jérôme, avait intitulé son exposé \u201cEntre le projet collectif.et la morosité\u201d.Il décrit l\u2019attitude actuelle des Québécois face au nouveau Canada créé par la nouvelle constitution.Il cite alors quelques passages vigoureux d\u2019un article que tous les évêques avaient reçu dans leur dossier avec celui de Monsieur Robert Stanfield.Ce texte de Monsieur Claude 5.Claude Ryan, \"La dualité canadienne\u201d, Options politiques -Policy Options, juillet-août 1982, p.17-23.Voir dans le même numéro l\u2019article de Claude Morin, \u201cLe Québec seul dans son coin\u201d, p.10-1 7.Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice car ils \u201ctravaillent intensément pour elle\u201d.Heureux ceux qui font oeuvre de paix car cela \u201caiguise la perception de la justice\u201d et fait \u201ctravailler à supprimer les causes de division et d\u2019injustices\u201d.\u201cRechercher activement la justice et la paix apportera inévitablement la confrontation avec des positions qui sont populaires.Cela provoquera la critique et l\u2019opposition\u201d.d\u2019après Mgr John Sherlock Ryan5 était susceptible d\u2019aider les évêques anglophones puisqu\u2019il venait d\u2019un Québécois reconnu sans aucun doute possible comme fédéraliste.Dans cet article, paru après la proclamation de la Loi constitutionnelle, Monsieur Ryan affirme, par exemple: \u201cAucun accord constitutionnel ne saurait être satisfaisant tant et aussi longtemps que le Québec en sera absent\u201d.La Loi constitutionnelle de 1982 \u201cne répond en rien aux aspirations des Québécois sincères qui continuent de défendre le fédéralisme\u201d.Après avoir soutenu que les fédéralistes québécois, ceux qui évoluent sur la scène fédérale et ceux qui évoluent sur la scène provinciale, doivent s\u2019entendre sur un programme de réforme constitutionnelle apte à répondre aux légitimes aspirations des Québécois, il avertit cependant, en souvenir de ce qu\u2019il appelle lui aussi \u201cle coup de force constitutionnel\u201d de novembre 1981, que même pour ces fédéralistes québécois \u201ccette entente ne saurait émaner de dictées unilatérales en provenance d\u2019Ottawa\u201d.Monseigneur Valois concluait: \u201cUn grand malaise existe chez tous.Un très grand nombre de Québécois francophones sont en attente\u201d.Du \u201crapport de synthèse\u201d des échanges qui eurent lieu en ateliers reprenons quelques réflexions.\u201cLa constitution pose une question de justice fondamentale, surtout en ce qui regarde les droits des minorités\u201d; \u201caction à entreprendre: renégocier une place pour le Québec\u201d; \u201cgarantir les droits collectifs aussi bien que les droits individuels\u201d; \u201cchercher à éclairer par l\u2019Évangile la situation politique actuelle\u201d; \u201cpublier une déclaration dans laquelle la CECC reconnaît les injustices causées lors du rapatriement et dans laquelle elle ouvre des avenues d\u2019espoir pour l\u2019avenir\u201d; \u201céviter d\u2019intervenir sur l\u2019unité du pays au nom de l\u2019Évangile\u201d.Pour lancer la discussion à la dernière plénière consacrée au dialogue sur \u201cla vie politique au Canada\u201d, deux évêques présentèrent ce qu\u2019ils retenaient surtout dans l\u2019ensemble des échanges qui avaient eu lieu jusque-là entre les évêques.Par exemple, que toute cette gamme de différentes réactions venant de citoyens des différen- JANVIER-FÉVRIER 1983 13 tes régions du pays n\u2019était pas sans poser des questions aux évêques eux-mêmes; que ce n\u2019était pas uniquement le problème du Canada, mais aussi celui des évêques, particulièrement touchant la façon dont ils allaient se situer face à ces réactions; qu\u2019on avait souligné l\u2019importance de la justice; qu\u2019on se demandait comment éclairer par la Parole de Dieu l\u2019actuelle situation, pour être capable de découvrir des voies d\u2019espérance et de dialogue; que plusieurs commentaires avaient été entendus au sujet du rôle du Québec dans le Canada; que l\u2019Évangile ne propose pas comme telle une formule de gouvernement ou de pays, mais que le rôle de la CECC était de promouvoir des principes de base comme la reconnaissance du droit moral à l\u2019autodétermination, la réconciliation, les valeurs de base de l\u2019Évangile; qu\u2019on avait demandé comment il se faisait que la CECC n\u2019avait pas pu se prononcer et que se posait donc la question de sa prise de parole.Les exposés du panel et les discussions qui suivirent dans les ateliers étaient particulièrement aptes, semble-t-il, à créer un climat de réceptivité.Le blocage revécu C\u2019est après tout ce brassage que la dernière discussion générale commença en plénière.Les évêques anglophones s\u2019exprimèrent par la voix de Monseigneur Alexander Carter.Il était considéré d\u2019avance comme l\u2019un des plus sympathiques aux évêques du Québec.Il rappela lui-même, entre autres souvenirs, que Québécois de naissance il avait passé plus de la moitié de sa vie au Québec et exercé le ministère en français et en anglais à Montréal.En exprimant l\u2019avis que les évêques du Canada devraient renoncer à se prononcer ensemble sur les questions d\u2019intérêt national et international s\u2019ils devaient se scinder en deux conférences nationales (ce dont il serait, dit-il, très humilié et très découragé), Monseigneur Carter laissait déjà entendre qu\u2019il était favorable à ce que les évêques réunis en une seule conférence canadienne se prononcent ensemble sur les questions d\u2019intérêt national.Les évêques du Québec sentent peut-être, dit-il, que les évêques anglophones du Canada leur compliquent la vie.Mais se rendent-ils compte, demanda-t-il, qu\u2019ils compliquent la vie aux évêques des neuf autres provinces?Et il cita en exemple le fait que la CECC n'avait pas pu s\u2019entendre sur une déclaration commune nationale devant le Comité mixte spécial au moment du débat sur la constitution, et qu\u2019au lieu de cette déclaration conjointe, il avait fallu se contenter de présentations séparées par quelques groupes régionaux d\u2019évêques.\u201cNous n\u2019avons pas pu, comme organisme national, nous présenter devant le Comité sur la Constitution pour parler des droits des autochtones, des droits des femmes, des droits des parents dans le domaine de l\u2019éducation.Nous n\u2019avons pas pu y aller parce que les évêques du Québec au Comité exécutif de la CECC ne nous ont pas permis d\u2019y aller.C\u2019est aussi simple que cela.(It\u2019s as simple as that.) .Nous en arrivons même à nous demander, et cela nous inquiète, si nous ne sommes pas passi- bles d\u2019un veto quand nous essayons de répondre aux besoins et aux questions de nos gens\u201d 6.Dans cette affirmation au sujet du \u201cveto\u201d des évêques du Québec il y avait sans doute du vrai, mais aussi une part d\u2019ambiguïté que le débat qui suivit devait chercher à dissiper, mais sans trop de succès, semble-t-il, comme le révélera l\u2019intervention subséquente de Monseigneur Plourde.Mais d\u2019abord plusieurs évêques francophones sont intervenus l\u2019un après l\u2019autre pour tenter d\u2019expliquer l\u2019attitude des évêques du Québec.Monseigneur Charles Valois, tout en concédant qu\u2019il était vrai que les évêques du Québec avaient empêché la CECC d\u2019aller devant le comité mixte, a expliqué que ces évêques, en tant que pasteurs précisément de cette province, devaient nécessairement prendre en considération les attitudes du peuple du Québec devant le \u201cProjet de résolution\u201d constitutionnel tel que présenté par le gouvernement fédéral.Ils devaient également tenir compte de ce qu\u2019aux yeux des Québécois aussi bien qu\u2019à ceux des autres, la CECC est un organisme national qui ne représente pas seulement les autres provinces mais aussi le Québec.Or les évêques du Québec étaient convaincus que si la CECC était allée témoigner devant le comité mixte, \u201cà l\u2019intérieur\u201d du projet de rapatriement tel que conçu par le gouvernement fédéral (pour ne dire que ce que les évêques du Québec prévoyaient qu\u2019elle voudrait dire), ce geste aurait été interprété au Québec comme une légitimation de la démarche même du gouvernement fédéral, alors que celle-ci était vivement contestée au Québec.Les évêques du Québec étaient convaincus qu\u2019en de telles circonstances ce geste aurait donné prise à l\u2019interprétation, au Québec du moins, que les évêques du Québec, même indirectement par l\u2019intermédiaire de la conférence nationale qui les représente, avaient accepté de poser un geste à caractère proprement politique.Monseigneur Robert Lebel, de Valleyfield, se dit d\u2019avis que le silence que les évêques du Québec avaient demandé à la CECC de garder avait été mal jugé, quand on a cru que les évêques québécois ne voulaient pas promouvoir les droits humains.Dans leur demande que la CECC s\u2019abstienne, dit-il, la défense des droits humains n\u2019étaient pourtant pas directement la question en jeu.Monseigneur Lebel laissait alors entendre, semble-t-il, que la question directement en jeu était autre chose.Mais quoi, se demandera le public lecteur.Sans doute quelque chose que Monseigneur Lebel pouvait se permettre de simplement sous-entendre, parce que les évêques eux-mêmes devaient déjà le savoir et qu\u2019il était 6.\u201cBishops frankly debate constitution\u2019s impact\u201d, The Catholic Register, 13 novembre 1982, p.8; Le Devoir, 28 octobre 1982, p.2; La Presse, 28 octobre, p.A-3.Voir \u201cLes évêques canadiens et la question nationale\u201d, Relations, décembre 1982, p.330-333.14 RELATIONS assez délicat de prendre l\u2019initiative de le leur expliciter.Nos journalistes n\u2019eurent donc pas la chance de le tirer au clair dans leurs reportages.Toujours est-il que Monseigneur Lebel s\u2019est limité à l\u2019essentiel: dans les circonstances, les évéques du Québec devaient s\u2019objecter; autrement ils auraient donné l\u2019impression, au Québec du moins, d\u2019accepter d\u2019entrer dans l\u2019arène proprement politique, en permettant qu\u2019on interprète leur présence au comité mixte comme une prise de position en faveur d\u2019une option politique particulière (on croit deviner laquelle), ce qu\u2019ils considéraient qu\u2019ils n\u2019avaient pas le droit de faire.Ajoutant la réflexion que Jésus Christ dans sa prière sacerdotale (Jean 17), quand il priait pour l\u2019unité, ne priait pas pour la Confédération, Monseigneur Lebel conclut que c\u2019était tant mieux si la CECC n\u2019avait pas pris la parole au nom des évêques du Québec.L\u2019intervention de Monseigneur Bernard Hubert, de Saint-Jean-Longueuil, a une importance particulière.À l\u2019automne de 1980, quand se posa le problème du silence ou d\u2019une prise de parole de la CECC, c\u2019est lui qui fut le porte-parole des évêques du Québec, car il était membre du Comité exécutif et membre également du Conseil d\u2019administration de la conférence nationale à titre de représentant de la région du Québec.Pourquoi la CECC n\u2019a pas pris la parole à l\u2019occasion du débat sur la constitution?Monseigneur Hubert a surtout contribué à l\u2019expliquer de la façon suivante.Rappelant que différents groupes régionaux d\u2019évêques avaient déjà préparé ce qu\u2019ils désiraient exprimer ou voir exprimer, il posa la question: était-il possible à la CECC de prendre ensuite tous ces discours et d\u2019en faire, peut-être, une seule prise de position au nom de la conférence nationale?La CECC, de fait, n\u2019ayant pas réussi à le faire, sûrement pas, il ne restait aux évêques des diverses régions qu\u2019à développer, s\u2019ils le désiraient, un discours \u201cà plusieurs voix\u201d, en réagissant chacun à sa façon.A lire les journaux, on conclut qu\u2019à cette plénière Monseigneur Hubert a laissé dans l\u2019ombre les raisons pour lesquelles la CECC n\u2019a pas réussi le tour de force requis.Il semble bien faire allusion à un manque de cohérence quelque part entre certains discours originant des régions; et peut-être, à la difficulté de concilier les attitudes d\u2019évêques d\u2019autres régions que le Québec avec celles des évêques du Québec.La protestation énergique de Monseigneur Aurèle Plourde, d\u2019Ottawa, démontre à quel point en effet il peut être difficile d\u2019accorder les différents points de vue.Il a interprété les explications fournies par les évêques du Québec comme voulant dire que le fait d\u2019aller témoigner devant le comité mixte sur la constitution aurait pu cons- 7.The Ontario Conference of Catholic Bishops, \u201cBrief to the Special Committee on the Constitution of Canada, December 20, 1980 \u201d, 9 pages; Témoignage de la Conférence des évêques catholiques de l\u2019Ontario, mercredi 7 janvier 1981, Procès-verbaux et témoignages du Comité mixte spécial du Sénat et de la Chambre des communes sur la Constitution du Canada, fascicule no 33, p.58-87; JANVIER-FÉVRIER 1983 tituer un appui au rapatriement de la constitution et à la Confédération canadienne, et donc un geste politique.Lui-même et Monseigneur Alexander Carter étaient allés \u201ctémoigner\u201d, en effet, devant le comité mixte, le 9 janvier 1981, comme membres de la délégation de la Conférence régionale des évêques catholiques de l\u2019Ontario.Le mémoire écrit et le témoignage oral de cette délégation 7 défendaient certains droits fondamentaux qui préoccupaient les évêques de l\u2019Ontario: le droit de vivre qu\u2019a tout être vivant, de sa conception jusqu\u2019à sa mort naturelle; les droits des autochtones; les droits des catholiques à des écoles confessionnelles; \u201cla garantie de la position privilégiée des deux langues officielles, de façon à favoriser leur survie et à mettre en place les conditions qui permettront à chacune de se développer là où elle est de fait en position minoritaire, n\u2019importe où au pays\u201d, en insistant sur \u201cles aspirations légitimes de toute minorité francophone ou anglophone, dans chaque province ou territoire du Canada, à faire instruire ses enfants dans l\u2019une ou l\u2019autre langue officielle\u201d.Le malentendu entre les évêques de l\u2019Ontario et ceux du Québec s\u2019explique pour une bonne part par les circonstances fort différentes qui ont cours dans des régions différentes, l\u2019état de l\u2019opinion publique et de la situation politique en Ontario, par exemple, étant à l\u2019époque assez différent de celui qui régnait au Québec.Le fait pour les évêques de l\u2019Ontario d\u2019aller devant le comité mixte dire ce qu\u2019ils ont dit n\u2019était pas à leurs yeux un geste politique.Les évêques du Québec semblent par ailleurs avoir affirmé en plénière que le fait, non pas pour les évêques de l\u2019Ontario, mais pour la CECC représentant officiellement les évêques du Québec, de poser le même geste, pour ne dire que ce que les évêques de l\u2019Ontario ont dit, aurait été interprété au Québec, à cause d\u2019une situation politique tout à fait différente, comme impliquant un appui à certains points substantiels du \u201cProjet de résolution\u201d, et considéré par conséquent comme un geste politique.Les raisons profondes qui fondaient cette attitude des évêques du Québec ne paraissent pas avoir été clairement comprises par tous les évêques anglophones.L\u2019explication publique la plus claire qui ait été fournie jusqu\u2019ici du blocage qui eut lieu à la CECC fut en fait présentée par Monseigneur Hubert lorsqu\u2019il répondit, après la plénière, aux questions posées par un journaliste du Catholic Register de Toronto.Cette interview particulière peut servir à éclairer le public qui n\u2019a jamais eu l\u2019occasion de la lire.Il est regrettable qu\u2019elle ait échappé aux journaux de langue française de la province de Québec, comme d\u2019ailleurs il est pratiquement sûr qu\u2019elle a été généralement passée sous silence dans la grande presse anglophone du Canada.Monseigneur Hubert indiquait que le point central du désaccord ne portait pas sur les droits qu\u2019il fallait défendre dans la constitution.Pas du tout.Le désaccord est né du fait que les évêques du Québec, d\u2019une part, insistaient pour qu\u2019une position commune à la CECC inclue une déclaration à l\u2019effet que le rapatriement unilatéral de la constitution sans l\u2019accord du Québec serait inacceptable, tandis que, d\u2019autre part, \u201cles évêques anglophones n\u2019ont pas accepté cela\u2019\u20198.Pour mieux expliquer le concept de l\u2019unilatéralisme inacceptable, le reporter du Catholic Register cite alors 15 Ce qu\u2019on a appelé le \u201cveto\u201d des évêques du Québec à la CECC n\u2019y est donc pas venu seul, ni en premier lieu.Il y eut deux veto: le premier, celui de certains évêques anglophones refusant d\u2019inclure le désaveu de l\u2019unilatéralisme en question, puis le second, celui des évêques du Québec.au complet le long paragraphe numéro 9 de la déclaration que l\u2019Assemblée des évêques du Québec finit par publier le 29 janvier 1981, après ce refus des évêques anglophones.Le message de l\u2019AEQ appuie d\u2019abord les droits des autochtones, les droits de la communauté anglophone ou de la communauté francophone dans l\u2019ensemble du Canada, le droit à la vie, etc.(c\u2019est bien la preuve que les évêques du Québec ne s\u2019opposaient pas à ce que la CECC en parte).Ce même message affirme ensuite qu\u2019une constitution doit être acceptée par l\u2019ensemble d\u2019un peuple, en obtenant pour cela \u201cl\u2019accord des parties contractantes et des grands partenaires de l\u2019autorité publique\u201d, et que \u201ctoute modification substantielle de la constitution, pour des motifs enracinés dans la dualité fondamentale du pays, requiert l\u2019accord du Québec\u201d.Ces révélations faites par Monseigneur Hubert au Catholic Register paraissent très heureuses.Leur teneur sert à clarifier la situation et facilite ainsi la reprise du débat.Elle permet beaucoup mieux au public de se situer pour reprendre sa réflexion et franchir les étapes de l\u2019éducation qu\u2019il lui reste à accomplir.Elle le prépare plus facilement à apprécier les résultats que la poursuite du débat chez les évêques finira par lui offrir.Ce qu\u2019on a appelé le \u201cveto\u201d des évêques du Québec à la CECC n\u2019y est donc pas venu seul, ni en premier lieu.Il y a eu deux veto; le premier, celui de certains évêques anglophones refusant d\u2019inclure le désaveu de l\u2019unilatéralisme en question, puis le second, celui des évêques du Québec.Quand Monseigneur Alexander Carter et Monseigneur Plourde sont allés témoigner devant le comité mixte, ils se firent poser une question fort pertinente par un membre officiel du comité, le député McGrath.Ce fut la première question posée.Le député McGrath la présenta ainsi: \u201cVous représentez aujourd\u2019hui la Conférence ontarienne des évêques catholiques.Il existe bien sûr une conférence semblable à l\u2019échelle du Canada.Vous nous rendriez service en nous disant si vos opinions traduisent aussi les opinions de vos confrères de la Conférence des évêques catholiques du Canada\u201d.Monseigneur Carter répondit: \u201cEn ce qui a trait aux deux premiers points (de notre mémoire), je n\u2019ai aucune hésitation à répondre positivement.Remarquez cependant que nous n\u2019avons pas le mandat de parler au nom des évêques du Canada.Pour ce qui est des troisième et quatrième points, lesquels portent, plus précisément, sur l\u2019enseignement, domaine qui est de compétence presque uniquement provinciale, nous pourrions sans doute parler de garanties dans la Charte\u201d.Monseigneur Carter passa alors la parole au conseiller juridique de la Conférence des évêques de l\u2019Ontario, Monsieur Joseph Magnet.Celui-ci indiqua qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une présentation par la Conférence ontarienne et ajouta: \u201cla Conférence canadienne avait envisagé de présenter ses propres opinions au comité mixte, mais elle a jugé que l\u2019échéancier dudit comité ne lui permettait pas de faire la présentation qu\u2019elle aurait souhaitée\u201d.Le texte des \u201cProcès-verbaux et témoignages\u201d du comité consigne pour les historiens la conclusion tirée par le député McGrath: \u201cVous nous avez indiqué (you have alluded to the fact) que la Conférence canadienne des évêques catholiques n\u2019avait pas eu suffisamment de temps (there was not sufficient time) pour préparer un mémoire\u201d 9.Ce député, comme bien d\u2019autres, a-t-il vraiment cru que si la CECC ne s\u2019était pas présentée devant le comité mixte, c\u2019était simplement faute de temps?Les conséquences d\u2019un silence prolongé de la part de la CECC ne doivent pas être oubliées.Elle ne s\u2019est pas prononcée sur cette question particulière du problème constitutionnel, dans une situation qui évolue constamment, depuis plus de dix ans maintenant.On peut tenir pour très réalistes, à cet égard, les réflexions d\u2019un spécialiste en sociologie de la connaissance et en sociologie de la religion et histoire de l\u2019Église.\u201cLe silence comme la parole\u201d, dit-il, est un risque politique.\u201cLe silence est souvent la plus ambiguë des politiques: il laisse tout à penser\u201d.Quand un épiscopat se retranche dans une non-implication politique, qu\u2019est-il en train de dire?S\u2019il garde le silence et n\u2019arrête pas la pensée de l\u2019autre qui adhère à une politique injuste, pour lui renvoyer son erreur, alors le silence ne peut prendre un sens qu\u2019à l\u2019intérieur du cadre de pensée et de parole de l\u2019adversaire lui-même.Ce type de silence \u201cpeut être aussi bien attestation que contestation, mais on ne peut jamais dire qu\u2019il est politiquement vide\u201d.Distinguant la politique et le politique, on doit considérer que le politique est un lieu de mission, un terrain d\u2019évangélisation 10.S\u2019il faut évangéliser le politique, comme le reste, tout le politique, surtout s\u2019il est vrai, selon le mot de Pie XI, que c\u2019est le lieu \u201cde la plus haute charité\u201d, on peut conclure en précisant le risque suivant.Ne pas s\u2019opposer au procédé unilatéral utilisé pour imposer une loi constitutionnelle qui comporte des injustices, c\u2019est laisser faire un acte immoral sans protester, c\u2019est laisser libre cours à une opinion erronée, et cela comporte le risque qu\u2019une large tranche de l\u2019opinion publique déduise de l\u2019attitude des évêques que tout est dans l\u2019ordre, que ce qui se présente, dit-on, comme \u201clégal\u201d est également moralement acceptable.C\u2019est la responsabilité que prend le prophète qui ne \u201cprophétise\u201d pas.8.\tThe Catholic Register, 13 novembre 1982, p.8.9.\tProcès-verbaux et témoignages du Comité mixte spécial, fasc.no 33, p.61 -62.1 0.Raymond Lemieux, \u201cSacerdoce et politique: quelle innocence?\u201d, Concilium, no 177 (Le rôle politique de l'Église catholique), 1982, p.21-29.16 RELATIONS Les conséquences des attitudes de la conférence épiscopale canadienne sont peut-être plus graves à l\u2019intérieur du Québec, car ici les citoyens sont nécessairement placés plus directement en face des déclarations de leurs propres évêques.Ils se font dire, d\u2019une part, par l\u2019AEQ que cet unilatéralisme est moralement inacceptable et, d\u2019autre part, que le reste des évêques du Canada n\u2019a rien à dire à ce sujet.Ou bien les évêques du reste du Canada sont d\u2019accord avec les évêques du Québec, ou bien ils ne le sont pas.S\u2019ils sont incapables de dire qu\u2019ils sont d\u2019accord, c\u2019est qu\u2019ils ne doivent pas l\u2019être, se diront d\u2019aucuns.Et pour quelles raisons?Si les évêques des autres régions doutent de la position des évêques du Québec, pourquoi les citoyens du Québec ne douteraient-ils pas de celle des évêques du reste du Canada?Supposons par ailleurs que les évêques du reste du Canada aient été et soient d\u2019accord avec l\u2019AEQ sur sa position de fond, mais que leur objection se situe purement et simplement au plan de la prudence pastorale à exercer dans leurs propres régions.Cela voudrait-il dire, au minimum, que les chrétiens des neuf autres provinces ne sont pas prêts à entendre la parole de vérité, à accepter un geste prophétique de la part de leurs propres pasteurs?Serait-ce dire alors qu\u2019un seul Canada devient impossible?\u201cIl serait bon de reconsidérer la possibilité que la conférence nationale fasse une intervention commune\u201d, disait un évêque francophone vers la fin de la dernière plénière.Les valeurs évangéliques et les prises de position fondamentales qu\u2019elles inspirent sont à reprendre, surtout aux moments jugés stratégiques, en essayant de les clarifier et de les actualiser dans les nouvelles situations qui surgissent.Cela semble impliquer qu\u2019à l\u2019avenir, se plaçant devant sa propre déclaration d\u2019avril 1972, qui à l\u2019époque demeurait l\u2019énoncé d\u2019un simple principe bien abstrait du droit moral du Québec à l\u2019autodétermination, la CECC accepterait de l\u2019appuyer efficacement jusqu\u2019à en tirer les conséquences pratiques qui en découlent logiquement dans le contexte d\u2019aujourd\u2019hui.Autrement, le peuple chrétien aurait le droit qu\u2019on lui explique plus clairement qu\u2019une stratégie pastorale globale n\u2019est plus possible dans cette fédération qu\u2019est le Canada.La CECC nous rappelait en 1972 que \u201cl\u2019Église entend jouer à travers le changement, la recherche, la discussion, le rôle d\u2019une instance supérieure de rencontre, de justice, de dialogue, de communion\u201d.On se demande si le silence de la CECC, surtout depuis deux ou trois ans, ne soulève pas le problème de sa méthode de travail.Le débat en assemblée générale est-il suffisamment bien préparé par un échange préalable beaucoup plus poussé, à l\u2019intérieur d\u2019un groupe d\u2019évêques plus large que le comité exécutif?Le déblocage que les évêques semblent souhaiter pourrait peut-être s\u2019en trouver facilité.11.\u201cLa réconciliation et la pénitence dans la mission de l\u2019Église, conférence de presse de Monseigneur Tomko, secrétaire général du Synode des évêques\u201d, La Documentation catholique, 4 avril 1 982, p.354.1 2.\u201cSynod\u2019s Penance theme to have broad scope\u201d, The Catholic Register, 13 novembre 1982, p.24.13.\u201cPour une réconciliation authentique, Lettre des évêques de Belgique pour l\u2019Année sainte\u201d, La Documentation catholique, 2 juin 1 974, p.521-524.Pas de message tronqué Le Synode universel de 1983 portera sur le thème de la réconciliation et la CECC a déjà fait de ce thème l\u2019axe majeur de sa pastorale pour le Carême qui s\u2019en vient.Le secrétaire général du Synode des évêques a expliqué, en conférence de presse, que le thème choisi ne regarde pas uniquement la vie intérieure et sacramentelle de l\u2019Église.Il pourra contribuer au renouveau dans le monde, en abordant jusqu\u2019aux tensions et divisions qu\u2019on trouve \u201centre les différents groupes sociaux, économiques et politiques\u201d 11.Le pape Jean-Paul II a approuvé cette recommandation du Conseil du secrétariat du Synode à l\u2019effet qu\u2019on donne l\u2019interprétation la plus large possible au thème qu\u2019il avait lui-même choisi.À ce propos, le cardinal Emmett Carter, de Toronto, le seul membre canadien de ce Conseil, parlant du devoir chrétien de promouvoir la réconciliation \u201cen toute occasion\u201d, disait à la presse: \u201cnous parlons de la réconciliation à tous les niveaux; entre les individus; au sein des familles; entre les nations et, en vérité, among all people\u201d * 12.Les évêques de Belgique, pays difficile où les relations entre les deux grandes communautés linguistiques et culturelles sont fréquemment tendues, ayant à traiter de ce thème de la réconciliation, à l\u2019occasion de l\u2019Année sainte de 1975, en éclairent l\u2019idée en signalant certaines déviations possibles.De celles-ci, il y en a une sur laquelle ils insistent spécialement.Il y a, disent-ils 13, des réconciliations \u201cfaciles\u201d.Une action pacificatrice peut engendrer la résignation passive devant les situations abusives, en voilant parfois les vrais problèmes.Elle est alors un appel inacceptable et injuste.\u201cAinsi, on peut interpréter le message de paix de l\u2019Évangile d\u2019une façon unilatérale\u201d.Certains sont naturellement opposés à toute attitude critique et optent d\u2019instinct pour les situations établies.La condescendance et l\u2019esprit de conciliation peuvent freiner le développement authentique dans les domaines culturel, social, politique, voire même religieux.\u201cUne attitude plus combative est parfois la seule condition pour le renouveau de la justice\u201d.Pour ne pas vivre d\u2019un Évangile au rabais, il faut donc, au delà d\u2019une réconciliation \u201cfacile\u201d, accéder à la réconciliation \u201cauthentique\u201d.Car la réconciliation est une libération.Elle demande plus que l\u2019établissement de relations de sympathie.Exigeant une conversion radicale, elle consiste à réparer tout ce que Dieu et le prochain considèrent comme injustice.Ce renouvellement ne peut se limiter aux seules relations individuelles.Il contient aussi des obligations communautaires dont il faut s\u2019acquitter à l\u2019égard des groupes et des communautés.Ne pouvant se diluer en un vague sentiment de bienveillance, la réconciliation véritable exige étude et recherche se prolongeant dans une action concertée pour éliminer les causes de l\u2019injustice.Travailler à la réconciliation, c\u2019est engager le combat contre l\u2019injustice sous toutes ses formes.L\u2019aspect primordial de la réconciliation que leurs frères, les évêques de Belgique, ont si bien souligné, bien des chrétiens aimeraient que les évêques canadiens trouvent le moyen \u2014 au lieu de l\u2019esquiver \u2014, de l\u2019\u201cactua-liser\u201d dans notre contexte le plus récent.nillllllllllllllllll JANVIER-FEVRIER 1983 17 COMMENT RECEVRONS-NOUS LE PAPE?par Julien Harvey Le 11 novembre, Monseigneur Henri Légaré, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), annonçait de Rome qu\u2019une entente avait été conclue avec la Secré-tairerie d\u2019État du Vatican: le pape Jean-Paul II visitera le Canada pendant l\u2019automne 1 984.À la CECC, un comité spécial doit maintenant élaborer un itinéraire, un programme d\u2019activités et une liste de sujets à aborder: ces éléments seront ensuite discutés avec le Vatican; une visite papale se prépare de longue main.Julien Harvey se demande comment assurer au séjour ici de Jean-Paul II l\u2019impact le plus positif possible, qu\u2019il s\u2019agisse du style de son voyage, des auditoires qu\u2019il rencontrera ou du message qui nous sera proposé.ph.: Keystone ;> ¦ 'ê&Ttî ¦.\tHth rt** 4 Est-ce le simple déroulement de l\u2019histoire ou le projet de la Providence qui font alterner les papes plus sédentaires et les papes voyageurs?Toujours est-il que l\u2019un des traits particuliers de notre temps, que nous soyons chrétiens ou non, est que le pape est devenu un grand communicateur, un maître des foules, et qu\u2019il voyage.Et que ses voyages sont des événements marquants dans la vie, à la fois pour les peuples qu\u2019il rencontre et pour l\u2019Église des pays visités.La raison principale, en plus du charisme personnel de Jean-Paul II, en est que les voyages pontificaux sont très bien préparés et qu\u2019ils sont par conséquent originaux, adaptés, qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019Angleterre ou du Zaïre, de Puebla ou de Washington.Cette constatation, que chacun peut vérifier en lisant un ou deux volumes des discours de voyages de Jean-Paul II, devrait à elle seule nous faire réaliser que le succès ou l\u2019échec de la visite que nous fera le pape en 1984 se jouent actuellement, dans la constitution des comités de réception et dans les interventions directes qui peuvent rejoindre les bureaux du Vatican déjà occupés à planifier le voyage.C\u2019est aussi ce qui motive les réflexions qui suivent, réflexions qui voudraient contribuer à assurer à la visite du pape l\u2019impact le plus positif possible.Le style En bons diplomates, nous devrons sans doute composer, en inventant un style de réception intermédiaire entre celui du Vatican et le nôtre.Mais ceci dit, il faudrait vraiment éviter la réception fastueuse.Pour plusieurs raisons.La première est que nous sommes, malgré toutes nos difficultés actuelles, un pays qui n\u2019a pas à démontrer sa prospérité devant ses visiteurs et encore moins devant ses propres citoyens.La seconde est que nous sommes précisément en période d\u2019austérité, un temps où toutes les manifestations de faste semblent déplacées.La troisième est que nous avons, du côté québécois, une longue tradition de mécontentement devant les visites royales, dont les dépenses se chiffrent habituellement dans les millions et dont nous devons payer la note.Cette situation est sans doute unique au monde, sauf peut-être pour l\u2019Australie; tous les autres pays ne reçoivent pas leur souverain mais le fêtent chez eux! Mais une raison plus profonde d\u2019éviter l\u2019option fastueuse est que nous vivons sous un type de gouvernement qui n\u2019est ni royal ni même présidentiel, dont le style doit être naturellement modeste.Ce à quoi nous sommes le plus habitués et le moins réfractaires, ce sont les rencontres de premiers ministres.La simplicité et le caractère à la fois moderne et correct de ces rencontres me semblent devoit dicter le style de notre accueil au pape.Il serait intéressant de réfléchir davantage sur le titre de \u201cpremier ministre du Christ\u2019\u2019 comme titre pontifical parfaitement adapté, sur le plan théologique; et une telle réflexion pourrait dicter de saines corrections au protocole hérité de Byzance et encore trop marqué dans les réceptions d\u2019Église, malgré des progrès visibles depuis le Concile.18 RELATIONS Une telle attitude pourrait réduire la suite papale, qui a parfois rejoint jusqu\u2019ici les trois cents personnes.Malgré les risques plus sérieux maintenant, nous avons déjà ici tous les mécanismes de sécurité requis et nous avons même des soldats qui n\u2019ont rien d\u2019autre à faire.Cette même attitude pourrait aussi réduire les costumes officiels.Du côté de l\u2019État, fédéral comme provincial, il serait étonnant qu\u2019on voie apparaître des attirails d\u2019une autre époque.Il serait souhaitable que l\u2019Église ne pense pas bien faire en ressuscitant pour une semaine les vêtements d\u2019avant-Vati-can II, qu\u2019il s\u2019agisse des soutanes rouges ou noires, des costumes des religieuses, des parades d\u2019enfants ou de chanoines.Et si quelqu\u2019un pouvait suggérer au pape de porter occasionnellement, surtout en dehors des grandes foules, un vêtement plus simple que ses éblouissantes soutanes blanches, un simple clergyman classique, il ajouterait sans doute à la qualité de l\u2019image pontificale chez nous.Dans la même veine, pourquoi ne pas lui suggérer de ne pas baiser le ciment de nos aéroports en descendant d\u2019avion; de bonnes poignées de main suggéreront assez son affection pour notre pays.Ces réflexions exigent sans doute des corrections lorsqu\u2019on aborde la partie anglophone du pays.Il faudra que les conseillers du pape soient bien conscients du goût plus prononcé des Canadiens anglais pour les spectacles historiques, pour les évocations du passé militaire et pour les cadeaux symboliques.Mais que ces mêmes conseillers soignent particulièrement le style de ce qui se passera à Ottawa.Les assemblées et les auditoires Nous avons tous vu à la télé les immenses assemblées suscitées par la venue du pape dans les pays du soleil.Il sera tentant de les répéter ici.Mais tous savent que nous n\u2019avons aucunement l\u2019habitude de ces assemblées gigantesques.Notre climat ne les favorise pas et peut les ruiner en quelques minutes (qu\u2019on songe à l\u2019échec du congrès international des Chevaliers de Colomb à Montréal l\u2019an dernier).Enfin, nous n\u2019avons ni les places publiques ni les stades qui sont requis pour ces assemblées, à l\u2019exception peut-être du Stade olympique de Montréal.Ce sont là des données réalistes dont il ne faudrait pas s\u2019éloigner.Ce n\u2019est nullement le temps de se mettre à construire des estrades immenses.Plutôt que de multiplier les grandes assemblées, surtout dans les régions moins peuplées, pourquoi ne pas envisager que le pape parle occasionnellement devant les caméras de télévision, en studio.Qu\u2019on prévoie également un doublage rapide à la télévision lorsque la pluie vient ruiner une célébration prévue en plein air.Une deuxième réflexion importante sur les auditoires est que le pape a l\u2019habitude de rencontrer des auditoires spécialisés: les pauvres, les jeunes, les minorités, les prêtres, les religieux et religieuses.Toutes ces catégories, si on ne les envisage pas de la bonne façon, risquent de ne pas paraître ce qu\u2019elles sont, c\u2019est-à-dire les auditoires préférés du Christ.D\u2019abord les pauvres.Ils seront peut-être encore moins visibles ici qu\u2019en Angleterre lors de la visite du pape.Et pourtant il y a 25% de pauvres chez nous.Ils seront mêlés aux auditoires de classe moyenne ou ils seront à regarder la télévision.Par conséquent, il faudra suggérer au pape de s\u2019adresser à eux dans chacun de ses discours, comme à un quart de son public au moins.Et lui rappeler aussi que pratiquement tous ceux qu\u2019il rencontrera personnellement seront des bourgeois.Et il me semblerait étrange qu\u2019on aille imaginer, pour compenser, quelque visite à un bidonville ou à une favela québécoise! Est-il possible, surtout en milieu québécois, d\u2019organiser une vaste rencontre de jeunes qui ne soit pas factice?Si on tient compte du fait que les jeunes sont actuellement si peu organisés au niveau national, si peu organisés aussi dans l\u2019Église, si on tient compte aussi de leur décrochage massif de la rencontre et de l\u2019assemblée chrétiennes, on risque beaucoup le folklore, du type \u201cJohn Paul wants you!\u201d, proche des concerts rock.Si on prend tout de même le risque d\u2019organiser de telles rencontres, il ne faudra pas le faire sans la participation des jeunes eux-mêmes à l\u2019organisation.Les minorités peuvent aussi transformer en folklore la visite papale.Autant et plus qu\u2019aux États-Unis il sera en pays d\u2019immigrants.Si on s\u2019engage dans cette voie, il faut bien se rendre compte qu\u2019on fait une option politique, celle du pluralisme culturel du Canada, vis-à-vis de l\u2019option biculturelle.Il me semble qu\u2019il faut plutôt opter pour le biculturalisme, avec une seule exception, celle des Amérindiens.Si on peut inventer une participation amérindienne qui soit authentique, respecte leur identité et Depuis 65 ans, l\u2019Action Nationale analyse les événements sociaux, politiques et économiques et fait le point sur la situation du Québec.De fait, c\u2019est la plus ancienne des revues québécoises, mais également la plus engagée.De Lionel Groulx, à nos jours, l\u2019Action Nationale a su s\u2019adjoindre des collaborateurs de renom, qui ont marqué leur époque.Soyez mieux informé et passez, vous aussi, à l\u2019Action.Nationale! Remplir le coupon et le retourner à: l'Action Nationale, 82 rue Sherbrooke ouest, Montréal, QC H2X 1X3 Téléphone: (514) 845-8533 1 Action.X AT I ON A LE r-i ; Je m\u2019abonne ; \t\t \t\t Ville\t\t Abonnement\t1 an ( 10 numéros)\t2 ans (20 numéros) Québec\t?25S\t?45S Autres pays\t?30S\t?50S Abonnement\t\t de soutien\t?35S et plus\t L.-.J JANVIER-FÉVRIER 1983 19 leur pluralisme religieux, on aura assuré une partie significative de la visite.Quant au biculturalisme fondamental, j\u2019y reviens plus loin.Les prêtres, les religieux et les religieuses posent chez nous un problème spécial.Et d\u2019ailleurs ce n\u2019est pas seulement chez nous.Il s\u2019agit d\u2019un élément des voyages pontificaux qui a été jusqu\u2019ici traité de façon discutable, à mon avis.Nous sommes en plein milieu d\u2019un vaste effort de libération des femmes et il se pourrait que dans un pays comme le nôtre il ait des chances de réussir.Ce serait un événement significatif si le pape voulait bien s\u2019y associer, ou du moins ne pas le contredire, en évitant de se laisser continuellement entourer d\u2019hommes au cours de sa visite.Cela veut dire concrètement que les concélébrations monstres devraient être évitées, tout comme les estrades d\u2019honneur ou les tables d\u2019honneur de réceptions entièrement composées d\u2019hommes, évoquant immanquablement le praesidium moscovite; cela veut dire également qu\u2019on respectera, lors de la visite papale, la réalité de la Conférence religieuse canadienne, qui associe les religieuses et les religieux dans le même regroupement, évitant ainsi le ridicule incident de l\u2019assemblée exclusivement féminine lors du voyage de Jean-Paul II en Espagne.Dans ce même contexte, ajoutons qu\u2019il serait peu convenable d\u2019imposer aux prêtres, religieux et religieuses de revenir pendant une semaine au port de costumes abandonnés depuis longtemps, sous prétexte d\u2019étiquette pontificale.Deux pays en un Le Vatican a une haute réputation dans le domaine de la diplomatie.Le pape Jean-Paul également.Mais il demeure que nous sommes actuellement dans une des périodes les plus tendues de notre histoire politique, même si nous sommes moins spectaculaires que les Irlandais ou que les Basques.Il serait assez étonnant qu\u2019on tente de politiser à gauche le voyage pontifical, qu\u2019on l\u2019invite à reprendre, sur un balcon d\u2019hôtel de ville, la phrase fameuse du général de Gaulle.Mais il est assez probable qu\u2019on tentera de le politiser à droite, de lui faire appuyer le fédéralisme canadien au nom de l\u2019unité de Dieu ou de l\u2019unité de l\u2019Église.Dans un tel contexte, quelques précautions sont de mise.Par exemple, qu\u2019on ne pousse pas l\u2019État, qu\u2019il soit fédéral ou provincial, à investir beaucoup dans les réceptions, même si les réceptions d\u2019Église doivent ainsi paraître plus modestes.De même, qu\u2019on évite le plus possible l\u2019usage des moyens de l\u2019État pour la réception: avions,, armée, édifices nationaux.Le payeur de taxes non catholique en sera d\u2019autant plus reconnaissant.Une question plus importante est l\u2019usage de l\u2019anglais et du français.Il faut éviter à tout prix qu\u2019un discours de portée nationale soit prononcé uniquement en anglais ou uniquement en français.Il faut également que le caractère bilingue d\u2019Ottawa soit marqué, tout comme le caractère français du Québec.Et qu\u2019on ne laisse pas les groupes ethniques entraîner le pape dans des litugries ou des manifestations folkloriques où le polonais serait placé à côté du français comme un des ingrédients de la culture canadienne.Je ne veux pas reprendre le débat actuel de la Conférence des évêques sur les questions politiques canadiennes1.Mais il est de toute façon évident que l\u2019entente ou les désaccords entre les évêques anglophones et francophones du pays au sujet de l\u2019organisation concrète de la visite modifieront une fois de plus les tensions à l\u2019intérieur de la CECC.D\u2019où l\u2019intérêt de critères concernant la répartition du temps de la visite, l\u2019importance accordée aux régions à forte proportion de catholiques, le souci des groupes minoritaires plus considérables, qu\u2019il s\u2019agisse des francophones d\u2019Ontario ou du Nouveau-Brunswick ou des anglophones du Québec, les péréquations du financement de toute l\u2019entreprise.Et plusieurs Églises Le pape Jean-Paul s\u2019est comporté très différemment selon qu\u2019il s\u2019est trouvé en pays massivement catholique, comme en Espagne ou au Mexique, ou en pays d\u2019Églises divisées, comme aux États-Unis ou en Angleterre.Même si l\u2019oecuménisme, qui a fait un bon bout de chemin chez nous, est un peu en veilleuse à l\u2019heu- re actuelle dans la pensée des chrétiens, le caractère oecuménique de la visite pontificale me semble avoir une grande importance.Et une importance plus grande en milieu anglophone, où se concentre la majorité protestante et anglicane.Et c\u2019est à l\u2019Église catholique de se soucier d\u2019accorder une place fraternelle aux autres confessions chrétiennes dans les rencontres avec le pape.C\u2019est aussi à elle de suggérer au pape d\u2019exprimer sa gratitude pour la solidarité des Églises dans les questions de justice et de charité sociales.Et d\u2019éviter d\u2019accentuer des points de division entre les Églises.Le message de la visite Ayant déjà plus de vingt voyages derrière lui, le pape Jean-Paul a bien montré que son souci de contact direct avec les Églises se double d\u2019un souci de transmettre à chaque occasion un message.Ce message est sans doute choisi par lui et dirigé par sa connaissance du monde et son leadership inspiré.Mais il serait étonnant que l\u2019Église locale n\u2019ait pas collaboré à l\u2019orientation de ce message.Or, il me semble que dans un pays ¦ soucieux de démocratie comme le nôtre il serait peu convenable que cette influence s\u2019exerce par un lobbying secret de quelques personnes.La tradition des \u201cminutes\u201d où on suggère l\u2019orientation des interventions du pape existe encore; un comité de la CECC, avec quelques consultations hors des milieux ecclésiastiques, pourrait faire ici un bon travail.De toute façon, tout en laissant au pape sa liberté d\u2019intervention, il seta bon de souhaiter que sa parole ne se tourne pas d\u2019abord vers des réalités internes de l\u2019Église, qu\u2019il s\u2019agisse de la contraception, de la pratique sacramentelle ou du costume des religieuses; il y a là uniquement matière à mécontentement, sans grand espoir d\u2019amener un changement dans les coeurs.Si on regarde plus particulièrement le Québec, il me semble 1.Irénée Desrochers, \u201cLes évêques canadiens et la question nationale\u201d, dans Relations, décembre 1982, p.330-333; voir aussi, dans la présente livraison, la suite de cet article.20 RELATIONS evident que les gens y sont beaucoup plus sensibles à l\u2019exhortation chaleureuse qu\u2019à l\u2019impératif.Sur le plan de l\u2019action de l\u2019Église dans la société, deux lignes d\u2019intervention me semblent mieux correspondre à ce que nous sommes: celle de la contribution évangélique à la dignité humaine et sociale, un thème qui a fortement marqué la visite de Jean-Paul II en France, et celle de la dénonciation vigoureuse de nos péchés collectifs.Sa parole peut contribuer fortement à conscientiser le pays à notre exploitation paisible mais méthodique du tiers monde, à notre dureté et à notre égoïsme à l\u2019égard des plus faibles et des victimes de notre système économique, à notre violence dans la vie familiale, dans le travail et dans la lutte sociale, à notre racisme croissant.Il y a bien longtemps que nous vivons en paix en pratiquant les anti-béatitudes, comme nous le rappelle périodiquement Jean Vanier.Avec tout de même la nostalgie de redevenir chrétiens.La parole du pape Jean-Paul peut faire beaucoup ici, si elle s\u2019appuie sur le Sermon sur la montagne et nous parle passionnément de Jésus, sans glose.\u2014 De même, le thème de la dignité humaine et des droits de la personne peut davantage rejoindre ceux qui ont pris leurs distances vis-à-vis de l\u2019Église et tous ceux qui n\u2019en font pas partie.Peu de voix sont aussi capables d\u2019en bien parler que le pape Jean-Paul.À ce thème du message, il me semble qu\u2019il faut ajouter ceci: plusieurs parmi nous souhaiteront sans doute que la visite comprenne, comme quelques autres voyages du pape actuel, une canonisation ou une béatification.Il est bien difficile d\u2019évaluer à deux ans de distance l\u2019impact d\u2019un tel geste.Mas il me semble que si on décidait en faveur d\u2019une canonisation, il faudrait éviter qu\u2019elle monopolise l\u2019intérêt et fasse oublier le reste.Il faut aussi ajouter une autre réflexion, à propos de la presse.Le me-sage ne passera, malgré le charisme extraordinaire du pape, que si la presse sait le relayer.En conséquence, même si on veut être modeste dans les investissements sur la visite papale, il ne faut pas hésiter à investir dans la formation et l\u2019information des journalistes plusieurs mois avant la venue du pape.Si on ne le fait pas, il nous restera, comme cela a été le cas pour le Concile, une image floue faite de potins et de menaces d\u2019attentats.Un défi pour maintenant Bien d\u2019autres projets et d\u2019autres soucis occuperont l\u2019Église et les divers paliers gouvernementaux d\u2019ici la visite du pape.Mais la qualité de l\u2019événement dépend de décisions prises très tôt, dès la formation des comités de préparation.On l\u2019a bien vu lors de l\u2019Expo, des Jeux olympiques, si on peut citer deux événements qui nous disent à la fois ce qu\u2019il faut et ne faut pas faire.Tout ce qui est fait en retard, dans de tels domaines, coûte beaucoup plus cher que prévu, provoque des querelles et ne satisfait finalement personne.Ceci est d\u2019autant plus vrai, dans le cas de la visite du pape, que plusieurs auront intérêt à se mettre de l\u2019avant, y compris les experts du Vatican, pour associer leur image à celle de Jean-Paul II.Rien n\u2019illustre aussi bien ce fait que deux banderoles brésiliennes lors du récent voyage du pape: \u201cJean, tu es notre frère\u201d et \u201cLa famille Coca-Cola accueille Jean-Paul II\u201d! Le 16 décembre 1982 illllllliliiiimiiii LE CORTÈGE DES FOUS DE DIEU: UN THÉOLOGIEN DEVANT LES SECTES par Éric Foucart professeur au Cégep de Limoilou Le phénomène de la marginalité religieuse n\u2019a pas fini de faire parler de lui; en témoigne la production littéraire et audiovisuelle qui lui est très régulièrement consacrée.Malgré l\u2019abondance de cette production, il reste un vide à combler entre l\u2019information journalistique, souvent superficielle, entachée des préjugés de 1.\tRichard Bergeron, Le cortège des fous de Dieu, Montréal, Éditions Paulines, 1982, 512 p.2.\tAlain Woodrow, Les nouvelles sectes, Paris, Seuil, 1977, 188 p.Jean Vernette, Sectes et Réveil religieux.Quand l\u2019Occident s\u2019éveille., Mulhouse, Salvator, 1976, 200 p.Jean-Pierre Gosselin et Denis Monière, Le trust de la foi, Montréal, Québec-Amérique, 1978, 166 p.sa clientèle, et la critique scientifique, surabondante dans le cas qui nous occupe, mais inaccessible au public.D\u2019où l\u2019intérêt du Cortège des fous de Dieu 1 que vient de publier Richard Bergeron, professeur à la faculté de théologie de l\u2019Université de Montréal.Cet ouvrage fait suite à d'autres oeuvres de vulgarisation; celles entre autres, d\u2019Alain Woodrow et Jean Vernette, en France, de Denis Monière et Jean-Pierre Gosselin, au Québec 1 2.Bien que le public visé semble sensiblement le même, le livre de Bergeron se démarque heureusement de ses prédécesseurs par l\u2019ampleur des données recueillies, qui sont le fruit de six ans de travail d\u2019équipe, et par le sérieux de l\u2019information scientifique considérée.L\u2019originalité du Cortège des fous de Dieu, en tant qu\u2019ouvragé de vulgarisation, réside dans le fait qu\u2019il est un produit direct de la recherche universitaire.21 JANVIER-FÉVRIER 1983 Le point de vue L\u2019auteur annonce, dès les premières pages que son \u201cétude ne se situe ni dans une perspective.de psycho-sociologie religieuse, ni dans une perspective socio-politique\u201d (p.1 4).Sa perspective est, dit-il, chrétienne.Ce choix nous a causé, tout au long de la lecture, un problème, voire un malaise.Au dire de R.Bergeron, ces perspectives politiques, sociologiques, psychologiques \u201claissent échapper justement ce qu\u2019il y a de spécifique, d\u2019unique et d\u2019irréductible dans le phénomène, nous voulons dire son caractère sacré\" (p.14).Mais l\u2019approche chrétienne aurait-elle le privilège de ne rien laisser dans l\u2019ombre?La vision chrétienne nous paraît être un prérequis métaphysique à la recherche, non pas une méthode d\u2019approche pouvant concurrencer les approches scientifiques habituelles.Il nous semble, au contraire, que ces dernières auraient pu aider l\u2019auteur à mettre de côté, autant que faire se peut, ce prérequis métaphysique dont la présence persistante nuit parfois à l\u2019objectivité de l\u2019ensemble.\u201cOn ne comprend bien l\u2019expérience d\u2019un autre qu\u2019à travers l\u2019expérience analogue que l\u2019on vit\u201d (p.15); c\u2019est faire peu de cas, selon nous, du recul nécessaire au chercheur face à son objet, recul que seuls rendent possible la démarche scientifique et l\u2019oubli de ses propres convictions, l\u2019\u201cathéisme méthodologique\u201d.Une ambiguïté pèse donc sur l\u2019ouvrage: l\u2019ensemble est fortement teinté par les réactions du théologien catholique, mêlées à d\u2019inévitables emprunts aux sciences non théologiques, d\u2019ailleurs abondamment invoquées en référence.Nous croyons, pour notre part, que cette étude théologique, excellente par ailleurs, aurait encore gagné en clarté si ses prérequis avaient été plus clairs et plus suivis, au plan de l\u2019opposition et de la composition entre sciences et théologies.De toutes façons, aucune approche ne peut prétendre dire l\u2019\u201cessence\u201d du sacré 3.Soulignons, au passage, une autre ambiguïté: l\u2019auteur se présente comme chrétien.Mais de quel christianisme?On pouvait, en 1975, compter 220 dénominations chrétiennes4.Il semble que par christianisme il faille entendre ici la plupart du temps catholicisme, ce qui est un peu différent: christianisme n\u2019est pas synonyme de catholicisme, ce dernier étant une dénomination parmi d\u2019autres.En fait, que l\u2019auteur considère le catholicisme comme le christianisme le plus authentique relève de ses prérequis personnels et n'est pas discutable, mais pourquoi tenter de le cacher?Le mot \u201ccatholique\u201d est pratiquement absent, mais la vision est essentiellement catholique: un pasteur luthérien aurait écrit différemment sur bien des points.Cette confusion volontaire christianisme-catholicisme produit des remarques comme celle-ci: la secte (chrétienne) met en échec les principes fonda- mentaux du christianisme, sapant les bases mêmes du régime chrétien (p.369)! Il faut lire, je crois: du christianisme tel que vu par le catholicisme, à moins que l\u2019auteur n\u2019entende refuser à tout ce qui n\u2019est pas romain le titre de chrétien authentique.L \u2019enquête sur les causes En ce sens, l\u2019ouvrage manque parfois d\u2019objectivité, malgré les indéniables efforts de l\u2019auteur.Les pages sur la gnose 5 échappent à ce danger: elles sont d\u2019une clarté, d\u2019une profondeur et d\u2019une objectivité rarement atteintes, à notre connaissance, sur ce sujet et dénotent de la part de l\u2019auteur une connaissance et un esprit de synthèse qui nous ont tout simplement séduit.Elles dénotent aussi peut-être une certaine sympathie pour le sujet.Par contre, il semble que bien souvent l\u2019Église catholique soit surprotégée; nous nous serions attendus par exemple à une élaboration plus grande des causes historiques présidant à la résurgence \u2014 concept fondamental apporté par R.Bergeron \u2014 des nouveaux mouvements religieux.Certes, les causes \u201cexternes\u201d sont rappelées: la sécularisation, la robotisation de l\u2019homme, la crise de la modernité, etc.(p.9-11 ).Mais fallait-il passer sous silence la responsabilité de l\u2019Église catholique?Ou au contraire, en démonter sans fausse pudeur les mécanismes, les dénoncer pour mieux les corriger?L'émergence de la marginalité religieuse pose, me semble-t-il, des questions fondamentales aux grandes Églises, et il aurait été réconfortant de voir que les erreurs passées n\u2019étaient pas niées des institutions traditionnelles, que celles-ci conservaient une revigorante capacité d\u2019autocritique.Car ce ne sont pas les sectes qui ont miné l\u2019hégémonie catholique, l\u2019auteur le souligne fort bien: c\u2019est le recul de l\u2019institution qui a créé le vacuum nécessaire.Et pourquoi ce recul, cause de tout?Avant d\u2019être attiré par une secte, le futur converti est avant tout un être déçu; pourquoi?R.Bergeron ne l\u2019établit pas nettement.Je croirais important de rappeler clairement les erreurs de l\u2019Église, d\u2019une Église qui fut, dans un passé pas toujours lointain, contre la démocratie, contre le libéralisme, contre le syndicalisme, qui trop souvent soutint les riches contre les pauvres 6.Une religion de cérémonie, de pouvoir et de contrainte se meurt 7 et le Québec en fournit un bon exemple: l\u2019abbé Nive Voisine souligne que l'Église du Québec s\u2019opposa successivement au syndicalisme, à l\u2019instruction obligatoire, au vote des femmes 8.Et que penser de tel Témoin de Jéhovah ne sachant aujourd\u2019hui ni lire, ni écrire, parce qu\u2019il n\u2019a pas le droit de fréquenter l\u2019école catho- 3.\tVoir à ce sujet l\u2019article de Jean Séguy, \u201cPanorama des sciences des religions\u201d, in: Introduction aux sciences humaines des religions, symposium recueilli par H.Desroche et Jean Séguy, Paris, Cujas, 1 970, p.37-52.4.\tClaude-Jean Bertrand, les Eglises aux Etats-Unis, Paris, Presses Universitaires de France, 1975, 128 p.5.\tNous faisons référence aux chapitres X et XI, p.241 à 286.6.\tQuelques déclarations du Pape Benoit XV, en 1920: \u201cLes plus élevés s\u2019abaisseront vers les plus humbles et les traiteront non seulement avec justice, mais encore avec bienveillance, douceur et patience; les humbles, de leur côté, se complairont dans la prospérité des personnes élevées .Les riches doivent être généreux et équitables, les pauvres doivent supporter les maux inévitables avec la résignation et le courage que donne l\u2019espérance des biens éternels .22 Quand les pauvres attaquent les riches comme si ces derniers s\u2019étaient emparés du bien d\u2019autrui, ils agissent non seulement contre la justice et la charité, mais aussi contre le bon sens\u201d.Cité par Henry Marc-Bonnet, in: La papauté contemporaine, Paris, Presses Universitaires de France, 1951, p.62 et 64.7.\tCf.l'ouvrage magistral de Jean Delumeau, Le christianisme va-t-il mourir?, Paris, Hachette, 1977, 214 p.Jean Delumeau est catholique, professeur d\u2019histoire de l\u2019Église au Collège de France.8.\tNive Voisine, Histoire de l\u2019Église catholique au Québec, 1608-1970, Montréal, Fides, 1971, 112 p.Voir aussi la monographie de Collette Moreux, Fin d\u2019une religion?Monographie d\u2019une paroisse canadienne-française, Montréal, Presses de l\u2019Université de Montréal, 1969, 486 p.et l\u2019étude de Nadia F.Eid, Le Clergé et le pouvoir politique au Québec, Montréal, Hurtubise HMH, 1978, 320 p.RELATIONS lique?Dénoncer les erreurs passées, c\u2019est ouvrir la voix aux solutions possibles, c\u2019est aussi inventorier les erreurs persistantes, encore actuelles, erreurs passées et présentes qui ne peuvent que faire le bonheur des sectes .Le fondamentalisme Cette surprotection de l\u2019institution catholique, on la sent en filigrane dans certaines attaques, un peu trop dures parfois, à l\u2019égard surtout des sectes chrétiennes.Les pages sur le fondamentalisme, l\u2019eschatologisme9, sont d\u2019un très grand intérêt, théologiquement parlant, car l\u2019auteur y met bien en valeur la position de l\u2019Église qui allie les contraires dans un équilibre délicat.Bien sûr, le fondamentalisme et l\u2019eschatologisme contiennent en eux-mêmes la négation des bases mêmes de la catholicité, puisqu\u2019ils se veulent un retour à la foi du temps de Jésus et effacent deux millénaires d\u2019interprétation, sciant ainsi, si j\u2019ose dire, la branche où est assise l\u2019Église.Mais ne convenait-il pas, en plus, de donner les raisons qui expliquent ce double phénomène?Le fondamentalisme trouve sa source dans un principe bien simple: Dieu a dit, dans la Bible, tout ce qu\u2019il avait à dire, le reste n\u2019est que discours d\u2019hommes.Seule compte la Bible.Non pas que le fondamentalisme nie l\u2019histoire, il ne fait qu\u2019y nier la présence active de Dieu: l\u2019homme est aux prises avec lui-même et Dieu le jugera.Le recours au fondamentalisme s\u2019observe dans toutes les religions 10, à chaque époque de crise: il semble le seul recours possible d\u2019une foi menacée, divisée, ou au contraire trop élitiste, trop \u201cmentale\u201d, accessible à une minorité très cultivée parce que faisant appel à des concepts théologiques très sophistiqués.Sans l\u2019endosser, le fondamentalisme des sectes, loin de là, nous le comprenons pourtant: il est la réaction instinctive de l\u2019homme de la rue, qui ne sait plus à qui se fier, et qui décide de s\u2019en remettre à ses propres moyens, souvent limités.Et la seule référence possible, c\u2019est de chercher à \u201ccoller\u201d à la foi du temps de Jésus, la seule, pensent beaucoup de sectateurs, qui soit vraie, pure, authentique, je serais tenté de dire, normative.Le danger?Je ne crois pas que les nouvelles religions soient dangereuses.J\u2019ai toujours pensé qu\u2019en ces choses, le pluralisme a du bon, car il donne à chacun la chance d\u2019adopter le vêtement religieux qui, pour des raisons qui ne regardent que lui, lui convient.Le seul danger que l\u2019on peut y voir se situe au niveau de ce que j\u2019appellerai un certain \u201cmarketing\u201d: les différentes confessions 9.\tChapitre IX, p.227-237.10.\tIl suffit de constater l\u2019évolution de l\u2019Islam en Iran .11.\t\u201cL\u2019impossible dialogue\u201d, p.384-389.12.\tIls sont d\u2019ailleurs d\u2019une valeur inégale.Citons les principaux: Claude Petit-Castelli, Les sectes-enfer ou paradis?, Paris, Éditions de Messine, 1979, 192 p.Fanny Cornuault, La France des sectes, Paris, Tchou, 1978, 342 p.Jean-Marie Leduc et Didier Deplaige, Les nouveaux prophètes, Paris, Buchet-Castel, 1978, 366 p.Christian Plume et Xavier Pasquini, Encyclopédie des sectes dans le monde, Paris, Éditions Alain LeJeune, 1980, 482 p.Dominique San-dri, À la recherche des sectes et sociétés secrètes d'aujourd'hui, Paris, Presses de la Renaissance, 1978, 286 p.religieuses se disputent une clientèle limitée.Mais la quantité ne remplace pas la qualité.Les catholiques qui vivent une expérience authentique et enrichissante n\u2019auront pour la marginalité religieuse qu\u2019un réflexe épisodique de curiosité.Les autres, ceux qui ne vivent rien, dont la religion n\u2019est qu\u2019une adhésion théorique à une part de leur héritage culturel, auraient \u2014 et je me démarque ici de la pensée de R.Bergeron 11 \u2014 tout intérêt à lire, discuter, comparer: c\u2019est à ce prix qu\u2019ils mûriront, qu\u2019ils apprécieront et connaîtront vraiment leur Église d\u2019origine et aussi les autres.Le bouillonnement des idées, l\u2019observation des autres, de leurs expériences, le \u201cmagasinage\u201d si j\u2019ose dire, ne peuvent qu\u2019être positifs pour l\u2019individu en recherche: il finira bien par trouver \u201cchaussure à son pied\u201d, et l\u2019Église catholique ne devrait pas craindre de perdre des adeptes tièdes; mieux vaut, je crois, un mormon convaincu, épanoui, qu\u2019un catholique pour qui la foi se réduit à des gestes stéréotypés, pour qui la foi ne fournit pas de guide de vie.Les grandes Églises, tout comme les mouvements religieux marginaux, ont tout à gagner de l\u2019authenticité qui peut naître de la remise en question personnelle, de la comparaison et du choix, aujourd\u2019hui enfin possible.Une oeuvre monumentale L'ouvrage de Richard Bergeron peut faire l\u2019objet de bien des critiques.Il est une oeuvre monumentale, et, comme telle, sujette à des faiblesses, dont nous avons signalé celle qui nous paraît la plus importante.Il n\u2019en reste pas moins que ce livre passionnant, \u2014 quoique un peu ardu à lire \u2014, n\u2019a pas d\u2019équivalent dans son genre, à notre connaissance.Il est une magistrale \u201cdéfense et illustration\u201d de la foi catholique, d\u2019un niveau théologique très élevé.Délaissant les sentiers battus de l\u2019analyse scientifique, de la simple recension ou du bon journalisme, l\u2019auteur entraîne son lecteur dans les méandres de la pensée religieuse, de la foi dans ce qu'elle contient d\u2019objectivable et de rationalisable \u2014 donc de communicable; il démonte les mécanismes subtils en jeu depuis la fondation du christianisme, les oppositions, les compromis, les enjeux; cet ouvrage d\u2019ailleurs dépasse amplement les cadres qu'il s\u2019était fixés; le sujet annoncé en vient presque, à la limite, à servir d\u2019amorce à un traité général d\u2019histoire des religions.À qui s\u2019adresse cet ouvrage?Certainement pas au public de tous les jours, et nous le regrettons vivement: il aurait pu contribuer, par sa richesse et sa recherche d'une certaine objectivité, à démystifier des préjugés bien ancrés sur les sectes, préjugés souvent encouragés par les médias.Mais les concepts abstraits utilisés par l\u2019auteur mettent l\u2019ouvrage hors de la portée de la grande majorité, peu familière avec les notions de sécularisation, cosmologie, métaphysique, macrocosme, symbiose, synergé-tique, virtualité cognitive, etc.L\u2019auteur n\u2019a pas voulu, d\u2019autre part, dédoubler les nombreux catalogues existants12, et ce à juste titre, pour faire oeuvre originale.Cet ouvrage s\u2019adresse surtout, pensons-nous, à une élite cultivée, disposant de grandes capacités d\u2019abstraction et d\u2019un très riche vocabulaire théologique ou philosophique.Il intéressera, par les perspectives inédites qu\u2019il offre, les chercheurs en sciences humaines des religions, non spécialisés sur la question mais désireux de l\u2019aborder en profondeur, les théologiens, les pasteurs aux prises avec le problème des sectes; mais, il devrait passionner tout chrétien cultivé, avide de mieux connaître sa foi, car il nous en apprend autant sur la foi catholique que sur le phénomène de la marginalité religieuse.JANVIER-FÉVRIER 1983 Les élections du 14 novembre 1982 à Montréal: UN TOURNANT POUR LA DÉMOCRATIE?par Guy Bourassa et Francine Gagnon-Lacasse Si la réélection de Monsieur Jean Drapeau à la mairie de Montréal, le soir du 14 novembre, n\u2019a guère provoqué de surprise, l\u2019entrée à l\u2019hôtel de Ville d\u2019une opposition beaucoup plus nombreuse et combative marque-t-elle un tournant dans la vie démocratique de la métropole?Pour répondre à cette question, Monsieur Guy Bourassa et Madame Francine Gagnon-Lacasse, du Département de science politique de l\u2019Université de Montréal, analysent en détail les résultats du dernier scrutin, avant de pointer les \u201cchangements qui s\u2019imposent\u201d dans le fonctionnement du système politique de la ville de Montréal: il faudra bien choisir, un jour, entre un régime de type présidentiel (à l\u2019américaine) et un régime parlementaire fondé sur l\u2019opposition des partis, et ce dans l\u2019administration des affaires municipales comme dans le mode d\u2019élection.Il est en général de bon ton chez les observateurs et les analystes de déplorer la faible vitalité de la démocratie montréalaise.De bon ton et peut-être quelque peu hautain car si ce jugement est dans l\u2019ensemble justifié il faut bien voir, au delà de l\u2019évaluation morale, que plusieurs facteurs peuvent expliquer un tel vide politique.La démocratie, est-il bien nécessaire de le rappeler, est un régime qui a besoin pour s\u2019épanouir aussi bien d\u2019une solide tradition historique que d\u2019institutions authentiquement ouvertes et accessibles et d\u2019une attention sans cesse vigilante.Dans le cas de Montréal, le mécanisme électoral lui-même a souvent été quelque peu faussé dans le passé: plutôt qu\u2019occasion de véritable choix il servait à plébisciter des leaders bien en place.Les résultats de l\u2019élection du 14 novembre 1982 prennent donc une signification particulièrement importante puisqu\u2019ils témoignent d\u2019un exercice démocratique réel où ont pu être confrontés enjeux, perspectives d\u2019avenir et formations qui prétendaient les incarner.Cette septième victoire consécutive de Jean Drapeau, qui est déjà un acquis peu commun, il faudrait l\u2019étu- dier comme un événement politique aux facettes variées et significatives: quels thèmes furent mis en évidence, comment s\u2019est modelée l\u2019opinion publique au sein des partis mais aussi des groupes, quelles peuvent en être les conséquences pour l\u2019avenir du système politique montréalais?De telles questions exigent d\u2019attentives recherches que nous poursuivons et dont les résultats paraîtront dans les prochains mois.Pour l\u2019instant, il nous paraît utile et instructif de considérer les résultats électoraux eux-mêmes et d\u2019en dégager, même brièvement, quelques conclusions pour notre expérience démocratique.La scène électorale: victoires et défaites Au soir du 14 novembre dernier, les Montréalais ne furent guère surpris des résultats du vote à la mairie.Selon une tradition vieille de plus de vingt ans, ils apprenaient qu\u2019ils avaient reporté au pouvoir Jean Dra- peau qui l\u2019emportait avec 48,1% des voix.Jean Doré, leader du Rassemblement des citoyens et des citoyennes de Montréal, obtenait 35,8% de la faveur populaire alors que Henri-Paul Vignola, ex-directeur de police et candidat vedette du Groupe d\u2019action municipale, ne réussissait à se rallier que 15% du vote.C\u2019est plutôt dans la composition du Conseil que les Montréalais ont manifesté une certaine volonté de changement.Alors qu\u2019en 1978, ils avaient élu 52 conseillers du Parti civique et deux conseillers d\u2019opposition, au soir du 14 novembre dernier, 39 conseillers du Parti civique sont élus, 15 conseillers du RCM et 3 conseillers du GAM.Un peu plus de la moitié des 706 698 électeurs inscrits, soit 52,1%, se sont déplacés pour déposer leurs bulletins de vote.Plusieurs ont déploré ce faible taux de participation.Une analyse comparée de la participation populaire aux élections municipales à Montréal révèle pourtant que ce taux constitue, avec celui de l\u2019élection de 1978, le plus fort pourcentage de participation de l\u2019ère Drapeau.En effet, aucune des 5 élections tenues entre 1960 et 1974 n\u2019a 24 RELATIONS RÉSULTATS COMPARÉS DES ELECTIONS DE 1978 ET 1982 \tParti civique\tRassemblement des citoyens et des citoyennes de Montréal\tGroupe d'action municipale Mairie\t\t\t 1978\tJean Drapeau\tGuy Duquette\tSerge Joyal \t60,9%\t12,5%\t25,5% 1982\tJean Drapeau\tJean Doré\tHenri-Paul Vignola \t48,1%\t35,8%\t15% Conseil\t\t\t 1978\t52 conseillers\t1 conseiller\t1 conseiller \t55,6%\t18,1%\t25,8% 1982\t39 conseillers\t15 conseillers\t3 conseillers \t48,3%\t35%\t16,3% réussi à attirer 50% des électeurs inscrits.Un examen de la participation par district révèle que l\u2019intérêt fut particulièrement soutenu dans trois districts.Dans Fleury, Saint-Sulpice et Octave-Crémazie, tous situés dans le centre-nord de Montréal, un peu plus de 60% des électeurs se sont présentés aux urnes.Dans Octave-Crémazie, la chaude lutte entre Nicole Gagnon-Larocque, du Parti civique, et Claude Grégoire, colistier de Jean Doré, a particulièrement suscité l\u2019intérêt puisque 62,4% des électeurs ont voté.On enregistre le plus faible taux de participation dans le district de Peter McGill situé dans le sud de la ville.Moins de 37% des électeurs ont réélu le conseiller sortant du GAM, Nick Auf Der Maur.Il est particulièrement significatif de regrouper les taux de participation enregistrés, d\u2019une part, dans les 18 districts qui ont élu des conseillers d\u2019opposition et, d\u2019autre part, dans les 39 districts qui ont élu des conseillers du Parti civique.On peut ainsi vérifier le bien-fondé de l\u2019hypothèse largement diffusée par Monsieur Drapeau selon laquelle plus la participation est élevée, plus le vote est favorable au Parti civique.Il semble bien que cette hypothèse soit confirmée.Pour l\u2019ensemble des districts qui ont élu des conseillers du Parti civique, la participation moyenne est de près de 55% alors qu\u2019elle se situe à 49,3% pour l\u2019ensemble de ceux qui ont élu des conseillers du ROM et du GAM.Des analyses plus poussées s\u2019avéreraient nécessaires pour vérifier plus à fond cette hypothèse, notamment en ce qui concerne le comportement des groupes ethniques.Le vote à la mairie: de nouvelles tendances Si les résultats à la mairie n\u2019offrent à première vue aucune surprise, les Montréalais ayant dans un geste familier réélu Jean Drapeau, une analyse plus fouillée de cet appui permet de dégager certains traits nouveaux du comportement de l\u2019électorat.C\u2019est en effet la première fois depuis 1960 que Monsieur Drapeau est élu avec un si faible pourcentage: avec 48,1% des voix, il n\u2019arrive pas à se rallier la majorité absolue de l\u2019électorat.Pour une bonne part, c\u2019est la division de l\u2019opposition qui lui permet de conserver la mairie.Voilà un changement notable par rapport aux autres élections montréalaises depuis 1960.Dans ces six élections, Monsieur Drapeau avait chaque fois obtenu plus de 50% des voix à la mairie, atteignant même jusqu\u2019à 95% du suffrage populaire en 1 966 et près de 92% en 1970.Les résultats du 14 novembre révèlent aussi une perte considérable du suffrage populaire par rapport à l\u2019élection de 1978.Avec plus de 60% des suffrages Monsieur Drapeau avait, cette année-là, connu une victoire personnelle éclatante: il avait obtenu une majorité de plus de 35% sur son plus proche adversaire.En 1982, non seulement se retrouve-t-il élu sans majorité absolue mais l\u2019écart entre le pourcentage qu\u2019il obtient et celui de son plus proche adversaire n\u2019est plus que de 12% puisque Jean Doré du RCM obtient 35,8% des votes.En 1978, Jean Drapeau avait par ailleurs raflé tous les districts à la mairie, dont 50 des 54 districts avec une majorité absolue.En 1982, il remporte 41 des 57 districts (trois nouveaux districts ont été ajoutés suite à l\u2019annexion de Pointe-aux-Trembles), dont seulement 27 avec une majorité absolue.Dans tous les districts sans exception le vote en faveur de Jean Drapeau a connu une baisse par rapport à 1978.Si cette baisse est habituellement de moins de 10%) dans les districts qui demeurent des châteaux forts du Parti civique, elle peut atteindre près de 25% dans les districts qui ont favorisé les candidats à la mairie des partis d\u2019opposition.L\u2019importance de ces écarts met en relief un autre aspect du vote donné à Jean Drapeau lors de la dernière élection car il n\u2019est plus l\u2019élu de l\u2019ensemble de la population montréalaise.Les résultats de 1982 montrent une régionalisation de son vote dans les districts à majorité francophone.Jean Drapeau remporte tous les districts situés à l\u2019est de l\u2019avenue Papineau avec une majorité absolue.À l\u2019ouest, par contre, on retrouve d\u2019une part tous les districts qui ont été remportés par les candidats d\u2019opposition à la mairie et d\u2019autre part les districts où le maire a été élu mais sans majorité absolue.Ces districts sont principalement situés dans le nord-ouest de la ville.Il n\u2019y a qu\u2019une seule excep- JANVIER-FEVRIER 1983 25 Le scrutin de 1982 manifeste une régionalisation du vote en faveur de Jean Drapeau dans les districts à majorité francophone: le maire de Montréal a remporté tous les districts situés à l\u2019est de l\u2019avenue Papineau avec une majorité absolue, et c\u2019est à l\u2019ouest qu\u2019on retrouve tous les districts remportés par les deux candidats des partis d\u2019opposition.tion à cette règle: les districts de l\u2019exquartier St-Henri, situés dans le sud-ouest de la ville, qui demeurent des châteaux forts du Parti civique.Jean Drapeau y obtient ses meilleurs résultats.Il est élu avec 69,3% dans le district St-Henri et avec plus de 60% des voix dans les districts de St-Paul et d\u2019Émard.L\u2019analyse des résultats de 1982 révèle un phénomène aussi unique que nouveau dans l\u2019histoire électorale contemporaine de Montréal: dans le district de Loyola, secteur ouest de Montréal, Monsieur Drapeau se classe troisième derrière les candidats Doré et Vignola.En somme, l\u2019analyse de la performance de Jean Drapeau révèle que malgré sa victoire le maire n\u2019a sûrement pas obtenu un mandat aussi clair et fort que ceux qu\u2019il avait l\u2019habitude d\u2019obtenir.et de privilégier, bien sûr.Une division coûteuse À cette baisse relative de popularité de Monsieur Drapeau correspond évidemment une remontée des forces d\u2019opposition à la mairie.Alors qu\u2019en 1978, ces forces s\u2019étaient sensiblement maintenues au même niveau qu\u2019en 1974, soit 39%, elles connaissent cette fois une forte augmentation, passant à plus de 51 % de l\u2019électorat.Ces données amènent à mesurer l\u2019ampleur de l\u2019échec des négociations qu\u2019avaient entamées le GAM et le RCM en vue de présenter une formation unique contre le maire sortant.Contrairement à 1978 où l\u2019échec d\u2019une telle entente avait signifié la perte de quelques sièges au Conseil, on peut croire qu\u2019en 1982 c\u2019est la mairie elle-même et une majorité au Conseil que les forces d\u2019opposition voient ainsi s\u2019envoler.Divisés, les deux partis d\u2019opposition ont connu des performances inégales qui demeurent l\u2019un des éléments surprises de cette élection.Le candidat du GAM ne réussit à remporter qu\u2019un seul district à la mairie.Il obtient une majorité simple en se faufilant entre ses deux adversaires dans le district de Parc Extension, situé dans le centre-ouest de la ville.Il semble même que l\u2019on puisse attribuer cette victoire relative à la popularité du candidat au Conseil du GAM dans ce district qui est élu avec une majorité absolue de voix (53%).La véritable portée des résultats de l\u2019opposition se résume donc â ceux du candidat du RCM.Relativement inconnu de l\u2019électorat montréalais, Jean Doré réussit en quelques mois à se rallier près de 36% du vote à la mairie.C\u2019est une performance à peine inférieure à celle qu\u2019avait obtenue Jacques Couture, candidat à la mairie du même parti en 1974 (39%), et également à peine inférieure au pourcentage qu\u2019avaient obtenu les deux formations d\u2019opposition réunies en 1978 (Serge Joyal du GAM avait obtenu 25,5% du vote à la mairie et Guy Duquette du RCM, 12,5%).L\u2019ampleur de la percée de Jean Doré se voit bien dans l\u2019analyse détaillée du vote du 14 novembre.Le candidat à la mairie du RCM remporte la victoire dans 15 des 57 districts.Fait à noter, il existe une adéquation totale entre ces quinze districts et les quinze districts qui ont élu des conseillers du RCM.Pour la très grande majorité d\u2019entre eux, ces districts sont situés dans des secteurs contigus de Montréal.Monsieur Doré remporte la moitié de ses quinze districts dans le secteur ouest, soit les quartiers de Notre-Dame-de-Grâce et de Côte-des-Neiges.Plus au centre de la ville, Jean Doré remporte les districts du Plateau Mont-Royal qui comprennent les quartiers St-Louis et St-Jacques.Enfin, un peu plus au nord, il obtient une majorité dans le district de Jarry.Quatre de ces quinze districts sont remportés avec une majorité absolue.Il s\u2019agit des districts de la Confédération et Notre-Dame-de-Grâce, situés dans l\u2019ouest de la ville, et des districts Jeanne-Mance et St-Jean-Baptiste, situés dans le centre.Jean Doré se classe deuxième dans 40 des 41 districts remportés par Jean Drapeau.Cette constatation met encore en évidence l\u2019ampleur de sa percée sur l\u2019échiquier politique montréalais.Notre analyse révèle enfin que Jean Doré n\u2019est pas, comme le fut longtemps Jean Drapeau, nécessairement plus populaire que les candidats de son parti.Dans 28 districts, il obtient un plus fort pourcentage que le candidat du RCM; la proposition inverse est donc vraie dans les 29 autres districts.De plus, la très grande majorité des candidats élus du RCM obtiennent dans leur district un plus fort pourcentage que Monsieur Doré.Il semble donc que ce soit l\u2019alliance Doré-RCM qui ait favorisé cette percée et le poids réel de chacun des éléments de cette alliance est à nuancer.Le vote au Conseil Avec 48,3%) des voix le Parti civique fait élire 39 conseillers.Avec 35%) de la faveur populaire, le RCM obtient 15 conseillers alors que le GAM aura 3 conseillers avec 16,3%> du vote.Ces chiffres mettent en évidence une distorsion sur laquelle il faudra revenir.L\u2019élection des 39 conseillers du Parti civique assure à la formation du maire un contrôle absolu du Conseil municipal.Dans 28 de ces 39 districts, les candidats du Parti civique ont reçu plus de 50%o des voix.Dans les 11 autres, c\u2019est la division de l\u2019opposition qui a permis l\u2019élection des candidats de la majorité.La distribution géographique des élus du Parti civique correspond pour l\u2019essentiel aux régions dégagées dans l\u2019analyse du vote en faveur de Jean Drapeau.Ainsi deux grandes régions peuvent 26 RELATIONS être distinguées: une première qui regroupe tous les districts situés à l\u2019est de l\u2019avenue Papineau, cette zone s\u2019élargissant aux districts du nord-ouest de la ville; une autre qui englobe les districts du sud-ouest, mieux connus sous le nom de quartier St-Henri.Comme à la mairie, c\u2019est dans cette dernière région que les conseillers du Parti civique obtiennent leurs meilleurs pourcentages.La palme revient au conseiller Prégent dans le district St-Henri (73,6% des voix).Il est suivi d\u2019Yvon Lamarre, président du comité exécutif, et d\u2019Angelo An-fossi du district Émard (67,3%).Voilà qui explique peut-être, en partie tout au moins, l\u2019entrée de ce dernier au Comité exécutif.L\u2019échec le plus cuisant d\u2019un candidat du Parti civique revient à G.T.Hayes, l\u2019une des rares nouvelles figures du parti dans cette élection.Il affrontait un candidat fort populaire du RCM, Michael Fainstat dans le district de la Confédération.Hayes ne reçoit que 22,5% du vote.Comparer les résultats de 1978 avec ceux de 1982 s\u2019avère particulièrement pertinent et intéressant puisque la version 1978 de l\u2019équipe Drapeau et celle de 1 982 sont, à toute fin pratique, identiques: les 52 conseillers élus cherchent à obtenir un nouveau mandat.L\u2019équipe est complétée par 5 nouveaux candidats dont trois dans Pointe-aux-Trembles et deux dans les districts remportés auparavant par l\u2019opposition.Le vote en faveur des conseillers du Parti civique suit la tendance observée pour le chef du parti.On note une baisse dans 47 des 54 districts qui existaient en 1 978.Contrairement à Jean Drapeau, qui connaît une baisse dans chacun des districts, quelques candidats au Conseil du Parti civique connaissent pourtant une remontée.On doit signaler ici l\u2019éclatante victoire de Nicole Gagnon-Larocque dans Octave-Crémazie.La lutte a été chaude dans ce district où la candidate du Parti civique affrontait le colistier de Jean Doré.Rappelons que Nicole Gagnon-Larocque avait été élue sans majorité absolue en 1978 (42,3%).Représentant une formation qui est à la baisse tant à la mairie qu\u2019au Conseil, Nicole Gagnon-Larocque réussit à battre le colistier de Jean Doré, excluant ainsi du Conseil le leader du RCM, et elle atteint un pourcentage de votes plus important qu\u2019en 1978.Avec 49,7% des voix, elle rate de justesse la majorité absolue.Sa nomination au sein du nouveau comité exécutif n\u2019est donc pas surprenante.[Zefim, iboUtitZ 'J4£r JZeanlgZUwMXwe.\u2014£5 Le GAM ne parvient à faire élire que trois conseillers.Dans Peter McGill, situé dans le centre-sud de la ville, Nick Auf der Maur est réélu sans majorité absolue avec un taux particulièrement faible de participation.Il en va de même pour Sam Berliner dans le district Victoria.Seul le candidat Rasoulis se fait élire avec une majorité absolue dans Parc Extension.À propos de l\u2019élection des 15 conseillers du RCM, on a déjà noté une parfaite adéquation entre les districts remportés par Jean Doré à la mairie et les districts qui ont élu des conseillers RCM.Ces conseillers proviennent donc de deux régions: les secteurs Notre-Dame-de-Grâce et Côte-des-Neiges, situés dans l\u2019ouest de la ville et les districts du secteur centre-sud.Le district Jarry, situé plus au nord, a élu André Berthelet.Dans le district de la Confédération (Notre-Dame-de-Grâce), Michael Fainstat obtient 65,5% du suffrage.Quatre autres conseillers sont élus avec plus de 50% des voix: André Berthelet dans Jarry, Jean Roy dans Saint-Jean-Baptiste, Marvin Rotrand dans Snowdon et Arnold Bennett dans Notre-Dame-de-Grâce.Il importe aussi de noter que dans 34 des 39 districts remportés par le Parti civique, le RCM se classe second et se retrouve comme principal parti d\u2019opposition.En somme, la composition du Conseil constituait le principal enjeu de cette élection comme elle en a constitué le principal élément surprise.Au delà de l\u2019analyse purement statistique, deux éléments paraissent dignes d\u2019intérêt.La nouvelle composition du Conseil a fait perdre au Parti civique de \u201cvaleureux soldats\u201d.Pour reprendre l\u2019allégorie de Jean Drapeau, on peut même ajouter que quelques \u201ccapitaines\u201d sont tombés.Deux membres du Comité exécutif ont été battus: Justine Sentenne dans Notre-Dame-de-Grâce et Gerry Snyder dans Snowdon.Des \u201csoldats de carrière\u201d sont également tombés: Arthur Gagnon dans Jarry, John N.Parker dans Loyola, Sid Stevens dans Jeanne-Mance.La seconde remarque a trait à la composition de l\u2019opposition.Les deux seuls conseillers d\u2019opposition qui avaient résisté au balayage du Parti civique en 1978 ont été réélus.Nick Auf der Maur retourne au Conseil avec deux coéquipiers.Michael Fainstat du RCM retourne avec l\u2019appui d\u2019une équipe plus impressionnante: plusieurs des quinze conseillers du RCM ont l\u2019expérience des débats du Conseil pour y avoir siégé entre 1974 et 1978.D\u2019autre part, si l\u2019élection de 1982 a vu le renforcement de l\u2019opposition quant au nombre des conseillers élus, cette opposition demeure, comme en 1978, décapitée.Le mécanisme du colistier n\u2019ayant toujours pas fonctionné, les leaders du RCM et du GAM sont exclus des institutions politiques montréalaises.Voilà qui nous amène à reconsidérer certains aspects du fonctionnement de ce système politique.Quelques changements s\u2019imposent Si intéressants soient-ils, les résultats électoraux ne dévoilent qu\u2019une partie, probablement pas la plus importante, de la réalité politique.Il faut certes en juger les conséquences profondes mais il importe surtout d\u2019aller au delà de ces statistiques pour tenter de saisir l\u2019essentiel des JANVIER-FEVRIER 1983 27 ItllflUS Un magazine chrétien d'analyse et de réflexion sur l'actualité sociale et culturelle Des dossiers \u2022\tLes négociations dans le secteur public et parapublic \u2022\tLa réforme scolaire \u2022\tLes nouveaux ministères dans l'Église \u2022\tLe travail à temps partiel Des soirées publiques \u2022 chaque mois un débat sur un sujet d'actualité Abonnement 1 an (10 nos):\t12,50$ à l'étranger:\t14,50$ par avion:\t20,00$ Nom_______________________________ Adresse___________________________ code postal 8100, St-Laurent, Montréal H2P2L9 (514)387-2541 enjeux politiques et démocratiques.Le citoyen attentif doit se pencher sur divers thèmes, de deux ordres, où de toute évidence les règles actuelles du jeu ne sauraient satisfaire.Qu\u2019il suffise de rappeler ici que, le 1 4 novembre 1 982, la ville de Montréal a rejoint le camp nombreux des régimes politiques où les gouvernants, fortement majoritaires à l\u2019assemblée élue, ne s\u2019appuient tout de même que sur une minorité des voix populaires: les 39 conseillers du Parti civique ont récolté seulement 48% du vote alors que la majorité du corps électoral (52%) n\u2019a de son côté que 18 représentants.Certes, ce paradoxe demanderait à être nuancé; on perçoit aisément néanmoins le problème réel qu\u2019il pose.Une mécanique électorale désuète.Deux remarques sont indispensables ici.D\u2019abord, à propos de la faible participation électorale des Montréalais.Il est devenu classique de souligner qu\u2019à peine la moitié de ceux-ci se déplace pour aller voter, ce qui est bien peu comparé aux taux de participation aux élections québécoises et canadiennes.Cela est incontestable.Mais est-ce bien là le test majeur de la vitalité démocratique?Que penser alors de ces élections américaines, à l\u2019échelle de la nation, où le vote s\u2019exprime précisément à 50 ou 55%?Quoi qu\u2019il en soit, on doit éviter l\u2019équation facile et coutumière entre participation électorale et dynamisme démocratique.' D\u2019autre part, dans le système montréalais une révision sérieuse de quelques mécanismes électoraux de base pourrait sérieusement contribuer à clarifier les règles, les rendant plus accessibles et favorisant du coup une implication plus importante.Dans l\u2019histoire du système électoral au palier .municipal, tout se passe le plus souvent comme si la complexité devait l\u2019emporter sur la confusion.Pour ne citer que quelques cas majeurs, il est impérieux que soient mises au point des procédures qui, entre autres, fassent de l\u2019établissement de la liste électorale une opération qui détermine valablement le corps électoral (présentement, l\u2019inscription sur cette liste paraît souvent plutôt hasardeuse); le déroulement même du scrutin pourrait être simplifié (pourquoi le vote municipal se déroule-t-il un dimanche?pourquoi faut-il voter deux fois?un autre mode de scrutin ne serait-il pas plus représentatif?); l\u2019information pendant la campagne électorale devrait devenir compréhensible et accessible comme lors des autres élections; enfin, pour certains aspects particuliers comme la possibilité du colistier, des avenues bien comprises favoriseraient un meilleur choix démocratique.Sur ces quelques points, une mise en ordre élémentaire constitue un prérequis inévitable.Un régime politique confus.La situation des partis municipaux au lendemain du 14 novembre a bien fait ressortir l\u2019ambiguïté du système politique de Montréal.Cette communauté de plus d\u2019un million de citoyens est-elle gouvernée par un régime de type présidentiel (où l\u2019élection du maire au suffrage universel lui confère un prestige unique), ou plutôt par un régime parlementaire où l\u2019opposition des partis est la règle de base et où la notion de responsabilité devient centrale?Actuellement, l\u2019on oscille d\u2019une interprétation à l\u2019autre, ce qui fait que, très normalement, le citoyen ne s\u2019y retrouve plus, habitué qu\u2019il est à des règles claires à Québec et à Ottawa.Pour nous, il ne fait pas de doute que le mouvement vers un régime parlementaire doit s\u2019imposer et qu\u2019en conséquence il est capital de donner à chacun (maire, comité exécutif, partis au pouvoir et dans l\u2019opposition) des rôles précis et des moyens de les exercer.A ce titre, les demandes du RCM concernant les moyens matériels mis à la disposition de ses élus sont éminemment justifiées.La création de commissions permanentes au Conseil municipal améliorera à son tour son efficacité et sa qualité démocratique.Enfin, l\u2019élaboration de mécanismes (au sein des partis eux-mêmes), par lesquels les citoyens pourront mieux s\u2019informer et participer, peut constituer une troisième réforme féconde.Cette entreprise de modernisation est, juridiquement, le fait du gouvernement du Québec.Pourtant son dynamisme profond ne peut surgir que des partis municipaux et des groupes d\u2019intérêt: associations professionnelles, idéologiques, etc.Mais ces derniers ont conservé jusqu\u2019ici \u201cun remarquable détachement\u201d vis-à-vis de ces préoccupations, tout en se faisant les champions de l\u2019idéal démocratique.Bref, une fois l\u2019élection passée, élément fort et bien visible de notre vie politique, c\u2019est dans une activité soutenue et innovatrice que l\u2019engagement peut porter fruit.Ilimillllllllllll! 28 RELATIONS }\t'-**&«*\u2014\t H «PfVM\tkfsHa4*vri\\ \\Rve
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