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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1983-05, Collections de BAnQ.

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[" LE RASSEMBLEMENT POPULAIRE DE QUÉBEC LA DÉPRESSION TRANQUILLE JEAN-PAUL II EN AMÉRIQUE CENTRALE \tSOMMAIRE \tvolume 43\tnuméro 490\tmoi 1983 r ¦ ¦ ¦ revue du mois publiée sous la responsabilité d'un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.FACE A L\u2019ACTUALITE BUREAUX 8 100, boul.St-Laurent Montréal H2P2L9; tél.: (514) 387-2541.Les services publics en anglais à Montréal (J.H.) \u2014 Le Liban que j\u2019ai vu (N.R.) \u2014 L\u2019affaire Stephen Dawson (D.R.).DIRECTEUR Albert Beaudry CONSEIL DE DIRECTION Jean-Louis D\u2019Aragon, Jean-Paul Rouleau, Jacques St-Aubin, Roger Sylvestre.ARTICLES Irénée DESROCHERS\tUne marche populaire pour l\u2019emploi\t118 Gérald DORÉ\tLe Rassemblement populaire de Québec\t123 Karl LÉVÊQUE\tLe voyage de Jean-Paul II en Amérique centrale; matériaux pour un bilan.\t126 Guy PAIEMENT\tChrétiens dans une nouvelle culture; l\u2019expérience du deuxième siècle.\t130 François GLOUTNAY\tLes jeunes et les programmes de service civil\t135 CHRONIQUES Michel M.\tAu clair de la lune.Punk\t141 CAMPBELL\t\t \tPÊLE-MÊLE\t142 Jacques COUTURE\tIl n\u2019a pas supporté l\u2019insupportable\t143 COMITÉ DE RÉDACTION Ginette Boyer, assistante à la rédaction, Jacques Chênevert, Irénée Desrochers, Julien Harvey, Denis Lalonde, Karl Lé-vêque, Roger Marcotte, Guy Paiement.COLLABORATEURS: Diane Alméras, Marcel Arteau, Nadia Azer, Renaud Bernardin, Michel-M.Campbell, Yves Lever, Annine Parent Fortin, Jean Picher, Andrée Pilon Quivi-ger, Jacques Racine, Jean-Paul Rouleau, Carolyn Sharp.PAGE COUVERTURE PHOTOS Jean Villemaire\tPaul Hamel ABONNEMENTS Hélène Desmarais (514) 387-2541.DISTRIBUTION: Les Distributeurs Associés du Québec (DAQ) Ltée 3600, boul.du Tricentenaire, Montréal H1 B 5M8 (514) 645-8754 Relations est une publication du Centre Justice et Foi.Prix de l\u2019abonnement: 12,50 $ par année (10 numéros).Le numéro: 1,50 $.Les articles de Relations sont répertoriés dans le Répertoire analytique d\u2019articles de revue du Québec (RADAR) de la Bibliothèque nationale du Québec, dans l\u2019Index analytique de périodiques de langue française (PERIODEX).dans le Canadian Periodical Index, publication de l'Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l'éducation.Dépôt légal.Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s\u2019adressant à University Microfilms, Ann Arbor, Michigan 48106 U S A.Courrier de la deuxième classe - Enregistrement no 0143 114 RELATIONS 9184 LES SERVICES PUBLICS EN ANGLAIS A MONTREAL Dans la même première quinzaine de mars, nous apprenons d\u2019une part que la direction de l\u2019hôpital St.Mary\u2019s en appelle de la décision de la Commission de surveillance de la langue française qui exigeait de l\u2019hôpital un service en français aux francophones et d\u2019autre part qu\u2019une enquête d\u2019un sociologue de l\u2019université McGill démontre que la moitié des étudiants anglophones des écoles secondaires et cégeps du Québec songeraient à quitter le Québec si celui-ci continue d\u2019exiger le service public en français.Les deux nouvelles sont convergentes et montrent où nous en sommes, deux ans après l\u2019entrée en vigueur de la Loi 101.La population anglophone, particulièrement à Montréal, commence à comprendre que la langue n\u2019est pas un phénomène isolé, mais qu\u2019elle est indissolublement liée à la culture, que la culture est indissolublement liée à la compétence et à la créativité et que finalement la compétence et la créativité sont ce qui assure les emplois.Si cette évidence, qui se vérifie pratiquement sans exception, pouvait devenir claire à tous, elle permettrait sans doute l\u2019évolution intelligente du milieu.Aussi longtemps que les francophones du Québec ont été contraints de travailler dans une langue étrangère, même lorsqu\u2019ils étaient bilingues, ils ont travaillé hors de leur culture et ont dû accepter une situation de communication pauvre, une situation de moindre créativité et finalement une situation d\u2019infériorité d\u2019emplois et de promotions.Maintenant que la situation a été reprise en mains par la majorité francophone, il est inévitable que la situation inverse se fasse sentir: il est possible d\u2019être anglophone au Québec, mais en acceptant les conséquences de la situation minoritaire, tout comme il est nécessaire, pour être francophone en Ontario, d\u2019accepter la situation minoritaire.Après deux ans d\u2019application de la Loi 101, il est étonnant qu\u2019on doive en venir à des interventions comme celle qui a été faite à l\u2019hôpital St.Mary\u2019s.Tout en admettant qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une cause type, tout en reconnaissant quelques excès de langage dans le jugement, il reste étonnant qu\u2019après deux ans on ait toléré l\u2019unilinguisme pratique d\u2019une partie du personnel dans un secteur où le zonage prévoit un service bilingue.Il est également étonnant que les médias anglophones tentent de minimiser et même de ridiculiser l\u2019intervention de la commission, par exemple en popularisant l\u2019expression du \u201cdroit de mourir en français\u201d, une blague qui n\u2019a aucun sens quand il s\u2019agit du droit d\u2019être compris lorsqu\u2019on est malade dans son propre pays et qu\u2019on est dans un service public entièrement subventionné par l\u2019État.Si une telle situation persiste après deux ans, il faut probablement en attribuer la cause à de sottes promesses de l\u2019opposition en chambre, qui a souvent parlé MAI 1983 d\u2019adoucissements prochains, si le gouvernement était renversé.Et à des espérances analogues véhiculées par les médias de langue anglaise.L\u2019enquête du sociologue Uli Locher va sans doute plus loin dans la prospective.Elle nous montre que le progrès du biculturalisme a été mince, même si le bilinguisme a fait un certain progrès.Elle nous montre que pour la plupart des étudiants concernés la francisation du Québec est constatée mais pas encore acceptée (\u201cThey oppose francization and consider that living in English is a fundamental right\u201d).Et elle conclut que \u201cle respect mutuel entre anglophones, francophones et al-lophones est une longue évolution et qu\u2019aucun changement rapide n\u2019est en vue\u201d.Justement parce que le rétablissement de l\u2019équilibre au niveau de la langue entraîne un rétablissement difficile de l\u2019équilibre de toute la chaîne de la culture, de la communication, compétence et créativité, et finalement de la qualité des emplois et des promotions.On doit exiger que ce rétablissement de l\u2019équilibre se fasse dans la justice, mais il est inévitable qu\u2019il se fasse.Julien Harvey LUNDI, LE 16 MAI LE LOGEMENT À MONTRÉAL Les problèmes du logement à Montréal sont multiples; nous avons choisi d\u2019en pointer quelques-uns: les H.L.M., les coopératives d\u2019habitation, les associations de locataires nous serviront d\u2019angles d'attaque.Quels instruments possèdent les gens de condition modeste pour défendre leurs droits au niveau du logement?Le panel réunira Madame MONIQUE BLANCHETTE, animatrice au Service à l\u2019habitation (quartier Hochelaga-Maisonneuve); Monsieur PIERRE PURCELL, de l\u2019Association des locataires de H.L.M.; Monsieur ANDRÉ PETIT, de l\u2019Association des locataires de Longueuil.le lundi, 16 mai 1983 de 19h30 à 22hOO au 25, rue Jarry Ouest Montréal (métro Jarry) L\u2019entrée est libre.115 LE LIBAN QUE J'AI VU Quatre éléments décrivent et permettent de visualiser ma perception de la réalité: des forces militaires qui s\u2019imposent, des dégâts de guerre hallucinants, la diversité culturelle et politique, les inquiétudes face à l\u2019avenir.Des forces militaires qui s\u2019imposent \u2014 À l\u2019aéroport, le charriot automatique est monopolisé pour le déversement des bagages appartenant à un contingent de la Fl-NUL, la Force internationale des Nations unies au Liban.Le chauffeur qui me conduisait de l\u2019aéroport au coeur de la ville ne parlait français que pour m\u2019énumérer la litanie des Italiens.Français.Libanais.Américains.Syriens, me montrant chaque fois du doigt les groupes de militaires, lourdement équipés, que nous croisions sur la route.Un peu plus tard, je demande combien il faut de temps pour aller de Beyrouth à Saïda; on me répond: ça dépend des barrages! Exemples concrets qui témoignent jusqu\u2019à quel point il faut compter quotidiennement avec toutes ces forces d\u2019occupation, de protection, d\u2019intervention, d\u2019interposition, de libération qui établissent leurs contrôles, patrouillent leurs quartiers, imposent leurs lois.Des dégâts de guerre hallucinants \u2014 Édifices criblés de balles, pans de murs émiettés, voitures piégées dont les débris bloquent la route, terrains minés.La boue, les ordures, les ruines.L\u2019allure de certains quartiers est horrible, indescriptible: maintenant vidés de toute vie, ils témoignent éloquemment de l\u2019aberration qu\u2019est la guerre.Combien plus insupportable encore le spectacle des quartiers où la vie quotidienne doit s\u2019accommoder de pareilles destructions et des souvenirs effroyables laissés par les massacres: les camps des Palestiniens, les quartiers périphériques \u201csquattérisés\u201d.La diversité culturelle et politique \u2014 Ce trait relève moins de la guerre que de la situation du Liban dans le contexte socio-politique du Moyen-Orient.Quel choc devant cette foule bigarrée, cette multiplicité de groupes culturels \u2014 il y a 1 7 confessions religieuses officielles \u2014 : c\u2019est la rencontre de l\u2019Occident, de l\u2019Asie et de l\u2019Afrique.À tous les niveaux de la vie sociale, depuis la façon très particulière de circuler en automobile jusqu\u2019à la formation académique que l\u2019on choisit, en passant par les habitudes alimentaires et vestimentaires, on constate cette diversité et cette tolérance très grande face aux us et coutumes de l\u2019autre, tolérance qui a l\u2019envers de sa médaille dans la tendance à s\u2019enfermer dans son propre groupe communautaire pour protéger ses valeurs spécifiques.Les projets politiques suivent, bien sûr, cette ligne de diversité et souffrent du fractionnement qui en résulte.Inquiétudes face à l\u2019avenir \u2014 La grosse guerre, la plus spectaculaire, celle qui attire les caméras de télévision du monde entier, cette guerre-là est terminée; des actes de guerre sont cependant encore enregistrés quotidiennement au Liban.Un jour, ce sont 6 militaires libanais tués dans une embuscade dans la montagne.Le lendemain, les Palestiniens d\u2019un quartier de Saïda reçoivent des tracts les sommant de quitter leur demeure sous la menace de mort.Le jour d\u2019après, 4 soldats de la force multinationale sont blessés à Beyrouth.Plus tard, les avions israéliens survolent la ville, etc.Les ententes entre les parties, tant à l\u2019intérieur qu\u2019à l\u2019extérieur, sont si fragiles et, par contre, les intérêts et les appétits des protagonistes sont si grands que l\u2019optimisme serait bien naïf.\u201cDemain, tout peut éclater à nouveau\u201d, voilà la conclusion de toutes les conversations sur l\u2019avenir du pays.Des tâches urgentes \u2014 Devant cette situation, des tâches urgentes s\u2019imposent pour les Libanais, pour les parties impliquées dans le conflit et pour toute la communauté internationale.Les Libanais ont à créer dans leur pays une unité viable et respectueuse des diversités en même temps qu\u2019ils doivent réorganiser la vie sociale, économique et politique.C\u2019est une lourde tâche car il s\u2019agit de remonter la pente de presque 10 ans de guerre et de parer à la faiblesse de l\u2019organisation interne manifestée depuis plus longtemps encore.Un consensus très clair monte de toute la population: plus de guerre! D\u2019autre part, en réaction contre les projets de partition du Liban, qu\u2019on sait exister chez les forces étrangères impliquées dans le pays, la très grande majorité des Libanais veulent unir leurs forces pour un Liban où ils seront maîtres chez eux.Pour arriver à cet objectif, les groupes jadis en violente opposition sont prêts à faire des compromis.Sur ce terrain propice un projet de société peut s\u2019élaborer à condition que les Libanais retrouvent l\u2019intégrité de leur territoire.Les Israéliens se sont installés au sud pour y rester; ils y ont construit des routes et des ponts, ils ont installé des panneaux de signalisation en hébreu, ils y font régner leur ordre.Tant qu\u2019ils ne s\u2019engageront pas à respecter les frontières établies, tant que les pressions américaines ne les auront pas contraints à se retirer et, par conséquent, à provoquer la réaction en chaîne du départ des autres forces étrangères, le Liban continuera d\u2019être envahi de partout et ne réussira certainement pas à réaliser son projet d\u2019unité nationale.Tant que les Palestiniens n\u2019auront pas ieur pays, il sera impossible d\u2019entrevoir une solution durable.De plus en plus de membres de la communauté internationale le reconnaissent.Quand cette reconnaissance sera-t-elle assez forte pour changer le cours de l\u2019histoire?Il est urgent qu\u2019on y arrive! Des groupes à l\u2019oeuvre \u2014 A l\u2019intérieur du Liban, plusieurs organisations comme le Mouvement social libanais, le Secours populaire libanais, AMEL (Association libanaise d\u2019action populaire), Najdeh et d\u2019autres mettent sur pied des services pour répondre aux besoins les plus urgents \u2014 et ils sont nombreux; ces groupes travaillent sur une base non confessionnelle et non par- 116 RELATIONS tisane et tentent de développer de nouvelles formes de collaboration et de conçertation entre les diverses communautés libanaises.À même l\u2019action concrète et les projets collectifs, ces groupes suppléent momentanément au vide politique et ouvrent des pistes pour un vivre-ensemble dans un nouveau Liban.Ici, des ONG, des groupes de solidarité, des syndicats appuient ces groupes libanais soit par le financement de projets, soit par la diffusion de l\u2019information, soit par des pressions auprès de nos gouvernements.Avec ces groupes, nous nous devons d\u2019être au rendez-vous de la solidarité avec les peuples libanais et palestinien.Nicole Riberdy CE MOIS-CI Julien Harvey est membre du comité de rédaction de RELATIONS et directeur général du Centre Justice et Foi.Nicole Riberdy, directrice générale de l\u2019Entraide missionnaire, rentre du Liban où elle est allée rencontrer les organismes non gouvernementaux (ong) de secours aux victimes de la guerre, au nom d\u2019un regroupement d\u2019ong québécois.Le professeur David Roy dirige le Centre de bioéthique de l\u2019Institut de recherches cliniques de Montréal.L'AFFAIRE STEPHEN DAWSON Le 18 mars dernier, le petit Stephen Dawson, six ans, subissait une intervention chirurgicale au cerveau, contre la volonté de ses parents et suite à un jugement rendu par la Cour suprême de la Colombie britannique.Les parents de Stephen ne souhaitaient pas voir prolonger la vie de leur enfant, aveugle et frappé par la paralysie cérébrale quelques semaines après sa naissance; le ministère provincial des Ressources humaines, par contre, se considérait légalement responsable d\u2019un patient confié au Vancouver Children\u2019s Hospital et dont la vie se trouvait immédiatement menacée.Portée devant les tribunaux, l\u2019affaire a suscité un débat d\u2019envergure nationale: s\u2019agissait-il d\u2019euthanasie ou d\u2019acharnement thérapeutique?Qui pouvait le mieux évaluer la situation réelle du petit Stephen: ses parents ou le personnel infirmier qui en prend soin?Les principes invoqués de part et d\u2019autre posent la question du droit à la vie et à une certaine qualité de la vie.Les ressources perfectionnées de la technologie médicale nous permettent aujourd\u2019hui de maintenir en vie beaucoup de grands malades.Certains de ces patients, cependant, ne sont plus en mesure de \u201cjouir de la vie\u201d; c\u2019est-à-dire qu\u2019ils ne sont plus capables de poser les actes et d\u2019exercer les activités qui donnent un sens et une fin à leur existence biologique.Dans ce contexte, les décisions médicales ne sont plus seulement des questions de vie ou de mort; elles impliquent inévitablement des jugements sur «la qualité de la vie».La controverse qui a entouré le cas de Stephen Dawson nous oblige à réexaminer la façon de poser de tels jugements de valeur.Un jugement sur la qualité de la vie sera nécessairement faussé s\u2019il se fonde sur le principe simpliste que, pour un handicapé mental, la vie ne vaut tout simplement pas la peine d\u2019être vécue.Dans une société civilisée, nous devrions être d\u2019accord pour reconnaître à la personne mentalement handicapée les mêmes droits fondamentaux à la vie et à des soins médicaux professionnels qu\u2019à tout autre citoyen ou citoyenne.Par ailleurs, il ne suffit pas d\u2019invoquer ces grands principes pour prendre une décision, lorsque surgissent des doutes sérieux dans un cas précis: pour tel ou tel patient, les traitements visant à le garder en vie seront-ils un bienfait ou une malédiction?Comme dans le cas de Stephen, il faut alors chercher à établir une description équilibrée de la situation globale du patient.En fin de compte, dans un jugement sur la qualité de la vie, la question cruciale est celle de savoir si la vie que l\u2019on cherche à préserver sera supportable et si elle permet- tra à tel patient déterminé une certaine mesure de joie et de bonheur.En un mot, c\u2019est le patient qui est la norme.Mais qui peut prétendre saisir de façon globale, immédiate et intuitive la situation concrète, l\u2019expérience réelle, \u201cla réalité\u201d d\u2019un patient?En fait, il est impossible d\u2019éviter une description, aussi complète et équilibrée que possible, de la situation de la personne en cause, pour fonder la décision à prendre.Or c\u2019est justement là que peuvent s\u2019égarer les jugements sur la qualité de la vie.Il faut généralement prendre le temps de confronter plusieurs points de vue pour être en mesure de décrire de façon équilibrée la condition présente du patient, au plan clinique comme au plan humain, et pour évaluer l\u2019état qu\u2019on peut prévoir être le sien au terme du traitement envisagé.Le danger, c\u2019est de se contenter de descriptions partielles, ou sélectives, qui ne reflètent pas la condition réelle du patient.Les jugements qui se fondent sur de telles descriptions seront aussi infidèles à la réalité que les modèles tronqués auxquels ils correspondent.Il est immoral de décider du sort d\u2019un patient sur la foi d\u2019une description qui ne corresponde pas à la situation réelle de la personne.C\u2019est ce qui a failli arriver à Stephen Dawson.Ce n\u2019est pas rester insensible à la douleur de la famille Dawson que d\u2019admettre que la souffrance des parents de Stephen n\u2019est pas celle de Stephen lui-même.Les descriptions qui présentaient Stephen attardé, aveugle, sourd, partiellement paralysé et victime de la paralysie cérébrale devaient être équilibrées par le témoignage MAI 1983 117 de ceux et celles qui ont pris soin de lui, qui l\u2019ont soigné à l\u2019hôpital et qui estiment qu\u2019il pourrait être un petit bonhomme heureux, capable de recevoir et de signifier de l\u2019affection, de saisir le jeu et d\u2019y réagir.Le premier tribunal a privilégié la première partie de la description et le juge a décidé que l\u2019intervention chirurgicale projetée équivaudrait à infliger à Stephen une punition cruelle et injuste.La Cour suprême de la Colombie britannique a reconnu, au contraire, que Stephen ne vit pas sa vie comme un châtiment ou comme une souffrance intolérable, et elle a eu raison de renverser la décision du tribunal de première instance.Ce jugement devrait nous apprendre à regarder les patients dans ce qu\u2019ils sont eux-mémes, comme des personnes, et non seulement comme des membres d\u2019une catégorie ou d\u2019une classe à part, en ce cas la classe des handicapés mentaux.Ce serait une erreur de conclure de cette sentence que toutes les personnes handicapées devront dorénavant recevoir tous les traitements susceptibles de les garder en vie le plus longtemps possible, comme ce serait une erreur de leur refuser ces traitements a priori, sous prétexte qu\u2019une vie handicapée ne mériterait pas d\u2019être vécue.Le 23 mars 1983\tDavid Roy UNE MARCHE POPULAIRE POUR L'EMPLOI par Irénée Desrochers Vous suivez les nouvelles à la télévision, un bon soir.Voyez-vous ces gens qui marchent?Des chômeurs, des travailleuses en chômage, des jeunes chômeurs, des étudiants qui ont décroché, des chômeurs plus âgés à la veille de leur retraite, des syndiqués, des non syndiqués à leurs côtés.Il y en a de toutes les catégories ef de toutes les tranches d\u2019âge, qui avancent dans une forêt mouvante de pancartes.Une première fois, ils défilent dans les différentes régions du Québec, à Sherbrooke, Valleyfield, Rimouski, Hull, Trois-Rivières, au Lac Saint-Jean, en Abitibi.Ils sont des centaines.Le mouvement traverse le mois de mai; il fait suite à la Fête des travailleurs, qui aura pour thème cette année la lutte contre le chômage massif et scandaleux qui abîme le Québec.Puis cela recommence.C\u2019est samedi, le 28 mai.Le mouvement aboutit à Montréal.De toute la province, des sans-emploi avec les foules qui les appuient convergent sur la métro- 118 pole, comme pour prendre d\u2019assaut le plus grand centre d\u2019emploi du Québec.Par différentes avenues, ces marginalisés de la société se rapprochent, se rassemblent, et leur marche pacifique les amène au même point de ralliement.Là, ils pourront clamer à pleins poumons à la population, confortablement installée devant sa télé, leur besoin de travailler honnêtement, leur droit de gagner leur vie et celle de leurs familles.Ils diront que la société devrait écouter et réfléchir assez pour se décider à prendre une autre voie, celle d\u2019un appui efficace à une véritable politique de l\u2019emploi.Cinquante ans après.Le plan initial prévoyait qu\u2019on se rende ensuite à Ottawa, mais trop de syndicats et de groupes populaires sont très durement frappés par la cri- se, et les assistés sociaux sont trop nombreux, pour qu\u2019on songe à supporter les coûts qu\u2019entraîneraient le transport à Ottawa d\u2019une foule aussi nombreuse puis une manifestation massive dans les rues de la capitale fédérale.Tout au plus une \u201cdélégation\u201d choisie ira-t-elle porter au Parlement canadien un \u201cCahier des revendications\u201d.Une manifestation importante à Ottawa eût mieux rappelé une grande marche, historique, qui s\u2019est déroulée à travers tout le Canada au creux de la Grande dépression.C\u2019était à l\u2019été de 1935.Les chômeurs, par milliers, montaient sur les trains de marchandise pour aller protester à Ottawa.Lundi, le 24 juin 1935, le premier ministre du temps, R.B.Bennett, racontait à la Chambre des communes1 comment il avait reçu, deux jours auparavant, des délégations de ces chômeurs en mar- 1.Débats de la Chambre des communes, 24 juin 1935, p.4221-4222.RELATIONS che, dont un bon nombre étaient partis des \u201ccamps\u201d administrés par le ministère de la Défense nationale (celui de Valcartier, au Québec, par exemple).Les représentants des marcheurs lui avaient fait part de leurs \u201crevendications\u201d.Dans son rapport à la Chambre, le Premier ministre passa sous silence l\u2019appui qu\u2019ils recevaient de nombreux groupes sociaux et religieux, qui étaient loin d\u2019être des \u201ccommunistes\u201d, pour affirmer plutôt que les leaders de ces \u201csoi-disant\u201d marcheurs étaient des \u201cagitateurs\u201d et qu\u2019ils cherchaient à \u2018\u2018renverser l\u2019autorité constituée\u201d, comme si une poignée de militants communistes avaient été capables de déclencher un coup d\u2019État en manipulant quelques milliers de chômeurs sans armes.De toute façon, R.B.Bennett assurait le pays que des instructions précises avaient été données \u201cen vue de faire respecter la loi et de maintenir le bon ordre\u201d.Quelques jours plus tard, le 1er juillet, à Regina, la Police arrête en effet des leaders du mouvement et, le soir, une échauffourée éclate entre \u201cla Royale Gendarmerie à cheval du Canada\u201d et ceux qui s\u2019appelaient les \u201cgrévistes de la faim\u201d.En octobre de la même année, la crise devait contribuer à la chute du gouvernement Bennett et provoquer une pression de l\u2019électorat en faveur de nouvelles législations plus favorables aux travailleurs, ce qui devait aboutir entre autres à une véritable loi de l\u2019assurance-chômage.La \u201cGrande Marche\u201d de cette année a le même objectif: du travail! On a choisi de l\u2019appeler officiellement, non pas la marche \u201cdes chômeurs\u201d (comme pour se fixer sur un aspect purement négatif et simplement protester contre l\u2019absence du travail), mais bien plutôt la marche \u201cpour l\u2019emploi\u201d: dans le but de donner à cet événement un sens positif et pour mieux convaincre l\u2019opinion que l\u2019objectif, l\u2019emploi, est réalisable, pratiquement faisable, et que c\u2019est dans un élan d\u2019espérance qu\u2019on le poursuit.Une marche pour l\u2019emploi, d\u2019autre part, permet mieux de réunir coude à coude des sans-emploi et des travailleurs qui ont un emploi.Beaucoup de ces emplois sont d\u2019ailleurs précaires: à temps partiel alors qu\u2019on désire un temps complet, un emploi que l\u2019on garde encore, mais à coups de concessions excessives, un emploi que l\u2019on accomplit dans l\u2019insécurité, sous MAI 1983 la menace de licenciements collectifs, de fermetures d'usine et de tant d\u2019autres aléas.Enfin, une marche \u201cpour l\u2019emploi\u201d devrait aussi attirer des \u201csympathisants\u201d: tous ceux et celles qui dans un public plus large peuvent se sentir sur une même longueur d\u2019onde, d\u2019accord avec cette cause et prêts à l\u2019appuyer.Remarquez que ce pourrait être une marche \u201cfunèbre\u201d, comme des jeunes en ont déjà organisé ici et là; c\u2019est qu\u2019ils avaient comme la mort dans l\u2019âme face à la destruction de leurs rêves d\u2019avenir, avec en plus le souvenir de quelques-uns des leurs que le désespoir a conduits au suicide, un désespoir engendré et nourri par ce chômage qui dure, se prolonge encore et, pour les jeunes surtout, n\u2019en finit plus.Pourtant, la marche de mai n\u2019est pas une marche de la mort, mais une marche de la vie, une marche pour la vie, pour que l\u2019économie se remette en marche, pour que le marché de l\u2019emploi, lui aussi, s\u2019affermisse, et pour que la vie des sans-emploi renaisse vraiment, leur permettant de croire en un avenir pour eux et leurs familles.Entre la révolte et l\u2019espérance______ Ce grave problème du chômage est source de tensions pour les masses populaires.Comment le peuple peut-il réagir?Il ne peut se laisser aller à la facilité, à l\u2019acceptation bête d\u2019une fatalité, comme s\u2019il endossait la thèse de cette droite qui répète qu\u2019il n\u2019y a rien à faire, qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019à se taire et à attendre que ça passe.Le peuple s\u2019interroge.Et il interpelle en lançant d\u2019abord une première réponse: ce n\u2019est pas vrai qu\u2019il n\u2019y a rien à faire, ce n\u2019est pas possible.Mais le \u201cpeuple\u201d se sent faible, limité, quasi impuissant.Ses ressources sont modestes: ce n\u2019est pas lui qui possède ou contrôle les grands moyens de communication de masse.Il risque toujours, quand on paraît céder à ses plaintes, de se trouver ainsi \"récupéré\u201d.Peu importe, il faut qu\u2019il parle.Il n\u2019a pas le choix.Ce n\u2019est pas lui qui possède la grande propriété, les capitaux, le know-how, la haute finance., cet avoir qui donne le pouvoir.Le pouvoir économique d\u2019abord.Ce n\u2019est pas lui non plus qui conduit généralement le \u201clobbying\u201d le plus efficace auprès des ministres, des premiers ministres et de tous les \u201cpouvoirs\u201d qui sont leurs alliés politiques.Comment peut-il alors conserver une espérance?Et quelle espérance peut-il placer dans une simple manifestation, ou même dans une série de manifestations?Pour le comprendre, il faut d\u2019abord admettre que, dans le contexte actuel, le peuple est mis en demeure de faire un choix fondamental: partagé entre la révolte et l\u2019espérance, il doit opter en faveur de la voie démocratique et contre la violence subversive.Au départ, il joue la carte du dialogue politique.Mais attention! Si c\u2019est bien cette voie qu\u2019il choisit, elle doit le conduire quelque part: il faut que la route ait assez de \u201csens\u201d et les moyens adoptés assez de portée réelle.Et puisqu\u2019il s\u2019agit pour le peuple de dialoguer, il doit s\u2019organiser pour se faire entendre et adopter un langage qui \u201cparle\u201d.Nous vivons en effet dans une société où trop de \u201csourds\u201d se ferment au dialogue.Après tout, la voix de cette foule qui accompagne les chômeurs est celle d\u2019un peuple incroyablement patient: à ceux qui sont assis devant leur télévision de ne pas abuser de cette patience, surtout quand ils s\u2019appellent eux-mêmes des \u201cdémocrates\u201d.À l\u2019encontre de ceux qui croient dangereuse cette prise de parole par le peuple, les syndicats, même dans leur protestation contre une loi aussi dure que la récente Loi 111, aiment citer (voir Nouvelles CSN, 3-10 mars 1983) la \u201cDéclaration des droits de l\u2019homme\u201d adoptée par l\u2019ONU en 1948.Parmi les sept considérants qui constituent le préambule de cette \u201cdéclaration universelle\u201d, on trouve l\u2019énoncé suivant: \u201cconsidérant qu\u2019il est essentiel que les droits de l\u2019homme soient protégés par un régime de droit pour que l\u2019homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l\u2019oppression\u201d; l\u2019Assemblée générale des Nations unies en déduit une série de droits, dont l\u2019article 23: \u201ctoute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage\u201d.L\u2019une des façons de nourrir le dialogue démocratique entre l\u2019ensemble de la société et le mouvement syndi- 119 cal et populaire est d\u2019organiser des manifestations à caractère populaire.On le sait, les manifestations en se multipliant perdent de leur impact.Elles impressionnent moins.Ce phénomène d\u2019usure explique qu\u2019on cherche à les faire de plus en plus imposantes, quand c\u2019est possible, et à varier les formules.D\u2019autant plus que le \u201csystème\u201d auquel la \u201cmanif\u201d veut s\u2019attaquer trouve le moyen, par l\u2019intermédiaire des médias qu\u2019il influence ou qu\u2019il possède, de la dévaloriser, de la reléguer au second plan, et même, à la limite, de la récupérer.Insidieusement, les médias peuvent déformer un événement comme celui-là; c\u2019est ainsi qu\u2019on mettra en lumière tous les prétextes qu\u2019invoque la société pour justifier son fonctionnement et clamer sa \u201cliberté\u201d, plutôt que de faire valoir les revendications des sans-emploi qui défilent dans les rues.D\u2019un autre côté, même menacée de récupération, cette marche garde quelque chose de son impulsion et de son impact.Elle reste un formidable moyen de pression et, comme telle, elle peut servir à relancer la réflexion.N\u2019oublions pas qu\u2019on a vu des groupes plus conservateurs en faire autant, des cultivateurs par exemple avec leur machinerie et leurs animaux dans les rues.C\u2019est le prix à payer pour permettre à la lutte sociale, légitime et démocratique, de continuer, dans une société dont on prétend si souvent qu\u2019elle est libre.Après tout, il s\u2019agit ici de beaucoup plus que d\u2019une grève particulière.Il s\u2019agit du sort de près d\u2019un million de personnes en chômage ou sur l\u2019assistance sociale, ou menacées de l\u2019être.Un mouvement de convergence Le mouvement syndical est comme le pivot premier de l\u2019organisation de la Grande Marche.Il en prend l\u2019initiative, la finance en bonne partie, y consacre des ressources humaines.Il conçoit que sa fonction directe, celle de défendre ses propres membres syndiqués, ne se sépare pas d\u2019une fonction sociale plus large au service de l\u2019ensemble des travailleuses et des travailleurs, où qu\u2019ils soient, au bureau, à l\u2019usine ou dans des services, syndiqués ou non, chômeurs ou non.Le mouvement syndical consta- 120 te d\u2019ailleurs une convergence d\u2019intérêt et d\u2019aspirations avec tout ce monde.Fortement organisé, il en est venu à développer un sens véritable de sa responsabilité et une conscience profonde de sa nécessaire disponibilité au service de ce \u201cpeuple\u201d qui, dans son ensemble, reste inorganisé.\u201cLa raison en est simple: le mouvement syndical est l\u2019expression du peuple organisé\u201d, disait un chef syndical, le président de la CSN, en décembre dernier.Le syndicalisme se voit donc comme la dynamo des forces du peuple, une force vive centrale, comme un fer de lance dans la lutte socio-économique et socio-politique pour l\u2019avenir de ce peuple.Ceci explique que le mouvement ait cherché, d\u2019une part, à devenir intersyndical (la Grande Marche regroupera les trois centrales CSN, CEQ et FTQ), et que, d\u2019autre part, il ait poursuivi la conjonction avec les groupes ou associations populaires de tous genres.Ce nouveau Front commun \u201cpour l\u2019emploi\u201d s\u2019est hâté de constituer un \u201ccomité de coordination nationale\u201d pour rejoindre l\u2019ensemble des groupes qui acceptent de participer directement à l\u2019organisation de la marche.En font partie, à l\u2019heure actuelle, à part les trois centrales syndicales, des organismes tels que le \u201cFront commun des Assistés sociaux du Québec\u201d, le \u201cRegroupement des groupes de chômeurs-chômeuses du Québec\u201d et d\u2019autres \u201cComités d\u2019aide aux chômeurs\u201d, et la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC).D\u2019autres groupes, qui appuient déjà la Grande Marche sans être encore membres du comité de coordination, pourront s\u2019y joindre plus tard.\u201cLa Grande Marche pour l\u2019emploi doit devenir la marche du peuple québécois\u201d, disait le président de la CSN en conférence de presse, le 15 mars.L\u2019élargissement que cela suppose a déjà été amorcé dans ce qu\u2019on a appelé les \u201cSommets populaires\u201d.Dans certaines régions, comme Trois-Rivières et Montréal, on a rassemblé dans des Sommets populaires des travailleurs, des représentants syndicaux et des organisations vouées à la défense du monde ordinaire.On cherche, en fait, à rejoindre le plus possible la population en général: des regroupements de locataires, de consommatrices et consommateurs, d\u2019étudiants, de citoyens, des groupes de femmes, des coopératives d\u2019habitation, des garderies populaires, des militants de tou- tes sortes, des organismes engagés en milieu populaire.Des colloques intersyndicaux et populaires ont déjà eu lieu sous forme de \u201crencontres populaires régionales\u201d.Une éducation permanente La Grande Marche sera peut-être un événement.Ce devrait être un événement d\u2019envergure.Mais il faut que ce soit plus qu\u2019un événement, à cause de la disproportion qu\u2019il y a entre le problème social auquel on s\u2019affronte et le caractère éphémère d\u2019une simple marche dans la rue.Les organisateurs ont compris la nécessité de tout un processus d\u2019animation pour continuer à construire un mouvement aux bases plus solides et plus durables.Que le tout ne s\u2019évapore pas en une journée, mais s\u2019intégre dans un mouvement susceptible de s\u2019amplifier parce qu\u2019il continue.Pour cela, il faut s\u2019équiper.On cherchera de nouvelles formes d\u2019animation et d\u2019éducation populaire à l\u2019occasion de sessions d\u2019étude, d\u2019assemblées publiques, de veillées de solidarité, de fêtes populaires, de théâtre populaire, de soupers communautaires.On y poursuivra, à l\u2019aide d\u2019instruments pédagogiques, une réflexion, une discussion, une recherche, l\u2019analyse des problèmes, la mise en commun d\u2019éléments de solution et de propositions concrètes pour la création d\u2019emplois.La prise de la parole et l\u2019expression d\u2019une volonté de changement dans les politiques économiques des gouvernements auront alors une meilleure chance d\u2019être plus efficaces parce que mieux fondées.Constatant ensemble que les voies qui ont été proposées, en pratique, par les \u201cpouvoirs\u201d, économiques et financiers, par les grandes administrations et les gouvernements, en un mot par le reste de la société, sont effectivement des voies sans issue; constatant aussi que ces avenues n\u2019ont pas été véritablement choisies par ce peuple qui forme la majorité de la population et qui est loin d\u2019exercer l\u2019influence qui lui revient dans un système démocratique; le mouvement syndical et populaire se trouvera placé devant un fait déconcertant: en réalité, les leviers du pouvoir sont plutôt maniés par une minorité et, aux RELATIONS parlements (surtout au fédéral), la majorité des députés qui est censée représenter la majorité du peuple est largement factice.Il s\u2019agit donc de bâtir une alternative sociale, de préciser des voies de solution qui soient \u201cautres\u201d, différentes de celles qui sont actuellement à toute fin pratique imposées.Devant l'impasse, les critiques ne manqueront pas, à l\u2019adresse d'un peu tout le monde.Certains députés en entendront parler et recevront à leur bureau de comté des visiteurs qu\u2019ils trouveront difficiles à convaincre.Mais cette recherche suscitera aussi une réflexion sur les critiques adressées au mouvement syndical lui-même.Plusieurs groupes populaires trouveront là sans doute une bonne occasion pour forcer le mouvement syndical à repenser ses approches théoriques, ses méthodes organisationnelles et certaines de ses pratiques syndicales.Cette autocritique s\u2019impose au nom du réalisme, et elle permettra aux syndicats de mieux établir leur légitimité aux yeux du grand public et de gagner du terrain dans l\u2019opinion de la population en général.Les travailleurs et travailleuses syndiqués se demanderont en particulier comment obtenir l\u2019appui des \u201cusagers\u201d dans les services publics et celui des parents dans le domaine scolaire.Cette autocritique nécessaire, et devenue aujourd\u2019hui plus nécessaire que d\u2019habitude, permettra au mouvement syndical de mieux faire accepter par le reste de la population les critiques qu\u2019il veut adresser à la société et aux gouvernements au sujet de l\u2019insuffisance des réformes actuelles.Un cahier de revendications On a préparé un projet de plate-forme de \u201crevendications\u201d.Il sera présenté aux réunions de la base à partir 2.Le Congrès du Travail du Canada, à l\u2019occasion de sa \u201cConférence nationale sur l\u2019économie\", les 1 er et 2 mars à Ottawa, lançait une brochure intitulée La nouvelle option économique, où on retrouve sensiblement le même genre de revendication des droits des travailleurs.MAI 1983 de la Fête des travailleurs, le Premier mai, pour être étudié, discuté, mis au point, au cours des réunions locales et régionales qui auront lieu ensuite tout au cours du mois de mai.Enfin, ces revendications seront \u201cdéposées\u201d officiellement à l\u2019occasion de la Grande Marche finale convergeant à Montréal, le 28 mai.Le cahier de revendications commence par une longue citation de la \u201cDéclaration sur le progrès et le développement dans le domaine social\u201d, proclamée le 11 décembre 1969 par l\u2019Assemblée générale des Nations unies.Cette résolution de l\u2019ONU (résolution 2542, XXIV) stipule que \u201cle développement social exige que chacun soit assuré du droit au travail et au libre choix de son travail\u201d.fi I' I jWHhtffW Considérant que le Canada est membre de l\u2019ONU, le comité de coordination de la Grande Marche réclame que nos gouvernements canadien et québécois respectent intégralement cette déclaration fondamentale.Le comité revendique en conséquence \u201cpour toute personne, le droit à un travail stable, rémunérateur, conforme à ses aptitudes, dans des conditions décentes, et ce, sans discrimination\u201d.Le pas suivant est de réclamer \u201cque ce droit soit inscrit dans les chartes canadienne et québécoise sur les droits et libertés de la personne\u201d.En effet, la \u201cCharte canadienne des droits et libertés\u201d inscrite dans la Loi constitutionnelle de 1982 passe complètement sous silence le sujet d\u2019un droit au travail.La \u201cCharte québécoise des droits et libertés de la personne\u201d affiche un chapitre IV pompeusement intitulé \u201cDroits économiques et sociaux\u201d, où on établit pour toute personne dans le besoin un droit \u201cà des mesures d\u2019assistance financière et à des mesures sociales\u201d (art.45) de même qu\u2019un droit à \u201cdes conditions de travail justes et raisonnables\u201d (art.46), mais elle ne prévoit absolument rien dans la ligne du droit au travail lui-même.Dans la suite du Cahier, les revendications s\u2019articulent autour d\u2019une politique de plein emploi et de ce qu\u2019elle implique; autour de l\u2019amélioration des régimes sociaux; de la protection des travailleuses et travailleurs face aux licenciements collectifs ou aux changements technologiques; de la formation professionnelle, du perfectionnement et du recyclage des travailleuses et des travailleurs2.Dans toutes ces recommandations, il y a sans doute au delà des principes, au niveau de leur application, ample matière à discussion: c\u2019est prévu et voulu par le mouvement.Mais il ne faudrait pas prendre prétexte de ces discussions nécessaires pour camoufler ou perdre de vue le sens général du geste posé: les travailleurs ont véritablement un droit fondamental au travail et à tout ce que la réalisation de ce droit social suppose.Des appuis déjà acquis Les groupes composant jusqu\u2019ici l\u2019organisation d\u2019ensemble, la formule d\u2019événement-animation et le type de revendications présentées font voir l\u2019importance du mouvement.En fait, il déborde encore ce cadre.De nombreux organismes appuient cette démarche, sans pouvoir, pour diverses raisons, participer plus directement à son organisation même.Ces groupes sont réunis au sein du \u201cComité national d\u2019appui à la Grande Marche\u201d.C\u2019est le cas, par exemple, de diverses associations d\u2019étudiants, dont l\u2019ANEQ, la JEC, le MECQ; de l\u2019Union des producteurs agricoles du Québec (UPA); de la Fédération des Associations coopératives d\u2019économie familiale (ACEF) du Québec; de la Ligue des droits et libertés du Québec; du Mouvement des travailleurs chrétiens (MTC); de l\u2019Association des consommateurs du Québec; de l\u2019Union des travailleurs immigrants du Québec; du Centre de pastorale en milieu ouvrier (CPMO); du Centre de formation populaire; du Regroupement Action-milieu (RAM); etc.121 Au delà de ces \u201cgroupes d\u2019appui\u2019\u2019 déjà acquis, il reste à rejoindre le plus possible, dans le grand public de ceux qui peuvent se piquer d\u2019être \u201cdémocratiques\u2019\u2019, les véritables démocrates québécois.L\u2019appui particulier de l\u2019Assemblée des évêques du Québec (AEQ) mérite qu\u2019on s\u2019y arrête.Dès décembre, le Comité épiscopal des affaires sociales de l\u2019AEQ donnait son appui officiel à cette marche.Les évêques affirmaient déjà \u201cqu\u2019une démarche comme celle de la Grande Marche pour l\u2019emploi peut susciter un regain de solidarité, constituer une pression sur les divers pouvoirs et faire émerger la créativité de tous et toutes pour sortir de la crise\u2019\u2019.Il y a déjà un an, comme s\u2019ils prévoyaient cette Grande Marche de solidarité, les évêques du Québec répondaient aux signes des temps.Le message de leur Comité des affaires sociales à l\u2019occasion de la Fête des travailleurs, \u201cLes luttes des travailleurs en temps de crise\u2019\u2019, encourageait les travailleurs \u201cà s\u2019associer aux mouvements populaires afin d\u2019en arriver à des actions concertées\u201d, car seule une telle action \u201cà l\u2019intérieur d\u2019une stratégie d\u2019ensemble peut donner un résultat concret\u201d; \u201cl\u2019Évangile nous invite à aller jusqu\u2019au bout du combat pour la justice.et revendiquer le droit au travail pour tous et toutes, c\u2019est faire oeuvre de justice\u201d.Il n\u2019est pas surprenant non plus qu\u2019à l\u2019échelle du Canada les évêques aillent dans le même sens.On sait les remous qu\u2019a causés le message du Comité des affaires sociales de la Conférence des évêques catholiques du Canada en janvier dernier, intitulé \u201cJalons d\u2019éthique et réflexions sur la crise économique actuelle\u201d.Parmi les orientations qu\u2019on y dessinait, pour la lutte contre le chômage et pour îa création d\u2019emplois, l\u2019une insistait sur la participation \u201cdans l\u2019élaboration des politiques d\u2019emploi et de relance économique\u201d.Cette orientation spécifiait qu\u2019une double participation est indispensable: celle des syndicats, des chômeurs et des travailleurs non syndiqués, à qui il faudrait assurer un \u201crôle réel\u201d dans la formulation des politiques économiques, et celle aussi de tous les gens de bonne volonté, de toutes les communautés locales et régionales, de toutes les régions du pays, appelés également \u201cà l\u2019élaboration et à la mise en oeuvre de toute cette stratégie\u201d.Monseigneur Remi De Roo, évêque de Victoria et président du Comité qui fut responsable de ce message de janvier, donnait récemment une conférence à Montréal3.La déclaration des évêques canadiens sur la crise économique, Monseigneur De Roo constate que le peuple l\u2019a faite sienne spontanément, parce qu\u2019elle traitait des problèmes du petit peuple et regardait la crise économique avant tout du point de vue de ses victimes.Il est surtout intéressant de noter les convergences entre la pensée de Monseigneur De Roo et celle des organisateurs de la Grande Marche.Le rêve qu\u2019il entretient (il correspond à la cinquième orientation du message de janvier), c\u2019est de voir surgir à travers le pays une \u201ccoalition de groupes populaires qui vont former un mouvement populaire de renouveau social et économique\u201d.Il trouve en particulier que l\u2019on doit aider les chômeurs à s\u2019organiser.Et il croit aussi que, pour faire naître et croître ce mouvement populaire, on doit de préférence investir du temps et des énergies dans \u201cles communautés locales\u201d, à la base.Ce même Comité des affaires sociales de la CECC, réuni de nouveau à Ottawa vers la fin de mars, comme pour donner une suite à son message de janvier, émettait un communiqué de presse4 qui revient sur cette idée d\u2019une vaste coalition des forces populaires.La conclusion ne fait pas de doute: cette coalition syndicale et populaire est une des formes les plus importantes de la démocratisation du pouvoir dans notre société.\u201cDe nouveaux mouvements de solidarité\u201d Il ne s\u2019agit pas de s\u2019emballer et de croire que très spontanément et facilement, comme par magie, la Grande Marche doive être un immense succès.Telle n\u2019est pas la condition indispensable pour commencer.Au contraire, et de façon très réaliste, il faut accepter d\u2019avance que le processus de sensibilisation et de mobilisation soit difficile et long.Du moins sait-on qu\u2019envisagée non pas simplement comme un événement qui passe mais comme une animation basée sur une réflexion, une recherche et une éducation permanente, la Grande Marche en avant des forces populaires prend la bonne direction.La Grande Marche de 1 983 sera une étape mais elle contribuera à consolider et à élargir le mouvement.On songe déjà à un colloque sur \u201cles jeunes et l\u2019emploi\u201d pour l\u2019automne qui vient.On parle de \u201crencontres populaires régionales\u201d à intensifier au cours des deux prochaines années.Tout cela en vue, éventuellement, d\u2019assises \u201cnationales\u201d syndicales et populaires, pour tout le Québec.Mais ce n\u2019est pas le toit qui, pour l\u2019instant, compte le plus; ce sont les fondements mêmes et les piliers qu\u2019on est à installer.L\u2019heure n\u2019est pas aux mégalomanes mais bien aux simples militants et militantes qui avec patience, persévérance et acharnement travaillent à bâtir un mouvement social suffisamment ample pour donner à la voix du peuple une force qui compte vraiment.Ce mouvement de base interpelle tous ceux et celles qui, de près ou de loin, ont le souci d\u2019un ordre social meilleur.Au public plus vaste, assis confortablement devant son journal ou sa télévision, au moment de cette Grande Marche, d\u2019en rechercher le vrai sens.C\u2019est une invitation à reconsidérer ce que Jean-Paul II appelle \u201cl\u2019Évangile du travail\u201d.Le téléspectateur est convoqué à s\u2019interroger sur sa propre solidarité face au problème du travail que les autres n\u2019ont pas.Jean-Paul II demande au citoyen de \u201cprendre en charge le drame du chômeur\u201d.\u201cIl faut toujours qu\u2019il y ait, dit-il dans son encyclique sur le travail, de nouveaux mouvements de solidarité des travailleurs et de solidarité avec les travailleurs\u201d.Il s\u2019agit d\u2019accompagner les sans-emploi par son appui moral et même peut-être financier, un peu comme si on marchait à leurs côtés, avec eux, dans la rue, dans leur marche vers l\u2019avenir, soutenu comme eux par l\u2019espérance.3.\t\u2018\u2018Monseigneur De Roo souhaiterait un vaste renouveau social\u201d, Le Devoir, 22 mars 1983, p.14.4.\tVoir The Gazette, 24 mars 1983, p.B-1 ; La Presse, 25 mars, p.A-1 4.122 RELATIONS LE RASSEMBLEMENT POPULAIRE DE QUÉBEC par Gérald Doré Le Rassemblement populaire est aujourd\u2019hui le parti d\u2019opposition officielle, à l\u2019Hôtel de Ville de Québec.Aux dernières élections municipales, il a reçu 41 % des voix et fait élire 4 conseillers municipaux (sur 21 ).Comment le parti est-il né?Quelles difficultés a-t-il dû surmonter?Quelles sont ses perspectives d\u2019avenir?Gérald Doré a milité pendant plusieurs années au sein du Rassemblement populaire.Il enseigne à l\u2019École de service social de l\u2019université Laval.\u201cNotre objectif est de vaincre le mur politique auquel nous nous heurtons depuis toujours\u201d.Cette phrase est extraite du générique d'un film 8 mm réalisé en 1 968 par des membres de deux comités de citoyens du quartier St-Roch, à Québec, assistés par Pierre Racicot, devenu depuis lors président du Rassemblement populaire.Le film comporte une scène où un ouvrier dirige sa masse contre un mur de briques.Sous les coups répétés, une lézarde apparaît, annonciatrice d\u2019une brèche à ouvrir.De nombreuses luttes de quartier viendront encore buter contre ce mur politique1, avant qu\u2019une brèche n\u2019y soit effectivement pratiquée.Ses assises municipales sont solides, supportées qu\u2019elles sont par un émule et quasi-homonyme du Parti civique du maire Drapeau de Montréal: le Progrès civique de Québec.Né comme le Parti civique sous les apparences d\u2019un mouvement de réforme municipale, le Progrès civique s\u2019emploie, en fait, à réaliser une stratégie de développement urbain concoctée dans les conciliabules de la Chambre de commerce depuis le milieu des années \u201950.Entre 1970 et 1972, la recherche EZOP-Québec2 mettra au jour les principaux ressorts de cette stratégie; elle vise à favoriser la rentabilité du grand capital immobilier, avec l\u2019aide des paliers supérieurs de gouvernement, en vue d\u2019augmenter les revenus de la taxe foncière et de revitaliser le commerce au centre-ville.Comme dans beaucoup de grandes villes, cette politique urbaine ne tarde pas à entraîner des effets dévastateurs dans les quartiers populaires où se concentre le stock de logements à bas loyer: spéculation, taudification, expropriation, démolition, etc.1.\tVoir Gérald Doré et Denis Plamondon \u201cLes pratiques urbaines d\u2019opposition à Québec\u201d, Revue internationale d'action communautaire, 4/44, automne \u201980, p.1 20-1 28.2.\tVoir Robert Couillard, Gérald Doré, François Lamarche, Pierre Racicot, Lionel Robert et Robert Mayer.Une ville à vendre.EZOP-Québec.Montréal, Éditions coopératives Albert St-Martin, 1981, 559 pages.Avec la collaboration de François Charbonneau.Dans les quartiers menacés on voit alors se former des comités de citoyens: leurs revendications appellent un changement, une alternative politique.Aux élections municipales du 16 novembre 1969, le curé de St-Roch, Mgr Raymond Lavoie, tente bien une percée dans le district électoral St-Roch-St-Sauveur, en se réclamant d\u2019un catholicisme social de son cru.Mais ni lui-même ni aucun des trois autres membres de son équipe ne sont élus et l\u2019expérience ne connaît pas de suite.En 1973, une nouvelle tentative avorte, avant même de prendre pied dans l\u2019arène électorale.Ce nouvel essai était porté par seize personnes liées aux intérêts et aux objectifs des groupes populaires de Québec.Certaines d'entre elles continueront à discuter le coup au cours de l\u2019année qui suit les élections et, dans le sillage de ces discussions, huit militants liés aux luttes de quartier et à la recherche EZOP-Québec se réunissent dans une cuisine de la rue Richelieu, dans le faubourg St-Jean-Baptiste, à la fin de 1974.Cette fois, le coup d\u2019envoi est donné à un nouveau parti municipal.Option électorale vs opportunisme électoral En 1975, une quarantaine de personnes se réunissent autour de ce projet.Parmi elles, quelques participants-es liés-es à l\u2019establishment péquiste de la région tentent de diluer l\u2019option pour les intérêts populaires dans un vague discours sur la \u201cparticipation des citoyens\u201d, en excluant l\u2019analyse et le discours de classe sur les intérêts urbains.Ils s\u2019esquiveront en constatant leur impuissance à infléchir l\u2019orientation de la majorité.Pour d\u2019autres participants-es issus-es des groupes populaires et des syndi- MAI 1983 123 cats, la fondation d\u2019un parti opérant à l\u2019échelle de toute la ville apparaît prématurée.Ils préconisent plutôt la création d\u2019un mouvement dont l\u2019action électorale suivrait, sans le précéder, le développement des comités de citoyens.En même temps, on pose la question des relations entre parti, syndicats et groupes populaires3.Après cinq rencontres, cette phase se termine par l\u2019adoption d\u2019une résolution à l\u2019effet que l\u2019implication des groupements populaires et syndicaux soit la condition de l\u2019existence d\u2019un mouvement ou parti d\u2019action populaire municipal à Québec.Cette résolution est alors soumise à une vaste consultation: on souhaiterait obtenir de chaque groupe populaire ou de chaque syndicat consulté la nomination d\u2019un représentant dûment mandaté, ces délégués siégeraient sur un comité chargé de l\u2019organisation et de la direction politique du mouvement provisoire.Mais la majorité des groupes et des syndicats refusent de se lier officiellement et structurellement à un mouvement politique.Cependant, en encourageant \u201cofficiellement\u201d une section de ses membres à travailler dans un parti autonome et indépendant de lui, le Comité des citoyens du quartier St-Sauveur contribue à jeter les bases de la première organisation de district du nouveau parti.La haute-ville suivra peu de temps après.Les deux groupes travailleront ensemble à la rédaction d\u2019un manifeste et de statuts provisoires.Manifeste, programme et machine électorale Le comité de rédaction du manifeste ainsi constitué connaîtra les tensions qui marquent la gauche québécoise dans la décennie \u201970.Deux membres abandonneront le comité et le parti en formation pour adhérer à un groupe politique marxiste-léniniste.Pour ceux qui restent, le défi à relever consiste à formuler dans un langage simple et accessible les contradictions urbaines que le pouvoir cherche à camoufler.Lu à haute voix, à l\u2019occasion du lancement officiel du parti devant une centaine de personnes, le 31 janvier 1 977, le manifeste dénonce le \u201crè- gne du béton, des profits, des cadeaux aux grosses compagnies\u201d, et ses retombées sociales: \u201cdétérioration, démolition, pollution, expropriation, expulsion, cherté du logement\u201d.Le texte situe l\u2019orientation du parti \u201cau service des intérêts des travailleurs et des travailleuses de Québec, ouvriers, employés de bureau, de commerce, de services et ménagères, actuellement sur le marché du travail, sur le chômage, sur l\u2019assistance sociale, à la retraite ou à la maison\u201d.Il décrit en termes concrets les situations vécues par les femmes et les hommes dont il veut défendre les intérêts.Il indique enfin quelques pistes à développer dans un programme, notamment les conseils de quartier.Ce programme sera préparé au cours des mois qui suivront, à l\u2019aide de documents d\u2019appui portant sur les programmes du FRAP et du RCM, sur l\u2019expérience originale de la municipalité de Bologne, en Italie, et sur les propositions municipales du programme du Parti québécois.Le programme sera adopté par les 120 participants-es au premier congrès, du 17 au 19 juin 1977.Le parti compte alors 300 membres.C\u2019est ce programme que défend encore aujourd\u2019hui le Rassemblement populaire, avec quelques modifications mineures survenues dans les congrès ultérieurs.Sous les chapitres \u201cdémocratie municipale\u201d, \u201cgestion municipale\u201d, \u201cvie économique\u201d, \u201clogement et vie de quartier\u201d, \u201cloisirs et culture\u201d, \u201ccirculation et services publics\u201d, \u201ctransport en commun et communauté urbaine de Québec\u201d, il tente de traduire en mesures concrètes le parti pris formulé dans son préambule pour \u201cles intérêts des citoyens et citoyennes de Québec qui sont en majorité des travailleurs et des travailleuses\u201d.À cause précisément de ce parti pris, un député pé-quiste de Québec qualifiera le programme du Rassemblement populaire de \u201cplate-forme trop étroite\u201d; ce qu\u2019on 3.Voir Pierre Racicot, \u201cLe Rassemblement populaire de Québec et les Comités de citoyens\u201d, \u201cLe Rassemblement populaire de Québec et les Comités de citoyens\u201d, Revue internationale d\u2019action communautaire, 4/44, automne '80, p.129-1 33 et Claude Cantin.Continuité ou rupture entre les groupes populaires et syndicaux de Québec et le Rassemblement populaire de Québec.Essai présenté à l\u2019École de service social de l\u2019université Laval en vue de l\u2019obtention d\u2019une maîtrise en service social, 1 978, 54 pages.Cet essai contient en annexe un historique détaillé des débuts du Rassemblement populaire.,\u201eç,v\tl'Action.NATIONALE G* \\ev\t^ Depuis 65 ans, l\u2019Action Nationale analyse les événements sociaux, politiques et économiques et fait le point sur la situation du Québec.De fait, c\u2019est la plus ancienne des revues québécoises, mais également la plus engagée.De Lionel Groulx, à nos jours, l\u2019Action Nationale a su s\u2019adjoindre des collaborateurs de renom, qui ont marqué leur époque.Soyez mieux informé et passez, vous aussi, à l\u2019Action.Nationale! Remplir le coupon et le retourner à: l\u2019Action Nationale, 82 rue Sherbrooke ouest, Montréal, QC H2X 1X3 Téléphone: (514) 845-8533 r-.Je m\u2019abonne ; Nom_____________Prénom_______ | Adresse _____________________ \u2022 Ville___________Code postal__ ¦ Abonnement\t1\tan ( 10 numéros)\t2 ans (20 numéros) ¦ Québec\t?\t25S\t?45S Autres pays\t?\t30S\t?50S\tI Abonnement de soutien\t?\t35S\tet plus\t\" L.J 124 RELATIONS pourrait traduire par \u201cnon rentable électoralement\u201d.Le manifeste et le programme auront ainsi pour effet de dégager le parti naissant d\u2019alliances qui auraient pu compromettre son orientation et vont l\u2019obliger à bâtir sa propre organisation électorale.Ce ne sera pas sans effort toutefois; en particulier dans les districts de la périphérie, apparemment moins touchés par les enjeux urbains qui ont donné naissance au parti.À l\u2019élection du 13 novembre 1977, le Rassemblement populaire sera en mesure de présenter des candidats à tous les sièges.Les élections Quand on monte sur la scène électorale, on contracte l\u2019obligation d\u2019une réussite minimale, si on prétend à une certaine durabilité.Le contexte de 1977 s\u2019avérera difficile.Dans la sphère d\u2019influence de la droite péquiste, un troisième parti est fondé hâtivement en juin 1977.Le Rassemblement populaire décide de ne se livrer à aucun marchandage électoral avec ce parti improvisé.Il sauvegarde ainsi à long terme son orientation et son programme, en même temps que son caractère d\u2019opposition bien identifiée.Le travail des militants assurera le succès de ce choix politique audacieux.Le Rassemblement populaire arrive deuxième, devant le Parti municipal de Québec, qui ne survivra pas à son échec.Aucun conseiller n\u2019est élu; mais le parti obtient 25% du vote exprimé dans l\u2019ensemble de la ville.La campagne électorale, financée par les membres et les sympathisants coûtera 19 570,81$.Il s\u2019agissait alors de dépasser le stade des \u201cvictoires morales\u201d.C\u2019est au niveau proprement électoral que le parti doit relever son prochain défi.Le 1 5 mars 1 981, le Rassemblement populaire réussit le tour de force de faire élire son premier conseiller municipal, Pierre Mainguy, dans une élection partielle.Huit mois plus tard, aux élections municipales générales, quatre conseillers du Rassemblement populaire franchissent les portes de l\u2019Hôtel de Ville: Pierre Mainguy, Gérard Barber, Gaston Bisson et Gilles Gilbert.Le nombre de sièges obtenus (4 sur 21 ) n\u2019est pas à la mesure du progrès réalisé dans l\u2019électorat, puisque 41 % des suffrages exprimés aux postes de conseillers favorisent le Rassemblement populaire.À la mairie, le candidat du Rassemblement obtient 40% des voix.Depuis 1981, le Rassemblement populaire forme donc officiellement l\u2019opposition au sein du conseil municipal: c\u2019est une nouvelle épreuve à affronter.L\u2019épreuve de l\u2019opposition Les conseillers du Rassemblement populaire remplissent leur rôle dans des conditions très difficiles.Habitué au monopole du pouvoir depuis 1969, le Progrès civique adopte un comportement antidémocratique et refuse de donner à l\u2019opposition municipale les moyens de faire son travail.Aucun budget de recherche n\u2019est alloué au parti.MAI 1983 Le maire Jean Pelletier refusera même que la recher-chiste payée à même les émoluments des conseillers travaille dans leur bureau en leur absence.Dans un épisode rocambolesque, digne de l\u2019époque duplessiste, il la fera même expulser par la police.Les conseillers du Rassemblement populaire sont confrontés à une technocratie municipale imposante.Tout en continuant à exercer leur emploi habituel d\u2019économiste, de surveillant dans un service d\u2019incendie, de responsable de reprographie et d\u2019enseignant, il leur faut beaucoup apprendre en même temps.Un partage inégal des tâches tend à s\u2019établir à l\u2019Hôtel de Ville entre les conseillers mieux préparés à travailler dans les dossiers et ceux qui sont davantage orientés vers la réponse aux besoins des citoyens de leur district.Malgré ces difficultés, l\u2019aile parlementaire s\u2019attaque à des dossiers importants.En plus de revendiquer la démocratisation de la vie municipale, elle mène une lutte soutenue contre la dilapidation de fonds publics dans la construction excédentaire d\u2019espaces à bureaux au centre-ville, dans le cadre d\u2019un projet de gare intermodale.Le favoritisme dans l\u2019octroi des contrats, qu\u2019on procède ou non sous le couvert de normes, reste à l\u2019ordre du jour des débats du Conseil.Entre les périodes électorales, quelques centaines parmi les mille membres continuent à assurer la continuité de l\u2019organisation et à mener des actions bien enracinées dans les quartiers.Les élus sont appelés à défendre ces dossiers dans les débats à l\u2019Hôtel de Ville: opposition à la fermeture d\u2019une caserne de pompiers, promotion de HLM sur des terrains vacants, contestation d\u2019un plan de stationnement, etc.À travers la présence de ses élus à l\u2019Hôtel de Ville, le Rassemblement populaire se familiarise avec les rouages de la gestion municipale et se prépare à traduire en résolutions du Conseil les articles de son programme.Vers la victoire ?Dans l\u2019optique d\u2019une victoire électorale, la marge de manoeuvre du Rassemblement populaire restera très grande en ce qui concerne la démocratisation de la vie municipale; mais les choix seront plus difficiles en matière économique.Depuis près de vingt ans, le Progrès civique a engagé les ressources et le pouvoir d\u2019emprunt de la municipalité dans de coûteuses dépenses d'infrastructure, largement orientées vers les intérêts du grand capital immobilier.Les dépenses capitales encore possibles pour des projets alternatifs sont restreintes et elles impliqueront une gestion rigoureuse, dans une voie résolument différente.Beaucoup de membres sont en même temps conscients qu\u2019une victoire du Rassemblement populaire, s\u2019il reste fidèle à ses orientations et à son programme, ne fera qu\u2019ouvrir un nouveau terrain de lutte et de négociation, tourné cette fois vers les paliers supérieurs de gouvernement.Le niveau municipal est un niveau politique subalterne et certains changements dans la gestion de l\u2019espace urbain ne pourront être réalisés qu\u2019au prix de mutations significatives à d\u2019autres niveaux politiques.125 Matériaux pour un bilan LE VOYAGE DE JEAN-PAUL II EN AMÉRIQUE CENTRALE par Karl Lévêque J\u2019avais peur, très peur de ce voyage.Le pape sur un volcan.! Que dirait-il au Nicaragua?En Haïti?En Haïti \u2014 chica mia.boubout mwen! \u2014 sa performance fut incroyable et je fus transporté de joie.Mais il me restait la douleur, la tristesse de ce rendez-vous manqué, de ce malentendu au Nicaragua.C\u2019est avec ces sentiments partagés que j\u2019ai entrepris de refaire, dans mon bureau, le voyage de Jean-Paul Il en Amérique centrale.dans les textes.J\u2019ai certes suivi à travers les journaux, jour après jour, ce voyage.Mais j\u2019avais déjà eu l\u2019expérience, à Puebla, de pouvoir comparer le vrai voyage \u2014 disons \u201cmon trip\u201d à moi au Mexique \u2014 avec ce qu\u2019en disaient les journaux locaux ou internationaux.J\u2019avais pris la leçon.Saurai-je jamais si ce qui s\u2019est passé ce jour-là répondait, de part et d\u2019autre, à des scénarios bien préparés, prévus d\u2019avance, ou s\u2019il faut faire une part à l\u2019imprévu, à la maladresse qui déclenchent l\u2019irréparable, l\u2019absurde.?De toutes les façons, j\u2019en avais pris mon parti et j\u2019avais décidé de refaire le voyage à partir des textes mêmes de Jean-Paul II.Il est sûr que, dans ce cas plus qu\u2019ailleurs, le médium est le message, et Jean-Paul II est un médium particulièrement \u201cchaud\u201d.Raison de plus pour tenter une démarche plus à froid, plus distante \u2014 abstraite, en un sens \u2014, mais qui peut dégager des éléments importants dans un bilan.pour le long terme, de ce voyage que beaucoup considèrent comme le plus important qu\u2019ait réalisé jusqu\u2019à maintenant ce grand voyageur qu\u2019est Jean-Paul II.Une volonté de présence \u201cmas de ce rca\u201d Une tournée comme celle que Jean-Paul II vient d\u2019effectuer en Amérique centrale, c\u2019est quarante-trois interventions, préparées d\u2019avance, structurées comme un ensemble, et dont le coup d\u2019oeil panoramique est révélateur.Il y a certes les inévitables salutations dans les aéroports, à l\u2019arrivée et au départ, où le style fait les concessions d\u2019usage à la diplomatie, mais dont Jean-Paul II profite toujours pour annoncer les grandes orientations qu\u2019il veut donner à sa visite.\u201e Il y a ensuite une savante répartition d\u2019interventions auprès des milieux les plus différents, que Jean-Paul Il entend rencontrer au cours de son voyage.Il s\u2019adressera deux fois aux évêques: au Costa Rica, avec la SEDAC, le secrétariat de l\u2019épiscopat de l\u2019Amériaue centrale, et en Haïti, avec le CELAM.Il rencontre les religieuses au Costa Rica, les religieux au Guatemala.Il traite de l\u2019identité sacerdotale avec des représentants du clergé au Salvador.A Quezalte-nango au Guatemala, il parlera de la culture traditionnelle avec les Indiens.Il rencontre les jeunes au stade national du Costa Rica, les éducateurs chrétiens à Léon (Nicaragua), les juges et les juristes au Costa Rica, les universitaires au Guatemala.Il visite les enfants infirmes au Costa Rica, s\u2019adresse aux délégués de la Parole au Honduras.Il parlera d\u2019oecuménisme à Belize, s\u2019entretiendra sur la famille à Panama, prêchera sur la Vierge au sanctuaire de Suya-pa (Honduras) et au Congrès marial de Port-au-Prince.C\u2019est à Panama qu\u2019il s\u2019adresse aux paysans et à San Pedro Sula (Honduras) qu\u2019il explicite avec les ouvriers la pensée sociale déjà formulée dans son encyclique sur le travail.En plus de cela, il y a les grandes homélies préparées pour les immenses rassemblements eucharistiques qui constituent les charnières de son voyage: \u2014 La Sabana, au Costa Rica, où il développe le lien entre l\u2019évangélisation et l'engagement social; 126 RELATIONS \u2014 Managua, le grand discours sur \\\u2019unité de l\u2019Église (le mot \u201cunidad\u201d y revient 36 fois, sans compter le verbe \u201cunir\u201d ou les adjectifs comme \u201cuno\u201d, \u201cunido\u201d, \u201cunida\u201d, etc.); \u2014\tle Metro Centro de San Salvador, où l\u2019homélie est centrée sur la réconciliation et le dialogue nécessaires pour mettre fin à la violence; \u2014\tle Champ de Mars à Guatemala, où le respect et la dignité de la vie sont affirmés avec une force qui défie et dénonce l\u2019arbitraire du génocide, de la répression exercés par le dictateur Rios Montt; \u2014\tà Port-au-Prince finalement, l\u2019intervention perçue comme la plus politique de son voyage: \u201cIl faut bien en effet que les choses changent\u201d.Il y affirme le droit pour l\u2019Église d\u2019assumer \u201cune mission prophétique inséparable de sa mission religieuse\u201d.Jean-Paul II affirme que le prophète doit interpeller ceux qui ont des responsabilités \u201cdans les cités et au niveau national\u201d.Et il ne se prive pas de le faire! Je pense avoir vraiment compris, pour la première fois, pourquoi Jean-Paul Il prenait si souvent l\u2019avion \u2014 c\u2019est son 1 7e voyage! \u2014 : il veut rendre le plus présent possible au monde le message de l\u2019Évangile.Il va au-devant des peuples, des nations, des chefs d\u2019État, il interpelle les secteurs les plus différenciés.et bien entendu comme il sait s\u2019y prendre pour déranger, provoquer les journalistes! Câlin, acteur avec les foules, il se fait adopter par elles.Il rencontre les minorités, parle toutes les langues.\u201cC\u2019est à la douleur des peuples que je viens compatir.Je veux essayer de comprendre de plus près (mas de cerca)\", déclare-t-il dans son premier discours en Amérique centrale.Dans ce voyage, d\u2019ailleurs, c\u2019est sur la ligne de feu qu\u2019il a voulu se rendre, sur le front.On peut ne pas partager tous ses points de vue.Mais il faut admirer le courage qu\u2019il a de venir les défendre en personne, devant une foule qui sait ce qu\u2019elle veut.ou de- 1.\u201cIl n\u2019est pas un de ses seize précédents voyages à l\u2019étranger où le Pape ait davantage et plus constamment fait appel à la justice sociale, et rarement ses propos et ses gestes ont-ils été suivis avec plus d'attention.\u201cMême quand il célèbre la messe, il semble y avoir des implications politiques\u201d, déclarait un officiel du Vatican qui était du voyage.\u201d (Time Magazine, 21 mars 1 983, page 32) vant un général qui tue de sang-froid six jeunes gens et extermine des villages entiers de paysans.Non, Jean-Paul Il n\u2019est pas un homme prudent.Il n\u2019a peur de personne.Il n\u2019a pas peur de parler.Il voyage parce qu\u2019il veut porter lui-même la Parole.S\u2019il \u201cvedet-tise\u201d, qu\u2019il agace ou qu\u2019il charme, c\u2019est parce qu\u2019il est lui-méme, dans tout son personnage, une interpellation, une \u201cparole\u201d, qui veulent rendre signifiante pour aujourd\u2019hui une annonce, une Bonne nouvelle que les réalités politiques contredisent si souvent.Il remet l\u2019Église sur la carte politique, et il en est très conscient.Un développement de sa pensée pastorale J\u2019ai dit comment sur l\u2019ensemble de ses discours il revient sur les points qui lui sont chers.Sa dévotion à la Vierge est bien connue.Son insistance sur l\u2019unité de l\u2019Église et sa condamnation de la stérilisation, de la contraception et de l\u2019avortement ne surprendront personne.Mais globalement, sa prédication, dans cette zone tourmentée de la planète, a été centrée sur l\u2019enseignement social de l\u2019Église1.\u201cDurant ces journées de ressourcement, je reviendrai fréquemment sur le thème de la justice et de la paix\u201d (au SECAC).À deux reprises il utilise une très belle formule qui paraphrase celle de Paul VI dans Populorum Progressio: il définit la paix comme le \u201cfruit de la justice\u201d.Il n\u2019a pas cessé d\u2019un discours à l\u2019autre d\u2019évoquer \u201cla longue file des orphelins, des milliers de réfugiés, d\u2019exilés ou de personnes déplacées, en quête d\u2019un foyer\u201d.Il nomme sans arrêt conflits, tensions, terreur, violence, larmes et douleurs: Il existe, hélas, des facteurs de division qui mettent en péril vos pays.Les tensions abondent, les affrontements vous menacent, qui annoncent de graves conflits et qui ont ouvert la porte au torrent dévastateur de la violence sous toutes ses formes.Combien de vies inutilement et cruellement fauchées! Des peuples qui ont droit à la paix et à la justice se voient secoués par des luttes inhumaines.(au SEDAC).Mais il fait plus qu\u2019une simple lamentation, il appelle une \u201canalyse\u201d de la situation qui montre \u201cles racines\u201d de l\u2019injustice, de l\u2019exploitation et de l\u2019inégalité (au CELAM).Aux religieuses aussi, il recommandera d\u2019effectuer \u201cce discernement de la réalité\u201d à la lumière de l\u2019Évangile.Quatre points nous ont paru déterminants dans cet ensemble de discours, à cause de l\u2019accentuation particulière ou nouvelle qui nous permet de mieux y découvrir la pensée sociale de Jean-Paul II.a) la dimension sociale de la foi Loin, très loin d\u2019une conception intimiste, privatisée de la spiritualité, Jean-Paul II affirme fortement la dimension sociale de la foi.L\u2019Évangile, dit-il aux évêques du SEDAC, concerne tout l\u2019homme et appelle nos énergies \u201cà éliminer l\u2019oppression, l\u2019injustice sous toutes ses formes\u201d.À la Sabana, le message est explicite: Cette Église, avec sa doctrine et son exemple, l\u2019Église des saints et des docteurs, nous exhorte à nous occuper non seulement des choses spirituelles, mais aussi des réalités de ce monde et de la société humaine dont nous faisons partie.Elle nous exhorte à nous engager pour éliminer l\u2019injustice, à travailler pour la paix et le dépassement de la haine et de la violence, à promouvoir la dignité de l\u2019homme, à nous sentir responsables des pauvres, des malades, des marginaux et des opprimés, des réfugiés, des exilés et des personnes déplacées.Si la vocation du chrétien est de construire la civilisation de l\u2019amour, il est nécessairement confronté aux défis de l\u2019injustice, de l\u2019exploitation et de la violence.Le chrétien doit \u201crépondre aux défis de l\u2019histoire\u201d (Managua).\u201cLa foi nous dit que nous pouvons prendre, de manière responsable, les rênes de l\u2019histoire pour devenir les artisans de notre propre destin\u201d (au SEDAC).Dans une homélie pathétique à San Salvador, Jean-Paul II fait le lien entre la dimension personnelle du péché et de la réconciliation, et leur dimension collective: Grâce au sang du Christ, nous pouvons vaincre le mal par le bien.Le mal MAI 1983 127 APPEL À LA JUSTICE Le choix que nous avons n\u2019est pas celui du statu quo ou de la lutte idéologique de classe avec la violence qui en découle.L\u2019Église s\u2019adresse aux coeurs et aux esprits, et surtout à la capacité de changement qui existe en tous.Pour en terminer avec la violence de l\u2019opposition de classes, il ne suffit pas d\u2019ignorer les injustices, mais il faut les corriger, comme l\u2019Église le demande instamment dans sa doctrine sociale.Voilà pourquoi elle propose d\u2019avoir recours à de nouvelles méthodes et de nouvelles structures de travail, selon les exigences de la dignité du travailleur, de sa vie familiale et du bien commun de la société; surtout dans une société qui commence à s\u2019industrialiser et dans laquelle on peut être fortement tenté de laisser les forces du marché devenir le facteur déterminant du processus de production.Auquel cas le travailleur est inacceptablement abaissé et devient un objet.Il est inacceptable que celui qui est puissant s\u2019approprie des gains énormes ne laissant que des miettes au travailleur.Il est tout aussi inacceptable que le gouvernement et les entrepreneurs, à l\u2019intérieur du pays ou à l\u2019extérieur, passent des accords entre eux, avantageux pour tous les deux, en excluant la voix du travailleur dans ce processus ou sa participation aux bénéfices.Discours aux ouvriers d\u2019Amérique centrale qui pénètre dans les coeurs et dans les structures sociales.Le mal de la division entre les hommes, qui a couvert le monde de sépulcres avec les guerres, avec cette terrible spirale de haine qui dévaste, détruit, de manière si tragique et démente.Un autre passage porte aussi l\u2019accent de cette théologie latino-américaine qu\u2019on avait prétendu jadis lui faire condamner: c\u2019est que les oppressions qui tuent l\u2019homme à petit feu sont à proscrire au même titre que l\u2019homicide: Rappelons-nous qu\u2019on peut faire mourir son frère peu à peu, jour après jour, quand on le prive de l\u2019accès aux biens que Dieu a créés pour le bénéfice de tous et non pour la seule jouissance de quelques-uns.Cette promotion humaine est partie intégrante de l\u2019évangélisation et de la foi (Champ de Mars, Guatemala).L\u2019Évangile du Christ est donc annonce d\u2019amour, de justice, de vérité, de liberté et de paix.Cela fait partie de la mission de l\u2019Église d\u2019élever \u201cla voix pour condamner les injustices, pour dénoncer les oppressions, principalement quand elles s\u2019exercent sur les plus pauvres et les plus humbles\u201d (id.).Très frappant aussi ce commentaire de Le 4,1 8, dans la rencontre avec les Indiens au Guatemala.J\u2019ai été réconforté de retrouver chez Jean-Paul II à plusieurs reprises cette mention d\u2019un amour qui se doit d\u2019être efficace.b) l\u2019option privilégiée pour les plus pauvres Là aussi, il ne s\u2019agit pas d\u2019une nouveauté, mais d\u2019une insistance qui confirme définitivement ce qui avait été énoncé à Puebla.L\u2019Évangile se porte à la défense de l\u2019homme, par-dessus tout de ceux qui sont les plus pauvres et les plus faibles, de ceux qui manquent des biens de cette terre, qui sont marginalisés ou dont on ne tient pas compte (au SEDAC).Cette solidarité avec les plus pauvres n\u2019est pas un effet accidentel, un temps second (à l\u2019externe), par rapport à ce qui serait la tâche première de construire l\u2019Église (à l\u2019interne): Ils construisent l\u2019Église ceux qui se préoccupent de leur prochain, spécialement de celui qui est pauvre et abandonné, du marginal, de l\u2019opprimé; construisent l\u2019Eglise ceux qui sont fidèles au devoir de solidarité, surtout dans les crises économiques qui secouent actuellement nos sociétés (La Sabana, Costa Rica).Aux prêtres, aux religieux, il rappelle explicitement l\u2019exigence de s\u2019engager avec une option privilégiée pour les pauvres, pour la cause des pauvres.Mais il insistera aussi pour que cette prédilection ne soit jamais une exclusion de quiconque.Il récuse une mauvaise conception de l\u2019option privilégiée qui mènerait au rejet ou à la négligence par rapport à des personnes qui non seulement ont des besoins religieux mais qui, en tant qu\u2019esclaves du pouvoir, de l\u2019argent, du plaisir ou de la violence, sont aussi des pauvres à qui s\u2019étend notre mission.Il est également important à ses yeux que cette option pour les plus pauvres s\u2019enracine directement dans l\u2019Évangile et ne soit pas confondue avec \u2014 ou contaminée par \u2014 une quelconque idéologie.c) l\u2019idéologie est bannie La condamnation de l\u2019idéologie est un des refrains de Jean-Paul II durant ce voyage.Il faut signaler que ce terme est employé dans les discours d\u2019Amérique centrale dans un sens très restreint.Utilisé au singulier ou au pluriel, l\u2019idéologie semble toujours renvoyer ici aux idées progressistes qui prétendent se mêler ou se substituer subtilement à la foi.Jean-Paul II dénonce constamment \u2018Tins-trumentalisation\u201d et la manipulation dont sont alors victimes les croyants, conduits à leur insu vers une réduction de la foi ou tout simplement poussés à des comportements et à des aptitudes qui contredisent la foi: par exemple, la violence ou une conception totalitaire de la société.Le pire danger de ces idéologies étant de prétendre justifier des causes nobles et justes, comme si l\u2019Évangile n\u2019y suffisait pas.Il peut paraître étrange que le- terme idéologie soit toujours utilisé dans des contextes qui l\u2019identifient uniquement aux idéologies de la gauche.Comme si la droite n\u2019en avait pas aussi, des idéologies! Dans son encyclique sur le travail, Jean-Paul II démasquait le rôle néfaste de l\u2019idéologie du libéralisme, de l\u2019idéologie \u201cmatérialiste\u201d du capitalisme.Par ailleurs, il faut reconnaître que dans ces pays d\u2019Amérique centrale, le Pape attaque, à gauche.l\u2019idéologie, et à droite.l\u2019exploitation, la répression.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019il n\u2019attaque pas la droite.qu\u2019il ne mentionne pas les idéologies de la droite (l\u2019idéologie de la Sécurité nationale, par exemple).128 RELATIONS C\u2019est peut-être parce que dans cette Amérique centrale, la droite est plus présente par la force brutale de la répression \u2014 que Jean-Paul II ne se gêne pas pour condamner \u2014 que par de subtiles idéologies.Du moins c\u2019est une explication.Il n\u2019en reste pas moins que l\u2019unilatéralisme (implicite) du terme idéologie peut en surprendre quelques-uns.d) la condamnation absolue de la violence Les deux dangers contre lesquels le Pape prévient inlassablement ses auditoires sont l\u2019idéologie et la violence.Nouvelle était pour moi cette perception du parti pris absolu de Jean-Paul II pour la non-violence.Le pays où il a exprimé cette condamnation de la vjolence, c\u2019est Haïti.Et même alors.À Port-au-Prince, il a félicité ceux qui \u201cdéfendent les droits des pauvres souvent avec des moyens pauvres, je dirais avec les mains nues\u201d.Il met en garde les universitaires contre \u201cla violence destructrice des affrontements révolutionnaires\u201d.Mais c\u2019est surtout dans son discours aux paysans qu\u2019il dénoncera le plus explicitement la violence, \u201cla guérilla ou la lutte de classe\u201d.Il y en a qui vous conseillent d\u2019abandonner votre travail pour prendre les armes de haine et de lutte contre vos autres frères.Vous ne devez pas les écouter.À quoi conduit ce chemin de la violence?Sans aucun doute, il augmentera la haine et le fossé entre les groupes sociaux, il aiguisera la crise sociale de votre peuple, les tensions et les conflits grandiront pour aboutir, comme c\u2019est le cas actuellement, à l\u2019inacceptable bain de sang.Jean-Paul II considère ces méthodes comme \u201ccontraires\u201d à l\u2019Évangile et à l\u2019enseignement de l\u2019Église.Elles 2.\u201cIl y a une meilleure solution, et le pape Jean-Paul II vient de la proposer de nouveau.Il demande que s'engage un dialogue entre le gouvernement et l\u2019opposition; le mot est recevable pour les insurgés mais aussi, semble-t-il, pour quelques collaborateurs du président Reagan.\u2019\u2019 ne peuvent que provoquer des situations plus lamentables que celles qu\u2019on espérait corriger.Il eût été impensable que le Pape aille justifier et encourager la guérilla en Amérique centrale.Cependant on peut se rappeler que la non-violence absolue n\u2019est pas la seule opinion morale reçue dans la doctrine chrétienne sur les situations de guerre civile ou entre nations.Le recours à la violence n'est jamais un bien, mais il peut être, dans certains cas, le moindre mal, en situation de légitime défense.Jean-Paul II ne peut contredire la réserve que Paul VI exprimait au moment où il critiquait, lui aussi, l\u2019insurrection révolutionnaire.Dans la plus pure tradition chrétienne, il reconnaissait que faisait exception le \u201ccas de tyrannie évidente et prolongée qui porterait gravement atteinte aux droits fondamentaux de la personne et nuirait dangereusement au bien commun du pays\u201d (Populorum Progressio, no 31 ).Retombées politiques d\u2019un voyage pastoral \u201cC\u2019est une mission à caractère religieux qui m\u2019amène au Nicaragua\u201d affirme Jean-Paul II.À ce titre, ce fut une illusion de la part des Nicaraguayens que de s\u2019attendre à ce que le Pape prenne position chez eux contre l\u2019agression américaine.J\u2019ai volontiers mis l\u2019accent dans cet article sur les textes lus par le Pape au cours de son voyage.J'aimerais cependant, avant de terminer, poser quelques interrogations sur l\u2019impact politique inévitable de ces messages.et de cette visite.Même si cet impact sera souvent indépendant de la volonté même du Pape.C\u2019est un article du Spiegel qui fait remarquer qu\u2019au Nicaragua, il n\u2019y avait \u201caucun de ses propos qui ne pouvait être que pastoral\u201d (14 mars 1 983, p.1 35).En fait, \u201ctoutes les personnalités religieuses y ont une position politique, soit pour, soit contre le régime en place\u201d.L\u2019affrontement politique traverse toute l\u2019Église.En conséquence, lorsque, soucieux de respecter le principe de la collégialité, Jean-Paul II apporte son appui à Monseigneur Obando y Bravo, il ne peut empêcher que ce geste soit perçu comme un appui à l'opposition dont l\u2019archevêque est très proche.Inversement, quand Jean-Paul II confirme Monseigneur Rivera y Damas comme archevêque de San Salvador (malgré le fait que celui-ci soit mal vu du gouvernement et minoritaire dans l\u2019épiscopat) et lorsqu\u2019en plus, dans son homélie, il insiste sur l\u2019urgence du \u201cdialogue\u201d, son intervention sera interprétée comme un appui en faveur de la solution négociée, dont Monseigneur Rivera y Damas est le proposeur.Les \u201ccolombes\u201d aux États-Unis, qui s\u2019opposent à l\u2019escalade que désire le président Reagan, ont immédiatement saisi la perche; ils ont invoqué l'alternative \u201cpolitique\u201d préconisée par Jean-Paul II: There is a better way, urged again by Pope John Paul II.He calls for a \u201cdialogue\u201d between government and opposition \u2014 a word that is acceptable to insurgents, and apparently also to some Reagan aides.(\u201cEl Salvador\u2019s 9-to-5 War\u201d Editorial du New York Times, le 9 mars 1 983)2 On a comparé aussi le refus de Jean-Paul II de donner sa bénédiction au père Ernesto Cardenal, ministre du gouvernement sandiniste.et la poignée de main qu\u2019il accorda à Roberto d\u2019Aubuisson, que tout le monde sait être responsable de la mort de Monseigneur Romero.Si Jean-Paul II protesta fermement contre l\u2019assassinat de six jeunes gens au Guatemala, son silence sur les Nicaraguayens qui sont tués régulièrement sur la frontière du Honduras par les Somozistes \u2014 la veille de son arrivée, on en avait enterré 1 7 \u2014 fut douloureusement interprété comme.appliquant \u201cdeux poids, deux mesures\u201d.L\u2019impact politique du voyage de Jean-Paul II est indéniable au Guatemala et en Haïti.En Haïti, le gouvernement a reçu comme une douche froide.Il a réagi tout de suite après le départ, bien sûr, en convoquant de nouveau les évêques au Palais national, mais surtout par deux terribles articles dirigés contre l\u2019Église.Le premier, un immonde pamphlet, fut publié le lendemain même du départ du Pape dans le journal officiel (\u201cPrêtre et politique\u201d, Le Nouveau Monde, jeudi 10 mars; reproduit dans Nouvelle Haïti Tribune (N.Y.) 1 6-22 mars, p.12), sous la plume du beau-pére du Président, M.Ernst Bennett.L\u2019autre est une interview du ministre de MAI 1983 129 l\u2019Intérieur, Roger Lafontant (Le Petit Samedi Soir, no 472, 19-25 mars 1 983, p.7-9), qui entonne un réquisitoire contre les \u201cprêtres marxistes ou marxisants\u201d.La violence de cette réponse montre à quel point le régime a été touché par cette dénonciation frontale dont il a été l\u2019objet.Au Guatemala, au moment même où le gouvernement Reagan faisait valoir de prétendus rapports sur la situation des droits humains, qui contrediraient les conclusions implacablement négatives de Pax Christi et d\u2019Amnistie internationale, Jean-Paul II, face au Général \u2014 \u201cEnvoyé de Dieu\u201d \u2014 génocide, proclame \u201cle caractère sacré de la vie\u201d de tout homme, \u201cquelles que soient les différences sociales, politiques, idéologiques, raciales ou religieuses\u201d.Dans un autre discours, aux Indiens, le Pape hausse encore le ton, interpelle le pouvoir: De là où je suis, et sous une forme solennelle, je demande au gouvernement, au nom de l\u2019Église, une législation plus adéquate qui vous protège efficacement contre les abus.Cela nous est l\u2019occasion de revenir sur un des refrains de Jean-Paul II qu\u2019affectionnent le plus les médias et les chefs d\u2019État: la distance du prêtre par rapport à la politique.Plusieurs fois, en Amérique centrale, Jean-Paul Il citera son discours aux prêtres et aux religieux du Mexique: \u201cne soyez pas des animateurs sociaux, des leaders politiques ni des fonctionnaires d\u2019un pouvoir temporel\u201d.Par ailleurs, aux délégués de la Parole, le Pape dira: \u201cNe manquez pas d\u2019indiquer les implications et applications sociales de la Parole que vous prêchez\u201d.Deux fois il fera une claire et élogieuse référence aux pasteurs, religieux, religieuses et laïcs chrétiens qui ont fait l\u2019offre totale de leur vie, jusqu\u2019au martyre, pour leur engagement social.Sa visite au tombeau de Monseigneur Romero, ses paroles à son sujet, sont éloquents.En Haïti, où il vient \u201cencourager ce réveil, ce sursaut et cette marche de l\u2019Église pour le bien de tout le pays\u201d, il sait très bien, qu\u2019avant son arrivée, des prêtres et des évêques avaient été convoqués au Ministère pour y être accusés de faire de la politique.Et nous savons que la liberté que prend le Pape lui-même pour parler aux chefs d\u2019État et dénoncer les situations d\u2019injustice coûterait 20 fois la mort aux pasteurs de l\u2019Église locale dans nombre de pays.La position du Pape sur cette question est donc plus nuancée, plus complexe que ce que l\u2019on présente souvent.Aux évêques du CELAM réunis à Port-au-Prince, il dit: Que vos communautés, avec à leur tête leurs prêtres et leurs diacres, fassent de plus en plus la promotion d\u2019un développement humain intégral, fait de justice et d\u2019équité, au bénéfice des plus nécessiteux.Si la mission de l\u2019Église débouche à ce point-sur la réalité sociale elle risque souvent d\u2019être jugée comme une ingérence politique par des gouvernements dictatoriaux qui ne reconnaissent aucune voix démocratique.Il serait donc utile pour expliquer la mise en garde récurrente du Pape sur l\u2019engagement politique des prêtres de faire appel à la classique distinction, reprise à Puebla, entre la politique et le politique.Le prêtre ne doit pas faire de la politique.Mais si l\u2019annonce du message concerne le social, le prêtre.et le Pape, inévitablement, se trouvent à intervenir sur le champ même du politique.Mon jugement global est que, mis à part le Nicaragua où le Pape laisse une situation plus tendue que celle qui existait déjà, son voyage en Amérique centrale aura eu un effet positif sur la situation politique de l\u2019ensemble de la région visitée car il a ébranlé fondamentalement la légitimité de ces régimes qui reposent sur une violence désormais discréditée, inacceptable.Pour terminer, je voudrais me faire l\u2019écho d\u2019une lettre venant d\u2019un diocèse très reculé du Nicaragua.300 camions, sous escorte militaire et médicale \u2014 par peur des attaques des So-mozistes \u2014 avaient fait le voyage à Managua, chargés de paysans qui voulaient voir le Pape: 2 nuits sans dormir, 8 heures de route à l\u2019aller, 1 4 heures au retour.L\u2019évaluation du curé de paroisse de la région est globalement la suivante: Nos gens sont retournés contents d\u2019avoir vu le Pape et d\u2019avoir participé à son Eucharistie.Je crois qu\u2019ils en reviennent avec une foi fortifiée.Ils n\u2019ont pas aimé la querelle des slogans qui ont troublé la messe: cela les a peinés, scandalisés.Ils n\u2019ont rien compris quand le Pape a condamné l\u2019Église populaire.Ils n\u2019avaient jamais entendu cette expression.Après la disparition des grands apôtres, le deuxième siècle est le siècle des communautés chrétiennes.À cette époque, les chrétiens quittent l\u2019univers culturel juif pour entrer dans le monde gréco-romain: ils sont une minorité dans un milieu culturel plus ou moins hostile.Ce sont eux pourtant qui prennent en charge l\u2019avenir de l\u2019évangile.Aujourd\u2019hui non plus, l'évangélisation ne peut être laissée à une poignée de spécialistes ou de responsables ecclésiaux: elle doit être l\u2019affaire des communautés.D\u2019autre part, sous bien des aspects, notre culture québécoise est devenue étrangère à l\u2019évangile.Sans attendre du passé des réponses toutes faites à nos questions, nous pouvons, dans des pratiques différentes des nôtres, retracer la vitalité de l\u2019évangile et, du coup, prendre conscience de notre tâche de croyants \u201cdans une nouvelle culture\u201d.Cet article reprend l\u2019essentiel d\u2019une conférence prononcée à Québec, le 9 mars dernier, dans le cadre de la session publique annuelle de l\u2019Assemblée des évêques du Québec.130 RELATIONS L'apport du deuxième siècle \t DANS UNE NOUVELLE CULTURE par Guy Paiement Centre Saint-Pierre 1.Les pratiques culturelles des chrétiens du 2e siècle Les historiens semblent s\u2019entendre pour souligner deux périodes dans le deuxième siècle.La première se caractérise par une diffusion de l\u2019évangile dans l\u2019empire romain, sans stratégie précise, l\u2019initiative étant prise par un peu tout le monde des communautés nouvelles.La seconde se caractérise par le bouillonnement des tendances judaïsantes, à l\u2019intérieur de la grande Église, et par le raidissement du milieu socio-culturel dominant.Ces blocages iront de pair avec des persécutions de plus en plus nombreuses contre les chrétiens.Le devant de la scène sera alors occupé par les responsables ecclésiaux et les intellectuels chrétiens, mais, dans le martyre, la dignité et la nouveauté chrétiennes appartiendront à tous.Pour stimuler la réflexion, je propose d\u2019identifier la première période comme étant celle de la culture populaire et la seconde comme celle de la culture savante.Première période: diffusion de l\u2019évangile et culture populaire Contrairement aux juifs, les chrétiens du deuxième siècle ne vivent pas en ghettos.On les retrouve dans la plupart des lieux fréquentés par la population.Ils \u201cne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par 1.\tLettre à Diognète 5,1-4, in A.Hamman, La vie quotidienne des premiers chrétiens (de 95 à 197), Paris, Hachette, 1971, p.85.2.\tOrigène, Contra Celsum, III, 55, in A.Hamman, o.c., p.79.le langage, ni par le vêtement.Ils n\u2019habitent pas des villes qui leur soient propres, ils ne se servent pas de quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n\u2019a rien de singulier\u201d1.Même en faisant, dans ce texte autorisé, la part de l\u2019apologie, il semble clair que les chrétiens de cette période sont étroitement mêlés à la population.Ils participent à la vie économique et sociale de tout le monde, fréquentent les échoppes, les places publiques, les thermes, ces sortes de centres culturels et sportifs de l\u2019époque.Cette diffusion de la population chrétienne dans les divers réseaux de la vie quotidienne des villes explique aussi le mode privilégié de la diffusion de l\u2019évangile à cette période.On retrouvait, en effet, à l\u2019époque, des apôtres itinérants qui allaient de ville en ville, selon le modèle de certains philosophes du temps.Mais il semble bien que les principaux agents de l\u2019évangélisation aient été les multiples chrétiens et chrétiennes qui, au coeur de leurs réseaux ordinaires, ont proposé l\u2019évangile.Or, soulignons-le, ces gens sont en majorité des esclaves, des affranchis, de petits négociants.Ils empruntent les moyens de communication et de commerce du temps.Au hasard d\u2019un déplacement pour une affaire, pour un travail, à la faveur du marché, de la détente, dans l\u2019intimité de la maison, ils entrent en contact avec ceux qui les entourent.Celse, un philosophe païen du temps, aura l\u2019ironie facile devant ces évangélistes improvisés qui n\u2019ont pas fréquenté les grandes écoles.Lui qui croit au MAI 1983 déterminisme de la vie humaine, il ne peut pas accepter que des gens, sans culture savante, puissent transmettre une richesse du coeur et de l\u2019esprit.\u201cNous observons, écrit-il, dans les maisons privées, des tisserands, des cordonniers, des foulons, des gens de la dernière ignorance et dénués de toute éducation; en présence de maîtres, hommes d\u2019expérience et de jugement, ils se garderaient bien d\u2019ouvrir la bouche.Rencontrent-ils les enfants de la maison ou des femmes, aussi stupides qu\u2019eux-mêmes, ils dégoisent leurs merveilles!\u201d2 Le philosophe rationaliste a vu juste.L\u2019insertion diffuse des chrétiens dans la vie sociale du temps ne signifie pas l\u2019acceptation de la société telle qu\u2019elle se comprend.Des différences se font jour, qui forceront l\u2019attention, mais elles se démarqueront sans théorie, au hasard des situations, sous la poussée de la foi nouvelle.On pourrait dire qu\u2019il s\u2019agit ici de pratiques d'attestation plus que de contestation.Ou plutôt, la contestation prend des formes peu voyantes, où l\u2019émancipation des modèles culturels ambiants va de l\u2019abstention silencieuse des temples ou des marchés de viandes qui viennent des sacrifices païens, à l\u2019acceptation du mariage, pourtant illégal, entre une femme de classe noble et un affranchi.En cohérence avec leur foi, des chrétiens et des chrétiennes renoncent à leurs emplois, quand ceux-ci sont trop intimement liés aux jeux du cirque, à la magie et à l\u2019astrologie.Des artisans choisiront d\u2019être chômeurs plutôt que de continuer à travailler à la vie des cultes païens, qu\u2019il s\u2019agisse de la construction ou de la décoration des temples, des fournitures à pourvoir aux cérémonies.En même temps, de nouvelles prati- 131 ques sociales se font jour.Elles concernent les personnes exclues par la société et sa stratification rigide.À une époque où l\u2019hôpital n\u2019existe pas et où le médecin est un luxe, les chrétiens accueillent dés malades dans leur maison.Ils s\u2019occupent de donner aux morts anonymes une sépulture.Ils recueillent les orphelins, les esclaves ou les enfants abandonnés.Les veuves sans le sou seront prises en charge par la communauté.En un mot, la foi nouvelle se traduit par une foule d\u2019initiatives sociales qui constituent autant de pratiques culturelles neuves.Les femmes, en particulier, ne s\u2019y trompent pas, qui viennent nombreuses grossir les rangs des communautés.Elles y trouvent un respect de la personne et de la parole donnée, un espace d\u2019initiative et de responsabilité sociale que la société ne leur fournissait pas.Mais comment ces pratiques innovatrices ou de contestation silencieuses auraient-elles pu tenir et devenir socialement importantes sans la présence des communautés?Celles-ci semblent, en effet, avoir été autant de lieux d\u2019expérimentation et de vérification de ces nouvelles façons de vivre.La prise en charge est ici l\u2019affaire de tous.Il ne suffit pas de donner de son argent, il faut payer de son temps et de sa personne.Les nouveaux venus en font l\u2019apprentissage au cours de leur catéchuménat, et la Tradition apostolique (no 20) mentionnera les questions posées à ceux qui accompagnent les candidats au baptême: \u201cOnt-ils honoré les veuves?Ont-ils visité les malades?Ont-ils fait toutes sortes de bonnes oeuvres?\u201d L\u2019évangile devenait ainsi ce qui se pratique dans la vie.Les observateurs, autant païens que chrétiens, auront été frappés par la fraternité qui émanait des diverses communautés, qu\u2019on soit en Grèce, en Égypte ou à Rome.La dimension restreinte des regroupements a sûrement favorisé une telle expérience.Mais l\u2019absence de cloisonnement entre les gens est, probablement, ce qui a le plus retenu les contemporains.Dans une société si structurée et rigide, le partage des ressources entre des affranchis, des petits commerçants, des femmes de la noblesse, des artisans en chômage, des veuves ou des anciens esclaves avait de quoi surprendre.Il me semble réaliste de penser que ce sont ces communautés qui ont pu servir de groupes-porteurs pour les nouvelles pratiques 132 des croyants.Même s'ils sont arrêtés et mis en prison, les chrétiens et les chrétiennes savent qu\u2019ils pourront compter sur leur communauté.Celle-ci prendra des risques, achètera les gardiens, au besoin, pour réconforter le frère ou la soeur qui a été condamné à mort.Une telle liberté devant la mort attire toujours l\u2019attention.Plus le siècle avance et plus la société distinguera les chrétiens des juifs.Les nombreuses hérésies qui vont traverser les communautés chrétiennes n\u2019y sont sans doute-pas étrangères, à cause de leur vitalité et de leur extrémisme social.Mais plus aussi on aura de la difficulté à situer les chrétiens.Ils refusent à l\u2019empereur le titre de Dieu, mais se comportent partout en bons citoyens, respectueux des lois.Et comme ce qui échappe à l\u2019ordinaire fait peur, on comprend la montée de la persécution.C\u2019est ici que certains membres des communautés vont prendre plus d\u2019importance à cause des événements, à savoir les chefs des communautés et les nouveaux intellectuels.L\u2019évangélisation prendra alors le visage de la culture savante.Seconde période: le temps des choix et la culture savante Cette expansion de l\u2019évangile à travers les multiples réseaux quotidiens de la vie sociale suppose une présence chaleureuse des chrétiens à la vie des gens de leur temps.Elle se nourrit d\u2019une générosité et d\u2019une confiance envers les personnes.Mais une telle ouverture ne sera pas le lot de tous.Plus l\u2019expansion prend de l\u2019importance et plus, aussi, se fait jour une crise profonde dans des communautés judéo-chrétiennes.C\u2019est à ce moment, en effet, qu\u2019apparaît, sous de multiples vidages, un fort courant dualiste.L\u2019qlé-ment fondamental est la coupure «qui est faite entre le Christ et les anges créateurs du monde, dont fait partie Yahweh.Il y a là, semble-t-il, l\u2019expression religieuse d\u2019un profond ressentiment devant la conviction d\u2019avoir été trompé.On est révolté contre Dieu qui n'a pas tenu parole, qui a déçu l\u2019attente eschatologique.Et comme la création est son oeuvre, c\u2019est elle aussi qui est rejetée.Le salut sera donc dans la purification intérieure, l\u2019illumination prophétique.Il n\u2019y a rien à attendre de la société, qui est pourrie, ni de la création qui est perverse.Tout ce qui touche au corps, au mariage, doit être évité.Raidissement, par conséquent, devant l\u2019ouverture à la société et à une nouvelle culture, qui se traduit par un ascétisme, un radicalisme social, un pessimisme religieux qui, en somme, met en cause l\u2019évangile lui-même.À la limite, le Christ n\u2019est plus qu'un homme choisi par Dieu de façon spéciale (les ébionites) et la société, une prison dont il faut sortir.Notons, au passage, le paradoxe qui consiste à se couper du monde pour s\u2019approcher du Christ et qui aboutit à faire de ce dernier un simple humain un peu spécial.Devant toutes ces tendances judaï-santes déçues, qui regrettent le passé et, par conséquent, condamnent le présent, les communautés devront choisir.Ce sont les premiers responsables de celles-ci, les évêques, qui aideront les chrétiens et les chrétiennes à faire confiance à leur foi ouverte et audacieuse.Malgré les persécutions les plus cruelles, les chrétiens de la grande Église refuseront de condamner la création, la vie en société, le corps et le mariage.Ils continueront aussi, avec les chefs des communautés, à promouvoir la prise en charge matérielle des pauvres involontaires, comme les indigents, et des pauvres volontaires, comme les veuves qui se forment en association de prière.Il semble exister ici un lien profond entre l\u2019amour de la société et l\u2019amour pour ceux qui en sont exclus, comme entre l\u2019amour de la création et l\u2019amour du Dieu de Jésus Christ.Pour ces croyants, il devient aussi fondamental de discerner le visage de Dieu chez l\u2019homme Jésus Christ que de croire à l\u2019importance et à l\u2019avenir de celui qui a été mis en marge de la cité.Il leur apparaît aussi vital de conserver le Christ dans notre histoire charnelle que d\u2019intégrer l\u2019exclu dans les réseaux quotidiens de la vie sociale.En un mot, la défense de la foi évangélique va alors de pair avec la promotion des pauvres.La pratique de la foi apostolique se maintient grâce à une foi pratique envers le pauvre et dans une société souvent hostile.En réunissant, dans leurs personnes, ces deux tâches, les évêques ont ainsi permis aux communautés de les unir dans leur vie et de sauver l\u2019enracinement de l\u2019évangile dans notre histoire.Cette explosion complexe du \u201crefoulé\u201d social et religieux n\u2019a cependant pas seulement ébranlé les com- RELATIONS munautés et leurs pasteurs.Elle a aussi contribué à l\u2019expansion du christianisme dans différentes régions de l\u2019empire.Elle a, par la force des choses, nourri les préjugés de beaucoup de non chrétiens.Or, contrairement aux juifs, les chrétiens n\u2019ont pas de statut officiel.Plus ils apparaissent comme non juifs et moins ils ont de place précise dans une société toute organisée par le culte impérial.Les multiples pratiques nouvelles dont nous avons parlé apparaîtront alors comme une contestation de toute la société.Le conflit est ainsi inévitable.Précisons tout de suite, cependant, qu\u2019il n\u2019existe pas, au deuxième siècle, de persécution d\u2019ensemble.Des explosions locales de violence contre les chrétiens seront toujours soumises aux magistrats romains.Mais ce qui est toujours présenté comme le motif d\u2019accusation n\u2019est pas un crime déterminé.Il s\u2019agit toujours d\u2019une accusation globale, de crime contre la société, contre l\u2019État impérial, contre la divinité de cet ordre, bref, contre l\u2019humanité.En fait, le crime des chrétiens est d\u2019appartenir à une secte à laquelle on prête tous les usages contraires à la morale officielle.Les agissements de nos pays devant ceux qui ne pensent pas comme nos dirigeants et qui se voient condamnés au nom de la \u201csécurité nationale\u2019\u2019 peuvent certainement nous aider à comprendre.Le déviant social devient un déviant politique et vice versa.Ajoutez une situation politique tendue, à un moment donné, alors que les \u201cbarbares\u201d menacent les frontières de l\u2019empire et la panique populaire se trouvera vite des boucs émissaires.On dénonce ainsi son voisin, son esclave, son épouse, tous ceux qui sont différents, c\u2019est-à-dire, ici, chrétiens.Or les tribunaux romains ne sont pas toujours différents de celui de Pilate.C\u2019est dans ce contexte difficile, où la situation des chrétiens est toujours fragile, que vont surgir ceux qu\u2019on appelle les \u201capologètes\u201d3.Il s\u2019agit de philosophes convertis à l\u2019évangile et qui conservent leur métier.Leur ouverture intellectuelle est impressionnante.Ils font tellement confiance à leurs concitoyens qu\u2019ils pensent pouvoir défendre les chrétiens en se situant sur le terrain de leurs adversaires, à savoir la morale et la raison.D\u2019où la double dimension de leur oeu- 3.Citons Justin, le mieux connu, Méliton, Athénagore.MAI 1983 vre: tout d\u2019abord, dénoncer l\u2019immoralité ambiante, fruit du paganisme, tout en exposant la doctrine et la vie des chrétiens.Ensuite, aller plus loin que de réclamer la tolérance sociale.Pour eux, le Logos est le Christ et c\u2019est l\u2019alliance du christianisme et de la vraie philosophie ou sagesse qu\u2019ils ambitionnent de promouvoir.Ces \u201capologies\u201d envoyées à l\u2019empereur ou à un haut magistrat n\u2019ont sans doute pas convaincu beaucoup de monde.Elles manifestent cependant l\u2019audace des chrétiens qui entrent ainsi de plain-pied dans la culture savante.Elles signifient aussi l\u2019apparition d\u2019un type nouveau de croyant, inconnu dans le judéo-christianisme, à savoir l\u2019intellectuel chrétien, souvent laïc, se mettant au service de sa communauté et de l\u2019évangile.Faut-il ajouter que ce nouveau modèle d\u2019évangélisateur portait aussi en lui le danger d\u2019écraser les efforts plus humbles, plus quotidiens, des tisserands, des fils d\u2019esclaves, des femmes de la communauté?Mais la vitalité de ces chrétiens est capable de faire les différences et de dégager l\u2019essentiel.Ce qui sera le plus valorisé, en effet, ne sera pas l\u2019intellectuel ou l\u2019évêque ou le simple chrétien sans instruction.Ce seront les martyrs de l\u2019évangile.Que l\u2019on soit puissant ou misérable, devant la mort, la dignité chrétienne abolit les différences.Et comme on parle alors de la naissance des martyrs et non de leur mort, il est permis de voir, dans ce don de sa vie pour l\u2019évangile, la naissance toujours possible, non seulement de l\u2019individu, mais d\u2019une autre culture et d\u2019une autre société.N\u2019est-ce pas, en définitive, l\u2019apport de ces chrétiens que d\u2019annoncer ainsi une renaissance possible à cette culture et à cette civilisation qui, de plus en plus, prendront conscience qu\u2019elles sont mortelles?2.Que pouvons-nous en tirer ?Toute la première moitié du deuxième siècle, nous l\u2019avons vu, se caractérise par une expansion de l\u2019évangile.Elle emprunte les réseaux quotidiens de solidarité et n\u2019obéit à aucune stratégie d\u2019ensemble.Dans un premier temps, on pourrait avancer qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une façon normale d\u2019agir pour un groupe minoritaire dont la situation dans la société n\u2019est jamais assurée.Pour qu\u2019il y ait stratégie, en effet, il faut posséder un lieu propre et donc, un certain pouvoir.Dans le cas contraire, c\u2019est de tactique qu\u2019il est question, c\u2019est-à-dire, que l\u2019important est alors le temps, le temps favorable.On accepte de jouer sur le terrain de l\u2019autre et de profiter des marges de manoeuvre disponibles.Il faut alors être attentif aux multiples façons de se situer au sein de la culture dominante et discerner les déplacements d\u2019accent.Des pratiques nouvelles surgissent ainsi qui comportent, en même temps, des oppositions fondamentales.Selon les situations, il s\u2019agira de prise de distance, de surdité volontaire, d\u2019acquiescement poli, de réinterprétation sélective, de braconnage de pouvoir, de juxtaposition en douce, de grève d\u2019assistance.En ce sens, on pourrait avancer que les chrétiens du deuxième siècle nous apprennent à être présents à tous les milieux de notre société et à saisir les marges de manoeuvre qui rendent l\u2019évangélisa- tion possible.Il s\u2019agirait moins d\u2019organiser de grands plans de conquête, vestiges d\u2019une situation de pouvoir ecclésial, que de profiter du moment favorable.La pratique, en somme, du minoritaire et du pauvre.Ce qui, toutefois, devient alors plus important sera le discernement des critères évangéliques et l\u2019art de l\u2019accompagnement fraternel.L\u2019évangélisation est un projet conjoint Mais nous irions ainsi seulement à mi-chemin de notre réflexion.La pratique des chrétiens du deuxième siècle baigne dans une atmosphère de fraternité.Tous les observateurs, qu\u2019ils soient chrétiens ou païens, le notent.Une fraternité intense, inventive, caractérise ces chrétiens et il me semble que celle-ci nous en apprend beaucoup sur la nature même de l\u2019évangélisation.Il y a ici, en effet, davantage qu\u2019une volonté de subversion institutionnelle, plus ou moins consciente.On retrouve un style, une façon de faire qui place, d\u2019emblée, l\u2019évangélisation dans un contexte de relations fraternelles.Il ne s\u2019agit pas de vendeurs astucieux qui profitent de l\u2019inattention de l\u2019autre, mais de personnes qui considèrent les gens avec qui elles sont en rapport comme 133 des partenaires.Proposer le chemin de l\u2019évangile à l\u2019autre suppose alors que l\u2019autre soit valorisé, qu\u2019il soit déjà un frère ou une soeur possible.Nulle place, ici, pour la domination plus ou moins cachée.Nous sommes bien en présence d\u2019une réalité nouvelle à découvrir ensemble, d\u2019une naissance à préparer conjointement.Que l\u2019esclave évangélise son maître, la femme son mari, le client son marchand suppose l'apparition d\u2019une autre relation que la relation habituelle, faite de domination ou d'exploitation.Elle suppose un accueil de la part de l\u2019autre, un acquiescement à inventer autre chose que ce que les bonnes manières et le code social ont déjà imposé.L\u2019évangile, dans une telle recherche commune, se révèle alors comme ce qui peut se faire conjointement.Avouons que nous sommes loin d\u2019une évangélisation de marketing, où il s\u2019agirait de trouver le point faible de l\u2019autre pour lui refiler notre marchandise.La fraternité, ici, crée un espace propre qui définit l\u2019action de l\u2019évangélisation.À la limite, il devient juste de dire, en toute rigueur de termes, que personne n\u2019évangélise l\u2019autre, mais que si nous entrons dans un rapport de fraternité, nous pouvons nous évangéliser ensemble, mutuellement.Évangélisation et communauté Un autre point à retenir me paraît le lien entre cette pratique de l\u2019évangélisation et la communauté chrétienne.Si des esclaves ont eu l\u2019audace de parler de l\u2019évangile à leurs maîtres, si des femmes ont pu braver les conventions sociales, c\u2019est qu\u2019ils pouvaient s\u2019appuyer sur une communauté de foi capable de porter leur nouveauté.Celle-ci constitue Yespace propre où la fraternité est vérifiable.Les conventions sociales de la société, la hiérarchie dominante, sont, ici, bousculées.Elles sont critiquées moins par des théories sociales que par des pratiques différentes.Qu\u2019il s\u2019agisse des veuves sans ressources, des orphelins, des artisans sans travail depuis leur conversion, tous semblent pouvoir compter sur la communauté.C\u2019est en elle qu\u2019ils apprennent à vivre cette fraternité faite d\u2019entraide, de partage, de dépassement des races et des fortunes.C\u2019est en elle qu\u2019ils puiseront le modèle de l\u2019évangélisation dont nous avons parlé.Cette expérience me donne à pen- 134 ser qu\u2019il existe vraisemblablement un lien entre le modèle de la communauté chrétienne et le modèle de l\u2019évangélisation dans la société.Si la communauté est paternaliste ou dominée par ceux qui savent, l\u2019évangélisation tendra à être dominante ou intolérante.Il est alors stimulant de constater que l\u2019évangélisation n\u2019est pas un produit à vendre, mais un type de relations à établir.L\u2019ouverture à la nouvelle culture Pour aller plus avant, nous pourrions, peut-être, nous servir de la notion de projet éducatif pour mieux saisir cette originalité d\u2019une évangélisation de nature fraternelle.On peut, en effet, parler de projet fermé ou de projet ouvert.Le premier est conçu par des spécialistes et ensuite proposé à l\u2019application aux autres.Le second comprend des grandes lignes seulement et doit donc être imaginé par toutes les personnes impliquées.Au deuxième siècle, il n\u2019existe pas de projet fermé de la communauté et donc de l\u2019évangélisation.Toutes deux sont des projets ouverts.C\u2019est dans ce sens que leur expérience me paraît stimulante pour aujourd\u2019hui.Pour que la communauté prenne le goût de l\u2019évangélisation, il faut qu\u2019elle puisse se prendre en charge et expérimenter une responsabilité partagée.Quand les croyants découvrent qu\u2019ils ont une place active à prendre dans leur communauté, ils peuvent imaginer un partage de leur espérance avec les gens de leur milieu.Une autre réflexion me vient de l\u2019expérience de la culture savante de la seconde moitié du deuxième siècle.À cette époque, apparaissent des intellectuels chrétiens, de formation philosophique, qui vont tenter de défendre les chrétiens contre les calomnies dont ils sont l\u2019objet et d\u2019esquisser une synthèse entre l\u2019hellénisme et la foi chrétienne.À la même période, les responsables des Églises prendront plus d\u2019importance à cause du pullulement des déviations doctrinales.Ces deux phénomènes me paraissent liés.Ils impliquent la volonté de plusieurs chrétiens de ne pas faire de la foi chrétienne un simple produit de consommation interne.L\u2019évangile entre dans un univers culturel qui ne lui est pas d\u2019abord familier.En retour, celui-ci fournira à l\u2019évangile une autre expression, manifestera de nouvelles possibilités.Cet optimisme n\u2019est pas partagé de la même façon par tous.Les partisans du gnosticisme, les déçus de l\u2019apocalypse juive constituent des retours de courants judaïsants qui se caractérisent par un pessimisme sur l\u2019humain et sur la société.L\u2019intervention des grands évêques et des intellectuels laïcs aboutit pourtant à une même réalisation: maintenir ouverte l\u2019intelligence de la réalité, refuser que les chrétiens se divisent en deux classes, les savants illuminés et les autres, rejeter le dépit traditionaliste qui aboutit toujours au mépris de la création et du corps.En somme, j\u2019ai l\u2019impression que nous retrouvons ici, au niveau de l\u2019univers de la pensée savante, la générosité, la fraternité que nous avons notées au niveau des multiples manifestations de la culture quotidienne.Ne pas désespérer de la pensée à une époque où la désillusion s\u2019installe comme une maladie chronique, maintenir ouvertes l\u2019imagination et la recherche de nouvelles façons de comprendre notre univers et notre aventure humaine, c\u2019est aussi une tâche des chrétiens.Je me permets de penser que l\u2019expérience des nombreux croyants qui inventaient des façons pratiques de vivre la nouveauté de leur foi dans leurs réseaux de solidarité quotidienne a dû soutenir les efforts des intellectuels et des responsables ecclésiaux dans leurs luttes pour désamorcer les peurs et maintenir vibrante la soif de comprendre et de chercher la Parole qui fait vivre.Peut-être est-ce l\u2019un des malheurs de notre période que les travailleurs de l\u2019esprit soient, dans notre Église, si peu nombreux à se sentir solidaires de tous ceux et toutes celles qui, à ras de terre, cherchent à ouvrir à l\u2019évangile des pistes dans les réseaux quotidiens de leur vie.À vouloir trop s\u2019enfermer dans les questions internes à notre Église, ne risquons-nous pas de faire de l\u2019évangile un produit culturel ésotérique, passablement étranger aux défis contemporains de la pensée?Un Évangile de la transformation Je termine par le rappel de la persécution des chrétiens du deuxième siècle.L\u2019avancée de cette période sera aussi la montée du raidissement de la société impériale et la progression de la persécution.Il y a là, à n\u2019en RELATIONS pas douter, une sorte de vérification historique de la percée de l\u2019évangile.On ne supprime pas ce qui ne gêne pas.Sans courir après la persécution, on peut quand même se demander comment on peut aimer ses ennemis si on n\u2019en a pas?Notre Église est peut-être en train de passer d\u2019un évangile de l\u2019adaptation à un évangile de la transformation.Un tel pas est évident dans la dernière lettre des évêques canadiens sur la crise économique et dans le débat qu\u2019elle a commencé à susciter.Mais il faudra sans doute que plus de chrétiens de la base soient associés à un tel passage pour qu\u2019il porte fruit.Il faudra bien en arriver à prendre plus au sérieux les nombreuses façons qu\u2019ont des croyants de vivre autrement, déjà, le travail, la solidarité, la conservation des ressources, la lutte pour la paix, la promotion de la femme.Beaucoup d\u2019énergies sont actuellement en jachère, attendant, qui sait, que nous soyons au coeur des forces de transformation de notre société et de notre planète.Les chré- tiens du deuxième siècle ont fini par tourner le dos aux problèmes du monde judaïsant et par entrer résolument dans un nouvel univers culturel.Serons-nous, dans les années \u201980, en train de tourner enfin la page de la chrétienté d\u2019hier pour accepter de nous comprendre courageusement comme pays de mission, c\u2019est-à-dire pays encore à inventer, à enfanter, à aimer?Une nouvelle découverte de l\u2019Évangile sera, sans doute, à ce prix.LES PROGRAMMES DE SERVICE CIVIL par François Gloutnay Devant la gravité du problème du chômage chez les jeunes, en particulier au Québec, les hommes politiques, à Québec et à Ottawa, parlent de plus en plus de service civil et de programmes de service communautaire.Mais qu\u2019en pensent les premiers intéressés?François Gloutnay est membre de l\u2019équipe nationale du Mouvement des étudiants chrétiens du Québec (MECQ).Il y a quelques années, les jeunes n\u2019avaient pas bonne presse et subissaient l'affront de préjugés tenaces: leurs études n\u2019étaient-elles pas payées par les contribuables déjà fortement taxés, les héritiers de la Révolution tranquille ne faisaient-ils pas la fine bouche devant les emplois qu\u2019on leur offrait, leur vie n\u2019était-elle pas peuplée de voyages, d\u2019années sabbatiques, d\u2019évasions psychédéliques et d\u2019expériences communautaires anticonformistes?N\u2019avaient-ils pas la contestation facile, autre preuve de leur irresponsabilité?1.Voir l\u2019article de Smaïl Bouikni, \u201cLes finissants du secondaire professionnel de juin 1980 et le marché du travail\u201d, dans la revue Le marché du travail, février 1 983, p.62-69.Ces préjugés ne tiennent plus.Aujourd\u2019hui, au contraire, nombre d\u2019adultes plaignent les jeunes et reprochent aux politiciens, fédéraux et provinciaux, de négliger cette jeunesse qu\u2019ils courtisaient (pourtant) lors de leurs dernières campagnes électorales.Des hommes d\u2019affaires et des syndicalistes déplorent publiquement le manque d\u2019imagination et le désarroi des élus en poste à Ottawa ou à Québec.Les évêques québécois, en septembre 1982, sonnaient l\u2019alarme et forgeaient une expression qui allait devenir un slogan: la \u201cgénération des sacrifiés\u201d.\u2018\u2018C\u2019est notre projet de société lui-même qui est en cause\u201d écrivaient alors les membres du Comité des affaires sociales de l\u2019Assemblée des évêques du Québec.\u201cIl nous faut prendre au sérieux la situation et trouver des solutions à tout prix.Autrement, nous sacrifions une génération.Ce sacrifice peut devenir notre propre suicide collectif.\u201d Embarrassés, les ministres du Travail durent bien admettre l\u2019urgence de la situation et la faiblesse de leurs programmes de création d\u2019emplois pour les jeunes.Dans leur état actuel, ces programmes peuvent tout au plus repousser de quelques mois le moment où les jeunes redeviennent bénéficiaires du Bien-Être social et ne reçoivent plus qu\u2019une allocation mensuelle de 144$.La situation frise la catastrophe: une majorité de jeunes sans emploi vivent dans des conditions inimaginables d\u2019endettement et voient leurs projets d\u2019avenir brisés.Plusieurs étudiants ont la conviction qu\u2019ils ne pourront pas décrocher de travail dans le domaine où ils se sont spécialisés1.De plus en plus de jeunes vivent des fruits de la prostitution, MAI 1983 135 ilim DE GÉNÉRATIONS?Dans un message pastoral publié au début de l\u2019automne, l\u2019Assemblée des évêques du Québec a signalé la situation économique précaire des jeunes, allant même jusqu\u2019à parler de \u201cgénération sacrifiée\u201d.À court terme, cela se traduit par un taux de chômage très élevé: pour le mois de février 1983, Statistique Canada évalue officiellement à 26% le taux de chômage chez les jeunes travailleurs québécois de 15 à 24 ans.Mais à plus long terme, cela laisse présager un véritable conflit de génération.Voici comment Madame Caroline Pestiau, économiste à l\u2019Institut C.D.Howe, décrivait ce \u201cconflit potentiel , lors de la soirée Relations du 21 mars, consacrée au message des évêques canadiens sur la crise économique.À l\u2019heure actuelle, les plans de pension et les régimes de retraite ne sont pas viables, qu\u2019il s\u2019agisse des programmes fédéraux de pensions de vieillesse ou des programmes provinciaux de fonds de retraite.Si la génération qui est actuellement active et productive veut bénéficier de pensions équivalentes à ce qu\u2019on paie présentement, il va falloir que les jeunes qui sont actuellement dans la vingtaine augmentent leur contribution lorsqu\u2019ils seront, à leur tour, productifs.Mais voilà: leur situation sera alors assez différente de la nôtre.En effet, jusque dans les années 70, le fardeau fiscal est resté assez léger, si bien que plusieurs d\u2019entre nous ont pu à ce moment-là accumuler un peu d\u2019argent et arriver à une certaine aisance.Mais depuis lors le fardeau fiscal augmente et il va encore continuer d\u2019augmenter, proportionnellement.Il s\u2019ensuivra que les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui seront beaucoup moins bien partagés que nous ne l\u2019aurons été.Car non seulement une bonne partie d\u2019entre eux vont devoir passer plusieurs années sans emploi; mais même lorsqu\u2019ils entreront sur le marché du travail, ils n\u2019auront pas la possibilité d\u2019accumuler autant de richesse que nous et ils seront en outre plus lourdement taxés.pour payer nos pensions.On peut se demander s\u2019ils accepteront une telle situation.En tout cas, nous avons là un conflit potentiel de première importance.d\u2019autres assurent leur survie en marge de la loi (occupation illégale de logements inoccupés, vol de nourriture).D\u2019autres, enfin, tout simplement désemparés, concluent de malheureux pactes de suicide.Un peu partout à travers le Québec, les organismes de secours se multiplient; ils sont souvent débordés.À Sherbrooke, un ancien hôtel du centre-ville, désaffecté depuis quelques années, a été converti en centre communautaire d\u2019hébergement pour les assistés sociaux célibataires de moins de 30 ans.Des \u201csoupes populaires\u201d ont été mises sur pied, mais là où on servait une soixantaine de repas il y a deux ans, près de 2000 personnes se présentent aujourd\u2019hui.Les banques de \u201cjobines\u201d, les essais de logement coopératif s\u2019ajoutent aux centres de dépannage.Mais pour des jeunes qui veulent travailler, se marier, se faire un avenir (est-ce exorbitant?), autant les secours immédiats sont nécessaires, autant la passivité forcée, la subsistance difficile et l\u2019absence d'horizon creusent un fossé social dangereux.Il faut innover, concevoir des projets plus ambitieux, affirment certains hommes publics, pour mobiliser les jeunes et leur permettre de retrouver leur dignité par le travail.Pourquoi, se demandent-ils, ne pas leur offrir la possibilité d\u2019effectuer des travaux communautaires, utiles à la société?La plus grande ressource d\u2019un pays, n\u2019est-ce pas sa jeunesse?Aussi, depuis quelques mois, l\u2019idée de service civil revient souvent et de divers côtés.Des projets d\u2019embauche pour 100 000 jeunes qui, il y a deux ou trois ans, faisaient s\u2019esclaffer l\u2019opinion publique, ressortent aujourd\u2019hui des tablettes et se voient accorder une attention toute particulière par les décideurs politiques.L enjeu n\u2019est pas seulement social ou économique, mais aussi politique.On peut imaginer que le gouvernement qui offrira aux jeunes une alternative à leur détresse retrouvera sans doute la crédibilité qui lui fait présentement défaut.Déjà, le 9 mars dernier, le Premier ministre du Québec proposait des mesures visant à réduire le chômage des jeunes en incluant un modeste projet de service civil temporaire, projet-pilote pour une formule permanente, espère-t-il.À Ottawa, nombre de documents font croire que le prochain budget contiendra des mesures en ce sens.Les ministres de l\u2019Emploi et des Finances répondent qu\u2019ils étudient d\u2019ailleurs des projets présentés depuis 1978, RELATIONS examine ici ces différents projets, ainsi que les retouches qu\u2019ils ont subies et les motifs qui ont inspiré leurs auteurs.Les projets Bisaillon: obligatoire puis volontaire Depuis 1970, l\u2019idée d\u2019un service civil obligatoire \u201ccomme corollaire de la gratuité de l\u2019éducation\u201d figure dans le programme du Parti québécois.Au pouvoir depuis 1976, le gouvernement Lévesque n\u2019a pas repris cette promesse, la gratuité au niveau universitaire n\u2019existant toujours pas.Le 3 décembre 1981, le député de Sainte-Marie à l\u2019Assemblée nationale, Guy Bisaillon, prenait sur lui de relancer l\u2019idée du service civil et rendait public un document visant la préparation d\u2019un projet de loi qui établirait un service national obligatoire: ce programme permettrait, en ces temps de crise, \u201cd\u2019occuper une jeunesse désoeuvrée, de l\u2019orienter, de lui donner l\u2019occasion de jouer un rôle utile sur le marché du travail, de lui faire acquérir une expérience reconnue\u201d.Sous la juridiction d\u2019un office gouvernemental formé de représentants de divers ministères s\u2019occupant du dossier jeunesse, un service national obligatoire d\u2019une année serait institué pour tous les jeunes âgés de 18 ans ou qui ont déjà terminé leurs études post-secondaires.Les jeunes en service actif travailleraient dans leur domaine d\u2019études et seraient employés à des services à la collectivité.Leur rémunération hebdomadaire serait de 160$.Pour le promoteur du programme, de 50 000 à 75 000 jeunes par année seraient tenus de participer au servi- 136 RELATIONS ce national.On envisage même d\u2019étendre le programme aux chômeurs plus âgés, aux assistés sociaux, aux ex-détenus, aux accidentés du travail et aux handicapés.Pour la première année, le service national serait facultatif pour les jeunes de 1 9 à 25 ans qui ont abandonné leurs études et qui sont sans emploi, souligne le document.Le député de Sainte-Marie fait valoir nombre d\u2019avantages pour les jeunes: voyages enrichissants, salaires équitables, conditions de travail \u201cqu\u2019ils ne connaîtraient pas autrement\u2019\u2019, revalorisation par un emploi utile, responsabilisation.Le service pourrait même être reconnu comme expérience de stage dans le cas des médecins et des architectes, par exemple.Quiconque refuserait d\u2019effectuer son service national, par contre, serait passible de sanctions sévères, comme l\u2019interdiction d\u2019occuper un emploi dans la fonction publique, la perte du droit aux prestations du Bien-Être social et même l\u2019obligation de remettre immédiatement les montants versés comme préts-bourses par le ministère de l\u2019Éducation.Fait intéressant à noter en cette période d\u2019assainissement des finances publiques, la calculatrice du député Bisaillon est formelle: cette initiative ne coûtera pas un sou de plus au contribuable, pourvu que le gouvernement du Québec s\u2019entende avec celui d\u2019Ottawa pour que celui-ci lui remette les sommes non déboursées pour l\u2019assurance-chômage.Le gouvernement récupérera aussi les montants normalement versés aux jeunes au titre de l\u2019aide sociale.Il lui sera aussi possible d\u2019abandonner tous ses autres programmes de création d\u2019emplois pour jeunes, programmes qui deviendraient superflus grâce au service civil obligatoire.Guy Bisaillon n\u2019a pas réussi à communiquer à l\u2019opinion publique l\u2019enthousiasme qui transpirait de son document de travail.L\u2019accueil, à vrai dire, fut plutôt hostile.Les étudiants, particulièrement, regimbèrent devant le caractère obligatoire du projet et accusèrent le promoteur de vouloir créer une \u201cmain-d\u2019oeuvre bon marché\u2019\u2019.Le Premier ministre admit lui aussi que le député y allait un peu fort et il écarta le document.Un an plus tard, le député Bisaillon, devenu indépendant, revient à la charge en présentant une nouvelle version, améliorée, de son projet.Le service civil serait maintenant volontaire, il ouvrirait ses portes à 50 000 MAI 1983 personnes dont 60% seraient des jeunes, et on en confierait la gestion à une mission gouvernementale placée sous la juridiction du Comité exécutif.Les travaux suggérés sont précisés: de la dépollution des eaux au reboisement des forêts en passant par l\u2019amélioration des infrastructures touristiques, la restauration de biens historiques et la conversion en équipements communautaires des installations privées abandonnées.Bref, tous genres de travaux jugés utiles à la collectivité.Le député dépose en même temps un projet de loi (no 195) établissant les structures du service civil volontaire.Pour peu qu\u2019une volonté politique se manifeste, la loi pourrait être adoptée dans les plus brefs délais.C'est le 8 mars, soit à la veille des déclarations du Premier ministre en matière de création d\u2019emplois, que le député Bisaillon, entouré de jeunes, de parents et de syndicalistes, réclamait de nouveau une politique de plein emploi pour les jeunes et réaffirmait les caractéristiques qu\u2019il juge essentielles pour l\u2019établissement d\u2019un service civil: caractère permanent consacré par une législation, engagement volontaire d\u2019une année, rémunération équitable.Du caucus des jeunes au bureau du Premier ministre \u201cS\u2019ajoute au Québec le défi écrasant que nous lanceront encore pendant quelque temps ce flot de 60 000 jeunes travailleurs et travailleuses qui viennent chaque année enrichir \u2014 et gonfler \u2014 nos effectifs de main-d\u2019oeuvre.Je tiens à préciser dès maintenant que le gouvernement portera une attention spéciale à ce groupe d\u2019âge si cruellement affecté par le manque d\u2019emploi\u201d.C\u2019est ce qu\u2019avait promis, le Premier ministre du Québec, le 9 novembre 1981 dans son discours inaugural à l\u2019Assemblée nationale.Suite à cette promesse du Premier ministre et comme en écho au premier projet Bisaillon, le Comité national d\u2019action politique des jeunes du Parti québécois recommandait la création d\u2019un service civil volontaire pour les jeunes et il en soumettait l\u2019idée aux différentes structures dé- mocratiques du PQ.Premier gain important pour eux: la région de la Capitale nationale en adopte le principe et entend le faire accepter par le Conseil national du Parti les 29-30-31 octobre 1982, lors des votes établissant les nouvelles priorités législatives du gouvernement.\u201cQuelques mesures mineures ne suffiront pas à redonner l\u2019espoir à nos jeunes.Il faut poser un geste d\u2019éclat, capable de raviver leur confiance dans le Québec.Le regroupement des différentes mesures existantes sous le chapeau d\u2019un service national volontaire est la voie toute indiquée.Aujourd\u2019hui, ils ont besoin de nous, demain, c\u2019est leur vote qui fera pencher la balance sur la question nationale\u201d, affirmaient les délégués de Québec à ce Conseil national.Le projet soumis stipule que quelque 5 000 jeunes de 16 à 25 ans pourraient être engagés dès la première année à un salaire hebdomadaire variant entre 50 et 100$.On pourrait les employer, par exemple, à la rénovation et au développement du LE CHOMAGE DES JEUNES \u201cPar groupe d\u2019âge, plus de 75% des travailleurs ayant perdu leur emploi au Québec entre décembre 1981 et décembre 1982, sont des jeunes âgés de 15 à 24 ans (- 65 000 postes).Cela fait baisser leur niveau d\u2019emploi de décembre 1981 de 11,7%.Les jeunes sont donc la frange de la population la plus ébranlée par la crise en 1982.En décembre 1982, leur taux réel de chômage est de 25,3%, dépassant celui de l\u2019ensemble du Québec de plus de 10 points.\u201d1 Si l\u2019on veut mettre à jour ces données, en comparant les statistiques correspondantes pour février 1983, on constate que la situation s\u2019est encore aggravée car les données fournies par Statistique Canada font état, pour les jeunes de 15-24 ans au Québec en février, à la fois d\u2019une diminution de la \u201cpopulation active\u201d (de 164 000 à 161 000) et d\u2019un accroissement du taux de chômage (de 25,3% à 26%).1.Smail Bouikni, \u201cMain-d\u2019oeuvre\u201d, dans Le marché du travail, février 1983, p.60.137 Nord québécois.En calculant le salaire des volontaires, les frais de logement, de transport et de nourriture, les frais administratifs et d\u2019immobilisation, il en coûterait 54 millions $ annuellement, soit près de 11 000$ par participant.Le projet a reçu un appui massif des délégués, et devenait aussi une priorité du gouvernement québécois.Pierre Marois, ministre de la Main-d\u2019oeuvre et de la Sécurité du revenu, reçut pour mandat d\u2019examiner les diverses formes d\u2019un service civil et de soumettre une proposition au Conseil des ministres.La proposition fut sans doute bien reçue puisque, le 9 mars dernier, seize mois après son discours inaugural, René Lévesque annonçait la mise sur pied d\u2019un service civil accessible aux jeunes assistés-sociaux et chômeurs.En plus de leurs 144$ mensuels ou de leurs prestations d\u2019assurance-chômage, les volontaires se verraient remettre une prime de 100$ pour chaque mois de travail effectué au service de la collectivité.On estime que ce programme rejoindra 16 000 jeunes et qu\u2019il sera en application dès juin.le temps sans doute, de venir à bout de quelques casse-tête juridiques pour concilier la loi des normes minimales de travail (assurance d\u2019un salaire minimum) et celle de l\u2019assurance-chômage (de juridiction fédérale, les participants pourraient voir leurs prestations réduites puisqu\u2019ils retireraient un revenu).Gilles Baril: un service civil nordique Serait-il possible, à la fois, de sauver la ville de Schefferville de la ruine complète, de proposer un idéal à la jeunesse québécoise et d\u2019amorcer adéquatement le virage technologique?Gilles Baril, député péquiste de Rouyn-Noranda-Témiscamingue à l\u2019Assemblée nationale, et son groupe \u201cLes Conspirateurs de l\u2019An 2 000\u201d (qui réunit, entre autres, le sociologue Jacques Lazure, le philosophe Jacques Languirand, le cinéaste Arthur Lamothe et le chanteur Claude Dubois), pensent que oui.Comment?En posant les premiers jalons d\u2019un service civil nordique dans cette ville en détresse.Le 1 1 novembre 1982, Gilles Baril rend public un projet qui, estime-t-il, permettrait à la Côte-Nord de s\u2019auto-suffire, à court terme, sans crainte d\u2019une éventuelle catastrophe économique causée par la fermeture d\u2019une usine importante.\u201cLe Québec doit amorcer le virage avant que les marchés internationaux l\u2019imposent et nous prennent par surprise, comme Schefferville vient de l\u2019être.Soyons plutôt innovateurs: cessons d\u2019être terrorisés par la crise\u201d, recommande-t-il.De quoi s\u2019agit-il donc?Pendant une année, de jeunes volontaires (30 000 lors de la présentation du projet, ce chiffre a depuis été ramené à 1 500) séjournent dans le Nord du Québec et plus particulièrement à Schefferville, ils y apprennent un métier et développent des techniques alternatives comme la culture en serre abritée, l\u2019élevage du vison et du lapin, la pisciculture nordique.En somme, plus question de faire dépendre une ville québécoise d\u2019une industrie unique.Pour bien démontrer que le Nord québécois, malgré ses froids rigoureux, ne rebute pas les jeunes, les Conspirateurs ont frappé un grand coup.Les 10 et 11 février dernier, alors que la commission parlementaire sur l\u2019avenir de Schefferville siégeait sur place pour recevoir et discuter les divers mémoires déposés, le groupe de Gilles Baril érigeait son campement juste en face de la maison où s\u2019étaient retirés Brian Mulro-ney et les administrateurs de l\u2019Iron Ore.Le groupe en profita aussi pour déposer son mémoire et continuer l\u2019examen des possibilités d\u2019une relance de cette ville.Le premier mars 1983, le groupe présentait un nouveau projet, encore plus extraordinaire, \u201cun défi authentiquement progressif et moderne\u201d.Certes, il faut sauver Schefferville de la ruine, mais il faut surtout éviter de manquer le virage technologique où nous avons déjà quelques longueurs de retard.Dans un premier temps, par conséquent, la communauté qui s\u2019installera à Schefferville créera une infrastructure propre à assurer l\u2019autosuffisance matérielle de tous ses membres.La chasse, la fabrication de vêtements, le développement d\u2019un circuit touristique respectueux de l\u2019environnement, tout cela sera mis en oeuvre d\u2019abord.Pour éviter de folkloriser une telle entreprise, les Conspirateurs entendent développer, à moyen et à long terme la télématique commerciale, en exportant des logiciels, que les volontaires fabriqueraient à Schefferville.On pourrait alors alimenter les micro-ordinateurs du réseau scolaire québécois, les ministères gouvernementaux, les hôpitaux, les PME, etc.Les prix resteront très compétitifs puisque les volontaires n\u2019auront qu\u2019un faible salaire (de 50 à 100$ par semaine), leur subsistance matérielle étant assurée par l\u2019ensemble de la communauté.Les Conspirateurs de l\u2019An 2 000 évaluent à 40 millions $ le montant nécessaire pour accueillir 1 500 jeunes pendant trois ans.Ils recommandent donc la création immédiate d\u2019un fonds de développement nordique dont les responsables seraient chargés d\u2019étudier la faisabilité du projet.Même si cette question, pour le groupe, ne fait aucun doute: \u201cL'apport volontaire d\u2019une force de travail peu coûteuse, la présence d\u2019un esprit communautaire, l\u2019utilisation de technologies nouvelles, la formation et l\u2019éducation permanentes de la main-d'oeuvre, la possibilité de travailler dans plusieurs secteurs à la fois, la participation de la population locale autochtone et non-autochtone, voilà autant de facteurs positifs qui garantissent le succès et la rentabilité de notre projet\u201d.Les projets Maltais: pour l\u2019amour du Canada \u201cCe que nos jeunes demandent, garçons et filles, c\u2019est du travail.Ce n\u2019est pas nécessairement d\u2019obtenir un montant d\u2019argent considérable, c\u2019est d\u2019être occupés, de pouvoir utiliser leur temps d\u2019une façon valable sur le plan de la société, mais aussi d'utiliser leur temps de façon fructueuse sur le plan de leur propre personnalité.C\u2019est ce que les jeunes veulent pour le moment\u201d.Voilà du moins ce qu\u2019affirmait, le 1 5 mai 1982, André Maltais, député libéral fédéral de Manicouagan, lors d\u2019un débat à la Chambre des communes.Il dévoilait alors un avant-projet qu\u2019il avait concocté en 1978, alors qu\u2019il était encore employé de la fonction publique fédérale.Le document, 138 RELATIONS intitulé \u201cVers une intégration à la vie canadienne\u201d, propose un service civil volontaire pour les jeunes de 18 à 25 ans.Si, quatre ans plus tard, le député devait surtout mettre de l\u2019avant l\u2019idée que son projet pourrait offrir une solution concrète au chômage des jeunes, en 1978, par contre, le plan était né du besoin d\u2019inculquer aux jeunes un profond amour du Canada.Pour André Maltais, en effet, les divisions qui, en 1978, marquaient les relations entre francophones et anglophones et qui sapaient l\u2019unité nationale, n\u2019auraient plus leur raison d\u2019être si, dès leur jeunesse, les Canadiens découvraient personnellement les innombrables richesses qu\u2019on retrouve au pays, d\u2019un océan à l\u2019autre.Il en résulterait un heureux sentiment d\u2019appartenance, une riche solidarité et un profond respect devant les différences culturelles qu\u2019affichent les Canadiens.Le député de Manicouagan n\u2019entend pas proposer le service militaire obligatoire, même s\u2019il lui reconnaît volontiers nombre d\u2019avantages, dont celui de favoriser l\u2019unité nationale.Son projet de service civil volontaire, par contre, entraînerait les mêmes répercussions pour le pays et favoriserait l\u2019accomplissement personnel des jeunes.D\u2019une durée de deux ans, il s\u2019adresse aux jeunes qui, momentanément, quittent leurs études, aux chômeurs et chômeuses et à tous ceux et celles qui ont à coeur de se soustraire à \u201cl\u2019oisiveté généralisée\u201d.La première année, ils iraient dans cinq provinces canadiennes effectuer des travaux communautaires.Trois jours seraient consacrés au travail et deux jours à l\u2019apprentissage de la langue seconde.La deuxième année, les stagiaires participeraient à des programmes d\u2019aide au développement dans deux pays du Commonwealth, se faisant ainsi \u201cles messagers de l\u2019identité du Canada\u201d.La rémunération pour l\u2019ensemble du programme correspondrait à la somme versée par l\u2019assurance-chômage majorée de 5%, en guise de mesure incitative.Outre les professeurs de langue, qui seraient prêtés par les maisons d\u2019enseignement à travers le pays, le programme nécessite du personnel 2.Jacques Hébert, La jeunesse des années 80: état d'urgence.Un grand dessein, un plan d'action! Coll.Université populaire.Montréal, Éditions Héritage, 1 982, 96 pages.d\u2019animation.Le document Maltais propose de confier cette tâche à des retraités ou à des pré-retraités \u201cqui sont disponibles et qui ne veulent pas mourir à ne rien faire! Ne constituent-ils pas notre patrimoine vivant?\u201d Ces personnes mettraient à profit leurs connaissances pratiques de la vie régionale, enseignant par exemple leurs techniques de pêche et de chasse.Pour ces personnes-ressources, le salaire versé équivaudrait au montant des pensions de vieillesse augmenté de 5%.Manifestement, au moment où André Maltais rédigeait son avant-projet, il ne connaissait pas encore le programme Katimavik, alors naissant.En 1982, une rencontre avec le co-fondateur de Katimavik, Jacques Hébert, lui laissait entrevoir la possibilité d\u2019un nouveau projet qu\u2019il soumettrait aussi à ses collègues et aux jeunes Canadiens, histoire de permettre un choix.Le projet se résume à ceci: Katimavik est certes un programme intéressant (stages de trois mois dans différentes provinces, formation personnelle, etc.) mais il ne regroupe que 1 600 jeunes annuellement.Peut-on envisager, de façon réaliste, qu\u2019un programme analogue accueille 80 000 jeunes?La question a été soumise aux recherchistes de la bibliothèque du Parlement à Ottawa.En septembre et octobre 1982, deux documents confidentiels transmettaient la réponse des spécialistes: ceux-ci confirmaient la pertinence d\u2019un \u201cKatimavik élargi\u201d.Il s\u2019agirait de construire un camp capable de recevoir 10 000 jeunes.Pendant sept semaines, ils suivraient des cours de langue seconde et d\u2019histoire du Canada, en plus d\u2019être soumis à un conditionnement physique intensif.Après leur séjour au camp, ces 10 000 jeunes seraient envoyés par petits groupes dans toutes les provinces canadiennes, où ils effectueraient des travaux utiles à la communauté.Quand le programme aura fait ses preuves, il sera possible d\u2019en accueillir plus de 80 000 par année.Leur rémunération atteindrait le montant de l\u2019assurance-chômage plus 10%.Dans une lettre adressée au député de Manicouagan, le 7 septembre 1982, suite à la présentation de son deuxième projet, le premier ministre Trudeau mentionnait qu\u2019il verrait à ce MAI 1983 que ce projet soit étudié \u201cdans le cadre des préparatifs du discours du trône\u201d.Jacques Hébert: Katimavik revisité Romancier, essayiste, ami personnel du Premier ministre du Canada et co-fondateur des programmes Jeunesse Canada-Monde et Katimavik, Jacques Hébert n\u2019entend pas être de reste dans cette course aux projets.Le 25 octobre 1 982, au théâtre Arlequin de Montréal, il présente un nouveau projet.Une vaste campagne de promotion précède l\u2019évènement et sa conférence est aussitôt publiée sous forme de livre de poche2.\u201cEn plus de redonner de l\u2019espoir à 100 000 jeunes par année, son ambitieux projet pourrait bien transformer en profondeur notre société en la rendant à la fois plus productive, plus humaine et plus fraternelle\u201d, annonce sa publicité.Qu\u2019en est-il au juste?Devant une salle bondée de jeunes, Jacques Hébert, après avoir énuméré les problèmes auxquels la jeunesse est aujourd\u2019hui confrontée, propose un service civil d'une durée de neuf mois.Les groupes de volontaires pourraient faire des stages de trois mois dans trois provinces différentes, pour travailler à des projets communautaires.Les groupes de jeunes seront composés d\u2019une façon non-discriminatoire, de manière à refléter la diversité de la population canadienne.\u201cPendant neuf mois, un jeune de Vancouver travaillera côte à côte avec un camarade de Saint-Georges de Beauce; un jeune Canadien d\u2019origine chinoise de Calgary devienda le copain d\u2019une petite Québécoise; le fils d\u2019un juge de Toronto sera inséparable d\u2019un jeune Acadien dont les parents sont sur le \u2018Bien-Être social\u2019, etc.\u201d Ce projet aiderait sûrement à préserver l\u2019unité nationale, d\u2019autant plus qu\u2019il apporterait, en prime, l\u2019assurance du bilinguisme de tous les participants.On a également prévu la rémunération des volontaires: un montant symbolique d\u2019un dollar par jour et une bourse de 1 000$ pour ceux et celles qui compléteront leur stage de neuf mois.139 \u201cUne société démocratique doit rappeler aux citoyens qu\u2019ils ont des obligations autres que de payer des impôts et de respecter la loi, une de ces obligations étant de servir la communauté\u201d.\u201cEncore faut-il que l\u2019occasion de servir soit offerte à tous les jeunes!\u201d, de renchérir Jacques Hébert.Pouvant accepter jusqu\u2019à 100 000 jeunes la troisième année d\u2019opération, le Service civil devrait être confié à un organisme non gouvernemental, sans but lucratif, s\u2019il veut s\u2019assurer une véritable crédibilité, par delà la partisanerie politique.Jacques Hébert a évalué le coût par jeune à 7 000$ pour neuf mois.\u201cL\u2019aubaine du siècle\u201d puisque pour la même période, un jeune détenu coûtera aux contribuables 25 000$, un simple soldat 27 800$, un étudiant dans un collège militaire 53 500$.L\u2019auditeur au théâtre Arlequin pouvait demeurer sceptique: un tel projet peut-il se réaliser en peu de temps?Fin renard, l\u2019orateur ajoute lui-même au doute en échafaudant le scénario suivant pour la mise en oeuvre d\u2019un tel programme: constitution d\u2019une commission d\u2019enquête, audition de mémoires, adoption d\u2019un rapport final, mise sur pied d\u2019un projet-pilote, évaluation et feu vert pour.1988! À cette date, l\u2019urgence sera sans doute ailleurs.Mais Jacques Hébert n\u2019abandonne pas.En fait, il avait encore un atout en main: \u201cje plaide en faveur d\u2019un Service civil pour le Canada.alors qu\u2019il existe déjà depuis six ans!\u201d On aurait dû le deviner, Jacques Hébert prêche pour Katimavik et la société sans but lucratif qu\u2019il dirige, OPCAN (Opération Canada).Fondé en 1 977 et entièrement subventionné par le gouvernement fédéral, Katimavik n\u2019a toujours que la dimension d\u2019un projet-pilote (1 500 jeunes ont été acceptés cette année, 5 500 ont été refusés).Son co-fonda-teur invite tous ceux et celles qui croient en son nouveau projet à faire pression sur Ottawa pour qu\u2019il débloque de nouveaux fonds.Lors de sa conférence publique, Jacques Hébert a oublié de préciser si l\u2019option militaire (facultative) présente dans l\u2019actuel programme Katimavik serait au menu de son nouveau programme.En effet, jusqu\u2019à présent, 20% des Katimavikiens ont tiré parti de cette formation où ils apprennent, pendant trois mois, le maniement des armes à feu, la reconnaissance tactique du terrain et l\u2019évacuation des blessés et où ils sont soumis à un conditionnement physique intensif, tout cela pour favoriser le \u201cdéveloppement personnel de l\u2019individu\u201d.\u201cUne vraie job, c\u2019est un droit\u201d La simple comparaison des projets rapidement présentés ci-dessus pose un certain nombre de questions.La première concerne le jeu des intérêts politiques, ou plutôt partisans.À première vue, évidemment, tout le monde s\u2019inquiète de l\u2019absence d\u2019idéal d\u2019une génération condamnée à \u201crester sur le bord de la bande\u201d pour regarder jouer les plus vieux.Mais l\u2019idéal qu\u2019on veut promouvoir, c\u2019est aussi ce qu\u2019on appelle le \u201csentiment qu\u2019on veut d\u2019appartenance\u201d, la \u201cdécouverte du pays\u201d, l\u2019\u201cidentité nationale\u201d.Qu\u2019on évoque le spectacle majestueux des Rocheuses ou le défi de relever Schefferville n\u2019est pas innocent.Sur le terrain miné du nationalisme, le Parti libéral du Canada et le Parti québécois se disputent une clientèle d\u2019avenir à coups de grands projets.Il est curieux que, dans le reste du Canada, on ne parle pratiquement pas de semblables programmes.La deuxième question est plus terre à terre, mais elle intéresse beaucoup ceux et celles qu\u2019on envisage d\u2019organiser: elle concerne la rémunération des participants.Plus les projets se multiplient, semble-t-il, et plus les salaires proposés tendent à diminuer.À Québec, on est passé du salaire minimum à un montant de 244$ par mois.À Ottawa, dégringolade vertigineuse, puisqu\u2019on passe de l\u2019équivalent des prestations d\u2019assurance-chômage à un maigre 1 dollar par jour (plus une prime de persévérance).Il est vrai que les jeunes ne sont guère en mesure de faire la fine bouche: les chiffres disent assez clairement qu\u2019ils n\u2019ont guère le choix.Pourtant, pour de tels salaires, quel politicien accepterait d\u2019investir neuf mois, un an, deux ans de sa vie?Car il s\u2019agit d\u2019un investissement risqué.Et c\u2019est la troisième question qui se pose: où cela mène-t-il?Une fois que les jeunes auront accompli leur \u201ctemps\u201d de service civil, de travail communautaire ou d\u2019initiation au bilinguisme pan-canadien, ne risquent-ils pas de se retrouver de nou- veau chômeurs-chômeuses ou bénéficiaires de l\u2019aide sociale?Quels rapports y aura-t-il entre les apprentissages et les expériences de cette période de formation prolongée et les politiques de création d\u2019emploi mises en oeuvre par les gouvernements?On sait que le marché du travail est en train de se restructurer, que de nouveaux secteurs d\u2019emploi seront favorisés, que d\u2019autres sont voués à disparaître à plus ou moins brève échéance: quelle préparation ces programmes ambitieux fourniraient-ils, en plus d\u2019une expérience de travail à inscrire au curriculum vitae?Au Québec et au Canada, si tout indique que les élus s\u2019apprêtent à prendre une décision à ce sujet, les jeunes, les premiers concernés, n\u2019émettent que de bien timides réactions.Certains groupes, généralement plus partisans, appuient un projet gouvernemental; les associations étudiantes, fortement ébranlées par une crise de mobilisation, regardent, observent, attendent une prise de position claire.Grâce à leurs protestations, il semble que tout projet obligatoire, comme celui que présentait le député Bisaillon, sera écarté.Les groupes de chômeurs, et d\u2019assistés-sociaux hésitent, eux aussi, sur l\u2019attitude à prendre.En fait, la psychose de la crise a nettement réussi à culpabiliser les jeunes: ils ont presque honte de réclamer un salaire décent, un emploi stable, des conditions de travail équitables?Il est vrai que des expériences de service communautaire, la fraternité et la solidarité traduites en gestes concrets et en initiatives pratiques et même la découverte des diverses régions du pays représentent des valeurs positives.Des programmes volontaires permettraient probablement à un bon nombre de jeunes de découvrir leurs propres ressources et de surprendre en eux-mêmes leur capacité de dépassement; ils devraient avoir leur place dans les budgets gouvernementaux.Mais ils ne sauraient se substituer à une véritable politique de plein emploi, car on ne voit vraiment pas ce qui pourrait remplacer le travail comme instrument et garantie de la dignité de la personne.\u201cUne vraie job, c\u2019est un droit\u201d, répète la JOC depuis déjà trois ans.Les jeunes participeront nombreux à la Grande Marche pour l\u2019emploi au cours du mois de mai.140 RELATIONS 60732673 AU CLAIR DE LA LUNE, PUNK Il n\u2019y a pas de lune sur le terrain de parking de quartier populaire où se déroule le dernier conte d\u2019André Forcier.À peine une évocation.Sur le mur du fond, un néon rose et clignotant annonce le Moonlight Bowling.Seule une lumière blafarde se balance dans la nuit froide de l\u2019hiver sur ce no man\u2019s land montréalais.Y a-t-il un Pierrot?Difficile à dire.Serait-ce Franck, l\u2019Albinos, une espèce de clochard sans feu ni lieu qui, la nuit, crèche dans des autos dont il a forcé la porte?Ou encore Albert, l\u2019homme-sandwich arthritique qui rêve de sa gloire perdue de champion de bowling?De toute façon, si l\u2019on y ouvre une porte, ce n\u2019est pas celle d\u2019une maison.Quand, après l\u2019avoir trouvé un matin, mort de froid (ce qui n\u2019était qu\u2019une feinte), Albert a sauvé la vie de Franck et qu\u2019il a décidé de s\u2019en occuper, il ne l\u2019a pas reçu dans le logement qu\u2019il partage avec sa soeur mystique.Il lui a ouvert son \u201cchar\" et c\u2019est cette automobile que, peu à peu, ils ont aménagée en y installant une cheminée et en la garnissant de tout ce qu\u2019il faut pour le confort (des rideaux jusqu\u2019au seau à champagne en passant par les aquariums).Le film d\u2019André Forcier nous lance en pleine fantaisie.Il y a des drogues, c\u2019est-à-dire des motards qui font crisser les roues de leurs bolides en mille étincelles et qui poursuivent éperdument le maniaque qui s\u2019amuse à crever leurs pneus.Il y a des effets spéciaux.À un moment donné, l\u2019Albinos vole sur les toits comme le violoniste de Chagall.Et la couleur: des jaunes et des mauves du plus beau punk.Un vrai conte de fées.Mais avec la misère aussi des contes de fée.Celle de \"Léopoldine l\u2019orpheline d\u2019Aline\", par exemple.Léopoldine Dieumegar-de, de son vrai nom.Une adolescente maigrichonne qui, chaque soir, se retrouve seule à se faire venir une pizza parce que par Michel M.Campbell son vendeur de pneus de père est parti danser.Elle a du mal à renoncer à le materner et elle se sentira tout à fait abandonnée le jour où il lui ramènera une comptable, prête à partager sa vie.Détresse d\u2019Albert, que les filles n\u2019embrassent jamais et qui s'ennuie.Pauvreté de Franck, qui n\u2019a rien d\u2019autre à se mettre sur le dos qu\u2019un malheureux manteau de femme, qu\u2019il a volé.Et en même temps, un désir extraordinaire de merveilleux, du merveilleux.Albert veut croire qu\u2019il se passera quelque chose dans la platitude de la vie.Il idéalise Franck.Ce doit être un initié: s\u2019il a les cheveux blancs, c\u2019est sans doute qu\u2019il a eu très peur; et ce doit être vrai qu\u2019il a des dons, lui qui vient d\u2019Albinie et qui est le dernier d\u2019une série de sept garçons.Il pourra guérir le doigt enflé qui ne rentre même plus dans la boule de bowling: Albert pourra reprendre le jeu et gagner.Et Franck, qui est un peu mafioso sur les bords et qui fait son argent en prétendant protéger les autos des coups du maniaque (alors qu\u2019en fait c\u2019est le maniaque qu\u2019il protège), Franck réussira.Il a plus d\u2019un tour dans son sac.Comme André Forcier, d\u2019ailleurs, qui s\u2019amuse de nous tout au long du film.Il nous parle en rimes et nous enferme dans toutes sortes de paradoxes.Ainsi, par exemple, quand l\u2019Albinos nous annonce que, le lundi, il va \u201caux putes\u201d.Long travelling sur une rangée d\u2019autos enneigées.Lourds soupirs.On est convaincu qu\u2019on va déboucher sur une scène de lit.Et vlan! On aperçoit Léopoldine (c\u2019est elle, \u201cle maniaque\") qui enfonce son poignard dans un pneu.Inversion des rôles, de l\u2019érotisme et du sadisme.Ou encore, le soir où les deux compères vont rendre visite à la soeur d\u2019Albert, qui a le mysticisme maso-chique.Le fou rire les prend tous les trois, mais c\u2019est d\u2019autant plus drôle qu\u2019il ne faut pas rire car c\u2019est quand elle rit qu\u2019Alberti-ne la mystique a le plus mal.Le tandem Albert/l\u2019Albinos fait songer à d\u2019autres couples célèbres de la littérature humaniste.Au Petit Prince et à Saint-Exupéry, par exemple, ou à Harold et Maude.Sans leur idéalisme toutefois.Ils sont probablement plus proches des clochards 6\u2019En attendant Godot: ils n\u2019ont guère d'illusions; malgré leur désir de croire, ils en ont vu d\u2019autres et on finit par se rendre compte qu\u2019ils sont assez lucides sur les jeux qu\u2019ils se jouent l\u2019un à l\u2019autre.Monde arrêté.Sans idéal.Cet \u201cAu clair de la lune\u201d ne chante pas \u201cpour l\u2019amour de Dieu\".Si Léopoldine s\u2019appelle Dieumegar-de, cela ne veut pas dire grand-chose.Dieu ne la garde pas.C\u2019est elle qui, au risque de sa vie, essaie en crevant les pneus de garder la petite entreprise à son père.Et son père est d\u2019ailleurs pour elle plus un fils ingrat qu\u2019un protecteur.Elle n\u2019a rien d\u2019une jeune fille pure.Elle sent l\u2019inceste.La seule croyante, dans ce conte, c\u2019est la soeur de Léopold.Quand elle prie devant son \u201ctabernacle électrique\u201d, elle coupe le courant à son frère et à l\u2019Albinos, qui gèlent dans leur auto.Il n\u2019y a pas de justice et la fin du film montre toute la cruauté du réel.Pourtant ce film n\u2019est pas noir.À la fin, Albert se retrouve à vivre avec l\u2019Albinos.Comme un couple de vieilles tantes.Il a les cheveux tout blancs.Il a eu très peur.Il a été initié.Il commence à comprendre le secret de l\u2019Albinos.Que l\u2019on peut vivre l\u2019irréalité de l'idéal et l'échec.Que, si l\u2019on n\u2019a pas de Dieu, il est des choses qui l\u2019évoquent pourtant et qui prennent au piège de la vie.Comme de connaître la détresse d\u2019une petite fille et la tendresse d\u2019un vieux garçon.7373734^ \u201cLa Ligue des droits et libertés a vigoureusement dénoncé l\u2019utilisation pré-sumément recrudescente du détecteur de mensonges dans l\u2019industrie privée, la qualifiant de justice parallèle sauvage qui n\u2019a pas sa place dans une société civilisée.Certaines compagnies tiendraient tellement à son utilisation, comme moyen d\u2019enquête, qu\u2019elles exigeraient, au moment de l\u2019embauche, que les postulants y souscrivent inconditionnellement\u201d.En outre, cette forme d\u2019intimidation serait imposée à certains employés déjà engagés.Ceux qui refusent de s\u2019y soumettre sont tout simplement congédiés, sans préavis, sans discussion, privés de leur droit fondamental à une défense pleine et entière.\u201cLa Ligue des droits et libertés demande au gouvernement québécois de légiférer le plus tôt possible pour interdire l\u2019utilisation des détecteurs de mensonges dans le domaine des relations de travail et d\u2019affaires.Plusieurs Etats américains ont légiféré dans ce sens-là.Au Canada, la Cour suprême a rendu une décision jugeant qu\u2019une preuve recueillie par un détecteur de mensonges était inadmissible devant les tribunaux\u201d (La Presse, 2 mars 1983 d A9).Le nom de Mgr Oscar Romero est devenu un symbole.Le simple fait, par exemple, que lors de son récent passage au Salvador le pape Jean-Paul II soit allé prier sur son tombeau a été chargé d\u2019un double message d\u2019espérance pour les victimes de la guerre civile et d\u2019interpellation à l\u2019adresse des autorités responsables.Mais qui est Monseigneur Romero?Et comment en est-il arrivé à faire ce qu\u2019il a fait?Préparée par un groupe d\u2019animateurs des communautés de base du Salvador, traduite par Denis Fontaine et préfacée par Mgr Adolphe Proulx, évêque de Gatineau-Hull, une biographie d\u2019une centaine de pages relate les trois dernières années de la vie de ce \u201cmartyr de l\u2019Église populaire\u201d.Elle est disponible au prix de 3,50 $ au Comité chrétien pour les droits humains en Amérique latine (4725, rue St-Denis, suite 1, Montréal H2J 2L5).La Sixième Assemblée mondiale du Conseil oecuménique des Églises doit se tenir à Vancouver du 24 juillet au 10 août, sous le thème \u201cJésus Christ, vie du monde\u201d.Huit ans après l\u2019Assemblée mondiale de Nairobi, le mouvement oecuménique se trouve pratiquement à la croisée des chemins: les accords conclus entre les théologiens des grandes traditions catholique, orthodoxe et protestante seront-ils sanctionnés par les Églises?Op-tera-t-on plutôt pour un repli \u201cpolitique\u201d, une prudence \u201cpastorale\u201d?En préparation de cet événement majeur, la revue Oecuménisme, publiée par le Centre canadien d\u2019oecuménisme (2065 ouest, rue Sherbrooke, Montréal H3H 1G6) vient de lui consacrer un numéro spécial: une quinzaine de collaborateurs prestigieux exposent clairement les enjeux et les difficultés de cette rencontre.L\u2019ambassadrice des États-Unis aux Nations unies, Mme Kirkpatrick, a nié toute participation de son pays à l\u2019invasion des Somozistes au Nicaragua.Par contre, le gouvernement américain semble toujours incapable d\u2019apporter un démenti aux fuites répétées dans la presse américaine, qui tendent à établir l\u2019implication de la CIA et du Pentagone dans cette opération militaire, au niveau de la fourniture d\u2019équipement, de l\u2019entraînement militaire et des activités d\u2019espionnage.Les dossiers du magazine Time (4 avril 1983) et du New York Times (3 avril 1983) suggèrent que l\u2019administration Reagan est en train d\u2019engager les États-unis, contre la volonté expresse du Congrès, dans une entreprise de déstabilisation du régime sandiniste.\u201cIl y a deux principales forces de mort dans notre monde: la guerre armée et la guerre sans armes.Depuis la Ile Guerre mondiale, quelque 140 conflits armés ont été déclenchés, presque tous dans les régions pauvres du globe: elles ont coûté plus de 25 millions de vies humaines.Au même moment, près de 500 millions de personnes vivent au bord de la famine, même si les matières premières qui font la richesse de notre monde proviennent de leurs pays.\u201d.Ce sont les mots du Docteur Philip Potter, secrétaire général du Conseil oecuménique des Églises, dans une conférence à Los Angeles à la mi-mars, (d\u2019après NCR) L\u2019Agence latino-américaine d\u2019information (ALAI) vient de publier un dossier sur le mouvement populaire au Mexique et au Venezuela.À partir de documents, d\u2019entrevues avec des organisations représentatives du mouvement populaire urbain et paysan (Mexique) et ouvrier (Mexique et Venezuela), et d\u2019analyses élaborées par des groupes implantés dans le milieu, ce dossier présente une perspective globale du mouvement populaire dans ces deux pays où celui-ci se trouve majoritairement sous le contrôle des partis qui détiennent ou partagent le pouvoir.Il fait état de la naissance d\u2019organisations se voulant démocratiques et autonomes face aux partis politiques (de droite ou de gauche), et des tentatives de coordination de ce mouvement encore dispersé.(Prix: 2,50$.ALAI: 1224, Ste-Catherine ouest, no 403, Montréal, H3G 1P2).\u201cLes familles veulent que soit reconnu de façon concrète et explicite leur droit d\u2019être logées adéquatement et que cette reconnaissance leur garantisse la possibilité de choisir le mode d\u2019habitation qu\u2019elles veulent adopter\u2019\u2019.Regroupées au sein de l\u2019OFAQ (Organismes familiaux associés du Québec), elles demandent donc \u201cque cette politique d\u2019habitation se situe dans le cadre d\u2019une politique familiale globale\u201d.À la suite de recherches, de consultations et d\u2019analyses qui se sont poursuivies pendant 3 ans, l\u2019OFAQ vient de remettre au ministre Guy Tardif un mémoire sur l\u2019habitation familiale au Québec.Entre autres recommandations, le document demande \u201cque les normes d\u2019habitation prévoient des aménagements sécuritaires pour les enfants, une meilleure insonorisation, des espaces extérieurs spéciaux de rangement\u201d, \u201cque l\u2019accessibilité à la propriété soit favorisée pour les chargés d\u2019enfants qui désirent une telle solution\u201d, \u201cque les édifices locatifs comportent obligatoirement une part de logis familiaux\u201d.On demande également l\u2019établissement d\u2019un système d\u2019allocation-logement et on souhaite que soit encouragée la formation de coopératives d\u2019habitation.On peut rejoindre les permanents de l\u2019OFAQ au 2335, rue Sherbrooke ouest (bureau 310) Montréal H3H1G6; (514) 937-7705.Rappelons que le prochain \u201clundi\u201d de RELATIONS, le 16 mai, portera précisément sur le problème du logement à Montréal.142 RELATIONS 737373 m IL N'A PAS SUPPORTÉ L'INSUPPORTABLE Comme presque tous les matins, le soleil était radieux et le bleu du ciel avait cette luminosité particulière à la région des hauts plateaux de Madagascar.Brise légère sur Tananarive, arbres en fleurs; la nature, une fois de plus, s\u2019offrait dans toute sa beauté, son insolente beauté.Il y a des scènes qui vous prennent à la gorge dans un tel déploiement.J\u2019apercevais des enfants qui fouillaient dans le dépôt d\u2019ordures.La première fois, on a le haut-le-coeur de voir ces malheureux rechercher fébrilement des morceaux de légumes, des restes de riz et quoi encore qu\u2019on n\u2019a guère besoin de détailler.Puis cela devient tellement quotidien qu\u2019on y prête moins attention.Mais ce matin-là, avec ce ciel si beau, il y avait quelque chose de tellement contradictoire et d\u2019insupportable que je me sentais accablé.Simultanément, tant de beauté et de pauvres gamins affamés qui cherchent leur nourriture au milieu des ordures.Pourquoi la nature paraît-elle si merveilleuse pendant que la vie est si dure et si humiliante pour tant de gens?Je m\u2019imaginais le Seigneur sous ce beau ciel de Palestine, s\u2019émerveillant de nouveau de la beauté des choses, contemplant les lys des champs, les gerbes de blé regorgeant de soleil, le spectacle inépuisable des moissons de printemps, les oiseaux qui chantent et ces enfants qui jouent de la flûte sur la place du village, ces femmes au lavoir qui fredonnent un air du pays, les choses simples de la vie qui sont toujours les plus belles et puis, soudain, ces lépreux qui débouchent de la route et rappellent l\u2019effroyable réalité de ce monde blessé et brisé, l\u2019insupportable misère et laideur d\u2019une plaie purulente qui apparaît sur une peau saine.Luc, évangéliste: \u201cAu coucher du soleil, tous ceux qui avaient des malades de toutes sortes les lui amenèrent et lui, imposant les mains à chacun d\u2019eux, les guérissait\u2019\u2019.Il les guérissait tous.Partout il a combattu la maladie, la mort et davantage cette mort du coeur qui est orgueil, domination, mensonge, perversités de toutes sortes qui ajoutent au malheur des hommes.Ce grand réparateur des blessures humaines et ce dérangeur gênant, qui bouscule les autorités civiles et religieuses confortablement installées dans leurs idéologies sécurisantes, n\u2019a pas supporté l\u2019insupportable.Ceux qui se réclament de lui héritent de cette blessure à l\u2019âme, envoyés pour \u201créparer\u201d ce monde avec des moyens humains qui ne sont pas miracles à heure fixe sur les réseaux américains.Mais un combat impitoyable, incessant, contre toutes les plaies humaines à commencer par les plus dégradantes, l\u2019oppression des hommes par d\u2019autres hommes.Encore Luc: \u201cIl a dispersé les hommes à la pensée orgueilleuse; il a jeté les puissants à bas de leurs trônes, il a élevé les humbles, les affamés, il les a comblés de biens, et les riches, il les a renvoyés les mains vides.\u201d Il ne faut pas supporter que des enfants fouillent dans les ordures pour manger pendant que des colonels russes et américains engouffrent des milliards dans leurs \u201cmachins\u201d nucléaires.Je reviens lentement à travers les petites rues boueuses de mon quartier.Salutations toujours chaleureuses de ces gens paisibles et fragiles qui ne se doutent même pas que leur misère est la conséquence de l\u2019incroyable égoïsme et du pouvoir de domination de leurs frères humains.Je sais au moins clairement une chose.Mon refus de l\u2019insupportable se concrétiserait patiemment, heure après heure, à travers des actions bien modestes qui rejoignaient bien d\u2019autres combats de par le monde, celui des peuples du Salvador et de l\u2019Afghanistan qui luttent pour la justice et la liberté, celui du médecin chercheur qui s\u2019attaque au cancer, celui d\u2019une infirmière à bout de forces qui sauve un enfant dans un camp de réfugiés, celui d\u2019une moniale enfouie dans le silence qui veille pour soutenir tel prisonnier, et tant d\u2019autres, tant d\u2019autres.Le ciel de Tananarive était si beau ce matin-là.Tananarive, Madagascar Jacques Couture \tSOCABI vous propose une RETRAITE BIBLIQUE \tPrêchée par Monseigneur Raymond Saint-Gelais, évéque auxiliaire de Saint-Jérôme, la \tretraite se veut un lieu de partage, de silence et de prière, où chacun/e se laissera inter- \tpeller par la Parole de Dieu, pour identifier à travers l\u2019expérience du Peuple de Dieu les \ttraces de l\u2019Alliance dans sa propre vie de foi.\tS0CAB1 \tSociété catholique de la Bible 212, boul.St-Joseph ouest \tMontréal (Québec) H2T 2P8 MAI 1983 143 k/lello.traduit de l\u2019anglais par L.-B.Raymond, S.J.199 pages, $9.95 U IM Anthony de TRADUIT OE L'AN PAR Louis Bertrà * Il BELLARHüfjT Est-il possible d\u2019apprendre à prier?Peut-on progresser dans la prière?Comment recueillir de la prière contentement et satisfaction?Comment remplacer l\u2019ennui et la frustration dans la prière?Pour répondre à ces questions, l\u2019auteur interroge d\u2019abord sa longue expérience dans la direction des âmes et dans la formation des animateurs spirituels.Il fait aussi appel à sa connaissance des techniques orientales (yoga, zen) aussi bien que de la tradition de l\u2019Église romaine (saint Ignace, saint Benoît, sainte Thérèse).Déjà connu dans une quinzaine de langues, cet ouvrage paraît pour la première fois en français."]
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