Relations, 1 janvier 1984, Janvier - Février
[" .janvier-février 1984 no 497\t1.50$ If .v .¦ ¦ ; ;.J LETTRE A GEORGE ORWELL *\u2022*41 II 5f-s 3mï,l -*?=vi \u2019y o»!.!\" \u2018y d(» up-ü |«i*< * JUr» .r I !|r.»«* *¦\u20181 ic.\"i .11»**»,;.?' *u :r r\u201ci üt i'< ijji n + *,: ¦ JT1'! _ SOMMAIRE volume 44 numéro 497\tjanvier- février 1984 m ¦ ¦ revue du mois publiée sous la responsabilité d'un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.FACE À L\u2019ACTUALITÉ La colombe et le Québec (G.B.) \u2014 Bolivie: une démocratie fragile (S.B.) \u2014 Une histoire de pêche.fédérale-provinciale (A.D.) \u2014 Faim BUREAUX 8 100, bout.St-Laurent Montréal H2P 2L9; tél.: (514) 387-2541.DIRECTEUR et soif au Nord-Est du Brésil (P.L.) \u2014 Les Églises et les banques (J.W.).Albert Beaudry CONSEIL DE DIRECTION Jean-Louis D\u2019Aragon, Jean-Paul Rouleau, Jacques St-Aubin, Roger Sylvestre ARTICLES DOCUMENT\tCharte des droits des catholiques dans l\u2019Église\t8 David ROY\tEst-ce que ma vie m\u2019appartient?\t12 Julien HARVEY\tL\u2019Église universelle et l\u2019Église du Québec\t16 Guy PAIEMENT\tUn outil d\u2019analyse sociale: le jeu du petit banc\t20 André LEBLANC\tDeux modèles d\u2019Église au Nicaragua\t24 François GLOUTNAY\t40 ans de presse étudiante au Québec: un anniversaire oublié\t28 RenéCHAMPAGNE\tLettre en 1 984 à l\u2019auteur de 1984\t\u201830 CHRONIQUES Karl LÉVÊQUE\tUn livre intolérable\t34 Ginette BOYER\tFemmes d\u2019aujourd\u2019hui et de demain\t34 Julien HARVEY\tLe futur selon Toffler\t35 Richard DUBOIS\tKafka l\u2019inévitable\t36 \tPÊLE-MÊLE\t38 Jvlonique DUMAIS\tEntre les hommes et les femmes.\t39 COMITÉ DE RÉDACTION Ginette Boyer, assistante à la rédaction, Jacques Chênevert, Irénée Desrochers, Julien Harvey, Denis Lalonde, Karl Lé-vêque, Roger Marcotte, Guy Paiement.COLLABORATEURS: Diane Alméras, Marcel Arteau, Nadia Azer, Renaud Bernardin, Michel M.Campbell, François Gloutnay, Yves Lever, Annine Parent Fortin, Jean Picher, Andrée Pilon Quiviger, Jacques Racine, Jean-Paul Rouleau, Carolyn Sharp.PAGE COUVERTURE PHOTOS Jean Villemaire\tPaul Hamel ABONNEMENTS Hélène Desmarais (514) 387-2541.DISTRIBUTION: Les Distributeurs Associés du Québec (DAQ) Ltée 3600, boul.du Tricentenaire, Montréal H1 B 5M8 (514) 645-8754 Relations est une publication du Centre Justice et Foi.Prix de l\u2019abonnement: 12,50 $ par année (10 numéros).Le numéro: 1,50 $.Les articles de Relations sont répertoriés dans le Répertoire analytique d'articles de revue du Québec (RADAR) de la Bibliothèque nationale du Québec, dans l'Index analytique de périodiques de langue française (PERIODEX), dans le Canadian Periodical Index, publication de l'Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l'éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s'adressant à University Microfilms.Ann Arbor, Michigan 48106 U.S.A Courrier de la deuxième classe - Enregistrement no 01 43 RELATIONS JANVIER-FÉVRIER 1984 9185 LA COLOMBE ET LE QUÉBEC Il ne faut pas se moquer de ceux qui travaillent pour la paix.Il ne faut même pas avoir l\u2019air de le faire.C\u2019est pourtant ce que fait une certaine presse qui ne veut voir, dans la démarche de Trudeau, que motifs personnels ou partisans.Un chef de parti a parfaitement le droit de chercher à redresser la situation de sa formation politique.Un homme politique a parfaitement le droit de chercher à tirer de son action quelqu\u2019avantage personnel, que ce soit un éventuel secrétariat-général de l\u2019ONU, un prix Nobel (comme L.Pearson) ou une belle place dans les manuels d\u2019histoire.L\u2019opinion publique ne s\u2019y tromperait pas: elle plébisciterait volontiers et ad vitam quiconque lui apporterait une paix durable.* * * Qu\u2019un élu veuille donner à son action l\u2019allure d\u2019une mission, voilà qui, en le sortant de la grisaille du gestionnaire dans laquelle se complaisent le plus grand nombre d\u2019entre eux, l\u2019appelle, lui et l\u2019action qu\u2019il entreprend, à l\u2019attention d\u2019opinions publiques tellement sollicitées par tout qu\u2019elles deviennent incapables de fixer leur attention sur rien.Trudeau avait déjà donné à l\u2019une de ses démarches le sens d\u2019une mission: n\u2019oublions pas qu\u2019il avait été l\u2019une des trois colombes parties du Québec pour Ottawa en 1965 (un symbole de paix.Déjà).A sa mission d\u2019aujourd\u2019hui Trudeau a fixé un objectif déclaré: obtenir la convocation d\u2019une réunion \u201cau sommet\u201d et relancer les discussions sur le désarmement (ou, à tout le moins, sur le non-réarmement).Cet objectif sera atteint, ou il ne le sera pas: les observateurs éclairés restent sceptiques et, en tout état de cause, il nous suffira de patienter pour le savoir.Mais à cet objectif déclaré s\u2019en ajoute un autre, en filigrane, qui nous sollicite tous tant que nous sommes, plus directement.Ces questions de paix et de guerre, bien qu\u2019elles nous concernent au plus haut point, sont précisément de celles sur lesquelles les opinions publiques \u2014 et même les hommes politiques \u2014 de la plupart des pays semblent accepter de n\u2019avoir pas prise.Voyez les négociations de Genève: elles n\u2019ont l\u2019air de ne concerner que quelques technocrates travaillant à l\u2019abri des regards! Voyez les réactions à la démarche de Trudeau: on lui dit de toutes parts que ces questions sont le domaine réservé de quelques happy few, à l\u2019exclusion de toutes les autres souverainetés! Or, en engageant sa mission, Trudeau appelle l\u2019opinion publique de tous les pays, l\u2019invite à se saisir du problème, en même temps qu\u2019il tente de briser le monopole de fait de ces happy few.Dans sa mission, il y a donc une pédagogie destinée aux opinions publiques: \u201cSaisissez-vous de l\u2019affaire, leur dit-il en substance, vous le pouvez, vous le de- SOIREES RELATIONS À QUÉBEC En collaboration avec les services de pastorale de l\u2019archidiocèse de Québec, le Centre justice et foi organise une soirée-débat sur le thème: LE CONTENU SPIRITUEL DE LA VISITE DU PAPE AU CANADA Membres du panel: Gérard Laprise, coordonnateur national francophone désigné par la Conférence des évêques du Canada Julien Harvey, de la revue Relations Gisèle Turcot, jusqu\u2019à l\u2019an dernier secrétaire générale de l\u2019Assemblée des évêques du Québec QUAND?Mardi, le 24 janvier 1984 de 1 9h30 à 22h00 OÙ?au 1073 ouest, boul.St-Cyrille A MONTRÉAL CHRÉTIENS DANS LES LUTTES DÉLIBÉRATION Membres du panel: Fabien Leboeuf, de l\u2019organisation canadienne catholique pour le développement et la paix.Nicole Riberdy, directrice générale de l\u2019Entraide missionnaire.Karl Lévêque, de la revue Relations.QUAND?Lundi, le 20 février 1 984 de 1 9h30 à 22H00 OÙ?25, Jarry ouest (métro Jarry) L\u2019ENTRÉE EST LIBRE RELATIONS JANVIER-FÉVRIER 1984 3 vez!\u201d.Dans sa mission, il y a aussi une revendication qu\u2019il adresse aux Grands: \u201cCeci est l\u2019affaire de tous, nous aussi nous avons voix au chapitre\u201d.Cet objectif est au moins aussi important que l\u2019objectif déclaré.Sera-t-il atteint?Cela dépend aussi de nous.De nous tous, c\u2019est-à-dire, pour ce qui nous concerne, de nous du Québec.S\u2019il y a un peuple pacifique sur la terre, s\u2019il y a un peuple qui ne croit pas à l\u2019organisation politique de la violence au service d\u2019une cause, c\u2019est bien le nôtre.S\u2019il y a un peuple qui ne s\u2019intéresse pas aux choses de la paix et de la guerre, c\u2019est bien le nôtre.Cette carence, une Histoire malheureuse peut sans doute l\u2019expliquer.Mais comment la combler?À partir d\u2019Ottawa, comme tente de le faire Trudeau?Pour s\u2019intéresser à ces choses, il faut une accoutumance avec elles et une voix au chapitre, c\u2019est-à-dire un État, et un État membre de la famille des Nations.Bref, il faut être souverain.Or, Trudeau a combattu la volonté de souveraineté des Québécois.Les résultats qu\u2019il a obtenu en 1 980, les arguments dont il s\u2019est servi pour y arriver, ne nuisent sans doute pas, au dehors, à sa mission de paix.Mais au-dedans?Les Québécois auxquels aussi il s\u2019adresse ne seraient-ils pas plus attentifs à son message, si, d\u2019une part, ils étaient quittes avec lui et si, d\u2019autre part, ils pouvaient faire entendre leur voix dans le concert des Nations?20 décembre 1983\tGuy Bouthillier BOLIVIE: UNE DÉMOCRATIE FRAGILE Le recul des dictatures militaires et la montée des forces populaires et démocratiques sont au premier plan de l\u2019actualité en Amérique du Sud: élections en Argentine, manifestations au Chili, négociations en Uruguay.Ailleurs \u2014 en Bolivie, au Pérou, en Équateur \u2014 il y a déjà quelque temps que les militaires ont remis aux civils la gestion de l\u2019appareil gouvernemental (sans forcément leur céder le vrai pouvoir).Cette ouverture démocratique fait suite au déferlement de la pire crise économique et financière qu\u2019aient connue ces pays depuis un demi-siècle.Conjuguée à la crise, la mauvaise gestion des militaires a engendré une situation qui dépasse même les dictatures: la force ne suffit plus.Par contre, en accédant au gouvernement, les courants démocratiques héritent d\u2019un écheveau de contradictions.En voici un exemple.¦ ¦ ¦ ABONNEMENT 1 an (10 nos): 12,50$ à l\u2019étranger:\t20,00$ nom.adresse code postal aussi un cadeau intelligent.en particulier étranger qui désirent garder un oeil sur ce qui ibec! te à l\u2019ordre de Relations.8 100, Saint-Laurent Montréal H2P 2L9 (514) 387-2541 -.pour se pas Ci-joint un chèque ou mandat Au mois d\u2019octobre, on fêtait en Bolivie le premier anniversaire du retour à la démocratie.Mais on découvre aujourd\u2019hui que la normalisation politique a été entreprise dans des conditions économiques catastrophiques.La dette extérieure \u2014 près de 4 milliards $ \u2014 dépassait la capacité de payer du pays; les investissements et la production diminuaient; le manque de devises paralysait l\u2019importation de produits essentiels; l\u2019inflation était galopante.Le gouvernement de l\u2019Union démocratique et populaire (UPD), une coalition de centre-gauche composée du Mouvement nationaliste révolutionnaire de gauche (MNRI), du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) et du Parti communiste bolivien (PCB), faisait face à un double défi.Il fallait, d\u2019une part, consolider le processus démocratique \u2014 bloqué en 1980 lorsque, déjà élue aux urnes, l\u2019UDP avait été écartée du pouvoir par un coup d\u2019État militaire \u2014 et, d\u2019autre part, résoudre la crise économique sans s\u2019aliéner les secteurs populaires.Au départ, le nouveau gouvernement présidé par le Dr Hernan Siles Suazo bénéficiait de très larges appuis dans la population.Cela lui a permis d\u2019adopter une série de mesures d\u2019austérité, qui n\u2019étaient rien d\u2019autre, en fait, que ce que le Fonds monétaire international (FMI) avait déjà recommandé aux régimes antérieurs, mais que ceux-ci avaient été incapables d\u2019appliquer à cause de l\u2019opposition du public.Ce climat de confiance ne devait pas durer.Lorsque Siles Suazo voulut introduire de nouvelles restrictions économiques au début de l\u2019an née 1983, toujours pour se conformer aux conditions imposées par le FMI, il dut essuyer un refus net et ferme des secteurs populaires.N\u2019oublions pas que la Centrale ouvrière bolivienne (COB) est beaucoup plus qu\u2019une centrale syndicale, et qu\u2019elle joue un rôle politique majeur à titre de porte-parole de l\u2019ensemble du mouvement populaire.Mais pourquoi un tel revirement?Non seulement parce que la situation économique s\u2019aggravait, mais surtout parce qu\u2019on estimait que le gouvernement n\u2019avait pas fait grand-chose pour contrer la corruption au sein de la fonction publique et des forces armées, ou pour freiner le trafic de la cocaïne (le principal produit d\u2019exportation du pays, mais qui ne contribue en rien aux finances publiques).Pour assombrir encore le tableau, les récoltes de cette année ont été ravagées par la sé- 4 RELATIONS JANVIER-FÉVRIER 1984 9184 cheresse et les inondations: la disette encourage la spéculation et le marché noir.Entretemps, au niveau du gouvernement, une scission avait éclaté au sein de l\u2019UDP, coalition formée avant tout pour des objectifs électoraux, mais trop fragile pour mener de l\u2019avant un programme commun de gouvernement.En janvier 1980, le MIR quittait le cabinet.Dans les mois qui suivirent, on multiplia les efforts pour refaire l\u2019unité de la coalition gouvernementale; en vain.Il s\u2019était créé un vide de pouvoir que la droite s\u2019empressait de combler.Devant cette crise de leadership les forces populaires (travailleurs, paysans et organisations populaires), regroupées au sein de la COB, décidaient de formuler des solutions alternatives, en revendiquant la cogestion dans le secteur public de l\u2019économie et le contrôle ouvrier dans le secteur privé.Et elles sont passées à l\u2019action.Sous l\u2019impulsion de leur base, les syndicats des mineurs ont pris le contrôle de la Société nationale des mines, la COMIBOL (qui génère 65% des rentrées de devises au pays), et imposé un système de cogestion où les travailleurs sont majoritaires, dans l\u2019espoir de corriger la mauvaise gestion de l\u2019entreprise et les abus d\u2019une bureaucratie trop lourde.Visiblement pris de court, le gouvernement a dû se résigner à accepter le fait accompli et à le légaliser.Au début d\u2019août, le mouvement populaire lançait un mot d'ordre de mobilisation en faveur de \u201cla participation prépondérante des travailleurs au gouvernement par l\u2019entremise de la COB\u2019\u2019.Et, en conséquence, il diffusait un programme de gouvernement et un Plan d\u2019urgence pour affronter la crise, impliquant la restructuration de l\u2019économie, le rejet des mesures du FMI et un moratoire sur la dette extérieure.Le président Siles se trouvait donc pris en serre.Ou bien, fidèle à ses prétentions populaires, il acceptait le Plan d\u2019urgence de la COB, ou bien, cédant aux pressions et aux menaces de coup d\u2019État de la droite, il appliquait la politique du FMI, ce qui équivalait à accepter la tutelle des militaires.Au terme de trois semaines de discussions, pendant lesquelles les militaires firent savoir qu\u2019ils tenaient pour anticonstitutionnelle la proposition de co-gouvernement, Siles écartait le plan de la COB et formait un cabinet plus agréable à la droite en s\u2019appuyant sur l\u2019aile modérée de son propre parti, le MNRI.Mais en même temps, il se déclarait résolu à susciter un large consensus national et il invitait la COB à continuer la discussion sur d\u2019autres formes possibles de collaboration.De cette façon, la crise gouvernementale trouvait une solution momentanée, mais le malaise politique reste entier.Et tant que la question du pouvoir ne sera pas réglée, la marge de manoeuvre du gouvernement face à la crise économique est extrêmement réduite.En cela, la situation de la Bolivie correspond à celle des pays voisins.Si le gouvernement perd l\u2019appui du peuple, en s\u2019orientant davantage vers le remboursement de la dette extérieure que vers la prise en charge des besoins de la population, s\u2019il finit par s\u2019aliéner les forces qui avaient revendiqué le retour à la démocratie et s\u2019il en vient à s\u2019appuyer sur les secteurs qui ont été à l\u2019origine des coups d\u2019État, le régime actuel deviendra de plus en plus fragile.Néanmoins, on aurait tort de sous-estimer la force de la COB et son influence sur la suite du processus démocratique bolivien.Sally Burch (de ALAI) UNE HISTOIRE DE PECHE.FÉDÉRALE-PROVINCIALE : .:\t&i .V -y\"\".\t¦\t'\t, ¦ ' -\t'\t'\t'\t.\t\"\t¦\"\t.\t'\t.\t'\t'\t' V.\t^ .-.Le 11 juillet dernier, dans un geste surprise, le gouvernement fédéral fait part de sa décision unilatérale de rappeler sous son contrôle administratif exclusif l\u2019émission des permis de pêches maritimes au Québec, annulant du même coup une pratique vieille de plus de 60 ans.Sous prétexte de rationaliser et de simplifier les procédures pour l\u2019obtention d\u2019un permis de pêche, Ottawa venait d\u2019enclencher toute une série de procédures qui visent essentiellement à \u201crapatrier\u201d certains droits que le gouvernement central avait cédés à Québec en 1922.\t- Mais par delà cette \u201cchicane\u201d de juridiction déclenchée sciemment par Ottawa, dans ce débat entourant la relance des pêches maritimes au Québec par le règlement de la faillite de Pêcheurs unis du Québec (PUQ) \u2014 le \u201cholding boiteux\u201d \u2014, le contentieux en est un de \u201cphilosophie\u201d politique, administrative et commerciale.\u201cLe poisson ne connaît pas les frontières\u201d, dira le ministre de Pêches et Océans Canada, Pierre de Bané, et la relance des pêches maritimes au Québec est étroitement liée à la rationalisation des pêches de l\u2019Est du Canada.Pour Ottawa, rationaliser signifie créer une su- per-société de gestion et de mise en marché des prises des pêcheurs québécois, à l\u2019intérieur de laquelle il exercera un contrôle largement majoritaire pour une période minimale de cinq ans.Pour Québec, la décision fédérale constitue \u201cun viol, la dépossession du milieu, l\u2019assujettissement des pêches québécoises pour Ottawa, dira le ministre Jean Garon, responsable des pêches au Québec.Dans une perspective autonomiste, il faut davantage créer de petites unités de pêche et de transformation du poisson atteignant les plus hauts standards de qualité, capables d\u2019une production diversifiée avec des hommes responsables dans leur milieu, plutôt qu\u2019une grande structure administrative, style PUQ, qui échappera de toute façon au milieu de production.La course contre la montre.Il faut aller vite, très vite.avant que ne débute la prochaine saison de pêche en avril.D\u2019où une sorte de course contre la montre où chacun vise la meilleure position pour ses pions sur l\u2019échiquier.Rapidement, la nouvelle société fédérale est mise sur pied.On procède déjà à l\u2019embauche des administra- 5 RELATIONS JANVIER-FÉVRIER 1984 teurs séniors.\u201cLes Pêcheries Cartier\u201d seront sans doute en mesure de lancer des appels d\u2019offre au tout début de l\u2019année pour les travaux de modernisation et de normalisation des usines qu\u2019elle entend relancer (dont les deux principales, Rivière-au-Renard, et Newport).Connaissant ses appuis auprès des pêcheurs, Ottawa a su également garder avec grand soin l\u2019appui non négligeable de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), qui représente les travailleurs des usines de Rivière-au-Renard et de Newport, les \u201claissés-pour-compte\u201d du monde de la pêche au Québec.La riposte québécoise.Si Québec manifeste une certaine passivité, du moins officiellement, se bornant à la dénonciation des gestes centralisateurs d\u2019Ottawa, il n\u2019en demeure pas moins que le ministre Garon entend livrer bataille.Il raffermit son pouvoir financier sur Ma-delipêche, récupère par voie législative une bonne partie de ses droits d\u2019émission de permis de pêche.Il établit de façon définitive son pouvoir sur la qualité des produits québécois destinés à la consommation, un droit que ne lui conteste pas le gouvernement central.Ce dernier entend même s\u2019y conformer rigoureusement.Graduellement, Québec établit son réseau d\u2019usines: Madelipêche (îles-de-la-Madeleine), Rivière-au-Ton-nerre (Côte-Nord), et la nouvelle usine qui sera construite à Newport, tout juste à côté de celle du gouvernement fédéral.Et qu\u2019on l\u2019admette ou non à Ottawa, ce réseau provincial affaiblit sensiblement la solidité de l\u2019entreprise fédérale qui hérite en tout cas des situations difficiles (Ri-vière-au-Renard).Les représailles.Tout au long de ce cheminement, et Québec et Ottawa se sont donné des instruments de représailles en cas \u201cd\u2019abus\u201d de la part de l\u2019autre gouvernement, instruments qui pourraient déclencher une vaste \u201cchasse aux sorcières\u201d dans le milieu des pêches maritimes au Québec.Jugeant qu\u2019il est seul à détenir le pouvoir d\u2019émission des permis, Ottawa sera tenté de refuser, sous divers prétextes, le permis à certains propriétaires de navires, suivant la pratique courante de les juger sur la base de leur appartenance politique.De son côté, Québec, en usant de certaines technica-lités, pourrait arraisonner tout navire dont le propriétaire ne sera détenteur que du seul permis fédéral.Le ministre Garon laissait entendre récemment que Québec était prêt à aller plus loin encore: les usines qui ne seront pas conformes aux normes qualitatives édictées par Québec seront fermées le 1 er janvier 1 985! C\u2019est Québec qui a usé le premier de son droit de représailles.Il a enfin ordonné une enquête, dont on parlait déjà depuis fort longtemps, sur les méthodes administratives de PUQ, notamment dans l\u2019affaire de Madelipêche.De quoi faire frémir plusieurs administrateurs de PUQ dont certains ambitionnent d\u2019occuper des postes importants au sein de la nouvelle société des pêches.! Un grand inconnu.Toute cette bataille de juridiction risque fort de se faire au détriment des pêcheurs, des hommes d\u2019équipage et des travailleurs d\u2019usines.Traditionnellement divisés, les travailleurs de la pêche, à différents niveaux, sont l\u2019objet d\u2019une cour assidue; ils sont mis en devoir de choisir.Conscients de leurs divisions et de jeux qu\u2019on veut bien leur faire jouer, ils ont amorcé une longue démarche de \u201ccoordination\u201d d\u2019abord aux îles, puis en Gaspé-sie et sur la Côte-Nord.Si le mouvement n\u2019est pas inquiétant pour l\u2019un et l\u2019autre des gouvernements, du moins pour le moment, il risque de donner naissance à un \u201csommet\u201d sur les pêches au Québec.Un tel sommet pourrait éventuellement obliger les deux gouvernements à un peu plus de retenue, de consultation et de coordination.à moins qu\u2019une ronde électorale ne vienne bouleverser l\u2019échiquier! André Dionne Depuis bientôt cinq ans une grave sécheresse sévit dans le Nord-Est du Brésil et la misère y atteint un niveau sans précédent: il faut remonter à 1932 pour retracer une sécheresse équivalente à celle d\u2019aujourd\u2019hui.Et le \u201cpolygone de la sécheresse\u201d continue de s\u2019agrandir: à l\u2019ouest, vers la région pré-amazonienne (État du Maranhao) et à l\u2019est, en direction de la \u201cZona da Mata\u201d, près du littoral atlantique.En août dernier, le cataclysme touchait 1 1 26 municipalités, s\u2019étendant sur 1 439 000 km2, soit cinq fois la superficie de l\u2019Italie et 87% de l\u2019ensemble de la région.Au total, 24 millions de personnes, c\u2019est-à-dire 70% de la population du Nord-Est, vivent dans une situation précaire.Dix millions d\u2019entre elles ont littéralement tout perdu: maison, plantation, emploi, et n\u2019ont pratiquement rien à se mettre sous la dent.Au cours des dix derniers mois la situation est devenue catastrophique: des milliers de citoyens, poussés par la faim, ont fait irruption dans les supermarchés et pillé les entrepôts de produits d\u2019alimentation; 25% des enfants de moins de deux ans meurent de faim; de plus en plus de gens en sont réduits à se nourrir de rats et de lézards.Selon un psychanalyste brésilien, presque tous les enfants nés dans cette région souffrent d\u2019une \u201cpsychose de la faim\u201d; les résultats d\u2019une étude récente réalisée par l\u2019UNICEF indiquent que 60% des enfants du Nord-Est souffrent de \u201csous-nutrition chronique\u201d et, par voie de conséquence, d\u2019un nanisme irréversible.S\u2019il ne pleut pas sous peu, il n\u2019y aura plus assez d\u2019eau pour subvenir aux besoins des capitales des neuf États du Nord-Est brésilien.Cette interminable sécheresse ruine l\u2019économie de la région, qui repose en grande partie sur le secteur agricole.Les récoltes ont chuté de moitié par rapport aux 9,5 millions de tonnes de mil, de haricots (fèves), de riz et de manioc, au 1,4 million de tonnes de coton, aux 33 6 RELATIONS JANVIER-FÉVRIER 1984 millions d\u2019ananas et aux 6 300 caisses de bananes récoltés annuellement en temps normal.Malheureusement, une étude de la courbe pluviométrique de la région depuis 1850, réalisée par le Département de recherche et de développement du ministère de l\u2019Aviation, prévoit que la sécheresse se prolongera jusqu\u2019en 1 985.Ce document élaboré en 1978 avait été tenu secret par le ministère; il vient d\u2019être rendu public par des scientifiques et des journalistes de la région.Intitulé \u201cPronostic météorologique à long terme\u201d, il avait été remis aux gouverneurs des États de la région; ceux-ci, apparemment, n\u2019y avaient pas prêté attention.Pourtant, s\u2019il faut en croire les auteurs du rapport, la situation exigeait une intervention urgente des autorités gouvernementales: \u201c.tous les calculs mathématiques tendent à confirmer l\u2019analyse subjective qui prévoit une période de faible précipitation entre les années 1979 et 1985, avec une forte possibilité de sécheresse\u201d.Pour remédier à la situation, le gouvernement a mis sur pied divers \u201cProgrammes d\u2019urgence\u201d.On a ainsi embauché 1,5 million de travailleurs qui gagnent tout au plus la moitié du salaire minimum régional, soit 1 5 300 cruzeiros par mois, ou 16$ Can.au taux du marché noir (voir l\u2019encadré).Pour combattre la sécheresse, le gouvernement a mobilisé toutes les ressources disponibles pour construire des barrages et des systèmes d\u2019irrigation qui sont utilisés par les grands propriétaires (les \u201cfazendeiros\u201d) au détriment des petits paysans, forcés de quitter leurs terres pour aller grossir les favellas des grandes capitales du Sud.De fait, la terre est de plus en plus concentrée entre les mains de quelques grands propriétaires qui profitent de ce que l\u2019on peut appeler \u201cl\u2019industrie de la sécheresse\u201d.Les gens ordinaires attribuent au manque de précipitations la tragédie actuelle du Nord-Est brésilien.La sécheresse est un phénomène naturel, sans doute.Mais il faut ajouter que la région a toujours été reléguée au second plan par les autorités politiques du pays.Selon les experts du projet Radam-Brésil, le Nord-Est est cultivable et économiquement viable.Les études réalisées sur une superficie équivalente à 67% du \u201cpolygone de la sécheresse\u201d indiquent que la région dispose de réserves en eau atteignant 200 trillions de mètres cubes d\u2019eau par année (74 à la superficie et 1 28 dans le sous-sol).Or, à l\u2019heure actuelle, on en utilise à peine 21 trillions de m3, soit 10%.Il faut, à court terme, creuser des puits artésiens et canaliser les eaux de surface.Pour l\u2019instant, c\u2019est la responsabilité de l\u2019État brésilien et celle des agences gouvernementales et non gouvernementales d\u2019aide au développement des pays riches de l\u2019Occident, qui doivent répondre aux priorités des pays dits \u201cen voie de développement\u201d.L\u2019Agence canadienne de développement international (ACDI) sera appelée sous peu par l\u2019intermédiaire de l\u2019Organisation catholique canadienne pour le développement et la paix à collaborer à une campagne organisée par CARITAS du Brésil qui cherche quelque 4 000 000 $ Can.pour venir en aide aux populations touchées par la sécheresse.Il faudra aussi à moyen terme, et c\u2019est là la responsabilité exclusive du gouvernement brésilien, réaliser une véritable réforme agraire, faute de quoi tous les efforts concertés n\u2019auront servi qu\u2019aux chacals de \u201cl\u2019industrie de la sécheresse\u201d.Paul Laporte I Ff.l KFÇ FT I F
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