Relations, 1 mai 1991, Mai
[" WPS NOUVEL ORDRE INTERNATIONAL 378000 osas ma: 3&5r3 «R Mtem mm mm mm s»» m>: SBSSSSsBœ mm mm nlm&feMK ssasrf 977003437800005 ^\u2014\u2014\u201d\t' l\u2019UQAM »' one dlt Centrante, lest ki^iq aDDrenions, ent\u201e\u201eri^OQ 80 étaient des\touébec e^ La « C\u2019est vrai, G'se.e\u2019 'J tait cette parque, ^ visage de Mow* * deS dernière j°ies tendances sociales qui von\tqu\u2019une j°r*e ^plo\\s à temps SSi^Ss T&xss&st* « \u201c partiel et Prfc^'r® ô+atistiques.\t, , urs données, l\u2019Ontario, selon les stat,\t)a staUstique rf^n^e^visoire.Le concertation pour faire\t,(s se son\u2019 voix devenues .\t_r_ioQ riu canada ont P^e^ede Terre-Neuve ncertation pour taire\tUs se sont \\x devenues ¦\tranada ont pris 'e re T rp_Neuve Récemment Jes évêques ^gtj^ndie.Luss^en des P^^gctLe miS V'6oorle'^^1 ».\temploi,.^K^su^ssurte^ codifie «a nature^nesj^^^n Cr, Canada, à même ,ôlarise à sontour la s°c'^eur\u2019seCàta compétitivité ?qui tractionne et P\tson tour dans la\t,nnnsent devaient de 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Abonnement de soutien : 50$ Numéro d\u2019enregistrement pour fin de TPS : R119003952 Les articles de Relations sont répertoriés dans Points de repères et dans le Canadian Periodical Index, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s\u2019adressant à University Microfilm, Ann Arbor Michigan 48106, USA.Courrier de la deuxième classe.Enregistrement no 0143.98 relations mai 1991 face à 'actualité Comment décider notre avenir ?La sexualité en procès Guerre et médias : qui profite de qui ?Le budget fédéral des consommateurs DIFFICILE DÉMOCRATIE rapport Bélanger-Campeau, rapport Allaire, rapport Spicer, référendum, sondages.Où se brancher ?Nos gouvernements semblent avoir peine à prendre des décisions au sein d\u2019une société qui se veut et qui demeure, à mon avis, profondément démocratique malgré tout.Mais l\u2019exercice du pouvoir politique, au sein de sociétés aussi complexes que les nôtres, représente un défi de taille où la transparence ne règne pas.La démocratie directe n\u2019existe plus depuis longtemps, étant remplacée par la démocratie représentative.Nous élisons des femmes et des hommes qui prennent les décisions de l\u2019État à notre place.Ils peuvent prendre ces décisions sans plus, en suivant plus ou moins leurs promesses et leur programme.Mais étant donné la complexité des dossiers et des courants de pensée et l\u2019ampleur des enjeux, ils sentent cependant le besoin de prendre le pouls de l\u2019opinion publique ou encore de consulter formellement la population.En réalité, ces deux fonctions de sondage et de consultation sont assez différentes, même si certains acteurs cherchent à confondre les deux.Avant de prendre une décision importante, un politicien surveille ses arrières.Il prend avis de ses proches, des membres du parti, des électeurs du comté, il lit les journaux (si on savait l\u2019impact dévastateur de certains éditoriaux ou articles de journaux), observe ce qui « passe » dans les médias.Un ministre « consultera » aussi sa base, c\u2019est-à-dire la clientèle qu\u2019il dessert.Dans tout cela, rien que de très normal.Plus inquiétante est la mode des sondages.Un sondage n\u2019est pas d\u2019abord l\u2019expression de l\u2019opinion publique, mais le portrait du sentiment public à un moment donné.Le sondage exprime davantage le niveau d\u2019information reçue que l\u2019opinion réelle, car à mon avis l\u2019opinion se construit principalement à travers un débat et une controverse.Dans la main du politicien, le sondage devient vite un instrument de marketing.Il aligne sa décision sur le sondage et alors il redouble l\u2019argument (« les sondages nous révèlent que les gens veulent ceci »), ou encore il se sert du sondage pour bien vendre sa marchandise.Le sondage devient simplement un moyen stratégique.Plus intéressantes sont les formules de participation active, au moyen de commissions (parlementaire, d\u2019audiences, d\u2019enquête), de groupes de travail accessibles au public, de consultations formelles.Quand ce travail est bien mene, on est devant une consultation véritable : un débat qui permet l\u2019émergence de toute l\u2019information disponible, et une controverse qui permet l\u2019émergence des valeurs et des motivations profondes, et donc des enjeux.Il y a bien sûr des conditions éthiques nombreuses et impérieuses pour que l\u2019exercice ait du sens : accès à toute l\u2019information, processus clair, rigoureux et transparent, délais raisonnables, compétence, crédibilité et neutralité des enquêteurs (c\u2019est ce qui rend souvent les commissions parlementaires si vides de sens, les membres préférant la joute politique à l\u2019étude relations mai 1991 99 du dossier et à la recherche des faits), rapport public officiel, engagement de l\u2019autorité à respecter le processus établi, etc.Naturellement, ces formules de participation intensive ne rejoignent qu\u2019une infime partie de la population.Mais la minorité qui s\u2019y intéresse est en général plus informée et plus motivée sur les questions étudiées que l\u2019ensemble de la population et joue un rôle de leader d\u2019opinion.Dans cette foulée et à un niveau beaucoup plus large, j\u2019estime que la formule référendaire est très intéressante, puisqu\u2019elle cerne un enjeu clair et qu\u2019elle prévoit une longue période d\u2019information et de débat avant le vote par tous.Le référendum s\u2019apparente à la démocratie directe.Sauf qu\u2019au référendum de 1980, le fédéral a triché tant qu\u2019il a pu avec les règles du jeu.L\u2019exercice de la démocratie exige, pour de multiples raisons, une exploration large de processus complémentaires aux simples élections.La tendance innée de tous nos gouvernants est de s\u2019en tenir à des sondages pour flatter le peuple'.La militance des citoyens et des groupes devrait valoriser les processus réels de participation et dénoncer les entreprises de maquillage.La démocratie n\u2019est jamais acquise.Il faut s'en rendre digne.D\u2019où un devoir constant de vigilance.¦ André Beauchamp 1.La tendance à « gouverner par sondages » semble beaucoup plus accentuée en Amérique du Nord qu'en Europe.Encore qu\u2019il faille distinguer les sondages publics des sondages privés (la majorité), qui sont beaucoup plus importants et plus insidieux.LES ABUS SEXUELS DU CLERGÉ qu\u2019il soit commis par un père, un psychologue, un médecin, un professeur, un mari ou un religieux, tout abus sexuel est inacceptable.Inacceptable, parce que dans l\u2019immense majorité des cas, les victimes seront marquées à jamais : leur sens de l\u2019intégrité personnelle, leur estime de soi et leur confiance dans les autres resteront terriblement diminués ; leur agressivité et leur colère, contre les autres mais aussi contre elles-mêmes, s\u2019amplifieront, menant, trop souvent, à des comportements auto-destructeurs.Et si les victimes d\u2019abus sexuels sont encore des enfants, les conséquences peuvent être encore plus catastrophiques, puisque c\u2019est tout leur développement, physique, psychologique et social, qui s\u2019en trouve directement affecté.On ne le répétera donc jamais assez : les victimes d\u2019abus sexuels, et tout particulièrement les jeunes victimes, méritent compréhension, compassion et, dans la mesure du possible, elles ont également droit à ce que justice soit faite.Ceci étant affirmé, il importe, devant la nouvelle vague d\u2019accusations d\u2019abus sexuels portées contre des religieux (ou d\u2019exreligieux), de comprendre en quoi les abus commis par des membres du clergé ressemblent ET en quoi ils diffèrent des autres abus sexuels1.Il s\u2019agit là, à mon avis, d\u2019une étape essentielle pour être en mesure d\u2019apporter aux victimes d\u2019abord, mais aussi aux coupables, le support dont tous ont besoin.Qu\u2019ils soient religieux ou non, le profil des abuseurs d\u2019enfants reste sensiblement le même.Dans plus de 80 % des cas rapportés, les enfants connaissent les abuseurs et ceux-ci exercent souvent une autorité légitime sur leurs victimes.On sait aussi maintenant que les abus sexuels sont beaucoup plus fréquents dans les milieux fonctionnant en vase clos, où la communication est difficile et où règne la loi du silence.Les études ont également montré qu\u2019en amenant, par la force ou la persuasion, des enfants dont ils sont responsables à satisfaire leur appétit sexuel, les personnes qui commettent de tels abus révèlent tout autant leur manque de maturité émotionnelle que leur besoin d\u2019exercer leur domination sur autrui.De fait, les abus sexuels sont toujours des abus de pouvoir.Selon toutes les données disponibles, les abuseurs peuvent être homosexuels ou hétérosexuels, mariés ou célibataires, pères de famille ou sans enfant.Si l\u2019on veut s\u2019interroger sur le statut matrimonial des abuseurs, il faudra donc remettre en question non seulement le célibat du clergé mais aussi le mariage et la paternité tels que nous les connaissons.Toutefois, si les abus commis par des membres du clergé ressemblent à bien des égards à ceux commis par d\u2019autres catégories d\u2019abuseurs, ils ne s\u2019en distinguent pas moins par le caractère spécifique de l\u2019institution religieuse qu\u2019est l\u2019Eglise catholique et, en particulier, par le rôle qu\u2019elle confère à son clergé.L\u2019Église est une institution qui se proclame d\u2019origine spirituelle et qui se propose de donner un sens à toute la vie humaine.Dans nos sociétés, c\u2019est aussi l\u2019institution qui prône le plus vigoureusement de très hautes exigences en matière de morale sexuelle, celle qui condamne la contraception, les relations pré-nuptiales, etc.Dans ces conditions, on comprend aisément que les fidèles, comme l\u2019ensemble de la société, se montrent particulièrement exigeants vis-à-vis les représentants de l\u2019Église, imitant ainsi, d\u2019une certaine façon, la « sévérité » de l\u2019institution en matière de sexualité.Par ailleurs, l\u2019Église est aussi l\u2019une des rares institutions dont le pouvoir formel repose encore exclusivement sur des hommes, des hommes de qui elle exige notamment célibat et chasteté.Se pose alors la question de la formation psychosociale et sexuelle de ces hommes et celle de leurs conditions de vie, trop souvent caractérisées, encore aujourd\u2019hui, par l\u2019isolement et le secret.Or, on peut penser que la structure d\u2019autorité de l\u2019Église, de par son caractère spécifique et son fonctionnement, exprime, avec acuité, plusieurs des contradictions de la condition masculine2 : méfiance vis-à-vis des femmes et vis-à-vis de l\u2019expression des sentiments, difficulté de partager le pouvoir et d\u2019exprimer ses faiblesses, coupure avec une grande part de l\u2019affectivité, etc.Aussi, ne faut-il pas se surprendre que des 1.\tCe texte s\u2019inspire directement des réflexions de Camille Messier, attachée à la direction de la Protection de la jeunesse du ministère de la Justice du Québec, de Pierre Pelletier, psychanalyste et de Jean-Paul Rouleau, professeur de sociologie de la religion à l\u2019Université Laval, présentées à une journée de travail organisée l'an dernier par le Centre justice et foi.2.\tVoir « Sexualité et pouvoir dans l\u2019Église », par Éric Fuchs, in Concilium, no 217, 1988, p.37-43.100 relations mai 1991 membres du clergé, comme trop d\u2019autres hommes enfermés dans leurs contradictions, expriment leurs frustrations à travers la violence sexuelle, quand ce n\u2019est pas l'alcoolisme ou la dépression.Cependant, prisonniers de leur statut particulier3, les membres du clergé, plus encore peut-être que d\u2019autres hommes, auront du mal à reconnaître leur faiblesse et à demander l\u2019aide dont ils auraient besoin.L\u2019Église ne confère pas seulement un statut d\u2019autorité aux membres du clergé, elle leur donne également celui de ministres du Christ.Symboles et interprètes du sacré, dans un monde où celui-ci n\u2019est pas aussi disparu qu\u2019on le prétend parfois, les membres du clergé ont donc des responsabilités particulières.Pour plusieurs croyants et croyantes, quand un prêtre faillit à ses devoirs, il entache bien plus que sa réputation personnelle : il souille également la figure du sacré.Faute extrêmement difficile à pardonner.3.\tLa difficulté, pour les prêtres, de quitter l\u2019état sacerdotal et les problèmes importants que pose encore leur réinsertion sociale ajoutent à la pression qui s\u2019exerce sur eux.4.\tPeut-être faudrait-il également se demander si l\u2019avenue juridique, empruntée autant d\u2019années plus tard et cherchant des compensations financières, est la voie qui mène le mieux à la justice.LES MÉDIAS ET LA X a la mi-janvier, les médias ont déversé un torrent d\u2019informations concernant la guerre du Golfe arabo-persique.Bulletins spéciaux, émissions d\u2019affaires publiques portant sur la guerre, nouvelles sections dans la presse écrite, interviews de spécialistes et d\u2019anciens généraux recyclés en commentateurs : rien n\u2019a été négligé pour étancher la soif du public.Plusieurs personnes restaient rivées à l\u2019écran de peur de manquer l\u2019envoi du dernier missile SCUD.Dans les médias québécois, on trouvait plus d\u2019analyses et de commentaires que d\u2019images, contrairement à ce que présentaient les médias américains, surtout le controversé CNN (qui est néanmoins en train d\u2019instaurer un nouvel ordre télévisuel).Mais le déluge de « nouvelles » a été de courte durée.L\u2019intérêt et la sensibilité des médias et du public se sont émoussés progressivement.Si les cotes d\u2019écoute et les tirages des journaux ont considérablement augmenté durant les premières semaines (les crises sont payantes pour les médias), ils sont bien vite redescendus.L'information provenait majoritairement d\u2019agences étrangères, surtout américaines, ce qui n\u2019est pas étonnant, étant donné toutes les coupures qu\u2019ont subies nos médias.Autant le public que les journalistes se sont sentis piégés : l\u2019information avait revêtu, pour cette guerre, l\u2019uniforme de la propagande et de la censure.Rarement le Pentagone aura imposé autant de contraintes aux journalistes couvrant une guerre.D\u2019une censure quasi absente (Vietnam) à une censure totale (Grenade et Panama), le balancier ne s\u2019est pas encore stabilisé.Lors de la guerre du Golfe, la censure (le Pentagone préférait employer le terme « contrôle de l'information ») s\u2019est exercée de deux façons : le système de pool permettait de sélectionner les journalistes, en bannissant les reporters hostiles ou critiques ; et l\u2019accès aux lieux de combat était limité ou interdit.Le principe est simple : pas d\u2019images, pas de protestations ni Pour toutes ces raisons, qui tiennent au caractère spécifique de l\u2019institution, quand des abus sexuels sont commis par des membres du clergé, c\u2019est sur toute l\u2019Église que la société semble faire porter la responsabilité^ Et c\u2019est à l\u2019Église qu\u2019on demande de rendre des comptes.L\u2019Église doit accepter de le faire, avec humilité et honnêteté, dans l\u2019intérêt tant des victimes, des fidèles, du clergé que des abuseurs.Le travail a déjà commencé dans certains diocèses et la Conférence des évêques catholiques du Canada a mis sur pied un comité spécial sur cette question.Par-delà la sauvegarde de la façade institutionnelle (réflexe habituel de toute institution), l\u2019heure n\u2019est plus à l\u2019hypocrisie, au camouflage de la vérité.Oui, il faut entendre la souffrance des enfants abusés qui, devenus adultes, exigent maintenant justice4.Comme il faut entendre celle des enfants d\u2019aujourd\u2019hui qui se cachent derrière les 1171 cas d\u2019abus sexuels contre des enfants vérifiés par la Direction de la protection de la jeunesse en 1989-1990.Et comme il faudrait entendre celle de tous ces enfants actuellement victimes d\u2019abus sexuels et que personne ne connaît encore.¦ Francine Tardif GUERRE DU GOLFE d\u2019opposition.Le système de pool a été dénoncé avec vigueur : il confinait les journalistes au rôle de sténodactylos du Pentagone, diffusant une vision standardisée du conflit.Le fait de faire confiance à la parole du gouvernement sans avoir la possibilité de la vérifier et sans pouvoir rapporter les événements dans ses propres mots est tout à fait étranger à la nature du journalisme.N\u2019ayant pas d\u2019informations substantielles à se mettre sous la dent, les journalistes en étaient rendus à s\u2019interviewer les uns les autres.Plusieurs ont couvert le conflit comme un match sportif.Même le très professionnel Bernard Derome s\u2019est égaré en lançant, un soir, avec enthousiasme : « Ça c\u2019est de la guerre ! » Dans la plupart des médias, l\u2019accent a été mis sur le côté technique de la guerre et l\u2019« esthétisme » des bombardements, au détriment des aspects politiques et humains.La complexité du conflit au Moyen-Orient a été souvent réduite à une confrontation entre les personnalités de George Bush et de Saddam Hussein, ce dernier étant présenté comme un être déviant, diabolique même.Au lieu de questionner les motivations du gouvernement américain, les journalistes se sont presque tous centrés sur la barbarie de Hussein.Certes, nous avons assisté à d\u2019innombrables débats et analyses autocritiques - un phénomène sans précédent - mais qui oserait affirmer que cet effort de lucidité a entraîné de réels changements d\u2019attitudes par la suite ?Les médias américains, qui ne faisaient que répéter les informations « pré-sélectionnées » de l\u2019armée américaine, auraient dû abandonner leurs prétentions à l\u2019objectivité.Surtout certains journalistes américains qui employaient le « nous » pour désigner l\u2019armée, confondant ainsi l\u2019Etat, un gouvernement et le média.Au Québec, certains journaux, comme La Presse, ont fini par admettre que bien des reportages étaient soumis à la censure.relations mai 1991\t101 Si le fait de rapporter une seule version des faits (celle de l\u2019armée) est déplorable, on peut se demander si les journalistes doivent absolument aspirer à la stricte objectivité lors de conflits majeurs ?Ni l\u2019objectivité mythique, ni le désir aberrant d\u2019être toujours aux avant-postes d\u2019un monde-spectacle ne sont les seuls rôles possibles de journalistes lucides et professionnels.Sachant l\u2019importance de leur travail dans la société, ces derniers n\u2019ont-ils pas une responsabilité éthique à honorer ?Plutôt que d\u2019accepter le rôle de simples haut-parleurs du Pentagone ou de Saddam Hussein, certains médias auraient pu favoriser une solution pacifique du conflit.C\u2019est d\u2019ailleurs ce qu\u2019ont fait, entre autres, les hebdomadaires américains National Catholic Reporterez The Guardian, et l\u2019hebdomadaire québécois 7jours.L\u2019historien Marc Ferro a dit qu\u2019en temps de guerre notam- QUI PROFITERA DU dans le budget du ministre Wilson, il n\u2019y a à peu près rien pour aider ni les entreprises, ni les personnes et familles en difficultés pendant la période de récession que nous traversons et qui entraîne partout des taux de chômage énormes.Le ministre préfère croire que la récession se terminera bientôt et que la baisse des taux d\u2019intérêt relancera l\u2019économie.Il vise également, pour les prochaines années, une inflation presque nulle en annonçant l\u2019intention gouvernementale de limiter à 3 % les augmentations salariales de ses fonctionnaires, invitant d\u2019ailleurs les autres employeurs, publics et privés, à faire de même.Pendant ce temps-là, on coupe, pour 1991 -1992,100 millions de dollars dans le programme de planification de l\u2019emploi ; on coupe dans le programme de logement social (comme l\u2019an dernier d\u2019ailleurs, il y aura cette année 15% de moins pour les constructions nouvelles) ; on augmente d\u2019environ 22 % les primes d\u2019assurance-chômage ; et on augmente considérablement les taxes sur les cigarettes (0,03$ chaque cigarette I), sans se soucier de l\u2019impact beaucoup plus considérable de cette taxe sur les consommateurs à faible revenu.Pendant ce temps-là, le ministre ne nous dit pas que la TPS a haussé les prix de 2,6 %, en janvier 1991 seulement ; que l\u2019« harmonisation » souhaitée et partiellement réalisée de la taxe de vente provinciale du Québec a elle aussi eu un impact inflationniste de 1,2 % en janvier ; et que les incessantes augmentations de taxes à la consommation, imposées par le gouvernement conservateur depuis son arrivée au pouvoir (l\u2019ancienne taxe de vente fédérale, remplacée par la TPS, a doublé entre 1984 et 1990 I), ont alimenté énormément l\u2019inflation.Or, pendant ce temps-là, la répartition du fardeau fiscal des particuliers a évolué d\u2019une façon à la fois inégale et inéquitable : celui des plus pauvres s\u2019est alourdi beaucoup plus que celui des classes moyennes, tandis que celui des plus riches était allégé ! Le Conseil national du bien-être social a estimé que les impôts fédéraux et provinciaux sur le revenu, pour un couple marié avec deux enfants et deux salaires, auraient, en 1991, connu l\u2019évolution suivante depuis 19841 : pour des revenus familiaux de 24,000$, une augmentation d\u2019impôts, en dollars constants de 1989, de 60,2 % ; pour des revenus de 40,000$, une augmentation de seulement 17,4 % ; et pour des revenus de 122,000$, une diminution du fardeau fiscal de 6,4 % ! 102\trelations ment, le journaliste doit exercer ses devoirs de citoyen.Sydney Schanberg, célèbre journaliste américain, affirme, quant à lui, que le rôle de la presse est d\u2019être témoin de la guerre pour nous forcer à voir à quel point celle-ci est terrible et nous inciter à réfléchir sur ses conséquences.Mais en raison de la censure, la presse ne peut souvent pas jouer ce rôle.Il est donc grand temps que les responsables des entreprises de presse se penchent sérieusement sur ces questions.Et qu\u2019ils se demandent s\u2019ils favorisent notre rôle d\u2019acteurs responsables ou s\u2019ils nous entraînent à n\u2019être que de simples spectateurs de ces grands shows avec effets spéciaux que sont actuellement devenus les guerres et les conflits.¦ Marie-France Cyr BUDGET WILSON ?Et le gouvernement conservateur voudrait maintenant que les consommateurs qui ont le plus souffert de ses politiques se montrent raisonnables, qu\u2019ils taisent leurs revendications, afin de réduire les risques d\u2019inflation et d\u2019aider à assainir l\u2019économie ! Il nous semble au contraire que la population à faible revenu, de même que les consommateurs à revenus modestes ou moyens, ont tout à fait le droit de se battre pour conserver leur pouvoir d\u2019achat.C\u2019est plutôt au gouvernement de modifier sa politique : il serait urgent d\u2019adopter, au Canada, une politique de lutte contre la pauvreté et de favoriser le renforcement de la classe moyenne, à la fois au niveau de son poids numérique et de son poids économique dans la société canadienne.C\u2019est la classe fortunée qui doit partager davantage sa richesse, elle qui a vu sa part du revenu annuel canadien augmenter de 5 % pendant la décennie de 1980, essentiellement aux dépens de la classe moyenne (Statistique Canada, février 1991).Améliorer le pouvoir d\u2019achat des consommateurs les moins bien nantis aurait aussi l\u2019avantage de relancer l\u2019économie des quartiers populaires et des régions qui sont présentement en déclin, en partie à cause des politiques fiscales.Mais pour y arriver, il faut par-dessus tout, et de toute urgence, comme le réclame le Conseil économique du Canada, développer d\u2019autres moyens de lutte contre l\u2019inflation, qui feraient appel à la concertation des principaux partenaires économiques et sociaux et qui miseraient avant tout sur une véritable politique de plein emploi.Pour l\u2019instant, le budget Wilson risque de ne faire qu\u2019aggraver encore la « cassure » de plus en plus évidente dans notre société.¦ Roger Beaudoin Comité fiscalité de la Fédération nationale des Associations de consommateurs du Québec 1.Les dépenses sociales et le prochain budget, avril 1989.Les chiffres peuvent varier pour le Québec, à cause de son régime fiscal différent ; mais ils indiquent clairement la tendance actuelle de la fiscalité fédérale.mai 1991 DOSSIER le nouvel ordre international OU SE DEMANDE CE QU'ONT FAIT CERTAINS PAUVRES SUD5 POUR MÉRITER DE TELS NORDS relations mai 1991 103 Quino, II était une fois Mafalda, p.6 (avec la permission de l\u2019éditeur) QUEL ORDRE INTERNATIONAL VOULONS-NOUS ?par François Morissette Chacun a pu le constater, les événements survenus à l\u2019Est et la guerre du Golfe ont entraîné une inflation de discours sur l\u2019ordre international.Comme sortis de notre torpeur, nous semblons découvrir que le monde se réorganise à une vitesse effrayante sous nos yeux.Mais nous n\u2019avons pas vraiment conscience de n\u2019assister en fait qu\u2019aux dernières étapes d\u2019une stratégie beaucoup plus globale.Tant que les pays du Sud réclamaient, dans les années 70, un Nouvel ordre économique international (NOEI), ils n\u2019arrivaient pas à imposer leur ordre du jour ; le Nord faisait la sourde oreille et préparait ses propres plans.Depuis peu, c\u2019est le Nord qui parle d\u2019un Nouvel ordre international (NOI) et cette fois-ci, l\u2019ordre du jour s\u2019impose à tous ! Il apparaît clairement aujourd\u2019hui que nous sommes à la fin d\u2019une époque : nous avons passé, durant ces années 89 à 91, de la tension entre deux grandes forces historiques (les deux Blocs) à la domination d\u2019un seul empire, avec des conséquences considérables, dont la guerre du Golfe n\u2019est que le commencement.Cette domination mondiale américaine est la figure actuelle de la crise du capitalisme, du déclin du profit et de la nouvelle vague néo-libérale.Ce serait une grave myopie que d\u2019imaginer qu\u2019il n\u2019y a pas de liens entre cette stratégie néo-libérale et l\u2019établissement graduel de la « société duale ».Il n\u2019y a qu\u2019à ouvrir les yeux autour de soi, lire les journaux, regarder la télévision, être présent à ce qui se passe dans nos villes et nos campagnes.Ce nouvel ordre international commence à avoir des effets réels sur notre vie quotidienne.Deux exemples, dans deux domaines différents, parmi mille autres.Des restructurations d\u2019entreprises s\u2019opèrent.Ne crée-t-on pas un 104 système tout entier au service d\u2019une minorité ?On fait souvent peu de cas des travailleurs.Sont-ils réellement pris en compte dans les perspectives de restructuration ?Dans ce dossier, nous voulons prendre le contre- pied de la logique domi- nante et donner la parole aux gens du Sud pour ten- ter une interprétation des changements du point de vue du Sud.De plus, à la faveur de la crise du Golfe, un nouveau discours est en train de se répandre dans les médias, discours qui accréditerait l\u2019idée qu\u2019on ne peut pas faire confiance à certains peuples.En procédant ainsi, de manière insidieuse, ne renforce-t-on pas un racisme latent et ne cherche-t-on pas à compromettre les efforts pour favoriser l\u2019intégration de quelques groupes dans notre société ?Quand, dans ce dossier, nous évoquons le nouvel ordre international, c\u2019est bien de gestion de problèmes concrets dont il est question, même s\u2019il nous faut analyser les pratiques et les discours de certains organismes internationaux.Les aménagements internationaux désirés par les grandes puissances de la planète se sont concrétisés grâce à la reprise des négociations de l\u2019Uruguay round du GATT, à la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) et au nouveau rôle du Conseil de relations mai 1991 sécurité de l\u2019ONU.Malheureusement ces aménagements ne laissent aucune place aux pays du Sud qui sont toujours traités comme des « perdants ».Dans ce dossier, nous voulons prendre le contre-pied de la logique dominante et donner la parole aux gens du Sud pour tenter une interprétation des changements du point de vue du Sud.De nombreuses questions surgissent au Sud, lorsqu\u2019on parle d\u2019un nouvel ordre international : quel est l\u2019avenir des pays du Sud dans la dynamique de l\u2019« après guerre froide » ?La peur d\u2019un déclassement collectif est-elle fondée ?Les transformations mondiales seront-elles défavorables au Sud ?Il semble bien que l\u2019Est soit devenu lui aussi un nouveau Sud.Favorisera-t-on plutôt l\u2019aide aux pays de l\u2019Est ?Nos gouvernements sont tellement préoccupés de trouver leur propre place, de conserver leur influence, qu\u2019ils en viennent à se demander : « Aider le Sud, est-ce vraiment s\u2019aider soi-même » ?Dans un tel contexte, que peut faire le Sud ?Il est certain que quelques pays du Sud auront plus de facilité que d\u2019autres à s\u2019intégrer à des regroupements économiques.Que deviendront les autres ?Nous donnons ici la parole à des représentants du Sud : un militant arabe, un écrivain latino-américain et un sociologue indien.Peut-être serons-nous quelque peu surpris par les propos, leur teneur et leur logique ?Mais aucune solidarité réelle ne peut se bâtir sans un partage des impressions, des analyses et des stratégies qu\u2019on voudrait mettre en oeuvre.Chercher à mieux comprendre les enjeux des nouvelles formes de la domination exercée par les riches sur les pauvres, c\u2019est déjà s\u2019engager sur un chemin de lutte pour la justice, où il y va de la vie et du bonheur de peuples entiers.¦ Une voix d\u2019Amérique latine COMME UN ENFANT PERDU.par Eduardo Galeano1 depuis la déconfiture du communisme en Europe de l\u2019Est, il semble qu\u2019il n\u2019y ait plus de place pour les révolutions, sauf dans les vitrines du musée archéologique, ni pour la gauche repentie, qui consent maintenant à siéger à la droite des banquiers.Nous serions invités à l\u2019enterrement universel du socialisme.Le cortège est constitué, dit-on, de l\u2019humanité entière.J\u2019avoue que je n\u2019en crois rien.Ces funérailles se trompent de mort.Les élections au Nicaragua nous ont donné un dur coup.Comme un coup de la haine de Dieu, pour employer les mots du poète.Quand j\u2019ai appris le résultat, je me suis retrouvé - et me retrouve encore - comme un enfant perdu dans la tourmente.Un enfant perdu, oui, mais pas tout seul.Dans le monde entier, nous sommes nombreux à vivre cette expérience.La perestroïka et la passion de liberté qu\u2019elle a suscitée ont fait sauter les coutures d\u2019une camisole de force étouffante.Tout éclate.Les changements se multiplient à un rythme vertigineux, fondés sur la certitude que la justice sociale n\u2019a pas à être ennemie ni de la liberté ni de l\u2019efficacité.C\u2019était une urgence, une nécessité collective : les gens en avaient soupé d\u2019une bureaucratie aussi puissante qu\u2019inutile qui, au nom de Marx, leur 1.Ce témoignage reprend le texte, presque intégral, qui a d\u2019abord paru en mars 1990, peu de temps après la défaite électorale du gouvernement sandiniste au Nicaragua.Publié en espagnol tant en Europe qu\u2019en Amérique latine, le texte a aussi été repris en plusieurs langues.Eduardo Galeano, Uruguayen, est écrivain, journaliste et militant.Il a publié, aux Ed.Plon, Les veines ouvertes de l\u2019Amérique latine (un classique), de même qu\u2019une histoire de l\u2019Amérique en trois volumes, sous le titre général Mémoire de feu.défendait de dire ce qu\u2019ils pensaient et de vivre ce qu\u2019ils ressentaient.Socialisme et communisme n\u2019étaient-ils qu\u2019une escroquerie historique ?Dans À Bucarest, une grue enlève la statue de Lénine.Serait-ce l\u2019enterrement du socialisme ?la perspective latino-américaine, je me demande ceci : si ce fut le cas, ou si c\u2019eût pu l\u2019être, pourquoi est-ce nous qui devrions payer le prix de semblable escroquerie ?Notre visage n\u2019a jamais paru dans ce miroir.relations mai 1991 Le Nicaragua Lors des récentes élections au Nicaragua, la dignité nationale a perdu la bataille : elle a été vaincue par la faim et par la guerre ; mais elle a été vaincue également par les vents internationaux qui soufflent contre la gauche avec une violence plus considérable que jamais.Injustement, les bons ont payé pour les méchants.Les sandinistes ne sont responsables ni de la guerre ni de la faim, et ils n\u2019ont pas la moindre responsabilité dans ce qui s\u2019est produit à l\u2019Est.Paradoxe des paradoxes, cette révolution démocratique, pluraliste, indépendante, qui n\u2019a rien à voir avec celles des Soviets, des Chinois, des Cubains, ni de personne, a payé pour les pots que d\u2019autres ont cassés, cependant que le Parti communiste local votait pour Vio-leta Chamorro.En réalité, la révolution qui a mis fin à la dictature de la famille Somoza n\u2019a pas connu une minute de répit, au cours de ces dix longues années.Elle fut envahie quotidiennement par une puissance étrangère, avec ses criminels à la solde, et dut subir constamment le siège des banquiers et des maîtres marchands du monde entier.Malgré cela, elle a réussi à être une révolution plus civilisée que la Révolution française, puisque personne ne fut guillotiné ni fusillé, et plus tolérante que la révolution nord-américaine, puis-qu\u2019en pleine guerre, elle laissa - avec quelques restrictions - la libre expression aux porte-parole locaux du maître colonial.Les sandinistes ont alphabétisé le Nicaragua, abaissé considérablement le taux de mortalité infantile et distribué des terres aux paysans.Mais la guerre a saigné le pays.Les dommages causés par la guerre équivalent à une fois et demie le produit intérieur brut, ce qui veut dire que le Nicaragua a été détruit une fois et 105 Lors des élections au Nicaragua, la dignité nationale a perdu la bataille.La révolution sandiniste a payé pour les pots que d\u2019autres ont cassés, pendant que le Parti communiste votait pour Violetta Chamorro.mwim «mi Ti' ^ demie.Les juges de la Cour internationale de La Haye se sont prononcés contre l\u2019agression nord-américaine, mais cela n\u2019a servi à rien.Ni non plus les félicitations des organismes des Nations Unies spécialisés en éducation, alimentation et santé : les applaudissements ne se mangent pas.Les envahisseurs ont rarement attaqué les objectifs militaires : leurs cibles préférées étaient les coopératives agricoles.Combien de Nicaraguéens sont morts ou ont été blessés, ces dix dernières années, par ordre du gouvernement des États-Unis ?Proportionnellement, cela représenterait trois millions de Nord-Américains.Et pourtant, dans ces années, bien des milliers de Nord-Américains sont venus au Nicaragua, ont toujours été bien reçus et nul d\u2019entre eux n\u2019a eu à subir quoi que ce soit.Un seul a trouvé la mort - et c\u2019est la Contra qui l\u2019a tué2 Cuba Mais à Cuba ?Ne s\u2019est-il pas produit là, comme à l\u2019Est, un divorce entre le pouvoir et la masse ?Les gens n\u2019en ont-ils pas assez, là aussi, du parti unique, de la presse unique et de la vérité unique ?« Si je suis Staline, mes morts jouissent d\u2019une bonne santé », a dit Fidel 106 Castro.Bien sûr, ce n\u2019est pas là la seule différence.Cuba n\u2019a importé de Moscou aucun modèle préfabriqué de pouvoir vertical ; il a été contraint, cependant, de se transformer en forteresse pour éviter de se retrouver dans l\u2019assiette à déjeuner de l\u2019ennemi tout-puissant.Et c\u2019est dans de telles conditions que ce petit pays sous-développé a réussi certaines prouesses étonnantes.Présentement, Cuba connaît des taux d\u2019analphabétisme et de mortalité infantile inférieurs à ceux des États-Unis.De plus, à la différence de certains pays de l\u2019Est, le socialisme cubain n\u2019a pas été orthopédiquement imposé d\u2019en haut aux gens d\u2019en bas : il a surgi du plus profond du peuple et s\u2019est développé depuis la base.Les nombreux Cubains qui sont morts pour l\u2019Angola ou qui ont donné gratuitement le meilleur d\u2019eux-mêmes pour le Nicaragua n\u2019exécutaient ni aveuglément ni à contrecoeur les ordres d\u2019un État policier.Autrement, on ne saurait expliquer l\u2019absence de désertion et la ferveur qui a régné constamment parmi eux.Actuellement, Cuba vit des heures d\u2019isolement tragique.Des heures pleines de dangers : l\u2019invasion de Panama et la désintégration de ce qu\u2019on appelle le camp socialiste ont une incidence très pernicieuse, je le crains bien, sur le processus interne, favorisant la tendance à l\u2019étroitesse d\u2019esprit bureaucratique, à la rigidité idéologique et à la militarisation de la société.relations mai 1991 Face à Panama, au Nicaragua ou à Cuba, le gouvernement des États-Unis invoque la démocratie de la même manière que les gouvernements de l\u2019Est ont invoqué le socialisme : comme un alibi.Au cours du présent siècle, l\u2019Amérique latine a été envahie plus de cent fois par les États-Unis.Toujours au nom de la démocratie et toujours en vue d\u2019imposer des dictatures militaires ou des gouvernements fantoches, qui plaçaient en lieu sûr l\u2019argent menacé.Le système impérial du pouvoir ne veut pas de pays démocratiques : il veut des pays humiliés ! L\u2019invasion de Panama a été scandaleuse, avec ses 7 000 victimes parmi les décombres des quartiers pauvres, rasés par les bombardements.Mais plus scandaleuse encore que l\u2019invasion elle-même fut l\u2019impunité avec laquelle elle a été réalisée.Impunité qui incite à répéter le délit, % qui stimule le délinquant.Face à ce crime | de souveraineté, le président Mitterrand J applaudit discrètement et le monde entier se croisa les bras, après avoir acquitté l\u2019impôt d\u2019une déclaration ou l\u2019autre.En ce sens, sont bien éloquents et le silence et la complaisance mal dissimulée de certains pays de l\u2019Est.La libération de l\u2019Est donnerait-elle le feu vert à l\u2019oppression de l\u2019Ouest ?Je n\u2019ai jamais été d\u2019accord avec l\u2019attitude de ceux qui condamnaient l\u2019impérialisme dans la mer des Caraïbes pendant qu\u2019ils applaudissaient ou se taisaient au moment où la souveraineté nationale était foulée au pied en Hongrie, en Pologne, en Tchécoslovaquie ou en Afghanistan.Je puis parler ainsi parce que je ne porte pas de masque : le droit à l\u2019autodétermination des peuples est sacré en tous lieux et en tous temps.Montée du capitalisme Sans l\u2019ombre d\u2019un doute, la liberté est toujours une bonne nouvelle.Pour l\u2019Est, qui en jouit maintenant à bon droit, et pour le monde entier.Par contre, les éloges de l\u2019argent et des vertus du marché, sont-ce de bonnes nouvelles ?Et l\u2019idolâtrie du mode de vie américain ?Et les candides illusions d\u2019une acceptation 2.La victime était très jeune, ingénieur et clown.Il allait, accompagné d\u2019une ribambelle d\u2019enfants.Il avait organisé au Nicaragua la première école de clowns.La dans le club international des riches ?La bureaucratie, qui ne sait qu\u2019être habile à se débrouiller, s\u2019adapte rapidement à la nouvelle situation et les vieux bureaucrates sont en voie de se transformer en néo-bourgeois.Il faut reconnaître, du point de vue de l\u2019Amérique latine et de ce qu\u2019on appelle le tiers monde, que le défunt bloc communiste avait au moins une vertu essentielle : il ne s\u2019alimentait pas à même la pauvreté des pauvres, ne participait pas au pillage effectué par le marché international capitaliste ; de plus, il aidait à financer la justice à Cuba, au Nicaragua et en beaucoup d\u2019autres pays.Je soupçonne que, d\u2019ici peu de temps, on rappellera cela avec nostalgie.Pour nous, le capitalisme n\u2019est pas un rêve à réaliser : c\u2019est un cauchemar matérialisé.Le défi qui nous attend ne réside pas dans la privatisation de l\u2019État, mais dans sa déprivatisation.Nos États ont été acquis à prix défiant toute concurrence par les seigneurs de la terre, par les banquiers, par tout le reste.Et pour nous, le marché, ce n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019un navire de pirates : plus il est libre, pire il est.Le marché local comme le marché international.Le marché international nous vole des deux mains.La main commerciale nous vend toujours plus cher et achète de nous à prix toujours plus bas.La main financière, qui nous fournit notre propre argent, nous paie toujours moins et nous demande toujours plus.Nous vivons dans une région où les prix sont européens et les salaires, africains ; le capitalisme s\u2019y comporte comme le bonhomme qui disait : « J\u2019aime tellement les pauvres qu\u2019il me semble toujours qu\u2019il n\u2019y en a pas assez ».Dans le seul Brésil, par exemple, le système tue mille enfants par jour, qui meurent de maladie ou de faim.En Amérique latine, le capitalisme est anti-démocratique, avec ou sans élections : la majorité des gens sont dans le besoin et condamnés à l\u2019isolement et à la violence.La faim ment, la violence ment : elles disent qu\u2019elles ressortissent à la nature ; elles feignent de faire partie de l\u2019ordre naturel des choses.Quand cet ordr£ naturel des choses se défait, les militaires entrent en scène, avec ou sans cagoules.Comme on dit en Colombie : « Le coût de la vie ne cesse de grimper et la valeur de la vie ne cesse de dégringoler ».Contra l'a assassiné au moment où il mesurait l\u2019eau d\u2019un lac en vue de la construction d\u2019un barrage.Il s'appelait Ben Linder.Il faut tout recommencer Parfois, je pense qu\u2019on nous a volé même les mots.Le mot « socialisme » s\u2019utilise à l\u2019Ouest pour manigancer l\u2019injustice ; à l\u2019Est, il évoque le purgatoire, si ce n\u2019est l\u2019enfer.Le mot « impérialisme » est hors d\u2019usage et absent du dictionnaire politique en vigueur, même si l\u2019impérialisme est de fait existant, qu\u2019il pille et tue.Et le mot « militantisme » ?Et le fait même de l\u2019ardeur militante ?Pour les théoriciens du désenchantement, c\u2019est une antiquaille ridicule ; pour les repentis, c\u2019est un trouble de mémoire.En quelques mois, nous avons assisté au naufrage retentissant d\u2019un système usurpateur du socialisme, qui traitait le peuple comme un éternel enfant et lui tirait l\u2019oreille.Est-ce le naufrage aussi du socialisme ?Il y a trois ou quatre siècles, les inquisiteurs calomniaient Dieu, quand ils prétendaient exécuter ses ordres ; est-ce que cela autorise à identifier christianisme et sainte Inquisition ?De nos jours, les bureaucrates ont privé l\u2019espérance de son prestige et sali la plus belle des aventures humaines ; je ne crois pas non plus que le socialisme se réduise au stalinisme.Maintenant, il faut tout recommencer.Petit à petit, sans autres boucliers que ceux que nous offrent nos propres corps.Il faut découvrir, créer, imaginer.Dans le discours que Jesse Jackson prononçait peu après sa défaite, aux États-Unis, il revendiquait le droit de rêver : « Nous allons défendre ce droit ; nous ne permettrons pas que quelqu\u2019un nous enlève ce droit ».Et aujourd\u2019hui plus que jamais il est indispensable de rêver.Faire ensemble des rêves qui perdent leur nature de rêves et s\u2019incarnent en un matériau mortel, comme le disait, comme le souhaitait un autre poète.C\u2019est en combattant pour ce droit que mes meilleurs amis poursuivent leur existence, et pour lui que certains ont donné leur vie.Voilà mon témoignage.Confession d\u2019un dinosaure ?Peut-être.En toute hypothèse, c\u2019est le témoignage d\u2019un homme qui croit que la condition humaine n\u2019est pas condamnée à l\u2019égoïsme et à la course obscène à l\u2019argent, et que le socialisme n\u2019est pas mort, puisqu\u2019il n\u2019a pas encore vu le jour : aujourd\u2019hui est le premier jour de la longue vie qui l\u2019attend.¦ (Traduction : Ernest Richer, S.J.) Dans ce nouvel ordre international, trop rares sont les initiatives du Sud qui auront su s\u2019imposer comme une réelle alternative : le groupe de la Contadora (accord de paix pour l'Amérique centrale) a pourtant réussi.* u- \u2022 * relations mai 1991 107 Une voix d\u2019Asie RIEN DE BON POUR NOUS par Walter Fernandes1 On ne peut que se réjouir de l\u2019unification de l\u2019Europe.Mais ce n\u2019est pas sans un certain nombre d\u2019appréhensions que le tiers monde observe ces développements.Quelles sont, par exemple, les implications des mouvements environnementaux européens pour les pays du Sud ?Quel type de relations commerciales l\u2019Europe de l\u2019Ouest entretiendra-t-elle avec le Sud après 1992 ?Que peut attendre le Sud de l\u2019alliance entre l\u2019Europe de l\u2019Est et l\u2019Europe de l\u2019Ouest, et de celle des USA et du Japon ?Voilà quelques questions qui surgissent au sein du tiers monde et que nous voulons partager avec ceux et celles qui, au Nord, se préoccupent du Sud.Le scénario que nous proposons est consciemment pessimiste, mais il n\u2019est pas pour autant irréaliste.Nous l\u2019avons voulu ainsi pour alerter ceux et celles qui, en Occident, se préoccupent des droits des peuples du tiers monde, afin que nous puissions ensemble infléchir le cours des événements et empêcher que se perpétue davantage l\u2019ordre économique international injuste qui n\u2019a cessé de subordonner les intérêts du Sud à ceux des pays du Nord.L\u2019environnement et le Sud On ne peut nier que les mouvements environnementaux aient connu, en Occident, un succès significatif, bien que la mesure de celui-ci varie selon la conception que l\u2019on se fait de l\u2019environnement.Par ailleurs, ce progrès comporte des impacts souvent fort négatifs pour le tiers monde.Prenons l\u2019exemple des forêts.De nos jours, la plupart des pays d\u2019Europe de l\u2019Ouest comptent le tiers de leur territoire couvert de forêts, proportion considérée comme environnementalement saine.C\u2019est un gain considérable sur la situation des années 60, où la superficie forestière était estimée à environ 25 %.Cette amélioration est due à la réduction de l\u2019utilisation du bois produit localement, réduction qui a été en moyenne de 40 %.Par contre, pendant la même période, la consommation de produits finis issus de la forêt a considérablement augmenté.La consommation moyenne de papier et de bois dur dépasse les 120 kg per capita, augmentation d\u2019environ 50 % en deux décennies.La consommation de bois dur croît dans la proportion de plus de 1 % par année.La plus grande partie de la consommation additionnelle de papier se fait sous la forme de papier jetable, de serviettes et gobelets - besoins artificiels caractéristiques d\u2019une société de consommation.D\u2019où vient donc tout ce bois supplémentaire ?Sans avoir toutes les réponses, il semble bien qu\u2019une grande partie de cette ressource naturelle vient du tiers monde.En Allemagne, par exemple, j\u2019ai moi-même pu vérifier, en octobre 1989, qu\u2019environ 60 % du papier était importé, soit comme produit fini, soit comme matière première ; les produits finis venaient de Suède, où l\u2019on exploite la forêt d\u2019une manière recommandable, tandis que la matière première et la pulpe venaient surtout du tiers monde, où l\u2019effet en est beaucoup plus dévastateur.Une autre étude, réalisée aux Philippines en 1980, montrait que pendant que le Japon réduisait de 40 % sa consommation de bois produit localement, sa consommation globale avait augmenté dans une proportion encore plus grande : son bois venait dorénavant de l\u2019Asie du Sud-Est et de pays comme l\u2019Inde, où les surfaces boisées ont diminué à un rythme alarmant.Au Sud, l\u2019environnement c\u2019est les êtres humains Pour comprendre les implications de la destruction environnementale effectuée dans le Sud pour nourrir le Nord, il faut connaître la différence des soucis environnementaux des deux moitiés du monde.Au Nord, la dépendance directe des ressources naturelles pour la survivance est tout à fait inexistante.L\u2019agriculture y est commercialisée et les économistes s\u2019y réfèrent comme à une agriculture industrialisée.Au Sud, au contraire, cette agriculture commercialisée n\u2019est le privilège que d\u2019une petite minorité de riches fermiers.Et 70 % de la population dépendent du secteur primaire pour leur survie ; leur agriculture est organique, entièrement liée, depuis les graines et les fertilisants jusqu\u2019à l\u2019irrigation, à l\u2019environnement immédiat.Voilà pourquoi nous disons qu\u2019au Sud, l\u2019environnement, c\u2019est les êtres humains : une grande partie de la population dépend entièrement des ressources naturelles pour sa simple survie.En Inde, par exemple, j\u2019ai pu montrer, en étudiant les forêts et l\u2019économie indigène, que les habitants des forêts y tirent plus de 50 % de leur nourriture (fruits, fleurs, etc.qui ne sont considérés en Europe que comme produits forestiers secondaires) ; et qu\u2019un autre 30 % provient de la culture sur brûlis de la zone forestière.Ces gens dépendent aussi de la forêt pour le fourrage, le combustible, le petit bois de construction, le feuillage 1.Le père Walter Fernandes, jésuite, est sociologue, directeur de la revue Social Action publiée par l\u2019Indian Social Institute, New Delhi, Inde.108\trelations mai 1991 Dans ce village indien, l\u2019environnement, c'est les êtres humains : la population dépend entièrement des ressources naturelles pour sa simple survie.iJÀrw.' mies, subordonnées à celles de l\u2019Occident.Ces continents sont devenus fournisseurs de matières premières et importateurs de produits finis.Pour créer de tels marchés captifs, certains pays comme l\u2019Inde, qui avaient une tradition assez longue de production de produits finis, ont même dû être désindustria-lisés ! Avec la montée des syndicats en Occident, la fabrication de certains produits très exigeants en main-d\u2019oeuvre a été transférée dans les colonies.Par la suite, la production de pièces et de composantes est devenue une part importante de l\u2019économie des pays du Sud.Certains pays ont aussi tenté de développer eux-mêmes quelques produits industriels finis.Malgré les barrières tarifaires imposées par le Nord, l\u2019Inde, par exemple, a réussi à exporter en Europe environ 10 000 voitures par année, depuis quelque temps.pour leurs toits, les herbes médicinales et bien d\u2019autres besoins.En raison de cette dépendance totale, ces populations ont développé des systèmes, des traditions, des normes et des mythes à la fois culturels, sociaux et religieux, afin d\u2019assurer une répartition égalitaire des ressources forestières et de conserver un équilibre entre les besoins humains et les impératifs environnementaux.Mais au nom du développement, cette forêt qui était la base même de leur survie a été transformée en matière première pour l\u2019industrie et en source de revenus pour l\u2019État.Cette ressource communautaire est devenue la propriété du secteur privé.Les industriels, qui ne voient là qu\u2019une source de profits, commencent par couper la forêt la plus proche des villages et donc celle dont les gens dépendent le plus.Ainsi privés de leur moyen de subsistance, ils deviennent la proie des prêteurs usuriers qui accompagnent habituellement les « développeurs » industriels.Ils perdent ainsi la plus grande partie de leurs terres aux mains de ces profiteurs.Toujours plus appauvris, ils se tournent vers la surexploitation des cultures sur brûlis ou coupent encore plus de forêt pour vendre du bois de chauffage.Bref, la conséquence de ce cercle vicieux mis en branle par l\u2019arrivée de l\u2019industrialisation est le passage, pour ces communautés locales, d\u2019une dépendance constructive de la forêt à une dépendance destructrice.Certaines études sur les pêcheries, l\u2019eau, la terre et d\u2019autres ressources naturelles ont d\u2019ailleurs montré des processus semblables.L\u2019Europe unie de 1992 Les décisions environnementales prises en Europe ont donc un impact majeur dans les pays du Sud.L\u2019unification européenne prochaine pourrait avoir un impact tout aussi négatif.L\u2019histoire économique du XIXe siècle a montré comment, pour appuyer la révolution industrielle, l\u2019Asie et l\u2019Afrique avaient été colonisées et leurs écono- Tout cela risque de changer avec l\u2019Europe unifiée de 1992.Déjà certains rapports indiquent que l\u2019industrie textile est transférée en Italie méridionale et en Grèce ; la transformation des produits agricoles s\u2019organise en Irlande, en Espagne et au Portugal ; la production de pièces de rechange se fera surtout dans la partie sud de la Méditerranée.Bref, l\u2019Europe devient non seulement un marché unifié, mais aussi une économie unifiée, ses pays plus pauvres produisant ce qui était autrefois réservé au tiers monde et sa partie nord s\u2019occupant de la production industrielle plus sophistiquée.x 03 CL Q) C Q) E CD Q.CL o Q) *Q) O La désertification du Sahel : due en partie à l\u2019imposition des cultures d\u2019exportation et à la détérioration des termes de l\u2019échange Nord-Sud.relations mai 1991 109 Si ce scénario se réalise, le tiers monde va perdre ses quelques acquis et être réduit au rôle de fournisseur de matières premières, avec tous les problèmes qu\u2019apporte la trop grande dépendance de monocultures ou de monoproductions d\u2019exportation.Ce sera catastrophique tant pour les populations que pour l\u2019environnement, comme le démontre le cycle de la désertification du Sahel2.L\u2019Europe de l\u2019Est et le tiers monde La situation peut même être pire si les conséquences des événements en Europe de l\u2019Est sont bien celles que nous craignons.Pour le tiers monde, les blocs de l\u2019Est et de l\u2019Ouest appartenaient tous deux au Nord.L\u2019un et l\u2019autre avait ses ambitions et tentait de contrôler les pays du Sud de diverses manières.Le tiers monde a ainsi pu exploiter ces divisions du Nord à son propre avantage et n\u2019a pas toujours voulu prendre parti entre eux, même s\u2019il y fut souvent forcé.Plusieurs pays du Sud ont profité de cette division, tant économiquement que politiquement.Beaucoup de luttes de libération n\u2019auraient pas été possibles, en Afrique et en Asie, sans l\u2019appui reçu du bloc de l\u2019Est.Si on voit le début de la fin de l\u2019apartheid en Afrique du Sud, c\u2019est parce que le Congrès national africain a pu mener une longue lutte, grâce au soutien des pays de l\u2019Est.Soutien qui n\u2019avait rien d\u2019altruiste : mais précisément parce que ces mouvements pouvaient menacer de joindre l\u2019autre bloc, le prix à payer ne fut pas aussi élevé qu\u2019il l\u2019eût été sans cette option.Cette option politique a disparu avec le « condominium » du Nord : Japon, URSS, Europe et USA.À cause de lui, le tiers monde ne peut plus espérer de solutions locales à plusieurs de ses problèmes.On l\u2019a bien vu dans la crise du Golfe, où les USA ont pu forcer l\u2019URSS à accepter leur solution d\u2019une guerre possible.Il y a cinq ans à peine, les Arabes auraient été capables de trouver une solution régionale sous la menace des deux blocs, mais ni l\u2019Est ni l\u2019Ouest n\u2019auraient pu envoyer leurs troupes dans le Golfe.Aujourd\u2019hui, il y a une seule voix qui parle pour le Nord et le Sud perçoit la guerre du Golfe comme une guerre coloniale3.Aucun pays du tiers monde ne 110 trouve acceptable ce que Saddam Hussein a fait.Ils condamnent tous l\u2019usage de la force pour rectifier les frontières héritées du colonialisme.Mais il y a beaucoup de sympathie pour l\u2019Iraq, parce que les peuples arabes ont été privés de la chance de résoudre leurs propres problèmes par ces mêmes puissances coloniales qui ont envoyé leurs troupes pour contrôler « leur » pétrole sous couvert du « droit international » ; tout comme, au XIXe siècle, le mythe de la vocation civilisatrice de l\u2019Europe avait été créé pour légitimer l\u2019exploitation économique des colonies, en vue de nourrir la révolution industrielle du Nord.Ce que l\u2019on craint, dans le tiers monde, c\u2019est que les événements d\u2019Europe de l\u2019Est ne viennent confirmer le partage du Sud par les puissances du Nord.L\u2019Amérique latine a été une colonie américaine, ou peut-être devrait-on l\u2019appeler une zone d\u2019influence des USA.L\u2019Afrique est, depuis l\u2019effort colonial, un continent dépendant de l\u2019Europe.L\u2019Asie sera probablement divisée entre le Japon, l\u2019Europe et les USA.Bien sûr, s\u2019agit-il ici non pas de la colonisation politique, mais de la dépendance économique.Tant qu\u2019il y avait deux blocs, les pays du tiers monde avaient un certain choix sur le plan économique.Il est vrai que l\u2019Europe de l\u2019Est n\u2019était pas aussi avancée technologiquement que sa partie occidentale, le Japon et les USA.Mais précisément pour cette raison, le tiers monde pouvait souvent y trouver la technologie dont il avait besoin pour son propre développement.De plus, jusqu\u2019au début des années 60, l\u2019Ouest était réticent à partager sa technologie, spécialement avec des pays comme l\u2019Inde, qui refusaient de subordonner complètement leurs économies et leurs décisions politiques aux intérêts occidentaux.En important leur technologie de l\u2019Est, ces pays du tiers monde commencèrent aussi à produire des biens industriels dont les pays de l\u2019Est avaient besoin.Des arrangements de troc se développèrent en véritable commerce entre eux, basé sur les monnaies locales et non pas sur les devises fortes.Des études ont montré comment ces échanges étaient avantageux pour les pays pauvres.C\u2019est seulement quand l\u2019Ouest s\u2019aperçut que des pays comme l\u2019Inde étaient en train d\u2019établir des liens solides avec le bloc de l\u2019Est, qu\u2019il accepta enfin de partager sa technologie, pour éviter que ces pays ne deviennent totalement dépendants de l\u2019Union soviétique.Cette option économique risque aussi de disparaître avec les changements à relations mai 1991 l\u2019Est.L\u2019Europe de l\u2019Ouest va probablement y exporter la plupart des produits dont l\u2019Est aura besoin, privant ainsi les plus avancés des pays du tiers monde d\u2019un de leurs importants débouchés commerciaux.De plus, ceux qui ont tenté de diversifier leur économie avec des produits finis verront tarir leur marché en Europe occidentale, puisque la majorité des industriels de l\u2019Ouest auront des motifs à la fois culturels et économiques pour favoriser plutôt l\u2019ancien bloc soviétique.Et plusieurs des produits industriels dont l\u2019Europe occidentale a besoin seront dorénavant produits en Europe de l\u2019Est, plutôt que d\u2019être importés d\u2019Asie ou d\u2019ailleurs dans le tiers monde.Enfin, une autre source de devises étrangères, et même de survie pour bien des familles du Maghreb, de la Turquie et de l\u2019Afrique, a été les travailleurs immigrants.On peut même affirmer que la reconstruction de l\u2019Europe après la guerre fut le résultat non seulement des investissements du Plan Marshall, mais aussi (certains diraient dans une grande mesure) des matières premières à bon marché importées du tiers monde et de la main-d\u2019oeuvre économique qui provenait du Sud de l\u2019Europe, de l\u2019Afrique du Nord et de la Turquie.L\u2019Europe a toujours besoin d\u2019une telle main-d\u2019oeuvre à bon marché.Mais il est probable qu\u2019une bonne partie viendra dorénavant d\u2019Europe de l\u2019Est, portant un autre coup terrible à la survie de centaine de milliers de familles et à l\u2019économie de nombreux pays du tiers monde.Pour l\u2019instant, les perspectives d\u2019un nouvel ordre mondial ne sont guère réjouissantes pour l\u2019Asie et le tiers monde en général.Seule une solidarité active et concertée des gens préoccupés des droits des peuples pourra éviter que le Sud ne soit à nouveau confiné dans son rôle colonial, au service de la prospérité du Nord.¦ 2.\tLes études sur le Sahel ont montré que l\u2019imposition de cultures d\u2019exportation, comme celle de l\u2019arachide, jumelée avec la détérioration constante des termes de l\u2019échange dans le commerce international et ses conséquences pour les pays de la région, avaient joué un rôle fondamental et dévastateur dans la désertification et les famines qui ont suivi.À lui seul, ce déséquilibre a causé plus de ravages que les guerres régionales.3.\tNDLR : Ce texte a été écrit à la fin de 1990.En dépit des événements postérieurs, la perception des peuples asiatiques exprimée ici garde toute sa pertinence. Une voix arabe POURQUOI LA GUERRE par Rachad Antonius1 DU GOLFE ?C\u2019est aux États-Unis qu\u2019il importe de faire respecter, avec l\u2019aide du monde « civilisé », le nouvel ordre international, fondé sur le droit : c\u2019était là la conviction du général américain Norman Schwarzkopf.£>£ Pourquoi certains jeunes sont-ils portés vers le crime?Que peuvent faire les citoyens pour réduire ce problème?Un programme éducatif pour adultes et adolescents.Les participants examinent la réalité des comportements délinquants, le rôle du système judiciaire et la responsabilité communautaire pour la prévention du crime.Cette trousse comprend : \u2022\tPlan d\u2019action pour dix sessions d\u2019étude en petit groupe \u2022\tVidéo \u2022\tSérie de lectures et documentation \u2022\tMarche à suivre pour chaque étape Pour renseignements : Le Conseil des Églises pour la Justice et la Criminologie 507 Bank, OTTAWA, Ontario K2P 1Z5 (613) 563-1688 118 relations mai 1991 McDonald's OVER 45 BILLION SERVED INDOOR PLAYLAND La véritable menace pour la culture québécoise ne vient pas des nouveaux immigrants : c\u2019est plutôt le processus omniprésent de l\u2019américanisation : partout on mange les mêmes Big Mac et on rêve à partir des mêmes épisodes de Dallas.culture canadienne, de la culture québécoise, et de la culture des communautés ethniques.Je n\u2019ai toujours pas compris ce que signifie le mot « multiculturalisme ».Je préfère, pour ma part, parler de culture « primaire » et de culture « secondaire », même si je ne suis pas tout à fait certain de l\u2019utilité de ces appellations.La culture primaire, c\u2019est celle de la maison, du foyer.C\u2019est elle qui détermine la langue qu\u2019on parle, l\u2019éducation des enfants, leurs rapports avec les parents, la nourriture qu\u2019on mange, l\u2019aménagement et la décoration de la maison, les liens avec les autres membres de la parenté, avec les voisins et les personnes âgées, les fêtes célébrées en famille, etc.Dans les sociétés prémodernes, cette culture primaire avait tendance à déborder de la maison sur la rue, de la rue sur le voisinage, la petite ville et même éventuellement sur toute la société.La culture secondaire, elle, désigne les coutumes, les valeurs, les lois et les institutions produites par les grandes structures de la société moderne, en particulier par l\u2019économie de marché, la technologie et le système politique.Le pouvoir de cette culture est écrasant.Elle gruge inexorablement les cultures primaires.Le marché capitaliste engendre une idéologie de la consommation.Même si nous n\u2019avons pas d\u2019argent, le marché nous fait rêver de ce que devrait être notre vie.Le marché influence nos goûts, nos valeurs, nos désirs.Nos rêves deviennent matérialistes et individualistes.La technologie, elle, suscite la confiance dans les inventions scientifiques.Elle peut nous faire perdre confiance dans les savoirs dont nous avions hérité.Elle nous fait nous tourner vers la science, seule sagesse digne de foi, bien plus efficace que la sagesse que nous ont transmise les cultures primaires.Enfin, la démocratie politique engendre des valeurs comme la liberté individuelle et l\u2019esprit égalitaire, valeurs qui entrent parfois en conflit avec les cultures primaires, celles-ci produisant un plus grand sens de la solidarité sociale.J\u2019ai le sentiment que, dans l\u2019ensemble, les immigrants qui apportent avec eux leurs cultures primaires sont profondément influencés par le marché, par la technologie et par la démocratie politique.Ils s\u2019assimilent rapidement à la grande majorité : ils commencent à rêver des mêmes biens de consommation, s\u2019en remettent aux mêmes appareils perfectionnés, vénèrent les mêmes découvertes scientifiques et aussi - heureusement -s\u2019organisent pour défendre leurs droits, faire pression sur l\u2019hôtel de ville et sur les partis politiques.Dès la deuxième génération, ils ont souvent de la difficulté à rester attachés à leur culture primaire.Pour moi, ça n\u2019a pas de sens de parler de culture canadienne ou de culture québécoise comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019ensembles bien constitués de coutumes et de valeurs.Il me semble que nos cultures ont été en quelque sorte brisées ou fragmentées.Ce à quoi nous sommes attachés, ce ne sont que certains restes des cultures dont nous avons hérité.Mais le pouvoir culturel du marché, de la technologie et de la démocratie politique est tel que Canadiens et Québécois vivent de plus en plus dans le même monde, un monde défini par la grande République de nos voisins du Sud.Les cultures primaires ont tendance à se perdre, à se déplacer, celles des immigrants comme celles des communautés déjà établies.Fernand Dumont, professeur à l\u2019université Laval, a souvent déploré la « déculturation » qui se produit actuellement.La culture primaire cède la place aux coutumes et aux valeurs générées par les institutions dominantes.Ce qui menace la culture du Québec, ce n\u2019est pas la présence de différentes communautés ethniques, bien au contraire, c\u2019est le processus constant et pratiquement incontrôlable de l\u2019américanisation.Par contre, l\u2019expérience m\u2019a enseigné que la présence de différentes communautés ethniques dans un pays où elles se sentent chez elles constitue une immense richesse culturelle.¦ relations mai 1991 119 À la lumière des pratiques esclavagistes d\u2019une sainte L\u2019« INCHANGEABLE MORALE » par André Guindon théologien, Université Saint-Paul, Ottawa ancien élève des « Soeurs Grises » et membre d\u2019une Église locale grandement redevable à ces religieuses, je considère de mauvais goût les articles qui, dans les livraisons du journal Le Droit précédant la canonisation de Marguerite Dufrost de LaJemmerais, ont insisté sur la controverse autour des pratiques esclavagistes de la veuve de François You de Youville.Il aurait été plus indiqué de faire valoir les contributions de cette Québécoise hardie qui s\u2019est engagée, pendant la dernière moitié de sa vie, au service des plus démunis1.Comment expliquer ce manque de fierté nationale et féministe dans plusieurs de nos médias ?Chasse au sensationnel ?Sans doute.On ne peut écarter, cependant, le scandale de la conscience morale qui a du mal à réconcilier des pratiques esclavagistes avec la sainteté d\u2019une femme qui a vécu à l\u2019aurore de l\u2019époque contemporaine.Aussi, les festivités religieuses terminées, faut-il examiner ce dossier de plus près.Les articles de la Presse canadienne qui ont alimenté les journaux locaux font entendre les deux voix qui s\u2019opposent dans ce débat.L\u2019une dénonce le scandale.On cite Howard Adams, ci-devant professeur d\u2019histoire, qui aurait dépeint Mère d\u2019Youville en commerçante éhontée de « chair humaine ».Troquant son ex-chaire d\u2019histoire pour celle de preacher, il l\u2019aurait aussi jugée « immorale ».Soulevées d\u2019indignation à l\u2019idée que leur fondatrice ait été propriétaire d\u2019esclaves, des révérendes mères de la Charité auraient riposté en niant les allégations.L\u2019autre voix est entendue dans ce commentaire laconique d\u2019André Cimichella, évêque auxiliaire à Montréal : « C\u2019était ainsi à cette époque2 ».Maurice Girard confirmera dans la Presse canadienne que cette autre voix représente en effet la position « officielle ».Il cite « les cercles religieux de Rome », qui auraient fait valoir qu\u2019« il est périlleux de vouloir juger le passé avec un regard contemporain3 ».Qui a raison ?Que les religieuses de la « voix scandalisée » en prennent leur parti ! Mère d\u2019Youville possédait incontestablement, au temps où elle était supérieure de l\u2019Hôpital général de Montréal, trois esclaves et trois autres (peut-être quatre) étaient la propriété de l\u2019hôpital4.Ces filles et ces garçons esclaves étaient amérindiens, majoritairement des Pawnees ou des Panis, comme on les désignait en Nouvelle-France, capturés par les alliés indiens des Français5.A-t-on raison de s\u2019en scandaliser ?On comprend celles et ceux qui, admirateurs ou dénigreurs de Marguerite d\u2019Youville, jugent ces comportements inadmissibles.Le refus des attributs juridiques de la personnalité à un être humain, par lequel on définit l\u2019esclavage proprement dit6, manifeste une éthique selon laquelle certaines gens ne jouiraient pas de la même dignité humaine que leurs maîtres.Cette idée contredit une notion fondatrice de l\u2019éthique occidentale contemporaine ainsi que la doctrine de l\u2019unité du Corps de Christ qui abolit la distinction entre « esclaves et hommes libres » (Gai.3,28 ; 1 Co.12,13 ; Col.3,11).La « réponse officielle » n\u2019est-elle donc qu\u2019un autre plaidoyer pro domo ?Raymond Naz, une autorité incontestée dans l\u2019exposé et la défense du droit de l\u2019Église catholique, explique que l\u2019institution ecclésiale a dû « composer » avec les idéologies et les situations esclavagistes qui s\u2019imposaient à elle de l\u2019extérieur.L\u2019Église n\u2019aurait jamais embrassé les vues esclavagistes, mais elle les aurait « tolérées », en attendant de convertir les nations à ses propres vues égalitaires7.Le renommé canoniste oublie de faire état d\u2019un facteur qui infirme sa thèse : autant des princes très chrétiens, munis de bénédictions papales, que des hommes et des femmes d\u2019Église ont possédé des esclaves.Anthony Pagden a publié une étude magistrale sur les débats théologiques qui ont suivi la réduction en esclavage des peuplades amérindiennes par les très catholiques Ferdinand et Isabelle d\u2019Espagne, avec la permission explicite du pape Alexandre VI en 1493.Celui-ci pouvait même invoquer le précédent établi en 1455 par le pape Nicolas V, qui donnait la permission à Alphonse V du Portugal de réduire en esclavage les habitants des territoires africains du Cap-Bojador, au Cap-Nun8.Lorsque Francisco de Vitoria et ses disciples de l\u2019illustre Université de Salamanque argumentèrent que les amérindiens ne pouvaient être considérés comme des « esclaves par nature », l\u2019orthodoxie catholique de l\u2019époque s\u2019en scandalisa et s\u2019affaira à faire taire ces théologiens dissidents.Deux siècles plus tard, comme le souligne Marcel Trudel, la cause de la libération des esclaves n\u2019avait guère progressé : « de hauts dignitaires du clergé, des curés, des religieux et des communautés ont eu leurs esclaves » et « l\u2019Église canadienne 1.\tLe Droit, 6 déc.1990, p.37 ; 7 déc.1990, p.12 ; 8 déc.1990, p.29.2.\tIdem, 6 déc.1990.3.\tIdem, 8 déc.1990.4.\tMarcel Trudel, L\u2019esclavage au Canada français : Histoire et conditions de l\u2019esclavage, Québec, Les Presses Universitaires Laval, 1960, p.153.L\u2019auteur ne distingue cependant peut-être pas toujours suffisamment la notion d\u2019esclavage de celles de la domesticité et de l\u2019adoption dans le contexte de l\u2019époque.5.\tCes faits sont maintenant largement diffusés comme en témoigne Chronicle of Canada, sous la dir.d\u2019Elizabeth Abbott, Montréal, 120 relations mai 1991 Marguerite d\u2019Youville a cherché à faire le bien tel que la conscience morale de son époque l\u2019interprétait.str.'A**: : V\u2019 V!«rf TTT- «H- Brîî'.i.î^rV-K.(:/4s ;\u2022/ , ; ¦ ne s\u2019est jamais prononcée sur l\u2019esclavage9 ».Il cite même le Catéchisme (1702) et le Rituel (1703) du diocèse de Québec qui enseignaient que le second des empêchements qui rendent le mariage nul, « c\u2019est l\u2019erreur de la condition : épousant une personne esclave que l\u2019on croirait libre, le mariage serait nul » ; et que les esclaves sont au rang de ceux qui ne peuvent avoir accès à la prêtrise10.Trudel ne précise pas que ces prévisions juridiques transmises par Mgr de Saint-Vallier à ses diocésains étaient celles de l\u2019Église romaine, qu\u2019elles figuraient encore dans le Codex Juris Canonici de 1917, aux canons 1083 no 2 et 987,4° respectivement, et qu\u2019elles sont demeurées en vigueur jusqu\u2019à la promulgation du nouveau Code en 1983 ! L\u2019Église catholique serait donc mal venue, n\u2019en déplaise à Raymond Naz, de jouer, dans cette affaire, les « vertueuses offensées ».Elle ne s\u2019en est pas tenue à « composer » avec les pratiques esclavagistes d\u2019autrui.Elle était partie prenante de ces moeurs d\u2019une société chrétienne dont elle se distinguait d\u2019ailleurs mal.Les prophéties scripturaires de libération humaine ne se sont traduites en une prise de conscience du respect dû à la « dignité fondamentale » de toute personne humaine qu\u2019après la Révolution française.Témoin cette quasi théocratie catholique du Québec où l\u2019esclavage ne cessera qu\u2019au XIXe siècle.Chronicle Publications, 1990, p.75.6.\tRaymond Naz (dir.), Dictionnaire de Droit Canonique, Paris, Letou-zey et Ané, 1953, T.V, col.448.7.\tIdem, col.448-454, où on trouvera un abrégé de ces « compositions juridiques ».8.\tAnthony Pagden, The Fall of Natural Man : The American Indian and the Origins of Comparative Ethnology, Cambridge, Cambridge University Press, 1982, p.29-30.9.\tOp.cit., p.332.10.\tOp.cit., p.38-40.Par contre, cet état de fait donne, en effet, aux défenseurs de la canonisation de Marguerite d\u2019Youville un argument valide.Si la sainte femme n\u2019a pas été plus prophétique sur ce point précis que les bonnes et pieuses personnes de son époque, on ne saurait lui imputer une « immoralité » qui présuppose la conscience morale de mal agir.Si elle existait chez certains, cette conscience du mal esclavagiste n\u2019était pas commune.La morale change-t-elle ?Ironie impayable dans ce débat : les antagonistes se font porte-parole de positions qui ne leur sont pas congénitales.D\u2019une part, un historien de métier fait preuve d\u2019un manque élémentaire de conscience historique en portant des jugements anachroniques sur les moeurs d\u2019une personne du XVIIle siècle.D\u2019autre part, les gardiens de l\u2019« orthodoxie morale » plaident en faveur d\u2019un développement historique de la conscience morale.Depuis la crise moderniste, pourtant, ceux-ci refusent systématiquement de reconnaître la validité d\u2019une telle évolution.Pourquoi donc les défenseurs de l\u2019immutabilité morale se font-ils les champions d\u2019une canonisation qui érige en modèle une propriétaire d\u2019esclaves en plaidant l\u2019évolution des moeurs ?Si cet argument vaut dans le cas de pratiques esclavagistes, ne vaut-il pas pareillement pour tant d\u2019autres pratiques que la conscience contemporaine de personnes intègres évalue différemment que ne le faisait la conscience de nos ancêtres ?Devant cette objection, les traditionalistes ne restent pas sans réponse.Celles qu\u2019ils donnent m\u2019apparaissent néanmoins peu convaincantes.La plus fondamentaliste est la prétention de trancher tous les débats éthiques par un simple appel aux relations mai 1991 121 [Htpgg / IV *r\tj T * >.Face aux problèmes radicalement nouveaux que posent, par exemple, les nouvelles techniques de reproduction humaine, comment se situe la morale ?Change-t-elle ?Ou est-ce nous qui changeons ?normes morales néo-testamentaires.Dans notre cas, cette approche n\u2019avantagerait guère les objecteurs : le dossier scripturaire qu\u2019on pourrait « monter » contre certaines conduites condamnées par l\u2019éthique catholique officielle, dans le domaine sexuel notamment, pâlit à côté de celui qu\u2019on peut évoquer contre l\u2019institution esclavagiste.Laissons donc là ces considérations qui soulèvent, du reste, des problèmes exégétiques et herméneutiques considérables.Une deuxième réponse s\u2019attaque à la nature des exemples historiques allégués.Si l\u2019Église a renversé son enseignement sur la moralité du prêt à intérêt, de l\u2019objection de conscience, de l\u2019autorité paternelle, de la forme démocratique du gouvernement, etc., cela est dû à des facteurs purement « extérieurs » à la nature humaine.Les situations économiques, sociales ou politiques ayant changé, il était normal que nous ayons eu à modifier nos jugements moraux quant à certaines pratiques dans ces domaines.En plus de présupposer une vue non interactioniste périmée de la structuration humaine, cette réponse est assez mal venue dans le cas qui nous occupe.S\u2019il est incontestable que des changements sociaux, politiques et économiques ont contribué à la disparition juridique du statut d\u2019esclave, le jugement moral en cause porte sur la condition humaine elle-même : tous les êtres humains sont-ils, oui ou non, des sujets transcendentaux qui ont en eux-mêmes leur propre raison d\u2019être, qui sont à eux-mêmes leur propre fin ?En les traitant comme des biens mobiles, objets de pratiques commerciales, on répond négativement à cette question.Que nos pieux ancêtres aient fait baptiser leurs Panis et aient espéré les retrouver en paradis ne change rien à leur discernement moral.Plusieurs bonnes personnes souhaitent aujourd\u2019hui revoir leur toutou au ciel même si elles reconnaissent que celui-ci n\u2019est pas un être humain.Cette considération infirme également une troisième réponse que le conservatisme oppose à l\u2019évolution morale : d\u2019aucuns concéderont que certaines normes concrètes ont pu changer, mais jamais cependant les principes.Quelles qu\u2019aient été les justifications de l\u2019esclavage en Occident, le groupe dominant a jugé que certains groupes humains affichaient, par disposition mentale, psychologique, sociale, historique ou autre, une altérité humaine inauthentique par rapport à la leur et que cette différence fournissait la preuve de leur infériorité et justifiait leur asservissement.Nous estimons aujourd\u2019hui que c\u2019est là une erreur qui porte et sur la norme pratique de l\u2019esclavage et sur le principe fondamental de la dignité irréductible de tous les êtres humains, quelles que soient leurs « différences ».Il s\u2019agit bien d\u2019une évolution de la conscience morale sur la nature même de la personne humaine.Ce qui reste d\u2019inchangeable Francisco de Vitoria enseignait que la reconnaissance des principes « inchangeables » de la loi morale se fait par la communis persuasio.A preuve, le devoir qu\u2019a le père, non la mère, d\u2019éduquer les enfants.Quiconque nierait cette évidence commune de la conscience morale, ajoutait-il, ne le ferait que pour rire : « Non serio sed joco diceret11 ».Pourtant, ce « principe évident » de la loi naturelle n\u2019emporte plus, comme tant d\u2019autres, la « conviction commune » de nos contemporains.L\u2019histoire de ces retournements de l\u2019évidence morale ne doit-elle pas nous ramener à des vues beaucoup plus modestes sur l\u2019« in-changeabilité » des normes et des principes moraux ?L\u2019opinion d\u2019un Thomas d\u2019Aquin, par exemple, qui suggère que le seul principe que la conscience morale perçoit « en direct », pour ainsi dire, est le suivant : fais le bien et évite le mal12 ?Ou celle d\u2019un Paul de Tarse qui pense que la charité est seule digne d\u2019une quête absolue (1 Co.13) ?« Mère à la charité universelle », Marguerite d\u2019Youville a mérité la reconnaissance de l\u2019Église parce que, nonobstant les limites inévitables de ses discernements, elle a cherché à faire le bien tel que la conscience morale de son époque l\u2019interprétait.Puisse son exemple aider l\u2019Église à se centrer de nouveau sur cet essentiel, plutôt que de mettre en jeu sa crédibilité doctrinale et pastorale en s\u2019acharnant à défendre des positions éthiques que la communis persuasio des femmes et des hommes probes de notre époque ne supporte plus.¦ 11.\tFrancisco de Vitoria, De iustitia, Madrid, Beltran de Fleredia, 1934, Vol.I, p.8.12.\tThomas d\u2019Aquin, Summa Theologiae, la-llae, q.94, a.2.122\trelations mai 1991 RECENSIONS DE MAI lectures Jacques Julliard : Le génie de la liberté Jean-François Beaudet : L\u2019autre révolution CSÉ : Développer une compétence éthique pour aujourd\u2019hui Christian Mistral : Vautour Le génie de la liberté Souvent les grands bouleversements sont porteurs de signes que cachent les décombres des structures révolues.Certains confondent les signes avec les décombres.Ils voient dans la perestroïka et les retombées qu\u2019elle a provoquées, la débâcle intellectuelle et politique de la gauche et le triomphe, urbi et orbi, du mercantilisme.D\u2019autres, comme Jacques Julliard, voient dans l'effondrement du système totalitaire et de son idéologie, une victoire de la démocratie d\u2019une part, et la chance de réactualiser librement la critique du capitalisme de l\u2019autre.Dans un petit livre incisif et mordant, l\u2019auteur cherche à libérer une pensée de gauche ensevelie sous les décombres de la social-bureaucratie : « quel plus bel hommage à l\u2019idéologie que la fidélité que lui aurait conservée celui qu\u2019elle était en train de broyer ?» Sans trop se perdre en nécrospecti-ves, l\u2019auteur dévoile à grands traits les mécanismes de la stagnation et de l\u2019effondrement, pour s\u2019attaquer à la « bacchanale de l\u2019argent » et lui opposer, au-delà de Marx et de Taylor, un « modernisme de gauche ».Il s\u2019agit « d\u2019une démarche qui, tout en prenant en charge les problèmes de la social-démocratie, ne se limiterait pourtant ni à la défense tribunitienne des classes laborieuses, ni à la bataille pour la répartition des salaires ».S\u2019appuyant sur la pensée d\u2019André Gorz et d\u2019Alain Lipietz, Julliard accepte l\u2019économie de marché tout en s\u2019opposant à l\u2019envahissement des secteurs non économiques de la vie sociale par la rationalité économique, à la transformation de toutes les relations humaines en relations marchandes, et à la disparition de la notion d\u2019utilité sociale de la production.Il rejette l\u2019économie de prédation et les sociétés qui « n\u2019ont cessé de puiser dans le stock éthique accumulé au cours des âges antérieurs, sans souci de le renouveler ».Même si la plupart des exemples et des faits auxquels il se réfère relèvent de l\u2019expérience politique française et de ses structures, ceux-ci servent de point d\u2019appui à un corps d\u2019analyses non mélancoliques, qui reposent sur les droits de l\u2019homme et dont la pertinence reste internationale.On peut ne pas être d\u2019accord ou vouloir nuancer une analyse qui, dans un but politique implicite ou explicite, sacrifie parfois la profondeur à la clarté.Le génie de la liberté est cependant loin d\u2019être un « package deal ».Le livre s\u2019inscrit dans la préoccupation qu\u2019ont les hommes et les femmes engagés de redéfinir, dans la perspective d\u2019un humanisme chrétien, une pensée politique et sociale qui ne s\u2019arrête pas aux paniers de Noël.D\u2019une lecture agréable, d\u2019un style vif et piquant, ce livre est porteur d\u2019espoir.Même s\u2019il vise un peu trop utopiquement la fin de la civilisation du travail, il encourage la cristallisation d\u2019une nouvelle conscience sociale de gauche.Il stimule la réflexion pour la réactualisation des principes éthiques relatifs à la solidarité et aux droits collectifs.Sa perspective d\u2019action cherche à concilier « la demande de nouveaux droits sociaux qui émane de la société avec l\u2019individualisme résolu qui s\u2019y affirme ».La solidarité des faibles reste d\u2019autant plus importante dans l\u2019analyse qu\u2019en politique, « la peur des sans-pouvoir est la seule limite à l\u2019arrogance des puissants ».L\u2019auteur n\u2019a pas rattaché de conclusion à son livre.Voilà sans doute la marque d\u2019un bon éditorialiste, mais aussi celle d\u2019un historien d\u2019action, qui cherche à laisser grand ouvert l\u2019avenir.Une mise relations mai 1991 123 en garde toutefois : si « les névrosés de la solution unique peuvent bien changer de solution, ils ne changeront jamais de névrose.» Il faudra donc leur résister, ajoute-t-il, « avec la même sérénité que devant ».« Le communisme est mort.Le socialisme est impuissant.Le temps de l\u2019anticapitalisme commence.» ¦ Henri Sader L\u2019autre révolution Comme l\u2019indique bien le sous-titre (Écologie et non-violence sur une planète en danger), la révolution dont il est question ici est la révolution écologique, dans une perspective de non-violence.La distinction est maintenant bien établie entre les environne-mentalistes, qui veulent relever le défi de la crise écologique en corrigeant simplement le système, et les écologistes, dont le propos est de modifier en profondeur le système lui-même, particulièrement le « système productiviste » et de mettre en place un autre système politique.Il s\u2019agirait alors réellement d\u2019une révolution qui abolirait l\u2019État centralisateur en faveur d\u2019une centration sur le pouvoir local, d\u2019abord municipal, dans une perspective auto-gestionnaire et dans une économie qui, sans avoir renoncé à une certaine industrialisation, abolirait le productivisme et l\u2019obsession du marché.Le livre comprend trois chapitres.Le premier fait un survol très succinct de la planète en danger, entremêlant les données factuelles à l\u2019analyse socio-politique.Le deuxième propose la stratégie de révolution non violente, dans la lignée de Gandhi, et propose les principes de l\u2019écologisme.Le troisième chapitre aborde la question nationale sous l\u2019angle de l\u2019écologisme.Pour l\u2019auteur, la recherche d\u2019un Etat québécois est un cul-de-sac qui ne nous sort pas de la crise.Il faut une option écologique qui permette d\u2019affirmer le fait culturel d\u2019abord (il utilise le terme canadien ou canayen pour échapper à l\u2019exclusivisme québécois) et de retrouver les racines communes avec les Amérindiens.L\u2019insistance est à nouveau mise sur la non-violence.Le livre est complété par deux annexes : l\u2019une sur les principes du « Left Green Network » ; l\u2019autre sur la plate-forme du Réseau pour une « alternative » écologiste.Il s\u2019agit d\u2019un petit livre intéressant, généreux, clair et fort agréable à lire, qui témoigne bien des recherches en cours chez les nouveaux militants.C\u2019est un 124 livre très engagé, pour qui la révolution écologiste est une évidence et implique des harmoniques avec le féminisme, l\u2019intégration dans la nature, la non-violence, la participation démocratique, la diversité culturelle.C\u2019est également un livre qui témoigne bien des courants non officiels, on pourrait dire « underground ».On peut toutefois reprocher à l\u2019auteur de citer presque uniquement des sources de ce milieu, sans toujours présenter les nuances et les vérifications qui s\u2019imposeraient, et de nous proposer un cheminement linéaire en suivant ses sources pas à pas, l\u2019une après l\u2019autre.La pensée se veut politique, mais ne dépasse jamais le niveau de l\u2019utopie.Jean-François Beaudet formule des propositions avec beaucoup de conviction et semble très branché sur des actions de base.Sur ce point, son témoignage constitue une bouffée d\u2019air frais et c\u2019est une chance pour lui qu\u2019un éditeur ait pris le risque de le publier.Il faut souhaiter à l\u2019auteur beaucoup de travail intellectuel en écologie stricte et en sciences politiques pour qu\u2019il arrive à donner à sa pensée une plus grande maturité.¦ André Beauchamp État et besoins de l\u2019éducation Vvient de paraître le rapport annuel du Conseil supérieur de l\u2019éducation sur l\u2019état et les besoins de l\u2019éducation : Développer une compétence éthique pour aujourd\u2019hui : une tâche éducative essentielle.La conclusion affirme fermement qu\u2019il y a lieu de penser solidairement et de militer en faveur du pouvoir de tous de faire des choses librement.Ce ton énergique, optimiste et profondément humaniste traverse tout le rapport.En refermant la dernière page, on se plaît à rêver d\u2019une école, d\u2019une université et, au fond, de l\u2019ensemble d\u2019une société, qui témoigneraient des valeurs qu\u2019il contient.Prenant acte des divers changements sociaux, technologiques et politiques que nous vivons tous, le Conseil plaide pour une ascension de l\u2019humanité : « Accepter les interrogations qui jaillissent de la mutation sociale, aller au plus profond de la délibération intérieure qu\u2019elles suscitent et au bout du débat collectif qu\u2019elles requièrent, c\u2019est vivre éthiquement.C\u2019est à ce point que se situent une personne préoccupée du sens qu\u2019elle peut donner à sa vie et une société en quête d\u2019éthique.» (p.25) Abordant, tour à tour, les questions que soulèvent les divers rapports à maintenir entre la formation scientifique et la formation générale, entre l\u2019accessibilité et la qualité de l\u2019éducation, entre l\u2019expertise et la participation, entre la promotion personnelle ou collective et la solidarité et, enfin, entre la conservation et la transformation de la culture, le Conseil prend position on ne peut plus clairement pour le développement d\u2019une compétence éthique, compétence qu\u2019il estime aujourd\u2019hui essentielle tant chez les éducateurs que chez leurs élèves.Cette compétence n\u2019étant pas innée, il y a lieu d\u2019en assurer l\u2019acquisition et l\u2019école est, bien entendu, l\u2019un des lieux privilégiés pour remplir cette tâche.Selon le Conseil, les établissements d\u2019éducation devraient contribuer à son développement, en initiant les élèves à la recherche et au dialogue, en favorisant leur esprit critique et leur créativité et en les guidant sur la route de l\u2019autonomie et de l\u2019engagement.Pour ce faire, devraient être mis à contribution non seulement les diverses disciplines enseignées, tant celles à portée plus scientifique ou technique que celles à portée plus générale, mais également les activités parascolaires, les services à la communauté et l\u2019encadrement institutionnel.Bref, le Conseil en appelle à l\u2019ensemble du projet éducatif de chacun de ces établissements : « C\u2019est donc par tout ce qu\u2019il est et par tout ce qu\u2019il fait qu\u2019un établissement d\u2019éducation peut assumer la portée éthique de sa mission éducative et contribuer à développer une compétence éthique pour aujourd\u2019hui.Chaque dimension de sa vie est finalement porteuse d\u2019un message, plus ou moins explicitement.Et ce message est non seulement éducatif ; il est aussi, à proprement parler, éthique.» (p.50) À ceux qui risqueraient de se sentir dépassés par l\u2019ampleur de la tâche, le Conseil prend bien soin d\u2019indiquer que la plus modeste des contributions demeure toujours indispensable lorsqu\u2019il est question de perpétuer le sentiment de responsabilité de la personne humaine.À ceux qui craindraient une orientation (trop) éthérée, le Conseil se fait rassurant et souligne qu\u2019il s\u2019agit surtout ici d\u2019assurer un meilleur équilibre entre formation scientifique et formation générale : « La créativité éthique ne peut se passer de ces savoirs disciplinaires et techniques qui donnent prise sur une réalité sociale en mouvement.Ce sont ces savoirs qui permettent de maîtriser les faits et les situations et d\u2019en saisir la relations mai 1991 dynamique.Et la compétence éthique dont on parle pour aujourd\u2019hui est d\u2019abord tributaire d\u2019une juste lecture des faits et des situations.» (p.51) Et, enfin, pour ceux qui douteraient de la capacité des institutions à réaliser le projet proposé par le Conseil supérieur de l\u2019éducation, une note finale devrait tinter encore longtemps à leur oreille : « Au coeur des institutions comme des mouvements collectifs, derrière les moyens et les outils utilisés pour développer le discernement éthique, il y a des personnes dont l\u2019influence, même discrète, s\u2019avère primordiale.» (p.38) Inutile de dire que ce rapport est à lire.¦ Alain Bissonnette Mister Mistral Je me disais ces jours-ci qu\u2019il y aura un hommage spécial à rendre à Serge Gainsbourg.Gainsbourg - l\u2019âne pelé de nos belles consciences.Et puis je suis tombé sur le dernier Mistral : Vautour.Et ça a fait TILT.Et j\u2019ai vu glisser le long du même et beau paradigme : Vautour, dit « Magnet Man » à cause des barreaux de métal qu\u2019on lui plante dans la cage thoracique, Mistral lui-même, l\u2019American way, ses désastres, des enfances avortées, Mistral-Vautour, petits frères morganatiques, et puis Gainsbourg-Vautour - pour le beau et pur plaisir d\u2019une rime qui se découvre soudain nue, et signifiante.Gainsbourg : « je suis en sursis de ma propre naissance ».Mistral : « je suis un aveugle infirme en chaise roulante.et je suis au bord d\u2019une piscine, et on me pousse.» Mistral encore : « des lèvres.faites pour mâcher des chattes.là où Dieu dort ».Gainsbourg : mais voir toute son oeuvre.Voilà.C\u2019est ça Vautour.Un auteur-narrateur essaie de faire revivre les cendres d\u2019un co-loc trop attachant, mort subitement à l\u2019âge de Joplin, Hendrix, Morrison - et Caligula.Et l\u2019auteur qui tremble encore, qui louche (« tout ce qui louche est rigoureusement, scrupuleusement authentique »), se met alors à écrire « un grand livre sensible à ton absence ».Mistral écrivain moderne.Ouvert, branché (mais de grâce, pas au sens français-de-France du terme.- « je n\u2019ai branché moi-même les dates que récemment »), infiniment greffable.Ce faux-vrai récit d\u2019un mort toujours vivant est littéralement un récit hanté : Aquin, pour la forme, Robbie Krieger (des Doors), Molière, Heisenberg, Henry Fonda, pour le contenu, viennent faire bouger nos tables en formica.Moderne et actuel.Le livre de Mistral est monté comme un clip : devant-derrière, tantôt-demain, ici-ailleurs (« collage sadique (ou maso ?) de tes paroles et de leur sismographie qui rendra compte de ton passage parmi moi »).Clip en zoom-in : « je veux maintenant m\u2019approcher de cette chair menacée ».Pour bien écraser les différences Vautour-Mistral, fiction-réalité : « c\u2019est tout sur un même plan ».Moderne.Mistral, intertexte lui-même.Réussissant le tour de force de figurer dans son livre, de s\u2019appeler Mistral, enfant ou auteur de Vamp, puis de s\u2019oublier tout à fait, de remplir l\u2019air de son Vautour encore tout chaud, choukas ou chauve-souris, (« pendu par les seins et des crocs lui perçaient le poitrail l\u2019accrochant au ciel moqueur »), puis de parler de lui-même, « une ordure sensible avec un don pour la pub » ; lui-même encore : « un produit de consommation de masse, une marinade quantique épicée du principe d\u2019incertitude » ; puis de Mistral-Vautour : « je me sens vraiment cloué sur une île avec Vautour » - et de faire écrire par l\u2019éditeur le mot ROMAN en page couverture.Parce que ça se lit comme.Mais que ça dérange.Parce que c\u2019est écrit.Tout court.Vautour, « cette façon d\u2019errer de par la cabane en tournant sur lui-même, doigts épars et tête ondoyante, longue vague de viande rare, entière et pauvre penchant par derrière en écartant les bras pour dire Hey, man, c\u2019est évident, non ?» Mistral écrivain ?Mais c\u2019est le mec qui peut, à chaque mot, chaque phrase, chaque détour, surprendre, vous prendre, vous, ou la poudre d\u2019escampette.Qui réussit à vous lire le menu complet d\u2019un dépliant de resto crado sans vous faire sourciller.Parce que vous attendez quelque chose.Et que ça va venir.Ou que c\u2019est venu, avant, et que ça vous a chatouillé, piqué, agacé, ou terrassé.Parce qu\u2019il est là, dans le détour, le kamarade : chiant, tendre, génial, avec une tête à claque pas possible.Chiant et humble : « j\u2019ai pris le job de Dieu avec des moyens d\u2019avorton.» À Vautour qui l\u2019apostrophe sur son job d\u2019écrivain : « Je trouve ça malsain.T\u2019es un bag lady qui se lève de bonne heure pour passer avant les vidangeurs », Mistral confesse : « voilà, t\u2019as tout compris à la littérature ».Vraiment humble : « tous les chats qui reposent dans leur poilure de février vivent leur vie mieux que moi ».Je m\u2019emporte, je sais.C\u2019est la faute à Mistral, clone loucheur, ici et ailleurs (« j\u2019avais écumé leurs dictionnaires ») ; une mixture de VLB (notre première tête à claque nationale) et de Godbout dans une âme d\u2019enfant qui joue à être flagorneuse.Ou - pléonasme - une âme de VANESSA qui jouerait à faire l\u2019enfant se sachant assise sur du sang.Gainsbourg est mort.Salut Mec.Et du haut de ton ultime dope, salue bien bas Mister Mistral ! ¦ Richard Dubois références Jacques Julliard, Le génie de la liberté, Paris, Seuil, 1990 ; 182 pages.Jean-François Beaudet, L\u2019autre révolution.Écologie et non-violence sur une planète en danger, St-Laurent, Fides, 1990 ; 166 pages.Conseil supérieur de l\u2019éducation, Développer une compétence éthique pour aujourd\u2019hui : une tâche éducative essentielle, Québec, Les publications du Québec, Rapport an- nuel 1989-1990 sur l\u2019état et les besoins de l\u2019éducation, 1990 ; 53 pages.Christian Mistral, Vautour, Paris, XYZ (romanichels), 1990; 154 pages.relations mai 1991 125 environnement DÉVELOPPEMENT DURABLE POUR QUI ?Dans son rapport Notre avenir à tous, la Commission mondiale sur l\u2019environnement et le développement (Brundtland) nous propose un survol de la situation mondiale de l\u2019environnement en intégrant un point de vue tiers mondiste.La crise actuelle est à la fois écologique (destruction du milieu, épuisement des ressources, crise de l\u2019énergie, etc.), économique (production industrielle multipliée par 50 depuis un siècle, dont les 4/5 depuis 1950) et sociale (écart de consommation entre les nantis et les pauvres).Or l\u2019intérêt de l\u2019effort conceptuel du rapport Brundtland consiste justement à relier ces trois crises en une seule : « non, de crise, il n\u2019y en a qu\u2019une ».Pour parvenir à solutionner la crise, la Commission Brundtland propose un concept qu\u2019elle veut opérationnel : le développement durable (ou soutenable selon la traduction).Il faut en effet parler de développement puisque la misère n\u2019est pas souhaitable.« La pauvreté en soi est aussi une pollution ».La Commission parle de développement mais se refuse à parler de développement économique, car la preuve est faite par neuf, en ce cas, que le mot économique mange le mot développement, ce que n\u2019ont malheureusement pas compris nos « Tables » fédérale et provinciale qui parlent de développement économique et d\u2019environnement.« Business as usual ».Le concept de développement durable repose donc sur une triple considération : la satisfaction des besoins, en commençant par ceux des plus démunis, le respect de l\u2019équilibre des ressources et l\u2019équité dans le temps et dans l\u2019espace.Bref un objectif économique, un objectif écologique et un objectif éthique.Tenir ensemble les trois objectifs est un défi colossal, car cela ressemble un peu à additionner des pommes et des oranges.Paradoxalement, alors que l\u2019on sait à peu près ce qu\u2019est un écosystème en santé et que l\u2019on peut évaluer le rendement soutenu, alors qu\u2019on peut aussi évaluer les besoins humains, du moins pour les besoins primaires, personne n\u2019ose trop dire ce qu\u2019est l\u2019équité.L\u2019équité n\u2019est pas à confondre avec l\u2019égalité.Mais il est difficile de définir ce qu\u2019est un seuil acceptable d\u2019inégalité au sein d\u2019une société.Quand une inégalité devient-elle inéquitable ?Quand la différence devient-elle injustice ?Par exemple, le rapport de consommation d\u2019énergie entre les pays développés et certains pays pauvres s\u2019établit de 80 à 1.Le rapport de consommation tout court, de 40 à 1.Quand le salaire d\u2019un ou une p.d.g.est-il inéquitable par rapport à celui de son plus bas salarié ?Écart de 5 à 1, de 10 à 1, de 20 à 1 ?L\u2019insertion de la notion d\u2019équité au sein du développement durable révèle une émergence de l\u2019éthique au niveau des concepts politiques fondamentaux.Tenir ensemble l\u2019économie, l\u2019écologie et l\u2019équité au sein d\u2019un même concept tient de l\u2019utopie.Mais il est réjouissant de voir que l\u2019on puisse arriver à mettre de l\u2019avant de pareilles idées.Logiquement, on aurait pu s\u2019attendre à ce que les milieux d\u2019affaires éreintent pareil concept.Au contraire, ils ont plutôt décidé de réfléchir à la question.Mais en m\u2019en tenant au Rapport du Groupe de travail national sur l\u2019environnement et l\u2019économie (Ottawa, septembre 1987), le résultat de cette réflexion ramène le problème au binôme environnement et développement économique en évinçant le thème de l\u2019équité.La ruse est facile à percevoir.Mais comme les mots appartiennent à tout le monde et que le concept de développement durable est autrement plus ample que sa réduction stratégique à économie-écologie, un espoir demeure permis.Tout le processus décisionnel de nos sociétés amorce là un changement important.Qui donc peut définir l\u2019équité ?Il semble bien que sa vraie mesure réside dans l\u2019égalité des chances plus que dans l\u2019égalité du partage effectif.Ce qui laisserait entendre que la vraie mesure soit moins celle de la quantité des biens en soi que l\u2019ouverture et la malléabilité des processus de développement.L\u2019aliénation serait la pire inéquité.La mise à l\u2019écart des pauvres et la dépendance qui les empêche de maîtriser leur devenir seraient alors les concepts clés de la mesure de l\u2019inéquité.Si cela est vrai, on comprend qu\u2019au plan international l\u2019enjeu soit celui du développement endogène (en commençant par le rétablissement des termes de l\u2019échange), comme à l\u2019intérieur de chaque pays il passe par la mise en oeuvre d\u2019une participation démocratique.L\u2019équité consisterait d\u2019abord à traiter les gens comme des sujets de leur destin et de leur développement plutôt que comme des spectateurs.Ce ne sera pas un mince défi.Mais j\u2019ose continuer à croire qu\u2019il y a là un espoir ! André Beauchamp 126 relations mai 1991 DES LIVRES À DÉCOUVRIR.Sous la direction de Raymond Brodeur en collaboration avec Brigitte Caulier, Bernard Plongeron, Jean-Paul Rouleau et Nive Voisine Les catéchismes au Québec 1702-1963 En plus des 957 catéchismes qu'ils ont répertoriés, les auteurs ont voulu montrer les influences que ceux-ci avaient exercées sur la culture québécoise: religieuses etthéologiques, politiques et économiques.(Coédition: CNRS, Paris) VIII-464 pages, 42 $ Serge GAGNON Plaisir d'amour et crainte de Dieu Sexualité et confession au Bas-Canada La correspondance entre le curé de campagne et son évêque a mené l'auteur à un travail inédit, une «géographie» des moeurs bas-canadiennes.VIII-208 pages, 19,95$ Hi Brigitte CAULIER L'eau et le sacré Les cultes thérapeutiques autour des fontaines en France du Moyen Âge à nos jours Qu'il s'agisse d'uri culte religieux ou d'une pratique médicinale, la croyance dans les vertus thérapeutiques des fontaines n'en demeure pas moinsvive dans la France du Moyen Âge et d'aujourd'hui.(Coédition: Beauchesne, Paris) 176 pages, 25 $ Paul TILLICH La dimension religieuse de la culture Écrits du premier enseignement 1919-1926 La religion dans ses rapports avec la cultureestlethèmecentral de la pensée de Tillich, philosophe et théologien allemand, dont la pertinence des écrits a été redécouverte à l'occasion du centenaire de sa naissance.Paul Tich La dimension religieuse de la culture (Coédition: Cerf, Paris; Labor et Fides, Genève) VIII-312 pages 34$ Cité universitaire Sainte-Foy G1K7P4 Tel.(418) 656 5106 Téléc.(418) 656 3476 En vente chez votre libraire ou chez l'éditeur LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ LAVAL relations mai 1991 relations mai 1991 3,00$ no 570 SOMMAIRE face à l\u2019actualité\t99 Difficile démocratie (A.B.) - Les abus sexuels du clergé (F.T.) - Les médias et la guerre du Golfe (M.-F.C.) -Qui profitera du budget Wilson ?(R.B.) dossier\t103 Vu du Sud : le nouvel ordre international François Morissette Quel ordre international voulons-nous?\t104 Eduardo Galeano\tComme un enfant perdu.\t105 Walter Fernandes\tRien de bon pour nous\t108 Rachad Antonius\tPourquoi la guerre du Golfe ?\t111 Jean-Marie Glé et Marc Maesschalck\tL\u2019ordre nouveau\t114 en bref/environnement\t116/126 articles\t117 Gregory Baum\tLe pluralisme ethnique au Québec\t117 André Guindon\tL\u2019« inchangeable morale »\t120 ________________________________lectures_______________________________________123 Carte de la page couverture tirée de l'Atlas stratégique de Gérard Challand et Jean-Pierre Rageau (Bruxelles, Éd.Complexe, 1988, p.11).Une édition entièrement mise à jour, tenant compte des récents bouleversements géopolitiques, paraîtra en avril 91.NOTRE PROCHAINE SOIRÉE RELATIONS Pour renseignements, écrire ou télé-\tSurveiller l\u2019annonce qui paraît dans Le phoner à François Morissette ou Pauline Devoir, le jour même de la rencontre.Roy : 387-2541.Le lundi 27 mai 1991, de 19h30 à 22h00, à la Maison Bellarmin 25 Jarry ouest (métro Jarry).L\u2019entrée est gratuite.mai (avril) 1991 Courrier de deuxieme classe ; enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 25, rue Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 "]
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