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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1994-03, Collections de BAnQ.

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[" relations mars 1994 3,50$ no 598 Dans un Québec cassé en deux.(suite V) habiter la forêt 977003437800003 de chauffage très lourds.\tannonce le printemps?Que 0\u201e\t« \u201cs «'o\"~ \u201c « rss\u201c fillips cessa»^\ts»- Au seuil d\u2019un idieiempscidedO^^ sous\tf °0us paye'?S nous prêts à envisager une r p\tse prendront-  qui appartient-il - **»& ~\t?£££ elles^dans les officines ^9 n ous appel au* LdLns |e défaitisme - ou ^S53ÆS.=-sr-\u201d\u2019\u201d,\u201coi\u201c solidarités populaires et rurales?\tnotre appuipoiKrebât^oe pays.\t^t5Z\"\"e dUn Québec cassé en deux!\tCarolyn Sharp relations revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsa-bilité d\u2019un groupe membre de la Compagnie de Jésus.DIRECTRICE Carolyn Sharp SECRETAIRE A LA REDACTION Jean Périgny ASSISTANT A LA REDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE REDACTION Gregory Baum, Jean-Marc Biron, Jacques Boucher, Céline Dubé, Joseph Gi-guère, Julien Harvey, Guy Paiement, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Alain Bissonnette, Jean-François Bouchard, René Boudreault, Pierre-André Fournier, Vivian Labrie, Yves Lever, Jean Pichette, Jean-Paul Rouleau, Shirley Roy BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 25,00$ (taxes incl.) Deux ans: 45,00$ (taxes incl.) À l\u2019étranger: 27,00$ Abonnement de soutien : 50,00$ TPS: R119003952 TVQ: 1006003784 34 Les articles de Relations sont répertoriés dans Points de repères et dans le Canadian Periodical Index, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes en s'adressant à University Microfilm, 300 North Zeeb Road, Ann Arbor Michigan 48106-1346 USA.Envoi de publication - Enregistrement no 0143 relations mars 1994 face à \u2019actualité _ Un mémoire-manifeste Sommet sur l\u2019éducation coopérative La Journée internationale des femmes Le GATT et la question alimentaire UNE PROPOSITION DU FORUM PARITAIRE AUTOCHTONE-QUÉBÉCOIS a a l^i ous avons entendu des milliers de personnes à la \\\\ I I Commission, mais ce mémoire-là est le premier I qui provienne d\u2019un groupe mixte amérindien-qué-bécois.» Voilà les paroles avec lesquelles Me René Dussault, coprésident de la Commission royale sur les peuples autochtones, a accueilli le mémoire-manifeste que lui a soumis le Forum paritaire québécois-autochtone, le 29 novembre 1993.Le Forum paritaire québécois-autochtone est un groupe spontané, moitié amérindien, moitié québécois.Travaillant sans subventions gouvernementales, il se veut un groupe politique dont le but est de formuler une nouvelle entente complète entre les parties en présence.Parmi ses membres, mentionnons Gérard Drainville de l\u2019Assemblée des évêques du Québec, Diom Roméo Saganash du Grand conseil des Cris du Québec, Gérald Larose de la Confédération des syndicats nationaux, Jacqueline Kista- bish de l\u2019Association des femmes autochtones du Québec, Julien Harvey du Centre justice et foi et Edith Cloutier du Regroupement des centres d\u2019amitiés autochtones du Québec.Les autres membres représentent la Centrale de l\u2019enseignement du Québec, la Confédération des caisses Desjardins, le Conseil des Atikamekw et des Montagnais, le Grand conseil de la nation wôbanaki et la Ligue des droits et libertés.Le mémoire-manifeste du Forum est bref, dix-neuf petites pages.Centré sur le Québec et les onze peuples autochtones qui y vivent, à côté des Québécois d\u2019origine française, anglaise ou autre, il a envisagé l\u2019ensemble du défi posé par ce qui est en fait la plus longue histoire de convivance au Canada.Sans entrer dans les détails, il a trouvé le moyen de dire des choses précises et engageantes sur l\u2019impératif territorial, l\u2019autonomie de chacun de ces peuples, le nouveau contrat social éventuel, les formes relations mars 1994 35 de possession du territoire, les défis culturels et en particulier linguistiques, le progrès économique autonome et associé, les relations de chaque peuple avec ses congénères vivant hors du Québec, la constitution d\u2019une économie et d\u2019une culture circumpolaire.L\u2019intervention du Forum paritaire auprès de la commission royale reconnaît aux peuples autochtones et au peuple québécois les mêmes exigences d\u2019identité moderne, en particulier le besoin d\u2019autonomie, le besoin d\u2019une terre où ils soient maîtres, le besoin de subvenir à leur propre vie, le besoin de conserver et de faire croître leur langue et leur culture, le besoin d\u2019établir des relations internationales.Il n\u2019y a aucune raison valable de permettre tout cela aux uns et de le refuser aux autres.Il appartient et il continuera d\u2019appartenir à chacun des peuples autochtones de conserver et de développer sa culture.Mais une collaboration s\u2019imposera de plus en plus, au niveau scolaire par exemple, ou au niveau des médias de communication.Le Forum ne croit pas qu\u2019il faille faire d\u2019une langue seconde une condition essentielle de l\u2019association; mais il recommande que le français serve de langue d\u2019échange; par ailleurs, il souhaite vivement que la connaissance des langues autochtones se développe au Québec.De même, le Forum insiste sur la nécessité d\u2019une nouvelle alliance qui doit remplacer les solitudes actuelles.Cette alliance doit être mise en marche dès maintenant, même si tous les peuples n\u2019y participent pas; on doit rendre la première phase assez évidente et assez productive pour que les réticences des non-participants tombent d\u2019elles-mêmes.En particulier, les gouvernements des onze peuples aborigènes et du peuple québécois doivent créer dès maintenant un organisme de vigilance sur les négociations, pour assurer que le droit prime partout.Le mandat de cet organisme durera aussi longtemps que les négociations et il sera remplacé par un tribunal permanent du type de celui de Wai-tangi en Nouvelle-Zélande.La réclamation de territoires par les autochtones à l\u2019intérieur du Québec est fondée.Les premiers envahisseurs, français et anglais, agissaient en vertu d\u2019une conception de l\u2019univers que pratiquement personne ne partage plus: selon eux, la terre créée par Dieu devait être occupée partout.Or, les espaces qu'ils découvraient dans les Amériques, surtout lorsqu\u2019ils rencontraient des nomades, leur paraissaient vides et donc appartenaient au premier occupant stable.En conséquence, le Forum n\u2019accuse personne, mais veut trouver les meilleures formules de retour à la justice dans notre temps.Il envisage deux types de possession du sol: d\u2019une part, des territoires autonomes à forte majorité autochtone et d\u2019autre part, des territoires plus vastes, à gestion partagée et à partage des revenus.Un statut spécial assurera la survie culturelle des autochtones en milieu urbain (environ la moitié des 80 000 Amérindiens et Inuit du Québec).Plusieurs des peuples impliqués dans la réflexion du Forum n\u2019ont pas les mêmes frontières que le Québec.Le Forum reconnaît ce fait et en tire les conséquences: chacun des peuples impliqués pourra établir des alliances avec ses congénères au-delà des frontières.Et on présume qu\u2019une attitude de confiance réciproque et de clarté démocratique dans les négociations sera le climat normal de ces alliances, en particulier, lorsqu\u2019on avancera dans l\u2019économie circumpolaire.En ce qui concerne le rattachement actuel du Québec et du Canada, la réflexion du Forum est aussi valable selon qu\u2019on envisage un Québec souverain ou un Québec rattaché à la confédération canadienne.Advenant une séparation, le Québec devrait reconnaître tous les engagements du Canada à l\u2019égard des au- VERS UNE CULTURE PUBLIQUE COMMUNE AU QUÉBEC Rapport synthèse Une session, organisée par le Secteur des communautés culturelles du Centre justice et foi a groupé, du 16 au 19 août 1993, une centaine de personnes impliquées dans les relations interculturelles et venant de divers milieux: immigration, Églises, syndicats, organismes de services.La réflexion a porté sur le défi de développer une culture publique commune acceptable par les groupes en présence au Québec: Amérindiens, Canadiens français de vieille souche, Canadiens anglais de même enracinement et arrivants récents.Diverses autres options interculturelles sont actuellement possibles pour les Québécois: la convergence culturelle, l\u2019intégration pluraliste, le multiculturalisme, le transculturalisme, etc.Le choix de la culture publique commune a été proposé à la réflexion et aux débats des participants, comme celui qui laisse davantage de place à la pluralité et à la cohésion sociale et aussi à un certain plaisir de vivre ensemble! Le Rapport synthèse de la session (16 p.) est disponible au coût de 10,00$, en s\u2019adressant à: Pauline Roy-Servant, Centre justice et foi 25 rue Jarry ouest, Montréal Qc H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 36 relations mars 1994 tochtones, jusqu\u2019à renégociation.Politiquement, il deviendrait une nouvelle alliance, formée de douze peuples associés, démocratiques, dotés d\u2019une charte commune des droits et, de plus, reconnaissant un mécanisme de règlement des différends qui ferait suite à celui de la période de transition.De même, le Forum imagine un mécanisme de transition, prévoyant des règles et des institutions pour gérer la transition, reconnaissant le caractère arbitraire de trop de transactions passées, où le rapport de force et la force des nombres a remplacé le droit.Sur le plan politique, le Forum considère qu\u2019une Constituante devra définir d\u2019égal à égal le cadre politique de cette nouvelle alliance entre les douze peuples.Sur le terrain économique, il semble évident qu\u2019un développement commun des peuples associés est nécessaire et possible.Les liens existants sont déjà considérables; à partir d\u2019eux, une économie commune et croissante est possible et profitera à tous.Le mémoire-manifeste du Forum paritaire québécois- autochtone propose un projet de société complet.Nous ne doutons pas de la difficulté de certains points.En particulier, la question des territoires autonomes et celle des territoires à gestion partagée.De même, le passage des peuples autochtones à une autonomie réelle est une opération coûteuse, où l\u2019aide de tous les compatriotes plus aisés sera requise.Ceci demande une conversion, que le Forum pense pouvoir aider.Si en effet le projet du Forum est accepté par ses membres, cela signifie que pra-tjquement toute la population du Québec l\u2019accepte (syndicats, Église catholique, Mouvement Desjardins, etc.).Serons-nous conséquents avec nos solidarités?Pouvons-nous espérer que les peuples autochtones qui ne se sont pas encore joints au Forum se laisseront entraîner par le mouvement actuel?Si oui, ces solitudes qui ne peuvent plus continuer feront place à des relations nouvelles entre Autochtones et Québécois.¦ Julien Harvey UN AUTRE PAS VERS L\u2019ÉCONOMIE SOCIALE alors que le temple érigé par les dernières générations n\u2019en finit plus de s\u2019effondrer; alors que, il faut bien l\u2019admettre, les prophètes ne savent tout simplement plus à quel saint se vouer; alors que nos institutions les plus chères tombent l\u2019une après l\u2019autre dans le fossé de l\u2019insignifiance; alors que La Presse du dimanche 14 novembre titrait à la une que Montréal avait perdu quelque 45 000 emplois en trois mois, et que Le Devoir du même jour, à la une de son cahier Économie, coiffait du mot « Paradoxe » son titre annonçant que la reprise est malheureusement.«austère», une bouffée d\u2019air frais est passée sur notre espoir collectif tant malmené.D\u2019où vient cette brise?Des coopératives! Non pas coopératives en tant que coopératives.Mais coopératives en tant que réseaux-qui-recommencent-à-se-parler.C\u2019est-à-dire à se re-lier.Car pour une deuxième fois en dix-huit mois, les réseaux coopératifs québécois se réunissent pour abaisser les cloisons entre eux.Et ils le font en parlant de leur finalité, du pourquoi, et surtout du pour qui de toute cette activité économique des coops québécoises.Cette brise provient du Sommet sur l\u2019éducation coopérative, tenu à Montréal, du 12 au 14 novembre dernier.Plus de 300 personnes ont adopté un train de résolutions toutes plus intéressantes les unes que les autres sur les moyens concrets qui doivent être pris pour que non seulement la société en général, non seulement les jeunes dans nos écoles, mais même les membres des coopératives entendent enfin parler des valeurs coopératives.Et pas seulement les membres, mais les dirigeants et dirigeantes! Et les employés aussi! Je vous entends railler, disant que cela aurait dû être fait depuis longtemps.Vous avez raison.Mais «longtemps», c\u2019est relatif.D\u2019autant plus que la coopération, comme le syndicalisme, n\u2019est qu\u2019une invention du siècle dernier.Vous conviendrez qu\u2019il 1.Cet outil est disponible au Conseil de la Coopération du Québec, Lévis, (418) 835-3710.est heureux qu\u2019on se remette à parler de valeurs coopératives dans nos coops! Non pas «en parler», mais «enseigner».Car la brise dont je vous parle est la découverte de la nécessité de faire ENSEMBLE cette éducation des cinq millions de coopérateurs et coopératrices que compte le Québec.Le meilleur est que cette brise risque de devenir contagieuse.Car le Sommet, tenu sous l\u2019égide du Conseil de la coopération, a également accueilli la CSN, la CEQ, les universités, certains collèges offrant l\u2019option «techniques administratives et coopération», plusieurs corporations de développement économique et communautaire, certains groupes populaires, quelques fonctionnaires, bref, une bonne partie de ceux et celles qui tentent d\u2019empêcher le Québec de basculer tout entier dans le gouffre du néant économique et du déchiquetage des valeurs.Fut alors prise la décision de mettre les ressources en commun afin d\u2019éduquer, non seulement les élèves, mais les coopérateurs, les syndiqués, les enseignants, les fonctionnaires, etc.aux valeurs d\u2019égalité, de prise en charge, de démocratie, de solidarité, de coopération.On est loin de la coupe aux lèvres, bien sûr.Mais sans de tels sommets, comment faire advenir une économie sociale et solidaire?Et, comme pour nous indiquer que tout cela n\u2019est pas que palabres, le Sommet a déjà permis au concret de s\u2019incarner dans un répertoire1 complet de ce qui se fait en éducation coopérative au Québec.Un outil fort important, que le Mouvement n\u2019avait pas encore réussi à se donner depuis des décennies, produit par le chercheur Yvan Comeau, en collaboration avec la Chaire de coopération Guy-Bernier de l\u2019UQAM.Mieux encore, le Sommet s\u2019est ouvert sur le lancement de la Fondation d\u2019éducation à la coopération, outil destiné, comme son nom l\u2019indique, à supporter les activités éducatives, non seulement dans les coopératives, mais dans toute la société.¦ Marcel Arteau Directeur général de la Fédération québécoise des coopératives de travail relations mars 1994 37 QUAND LES PEUPLES PERDENT LEUR DROIT À SE NOURRIR EUX-MÊMES' avec le GATT, le commerce est devenu un absolu: «.la liberté et la fluidité des échanges économiques entre les peuples constituent un gage absolu d\u2019élévation des niveaux de vie et d\u2019emploi, de prospérité mondiale, d\u2019harmonie et ultimement de paix (p.120)2.» Cette phrase de Bernard Landry résume bien la philosophie sous-jacente aux discussions du GATT : promouvoir le commerce le plus libre possible, comme si le monde était d\u2019abord un vaste marché, avant d\u2019être un ensemble de personnes regroupées en peuples qui ont des droits et des devoirs, entre autres le droit à se nourrir eux-mêmes.Le choix qu\u2019a fait le GATT, c\u2019est de permettre aux grands pays, ou aux grandes associations de pays, de produire pour le marché mondial et d\u2019avoir leur place sur ce marché, plutôt que de permettre à tous les peuples de se nourrir eux-mêmes.Le GATT réduit la question alimentaire à une question commerciale.Le pays le plus fort ou le groupe de pays le plus fort finira par dominer le monde ou une partie du monde par l\u2019arme alimentaire.Évidemment, dans une telle orientation, les pays à faible économie n\u2019ont pas leur place.De fait, dans le GATT, ils n\u2019existent même pas (pensons à l\u2019Afrique).On continuera à entretenir dans la dépendance, par le dumping, des peuples qui auraient pu autrement mettre sur pied des industries alimentaires régionales et des marchés régionaux, et atteindre ainsi une certaine autosuffisance alimentaire.Il y a là, il me semble, un manque de respect de la dignité des peuples à vouloir se nourrir eux-mêmes.Le GATT donne à quelques nations privilégiées le droit implicite de nourrir le monde.Pour un nouvel ordre alimentaire mondial, il faudrait plutôt substituer le droit explicite des peuples à se nourrir eux-mêmes (Bertrand Hervieu, CNRS-France).Le monde n\u2019est pas qu\u2019un vaste marché d\u2019échanges, mais un ensemble de peuples frères dont la dignité demande à être respectée, en premier lieu dans leurs besoins élémentaires.L\u2019orientation choisie par le GATT ne me paraît pas aller dans cette direction.Ceux qui souhaitaient retirer l\u2019agriculture du GATT, comme on l\u2019a fait pour la culture, avaient raison.¦ Gérard Drainville Ce texte de Mgr Drainville, évêque d\u2019Amos, est paru dans La Terre de chez-nous, semaine du 6 au 12 janvier 1994, p.5.Bernard Landry, Commerce sans frontières, Éd.Québec/Amérique, 1987; 189 p.QUE FEREZ-VOUS EN CE 8 MARS 1994?hurlerez-vous contre la terrifiante égalité de certaines femmes qui, en devenant juges, policières ou généticiennes, semblent avoir acquis l\u2019insensibilité et la bêtise qu\u2019on avait pu espérer réservée à certains hommes?Ou savourerez-vous les victoires, grandes ou petites, qui ont ouvert aux femmes les portes des lieux de travail traditionnellement masculins?Pleurerez-vous avec les femmes violées par des soldats de toute origine, avec celles qui ont vu l\u2019arbitraire armé torturer leur conjoint, fusiller leurs parents, enlever leurs enfants?Ou vous réjouirez-vous avec les gagnantes de toutes sortes qui ont triomphé sur les grandes scènes sportives, scientifiques ou culturelles?Déplorerez-vous la faible représentation féminine dans nos parlements et dans trop de nos institutions?Ou célébrerez-vous la valeur du travail bénévole des femmes qui, avec assiduité et persévérance, cherchent ailleurs que dans l\u2019arène politique à rendre la vie un peu meilleure?Redirez-vous, encore et encore, les liens statistiques implacables qui, dans nos sociétés, continuent d\u2019unir maternité et pauvreté?Ou affirmerez-vous, haut et fort, que mettre des enfants au monde reste le plus beau pari qui soit?Vous insurgerez-vous contre le fait que travail égal n\u2019entraîne toujours pas de salaire égal?Ou admirerez-vous les mille et un chemins d\u2019autonomie maintenant découverts, entretenus et empruntés par une multitude de femmes?Trouverez-vous un goût amer à toutes ces lois qui, sous couvert de lutte à la pornographie, ridiculisent la pensée féministe?Ou admirerez-vous la détermination (sinon la réflexion) d\u2019une très jeune fille qui exige, avec un certain succès, rien de moins que le bannissement de la violence à la télévision?Baisserez-vous les bras devant la triste constatation que les disparités économiques, les différences culturelles ou le poids de l\u2019histoire divisent les femmes autant que les hommes?Ou chanterez-vous avec les femmes qui vous sont proches la richesse de la sororité quotidienne?Pour ma part, il est probable qu\u2019en ce 8 mars 1994 je sois tentée de ne rien choisir et de tout faire à la fois.Peut-être d\u2019ailleurs est-ce la raison d\u2019être de cette journée internationale des femmes: nous permettre de mesurer le chemin déjà parcouru autant que celui qui reste à faire.¦ Francine Tardif 38 relations mars 1994 DOSSIER habiter _ la forêt.Normand Blouin/STOCK mmm ®ÊÊÊË0ÿ& &PÊÊ&ÈÊÉÊÈ& IPIÜIBRP mm* relations mars 1994 39 VIVRE DE LA F0RÊ1 par Bernard Hudon1 au Québec, plus de 100 000 emplois dépendent de la forêt.De la coupe de bois à la vente du produit fini, l\u2019industrie forestière est historiquement une des plus grandes sources de richesse au pays.Mais cette industrie si vitale à l\u2019économie québécoise est en crise.De plus, cette situation est un facteur central dans le dépeuplement et l\u2019appauvrissement des régions éloignées du Québec cassé en deux.La crise qui sévit dans l\u2019industrie forestière est surtout structurelle.Certes, il existe des éléments conjoncturels reliés à Pour bien vivre de la forêt, il faut bien habiter la forêt.la crise économique et au marché international de plus en plus concurrentiel.Les usines vétustes, des difficultés d\u2019approvisionnement en bois, l\u2019incapacité d\u2019absorber le coût de l\u2019aménagement forestier dans le prix du bois démontrent comment un développement axé sur la prospérité à court terme a abouti à un appauvrissement global, tant sur le plan économique que sur le plan écologique.De l\u2019exploitation sauvage des forêts publiques par des grosses compagnies forestières au manque de réinvestissement dans les usines, nous avons assisté béats au minage de notre capacité de bien vivre de cette immense richesse naturelle que sont les forêts.Les forêts québécoises sont parmi nos grandes richesses collectives.D\u2019ailleurs, la forêt commerciale est à 90% de propriété publique.Mais, en tant que principal propriétaire de nos forêts, les gouvernements québécois successifs ont échoué dans leur rôle de gestionnaire de cette ressource naturelle renouvelable.Ce n\u2019est qu\u2019en 1986 que le gouvernement québécois s\u2019est donné des moyens effi- caces de contrôler les opérations forestières en empêchant la surexploitation et en assurant un minimum d\u2019aide à la régénération des forêts.Mais ces mesures sont bien tardives (l\u2019Allemagne et la Suède les ont prises au XIXe siècle) et beaucoup de gens des régions ont perdu confiance dans la capacité du gouvernement à Québec de bien gérer nos forêts.Et c\u2019est pour cela que plusieurs souhaitent un débat public sur la gestion démocratique de cette ressource.Bref historique 1860 Déclin de l\u2019exploitation intensive du pin pour la construction navale anglaise.Développement de l\u2019industrie du sciage pour la construction domiciliaire américaine.1880 Développement du système des concessions forestières qui donne l\u2019exclusivité de la coupe pour 99 ans aux compagnies qui opèrent sur les terres publiques québécoises.1900 Première vague d\u2019implantation d\u2019usines de papier au Québec permettant l\u2019exploitation des petits arbres à bois mou: sapins et épinettes.Pour développer les papetières canadiennes, l\u2019Ontario interdit l\u2019exportation de bois à pâtes coupé sur les terres publiques.Le Québec fait de même en 1910.1910 À la demande des journaux américains, le gouvernement des États-Unis abolit les droits de douane sur le papier journal.Lors de la première guerre mondiale: prospérité des papetières canadiennes, les journaux américains ne pouvant s\u2019approvisionner en Europe.Pendant 50 ans, 80% de la production canadienne de papier journal sera vendue aux États-Unis.1920 Épuisement des forêts de l\u2019Est américain.Guerre économique du papier entre l\u2019International Power & Paper Co.(CIP au Canada) appuyée par les journaux américains et un cartel de compagnies canadiennes regroupées par la Banque Royale et appuyées par l\u2019Ontario et le Québec.Ce cartel contrôle 70% de la production canadienne de papier.1930 Le cartel canadien s\u2019effondre.Plusieurs des compagnies canadiennes sont achetées par des journaux et des compagnies papetières américaines.Aux États-Unis, programme national de reboisement des forêts.IPP est le plus grand producteur mondial de papier et d\u2019électricité.1950 Mécanisation et professionnalisation du travail en forêt.1960 Concentration des scieries au Québec qui se spécialisent dans la production de copeaux pour les papetières.1970 Une loi provinciale propose la révocation graduelle des concessions forestières sur les terres publiques; succès de l\u2019opération pour un tiers seulement des concessions.Crise du secteur forestier.Le fédéral et le provincial subventionnent les papetières.Suite aux Opérations-Dignité, développement de coopératives de travailleurs forestiers et de regroupements de propriétaires de lots boisés.1980 Aux États-Unis, construction d\u2019usines à papier, surtout dans le Sud.Récolte des forêts reboisées dans les années 1930.57% du papier journal consommé aux États-Unis provient du Canada.Bernard Hudon 40 relations mars 1994 En même temps que l\u2019exploitation des forêts publiques remplit les coffres des grandes industries, ce sont souvent les forêts privées qui sont les plus productives, surtout si on considère que 20% du bois récolté au Québec vient de ce 10% de forêt commerciale.Mieux entretenues -car leurs propriétaires ont un intérêt direct dans leur reboisement -, et situées à l\u2019orée des villes et villages, ces forêts suggèrent des éléments de solution.Dans ce milieu, des initiatives comme les regroupements coopératifs de petits propriétaires ont permis l\u2019émergence d\u2019une vision nouvelle de ce que pourrait être un développement forestier authentique et durable au Québec.C\u2019est pour cela que, dans les différentes régions du Québec, on réclame une refonte des politiques de forêts commerciales qui allierait gestion collective et propriété privée.Parler de la forêt nous confronte à la réalité du territoire que nous habitons.Alors que pour bien des citadins, la forêt est un milieu de vie naturel, lieu des vacances, de détente et de plaisir, les gens des régions savent que la forêt est une source de richesse dont il serait possible de vivre décemment, tout en respectant les exigences d\u2019un développement durable tant du point de vue économique et social que du point de vue écologique et communautaire.Les gens savent que pour bien vivre de la forêt il faut bien habiter la forêt.Bien habiter la forêt, voilà le défi qui nous intéresse dans le présent dossier.Du point de vue de la production du bois, il s\u2019agit de soigner la forêt par un aménagement forestier, c\u2019est-à-dire permettre une coupe qui tient compte de la capacité de la forêt de se régénérer, assurer le plus rapidement possible la reprise de la forêt après la coupe, augmenter la production de la forêt et privilégier la biodiversité.Habiter la forêt, c\u2019est aussi repenser la transformation du bois.Privilégier la transformation locale tout en diminuant la pollution, maintenir la qualité des équipements tout en assurant une formation continue aux travailleurs, diversifier ses produits tout en favorisant l\u2019innovation sont des défis de première importance.D\u2019ailleurs, l\u2019expérience de certains pays de l\u2019Europe, dont la Suède, nous démontre que de telles pratiques peuvent augmenter le rendement de nos forêts tout en réduisant les coûts de transformation à moyen et à long terme.1.Jésuite, biologiste et stagiaire à la revue Relations.Il a enseigné à l\u2019École de Foresterie de Duchesnay.Plus de 100 000 emplois dépendent de la forêt québécoise.Cette industrie vitale est en situation de crise.Les régions éloignées du Québec paient le prix d\u2019une mauvaise gestion de cette richesse.Dans un premier article, Hugues Dionne souligne l\u2019importance de régionaliser la gestion des forêts.Par la suite, Luc Bou-thillier examine les fermes forestières, y voyant un concept-clé des revendications régionales pour un développement authentique.Ces deux articles axés sur la production forestière seront suivis d\u2019un texte de Claude Rioux sur l\u2019industrie papetière.Analysant la crise structurelle qui sévit dans la principale industrie de relations mars 1994 transformation du bois, cet auteur y décèle un manque chronique d\u2019investissements et de respect pour la forêt québécoise, tout en espérant un changement de vision chez les principaux acteurs de cette industrie.Habiter la forêt pour en vivre est un choix vital.Il l\u2019est pour les gens qui habitent les régions périphériques, mais il l\u2019est aussi pour l\u2019ensemble de la population québécoise.¦ Jean-François Leblanc/STOCK VERS UNE Un des enjeux centraux pour tout le Québec d\u2019aujourd\u2019hui est sans doute la migration continue de populations régionales en quête de travail.La ville, réservoir d\u2019emplois, n\u2019existe plus.Dans les communautés en chute démographique, la situation est de plus en plus dramatique.En moyenne, le nombre d\u2019adultes baisse de 9,5%, celui des jeunes de 43% et celui des personnes âgées s\u2019accroît de 24% (Conseil des affaires sociales, 1989).Plusieurs résidents régionaux en quête d\u2019emploi sont réduits à utiliser, de manière informelle, des straté- Pour les résidents de plusieurs municipalités «forestières» québécoises, le territoire forestier consti- tue le premier support économique, social et aussi culturel de développement local et régional.gies sociales et économiques de survivance, en appoint à l\u2019assurance-chôma-ge.L\u2019épuisement des ressources premières brise leurs racines et compromet leur avenir de travail.Rappelons-nous que le secteur forestier est le pilier économique de la plupart des régions périphériques au Québec et qu\u2019il procure de l\u2019emploi à 15% de la main-d\u2019oeuvre, dans 373 municipalités québécoises.C\u2019est cette situation des régions qui nous oblige de plus en plus à traiter la question forestière en termes de développement du territoire forestier lui-même.La distinction de deux perspectives (voir notre encadré) permet de mieux expliciter la complexité socio-économique des processus d\u2019exploitation des ressources premières, patrimoines de toute la NOUVELLE STRATEGIE par Hugues Dionne1 collectivité québécoise.Tous s\u2019entendent pour dire comment la croissance du secteur forestier est centrale pour tout le Québec.En fait, elle est profitable pour qui?Compte tenu des enjeux socio-économiques des régions, les résidents régionaux posent de plus en plus la question du contrôle des retombées économiques des ressources forestières.La question régionale est fortement liée à la question forestière et par conséquent à la stratégie forestière québécoise.L\u2019approche de la forêt habitée et à habiter a de plus en plus d\u2019adeptes.Habiter la forêt pourrait augmenter les possibilités d\u2019une sylviculture responsable et d\u2019un meilleur contrôle local et régional des potentiels socio-économiques du territoire Industrie à développer ou forêt à habiter?Il est possible d\u2019aborder la question forestière selon deux perspectives assez différentes: on peut interroger la performance du secteur industriel forestier en fonction de la qualité et de la disponibilité de la ressource, ou encore examiner la vitalité du territoire forestier comme lieu polyvalent d\u2019activités.-\tSelon la première perspective, celle de la croissance du secteur forestier, l\u2019intervention forestière est élaborée en fonction de la matière ligneuse.Le territoire forestier est le lieu-support de matières premières.Plus centrée sur la performance industrielle, cette perspective est surtout sensible aux possibilités macro-économiques de développement commercial, compte tenu de la mondialisation des marchés.Paradoxalement, la dynamique est a-territoriale; le marché international du secteur forestier importe davantage que le développement d\u2019un territoire spécifique, bien que celui-ci peut jouir d\u2019effets externes bénéfiques en fonction de la performance de l\u2019entreprise forestière.La crise forestière actuelle nous révèle la nécessité de développer de nouvelles stratégies de diversification et de mise en marché qui, pour rendre le produit concurrentiel, doivent s\u2019appuyer sur un faible coût d\u2019exploitation de la matière ligneuse et de financement des opérations.-\tLa seconde perspective est avant tout centrée sur le développement du territoire forestier.La préoccupation principale porte sur la forêt comme lieu de travail et de loisir.C\u2019est la forêt à habiter.Le territoire forestier est envisagé comme lieu polyvalent d\u2019activités et d\u2019aménagement et devient un attribut de développement régional.Ce qui ne veut pas signifier que le résident de la forêt est insensible à la production forestière.Au contraire, c\u2019est la performance de la production forestière elle-même qui peut lui assurer la pérennité de ce milieu de vie, mais à condition d\u2019être mieux contrôlée par les gens qui habitent le territoire.L\u2019approche du développement régional est principalement centrée sur les facteurs de développement d\u2019un territoire donné, une région par exemple.L\u2019échelle territoriale change.Le calcul des répercussions économiques d\u2019un secteur d\u2019activité ne s\u2019établit plus strictement sur une base nationale, mais régionale, voire locale.L\u2019économie est ici liée à un espace, à un territoire donné, à une société locale ou régionale.L\u2019approche territoriale se distingue ici de l\u2019approche sectorielle.Elle nous conditionne à examiner l\u2019interdépendance des facteurs de développement propre à un territoire donné (Collectif du GRIDEQ, 1993).Hugues Dionne 42 relations mars 1994 forestier.En fait, pour les résidents de plusieurs municipalités «forestières» québécoises, le territoire forestier constitue le premier support économique, social et aussi culturel de développement local et régional.Les retombées sociales des activités économiques sont valorisées, en même temps qu\u2019est dénoncé le caractère déstructurant d\u2019une exploitation forestière intensive pour le milieu local.Les processus micro-économiques sont mis en valeur de manière à permettre une multiplication de petites unités de production, une grande diversité de produits forestiers et à assurer une permanence du territoire habité.Les explorations socio-économiques actuelles en régions périphériques, comme l\u2019établissement de fermes forestières (rétrocessions de lots en Abitibi, co- 1.Professeur de sociologie et de développement régional, membre du GRIDEQ, Université du Québec à Rimouski.mité forestier de Matane, forêt-modèle dans le Bas-Saint-Laurent, etc.), les expériences de sylviculture et de transformation de la biomasse forestière rendent bien compte, sous divers angles, de cette volonté de réaliser un développement local et régional à partir du secteur forestier.Selon cette perspective, le territoire forestier québécois joue évidemment un rôle économique, mais remplit aussi des fonctions sociales et culturelles majeures pour le développement régional.C\u2019est comme si la séparation en dimension économique et en dimension sociale de ces expériences concrètes était non pertinente pour bien comprendre les enjeux du développement local et régional; des approches holistiques et globales sont toujours mises de l\u2019avant pour définir et gérer ces projets.La nécessité d\u2019avoir une autre approche économique, de développer une «autre économie» qui intègre les aspects sociaux et culturels de l\u2019exploitation forestière risque d\u2019être déterminante pour l\u2019avenir de la stratégie forestière québécoise (Série télévisuelle Terre de bois, 1992).Il faudrait parler ici de l\u2019économie sociale de la forêt.Une même revendication Les conséquences de la crise forestière québécoise actuelle font mieux voir et comprendre un état de crise régionale dénoncé depuis longtemps par les mouvements populaires pour le maintien du territoire.L\u2019exploitation forestière a toujours été au coeur des stratégies de développement des régions du Québec.Plus encore, la forêt québécoise a joué un rôle social et culturel majeur pour le devenir québécois.L\u2019expansion territoriale du XIXe siècle s\u2019est faite à partir de stratégies agro-forestières qui ont déterminé les profils des sociétés régionales.'¦>{ *aY J*.Eap&w wimm T'Æf\" ¦ v?V i a#** N tfs * La forêt québécoise a joué un rôle social et culturel majeur pour le devenir québécois.La crise forestière actuelle nous révèle la nécessité de nouvelles stratégies de développement.On a intérêt à exploiter et utiliser la forêt dans l\u2019esprit d\u2019un patrimoine collectif et public.relations mars 1994 43 La dissolution du système agro-forestier, durant les années cinquante, la modernisation des activités régionales de production, la spécialisation et la professionnalisation de la main-d\u2019oeuvre forestière annonçaient la «fin d\u2019un règne» et remettaient en cause, dans plusieurs zones de colonisation, un équilibre précaire entre développement agricole et exploitation forestière.Le maintien des populations, dans certaines zones rurales, apparut alors comme étant irrationnel et non rentable pour l\u2019industrie.Les modifications structurelles de l\u2019économie provoquèrent l\u2019affaiblissement, voire la fermeture, de diverses zones forestières habitées.Les collectivités touchées par cette déstructuration territoriale réagirent vivement et clamèrent leur volonté de vivre des ressources de leurs territoires.Il faut se rappeler que la résistance populaire qui s\u2019organise au tournant des années soixante-dix (comme le mouvement des Opérations Dignité dans l\u2019Est du Québec) pour contrer le dépérissement ou la fermeture de paroisses rurales remet de l\u2019avant des projets «d\u2019aménagement intégré des ressources».Déjà plusieurs luttes populaires pour la rétrocession des lots intramunicipaux viennent confirmer cette volonté populaire des milieux ruraux d\u2019acquérir une plus grande maîtrise des orientations du développement forestier, en contestant l\u2019étendue du domaine forestier public.Les premières sociétés d\u2019exploitation des ressources veulent favoriser une implication dans le développement global et intégré de toutes les ressources d\u2019un territoire particulier.Certaines de ces sociétés investissent dans le développement global des milieux ruraux, conscientes des complémentarités forestières, agricoles et même touristiques.Nous sommes donc devant une continuité.Que ce soit en Abitibi-Témisca-mingue, dans le Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie, au Saguenay-Lac-Saint-Jean ou ailleurs dans diverses zones forestières rurales, les revendications actuelles quant aux modes de tenure du foncier forestier (par exemple, les lots intramunicipaux) et quant aux formules d\u2019organisation de l\u2019activité forestière (fermes forestières, sociétés d\u2019exploitation sylvi-coles.) ne font que perpétuer des enjeux fondamentaux de stratégies forestières québécoises manifestées depuis plusieurs décennies et de la place de l\u2019exploitation forestière comme outil de développement local et régional.L\u2019analyse de quelques mouvements ruraux et régionaux plus récents nous révèle une revendication continue et constante de la part de divers organismes, en vue de re-dyna-miser les localités des zones rurales des régions périphériques (Dionne, H., 1992).Nouvelle stratégie et régionalisation Considérant qu\u2019environ 90% des forêts appartiennent au gouvernement québécois, ils sont aujourd\u2019hui plus de 120 000 propriétaires forestiers privés à se partager moins de 10% du territoire forestier québécois, dont 34 000 sont impliqués activement dans la mise en valeur de leur boisé et sont donc à proprement parler des producteurs forestiers.Plus de 50% des boisés privés sont détenus par des cols blancs, des cols bleus ou des rentiers.Une stratégie de forêt à habiter ne peut s\u2019établir strictement dans une perspective de rentabilité commerciale à court terme, qui risquerait de compromettre la qualité de plusieurs lots forestiers aux mains d\u2019exploitants privés opportunistes (voir l\u2019article sur les fermes forestières de Luc Bouthillier dans le présent numéro).Autant les propriétaires de forêts privées ont intérêt à exploiter et à utiliser leur forêt comme étant un patrimoine collectif et public important pour la pérennité du milieu régional, autant il faut admettre comment une bonne part de la forêt publique répond à des intérêts privés.La gestion étatique du domaine public comporte aussi certaines ambiguïtés.À cause de l\u2019importance du domaine public dans les régions périphériques québécoises, les logiques territoriales de développement en région sont confrontées à ce qui paraît être des interférences et des impératifs macro-économiques qui compromettent les aspirations au développement micro-économique de plusieurs localités ou territoires.Les perspectives de régionalisation ne doivent pas s\u2019élaborer uniquement en fonction du secteur forestier; elles doivent tenir compte de l\u2019interdépendance des autres activités économiques du territoire, de manière à définir et promouvoir des stratégies harmonieuses et intégrées du développement régional.Déjà la nécessité de procéder à un arrimage efficace, dans le domaine forestier, entre les activités de production, de transformation et de mises en marché, nous rappelle la difficile jonction entre les perspectives sectorielles et territoriales.Il importe aussi d\u2019établir des modalités d\u2019acquisition du foncier forestier pour des individus, de manière à pouvoir mieux contrôler les transmissions de propriétés et à s\u2019assurer un potentiel effectif d\u2019exploitation forestière pour un territoire donné.Déjà, on peut soupçonner les conséquences d\u2019une telle approche; elle obligerait à définir de LES SOIRÉES RELATIONS SUR CASSETTES VIDÉOS Quelques sujets disponibles (on peut demander la liste complète): \u2022 Alfred Dubuc: «L\u2019impasse constitutionnelle sous l\u2019éclairage de l\u2019histoire» (27-04-92) \u2022 Étienne LeRoy: «Les droits humains et le développement» (14-09-92) \u2022 Paul Valadier: «Questions du monde moderne à l\u2019Eglise» (28-09-92) \u2022 Relancer Montréal, autrement (19-10-92) \u2022 Santo Domingo, nouvelle chance pour l\u2019Évangile?(23-11 -92) \u2022 L\u2019ingérence, de quel droit?(18-01 -93) \u2022 Quel avenir pour les 20-30 ans?(15-02-93) \u2022 Les États-Unis de Bill Clinton (15-03-93) \u2022 La religion: sa place à l\u2019école?(19-04-93) \u2022 Achiel Peelman: «Le Christ est-il amérindien?» (17-05-93) \u2022 Vers une culture publique commune au Québec (18-10-93) \u2022 Repenser le système pénal (15-11-93) \u2022 Défis posés à l\u2019Afrique (13-12-93) \u2022 Nouvelles technologies de procréation (17-01 -94) \u2022 Régler le déficit: à quel prix?(21 -02-94) Achat: 25,00$ par cassette.Location (10 jours): 7,00$ par cassette.Ces prix incluent la TPS, la TVQ et les frais d\u2019expédition.Chèques ou mandats-poste à l\u2019ordre du Centre justice et foi.Bien préciser le sujet et le format de la cassette (VHS ou Beta).S\u2019adresser à Pauline Roy-Servant.Centre justice et foi, 25 Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 Tél.: (514) 387-2541 44 relations mars 1994 En plus du secteur forestier, les perspectives de régionalisation doivent tenir compte de l\u2019interdépendance des autres activités économiques du territoire.Une telle approche oblige à définir de nouveaux paramètres de zonage forestier.v>- i \u2022Nt- nouveaux paramètres de zonage forestier québécois, de manière à tenir compte davantage des aspects écologiques et récréatifs du paysage forestier, mais aussi des incidences sociologiques du peuplement humain.En fonction des concentrations démographiques, il pourrait être souhaitable qu\u2019au-delà des forêts de la couronne des villes, on puisse aménager et exploiter de plus vastes forêts rurales habitées, au profit des populations résidentes, et qu\u2019on établisse des correspondances plus pré- C\u2019est à notre façon d\u2019ha- biter le pays et ses régions que nous sommes confron- tés, comme d\u2019ailleurs le furent toujours nos qénéra-tions antérieures.cises de développement entre les forêts rurales habitées et les forêts périphériques des régions ressources.Si la forêt privée contribue à moins du quart de la récolte québécoise de bois, plusieurs intervenants admettent les nombreux avantages de celle-ci, dont sa haute performance productive.Évidemment, un zonage forestier de la forêt habitée devrait tenir compte des différenciations majeures entre la forêt habitée du centre du Québec et celle des régions périphériques.Les visées d\u2019une approche forestière nouvelle devraient passer par la municipalisation de la gestion forestière.Les projets actuels de «forêt habitée» tendent à démontrer l\u2019importance, pour les promoteurs, d\u2019un cadre normatif rigoureux qu\u2019il faut établir et gérer localement (ou au sein de la MRC), de manière à assurer une approche de développement durable et de la ressource et du milieu.La valeur patrimoniale de la forêt est plus évidente pour les collectivités dont l\u2019existence en dépend.Cette gestion pourrait être très bien assumée par un organisme collectif local ou régional d\u2019exploitation forestière, de manière à assurer un jumelage plus étroit des perspectives sectorielles (secteur forestier) et territoriales (territoire forestier).C\u2019est alors à notre façon d\u2019habiter le pays et ses régions que nous sommes confrontés, comme d\u2019ailleurs le furent toujours nos générations antérieures.Par- tout, des volontés régionales s\u2019expriment dans la perspective d\u2019un projet de développement plus enraciné dans le milieu, un projet pour mieux définir les modalités d\u2019interventions forestières permettant la consolidation et le développement d\u2019une forêt habitée.C\u2019est cette expérimentation d\u2019un développement enraciné qui se joue actuellement dans plusieurs régions du Québec.Plusieurs expériences mériteraient d\u2019être mises de l\u2019avant dans cette perspective.¦ Références: - Collectif du GRIDEQ (1993), Développement régional, GRIDEQ, Rimouski, Université du Québec à Rimouski.relations mars 1994 -\tConseil des affaires sociales (1989), Deux Québec dans un, Rapport sur le développement social et démographique, Québec, gouvernement du Québec, Gaëtan Morin Editeur.-\tDionne, Hugues (1992), «De la région-ressources à la région-milieu de vie: à la recherche de nouveaux partenaires» dans Gagnon, Christiane et Klein, Juan-Luis (sous la direction de), Les partenaires du développement face au défi du local, Chicoutimi, Groupe de recherche et d\u2019intervention régionales, Université du Québec à Chicoutimi, p.371-401.-\tSérie télévisuelle Terre de bois (1992), Série de sept émissions télévisuelles (30 min./ chacune) portant sur la forêt et le développement rural.Production et diffusion en octobre-novembre 1992, Production VASTE/GRIDEQ (série disponible aux Productions Vaste de Rimouski, (418) 725-5258).45 LES FERMES FORESTIÈRES par Luc Bouthillier1 exode, marginalisation, exclusion, voilà des mots qui résonnent familièrement aux oreilles de qui se préoccupe de développement régional.D\u2019ailleurs, la population du «Québec des régions» subit depuis trop longtemps les affres de l\u2019érosion démographique et de la dégradation de sa position économique.Sa confiance à l\u2019endroit des vertus d\u2019un libre exercice des forces du marché, dans le cadre d\u2019institutions politiques centrales, est émoussée.Les résidents des régions laissées pour compte cherchent plutôt à se prendre en main.Car, envers et contre les pronostics de fermeture inéluctable avancés par certains experts depuis trente ans, les gens qui vivent en région se rebiffent et choisissent d\u2019occuper leur territoire.Et occuper le territoire, c\u2019est créer de la richesse par sa mise en valeur.Forêt et appauvrissement Le Québec des régions est largement forestier.Pour plusieurs des habitants de ce Québec, la politique forestière poursuivie par les autorités n\u2019est guère favorable à l\u2019occupation du territoire.On reproche aux autorités d\u2019épuiser les stocks de matière ligneuse disponible, au profit d\u2019industriels plus préoccupés à rémunérer leurs actionnaires qu\u2019à créer une richesse distribuable entre tous les usagers de la forêt.Malgré certains aspects réducteurs, cette analyse repose sur des faits observables.L\u2019usine de Matane, neuve et fermée, située au beau milieu d\u2019une population ayant un taux de chômage élevé et d\u2019une forêt à reconstruire, est un exemple édifiant.Le cas de la papeterie de Clermont qui, après des décennies d\u2019exploitation, se replie sur des sources d\u2019approvisionnement en grande partie externes à la région de Charlevoix, parce que la forêt de l\u2019endroit est à bout de souffle, est aussi révélateur.Développement forestier et appauvrissement économique semblent aller de pair.46 Inverser la tendance, c\u2019est développer autrement.Il s\u2019agit d\u2019abord d\u2019admettre les insuffisances du régime forestier en place, pour ensuite envisager des solutions de rechange.De fait, le régime actuel prétend seulement à la mise en valeur de la matière ligneuse.Toutes les autres ressources forestières sont plus ou moins assimilées à des contraintes.De plus, l\u2019implantation de stratégies d\u2019aménagement reposant sur la volonté d\u2019industriels, dont l\u2019activité principale consiste à transformer du bois, est peu susceptible d\u2019amener la pleine réalisation des potentiels de la forêt.Cela est d\u2019autant plus vrai quand le centre décisionnel de ces firmes est à l\u2019extérieur des régions.Enfin, des contrôles publics exercés par des experts, détenant trop souvent une autorité plénipotentiaire et qui n\u2019ont généralement pas à vivre avec les conséquences de leurs gestes, complètent le portrait d\u2019un système qui laisse peu de place aux populations concernées.Celles-ci n\u2019ont qu\u2019à observer le spectacle désolant du gaspillage des occasions de leur développement.Privatiser la forêt publique Dans de telles circonstances, il ne faut pas se surprendre du sentiment d\u2019aliénation qui règne dans les régions.Rien d\u2019étonnant non plus à ce que la forêt publique soit comparée à un vaste domaine que personne n\u2019a intérêt à mettre en valeur, faute de responsabilités dûment établies par des droits de propriété pleins et entiers.Pour remédier à la situation, il faudrait que les gens des régions puissent participer à la gestion de la forêt sur les terres publiques.Mieux, il faudrait confier à des organisations locales le soin de planifier et de réaliser la mise en valeur de la forêt publique située à proximité des municipalités.relations mars 1994 Dans cette veine, la formule des fermes forestières vient immédiatement à l\u2019esprit.Il s\u2019agit d\u2019une recette magique dont le principal ingrédient est composé des gens qui veulent travailler chez eux à remettre en état un milieu générateur de développement.Mais le mot «magique» fait tiquer.Se peut-il justement qu\u2019une telle idée ne soit que de la pensée magique?La question a quelque chose d\u2019insidieux dans le contexte du moment.On sent bien qu\u2019elle ouvre une brèche en faveur d\u2019un discours défaitiste contre lequel les promoteurs des fermes forestières se battent depuis très longtemps.En effet, la formule des fermes forestières ne date pas d\u2019hier.Depuis la fin des années quarante, Esdras Minville, l\u2019économiste gaspésien, et plusieurs de ses partisans souhaitent privatiser le domaine public, dans une perspective de développement régional.La propriété du sol stimulerait un esprit d\u2019entreprise particulièrement efficace à assurer un développement économique profitable pour les régions forestières, quand il s\u2019exprime chez des individus enracinés dans leur collectivité.Chaque poussée de chômage ranime la flamme, le temps de tenter quelques essais, que la reprise économique étouffe aussitôt en réactivant des formes d\u2019exploitation forestière plus traditionnelles.Si le fruit apparaît mûr aujourd\u2019hui, c\u2019est probablement à cause d\u2019une situation où la mondialisation des échanges commerciaux a rendu l\u2019industrie forestière du Québec vulnérable dans ses structures et commande une rupture avec les façons habituelles de faire.Toutefois, il ne faut pas se leurrer.Cette dynamique internationale, loin de favoriser la prise en charge du développement des ressources naturelles par ses premiers bénéficiaires, accroît plutôt la concentration des facteurs de production entre les mains d\u2019un nombre restreint d\u2019entrepreneurs, de plus en plus éloignés physiquement et culturellement des lieux où se réalisent leurs décisions. IM***»\u2019 Se réapproprier la forêt publique La crise actuelle de l\u2019industrie forestière constitue certes une occasion de modifier la politique forestière québécoise en faveur des régions rurales.Mais il faut déborder le cadre d\u2019une expérimentation et rester conscient de la dimension collective de la problématique forestière soulevée par le concept de ferme forestière.Les revendications récentes au sujet d\u2019une privatisation de la forêt publique ont trop souvent une allure de mantra empreinte d\u2019idéalisme.La simple privatisation du domaine public suffirait-elle à faire apparaître des intervenants forestiers responsables, qui participeraient, au maximum, à l\u2019essor de leur économie locale, tout en léguant aux générations La proposition de fermes forestières représente un projet de société où des gens vivant sur un territoire forestier donné veulent se réapproprier la forêt, pour mieux redéfinir leurs insti- tutions et reprendre le contrôle de leur vie.futures des forêts en santé?Il s\u2019agit d\u2019un schéma simple qui trahit le dessein d\u2019une réappropriation des forêts publiques, conçu par des gens vivant en région forestière.Sur ce dernier point, l\u2019octroi de droits de propriété exclusifs à un individu ou à une corporation privée ne représente pas une condition suffisante pour garantir une gestion des ressources forestières correspondant aux attentes des régions.La propriété privée se veut la formule par excellence pour le libre exercice des forces du marché, dont l\u2019objectif final est la maximisation des profits immédiats.Aban- 1.L\u2019auteur est professeur à la faculté de foresterie de l\u2019Université Laval.Il a été commissaire du BAPE pour l\u2019enquête sur les forêts.donné à lui-même, le tandem privatisation-marché condamne ses acteurs à poursuivre une logique productiviste étroite et généralement à courte vue.Dans cette optique, les fermes forestières seraient donc appelées à n\u2019être que des entreprises de récolte forestière, en tout point identiques aux firmes existantes, mais de taille plus réduite et ne disposant pas de l\u2019avantage d\u2019un lien direct avec le monde de la transformation.Dans l\u2019adversité qui caractérise l\u2019environnement commercial d\u2019aujourd\u2019hui, une telle vision frôle l\u2019absurdité.Elle apporte de l\u2019eau au moulin de ceux qui concluent à la non-rentabilité des fermes forestières.Un projet de société L\u2019idée des fermes forestières est plus complexe.Elle puise son inspiration à deux sources.D\u2019une part, elle caractérise une mentalité d\u2019entrepreneur artisan, dont les motivations principales sont l\u2019autonomie et l\u2019indépendance et pour qui la privatisation du territoire va de soi.Léonard Otis, l\u2019illustre citoyen de Saint-Damase dans le Bas-Saint-Laurent, personnifie tout à fait ce type bien particulier d\u2019entrepreneur.D\u2019autre part, cette idée donne une prise à des chefs de file locaux, dési- relations mars 1994 47 Jean-François Leblanc/STOCK reux de définir eux-mêmes les mesures d\u2019adaptation de leur milieu aux changements de conjoncture.Les organismes abitibiens qui réclament la gestion des forêts publiques intramunicipales de la région témoignent d\u2019une volonté de responsabilisation des pouvoirs locaux en matière de développement.La proposition de fermes forestières représente un projet de société où des gens vivant sur un territoire forestier donné veulent se réapproprier la forêt, pour mieux redéfinir leurs institutions et reprendre le contrôle de leur vie.Les fermes forestières et le mécanisme de régulation sociale qui les accompagne visent donc à en finir avec un sentiment d\u2019impuissance et à faire, des populations locales, les premières bénéficiaires de la richesse découlant de la forêt.Cette suggestion est assez éloignée d\u2019une philosophie entrepreneuriale opportuniste, dont le principe consiste à laisser des individus tirer parti de changements sociaux et techniques, pour monter des entreprises conduisant ultimement à des dynasties privées.Ne voir dans les fermes forestières qu\u2019une occa- sion de lancer des petites entreprises destinées à faire tourner l\u2019économie, c\u2019est négliger la dimension collective du projet qui constitue un des piliers essentiels de la démarche.La réussite d\u2019une ferme forestière tient beaucoup à son insertion dans une trame sociale précise.En focalisant l\u2019attention sur l\u2019entreprise individuelle, il sera toujours facile de démontrer l\u2019isolement de ces propriétaires oeuvrant sur des superficies à la limite de leurs capacités de travail.Restera l\u2019idée de privatisation.La voie sera alors pavée pour la constitution d\u2019immenses propriétés, rappelant les oligarchies latino-américaines et leurs insupportables écarts de richesse, générateurs de sous-développement, de dépendance et de pauvreté.Bien sûr, pour des Nord-Américains, il peut s\u2019agir d\u2019une caricature.Toutefois, le partage de 90% de la forêt commerciale du Maine entre vingt groupes industriels, pour qui la population environnante représente une préoccupation du même ordre que celui de la chouette tachetée2, inspire le même genre d\u2019inquiétude.Même si le vent de l\u2019entrepreneurship porte le projet de création de fermes forestières, l\u2019intention sous-tendue n\u2019en demeure pas moins une organisation communautaire de la production forestière.On cherche à stimuler le développement régional, en mettant de l\u2019avant des initiatives marquées aux sceaux de l\u2019autonomie décisionnelle et de la solidarité communautaire.Le désir d\u2019améliorer et de maintenir les capacités productives de la forêt, de mettre en valeur toutes ses ressources, d\u2019expliciter régionalement les liens économiques en amont et en aval de la production de ressources forestières, de respecter les propriétés environnementales de la forêt et de léguer un héritage autrement plus porteur d\u2019avenir qu\u2019un fardeau de dettes, exige une démarche cohérente au plan social.Il pourrait éventuellement civiliser l\u2019esprit d\u2019entreprise.Question de cohésion sociale Pour vraiment inverser la tendance qui fait de la forêt une source d\u2019appauvrissement, il faut inscrire l\u2019implantation des fermes forestières dans un régime de propriété communale, c\u2019est-à-dire dans un système social dont les membres sont facilement identifiables et reconnaissent leur interdépendance, au point de se donner des règles collectives dans la gouverne de leurs actions de mise en valeur d\u2019un territoire bien défini.L\u2019appropriation de forêts publiques, par des communautés s\u2019identifiant à un espace précis et qui avancent des plans d\u2019action clairs, afin de créer efficacement et partager équitablement la richesse obtenue de cet espace, constitue l\u2019amorce d\u2019une approche de gestion communale.Plus concrètement, le projet de Mata-ne, où 120 000 hectares de forêt publique sont réclamés pour installer 290 fermiers forestiers, pourrait représenter un bel exemple facilitant la compréhension de la gestion communale.Dans ce projet, des individus sélectionnés se verront offrir des droits de propriété, en échange du res- Commission d\u2019enquête fédérale sur les bois à pâtes1 (1924) À cette époque, les produits forestiers représentaient le quart de la valeur totale des exportations canadiennes, dépassant ainsi le secteur agricole.La centaine de moulins de pâte et papier embauchait environ 50 000 travailleurs en usine et en forêt.Après avoir étudié l\u2019exploitation forestière dans chacune des provinces, la Commission recommanda des modifications importantes et urgentes des lois provinciales.Il fallait mieux contrôler l\u2019exploitation, assurer une meilleure protection contre les feux, instaurer un aménagement intensif des forêts et augmenter la recherche, le tout pour permettre, dirait-on aujourd\u2019hui, un développement durable.Malgré des inventaires imprécis, la Commission conclut qu\u2019il se perdait par l\u2019exploitation, les épidémies et les feux (surtout causés à l\u2019époque par l\u2019exploitation) plus de bois qu\u2019il n\u2019en poussait, dans les provinces de l\u2019Ontario, du Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse.Pour le Québec, on prédit même pour 1968 une rupture de stock.Dans un mémoire présenté à la Commission par l\u2019Association canadienne des pâtes et papiers, on lit qu\u2019en 1921 le gouvernement du Québec réinjecta en forêt moins de 10% des 4,5 millions de dollars de droits de coupe et d\u2019impôts payés par l\u2019industrie.En Suède, la même année, cette proportion était de 50%, permettant un programme intensif d\u2019aménagement forestier.Malheureusement, les recommandations de cette Commission ne furent pas prises au sérieux chez nous.Les problèmes de nos forêts aujourd\u2019hui, sont le résultat de cette incurie de la part des responsables.Bernard Hudon 1.Report of The Royal Commission on Pulpwood, Ottawa, July 1924, sessional paper no 310, 292 p.2.\tMitch Lansky, Beyond the Beauty Strip; Saving What\u2019s Left of Our Forest, p.2-5 et 52-55.3.\tDans le système de mise en marché des bois, présentement en vigueur au Québec, tous les petits propriétaires forestiers qui veulent vendre du bois à pâte doivent obtenir un contingent de leur syndicat régional.Ce dernier précise le volume qu\u2019un propriétaire est autorisé à couper.Les contingents sont émis en fonction de l\u2019im- 48 relations mars 1994 Inscrire l\u2019implantation des fermes forestières dans un régime de propriété communale pourrait inverser la tendance qui fait de la forêt une source d\u2019appauvrissement.Ce genre d\u2019initiatives est marqué par l\u2019autonomie décisionnelle et la solidarité.pect des balises identifiées par un organisme de régulation sociale, à l\u2019échelle communautaire.Une société d\u2019aménagement foncier et d\u2019établissement rural (SAFER), propre à la MRC de Matane, gérera la foresterie et assurera que les «fermiers» s\u2019acquittent de leurs responsabilités.Dans ce cadre, l\u2019appropriation du domaine public constituera un privilège qui devra bénéficier tant à l\u2019individu désigné comme «fermier», qu\u2019à la communauté dont il est issu.À la limite, l\u2019exercice des droits de propriété sera donc assumé par les membres de la communauté à travers leur SAFER.Il s\u2019agira alors d\u2019une gestion purement communale, renforçant Chacun et chacune sont conviés à mettre la main à la pâte, afin que la forêt de- vienne une source de richesse véritable pour les gens qui l\u2019habitent.des liens d\u2019appartenance dans toute la MRC, et susceptible de canaliser l\u2019épargne régionale vers le projet.Le dernier élément est majeur.Le succès d\u2019un entrepreneur dépend notamment de la confiance qu\u2019il inspire aux investisseurs finançant la réalisation de son projet.Un mécanisme de régulation sociale, forgé à la mesure d\u2019une région, a la capacité, sinon la fonction, de solidifier la confiance des gens dans leurs propres moyens et leurs outils de développement.Reste l\u2019importance de bien identifier les clients qui consommeront les produits de ces fermes forestières et, surtout, la nature des besoins à satisfaire.Les ressources de la forêt autres que la matière ligneuse demeurent dans un champ spéculatif qui reste à explorer.La matière ligneuse, par contre, invite les fermiers fo- portance des stocks sur pied détenus par chaque propriétaire et d\u2019une possibilité globale de récolte, calculée pour l\u2019ensemble du territoire couvert par le plan conjoint.Les propriétaires regroupés ont donc un avantage sur les autres propriétaires.Ils peuvent accaparer une plus grosse part de l\u2019allocation de récolte.Le syndicat beauceron a tenté de corriger la situation par voie réglementaire et a provoqué une mêlée judiciaire très coûteuse pour l\u2019unité de ses membres.restiers à user du poids de leur organisation, pour conclure des alliances avec l\u2019industrie de transformation.Les deux parties gagneraient à reconnaître leur existence mutuelle, dans des alliances formelles qui sont nécessaires à l\u2019amélioration de la productivité de cette filière industrielle.De telles alliances garantiraient à l\u2019industrie une matière première de qualité et produite à prix compétitif, dans le respect de standards environnementaux.L\u2019échelle des fermes forestières et leur dimension patrimoniale apparaissent susceptibles de stimuler des interventions en forêt qui justifieront l\u2019industrie consommatrice de prétendre que ses produits sont «écoviables».De leur côté, les «fermiers» assureraient une base financière à leurs opérations, en obtenant un statut de fournisseur attitré.Le projet de fermes forestières apparaît donc opportun.Il devient d\u2019autant plus porteur d\u2019avenir au moment où des industriels réalisent que la production de bois est une activité en soi et qu\u2019ils concentrent leur énergie à mieux transformer cette matière première.Par ailleurs, le projet de ferme forestière soulève la question de l\u2019arrimage avec les petits producteurs de bois.Il apparaît un peu trop facile d\u2019imaginer que la structure actuelle de mise en marché assurera l\u2019écoulement des bois produits sur les fermes forestières.La cohabitation houleuse de groupes de gestion en commun et du Syndicat des producteurs relations mars 1994 de bois de la Beauce illustre la difficulté qu\u2019ont les organismes en place à intégrer des joueurs dont la mission est de produire du bois3.Dans cette veine, il faut aussi observer que l\u2019arrivée de fermes forestières, obligeant l\u2019explicitation de liens entrepreneuriaux avec des usines particulières, vient doubler le mécanisme existant des plans conjoints.Le concept d\u2019alliance entre l\u2019industrie et les organismes d\u2019encadrement des fermiers forestiers représente donc, à lui seul, une menace pour cette forme de gestion de l\u2019offre.Néanmoins, des ajustements sont possibles alors que la restructuration de l\u2019industrie forestière force l\u2019appareil de mise en marché des bois de la forêt privée à se repositionner.En somme, les fermes forestières représentent une voie d\u2019avenir qui n\u2019a rien d\u2019une simple privatisation.Pour reprendre dans un autre contexte l\u2019expression du président de l\u2019Union des producteurs agricoles, il s\u2019agit plutôt d\u2019une manifestation tangible «d\u2019épaulement collectif».Chacun et chacune sont conviés à mettre la main à la pâte, afin que la forêt devienne une source de richesse véritable pour les gens qui l\u2019habitent.C\u2019est également une invitation à réaliser que la mise en valeur des forêts passe par la décentralisation du domaine public et la manifestation d\u2019une cohésion sociale dans des projets concrets.¦ 49 Bernard Hudon LA CRISE DE L\u2019INDUSTRIE PAPETIÈRE par Claude Rioux1 depuis le début des années 90, les problèmes de l\u2019industrie des produits forestiers ont fait la manchette.C\u2019est ainsi que les usines de pâte thermo-mécanique de Port-Cartier et Matane, installations des plus modernes, ont cessé leurs activités, causant un émoi dans les populations locales qui comptaient sur ces usines pour stimuler, sinon relancer, leurs économies régionales.Par la suite, l\u2019usine de Trois-Rivières, alors propriété de Produits Forestiers Canadien Pacifique, fermait ses portes, ce qui hissait cette région en tête de liste des taux régionaux de chômage.Conséquence de cette fermeture, plus de cinq cents travailleurs forestiers de la Haute-Mauricie perdaient aussi leur emploi.Par ailleurs, plus d\u2019un observateur signalait que les machines à papier d\u2019impression et d\u2019écriture installées au Québec étaient vétustes.En prenant l\u2019année où furent construites ces machines, nous constations, au début de 1992, que près de 60% d\u2019entre elles dataient d\u2019avant la fin de la deuxième guerre mondiale, soit entre 1917 et 1945.Il en est autrement dans d\u2019autres pays producteurs de papier, notamment aux États-Unis et en Scandinavie, où l\u2019on retrouve les installations technologiques les plus récentes et les plus performantes.De plus, plusieurs études concluaient à un grave problème de compétitivité de l\u2019industrie canadienne et québécoise des pâtes et papiers.Suite à la perte d\u2019avantages comparatifs au chapitre des coûts de production, l\u2019ensemble des sociétés canadiennes en sont arrivées à des pertes excédant le milliard de dollars, en 1991 et 1992 (Price Waterhouse: 1993).Parmi les éléments de fabrication où l\u2019industrie canadienne a perdu du terrain par rapport aux manufacturiers américains, citons la matière première et les coûts reliés à l\u2019énergie.Comment se fait-il donc que, dotée de si grandes ressources naturelles en eau 50 et en forêt, cette industrie si importante au Québec soit confrontée à une situation si difficile?Un problème chronique Tout d\u2019abord il importe de mentionner que cette situation n\u2019est pas d\u2019hier.Déjà, en 1955, le directeur de l\u2019usine Consolidated Paper, à Grand-Mère, soulignait que la société devait prendre en considération la situation difficile dans laquelle se retrouvaient l\u2019industrie canadienne du pa- Comment se fait-il donc que, dotée de si grandes ressources naturelles en eau et en forêt, cette indus- trie si importante au Québec soit confrontée à une situation si difficile?pier journal ainsi que la société Consolidated Paper elle-même.Les coûts de production excédaient ceux d\u2019usines situées en Colombie-Britannique et dans certains États du Sud des États-Unis.Parmi les facteurs expliquant cet écart défavorable, il citait les coûts plus élevés de la fibre, la plus faible productivité des machines à papier, associée à de plus importants coûts de main-d\u2019oeuvre, et finalement des frais de transport et d\u2019expédition plus onéreux.Quelque quinze ans plus tard, en 1970, une autre crise secoue cette industrie.Des populations se mobiliseront, en- relations mars 1994 tre autres au Saguenay-Lac-Saint-Jean; les syndicats vont organiser «l\u2019Opération Survie Papier».En effet, des mises à pied importantes eurent lieu, notamment en raison de surproduction mondiale et de l\u2019affaissement des prix.De plus, l\u2019avenir de certaines usines était incertain.La Fédération se mit à l\u2019étude afin de connaître les causes de cette crise.Essentiellement basée sur deux grands critères d\u2019analyse, soit la surexploitation de la ressource forestière et certaines pratiques monopolistiques des principaux producteurs de papier, cette analyse de la Fédération en appelait à l\u2019État québécois afin qu\u2019il rationalise l\u2019exploitation de la ressource, en mettant fin aux régimes de concessions forestières, attribuées à partir de terres publiques aux sociétés forestières.Une Commission parlementaire eut lieu en 1971, remettant une première fois en cause le modèle des concessions forestières et diagnostiquant les mêmes problèmes que mentionnait le directeur de l\u2019usine de Grand-Mère en 1955.Une autre Commission parlementaire faisait le même diagnostic en 1977.S\u2019ensuivit un programme spécial d\u2019aide aux papetières pour leur permettre de moderniser leurs installations de fabrication; finalement, en 1986, une réforme importante eut lieu, quant au système d\u2019approvisionnement et d\u2019aménagement forestier, mettant fin au régime de concessions forestières remis en cause depuis près de quinze ans.Ce bref historique nous rappelle donc que les problèmes sont récurrents et ne sont pas seulement conjoncturels.Bien sûr, les fluctuations des économies où nous exportons ces produits, les variations de taux de change sont des élé- 1.Claude Rioux est coordonnateur de la Fédération des travailleurs du papier et de la forêt (CSN). C\u2019est du côté de la structure corporative qu\u2019il faut chercher à cerner le problème de l\u2019industrie papetière.ments critiques qui caractérisent les périodes difficiles de l\u2019industrie.En fait, lorsque plus de la moitié de la production de pâte et papier est exportée, non seulement il faut se pencher sur l\u2019aspect de la conjoncture, mais aussi et surtout s\u2019attarder aux caractéristiques structurelles de l\u2019industrie.Une crise structurelle Bien que ce dernier aspect de la question ait été soulevé par le passé, force nous est de reconnaître que c\u2019est seulement depuis les cinq dernières années qu\u2019on étudie la question de façon sérieuse.Ainsi en 1988, était publiée, pour le compte du gouvernement canadien, une étude volumineuse touchant tous les aspects de l\u2019industrie, par la société Woodbridge, Reed et Associés.Cette étude avait pour principal mérite de procéder à l\u2019analyse des conditions de marché et des besoins en produits forestiers et à celle des conditions de fabrication de ces produits; on estimait entre autres qu\u2019un «recentrage» des produits fabriqués s\u2019imposait dans l\u2019Est du Canada, dont le Québec évidemment.Puisqu\u2019on était trop spécialisé dans les produits de bas de gamme, où l\u2019avantage des coûts de fabrication prime, notamment dans le papier journal, la firme recommandait de diversifier la production, en cherchant des niches ou créneaux pour des styles de papier davantage spécialisés et à plus forte valeur ajoutée.L\u2019étude prévoyait une période de transition, notamment pour le Québec, qui se traduirait par d\u2019éventuelles fermetures de machines à papier pour lesquelles les possibilités techniques et financières de reconversion étaient à peu près inexistantes.Ces prévisions se confirmèrent par la suite, quand les revers conjoncturels apparurent, au deuxième semestre de 1991.Comme on était dans une surproduction de papier journal, à cause du plafonnement et de la diminution de la demande, mais surtout de la mise en opération des machines à papier de fort tonnage, une crise survint, qui n\u2019est toujours pas totalement résorbée.Ajoutons à cela deux facteurs critiques dans la demande de papier journal: d\u2019une part, le tirage des journaux quotidiens et de ceux de fin de semaine, depuis 1978, aux États-Unis, a plafonné à 60 millions de copie par jour et les espaces réservés à la publicité ont diminué, au profit d\u2019autres types de médias; d\u2019autre part, suite à la concentration de la presse dans de grands groupes d\u2019édition aux États-Unis (Gannett, Times-Mirror, Cox, Knight-Ridder, New York Times), les conditions de détermination des prix ont changé.En fait, on est passé d\u2019une industrie où les fabricants contrôlaient pratiquement les prix à une industrie où ce sont les clients (les éditeurs) qui fixent les rè- relations mars 1994 gles en ce qui concerne les prix et les standards de qualité.Nous voyons donc que la situation est complexe.Peut-on aller plus loin et essayer de saisir ce qui s\u2019est passé notamment au niveau de l\u2019industrie elle-même?En 1989, les sociétés papetières ont connu des bénéfices records.Peu d\u2019analystes se penchaient sur les éléments de changements structurels que nous avons décrits précédemment.Syndicats et employeurs conservaient les mêmes modèles d\u2019analyse, centrés sur les résultats financiers.Nous croyons que cette approche est l\u2019un des motifs du manque de vision de l\u2019industrie.L\u2019industrie papetière, jusqu\u2019à tout récemment, fonctionnait un peu comme un «club».L\u2019ensemble des dirigeants, à tous les niveaux, se connaissaient parfaitement et référaient à des schèmes communs d\u2019analyse.Peu ouverts sur l\u2019extérieur, leur intérêt quant aux changements dans d\u2019autres secteurs industriels de l\u2019économie, restait faible.Pourtant, au cours de la décennie 80, plusieurs secteurs industriels tels que l\u2019automobile, l\u2019acier, le matériel électrique, les médias, étaient en pleine restructuration et effectuaient la transition vers de nouvelles valeurs.On s\u2019orientait davantage vers la clientèle, la production spécialisée à valeur ajoutée, le développement de système de gestion allégé, plus souple et, dans certains cas, vers l\u2019adaptation de la main-d\u2019oeuvre, tant en matière de formation que de gestion des ressources, et 51 dans la pratique des relations de travail.Il nous apparaît important de soulever ce manque de vision de l\u2019industrie papetière.Dans ce même ordre d\u2019idées, il est surprenant qu\u2019au moment où les conditions de marché des produits de pâtes et papiers étaient en mutation, les fabricants mettaient en marche de nouvelles installations ou de nouvelles machines à papier.Au moment même où la consommation de papier journal indiquait un plafonnement quant à sa croissance future, d\u2019autres pays producteurs prenaient résolument le virage vers des produits plus spécialisés.Par exemple, les producteurs Scandinaves, tout au cours des années 80, ont non seulement amélioré leur parc d\u2019équipement, mais ont aussi développé plusieurs types de papier destinés aux impressions de qualité exigées par les publicitaires (de sorte que certains fabricants québécois ont acquis par la suite des droits de fabrication de sociétés finlandaises).Nous tirons donc de ce fait que l\u2019industrie Scandinave, et dans une bonne mesure celle des États-Unis qui a emprunté une approche semblable, font une lecture plus structurelle de leurs activités, davantage axées sur le développement à moyen et à long terme.Le contrôle des sociétés de gestion Nous pensons aussi qu\u2019il faut retenir un élément majeur, mais qui n\u2019est pas évident, dans l\u2019organisation corporative des entreprises canadiennes de pâtes et papiers.Au cours des années 70, l\u2019origine de la propriété des entreprises papetières représentait une préoccupation majeure des milieux politiques, syndicaux, intellectuels au Québec.À cette époque, les noms de Price, Compagnie Internationale de Papier du Canada (CIP), Québec North Shore, Gaspesia, Domtar, signifiaient propriété étrangère au Québec.Le désir de voir un plus grand contrôle qué- bécois lui prêtait des vertus dont nous ne sommes pas convaincus.Certains estimaient que la propriété de ces usines par des intérêts québécois faciliterait l\u2019expansion de ces entreprises, notamment par le réinvestissement des bénéfices.Cela est plus ou moins vrai.Ainsi on ne peut pas dire que la société Québec North Shore, propriété américaine, avait agi au détriment de son usine de Baie-Comeau, qui est encore aujourd\u2019hui une usine performante.On ne pouvait cependant pas en dire autant de CIP, qui au cours des années 70 maintenait ses opérations sans y introduire d\u2019investissements majeurs, alors que la société-mère procédait à d\u2019importants investissements dans ses usines américaines.En 1980, CIP passait sous le contrôle de Canadien Pacifique qui, mise à part la modernisation de l\u2019usine Gatineau, consacrait l\u2019essentiel de ses ressources à ses installations ontariennes de Dryden, de Thunder Bay et de Gold River en Colombie-Britannique, avec le résultat que l\u2019on sait aujourd\u2019hui: fermeture de l\u2019usine de Trois-Rivières et des machines à pâte de l\u2019usine de La Tuque, et avenir incertain de la car-tonnerie de Matane.C\u2019est donc plutôt du côté de la structure corporative qu\u2019il faut chercher à cerner le problème.Lorsqu\u2019on examine la structure corporative des plus importantes sociétés papetières américaines, on remarque que la très grande majorité, sinon la presque totalité d\u2019entre elles, ne sont pas sous le contrôle de sociétés de gestion, de conglomérats, ou ne sont pas des filiales de sociétés diversifiées.Leur propriété est détenue par le public (individuel et institutionnel) ou par des familles, ce qui élimine toute obligation de payer ou de verser des dividendes élevés à des sociétés qui les contrôleraient.Une étude en cours du professeur Léo-Paul Lauzon pour le compte de la Fédération, entre 1980 et 1991, révèle que, comparativement, l\u2019industrie canadienne a versé davantage de dividendes.Or il s\u2019avère que plusieurs sociétés papetières cana- diennes étaient, entre 1980 et aujourd\u2019hui, sous le contrôle de sociétés de gestion: Abitibi-Price (Olympia and York), PFCP (Canadien Pacifique), Stone Consolidated (Power Corp.et Stone Container, 1989), Québec et Ontario (Tribune Co), Maclaren (Produits Forestiers Noranda).Il est plausible que cette politique plus généreuse de dividendes soit conséquente à ces contrôles, du moins c\u2019est ce que l\u2019on observe.Il nous apparaît qu\u2019étant liées à des sociétés de contrôle les papetières québécoises n\u2019ont pu avoir autant de latitude que les sociétés américaines pour déterminer les plans stratégiques de leur développement et de leur politique d\u2019investissement.Sans doute, il n\u2019est pas exagéré d\u2019estimer que ces éléments stratégiques, dans la gestion d\u2019une entreprise oeuvrant dans un tel contexte, ne peuvent être définis qu\u2019à l\u2019intérieur des grandes politiques des sociétés de gestion, pour lesquelles priment les rendements à court terme de leurs investissements dans les entreprises papetières.Il nous apparaît probable que le mouvement de diffusion du capital de plusieurs de ces sociétés, amorcé en 1993 (Abitibi-Price, Québec et Ontario, PFCP, MacMillan Bloedel) dans le public (institutionnel et individuel), va permettre une plus grande autonomie de la direction de ces entreprises et qu\u2019il deviendra possible d\u2019améliorer et de faire progresser les sociétés, comme nous pouvons le constater dans le cas de plusieurs entreprises américaines très dynamiques.En conclusion, nous pensons qu\u2019une restructuration de cette industrie, axée sur une connaissance approfondie de ses marchés, sur une activité plus grande en matière d\u2019investissement et sur des structures corporatives favorisant le développement des entreprises contiendrait les éléments nécessaires d\u2019une vision tournée vers le moyen et le long terme, vision tout à fait essentielle pour assurer la pérennité de cette industrie et l\u2019usage optimal de ses ressources.¦ À LIRE DANS NOS PROCHAINS NUMÉROS \u2022 Le travail caché \u2022 Les télé-romans et l\u2019Église \u2022 La place des femmes en agriculture \u2022 Les conflits identitaires d\u2019une société en crise \u2022 Les programmes d\u2019employabilité: un mécanisme d\u2019exclusion?\u2022 Nouveau champ éthique: les technologies de l\u2019information \u2022 Le temps et le corps dans la dimension soignante \u2022 Féminisme et politique au niveau municipal \u2022 Le mouvement communautaire au Québec \u2022 Le GATT et ses suites 52 relations mars 1994 LES MAQUILADORAS par Susana Ponce1 San Pedro Sula, au Honduras, est une ville où il fait chaud : au moins 35 degrés Celsius.Un companero m\u2019attendait à l\u2019aéroport.Il me conduit, de manière très discrète, vers une intervenante chez les maquiladoras.Celle-ci m\u2019accueille, souriante, à l\u2019extérieur de sa petite maison.Grâce à elle, je pourrai rencontrer ces femmes qui travaillent ou ont travaillé dans la maquila.Ce mot espagnol désigne la rémunération selon la production, dans le travail agricole.Dans le secteur textile, il décrit maintenant le salaire payé «selon la production» et, par extension, ce système industriel lui-même et ses établissements.Les travailleuses y sont les maquiladoras.Auparavant, les femmes qui subvenaient aux besoins de la famille devaient avoir au moins dix-sept ans pour entrer sur le marché du travail.D\u2019autres, moins fortunées, commençaient à quinze ans.Aujourd\u2019hui, l\u2019âge est de douze ou treize ans.En conséquence, ces femmes sont obligées d\u2019arrêter leurs études.L\u2019histoire de ce type d\u2019industrie est remplie de scandales qui sont autant de violations des droits sociaux, économiques, politiques et civils.Ainsi, l\u2019année dernière, on a découvert que des femmes étaient rendues stériles à leur insu.Des patrons donnaient chaque jour à leurs employées une «vitamine» qui était de fait un contraceptif (car toute femme devenue enceinte est automatiquement mise à pied).Afin de respecter les engagements de production, ces industries obligent leurs employées à travailler au-delà des heures normales.Ainsi, la journée commence à sept heures du matin et se termine à dix-sept heures.Le travail supplémentaire est cependant obligatoire et rémunéré au tarif simple.Les femmes sont obligées de travailler jusqu\u2019à vingt et une heures, samedi et dimanche inclus.Si, par malheur, elles arrivent quinze minutes en retard, elles sont obligées de travailler sans salaire pendant toute la journée.Si le patron est «bon», il paiera quand même une demi-journée.Les femmes travaillent des journées d\u2019au moins dix heures et gagnent l\u2019équivalent de deux dollars canadiens par jour.En septembre dernier, pour avoir revendiqué le respect des normes du travail, 104 maquiladoras ont été arrêtées.En plus de présenter les demandes «normales», elles dénonçaient les aberrations dont elles sont victimes, notamment les mauvais traitements (le patron peut donner des gifles et des coups de poing).De plus, pour augmenter la production, elles sont obligées de boire de grandes quantités de café2.Les locaux de travail sont immenses, avec toiture de tôle.Il n\u2019y a pas un arbre autour.Les conditions sanitaires sont insuffisantes3.Lorsque les propriétaires désirent augmenter la production, les superviseurs encouragent les femmes: «Vous êtes les meil- 1.\tL'auteure est intervenante au Comité chrétien pour les droits humains en Amérique latine.2.\tFaits rapportés par la Commission des droits humains d\u2019Amérique centrale (CODEHUCA), le 1er septembre 1993.3.\tSondeo sobre las condiciones de la mujeres que labo ran en la maquila, août 1992.leures travailleuses du Honduras, vous êtes des fleurs».L\u2019organisation du travail a changé considérablement la relation entre employées.Auparavant le travail s\u2019effectuait «à la ligne».Ce système était avantageux, car le salaire était établi en fonction de la production individuelle.Maintenant, chaque module est responsable de sa production, et le salaire est en fonction de la production du groupe, ce qui génère des problèmes «personnels» entre les femmes.Si une nouvelle employée intègre le cercle sans connaître les étapes des opérations, elle est «coupable» de la baisse de production de son groupe et, en conséquence, du salaire moindre qui en résultera pour les autres.En raison de cette situation, il arrive assez souvent que les femmes se disputent entre elles et en viennent même aux agressions physiques.Selon un préjugé très répandu, ces emplois ne sont destinés qu\u2019aux femmes sans scolarité ou d\u2019origine paysanne.La réalité est tout autre.Les femmes qui alimentent ce contingent de «Nous voulons un travail digne, par lequel la femme puisse développer toute sa créativité.» relations mars 1994 53 main-d\u2019oeuvre proviennent de toutes les couches sociales du pays.Parmi ces travailleuses, il y a des secrétaires, des spécialistes en marketing, des professeures, etc.Pourquoi une telle situation ?Dans le but de payer la dette extérieure, de rétablir la crédibilité du Honduras, d\u2019obtenir d\u2019autres crédits internationaux et de poursuivre un objectif de croissance économique pour le pays, le gouvernement a promulgué, le 2 mai 1990, la loi sur l\u2019ajustement structurel de l\u2019économie, elpaquetazo.Désireux d\u2019orienter l\u2019économie du pays vers une économie néo-libérale, le gouvernement s\u2019est plié aux exigences du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque mondiale et d\u2019autres institutions financières internationales.En acceptant le Plan d\u2019ajustement structurel (PAS), le gouvernement du Honduras a dû changer dramatiquement les orientations du développement économique du pays.Conséquemment, le désengagement de l\u2019État dans le domaine de la santé et de l\u2019éducation, la privatisation des industries, la dévaluation de la monnaie et l\u2019augmentation du chômage ont fait sentir leur impact au sein de toute la population, notamment celle des femmes, qui ont été obligées d\u2019accepter une des rares sources de travail encore à leur disposition: les maquilas.La croissance économique provenant des maquilas est spectaculaire.En effet, selon le journal El Heraldo du 1er août 1992, la production d\u2019exportation générée par ces industries s\u2019établissait, pour l\u2019année 1987, à 97 millions de dollars US; en 1992, ce type d\u2019exportation est rendu à 196 millions, et a créé plus de 50 000 emplois.Néanmoins, une contradiction est mise en évidence dans une analyse publiée par une revue spécialisée: malgré l\u2019augmentation du travail et des exportations, 70% de la population hondurienne vit dans la misère la plus extrême, ne recevant que 26% des revenus générés par tout le pays, tandis que l\u2019autre 30% accapare 74% des revenus.Le prix des médicaments, qui augmentait de 80% en 1991, augmente de 300% aujourd\u2019hui, alors qu\u2019on assiste à 220 morts maternelles par 100 000 naissances vivantes.Le pétrole et ses dérivés ont subi une augmentation de près de 150%4.Selon un des principes des grands créanciers internationaux, le financement est conditionnel à l\u2019implantation «progressive» du programme PAS.Malgré ce principe, en 1992, le gouvernement hondurien a imposé, par force de loi, des mesures draconiennes et immédiates: loi sur l\u2019administration tributaire (exemptions fiscales des corporations), loi sur l\u2019impôt (augmentation des contributions personnelles), loi sur les subventions de la production bananière (diminution des subventions); la mesure la plus controversée est la loi de la modernisation agricole (retour à la grande propriété).Un responsable de la Banque mondiale a déclaré que «le gouvernement a pris des mesures économiques exagérées, au-delà des exigences de la Banque» [Especial Honduras, septembre 1992, no 59).Mais, simultanément, les agences de crédit ont octroyé au pays la cote AAA pour le respect du paiement de sa dette! Retrouver la dignité Le coût social est lourd pour la population hondurienne.Afin de dénoncer les programmes d\u2019ajustement structurel, les ONG de la région d\u2019Amérique latine et des Caraïbes, tenant une réunion préparatoire à la Conférence sur les droits de l\u2019Homme (Vienne), ont déclaré que ces programmes devaient être révisés, car les droits socio-économiques de toute une population n\u2019étaient pas respectés.Les ONG ont accusé le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) de cautionner le FMI et la Banque mondiale, ainsi que leurs programmes d\u2019ajustement structurel qui «légitiment les violations des droits humains» (Déclaration de Quito).Dans une critique du rapport de la Banque mondiale, la revue DIAL (Diffusion de l\u2019information sur l\u2019Amérique latine, no 1650) signale que le poids social et économique de la dette et des programmes d\u2019ajustement est énorme, et qu\u2019il faudra mettre «en place des mesures spéciales visant à compenser les conséquences néfastes que l\u2019ajustement entraîne pour les segments les plus pauvres de la population».La revue souligne aussi que les programmes peuvent être réaménagés en faveur des pauvres.«Voulez-vous abolir ce type de travail?» ai-je demandé aux femmes.«Il n\u2019en est pas question, car c\u2019est notre seule source de revenus.Nous voulons un travail digne, par lequel la femme puisse développer toute sa créativité.Nous voulons que les employeurs et le gouvernement travaillent ensemble pour offrir une formation diversifiée et sérieuse.Les femmes retrouveront ainsi la dignité, et le pays pourra dès lors se développer».¦ 4.Hugo Noe Pino, Centre de documentation du Honduras, novembre 1992.RETRAITE BIBLIQUE DE SOCABI «Si tu savais le don de Dieu.» ANIMATEUR: Yves Guillemette, ptre DATE : du 3 au 8 juillet 1994 LIEU: Centre de réflexion chrétienne, Joliette Information et inscription: S©CABI Société catholique de la Bible, 7400, boul.St-Laurent, Montréal H2R 2Y1, tél.: (514) 274-4381 ; téléc : (514) 274-5184.54 relations mars 1994 QUELLE POLITIQUE DES DROITS HUMAINS EN HAÏTI?par Marc Maesschalck Lutter pour des droits n\u2019a de sens que si on lutte pour la reconnaissance politique des acteurs dont les droits sont bafoués.quiconque veut s\u2019interroger sur les grands clichés de la philosophie politique postmoderne trouvera un lieu privilégié dans l\u2019expérience historique de la lutte du peuple haïtien.Dans cette lutte, en effet, le rôle ambigu des institutions internationales apparaît au premier plan, sous un jour différent de celui pris en Somalie, en Yougoslavie ou au Cambodge.Une Mission civile de l\u2019ONU et de l\u2019OEA (la MICIVIH) assiste impuissante au massacre d\u2019une population, sans même pouvoir garantir la sécurité de ceux qui s\u2019adressent à elle1.Les mesures 1.Ainsi, dans son rapport du 1er octobre 1993 : « La Mission civile juge particulièrement préoccupantes les menaces brandies contre des personnes en raison apparemment de leurs contacts avec elle.» (P-21).de sanction prises par la communauté internationale contre le gouvernement putschiste n\u2019ont guère d\u2019effet.L\u2019approche par la voie des droits humains s\u2019avère une impasse: elle détourne les revendications populaires portant sur des besoins économiques et des exigences politiques essentiels vers des questions de «libre circulation des biens et des personnes», de «liberté d\u2019expression dans les médias», voire d\u2019«intégrité physique des personnes».Une telle approche laisse en place les rapports de force établis, pour moduler seulement leur interaction.Il faut que chacun se respecte dans la situation donnée.Il s\u2019agit prioritairement de créer un autre climat social.Cette stratégie favorise la recherche d\u2019une réconciliation nationale pour transformer les anciens ennemis en partenaires, comme au Nicaragua ou au Salvador.Érigée en principe d\u2019action, cette approche est dangereuse, parce qu\u2019elle perd de vue le caractère factuel et aléatoire des solutions trouvées.relations mars 1994 55 Le fait impérialiste Haïti est l\u2019un de ces pays aujourd\u2019hui où l\u2019impérialisme américain est une évidence.Les débats au Congrès sur la politique étrangère de Bill Clinton ont révélé ce fait même à ceux qui voulaient encore le nier.Maître de la danse, la CIA s\u2019est même payé le luxe d\u2019un dossier sur l\u2019instabilité mentale d\u2019Aristide, histoire de mieux brouiller les cartes.La situation haïtienne permet, par sa complexité, de dépasser la caricature de cet impérialisme comme pure imposition de la volonté étrangère.De la stratégie globale à la situation particulière, le chemin est souvent tortueux.Même surpuissants, les États-Unis ne peuvent intervenir directement et massivement partout.Ils risquent de perdre leur crédit, voire même de perdre tout court, d\u2019essuyer des revers.Grenade, Panama, l\u2019Irak, la Somalie sont des expériences à répéter le moins possible.Elles montrent surtout la disproportion des moyens militaires utilisés pour éviter un effet négatif sur l\u2019opinion publique intérieure.En fait, l\u2019Américain moyen n\u2019approuve la politique étrangère de son gouvernement fédéral qu\u2019à la condition du moindre frais: pressions, sanctions, menaces sont plus appréciées que les interventions coûteuses et toujours soldées aussi par des pertes en vies humaines.Le Vietnam n\u2019est pas seul en cause: on n\u2019accepte pas la mort humaine pour des intérêts marchands dont les rapports avec la situation économique interne sont distendus et ambigus.L\u2019interventionnisme comporte aussi des risques pour la démocratie des lobbies, en renforçant les privilèges et le pouvoir des uns au détriment des autres.En politique étrangère, la voie la plus courte est donc en général la plus mauvaise.Il faudra chercher à utiliser la force d\u2019un autre sur le terrain afin de dominer par personne interposée.Le chemin tortueux commence avec ce choix stratégique.Il ne suffit pas, en effet, de choisir un camp, mais de choisir tous les camps à la fois pour être toujours aux côtés du dominant, tout en gardant sur lui des moyens de pression.La politique du plus fort se combine dès lors avec un maintien global de la dépendance et des contradictions.Cette tactique est efficace lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019effriter un monopole de pouvoir en sauvegardant des poches de résistance.Mais dans des situations de transition où la société civile tend à s\u2019antagoniser entre ancien et nouveau pouvoir, la tactique est prise à son propre jeu.D\u2019une part, le «plus fort d\u2019hier» est encore provisoirement le plus fort.Mais ses heures sont comptées.D\u2019autre part, les forces nouvelles ont peut-être conquis une légitimité populaire, mais sans disposer d\u2019accès significatifs aux leviers économiques et politiques.Un désaveu précipité des «plus forts d\u2019hier» aurait au moins deux conséquences fâcheuses pour la stratégie impérialiste: un message clair aux autres alliés de la région qu\u2019à tout moment ils peuvent être désavoués par les États-Unis qui les utilisent; et la déstabilisation des filières d\u2019échange économique en place suite à l\u2019apparition d\u2019un nouveau partenaire ignorant encore les règles du jeu.Par contre, une complicité prolongée aura aussi des conséquences néfastes pour la stratégie impérialiste: elle favorise le développement dans la population d\u2019un anti-américanisme radical qui marquera les options politiques à venir; elle perd sa légitimité en révélant clairement son parti-pris pour un pouvoir anti-démocratique; et elle risque de porter, devant la conscience internationale, la responsabilité première de l\u2019échec ou de l\u2019enlisement de la transition politique.Devant cette situation, la stratégie impérialiste n\u2019a guère le choix.Elle ne peut qu\u2019allier savamment désaveu et complicité, de manière à garder une complicité jusqu\u2019au moment où elle aura obtenu toutes les garanties à l\u2019égard du nouveau pouvoir.Pour éviter l\u2019enlisement complet, elle doit par ailleurs se démultiplier pour affirmer son désaveu.À ce niveau, le légalisme est la voie la plus sûre.Le respect scrupuleux de toutes les institutions internationales permettant non seulement de légitimer le désaveu, mais aussi d\u2019y allier la communauté internationale, et la traduction de ce désaveu en sanctions graduelles est la meilleure façon de gagner du temps.En recourant au droit international, on s\u2019assure déjà le partage des responsabilités de l\u2019enlisement politique avec toute la communauté internationale.Le légalisme a aussi pour avantage d\u2019induire un processus de négociation où toutes les parties trouvent une certaine légitimité devant les instances internationales sur le terrain, la recherche d\u2019une solution négociée se transformant en mission de réconciliation nationale pour éviter d\u2019apparaître comme juge et partie.La valse du désaveu peut durer longtemps.Il suffit de songer à l\u2019Afrique du Sud.Durant ce répit, il faut trouver une porte de sortie honorable pour les complices, c\u2019est-à-dire négocier leur impunité, et s\u2019assurer du maintien des relations commerciales privilégiées.Cette stratégie d\u2019ensemble est très typée.D\u2019abord, elle est axée sur le pouvoir: elle tente de contrôler l\u2019accès au pouvoir et négocie les conditions de sortie du pouvoir.Du même coup, elle marginalise les acteurs populaires et cherche toujours à axer leurs représentants dans une logique d\u2019accès au pouvoir.D\u2019avance, la prise de pouvoir populaire est disqualifiée.Ensuite, elle sépare jusque dans les négociations le pôle économique et le pôle politique, en soustrayant le premier au débat public officiel.Enfin, par le jeu des sanctions et des propositions, elle garde l\u2019initiative dans la situation de crise, qu\u2019elle tente de maintenir à son avantage.L\u2019avantage d\u2019une telle stratégie est de laisser sur le terrain une marge de manoeuvre appréciable aux complices du pouvoir contesté et discrédité.Ceux-ci ont la possibilité de peser sur les négociations en recourant à des pratiques violentes de terrorisme militaire ou civil et de répression policière.De plus, ils peuvent également chercher de nouveaux alliés politiques afin de déstabiliser l\u2019opposition en en corrompant certaines branches.Devant ce genre de situation, l\u2019opinion internationale et, en particulier, les défenseurs des droits humains sont pris entre deux feux: d\u2019une part, la peur de la violence et du chaos social qui entraîne la souffrance d\u2019une population innocente; d\u2019autre part, l\u2019apparente impuissance politique de l\u2019idéal démocratique et de ses représentants quant à l\u2019invention des chemins pratiques de sa reconnaissance.Ainsi, la violence a moins pour effet d\u2019accuser ceux qui s\u2019en servent que de réduire le peuple à l\u2019état de victime.Et le blocage de la situation, loin de discréditer ceux qui le provoquent par leurs manoeuvres, sème le doute sur les possibilités de trouver une solution compatible avec les exigences de la démocratie.Les droits humains comme position de principe En tant que position de principe, la lutte pour les droits humains se satisfait de grandes déclarations sans se soucier de leurs traductions dans les faits.Cette absence d\u2019efficacité n\u2019est pas due, à ce niveau, à une ignorance du terrain, mais à un vice de forme théorique.Le principe est énoncé sans relation à son applicabilité.Il peut donc être structurellement respecté dans un dispositif social, tout en étant de fait inaccessible ou inefficace pour une majorité.On peut manquer de l\u2019essentiel et être respecté dans ses droits de participation à un jeu social qui nous dépasse, voire être protégé d\u2019une exclusion complète de ce jeu.Simplement, les règles de la vie en commun ne peuvent faire ab- 56 relations mars 1994 straction de ce qui est effectivement possible pour le minimum d\u2019ordre déjà atteint: matériellement, l\u2019État de droit peut rencontrer des impossibilités de fait.Il faut donc développer économiquement pour étendre l\u2019applicabilité des principes.Cette position résume le vice de forme théorique de la lutte pour les droits humains.L\u2019applicabilité des principes n\u2019est pas fonction du développement d\u2019un ordre social donné.Elle doit être partie intégrante de la lutte pour les principes en tant que créatrice d\u2019une nouvelle culture politique.Il est insensé de lutter pour des principes sans chercher en priorité à les doter d\u2019une puissance d\u2019effectuation.Un droit quel qu\u2019il soit est un processus de reconnaissance qui pose autrui en situation de réclamer son droit, c\u2019est-à-dire d\u2019être entendu et reconnu comme partenaire.Ce processus de reconnaissance implique une nouvelle répartition des pouvoirs, afin que tous ceux qui veulent faire valoir leurs droits soient en mesure de participer aux choix de société impliqués par leurs revendications.2.On peut lire ainsi dans le second rapport de la Mission civile (New York, octobre 1993) l\u2019avis donné par des « spécialistes des droits de l\u2019Homme» à propos de la mission en Haïti: «La crédibilité de la Mission dépendra de sa capacité non seulement à faire rapport sur les violations des droits de l\u2019Homme, mais à obtenir réparation et à empêcher de futures violations».Néanmoins, poursuit-on, « Les carences des institutions en Haïti sont telles que l\u2019aptitude de la Mission à y pourvoir pendant une assez longue période avant qu\u2019il ne soit procédé à une réforme des institutions sera inévitablement limitée» (réf.A/48/532, p.31).Lutter pour des droits n\u2019a donc de sens que si on lutte pour la reconnaissance politique des acteurs dont les droits sont bafoués.L\u2019applicabilité du droit lorsqu\u2019elle est prise au sérieux dès son moment théorique conduit à prendre en compte le devenir-sujet-du-droit des acteurs sociaux afin qu\u2019eux-mêmes puissent exprimer dans leur situation les exigences prioritaires de leur reconnaissance comme citoyen à part entière.Dès le moment où la position de principe en faveur du droit consiste à se substituer aux sujets du droit, le processus de reconnaissance est compromis et récupéré par un processus d\u2019assistance2.Dans son moment pratique, la lutte pour les droits humains ne parvient pas à corriger son vice de forme théorique, à cause de son ignorance du terrain.Son travail d\u2019information, en effet, réduit généralement la souffrance, l\u2019oppression, la faim et la violence en données objectives qui s\u2019étalent comme des litanies.Cette accumulation de données, même lorsqu\u2019elles sont recueillies directement sur le terrain par des organisations humanitaires, n\u2019offre qu\u2019un tableau partiel de la situation dépendant de paramètres élaborés dans des cadres sociaux radicalement différents.Le misérabilisme transforme les populations observées en victimes des mécanismes socio-politiques.Mais dans cette optique, le minimum qu\u2019on voudrait leur apporter n\u2019est pas nécessairement le minimum qu\u2019elles voudraient obtenir.On ignore généralement ce qu\u2019une population paysanne revendique pour s\u2019en sortir avec ses faibles moyens, parce qu\u2019on l\u2019estime globalement démunie de ressources.Cette estimation est fausse: la vie dans cette population s\u2019est organisée pour résister; des ressources sont mobilisées et les revendica- ¦mil Une stratégie qui favorise la recherche d\u2019une réconciliation nationale pour transformer les anciens ennemis en partenaires est dangereuse, parce qu\u2019elle perd de vue le caractère factuel et aléatoire des solutions trouvées.relations mars 1994 57 Jean-François Leblanc/STOCK tions portant sur l\u2019eau, la route, l\u2019école, le dispensaire et le pouvoir communal sont liées organiquement à ces ressources.Pour saisir l\u2019itinéraire politique qui peut se construire à partir de ces ressources, il ne s\u2019agit pas de les inventorier dans des catalogues, mais de les découvrir en lien avec une manière de vivre, comme une culture des pauvres où se construisent leur identité propre, leur dignité et leurs convictions sur l\u2019ordre social et politique.Lorsqu\u2019on ignore cette manière de vivre, on milite pour des solutions artificielles dont les bénéficiaires sont les derniers concernés, voire les victimes.Une autre politique des droits humains Indépendamment de la Mission civile, des organisations haïtiennes ont tenté de créer des espaces de résistance axés sur une dénonciation des violations du droit pour assurer au droit une survie dans la société à partir de l\u2019engagement des acteurs3.Avec des moyens financiers et des ressources humaines nettement inférieurs, ces organisations ont montré qu\u2019une autre pratique de la lutte pour les droits humains était possible dès que l\u2019on acceptait de travailler à partir des acteurs locaux.L\u2019enjeu n\u2019était plus d\u2019accumuler des données, mais de constituer une mémoire vive des injustices mettant en question directement les stratégies visant à légitimer l\u2019impunité.Cette mémoire était immédiatement restituée à ceux qui la constituaient sous forme de rapports publics et de communiqués.Là où la Mission civile transformait le droit en opération humanitaire transnationale, des organisations haïtiennes ont cherché à l\u2019enraciner dans la perpétuation de la mémoire haïtienne de l\u2019esclavage et de la dictature.Là où le travail de la Mission civile servait seulement à désamorcer la colère populaire en donnant l\u2019espoir illusoire d\u2019une solution importée, les organisations haïtiennes s\u2019efforçaient de transformer la colère en germes de résistance et de solidarité concrètes face à l\u2019agression des oppresseurs.Le récit des agressions devient un rite incantatoire quand il s\u2019adresse au «non-lieu» de la conscience internationale.Quand il devient l\u2019expression d\u2019un engagement convaincu pour la cause des droits d\u2019un peuple, quand il retrace l\u2019itinéraire qui conduit à la dénonciation de l\u2019injustice et à la résistance, il n\u2019est plus incantation mais praxis de libération: le récit est déjà, dans ce cas, la mémoire subversive de l\u2019injustice qui appelle la prise de conscience et rallie à la cause.Une autre pratique politique de la lutte pour les droits humains est donc possible, à condition de partir des acteurs locaux et de s\u2019inscrire dans un processus de reconnaissance dont l\u2019enjeu est l\u2019affirmation de sujets de droit et non de principes humanitaires supportés seulement par une conscience extérieure à la situation vécue.Du point de vue de la philosophie politique, la question fondamentale posée par la situation haïtienne est donc celle d\u2019un processus de reconnaissance des sujets comme acteurs de droit de leur destin.Un tel processus ne dépend pas d\u2019une affirmation de principe des droits humains justifiant des interventions humanitaires, ni d\u2019une aide économique pour réduire la répression et moderniser l\u2019exploitation, ni d\u2019une formation de la volonté générale grâce à l\u2019apprentissage de la communication argumentée en vue du bien commun.Le processus de reconnaissance sociale dépend du rôle effectif que peut s\u2019approprier la volonté générale, en fonction des limites que lui imposent ses conditions d\u2019existence.Il y va donc du changement réel de ces conditions comme forme concrète de redistribution du pouvoir à partir de la situation des sujets4.Le défi de l\u2019éducation Cette reconnaissance de la nécessité politique d\u2019une volonté générale active dans la construction reste étrangère aux élites haïtiennes qui perpétuent ainsi, consciemment ou inconsciemment, la forme d\u2019ordre promue par Duvalier père5.Qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019Église hiérarchique, de la haute bourgeoisie, de la caste politique traditionnelle ou de la hiérarchie militaire, la population est considérée comme une masse sans éducation incapable de participer à la décision politique et même de définir ses intérêts6.Le départ de Duvalier reste perçu comme une vacance du pouvoir et est vécu dans l\u2019attente d\u2019un autre leader messianique capable de coaliser la nation pour l\u2019entraîner dans une nouvelle épopée de libération face aux convoitises impérialistes.La fracture entre masse et leader est présente partout dans la société haïtienne.L\u2019école, l\u2019armée, l\u2019Église7, mais aussi l\u2019habitat, le travail et les loisirs sont autant de lieux de reproduction de la fracture.Pour les uns, c\u2019est l\u2019insoutenable légèreté de l\u2019être qui l\u2019emporte, l\u2019insignifiance des droits et des devoirs face à la supériorité que confère le pouvoir.Pour les autres, tout est pesanteur, difficulté d\u2019être, l\u2019insuffisance des droits et même des devoirs définis dans l\u2019infériorité où confine la misère.Pour l\u2019élite comme pour la masse, le droit est non-lieu par surpuissance ou par insuffisance.C\u2019est pourquoi cette voie est une impasse dans la situation actuelle, tant qu\u2019elle ne s\u2019aligne pas sur un processus de reconnaissance sociale.Le point d\u2019Archimède d\u2019une telle situation, c\u2019est l\u2019éducation.Elle est la clé de toute mise en route d\u2019un processus de reconnaissance sociale, grâce à la réappropriation de la culture et de l\u2019histoire des populations qu\u2019elle permet, grâce à la création d\u2019une forme éthico-politique qu\u2019elle engendre et à la discipline intellectuelle qu\u2019elle inculque dans la poursuite d\u2019un projet.C\u2019est donc la constitution même d\u2019une volonté générale qui est en question et plus simplement les modalités de sa formation, l\u2019« historicisa-tion» de la volonté générale comme force concrète, se possédant soi-même, autonome.L\u2019Église catholique avait bien compris cet enjeu lorsqu\u2019en avril 1988 elle a interrompu l\u2019expérience de la Mission Alpha8.Un levier extraordinaire était en place pour enclencher un processus de reconnaissance sociale.C\u2019est cette voie qu\u2019il faudra privilégier demain avec une reconstruction générale du système d\u2019éducation formelle si l\u2019on veut sortir de l\u2019impasse d\u2019une politique dont le peuple massifié reste l\u2019objet et la victime.¦ 3.\tOn citera en particulier la Plate-forme des organismes haïtiens de défense des droits humains qui a remporté le prix international pour la liberté 1993, décerné à Montréal le 9 novembre 1993.Cette Plateforme a publié plus de dix rapports dont, le 23 août 1993, un rapport sur La situation de la répression depuis l'Accord de Governor\u2019s Island (3 juillet 1993).4.\tDans cette ligne, Touraine, A., Critique de la modernité, Fayard, Paris, 1992.5.\tCf.Lévêque, K., «L\u2019interpellation mystique dans le discours duvalérien», Nouvelle Optique, 1/4 (1971), p.5-32.58\trelations mars 6.\tCf.Hurbon, L., Culture et dictature en Haïti.L\u2019imaginaire sous contrôle, H.Deschamp s, Port-au-Prince, 1987, p.92 7.\tCf.Hurbon, L., Comprendre Haïti, Essai sur l\u2019État, la nation, la culture, Karthala, Paris, 1987, p.110.8.\tVaste campagne d\u2019alphabétisation, issue d\u2019une prise de conscience grandissante des communautés chrétiennes de base (les «ti legliz») dans les années 80 et lancée formellement par l'Église catholique dans tous les diocèses, peu après la chute de Duvalier en 1986, avec un appui financier important des ONG du Québec et d\u2019ailleurs.1994 Un aide-mémoire, intitulé Les Femmes dans l\u2019Eglise, retrace les interventions de l\u2019épiscopat au Canada et au Québec depuis 1971, en rapport avec les interventions du Vatican.Préparé et révisé par Gisèle Turcot et publié à l\u2019automne 1993, ce document rappelle la place grandissante des femmes dans l\u2019Église et la société à travers le dialogue qui s\u2019est instauré entre les femmes et les instances ecclésiales.Ont collaboré à cette publication le Centre justice et foi et des responsables du dossier de la condition féminine tant au Secrétariat de l\u2019AÉQ que de la CÉCC.Cet outil de travail est disponible au Centre de formation Marie-Gérin-Lajoie, 5035, rue de la Roche, Montréal H2J 1L7.Au Québec, les familles monoparentales sont au nombre de 270 000 et représentent près de 22% des familles avec enfants.Plus de 55% de ces familles doivent recourir au percepteur ou aux tribunaux pour en obtenir le versement des pensions alimentaires pour les enfants.C\u2019est pour aider à la solution de ce problème que la Fédération des associations de familles monoparentales du Québec a publié à l\u2019automne 1993, dans son bulletin officiel, un dossier sur la perception automatique des pensions alimentaires.Cette publication est disponible à la FAFMQ, 1051 rue Saint-Hubert, bureau 2320, Montréal H2L 3Y5, tél.: (514) 288-5224.Dans le numéro de décembre 1993, The Ploughshares Monitor examine «la face changeante de la guerre» à travers une analyse de l\u2019état des conflits armés dans le monde en 1993.La guerre ne se fait presque plus entre États mais les 35 conflits répertoriés se déroulent tous à l\u2019intérieur même des États: seize d\u2019entre eux visent un changement de régime, onze cherchent plutôt à redéfinir les frontières, tandis que les huit autres conflits combinent les deux revendications.Cette évolution du type de conflits armés devrait entraîner une révision en profondeur du rôle des forces armées et de nos politiques de sécurité.Le dossier comporte aussi une carte géographique des conflits armés en cours et une analyse du rôle croissant des opérations de maintien de la paix.Projet Ploughshares, Institute of Peace and Conflict Studies, Conrad Grebel College, Waterloo, Ontario N2L 3G6, tél.: (519) 888-6541.Le 30 novembre dernier, le Protecteur du citoyen déposait le 23e rapport annuel de cette institution.Ce dernier est particulièrement intervenu cette année auprès de la Société de l\u2019assurance-automobile et du ministère de la Justice.De plus, le Protecteur du citoyen a porté son attention sur plusieurs questions: pensions alimentaires, services à la clientèle, information gouvernementale, choix des administrateurs publics, transparence de l\u2019Administration, immigration, etc.Pour joindre le Protecteur du citoyen, il suffit de téléphoner: à Québec, 1-800-463-5070 (sans frais), à Montréal, 1-800-361-5804 (sans frais).En présence de nombreux invités rassemblés au Centre justice et foi, l\u2019Institut culturel Karl Lévêque procédait, dimanche le 9 janvier 1994, au lancement d\u2019une publication intitulée: L\u2019Analyse politique: Idéologie et Mentalité sociale.Ce premier ouvrage de la série Cahiers Karl Lévêque regroupe des textes rédigés par Ernst Jouthe, Karl Lévêque et Marc Maesschalck.L\u2019objectif à long terme de ces Cahiers est de constituer un fonds scientifique donnant accès aux différents aspects de la pensée sociale et culturelle de Karl Lévêque.En plus de garder bien vivante la mémoire de ce grand patriote haïtien, jésuite, penseur et homme d\u2019action, cette publication sera un outil important pour les différents acteurs luttant pour le changement et la démocratie en Haïti.Des exemplaires de ce cahier sont disponibles au Centre justice et foi, tél: (514) 387-2541.Dans une lettre envoyée, le 10 décembre, à l\u2019honorable Paul Martin, ministre des Finances, le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CÉCC) demande qu\u2019une attention spéciale soit portée à la création d\u2019emplois.«La dégradation prolongée de la situation de l\u2019emploi et les conséquences sociales et humaines qui s\u2019y rattachent exigent que le gouvernement et l\u2019ensemble des forces vives du pays consacrent leur énergie et leur imagination à la création d\u2019emplois», de souligner Mgr Hamelin dans cette lettre.Ayant déjà qualifié le chômage généralisé de «mal social» dans un message antérieur, les évêques insistent pour que la valeur et la dignité du travail humain soient mises au tout premier rang de nos stratégies économiques.On peut se procurer une copie du message pastoral au siège social de la CÉCC, 90 avenue Parent, Ottawa Kl N 7B1.relations mars 1994 59 RECENSIONS DE MARS lectures André Beauchamp: Introduction à l\u2019éthique de l\u2019environnement Coll.: Ni curés, ni poètes Louis Fournier: Louis Laberge.Le syndicalisme, c\u2019est ma vie Introduction à l\u2019éthique de l\u2019environnement Comment se situer par rapport au débat environnemental qui se déroule à la télévision, sur les ondes de la radio et dans la presse?La crise écologique est évidente, mais les moyens pour y porter remède sont loin de rallier tous les suffrages.Que faut-il penser de la deep ecology, qui préconise le rejet de toute perspective anthropologique et nous invite à militer pour la libération de la nature?Quel est le bien-fondé des réclamations des groupes radicalement verts qui prônent l\u2019opposition violente aux promoteurs qui osent abattre des forêts ou canaliser des cours d\u2019eau?Quels sont les éléments essentiels du conflit qui oppose les tenants du développement hydroélectrique et les sympathisants des autochtones?Tout Québécois le moindrement soucieux du milieu géographique où sa col- lectivité est appelée à jouer son destin ne saurait éluder ces questions.D\u2019où la frustration du citoyen ou de la citoyenne lorsqu\u2019il ou elle cherche des réponses dans le nombre grandissant de publications que la marée médiatique laisse dans son ressac.Grâce au livre d\u2019André Beauchamp, nous pouvons enfin nous orienter.L\u2019Introduction à l\u2019éthique de l\u2019environnement définit la problématique, décrit les options fondamentales et balise la route qu\u2019il faut emprunter pour comprendre les malaises de notre planète et chercher des solutions qui ne soient pas de simples panacées ou du trompe-l\u2019oeil.L\u2019ouvrage s\u2019articule autour de sept chapitres dont le premier porte sur un cas type (on pourrait presque dire un cas choc): le dossier Grande-Baleine.Le deuxième chapitre décrit de façon extrêmement claire et vigoureuse les grandes tendances contemporaines (biocentrisme, libération de la nature, écoféminisme et droits des animaux); le troisième propose un certain nombre de remarques critiques débouchant sur des propositions concrètes qui prennent la forme d\u2019un double décalogue.Le quatrième et le cinquième chapitre insèrent l\u2019éthique de l\u2019environnement dans une perspective plus générale dominée par les notions clefs de développement durable et d\u2019équité.Tout en présentant de façon sereine et objective les différents choix qu\u2019un individu ou une société peuvent prendre, l\u2019auteur ne transige jamais sur la justice sociale et le devoir qui nous incombe de ne pas opérer le redressement écologique en aggravant la situation des plus démunis.Le chapitre six propose une stratégie pour sortir de l\u2019impasse où les problèmes environnementaux finissent trop souvent par s\u2019engouffrer.À la lumière de sa vaste expérience personnelle, agrémentée de beaucoup de bon sens et d\u2019une bonne dose d\u2019humour, l\u2019auteur nous rappelle que la consultation publique s\u2019avère de plus en plus nécessaire si nous voulons éviter la polarisation et trouver un consensus qui assure le progrès véritable au-delà des affrontements idéologiques.André Beau- 60 relations mars 1994 champ a des pages d\u2019une grande pertinence sur la nécessité de ne pas voir la participation publique comme une concession au goût du jour, une mode pour relâcher la pression.Le public a le droit d\u2019être associé aux décisions environnementales puisqu\u2019elles le concernent directement.On ne saurait évaluer les impacts d\u2019un projet sans s\u2019interroger sur le sort réservé aux êtres humains qui vivent dans un milieu donné.L\u2019heure n\u2019est plus à la réalisation préalable d\u2019un grand projet pour ensuite essayer d\u2019en corriger les retombées négatives ou fâcheuses.Les études d\u2019impact doivent établir l\u2019opportunité d\u2019un projet en le comparant à d\u2019autres solutions de rechange et prévoir les conséquences écologiques et humaines à moyen et long terme.La population connaît souvent son environnement de façon plus intime et plus profonde que les scientifiques qui n\u2019y séjournent que pour mesurer quelques-unes de ses composantes.Ici encore, l\u2019expérience de l\u2019auteur lui permet d\u2019apporter des exemples que tout promoteur se doit de méditer, un conseil qui ne vaut pas seulement pour les entreprises privées.Le chapitre sept fournit des renseignements plus précis sur l\u2019écologie comme discipline scientifique et comme mouvement que l\u2019auteur qualifie, à bon escient, de religieux.Les tenants de l\u2019écologie «profonde» font appel à une transcendance, qui est parfois ramenée à une divinisation de la Terre-Mère, comme si l\u2019humanité n\u2019avait jamais eu à s\u2019affranchir de la terreur et de la servitude d\u2019une Nature qui lui dictait ses lois et l\u2019écrasait sous son fardeau.Une éthique authentique ne saurait faire fi des progrès de la science et de la médecine.Se fermer les yeux et rentrer aveuglement dans le sein de la Nature comporte le risque de la découvrir plus marâtre que mère.Il faut respecter la terre sur laquelle nous vivons sans l\u2019affubler de faux titres de noblesse.L\u2019épilogue nous ramène au dossier Grande-Baleine, non pas pour trancher le débat, mais pour suggérer un certain nombre de questions précises qui sont susceptibles d\u2019orienter la discussion vers une prise de conscience des valeurs que nous devons promouvoir d\u2019un commun accord pour éviter un affrontement politique.L'Introduction à l\u2019éthique de l\u2019environnement est un guide précieux.Il situe admirablement les courants contemporains en éthique de l\u2019environnement et il fournit au lecteur une grille d\u2019analyse qui lui permettra de s\u2019orienter et de faire lui-même ses choix.C\u2019est un livre qu\u2019il faut lire.¦ William R.Shea Ni curés ni poètes ni curés, car oeuvrant à l\u2019intérieur du monde des clercs, ils n\u2019y sont pas nés et n\u2019y ont pas grandi.Ni poètes, car images de la nouveauté ecclésiale des dernières décennies, ils cherchent encore la créativité et la liberté.Titre accrocheur, s\u2019il en est, qui marque bien la recherche d\u2019identité de ces quelque 2500 travailleuses et travailleurs laïques de l\u2019Église québécoise.Ce petit livre, tout simple, sans prétention, traite d\u2019une question fort controversée dans les réseaux théologiques et pastoraux: les ministères laïques.Sont-ils anciens mais oubliés?Sont-ils nouveaux mais écartés?Le problème est complexe et engoncé dans une histoire lourde de ses deux millénaires.Il est donc compréhensible que, parfois, certaines questions soient esquivées, ou que les points de vue puissent être contradictoires.L\u2019ensemble n\u2019en constitue pas moins une réflexion honnête et très bien ancrée dans la réalité actuelle.Les développements s\u2019alignent les uns après les autres sans se répondre mutuellement.Signés par dix hommes et deux femmes, ils présentent des niveaux d\u2019écriture qui vont du récit à la réflexion systématique, en passant par l\u2019essai et le compte-rendu.Seule une brève présentation de chacun d\u2019eux donne vraiment la perspective.Au chapitre 1, Denis Robitail-le présente la petite histoire de l\u2019engagement des laïques dans l\u2019Église québécoise.De l\u2019action catholique (début: 1935) aux pastorales spécialisées d\u2019aujourd\u2019hui (en hôpital, en prison, en base militaire), il s\u2019arrête particulièrement à l\u2019émergence des animatrices et animateurs laïques en paroisse.Il pose une question qui traversera l\u2019ensemble du volume : « Le piège de la cléricalisation des laïques est bien réel.On n\u2019a pas encore mis au point les structures ministérielles adaptées à une participation accrue des laïques» (p.41).Le deuxième chapitre, qui trace le portrait de quelques agents en fonction, porte les signatures suivantes: Gaétan Lachance qui oeuvre dans le centre hospitalier Robert Giffard, à Québec; Yvon Pichette, préposé à la base militaire de Valcartier; Christian Bouchard responsable de formation dans le diocèse de Chicoutimi; Henri Goudreault, évêque de Labrador City-Shefferville, qui réfléchit sur la collaboration croissante des laïques dans les communautés locales du Grand Nord Canadien; John Walsh, responsable du Christian Training Programme dans le secteur anglais du diocèse de Montréal; et finalement, Jean-Marc Perreault, qui présente les forces et les faiblesses d\u2019une pratique de co-responsabilité de plus en plus répandue dans les diocèses du Québec: la nomination d\u2019équipes pastorales en paroisse.Avec Nicole Bouchard, le troisième chapitre nous fait entrer dans une toute autre approche.Il s\u2019agit d\u2019un essai, non dénué d\u2019une certaine poésie (plus poète que curé?), qui aborde de front la quête d\u2019identité laïque dans l\u2019Église, celle de la femme en particulier: «Cruel dilemme: si je n\u2019emprunte pas le chemin tracé, je n\u2019existe pas, et si je l\u2019emprunte, je me tue.Être égale: c\u2019est la plus grande ambition qui me soit offerte maintenant.Et j\u2019écris ton nom: différence.Un mot sacrilège.Tant pis.Il est grand temps de le prononcer» (p.98).Le quatrième chapitre (Denis Robi-taille) inaugure la deuxième partie du livre.Le propos et le style nous font accéder à l\u2019autre versant de l\u2019argumentation.L\u2019auteur y développe les situations diverses qui entourent la réalité des mandats pastoraux (côté plus curé que poète?).Succède Gaétan Baillargeon qui déploie longuement, au chapitre suivant, l\u2019éventail des efforts sérieux et persévérants qui ont jalonné la réflexion ecclésiologique du comité des ministères, mis sur pied par les évêques du Québec, en 1984.Puis, Gilles Routhier propose une pensée de type socio-théologique sur les nouveaux modèles ministériels induits par cette arrivée massive de laïques dans l\u2019institution ecclésiale.Il repousse, avec un certain agacement, les interrogations connues autour du sexisme et du cléricalisme dans l\u2019Église et explore de nouveaux arguments qui ne sont pas dénués d\u2019intérêt.Personnellement, s\u2019il y avait débat sur le sujet, c\u2019est le chapitre qui me provoquerait le plus à la discussion.Ce qui va tout à fait dans le sens du «tableau en mouvement» que les auteurs de l\u2019introduction (Marc Pelchat et Denis Robi-taille) souhaitaient alimenter, en début de parcours.En dernier lieu, après que Brigitte Couturier ait dressé une revue de littérature québécoise sur les ministères laïques, Marc Pelchat conclut en réouvrant largement le débat: «À moyen ou à long terme, l\u2019Église devra sans doute résoudre le dilemme après un temps assez long d\u2019expérience du service pastoral des laïques en relation de collaboration avec les prêtres et les diacres.Elle devra se demander si elle continue de confier des ministères pastoraux à des personnes non ordonnées ou si elle doit ratifier le don du ministère par l\u2019ordination ou l\u2019institution» (p.259).Certes, la lecture suivie de ce petit vo- relations mars 1994 61 lume laisse une impression globale d\u2019éclatement et de cul-de-sac théologiques.Pourtant, chaque partie est intéressante en elle-même et alimentera avantageusement la repensée de cette difficile question des ministères dans l\u2019Église actuelle.Chaque agente et agent de pastorale trouverait profit à le lire.¦ Lise Baroni Faculté de théologie, U.de M.Louis Laberge Voilà un livre que j\u2019avais commencé à lire et qui a traîné sur mes tablettes pendant plusieurs mois! Non pas par manque d\u2019intérêt, au contraire, mais à cause d\u2019autres impératifs incontournables.En effet, il s\u2019agit d\u2019un livre qui se laisse lire d\u2019un bout à l\u2019autre, sans soupçon d\u2019ennui.L\u2019attention est certes soutenue par une écriture très abordable, mais sans doute en tout premier lieu par le personnage très coloré qui constitue l\u2019objet de cette biographie, le syndicaliste Louis Laberge.Journaliste de profession, Louis Fournier connaît bien le milieu syndical en général, pour avoir assumé la rédaction du livre sur l\u2019Histoire du mouvement ouvrier pour le collectif de la CSN et de la CEQ, et tout particulièrement la FTQ, où il a assumé la vice-présidence aux communications du Fonds de solidarité sur lequel il a d\u2019ailleurs publié un ouvrage, Solidarité inc.Il doit faire paraître sous peu la deuxième tranche de l\u2019histoire de cette organisation syndicale qui a été amorcée par Émile Boudreau et Léa Roback.Ce livre est une commande et constitue en quelque sorte une biographie officielle.Sans être vraiment complaisante, elle est toutefois favorable au personnage, mais sans ostentation.Il ne s\u2019agit évi- demment pas d\u2019un ouvrage d\u2019analyse du syndicalisme québécois à travers un leader syndical et surtout pas d\u2019une analyse critique, quoique l\u2019auteur y passe assez régulièrement ses messages sur le genre de syndicalisme à développer.L\u2019approche demeure plutôt journalistique.Pour réaliser son ouvrage, l\u2019auteur a interviewé plus de 60 personnes, proches de l\u2019ancien président de la FTQ pour la plupart.L\u2019intérêt de la biographie provient évidemment de l\u2019importance et de l\u2019originalité du personnage lui-même, qui a marqué l\u2019histoire du mouvement ouvrier et du syndicalisme québécois et dans lequel les travailleurs et, sur bien des aspects, l\u2019ensemble des Québécois se sont toujours un peu reconnus.Mais en dépit de ses limites, le livre nous présente plus que cela.Il constitue une bonne source d\u2019informations de premier niveau sur le syndicalisme, l\u2019évolution des rapports sociaux au Québec et du mode de vie même.Comme il se lit facilement, il peut servir, avec d\u2019autres documents, d\u2019initiation des jeunes à la vie syndicale à partir d\u2019un regard de l\u2019intérieur.Enfin, pour toutes les personnes qui ont connu et estimé Louis Laberge, cette biographie restera un rappel chaleureux de ses trouvailles, de ses bons coups, ainsi que de ses hésitations et contradictions, - ce qui, en fin de compte, le rend tout à fait humain.¦ Jacques Boucher Livres reçus Parmi les livres reçus ces derniers mois, Relations vous signale les ouvrages suivants: -\tDaniel Welzer-Lang et Jean Paul Filiod, Les hommes à la conquête de l\u2019espace.domestique.Du propre et du rangé, Montréal, VLB/Le Jour, 1993; 358 p.-\tMonique Lafortune, Oedipe à l\u2019uni- versité ou les liaisons dangereuses entre professeurs d'universités et étudiantes, Montréal, VLB, 1993; 132 p.-\tRené Derouin, L\u2019espace et la densité.Entretiens avec Michel-Pierre Sar-razin, Montréal, L\u2019Hexagone, 1993; 238 p.-\tPierre Brunette, François d'Assise et ses conversions, Paris, Franciscaines, 1993; 152 p.-\tSerge Gagnon, Mariage et famille au temps de Papineau, Ste-Foy, Presses de l\u2019Université Laval, 1993; 300 p.-\tAndrée Fortin, Passage de la modernité.Les intellectuels québécois et leurs revues, Ste-Foy, Presses de l\u2019Université Laval, 1993; 406 p.-\tPaul G.Bozsoky et Laszlo Lukacs, De l\u2019oppression à la liberté.L\u2019Église en Hongrie 1945-1992, Paris, Beauchesne, 1993; 381 p.-\tMarie-Louise Barthélemy, Pierre-J.de Clorivière.Adélaïde de Cicé.Correspondance 1787-1804, Paris, Beauchesne, 1993; 288 p.-\tColette Estin, Contes et fêtes de la mort, Paris, Beauchesne, 1993; 448 p.-\tClaude Escallier, Mauriac et l\u2019Évangile, Paris, Beauchesne, 1993; 362 p.-\tPierre Voyer, Fabula Fibulae, Montréal, L\u2019Hexagone, 1993; 152 p.-\tMatt Cohen, Les mémoires barbelées, Montréal, Quinze, 1993; 233 p.-\tAnn Charney, Dobryd, Montréal, VLB, 1993; 205 p.-\tPierre Léon, Sur la piste des Joli-coeur, Montréal, VLB, 1993; 277p.-Pierre Vadeboncoeur, Gouverner ou disparaître, Montréal, Typo, 1993; 274 p.-\tPierre Vadeboncoeur, Les deux royaumes, Montréal, Typo, 1993; 225 p.-\tMario Roy, Pour en finir avec l\u2019antiaméricanisme, Montréal, Boréal, 1993; 218 p.-\tRichard Martineau, Pour en finir avec les ennemis de la télévision, Montréal, Boréal, 1993; 178 p.-\tAndrée Dandurand, Les carnets de David Thomas, Montréal, Québec/ Amérique, 1993; 232 p.-\tPierre Lemieux, Le droit de porter des armes, Paris, Les Belles Lettres, 1993; 217 p.¦ ____________références André Beauchamp, Introduction à l\u2019éthique de l\u2019environnement, Montréal/Paris, Paulines/Mé-diaspaul, 1993; 222 p.Coll, (sous la dir.de Marc Pelchat et Diane Robitail-le), Ni curés, ni poètes, Montréal, Paulines, 1993; 272 p.Louis Fournier, Louis Laberge.Le syndicalisme, c\u2019est ma vie, Montréal, Québec/Amérique, 1992; 418 p.62 relations mars 1994 Se loimer .Poui risquer.l'avettfa La liturgie dans un contexte d'évangélisation Les 11 et 18 mars de 18h30 à 20h50 Les 12 et 19 mars de 9hà llh50; 13h30 à 15h20 Jean-François BOUCHARD L'Eglise : projet de Jésus et modèles ecclésiologiques 3 lundis o Les 14,21 et 28 mars r De 9h à llh50; 13h30 à 15h20 00 Gaétan BAILLARGEON INSTITUT DE PASTORALE !715 \u2022 Chemin de la Côte Sainte-Catherine Montréal (Québec) \u2022 H3T1B6 Entre le ghetto et l'ossimilation Le croyant d'aujourd'hui, un résistant Du 15 au 18 mars o Mardi et jeudi : 9h à llh50; 13h 30 à 15h20 T Mercredi et vendredi : 9h à llh50 \u201c Guy CÔTÉ Andragogie et éducation de la foi Du 22 au 25 mars n Mardi et jeudi : 9h à 11 h50; 13h 30 à 15h20 Mercredi et vendredi : 9h à llh50 Paul-André GIGUÈRE L'appartenance communautaire : condition d'une identité chrétienne Les 25,26 et 27 mars Le 25 : 18h30 à 21h20 Les 26 et 27: 9h à llh50; 13h30 à 16h20 Jean-Louis LAROCHELLE Renseignements : (514) 739-3223 relations mars 1994 63 relations mars 1994 3,50$ no 598 SOMMAIRE \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t NOS PROCHAINES SOIRÉES RELATIONS Pour renseignements, écrire ou téléphoner à Surveiller l'annonce qui paraît dans Le Devoir, Jean-Marc Biron ou Pauline Roy: 387-2541.le jour même de la rencontre.Les lundis 21 février et 21 mars 1994, de 19h30 à 22h00, à la maison Bellarmin 25 ouest, rue Jarry ouest (métro Jarry).Contribution volontaire : 3,00$ mars (février) 1994 Envoi de publication - Enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 25, rue Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 "]
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