Relations, 1 janvier 1995, Janvier - Février
[" relations janvier-février 1995 3,55$ no 607 O le monde financier \t\tMmt/ ?/y£vk-\t\tJjBil f\tAv 4l\t 9770034378000 u.v\u2014r\u2019sxszzR c®pes de base sur lesquels\t^ Québec consMuenl^nteu Les commissions sul_laS°euple québécois.Il ^Lhles de guider le Québec nour exprimer les espoir\t^ documents susc P\tsérieux avec ledu®.Pq°ui pourrait donne;Reconnaître cela, c\u2019est^u ?r exjgera de leur part dans les décenn.es a ven.r.»\t,eur travail.Cette les commissaires dowent entr P ^ ^ discemement excep\t^ rfes( pas \"d^e pose\t- ble.empreinte de\tSser le néof^^^Lce devant les besoms des tSSÜ&SSSSS\t^ , o4a« plus démunis et a\t, ver le gouvernement p Qarcueillir dans Soulignons enfin le d®fi J® d°nde liberté aux comJ^®es priorités à celles qui ,1 lui reviendra d\u2019assurer la ^\t9 dg subordonner ses prop g JJ te| leadership, ces i m esprit non partisan leu\tvolonté populaire.au-delà du dommage émergeront de cette expression d\te furnisterie, bien a aspirations me- !;\tqui pourraientêtre per- £Sf SSKSÏ « ou»é™.« ¦\t\" verties.\tCarolyn Sharp relations La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de chrétiens et de chrétiennes engagés dans la promotion de la justice.DIRECTRICE Carolyn Sharp SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Jean Périgny ASSISTANT A LA REDACTION Fernand Jutras COMITE DE REDACTION Gregory Baum, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, Jacques Boucher, Céline Dubé, Joseph Giguère, Julien Harvey, Marc Lemire, Guy Paiement, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Alain Bissonnette, René Boudreault, Pierre-André Fournier, Vivian Labrie, Jean Pichette, Jean-Paul Rouleau, Shirley Roy BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 26,00$ (taxes incl.) Deux ans: 47,00$ (taxes incl.) À l\u2019étranger: 27,00$ Abonnement de soutien: 50,00$ TPS: R119003952 TVQ : 1006003784 Les articles de Relations sont répertoriés dans Repères et dans le Canadian Periodical Index, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes en s'adressant à University Microfilm, 300 North Zeeb Road, Ann Arbor Michigan 48106-1346 USA.Envoi de publication - Enregistrement no 0143 2 relations janvier-février 1995 face à \u2019actualité _ Ordination des femmes et solidarité oecuménique Affaire Fabrikant et pratiques universitaires Points chauds au Synode de Québec Une espèce en voie de disparition?LE MINISTÈRE DES FEMMES des chrétiennes et chrétiens, anglicans, catholiques, orthodoxes, réformés et vieux catholiques, ont répondu en nombre à une invitation peu banale en assistant, le 16 octobre, à la cathédrale américaine à Paris, pour la fête de Thérèse d\u2019Avila, à une «Célébration eucharistique en action de grâce pour toutes les femmes ordonnées du monde et celles qui pourront l\u2019être».Messe très solennelle avec nombreux acolytes laïcs, orgue, chants latins et très pieusement célébrée par la Chanoine Révérende Rosalie Hall, prêtre épiscopalienne attachée à la paroisse de la Cathédrale américaine, avenue George V, à Paris, tandis que Révérende Judith Rose, récemment ordonnée prêtre dans l\u2019Église d\u2019Angleterre, prononçait une belle homélie sur les deux Thérèse.C\u2019est la première fois qu\u2019une telle manifestation a lieu à Paris.Elle était organisée par un collectif de six groupes, mixtes ou féminins, qui travaillent à défendre la cause des femmes, à renouveler les ministères et à susciter un vrai partenariat des hommes et des femmes dans l\u2019Église.Et, fait qui a suscité tout de suite l\u2019enthousiasme, on a clôturé par l\u2019annonce d\u2019autres rendez-vous : « rite à poursuivre pour refuser que la question des femmes ne soit isolément et péremptoirement traitée par une seule instance ecclésiale - et surtout si celle-ci n\u2019est encore que masculine - mais aussi pour témoigner déjà concrètement de l\u2019apport particulier des femmes dans le ministère ordonné».Pour avoir suivi de près l\u2019organisation de cette célébration, je voudrais proposer une réflexion sur quelques thèmes qui se dessinent autour d\u2019énoncés porteurs.- Solidarité oecuménique d\u2019abord.Elle se mettait en place doucement lorsque la lettre du Pape lui a donné un élan tout neuf, en faisant la démonstration de sa nécessité: des instances ecclésiales et des communautés d\u2019autres confessions ont publiquement pris parti.Je suis persuadée que les femmes et l\u2019oecuménisme se portent mutuellement et ne se tairont plus.On voit de plus en plus fréquemment des assemblées et des groupes de femmes soutenir les textes de femmes d\u2019autres confessions.La solidarité oecuménique trouve une application immédiate dans le soutien à l\u2019information: une fois de plus, on a expérimenté à Paris que les premiers comptes rendus (par des journalistes catholiques) étaient biaisés ou inexistants, et c\u2019est la presse protestante qui a, jusqu\u2019ici, sauvé la mise.relations janvier-février 1995 3 -\tCette pratique de solidarité exige une certaine ascèse oecuménique.À Paris, nos soeurs réformées ont «souffert» du caractère clérical, inaccoutumé pour elles, qui allait être donné à cette célébration anglicane.L\u2019essentiel doit pouvoir l\u2019emporter sur l\u2019accessoire; le soutien et l\u2019espérance oecuméniques, sur des différences particulières qu\u2019on est heureux de ne pas perdre pour autant.-\tOn voit s\u2019étendre la pratique de l\u2019hospitalité oecuménique.Un jeune couple, catholique pratiquant, a expliqué que les derniers événements l\u2019avaient décidé à demander un refuge oecuménique dans une communauté protestante.Après un dialogue avec le pasteur, ils y furent acceptés provisoirement; ils ont pu, du reste, intéresser celle-ci à la célébration de Thérèse d\u2019Avila.Précisons aussi que le programme imprimé par la paroisse épis-copalienne comportait une invitation à la communion pour toutes les personnes baptisées et qu\u2019elles furent très nombreuses à y répondre.On monte surtout en épingle les cas de «transfuge par refus» (ces prêtres anglicans demandant à devenir catholiques ou orthodoxes); on ne connaît pas assez les transfuges par libre conviction et élan oecuménique.Cela paraît plus fréquent chez les femmes et, de plus en plus souvent, pour pouvoir répondre à une vocation ministérielle.Qui écrira leur histoire?- Enfin, nous avons plus que jamais besoin d\u2019une pédagogie d\u2019espérance oecuménique.Or féminisme et oecuménisme vont de pair et rien n\u2019est alors plus convaincant que les faits eux-mêmes (surtout quand les partisans du statu quo s\u2019évertuent à les réduire ou à les tenir cachés).L\u2019action de grâce qui a su s\u2019annoncer comme telle a semblé d\u2019autant mieux venue que d\u2019autres n\u2019avaient retenu que le trouble, les interdits, le doute, voire le silence gêné ou les contre-vérités.Beaucoup de catholiques à Paris n\u2019avaient jamais vu une femme célébrer ni prêcher.L\u2019émotion et l\u2019enthousiasme furent vrais et spontanés; les réactions continuent d\u2019arriver.Tout laisse croire qu\u2019un nouveau rite est né: chaque année, dans de nombreuses villes et pays, une action de grâce oecuménique appelant les communautés croyantes à se réjouir ensemble, parce que des femmes contribuent à témoigner plus intégralement et visiblement de la tendresse de Dieu et du salut en Christ.¦ Marie-Thérèse van Lunen Chenu journaliste, Paris UUNIVERSITÉ À L\u2019HEURE DU JUGEMENT en août 1992, Valery Fabrikant, professeur à l\u2019université Concordia, tuait quatre personnes sur le campus de l\u2019université: Matthew Douglass, Michael Hogben, Jaan Saber et Phoivos Ziogas.Le procès qui a suivi a fait les manchettes et attiré l\u2019attention sur certaines pratiques universitaires vivement dénoncées par Fabrikant.Personnalité complexe et déséquilibrée, Fabrikant, un émigré russe arrivé au Canada en 1979, se percevait comme une victime, sous-payée et exploitée par l\u2019université qui l\u2019employait.Engagé rapidement en 1979, comme assistant de recherche, il fait sa place progressivement dans le milieu.À partir de 1983, il soulèvera ses premières vagues, contestant l\u2019enseignement reçu dans le cadre d\u2019un cours de français.Revendicatif, agressif, Fabrikant joue constamment le système.À mesure que les tensions montent entre les autorités et lui et que sa titularisation fait problème, il apparaît de plus en plus insupportable.Il n\u2019obtient pas un congé sabbatique auquel il avait possiblement droit.Son discours devient violent dès 1989, et à l\u2019été 1992, il transporte un revolver dans sa valise.S\u2019enfonçant dans la paranoïa, Fabrikant lance à ses collègues, sur le courrier électronique universitaire, des accusations graves de conflits d\u2019intérêt et de manque d\u2019éthique intellectuelle.La guerre psychologique est féroce et occupe tout l\u2019espace mental de Fabrikant qui, le 24 août, passe aux actes et assassine quatre personnes.Un événement de cette ampleur et de cette gravité ébranle une université.Pour faire la lumière sur l\u2019ensemble des événements, Concordia a demandé trois rapports confiés à des personnes de l\u2019extérieur.Il faut d\u2019abord rendre hommage à l\u2019université Concordia pour la transparence affichée.Devant pareil drame, il n\u2019y a qu\u2019une solution: faire la lumière et tout divulguer.Toute autre attitude mine encore davantage la crédibilité.D\u2019où la pertinence de ces trois rapports qui sont disponibles au secrétariat de l\u2019université.Le rapport Cowan (Lessons from the Fabrikant File) estime que, dans l\u2019affaire Fabrikant, l\u2019université a gravement manqué de rigueur administrative.Curriculum déficient et jamais examiné en profondeur du candidat, incompétence des administrateurs pour encadrer des personnalités déviantes, absence de suivi systématique, mesures de sanctions inadéquates et fluctuantes, complexités de la convention collective et de l\u2019action syndicale, etc.Le rapport suggère principalement une meilleure formation administrative des dirigeants de l\u2019université.Intéressant et très suggestif au plan psychologique, et un peu rapide dans ses démonstrations.Le rapport Levi a analysé, du point de vue de la comptabilité, les conduites de la Faculté des sciences de l\u2019ingénierie et de l\u2019informatique.Les observations sont dévastatrices: dépassement des normes pour le travail à l\u2019extérieur, usage personnel d\u2019employés salariés par l\u2019université, double facturation, utilisation des fonds à d\u2019autres fins que celles permises dans l\u2019octroi des subventions, jeu complexe entre des contrats de l\u2019université gérés par des professeurs et des contrats à des firmes possédées à 100% par ces mêmes professeurs, utilisations de services universitaires à des fins personnelles, etc.Ce qui frappe, c\u2019est l\u2019appât du gain.Par exemple, la norme universitaire demande qu\u2019un professeur ne dépasse pas un jour par semaine de l\u2019année académique à titre de consultant ou à titre de chercheur pour des firmes extérieures à l\u2019université.Suivant la compréhension que donne un des professeurs impliqués dans cette situation, sur une année de 365 jours, il reste une marge de 190 jours par année pour travailler à l\u2019extérieur.Le même professeur fait un don, semble-t-il personnel mais payé à même les contrats, de 15 000$ à la chaire d\u2019hindouisme.Bref, un musée d\u2019horreurs qui fait souhaiter des vérifications du même type dans d\u2019autres milieux universitaires.Le rapport Arthurs {Integrity in Scholarship) est plus intéressant sur le plan éthique et académique.Se percevant comme une victime, Fabrikant a accusé ses pairs avec violence et acharnement.Deux accusations fusent: conflit d\u2019intérêts et fraude intel- 4 relations janvier-février 1995 lectuelle.Le conflit d\u2019intérêts prend diverses formes.Les professeurs d\u2019université sont payés pour enseigner et faire de la recherche.Ils sont aussi sollicités à l\u2019extérieur pour agir comme consultants (la consultation permet de tirer profit des connaissances acquises, alors que la recherche permet l\u2019acquisition de connaissances nouvelles).Ils peuvent également faire de la recherche pour des compagnies extérieures.Il n\u2019est donc pas rare que les professeurs d\u2019université fondent eux-mêmes leurs propres compagnies, pour ensuite accepter des contrats de recherche.Au début, les responsables oeuvrent dans le cadre de contrats de l\u2019université.Peu à peu, ils contractent eux-mêmes en fondant leur propre compagnie et tiennent l\u2019université à l\u2019écart de ce marché, négligeant même souvent de l\u2019informer de leurs autres travaux.Au moins trois professeurs ont ainsi profité largement de la situation.Le rapport Arthurs pousse toutefois plus loin son analyse et affirme que cette situation propice aux conflits d\u2019intérêts a été engendrée par la «politique fédérale adoptée vers la fin des années 1970, et donnant la priorité au secteur privé dans la fourniture des services de recherche» (p.5).Cette stratégie incite les professeurs à créer des compagnies privées pour obtenir des contrats de recherche et en venir à concurrencer leur propre université.Systèmes avantageux pour le client et payant pour le chercheur.Le chercheur devient manager.«Plus ils deviennent meilleurs managers, plus ils sont portés à adopter des valeurs et des attitudes managériales plutôt que des valeurs académiques» (p.7).Cela fait quinze ans que la dérive est à l\u2019oeuvre.Les auteurs parlent d\u2019un glissement de la culture du milieu, glissement qui n\u2019est pas propre à Concordia, mais qui peut être plus grave à Concordia, université plus jeune où l\u2019ancienne tradition universitaire a moins de poids.Le rapport Arthurs s\u2019attarde aussi longuement sur les questions de probité intellectuelle et de paternité intellectuelle (authorship), c\u2019est-à-dire du droit de signer un article ou un livre.Fabri-kant accusait ses pairs de lui avoir volé ses travaux.L\u2019accusation semble fausse en ce qui concerne Fabrikant.Au surplus, Fa-brikant a lui-même largement fraudé, en rédigeant, avec d\u2019autres, quatre articles assez proches les uns des autres, soumis à quatre revues différentes dotées de comité de lecture, et avançant une théorie dite nouvelle.Or, Fabrikant a omis de citer en référence un article déjà publié par lui en russe, près de vingt ans auparavant, qui portait sur le même sujet.L\u2019abus de paternité intellectuelle peut prendre plusieurs formes dont les plus fréquentes consistent à co-signer un document où l\u2019on n\u2019a pas vraiment investi de travail personnel, ou, pire encore, à signer seul le travail d\u2019un autre.Le rapport Arthurs montre que des collègues de Fabrikant ont pratiqué certains abus.Le plus flagrant est celui du «Liquid Tanker Stability Project».Un étudiant, le Dr Ranganathan, payé par l\u2019université en bourse post-doctorale, a vraisemblablement réécrit sa propre thèse de doctorat sous forme de rapport.Et le rapport a été signé par deux professeurs, sans que n\u2019apparaisse le nom de l\u2019auteur véritable (Arthurs, p.62).Il est vraisemblable que ces pratiques ne soient pas exclusives à Concordia.On m\u2019a signalé au moins un cas à McGill, où un professeur s\u2019est approprié d\u2019autorité les recherches d\u2019un étudiant immigrant, sans y avoir aucunement travaillé.Si l\u2019étudiant se plaint, il perdra son emploi et devra donc retourner dans son pays d\u2019origine.Un ancien vice-recteur à la recherche d\u2019une autre université m\u2019a indiqué que les questions de la propriété intellectuelle étaient souvent soulevées lors des rencontres entre universitaires, mais que le malaise persiste.Pour comprendre cela, il faut savoir que la recherche devient un business et obéit de plus en plus aux «lois» du marché.Pour acquérir et maintenir sa crédibilité, un scientifique doit publier: «publish or perish».Cette course en avant incite donc à co-si-gner des articles à plusieurs (pratique nécessaire surtout pour les cas de véritable interdisciplinarité).Plus encore, la loi du marché incite maintenant à compiler le nombre de fois où un auteur est cité: d\u2019où la tentation de citer des amis qui vous citeront! La quantité devient alors la mesure de la qualité.Ainsi, le marché de la recherche exerce d\u2019énormes pressions sur les universitaires.Les rationalisations aidant, la dérive s\u2019installe.Il faut des codes rigoureux et une valeur morale à toute épreuve pour ne pas céder à la pression et épouser les valeurs ambiantes.Des codes à vrai dire, il y en a plein.Qu\u2019on pense au juriste éminent également consultant recherché, ou au médecin spécialiste.La pression devient maintenant gigantesque dans les secteurs industriels, dans les biotechnologies et dans l\u2019obtention de brevets (sur ces questions plus larges, voir N.Witkowski, L\u2019État des sciences et des techniques, Boréal-La Découverte, p.438-461).Un drame a éclaté à Concordia, qui a forcé l\u2019autorité à lever le voile sur des pratiques plus que douteuses.Le problème est moins de déshonorer quelques coupables, ou même de les envoyer en prison, que d\u2019amorcer un changement du milieu.Il faut souhaiter qu\u2019il y ait sur les deux questions cruciales du conflit d\u2019intérêt et de la propriété intellectuelle de très sérieuses enquêtes dans les autres universités du Québec.Si le milieu ne s\u2019assainit pas rapidement et courageusement, il faudra bientôt demander de vastes enquêtes publiques pour ramener l\u2019université à sa mission première.«Si le sel s\u2019affadit».¦ André Beauchamp PRONOSTICS SUR UN SYNODE notre Synode est une longue démarche faite de travail d\u2019équipe, de réflexion, de discussion, de prière.Il atteindra son sommet à l\u2019Assemblée de mai prochain, dont les 360 membres viennent d\u2019être choisis.Une majorité, soit 250 (avant tout des laïques), l\u2019ont été par élection et représentent les diverses composantes du Peuple de Dieu.Par ailleurs, 110 membres (répartis également entre prêtres et laïques) ont été choisis en vertu de leurs responsabilités importantes dans le diocèse.Une forte majorité des membres ont entre 40 et 60 ans, ce qui n\u2019a rien de surprenant.Les 20-40 ans sont tout de même nombreux, ce qui devrait assurer une voix au chapitre à celles et ceux qui seront les plus actifs dans l\u2019Église de demain.Cette assemblée diversifiée aura à débattre 140 propositions différentes, issues des 1100 équipes synodales, et regroupées en cinq grands chapitres: la vie familiale, l\u2019Église au coeur du monde, l\u2019éducation et la formation, les personnes et leurs rôles dans l\u2019Église et enfin la liturgie et les sacrements.relations janvier-février 1995 5 Comment, en trois jours, prendre des votes bien motivés et clairs sur tant de propositions?Cela représente tout un défi.L\u2019outil privilégié en vue de préparer l\u2019Assemblée et d\u2019habiliter ses membres à prendre des décisions éclairées s\u2019appelle «carrefour thématique».En vingt-quatre carrefours, de novembre à février, les membres de l\u2019Assemblée, accompagnés de beaucoup d\u2019autres personnes qui ont pris part à la démarche du Synode, tenteront de mieux comprendre les propositions et de se préparer à la votation.Immense chantier, qui permet de constater que l\u2019ardeur des participants et participantes ne se dément pas, mais qui laisse présager aussi des discussions serrées.Au total, le Synode fera-t-il prendre des tournants prophétiques et novateurs?Il n\u2019est pas facile de le prédire.Chose certaine, des «points chauds» seront soulevés: on peut penser aux modifications dans l\u2019enseignement et dans la pratique ecclésiale face aux personnes divorcées-réengagées; aux divers chemins pour favoriser l\u2019accès des femmes aux ministères ; à la place que l\u2019Église doit prendre dans les moyens de communication; à la possibilité que la formation religieuse des enfants soit entièrement remise à la famille et à la paroisse; à la nécessité d\u2019un en- gagement plus grand des chrétiens et chrétiennes pour la justice, en particulier sur les problèmes reliés à l\u2019emploi, etc.Sur beaucoup de points, surgit la question de l\u2019exercice de l\u2019autorité dans l\u2019Église, au plan universel et au plan local.Ceux et celles qui souhaitent des changements radicaux dans l\u2019Église resteront peut-être sur leur faim; par contre, si l\u2019ensemble des propositions actuelles étaient votées et mises en application, il ne fait aucun doute que notre Église porterait un témoignage plus fort de l\u2019Évangile.Le comité organisateur se répète, à l\u2019approche de l\u2019Assemblée, qu\u2019il ne faut pas trop «programmer le saint Esprit».La mécanique de l\u2019Assemblée, tout en étant bien huilée, doit permettre des interventions prophétiques, de nouvelles propositions ou des amendements qui pourraient indiquer des tournants imprévus dans notre Église.Un dynamisme nouveau devrait se dégager du fait que près de 400 personnes d\u2019horizons différents sont rassemblées et essaient d\u2019être ensemble à l\u2019écoute du monde et de l\u2019Évangile.¦ Jean Picher curé de St-Jean-Baptiste, membre du comité organisateur CHRÉTIENS DE GAUCHE?jj\tue sont devenus les chrétiens de gauche?» Tel était \\\\i\t1 le thème d\u2019un colloque organisé à l\u2019automne par l\u2019hebdomadaire français Témoignage chrétien.Cer-I tains se demanderont quelle utilité peut bien avoir pareil questionnement, surtout dans le contexte d\u2019ici.Bien des gens, à l\u2019intérieur comme à l\u2019extérieur de l\u2019Église, ces dernières années, ont senti souffler comme un vent de «restauration».Devant les incertitudes et les confusions d\u2019un monde en profonde mutation, la tentation est forte, dans toutes les religions, de retourner en arrière, de s\u2019accrocher à la lettre de la Tradition, de proclamer les certitudes de toujours.En pareil contexte, les courants conservateurs occupent forcément le devant de la scène.Faut-il en conclure que les chrétiens de gauche sont une espèce, sympathique peut-être, mais en voie de disparition?Je crois pouvoir affirmer le contraire, même s\u2019il importe ici de bien distinguer le contexte français du contexte québécois.Il y a d\u2019abord un problème de définition: qui appelle-t-on «chrétien de gauche»?En France, où la vie et les partis politiques sont infiniment plus marqués qu\u2019ici par des clivages précis, il s\u2019agit des gens qui s\u2019identifient comme chrétiens (sans tenir compte de la pratique religieuse) et qui sont engagés à gauche, dans les grands syndicats et dans les partis communiste et socialiste.Si ces chrétiens ont pu exprimer ce courant de pensée et d\u2019action à travers certaines personnes et publications, il ne s\u2019agit pas pour autant d\u2019un mouvement ou d\u2019une structure organisée, et encore moins d\u2019un parti.Au Québec, la définition d\u2019un chrétien de gauche est encore plus floue, puisque les démarcations entre la droite et la gauche sont moins visibles et moins omniprésentes dans le débat politique quotidien.On parlerait plutôt ici de chrétiens progressistes, ou de chrétiens socialement engagés (bien qu\u2019au cours des années 70, à l\u2019époque de l\u2019effervescence des groupes politiques marxistes-léninistes, on ait vu naître au Québec le Réseau des chrétiens politisés, qui correspondait ailleurs au mouvement des Chrétiens pour le socialisme).Si, en France comme ici, la visibilité collective des chrétiens de gauche a perdu de son éclat, leur existence et leur présence au monde n\u2019en continuent pas moins sous des formes différentes, plus éparpillées et plus discrètes peut-être, mais non moins significatives et efficaces.Toute notre société occidentale connaît un morcellement important: la modernité a fait passer du collectif à l\u2019individu, et l\u2019évolution des technologies et des médias de communication favorise la satisfaction parallèle des innombrables désirs, besoins ou intérêts individualisés.C\u2019est dans cet univers éclaté d\u2019individus et de valeurs multiples que doivent dorénavant évoluer les Églises, les partis politiques, les syndicats, les mouvements communautaires.Ce qui n\u2019est pas sans modifier profondément le paysage social.En ce sens, ce qui caractérise plus que jamais les chrétiens de gauche, ce n\u2019est pas tant leurs idées (ou leur parti) que leur agir.Dans une société de plus en plus marquée par l\u2019exclusion, les pauvretés, la solitude, les chrétiens de gauche sont ceux et celles qui, dans leur quotidien, «annoncent la bonne nouvelle aux pauvres, proclament la libération aux captifs et renvoient les opprimés en liberté» (Luc 4,18), travaillant à transformer les structures de mort et d\u2019oppression, et faisant ainsi à Dieu lui-même ce qu\u2019ils font chaque jour au plus petit d\u2019entre les siens (Matthieu 25,40).Cette invitation à agir, à sortir de nos églises pour aller sur la place publique, à nous engager au service de nos frères et soeurs, n\u2019est pas nouvelle.De Vatican II, en passant par les «Chantiers» de l\u2019Office de catéchèse et les appels des évêques à passer «de la parole aux actes», jusqu\u2019à la récente recherche-action de l\u2019Église du Québec qui nous a invité à «risquer l\u2019avenir», la direction est constante: c\u2019est au coeur du monde que se bâtit le Royaume.Et tous les chrétiens et chrétiennes y sont conviés.N\u2019est-ce pas là un défi sur mesure pour les chrétiens et chrétiennes de plusieurs Églises du Québec qui sont ou seront bientôt en démarche synodale?¦ Dominique Boisvert 6 relations janvier-février 1995 DOSSIER le monde financier _ relations janvier-février 1995 7 CANAPRESSE LE NOUVEAU LÉVIATHAN par Jacques Boucher Pour le philosophe anglais Hobbes, le Léviathan, ce monstre marin de la mythologie moyen-orientale auquel la Bible fait allusion, c\u2019est l\u2019État.Pour nous, peut-être bien que ce sont les finances.Le monde des finances est à la fois honni et séduisant, une source d\u2019angoisse en même temps que de sécurité.C\u2019est que nous-mêmes ou des proches avons vécu, un jour ou l\u2019autre, des expériences paradoxales ou difficiles avec ce monde, comme nous le rappelle ci-après Madeleine Plamondon.Mais, en même temps que nous nous angoissons de ne pouvoir payer nos termes de prêt, les finances exercent sur nous une fascination et une attirance pratiquement irrésistibles.Nous rêvons de placements à la bourse ou ailleurs.Nous nous surprenons à sentir monter en nous des désirs de spéculation.Appât du gain?Fascination du pouvoir?L\u2019attirance vient tout autant de la recherche de la sécurité, du bonheur simple.Ce serait tellement bien d\u2019avoir un peu d\u2019argent pour se donner un petit coussin en cas de coups durs, un bon régime d\u2019épargne pour la retraite.Cette relation pratiquement névrotique que nous entretenons avec les finances repose donc sur des expériences personnelles et des réalités bien concrètes.Il ne s\u2019agit pas d\u2019un simple rapport de consommation de services.Car ce rapport prend souvent l\u2019allure de la dépendance, d\u2019une dépendance vitale même, et de l\u2019obligation.Une dette est un dû.Ce versant du monde financier est fortement ressenti chez les plus pauvres.Aussi le financier apparaît-il comme puissant.Non seulement possède-t-il de l\u2019argent, du capital financier, mais il contrôle un langage et des codes financiers, administratifs et légaux qui me sont inconnus, et il peut prendre des décisions à mon sujet qui conditionnent ma vie.Ce complexe devant le monde de la finance n\u2019est pas qu\u2019individuel ou personnel.On dit en effet souvent que la collectivité québécoise francophone est traditionnellement restée frileuse et méfiante sur ce point.Tout d\u2019abord, il faut noter qu\u2019elle était dépourvue de moyens d\u2019investir ce secteur, complètement occupé 8 par des capitaux extérieurs.C\u2019est progressivement qu\u2019elle s\u2019est donné des outils financiers et sur une base collective plutôt que privée.Nous pensons tout d\u2019abord au Mouvement Desjardins.Les Caisses populaires ont été fondées entre autres pour lutter contre le recours inévitable aux prêts usu-raires, en regroupant l\u2019épargne locale, afin de la rendre disponible sous forme de prêts aux individus du milieu.Même si cette institution a acquis des dimensions considérables et que nous sommes en Démvthiser et désacra- liser quelque peu ce monde, afin de commencer à comprendre.Exprimer no- tre refus de la fatalité et nous inviter collectivement à le faire.droit de lui adresser nos critiques quant à son mode de fonctionnement, il reste que nous pouvons exercer un contrôle sur elle, sur le plan local au moins, et qu\u2019elle peut aussi s\u2019impliquer dans des projets de solidarité.Au cours de la Révolution tranquille, nous avons vu l\u2019État s\u2019impliquer très directement dans le développement de nos propres institutions financières.Plus près de nous, la FTQ a mis sur pied le Fonds de solidarité (1983), et voici qu\u2019une autre organisation syndicale, la CSN, s\u2019active à monter son propre fonds d\u2019investissement de risque.Voilà aussi que s\u2019organisent des fonds régionaux d\u2019investissement avec la contribution de ces institutions (voir l\u2019article de B.Lévesque, M.Mendell et S.Van Kemenade) et qu\u2019avec le nouveau gouvernement l\u2019État devrait commencer à garantir, auprès des banques, des prêts à de petits entrepreneurs.Cette espèce de maillage entre les secteurs étatique, communautaire et privé, que l\u2019on a déjà désigné comme le relations janvier-février 1995 Québec inc., nous donne le sentiment de mieux maîtriser localement et nationalement l\u2019univers financier.On ne peut pas nier qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une impressionnante avancée de démocratisation des finances au Québec, même s\u2019il faut rester critique et travailler à consolider et à élargir cette démocratisation.De fait, il reste encore beaucoup d\u2019aspects qui nous échappent sur le plan national.Que l\u2019on pense à la fixation des taux d\u2019intérêts, à la bourse, au fonctionnement des banques, des trusts, des assurances, aux fonds privés de pension.Ce sont surtout les finances internationales qui sortent non seulement de notre influence immédiate, mais même de celles de nos États, y compris des plus puissants.Mondialisation des marchés et du commerce, globalisation de l\u2019économie et finances internationales nous apparaissent comme une seule et même chose, incontrôlables et intraitables, capables de faire plier les États surtout ceux du tiers monde.Les finances internationales, c\u2019est le nouveau Léviathan! Et pourtant, comme nous le montre Bernard Élie dans son article, ce tout-puissant est en réalité bien fragile, en équilibre instable.?Le sujet est fort complexe et ce dossier sur les finances est évidemment un aperçu très partiel.L\u2019intention qui nous a guidés était double.Tout d\u2019abord nous voulions démythiser et désacraliser quelque peu ce monde, afin de commencer à comprendre.En même temps, nous tenions à exprimer notre refus de la fatalité et nous inviter collectivement à le faire.Pour cela, il ne suffit pas de nous justifier par nos succès sur le plan local et régional.Il serait tentant de nous replier sur ce qu\u2019on peut maîtriser, mais ceci nous conduit tout droit vers des exclusions massives qui multiplieront les victimes.Il faut presser nos responsables politiques nationaux de rejeter cette même fatalité, comme si l\u2019économie fonctionnait selon des lois irrésistibles auxquelles il fallait se plier.Pourquoi ne chercheraient-ils pas, dès maintenant, à mettre sur pied des institutions de régulation internationales qui donneraient un peu plus de stabilité et d\u2019équité à ce supposé marché financier international?¦ Notre système banquaire et les consommateurs: TROIS FAILLES par Madeleine Plamondon1 Malgré les avantages reliés au système bancaire actuel, on peut relever trois failles importantes: il néglige une partie de la population; les nouvelles technologies menacent la vie privée; les critères de décision ne tiennent plus compte de l\u2019humain.^Plus ^ System beaucoup d\u2019avantages sont reliés au système bancaire.Il permet, où que l\u2019on se trouve dans le monde, de faire des transactions de façon instantanée.De plus, les progrès fulgurants en informatique et en communication ont donné naissance à de nouveaux modes de paiements: cartes de crédit, cartes de débit, cartes à mémoire, paiements pré-autorisés, crédits préautorisés, transferts d\u2019un compte à l\u2019autre, d\u2019une institution à l\u2019autre.Cette tendance prendra un essor qu\u2019on a peine à imaginer, avec la venue de l\u2019autoroute électronique.En quelques décennies, nous sommes passés d\u2019un système où l\u2019argent liquide et palpable était facile à compter, à un système abstrait où les cartes encodées, les machines mystérieuses, 1.Service d\u2019aide au consommateur de Sha-winigan.les ordinateurs supposément infaillibles ont remplacé les relations personnelles dans les transactions financières.Certes, on ne peut arrêter le progrès, mais il faut que le consommateur reste un partenaire dans ce nouveau système et non un objet ou une donnée qui n\u2019est considérée que parce qu\u2019elle est rentable.D\u2019ailleurs, quand le citoyen est en désaccord avec le système, il crée intuitivement un système parallèle.On l\u2019a vu avec les taxes à la consommation.Quand elles ont atteint un niveau inacceptable, il s\u2019est créé une économie souterraine où seul l\u2019argent liquide est roi.Force nous est de reconnaître que tout système, pour bien fonctionner, doit avoir l\u2019approbation de la majorité, faire l\u2019objet d\u2019un consensus social; sinon, il est voué à l\u2019échec.Parmi les failles actuelles du système bancaire, il importe d\u2019en relever trois: le système bancaire néglige une partie de la population; les nouvelles technologies menacent la vie privée; les critères de décision ne tiennent plus compte de l\u2019humain.relations janvier-février 1995 Une population négligée Au sein de la population, certaines catégories de personnes sont plus pénalisées que d\u2019autres.Pensons en particulier aux assistés sociaux, aux chômeurs et aux personnes âgées.Ces personnes reçoivent leurs prestations sous forme de chèques.Comme elles sont dans une situation de besoin pressant et qu\u2019aucune épargne n\u2019est possible, tout ce qu\u2019elles demandent, c\u2019est de pouvoir échanger leur chèque afin d\u2019acheter le nécessaire pour survivre.Malheureusement, les institutions financières les perçoivent au mieux comme des parasites et au pire comme des fraudeurs éventuels.Pour le système, il s\u2019agit d\u2019une clientèle non rentable.Aussi, on leur demandera toutes leurs pièces d\u2019identité: une carte d\u2019assurance-sociale et une carte d\u2019assurance-maladie qui ne devaient servir, au départ, qu\u2019à des fins spécifiques; et encore.Si la personne 9 Au service des analphabètes?Le système bancaire néglige aussi d\u2019autres catégories de personnes.Ce sont les analphabètes, ceux qui ne peuvent écrire leur nom, mais aussi ceux, et ils sont des milliers, qui ne peuvent comprendre ce qu\u2019ils lisent et qui en savent tout juste assez pour se tirer d\u2019affaires: compter leur monnaie, voir combien il reste dans le compte.Si on leur dit que l\u2019ordinateur est infaillible, elles acceptent sans mot dire.Si on leur dit que leur signature est requise à tel ou tel endroit, elles s\u2019exécutent.Si on leur prélève des frais, elles paient sans savoir pourquoi.Elles ne savent pas calculer l\u2019intérêt simple, encore moins l\u2019intérêt composé quotidien.Pour elles, les cartes de crédit ne sont qu\u2019un moyen de payer, le calcul des frais reste un mystère.Elles utilisent un guichet Interac comme si c\u2019était celui de leur propre institution, sans savoir qu\u2019il y a des frais énormes qui y sont attachés.Ces personnes sont parties d\u2019un système qu\u2019elles doivent utiliser pour fonctionner, sans en comprendre tous les inconvénients.Comment pourraient-elles savoir quand elles sont lésées?Comment utiliseraient-elles des mécanismes de recours laborieux qui sont loin d\u2019être transparents?Elles subissent un système qui a été érigé sans tenir compte de leurs besoins et sans qu\u2019on ait pris la peine de leur en expliquer le fonctionnement.M.P.n\u2019est pas cliente de l\u2019institution, elle sera refusée.Enfin, si on consent à ouvrir un compte à la personne, son chèque sera «gelé» : elle n\u2019aura pas accès à ses fonds, pour une période dépassant de beaucoup le temps requis par la banque pour compenser ces mêmes fonds.Si le consommateur passe à travers la période difficile de cette «évaluation», où il ne reçoit ni carnet de chèques ni carte bancaire, il sera toléré.À la condition qu\u2019il fasse des transactions.Pas question de garder un compte uniquement en vue d\u2019échanger un chèque.Plus encore, si son compte est inactif, des frais seront prélevés.Dans plusieurs institutions, on pénalise même les personnes qui ne maintiennent pas un certain solde.Les utilisateurs du système bancaire ne sont-il pas en droit d\u2019exiger qu\u2019il assure l\u2019égalité d\u2019accès à tous les citoyens?Nouvelles technologies et vie privée Le Service d\u2019aide au consommateur (SAC) de Shawinigan a fait plusieurs études sur la vie privée.La première touchait les institutions financières, la deuxième visait surtout les bureaux de crédit, et la troisième abordait les mesures de protection à travers le monde et les faiblesses que le Canada accusait.Cette année, le 10 SAC scrute les informations qui circulent dans le monde de l\u2019assurance-vie et examine les implications des transactions bancaires à domicile qui se font et se feront sur l\u2019autoroute électronique.Ce n\u2019est donc pas d\u2019hier que les consommateurs se questionnent sur l\u2019utilisation qui est faite des renseignements détenus sur eux dans les banques de données des bureaux de crédit et des institutions financières.Un banquier canadien, devant ses pairs, déclarait qu\u2019on connaît une personne par les chèques qu\u2019elle fait: qui est son propriétaire, son dentiste, le parti politique auquel elle appartient, etc.On pourrait ajouter qu\u2019en plus des chèques les cartes de crédit, et autres formes de paiement sont révélatrices.Tous les intervenants dans le système bancaire parlent de confidentialité, mais tous les contrats prévoient aussi une clause de consentement de la part du consommateur.S\u2019il veut être client, s\u2019il veut du crédit et avoir «des relations» avec l\u2019institution, il doit signer un consentement qui fait partie de toute entente.Avant les années 70, on voyait rarement cette clause de consentement! C\u2019est qu\u2019il aurait été difficile d\u2019échanger des masses d\u2019informations qui n\u2019étaient pas informatisées.Cette question n\u2019est pas d\u2019aujourd\u2019hui.Cue l\u2019on se réfère au jugement Tournier des années 20.Ce jugement, sommairement, disait qu\u2019on pouvait transmettre de l\u2019information sur un client en quatre cas: ordonnance de cour; intérêt du public (blanchiment d\u2019argent); intérêt de la banque; consentement relations janvier-février 1995 de la part du client.Comme les trois premières raisons ont déjà fait l\u2019objet de contestations devant les tribunaux, on adopta, dans les années 70, des formulaires où il y avait un consentement très large qui permettait de faire n\u2019importe quoi, pour n\u2019importe quelle durée.La Loi 68 sur la Protection des renseignements personnels au Ouébec s\u2019applique aussi aux banques à charte fédérale oeuvrant sur le territoire du Ouébec, mais elle n\u2019a pas encore été testée.En attendant, l\u2019Association des banquiers canadiens a mis au point un code de pratique où il est question de recueillir de l\u2019information et de l\u2019utiliser pour entretenir des «relations d\u2019affaires» avec le consommateur.Avec le décloisonnement des institutions financières, les «relations d\u2019affaires» pourraient dépasser ce que le consommateur avait dans l\u2019idée en ouvrant un compte de banque.Le consommateur est choqué de constater que des renseignements donnés pour des fins précises sont utilisés pour d\u2019autres fins.Il importe de lire les contrats et les ententes que l\u2019on signe avec l\u2019institution et de se prévaloir de la clause de «l\u2019opting out»; c\u2019est-à-dire, défendre qu\u2019on utilise le détail de ses transactions ou la connaissance de son solde en banque pour se faire proposer des services ou des produits financiers non requis.Les institutions financières ne doivent jamais oublier que le consommateur est le propriétaire des informations qu\u2019on détient sur lui.Tenir compte de l\u2019humain On sait qu\u2019avec la révolution industrielle et la production de masse, il fallait trouver le moyen d\u2019écouler les produits.En lien avec l\u2019augmentation des salaires, publicité et crédit ont contribué à la naissance de la société de consommation.Mais il fallait changer l\u2019image du crédit.Jusqu\u2019alors, celui qui achetait à crédit était reçu comme celui qui n\u2019avait su prévoir, qui était indiscipliné.D\u2019ailleurs, c\u2019est en secret que le consommateur se rendait à la «compagnie de finance», tant pour y emprunter que pour faire des paiements, à des taux trois fois plus élevés que le prix du marché.Crédit et bonheur furent alors associés en publicité.Une carte de crédit devint une carte de prestige, avec des noms évoquant la richesse: or, platine, émeraude.Il est maintenant «fashionable» de faire voir sa panoplie de cartes.Certains vont même glisser dans les conversations leur limite élevée de crédit ou l\u2019absence de limite.La place du crédit, du financement, occupe souvent plus d\u2019espace dans la publicité que le produit lui-même.Qu\u2019on regarde les pages complètes publiées pour vendre autos et meubles, avec le taux ou le mode de financement couvrant presque toute la page.Mais.en petits caractères au bas de la page, on retrouve «sujet à approbation de crédit».Et c\u2019est ici que les ordinateurs entrent en jeu.Lors de votre demande de crédit, vous avez signé une déclaration portant, entre autres, sur vos revenus, mais aussi une clause d\u2019autorisation qui permet à l\u2019institution de questionner tous ceux (et ils ne sont pas tous identifiés) qui pourraient lui fournir des renseignements supplémentaires.Ces renseignements accumulés dans les ordinateurs sont faciles d\u2019accès.L\u2019évaluation d\u2019une demande de crédit n\u2019est pas la même, si elle est faite dans une institution, pour un prêt personnel, une marge de crédit ou un prêt hypothécaire.Il est alors avantageux de faire valoir votre capacité de remboursement en présentant un budget sérieux.Si le montant demandé et les paiements requis ne dépassent pas votre capacité de remboursement, vous aurez probablement votre prêt.Mais si le revenu de l\u2019individu ne peut être saisissable, adve-nant un défaut de paiement, l\u2019honnêteté et un budget détaillé ne serviront à rien.Il faudra un endosseur «solvable».Solvable voulant dire qui a un salaire ou des biens pouvant être saisis si le prêt devient délinquant.Seule la «compagnie de finance» accueillera le chômeur ou l\u2019assisté social.à des taux d\u2019intérêts pouvant aller au-delà de 40% dans des cas extrêmes.La clientèle qui paie les plus hauts taux d\u2019intérêt est toujours celle qui en a le moins les moyens! Le fait d\u2019accorder des taux privilégiés aux mieux nantis, tout en appauvrissant encore plus les démunis, creuse davantage l\u2019écart entre pauvres et riches.C\u2019est un cercle vicieux, voulu et soutenu parce qu\u2019il profite à ceux qui contrôlent le système.Un fonds devrait être créé par des syndicats, des caisses populaires et des gouvernements.Ce fonds servirait de prêt de dépannage sans intérêt.L\u2019émission des cartes de crédit révèle un tout autre problème.C\u2019est la seule forme de crédit où il n\u2019y a ni entrevue téléphonique, ni rencontre entre le prêteur et le consommateur.Des logiciels sophistiqués accordent à chacune de vos déclarations un certain nombre de points.Le pointage final détermine si vous aurez la carte et quelle sera votre limite.Aupa- ravant, certaines institutions financières auront donné leurs critères de sélection au bureau de crédit qui, par un chiffre que vous ne verrez jamais sur votre dossier de crédit, vous cataloguera comme bon ou mauvais risque.Quand le consommateur parvient à obtenir une carte Visa ou Mastercard, les cartes de grands magasins ou celles des pétrolières deviennent plus faciles à obtenir.Comme les cartes bancaires permettent d\u2019obtenir des avances de fonds, celles-ci servent souvent à payer.d\u2019autres cartes.Et, quand les cartes atteignent leur limite, le consommateur mal pris demande une marge de crédit et donne le montant minimum requis chaque mois sur ces cartes.Lorsque la marge ne peut plus fluctuer, l\u2019institution propose un prêt personnel pour mieux encadrer celui qui est endetté.Et cette roue recommence: cartes, marge, prêt.jusqu\u2019à l\u2019endettement irréversible, où une partie importante du salaire net passe en intérêts.Les institutions financières ne prennent aucun risque.Les logiciels qu\u2019elles possèdent pour gérer le portefeuille de cartes leur permet de prévoir quel pourcentage critique de défauts de paiements elles peuvent ac- cepter, tout en faisant d\u2019énormes profits.Tant que ce seuil n\u2019est pas dépassé, elles n\u2019ont rien à craindre.Celui qui en subira les conséquences, des années durant, sera le consommateur qui aura répondu à la publicité racoleuse, lui offrant de payer plus tard ou de mettre sur sa carte l\u2019achat qu\u2019il s\u2019apprêtait à payer comptant.Les faillites des consommateurs ne tracassent pas les institutions, qui continuent de faire des profits quand des milliers de consommateurs font faillite.En 1981, il y a eu 23 036 faillites de consommateurs.En 1991, ce nombre avait plus que triplé avec 75 772 faillites.Le surintendant des faillites, dans un de ses bulletins, déclarait que lors de faillites répétitives il n\u2019y avait souvent que des cartes de crédit.L\u2019aspect humain est important dans les critères de décision concernant le crédit.Au-delà des seuls critères informatisés, il faut tenir compte de la capacité de remboursement de la personne.Le crédit-dépannage à des taux préférentiels, pour ceux qui en ont besoin temporairement, et des services de consultation budgétaire devraient être offerts.¦ Certains consommateurs sont plus pénalisés que d\u2019autres.Pensons en particulier aux assistés sociaux, aux chômeurs et aux personnes âgées ¦ relations janvier-février 1995 11 STOCK Les fonds de développement: ESQUISSE D\u2019UN PORTRAIT par Benoît Lévesque, Marguerite Mendell et Solange Van Kemenade1 que pouvons-nous penser des institutions bien particulières du secteur financier québécois?Quelles sont les possibilités et les limites de ces institutions?Comment favoriser la participation du milieu, la démocratisation et la prise en charge du développement économique par les régions et les communautés locales?Voilà autant de questions qui nous préoccupent en abordant le sujet des fonds de développement.Les fonds de développe- ment apparaissent comme un instrument précieux au service du développement régional, local et commu- nautaire.À la différence des années 1960 et 1970, il apparaît maintenant clairement qu\u2019on ne peut s\u2019en remettre exclusivement à l\u2019État et à la grande entreprise en ce qui a trait au développement économique et à la création d\u2019emplois.Depuis le début des années 1980, les limites de l\u2019État-providence et la remise en cause des politiques keynésiennes ne laissent plus d\u2019autre alternative aux régions et aux communautés locales que celle d\u2019un développement endogène.Dans cette perspective, les fonds de développement apparaissent comme un instrument précieux au service du développement régional, local et communautaire.Certains de ces fonds s\u2019inscrivent dans la seule logique d\u2019une économie de marché alors que d\u2019autres ont des objectifs non seulement de rentabilité, mais également de création d\u2019emplois et de développement des régions et des communautés.L\u2019engouement pour ce genre de fonds et notamment pour le capital de risque est particulièrement manifeste au Québec qui occupe sur ce point le premier rang au Canada2.12 Le financement: un problème Si l\u2019Etat, les mouvements coopératifs et les syndicats se sont préoccupés du financement des PME, c\u2019est sans doute parce que la création d\u2019emplois passe par ces dernières, mais aussi parce que leur accès aux capitaux pose des problèmes bien spécifiques.Les entreprises peuvent être financées par des fonds internes (bénéfices réinvestis), ou bien par des fonds externes (financement à court terme: papier commercial, acceptations bancaires; émission d\u2019actions ou d\u2019obligations; emprunts auprès des institutions financières).Pour les petites entreprises, qui n\u2019ont accès ni au financement à court terme, ni au marché boursier, la seule voie est alors l\u2019emprunt bancaire.Cette voie ne convient pas, cependant, pour au moins trois raisons.Elle est trop risquée pour les banques, trop coûteuse pour les entreprises relations janvier-février 1995 et inappropriée puisqu\u2019il faut rembourser mensuellement.En conséquence, moins de 1 % des nouvelles entreprises se financent à partir des institutions financières3.D\u2019où l\u2019intérêt pour le capital de risque et des mesures plus appropriées.Le capital de risque se définit comme «tout capital investi par intermédiaire financier dans des sociétés ou des projets spécifiques à fort potentiel4».Il s\u2019agit donc de participation à la propriété ou encore d\u2019investissement «sous forme d\u2019équité ou de quasi-équité comptant rarement des garanties5».Comme on le voit bien, les critères ne sont plus ceux des banques: le partage des risques s\u2019accompagne du partage éventuel de la plus-value.Les exigences de rendement sont par conséquent élevées (20, 30 et parfois 40% et plus) puisque les réussites doivent compenser pour les faillites.Cela explique que les fonds de capital de risque peuvent investir, dans une entreprise, un capital supérieur aux actifs actuels de cette entreprise6.Institutions financières québécoises La question du financement des entreprises a toujours été identifiée comme stratégique pour le développement du Québec.Dans les années de l\u2019après-guerre, les groupes familiaux francophones (familles Brillant, Simard, Forand, Bienvenu, etc.) créent des holdings financiers par l\u2019entremise de banques d\u2019affaires.La plus connue s\u2019appelle CORPEX, dans les années 1950.Dans la foulée de la Révolution tranquille, on fait appel à l\u2019État pour la création des institutions suivantes1: \u2022\tSociété Générale de Financement (SGF), 1962 \u2022\tCaisse de dépôt et de placement, 1966 \u2022\tSociété de développement industriel (SDI), 1971 \u2022\tSociété de développement des entreprises québécoises (SODEQ), 1976 \u2022\tRégime d\u2019épargne-action du Québec (RÉAQ), 1979 \u2022\tSociétés de placement dans l\u2019entreprise québécoise (SPEQ), 1985 \u2022\tCoopératives de travailleurs actionnaires, 1985 D\u2019autres fonds de capital de risque viennent s\u2019ajouter: \u2022\tMouvement Desjardins-Investissement Desjardins, 1971 \u2022\tFonds de solidarité de la FTQ, 1983 1.NDLR: à cette liste s\u2019ajoute le nouveau fonds de Démarrage d\u2019entreprises au Québec, en vigueur depuis le 1er décembre 1994. a»**»: \u2022 Pour les petites entreprises, qui n\u2019ont accès ni au financement à court terme, ni au marché boursier, la seule voie est alors l'emprunt bancaire.Cette voie ne convient pas pour au moins trois raisons: trop risquée pour les banques, trop coûteuse pour les entreprises, inappropriée puisqu\u2019il faut rembourser mensuellement.Pour récupérer sa mise, un fonds pourra attendre de trois à sept ans et parfois même dix ans selon les objectifs visés.D\u2019où l\u2019importance de tenir compte des objectifs de ceux qui fournissent les capitaux en distinguant notamment: le love money (capital qui provient de la famille et des amis où la décision est fondée sur la confiance), les spéculateurs (dont 1.\tCet article est tiré d\u2019une communication présentée au Congrès de l\u2019ACFAS, à Montréal, en mai 1994.Mme Marguerite Mendell est directrice de l\u2019École des affaires publiques et communautaires, à l'Université Concordia; M.Benoît Lévesque est professeur de sociologie, à l\u2019UQAM; Mme Solange Van Kemenade est étudiante au doctorat en sociologie, à l\u2019UQAM.Une version plus complète de cet article paraîtra dans Serge Côté, Juan Luis Klein et Marc U.Proulx, éd., Et les régions qui perdent?, UQAM-UQAR-UQAC, 1995.2.\tL\u2019investissement en capital de risque au Canada s\u2019élève à 3,5 milliards de dollars, tandis qu\u2019au Québec il est de 1,5 milliard.Réseau Capital : Répertoire de membres, 1994.3.\tFMO, Le défi entrepreneurial.4.\tEuropean Venture Capital Association, Venture Capital in Europe, Bruxelles, EVCA Yearbook, 1990, p.9.Voir égale- ment, Jean Lachmann, Le Seed Capital: Une nouvelle forme de capital-Risque, l\u2019objectif est de réaliser un profit rapidement) et les développeurs (qui privilégient des objectifs de développement, de création d\u2019emplois, de développement régional, etc.).Par ailleurs, il ne faut pas confondre le crédit commercial et industriel et le capital de risque.Le premier serait, au Québec, de l\u2019ordre de 45 milliards de dollars Paris, Economica, 1992, p.8.5.\tRéseau Capital, Répertoire des membres, 1994, p.8.6.\tCari Setlakwe, «Financement conventionnel versus capital de risque.Les CAE: une alternative pour le financement des petites entreprises en région.» Le partenaire économique, vol.1, no 1 (septembre 1993).7.\tRéseau Capital: Rapport Annuel (Macdonald et Associés), 1993.8.\tFrédéric Tremblay, «Une étude de la BFD.Le capital de risque est un grand créateur d\u2019emplois», Le Devoir, 3 décembre 1993, p.B5.9.\tJean-Marc Suret, Le gouvernement du Québec et le financement des entreprises: les mauvaises réponses à un faux problème, Québec, Faculté d\u2019administration de l\u2019Université Laval (étude menée pour le compte de l\u2019Institut Fraser de Vancouver), 1993.10.\tPropos rapportés par Valérie Beauregard, «Le financement d\u2019entreprises par Québec serait inefficace», La Presse, 29 septembre 1993, p.E5.alors que le capital de risque se situe autour de 1,5 milliard (soit environ 3,2% des fonds disponibles pour la création et le développement d\u2019entreprises)1 2 3 4 * * 7.Deux commentaires s\u2019imposent.En premier lieu, le Québec est mieux pourvu, du point de vue du capital de risque, que ne le sont les autres régions du Canada, y compris l\u2019Ontario.En effet, le Québec détient 45% du capital de risque existant au Canada (1,5 milliard de dollars par rapport à 3,5 milliards dans l\u2019ensemble du pays).En deuxième lieu, une grande partie de ce capital de risque n\u2019est pas utilisée: 1,3 milliard au Canada et 700 millions au Québec8.Cette situation n\u2019est cependant pas spécifique au Canada ni au Québec.Dès lors, certains avancent qu\u2019il n\u2019y a pas de problème de financement des entreprises.De plus, ils ajoutent d\u2019une part que l\u2019intervention du gouvernement dans le domaine serait extrêmement coûteuse et non efficace9, et, d\u2019autre part, que «tout projet rentable et bien mené peut se financer (par des sources privées de capital-risque)10».Cependant, la plupart des analystes qui ne contestent pas les chiffres avancés, n\u2019en démontrent pas moins que le financement des entreprises, et notamment des PME, représente un problème.En premier lieu, il est assez manifeste que l\u2019arrimage entre bons projets et fonds de financement ne se fait pas facilement, particulièrement dans les régions et pour certains types d\u2019entreprises.En relations janvier-février 1995 13 deuxième lieu, comme le montre une étude de la Banque fédérale de développement (BFD), le capital de risque est créateur d\u2019emplois.D\u2019où l\u2019intérêt pour des fonds régionaux et locaux, avec participation du milieu.Enfin, il faut bien admettre que le financement ne constitue qu\u2019un facteur dans l\u2019émergence et la consolidation d\u2019un entrepreneurship régional.Les fonds de développement La plupart des fonds de développement sont récents.C\u2019est notamment le cas des fonds de développement régionaux, locaux et communautaires.Il n\u2019existe pas d\u2019inventaire exhaustif.De plus, ces fonds sont passablement différents les uns des autres.Nous pouvons les classifier à partir de critères comme le territoire, les objectifs, les conditions de remboursement du capital, la population ciblée et la source du capital de chaque fonds.Si on retient le territoire spécifique d\u2019intervention, les fonds peuvent être regroupés dans au moins quatre catégories: une première qui couvre l\u2019ensemble du territoire québécois; une seconde de portée régionale (régions administratives); une troisième de portée sous-régionale (les MRC); une quatrième de portée locale ou communautaire (une municipalité ou encore un quartier d\u2019une grande ville).Les objectifs visés par les divers fonds peuvent constituer un second critère significatif de regroupement.En simplifiant quelque peu, on peut identifier au moins deux objectifs: un objectif socio-économique de développement des régions, des quartiers, voire des communautés, et un objectif de recherche de rendement élevé, voire spéculatif.Tous les fonds ont des objectifs de rendement, mais tous les fonds n\u2019ont pas nécessairement comme objectif la création d\u2019emplois et la revitalisation de régions et de quartiers défavorisés.Il s\u2019agit donc d\u2019une question de dosage entre l\u2019économique et le social.Un troisième critère relève des modalités de financement.Deux modalités peuvent être identifiées.La première prend la forme d\u2019une participation au capital-actions de l\u2019entreprise (capital de risque au sens strict).La seconde est celle d\u2019un prêt, mais à des conditions différentes de celles des banques (ce que nous qualifions de capital de risque au sens large).La population ciblée peut constituer un quatrième critère pour distinguer les fonds les uns des autres.On peut ainsi 14 distinguer cinq groupes: les groupes défavorisés, les jeunes, les associations communautaires (coopératives, organismes à but non lucratif), les PME en démarrage ou en expansion, les membres de communautés culturelles spécifiques, les entreprises évoluant dans des secteurs non traditionnels.Les divers fonds, et notamment le capital de risque, s\u2019adressent principalement aux PME.Il ne faut pas s\u2019en surprendre puisque les grandes entreprises ont généralement accès à la bourse; pour elles, le problème du financement est moins aigu ou, tout au moins, se pose en d\u2019autres termes.Un cinquième critère pourrait être la source du capital.De ce point de vue, on peut identifier des fonds gouvernementaux (ex.SDI et Corporation Mathieu Da Costa), des fonds communautaires (ex.ACEM), syndicaux (ex.le Fonds de solidarité), coopératifs (ex.Tremplin Desjardins) et des fonds privés (ex.BCE Ventures).Puisque la plupart des fonds de capital de risque se caractérisent par le maillage (réseau d\u2019intervenants reliés les uns aux autres), il ne faut pas introduire de divisions trop rigides entre les différentes sortes de fonds.«La conclusion la plus importante que nous pouvons dégager, écrivent Gilles Bourdeau, Alain Noël et Jean-Marie Toulouse, est sans doute la très forte concertation, le maillage très serré qui existe entre les gouvernements, les institutions bancaires et les mouvements syndicaux dans le réseau du capital de risque au Québec: l\u2019industrie du capital de risque au Québec est un réseau serré, dans lesquels les personnes se connaissent et poursuivent des projets en commun et des projets individuels11 ».Deux séries d\u2019observations s\u2019imposent.Une première nous indique que plusieurs regroupements des fonds sont possibles.Nous avons privilégié ceux qui mettent en relief le communautaire, le local, le régional.Tous ces fonds ne sont pas nécessairement des fonds de capital de risque.Cependant, certains des fonds qui fournissent des prêts peuvent être considérés comme des fonds de développement dans la mesure où ils tiennent compte des besoins spécifiques des PME et dans la mesure où ils fournissent un encadrement (conseil) adéquat.Une seconde observation a trait aux enjeux sociaux et politiques.Le maillage d\u2019intervenants ayant apparemment des objectifs très différents, pour ne pas dire opposés, ne risque-t-il pas de remettre en relations janvier-février 1995 cause les objectifs spécifiques de chacun de ces fonds et notamment de ceux relevant de l\u2019économie sociale?Une analyse plus rigoureuse de ce portrait permettrait sans doute également de conclure qu\u2019il y a des régions qui perdent, alors que d\u2019autres gagnent.Les fonds régionaux dits spécialisés ne seront apparemment pas aussi régionalisés que les autres.De même, les fonds qui visent des taux de rendement élevés tendent à se retrouver exclusivement dans les grands centres.Même en partant avec un capital de départ comparable, les fonds régionaux et locaux risquent de prendre rapidement du retard.La participation économique et politique du milieu dans le cas des fonds locaux et régionaux nous apparaît stratégique.Elle est stratégique non seulement pour canaliser l\u2019épargne locale et régionale et pour mieux arrimer les projets aux fonds, mais également pour une démocratisation de l\u2019économie qui permettrait aux régions de se prendre en main et d\u2019améliorer leur sort.La même argumen- Le plein potentiel des fonds, en termes de déve- loppement, ne saurait être atteint sans une démocrati- sation.tation vaut pour les fonds syndicaux, coopératifs et communautaires.Dans un cas comme dans l\u2019autre, le plein potentiel des fonds, en termes de développement, ne saurait être atteint sans une démocratisation.Enfin, il ne faut pas minimiser le rôle de l\u2019État dans la mise en place de ces fonds.On peut y voir une ouverture vers la régionalisation et la participation des communautés et des syndicats, tant mieux! On ne peut s\u2019empêcher de noter aussi une absence de politique industrielle et de développement, qui fait qu\u2019on s\u2019en remet à la logique du marché pour choisir les gagnants et à la communauté pour se donner les services collectifs nécessaires.11.Gilles Bourdeau, Alain Noël et Jean-Marie Toulouse, Un profil de l\u2019industrie du capital de risque au Québec, Montréal, Chaire d\u2019entrepreneurship Maclean Hunter, 1994, (cahiers no 94-03-01), p.24. Pas là pour résoudre les déficits, mais pour les financer! SYSTEME FINANCIER INTERNATIONAL par Bernard Élie1 incriil J W.I Dès le début des années 1940, Keynes voulait doter l\u2019économie internationale d\u2019institutions monétaires et financières capables de répondre aux besoins de l\u2019investissement et des encaisses liquides.bulles financières, endettement généralisé, krach boursier, variations brutales des taux de change et des taux d\u2019intérêt.Les événements du monde financier sont de plus en plus à l\u2019avant de la scène économique.L\u2019influence de ce monde sur notre quotidien nous est maintenant très évidente, compte tenu du lourd tribut que l\u2019on doit lui verser: intérêts réels records, énorme service de la dette de nos gouvernements.1.\tDépartement des sciences économiques, Université du Québec à Montréal.2.\tNDLR : Cette conférence, qui groupait les représentants de 44 nations alliées, se tint au New Hampshire, du 1er au 22 juillet 1944.Elle avait pour but de définir une politique monétaire et commerciale commune, suite à la fin de la guerre.Elle est à l\u2019origine, notamment, du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque internationale des règlements (BIR) et de la Banque mondiale.L\u2019importance du secteur financier semble même être un frein au développement des entreprises productrices et à la croissance économique.Nous décrirons ici l\u2019évolution du système financier international depuis trente L\u2019évolution du système fi- nancier international, depuis trente ans, c\u2019est d\u2019abord l\u2019histoire de la pri- vatisation de la détention des liquidités internationa- les.ans.Cette évolution est d\u2019abord l\u2019histoire de /a privatisation de la détention des liquidités internationales, c\u2019est-à-dire de relations janvier-février 1995 l\u2019autonomie du secteur financier par rapport aux autorités officielles.Cette privatisation commence avec la création, il y a trente ans, d\u2019un marché financier international privé, surnommé euromarché.Traditionnellement, jusqu\u2019aux années 1960, le terme de liquidités internationales correspondait à l\u2019ensemble des moyens financiers détenus par les autorités monétaires de chaque pays pour régler les soldes des échanges internationaux de ses résidents.Liquidités internationales et réserves officielles se confondaient alors.Dans tous les pays, les autorités monétaires, en tant que gardiennes de la valeur de la monnaie nationale, conservaient ainsi les moyens de paiements à être utilisés au besoin dans leurs relations avec le reste du monde, conformément aux accords de Bretton Woods (1944)2.Avant l\u2019avènement de l\u2019euromarché, les autorités monétaires avaient donc un certain nombre de responsabilités précises.15 D\u2019abord, elles étaient détentrices quasi uniques des liquidités internationales.Répondant aux transactions commerciales, elles alimentaient en liquidités, en devises étrangères, le marché des changes.Cette prérogative, d\u2019autre part, accordait aux autorités le pouvoir et la responsabilité de déterminer le taux de change et de financer le solde de la balance des paiements.Le développement de l\u2019euromarché, marché privé de devises et en particulier de dollars américains, bouleversa cet ordre établi.En créant un marché financier international, ou plutôt un marché transnational, on mettait sur pied un circuit financier hors du contrôle des autorités monétaires et qui allait remettre en cause leurs responsabilités exclusives.De plus, cette création mettait en place un ensemble d\u2019institutions qui, peu à peu, atteindra une telle autonomie que sa propre reproduction deviendra sa principale raison d\u2019être.Certes, de tout temps, un marché financier international a existé, mais l\u2019originalité de sa renaissance, quinze ans après la guerre, réside dans sa confrontation avec un système monétaire officiel, rigide, basé sur un étalon-or-change ayant comme centre le dollar américain.Ce nouveau système financier international privé s\u2019oppose à la conception habituelle du rôle des États, qui était basée sur une vision strictement nationale des rapports internationaux et réduisait ces derniers à la simple sommation des activités nationales.Mais, avec la création de l\u2019euromarché, voici qu\u2019un nouvel élément s\u2019ajoute au tout.Nous pouvons dire qu\u2019un espace transnational se superpose aux espaces nationaux.L\u2019euromarché a pris naissance à la fin des années 1950, en réponse à deux ensembles d\u2019impératifs.Le premier fut le développement du commerce mondial, sous l\u2019égide des firmes multinationales, ce qui provoquera une demande de liquidités générée selon des critères autres que ceux des autorités monétaires.Il ne s\u2019agissait plus d\u2019assurer la stabilité des taux de change et l\u2019équilibre des paiements, mais de soutenir des opérations commerciales et financières privées.Le deuxième ensemble, lié au premier, était la remise en cause de l\u2019ordre établi à Bretton Woods, où les États-Unis avaient consacré leur domination.La contestation de l\u2019hégémonie américaine révélait l\u2019essor de la puissance économique de l\u2019Europe et du Japon.La confrontation des trois blocs marquait le début d\u2019une lutte pour garder ou prendre une place dominante dans l\u2019économie mondiale.Cette crise de restructuration connut des phases diverses et des rebondissements auxquels le système financier internatio- 16 nal privé répondit soit en amplifiant les cycles, soit en profitant de la situation de multiples façons, pour s\u2019en nourrir et se développer.Nous pouvons distinguer quatre phases depuis trente ans.Chacune révélant un mode de fonctionnement spécifique du système financier international, pour s\u2019adapter à des situations nouvelles, à des risques nouveaux.Chacune correspondant à des accélérations précises du processus de privatisation de la détention des liquidités internationales et donc de l\u2019endettement qui l\u2019accompagne.Chacune enlevant aux politiques monétaires et financières une part de leur efficacité.Nous insisterons particulièrement sur la phase actuelle.Quatre phases.chacu- ne enlevant aux politiques monétaires et financières (des États) une part de leur efficacité.La première période (1958-1972) correspond au développement des activités du nouveau marché, sous l\u2019impulsion des firmes multinationales et de l\u2019économie américaine, à la recherche de financements et de voies d\u2019évitement aux politiques monétaires restrictives des autorités américaines, ce qui conduira au démantèlement du système monétaire officiel tel que conçu en 1944.La création de l\u2019euromarché et son développement a donc constitué d\u2019abord une réponse du secteur privé à la gestion publique des liquidités internationales.Compte tenu du développement des activités internationales, le secteur privé voulait s\u2019assurer d\u2019une alimentation autonome de liquidités par de nouveaux circuits financiers, ce que ne lui permettaient que difficilement les structures et les institutions monétaires officielles, héritées de Bretton Woods.Cette première période se distingua par la mise en place de crédits bancaires internationaux qui restaient somme toute assez classiques, sauf peut-être en ce qui concerne la dimension des prêts.Il s\u2019agissait donc de structurer une offre privée de liquidités, parallèle à celle du secteur officiel.Ceci a eu pour effet de saper l\u2019un des fondements mêmes du système monétaire international officiel: le contrôle de la liquidité.Pour y arriver, les contraintes relations janvier-février 1995 de Bretton Woods furent contournées et, finalement, le système d\u2019étalon-or-change s\u2019effondra devant la montée du marché financier privé.Peu à peu les autorités monétaires perdirent le contrôle du stock et des flux financiers.Ce que l\u2019on appela la Crise du système monétaire international, dans les années 1960, a justement été cette confrontation des détenteurs privés et des détenteurs officiels de liquidités internationales.La perte de contrôle du stock de liquidités par les autorités mina leur capacité d\u2019intervention sur les marchés des changes, remettant ainsi en cause le maintien des parités fixes de change, conformément aux statuts du Fonds monétaire international (FMI).L\u2019érosion des pouvoirs effectifs des autorités monétaires sonnera bientôt la fin des parités fixes.Dix ans suffirent pour mettre à bas l\u2019édifice construit à Bretton Woods.Le retour généralisé des taux de change flottants se confirma le 15 août 1971, lorsque l\u2019administration du Président Nixon supprima la convertibilité du dollar américain or, fondement du système d\u2019étalon-or-change.Dans un marché de liquidités abondantes et très mobiles, les banques commerciales pouvaient facilement trouver des sources de financements et de refinancements, sans passer par les autorités monétaires nationales.Les banques se retrouvaient à l\u2019abri des politiques restrictives des Banques centrales et pouvaient, de façon induite, créer une offre monétaire sans affecter les réserves officielles.Cette prépondérance du secteur privé obligera les autorités officielles à partager leurs attributs de gestionnaires de la monnaie avec le marché, c\u2019est-à-dire avec les grandes banques internationalisées.La gestion de la majorité des liquidités internationales se trouvait ainsi privatisée en partie.Les autorités officielles n\u2019étant plus les uniques détentrices des liquidités, elles perdront leur responsabilité de déterminer seules le taux de change et de financer finalement le solde de la balance des paiements.Sur le plan de la dimension interne de la politique monétaire, la transformation de ces liquidités internationales en monnaie nationale permet une émission supplémentaire de monnaie nationale, hors du contrôle de la Banque centrale, en l\u2019absence de mesures contraignantes.Les années 1960 virent donc l\u2019émergence de nouvelles filières financières qui connurent une croissance énorme.Si l\u2019on exclut les doubles écritures, le stock privé de devises a dépassé le stock officiel, dès 1970; la prépondérance du secteur privé était établie. L\u2019endettement généralisé La deuxième phase (1973-1981) voit les activités du système financier international s\u2019étendre à de nouvelles sphères.Même les autorités monétaires y auront recours.La disproportion du stock privé de liquidités internationales, face à celui des autorités monétaires, et l\u2019importance des flux financiers ouvrent l\u2019ère de l\u2019instabilité des taux de change et d\u2019intérêt.Cette période se caractérise, entre autres, par le recyclage des fameux pétrodollars, par l\u2019apparition de l\u2019inflation et de taux d\u2019intérêt en forte augmentation.Cette situation se traduisit au bilan des institutions financières par des actifs de plus en plus substituables et la pratique généralisée de variabilité des taux d\u2019intérêt, qui permettait le transfert du risque du créancier au débiteur.Nous assistons au développement extrême des crédits bancaires classiques, qui vont au-delà des financements des années 1960 pour s\u2019étendre au financement du développement des pays du tiers monde et même à celui des autorités monétaires, contraintes d\u2019emprunter aux banques commerciales pour défendre une certaine stabilité des changes.La privatisation de la détention des liquidités internationales montrait qu\u2019elle n\u2019était pas là pour résoudre les déséquilibres financiers, mais pour les financer.Pour le système officiel, après les mesures Nixon au début des années 1970, cette deuxième période fut marquée par des tentatives de sauvetage du système de Bretton Woods, mais s\u2019acheva par l\u2019abandon de toutes les règles existantes avec le deuxième amendement aux statuts du FMI, conclu à la Jamaïque, en 1976.L\u2019esprit et la lettre de Bretton Woods prenaient fin.L\u2019originalité des années 1970 a été l\u2019abandon des taux d\u2019intérêt fixes pour les taux variables, ce qui avait pour conséquences de transférer le risque des créanciers aux débiteurs et d\u2019éliminer en fait le concept de long terme.La période se termine par la fragilisation des débiteurs, mais aussi par celle des créanciers.Ce phénomène est d\u2019autant plus important que les investissements prenaient alors de plus en plus la forme de prêts et d\u2019investissements de portefeuille porteurs d\u2019intérêts, plutôt que d\u2019investissements directs et de portefeuille porteurs de dividendes.Cette distinction est des plus significatives, puisque les versements de dividendes sont des paiements variables qui s\u2019ajustent en fonction des cycles économiques: si l\u2019économie va bien, les dividendes payés seront en proportion des profits réalisés; au contraire, si l\u2019économie est en récession, les paie- ments faits aux investisseurs seront alors réduits ou même ils seront nuis.Les paiements sous forme d\u2019intérêts, par contre, sont constants ou fixés par le taux du marché, quel que soit le résultat de l\u2019activité économique en cause.Ce dernier type de paiement peut donc devenir plus lourd en période de crise, et plus contraignant.La crise et le repli Le haut niveau d\u2019endettement des pays du tiers monde, sous forme de prêts et d\u2019investissements de portefeuille porteurs d\u2019intérêts, commandait des recettes d\u2019exportations importantes, et en devises, pour le service de la dette.Mais l\u2019augmentation des taux d\u2019intérêt et la fermeture des marchés d\u2019exportations vers les pays industrialisés en dépression conduisaient à la crise de l\u2019endettement du tiers monde.La triple dépendance des pays du tiers monde (financière, technologique et des débouchés) fut fatale.Les banques fermèrent le robinet et demandèrent au FMI d\u2019intervenir.Dès 1985, le tiers monde devint un fournisseur net de capitaux vers le Nord.Heureusement pour les banques, de nouveaux débiteurs se pointaient.Dans les pays industrialisés, l\u2019endettement des entreprises et celui des gouvernements seront portés à des niveaux records.Une nouvelle demande «solvable» prendra la relève.En effet, l\u2019ère des déficits budgétaires et des déséquilibres des balances des paiements dans les pays industrialisés arrivait.Dans le secteur privé, l\u2019implication des institutions financières dans les opérations à effet de levier, c\u2019est-à-dire des restructurations financières de sociétés suite à des acquisitions par endettement, va accélérer la reconversion.L\u2019instabilité des taux de change conduira les autorités officielles à vouloir revenir à l\u2019esprit de Bretton Woods, soit à une certaine stabilité.Les grands pays industrialisés vont renouer avec la coopération internationale: les accords du Plaza (1985) et du Louvre (1987), entérinés aux sommets du G-7, marquent un revirement face au laissez-faire ambiant.Mais dans un monde dominé par la détention privée des liquidités internationales, le retour à la stabilité est illusoire.Les krachs boursiers de 1987 et de 1989 le confirmeront.La «marchéisation» du financement L\u2019évolution la plus marquante sur les marchés financiers internationaux est le processus de «marchéisation» de l\u2019intermédiation financière, source de Henri Bonnet, ambassadeur de France aux États-Unis, signe les accords de Bretton Woods.Cette conférence regroupait, en 1944, les représentants de 44 nations alliées dans le but de définir une politique monétaire et commerciale commune après les hostilités.Elle donna naissance au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale.relations janvier-février 1995 17 CANAPRESSE décloisonnement, d\u2019homogénéisation, de globalisation.D\u2019une part, la marchéisation de l\u2019intermédiation financière est la généralisation des financements à des conditions déterminées par le jeu des mécanismes du marché des capitaux.D\u2019autre part, les financements par émission de titres s\u2019accroissent, au détriment des financements bancaires traditionnels, donc sans apparaître dans les bilans des banques et des institutions financières: ces opérations sont hors bilan3.Il importe de noter que la marchéisation ne veut pas dire une réduction du rôle des banques; bien au contraire, nous assistons à une mutation des banques.Le développement très important des activités bancaires dites hors bilan est venu se substituer aux activités de prêts et de dépôts ordinaires.L\u2019intérêt, pour les institutions financières, d\u2019utiliser ces instruments réside dans la possibilité qu\u2019ils offrent de segmenter les différents risques des opérations financières et de les transférer à d\u2019autres.Ces possibilités d\u2019échanges de créances ont entraîné l\u2019homogénéisation des conditions offertes.Ces opérations hors bilan reposent sur des instruments financiers nouveaux ou anciens, mais qui ont connu un développement spectaculaire dans les années 80.Ces instruments financiers ont instauré des modifications importantes dans le fonctionnement des marchés et dans la gestion des risques par les intervenants.Ils sont négociés soit sur des marchés organisés ou soit par des contrats de gré à gré, entre les différents acteurs.L\u2019importance des activités hors bilan est née de la déréglementation du secteur financier, dans les années 80.Cette déréglementation a mené à l\u2019intensification de la concurrence, surtout sur le plan international, à la diversification et à la multiplication des types d\u2019opérations, à la «titrisation» des sources de financement et à l\u2019augmentation des risques sur les marchés financiers, risques amplifiés par l\u2019interdépendance accrue des établissements financiers.Un risque généralisé croissant Les années 1960 ont vu se développer un marché financier international de type classique.Les années 1970 ont été marquées par le transfert des créditeurs aux débiteurs, donc par la vulnérabilité des emprunteurs face aux conditions du marché.Les années 1980 sont marquées par la grande fluidité des sources de liquidités et donc par la vulnérabilité des institutions financières.Après que les sources de liquidités des emprunteurs se soient avérées plus difficiles, c\u2019est maintenant celles des prêteurs qui deviennent moins prévisibles.Globalement les bilans se fragilisent.Jean-Claude Paye, secrétaire général de l\u2019OCDE, dans sa préface à une étude sur les nouveaux instruments financiers écrivait: Les nouveaux instruments financiers (.), présentent de nombreux avantages pour les opérateurs (.).Mais, en même temps, ces instruments sont eux-mêmes porteurs de risques: risque de défaillance de la contrepartie, risque de liquidité et risques liés aux taux d\u2019intérêt et de change.Ces risques, bien qu\u2019ils puissent avoir des répercussions impor- 3.Les opérations hors bilan sont constituées principalement par des acceptations et des endossements qui sont des engagements d\u2019une banque de payer éventuellement à échéance des valeurs nominales convenues.Dans les engagements proprement dits, les lignes de crédits «stand-by» inconditionnelles et les «facilités d\u2019émission de titres de créances» du type NIF (Note Issuance Facilities) sont les plus importantes.Le client de la banque est autorisé à émettre lui-même des effets sur le marché; s\u2019il n\u2019arrive pas à les placer tous, alors la ban- De la globalisation Le développement des marchés financiers est un phénomène remarquable.D\u2019abord ce fut l\u2019expansion de l\u2019intermédiation des banques commerciales; quand ce mouvement s\u2019essouffla, ce fut l\u2019essor des nouveaux instruments financiers et des opérations hors bilan.Cette évolution nous interpelle sur nos critères d\u2019analyse.En effet, nous avons l\u2019habitude d\u2019une représentation binaire des relations économiques: elles sont nationales ou internationales, en monnaie nationale ou en monnaies étrangères.Cette dichotomie met l\u2019accent sur la dimension géographique et la nationalité des intervenants.Nos instruments d\u2019analyse, comme la balance des paiements internationaux, en sont tributaires.Mais aujourd\u2019hui la distinction n\u2019est plus aussi simple.D\u2019une part, les distances géographiques ont presque disparu, les nouvelles technologies de communication et la déréglementation des secteurs financiers ont rapproché les acteurs et les marchés.L\u2019homogénéisation des conditions offertes sur les marchés et les possibilités plus grandes d\u2019arbitrage des banques contribuent à effacer les différences.Cela est particulièrement frappant pour les conditions offertes dans une même monnaie aux niveaux national et international.D\u2019autre part, la nationalité ou la résidence des emprunteurs ou des investisseurs finals n\u2019est pas chose facile à établir.Les opérations hors bilan, effectivement, par la nature de ces avoirs et de ces engagements, posent ce problème d\u2019identification.Les agents économiques ont de plus en plus une vision globale et un comportement plus homogène.Cette globalisation a vraiment débuté au milieu des années 70.Certes, les pratiques d\u2019alors étaient encore traditionnelles, mais, avec le recul, le développement des activités de l\u2019interbancaire annonçait la floraison d\u2019innovations financières et la complexification des marchés, dans les années 90.La globalisation d\u2019une partie des opérations financières est d\u2019autant plus significative qu\u2019elle confirme l\u2019existence de circuits financiers sur lesquels les autorités monétaires ont peu de contrôle et qui ont un impact certain sur l\u2019évolution et la détermination des taux de change et des taux d\u2019intérêt.La simple distinction du national et de l\u2019international ne rend pas bien compte de l\u2019autonomie du secteur financier, aussi bien face au secteur de la production que face aux pouvoirs des États.Les activités des banques en monnaies étrangères et leurs opérations hors bilan constituent les deux composantes de la globalisation.Les opérations hors bilan pondérées des six premières banques au Canada, selon les normes du surintendant des institutions financières, représentaient 13% de l\u2019ensemble de leurs activités.B.É.18 relations janvier-février 1995 Le partage des activités des six premières banques à charte canadiennes en milliards de $ et en %, au 31 octobre 1993 60% d\u2019opérations en $ canadiens Pour un grand total de 755,6 milliards de dollars (dont 658,4 au bilan) 456.1 27% d\u2019engagements en monnaies \\ étangères 40% d\u2019activités de globalisation 13% en opérations hors bilan pondérées Sources: les rapports annuels des banques, de 1993 tantes sur les résultats et la situation financière des entreprises, n\u2019apparaissent souvent pas dans leurs états financiers (OCDE, 1988, 3).Tout se passe donc comme si la complexification des échanges réalisés avait entraîné une fragilité plus grande du système, globalement, en lui faisant courir un risque croissant, sans que l\u2019on puisse percevoir clairement l\u2019état de la situation au niveau des institutions financières elles-mêmes.La stratégie de la multiplicité des débiteurs pourrait paraître comme une défense contre le risque de défaillance.Mais la généralisation de ce phénomène, la marchéisation, produit l\u2019effet contraire en rendant permanents les risques d\u2019illiquidité et d\u2019insolvabilité de l\u2019ensemble du système.En effet, la mondialisation (ou globalisation) des circuits monétaires et financiers permet certainement la transmission du risque; à première vue, cela pourrait réduire le risque global, en le diluant entre les différents acteurs.Mais la transformation qualitative des éléments du bilan, en accroissant la variabilité du coût des ressources et du rendement des placements au marché, la marchéisation, augmente le niveau de risque.De plus, ce processus s\u2019accompagne d\u2019une croissance des transactions, qui est un facteur d\u2019amplification du risque.Dans un contexte de taux d\u2019intérêt variables, le risque n\u2019est plus uniquement du côté des débiteurs, mais aussi du côté des prêteurs, comme effet rétroactif du risque des débiteurs.De nouvelles normes prudentielles Face au développement des opérations hors bilan des banques au détriment des activités inscrites à leur bilan, les autorités de contrôle ont élargi leur champ de surveillance et renforcé les normes prudentielles de ce secteur.que s\u2019engage à les acheter ou à ouvrir à son client une ligne de crédit.Enfin, les opérations de marché qui regroupent l\u2019essentiel des activités hors bilan sont composées d\u2019opérations de change à terme et de swaps de devises, de swaps de taux d\u2019intérêt, de contrats à terme d\u2019instruments financiers (futures), de contrats à terme de taux d\u2019intérêt (FRA, pour Forward Rate Agreement), d\u2019options d\u2019achat ou de vente à terme et de garanties sur les taux d'intérêt (caps, floors et collars).4.Créé en 1974, suite à la faillite de la Banque Herstatt.Déjà le Comité sur le contrôle bancaire4, surnommé le Comité de Bâle, ville où est situé le siège de la Banque des règlements internationaux (BRI), avait édicté plusieurs recommandations indicatives, largement adoptées par un grand nombre de pays, même par ceux qui ne sont pas membres.Depuis le milieu des années 80, la BRI a encore une fois sonné l\u2019alarme.Une collaboration étroite sur le sujet des normes prudentielles se développa alors, avec l\u2019OCDE et ses membres.Certains événements ont contribué à la prise de conscience de l\u2019ampleur des risques, encourus par le système financier international.En particulier, mentionnons les problèmes de la Bank of New York (1985), la fragilité de certaines des mutuelles d\u2019épargne et de prêts et de certaines banques régionales aux États-Unis, la défaillance de la Drexel aux États-Unis et de la British and Commonwealth au Royaume-Uni (1990), les difficultés de la Bank of New England (1990), l\u2019affaire de la Bank of Credit and Commerce International (1991 ) et bien sûr les krachs boursiers de 1987 et de 1989.À cette époque, au Canada, plus modestement, nous eûmes les faillites de la Canadian Commercial Bank et de la Northland Bank (1985).Les événements de la dernière décennie ont conduit les autorités de contrôle à vouloir réglementer à nouveau le secteur bancaire.L\u2019harmonisation et la généralisation de normes prudentielles impliquent nécessairement une coopération relations janvier-février 1995 internationale élargie et nouvelle.Une collaboration plus constante et plus structurée devait être établie à travers des organismes officiels et permanents.Le Comité de Bâle a pris le leadership, particulièrement en matière de reréglementation prudentielle.« En s\u2019attaquant à la source aux prises de risques excessives, la réglementation et la surveillance prudentielle des institutions individuelles pourraient permettre de mieux prévenir les perturbations systémiques.» (BRI, 1992, p.237) Le questionnement des autorités de contrôle était d\u2019autant plus grand que jamais une telle situation n\u2019a été testée.L\u2019existence d\u2019un tel risque systémique, dans le contexte du développement des opérations hors bilan, est une première.Jamais la solidité des structures du marché n\u2019a été mise à l\u2019épreuve.La prudence est donc de mise.Doit-on se limiter à une simple réglementation prudentielle?Pour de véritables contrôles L\u2019évolution du système financier international, depuis trente ans, se caractérise bien sûr par une expansion énorme en volume et en types d\u2019activités, mais surtout par l\u2019imbrication de plus en plus conséquente des acteurs.La fragilisation de 19 l\u2019ensemble vient de la faiblesse qu\u2019a le système si un de ses maillons cède, probabilité qui augmente avec la croissance de l\u2019interdépendance.La volatilité des taux de change et des taux d\u2019intérêt, à la fois cause et effet de la marchéisation, est révélatrice de cette situation.La politique monétaire, limitée à la seule variation des taux d\u2019intérêt, loin d\u2019atténuer le problème l\u2019accentue.L\u2019endettement généralisé, au tiers monde mais aussi dans les pays industrialisés, joint à la fragilité du système financier international nous révèle une structure financière mondiale chancelante.Il faut plus que des normes prudentielles.Il faut de véritables contrôles.Contrôle des institutions financières, d\u2019abord par une comptabilité adaptée à leurs activités, mais surtout par un retour au cloisonnement de leurs champs d\u2019opération.Contrôle de la qualité de leurs prêts et de leurs achats de titres, donc également contrôle des flux financiers, aussi bien au niveau national qu\u2019au niveau international.Contrôle et limitation des activités en devises étrangères.L\u2019absence de contrôle des flux d\u2019investissements constitue aujourd\u2019hui un facteur grave d\u2019instabilité pour les pays industrialisés, comme cela l\u2019était pour les pays du tiers monde.Il y a urgence d\u2019agir, quitte à aller à l\u2019encontre des principes libéraux.Un changement radical dans la conception et la gestion du système monétaire et financier international doit intervenir.En fait, il s\u2019agit de transformer un système, fondé sur la bilatéralité, en un système qui reposerait sur une multilatéralité des monnaies, comme John Maynard Keynes le proposait à Bretton Woods, à la fin de la guerre.Dès le début des années 1940, Keynes voulait doter l\u2019économie internationale d\u2019institutions monétaires et financières capables de répondre, par une offre de monnaie internationale et par un contrôle des flux de capitaux, aux besoins de l\u2019investissement et des encaisses liquides.C\u2019était reconnaître dans l\u2019économie internationale, comme pour les économies nationales, l\u2019expression des demandes effectives des préférences pour la liquidité.Contrôle de l\u2019offre de monnaie internationale, des prix et des stocks des matières premières, régulation conjoncturelle et aide aux pays en développement, voilà tout un programme de «Gouvernement mondial» (Keynes, «Proposais for an International Clearing Union», The Writings, XXV: 168 à 195).Le but de tout système monétaire international est d\u2019assurer l\u2019homogénéité et donc la convertibilité des différentes monnaies nationales entre elles.Au niveau 20 national, la structure de paiement est dominée par le rôle de la monnaie centrale, qui assure l\u2019homogénéité des différentes monnaies privées entre elles, celles des banques commerciales, en garantissant leur convertibilité et donc leur reconnaissance sociale.De même, au niveau international, il doit exister une unité monétaire qui assurera la liberté, la permanence et la stabilité des paiements, en permettant l\u2019homogénéisation des devises de chaque pays.Un tel système suppose la multilatéralité des paiements, à travers une unité de compte et de paiement différente de celles des acteurs, qui doivent utiliser ce processus d\u2019homogénéisation pour ga- II y a urgence d\u2019agir, quit- te à aller à l\u2019encontre des principes libéraux.Un changement radical dans la conception et la gestion du système monétaire et finan- cier international doit intervenir.rantir leur reconnaissance sociale à l\u2019échelle mondiale.La création d\u2019une véritable monnaie internationale distincte de toutes les monnaies nationales s\u2019impose donc, pour confirmer la multilatéralisation des règlements.Le plan Keynes, de 1943, se fondait sur cette multilatéralité des paiements, contrairement à l\u2019accord final de la conférence de Bretton Woods, qui consacra la bilatéralité des paiements.Le projet de Keynes visait précisément à éviter ce scénario, source de déséquilibres futurs.Or, l\u2019Accord de Bretton Woods a mis une monnaie nationale, le dollar américain, au centre du système et a obligé ainsi chaque pays à déclarer la parité de sa monnaie en dollars des États-Unis, lui-même défini en or.De ce fait, la défense de cette parité ne se faisait que vis-à-vis du seul dollar.Il suffisait d\u2019intervenir sur un marché unique, celui de la monnaie nationale contre le dollar des États-Unis.Le dollar devint la liquidité à détenir, aussi bien pour les autorités monétaires que pour les banques commerciales.Le dollar des États-Unis, en devenant monnaie internationale, nécessitera la création d\u2019un marché privé des dollars relations janvier-février 1995 qui, par définition, tentera de se développer hors des contraintes légales de contrôle des liquidités imposées par l\u2019Accord de Bretton Woods.L\u2019euromarché, induit par le système de Bretton Woods, sera aussi la cause de sa destruction.L\u2019économie américaine, par l\u2019intermédiaire de son système bancaire, devient la banque centrale du monde.Le problème qui en résulte est la privatisation du processus qui se trouve de fait fondé sur une régulation différente de celle qui devrait être nécessaire à tout système monétaire international.La conception de John Maynard Keynes, basée sur la multilatéralité des paiements, est certainement toujours d\u2019actualité aujourd\u2019hui, même dans un monde que l\u2019on dit de privatisation et de déréglementation, où la socialisation des monnaies privées doit rester privée.Références: -\tBanque des règlements internationaux, 1992,1993,1994, 62e, 63e et 64e rapports annuels, Bâle.-\tBanque du Canada, 1994, Revue de la Banque du Canada, Ottawa, été.-\tBernard Élie, 1995, «L\u2019intégration des opérations hors bilan des banques: une nouvelle base d\u2019analyse», Actualité économique, à paraître au début de 1995.-Bernard Élie, 1994, «Le Fonds monétaire international 50 ans déjà!», Interventions économiques, à paraître en 1994.-\tBernard Élie, 1993, «La situation actuelle de l\u2019économie mondiale et perspective des années 1990: quelques réflexions», Cahier du GEMDEV, no 20, Université Paris VII, mai.-\tBernard Élie, 1992, «L\u2019évolution du système financier international et son impact dans les années 1990», Mondialisation et Régionalisme: la coopération économique internationale est-elle encore possible?, Québec, PUQ.-\tBernard Élie, 1989, « Le retour du contrôle des flux d\u2019investissements internationaux: l\u2019ombre de John Maynard Keynes», Interventions économiques, automne 1989/hiver 1990, no 22-23, 81-98.-John Maynard Keynes, 1980, The collected writings of John Maynard Keynes: activities 1940-1944, Moggridge, Donald ed i., Macmillan-Cambridge University Press, vol.XXV et XXVI.-\tOCDE, 1992a, Nouveaux défis pour les banques, Paris.-\tOCDE, 1992b, La gestion des risques dans les services financiers, Paris.-\tOCDE, 1991, Nouveaux instruments financiers, Série Harmonisation des normes comptables, no 6, Paris.-\tOCDE, 1985, Le secteur bancaire et la politique monétaire, Paris.-\tJacques Régniez, 1989, Les nouveaux produits financiers, Paris, La Découverte, 2e édition.¦ ENTREZ DANS LESPERANCE (Jean-Paul II) une lecture de Julien Harvey Serait-ce trop dire que de reconnaître dans le pape un blessé de guerre, traumatisé par une adolescence dans un pays écrasé, proche d\u2019Auschwitz, durci par la résistance?Ce qui serait dire que le pape porte la blessure de notre monde occidental et de notre Église de la fin du XXe siècle.même si on l\u2019a parfois taxé de conservatisme, le pape Jean-Paul est inventif et imprévisible.Ses lettres, ses voyages, son Catéchisme, ont régulièrement attiré l\u2019attention et généralement l\u2019attention religieuse.Et voici que maintenant, malgré sa santé compromise, il nous offre un livre intéressant, bien écrit et clair, dans la langue de la haute vulgarisation.La préface du journaliste Messori explique comment l\u2019ouvrage a été réalisé: projet d\u2019interview pour la télé, remplacé par vingt-cinq questions adressées au pape, auxquelles il a préféré répondre par écrit; ajout de dix questions et réponses correspondantes.Personne ne niera que le livre aborde les questions que nos contemporains se posent, indépendamment de leur appartenance culturelle ou religieuse: existence de Dieu, mystère du mal, identité divine du Christ, sens du salut, éthique chrétienne, espérance dans l\u2019histoire et au-delà.Mais la méthode employée a ses limites; elle fait que la problématique est imposée par le journaliste et aussi que les réponses du pape s\u2019écartent souvent de la question, surtout lorsque cette réponse est élaborée.Jean-Paul Il manifeste sa liberté de pensée, mais n\u2019aide pas le travail d\u2019édition.L\u2019ordre des questions semble avoir été dicté par le journaliste Messori, si bien que la première partie du livre est très philosophique, trop classique, mises à part les deux questions existentielles sur la prière du pape.Dans un ouvrage qui critique beau- coup le cartésianisme, cela fait un peu rétro; la démarche reprend en pratique ce qu\u2019on m\u2019a enseigné au collège, en théodicée et en apologétique, de 1941 à 1944.C\u2019était excellent.en 1944.Exhortation ou plaidoyer À son meilleur, le genre littéraire est une adaptation moderne de ce que saint Paul appelait la parénèse, l\u2019exhortation chaleureuse, proche de la sagesse biblique et de la prédication juive, ce qui est heureux; mais à son moins bon, le genre littéraire devient un plaidoyer pro domo du pape et de l\u2019Église.On cherchera en vain l\u2019aveu d\u2019une erreur, d\u2019un retard, d\u2019une hésitation ou d\u2019une contradiction.Le pape évite les questions brûlantes familières à tous et à toutes: défi des ministères dans l\u2019Église latine, relations diplomatiques du Vatican, prises de position sur la démographie mondiale, directivité à l\u2019égard des synodes, affirmations morales peu fondées dans l\u2019Évangile ou la tradition.Un peu comme dans le Catéchisme, on justifie toujours les positions prises dans le passé, sans signaler les évolutions.La Bible est toujours citée en très courtes phrases, alors que le Concile, surtout L\u2019Église dans le monde de ce temps, l\u2019est au contraire en larges extraits.Très peu de références à la patristique ou à la théologie; un éloge très marqué de De Lubac, de Congar relations janvier-février 1995 21 et de Urs von Balthasar, mais rien, à ma connaissance, sur Rah-ner, sur les théologiens latino-américains ou sur les théologiennes.La base philosophique est nettement aristotélicienne et thomiste, avec une contrepartie fréquente et plutôt sévère au sujet du cartésianisme, du kantisme et de l\u2019hégélianisme.La critique de la pensée et des orientations du monde moderne qui court à travers tout le livre s\u2019en tient aux erreurs et aux limites de ces philosophies: rationalisme, individualisme, refus social et personnel de Dieu, permissivité sexuelle.On y trouve un éloge marqué de Levinas et de Ricoeur, mais peu de références au marxisme, sauf pour signaler sa disparition.Très peu d\u2019allusions à la violence, spécialement très peu sur la guerre.Expérience personnelle La dimension sociale des questions abordées est presque absente; le livre est personnaliste, sans doute de façon trop exclusive.La liberté est souvent affirmée et réclamée, sans que ses limitations par le contexte historique et par le milieu n\u2019apparaissent.Presque rien sur l\u2019économique, même si la pauvreté est souvent dénoncée comme un scandale.La politique est absente et remplacée par le mot idéologie: le pape a longtemps vécu dans un monde apolitique, dominé par des idéologies omniprésentes et violentes, l\u2019hitlérisme et le communisme; le texte s\u2019en ressent.Les références à la jeunesse du pape, à son expérience de la guerre, de la prison et du travail forcé, à ses amitiés, en particulier celle de son ami juif Jerzy Kluger, sont concrètes et touchantes.Ce qu\u2019il écrit de l\u2019amour humain laisse comprendre qu\u2019il a aimé d\u2019amour.Mais en même temps il faut reconnaître que les femmes sont remarquablement absentes de son livre, peut-être aussi par la faute du journaliste Messori: une seule brève question et la plus brève de toutes les réponses (moins de deux pages).Ces réalités personnelles, et polonaises du temps de la dernière guerre, de la vie du pape expliquent sans doute plus de choses, présentes ou absentes dans son témoignage, qu\u2019on ne le croirait à première vue.Il nous révèle indirectement qu\u2019il a vécu courageusement, dans un monde blessé de façon profonde: sans liberté politique ni économique, sans progrès possible de la pensée sociale ou ecclésiale, en raison de l\u2019occupation étrangère violente, sans presse libre, sans contacts internationaux.Le pape avoue avec humour qu\u2019il a vécu dans un monde romantique, ce qui explique sans doute plusieurs incompréhensions de sa part et de la part de ses contemporains à son égard.Sans agressivité visible, le livre est souvent défensif, avec beaucoup de courage.On en vient à se demander s\u2019il n\u2019y en a pas trop.Le pape avoue ne pas hésiter à aller à contre-courant du monde actuel, et de savoir qu\u2019il doit le faire.Cela est d\u2019autant plus frappant qu\u2019il se justifie parfois trop: par exemple, son rôle au Concile, dans le groupe d\u2019Ariccia (qui avait préparé une esquisse du texte de L\u2019Église dans le monde de ce temps, refusée par la suite par l\u2019assemblée), a été décrit et évalué de façon différente par de bons historiens.De même, l\u2019importance historique de certaines de ses visites, en particulier en Angleterre ou en Scandinavie, ne semble pas être celle qu\u2019il leur donne.Des journalistes ont déjà parlé de «doctrine Wojtyla» dans ce livre.Cela me semble inexact: il n\u2019y a pratiquement rien d\u2019original du point de vue doctrinal dans cet ouvrage.Et c\u2019est normal: les papes n\u2019ajoutent rien à la révélation.Ce qui frappe davantage, ce sont des vides.Des vides qui déconcertent, non pas parce que le pape Jean-Paul refuse de suivre le monde, moderne ou non, ce qui est son droit et souvent son devoir, mais parce qu\u2019il marque trop de retards.Serait-ce trop dire que de reconnaître dans le pape un blessé de guerre, traumatisé par une adolescence dans un pays écrasé, proche d\u2019Auschwitz, durci par la résistance ?Ce qui serait dire que le pape porte la même blessure que notre monde occidental et notre Église de la fin du XXe siècle.Il est frappant qu\u2019il ne parle jamais de son entourage, de ses collaborateurs et collaboratrices, sauf en termes très généraux, ce qui laisse l\u2019impression d\u2019un homme isolé.Et reconnaissons qu\u2019il n\u2019est pas très gentil quand il accuse les médias de toujours caresser les oreilles de leurs auditeurs, et quand il reproche aux théologiens, surtout aux moralistes, de se faire souvent complices des médias! ?En résumé, la parution de Entrez dans l\u2019Espérance est un événement significatif, positif et révélateur de la continuation de l\u2019incarnation de Dieu dans notre temps.Dans bien des cas, ce type de communication pourrait avantageusement remplacer les encycliques, qui ont le défaut de facilement donner dans le moralisme et le légalisme.Qu\u2019on imagine un Humanae Vitae écrit en langue de sagesse! Mais après ce premier livre, il faudrait un ou des ouvrages qui correspondent mieux au titre si positif que le pape Jean-Paul a donné à celui-ci.¦ cfjrîstus Le Nouvel Age N ° 164 HS novembre 1994 Le numéro 75 F - étr.: 85 F Sortir de la confusion Ce dossier fournit les clés de compréhension d'un phénomène culturel et religieux largement diffus et donne des repères précis pour le dialogue : réincarnation et résurrection - croissance psychique et vie spirituelle - religion cosmique et foi chrétienne.Comment se situer, apprécier certaines des valeurs qu'il propose, se garder de l'amalgame ?T.Anatrella, M.Anglarès, B.Bastian, H.Bonnet-Eymard, E.Cothenet, A.Couture, A.Demoustier, C.Flipo, A.Fortin, D.Gira, G.-A.Maloney, J.-M.Martin, D.S.Toolan En vente dans les librairies religieuses de Québec FIDES - 165, rue Deslauriers - Saint Laurent - QUÉBEC H4N-294 - ® (514) 745 4290 Christus 14, rue d'Assas - 75006 PARIS - France - \u201cS* (1) 44 39 48 48 - Fax : (1) 40 49 01 92 22 relations janvier-février 1995 PRIORITE AUX REGIONS! QU\u2019EN EST-IL EXACTEMENT?par Bernard Vachon1 M.Jacques Parizeau présente les quatorze délégués régionaux à la population.Ainsi s\u2019amorce la volonté ferme du premier ministre d\u2019engager les régions sur la voie du développement.i ;3 tant la compétence reconnue que l\u2019enthousiasme communicatif de l\u2019équipe Parizeau nous incitent à nous réjouir de la priorité déclarée au développement régional.La distribution des responsabilités clés parmi les députés élus hissés au titre de ministre et le rôle ambigu des délégués régionaux commandent toutefois certaines réserves.Bien sûr, nous donnons la chance au coureur.L\u2019arbre aux dix-neuf branches (ministres), à la droite du tronc, et aux quatorze autres (délégués régionaux), à sa gauche, sera jugé à ses fruits.La crise des régions n\u2019est pas une vue de l\u2019esprit.L\u2019effondrement de l\u2019emploi dans les secteurs traditionnels de l\u2019économie régionale (agriculture, forêt, pêches et mines) et le non-remplacement par des emplois dans les secteurs de la transformation et des services ont, au cours des cinquante dernières années, entraîné les régions périphériques et intermédiaires dans la spirale du déclin économique, de la dévitalisation, de l\u2019exode et de la désintégration sociale.Souvent fortes au début de leur vitalité économique et de leurs jeunes et vigoureuses populations, des régions savaient compenser l\u2019érosion économique et démographique.Puis ce fut la rupture.Faute de pouvoir accueillir de nouvelles activités économiques et retenir leurs jeunes, les régions ont commencé à décliner et à se dépeupler.Ainsi, alors que l\u2019ensemble de la population du Québec augmentait de 34%, 1.Professeur au département de Géographie de l\u2019UQAM, directeur du Groupe de recherche en aménagement et développement des espaces ruraux et régionaux, formateur en développement local.entre 1961 et 1991, elle diminuait de 10%, dans le Bas-St-Lau-rent, et de 9%, en Gaspésie-îles-de-la-Madeleine.Dans le détail des petites villes et des villages, le seuil de non-retour semble atteint pour un nombre croissant de municipalités.Les fermetures de commerces et de services publics affectent durement la capacité de rétention et, plus encore, la capacité d\u2019attraction de ces communautés, ce qui contribue à accélérer le L\u2019arbre aux dix-neuf branches (ministres), à la droite du tronc, et aux quatorze autres (délégués régionaux), à sa gauche, sera ju- gé à ses fruits.processus de dévitalisation et conséquemment de dépeuplement.Au recensement de 1991, le Québec comptait 274 municipalités de moins de 550 habitants, sur un total de 1450, alors que celles ayant moins de 800 habitants étaient au nombre de 527 (excluant les villages indiens et inuits et les réserves).Or, la très grande majorité de ces municipalités sont au prise avec de très sérieuses difficultés de développement, plusieurs entrevoyant le spectre de la fermeture, de l\u2019extinction.Si les 527 municipalités de moins de 800 habitants devaient fermer et disparaître, bien qu\u2019elles ne regroupent que 3,8% de la population totale du Québec, c\u2019est 41,6% du territoire municipalisé du Qué- relations janvier-février 1995 23 bec qui serait happé par la désertification.De vastes pans du territoire québécois aujourd\u2019hui habités se trouvent ainsi menacés de désertification.Pour vivre, une collectivité a besoin d\u2019une masse critique d\u2019habitants.En deçà de ce seuil, la rentabilité des commerces n\u2019est plus assurée, les ratios des services publics ne sont plus atteints et la vie communautaire se désintègre.Par ailleurs, la désaffection progressive de l\u2019arrière-pays s\u2019accompagne de l\u2019affaiblissement du réseau des petites villes régionales, du fait qu\u2019elles perdent le bassin de population nécessaire à leurs activités.Ceux qui partent font généralement le choix de s\u2019établir dans un grand centre plutôt que dans une ville régionale.Casser les vieux modèles! Croire que l\u2019agonie tranquille de centaines de petites villes et villages est dans l\u2019ordre des choses, que c\u2019est une fatalité inhérente à l\u2019évolution de la société, c\u2019est consentir à une triple démission: démission de l\u2019imagination, démission du pouvoir politique, démission du vivant face à l\u2019économique.Les mutations auxquelles nous sommes confrontés obligent à des ajustements importants, dont nous devons être maîtres.L\u2019erreur est de croire que tout nous échappe, que les évolutions et les adaptations sont régies par des forces extérieures, invisibles, sur lesquelles nous n\u2019avons aucun pouvoir.Le drame, c\u2019est d\u2019aborder ces changements avec des esprits sclérosés, pétrifiés, totalement incapables d\u2019innovation et d\u2019audace.En l\u2019occurrence, c\u2019est croire que les régions, les petites villes et les communautés rurales sont des espaces résiduels appartenant à une époque révolue; c\u2019est croire que la modernité, c\u2019est exclusivement la métropolisation.Le «goût de bouger» du nouveau gouvernement doit être le goût de secouer la léthargie intellectuelle du Québec.On dirait que la nostalgie de la Révolution tranquille et la jouissance bienheureuse de ses bénéfices lui font rater une nouvelle révolution.Deux révolutions pour une même génération, serait-ce trop?Les héros sont fatigués?Si vraiment ils le sont, qu\u2019on leur fasse un bel hommage et qu\u2019ils se retirent sereinement en passant les armes à la relève qui piaffe d\u2019impatience de faire valoir ses frais talents.Bouger ne doit pas se limiter à conforter, à rassurer, à renouveler les images et à adapter la teneur du discours à la mode du jour.Bouger doit être synonyme d\u2019innover, de créer, d\u2019inventer, d\u2019oser.pour rompre, casser, abandonner.Oui, casser les vieux modèles, rompre avec les solutions devenues obsolètes, abandonner des idées que la mutation vertigineuse de la société et de la structure économique a rendu désuètes, celles qui consistent par exemple à croire que les perspectives de développement des régions du Québec ne méritent pas un authentique virage régionaliste.L\u2019éclatement des lieux de travail, le redéploiement de l\u2019activité économique, l\u2019avènement de la société de l\u2019information, l\u2019essor des télécommunications et du télétravail, les revendications territoriales, la réduction du temps de travail, le goût pour la qualité du cadre de vie, des relations interpersonnelles, de l\u2019environnement naturel et bâti sont autant de réalités nouvelles qui vont métamorphoser l\u2019avenir et remettre en cause les formes d\u2019organisation et de gestion passées et autoriser des modes inédits d\u2019occupation et d\u2019organisation du territoire, sur la base des opportunités nouvelles offertes.Va-t-on saisir ces opportunités pour entrer dans le troisième millénaire avec le bon ticket ou s\u2019acharner à défendre et promouvoir des logiques qui ont de moins en moins d\u2019assises économi- ques et sociales?Bouger, c\u2019est stimuler la capacité de déceler les forces de changement et de les intégrer dans le processus de prise de décision; c\u2019est élargir le champ de vision, c\u2019est rehausser le niveau de compétences, c\u2019est renouveler le coffre à outils.Bouger, c\u2019est conquérir des convictions pour être convaincant.Et le développement régional?Il souffre d\u2019une méconnaissance «culturelle» à l\u2019égard de ses potentialités à procurer une contribution significative et nécessaire au dessein d\u2019un Québec en mouvement de recomposition.La métropole comme ferment de la modernité et périmètre du progrès de civilisation est à la base de cette culture qui obscurcit le regard porté au-delà de la cité.Bouger, c\u2019est donner de l\u2019acuité à ce regard.Stratégie politique et politique de développement La volonté clairement exprimée par le nouveau Premier ministre d\u2019engager les régions sur la voie du développement ne peut certes être mise en doute.Il y a, au Parti québécois, une affiliation naturelle avec les régions, qui remonte à ses origines et qui ne s\u2019est jamais démentie, tant dans le discours que dans l\u2019action (création des MRC, zonage agricole, sympathie aux idées décentralisatrices.).Cependant, il faut bien admettre que les actions réelles ont toujours été plus modestes que celles en lesquelles les discours permettaient d\u2019espérer.De 1980 à 1985, les MRC, qui devaient accueillir les nouveaux pouvoirs issus de La nouvelle équipe gouvernementale a le «goût du pays», nous dit-on.Mais de quel genre de pays s\u2019agit-il?Déconcentré, décentralisé, constitué de communautés orgueilleusement responsables?Ou concentré, centralisé et assujetti à une technocratie de la vie quotidienne?la décentralisation, n\u2019ont eu en partage que le pouvoir d\u2019aménager; la loi sur la protection des terres agricoles, qui devait être harmonisée avec la loi sur l\u2019aménagement et l\u2019urbanisme, est demeurée une loi sectorielle autonome et extrêmement centralisée; le «Choix des régions», annoncé en 1983, est demeuré entre les couvertures d\u2019un document de consultation (faute de temps, disons-nous).Cette retenue entre le discours et l\u2019action, entre l\u2019image et la réalité traduisait une hésitation, un manque de conviction à l\u2019égard de choix intellectuellement satisfaisants et politiquement rentables, mais dont la concrétisation aurait eu pour effet de provoquer de tels chambardements et remises en cause que la prudence a prévalu sur l\u2019audace et que les interventions se sont faites dans la modération.Il n\u2019est pas évident, par ailleurs, que l\u2019on avait à cette époque une idée clairement définie du sens et du contenu à donner à une politique de développement régional et, moins encore, à des régions à développer.24 relations janvier-février 1995 Ministres et délégués régionaux auront pour première tâche de se donner une vision d\u2019avenir du Québec des régions et du rôle de chacune d\u2019elles dans le projet de société moderne que sera notre pays.Qu\u2019en est-il aujourd\u2019hui du développement régional?On reprend une esquisse, laissée en plan en 1985, qu\u2019ont réactualisée les mémoires remis à la commission itinérante Bélanger-Campeau.Pour le Parti québécois, le développement régional est incontournable: la population régionale disséminée dans plus de 75 comtés ne constitue-t-elle pas sa plus fidèle assise électorale?Donc, «priorité aux régions».«Les régions au pouvoir».Un geste éclatant, déterminé: la nomination de quatorze délégués régionaux.Ceux-ci ont pour mission d\u2019être «la conscience des régions», «le chien de garde des intérêts régionaux», les «empêcheurs de centraliser tranquilles», la «courroie de transmission entre les régions et le Premier ministre», «l\u2019instrument permanent, doté d\u2019un pouvoir politique réel, susceptible de casser les réflexes centralisateurs».Voilà pour le discours, pour la volonté exprimée.Qu\u2019en est-il sur le plan des actions?Montréal pèse lourd sur le plan économique et son lobby est puissant (Rapport Pichet-te).Par ailleurs, éroder le vote libéral est ici une préoccupation permanente de la stratégie péquiste.En l\u2019absence d\u2019une vision globale et moderne de la société québécoise, de convictions profondes à l\u2019égard de la contribution respective renouvelée de chacune des régions à l\u2019édification de cette société et d\u2019une cohésion ministérielle forte, le développement régional pourrait n\u2019être qu\u2019un thème de stratégie politique, qu\u2019un doux refrain pour apaiser la grogne de comtés dont la fidélité est indispensable au succès du projet référendaire.Dans la formation de son cabinet, composé de dix-neuf ministres, Monsieur Parizeau a choisi dix députés de la région de Montréal.Malgré son poids économique, Montréal peut-il légitimer un tel déséquilibre dans la représentation régionale?Mais, fait plus inquiétant est la composition du Comité des priorités: les sept ministres qui y siègent sont tous de la région de Montréal (on ne convaincra personne que Guy Chevrette, député de Joliette n\u2019est pas de la grande région de Montréal).A défaut d\u2019être acquis, le pouvoir régional devra être conquis.L\u2019hégémonie de Montréal et les régions Dans son discours d\u2019investiture, le nouveau Premier ministre a beaucoup insisté sur la place importante que son gouvernement entend accorder aux régions.Une place qui se traduira non seulement par la reconnaissance du droit à la différence, mais aussi celle du droit à la juste part: juste part de l\u2019écoute, juste part des ressources, juste part des pouvoirs, juste part des budgets.L\u2019application de ce mandat a été confiée à Guy Chevrette, qui est aussi ministre des Affaires municipales et responsable de la décentralisation et de la réforme électorale.Nous félicitons l\u2019initiative de Jacques Parizeau de réunir affaires municipales, développement régional et décentralisation sous une gouverne unique, favorisant ainsi une maîtrise intégrée des principaux leviers nécessaires à une véritable politique de développement du territoire.Dans le cabinet Parizeau, Guy Chevrette devient le grand patron de l\u2019occupation, de l\u2019organisation, du développement et de la gestion du territoire québécois.Grand animateur du Conseil des délégués régionaux et membre du Comité des priorités, son influence sur les orientations et les décisions gouvernementales sera déterminante.La nouvelle équipe gouvernementale a le «goût du pays», nous dit-on.Mais de quel genre de pays s\u2019agit-il?Déconcentré, décentralisé, constitué de communautés orgueilleusement responsables?Ou concentré, centralisé et assujetti à une technocratie de la vie quotidienne?Les 7,2 millions de Québécois, si on les regroupait sur l\u2019île de Montréal, auraient une densité d\u2019occupation inférieure à celle de Hong-Kong! Ce serait donc viable.Mais est-ce la sorte de pays que nous désirons collectivement?Les responsables du développement régional - ministres et délégués régionaux - auront pour première tâche de se donner une vision d\u2019avenir du Québec des régions et du rôle de chacune relations janvier-février 1995 25 d\u2019elles dans le projet de société moderne qui sera notre pays.La nouvelle fonction de délégué régional est perçue, dans un premier temps, comme un poste de lobbyiste auprès des ministres sectoriels et du grand patron Chevrette.Michel Rivard, délégué de la région de Québec, déclarait récemment qu\u2019il a été littéralement «enseveli par des demandes d\u2019aide de différents promoteurs, dès le lendemain de sa nomination».Bien que ce rôle de «courroie de transmission» puisse être d\u2019un précieux recours pour la reconnaissance et la défense de projets régionaux, trop souvent égarés ou négligés dans les dédales de la bureaucratie ministérielle, il faut éviter que le Conseil des délégués régionaux ne devienne une «foire» à projets disparates2, ni un lieu d\u2019affrontement entre les porteurs de projets régionaux.Guy Chevrette doit éviter le piège d\u2019être entraîné dans un simple rôle d\u2019arbitre entre les protagonistes régionaux.Par souci d\u2019efficacité et aussi d\u2019image, cet appel à projets est nécessaire, mais ne saurait être suffisant.Une réflexion en profondeur doit être engagée simultanément, pour conduire à une authentique et durable politique de développement régional, assise de la définition et de l\u2019articulation du pays à bâtir.Avant de définir les champs et les modalités d\u2019intervention, cette réflexion devra permettre de répondre à un certain nombre de questions.Le déclin des régions est-il irréversible?Les communautés rurales des régions non centrales sont-elles des milieux résiduels en sursis?Y a-t-il une ruralité nouvelle à promouvoir?La diversification économique en région est-elle possible?Les mutations économiques et sociales en cours sont-elles porteuses d\u2019impulsions nouvelles pour le développement régional et, si oui, à quelles conditions?Dans la lutte à la réinsertion économique et sociale du quart de la population active, quelle contribution le développement régional peut-il fournir?Une société développée ne doit-elle pas offrir un éventail élargi de lieux de travail, de vie, de décision, de détente à ses citoyens?La solidarité entre régions centrales et régions intermédiaires et périphériques peut-elle être envisagée dans la perspective d\u2019un effort de rééquilibrage territorial?S\u2019il ne répond pas à ces questions, le développement régional continuera d\u2019être ce néant institutionnel propice à des interventions ponctuelles, au gré des humeurs ministérielles ou des exercices de fonctionnaires dotés de budgets régionalisés.Ministre d\u2019État au développement régional, Guy Chevrette a pour première tâche l\u2019élaboration des arguments en faveur du développement des régions.En avril 1992, Claude Ryan, alors ministre des Affaires municipales, créait le «Groupe de travail sur Montréal et sa région», en réponse à la revendication du maire de la Ville de Montréal, Jean Doré, qui déplorait «qu\u2019aucune institution publique ne semble être en mesure de porter un regard régional sur la situation montréalaise».Et quelle institution publique a porté un regard sur la situation des régions, au cours des quarante dernières années?Qui, à part le Conseil des Affaires sociales (de regrettée mémoire) s\u2019est soucié d\u2019un «Québec cassé en deux» et de l\u2019hémorragie économique et démographique des régions?Montréal s\u2019inquiète de la forme éclatée que prend son développement et qui draine à la périphérie les nouveaux investisseurs et les payeurs de taxes?Qui s\u2019est préoccupé des répercussions socio-économiques et financières du mouvement de concentration des moyens de production, des équipements et services publics et des populations, depuis cinquante ans?Montréal mérite attention, certes, mais pas au détriment des régions.Le temps est venu de réhabiliter le rôle de celles-ci et le ministre Chevrette serait bien inspiré de créer un «Groupe de travail sur le rôle des régions dans un Québec moderne».Conviés à participer à ce groupe de travail, les délégués régionaux trouveraient dans ce forum l\u2019occasion d\u2019une réflexion élargie et nourrie de préoccupations et de connaissances qui débordent l\u2019actualité des dossiers de leur milieu.Des partenaires précieux de ce Groupe de travail seraient, outre des experts en développement régional, la Chaire en développement des petites collectivités de l\u2019Université du Québec à Rouyn-Noranda, le mouvement Solidarité rurale (issu des États généraux du monde rural) et l\u2019Union des MRC du Québec.Une invitation à présenter des mémoires serait faite et des audiences publiques seraient tenues à travers le Québec.L\u2019organisation d\u2019États généraux du développement régional axé sur une vision d\u2019avenir serait par ailleurs de nature à mobiliser des énergies, des convictions et des ressources insoupçonnées à l\u2019égard des régions.«Casser les réflexes centralisateurs», selon l\u2019expression du Premier ministre, suppose de bâtir l\u2019alternative, c\u2019est-à-dire promouvoir la région comme lieu à part entière, pour investir, travailler, élever une famille, s\u2019épanouir individuellement et collectivement.Ce lieu sera fait des volontés et des capacités des gens qui l\u2019habitent, appuyés par la reconnaissance du droit à la différence et à la juste part.Le Québec des régions existera si on le veut.collectivement.C\u2019est avant tout une oeuvre de solidarité.¦ 2.Sans jeu de mots avec le projet de «Centre de foire» qui constitue la «priorité des priorités» du délégué régional de la région de Québec.À LA RENCONTRE DES NOUVELLES RELIGIONS Réimpression du dossier paru dans le journal «Parabole» vol.XVI no 4 Préparé en collaboration avec le Centre d\u2019information sur les nouvelles religions (CINR) Prix: 0,50$ ch.(taxes incluses).Commandez à: S0CABI Société catholique de la Bible, 7400 boul.Saint-Laurent, Montréal H2R 2Y1, tél.: (514) 274-4381 ; téléc.: (514) 274-5184 26 relations janvier-février 1995 es bref Le développement est essentiel pour permettre l\u2019essor économique et la sécurité internationale.C\u2019est le thème majeur qui sera traité lors du Sommet mondial sur le développement social du 6 au 12 mars 1995 à Copenhague.Convoqué par les Nations unies, ce Sommet abordera certains problèmes fondamentaux reliés au soulagement et à la réduction de la pauvreté, à l\u2019extension d\u2019un emploi productif, à l\u2019accroissement de l\u2019intégration sociale, tout particulièrement des groupes les plus désavantagés et marginalisés.Une Déclaration du Sommet et un Programme d\u2019action régional, national et international devraient fournir d\u2019immenses possibilités pour la sécurité de l\u2019humanité et la paix dans le monde.Au nom des « Femmes en Église », la présidente du Conseil du statut de la femme, Mme Marie Lavigne, déplore vivement de voir la porte se refermer sur la question de l\u2019ordination des femmes.Pour les personnes qui, depuis une trentaine d\u2019années, ont persévéré et rêvé de changer leur Église de l\u2019intérieur, la lettre apostolique de Jean-Paul U, en mai 1994, est un coup de massue anéantissant l\u2019espoir d\u2019une Église moderne respectueuse de la diversité.Si notre quête de justice et d\u2019égalité change peu à peu la face du monde, au dire de la présidente, notre sexe nous interdit encore l\u2019accès au sacré.Les femmes en Église, habituellement si discrètes, demandent publiquement à l\u2019épiscopat canadien de garder le débat ouvert.De nombreuses personnalités catholiques sont solidaires de cette requête.Il est toujours difficile, pour une femme dont l\u2019éducation et l\u2019expérience de travail ont été acquises dans son pays d\u2019origine, de se voir reconnaître dans la nouvelle contrée où elle s\u2019est implantée.D\u2019autant plus que les différences dans les priorités et les exigences du marché du travail sont des embûches trop souvent insurmontables dans la recherche de travail.Le Collectif des femmes immigrantes du Québec, qui se spécialise dans les questions ayant trait au marché du travail, a décidé, il y a maintenant plus d\u2019un an, de mettre cette expérience à profit dans un nouveau projet : le service de counselling en emploi, adapté aux besoins des femmes immigrantes.Ce service comprend l\u2019assistance technique (curriculum vitae, lettres de références), l\u2019orientation et des sessions de formation gratuites d\u2019aide à la recherche d\u2019emploi.Pour information ou rendez-vous, communiquer avec Mme Aoura Bizzari, au (514) 272-3451.À la suite de demandes présentées à l\u2019Université Laval par la communauté juive sépharade du Québec, le Conseil a accepté le principe d\u2019une offre de cours et de la création de programmes de théologie juive, sous réserve cependant de la vérification de la pertinence sociale, pédagogique et institutionnelle et de l\u2019approbation ultérieure de ces programmes.Ce qui est souhaité par le Grand Rabbinat du Québec est la création, dans un premier temps, d\u2019un certificat de 30 crédits, puis d\u2019un baccalauréat de 90 crédits en théologie juive et, éventuellement, d\u2019un programme de maîtrise.La communauté juive sépharade regroupe des juifs majoritairement francophones, originaires du bassin méditerranéen.Dès la mise en oeuvre des programmes, qui se donneront dans les locaux du Grand Rabbinat du Québec, à Montréal, sous la responsabilité conjointe de la Faculté de théologie et de la Direction de la formation continue, on prévoit au moins une centaine d\u2019étudiants à plein temps.L\u2019Association coopérative d\u2019économie familiale (ACEF) du Nord de Montréal offre aux personnes intéressées des publications fort utiles.Sont disponibles présentement: Mon premier budget, un outil pour les jeunes qui en sont à leur premier budget (3$); Compte pour tous, une méthode simple et efficace pour gérer vos finances (20$); Budget \u201895, une brochure pour inscrire vos revenus et dépenses en 1995 (3$); À vos amours, à vos affaires, la vie à deux est une question de coeur.mais aussi d\u2019affaires (5$); À propos de la consommation.pour des choix éclairés, un recueil d\u2019informations portant sur le crédit, les attrapes, le budget, l\u2019achat d\u2019une maison et d\u2019une auto.Les prix indiqués comprennent les frais d\u2019envoi.On peut se procurer ces publications à l\u2019ACEF du Nord.Renseignez-vous: 277-7959. RECENSIONS DE JANVIER lectures Rodolphe Morissette: Les iuaes, quand éclatent les mythes Gary Caldwell: La question du Québec anglais Collectif: Histoire du nationalisme québécois Patrice Franceschi: Quelque chose qui prend les hommes Les juges, quand éclatent les mythes Par cet ouvrage sur les juges, Rodolphe Morissette a suscité un vif et assez large débat sur la place de ces magistrats dans notre société et sur le statut d\u2019immunité morale qu\u2019on leur attribue.Le titre de l\u2019ouvrage, Les juges, quand éclatent les mythes, prête le flanc à controverse, «mythe» ayant ici le sens négatif de mensonger alors qu\u2019en anthropologie le même mot revêt un aspect positif, désignant un récit fondateur et donateur de sens.Il ne faut donc pas attendre de ce livre une étude à distance, mais une critique délibérée, à la frontière de la diatribe.Après une introduction qui situe rapidement le contexte de la crise frappant les magistrats («avec beaucoup de re- 28 tard, la société québécoise découvre ses juges et en parle librement» (p.10), ce qui semble donc les resituer dans le contexte critique de l\u2019ensemble de la société), le livre élabore trois questions: l\u2019autopsie d\u2019un faux pas, l\u2019apparition de nouvelles solidarités, les médias.Le faux pas qu\u2019évoque l\u2019auteur est la contestation par les juges, en 1992, de la hausse des frais de stationnement de 39,60$ à 137,20$ par mois.Hausse de 246%, décision contre laquelle les juges ont demandé une injonction provisoire (les juges nommés par Ottawa ont, en 1994, un traitement annuel de 155 000,00$, et les autres de 113 492,00$.Morissette décrit bien le fondement de la revendication des juges, basée sur leur indépendance à l\u2019égard du pouvoir.Bonne cause en soi peut-être, mais indéfendable au plan de l\u2019opinion publique.Car le discours vertueux de l\u2019indépendance cache en réalité l\u2019ambition relations janvier-février 1995 d\u2019obtenir plus.Depuis 1989, les juges du Québec veulent la «parité» avec les juges d\u2019Ottawa.Le discours quasi syndical pervertit l\u2019argumentation: «le mythe de la parité appartient au vocabulaire syndical et à la rhétorique de la négociation» (p.33).L\u2019auteur illustre ce qu\u2019on peut appeler la voracité des juges en ce qui touche leur traitement.Plus encore, la revendication des juges est une prétention à ne pas être jugés, surtout par le public.L\u2019auteur montre également l\u2019ambiguïté de l\u2019indépendance administrative ou institutionnelle des juges, qui se traduit souvent par de la mauvaise administration.Le tableau de l\u2019occupation des salles des tribunaux (p.57) est affligeant, comme l\u2019encadré décrivant les lenteurs du juge Michel Côté (p.24).Le juge Victor Melançon reçoit aussi le même reproche (p.132 et 152).Sous le thème de «l\u2019application de solidarités nouvelles», le second chapitre poursuit l\u2019analyse et tente d\u2019expliquer à la fois le contexte de la vie du juge (sa formation, son origine, ses solidarités, sa sélection) et le nouveau contexte social déterminé par les discours militants, la «correction politique» et l\u2019évolution du rôle des juges dans un contexte de chartes de droits.À partir des démêlés de la juge Andrée Ruffo avec la magistrature (l\u2019encart de la page 68 est particulièrement sévère envers elle), l\u2019auteur montre que les juges et le milieu juridique ont tendance à protéger les juges tant que l\u2019opinion publique ne s\u2019en mêle pas (cas, entre autres, du juge Claude Léveillé).L\u2019apparition du pluralisme et la montée des groupes de militance changent considérablement le contexte social du jugement et obligent les juges à plus de finesse et de discernement dans l\u2019univers complexe de la rhétorique judiciaire: «autant le registre de la rhétorique peut convenir aux plaideurs, autant il est irrecevable chez les juges» (p.92).Désormais, le juge aussi s\u2019inscrit dans une culture et une société nouvelles, infiniment critiques.Tout devra être scruté: la veulerie de la politique, la nomination des juges, l\u2019obligation de rendre des comptes, le gaspillage, les tensions non résolues entre proximité et distance, indépendance et solidarité.La troisième section aborde le rôle des médias à l\u2019égard de la justice.Le chapitre essaie de départager l\u2019information et le sensationnalisme, d\u2019analyser ce que le milieu judiciaire tend à appeler l\u2019ingérence des médias et l\u2019application de la règle du sub judice.Il esquisse le devoir de réserve des juges (la juge Andrée Ruffo en attrape pour son rhume, p.170-171).L\u2019auteur affirme un état de luttes et de tensions extrêmes entre l\u2019information judiciaire et la magistrature.L\u2019auteur déplore le malentendu et jette quelques balises pour une conciliation des intérêts et devoirs de l\u2019une et de l\u2019autre.Malgré ses dimensions modestes et sa structure éclatée, voici un livre opportun et compétent.C\u2019est un livre captivant, alerte, écrit par un journaliste expérimenté, qui illustre ses propos de plusieurs exemples et sait rythmer son texte par un bon nombre d\u2019encadrés.C\u2019est également un livre fort bien documenté en ce qui touche l\u2019actualité judiciaire.Au surplus, quand il prend la peine d\u2019approfondir ses propos, l\u2019auteur témoigne d\u2019une culture assez large.Sa connaissance de Platon et de la culture grecque surprend.Malgré le style vif et quelques jugements acérés, le jugement reste nuancé et distingue bien les écarts de conduite d\u2019individus et la correction du grand nombre.Le mérite de l\u2019ouvrage consiste à montrer non pas d\u2019abord la défaillance d\u2019individus, mais le raidissement de la magis- trature en tant que corps social qui ne comprend pas ce qui se passe et cherche à se réfugier dans une apologétique d\u2019arrière-garde.Sur ce point, il s\u2019agit d\u2019un livre lumineux.La dénonciation en soi n\u2019a rien de scandaleux.Jacques Dufresne, dans Le procès du droit, CQQRC, 1987, en avait fait tout autant, mais son livre n\u2019avait pas suscité de débat aussi ample.La limite du livre, et c\u2019est me semble-t-il cette limite qui en explique le succès, vient du fait qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un long plaidoyer en faveur de la liberté des médias d\u2019information dans le domaine judiciaire, face à l\u2019institution judiciaire.Même s\u2019il juge sévèrement son propre milieu et sait mettre des nuances, l\u2019auteur n\u2019en procède pas moins à un discours pro domo où, sur ce point, il est partie intéressée.Le débat est lancé.Espérons que le public en sorte gagnant.¦ André Beauchamp La question du Québec anglais dans ce bref travail, Caldwell, un sociologue connu surtout pour des articles sur l\u2019immigration et la culture, se révèle comme un observateur pénétrant du Québec.Étant lui-même d\u2019origine anglo-québécoise et n\u2019étant pas montréalais, il peut nous offrir une réflexion très soignée sur la situation et l\u2019avenir des Anglais du Québec, surtout de ceux et celles qui sont de vieille souche.Il constate d\u2019abord qu\u2019ils sont menacés de disparition et que la situation de ghetto multiculturel ne peut les protéger; l\u2019ajout d\u2019allophones immigrants peut les aider à Montréal, mais pas en régions.Il leur recommande alors sa théorie préférée du contact culturel (une position que je partage), celle de la recherche active d\u2019une culture publique commune: dépassement du néo-libéralisme des droits individuels vers la tradition bien anglaise de l\u2019intérêt public et des droits et devoirs collectifs, souci de l\u2019enracinement historique commun avec les québécois français, sens de la famille et de la communauté locale, ce que l\u2019auteur appelle l\u2019éthique tory.Une critique des attitudes et positions d\u2019Alliance Québec et de Reed Scowen complète de façon lucide cet ouvrage intelligent et utile.Souhaitons que les décideurs québécois, anglais et français, le relations janvier-février 1995 lisent pour mieux dépasser les nationalismes ethniques et pour éviter les affrontements.¦ Julien Harvey Histoire du nationalisme québécois x a l\u2019émission Le Point des 21, 22, 23, et 24 janvier 1992, la Société Radio-Canada diffusait une «Histoire du nationalisme québécois», grâce à des entrevues avec des spécialistes.L\u2019émission voulait faire le point sur «ce qui se rapprochait le plus du consensus au sein de la communauté des historiens», à propos de l\u2019histoire du nationalisme canadien-français et québécois, depuis la défaite de 1760.L\u2019émission se situait, au plan temporel, entre le Lac Meech et les accords de Charlottetown.Le présent livre se présente comme une transcription non pas des émissions elles-mêmes, mais des entrevues en profondeur qui ont servi de matériaux aux émissions télévisées.Le livre étant bref, tout n\u2019a certainement pas été transcrit.La séquence suivie est temporelle, allant de la période française à aujourd\u2019hui.Le découpage se fait surtout autour de personnages marquants ou de mouvements importants: les Patriotes, Louis-Hippolyte Lafontaine, Jean-Paul Tardivel, Louis Riel, Honoré Mercier, Henri Bouras-sa, Wilfrid Laurier, Lionel Groulx, Maurice Duplessis, Georges-Émile Lapalme, Jean Lesage, etc.Ce survol permet de saisir la pluralité et la diversité des courants nationalistes ainsi que le déplacement du nationalisme canadien vers le nationalisme québécois.Les sept spécialistes interrogés sont: Robert Lahaise, Jean-Paul Bernard, Réal Bélanger, Pierre Trépa-nier, Robert Comeau (deux fois), Richard Desrosiers (deux fois) et Louis Balthazar.J\u2019ai beaucoup apprécié ce petit livre, tout simple et bien vulgarisé.Même si les spécialistes ont leurs options, la pensée reste nuancée (en particulier les jugements sur Groulx et Laurier et l\u2019hommage à Lapalme), très peu polémique, attentive aux nuances et aux multiples visages du nationalisme, faisant bien ressortir la situation très particulière de notre peuple et l\u2019originalité de son destin.En l\u2019attente du prochain référendum, un livre à lire avec appétit et plaisir.¦ André Beauchamp 29 Quelque chose qui prend les hommes rien pour attirer le regard: ni le titre, ni la couverture, ni même la biographie de l\u2019auteur.Et pourtant, l\u2019éblouissement dès les premières pages.Et un bonheur qu\u2019on savoure, à petite dose, phrase après phrase, page après page, jusqu\u2019à la dernière.qui nous ramène au commencement et à nous-mêmes.Je n\u2019ai pas le goût de raconter l\u2019histoire, presque trop simple.Dans ce petit village perdu du fond de la Corse, la nature et le temps sont des personnages aussi importants que les habitants: le maire Ange Lamberti, Pierre-Paul l\u2019instituteur, Simon le maréchal-ferrant, Mathieu le boucher, Félix le meunier, Jacques le cantonnier, Antoine et Toussaint les bergers, Pascal le patron du «Grand Café».Mais aussi André Vérant, l\u2019étranger arrivé de nulle part, un bon matin, et qui va bouleverser la vie.Ce chercheur d\u2019étoiles en quête d\u2019une constellation inconnue.Et dont le destin va croiser celui de Pierre-Louis Caromani, le «bandit d\u2019honneur» traqué depuis des années, mais vivant totalement libre dans les contrées encore vierges des vallées de l\u2019Est.Sorte de fable ou de parabole, ce roman de la quête et de la liberté est coulé dans une langue somptueuse, amoureusement ciselée.Il rappelle que l\u2019aventure est toujours disponible, au coeur du quotidien le plus banal.Mais qu\u2019il y a un prix à payer pour suivre son rêve, parce que la différence est toujours dérangeante.Et que la recherche de sens peut prendre toute la vie.L\u2019auteur, Patrice Franceschi, a roulé sa bosse aux quatre coins du monde, en reportages, à l\u2019aventure, en missions humanitaires, de la Papouasie au Tchad, en passant par l\u2019Afghanistan et la Somalie.Auteur d\u2019une quinzaine de livres, de la poésie au grand reportage sans oublier deux romans, il co-dirige la collection «L\u2019aventure continue.» chez Robert Laffont.Mais rien de tout cela n\u2019aurait pu laisser deviner la lenteur du rythme, la profondeur de la pensée, le dépouillement de l\u2019action et la beauté du verbe.On entre véritablement peu à peu dans un autre univers, à la fois très éloigné et étrangement proche de notre monde actuel, invité à suivre une démarche exemplaire.Pour peu qu\u2019on accepte de se laisser envahir, qu\u2019on soit disposé à entreprendre le voyage qu\u2019est toute rencontre avec une oeuvre forte, ce roman peut nous conduire loin au bout de nous-mêmes.Sur des registres différents, il me rappelle L\u2019homme qui plantait des arbres, de Jean Giono et Frédéric Back, et l\u2019admirable dernier film de Jacques Rivette, Jeanne la Pucelle: où la poursuite humble mais obstinée de sa voie (de ses «voix»), dans la lenteur souvent obscure du déroulement des jours, est le chemin le plus sûr vers la sérénité.Je sais.Je n\u2019ai rien dit.Mais si ces quelques lignes vous sont l\u2019occasion de saisir, à votre tour, cette pierre précieuse cachée au milieu des innombrables pierrailles qu\u2019on publie chaque année, alors je serai heureux d\u2019avoir partagé mon trésor.Entré dans ce livre presque par hasard, je crois qu\u2019on n\u2019en sort plus jamais tout à fait.Ce «quelque chose qui prend les hommes et qui les emmène très loin», petit poème japonais qui a donné son titre au livre, n\u2019a pas fini de nous indiquer la voie.¦ Dominique Boisvert Livres reçus Parmi les livres reçus ces derniers mois, Relations vous signale les ouvrages suivants: - Paul Longpré, Malgré tout, l\u2019espoir.Rencontre avec Bernard Hubert, évêque, St-Laurent, Fides, 1994; 327 p.-\tJocelyn Berthelot, Une école de son temps.Un horizon démocratique pour l\u2019école et le collège, Montréal, CEQ/St-Martin, 1994; 288 p.-\tMurray Bookchin, Une société à refaire, Montréal, Écosociété, 1994; 300 p.-\tNathanaël Yaovi Soédé, Une morale de la Vérité.Un besoin majeur en Afrique, Abidjan, Institut Catholique de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest, 1994; 170 p.-\tPatrice Martin et Patrick Savidan, La culture de la dette, Montréal, Boréal, 1994; 137 p.-\tAndré Mineau, La violence: biologie, histoire et morale chrétienne, Montréal, Médiaspaul, 1994; 141 p.-\tRobert Mager, Le politique dans l\u2019Église.Essai ecclésiologique à partir de la théorie politique de Hannah Arendt, Montréal, Médiaspaul, 1994; 331 p.-\tGilles Routhier, Le défi de la communion.Une relecture de Vatican II, Montréal, Médiaspaul, 1994; 307 p.-\tCharles Juliet, Carnets de Saorge, Paris, P.O.L., 1994; 74 p.-\tColl, (sous la dir.de Lorenzo Lortie), Telle une semence.L\u2019Évangile en plein monde, St-Laurent, Fides, 1994; 125 p.-\tDominique Schnapper, La communauté des citoyens.Sur l\u2019idée moderne de nation, Paris, Gallimard, 1994; 232 p.-\tRobert Tessier, Déplacements du sacré dans la société moderne.Culture, politique, économie, écologie, St-Laurent, Bellarmin, 1994; 217 p.-Jean-Paul II, Entrez dans l\u2019Espérance, Paris, Plon/Mame, 1994; 335 p.-\tJean-Marc Fréchette, Le Psautier des Rois, St-Hippolyte/Paris, Le Noroît/Arfuyen, 1994; 60 p.-\tAntoine Prévost, De Saint-Denys Garneau.L\u2019enfant piégé, Montréal, Boréal, 1994; 239 p.-\tYves Girard, Qui a lavé ton visage?, Ste-Foy, Anne Sigier, 1994; 152 p.-\tYves Girard, L\u2019invisible beauté, Ste-Foy, Anne Sigier, 1994; 147 p.-\tMireille Maurice, Le grand Buies, Sillery, Septentrion, 1994; 525 p.-\tChantal Pary, L\u2019histoire de ma vie, Montréal, Logiques, 1994; 227 p.¦ références Rodolphe Morissette, Les juges, quand éclatent les mythes.Une radiographie de la crise, Montréal, VLB, 1994; 197 p.Gary Caldwell, La question du Québec anglais, Québec, IQRC, 1994; 122 p.Gilles Gougeon (sous la dir.), Histoire du nationalisme québécois.Entrevues avec sept spécialistes, Montréal, VLB/SRC, 1993, 171 p.Patrice Franceschi, Quelque chose qui prend les hommes, Paris, Robert Laffont, 1993; 247 p.30 relations janvier-février 1995 *\u2022 Vivre ensemble |V E W BULLETIN DE LIAISON EN PASTORALE INTERCULTURELLE ™ CENTRE JUSTICE ET FOI\tSECTEUR DES COMMUNAUTÉS CULTURELLES Pour bâtir r une Eglise et une société pluri-ethnique où chacun aurait sa place Vivre ensemble soutient l\u2019engagement pour une Église où ceux et celles qui partagent la même foi en Jésus-Christ, quelles que soient leurs origines, trouveront un accueil fraternel dans l\u2019égalité et la coresponsabilité.Ce bulletin concerne autant la population québécoise d\u2019accueil que les nouveaux arrivants.Vivre ensemble a pour objectifs de: \u2022\tpromouvoir l\u2019intégration des nouveaux arrivants au Québec; \u2022\tfournir des éléments de réflexion qui serviront de base à une action concrète; \u2022\tprésenter des expériences de rapprochement entre Québécois et néo-Québécois; \u2022\tinformer sur des projets d\u2019intégration entrepris hors du Québec; \u2022\tfaire connaître divers organismes qui peuvent aider à mieux comprendre les diversités culturelles et religieuses; \u2022\têtre un moyen de communication pour tous ceux et celles qui s\u2019intéressent à la question de l\u2019immigration.Vivre ensemble croit à l\u2019importance des paroisses, communautés et mouvements chrétiens comme lieux privilégiés d\u2019accueil et d\u2019intégration des nouveaux arrivants.C\u2019est pourquoi Vivre ensemble est particulièrement destiné aux pasteurs et agent(e)s de pastorale, mais aussi aux intervenants des divers milieux de la société québécoise.Les derniers dossiers parus: ?Des anglophones québécois par eux-mêmes ?Le deuxième commandement chrétien (pour une culture publique commune) ?Immigration et vie familiale ?L\u2019immigration et les nouveaux mouvements religieux ?La tolérance et l\u2019intégration ?Peut-on vivre ensemble en paroisse ?Vivre ensemble paraît quatre fois par an.Abonnement annuel: 10,00$ Adresser votre chèque à l\u2019ordre du Centre justice et foi et retourner au Centre justice et foi, Secteur des communautés culturelles 25 rue Jarry Ouest, Montréal (Québec) H2P 1S6 * toutes taxes incluses.TPS: R119003952 TVQ: 1006003784 relations janvier-février 1995 31 relations janvier-février 1995 3,55$ no 607 SOMMAIRE face à l\u2019actualité\t3 Le ministère des femmes (M.-T.v.L.C.) - L\u2019université à l\u2019heure du jugement (A.B.) - Pronostics sur un synode (J.R) - Chrétiens de gauche (D.B.) dossier\t7 Le monde financier Jacques Boucher\tLe nouveau Léviathan\t8 Madeleine Plamondon\tTrois failles\t9 B.Lévesque, M.Mendell et S.Van Kemenade\tEsquisse d\u2019un portrait\t12 Bernard Élie\tLe système financier international\t15 en bref\t27 articles\t21 Julien Harvey\t«Entrez dans l\u2019espérance»\t21 Bernard Vachon\tPriorité aux régions! Qu\u2019en est-il exactement?\t23 lectures\t28 Photographie de la page couverture: Canapresse NOTRE PROCHAINE SOIRÉE RELATIONS Pour renseignements, écrire ou téléphoner à Surveiller l'annonce qui paraît dans Le Devoir, Jean-Marc Biron ou Pauline Roy: 387-2541.le jour même de la rencontre.Le lundi 20 février 1995, de 19h30 à 22h00, à la maison Bellarmin 25, rue Jarry ouest (métro Jarry).Contribution volontaire : 3,00$ janvier-février (janvier) 1995 Envoi de publication - Enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 25, rue Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 "]
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