Relations, 1 mai 1999, Mai
[" 770034 ''378000 relatio ent dans ce numéro: \\bî J bL£ji\\üin\\b.j.Ji\\bÆ 'r^Jb\\.> \\b djss ^r,\\uinimiz)b I?litique, ou repenser la culture?[dent devenu président Guy Lafleur mai 1999 3,95$ no 0 VIEILLIR La question du sens à tous les âges relations La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de chrétiens et de chrétiennes engagés dans la promotion de la justice.DIRECTRICE Carolyn Sharp SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Anne-Marie Aitken ASSISTANT À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Jean BelIeteui11e, Normand Breault, Élisabeth Garant, Joseph Giguère, Marie-Paule Malouin, Françoise Nduwimana, Guy Paiement, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, Jacques L.Boucher, René Boudreault, Raymonde Bourque, Guy Dufresne, Jean-Marc Éla, Vivian Labrie, Jean Pichette, Jean-Paul Rouleau BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 téléc.: (514) 387-0206 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 28,00$ (taxes incl.) Deux ans: 49,00$ (taxes incl.) À l\u2019étranger: 29,00$ Abonnement de soutien: 75,00$ Visa et Mastercard acceptés TPS: R119003952 TVQ: 1006003784 Les articles de Relations sont répertoriés dans Repères et dans l\u2019Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes en s'adressant à University Microfilm, 300 North Zeeb Road, Ann Arbor Michigan 48106-1346 USA.Envoi de Poste-publication - Enregistrement no 09261 L\u2019Organisation des Nations unies a déclaré l\u2019année 1999 Année internationale des personnes âgées.À travers le monde, mais surtout dans les pays industrialisés, le pourcentage de personnes âgées est en croissance.L\u2019espérance de vie s\u2019allonge.Il ne suffit plus de parler du troisième âge, car un quatrième s\u2019ajoute.Les enfants naissent aujourd\u2019hui du vivant de leurs arrière-grands-parents.Dorénavant, vivre vieux est un espoir réaliste.Mais, comme le soulignent si bien les auteurs de notre dossier dans ce numéro, il s\u2019agit aussi d\u2019un défi.En cette fin de millénaire, nous nous sommes habitués à penser la jeunesse comme l\u2019âge de la vie où l\u2019on se pose les questions de sens.Nous admettons facilement que les multiples QUÊTE DU SENS: UN DÉFI, UNE OUVERTURE changements de notre siècle, de l\u2019invention de la radio à la navigation cybernétique, ont plongé les générations montantes dans un monde nouveau peu semblable à celui des générations précédentes.La nouveauté a fragilisé les savoirs d\u2019hier, les connaissances reçues, les savoirs hérités.En cette fin de siècle, il devient également évident que les mutations des conditions de vie, et les nouveaux défis qu\u2019elles posent, touchent toutes les générations, dont celle des aînés.De plus en plus, la difficile quête de sens se poursuit à tous les âges.*** La poursuite du sens amène une partie importante des jeunes à rechercher une éthique humanitaire à portée universelle.Leur enthousiasme pour les voyages, leur ouverture remarquable sur le monde ainsi que leur sollicitude pour la planète et pour les gens qui l\u2019habitent en témoignent.Il ne faut donc pas s\u2019étonner devant l\u2019intérêt qu\u2019a sollicité le Concours littéraire Guy Lafleur, organisé par l\u2019Association québécoise pour la coopération internationale pour rendre hommage à leur directeur, Guy Lafleur, décédé en octobre 1997.C\u2019est un honneur pour nous de vous présenter les textes primés lors du premier concours.Vous y trouverez une parole animée de conviction profonde et de tendresse, accompagnée ici de photographies prises par des membres de Salut, le monde!.Nous avons aussi le plaisir de vous présenter un merveilleux article sur la pensée de l\u2019ancien dissident et actuel président tchèque, Vaclav Havel, signé par notre jeune collaboratrice Silvia Galipeau.Il s\u2019agit d\u2019une véritable convocation à participer, librement et courageusement, à la construction du sens pour notre monde moderne.Quand on parle des relations entre les générations et du sens, la question est le plus souvent abordée sous l\u2019angle de la transmission.À la lecture de notre numéro de mai, nous espérons que vous redécouvrirez cette question sous l\u2019angle du défi et de l\u2019ouverture.La construction du sens est une tâche commune, à laquelle nous sommes tous et toutes conviés, quel que soit notre âge.B Carolyn Sharp 98 relations mai 1999 face à l\u2019actualité avec Jean-Marc Biron, Guy Dufresne, Pierre Faure et Guy Paiement LES SERVICES CORRECTIONNELS DU QUÉBEC La manière dont une société traite ses prisonniers montre son état de santé démocratique.On a récemment pris connaissance, dans les journaux, d\u2019événements troublants qui touchent le monde carcéral: émeutes à Bordeaux, commerce de la drogue relié aux bandes criminalisées, surpopulation dans certains centres de détention.Ces événements sont de bons indices d\u2019un malaise qui se vit actuellement dans ce monde déjà marginalisé que sont les prisons.Le rapport du Protecteur du citoyen sur les Services correctionnels du Québec veut justement alerter le ministre de la Sécurité publique et la société québécoise sur la situation qui est en train de s\u2019aggraver au sein du système correctionnel.Après les conclusions de la Commission Poitras sur la Sûreté du Québec, n\u2019avons-nous pas un autre indice d\u2019une détérioration plus grande qui risque d\u2019affecter l\u2019ensemble de l\u2019appareil judiciaire et finalement toute la société québécoise?«La manière dont une société traite ses prisonniers constitue un barème de son état de santé démocratique», affirme d\u2019entrée de jeu le rapport du Protecteur du citoyen.Il est certain que le milieu carcéral constitue, pour l\u2019ensemble des citoyens, un monde étrange qui n\u2019attire pas beaucoup la sympathie du commun des mortels.Certains jugeront que les prisonniers coûtent trop cher à la société et qu\u2019ils vivent bien grassement aux dépens des payeurs de taxes, mais peu prendront conscience qu\u2019un système correctionnel joue un rôle régulateur et constitue un élément essentiel pour l\u2019équilibre d\u2019une société démocratique.En effet, dans une société démocratique, un système carcéral ne peut être uniquement punitif, mais doit rendre possible la réhabilitation de tout détenu.Il est aussi convenu qu\u2019un système correctionnel respecte les droits fondamentaux reconnus par les chartes de droits et libertés québécoise et canadienne ainsi que les déclarations sur les droits spécifiques des personnes détenues.Sur ce point, le Canada a reconnu la nécessité de protéger les droits des détenus en endossant YEnsemble des règles pour le traitement des détenus et la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains et dégradants des Nations unies.Or, la situation du système correctionnel semble actuellement se dégrader: une surpopulation chronique, des compressions de ressources financières et de personnel compétent, une détérioration des relations entre le personnel et les personnes incarcérées, un taux de suicide inquiétant, des meurtres et attentats à la vie perpétrés par des codétenus, autant d\u2019indices d\u2019un climat de tension qui ne peut qu\u2019envenimer la situation.Au bureau du Protecteur du citoyen, les plaintes n\u2019ont cessé d\u2019augmenter, depuis 1994.En 1997-1998, elles atteignaient le nombre de 2567 provenant de l\u2019ensemble du système correctionnel québécois, alors qu\u2019il y en eut 1991 en 1996-1997, soit une augmentation de 28,9%; cette augmentation est beaucoup plus marquée dans les établissements de grande dimension.Quelles semblent être les causes de cette situation?D\u2019abord, des compressions budgétaires pour un total de 26 116 millions effectuées en l\u2019espace de trois ans; puis, malgré une augmen- relations mai 1999 99 face à l\u2019actualité tation de la population carcérale, la fermeture de cinq centres régionaux amenant l\u2019utilisation maximum de plus grands centres de détention.En réduisant le nombre de places disponibles dans les centres de détentions, les Services correctionnels voulaient privilégier d\u2019autres mesures que l\u2019incarcération comme le recours à l\u2019amende et aux travaux communautaires.Ces mesures devaient être accompagnées de programmes en milieu ouvert et d\u2019appels aux ressources de la communauté, en particulier dans les domaines de la santé, de l\u2019éducation et de l\u2019employabilité.Or, il semble bien que ce virage n\u2019ait pas encore été pris et qu\u2019on fasse plutôt un usage maximal de la surpopulation, ajoutant, par exemple, un troisième lit dans une cellule conçue pour deux personnes.Des situations nouvelles sont aussi plus difficiles à gérer et à contrôler.Certaines institutions, comme Bordeaux, ont été conçues à une époque où les personnes détenues purgeaient leur peine en passant le plus clair de leur temps à l\u2019intérieur des cellules.Aujourd\u2019hui, les personnes incarcérées passent la majeure partie de leur temps dans de longs et sombres corridors qui compliquent la surveillance et la protection des personnes détenues.Un autre facteur plus récent est la présence de groupes criminels et de bandes rivales.Afin d\u2019éviter des confrontations, on sépare ces bandes dans des secteurs et même dans des établissements différents.Mais ces mesures ont pour conséquence de délimiter des territoires à l\u2019intérieur des établissements où les groupes dominants peuvent imposer leurs règles et contrôler tout le secteur, d\u2019où règlements de compte, agressions, menaces et commerce de la drogue.En ce domaine, certaines sources parlent d\u2019un marché de plusieurs millions de dollars par année.La complexité de cette situation amène un accroissement de tension dans la plupart des établissements.L\u2019assassinat de deux agents des Services correctionnels, les menaces et intimidations reçues par des membres du personnel entraînent un durcissement de la part de ceux-ci qui sont portés à considérer toutes les personnes détenues sur le même pied, sans tenir compte de leurs besoins spécifiques ou de leurs antécédents.De plus, les centres de détention font de plus en plus appel à du personnel occasionnel qui n\u2019a pas toujours l\u2019expérience et la formation requises.Certains abus, comme la fouille à nu de femmes détenues faite en présence d\u2019hommes, la fouille à nu d\u2019enfants visitant un parent, sans autorisation du parent ou du tuteur, la détérioration des conditions d\u2019hygiène, le non-respect des prescriptions médicales, lenteur et négligence à donner des soins nécessaires, sont autant d\u2019éléments qui jettent de l\u2019huile sur le feu.Les conclusions du rapport sont alarmantes: aux yeux du Protecteur du citoyen, les problèmes s\u2019additionnent sans être résolus.«Quand l\u2019intégrité physique des personnes incarcérées et celle des agents est atteinte parce qu\u2019on n\u2019a pas les moyens de faire autrement, lorsqu\u2019on commence à couper des programmes de réinsertion, lorsque le personnel professionnel ne suffit plus à la tâche, c\u2019est la mission des Services correctionnels qu\u2019on est en train de mettre en péril.» ¦ Jean-Marc Biron DU CITOYEN-CONTROLEUR AU CLIENT-CONTROLE Quand la technocratie échappe au contrôle et à la responsabilité démocratique.Quelque chose» est en train de changer dans le fonctionnement de nos gouvernements.Les appareils administratifs sont de plus en plus fragmentés, selon une sectorisation et une segmentation des actions publiques qui entraînent une perte de perspective collective et globale.Cette dynamique administrative, de type technocratique, vise à réduire l\u2019incertitude dans la gestion et à accroître l\u2019efficacité des opérations sectorielles.Mais le plus grand contresens que produit la recherche de l\u2019efficacité est de ramener les problèmes de gouvernement à des problèmes de gestion et ainsi gommer la spécificité des relations gouvernant-gouvernéh La recherche de l\u2019efficacité spécifique à un secteur d\u2019action conduit à la multiplication d\u2019organismes qui obéissent à des règles technocratiques et qui échappent au contrôle et à la responsabilité démocratique.Ainsi en est-il, entre autres, des conseils ou régies de la santé, de l\u2019environnement, du développement, etc., tout comme pour les conseils d\u2019administration des centres locaux de développement (CLD), hôpitaux, Cégep, etc., qui participent à la gestion de politiques et de ressources publiques sans avoir à en rendre compte aux collectivités concernées.Les dimensions politiques sont alors traitées comme des problèmes d\u2019information.La perspective technocratique implique la «dépolitisation» des questions à traiter; cette réduction des problèmes permet de trouver des solutions «raisonnables» en termes de gestion, tout en évitant la discussion publique.La technocratie produit un vide entre les citoyens et leurs représentants, entre un rôle de client-contrôlé et de citoyen-contrôleur.Dans cet espace, viennent se positionner les principaux groupes d\u2019intérêt qui, sous diverses formes de bricolage organisationnel (partenariat, concertation et conseil d\u2019administration), vont être de plus en plus associés directement à la prise de décision publique.Cette tendance, de nature corporatiste, implique une communauté d\u2019acteurs qui est étroitement soudée2.L\u2019association entre les technocrates et les principaux groupes d\u2019intérêts par secteur d\u2019action publique, notamment les groupes syndicaux et les gens d\u2019affaires, permet d\u2019orienter de manière corporatiste les décisions sans avoir à en rendre compte, sans responsabilité publique.100 relations mai 1999 face à l\u2019actualité En fait, tout se passe comme si le bricolage organisationnel permettait aux grand joueurs politiques de laisser la gestion entre les mains des technocrates et des principaux groupes d\u2019intérêt, tout en se conservant la capacité d\u2019intervenir en situation de crise.Ainsi, quand se produisent des crises (santé, protection de la jeunesse, verglas, etc.), il est possible d\u2019observer les interventions stratégiques des dirigeants politiques gouvernementaux, qui s\u2019empressent de nous démontrer leur utilité.Dans la gestion courante des politiques publiques, les relations tripartites (technocrates-capital-travail) permettent de satisfaire les intérêts sectoriels dominants de manière ponctuelle et conservatrice.Ces relations privilégiées viennent court-circuiter et affaiblir la procédure et les contrôles démocratiques1 2 3.La dynamique de transformation de l\u2019appareil administratif crée un dilemme dans la mesure où les dirigeants politiques et 1.\tGodbout, J.T., La démocratie des usagers, Montréal, Boréal, 1987, p.160.2.\tLe Gales, P., Thatcher, M.(dir), Les réseaux de politiques publiques.Débat autour des «policy networks», Paris, L\u2019Harmattan, 1995, p.35.3.\tMény, Y., L\u2019administration territoriale en Europe: Allemagne, Espagne, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni, Paris, Institut international d\u2019administration publique, 1993, p.142.les citoyens ne savent plus très bien qui est responsable des services publics.La redéfinition de nos institutions publiques pose aujourd\u2019hui des problèmes complexes.L\u2019irresponsabilité démocratique des décideurs administratifs soulève la question de l\u2019impasse démocratique de ce type de bricolage institutionnel.Les structures complexes qui relient les acteurs publics et privés masquent les responsabilités et font en sorte qu\u2019il est de plus en plus difficile pour les citoyens de comprendre et d\u2019influencer les décisions publiques.L\u2019accroissement du déficit démocratique de l\u2019action publique dans la production et la réalisation des politiques publiques fait de la citoyenneté un enjeu actuel.Les problèmes d\u2019exclusion, de santé, de pauvreté, de formation, de développement, d\u2019environnement, etc., ne sont pas réductibles à une vision sectorielle.Ce sont des problèmes et des enjeux qui sont de nature transversale et collective, qui dépasse le cloisonnement des secteurs d\u2019action.Les bricolages organisationnels de type technocratique et corporatiste contribuent à une régression démocratique.En faisant porter toute l\u2019attention sur l\u2019efficacité spécifique d\u2019un secteur d\u2019opération, on accentue le pouvoir des experts, les technocrates, et on marginalise les citoyens en les considérant comme des clients.On ne gouverne plus, on administre les gens comme les choses.¦ Guy Dufresne LA PRESSE ÉCRITE, ACTEUR DE LA VIE SOCIALE Journées d\u2019études de la Presse catholique en France sur la contribution des médias au débat démocratique.Réunir pendant deux jours à presque cinq heures de voyage de Paris deux cents journalistes, éditeurs et responsables divers de la presse catholique nationale, régionale et locale, voilà la première réussite des Journées d\u2019étude François de Sales qui se sont déroulées, pour la quatrième fois, les 21 et 22 janvier 1999, à Thonon-les-Bains (au bord du lac Léman, en face de Lausanne).Preuve du dynamisme de la Fédération française de la presse catholique qui rassemble la majorité des titres de la presse catholique française, une distribution annuelle de quelque 156 millions d\u2019exemplaires.Il semble qu\u2019il n\u2019y ait pas beaucoup d\u2019événements comparables dans les autres secteurs de la presse française.Deux jours bien remplis pendant lesquels s\u2019enchaînent conférences en grand groupe, ateliers simultanés soit par thème soit par type de presse (nationale, régionale, paroissiale, quotidienne ou hebdomadaire, presse jeune, de mouvements ou institutions, etc.).Mais quelle occasion de contacts, de rencontres, d\u2019informations, d\u2019élaboration de projets, de collaborations futures, d\u2019échange d\u2019idées! On sait bien que pour tout cela les repas, les couloirs, les allées et venues, les soirées autour d\u2019une bière ou d\u2019un grog sont plus décisifs que les conférences.Participant pour la première fois à ces journées, j\u2019ai apprécié le goût et la facilité avec laquelle échangeaient, s\u2019écoutaient et communiquaient les journalistes et responsables de titres si divers et souvent commercialement concurrents.Ainsi, dans un atelier, on écoutait attentivement des journalistes de la presse jeune raconter leur recherche pour savoir s\u2019il fallait parler aux jeunes de l\u2019affaire Clinton-Lewinski et comment, puis ceux d\u2019un quotidien rapportant leur perplexité pour décider de la place à donner à la mort de la princesse Diana, d\u2019autant que le rédacteur en chef était en congé! Ensuite, il s\u2019agissait de comparer les diverses manières de faire pour revenir sur un sujet qui a fait la une de l\u2019actualité, lorsque six mois après plus personne n\u2019en parle: le cyclone Mitch, les massacres du Rwanda, etc.Pour les conférences et certains ateliers, l\u2019apport d\u2019intellectuels de très bon niveau (revue Esprit, Instituts catholiques de Paris, Lyon et Louvain, Écoles de journalisme de Lille et de Fribourg, etc.) a permis d\u2019approfondir le rôle de la presse écrite, dans une société de plus en plus complexe et submergée d\u2019informations.Nous ne retenons ici que quelques éléments d\u2019analyse parmi ceux qui nous ont paru les plus pertinents.Ils concernent essentiellement la société française.- Les acteurs sociaux (associations, syndicats, partis politiques, etc.) reprochent aux médias de monopoliser la fonction de représentation de la vie sociale, par exemple par le biais des sondages.D\u2019ailleurs, les institutions de représentation de la société et les cadres intellectuels de cette représentation sont en crise.Mais il arrive aussi que la presse écrite ou visuelle relations mai 1999 101 face à l\u2019actualité publie le témoignage de ceux qui ne seraient pas représentés autrement.-\tDans nos démocraties, l\u2019espace public joue un rôle croissant de reconnaissance mutuelle des acteurs sociaux.La presse, qui déplace et condense son angle de vue, risque d\u2019enfermer les individus et les groupes dans une seule dimension: je suis habitant de tel quartier, je suis fils d\u2019immigré algérien, mais je suis aussi beaucoup d\u2019autres choses très déterminantes que la presse ne rapporte pas.-\tAu nom de quoi les journalistes parlent-ils?Quel est le fondement et la légitimité de leur parole?On leur reproche parfois de parler sans la légitimité de la représentation élective.Quel type de délégation du public est confiée à la presse?-\tL\u2019École de journalisme de Lille a effectué une étude auprès de trente directeurs de quotidiens français régionaux ou départementaux sur l\u2019engagement civique du journalisme appelé aussi «journalisme citoyen» et, aux États-Unis, «public journalism».Ce journalisme se veut explicitement acteur social, il cherche les liens avec les institutions socialement utiles, il mobilise ses lecteurs pour apporter des réponses concrètes à des questions qui les concernent.Les journalistes écoutent davantage et organisent eux-mêmes des rencontres avec leurs lecteurs.Le travail en faveur de l\u2019emploi, qu\u2019a réalisé le quotidien québécois Le Soleil, a été cité en exemple.Joseph Maïla, doyen de la Faculté des sciences sociales et économiques de l\u2019Institut catholique de Paris concluait ces journées en soulignant le rôle essentiel du journaliste de l\u2019écrit au coeur de la vie sociale.Il exerce quotidiennement le discernement au profit du plus grand nombre.Tous les jours, il s\u2019interroge pour veiller au maintien du débat démocratique dont il est gestionnaire, sans pour autant en être propriétaire.Il doit ainsi donner la parole à tous et mettre en rapport l\u2019ensemble des intérêts qui créent le lien social.¦ Pierre Faure Directeur de Assas Éditions LES BANQUES ALIMENTAIRES ET LE GOUVERNEMENT Un inquiétant sous-développement de la pensée sociale Les médias ont fait peu de cas de la parution du gouvernement du Québec devant le Haut Commissariat des Nations unies, les 26 et 27 novembre 1998.Ce dernier recevait le Canada - et le Québec - pour vérifier leur façon d\u2019appliquer le Pacte social international relatif aux droits civils et politiques.Je me limiterai ici au Québec et à une seule des questions qui lui ont été posées.À la question 37, le Comité s\u2019étonnait qu\u2019un pays aussi riche que le nôtre ait vu le recours aux banques alimentaires doubler depuis les dix dernières années.Il demandait alors si un tel besoin était compatible avec l\u2019article 11 du Pacte1.Les représentants du Québec ont commencé par reconnaître que les banques alimentaires avaient bel et bien augmenté au cours des six dernières années, distribuant «en 1996,19 725 000 kilos de nourriture comparativement à 3 600 000 en 1990, soit une augmentation de 500% en six ans».Mais, du même souffle, ils se sont empressés d\u2019ajouter que cette réalité était loin d\u2019être négative, car elle «démontre la volonté d\u2019une société de partager ses ressources avec ses membres les plus démunis, et ce, d\u2019une façon volontaire, non gérées par l\u2019État.[Les banques alimentaires] constituent des moyens de redistribution des ressources, comme un programme d\u2019intervention gouvernementale peut l\u2019être, sans la contribution obligatoire de l\u2019État».En clair, alors que le Comité demande à l\u2019État ce qu\u2019il fait pour appliquer le Pacte social international, on lui répond que les banques alimentaires s\u2019en chargent.Mais le gouvernement ne s\u2019arrête pas là.Le 13 janvier dernier, le ministre des Finances, Bernard Landry, accepte de poser certaines questions aux membres du Carrefour des savoirs, lancé par le Carrefour de pastorale en monde ouvrier du Québec.«Le ministre s\u2019interroge sur le rôle des banques alimentaires dans l\u2019équilibre des revenus d\u2019une personne.Si les familles manquent de revenus, pourquoi ne vont-elles pas à la banque alimentaire?Le groupe fait mention de cas où des agents de sécurité du revenu ont vérifié la fréquentation des banques par des personnes et coupé des revenus en conséquence.Ce que le ministre trouverait normal et logique».En somme, les banques alimentaires deviennent, aux yeux du gouvernement, une façon positive d\u2019assurer le partage des ressources de la société, «sans la contribution obligatoire de l\u2019État», ce dernier se contentant de calculer l\u2019aide ainsi apportée et de retrancher sa propre contribution aux personnes les plus démunies de la société.Alors que le gouvernement tente de se situer dans le concert des nations, une telle façon de faire sonne horriblement faux et révèle un sous-développement inquiétant de la pensée sociale.Quel avenir peut donc avoir un pays où des comptables prennent toute la place et rapetissent la société civile au rôle de simple dépanneur?Décidément, on n\u2019est pas sorti du «p\u2019tit pain»! ¦ Guy Paiement 1.Article 11 : Les États parties au présent Pacte reconnaissent le droit de toute personne à un niveau de vie suffisant pour elle-même et sa famille, y compris une nourriture, un vêtement et un logement suffisants, ainsi qu\u2019une amélioration constante de ses conditions d\u2019existence.Les Etats parties prendront des mesures appropriées pour assurer la réalisation de ce droit et ils reconnaissent à cet effet l\u2019importance essentielle d\u2019une coopération internationale librement consentie.102 relations mai 1999 VIEILLIR La question du sens à tous les âges Je l\u2019ai rencontré dans le métro.Un vieux monsieur au visage ouvert et chaleureux.C\u2019était à la fin d\u2019une soirée où, fatiguée, je revenais d\u2019une réunion.Les escaliers roulants ne fonctionnaient pas.L\u2019un était fermé pour travaux de rénovation, l\u2019autre pour un bris.Du haut de l\u2019escalier, je l\u2019ai vu contempler cette montagne.Soixante-cinq marches. dossier En arrivant, quelques heures auparavant, je les avais grimpées, ces marches.Un peu gênée de mon essoufflement, je les avais aussi comptées.Maintenant, d\u2019en haut, descendant, je lisais l\u2019appréhension sur le visage du vieil homme.Il hésitait, n\u2019osant pas encore entreprendre l\u2019escalade.Craignait-il d\u2019y laisser sa vie?Ou était-ce seulement moi qui redoutais une telle chose?Je ne le saurai jamais.Ensemble, nous nous sommes adressés au guichetier, sans succès.Un bris, le soir, ne se répare pas, même pour un vieux monsieur qui a peur des escaliers.À lui de passer à travers cette épreuve.À moi de souhaiter que cette brève rencontre de la finitude ne le décourage pas de prendre le métro.Courage.Professeur à l\u2019Université grégorienne, secrétaire du Conseil pontifical de la culture, auteur de plusieurs livres, Hervé Carrier est un homme connu pour sa maîtrise de la parole1.En 1997, il a subi un A.C.V.De polyglotte qu\u2019il était, il est devenu subitement incapable, au sens le plus littéral du terme, de retrouver ses mots.Latin, français, italien, anglais se mêlaient dans sa bouche.Est-ce parce que je cherche parfois moi-même mes mots entre «mes deux langues» que je soupçonne la profondeur de son désarroi?Peu importe, car ce n\u2019est pas le désespoir qui a gagné le haut du pavé, mais le courage et la discipline.Comme un élève du primaire, il s\u2019est remis à recopier les mots dans un cahier Canada, dix, vingt, cent fois.Avec le même sérieux qu\u2019il déploie pour analyser la relation entre la foi et la culture, il s\u2019applique à réapprendre à parler et à redécouvrir l\u2019art de la langue.Peut-être qu\u2019aucun autre effort n\u2019a révélé avec autant de force la qualité exceptionnelle de son esprit et de son courage d\u2019être.Par sa ténacité, Christiane Sibillotte dérange.Cela ne l\u2019incommodera pas que je le dise.Soeur auxiliatrice, elle fait partie de cette petite communauté religieuse d\u2019origine française qui, depuis son arrivée au Québec, il y a cinquante ans, s\u2019est entêtée à s\u2019occuper de questions sociales.Pharmacienne, elle a travaillé à la mise sur pied de la Clinique populaire de Pointe Saint- Charles.Marcheuse, sa participation à la Marche des pains et des roses, en 1995, avait encouragé plusieurs femmes plus jeunes à tenir la route jusqu\u2019au bout.Ayant elle-même des difficultés d\u2019audition, elle nous a incités, malgré nos réserves de départ, à installer un système d\u2019écoute qui permet de capter une soirée publique à l\u2019aide d\u2019une baladeuse (nos Soirées Relations en sont enrichies).Pour transformer le monde, pour faire venir la justice, il faut justement beaucoup de ténacité d\u2019esprit.Rencontre de la finitude.Courage d\u2019être.Ténacité d\u2019esprit.Autant d\u2019éléments Rencontre de la finitude.Courage d\u2019être.Ténacité d\u2019esprit.Autant d\u2019éléments qui font du vieillissement une question de sens.qui font du vieillissement une question de sens, un lieu de rencontre de ce qui dépasse et transforme la vie humaine.C\u2019est sur cette question que notre dossier veut ouvrir des pistes de réflexion.* * * * Sociologue de la religion, bien connu de notre lectorat, notre collaborateur Jean-Paul Rouleau ouvre le dossier avec une interrogation sur le lien entre vieillissement et sens.Si vieillir est d\u2019abord une question de sens, n\u2019est-ce pas à la société tout entière qu\u2019elle s\u2019adresse?En vieillissant, la personne humaine se retrouve face à de nouvelles conditions de vie et donc à un nouvel impératif de garder ou de donner sens à sa vie.Mais cette expérience subjective ne se vit pas en vase clos.Au contraire, elle s\u2019enracine dans un contexte d\u2019éclatement de sens où l\u2019accélération des mutations techniques et culturelles rend souvent caduques l\u2019expertise et la sagesse accumulées.En fin de compte, ne faut-il pas croire que la présence de personnes âgées, en son sein, renvoie la société à ses propres limites?Pour sa part, Jacques Pleau nous propose un regard critique sur l\u2019image de la personne âgée véhiculée par des documents d\u2019Église.Il y trouve l\u2019occasion de s\u2019insurger contre les tentations d\u2019une culture productiviste qui réduirait les personnes aînées à des bouches inutiles, assises dans l\u2019antichambre de la mort.Et il y puise aussi des ressources pour proposer une vision autre, celle des personnes âgées comme des sujets actifs, susceptibles de porter une contribution à leur entourage, aux communautés de foi et à la société.Enfin, il nous met en garde contre la ségrégation sociale des aînés, qui nous priverait du riche apport des générations plus âgées.Quand il est question de la place offerte aux personnes âgées, le gérontologue Hubert de Ravinel n\u2019a jamais hésité à la défendre avec vigueur et conviction.À la lecture de son article, vous constaterez que c\u2019est le vieillissement lui-même qui est en mutation.Cela crée de nouveaux défis pour saisir la réalité des personnes âgées, mais également pour les accompagner dans leur démarche de sens.Il convie l\u2019Église, sur de nombreux terrains, à «une mission extraordinaire de solidarité agissante», afin de briser l\u2019isolement des uns et de valoriser la contribution des autres.En particulier, il souligne comment une nouvelle sensibilité à la spiritualité des aînés pourra nous enrichir tous.Vieillir nous confronte à la finitude, alors que nous sommes plusieurs à craindre et à récuser cette dimension essentielle de notre existence.Dans leur quotidien, les personnes âgées se heurtent aux multiples limites que nous imposent nos corps et nos esprits.Relever ce défi, à la poursuite du sens, pour soi-même et pour son monde, va à l\u2019encontre des valeurs de croissance et de rentabilité qui sont si présentes dans notre société.N\u2019est-ce pas être un phare pour les générations qui sont toutes à la quête du sens?¦ Carolyn Sharp 1.Voir Église de Montréal, 4 mars 1999.104 relations mai 1999 VOIX ET SILENCES DE LA REFLEXION SUR LES PERSONNES ÂGÉES par Jean-Paul Rouleau1 a o a» o Le bonheur de la personne âgée n\u2019est pas seulement une affaire de confort, de soins, d\u2019attentions ou de loisirs.Le bonheur est aussi, comme à toutes les étapes de la vie, une construction de la personne elle-même, à laquelle doivent concourir tous les individus et groupes avec lesquels elle est en relation.Quand on parcourt la littérature sur le vieillissement, on constate rapidement que la très grande majorité des études abordent le troisième et le quatrième âge sous l\u2019angle de l\u2019aménagement des conditions de vie des personnes âgées.On y examine la santé physique et mentale, le logement, les revenus, le loisir, les relations et l\u2019appartenance à des groupes, les politiques sociales, les services offerts, les activités à entreprendre et à réaliser, etc.Même les ouvrages et les articles de revues, en nombre limité, qui analysent les 1.Université Laval.rapports des aînés avec la religion se situent dans cette perspective que je pourrais qualifier d\u2019extérieure, centrée sur le faire ou l\u2019agir.On y décrit la pratique religieuse des gens de l\u2019âge d\u2019or, les services des groupes religieux à leur intention et l\u2019on met ces observations en rapport avec ce que la religion peut apporter à l\u2019adoucissement des difficultés d\u2019existence dues à la diminution des capacités, en particulier à l\u2019approche de la mort.Logique et cohérente avec elle-même, la société moderne propose des solutions techniques et fragmentées aux problèmes du vieillissement.Elle retient d\u2019abord ce qui est observable, ce qui peut faire l\u2019objet de correctifs circonscrits, contrôlables et vérifiables.Un nombre relativement restreint de recherches abordent le vieillissement et la vieillesse de manière globale en prenant en compte le bouleversement intérieur vécu par la personne âgée.Comme l\u2019affirme Raymond Lemieux dans un article de la Revue internationale d\u2019action communautaire, vieillir est d\u2019abord une question de sens: pour la société mais aussi pour la personne parvenue à la dernière partie de sa vie.Cet aspect revêt autant sinon plus d\u2019importance que la dimension objective dans le processus de vieillissement.Comment se pose, aujourd\u2019hui, en Occident et plus particulièrement au Québec, le problème du sens chez ces personnes parvenues au second versant de leur existence?Disons tout de suite que ce problème comporte un double volet: un volet individuel et un volet social.Nous envisagerons tour à tour ces deux dimensions.relations mai 1999 105 dossier Un écart entre le désir et la réalité Quand une personne arrive au moment de sa vie où elle subit une diminution sensible de ses capacités, elle doit modifier certains de ses comportements et manières de faire.Une telle mutation affecte ses rapports avec la nature, avec autrui, avec elle-même.En règle générale, la société industrielle et technique symbolise ce passage par la mise à la retraite du marché du travail.Au même moment, la personne âgée demeure cependant habitée par une aspiration intérieure à se développer, à progresser.Cette aspiration a été le moteur de toute sa vie.Un écart se creuse alors entre son désir et la réalité.Une telle contradiction s\u2019accompagne toujours de tensions, voire de conflits.Généralement, les intéressés eux-mêmes - de même que les intervenants et les analystes - ont tendance à vouloir réfléchir et agir sur la variable «réalité» ou aspect objectif du problème plutôt que sur celle du désir.Ils cherchent à offrir à l\u2019âge d\u2019or de nouvelles activités, de nouveaux réseaux et types de relations, de nouveaux engagements, de nouvelles façons de se tenir en forme physiquement et psychologiquement.Plus rares sont les actions et les études ayant pour objet le désir, composante de la personne pourtant aussi importante que ses conditions concrètes d\u2019existence.Qu\u2019elle le veuille ou non, la personne parvenue à l\u2019étape de l\u2019accélération de son déclin et de sa perception plus aiguë doit un jour compenser, seule ou avec l\u2019aide d\u2019autrui, l\u2019écart qui se creuse entre ses aspirations et ses possibilités de réalisation d\u2019elle-même.Une telle entreprise comporte un travail sur son système de valeurs, sur sa vision du monde, en vue de garder ou de redonner sens à sa vie.Un écart culturellement situé Déjà difficile en elle-même, surtout à une période où les capacités diminuent, cette tâche se complique quand elle s\u2019accomplit dans le contexte socioculturel de l\u2019Occident contemporain, plus particulièrement dans celui du Québec.C\u2019est le volet social du problème de la réorganisation du sens chez la personne âgée.Quel ensemble de valeurs s\u2019offre aujourd\u2019hui au Québécois et à la Québécoise de l\u2019âge d\u2019or pour ajuster à de nouvelles conditions d\u2019existence le système de sens qu\u2019ils ont élaboré au long de leur vie, qui leur a donné une identité personnelle et qui en a assuré jusque-là la continuité?-\tL\u2019éclatement de l\u2019univers du sens.Un trait majeur de ce paysage réside dans le fait que de multiples systèmes culturels se disputent aujourd\u2019hui l\u2019organisation du sens dans la société: depuis les systèmes foncièrement matérialistes et hédonistes qui prônent la satisfaction de toutes les passions humaines jusqu\u2019à ceux qui en oublient le corps et la condition terrestre pour tout sublimer dans le spirituel.À l\u2019intérieur d\u2019un même système, les interprétations peuvent varier considérablement.C\u2019est le cas actuellement de l\u2019Église catholique, traversée par plusieurs courants de pensée.Cet éclatement de l\u2019univers des systèmes de sens a pour conséquence qu\u2019il faut, aujourd\u2019hui, choisir son propre système ou s\u2019en construire un de toutes pièces, à partir d\u2019éléments puisés dans les modèles disponibles.Cette situation diffère sensiblement de celle qui prévalait aux époques où les personnes, aujourd\u2019hui avancées en âge, ont commencé à élaborer leur vision du monde.Durant leur jeunesse, un nombre très restreint d\u2019idéologies s\u2019offrait à elles.L\u2019univers socioculturel qui devait régir leur personnalité et leur existence s\u2019imposait sous l\u2019effet d\u2019une quasi-évidence entretenue par la pression sociale.L\u2019intégration à cet univers ne faisait pas l\u2019objet d\u2019une décision longuement délibérée ou d\u2019une patiente élaboration personnelle, comme c\u2019est le cas pour beaucoup de nos contemporains.On entrait dans cet univers de sens, en l\u2019occurrence un univers souvent religieux et au Québec, un univers catholique, un peu comme on venait à l\u2019existence, sans trop s\u2019en apercevoir.Unique ou, en tout cas, occupant presque tout le champ du sens, il présentait l\u2019avantage d\u2019un ensemble structuré, cohérent et unifié.À cette époque, vieillir, en termes de réorganisation de son système de valeurs, c\u2019était s\u2019ajuster par modifications prévisibles et graduées à l\u2019intérieur d\u2019un univers de valeurs homogène, intégré depuis l\u2019enfance, partagé par la majorité et évoluant lentement.-\tLa valorisation de la performance.Dans le kaléidoscope des systèmes de sens qu\u2019offre aujourd\u2019hui la société, chaque système n\u2019occupe pas le même niveau dans l\u2019échelle de prestige.Certains sont valorisés; d\u2019autres, dépréciés.Ainsi la société actuelle accorde beaucoup de prix à la réalisation de soi au niveau du faire.Sont hautement appréciées les personnes qui peuvent inscrire à leur crédit des performances exceptionnelles, vérifiables dans leur être et leur agir.Le poste occupé et la rémunération allouée sont souvent perçus comme les révélateurs et les instruments de mesure de cette performance.Dans cette optique, les hommes et les femmes dont les ressources humaines diminuent se trouvent dans l\u2019embarras, quand il s\u2019agit d\u2019organiser ou de réorganiser leurs systèmes de valeurs.Ils en sont réduits à s\u2019en tenir aux valeurs et aux systèmes peu ou pas du tout considérés.Une telle limite les confine à la marginalité.- L\u2019obsolescence de l\u2019expérience accumulée.Les conséquences négatives du faible intérêt accordé à l\u2019être, par la collectivité, dans l\u2019entreprise de mise à jour et de restructuration du système de sens de la personne âgée pourraient en bonne partie être annulées, si la société contemporaine attribuait du prestige à la stabilité, à la durée, en somme, à la sagesse.Or, tel n\u2019est pas le cas dans la plupart des secteurs d\u2019activités.Sous la pression de l\u2019évolution rapide et conjuguée de la technologie, de la science et de l\u2019économie, la culture moderne privilégie la mobilité et le changement.Cet accent mis sur le mouvement et sur l\u2019innovation rend caducs le répétitif, l\u2019habituel, le coutumier, l\u2019expérience accumulée.Cette autre caractéristique de l\u2019horizon actuel des valeurs s\u2019ajoute aux deux précédentes - à savoir l\u2019éclatement de cet horizon et le primat accordé au faire - pour complexifier la tâche des aînés dans la réorganisation de leur système de sens.Réhabilitation sociale du discours des aînés En tant que question de sens, vieillir devient donc une nécessité digne d\u2019intérêt, non seulement comme étape de la vie humaine, mais aussi comme champ de pratique et de recherche pour les spécialistes des sciences humaines et sociales.Ce phénomène met en cause la personne qui le vit, mais il renvoie aussi à la société 106 relations mai 1999 tout entière.À son sujet, le clinicien et le théoricien peuvent se demander ce que représentent les systèmes de sens élaborés par les personnes âgées?De quelles transactions sont-ils les fruits, d\u2019une part avec le système antérieur du sujet analysé et, d\u2019autre part, avec les divers systèmes en circulation dans la société?Comment fonctionnent ces systèmes dans leurs rapports à la motivation, à l\u2019orientation et à l\u2019organisation de la vie et de l\u2019action?L\u2019exploration de telles questions peut apporter des connaissances nouvelles sur la situation de la personne âgée et sur ses modes de fonctionnement.Elle peut aussi suggérer des lieux et des modes nouveaux d\u2019intervention.La pertinence de ces questions s\u2019enracine dans le fait que la personne âgée est invitée, dans la mesure du possible, à poursuivre l\u2019élaboration de l\u2019image qu\u2019elle a d\u2019elle-même pour l\u2019intégrer à son identité personnelle, fruit de son projet de vie, de son évolution et de son environnement.Nous sortons ainsi des dichotomies sujet-objet, intérieur-extérieur, pour centrer l\u2019attention sur la pensée et les représentations qui font vivre la personne.L\u2019identification de cette pensée profonde et des représentations qu\u2019elle véhicule éclaire les intégrations et les ruptures engendrées par les nouvelles conditions d\u2019existence propres à la vieillesse, les mécanismes, les catalyseurs et les difficultés de cette construction continue de l\u2019image de soi, ainsi que les terrains et les modalités d\u2019intervention.D\u2019un point de vue collectif, elle appelle les groupes dont la fonction est de proposer des univers de sens, par exemple les religions, à faire preuve de créativité pour élaborer des représentations de la personne, des autres, du monde et de la nature propres à faciliter l\u2019intégration de l\u2019univers intérieur et de l\u2019univers extérieur de la personne âgée.Dans cette perspective, le discours de la personne âgée que la société moderne a tendance à écarter de son organisation et de son fonctionnement, retrouve une nouvelle signification et un nouvel intérêt.Écouter ce discours ou se mêler à la conversation pour y déceler des identités en construction d\u2019elles-mêmes ou participer à cette construction contraint de sortir du registre de l\u2019avoir, du faire ou de l\u2019agir pour se centrer sur celui de l\u2019être et réintroduire ainsi le sujet dans le fonctionnement social.Le processus de réaménagement de sa personnalité et de son système identitaire par la personne âgée ne diffère pas fondamentalement de ceux mis en oeuvre à d\u2019autres moments de la vie, à l\u2019occasion de transformations substantielles des conditions d\u2019existence: passage de la famille à l\u2019école, de l\u2019enfance à l\u2019adolescence, des Q.études au travail, du célibat à la vie de O couple et de famille, etc.L\u2019observation de ce processus et les interventions en vue de ¦\u201c* son déroulement, en continuité avec le passé du sujet et en vue de son avenir, s\u2019avèrent bénéfiques pour la personne âgée et particulièrement instructives pour les praticiens et les chercheurs en sciences humaines et sociales, en particulier en gérontologie.Bibliograhie -\tRaymond Boudon, 1984, La place du désordre, Paris, Presses universitaires de France, coll.Sociologies, 245 p.-\tJacques Laforest, 1989, Introduction à la gérontologie.Croissance et déclin, Montréal, Hurtubise HMH, 166 p.-\tRaymond Lemieux, 1990, «Vieillir: une questions de sens», Revue internationale d\u2019action communautaire, 26/63, printemps (no thématique sous la direction de Didier Le Gall, Gilbert Renaud et Ricardo Zuniga, Vieillir et mourir: à la recherche de significations), p.25-33.-\tChristiane Louis-Guérin et Marisa Zaval-loni, 1987, «L\u2019égo-écologie comme étude de l\u2019interaction symbolique et imaginaire de soi et des autres / Ego-Ecology as the Study of the Symbolic and Imaginary Interaction Between Self and Others», Sociologie et Société, XIX/2 octobre (no thématique sous la direction de Brigitte Dumas, Nouvelles trajectoires en sociologie), p.65-75.¦ À l'âge de la vieillesse, chacun est invité à réaménager sa personnalité et son système identitaire élaboré au fil des années.m Jean-François Leblanc / STOCK dossier L\u2019ÉGLISE ET LES par PERSONNES ÂGÉES Jacques Pleau1 L attention et l\u2019engagement de l\u2019Église aux côtés des personnes âgées ne datent pas d\u2019aujourd\u2019hui.Ils se sont manifestés à travers notamment la création S d\u2019oeuvres ou de services adaptés.L\u2019Église a toujours rappelé l\u2019importance primordiale de la mise en valeur des personnes, de leur richesse humaine et spirituelle pour que la sagesse accumulée au cours des siècles ne se perde pas.Au fur et à mesure que les années passent, la personne âgée se trouve confrontée, dans son être, à l\u2019affaiblissement de ses forces physiques, aux maladies et aux invalidités qui surviennent; et, dans ses relations, à des séparations effectives, au risque de la solitude, de l\u2019isolement et de l\u2019exclusion sociale.Elle doit donc réenvisager sa vie à travers une nouvelle image d\u2019elle-même et du monde qui l\u2019entoure.Comment l\u2019Église aide-t-elle les personnes qui franchissent ce cap à trouver des réponses aux questions de sens qu\u2019elles se posent?Que dit-elle de leur statut, de leur rôle dans les communautés humaines et ecclésiales auxquelles elles appartiennent?Regardons d\u2019un peu plus près la conception que l\u2019Église se fait du vieillissement et de la vieillesse.Piliers de la famille Tout en ne niant pas qu\u2019il y ait une crise majeure de l\u2019institution familiale dans la société occidentale, l\u2019Église affirme que la famille, au-delà de son caractère juridique, sociologique et économique, est dans un premier temps une communauté d\u2019amour où les générations s\u2019entraident.L\u2019aîné en est le pilier, car il agit et parle avec sagesse, à partir de son expérience.Autrement dit, à l\u2019intérieur de la famille, la personne âgée a une place irremplaçable, par son statut d\u2019aîné.Cette place vient du fait que la personne âgée a souvent le charisme de combler le fossé qui existe entre les générations.Dotée d\u2019une écoute compréhensive, elle ne juge pas, soutient enfants et petits-enfants dans les heures difficiles.Elle est la mémoire vivante de la famille et le témoin privilé- gié de l\u2019univers de la foi pour chacun de ses membres.Cependant, aujourd\u2019hui, de plus en plus de personnes âgées sont placées dans des centres appartenant au secteur public ou privé.Ce phénomène, en pleine croissance, exige de créer des structures d\u2019accueil qui tiennent compte des exigences psychologiques et spirituelles de l\u2019être humain parvenu au stade de «l\u2019âge vénérable».La qualité de la vie dépend de cette prise en compte.L\u2019Église affirme avec force que le placement n\u2019est pas la solution idéale, rejoignant ainsi le discours de l\u2019État.La meilleure solution serait de maintenir la personne âgée dans son foyer, en comptant sur des formes de services et de soins à domicile.L\u2019Année internationale des personnes âgées sur Internet Le site Internet sur l\u2019année internationale des personnes âgées au Canada est disponible, en français et en anglais, à l\u2019adresse http://iyop-aipa.gc.ca.On y trouve un nombre important de renseignements concernant: -\tles origines de l\u2019année internationale des personnes âgées, -\tla liste des projets canadiens, -\tla présentation du logo, -\tdes réflexions sur le vieillissement, -\tla liste des organisations nationales d\u2019aînés.Le site favorise l\u2019interactivité à travers des rubriques comme «Participez» ou «Qu\u2019en pensez-vous?» ou encore «Impliquez-vous ».Ceux qui voudront organiser des événements en lien avec le thème y trouveront des conseils, des exemples de communiqués de presse ou des suggestions de sujets de discussion pour la radio et la télévision, mais aussi des activités suggérées pour souligner l\u2019année internationale dans leur collectivité.Les suggestions ne concernent pas seulement les personnes âgées mais les différents âges qui constituent la société : chacun est invité à trouver sa place en faisant se rencontrer toutes les générations.N\u2019hésitez-pas à vous promener sur la toile! Relations 108 relations mai 1999 Sages dans la société Considérant la famille comme la première cellule d\u2019appartenance d\u2019un individu dans la société, il n\u2019est pas surprenant que l\u2019Église demande à la famille et aux structures de la communauté de faire en sorte que la personne âgée ait un rôle valorisant et valorisé dans et par la société.Cette question de la valorisation des vieux ne date pas d\u2019aujourd\u2019hui.«Chaque société a La personne âgée est la mémoire vivante de la famille et le témoin privilégié de l\u2019univers de foi pour chacun de ses membres.eu sa propre vision de la vieillesse en fonction de ses valeurs.Chaque milieu social crée l\u2019image de ses vieux en fonction des facteurs économiques et culturels.Cette image a toujours été ambiguë et bien souvent les aspects négatifs l\u2019ont emporté», écrit Georges Minois, l\u2019auteur d\u2019une Histoire de la vieillesse1 2.Il constate qu\u2019à chaque fois qu\u2019il y a une crise majeure dans une société où la survie d\u2019une collectivité est en jeu, les vieux sont les premiers à être rejetés: de demi-dieux, ils deviennent bouches inutiles.La tâche de valorisation de la vieillesse aujourd\u2019hui est vaste, car cette dernière est encore trop souvent vue comme l\u2019antichambre de la mort, alors qu\u2019elle est la dernière étape de la vie.L\u2019Église constate que le culte de la productivité dans le monde moderne ne considère l\u2019homme qu\u2019en fonction de son rendement; que la jeunesse et la beauté préfabriquées sont idolâtrées à outrance, et que la valeur d\u2019un être est évaluée à l\u2019aune de sa rentabilité.Les groupes de l\u2019âge d\u2019or courent donc le risque d\u2019être ghettoïsés, 1.\tÉtudiant au doctorat à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l\u2019Université Laval.2.\tGeorges Minois, «La place des anciens au fil de l'histoire», Catéchèse, no 112, juillet 1988, p.17-23.3.\tJean XXIII, «Le double anniversaire du Saint-Père», La Documentation catholique, no 1365, 3 décembre 1961, p.1489-1497.4.\tJean-Paul II, «La précieuse fonction des personnes âgées dans l\u2019Église», La Documentation catholique, no 2102, 16 octobre 1994, p.873-874.alors que les liens intergénérationnels se fragilisent.Pour l\u2019Église, la personne âgée est plus qu\u2019utile à la société, elle lui est essentielle.Comme la qualifiait Jean XXIII, elle représente «cette sève vitale qui est art de gouvernement, équilibre prudent, mesure très attentive dans la parole et l\u2019action3 4».De façon privilégiée, l\u2019institution catholique continue de conférer à la personne âgée un statut de sage dans la société.Cette insistance s\u2019accompagne d\u2019une réflexion sur le sort, les besoins, les droits et les capacités des aînés dans l\u2019ensemble de l\u2019organisation de la société.Avec d\u2019autres groupes, l\u2019Église encourage la formation professionnelle continue des personnes âgées, la possibilité d\u2019une certaine diversification d\u2019activités, la création d\u2019associations et, idéalement, la capacité pour chaque génération d\u2019apporter sa contribution à la communauté.Cette insistance suppose aussi une réflexion sur ce que les aînés apportent comme univers de sens.Mais le fait de poser continuel- lement des questions à ce sujet pourrait bien indiquer un malaise profond au sein des institutions des pays occidentaux, constate l\u2019Église.Témoins privilégiés de la foi «C\u2019est avec une joie particulière que l\u2019Église souligne que les personnes âgées ont leur rôle et leur utilité dans la communauté chrétienne.Elles demeurent pleinement membres de la communauté et sont appelées à contribuer à son développement par le témoignage, la prière et aussi leur activité, dans la mesure du possible^.).La sagesse acquise peut être d\u2019un grand profit, non seulement pour les pro- relations mai 1999 109 Jean-François Leblanc / STOCK dossier La participation des personnes âgées «Il semble désormais prouvé que la mise à la retraite obligatoire entraîne un processus de vieillissement précoce alors que l\u2019exercice d\u2019une activité au-delà de l\u2019âge de la retraite aurait un effet bénéfique sur la qualité de la vie.Le temps libre dont disposent les personnes âgées est donc la première ressource à prendre en considération pour leur redonner un rôle actif, favorisant leur accès aux nouvelles technologies, leur engagement dans des travaux utiles sur le plan social ou une ouverture à des expériences de service et de volontariat.On peut considérer que, lorsqu\u2019elles en ont l\u2019opportunité, les personnes âgées participent activement à la vie sociale, aussi bien sur le plan civil que sur le plan culturel et associatif.Les nombreux postes de responsabilité qu\u2019occupent les retraités le confirment, par exemple au niveau du volontariat, ainsi que leur poids politique non négligeable.Il faut rectifier les représentations erronées des personnes âgées, les préjugés, les déviations du comportement qui, de nos jours, portent préjudice à leur image.Les personnes âgées doivent être en mesure d\u2019influencer les politiques qui concernent leur vie, mais aussi la vie de la société en général, et ce grâce à des organisations spécifiques à leur catégorie et à une représentation politique et syndicale.Il faut encourager la création d\u2019associations de personnes âgées et soutenir celles qui existent déjà.» Dignité et mission des personnes âgées dans l\u2019Église et dans le monde, document du Conseil pontifical pour les laïcs, Rome, 1998.ches, mais aussi pour toute la communauté chrétienne4.» Jean-Paul II maintient que la présence de la personne âgée dans l\u2019Église est fondamentale, car elle apporte un témoignage de foi, enrichie par une longue expérience de la vie.De même, elle porte un jugement plein de sagesse sur les choses et les situations de ce monde; elle a une vision plus claire des exigences de l\u2019amour mutuel entre les hommes, elle enrichit l\u2019Église par ses qualités et ses richesses spirituelles; elle a une conviction plus sereine de l\u2019amour divin qui dirige toute l\u2019existence et toute l\u2019histoire du monde.La personne âgée a une mission apostolique et missionnaire.Promue comme un devoir, cette mission prend des formes spécifiques et originales: le service dans les activités paroissiales, la visite des malades, l\u2019aide aux pauvres, etc.Lorsque l\u2019âge ne permet plus d\u2019accomplir ces activités, la personne âgée a un autre devoir: prier pour l\u2019Église et accepter sa situation par amour de Dieu.Par contre, l\u2019Église reconnaît que, même à l\u2019intérieur de sa propre institution, les personnes âgées ont raison de se sentir étrangères: «Le milieu qui devait offrir le plus grand refuge - l\u2019Église avec sa vie et son enseignement - est pour beaucoup d\u2019entre vous devenu quelque chose d\u2019étranger, dans son effort pour satisfaire aux exigences des temps, aux attentes et aux besoins des nouvelles générations.Vous vous sentez mal compris de ce monde difficilement compréhensible et même un peu repoussés.Vous avez le sentiment que l\u2019on ne vous demande pas votre opinion, votre collaboration et votre présence, et cela est parfois malheureusement vrai5.» Des sujets avant tout Le discours de l\u2019Église met en avant une image idéalisée de la personne âgée.Il affirme, comme une conviction fondamentale, que la vieillesse est un don de Dieu.N\u2019est-ce pas, d\u2019une certaine manière, sacraliser un peu la personne vieillissante?Ce don, gratuit en apparence, comporte en fait des exigences face à la famille, à la société et à l\u2019Église.Les personnes âgées y exercent des rôles de liens et de pourvoyeurs de sens, en suscitant une réflexion sur l\u2019importance des dimensions intergénérationnelles au sein de la famille, sur la filiation, sur la réconciliation entre les membres des diverses générations, sur la nécessité de tenir un rôle actif aussi longtemps que possible.Cependant nous devons constater qu\u2019à aucun moment l\u2019Église ne se questionne, comme elle questionne la société, pour savoir si sa propre structure communautaire et pastorale ne «ghettoïse» pas les générations.Ce discours humaniste et idéaliste à maints égards, n\u2019enlève rien à la valeur et L\u2019originalité du discours de l\u2019Église réside en grande partie dans l\u2019affirmation que la personne âgée est un sujet religieux et non un objet.à l\u2019intérêt de la proposition ecclésiale d\u2019univers de sens, dans un contexte généralisé de dénigrement de la personne vieillissante et de la négation de la vieillesse.L\u2019Église n\u2019a pas tendance à affirmer que la vieillesse n\u2019existe pas et que, en fin de compte, les aînés sont des jeunes avec beaucoup d\u2019années d\u2019expérience.Elle propose au contraire d\u2019arrêter de faire semblant d\u2019être jeune pour vivre pleinement cette étape de la vie, qui est en soi aussi intéressante que les autres.Il n\u2019y a aucune honte à être un «vieux».La vieillesse est la plénitude de la vie, elle fait partie des étapes normales que toute personne doit vivre.L\u2019originalité du discours de l\u2019Église réside en grande partie dans l\u2019affirmation que la personne âgée est un sujet religieux et non un objet.En clair, la personne âgée est voulue de Dieu.Elle est sujet (un être humain vieillissant), elle a un statut (celui de sage) et elle joue un rôle (médiateur, témoin.).Le sujet est posé ici en dehors de toute perspective mercantile.La personne âgée n\u2019est jamais envisagée seule: elle est intégrée à un univers plus vaste que le monde visible et observable, qui transcende le monde d\u2019ici-bas et relie ses gestes à Dieu et à l\u2019Église.Le véritable enjeu religieux de la vieillesse apparaît alors dans la capacité d\u2019intégrer sa vie dans une vision globale et par rapport à une transcendance.L\u2019identité spirituelle y prend sa source et sa force.¦ 5.Jean-Paul II, «La rencontre avec les personnes âgées», La Documentation catholique, no 1798, 21 décembre 1980, p.1166-1169.110 relations mai 1999 POUR LES AÎNÉS DE L\u2019AN 2000, UNE PLACE NOUVELLE par Hubert de Ravinel1 Envisager le vieillissement non comme déclin mais comme avance en vie modifie bien des choses.Nul ne contestera que l\u2019image et la réalité des aînés ont considérablement évolué depuis une cinquantaine d\u2019années.Nous sommes loin des images stéréotypées des grands-mères à chignon qui mitonnaient des confitures et des grands-pères qui se berçaient en tirant sur leur pipe.En effet, signe éloquent des temps qui changent, l\u2019ONU, en déclarant 1999 année internationale des personnes âgées, consacre l\u2019importance d\u2019un groupe d\u2019âge qui constitue d\u2019ores et déjà plus de 20% de la population du Québec.Par ailleurs, le profil des cohortes de «jeunes» retraités actuels, le plus souvent scolarisés et économiquement favorisés, ne correspond nullement à une imagerie folklorique et passéiste qui nous a trop longtemps influencés.Et pourtant, en dépit de cette transformation radicale de l\u2019image des aînés et des réalités qu\u2019ils vivent, les décideurs, qu\u2019ils soient les représentants de la politique, du monde des affaires ou encore des Églises en sont largement restés à une perception du bien-être des aînés conçu comme très individuel, alors que la transformation du sort de ces derniers et de leur rôle dans la 1.L\u2019auteur est gérontologue et écrivain.société revêt une dimension également beaucoup plus globale.Il existe sans doute chez les chrétiens et au sein du clergé une volonté d\u2019accompagner les aînés dans leur démarche individuelle et collective face à la dureté des temps, au bouillonnement des idées et aux transformations des structures, mais cette volonté ne se traduit pas de façon très évidente et nous attendons encore les prises de position et les gestes qui correspondraient aux nouveaux enjeux socioéconomiques du vieillissement.Non pas que l\u2019Église ne se sente pas solidaire des plus démunis et des plus fragiles, mais nous attendons d\u2019elle qu\u2019elle traduise cette solidarité de façon plus concrète et qu\u2019elle se situe de façon claire face à la montée des discriminations et des pénalisations dont sont de plus en plus souvent victimes les aînés, particulièrement les plus âgés d\u2019entre eux.Peut-être doit-on imputer cette étonnante discrétion de l\u2019Église à son manque de connaissance des données fondamentales du vieillissement, à la veille de l\u2019an 2000.Certains seraient même tentés de dire: à son manque d\u2019intérêt pour la question.N\u2019allons pas jusque-là.La transformation et l\u2019élargissement de la problématique du vieillissement constituant un phénomène relativement récent, il est tout à fait plausible qu\u2019un décalage puisse se produire entre la perception que l\u2019on a d\u2019une réalité et la nature même de cette réalité.Quelles peuvent être la nature et les causes de ce décalage?Il faut l\u2019admettre, le discours de l\u2019Église sur le vieillissement et les personnes âgées a toujours été teinté d\u2019un accent tradition-naliste et ce, pour plusieurs raisons.En premier lieu, considérés comme le dernier bastion de la foi et de la morale, les aînés constituent apparemment une cohorte de tout repos, ce qui n\u2019était le cas ni des jeunes turbulents et contestataires, ni de la génération de ces adultes dynamiques, ambitieux et de plus en plus distants par rapport à la foi qu\u2019on devait appeler les baby boomers.En outre, les principaux décideurs (l\u2019Église ne faisant pas exception) ont longtemps perçu le vieillissement comme un déclin plus ou moins prononcé, dont il conviendrait seulement d\u2019aménager le relations mai 1999 111 dossier dossier cours le moins mal possible par des soins et services coûteux et parfois inefficaces, et par des loisirs souvent infantilisants.Ce n\u2019est certes pas là un enjeu très dynamisant susceptible d\u2019attirer et de séduire des cohortes d\u2019animateurs spirituels motivés.Cette identification du vieillissement à un déclin social et physique continu est due, on peut s\u2019en douter, à plusieurs facteurs comme le peu de rôles significatifs joués par les aînés: on s\u2019habitue, hélas, très bien à ce qu\u2019ils mènent leurs petites affaires en marge de nos préoccupations quotidiennes.Ajoutons à ces causes d\u2019oubli la ségrégation sociale dont tant d\u2019aînés font l\u2019objet, ainsi que le gaspillage de ces ressources extraordinaires que pourrait constituer l\u2019apport des aînés dans notre société.Il faut enfin compter avec l\u2019impression fallacieuse que le vieillissement ne serait pas une continuité, mais une sorte de rupture se produisant à un âge donné qui se situerait vers l\u2019âge de soixante, soixante-cinq ans.Loin d\u2019être considérée comme le révélateur d\u2019une existence antérieure, ce qu\u2019elle est en réalité, la retraite est encore trop souvent perçue comme une cassure brutale, inquiétante et génératrice de déclin.Une intervention agissante Absence de rôles, isolement, situation économique précaire, ségrégation sociale, gaspillage de ressources humaines, voici autant de situations qui interpellent aussi bien les gouvernants et l\u2019opinion publique que l\u2019Église.Cette dernière a ainsi devant elle une mission extraordinaire de solidarité agissante, face à la solitude de tous les êtres humains aux prises avec les nombreuses zones d\u2019ombre de l\u2019avance en âge qui viennent d\u2019être énumérées.Ces nouveaux défis d\u2019un vieillissement qui pourrait ne pas être déclin mais avance en vie et ce, dans un contexte tout à fait nouveau, celui d\u2019une retraite féconde et créatrice, l\u2019Église se doit de les relever avec la même ardeur et la même intelligence qu\u2019elle le fait dans d\u2019autres domaines sociaux comme ceux du chômage, de l\u2019isolement des jeunes ou encore de la condition des immigrants.Dans quel domaine pourrait se situer une intervention agissante de l\u2019Église?Les terrains d\u2019action sont en vérité fort nombreux! Prenons en premier lieu le domaine Pour aller plus loin L\u2019Office national du film du Canada vient de lancer une sélection de vingt films, tirés de sa collection, à l\u2019occasion de l\u2019Année internationale des personnes âgées.Ces documents sur des thèmes liés à la situation de nos aînés sont émouvants et percutants.Ils peuvent aider à poursuivre la réflexion.On peut les commander par le biais du site d\u2019@ctiONFilm : www.onf.ca/actionfilm.-\tAu bout de mon âge.Réalisateur: Georges Dufaux, Producteur: Jean-Marc Garand.Long cheminement psychologique de deux êtres touchés par l\u2019âge, à travers des images tendres et significatives.-\tLe fabuleux gang des sept.Réalisatrice: Cynthia Scott, producteurs: Rina Fratecelli et cie.Fiction autour de huit femmes d\u2019un âge certain dont l\u2019autobus tombe en panne et qui se réfugient dans une ferme déserte.Pendant quelques jours, elles n\u2019ont que leurs souvenirs et quelques cuisses de grenouilles rôties pour subsister.-Le vieillard et l\u2019enfant.Réalisateur: Claude Grenier, producteurs: René Piché et Raymond Gauthier.Le film relate les souvenirs que Gabrielle Roy a conservés, un certain été de son enfance.Un film poétique, tout en nuances, à l\u2019image de l\u2019oeuvre de l\u2019écrivaine.Relations du travail.C\u2019est une évidence que notre vieillissement est considérablement affecté par les conditions très difficiles dans lesquelles nous abordons la retraite: environnement de plus en plus déficient, pollution généralisée, caractère encore très pénible de nombreux emplois qui ne tiennent guère compte de l\u2019âge ni du sexe de ceux et celles qui les occupent.Ne serait-il pas justifié que l\u2019Église joigne sa grande voix à celles qui dénoncent la fragilisation progressive de l\u2019être humain et puisse également adopter un discours original sur le vieillissement dont elle a, entre autres missions, la responsabilité de développer toutes les dimensions humaines et spirituelles?Prenons en particulier un phénomène comme celui de la généralisation des retraites prématurées.Dans le cadre des mesures gouvernementales de «dégraissage» de la main-d\u2019oeuvre, des travailleurs, même dotés de ressources matérielles acceptables, sont littéralement jetés sur le pavé de la retraite, sans qu\u2019aucun accompagnement ne les aide à se frayer un chemin dans la terra incognita de cette période de l\u2019existence.C\u2019est donc toute une «génération kleenex» qui fait les frais de cette restructuration, dont les conséquences peuvent être néfastes pour la dignité de la personne humaine.On conditionne celle-ci à faire tourner son existence autour du pivot que constitue le monde du travail et on l\u2019amène à quitter ce monde, laissée à elle-même, sans repères ni support.Des témoignages de plus en plus nombreux traduisent le désarroi d\u2019innombrables retraités relativement jeunes mais très démunis face au redoutable défi de réorganiser leur existence.C\u2019est le moment pour eux de redécouvrir le sens de leur vie et éventuellement d\u2019aborder la dimension spirituelle de leur existence.Quelle occa- C\u2019est donc ce sentiment d\u2019être inutiles qui fait mourir les aînés à petit feu, plus encore que leur isolement, leur condition matérielle ou leur santé souvent déficiente.sion extraordinaire pour l\u2019Église de générer une réflexion et d\u2019ouvrir de nouvelles pistes d\u2019action! Certes, nous connaissons tous des retraités dans le vent, hyperoccupés, dotés de leadership et d\u2019entregent, mais ils se font de plus en plus rares au fur et à mesure qu\u2019ils vieillissent, à un point tel qu\u2019ils constituent une exception lorsqu\u2019ils continuent à exercer des activités que l\u2019on ne considère plus comme étant de leur âge.D\u2019autres ne désirent pas s\u2019impliquer, préfé- 112 relations mai 1999 rant, pensons-nous, terminer leur existence dans la quiétude stérile d\u2019un isolement progressif.Ils sont encore tentés par la pratique dominicale, ils écoutent les programmes religieux et suivent les téléromans, mais ils vivent plus ou moins consciemment le douloureux sentiment de n\u2019intéresser ni de déranger personne.Ils ont beaucoup à nous dire et à nous apporter, mais nous n\u2019avons guère recours à eux.Comme le disait l\u2019un d\u2019entre eux, «j\u2019ai bien des réponses, mais personne ne me pose les questions.» C\u2019est donc ce sentiment d\u2019être inutiles qui fait mourir les aînés à petit feu, plus encore que leur isolement, leur condition matérielle ou leur santé souvent déficiente.Une perspective plus globale Dans ces conditions, la spiritualité des aînés devrait être révisée dans une perspective beaucoup plus systémique, perspective qui englobe au premier chef leur famille, leurs proches, leurs amis, leurs enfants aussi bien que les intervenants qui leur dispensent soins et services.Il est temps de découvrir une nouvelle spiritualité de la famille qui donnerait davantage de place aux aînés, considérés trop souvent sous l\u2019angle de leur dépendance et de leur individualité, mais trop rarement sous celui de leur utilité sociale et de leur interdépendance.C\u2019est une nouvelle dimension du vieillissement que l\u2019on devrait trouver dans la multitude de programmes des sessions de préparation à la retraite, au demeurant fort discrets sur les aspects spirituels de l\u2019avance en âge.Il est d\u2019ailleurs assez symptomatique que, dans la mise sur pied de telles sessions, on ne fasse jamais appel ou presque à des théologiens, alors que le recours à des services de sociologues et de psychologues est de plus en plus fréquent.L\u2019Église s\u2019est longtemps tenue écartée de tels enjeux, il est urgent qu\u2019elle les considère à nouveau.Une autre situation devrait davantage interpeller ceux qui ont à coeur l\u2019épanouissement humain et spirituel des aînés: il s\u2019agit de l\u2019accessibilité très sélective aux soins de santé.De plus en plus, les aînés sont victimes de discrimination et, sans que cela ne soit officiellement proclamé, on les fait passer après les «patients» plus jeunes qui, dit-on, possèdent tout l\u2019avenir devant eux et constituent «de bien plus beaux cas».On consacre alors recherche et argent à ceux et celles qui, affirme-t-on, en valent véritablement la peine, à savoir les plus jeunes.Cette sélection est tout à fait inhumaine et se répand très vite.Elle apparaît d\u2019autant plus inacceptable qu\u2019il est très arbitraire de conclure qu\u2019à partir d\u2019un âge donné, on cessera de bénéficier des soins de santé les plus pointus.Qui fera le tri entre les «soignables» et les futurs laissés pour compte?On attend à ce sujet une vaste réflexion que l\u2019Église pourrait proposer aux chrétiens sur des thèmes comme l\u2019éthique et les valeurs spirituelles reliées au vieillissement; cette réflexion s\u2019inscrirait d\u2019ailleurs fort bien dans le cadre de l\u2019année internationale des personnes âgées qui suscite, depuis plusieurs mois, des initiatives très intéressantes.Nul doute que l\u2019an 2000 marquera l\u2019aube de perceptions nouvelles et de réalisations concrètes dans le domaine de la gérontologie.Dans cette perspective, nous sommes invités, comme chrétiens et chrétiennes, à remettre en question notre propre vieillissement et surtout à manifester envers les aînés la solidarité et l\u2019accueil qu\u2019ils sont en droit d\u2019attendre de nous.Ce sera pour nous une occasion nouvelle de découvrir, au-delà de l\u2019âge et des préjugés qui lui sont attachés, des hommes et des femmes ayant derrière eux une longue vie tissée de joies et de peines, et devant eux une espérance bien fragile, mais surtout le sentiment de ne plus guère compter aux yeux des autres.Comme me le confiait une femme très âgée, «ma plus grande peine serait de mourir sans laisser de traces derrière moi».Issus d\u2019un contexte où la recherche de plus de confiance en soi était loin d\u2019être une 0\tpriorité, les aînés d\u2019aujourd\u2019hui attendent m de l\u2019Église qu\u2019elle les aide à retrouver la ! motivation nécessaire pour relever les défis Ü3 que posent non seulement leur âge, mais .g leurs conditions d\u2019êtres marginaux et I\" souvent exclus.Mais nous sommes l\u2019Église 1\tet l\u2019espérance des aînés est aussi la nôtre.3 II nous faut travailler ensemble.¦ \u2022'vt ^ Cf \u2022\u2022
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