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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Janvier - Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 2012-01, Collections de BAnQ.

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[" PP CONVENTION : 40012169 ReLatiONS Pour qui veut une société juste NuméRO 754 févRieR 2012 L\u2019Amérique latine Sur les traces du virage à gauche latino-américain Des initiatives If ' 1 économiques émancipatrices La reconquête d\u2019une destinée La souveraineté dans la rue L\u2019étincelle écosocialiste Pour une spiritualité de l\u2019action solidaire La Palestine: vers un État sans nation?/ I / D D O o o / y ARTISTE INVITÉE: CLAUDIA BERNAL 77176685879102 ReLatioNs NuméRo 754, jaNvieR-févRieR 2012 ACTUALITÉS\t4 HORIZONS L\u2019Équipe itinérante en Amazonie\t9 Juan Fernando Lopez Pérez, s.j.LE CARNET DE WAJDI MOUAWAD Une expérience identitaire (deuxième partie)\t10 HUIT VARIATIONS SUR LE TEMPS CHRONIQUE LITTÉRAIRE L\u2019instant suffisant\t28 Suzanne Jacob AILLEURS La Palestine: vers un État sans nation?\t30 Vincent Romani REGARD Pour une spiritualité de l\u2019action solidaire\t32 Lise Baroni Dansereau et Yvonne Bergeron CONTROVERSE Le français au Québec: une lutte prioritaire?Michel Rioux\t36 Amélie Descheneau-Guay\t37 EN BREF\t38 MULTIMÉDIAS\t39 LIVRES\t40 Couverture : Claudia Bernal, Vert moisi est la couleur de l\u2019oubli, 2010, installation-son-performance à la Maison de la culture Côte-des-Neiges (Montréal): photosérigraphie sur tissu, plâtre, métal, fibres.Photo: Pierre-Yves Serinet dOSSieR L\u2019AMÉRIQUE LATINE : BOUSSOLE POUR LES TEMPS PRÉSENTS Alors que le néolibéralisme se consolide dans plusieurs pays, à la faveur de la crise, l\u2019Amérique latine se distingue.On y trouve des gouvernements de gauche, on y invente de nouvelles formes de citoyenneté, on reconquiert de diverses façons les leviers nécessaires pour réaliser une plus grande justice sociale.Quel contexte a permis à ces initiatives d\u2019émerger?Quelles difficultés, contradictions et luttes rencontre-t-on?Et surtout, quelle inspiration tirer de ces expériences?L\u2019Amérique latine: boussole pour les temps présents 11 Catherine Caron Sur les traces du virage à gauche latino-américain\t13 Pierre Mouterde Des initiatives économiques émancipatrices\t15 Dorval Brunelle Audits de la dette : un exemple à suivre\t17 Maria Lucia Fattorelli La reconquête d\u2019une destinée\t18 Entrevue avec Franck Gaudichaud réalisée par Jean-Claude Ravet La souveraineté dans la rue\t21 Ricardo Pen afiel Imaginaires religieux dans les luttes sociales\t22 Marie-Christine Doran L\u2019étincelle écosocialiste\t24 Luis Martinez Andrade La nationalisation du pétrole\t24 José Luis Fuentes ARTISTE INVITÉE Diplômée en philologie et en langues de l\u2019Université nationale de Colombie, Claudia Bemal a immigré au Québec en 1991.Artiste interdisciplinaire, elle a présenté des expositions et des performances tant collectives qu\u2019individuelles au Québec et dans plusieurs pays.Elle participe à l\u2019exposition collective J\u2019ai vu le loup, le renard, le lièvre, présentée à la Maison des arts de Laval jusqu\u2019au 12 février 2012.Elle publiera son « Manifeste sur la performance» dans le Canadian Theatre Review, l\u2019été prochain.Consulter .foNDée eN 1941 La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, un centre d\u2019analyse sociale progressiste fondé et soutenu par les Jésuites du Québec.Depuis 70 ans, Relations œuvre à la promotion d\u2019une société juste et solidaire en prenant parti pour les exclus et les plus démunis.Libre et indépendante, elle pose un regard critique sur les enjeux sociaux, économiques, politiques et religieux de notre époque.DIRECTRICE Élisabeth Garant RÉDACTEUR EN CHEF Jean-Claude Ravet RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE Catherine Caron SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Amélie Descheneau-Guay TRADUCTION Catherine Caron, Jean-Claude Ravet ADJOINT PROMOTION/PUBLICITÉ Emiliano Arpin-Simonetti DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Jacques Goldstyn, Marie Surprenant RÉVISION/CORRECTION Éric Massé COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Gilles Bibeau, Gilles Bourque, Eve-Lyne Couturier, Céline Dubé, Guy Dufresne, Jean-François Filion, Mouloud Idir, Nicole Laurin, Agusti Nicolau, fGuy Paiement, Rolande Pinard, Jacques Racine, Louis Rousseau COLLABORATEURS André Beauchamp, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, Marc Chabot, Bernard Émond, Suzanne Jacob, Vivian Labrie, Wajdi Mouawad, Carolyn Sharp, Marco Veilleux IMPRESSION HLN sur du papier recyclé contenant 100 % de fibres post-consommation.DISTRIBUTION LMPI / HDS Canada Relations est membre de la SODEP Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère, EBSCO et dans Y Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.ABONNEMENTS Ginette Thibault 8 numéros (un an) : 35 $ (t.i.) Deux ans : 65 $ (taxes incluses) À l\u2019étranger : 55 $ Étudiant : 25 $ Abonnement de soutien : 100 $ (un an) TPS : R119003952 TVQ : 1006003784 Dépôt légal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.ISSN 0034-3781 Nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du Canada, par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques (FCP) pour nos activités d'édition.CanadS BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.: 514-387-2541 téléc.: 514-387-0206 relations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca 2^ janvier-février 2012 RELATIONS Sur le danger du fondamentalisme Le 22 novembre dernier, un reportage télévisé de Radio-Canada a soulevé, à juste titre, l\u2019indignation.Un imam de Brossard y affirmait d\u2019un air enjoué que l\u2019amputation en cas de vol et la lapidation en cas d\u2019adultère étaient voulues par Dieu : « On ne peut rien y changer, c\u2019est la Loi de Dieu.» Dans une lettre parue dans Le Devoir (5 décembre), des professeurs d\u2019université et des militants pour la laïcité demandaient qu\u2019il soit traduit devant les tribunaux pour de tels propos encourageant des pratiques inhumaines et barbares.Peu de temps après, on l\u2019entendait de nouveau au téléjournal se confondre en excuses, ému, la voix tremblotante.On l\u2019avait mal compris.Il respectait la loi canadienne et n\u2019endossait pas ces pratiques.Qu\u2019il respecte la loi, on ne peut en douter, quant à l\u2019autre affirmation, c\u2019est moins sûr.Sa manière de croire l\u2019empêche, de toute évidence, Claudia Bernal, C\u2019est ici le Paradis?IV, 2004, eau-forte, aquatinte, pointe-sèche de prendre une distance critique par rapport à la lettre du Coran.On voit ici tous les bienfaits de la sécularisation.Il n\u2019y a pas de parole de Dieu qui tienne si elle s\u2019écarte du respect de la dignité humaine et du respect des droits fondamentaux.Elle peut être jugée et condamnée comme toute parole dégradante, humiliante, haineuse.Cela ne signifie pas, pour autant, que la sécularisation soit incompatible avec le religieux, loin de là.Une manière de comprendre et de vivre la foi chrétienne n\u2019y a-t-elle pas grandement contribué, comme l\u2019ont très bien montré Jean-Claude Guillebaud dans Le principe d'humanité (Seuil, 2001) et Charles Taylor dans L\u2019âge séculier (Boréal, 2011)?On pourrait même dire, pour employer une métaphore religieuse, que la sécularisation est une grâce, en ce sens qu\u2019elle purifie la notion même de Dieu, comme disait Simone Weil, et indique un chemin d\u2019humanité dont les religions ne peuvent s\u2019écarter sans renier leur origine - c\u2019est-à-dire le cœur humain, la parole et l\u2019expérience humaine - et risquer alors de se transformer en une monstruosité, fût-elle sacrée.Elle rappelle qu\u2019au commencement de toute parole, même celle qu\u2019on dit de Dieu, il y a interprétation.C\u2019est le sésame de toute littérature, de tout art, mais aussi de toutes les religions.La beauté, la profondeur, la vérité qu\u2019elles recèlent n\u2019en sont pas pour autant diminuées ou niées.Comment le pourraient-elles, puisqu\u2019elles participent de notre condition humaine, de notre humanité fragile et inquiète, assoiffée de sens, pétrie d\u2019une dimension symbolique et imaginaire aussi essentielle que l\u2019air et le pain?Or, ce qui caractérise le fondamentalisme, c\u2019est, au contraire, une fermeture du sens.Sa négation en quelque sorte.Un repli dans la certitude, au-delà de la croyance.La recherche d\u2019un pouvoir contrôlant et d\u2019une sécurité rassurante et fantasmée, qui esquive la liberté et la responsabilité à l\u2019égard du monde et court-circuite le jugement critique.Il n\u2019y a devant soi qu\u2019un réel implacable, une évidence sans profondeur, sans interrogation, sans autres possibles.Sans interprétation.La parole n\u2019est qu\u2019un porte-voix d\u2019une Vérité qui impose soumission et obéissance, en deçà de tout ques- tionnement.Le monde, les choses, les êtres, les pensées, les actions, les paroles, les désirs - tout tend à être instrumentalisé, mis au service d\u2019une idée et de sa logique - une idéologie au sens d\u2019Hannah Arendt.Le fondamentalisme religieux n\u2019est qu\u2019une de ses manifestations.Et dans une société sécularisée, il est plus grotesque que menaçant.On ne peut en dire autant d\u2019une autre de ses formes: la globalisation capitaliste dont la logique mortifère se déploie tous azimuts aujourd\u2019hui dans toute sa puissance.Banquiers, financiers, technocrates, politiciens gestionnaires, pdg, militaires, journalistes des grands médias y participent et s\u2019y soumettent, sans état d\u2019âme.Pliant la réalité et toutes les dimensions de l\u2019existence individuelle et collective à son diktat.La souffrance, l\u2019exclusion, la misère, la famine, la déshumanisation et la destruction de la nature n\u2019ont guère de poids dans la balance du profit.C\u2019est dans cette froide logique instrumentale et comptable, présidant à l\u2019aplatissement et à la marchandisation du monde, que réside le véritable danger.S\u2019il faut dénoncer les fondamentalistes quand ils rabaissent l\u2019humain dans l\u2019espace public, n\u2019en prenons surtout pas prétexte pour dénigrer toute religion - et dans ce cas précis l\u2019islam.Comme l\u2019art, l\u2019imaginaire, la poésie, la littérature, la religion explore les profondeurs de l\u2019existence humaine et traduit ses angoisses, ses soifs, ses aspirations, ses espoirs.C\u2019est une solidarité entre croyants et non-croyants - ou autrement croyants - qu\u2019il faut plutôt tisser dans la résistance à cette déferlante emportant avec elle toute aspérité et quête symboliques et existentielles, ne laissant en lieu et place que vide et insignifiance.JEAN-CLAUDE RAVET RELATIONS janvier-février 2012 actualités Accord Canada-Union européenne : © un secret inacceptable À la suite de l\u2019audition de Pierre-Marc Johnson par la Commission des Institutions, le 8 décembre dernier, l\u2019année commence sous le signe de l\u2019urgence de briser le secret concernant cet accord.CATHERINECARON L'auteure est rédactrice en chef adjointe à Relations Le cheval de Troie de l'AÉCG devant le Parlement.Photo: courtoisie SCFP/ Annie Thériault-Roussel Le 8 décembre dernier, le négociateur en chef pour le Québec de l\u2019Accord économique et commercial global (AÉCG) entre le Canada et l\u2019Union européenne (UE), Pierre-Marc Johnson, était interrogé par la Commission des Institutions à Québec.Le fait qu\u2019il s\u2019agisse de sa deuxième audience en un an n\u2019a pas empêché des élus libéraux de le remercier avec flagornerie de son temps précieux, de ce total de six petites heures accordées aux parlementaires, alors qu\u2019il a facturé plus de 1 million de dollars au gouvernement du Québec.Sa présence était donc la moindre des choses, concernant un accord qui, après neuf cycles de négociations menés dans le secret, comporte des enjeux d\u2019une importance jamais vue pour le Québec1.Près de 200 manifestants rassemblés par le Réseau québécois sur l\u2019intégration continentale (RQIC), des représentants de la FIQ, de la CSN, du SFPQ, du SPGQ, du SCFP, des Amis de la Terre, d\u2019ATTAC-Québec et du mouvement Occupons, entre autres, ont accueilli M.Johnson devant le Parlement avec un impressionnant cheval de bois.Celui-ci symbolisait le cheval de Troie de l\u2019AÉCG et ses dangers pour nos réglementations, nos services publics, notre secteur culturel, le prix des médicaments génériques et notre capacité d\u2019utiliser les marchés publics comme outil de développement local, entre autres.Les médias, pourtant sur place, ont étrangement sacrifié les images de cette contestation qui avait du panache.Les députés indépendants Louise Beaudoin, Pierre Curzi, Amir Khadir, Lisette Lapointe et Jean-Martin Aussant ont aussi fait une sortie publique, de même que le Parti québécois.Tous exigent la transparence, les textes de l\u2019AÉCG et un vaste débat public, sachant à l\u2019avance qu\u2019une telle Commission ne permet pas d\u2019aller au fond des choses, d\u2019éclaircir les demi-vérités et les non-dits.De fait, M.Johnson a manifesté sa foi aveugle dans les bienfaits du capitalisme et du libre-échange, mais on n\u2019a rien su des offres faites par Québec en matière d\u2019ouverture des marchés publics aux entreprises européennes -l\u2019enjeu principal de ces négociations.Les contrats publics d\u2019Hydro-Québec «seraient» exclus mais Jean Charest affirmait, cinq jours plus tard, sa volonté de les ouvrir.Il est clair qu\u2019à partir de certains seuils d\u2019investissement, de nombreux contrats publics ouverts au privé devront obligatoirement l\u2019être aussi aux compagnies européennes.Ils seront régis par des règles strictes risquant d\u2019empêcher de favoriser des entreprises locales et de mener des politiques jugées discriminatoires ou trop contraignantes (achat local, mesures environnementales, etc.).Fait étonnant, le fort risque que l\u2019AÉCG permette aussi aux entreprises de poursuivre les gouvernements n\u2019a pas suscité de questions.M.Johnson n\u2019a rien dit du fait que tous les secteurs de services dans de nombreux domaines sont sur la table, sauf ce qui est exclu par les provinces.Cette pratique de négociation proposée par les Canadiens n\u2019est pas la norme et est très risquée.Qu\u2019est-ce qui garantit à la population que tout ce qui doit être exclu l\u2019est bel et bien?Qui en décide et selon quels mécanismes démocratiques?M.Johnson dit avoir consulté la société civile, opinion que ne partage pas la majorité des syndicats et groupes sociaux du Québec.Il a été incapable 1.Lire Scott Sinclair, « Libre-échange avec l\u2019Europe : à quel prix?», Relations, no 743, septembre 2010.4^ janvier-février 2012 RELATIONS actualités de dire ce qui n\u2019est pas négociable et d\u2019offrir des garanties, même s\u2019il a confirmé des positions de principe concernant la volonté de protéger la culture et le système de gestion de l\u2019offre en agriculture.« Il y a aussi la possibilité d\u2019utiliser des réserves », certes, mais on en ignore le détail et qui en décide.Jusqu\u2019à preuve du contraire, les services publics - qu\u2019il s\u2019agisse de ceux de l\u2019eau, de la poste, de l\u2019éducation, de la santé, de la culture ou encore de ceux liés à l\u2019économie sociale - ne semblent pas protégés pleinement.Cela est grave, mais ce qui l\u2019est encore plus, c\u2019est qu\u2019en vertu du principe de la nation la plus favorisée dans l\u2019Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), les privilèges concédés aux pays de l\u2019Union européenne dans ces négociations pourront être exigés des Américains et des Mexicains.À l\u2019inverse, le Canada demande à l\u2019UE la réciproque.Cela, M.Johnson l\u2019a confirmé, ce qui décuple la portée de l\u2019AÉCG et, par conséquent, l\u2019urgence de forcer les gouvernements fédéral et provincial à rendre publics tous les textes et à donner voix au chapitre à la population.\u2022 Big Harper Des pouvoirs sans précédent en matière de surveillance des communications rappellent la figure de Big Brother du roman 1984 de George Orwell.DOMINIQUE PESCHARD « Chacun a droit à la protection contre les fouilles, les perquisitions ou les saisies abusives.» Charte canadienne des droits et libertés (article 8) Le 18 juin 2009, le gouvernement déposait les projets de loi C-46 -Loi sur les pouvoirs d\u2019enquête au 21e siècle et C-47 - Loi sur l\u2019assistance au contrôle d\u2019application des lois au 21e siècle.La prorogation du Parlement empêcha leur adoption.En novembre 2010, le gouvernement revenait à la charge avec les mêmes projets de loi (alors C-51 et C-52).Ceux-ci n\u2019avaient pas dépassé l\u2019étape de la première lecture lorsque le gouvernement minoritaire fut renversé.Or, maintenant qu\u2019il est majoritaire, le gouvernement Harper a annoncé son intention de les faire adopter.On peut donc s\u2019attendre à ce qu\u2019ils soient déposés à nouveau dans un proche avenir.Ces projets de loi sont présentés comme une adaptation nécessaire des pouvoirs d\u2019enquête aux nouvelles technologies des communications.Or, il n\u2019y a pas de commune mesure entre l\u2019information transmise lors d\u2019une conversation téléphonique et celle qui circule électroniquement.Les milliers de faits et gestes qui constituent la vie de chacun pourraient devenir l\u2019objet d\u2019examens policiers: les sites électroniques visités, le courrier électronique reçu ou envoyé, l\u2019utilisation de la carte de crédit, les achats de toute nature, les sorties, les déplacements.et la liste pourrait évidemment s\u2019allonger.De plus, les communications modernes laissent dans les mémoires des ordinateurs des traces qui peuvent être suivies longtemps après les faits.Ces lois créeraient l\u2019obligation pour les fournisseurs de services de communication de se doter de moyens pour préserver les données de transmission, intercepter les communications et préserver leur contenu afin de les rendre disponibles aux autorités.Il faut souligner l\u2019étendue très vaste des données soumises à ces nouveaux pouvoirs d\u2019enquête.En effet, ces projets de loi visent toute donnée qui peut être traitée par un ordinateur, c\u2019est-à-dire toute donnée numérisée, et donc les objets et biens qui transmettent des informations sous forme numérique, comme les GPS et les puces d\u2019identification par radiofréquence (RFID).Les possibilités de surveillance sont quasi illimitées.Bien que ces lois permettraient une intrusion dans la vie privée sans commune mesure avec l\u2019écoute téléphonique, le contrôle judiciaire auquel seront astreintes les autorités est beaucoup moindre.En effet, dans le cas de l\u2019écoute téléphonique, l\u2019atteinte à la vie privée est jugée si grave que le policier doit démontrer à un juge de la Cour supérieure que d\u2019autres moyens, moins intrusifs, étaient insuffisants ou irréalisables.Mais si ces lois sont adoptées, les autorités pourront, sans mandat judi- Jacques Goldstyn L'auteur est président de la Ligue des droits et libertés RELATIONS janvier-février 2012 actualités © Pour une forêt au service des communautés L'auteur, jésuite, est membre du comité Justice, paix et intégrité de la création de la Conférence religieuse canadienne La nouvelle politique sur les forêts de proximité, attendue au printemps 2012, doit privilégier un modèle de développement solidaire, local et démocratique.ciaire, obtenir vos données d\u2019abonné, bien que la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques reconnaisse que ces renseignements sont de nature privée.Un agent pourra, sur la base du soupçon et sans mandat judiciaire, demander à un fournisseur de services de conserver le contenu de toutes vos communications.C\u2019est comme si on demandait à Postes Canada de photocopier toutes vos lettres.au cas où! De plus, un agent pourra obtenir, avec un mandat obtenu sur la base du simple soupçon (c\u2019est-à-dire sans avoir à montrer que l\u2019information à la base du soupçon est fiable), que le fournisseur de services remette la liste de toutes les personnes avec qui vous avez communiqué et de tous les sites Internet que vous avez visités.Enfin, le contenu de vos communications pourra être intercepté avec un mandat obtenu sur la base du motif raisonnable de croire, fondé sur des renseignements suffisamment fiables, mais moins exigeant que celui nécessaire pour l\u2019écoute téléphonique.Le gouvernement Harper n\u2019a aucunement montré que les pouvoirs d\u2019enquête existants étaient insuffisants.Nous devons refuser ces projets de loi dignes d\u2019un État policier.Un vaste mouvement d\u2019opposition à ces lois est actuellement en train de se bâtir au Québec et au Canada, incitant à signer une pétition au .\u2022 BERNARD HUDON, S.J.La nouvelle loi québécoise sur les forêts, intitulée Loi sur l\u2019aménagement durable du territoire forestier, sanctionnée en avril 2010, a ouvert la porte aux «forêts de proximité», qui reprennent la formule des « forêts habitées ».Ces forêts publiques, situées à l\u2019intérieur des limites de certaines municipalités, pourront être gérées localement et devraient servir d\u2019outil de développement local par l\u2019aménagement, la récréation, le tourisme et la conservation.Le ministère des Ressources naturelles et de la Faune prévoit que les premières forêts de proximité verront le jour en avril 2013.Rappelons d\u2019abord qu\u2019au Québec, la forêt «publique» appartient à l\u2019État, qui peut octroyer des droits de coupe aux entreprises privées, notamment américaines.La forêt «privée» est celle qui appartient aux particuliers.Les concepts de «forêts habitées» et, plus récemment, de «forêts de proximité» tirent leurs origines des Opérations Dignité menées par l\u2019Église diocésaine de Rimouski au début des années 1970 (voir R.Beaudry, «Le Forum social du Bas-Saint-Laurent», Relations, no 753, décembre 2011).Ces luttes visaient à contester la fermeture de nombreuses paroisses rurales par le Bureau d\u2019aménagement de l\u2019Est du Québec.Les populations des villages forestiers en avaient assez de l\u2019exploitation abusive des forêts par les grandes entreprises, de n\u2019avoir aucun mot à dire sur la gestion de leurs forêts avoisinantes et de voir les camions chargés de bois quitter sans retombées économiques locales.Cette situation prévaut toujours dans plusieurs régions du Québec, notamment au Bas-Saint-Laurent, en Gaspésie, en Abitibi et dans le Sud du Québec.Le long débat sur les forêts de proximité oppose des visions différentes des modèles de développement et des styles de gestion.Dans le cadre d\u2019une consultation publique gouvernementale, qui s\u2019est tenue du 6 septembre au 11 novembre dernier, le comité québécois Justice, paix et intégrité de la création de la Conférence religieuse cana-dienne1 a pu partager sa vision de la gestion forestière en déposant un mémoire.Il s\u2019agissait de répondre au document préparé par le ministère des Ressources naturelles et de la Faune, qui souhaitait prendre le pouls des grandes orientations possibles en foresterie québécoise.Dans ce mémoire, le comité prône un modèle de développement solidaire, local et démocratique, et non seulement économique.Selon nous, les futures forêts de proximité doivent être conçues selon une approche territoriale et patrimoniale qui s\u2019oppose à l\u2019approche sectorielle classique privilégiée par la fonction publique.Cette 1.La Conférence religieuse canadienne est membre de la Table nationale sur les forêts, un lieu de consultation ministérielle regroupant une trentaine d\u2019organisations.Elle intervient dans le secteur forestier québécois depuis 1999, alors qu\u2019elle avait appuyé le documentaire L\u2019Erreur boréale de Richard Desjardins.^ janvier-février 2012 RELATIONS ' N ¦ actualités Claudia Bernal, Comme l\u2019eau et le vent, 2006, eau-forte, aquatinte, pointe sèche L'auteur, responsable du secteur Vivre ensemble du Centre justice et foi, faisait partie d'une mission d'observation organisée par Développement et Paix durant les élections congolaises dernière approche consiste à traiter chacun des secteurs économiques indépendamment l\u2019un de l\u2019autre.Elle postule, par exemple, que la bonne performance économique du secteur forestier est garante de la vitalité des régions forestières.L\u2019approche territoriale, plus présente à l\u2019échelle municipale au Québec, consiste quant à elle à analyser, pour chacun des territoires, le plus grand nombre de facteurs présents ainsi que leurs interactions.Elle soutient ainsi qu\u2019il faut concevoir et évaluer les projets de forêts de proximité selon des critères sociaux: dynamisme social; création d\u2019emplois locaux, de coopératives et d\u2019organismes bénévoles; participation du public; retombées économiques locales, etc.Certes, ces critères figurent dans le document de consultation du gouvernement, mais ils sont placés dans une liste incluant des critères plus économiques.Le choix d\u2019opter pleinement pour un développement local intégré représenterait donc une certaine « conversion», car le ministère des Ressources naturelles et de la Faune a d\u2019abord une vocation économique, malheureusement.Le nouveau ministre, Clément Gignac, est d\u2019ailleurs un économiste ayant surtout œuvré dans le monde bancaire.Élections en République démocratique du Congo La lutte contre la corruption et le pillage des ressources ne semble pas avoir trouvé une issue politique dans les récentes élections.MOULOUD IDIR Le 28 novembre dernier ont eu lieu les élections présidentielles et législatives en République démocratique du Congo (RDC).Ce rendezvous électoral est le deuxième dans l\u2019histoire de ce géant africain, indépen- dant depuis 1960.Près de 32 millions d\u2019électeurs étaient attendus pour ce scrutin dans quelque 64000 bureaux de vote.L\u2019Église catholique a joué un rôle important lors de ces élections.La Conférence épiscopale nationale du Congo a mis sur pied, de concert avec des organismes d\u2019autres confessions On voit bien que le débat sur la gestion forestière est un conflit de systèmes de valeurs.Dans le même sens, Luc Bouthillier, Hugues Dionne et d\u2019autres soutiennent dans un rapport remis au Service canadien des forêts (1995) que «paradoxalement, la question de la \u201cforêt habitée\" n\u2019est pas d\u2019abord une question forestière! [.] Elle prend tout son sens en autant que les enjeux territoriaux du développement des régions rurales périphériques soient posés.Il devient alors possible de traiter de l\u2019importance d\u2019habiter un territoire, en l\u2019occurrence un territoire forestier» (p.17).La politique est attendue pour le printemps 2012.Espérons que le ministre Gignac sera prompt à mettre en place de nombreuses forêts de proximité conçues comme des outils de développement local, bénéficiant d\u2019abord aux populations - et non aux intérêts privés.\u2022 RELATIONS janvier-février 2012 actualités religieuses et le Centre Carter (ONG étasunienne), une mission d\u2019observation réunissant 30000 participants.La Conférence des évêques catholiques du Canada a ainsi répondu à l\u2019appel de sa consœur congolaise en demandant à Développement et Paix d\u2019organiser une délégation composée de cinq personnes, dont j\u2019étais au nom du Centre justice et foi.Finalement, après plusieurs jours de retard, la Commission électorale nationale indépendante (CÉNI) a annoncé la victoire de Joseph Kabila avec 48,95 % des voix.Une telle manœuvre est possible parce que la majorité présidentielle au pouvoir à Kinshasa a voté, au début de 2011, une modification de la Constitution et de la Loi électorale permettant d\u2019être élu à la majorité simple à un tour.Son opposant, Étienne Tshisekedi, qui a obtenu 32,33% des voix, a pour sa part rejeté ce verdict et s\u2019est autoproclamé président élu de la RDC.Le Centre Carter et la mission d\u2019observation de l\u2019Union européenne, s\u2019ils ont relevé des anomalies et de nombreuses irrégularités entourant ce scrutin, refusent de se prononcer quant à savoir s\u2019il y a eu des fraudes à grande échelle ou des dysfonctionnements.Il en va de même de l\u2019Église catholique qui a déclaré les élections «crédibles» tout en déplorant « les irrégularités, les violences et les tentatives de fraude», sans donner de plus amples précisions et en appelant surtout tous les acteurs politiques à éviter la violence et à accepter le verdict des urnes.Le cardinal Laurent Monsengwo, archevêque de Kinshasa, a quant à lui déclaré sur les ondes de Radio Okapi, le 12 décembre dernier, que «les résultats annoncés par la CÉNI ne sont pas conformes à la vérité ni à la justice».Dans ce contexte, les grandes puissances semblent embarrassées : les communiqués officiels des différentes chancelleries rechignent à donner un satisfecit au président Joseph Kabila.Sur place, la volonté de la population congolaise de prendre son avenir en main de façon souveraine pour en finir avec la corruption et la braderie des ressources naturelles était manifeste.La longue lutte de la société congolaise pour la démocratie et une plus grande justice ne date pas d\u2019aujourd\u2019hui.Elle remonte au début des années 1990 avec notamment l\u2019épisode des Conférences nationales souveraines qui ont émergé en Afrique.Mais les grandes puissances avaient d\u2019autres plans pour la RDC : il fallait trouver un remplaçant durable à Mobutu pour continuer de piller le pays en toute quiétude.Un article de Jooneed Khan (Relations, août 2009) rappelle que la responsabilité première de ce pillage silencieux et éhonté incombe à l\u2019État congolais lui-même, faible et corrompu.Dès le début des années 1990, la carte politique interne a été redéfinie au profit des multinationales des États anglo-saxons, qui ont comme supplétifs des États régionaux.Ainsi, d\u2019importantes concessions minières sont cédées à rabais à des multinationales des États-Unis, du Canada et de l\u2019Europe, sur fond de privatisation de la guerre.C\u2019est l\u2019avenir de l\u2019Afrique qui se dessine en RDC.Des analyses relèvent qu\u2019au moment où l\u2019Empire déploie l\u2019Africom1, pousse le Kenya à guerroyer en Somalie et s\u2019emploie à détourner le Printemps arabe en sa faveur en jouant la carte islamiste, les Congolais renouent avec la ferveur démocratique de la Conférence nationale souveraine d\u2019il y a vingt ans.Ce pays, qui dispose d\u2019importantes ressources minières, a aussi un énorme potentiel agricole et hydraulique qui pourrait nourrir et électrifier tout le continent - d\u2019où son surnom de «Brésil africain».Mais il faut d\u2019abord que les Congolais reprennent le contrôle de leur pays et construisent un État fort qui mette les ressources nationales au service du développement (Jooneed Khan, Mauritius Times, 2 décembre 2011).\u2022 1.Voir Mouloud Idir, « L\u2019Afrique dans la mire des États-Unis », Relations, juin 2007.Fatigué d\u2019entendre toujours le même discours économique?Les gaz de schiste vont enrichir la collectivité! André Caillé Plus de privé en santé! - Claude Castonguay Le Québec est dans le rouge! - Réseau TVA Il faut travailler plus ! - Lucien Bouchard THIS NOTE IS LEGAL TENDER j y.Depuis 2000, l\u2019IRIS travaille à démonter les mythes véhiculés par le droite.Pour continuer son travail et se faire entendre davantage, l\u2019IRIS a besoin de vous.Devenez membre de l\u2019IRIS en téléchargeant le formulaire ici : www.iris-recherche.qc.ca/devenir_membre ou en nous appelant au 514.789.2409 IRIS Institut de recherche et d'informations socio-économiques ^ janvier-février 2012 RELATIONS HORÎZONS L\u2019Équipe itinérante en Amazonie JUAN FERNANDO LÔPEZ PÉREZ, S.J.Jeune jésuite espagnol, j\u2019arrivais au Paraguay en 1985 pour travailler au noviciat.Treize jésuites «subversifs» venaient d\u2019être expulsés du pays.C\u2019était pendant la dictature de Stroessner.Le Paraguay était devenu, au fil des années, mon pays d\u2019adoption.Mais en 1999, le père Claudio Perani, premier supérieur de la région amazonienne brésilienne, m\u2019invita à joindre l\u2019Équipe itinérante récemment créée, qui couvrait une région de 7,5 millions de km2 de forêts vierges et de rivières d\u2019Amazonie.Ce départ pour un projet radicalement nouveau m\u2019angoissait.Mais en même temps, je sentais l\u2019appel du Seigneur à me lancer dépouillé et confiant au cœur des intempéries, sans l\u2019appui des structures fortes dans lesquelles nous, jésuites, avons tant l\u2019habitude de travailler et pour lesquelles, en général, nous sommes formés.Je peux dire maintenant qu\u2019au cours de ces 26 années passées en Amérique latine, l\u2019Équipe itinérante en Amazonie est l\u2019une des expériences les plus fortes qu\u2019il m\u2019ait été donné de vivre.C\u2019est Claudio Perani, maintenant décédé, qui a eu l\u2019intuition de ce projet s\u2019enracinant dans le contexte des grands projets économiques hydroélectriques et forestiers, qui menacent l\u2019Amazonie et la vie de ses peuples.« Allez par l\u2019Amazonie et écoutez ce que le peuple a à dire.Ne vous préoccupez pas des résultats, l\u2019Esprit montrera le chemin.Courage!» Dans une lettre qu\u2019il nous a adressée après sa visite en septembre 2008, Adolfo Nicolas, le Père général des jésuites, souligne bien l\u2019enjeu de la mission: «La préservation de l\u2019Amazonie est une bataille que l\u2019humanité ne peut perdre et la Compagnie de Jésus se doit de continuer à lutter pour cette cause.» L\u2019Équipe itinérante se veut au service des églises, des organisations laïques, des communautés riveraines, métisses et indigènes d\u2019Amazonie qui œuvrent à la construction d\u2019une société juste, fraternelle et solidaire.L\u2019objectif est d\u2019écouter, d\u2019encourager et d\u2019appuyer les initiatives dans ce coin du monde menacé et difficile d\u2019accès, aux frontières géographiques et symboliques les plus reculées.Le projet vise aussi, en témoignant des valeurs évangéliques, à humaniser les milieux violents, injustes et oppresseurs qui Le projet vise, en témoignant des valeurs évangéliques, à humaniser les milieux violents, injustes et oppresseurs qui menacent et méprisent la vie humaine, les cultures et la nature.menacent et méprisent la vie humaine, les cultures et la nature.L\u2019Équipe itinérante a opté pour une structure souple afin de s\u2019investir totalement dans la tâche de servir et de semer la vie et l\u2019espérance, contre toute espérance! Le projet a commencé modestement en 1998.Deux jésuites étaient présents dans des communautés riveraines d\u2019Amazonie et des quartiers de la périphérie de Manaus, au cœur de l\u2019Amazonie brésilienne.Puis, le projet s\u2019est vite élargi aux peuples indigènes.À partir de 2000, des membres d\u2019autres communautés religieuses se sont joints à l\u2019équipe jésuite, qui comprend désormais des hommes et des femmes, des religieux et des laïques.Depuis treize ans, plus de 130 personnes de quelque 50 institutions, congrégations et organisations différentes ont sillonné les rivières et la selva.L\u2019Équipe a sa base à Manaus, dans un quartier de la ville constitué de maisons sur pilotis.Actuellement, elle est composée de neuf personnes et divisée en trois cellules : une à Manaus, une autre à Tabatinga sur la rivière So-limôes, à la frontière brésilienne avec le Pérou et la Colombie, et la troisième à Boa Vista, sur le Rio Branco, à la frontière avec le Venezuela et la Guyana.Deux autres cellules seront prochainement créées : une à la frontière avec le Pérou et la Bolivie, et une autre à la frontière avec le Surinam et la Guyane française.L\u2019Équipe trouve son inspiration dans la figure de Jésus itinérant, marchant dans les villages éloignés de la Palestine, emportant avec lui peu de choses et entraînant ses disciples à passer sur l\u2019autre rive en pleine tempête.À l\u2019image d\u2019une Église mobile et pèlerine, elle témoigne de l\u2019Évangile dans les différents lieux de la vie quotidienne des gens.Ignace de Loyola, le fondateur de la Compagnie de Jésus - le pèlerin comme il aimait s\u2019appeler -est une autre source d\u2019inspiration de l\u2019Équipe.Ses premiers compagnons et lui se voyaient comme une « cavalerie légère», prêts à courir en toute agilité là où ils se sentaient nécessaires, fût-ce dans les coins les plus reculés du monde.C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui a inspiré les premiers jésuites en Amazonie, qui voyageaient de peuplade en peuplade, accompagnant les peuples indigènes dans leurs communautés, apprenant leur langue, partageant leur vie et leur culture.Le document des évêques d\u2019Amazonie brésilienne, dont le titre fait écho à l\u2019Évangile de Jean (1,14), L\u2019Église se fait chair et dresse sa tente en Amazonie (1997), nous a aussi beaucoup interpellés.Il nous invite à être une Église plus incarnée, aux structures légères, comme des tentes et des campements provisoires.Une Église toujours en chemin, pèlerine.\u2022 L'auteur, jésuite, est membre de l'Équipe itinérante en Amazonie depuis 1999 RELATIONS janvier-février 2012 Le caRNet_____ De wajDi mouawaD UNE EXPÉRIENCE IDENTITAIRE (DEUXIÈME PARTIE) Deux chocs, survenus lors des premiers mois de mon arrivée, ont déterminé la manière avec laquelle j\u2019allais appréhender mon rapport avec le Québec.Dès mon entrée à la polyvalente, j\u2019avais éprouvé une nostalgie effroyable en pensant à mes camarades du lycée Buffon, à Paris.Tout me manquait.Ce que l\u2019enfant avait réussi, avec une sorte de résilience stupéfiante, entre Beyrouth et Paris, l\u2019adolescent âgé de 14 ans ne pouvait plus l\u2019espérer entre Paris et Montréal, tant était grande l\u2019envie de retrouver les paysages qui lui avaient permis de se façonner une liberté.Montréal n\u2019était en rien concernée.Cette nostalgie, je l\u2019aurais éprouvée dans n\u2019importe quel pays du monde.Ma sensation d\u2019arrachement m\u2019empêchait de fixer le présent.On croit que l\u2019on va s\u2019habituer sans prendre garde aux chocs, ni à leurs conséquences.Le premier choc eut lieu un matin de novembre.Avant de partir à l\u2019école, je constate qu\u2019il fait un temps radieux: ciel cristallin, bleu outremer et soleil dominant.Je mets un short, un teeshirt, des baskets et je sors.Une sensation de gel et de nudité me traverse comme jamais je n\u2019en avais encore éprouvée.Ma tante, chez qui nous habitions, me hurle: «Qu\u2019est-ce qui te prend?Il fait -15!».Je suis rentré abasourdi.Je ne pouvais pas comprendre qu\u2019il puisse faire si froid lorsque le ciel est si bleu.Le second choc eut lieu quelques jours plus tard à la polyvalente lorsque, pour la première fois, après une bataille, on m\u2019a traité d\u2019« osti d\u2019intellectuel français à lunettes, on va te dévisser la tête pis on va te chier dans le corps! » J\u2019en suis resté sans voix! Non pas à cause de la beauté de l\u2019insulte, mais pour la manière dont j\u2019étais perçu par mes nouveaux camarades.Ainsi donc, il a suffi de quelques jours et d\u2019un décalage horaire de six heures pour passer, sans n\u2019avoir rien fait, du Libanais pilier de rugby avec un accent arabe à l\u2019intellectuel à l\u2019accent français.Le principe des portes tournantes ne faisait que s\u2019accentuer, rajoutant une étape supplémentaire sur une ligne légèrement décalée, puisque à présent, il me fallait composer entre la maison en arabe et le Français que j\u2019étais devenu, puis entre le Français que j\u2019étais devenu et le Québécois qu\u2019il me fallait devenir si je voulais survivre.La survie n\u2019est pas venue de l\u2019endroit escompté.Le sport, dans lequel j\u2019avais placé mes espoirs, fut un échec retentissant.Le rugby et le foot étaient, en 1983, pour des ados post-pubères en 4e année du secondaire, considérés comme «des sports de ffs».Le reste était hors de ma portée.Je ne savais pas patiner et, de plus, je découvrais combien la plupart des sports d\u2019équipe canadiens étaient des sports «matelassés», qui exigent un équipement pour se protéger des coups.Au hockey, au ski ou au football américain, il faut s\u2019habiller pour aller jouer.Au Liban, ou encore en Europe, j\u2019avais été habitué à une seule réalité : qu\u2019importe le sport, il suffit de changer son pantalon pour un short, histoire d\u2019être simplement plus à l\u2019aise pour sauter dans le jeu.Naturellement, comme si j\u2019avais accepté le rôle qu\u2019on m\u2019avait assigné, je me suis tourné vers d\u2019autres sources d\u2019évasion : lecture et peinture.Et c\u2019est là que s\u2019est amorcée la mutation qui allait m\u2019apprendre quel Québécois j\u2019allais être.Je ne lisais que des auteurs québécois, je ne m\u2019intéressais qu\u2019aux auteurs québécois, je ne me reconnaissais que dans les auteurs québécois.Marie-Claire Blais et les peintres de la période automatiste ont été les seuls grâce à qui j\u2019ai réussi, à 14 ans, à entrouvrir une fenêtre d\u2019identification.C\u2019est-à-dire un point de vue sur le monde que j\u2019avais envie d\u2019«épouser».Les trois années de ma vie de camelot pour La Presse et le Journal de Montréal ont été une autre expérience d\u2019association à la culture québécoise.Chaque jour, entre 5h et 7h du matin, je faisais le tour de mon quartier, walkman sur les oreilles, hurlant du Renaud, du Reggiani et du Ogeret.Les jours de collecte étaient des moments de rencontre avec d\u2019autres immigrés - chinois, vietnamiens, libanais, kurdes, turcs, etc.-, qui m\u2019ont appris à relativiser ma propre situation.Ainsi, grâce à la lecture et à la distribution de journaux, j\u2019ai été jeté dans cette «nouvelle sensation d\u2019être», que l\u2019on nomme l\u2019identité, quand on se sent devenir autre, mutant ou potage tant on est passé au mixeur des différences.Toute cette période suivait de près la défaite du premier référendum dont personne ne m\u2019avait parlé.Aujourd\u2019hui, je dirais que, sans le savoir, je traversais de manière intime un deuil semblable à celui de la société québécoise.Cette coïncidence du sentiment de la perte, qui s\u2019est faite dans le silence et la honte, va façonner mon amour et mon appartenance à cette même société qui, pour l\u2019instant de ces premières années, n\u2019était pour moi que l\u2019espace de l\u2019exil et du chagrin.(LA SUITE AU PROCHAIN NUMÉRO) janvier-février 2012 RELATIONS 1 '*¦ ¦' ' r.-'rjvv; dOSSieR L\u2019Amérique latine : boussole pour les temps présents CATHERINE CARON Le Nord est ébranlé.L\u2019ordre injuste du monde est entré dans une nouvelle valse qui fait perdre pied à de plus en plus de gens.Ici comme ailleurs, les Indignés l\u2019ont signifié avec courage et originalité, se joignant à la multitude de groupes et de citoyens qui le disent ces dernières années : on enrichit une minorité et on sauve les banques en perdant les peuples.L\u2019indignation n\u2019est certes pas à son comble lorsque passe pour sensée cette idée: «Parachuter des dirigeants non élus pour faire le sale boulot était sans doute la seule solution dans le contexte politique qui prévaut actuellement en Italie» (Ariane Krol, La Presse, 14 novembre).Plusieurs leaders d\u2019opinion la partagent et ne conçoivent même pas que leur devoir serait de s\u2019insurger devant ce qui s\u2019apparente à un putsch de technocrates (non élus) de la finance se produisant au cœur même de l\u2019Europe.Le Nord est ébranlé, regardons au Sud, du côté des pays d\u2019Amérique latine - Bolivie, Équateur, Venezuela, Brésil, Argentine, etc.- qui ont basculé à gauche, ou à tout le moins au centre-gauche.Ils ont traversé tout ça: crises économiques, crises de la dette, mainmise des institutions financières internationales, affaiblissement de l\u2019État et privatisation de presque tout, spéculations, fuites de capitaux, désillusions, aggravations des inégalités et des injustices, etc.Claudia Bernal, Chamanika Urbana, 2006, installation-vidéo-performance au Centre de créativité du Gesù (Montréal) : plumes, calebasses, maïs, tissus, laine, pierres, projection vidéo.Photo: Pierre-Yves Serinet Leurs populations se sont révoltées, des mouvements sociaux impressionnants ont fait tomber des gouvernements et porté au pouvoir des partis de gauche, incluant l\u2019élection historique d\u2019Evo Morales, premier président bolivien d\u2019origine amérindienne.Ces pays paraissent en quelque sorte dans le début d\u2019un autrement, dans l\u2019après.Comment ne pas y voir une captivante boussole pour les temps présents?Certes, il ne s\u2019agit pas de prétendre que cette région incarne un éden alternatif porteur de tous les espoirs.Si les auteurs de ce dossier présentent bien l\u2019originalité et la complexité d\u2019initiatives tentées dans ces pays, ils n\u2019en masquent pas les failles et les écueils.Parmi ceux-ci, le fait que la globalisation poursuive sa charge sauvage, rien n\u2019étant fait pour changer son principe moteur : la liberté de circuler des capitaux, soit la liberté d\u2019investir et de conquérir en prédateur de nouvelles terres et ressources.C\u2019est en outrepassant des limites jusque-là infranchies que cette globalisation continue de soulever l\u2019ire des RELATIONS janvier-février 2012 iieR ht 4 « Je ne sais pas ce qui va se passer.Et ça ne m\u2019importe pas tellement de savoir ce qui va se passer.Ce qui m\u2019importe, c\u2019est ce qui est en train de se passer.Ce qui m\u2019importe, c\u2019est le temps qui est, et ce temps qui est s\u2019ouvre sur d\u2019autres possibles qui seront, mais on ne sait pas ce qu\u2019ils seront.» Eduardo Galeano, aux Indignés de Barcelone, mai 2011 Claudia Bernal, Traversée III, 2008, eau-forte, aquatinte, pointe-sèche, chine collé 12| janvier-février 2012 RELATIONS peuples qui, comme leurs gouvernements, ont des contradictions et paradoxes.D\u2019autres simplifications peuvent aussi nous faire oublier les forces oligarchiques et impérialistes à l\u2019œuvre.Ce dossier montre bien qu\u2019il se concrétise dans ces pays des audaces qu\u2019on n\u2019ose imaginer ailleurs, et que cela est une puissante source d\u2019inspiration et d\u2019espoir dans le contexte actuel.À une époque où l\u2019on cherche à nous convaincre de la fatalité de l\u2019ordre économique dominant, des pays d\u2019Amérique latine ont osé suspendre le paiement de dettes privées, s\u2019affranchir du Fonds monétaire international, renationaliser des fonds de retraites privés (Argentine), ou encore nationaliser l\u2019exploitation des ressources en négociant une plus juste part pour le pays, sans expropriations unilatérales.Ils ont ouvert ces possibles - et bien d\u2019autres dont fait état ce dossier -, notamment par de nouvelles formes de citoyenneté, la tenue d\u2019assemblées constituantes et une forte politisation de la population qui contraste avec notre réalité nord-américaine.Le Nord est ébranlé, regardons chez nous.Avec à l\u2019esprit ces pays, ces gouvernements et ces peuples en quête d\u2019une manière combative et novatrice qui, nous l\u2019espérons, résonnera au cœur de nos questionnements québécois concernant nos ressources, nos terres, nos relations avec les Autochtones, nos luttes, notre souveraineté.\u2022 populations locales indigènes et paysannes - au cœur de mobilisations historiques - qui perdent la possibilité de vivre, et de bien vivre, là où elles ont leurs racines, leur histoire, leurs traditions.Ainsi, rares sont les changements qui se produisent sans le désespoir, le sens moral, la dignité et le courage de tous ceux et toutes celles qui finissent toujours par devoir bloquer des routes à répétition, occuper des terres, paralyser la vie économique, entamer de longues marches, subir la violence de la répression, pour se faire entendre et exiger la justice.Comme le dit tristement le personnage du leader de la lutte indigène et populaire contre la privatisation de l\u2019eau à Cochabamba, en Bolivie, dans le film Même la pluie d\u2019Icîar Bollam: «On paie toujours le prix fort.Si seulement il y avait un autre moyen, mais il n\u2019y en a pas.» La tristesse s\u2019accroît du fait d\u2019avoir parfois à vivre encore tout cela, même sous des gouvernements progressistes.Le défi est énorme : comment opérer un tournant post-néolibéral, assurer une redistribution de la richesse et un développement social attendus en misant sur la consolidation d\u2019États dépendant largement des revenus tirés des ressources naturelles et de l'exportation des matières premières?Comment le faire sans que cela n\u2019implique, comme c\u2019est souvent le cas, le viol des territoires et des droits des populations locales, toutes réalités en porte-à-faux avec les désirs et discours de la gauche?Notre regard doit être critique, mais aussi se prémunir contre la mythification des acteurs en présence, notamment en ce qui concerne la figure de l\u2019indigène, qui n\u2019est pas un sujet collectif homogène, et les Sur les traces du virage à gauche latino-américain Les expériences réalisées dans cette région du monde s\u2019ancrent dans une histoire tumultueuse, faite d\u2019extrêmes et de luttes, alors que la gauche à travers le monde est mise au défi par le néolibéralisme triomphant.PIERRE MOUTERDE Le continent sud-américain a ceci de particulier qu\u2019il permet de mieux nous faire voir ce qui se passe dans le vaste monde.Aussi, quand on choisit d\u2019avoir un point de vue de gauche et qu\u2019on s\u2019emploie à chercher dans le brouhaha bourdonnant de l\u2019actualité une sorte de boussole pour les temps présents, il reste toujours intéressant de revenir à l\u2019histoire récente de l\u2019Amérique latine.Comme si, de cette manière, on pouvait mieux appréhender les grands enjeux sociopolitiques traversant nos sociétés contemporaines.DES DICTATURES AUX DÉMOCRATIES SOUS TUTELLE Pensons simplement à ce mode de régulation économique néolibéral qui a fini par s\u2019imposer chez nous au Québec, surtout à partir du milieu des années 1990 avec Lucien Bouchard et ses politiques de déficit zéro.Eh bien, c\u2019est au sud de l\u2019Amérique qu\u2019il a été expérimenté pour la première fois, au Chili du général Pinochet, dès janvier 1974, au moment où commençaient à se mettre en place un peu partout dans le Cône sud - Brésil (1964-1985), Chili (1973-1989), Uruguay (1973-1985), Argentine (1976-1983) -, de féroces dictatures de sécurité nationale! Celles-ci avaient pour curieux objectif non seulement de chercher à écraser les partis politiques de gauche (communiste, socialiste, d\u2019extrême-gauche, etc.) et les mouvements sociaux d\u2019origine populaire (le fameux ennemi intérieur), mais aussi d\u2019imposer par la force un nouveau mode de régulation économique néolibéral.Celui-ci se caractérisait par la mise en place de politiques systématiques de privatisation, de dé- réglementation, de libéralisation des échanges et de recours exclusif aux principes du monétarisme des Chicago boys de Milton Friedman.Il faudra attendre la fin des années 1980 et le début des années 1990 pour qu\u2019une fois cette mise au pas dictatoriale effectuée, on assiste à un lent retour à la démocratie, mais une démocratie restreinte et sous tutelle militaire ou internationale.Sous cette gouverne, le modèle économique hérité des dictatures ne fut aucunement remis en cause, tant les partis qui arrivèrent alors au gouvernement jouèrent de prudence, soit en reprenant à leur compte les plans néolibéraux, soit en leur accolant un vague volet social.Le cas du Chili est à cet égard exemplaire : le président démocrate-chrétien Patricio Aylwin, au début des années 1990, se garda bien de toucher à l\u2019essentiel de l\u2019héritage économique et constitutionnel du général Pinochet.RAVAGES NÉOLIBÉRAUX ET VIRAGE À GAUCHE Résultats : on assiste un peu partout, dans les années 1990 et au début des années 2000, à une remontée très nette des inégalités sociales et, partant, à un appauvrissement de larges segments des couches populaires.En Amérique latine, au début de l\u2019an 2000, il y avait 224 millions de pauvres (CEPAL), alors que la population totale atteignait (avec celle des Caraïbes) 525 millions.Quant au pourcentage de personnes vivant avec moins d\u2019un dollar par jour, il était passé de 6% en 1990 à 9,5% en 1999 (OIT).L\u2019économie du sous-continent se financiarise et l\u2019Amérique latine vit une sorte de recolonisation sauvage à travers l\u2019afflux massif de capitaux européens et l\u2019arrivée de grandes entreprises étrangères assoiffées de ressources énergétiques ou minières nouvelles.C\u2019est ce qu\u2019on a appelé la « décennie perdue» des années 1990, qui a néanmoins eu comme effet positif de permettre à l\u2019Amérique latine de connaître une sorte de sursaut social et politique étonnant.Car dès la fin des années 1990, mais surtout à partir du début des années 2000, voilà que va se produire un véritable virage à gauche de presque tout le sous-continent.Un tournant qui va se caractériser par l\u2019arrivée au gouvernement de partis se faisant l\u2019écho des frustrations populaires grandissantes et se reconnaissant - au moins en théorie -dans des valeurs de la gauche : Hugo Châvez au Venezuela, en 1998; Lula da Silva au Brésil, en 2003; Néstor Kirchner en Argentine, en 2003; Evo Morales en Bolivie, en 2005; Tabaré Vâzquez en Uruguay, en 2005; Daniel Ortega au Nicaragua, La «décennie perdue» des années 1990 a néanmoins eu comme effet positif de permettre à l\u2019Amérique latine de connaître une sorte de sursaut social et politique étonnant.RELATIONS L\u2019auteur, sociologue et essayiste, a publié entre autres La gauche en temps de crise, contre-stratégies pour demain (Liber, 2011) janvier-février 2012 13 dOSSieR Claudia Bernal, Couple, 2004, techniques mixtes sur bois l4 janvier-février 2012 en 2006; Fernando Lugo au Paraguay, en 2008; Mauricio Funes au Salvador, en 2009; Ollanta Humala au Pérou, en 2011, etc.Mais ce n\u2019est pas tout : on assistera aussi dans les années 2000 au surgissement de puissants mouvements sociaux directement liés aux effets les plus traumatisants des politiques néolibérales.Leurs interventions, qui prennent parfois la forme d\u2019insurrections populaires, vont souvent être décisives, en particulier dans cette irruption de la gauche sur la scène politique.Le cas de la Bolivie, avec ses grandes mobilisations populaires et indigènes de la guerre de l\u2019eau (2000-2001) ou du gaz naturel (2003), conduisant à la chute du président Gonzalo Sanchez de Lozada en octobre 2003, est sans doute le plus marquant.Il n\u2019est pourtant pas le seul, songeons au mouvement des piqueteros argentins dans le sillage de la débâcle économique et financière de l\u2019Argentine, en 2001, au puissant mouvement autochtone de la Confédération des nationalités indigènes de l\u2019Équateur, qui réussit à renverser deux présidents (Abdala Bucaram, en février 1997 et Jamil Mahuad, en janvier 2000).Ou encore au tout récent mouvement des étudiants chiliens qui, après plus de six mois de grève, continuent à tenir tête au très néolibéral président Pinera.Sans parler, bien sûr, de la rébellion zapatiste dans le sud du Mexique.Souvenez-vous de son célèbre porte-parole, le sous-commandant Marcos, et de son «non au néolibéralisme, oui à l\u2019humanité! », lancé le jour même de la mise en application de l\u2019Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) le 1er janvier 1994 - en soi un événement historique.Il a ouvert la voie à la grande marche des Zapatistes vers Mexico, en février-mars 2001, et préfiguré les rassemblements altermondialistes des années suivantes.La ville de Porto Alegre dans le sud du Brésil, tenue par la gauche du Parti des travailleurs (PT), en a été le centre névralgique.DE LOURDES CONTRAINTES Il reste que ces contestations multiformes furent loin de prendre la forme d\u2019un mouvement ou d\u2019une stratégie d\u2019opposition unie.La gauche latino-américaine, comme partout ailleurs, avait subi le contrecoup de la chute du mur de Berlin et, dans son sillage, celui de la perte de crédibilité des grands modèles politiques auxquels elle se référait traditionnellement (le communisme, la social-démocratie et le nationalisme-populaire).Aussi, la majeure partie de celle-ci s\u2019est trouvée sur la défensive et désorientée dans les années 2000.Plus souvent qu\u2019autrement, elle fut portée à faire le lit du néolibéralisme, n\u2019y trouvant des parades Ces contestations multiformes furent loin de prendre la forme d\u2019un mouvement ou d\u2019une stratégie d\u2019opposition unie.La gauche latino-américaine, comme partout ailleurs, avait subi le contrecoup de la chute du mur de Berlin.que peu à peu, ne se sortant de son état défensif que difficilement et en ordre dispersé.Les uns optèrent pour le «social-libéralisme».C\u2019est le cas du Brésil de Lula qui, cependant, combina au strict respect des équilibres macro-économiques néolibéraux, un important volet social aux effets non négligeables.Lors de ses deux mandats, la malnutrition a diminué de 70% et la mortalité infantile de 47%.Mais si la pauvreté a globalement reculé, les inégalités - abyssales au Brésil - n\u2019ont que peu régressé.Autrement dit, les politiques du gouvernement Lula n\u2019ont pas transformé de manière significative la structure de répartition des revenus et de la richesse.D\u2019autres, plus ambitieux, se lancèrent dans l\u2019aventure d\u2019une révolution: qu\u2019elle soit bolivarienne au Venezuela de Chavez, citoyenne dans l\u2019Équateur de Correa, ou indigène dans la Bolivie de Morales.Dans ces trois pays, le discours est indéniablement plus novateur et radical - avec ses références à l\u2019Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), à la démocratie participative ou au pouvoir populaire, au «socialisme duXXIe siècle», au buen vivir autochtone et à la protection de la Terre-Mère.Les conditions de vie des couches populaires s\u2019y sont clairement améliorées, notamment en termes de soutien aux personnes âgées et d\u2019accès à l\u2019éducation et aux soins de santé.Enfin, les mouvements sociaux y jouent un rôle plus central.Cela dit, les avancées pratiques restent malgré tout prudentes, inscrites dans le cadre keynésien, et leur futur paraît passablement problématique tant de puissantes oppositions se dressent toujours sur leur chemin, appuyées en sous-main par les États-Unis1.Signes de ces rapports de force politiques encore si défavorables à l\u2019échelle du sous-continent! Mais n\u2019est-ce pas à l\u2019image de ces «temps présents» où partout la gauche cherche avec difficulté à se hisser à la hauteur des défis posés par le néolibéralisme triomphant, encore et toujours partagée qu\u2019elle est, entre les pesanteurs du passé et les promesses de l\u2019avenir?C\u2019est ce que l\u2019Amérique latine nous fait voir aujourd\u2019hui avec tant de clarté! \u2022 1.Trois tentatives de coup d\u2019État, certes repoussées, ont retardé ou fragilisé le processus d\u2019ensemble dans ces trois pays. Des initiatives économiques émancipatrices Après de multiples crises et grâce à des projets novateurs, l\u2019Amérique latine semble aujourd\u2019hui mieux placée que d\u2019autres régions du monde pour affronter la difficile conjoncture actuelle.DORVAL BRUNELLE Dans un document publié le 30 août 2011, la Commission économique pour l\u2019Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC) annonçait que, pour la deuxième année d\u2019affilée, la valeur des exportations de biens croîtrait de 27 % et celle des importations de 23 %, ce qui laisserait un surplus commercial de l\u2019ordre de 80 milliards de dollars US pour l\u2019ensemble des pays de la région.Ces données viendraient confirmer l\u2019hypothèse selon laquelle nous assisterions à un véritable «mouvement tectonique» à l\u2019échelle globale, en ce qui concerne l\u2019axe de la croissance économique qui se déplacerait du côté des échanges Sud-Sud, pendant que les pays du Nord s\u2019enfonceraient dans la stagnation, voire la récession.Cela dit, ni les pays d\u2019Amérique latine, ni les puissances émergentes d\u2019Asie, comme la Chine et l\u2019Inde, ne sont immunisés contre les effets délétères du ralentissement économique en Occident et au Japon.Il n\u2019en reste pas moins que, sinon l\u2019Amérique latine dans son ensemble, à tout le moins l\u2019Amérique du Sud, est sans doute une des régions les mieux placées pour affronter la difficile conjoncture actuelle.Et elle le fait, du reste, en ayant recours à des initiatives émancipatrices passablement originales.Les raisons de cette résilience et de cette originalité sont nombreuses.Faute de pouvoir les approfondir toutes, nous voudrions soumettre à la réflexion l\u2019idée qu\u2019elles pourraient être imputables à des innovations économiques qui agissent comme des facilitateurs de croissance et de répartition de la richesse, ou comme des amortisseurs devant des menaces de ralentissement.Ces innovations résultent pour beaucoup de l\u2019accession au pouvoir de gouvernements de gauche ou sociaux-démocrates qui ont su prendre leurs distances vis-à-vis des puissances du Nord, et plus particulièrement vis-à-vis des États-Unis et du Canada.Cela les a conduits à adopter une kyrielle de mesures visant très explicitement à réduire leur dépendance à l\u2019endroit du Consensus de Washington.LE M ERCOSUR Parmi les initiatives économiques, la plus ancienne a été la création d\u2019un marché commun inspiré du modèle européen d\u2019intégration, le MERCOSUR1.Celui-ci, fort de 250 millions d\u2019habitants et d\u2019un PNB de 2458 milliards de dollars US (ou 75 % du PNB de l\u2019Amérique du Sud), a cherché à établir un mécanisme d\u2019intégration alternatif à l\u2019Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et, plus tard, à la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), qui n\u2019a jamais vu le jour.Le MERCOSUR couvre non seulement les domaines économique et commercial, mais aussi la politique avec un Parlement du MERCOSUR - qui tarde toutefois à assumer ses pleines responsabilités législatives -, le domaine social, avec la convocation de forums sociaux parallèles, et le domaine culturel avec, par exemple, la promotion de trois langues officielles (l\u2019espagnol, le portugais et le guarani) dans les cursus scolaires à l\u2019échelle régionale.Cependant, jusqu\u2019à récemment, on reprochait au MERCOSUR d\u2019être beaucoup plus dépendant de la conjoncture économique de ses membres que ne l\u2019était l\u2019Union européenne (UE) à sa fondation, un reproche qui pourrait se transformer en avantage si la crise actuelle devait s\u2019aggraver et conduire à un éclatement de la zone euro.LA BANCOSUR Quelques années plus tard, en février 2007, les présidents du Venezuela et de l\u2019Argentine, Hugo Châvez et Néstor Kirchner, signent un mémorandum d\u2019accord portant sur la création d\u2019une Banque du Sud (BANCO-SUR) qui offre une alternative aux institutions financières internationales, basée sur la coopération et le respect de la souveraineté.La banque verra officiellement le jour le 26 juin 2007 avec quatre adhésions supplémentaires, celles de la Bolivie, du Brésil, de l\u2019Équateur et du Paraguay.L\u2019accord prévoit que les banques centrales de chaque pays y L'auteur est directeur de l'Institut d'études internationales de Montréal (IEIM) à l'UQAM 1.Les membres permanents sont l\u2019Argentine, le Brésil, le Paraguay, l\u2019Uruguay et le Venezuela.LE CONSENSUS DE WASHINGTON Cette expression renvoie à quatre institutions logées à Washington, à savoir le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale, ainsi que le Congrès des États-Unis et la Maison-Blanche qui s\u2019entendraient toutes quatre sur la forme et le contenu de programmes qui devraient être appliqués et sanctionnés par leurs partenaires pour répondre aux exigences de la libéralisation des échanges en prévision de l\u2019ouverture de négociations de libre-échange.Parmi les dix réformes autour desquelles le consensus a été forgé, on retrouve les quatre suivantes, à savoir la libéralisation du commerce extérieur, la privatisation des monopoles d\u2019État, la déréglementation des marchés, ainsi que la protection de la propriété privée et surtout de la propriété intellectuelle.D.B.RELATIONS janvier-février 2012 h dOSSieR transfèrent la somme de sept milliards - augmentée à 20 milliards de dollars US, en 2009 - afin de permettre aux États de se porter une assistance mutuelle en cas de besoin.L\u2019objectif est à la fois simple et ambitieux : il s\u2019agit de soustraire les pays membres aux programmes d\u2019ajustements structurels imposés par le FMI, des mesures qui causent les ravages que l\u2019on sait en Grèce et ailleurs en Europe à l\u2019heure actuelle.» \tt \u2022 ¦i / .1 ¦; >j 1
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