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Titre :
La revue trimestrielle canadienne
Revue universitaire qui a le mandat de stimuler et de diffuser la recherche scientifique et la recherche sociale réalisées à l'École polytechnique de Montréal et à l'Université de Montréal. [...]

La Revue trimestrielle canadienne est fondée en 1915 par un jeune professeur de l'Université Laval à Montréal et de l'École des hautes études commerciales, Édouard Montpetit, et les professeurs de l'École polytechnique Arthur Surveyer et Augustin Frigon. Ils en seront les principaux animateurs, durant quelques décennies. Le sulpicien Olivier Maurault se joindra à eux en sa qualité de recteur de l'Université de Montréal.

Publiée par l'Association des anciens élèves de l'École Polytechnique, la revue remplit le vide laissé par Le Bulletin de l'École Polytechnique et La Revue économique canadienne. Elle vise à stimuler l'étude des sciences appliquées et des sciences sociales, en premier lieu le génie civil et l'économie, ainsi qu'à informer et à servir les ingénieurs francophones. La technologie, l'économie politique, la médecine, la philosophie, la psychologie, l'enseignement et l'humanisme trouveront une place dans ses pages au cours des années.

Parce qu'elle est un des principaux organes de diffusion de la recherche francophone, la Revue trimestrielle canadienne est une ressource importante pour la connaissance de l'histoire des sciences au Québec. On y trouve par exemple une présentation rédigée par le frère Marie-Victorin du lancement de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (mars 1924), ainsi que de nombreux articles témoignant du développement des recherches sur le génie civil, l'électricité et l'électronique, dont des articles sur la télévision à partir de 1933.

Le spectre de la diffusion de la recherche y est très large. On y traite fréquemment d'hygiène sociale dans les années 1920 et 1930, et de façon constante de l'enseignement général et professionnel. La psychanalyse y est abordée dans une série d'articles d'Antonio Barbeau publiés en 1930 et 1931. On peut aussi lire en 1938 un retour du géologue Gérard Gardner sur la question complexe de la frontière du Labrador.

La Revue trimestrielle canadienne permet de connaître davantage la vie de l'École polytechnique jusqu'en 1954, dernière année où la revue est publiée. L'Association des anciens élèves y donnera suite avec L'Ingénieur, une revue résolument tournée vers le génie.

Source :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. 5, p. 139-141.

Éditeurs :
  • Montréal :Association des anciens élèves de l'Ecole polytechnique de l'Université de Montréal,1915-1954,
  • Montréal :Association des diplômés de polytechnique
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin de l'Ecole polytechnique de Montréal
  • Successeur :
  • Ingénieur
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Références

La revue trimestrielle canadienne, 1922, Collections de BAnQ.

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tie r\mmmï.femonsie¦¦ politique et sociale—Mathématiques.tégislàtlôe—tiîsiü.lre—Sïatlsüpe—Architecture -Sciences < '.•*.•=.lîÿgîèrie—lfidystrIe-:-4;,orêtS"-Fidaoces-Tfaüsportsf •;• p ; r .; .Ëâîllll E.JMONTPE-m-, ,v La .icrjiussaacc .religieuse dans la littérature ’ .¦¦¦ fnUïfcascui«i—-a.,.:.s.caevet.' .~}cÿÿ?' Einstein et la -KolatMtS.:.-.;.;.'.G.lanckjt.'¦ E/ftateir, et la fk-lence._.PRliSE ROBERT, ï En marne «lu code de protore civile.:.-.;.S.ARCHAMBAULT.- ¦ Introduction à Eétüclo des ressources agrolo- gïques de la province de Québec.H, M.N AG ANE ¦¦Ketue.des.Livres v - - - ¦ .- - ' Eclatons ia rouljg- .— ., - E> X, M» ¦ .; ¦ ' : Le.SemsllW Scania de îfèulotise .E, !.M.V .MiUor MBK ip »i stoin — IIistfiiretici'A’' iniio cl.dd ÿbyqhiilc rt- P« ri‘u!if|L.< s s.toy.ASSOc-îa >'1.1,; r:>Lî ANCuirJb -~J mm mm mm mm i , mtm : : S"sfe?'S#i?ï%Sÿ0M mmmsi m mmm mmm A* t&amsmsi gpsa» HS*.MK mk&mmm ¦n m9m WÈÊÈÈ mà 'ÊÊËS - Éisfl ¦ - ' COMITÉ DE DIRECTION SS&æ.Président : Mgr Georges Gauthier, Recteur de l’Université de Montréal.Membres : MM.Aurélien Boyer, Principal de l’École Polytechnique.Alfred Fyen, Directeur de l’École Polytechnique.Arthur Amos, Chef du service hydraulique de la Province de Quête 5.Augustin Frigon, Professeur à l’École Polytechnique.Léon-Mercier Gouin, Avocat.Théo.-J.Lafreniêre, Professeur à l’École Polytechnique.Olivier Lefebvre, Ingénieur en chef, Commission des Eaux courantes.L’abbé Olivier Maurault, Professeur à l’Université de Montréal., Édouard Montpetit, Professeur à l’Université de Montréal Antonio Perrault, Professeur à l’Université de Montréal.Arthur Surveyer, Ingénieur Conseil.COMITÉ D’ADMINISTRATION ET DE RÉDACTION ; Président : Arthur Surveyer.Membres : MM.Édouard Montpetit, Arthur Amos, Augustin Frigon, O.Maurault, Théo.-J.Lafreniêre, Antonio Perrault, Olivier Lefebvre, Léon-Mercier Gouin.Rédacteur en chef : Édouard Montpetit.Secrétaire de la rédaction : Léon-Mercier Gouin.le prix de l’abonnement est fixé à $3.00 dollars pour le canada et LES ÉTATS-UNIS, A $4.00 DOLLARS POUR TOUS LES AUTRES PAYS.LE NUMÉRO 75 SOUS.La Revue Trimestrielle Canadienne paraît quatre fois l’an : en mars, juin, septembre et décembre.La Revue est accessible à la collaboration de tous les publicistes, spécialistes et hommes de profession.La Direction n’entend pas par l’insertion des articles assumer la responsabilité des idées émises.Tous les articles insérés donnent droit à une indemnité calculée par page de texte imprimée ou de graphiques.- Les manuscrits tie seront pas rendus.\ La reproduction des articles publiés par la Revue est autorisée, a la condition de citer la source d’où ces articles proviennent.Il sera rendu compte de tout ouvrage dont ü aura été envoyé un exemplaire à la Rédaction.Pour les abonnements, publicité, collaboration et autres renseignements, s’adresser au : Secrétaire-général : August in Frigon, Êcoîè Polytechnique, V 228, rue Saint-Denis, Montréal. Ouverture des Classes Notre rayon de livres classiques et de matériel scolaire est reconnu comme étant le plus complet de la province et comprend tous les ouvrages ou articles en usage dans les maisons d’éducation française.Cartes géographiques, Globes terrestres.Tableaux muraux d’histoire, de sciences.Musées, Tableaux noirs, Baguettes, Brosses, Craie.Cahiers d’écritures,^d’exercices, de dessin.Articles et papier à dessin, Peinture à l’eau.Ardoises, Éponges, Cloches à main, Signaux.Aiguiseurs, Coffrets, Bègles, Canifs, Visières.Sacs d’école, Valises pour écoliers, Courroies.Crayons, plumes et encres de toutes sortes.Livres spéciaux pour Commissions Scolaires.Catalogues suivants envoyés sur demande Classiques canadiens.Classiques français.Fournitures de classe.Pièces de théâtre.GRANGER FRERÏÏS LibaadRes, PoxpetieRS.lmpORtatauas 43 Noke-D&mc.Oucst 'Mbnkêàl edmond-j.marcotte i tu.ititT9 11 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE ¦ ' • - Le NOTAIRE FARIBAULT Successeur de Leclerc & Faribault Edifice Versailles, No 90 rue St-Jacques, MONTREAL.Tel.Main 678.Téléphone : Main 8494-8495.BROSSARD, FOREST, LALONDE & COFFIN AVOCATS Edifice du “Crédit Foncier” 35, rue St-Jacques MONTREAL 1 F.C.LABERGE INGENIEUR 30, RUE ST-JACQUES Tél.St-Louis 3925.S.A.BAULNE INGENIEUR CIVIL Professeur à l’Ecole Polytechnique 1294, rue St-Hubert, Montréal.Victor Pager Arm Cloutier Jos.-C Ostiguy PAGER, CLOUTIER & OSTIGUY AVOCATS Immeuble Power, 83 ouest rue Craig Tel.Main 5598 ATHANASE DAVID, C.R.de l’étude légale ELLIOT, DAVID & MAILHIOT Edifice “Canada Life” MONTREAL LE NOTAIRE CHARBONNEAU Commissaire pour les provinces et les Etats-Unis Organisateur de compagnies Edifice Power, 83 ouest, rue Craig, MONTREAL Téléphone Bell Est 2600.LIBRAIRIE ST-LOUIS Norbert Faribault, propriétaire.Papeteries, Fournitures de Bureaux, Livres, Tievues, Romans, Journaux, Jouets.Articles religieux et de fantaisie, Impressions et Heiiure.288 EUE STE-CATHERINE EST (Près St-Denis) Montréal Perron, Taschereau, Rinfret, Vallée & Genest Procureurs et Avocats 11, PLACE D’ARMES Edifice de la Banque de Québec . REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE LA BANQUE NATIONALE Fondée en 1S60 La plus vieille banque canadienne-française.BUREAU-CHEF: QUEBEC.P.Q.Nos 347 Bureaux offrent au public de grands avantages pour le recouvrement rapide des effets de commerce.CORRESPONDANTS DANS LE MONDE ENTIER BUREAU DE DIRECTION President : L’HON.GEO.E.AMYOT.J.H.Fortier, A.N.DROLET, NAP.DROUIN, A.B.DUPUIS, ERNEST R.DÉCARY, NAZ.FORTIER, SIR GEO.GARNEAU, J.B.LALIBERTE, HON.J.NICOL.C.R.C.E.TASCHEREAU, Conseiller Législatif, Prés, de la Dominion Corset Co.Vice-Président: Vice-Président et Gérant-Général de P.T.Légaré, Ltée.Directeurs: de P.G.Bussièrc & Cie.Québec.Président de la Rock City Tobacco.Marchand de Gros, Québec.Notaire, Directeur du Detroit United Railways.Manufacturier de cuir, Québec.Président de Garneau, Ltée, Québec.Manufacturier de fourrures, Québec.Trésorier Provincial.Notaire, Prés, de Eastern Canada Steel & Iron Works.HENRI DesRIVIERES, Gérant-Général.Tous nos produits sont dégustés et analysés LA CIE MONTREAL DAIRY Limitée 290, AVENUE PAPINEAU EST UNE INDUSTRIE MODERNE , CRÈME DOUCE — BEURRE — CRÈME GLACÉE Téléphone : Est 3000 * BONIN FRÈRE, Limitée Mercerie et Chapeaux 07.529, 66 9 et 1819, rue Ste-Catharine Est MONTRÉAL Un seul magasin.Tel.Est : 1878-3241.ED.GERNAEY FLEURISTE 108 et HO rue Ste-Catherine Est MONTREAL Spécialité : Tributs floraux.Tel.Est 1315 Notre devise: Courtoisie, Service, Intégrité ALBERT IM.GOORA Courtier en Assurances Agent spécial: London & Lancashire Ass.Co.665 RUE CRAIG EST, MONTREAL Chs.Desjardins & Cie, Limitée Fabricants, Importateurs et Négociants en FOURRURES ET CHAPEAUX 130, rue St-Denis, Montréal, Canada. IV REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE IE SYLLOGISME DU JOURNAL un journal a pour but la défense de la religion et de la race et la grandeur du pays : si pour atteindre ce but il n’accepte et ne reçoit aucune subvention des coteries ou partis politiques : si ses colonnes ne sont ouvertes qu’à des annonceurs recommandables : si les nouvelles sensationnelles et défonnatrices de l’opinion publique sont soigneusement écartées : si sa tenue typographique et littéraire impose l’attention et tend à la formation intellectuelle de ses lecteurs : s’il n’atteint que la classe éclairée dont il forme l’opinion et dirige l’action : si malgré toutes ces restrictions il provoque un mouvement d’idées saines plus considérable que tous les autres journaux : il est incontestable que ce journal est une force et mérite l’encouragement de tous les gens sérieux et désintéressés.“Le Devoir” a reçu des autorités religieuses de ce pays les plus éloquents témoignages d’approbation et d’encouragement.“Le Devoir” a été le premier à combattre pour les droits des minorités.“Le Devoir” doit sa survivance à la générosité de ses amis et aux sacrifices de ses directeurs.“Le Devoir” reçoit, proportionnellement au tirage, plus d’encouragement des annonceurs que n’importe quel quotidien français de ce pays.“Le Devoir” subordonne le souci de plaire à ses lecteurs, à celui de les éclairer et les diriger.il mérite l’appui de tous les gens conscients de la force du journal honnête et indépendant.Membres du clergé, hommes de profession, hommes d’affaires, jeunes gens et jeunes filles, soutenez de votre autorijé, de votre encouragement, de votre abonnement, une force indispensable à la saine formation intellectuelle et morale d'un pays.LE DEVOIR, administration : 43 St-Vincent, Montréal, Can.Le prix de l’abonnement ($6.00) est l’équivalent de sa valeur.DONC REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE V Ce sentiment de bien-être parfait est ressenti au plus haut degré par celui qui se fait habiller au “Fashion-Craft” Il se distingue de ses collègues par la grande simplicité de ses vêtements.Les vêtements sont distingués—mais simples.Pour faire ressortir un ensemble parfait, sa chemise, sa cravate, son coi, ses chaussettes, ses gants, sa canne et son chapeau seront d'une correction parfaite et choisie pour être en harmonie avec le vêtement qu’il porte.Contrairement à ce qu’on pourrait supposer, les prix ail “Fashion-Craft” ne sont pas élevés.MAGASINS RshToN-praft.MAX.BEAUVAIS, (limitée) 229, RUE ST-JACQUES Succursale Ouest, 463, rue Sainte-Catherine Ouest.A.-A.Roy, 469, rue Sainte-Catherine Est. VI REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE NOS SERVICES: Comptes d’Epargne Comptes d’affaires Crédits de toute nature Collections NOUS SOMMES A VOTRE SERVICE U,BANQUE D’HOCHELAGA .Fondta an 1871 ON TROUVE TOUJOURS A LA LIBRAIRIE DEOM UN choix important de beaux livres anciens et modernes, des éditions originales, rares ou curieuses des meilleurs écrivains des XIXe et XXe siècles et les ouvrages nouveaux, en exemplaires ordinaires ou sur grand papier, d'une sélection d'auteurs contemporains.:: :: :: :: 251 EST, RUE ST-CATHERINE TELEPHONE EST 2551 MONTRÉAL Mandats de Voyageurs Boîtes de sûreté et Garde des Valeurs Caisse de Noël Change domestique et étranger. - - ' ¦ • ' ¦ ¦ -• • .¦ IiEVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE BANQUE PROVINCIALE DU CANADA SIEGE CENTRAL : 7 et 9 Place d’Arraes, MONTREAL, Canada.Capital autorisé.5 5,000,000.00 Capital payé et surplus.S 4,500.000.00 CONSEIL D’ADMINISTRATION Président : Sir HORMISDAS LAPORTE, C.P., ex-maire de Montréal, de la maison Laporte, Martin, Limitée, administrateur des chemins de fer nationaux canadiens.Vice-Président : W.F.CARSLEY., Vice-Président : TANCREDE BIENVENU, Administrateur Lake of the Woods Milling Co., administrateur du Crédit Foncier Franco-Canadien.M.G.M.BOSWORTH, Président “Canadian Pacific Ocean Services Limited”.M.ÊMILIEN DAOUST, Vice-Président do la Librairie Bcauchemin, Limitée; Commissaire du M.S.-J -ÎTrOLLAND, Président de ia Cio de Papier Rolland, Limitée.L’Honorable NEMESE GABNEAU, C.L.Québec, président de la Société Générale des Eleveurs de la Province de Québec.BUREAU DES COMMISSAIRES-CENSEURS Président : Hon.Sir ALEXANDRE LACOSTE, C.R., Ex-Juge en Chef de la Cour du Banc du Bol.Vice-Président : Hon.N.PERODEAU, N.P., Ministre sans portefeuille du Gouvernement Provincial, administrateur Montreal Light, Heat and Power Co., Limited.M.J.-AUGUSTE RICHARD, Administrateur de l’Université de Montréal; Propriétaire du Fashion Craft.BUREAU-CHEF : Directeur Général : M.TANCREDE BIENVENU.M.J.-A.TURCOT, Secrétaire.M.M.LABOSE, Surintcndunt general.M.C.-A.ROY, Chef du Bureau de Crédit.AUDITEURS REPRESENTANT LES ACTIONNAIRES M.ALEX.DESMARTEAU.Montréal.M.J.-A.LARUE.Québec.111 Succursales dans les Provinces de Québec, Ontario, Nouveau-Brunswick et I lie du Prince-Edouard.il.m> PÀPIER D’EGYPTE ANTISEPTIQUE PARFUMÉ Pour purifier l’air des habitations En vente, 10 sous le cahier de 32 usages, dans toutes les pharmacies, librairies, etc.ECHANTILLONS GRATUITS -.• .N Nous adressons, gratuitement, sans frais, un cahier-spécimen pour huit usages, à toute personne qui nous en fera la demande.DEPOSITAIRES POUR L’AMERIQUE DU NORD ROUGIÈR FRERES, 63, RUE NOTRE-DAME EST MONTREAL ’ REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE ŒL.ton Chemin 'E courez pas au luxe et au plaisir qui cachent sous leurs brillants appâts l’indigence, la pauvreté, la misère.Suivez le chemin droit du Devoir, de la Sobriété, de l’ÉPARGNE, qui conduit sûrement à la prospérité et au bonheur.d Epargne de la Cite et du District de Montreal l'Bureau Principal et Seize Succursales à Montréal.:: :: A.P.LESPÉRANCE, Gîtant Général.ABRimi jggg&ftB» Revue Trimestrielle Canadienne MONTRÉAL SEPTEMBRE 1922 EMILE MILLER Les témoignages qui se sont exprimés autour de la tombe d’Emile Miller ont été unanimes de respectueuse sympathie et d’admiration.Sa mort, acte de pur dévouement envers son fils, a couronné; une vie faite de labeur et d’abnégation.Il mérite pleinement l'hommage qui consacre sa mémoire.Emile Miller était géographe, fonction assez peu courue parmi nous.Le choix d’une pareille carrière laisse déjà soupçonner une volonté arrêtée de faire servir de longues et patiente?recherches à la diffusion d’une science jusque-là mal jugée et traitée en revêche.Doué d’imagination, il vit quel avantage on pourrait tirer de l’application à notre pays des méthodes si heureusement renouvelées par les maîtres français et autres.il s’orienta vers la géographie humaine.La géographie humaine dépasse la géographie physique de toutes les activités économiques et sociales des hommes.Elle ne se borne pas à un simple relevé .le ri if res.de reliefs ou do centres; mais elle anime le cadre où l’homme habit • et construit.Avec l’aide de 1 histoire et des sciences économique?, elle explique le milieu et ses transformations successives: l'habitat, l’instrument, la mise en oeuvre des matériaux, la lutte contre les insuffisances, l’utilisation des facilités offertes par le sol.On voit ainsi surgir sur 1 étendue d’un territoire l'oeuvre humaine conditionnée par l’ambiance.Heureuse conjugaison de résultats scientifiques, qui ajoute un singulier intérêt à l’étude des peuples et des pays. 264 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Emile Miller réunit ses premières conclusions dans un ouvrage, souvent cité depuis : T erres et peuples du Canada.C’est une synthèse, nécessairement ramassée comme toutes les généralisations, où l’auteur n’a guère recours au détail si ce n’est pour étayer un ensemble de données directrices.Il utilise simultanément la géographie, l’histoire et la politique, dont il dégage les influences complexes.L’esquisse de la géographie du Canada, qui forme le premier chapitre, accumule les larges traits de notre terre, “couronne d’un monde,’’ si vaste qu’il serait impossible de rêver d’une ascension qui nous permît d’en préciser les contours rugueux: “la mer luttant dans des arènes de granit, un estuaire où se confondent le fleuve et l’océan, des méditerranées douces aux calmes plats et aux terribles colères, des rivières silencieuses ou précipitées en cascades, des fleuves tonnerres, des monts solitaires au milieu d’une fertile vallée, des steppes de la faim, des chaînes de montagnes, trônes des deux saisons, d’où l’on découvre une plaine illimitée.Terres de tous les âges, de toutes les vicissitudes, de toutes les physionomies, de toutes les valeurs, vêtues à même la flore de deux zones; ici tout est immensité et multitude; un peu de tous les pays et plus qu’en tout autre pays!” Ces lignes, tracées au début du livre, indiquent de quel souffle il procède.Sur ce territoire, deux peuples ont vécu l’un près de l’autre.Emile Miller raconte ces colonisations: la première, moins active à certains points de vue mais lourde de traditions durables, la seconde marquée d’esprit pratique impérialisant.La Confédération a fondu, au moins en ce qui touche l’administration, les Etats coloniaux disséminés jusque-là.Il reste à rechercher si l'autre union est réelle et profonde.Etudiant “les influences géographiques,” Emile Miller passe en revue les groupes de provinces qui constituent des divisions naturelles de notre territoire: les provinces atlantiques, le Québec et 1 Ontario, les provinces médiales et la Colombie.On assiste ainsi à une sorte de localisation des énergies, provoquée par des milieux différents où les typés d’origine variée tentent leurs entreprises.Cela conduit l’auteur à dégager, dans un dernier chapitre, les “problèmes canadiens:” problème des races, influence américaine, poussée impérialiste et réaction nationaliste.¦ NOTEE COLLABORATEUR ÉMILE MILLER 265 Cet ouvrage demeure une sorte d’introduction à 1 oeuvre que l’auteur devait poursuivre avec la plus généreuse ardeur.Il est encore très mêle d’histoire et de politique: sur la scène du territoire, il fait mouvoir des foules que des sentiments divers, hérités ou acquis, agitent et conduisent.Plus tard, Emile Miller devait publier un second livre: Pour qu’on aime la giographie, dont il donna deux-chapitres à notre Revue, et où il s’explique davantage sur la science qu’il avait élue.La première partie est consacrée à la “découverte de la terre” et à “l’évolution de la géographie,” pages de recherche et de doctrine; la seconde nous rapproche encore du Canada et, à propos de questions d’ordre théorique, nous fait voir toute la richesse que la géographie canadienne, tout en conservant son “individualité,” peut puiser dans les autres sciences: géologie, météorologie, botanique, zoologie.Nous conseillons au lecteur de lire le chapitre intitulé: Au service de Vhistoire.Il révèle la méthode nouvelle du géographe et montre comment le milieu peut expliquer le mode de notre colonisation et l’évolution de nos activités fondamentales.Cette méthode, Miller l’avait développée au cours des leçons qu’il avait accepté de faire à la Faculté des Lettres sur la géographie générale, à l’Ecole des Sciences sociales, économiques et politiques sur la géographie humaine.Comme tant d’autres, il avait accumulé dans des dossiers les résultats de ses poursuites à travers le domaine qu’il s’était largement tracé.Los prix exorbitants que la guerre imposait aux auteurs, le peu d’espoir de vendre des livres que le grand public néglige de parti pris pour se procurer, à la petite semaine, la dernière grande collection américaine ou anglaise ou la plus récente fadaise néo-romanesque où l’inspiration habite une masure, lui faisaient redouter de confier à l’impression ces travaux de longue course.Il les a laissés des mains pieuses: nous souhaitons qu’ils soient répandus et qu’ils animent l’esprit de ceux qui, dans des sphères plus modestes, ont à vivifier l’enseignement.Car l’oeuvre de Miller est féconde.Ce n’est plus, répétons-le, la géographie sèclie comme l’arête d’un graphique; mais une science vivante, colorée, ample, et qui a ce suprême mérite de nous faire connaître et aimer notre pays.Et cela n’est pas une simple formule patriotique, mais une vérité.Nous ne connaissons pas notre pays.Ceux meme qui l’ont parcouru ne le connaissent pas comme ils devraient.Ils se sont arrêtés à un paysage, un instant, sans en recher cher la signification.Ils n’ont fait que passer, sans interroger les choses REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE 266 qui parlent des hommes et du temps.Quidoncaprisgardeausoh : aux raisons de sa fécondité; qui donc a voulu suivre sur la terre même l’effort de colonisation et de civilisation; qui donc pourrait nommer dix de nos arbres, sans hésiter, et une douzaine de nos fleurs ; qui encore désignerait sans broncher nos montagnes et qui no' vallées?Que de moissons pourtant nous rapporterait une culture attentive.Est-il un livre d’histoire qui vaille, de ce chef, la côte du Saint-Laurent depuis le ( lolfe où plongent les rochers de la Caspé-sic jusqu’à 1 île d Orléans où tout rappelle la splendeur de notre terre canadienne?Apprendre le pays, voilà un article à inscrire au programme d’action national que l’on voudra sans doute élaborer le jour où les Canadiens français s’aimeront ; s’aimeront assez pour reconnaître qu’il est des points essentiels sur lesquels ils doivent se mettre d'accord, en toute certitude.Voilà le fondement de 1 idée de patrie, et c’est la géographie humaine qui nous le découvre.Emile Miller le comprit, qui employa sa vie à enchanter pour nous le décor où nous vivions sans regard.Peu d’hommes ont aimé mieux leur pays.20 septembre 1922.Edouard Montpktit. LA CONGRÉGATION IRLANDAISE DE MONTRÉAL Il est probable qu’il vint des Irlandais au Canada, dès les premières années de la colonie, comme il y vint des Italiens (Sébastien de Villieu), dos Suisses (Jacques Bizard), des Ecossais (Abraham Martin), et même des Allemands.On sait que de juin 1668 à février 1758 le Conseil Souverain enregistra 13 “actes de naturalité, atteignant plus de 130 individus, en très grande majorité Anglais de la Vieille ou de la Nouvelle Angleterre, et 13 Irlandais.Il y eut deux naturalisations en masse, au mois de mai 1710 et en juin 1713.Parmi ces nouveaux Français, on trouve Jean Lara, Jean-Baptiste Ohé, Germain Aubrey dit LaRose, Jean Crony dit St-Jean, Charles LcMaire dit St-Germain, Jean-Baptiste Lorcol, Jean Laska, un autre Jean dit d’Irlande, Jean Ilolond, Denis Byrne, et plus tard (7 mars 1724) Timothé Sylvain.Est-ce à dire qu’il ne vint pas d'autres Irlandais que ceux dont il est fait mention dans les actes de naturalisation ?Nous ne le croyons pas.Ainsi Claude Thomas, Anglais de naissance, ne se fera naturaliser qu’après 45 ans de séjour au pays.C’est en 1753 et il a encore 22 enfants vivants, qui se sont sans doute toujours considérés comme Français.Ce cas n’est pas nécessairement exceptionnel.L’orthographe francisée de bien des noms propres étrangers rend plus difficile encore le dénombrement les Irlandais de cette époque.Quand on songe qu’une branche des Aubry sont dos O Brennan, et que Timothé Sylvain est un O’Sullivan, on peut passer sui bien des actes de baptême sans se douter de quoi (pie ce soit.Tant que dura le régime français, les citoyens naturalisés adoptaient la langue et la religion de la colonie.Après la Conquête ce fut tout autre chose1: les soldats irlandais des régiments de \\ olfe et de ses successeurs; les marchands arrivés dans la suite, conservèrent leur religion et leur idiome; du moins, rien ne les forçait à en changer , hormis la conviction ou l’intérêt.Nous n’aurons pas à suivre les destinées de ces nouveaux-venus.Mais il est évident que des catholiques de langue anglaise devaient nécessairement 268 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE s’introduire dans les villes et y croître en nombre.On sait que, en 1792,1 M.Octave Plessis, alors curé de Québec , se met à apprendre l’anglais parce qu’il a des paroissiens irlandais.2 A Montréal, dès 1766, apparaissent des noms irlandais dans les registres de baptême, les Makarty, par exemple.D’années en années ils augmentent.A la fin du XVIIIe siècle (1797), nous trouvons des Kennedy, des Milony, des Obraïn, des Ogden, des Ryan, des Stringer.En 1817,3 nous comptons 72 enfants nés de parents portant des noms anglais, écossais ou irlandais.Et pourtant, rapporte la tradition, lorsqu’on voulut, cette même année, réunir les catholiques de langue anglaise à l’église de Bonsecours, il y en eut tout juste pour couvrir un tapis ordinaire, pas assez pour remplir la sacristie.C’est sans doute que les officiers et les soldats catholiques du 99e Régiment Irlandais, alors en garnison à Montréal, et les civils de même nationalité étaient assez familiarisés avec le français pour suivre tous les offices à la Paroisse.Mais cette situation allait subitement changer.A la suite des guerres napoléoniennes et de lois malhabiles et inopportunes appliquées à l’Irlande, un premier navire chargé d’émigrants se fréta à Cork, le 15 mai 1817, et arriva à Québec le 16 août.En 1819, on croit, sur le témoignage de Christie, que 13,000 Irlandais avaient débarqué au pays.Nicholas Flood Davin écrit que, de 1819 à 1S25, il en vint plus de 6S,000, et de 1825 à 1831.50,000 autres, qui s’établirent pour la plupart à Québec, à Montréal, et dans l’Ontario.Cette immigration ne devait point s’arrêter, et l’on sait qu’un contingent considérable4 fut décimé par le typhus, 1 En 17S4, le Rév.M.O’Donnell, de Tipperary, fonda une colonie irlandaise, dont il devint évêque en 1796, dans l’île de Terreneuve.— “The Irishman in Canada, p.101.” 2 Trcnre-trois ans plus tard, Mgr Plessis écrita une lettre pour exhorter les Canadiens à adopter des orphelins irlandais.3 Nicholas Flood Davin, l’auteur de “The Irishman in Canada” écrit que avant 1804, l’église de Bonsecours et l’église des Récollets avaient été placées à la disposition des Irlandais.Le fait est vrai, mais Davin l’antidate de 13 aimées.4 On ht, à la page 410, de l’Histoire du Canada de Desrosiers et Bertfand, que à cette date, “Cent mille Irlandais que la famine forçait de s’expatrier arrivèrent à Québec dans des conditions de détresse épouvantable.Par suite de l’aménagement défectueux des navires de transport, le typhus s’était déclaré parmi eux.Des secours furent organisés; le peuple, le clergé, les gouvernant rivalisèrent de zèle et de charité.L'épidémie avait fait plusieurs milliers d’orphelins; ils furent recueillis dans les familles canadiennes.” Nous ne savons où ces historiens ont trouvé le chiffre de 100,000.Il nous paraît exagéré. LA CONGRÉGATION IRLANDAISE DE MONTREAL 269 en 1847, quelques mois après l’ouverture de l’église St-Patrice.Près de deux cent de ces malheureux, chassés de leur pays par la famine, avaient fait naufrage à bord du Carrick, sur la côte du cap des Rosiers, dans le Golfe.Un monument y fut élevé en 1900.A Montréal près du pont Victoria un autre monument rappelle la terrible épidémie.Nous pensons donc, en nous appuyant sur la tradition, que jusqu’en 1817, la population catholique de langue anglaise à Montréal n’avait pas d’offices spéciaux, et que c’est à M.Jackson Richard, prêtre de Saint-Sulpice, qu’elle en doit la création.M.Richard, né le 21 février 1787, à Alexandria, en Virginie, était à vingt ans ministre protestant fort zélé.Ayant appris le bien que faisaient au Canada les Sulpiciens, il eut l’idée extraordinaire d’aller les convertir.Il se rendit en effet à Montréal; se présenta à M.Roux, alors supérieur du Séminaire; discuta avec lui et se laissa bientôt convaincre que l’erreur était toute de son côté.C’était en août 1807.Il se fit baptiser en octobre de la même année, étudia la théologie et fut ordonné prêtre le 25 juillet 1813.Jusqu’à sa mort, arrivée en 1847, on le trouve à Montréal, sauf durant deux années, de 1826 à 1828, qu’il passa en France, à la Solitude de Saint-Sulpice, et dans la Ville Eternelle.Il y avait donc quatre ans que M.Richard était prêtre quand l’idée lui vint de réunir , le dimanche, les fidèles de langue anglaise à l’église de Bonsecours.Il avait dû se rendre compte, à mesure qu’il connaissait mieux la vie spirituelle de la ville, qu’il y avait du bien à faire de ce côté.Bonsecours, en ce temps-là, ne portait pas sur son chevet le haut édicule qui domine notre port; sa façade, très simple n’avait qu’un clocher, et sa nef ne disparaissait pas comme maintenant sous les plaques de marbre.C’était un sanctuaire modeste, couvert de boiseries sculptées, à la manière de nos vieilles églises canadiennes.M.Richard y avait convoqué les Irlandais, un beau dimanche avec la promesse alléchante d’un sermon en anglais.Ils y vinrent, mais si peu nombreux, que le nouveau chapelain jugea à propos de les faire passeràla sacristie.L’orateur dut être habile et séduisant, car l’auditoire ne tarda pas à s’accroître.5 Cet accroissement même s Cependant, en 1819, l’Almanach des adresses de Montréal, ne révèle qu’une trentaine de noms de consonance irlandaise. 270 BEVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE devint gênant pour les Canadiens français, de sorte que, sans quitter tout à fait Bonsccours, la Congrégation irlandaise se réunit plutôt à l’église des Récollets.Cette église avait été construite vers le milieu du XVIIIe siècle .Elle était située rue Notre-Dame, un peu au-delà de la rue Saint-Pierre, juste en face de la ruelle Dollard.Après la Conquête, les propriétés des Récollets étant tombées dans le domaine de la Couronne, le couvent devint une caserne et la chapelle servit aux offices alternativement catholiques et protestants jusqu’en 1792, lors de la construction de l’église Saint-Gabriel, qui était encore debout, il y a quinze ans, à l'extrémité sud-ouest du Charup-de-Mars.En 1817, le Gouvernement échangea les Récollets avec l’île Sainte-Hélène qui appartenait au Baron Grant, seigneur de Longueuil.M.Grant possédait parle fait de cette transaction tout le terrain limité actuellement par les rues Saint-Pierre, Notre-Dame, McGill et LeMoyne.Il ne fit pas difiiculté de vendre à la Fabrique Notre-Dame , le 26 juillet 1818, et l’église et le couvent.La Fabrique y entreprit immédiatement des réparations qui durèrent 8 années.Mais déjà en 1824, M.Richard avait ouvert une école dans l’aile ouest du couvent, et dès 1825, la Congrégation se réunissait à l’église.L’année suivante, le 15 juillet, la Congrégation encore à l’étroit demande à la Fabrique d’agrandir la chapelle.La requête est signée de 12 noms, y compris celui de M.Phelan, leur chapelain, qui remplaçait M.Richard parti pour l’Europe.« Enfin, le G juin 1830, les catholiques irlandais prient la Fabrique d’allonger la chapelle par le devant, d’y ajouter deux jubés et de transporter sur les lieux l’ancienne façade de Notre-Dame.Tout fut accordé, même la dernière faveur: il faut se rappeler en effet que la Paroisse ayant été inaugurée en 1829.on démolit l'ancienne église, sauf la tour, en 1830.Le portail érigé par Gaston Chausscgros de Léry en 1723 lut donc donné, avec des ornements intérieurs, des dorures -aux Irlandais, et reconstruit devant leur chapelle.Malgré cet agrandissement, la Paroisse dut continuer de recevoir les soldats irlandais de la garnison, le dimanche, à 8 heures.M.Richard disait la messe pour eux, à l’autel de la Sainte Vierge, cl e Lea signataires étaient: John Turney, Thos.Neagle, Peter Dunn, Andrew Coulan, James Mathey, James Murray, Denis Cotterel, James McCabe, Michael O Meara, Peter Devins, Tho Madigan. LA CONGRÉGATION IRLANDAIS!: DE MONTRÉAL 271 prêchait.Beaucoup de laïques se joignaient aux militaires.Aux Hécollets, la foule était devenue si grande que nombre de fidèles assistaient aux offices, dehors, beau temps mauvais temps, et se répandaient jusque dans la ruelle Dollard.On conçoit que malgré le zèle des pasteurs une telle situation en se prolongeant ne pouvait qu'être nuisible à la Congrégation.Mais celle-ci n était pas riche et une église convenable aurait coûté très cher.Heureusement, les Irlandais trouvèrent en M.Quiblier, supérieur de Saint-Sulpice, un homme tout acquis à leur cause, et c’est grâce à lui s'ils virent s’élever leur vaste Saint-Patrice.Plusieurs démarches furent faites auprès de la Fabrique de Notre-Dame.Elles parurent aboutir en janvier 1841.La Congrégation promettait aux Marguilliers une somme de 3,000 livres et se mettait tout de suite en frais de les recueillir.7 Cependant, ce n’est que le 10 avril de l'année suivante, que nous lisons dans les Délibérations de la Fabrique: Résolu d’acheter un terrain “pour la construction d’une église convenable pour la population parlant la langue anglaise.” Sur le choix de ce terrain on hésita quelque temps.La Fabrique possédait un emplacement, acquis probablement en 1837, situé à l'angle des rues Craig et Saint-Joseph.D’autre part, le Séminaire venait d’acheterune propriété (4 avril 1842) de la succession Pierre Forretier, dans la rue Bleurv.Enfin, un encendie ayant déblayé un vaste terrain, angle Côté et Craig, les yeux se portèrent dans cette direction, au mois d’octobre.De fait aucun de ces sites ne parut convenable, et le 20 mai 1843, la Fabrique achetait de l’Honorable Rocheblave,8 un emplacement couvrant tout l’espace entre les rues Lagauchetière, Saint-Alexandre et Dorchester et limité par les constructions du Beaver Hall.Simultanément les intéressés avaient réglé la question non moins importante des plans de la future église.Beaucoup ont cru que Victor Bourgcau en était l’auteur; c’est une erreur.Victor Bourgeau travailla subséquemment à l'intérieur de l’église.9 Mais l'architecte fut le R .-P.Martin, de la Compagnie de Jésus.Le Père r Nous possédons la liste de souscription du 73e Régiment , datée du 13 murs 1841, for the purpose of building a church dedicated to St-Patrick,” et qui rapporta £ 19-1-3.s Pour la somme de $20,000.’ La première chaire est de lui; de même l'ancienne galerie. 272 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Vignon, son biographe, l’affirme, et deux lettres de cette époque en témoignent.Le 26 octobre 1844 le P.Mainguy écrit que “le P.Martin a fait les plans et en dirige l’exécutionet cinq ans plus tard, le 11 septembre 1849, le P.Beaudry, parlant de Montréal, dit: " Il y a trois églises catholiques spacieuses; celle des Irlandais, construite par le P.Martin, dans le style du XIII, très pur.” Le P.Martin, né à Auray, (France) en 1804, était le frère d’Arthur, archéologue, dont les travaux sur les vitraux de Bourges sont remarquables.Lui-même aimait les arts et dessinait .Entré chez les Jésuites en 1823.il avait enseigné de longue années dans leurs collèges, et y avait eu comme élève M.Quiblier.Il était naturel que celui-ci, lors de la venue à Montréal, le 31 mai 1842, de son ancien professeur pour prêcher une retraite, ait songé à mettre à profit ses connaissances artistiques .Les Marguilliers avaient résolu de construire une église de 180 pieds cîe longueur par 90 pieds de largeur, sans clocher.M.Quiblier fit porter les dimensions à 233 pieds par 105.Il alla plus loin.Il demanda à son architecte de construire une tour , en saillie non pas à l’extérieur, mais à l’intérieur de la façade, de telle sorte qu’elle ne parût au dehors qu’une fois les mursterminés, et que son achèvement devînt alors nécessaire à la bonne apparence du bâtiment.Quoi qu’il en soit de cette légende, la tour et sa flèche n’atteignirent jamais la hauteur prévue par l’architecte, ce qu’il regretta toujours.Elle a cependant 228 pieds d’élévation.Les sept premières pierres du nouveau temple furent bénites et posées le 26 septembre 1843.Monseigneur Ignace Bourget plaça la première, le Maire la seconde, puis à tour de rôle l’Orateur de l’Assemblée législative, le Juge en chef, le Président de l’Irish Temperance Association, le Président de la St-Patrick’s Society et le Président de l’Hibernian Benevolent Society.Il serait fastidieux cîe suivre dans les détails les progrès de la construction.Les entrepreneurs étaient MM.Comte et Marr.Leur cahier de dépense va du 1er juillet 1843 au 20 novembre 1847.Il semble que l’on couvrit l’église en fer blanc, au cours de 1845.L’été suivant, on travaille aux enduits de la voûte qui est en plâtre.Il est en outre décidé d’achever la flèche pour éviter une dépense supplémentaire de £200.En décembre 1846, la Fabrique de Notre- LA CONGREGATION IRLANDAISE DE MONTRÉAL 273 Dame, cède à Saint-Patrice, la grosse cloche nommée Charlotte 18 qni a servi longtemps à la Paroisse.La Charlotte était la plus grosse des cloches de Notre-Dame avant l’arrivée du carillon.Elle a été fondue à Londres, chez Pack & Chapman, en 1774, et porte comme inscription les mots : “Vox populi vox Dei” (la voix du peuple, c’est la voix de Dieu).Comme il arrive parfois pour les hommes, il nous a été impossible de découvrir son acte de baptême.Le 14 mars 1847, M.le Supérieur* 11 de Saint-Sulpice annonce que, la nouvelle église sera inaugurée le 17, fête de Saint-Patrice.Voici le rapport de la cérémonie, tel qu’enregistré dans le livre des Délibérations de la Fabrique de Notre-Dame.“Jean-Charles Prince, évêque de Martyropolis, Coadjuteur et Administrateur du Diocèse de Montréal.“A tous ceux qui les présentes verront savoir faisons : Que le dix-sept.mars, Fête de St-Patrice, mil huit cent quarante sept, Nous Nous sommes transporté processionnellement, sur les huit heures du matin, de l’Eglise paroissiale de Montréal à la nouvelle église splendidement construite au Faubourg St-Laurent de cette ville, et là en présence d’un concours extraordinaire de fidèles de cette paroisse et surtout d’une foule de Catholiques Irlandais, Nous avons bénit- solennellement le nouvel édifice sous le vocable de St-Patrice, Confesseur Pontife, et Apôtre de l’Irlande, et avons de suite célébré pontificalement le très-Saint Sacrifice de la messe, entouré d’un clergé nombreux et notamment de Mons.le Supérieur du Séminaire de St-Sulpice de cette ville et de plusieurs autres membres de sa maison.Le sermon de circonstance, en cette cérémonie, fut prononcé par Mr.J.Connelly, prêtre du susdit Séminaire.” Fait et passé au lieu, jour et.an que dessus.(Signé) J.-C.Ev.de Martyropolis, Admt.P.Billaudèle, Supr.Curé.Par Monseigneur l’Administrateur.L.-Z.Moreau, Pire Sous-Secrétaire.Les Mélanges Religieux de l’époque nous ont laissé une description de la fête, qui mérite d’être citée.10 Depuis 1010, St-Patrice possède un carillon.11 Ce n’était plus M.Quiblier, mais M.Billaudèle. 274 REVU K TRIMESTRIELLE CANADIENNE “Dès sept heures du matin les Irlandais s’étaient assemblés, dans la rue Ste-IIélène, près de l’église des Récollets, où ils se sont organisés en procession, ayant leurs magnifiques drapeaux et étendards partagés de distance en distance suivant les différentes sections.On remarquait surtout la belle bannière du Père Mathieu (Father Theobald Matthew) qui rappelait aux Irlandais la promesse qu’ils ont prise avec tant d’empressement de se soumettre à la vertu de Tempérance tant pour leur bonheur individuel que pour Celui de leur nationalité.La procession a défilé dans la rue Notre-Dame pour se rendre à la Place-d’Armes où elle a été jointe par le clergé (pie présidait Mgr l’Administrateur, elle a passé ensuite par la rue St-Jaçqucs, le Marché-à-Foin,12 la rue Radegonde.Arrivée au temple, elle s’est divisée en deux files, laissant un passage d’environ huit pieds pour le clergé qui entrait dans l’enceinte au son de (lod save the Queen, ensuite les présidents et autres officiers avec les bannières sont montés jusqu’au haut de la nef et en un instant l’église s’est remplie de toute cette vaste multitude.’’ “La messe a été célébrée solennellement avec musique par Mgr l’Administrateur, et M.Connolly, a donné un sermon très pathétique qui a duré près d’une heure.” “Ce jour sera certainement une époque mémorable pour les Irlandais de cette ville; la grandeur et la magnificence de leur temple témoignent de leur zèle et de leur religion.Cette église es), après l'église paroissiale qu’elle surpasse en beauté,1,1 la plus grande de la ville.L’intérieur est d’un style noble et élégant,1’ et quoiqu'elle ne soit pas encore décorée, elle a une apparence agréable; ses vitraux étroits mais élevés, dont les vitres sont peintes de manière à ne point obscurcir le jour, donnent une clarté qui réjouit l’oeil, etc.” 16 Cotte admiration pour le style de Saint-Patrice n’était pas partagée par tout le monde.Le critique d’art le plus autorisé de l’époque, Napoléon Bourassa, le juge beaucoup plus sévèrement.Il entre dans son appréciation un peu de cette antipathie naturelle à un architecte de profession pour l’oeuvre d’un amateur; de plus 1 : L actuel square Victoria.1 ’ Tout nouveau, tout beau.14 C’est d’une critique un peu vague.1; -Mélange religieux, Vol X.p.1G7. LA CONGRÉGATION IRLANDAIS» PE MONTRÉAL 275 le style ogival lui paraissait mal adapté au pays.C’est pourquoi il écrit, avec beaucoup de malice:10 “Lorsque je regarde cette grande machine, toute de pierre soigneusement taillée, perchée sur son coteau, avec ce grand air naïf, exposé à tous les vents dans sa gauche nudité,17 il me vient toujours à la pensée qu’elle n’a pas été construite sur les lieux qu’elle occupe, mais que les ouvriers ont dû la fabriquer à la boutique, comme les traiteurs font une tourte qu’on leur commande pour un dîner à domicile.Il me semble qu’ils ne pouvaient s’attendre à ce qu'elle serait tellement en vue; ou que, arrivéce au moment de l’installer, ils la trouvèrent si lourde qu'ils durent la morceler pour la hisser sur le côteau, la débarrassant de tout ce qui pouvait gêner la saillie, tranchant sur le chevet ces deux énormes entailles qui lui donnent une si piteuse mine: ils n’auront laissé l’avant si lourd que pour soulever plus facilement l’arrière.” “On voulait de la simplicité sans doute, mais la simplicité doit avoir les grâces de sa vertu.” ‘‘On aurait pu retrancher encore quelque chose à la toilette de (St-Patrice,) assez mince déjà, et la rendre plus avenante.Ces quatre ou six obélisques plantés comme ries sentinelles sur le pignon du fronton, cos deux rangs de cornichons recourbés qui leur servent de cortège, et même cette espèce de grand bonnet de coton pétrifié, qui fait les fonctions de campanile, en attendant un chef assez gigantesque pour le coiffer, tout cela pourrait disparaître sans grand inconvénient.” Il est visible que notre écrivain, s’amuse; il pousse sa description jusqu’à la charge; mais il y a du vrai dans ce qu’il dit.Passant à l’intérieur, il le trouve en progrès sur Notre-Dame, dont il traite la voûte de parapluie.1 * Le P.Martin avait fait peinturer les nervures de quatre ou cinq couleurs vives qui produisaient, dans le blanc universel de l’église, l’effet le plus dégagé.Les paroissiens finirent par s’en fatiguer et réclamèrent une décoration plus complète.Par une sorte de fatalité, ce fut, en 1861, encore un amateur qui s’en chargea: pour le nommer, M.Faillon.1 ‘ Revue Canadienne, 18G7.Vol IV, p.940.17 Les sky-scrapers qui l’entourent maintenant, n’existaient pas alors.18 Notre-Dame n’avait pas alors sa parure polychrome et son maître-autel. 276 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE M.Faillon n’était pas un amateur vulgaire .Il avait étudié sans sa jeunesse la numismatique et l’archéologie; il avait pris des leçons de dessin aux écoles du gouvernement , et se rendant de Tarascon à Paris, s’était astreint à faire des croquis de toutes les églises intéressantes.Plus tard, il avait été l’architecte de trois chapelles gothiques, celle de la Solitude de Paris (Noviciat de Saint-Sulpice), colle ties Visit an dines de Tarascon, et celle du Séminaire de Baltimore.Les Irlandais auraient pu tomber plus mal.D’ailleurs Napoléon Bourassa lui rend justice et avoue que la seconde décoration est une grande amélioration sur la première.Les voûtes et les murs blancs ont reçu de la couleur; on a remplacé les tons crus par des teintes adoucies; et les verres des châssis, sortis de l’atelier des Soeurs Grises, font un excellent effet.19 Mais il est une chose que le critique ne peut admettre : ce sont les autels qu’il qualifie “d’étagères, formées de tous les éléments du gothique lombard, revêtus de toutes les couleurs de la création, étonnant mélange de choses grêles, de choses lourdes, de choses qui se heurtent, qui se repoussent, assemblage fortuit de pignons, de jambages, de meneaux, de contreforts, d’arcs-boutants, de balustrades, de piédestaux, de consoles, de niches surtout.” tout cela élevé pour “jucher soixante-quatre bons hommes de plâtre,” Il nous semble que l’écrivain oublie pour le moment les rétables de certaines églises espagnoles, allemandes, anglaises et même françaises, qui abritent eux aussi un peuple de statues.N’importe, les Irlandais, qui ont le sens de l’humour, riront sans arrière-pensée en lisant l’aventure des “soixante-quatre bonshommes de plâtre,” et surtout de leur grand Saint-Patrice, dans l’atelier Carli.Mais quoi qu’on ait pu penser, à cette époque, déjà lointaine, de la décoration de Saint-Patrice, il est certain que deux réfections subséquentes l’ont enrichie et améliorée, au point d’en faire un intérieur très religieux et propice à la prière.A l’automne de 1893, on refit les peintures; les vitraux, jugés trop sombres, furent éclaircis;20 les lucarnes du toit furent doublées et jetèrent plus de lumière, àl’intérieur, àtravers les roses au' ° M.Faillon avait fondé avant 1802, au grand couvent des Soeurs Grises, un atelier de peinture sur verre.Mgr H.-S.Philbert, prélat romain, vint de Paris donner des leçons aux religieuses.En 1863, un autre peintre lui succéda.On faisait venir le verre de Paris, chez Heringer.Les premiers vitraux de St-Pa-trico et de l’hospice St-Joseph sont sortis de là.8 a Quatre de ces vitraux demeurent dans la galerie. LA CONGRÉGATION IRLANDAISE DE MONTRÉAL 277 dessus des grandes arcades; des ornements en terra-cotta, des teintes ivoirées et de l’or s’ajoutèrent à l’ancienne décoration;*1 deux immenses tableaux, de 31 pieds par 14, un “Sacré-Coeur” et une “Assomption,” couvrirent les panneaux du sanctuaire; le sanctuaire reçut encore des emblèmes, des écussons et des inscriptions; la double galerie du fond échangea ses piliers de bois pour des poutres de fer; un troisième orgue, sorti de chez Casavant, succédaau second; et tout autour de l’église se déroula une splendide boiserie, d’une douzaine de pieds d’élévation, qui encadre quatre autels de marbre, deux portes, les confessionnaux, les stations du Chemin de la Croix et une litanie de 150 petits tableaux de saints.22 A la vérité, les embellissements ne connurent point d’interruption; mais vers 1899, on peut dire qu’il y eut une nouvelle poussée de générosité qui enrichit encore notre église.L’ancienne chaire, dessinée et construite par Victor Bourgeau en 1847, était trop élevée et mal placée: elle fut abaissée et fixée au second pilier.Une gigantesque lampe du sanctuaire, pièce d’orfèvrerie de 22 pieds d’élévation, composée d’anges aux ailes déployées, de couronnes et de croix celtiques, vint compléter les projets de décoration élaborés par M.Alex Locke, dix ans auparavant.Enfin de magnifiques vitraux commencèrent à remplacer un peu partout l’ancien verre peint.Il y en a deux séries.Les quatre premiers de la nef: l’Imma-culée-Conception, Sairte-Anne, Saint-Patrice et Saintc-Brigide, avec les deux roses qui dominent les rétables des autels latéraux, sont de fabrique autrichienne: ils sortent d’un atelier d’Inspnick.Il s’en dégage une lumière blanche et un peu froide, qui ne s’harmonise pas parfaitement avec le brun des murs.Mais ils ne manquent pas de beauté.Plus neufs d’une dizaine d’années sont les autres vitraux de la nef et les quatre évangélistes du sanctuaire.Conçus et fabriqués à New-York, par M.Alex Locke, le décorateur de l’église, ils jettent une somptueuse lumière dorée qui est un charme.Ces hautes fenêtres à lancette, gigantesques meurtrières de 40 pieds de hauteur 11 M.Alex Locke, de New-York, est l’auteur de cette rénovation et des deux tableaux de sanctuaire.ts Cette boiserie remplaça avantageusement les grands tableaux de Pla-rnondon, — un chemin de Croix refusé par Notre-Dame, — qui avaient été offerts à St-Patnce, en 1847, pour orner la nudité de ses murs neufs. 278 REV UE TRIMESTRIELLE CANADIENNE par f>de largeur, portent chacune, dans le haut, la figure en pied de quelque saint ou sainte, cher au peuple irlandais: St-Columban, Ste-Marguerite, St-Augustin, St-Martin (au dessus des portes latérales: St-Pierre et St-Paul) et dans le bas une scène caractéristique de la vie de ces héros chrétiens, (sous la galerie on trouve les Anges gardiens et les Ames du purgatoire).Autour de ces scènes et de ces figures s’échafaudent des architectures gothiques dites “perpendiculaires.” Dans le sanctuaire , sur un fond d’or lumineux, plus simple, les quatre Evangélistes montent la garde.Enfin si l’on ajoute les deux autels latéraux en marbre, surmontés l’un d’un tableau de VAnnonciation, l’autre d’une mort île saint Joseph, on aura une idée complète de la splendeur de ce temple.Mais nous avons oublié l’admirable maîtrise des enfants de choeur; elle est sans doute la plus belle et la plus émouvante parure de Saint-Patrice.*** 11 importe maintenant de savoir ce (pie coûta Saint-Patrice, car les sommes enfouies dans cette construction amenèrent des démêlés qui tiennent à l’histoire de la Congrégation.Quand une église nouvelle devint nécessaire pour abriter les Irlandais, la Fabriqué de Notre-Dame venait d’inaugurer la Paroisse, qui avait englouti de fortes sommes, et en 1S40 les tours n’étaient point encore construites.On conçoit que, dans ces conditions, les Marguilliers *3 se fissent un peu prier.On se rappelle qu’ils avaient d’abord accepté un projet beaucoup plus modeste cpie celui qui prévalut ensuite, et qu’ils ne voulurent rien entreprendre avant que la Congrégation eût versé une somme de £3000.Ce n’était pas une fortune, mais les Irlandais n’étaient point riches et leur effort fut méritoire.La propriété Rocheblave, sur laquelle s’élève l’église avait été cédée pour £5000, c’est-à-dire $20,000, dont SG, 100 payés le jour de l’achat, $4,000 le 5 avril 1873 et 89,900 le 10 avril de la même année.Le cahier de l’entrepreneur marque, à la date du 20 novembre 1847, pour maçons, menuisiers, et certains matériaux, Un déboursé de £24,060-12-61^ De bait, la Fabrique déjà char- J > C’étaient MM.Alexis Laframboise, O.Berthelet, A.-M.Delisle, Louis Comte, John Donegani, Jean Bruneau, N.-B.Doucet, E.-M.Leprohon, Charles s.Rodier, L.-B.Leprohon, Hubert Paré, Albert Furniss. LA CONGRÉGATION IRLANDAISE DE MONTREAL 279 gée d’obligations, se sentit bientôt à la gêne et fit des arrangements avec le Séminaire.Il fut d’abord question, en 1845, de lui céder mie partie du terrain Rocheblave; niais le Séminaire ne fit pas cette acquisition;en revanche il s’offrit à prêter £5,500, dont £1,500 sans intérêt et £4,000 à rente constituée.Proposition jugée très gracieuse.Mais le 6 novembre de la même année on se demandait encore où trouver de l’argent pour terminer Saint-Patrice ?(M.Comte avait besoin de £1,500).Le Supérieur de S.Sulpice eut alors l’idée d’acheter le fer blanc qui restait pour £150.mais il en restait trop.Bref le 12 décembre 1847, la Fabrique dut emprunter ce qui lui manquait.L’église, inaugurée, n’était pas pour cela terminée: on l’a vu par l’histoire de la décoration.Il fallut des galeries, des bancs, une sacristie, des terrasses et un mur2 J autour de l’église: toutes ces dépenses s’accumulaient.On vendit donc à l’encan , le 12 octobre 1859, tous les terrains disponibles autour de l’église.M.l’abbé O’Brien les acquit en bloc pour £1,250 Ainsi l’on s’acheminait vers la crise qui eut pour origine le décret de Rome du 22 décembre 1865, et avant ce décret la résolution de Mgr Bourget de morceler la paroisse de Notre-Dame.Le 20 septembre précédent, l’ancienne église épiscopale de Saint-Jacques, passée aux mains de la Fabrique de Notre-Dame avait été érigée en paroisse canonique , malgré les protestations des Marguilliers.C’est la même attitude qu’ils reprennent ici.Le 28 octobre et le 4 novembre 1866,par ordre du grand vicaire Truteau, les Marguilliers sont convoqués à l’évêché.Ces Messieurs sont d’avis qu’on devrait faire de Saint-Patrice une succursale, et ils chargent sept de leurs membres de rédiger leurs raisons.Les rédacteurs partent du fait que le décret de Rome dit seulement qu’il sera loisible de diviser la paroisse-mère servatis de jure servandis.Leur argumentation se divise en deux parties qui se compellètrent; l’une a pour objet principal la paroisse elle-même, l’autre la population.Ils craignent que cette division de paroisse n’amène la séparation de Y Eglise d’avec VEtat\ Une division ne peut être faite que si la majorité des francs-tenanciers la réclame.Quant à la paroisse uniquement canonique, elle ne peut pas tenir de registres authen- 2 4 Plus tard une grille de fonte. 280 BEVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE tiques.Et puis St-Patrice n’est pas dotée; son revenu de £1,500 est insuffisant ; les deux chapelles canadiennes (celle du Gesû et celle de l’Evêché,) qui sont sur son territoire lui enlèvent les fidèles canadiens-français, et 1,500 Irlandais seulement, ce n’est pas assez pour remplir ses bancs;2 5 et puis la dette de Notre-Dame n’est pas payée et les Marguilliers avaient le droit de compter pour cela sur toute l’ancienne paroisse; et puis, toute nouvelle paroisse ne dépendant pas de Notre-Dame perd son titre à la bienveillance du Séminaire, et c’est le Séminaire qui payait la desserte; et puis enfin, si cette paroisse doit recevoir des fidèles de diverses langues, comment maintenir la paix parmi eux ?ne sait-on pas que, à propos de bancs et de sermons, il y a eu des querelles, des rixes mêmes au Faubourg-Québec et à Ste-Anne ?Tandis que par le système des succursales on obvie à tout cela.Plus de doute sur la légalité des registres.Chaque paroissien fait sa communion pascale, se marie, fait baptiser ses enfants, a son service funèbre, soit à l’église la plus voisine, soit à l’église-mèrc.La même Fabrique administre le tout, et les églises riches aident ainsi les pauvres.Serrant de plus près encore le cas de St-Patrice, le rapport ajoute: cette église a été construite spécialement pour les Irlandais, au prix de $136,000; toutes les souscriptions ont eu ce but; la population irlandaise a versé $35,000 pour la décoration et l’orgue; do ces avantages seront frustrés ceux qui vivront en dehors des limites de la nouvelle paroisse.De plus, Monseigneur ordonne que l’on prêche à la grand’messe dans la langue de la majorité; mais si la majorité est canadienne-française, que penseront les autres ?Enfin, par son érection en paroisse uniquement canonique, St-Patrice perd le droit de tenir l’étal civil des fidèles; et les mariages pour être reconnus par l’Etat devant être contractés dans une paroisse civile, il s’ensuivra des difficultés devant les tribunaux.Les signataires demandent donc l’érection de St-Patrice en simple succursale.Ce plaidoyer un peu diffus et par endroits exagéré, ne manquait cependant pas de valeur.Aussi Mgr Bourget ne revint-il sur le sujet qu’en 1874.Rappelant sa lettre du 21 novembre 1866, il nom- S6 Les Irlandais s’étaient dispersés aux deux extrémités de la ville: Ste-Marie, Ste-Anne. LA CONGRÉGATION IRLANDAISE DE MONTREAL 281 me les opposants d’alors: M.Bayle, supérieur du Séminaire, AI.Rousselot, curé de Notre-Dame, AI.Dowd, desservant de St-Pa-trice, l’honorable T.Ryan, marguillier comptable de Notre-Dame, l’honorable H.I.D.McGee, au nom d’une partie de la population irlandaise, et AI.Bergin, en son propre nom; il annonce qu’il passera outre à ces oppositions; mais il modifie sur un point ses premières décisions.A la demande de la Congrégation de la Propagande, Saint-Patrice ne servira qu’aux Irlandais et son territoire sera le même que celui de Notre-Dame.En attendant une Fabrique nouvelle, les Marguilliers de Notre-Dame nommeront pour les affaires de Saint-Patrice, trois procureurs agréés par l'évêque.Cette lettre est du 15 juillet, Le 25 octobre, Monseigneur revient à la charge au sujet des procureurs, et précise la manière dont il veut qu’on en fasse le choix: la Fabrique devra proposer neuf noms, parmi les fidèles domiciliés dans St-Patrice, et l’évêque prononcera en dernier ressort.Les Marguilliers, surpris, demandent un délai, et dès le 28 octobre, consultent leur aviseur légal, qui se trouvait être Al.L.-A.Jetté (plus tard Sir).En 1843, disent-ils, Monseigneur, faisant sa visite pastorale, reconnaît que la dette de Notre-Dame est de $204, 000.Néanmoins, peu après, il demande aux Marguilliers d’entreprendre la construction d’une nouvelle église pour les Irlandais.Or le coût de cette construction, y compris les intérêts (de $5 à 6000) payés chaque année à même les revenus de la Fabrique, atteint, $300,000.En vertu des décrets de Rome, la Fabrique de Notre-Dame administre St-Jacques, Ste-Anne, St-Joseph, qui sont sa propriété.St-Patrice est dans le même cas.Cette église ne possède rien en propre: à quoi bon des procureurs ?D’autre part, les décrets affirment que l’Eglise-mère ne doit point souffrir de détriment, diminution ou sûreté, des divisions proposées.C’est donc pour concilier ces décrets et les lettres de l’éveque avec leurs obligations et leurs charges, que les Alarguilliers ont recours aux lumières d’un homme de loi.Il faut ajouter que, en manière de protestation tacite, ils venaient d’élire dans leur sein un Irlandais notaire, AI.Murphy: et ce droit leur était contesté.M.Jetté, dans un beau mémoire, déclare que la paroisse de St-Patrice n’est pas une vraie paroisse en vertu de la loi du pays, qu’elle n’est pas séparée de colle de Notre-Dame, et qu’elle n’a même au- 282 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE cune existence légale.Donc, l’élection de M.Murphy comme mar-guillier de Notre-Dame est régulière.Suit une explication: l’autorité épiscopale peut ériger des paroisses canoniques, mais pour que celles-ci soient reconnues civilement, il faut que ladite autorité fasse des démarches auprès de l’Etat.Or, elles n’ont point été faites.2 0 Sur la question des procureurs, l’aviseur légal se prononçait non moins clairement.Il écrivait : “Dans l’état actuel des choses nous ne saurions donner une procuration sans définir les devoirs des procureurs et sans désigner quels biens particuliers ils auraient à administrer.Or ne reconnaissant aucuns biens particuliers à la paroisse canonique de St-Patrice, il s’ensuit que nous serions incapables de donner une procuration suivant les termes du décret.Il appert même par cette consultation qui paraît appuyée sur les meilleures autorités légales, que nous n’en avons pas le droit.” 27 Il restait, si l’on ne voulait pas désobéir à l’Ordinaire, l’appel à Rome.La Fabrique y eut recours en décembre 1874.Deux longs mémoires furent adressés aux Eminentissimes Cardinaux de la Propagande.Mgr Bourget se retira, en 1870, au Sault-au-Récollet avant que la question fût résolue.Elle ne reçut un commencement de solution que lors de la visite du délégué apostolique Mgr Conroy, en 1877.Le délégué s’était montré effrayé de la dette de la Fabrique de Notre-Dame et avait demandé que l’on fît tout pour la réduire.Comme on n’y était pas encore arrivé en 1881, les Marguilliers proposèrent alors à la Congrégation irlandaise de leur venir en aide dans la liquidation.A cet effet, Mgr Fabre publia, l’année suivante, le 15 novembre, un mandement où il prescrivait aux paroissiens de Notre-Dame, de Saint-Jacques et de Saint-Patrice de payer annuellement à la Fabrique, 82.00 par famille et 81.00 par individu indépendant ayant atteint sa dix-huitième année.En novembre de 1883, on s’aperçut que cette mesure n’avait pas produit le résultat attendu et que d’autre part l’église Saint-Patrice accusait un déficit de $4,500 par an.Il y avait er core un moyen : induire les 26 II n’y avait alors, à Montréal, que deux paroisses érigées civilement: Notre-Dame de Montréal et Notre-Dame de Grâces.27 Cette opinion de L.-A.Jetté était partagée par R.Laflamme C.R.et H.-F.Rainville, prof, de Dr.à McGill, et par J.Langlois C.R.et F.Langelier, prof, de Dr.â Laval. LA CONGRÉGATION IRLANDAISE DE MONTREAL 283 Irlandais à acheter leur église.A cette proposition, M.Edward Murphy s’opposa immédiatement, parce que, disait-il, on a l’air de supposer que cette dette est celle des Irlandais et non pas de la Fabrique; parce que cette idée a été rejetée naguère par Mgr Conroy; parce que cette charge, étant donné que de nouvelles paroisses ont été érigées retomberait sur une petite portion seulement de ceux pour qui l’église a été bâtie; parce que les Irlandais aident suffisamment à la Fabrique en achetant de vastes terrains au Cimetière; parce que cela amènerait la rupture du lien entre Saint-Patrice et la Fabrique; parce (pie enfin la motion a été proposée irrégulièrement, sans passer d’abord par le Comité des Finances.L’idée fit cependant son chemin.En février 18S4, Mgr Fabre autorise la Fabrique à présenter un bill à la Législature pour répartir la dette entre Notre-Dame et Saint-Patrice, et procurer la cession de cette dernière église aux Irlandais.M.'Paillon (plus tard Sir Olivier) est chargé de la rédaction du document.Mais un arrangement intervint.La Fabrique fait tenir un projet, le 6 avril, à M.Dowd, curé de Saint-Patrice; celui-ci répond, le 14, par de contre-propositions.10 Saint-Patrice paierait à la Fabrique une aide annuelle de 81,607.55; 20 le Séminaire remettrait à la Fabrique les 822,000 de sa dette sans intérêts, pour laquelle somme Saint-Patrice deviendrait responsable au Séminaire; 3° la Fabrique accorderait à Saint-Patrice l’usage de ses revenus directs, à la réserve des inhumations; 4° Saint-Patrice verrait à son propre entretien et à ses réparations; 50 quand Saint-Patrice aura payé les $102,390 qu’elle doit encore, la propriété lui sera transmise, à la seule condition de répondre au Séminaire de la somme de $22,000 sans intérêt; 6° les affaires de Saint-Patrice peuvent continuer d’être régies par la Fabrique île Notre-Dame, comme par le passé.Cet arrangement fut accepté et signé par Mgr Fabre, le 15 avril 1884.Le même jour on retirait le projet (le loi soumis à la Législature de Québec, relativement à l’érection civile des paroisses canoniques.Enfin, le 3 mai 1903, la pleine propriété est reconnue à la Fabrique de Saint-Patrice, parce qu’elle a payé les sommes pour lesquelles elle s’était engagée, devant le notaire L.-O.Hétu, à la date du 23 avril 1884.Ce long et délicat conflit se termina heureusement par la consécration de l’église en 1906. 284 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Les démêlés au sein des conseils n’empêchèrent pas la vie spirituelle de prospérer.Nous voudrions maintenant énumérer les diverses oeuvres fondées au cours du siècle pour le profit de la Congrégation irlandaise et dire un mot du dévouement inlassable du clergé paroissial.Monseigneur Plessis en 1820, exhortait les fidèles canadiens à adopter dans leurs familles des orphelins irlandais.A Montréal, les Sulpiciens ne crurent mieux faire cpie de fonder un orphelinat, et nous savons qu’une école irlandaise occupait , cette année-là même, une des ailes du couvent des Récollets.Dix ans plus tard, en 1834, nous voyons apparaître la St-Patrick’s Society, fondée dans un but patriotique; en 1S40, la St-Patnck's ï otal Abstinence Society, la première du continent; en 1S4G, l’association pour les Domiciliary Visits and Assistance to Poor Irish ; en 1S47, la Society of Ladies of Charity of St-Pairick’s Congregation-, en 1849, le St-Patrick’s Asylum, pour les orphelins; en 1851, une école est ouverte où l’on reçoit les petites filles de cet orphelinat (les petits garçons vont à l’école de la rue Côté); en 1856, est fondé un Seminary of Young Girls, rue St-Alexandre; en I860, le St-Patrick s Home, pour les servantes; en 1862, la St-Patrick’s Benevolent Society; et les fondations d’écoles se succèdent, en 1862, c’est la St-Patrick s School, pour les filles, en 1863, la St-Patrick’s Model School de la rue Wellington, pour les garçons, en 1863, Y Academy of Young Girls de la rue Bleury, et Y Academy of Young Girls de la rue Ste-Marie.Il faut ajouter à ces oeuvres, le St-Bridget’s Home & Night Refuge, ouvert en 1865; la St-Patrick's Boy’s School sous M.Quinlivan; enfin la somptueuse construction du Congress Hall, inaugurée lors du grand Congrès Eucharistique international de 1910, ci la Catholic High School dernier en date.2 8 Inutile de dire que l’église St-Pa-triee possède les congrégations nécessaires à toute paroisse bien organisée: la Société du Scapulaire, le Rosaire, les Catéchismes, les Enfants de Marie, et les Associations de Jeunes Gens, dont l’une, le Club Columbian, réunit les étudiants catholiques irlandais de nos universités.2 9 2 8 Du moins quant à sa nouvelle demeure.2 9 Depuis 1899, se prêchent à St-Patrice, des retraites pour les Protestants qui désirent s’éclairer. LA CONGRÉGATION IRLANDAISE DE MONTREAL 285 Ces oeuvres sont toutes de fondation sulpicienne, et il n’est que juste de faire remarquer ici que Saint-Patrice doit beaucoup à Saint-Sulpice.On a vu que le premier prêtre qui s’occupa spécialement des Irlandais de Montréal était du Séminaire, et, de nos jours encore, après plus d’un siècle, le curé de Saint-Patrice appartient à cette vénérable maison.Il faut dire cependant que les Jésuites et les prêtres séculiers eurent aussi leur part dans le travail de cette paroisse.En effet, pendant et après les sombres mois du typhus qui virent succomber à la tâche cinq prêtres et sept religieuses, le Supérieur du Séminaire invita les Jésuites de New-York à venir prêter main-forte à scs propres sujets.Deux Pères, les PP.Férard et Schianski, répondirent d’abord à l’appel.Quatre autres les suivirent et demeurèrent parmi nous de 1848 à 1851: ce sont les PP.Tellier,30 Driscoll, Dumerle31 et MacDonnell.Saint-Sulpice offre alors aux Jésuites de se charger des Irlandais.Les Révérends Pères acceptent à demi jusqu’à ce qu’ils aient un collège.Ils se considèrent dès ce moment comme vicaires prêtés pour quelque temps.“Leurs occupations ordinaires, dit le P.Larcher (1 oct.1850) sont celles des vicaires de la paroisse : parcourir la ville nuit et jour, confesser, chanter la grand’messe, faire le prône ou prêcher à son tour.” Ils obéissent comme à leur supérieur propre au Supérieur de Saint-Sulpice, et celui-ci s’est engagé à les laisser suivre leur règle autant que possible.Leur résidence était à l’angle des rues Dorchester et Saint-Alexandre.Vis-à-vis s’éleva une maison de bois de 64 pieds par 24, (pii abrita les premières classes du Petit Collège.Les élèves allaient à la messe à Saint-Patrice et les Pères professeurs aidaient leurs confrères au ministère.Quant aux prêtres séculiers, on sait que depuis 1908, ils se dévouent à la Congrégation de Saint-Patrice, sous la direction de M.McShane.Ils ont la consolation de constater que l’unique paroisse de 1847 a maintenant décuplé, — il y a en effet 12 autres 30 Le P.Tellier partit pour Kingston en 1850.31 Les Irlandais surent témoigner leur reconnaissance au P.Dumerle, en suivant sa dépouille mortelle jusqu’à l’église Saint-Jacques, en très grand nombre. 286 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE paroisses32 de langue anglaise clans la ville et le diocèse, — et que les 1200 fidèles d’alors sont devenus près de 60,000 : champ immense et fécond ouvert à leur zèle.Il sera intéressant de donner ici la liste de leurs devanciers et d’ajouter quelques notes biographiques sur les plus célèbres d'entre eux.Nous les séparerons en trois groupes: ceux qui dirigèrent la Congrégation irlandaise jusqu’à l’inauguration de l’église Saint-Patrice; la recrue envoyée par le Primat d’Irlande; ceux qui se joignirent à ces derniers dans la suite.Nous ne reprendrons pas la biographie de M.Jackson Richards.On se rappelle qu’il fut le premier instrument de la Providence dans l’organisation religieuse des Irlandais à Montréal et qu’il leur sacrifia sa vie même, en 1847, lors de 1 épidémie du typhus.Il faut placer auprès de lui M.Patrick Phelan, né à Balliragget-Ossory (Co Kilkenny) en Irlande, le 1er février 1795.Vers 1822, il quitta son pays et se rendit à Boston.Mgr de C’heverus, alors évoque de cette ville, l’envoya au Séminaire de Montréal étudier la théologie.Il fut ordonné le 26 septembre 1825, par Mgr Lartigue, dans la cathédrale St-Jacques, angle St-Denis et Stë-Catherine.3 3 Agrégé au Séminaire le 21 novembre suivant, il se consacra immédiatement à la Congrégation irlandaise.Ce ministère dura jusqu’en 1842.M.Phelan fut, en toute circonstance, l’homme du courage et de l’ordre.Pendant les épidémies de choléra de 1832 et 1834, il fut héroïque, et se mérita ainsi la confiance illimitée de ses paroissiens.Cette confiance , il sut la mettre à profit dans 1 intérêt de la paix, pendant la Rébellion de 1837.G est lui, en outre, qui organisa la lutte contre le trafic illégal des alcools et fonda, en 1841, la St-Patrick’s Total Abstinence Society.Tant de qualités trouvèrent bientôt un champ d’action plus vaste.Mgr Remi Gaulin, évêque de Kingston, fit de M.Phelan son grand-vicaire, et le nomma curé de Bytown, en 1842.L’année suivante, le grand-vicaire devenait coadjuteur.Il mourut évêque de Kingston, en 1862.Avec MM.Richards et Phelan travaillèrent, de 1843 à 1847, M.Patrick Morgan, né à Colon , en Irlande, en 1815, et victime du “black 1847;” M.James McMahon, également Irlandais, 32 Ce sont: Notre-Dame du Bon Conseil, Sainte-Agnès, St-Aloysius, Ste-Anne, St-Antoine, St-August in de Cantorbéry, St-Domimque, St-Cabriel, St-Ignace de Loyola, St-Michel.St-Thomas d’Acjuin, St-M ilbrod.3 3 Ce fut la première ordination faite dans cette cathédrale. LA CONGRÉGATION IRLANDAISE DE MONTREAL 287 qui vécut au milieu de nous de 1843 à 1848, se rendit ensuite aux Etats-Unis, où il mourut après 1900, un des fondateurs de l’Université Catholique de Washington; M.Pierre-Adolphe Pinson-neault, né à St-Philippc de Laprairie, en 1815, appliqué au ministère parmi les Irlandais de 1842 à 1849, et devenu premier évêque de London , en 1856; enfin, M.John-Joseph Connolly.M.Connolly, qui fit le sermon d’inauguration à Saint-Patrice, en fut aussi le premier pasteur.Né en Irlande, le 8 mars 1816, il vint jeune au Canada et reçut son instruction au collège de Montréal, où il enseigna l’anglais, son cours terminé.Ordonné prêtre en 1844, il entra à Saint-Sulpicc quelque temps après et devint curé de Saint-Patrice.Sa conduite pendant les épidémies fut édifiante.Il avoua avoir alors préparé à la mort , durant plus de six semaines, une cinquantaine d'adultes par jour.En 1860, il quitta la Conpagnie de Saint-Sulpice, sous l’effet de ce qu’il appela “a deep sense of duty,” se rendit à Boston, et y mourut trois ans plus tard.34 Le second groupe des prêtres qui consacrèrent leur vie à Saint-Patrice, vint à Montréal sur les instances de M.Quiblicr.Le Supérieur du Séminaire, ayant résigné ses fonctions, était parti pour l’Angleterre, en 1846.Ami toujours fidèle des Irlandais, il alla trouver Mgr Crolly, évêque d’Armagh, primat d'Irlande, lui exposa les besoins de ses compatriotes à Montréal, et oblint de lui qu’il dirigeât quelques-uns de ses prêtres vers le Canada.Ainsi nous furent envoyés MM.Dowd, O’Brien et McCullough.M.Patrick Dowd naquit en Irlande, à Dunleer (comté de Louth), en 1813, et fit ses études théologiques au Collège des Irlandais de Paris, à partir de 1832.Ordonné prêtre le 20 mai 1837, par Mgr de Quélen, archevêque de; Paris, il retourna exercer son ministère pendant dix ans dans son pays natal, notamment à Clogher, puis à Drogheda, puis au séminaire d’Armagh, puis à Cullyhanna, enfin au palais archiépiscopal d’Armagh.C’est là que, après la visite de M.Quiblicr, il se détermina à entrer à Saint-Sulpice.Sa Solitude 3 6 faite, en 1847, il passa au Canada.Peu de temps après son arri- 3 * Un M.O’Connell travailla aussi avec M.Richards, puis exerça son ministère à Ottawa, et vint mourir à Montréal, âge de plus de 99 ans.3 6 Nom que porte le noviciat de Saint-Sulpice, à Issy-les-Moulineaux, près Paris. REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE 288 vée, il fonda, de concert avec les Soeurs Grises, l’Orphelinat Saint-Pa rice (1849-51).Quand M.Connolly quitta la desserte de Saint Patrice, en 18G0, il lui succéda: il restera à ce poste jusqu’en 1891, date de sa mort.Fondateur, en 1849, des bazars annuels de charité au profit de l’Orphelinat; en 1865, de St-Bridgel’s Home; en 1872, de Y Académie St-Patrice qu’il confia aux Dames de la Congrégation; il s’occupa en outre de la décoration intérieure de l’église et fut mêlé à l’affaire du démembrement de la paroisse Notre-Dame: on ne s’étonnera pas qu’il fût en faveur du statu quo, les intérêts de son église l’y poussaient.En 1877, il organisa un grand pèlerinage irlandais à Lourdes et à Rome, pèlerinage qui faillit tourner en catastrophe.On fut, pendant des semaines, sans nouvelles du navire qui le portait, et ce n’est que par hasard que le yacht royal d’Angleterre le rencontra, à la dérive, hors de la route.Les dons d’esprit et de coeur de M.Dowd devaient fatalement le désigner à l’épiscopat.A deux reprises il refusa cet honneur, les sièges de Toronto et de Kingston lui ayant été offerts.Il préféra rester sulpicien et curé de ses chers Irlandais.Il mettait à leur service beaucoup de piété et de zèle.Son éloquence, pleine de coeur, ne manquait pas d’un fond solide de théologie.Séduisant en société, il pratiquait une hospitalité toute irlandaise, assaisonnée d’humour.Homme de gouvernement au premier chef, on peut dire en outre, que Dieu l’avait doué d’un esprit vraiment supérieur.C’est cet esprit qui organisa puissamment la paroisse-mère des Irlandais, et qui continue de planer sur ses destinées.MM.O’Brien et McCullough n’eurent pas sur la Congrégation une influence comparable à celle de M.Dowd, mais ils laissèrent eux aussi leur marque, surtout M.O’Brien.Né à Aughma-ger (Irlande) en 1810, il vécut à Montréal, de 1849 à 1S70.C’est lui qui se rendit acquéreur des terrains de St-Patrice, lors de l’encan de 1859 et se constitua ainsi le bienfaiteur insigne de ses compatriotes.Sans ce geste, peut-être l’église serait-elle encore plus étouffée qu’elle ne l’est entre de hautes constructions, et les “Congress Grounds” n’existeraient pas avec leurs belles pelouses et leurs fleurs.11 fut le premier directeur de l’Orphelinat Saint-Patrice.Un autel a été élevé à sa mémoire dans l’église Sainte-Anne.M.Patrick McCullough, natif de Monasterboyce (1814) en Irlande, travailla parmi nous de 1848 à 1855. LA CONGRÉGATION IRLANDAISE DE MONTRÉAL 289 En même temps que ce second groupe, et surtout après, nombre de prêtres se dévouèrent à l’intéressante Congrégation irlandaise.Il faut nommer M.James Hogan, né en 1828 à Killadernan (Irlande), fixé à St-Patrice de 1856 à 1867; M.Michael O’Farrel, né en 1832 à Limerick (Irlande), à St-Patrice de 1856 à 1869, puis évêque de Trenton; M.James Browne, né en Angleterre, à Bourne, en 1829, résidant à St-Patrice de 1858 à 1868; M.Frederick Bake-well, un autre Anglais, né à Norwick en 1828, et qui passa sept ans à St-Patrice, de 1862 à 1869.La mémoire de ceux que nous allons maintenant nommer est encore vivante chez des milliers d’Irlandais de cette ville.Par eux ils furent profondément aimés, et sont encore regrettés.M.James Callaghan, né à Montréal en 1850 et attaché à Saint-Patrice de 1878 à 1896; M.James-Aloysius McCallen, Américain de Philadelphie, né en 1847, et qui exerça son zèle parmi nous de 18S7 à 1899; enfin les deux curés qui succédèrent immédiatement à M.Dowd, d’abord M.John-Joseph-Patrick Quinlivan, né à Stratford, (Ontario) en 1846, qui vécut dans la paroisse de 1878 à 1902 et fonda l’école St-Patrice devenue le Catholic High Shcool; ensuite, M.Martin Callaghan, né à Montréal en 1846, chargé de St-Patrice de 1902 à 1908 (Il y était depuis 1S75.) Nous serions incomplets si nous omettions les prêtres canadiens-français qui se dévouèrent eux aussi à la Congrégation irlandaise.Deux surtout ont laissé un souvenir ineffaçable.C’est d’abord le bon AI.Joseph Toupin, qui en 1887, célébra ses noces d’or en même temps que AI.Dowd.Né à Montréal en 1814, il demeura a St-Patrice fie 1854 à 1896.C’est en second lieu, AI.Louis-Guillaume Leclair, né à St-Raphaël de Kingston, en 1837, attache a St-Patrice de 1862 à 1881 , et qui, pendant les années qu’il passa subséquemment à Rome, comme supérieur du Collège Canadien, s’employa à l’embellissement de son ancienne paroisse en acquérant pour elle des oeuvres d’art.Il avait été plusieurs années directeur de l’Orphelinat Saint-Patrice et il prit une part prépondérante dans la construction actuelle d’Outremont.11 y eut encore , à St-Patrice, de 1852 a 1854, AI.Charles-Alarie-Edmond Voirdye, né ù Hennebon, en France, en 1819; il y eut, pendant une dizaine d’années, jusqu’en 1887, AI.Joseph-Auguste Singer, natif de St-Philippe de Laprairie (1828); enfin de 1900 à 1903, AI.Jean-Baptiste Ouellette, né à Vereker (Ontario) en 1871, 290 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE le seul survivant de tous ceux que nous avons nommés et qui, maintenant, exerce son ministère à Saint-Jacques.En même temps que ce dernier, arrivait à Saint-Patrice son curé actuel, M.Gerald McShane.3 6 II serait délicat d’entreprendre ici son éloge.Tout le monde connaît sa parfaite distinction, l’aisance avec laquelle il manie les deux langues, ses qualités d’administrateur.M.McShane a célébré cette année même (1922) le cinquantième anniversaire de sa naissance et le vingt-cinquième de son sacerdoce et ses ouailles ont su généreusement lui exprimer leur admiration.Qu’il nous suffise de faire remarquer que M.McShane, lui-même sulpicien, dirige cependant un presbytère dont tous les autres membres sont séculiers.37 C’est un régime que Saint-Patrice n’avait jamais connu avant 1902 et qui amènera sans doute un jour la rupture complète des liens qui ont uni, pendant un siècle, cette paroisse au Séminaire.Il importait donc, à l’occasion du 75e anniversaire de l’inauguration de l’église Saint-Patrice, de rappeler, afin d’en assurer la mémoire, la part prépondérante prise par le Séminaire Saint-Sul-pice dans l’organisation première de la Congrégation irlandaise de Montréal, et dans les progrès qu’elle fit jusqu’en ces dernières années.Nous ne désirions d’ailleurs rien de plus que fixer un point d’histoire locale.OLIVIER MAURAULT, P.S.S.36 11 ne fut curé cependant qu’en 1908.3 7 Liste des prêtres auxiliaires qui ont exercé leur ministère, pendant quelque temps,au milieu de la Congrégation irlandaise de Saint-Patrice : 1845, Peter O’Connell; 1848, (Aux abris) M.O’Malley, (jusqu en 1849); 1851, P.Murphy, (jusqu’en 1858); 1854, W.Holley; 1801, J.Browne, (jusqu’en 1868); 1S72, M.Lean; 1874, M.Carroll (et encore en 1870); 1878, M.Reilly; 1879, .1.1.Mitchell; 1880, A.MacDonald, M.T.Keilly; 1S89, M.McDonell; 1882, P.Iviernan; 1884, J.Aylward, (encore en 1885); 1885, W.Shanley; 1890, J.-G.CftSCV 1f,An r*' O-1___ lOHRI • 1QOQ IJ T7ollr>n (nncorn on ISQO^ ' 18Q0.Th.à 1901); d.uriSCOH, Q.-v>.namsuy, iv\jo, yj.i.»xux».vuin*, xi/v/*, ^mv.'-'‘*‘“*7- qu’en 1908); P.Hcffernan, (jusqu’en 1908); J.P.Killoran (1904 à 1900 et 1909 à 1917) ; 1905 E.G.Polan; 1900, 1.McGinnis, (jusqu’en 1908); 1909, 1.O Reilly, (jusqu'il maintenant); F.-J.Singleton, (jusqu’à maintenant); F.Elliott, (jusqu en 1918) ; 1910, P.Vaughan; 1918, John O’Rourke, (jusqu’en 1920); 1920, Michael T.O’Brien; 1921, J.Groves; 1922, W.Ryan., , Nous devons ajouter aux prêtres canadiens-français déjà nommés, les quatre suivants qui vécurent à Saint-Patrice.1873, M.Thiheault, s.s.(encore en 1874); 1875, M.Campion, s.s., (encore en 1870); 1897, M.F.-X.Lussier; 1898, M.J.-H.Colin. Y A-T-IL UNE RENAISSANCE RELIGIEUSE DANS LA LITTÉRATURE FRANÇAISE ?Oui, il y a une renaissance religieuse dans la littérature française, où pour mieux dire, nous assistons au plein épanouissement d'un renouveau religieux qui a commencé dans notre littérature depuis un siècle.Le mouvement inauguré par Chateaubriand est terminé, puisqu’il a donné tous ses fruits.On connaît le point de départ: après cent ans tic railleries dédaigneuses et de sarcasmes impies qui avaient banni la religion des conversations et des livres des honnêtes gens, Chateaubriand rompit la prescription et par le prestige de son talent imposa aux écrivains un préjugé favorable au catholicisme.Il fut entendu que la religion chrétienne «st belle, touchante, humaine, qu’elle favorise le développement des beaux-arts et que s< s mystères, sa morale, sa liturgie peuvent fournir à l’écrivain des développements poétiques.De cette attitude littéraire à une littérature catholique, il y a loin; la distance, je le crois, a été enfin franchie; voici à la suite de quelles étapes.La première étape fut le christianisme romantique, tel qu’il nous apparaît chez Lamartine, chez Musset ou chez Victor Hugo.Ce n’est pas à proprement parler une religion, puisqu’on chercherait en vain, à travers les effusions romaniiguos, des dogmes arrêtés, des commandements précis, un principe quelconque qui puisse fonder un lien entre Dieu et l’homme.Le christianisme romantique apparaît plutôt comme une aspiration vers autre chose, comme un moyen, ajouté à tous les autres, de s’évader du réel, comme une forme supérieure de la rêverie romanesque, comme une expérience plus haute à tenter pour les âmes blessées et nostalgiques.Qu’on me dise s’il y a autre chose dtr s Y Autonome, le Vallon ou VEspoir en Dieu.Assurément certains romantiques, comme Lacordaire, furent de vrais chrétiens; assurément d’autres, qui n’étaient pas chrétiens, comme Alfred de Vigny, surent voir dans le christianisme une métaphysique et une morale; mais que' d’autres aussi, concevant la religion comme un idéal, abaissèrent cet idéal au niveau de la lâcheté de leur tempérament et prétendirent relever à leurs propres yeux l’objet de leurs passions en.y incorporant de force des notions et des mots sacrés! Pour Alfred de Musset, Dieu n’cst-il pas le terme dentier des expériences amoureuses de Don Juan?Aussi ce christianisme littéraire, qui n’avait de la religion que le 292 revue trimestrielle canadienne nom, fut-il balayé rapidement par le positivisme; et, pendant trente ans, notre littérature fut athée.Vers 18S0, voici un nouvel effort, une nouvelle étape vers la littérature catholique.On a appelé cette tentative d’un nom vague et prétentieux qui lui convient à merveille, le néo-christianisme.Cependant, il faut savoir le reconnaître, c’était un progrès appréciable sur le Romantisme: la religion n’était plus un quelconque idéal extérieur à l’écrivain; elle avait pénétré en lui et elle était devenue une forme de son imagination et de sa sensibilité.Lui aussi avait pénétré en elle, comme un artiste en excursion; il y avait découvert une forêt de symboles et, sans pousser plus avant, il s’était arrêté à l’idée que la religion est cette forêt elle-même.Aussi, il le voyait bien maintenant, toutes nos sensations, toutes nos peines, tous nos plaisirs peuvent s’exprimer en langage religieux.Le christianisme a cet avantage incomparable qu’il peut renouveler nos facultés artistiques et nous fournir un style nouveau.La religion est un procédé.Combien le procédé est déplaisant, nous le sentons aujourd’hui.Les contemporains s’y trompèrent parfois et conçurent des espérances démesurées qui ne se réalisèrent point.Il est trop facile de piller le vocabulaire de la liturgie et d’imprimer le Pater tout entier à la dernière page d’un roman sensuel; on n est pas écrivain catholique à si lion compte.Cependant, ne soyons pas injustes, cette littérature néo-chrétienne créa une atmosphère; quelques-uns de ceux qui en vécurent, comme Huysmans, allèrent jusqu’à la foi complète, d’autres s’en approchèrent.A la même époque, des âmes vigoureuses et méditatives, a la fois tournées vers l’action et vers l’observation, s’appliquèrent au catholicisme comme à une réalité humaine et sociale, dont- ils voulaient savoir la signification et l’utilité pratique dans le domaine de la vie Ils franchissaient ainsi une étape nouvelle, puisqu’ils renonçaient à construire à leur gré la religion et qu’ils consentaient à l’observer scientifiquement et à la prendre telle qu’elle est.Api es examen, ils affirmaient que le catholicisme est nécessaire pour expliquer la nature , le monde moral, le monde des passions, pour maintenir la cohésion dans les démarches de l’esprit, pour assurer la dignité de l’individu, la paix de la famille, l’ordre de la société.Ainsi pensèrent Brunetière, Bourget, Maurras et plusieurs autres.Toute une littérature, en particulier toute une collection de romans est née de cette doctrine qu’il est facile de développer et qui est 293 LA RENAISSANCE RELIGIEUSE comprise des esprits moyens.Ce pragmatisme religieux et moral fait la substance des romans d’un Bourget, d’un Bazin, d’un Bordeaux, et de leurs nombreux imitateurs; car, constatons-le, la littérature “bien pensante” a connu les grands succès de librairie.Et quoiqu’elle ne soit pas toujours d’une tenue artistique irréprochable, sachons reconnaître les services qu’elle a rendus.Mais n’oublions pas toutefois ce qui sépare la littérature bien pensante de la littérature catholique: en somme, les écrivains de l’école de Bourget font jouer au catholicisme le rôle d’hypothèse et toute hypothèse est par sa nature même réformable, si on vient à en découvrir une autre qui explique mieux les faits; ces écrivains sont des apologistes, des avocats pourrait-on dire, qui plaident pour le catholicisme, qui en démontrent l’utilité, comme s’il s’agissait d’une invention humaine, ou plutôt comme s’il s’agissait d’un éternel accusé à qui on veut assurer au moins le bénéfice des circonstances atténuantes.Cela est si vrai, qu’on peut ainsi proclamer avec sincérité la valeur sociale du catholicisme sans être soi-même catholique; c’est le cas de Charles Maurras et de quelques autres, qui veulent conserver à la société ce remède guérisseur qu’est la religion et qui ne pensent pas qu’en effet la religion soit autre chose qu’un remède social d’une efficacité prouvée.Or il n’échappera pas à personne que ce n’est point là une attitude catholique.Quelle est donc l’étape qui reste à franchir pour qu’une littérature puisse se réaliser ?Il faut qu’il y ait des hommes qui admettent sans restriction aucune la transcendance absolue de la religion.Dieu est tout et nous ne sommes rien.Il lui plaît de se manife ter à nous, de nous révéler notre fin qui est d’aller à lui et notre loi qui est de remplir cette fin, et de nous donner les moyens d’accomplir cette loi qui ne sont autre chose que Lui-même.Des hommes qui vivent cette doctrine, marchant ainsi vers Dieu avec Dieu pour soutien, n’éprouvent pas le besoin de demander pour elle des circonstances atténuantes ni de la soumettre à l’épreuve de l’expérimentation comme une hypothèse.Elle est tout pour eux, elle est tout eux-mêmes.Et si ces hommes ont le don de l’expression, ils extériorisent leur âme et leur vie en toute simplicité; ils feront leur métier d’artistes en chrétiens, comme fatalement ils doivent faire en chrétiens tout ce qu’ils font; comment feraient-ils autrement ?Ils ne seront pas des écrivains catholiques, c’est-à-dire des écrivains qui seraient d’abord écrivains et iraient ensuite demander au catholi- 204 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE cisme pour enrichir leur art des idées ou des symboles, mais ils seront des catholiques écrivains c’est-à-dire des catholiques qui sont d’abord cela entièrement et tout uniment et qui ensuite écrivent parce qu’ils ont le talent d’écrire et que telle est leur fantaisie.Et alors, oui alors, mais alors seulement, nous aurons une littérature catholique.Or de tels écrivains, les avons-nous en France aujourd’hui ?Certainement ; et ils sont nombreux.La preuve la plus éclatante qu’ils sont déjà une foule, c’est qu’ils ont formé îles groupes et que chacun de ces groupes publie une revue qui est rédigée avec art et comprise par d.e nombreux lecteurs: ce qui démontre aussi, pour le dire en passant, que la littérature catholique a rencontré un public catholique.Ces revues nouvelles sont vraiment nouvelles et constituent une véritable conquête; les revues anciennes comme le Correspondant, les Etudes Religieuses continuent à vivre et on ne dit pas qu'elles aient perdu des clients.Les revues nouvelles sont donc le signe d’une renaissance et d’un progrès.Je ne puis noter ici ou les principales; la Revue des Jeunes où le P.Sertilanges a su grouper une élite d’écrivains, les Lettres de Gaëtan Bernoville qui s’affirment chaque jour davantage comme une revue d’idées, la Nouvelle Journée de Paul Archambault, les Cahiers Catholiques de Jacques Debout, et dans la mesure où elle représente la pensée catholique, h Revue Universelle de Jacques Bainville et d’Henri Alassis.Si nous ajoutions Fs revues et bulletins plus modestes qui ont un cercle d’action plus restreint dans les villes de province, nous aurions un total qui doit retenir l’attention; jamais dans F passé nous n’aurions osé espérer une telle vitalité de la littérature catholique; et ceux que gêne un pareil épanouissement s’épuise: t à l'expliquer par des considérations extérieures qui ne le suppriment pas et dont l’activité de nos écrivains s’embarrasse fort peu.Ils se cherchent, se groupent et s’organisent: la Corporation des Intellectuels catholiques G la toute jeune Association des Ecrivains catholiques sont la preuve que leurs efforts ne sont pas vains.La manifestation la plus claire de leur force et de leur cohesion fut la Semaine des Ecrivains catholiques qui se tint à Paris au mois de mai 1921 : ils étaient plus de deux cents qui affirmaient leur volonté de faire en catholiques leur besogne d’écrivains.L’importance de ce fait littéraire et religieux n’a peut-être pas été assez marquée; il est capital; il signifie qu’une période littéraire, celle de l'art neutre, LA RENAISSANCE RELIGIEUSE 295 de l’art séparé, de l’art laïque est finie pour un grand nombre et que pour ce grand nombre une autre période commence, celle de l’art uni à la foi et intégré dans la vie de la foi.La Semaine des Ecrivains catholiques cherchait la cohésion mais non l’unité.Les discussions très vives qui l’avaient précédée, qui l’accompagnèrent et qui la suivirent signifiaient assez haut que 1 unité est irréalisable.D’ailleurs elle n’est pas souhaitable.La diversité des esprits catholiques est la preuve la plus certaine qu’ils vivent d’une vie personnelle et que la doctrine religieuse qui leur est commune a assez de plasticité pour se plier aux particularités de leur tempérament et assez de puissance pour rapprocher ceux que d’autre part tant de motifs séparent et éloignent.Le catholicisme n’est pas un recueil de formules et de mots d’ordre pour niveler les esprits: le catholicisme est proprement la grâce de Dieu pénétrant les âmes d’une lumière et d’une chaleur qui les élève â une vie supérieure, sans rien leur enlever de leurs caractères individuels.Voilà pourquoi entre jeunes catholiques les controverses ont été assez vives.Il y a parmi eux beaucoup de critiques, à l’esprit aigu, inquiets de clarté et de vérité solide, informés de tout, rompus à l’analyse et à la dialectique, aussi prompts à dissocier les idées arbitrairement unies qu’à les associer dans des synthèses nouvelles: qu’une discussion s’élève parmi eux, elle provoquera les remous le plus inattendus et il semblera qu’elle est inépuisable.On le vit bien lorsque Henri Massis fonda le parti de l’Intelligence et essaya de grouper les écrivains pour la défense de l’esprit; bien qu’il s’en défendît, ce mot d’intelligence apparut à certains comme gros de tout un système philosophique, qui proclamerait le “primat” de la raison et jetterait le discrédit sur l’intuition.Et aussitôt contre “1 intelligence” s’élevèrent tous ceux qui ont été touchés par 1 influence de Blondel et de Bergson.Puis, par un de ces glissements mystérieux qui se produisent souvent dans les controverses où on rrgarde moins aux idées qu’aux hommes qui les représentent, intelligence devint synonyme de monarchie et intuition de démocratie: à partir de ce jour ce furent deux partis qui s’affrontèrent et la discussion perdit son intérêt dialectique.Elle recommença sous une autre forme.Dans les Lettres d’abord, puis dans son remarquable livre, Minerve ou Belphégor ?Gaëtan Bernoville établit une sorte d’enquê- 296 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE te pour savoir si les écrivains d’hier et ceux d’aujourd’hui sont les disciples de Minerve, c’est-à-dire de la raison, ou de Belphégor, c’est-à-dire du sentiment.Question toute théorique en apparence; mais il n’échappait à personne qu’elle éclaire la route de l’avenir et contient le secret de nos orientations pratiques.La discussion recommença et elle provoqua des réflexions curieuses de Charles Maurras, de Maurice Brillant et de René Johannet.En même temps, sur le terrain proprement philosophique, Maurice Legendre continuait la même controverse: il déclarait que la philosophie de l’intuition nous a rendu le service de ruiner définitivement le matérialisme et le scientisme, qu'il est possible de l’utiliser pour la défense de notre foi et que nous aurions peut-être moins de remuements à y faire que ne doit en apporter saint Thomas dans la philosophie d’Aristote.Aussitôt Jacques Maritain, l’ennemi le plus qualifié de Bergson et le représentant le plus avisé de la scolastique, partit en guerre contre Maurice Legendre; et leur querelle, que la discussion minutieuse des textes renouvelle chaque jour, est loin d’être close.Du dehors, on dit avec un sourire: les jeunes catholiques ne s’entendent pas! Cette réflexion est enfantine et superficielle; les jeunes catholiques ont étudié l’histoire; ils ont vu le pénible avortement d’efforts antérieurs et les erreurs désastreuses oii sont tombés des chrétiens de talent et de bonne volonté.Ils se sentent forts et ils veulent que leur action cette fois ne soit pas frappée de stérilité; ils cherchent leur voie, et ils la cherchent au grand jour, discutant tout haut dans la clarté parce que la vérité ne les effraie pas; ils se demandent s’ils doivent abandonner la direction de leur pensée à l’intelligence pure ou à l’intuition, ou plus exactement jusqu’à quelles profondeurs ils doivent laisser pénétrer leur intelligence par le sentiment.La question est d’importance parce qu’ils veulent être de leur temps pour parler à leur temps et que leur esprit est le produit d’un long atavisme où s’additionnent les influences les plus diverses, Saint-Augustin, saint Thomas, Descartes.Pascal, Rousseau, Kant, Chateaubriand.Cette effervescence se calmera dans l’équilibre parce que — phénomène nouveau —• nos jeunes écrivains se montrent curieux de théologie.Ce qui manqua peut-être aux générations précédentes ce fut la culture religieuse: de là l’incertitude de leur pensée et le vague de leurs aspirations.Aujourd’hui tout catholique qui écrit se sent d’abord le devoir de connaî- LA RENAISSANCE RELIGIEUSE 297 tre sa religion par une étude diligente de la théologie.Cette étude donnera la lumière et la paix; elle marquera nettement la route à suivre et révélera aux timides qui l’ignoraient quelle liberté large et féconde laisse la doctrine religieuse aux démarches de l’esprit créateur: l’artiste catholique est libre et il est porté.L’équilibre sera d’autant plus facile à obtenir que sous l’influence des Instituts Catholiques toutes les sciences religieuses ont été renouvelées, que les théologiens d’aujourd’hui consentent à être des écrivains, et que la génération qui grandit écoute avec respect la parole de maîtres éminents, comme Monseigneur Baudrillart, Monseigneur Batiffol, le Père de Grandmaison et le Père Sertillanges.* * * Je voudrais maintenant indiquer quelques unes des oeuvres qui sont des réalisations catholiques et ajouter aux noms que je viens de citer quelques autres noms déjà célèbres.Mais il ne faudrait pas qu’on s’ingéniât à chercher dans ce modeste essai un catalogue de nos richesses; il serait décidément trop incomplet.Je n’ai pas à parler ici des écrivains catholiques de la génération précédente dont quelques-uns vivent encore et sont en possession de la gloire et de la faveur du public; il m’est impossible également d’établir un répertoire de tous les jeunes gens qui ont écrit et qui ont ou qui auront du talent; j’ai choisi pour les nommer un certain nombre d’écrivains dont le nom est plus significatif d’un genre d’inspiration ou d’une manière d’écrire.Constatons d’abord que quelques-uns des maîtres de ce renouveau religieux et littéraire sont déjà morts; et je ne pense pas tant à Léon Bloy, bien que son talent de visionnaire exaspéré ait eu une grande influence sur les nerfs de nos contemporains, qu’au jeunes victimes de la guerre, à Emile Clermont, à Ernest Psichari à Charles Péguy.Ame méditative et douloureuse, pénétrée par le rêve et cependant passionnée d’analyse scientifique, Clermont semblait n’avoir perdu la foi que pour se ménager l’occasion de la chercher obstinément et de la reconquérir, lambeau par lambeau; il la touchait quand la guerre le prit pour victime et il la rencontra unie à la mort.Il avait publié et on a donné récemment de lui plusieurs romans de valeur inégale, dont un au moins, Laure, restera comme un chef-d’oeuvre.Depuis longtemps aucun écrivain n’avait ainsi imposé de la première page à la dernière la quête de l’idéal 298 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE et n’avait trouvé des mots aussi chargés de signification spirituelle pour décrire le plan où vivent les âmes hautes.Psichari vécut lui aussi pour retrouver la foi et apporter au nom de sa génération le témoignage vivant destiné à prouver que l’oeuvre de son grand père Renan n’a plus la vertu de détruire; mais il demandait plus que Clermont à la nature extérieure, il implorait des événements et des paysages, en particulier des paysages du désert africain, une discipline; ainsi, sur la réalité, il projetait et laissait flotter son rêve, serré et vaste comme un filet, puis le ramenait à lui et élaborait le résidu qui restait entre les mailles, au fond de sa conscience solitaire.Il imposait ainsi au mondj une explication catholique et subissait pour son compte et d’ailleurs avec une ardeur joyeuse la discipline de cette explication.Son Voyage du Centurion, admirable évocation d’un désert monotone et d une méditation intérieure qui déroule ses flots pareils aux ondulations de sable, est un beau livre d’art et de foi.Péguy était un être tourmenté et batailleur; très moderne et très peuple il se trouvait avoir hérité de toute la logique et de tout le bon sens que les siècles français ont accumulés dans la famille populaire et il souffrait de n’avoir plus ces explications de la foi que le laïcisme de nos temps lui a fait perdre.C’est pour les remplacer que Péguy se jeta à corps perdu dans tous les systèmes et dans toutes les aventures, sacrifiant chaque fois â son expérience ses aises et lui-même.Le sens français de sa race le préserva des folies et les sacrifices que dictait sa sincérité eurent leur récompense: il retrouva la foi; et quand îl l’eut retrouvé, avec quel frémissement il l’embrassa! Son art qui devait désormais exalter le trésor reconquis, porte la trace de ses angoisses accumulées; il est tourmenté: la pensée, haletante, jaillit par à coups et par nappes; il est populaire aussi par la lenteur, par l’affirmation massive, par la répétition inlassable, par le rabâchage et le remâchage des vérités ou des paroles auxquelles Péguy trouve un goût particulier et qu’il garde longtemps dans la bouche.C’est le forgeron qui frappe des heures entières sur la même pièce de fer ou le laboureur qui répète des jours entiers son sillon dans la même terre.Ne jugez pas cette oeuvre à un moment de son exécution; n’y distinguez pas des chapitres, tout se tient; mais attendez la fin et vous admirerez le beau métal lourd et dur, et vous engrangerez la belle moisson.L’oeuvre de Péguy rebutera le commun des lettrés, mais elle gardera des lec- LA RENAISSANCE RELIGIEUSE 299 teurs d’élite toujours fidèles, quelques milliers, trois ou quatre milliers; c’est plus qu’il n’espérait, peut-être plus qu’il ne souhaitait.De tous les vivants, parmi les écrivains catholiques, Paul Claudel est le plus illustre, le plus adulé, mais non le plus lu.Pour le goûter, il faut un certain entraînement, de la bonne volonté et quelque initiation.Comme Dante, qu’il vénère et qu’on dirait parfois qu’il cherche à imiter, il aurait besoin d’exégètes qui se donneraient la mission, je ne dis pas d’expliquer une pensée que l’explication parfois risquerait de dissoudre, mais de susciter autour de cette pensée une atmosphère, et si je puis dire, comme une orchestration, qui la mettrait en beauté.Claudel n’est pas clair; le constater, ce n’est pas diminuer son art: la clarté absolue ne convient peut-être pas à la poésie, ou du moins, si on peut concevoir une poésie parfaitement claire comme celle des Parnassiens, on peut aussi en imaginer une autre qui va réveiller la vie à de telles profondeurs et discerner entre les objets différents et les mondes séparés des correspondances si mystérieuses, qu’elle ne peut plus être qu’une succession d’ombres et de clartés, un jaillissement de fulgurences dans la nuit.Tel est l’art de Claudel; pour le comprendre pleinement, il faudrait que l’âme du lecteur fût établie dans l’état d’exaltation visionnaire et de détachement de la réalité banale qui était celui du poète quand il composait.J’imagine que M.Paul Claudel, ambassadeur de France à Tokio, s’il lui arrive en pleine réalité, après la discussion d’un modus vivendi sur le commerce des grains, de relire ses odes, doit s’y reprendre à deux fois pour les entendre et se donner quelques quarts d’heure pour se remettre en état de grâce.C’est ce que le lecteur ordinaire ne consentira jamais à faire et c’est pour cela qu’il ne goûtera pas Paul Claudel, ce dont Paul Claudel d’ailleurs se soucie fort peu; il n’a écrit que pour ceux qui consentent à fermer les yeux pour voir.Ce qui dans son art contribue encore à dérouter d’abord, c’est qu’il est violemment inactuel.Par ur effort qui a dû être pénible et long il a supprimé du champ de sa vision les siècles qui ont suivi le quatorzième ou du moins la pensée et l’état d’esprit qu’ils ont créés, et il a expulsé de sa conscience d’artiste tout élément qui viendrait de cette source impure.Il prend ses sujets dans le Moyen-Age, non pas en ce sens qu’il emprunterait comme d’autres au Moyen-Age un décor — chose qu’il doit trouver assez misérable —• mais 300 BEVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE il prend au Moyen-Age une conception de la vie et du monde, une manière de regarder, de se tenir, de parler, d’aimer, qui lui est propre.Le résultat est étonnant.Jamais aucun humaniste — et Dieu sait pourtant si on nous a dit qu’il se sont fait une âme antique — n’est arrivé à s’évader si parfaitement de son temps et n’a atteint ce degré de dépersonnalisation.L’Annonce faite à Marie, par exemple, c’est une tranche du Moyen-Age découpée en plein quatorzième siècle et conservée sans altération jusqu’à nos jours.En art, cela peut s’appeler une réussite; et je suppose que Paul Claudel s’irriterait si on voulait tirer de cc procédé une loi et obliger tous les écrivains catholiques au même tour de force; il ne pense p is que la Renaissance et l’Humanisme soient des crimes, comme quelques-uns de ses intempérants disciples voudraient nous le faire croire; il ne renie pas un art chrétien qui serait moderne par ses sujets et par son inspiration; et s’il s’est- attaché au Moyen-Age c’est que son tempérament particulier y trouvait son compte et c’est qu’il a cru rencontrer au Moyen-Age mieux qu’ailleurs, l’esprit chrétien dans son intégrité.Car voilà bien la haute signification de l’art de Paul Claudel: il est chrétien entièrement et au fond.Il ne l’est pas seulement par les mots, les gestes, les allusions, les signes de Croix, les citations latines, le décor liturgique; il l’est encore et surtout par l'intérieur des âmes, par la vision du monde qu’il suppose et si je puis ainsi dire par la Providence rendue sensible dans le gouvernement de toutes choses.Le Christianisme a tellement pénétré les hommes, leur habitat et la nature, que le paysage, je ne sais comment, a une couleur religieuse, que le vent qui souffle, la porte qui s’ouvre, le soleil qui se lève, la forêt qui s’incline semblent réellement, et non plus en vertu d’une métaphore usée, chanter une hymne au Créateur.Et voilà ce qui fait de Y Annonce à Marie un chef-d’oeuvre incontestable, entièrement révélateur d’une conception artistique, témoin irrécusable d’une renaissance catholique dans les lettres.On en discutera maint détail; mais cette discussion sera stérile; le Chrétien ne lira pas Y Annonce faite à Marie sans éprouver une émotion profonde, car il croira voir réaliser sous ses yeux les visions que lui suggère parfois son livre d’Heures.De Paul Claudel, on rapproche en général Francis Jammes, bien qu’ils soient très différents.Autant l’art de Claudel est hautain et réservé, autant celui de Jammes est bonhomme et abandonné. LA RENAISSANCE RELIGIEUSE 301 Aucun effort n’est nécessaire pour pénétrer dans cette poésie ouverte, souriante et qui vient vers nous du rez-de-chaussée.Francis Jammcs débuta vers 1890 sans grand tapage: c'était une petite âme frêle et craintive; d’une main fine, qui était fatiguée avant d’avoir travaillé, il traçait des tableaux exigus, pâles et naïfs.Il racontait la poésie de l’armoire familière, de la mouche qui vole, du petit agneau, de la branche cassée et de toutes les menues choses dont personne ne parle et il écrivait avec ucs mots d une simplicité cherchée et qui amusait.“Je passe sur la route, disait-il, comme un âne chargé, dont rient les enfants et qui baisse la tête.Il musa quelque temps à travers bois cherchant dans les gouttes de rosée et les branches de lilas une explication panthéiste du monde.A force d’errer, il aperçut un jour, à l’orée d’un bois, 1 humble chapelle d’un village; elle était toute habillée de feuilles; son clocher couvert de fleurs offrait au ciel un hommage parfumé et son toit servait de refuge aux oiseaux.Il sembla au poète que cette humble église était la réponse aux questions que posait la nature et que dans l’ombre de son sanctuaire les coeurs meurtris devaient trouver la paix avec l’oubli.Il entra, il décida de changer son coeur et, il devint entièrement chrétien.Parmi les oeuvres qui ont suivi cette conversion Les Georgiques Chrétiennes semblent être 1 effort le plus considérable et le plus heureux; c’est une sorte d’interprétation chrétienne de la nature, tentée par une âme simple qui trouve facile de rencontrer Dieu dans le sourire des saisons.J’ai nommé Francis Jammes parce qu’avec sa barbe blanche il a déjà figure d’aïeul; je pourrais ici dresser un long catalogue des poètes catholiques qui sont encore à l’âge où on se transforme ; je ne le tenterai pas de peur d’oublier ceux qui seront célèbres demain.Il serait injuste cependant de ne pas signaler l’oeuvre si savoureuse et si saine de Louis Mercier, le poète de la Maison qui a voulu vivre loin des coteries littéraires, s’est privé ainsi des secours qu elles donnent pour atteindre la notoriété, l’a atteinte cependant si bien que l’on cite partout ses vers comme des modèles de densité chrétienne.Et je ne contristerai personne en rappelant que Louis le Cardonnel qui vient de mourir avait une âme chantante et que personne peut-être de nos jours n’a fait sentir dans une poésie plus musicale la divine beauté de la liturgie.C’est surtout flans le roman que la jeune école catholique s’est affirmée; et c’est probablement dans ce domaine qu’elle rencontrera 302 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE demain ses succès les plus nets.Ici nous trouvons deux écrivains qui se ressemblent par un certain tour d’imagination et que j'appellerais, si on n’avait pas abusé de ce mot, des mystiques, Emile Baumann et Robert Valéry-Radot.Ils se sont établis tous les deux dans la réalité surnaturelle et, de cette hauteur, ils ont jugé la vie avec une sévérité que le vulgaire ne saurait comprendre.Ils ressemblent un peu aux prophètes dans la bouche de qui l’ERrnel mettait des vitupérations véhémentes contre les vices et contre les tiédeurs; mais les prophètes n’écrivaient pas des romans.Ce genre demande un peu plus d’humanité et de fraternelle tendresse; et je ne crois pas que le talent si vigoureux et si prégnant de Baumann et de Valéry-Radot perdit de son originalité à tempérer son ascétisme par un sourire humain.Léon Cathlin, autant qu’eux, a fréquenté les poètes bibliques et il a recueilli des images violentes; il a été jusqu’à emprunter les paroles de Job pour décrire les douleurs de la guerre et maudire l’esprit de guerre (Les Treize Paroles du Pauvre Job).Mais en souffrant avec ses frères de misère, il les a compris, il les a aimés d’être comme lui, et il leur parle même quand ils ne le méritent pas, avec une infinie douceur.Humains et tendres sont aussi Jean Yole, l’auteur des Arrivants, des Démarqués et de La Veuve, et Jean Nesmy l’auteur de La Lumière de la Maison et du Roman de la Forêt.Vivant tous deux à la campagne, dans des fonctions qui les ramènent sans cesse à la nature et au peuple, ils ont compris la beauté des choses et le charme des âmes simples; ils ont rendu leurs impressions dans un art probe et sympathique où Jean Yole met quelque chose de plus concentré et de plus triste et Jean Nesmy plus de souriante et confiante bonté.Jean des Cognets est beaucoup plus un critique qu’un romancier, et sa Vie Intérieure de Lamartine est plus connue que son recueil de nouvelles d'Un Vieux Monde.Ce vieux monde, c’est la Bretagne d’hier dont il faut se hâter d’observer les restes car ils vont disparaître; et Jean des Cognets raconte cette fin d’une civilisation avec un art consommé où la mélancolie n’empêche pas le sourire ni même l’ironie.11 faut nommer ensemble Maurice Brillant et Paul Cazin que les hasards de la librairie viennent de rapprocher; ils publiaient tous deux, à quelques mois de distance, des souvenirs d’enfance que Brillant appelait Les Années d'Apprentissage de Sylvain Briollel et Cazin, Dicadi ou la Pieuse Enfance, deux chefs-d’oeuvre.Maurice LA RENAISSANCE RELIGIEUSE 303 Brillant est un ironiste tendre qui a tellement d’esprit qu’il ne peut se passer de railler doucement ce qu’il aime et tellement de coeur qu'ils se fait toujours pardonner ses railleries.On est convenu d’appeler ce genre “bien parisien” et Anatole France n’a pas mis autre chose que de l’ironie tendre dans le Crime de Sylvestre Bonnard qui est, comme chacun sait, son oeuvre la plus parfaite.Mais le parisianisme de Maurice Brillant est d’une essence rare, c’est un parisianisme chrétien, et cela fait un mélange qui a paru suspect à quelques timides mais à qui il faut pardonner quelques gamineries, tant il nous réserve de jouissances exquises.Paul Cazin n’est aucunement parisien, quoiqu’il ait beaucoup d’esprit; mais il ne s’est appliqué qu’à une chose, raconter avec les mots qu’il sait, l’enfance du petit Décadi, telle qu’il la sent.Ce Décadi qui fut très pieux n’était pas un saint de bréviaire: c’était un enfant nerveux, agité, capricieux, frondeur, qui aimait étonnamment le bon Dieu, sa maman et le P.de la Sorbière.Et il lui arriva des choses très menues et très ordinaires, si nous les jugeons avec notre logique de vieux, mais immenses, tragiques, émouvantes pour le petit Décadi.Or Paul Cazin a retrouvé pour raconter Décadi l’âme de Décadi, sans renoncer à l’âme de Paul Cazin, qui est celle d’un humaniste et d’un homme d’aujourd’hui, averti de toutes choses.Cela produit un assemblage de naïveté, d’ironie, de tendresse, une sorte de “blague” du coeur, d’un charme très français.Tous les romanciers que je viens de nommer sont jeunes et nous attendrons d’eux des oeuvres fortes qui dépasseront celle par quoi ils se sont imposés à notre attention.Et si je n’ai pas fait état des romans de Mauriac ni de certains autres qui leur ressemblent, ce n’est pas que j’en méconnaisse la valeur, ni le caractère religieux; mais ce sensualisme mystique qu’ils exploitent et qui peut fournir à des artistes d’une sensibilité affinée de jolis effets ne me parait pas d’un aloi nettement chrétien.Quelques jeunes catholiques, à la suite de Paul Claudel, ont conçu le généreux projet de renouveler le théâtre; ils ne semblent pas y avoir réussi jusqu’alors.C’est que le théâtre est un genre difficile dont la difficulté vient moins de la complication de l’art que de la mauvaise volonté du public.Bossuet et J.J.Rousseau avaient déjà remarqué que les hommes se réunissent dans les théâtres pour s’amuser; ils ne sont pas difficiles sur la qualité des amu-•ements qu’on leur offre pourvu que les sens soient chatouillés en 304 REVUE TRI MBSTRJKIXB C A N A BIEN NE mémo temps que l’esprit; mais il regarderaient comme une entreprise inconvenante, comme une sor.'e de guèt-à-pens, la prétention d’un dramaturge qui s’ingéi icrait à les édifier.Voilà pourquoi le théâtre de Paul Claudel n’a jamais connu un succès franc et durable; voilà pourquoi le drame d’Henri Ghéon, Le Pauvre sous l’Escalier, dont le sujet est il est vrai assez malheureux, n’a été admiré que par une élite et a dû subir les sarcasmes de la presse.Le public catholique quand il est au théâtre ne veut pas être édifié, c’est un axiome.Les écrivains de demain devront en tenir compte et trouver une formule de drame plus souple, plus humaine, qui mette le jeu à la portée des sensibilités vulgaires pour les élever ensuite jusqu’à l’émotion héroïque.Je n’ai certes pas nommé tousles écrivains catholiques ; jen’aipas dit que dans la critique lîené Johanet, Ernest Seillère, Victor Giraud, Bellessort, marquent leur maîtrise et font autorité: que Maurice Legendre '4 Maurice Vaussard enrichissent l’esprit catholique des Français de l’app rt de 1’ • rit if rit es- pagnol qu’il connaissent si bien, biais le premier venu me rappellerait.à.l’ordre si je ne disais r s quelle force représente pour la corporation des écrivains catholiques une personnalité aussi riche que celle de Georges Goyau; critique, historien, sociologue, hagiographie, il apporte dans tous les sujels qu’il traite u n information sûre et un art consommé; et tout ce qu’il écrit et tout ce qu'il dit se trouve comme enveloppé dans une lumière attrayante qui est proprement la lumière catholique.Nous avons donc le droit d’espérer que la renaissance catholique, dans les lettres françaises dont nous venons de voir la réalité, n’est qu’une aurore.C’est peut-être un grand siècle qui commence pour la pensée catholique, qui se réalisera dans des oeuvres d’art d’une portée universelle.Ces oeuvres seront d’autant plus belles et auront une action d’autant plus efficace que la pensée catholique saura mieux éviter les dangers qui la guettent, qu’elle ne cédera pas à la tentation de s’enfermer dans des chapelles retirées pour s’y nourrir d’un encens choisi et rare, qu’elle affrontera le grand air de la place publique et qu’clle abordera les âmes les plus humbles, voire même les plus hostiles, s’appliquant à Es comprendre et à les servir dans un grand sentiment de tendresse fraternelle.J.Caevet.Professeur à l’Instilut Catholique de Paris. EINSTEIN ET LA RELATIVITÉ Einstein et sa théorie do la relativité continuent d’occuper et de préoccuper le monde de la science et des idées.Voici qu’après les Etats-Unis, l’Italie et l’Angleterre, la France savante vient do lui faire une réception officielle.Les unes après les autres, les revues lui consacrent des articles, et un peu dans tous les pays des livres se publient, qui exposent et commentent ce dernier chapitre de l’évangile de la science.Il n’est peut-être pas trop tard pour nous risquer, à notre tour, à étudier la nouvelle doctrine.Faite par un profane, le seul mérite de cette étude, si mérite il y a, sera d’être aussi peu technique que possible.Laissant de côté le vocabulaire scientifique , elle tentera de résumer dialectiquement les plus accessibles et les plus saillantes des idées cinsteiniennes.Avant d’aborder le système, lions un peu connaissance avec son auteur.Albert Einstein descend d’une famille juive allemande, étant né en 1879 à, Ulm, petite ville du Wurtemberg, célèbre par une victoire napoléonienne.C’est à Munich que le jeune Einstein entra au collège, ou gymnasium, qu’il fréquenta jusqu’à l’âge de seize ans.A cette époque, il accompagna scs parents à Milan, mais ne demeura que six mois en Italie, la famille passant bientôt en Suisse où Einstein reprit ses études.Do 1S9G à 1900, il étudia, se révélant élève peu brillant, les mathématiques et la physique au Polytcchnicum de Zurich, car il se destinait, à cette époque, à l’enseignement secondaire.A sa sortie du Polytechnicum, il donna quelque temps des leçons à domicile.Peu en sympathie avec une Allemagne bottée et militarisée, il se fit alors naturaliser citoyen suisse.En 1903, il obtint au Bureau des brevets, à Berne, une position d’ingénieur qu’il occupa jusqu’en 1909.C’est durant cette période que Einstein mit au jour, dans diverses publications, les principales idées qui devaient le conduire à sa théorie de la relativité.A mentionner, entre autres, les ouvrages suivants: Théorie spéciale de la Relativité, l’Inertie de VEnergie, Théorie du Mouvement Brownien, Loi de l'Emission et de VAbsorption de la Lumière.Quand il publia en 1905 son premier mémoire, qui contient les fondements de sa doctrine, Einstein avait 26 ans. 306 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE De 1909 à 1911, il occupa la chaire de professeur Extraordina-rius à l’université de Zurich qu’il quitta pour l’université de Prague, où il fut professeur Ordinarius jusqu’en 1912.Cette année, il revint à Zurich comme professeur à ce même Polyteclmicum où il avait débuté comme élève.En 1914, succédant au grand chimiste hollandais Van t’Hoff, il accepta un professorat dit akademider à l’Université de Berlin, un de ces professorats fort avantageux, qui assurent au titulaire un revenu confortable et astreignent, en retour, à peu de travail, parfois à un seul cours par semaine.La position comporte ainsi de longs loisirs avec de grandes facilités de recherche: bibliothèque et laboratoire.Libre de creuser à fond ses théories, Einstein put compléter son grand travail qu’il publia de 1915 à 1917 sous le titre de Théorie générale de la Relativité.Ses fonctions universitaires consistent, à cette époque, à donner un cours de physique spéciale.Il est de plus directeur de l’Institut des Recherches physiques Empereur Guillaume.Einstein accepta ces deux postes à condition de conserver, avec son entière liberté d’opinion, la nationalité suisse qu’il avait choisie.Il convient de noter qu’au début de la guerre il refusa de signer le fameux manifeste des 93 intellectuels allemands.En 1903, Einstein avait épousé, à Berne, une étudiante serbe, compagne d’université.De ce mariage naquirent deux fils, l’aîné a 19 ans, qui demeurent à Zurich.Devenu veuf, Einstein s’est récemment remarié à une de ses cousines qui, elle-même, était veuve.Le professeur demeure à Berlin, mais n’y professe pas.Il donne deux cours par an à l’Université hollandaise de Ley de.Au physique, nous dit M.Nordmann, Einstein est grand, et large d’épaules, le dos très légèrement voûté.C’est un brachycéphale, au crâne tout en largeur, d’une largeur exceptionnelle.Le teint est mat, brun et clair.Petite moustache noire, un nez légèrement aquilin, des yeux foncés au regard lointain, des cheveux très noirs, avec des fils d’argent, il donne au total, l’impression d’une étonnante jeunesse.Ajoutons qu'outre l’allemand, il parle facilement l’italien et le français.De l’auteur, passons à l’oeuvre.Natura non facit saltus, dit le proverbe.A l’instar de la nature, la science ne procède point par sauts.Sur la route du savoir, elle va à pas ’ents, continus et progressifs.La découverte d’hier permet celle d’aujourd’hui, qui conduit à celle de demain.Le tout se tient, se succède et se développe. EINSTEIN ET LA RELATIVITÉ 307 C’est pourquoi avant d’étudier le système d’Einstein, pour le mieux saisir et le mieux juger, il convient de résumer les résultats qu’avait précédemment marqués la science dans le domaine particulier qui nous occupe.Avant Einstein, la théorie ncwtonnienne de la gravitation fait loi, qui enseigne que les corps s’attirent les uns les autres en raison directe de leur masse et en raison inverse du carré de leur distance.De plus, Newton mesurait les vitesses, en divisant l’espace parcouru par le temps écoulé, faisant ainsi du temps et de l’espace deux entités distinctes, indépendantes l’une de l’autre.Dans le domaine de l’optique, Roomer avait constaté la propagation en ligne droite de la lumière.Newton en tira une véritable théorie de Vémission, affirmant que les corps étaient lumineux et partant les sources de la lumière.A son dire, ils émettaient des particules qui, voyageant à grande vitesse et venant en contact avec la rétine de l’oeil, produisaient la sensation visuelle.Au contraire, le Hollandais Huyghcns soutenait que la lumière était un phénomène générateur d’ondes prenant naissance au corps lumineux et se répandant dans toutes les directions.Ces ondes se transmettaient par l'intermédiaire de l’éther, fluide que l’on suppose exister partout dans l’espace.Fresnel admettait cette théorie de l’ondulation, définissant la lumière une “vibration transversale de molécules d’éther.” Or la terre voyageant dans l’éther, la lumière doit avoir une vitesse différente selon la direction dans laquelle elle se transmet.Voici comment la terre se meut à une vitesse de 18 milles environ par seconde, dans le même temps que la lumière parcourt 186,000 milles.Donc si nous sommes dans un laboratoire et projetons un rayons lumineux de l’Est à l’Ouest, sens du mouvement de la terre, le mur de face qui fuit devant le rayon à une vitesse de 18 milles par seconde recevra ce rayon à raison d’une vitesse de 186,000—18 milles.Si, au contraire, le rayon se propage en sens inverse, c’est-à-dire de l’Ouest à l’Est, à rebours du mouvement terrestre, le mur se précipitant au devant de lui à une vitiss-î de 18 milles à la seconde, le rayon atteindra son but à raison d’une vi tesse de 186,000+18 milles.Conclusion, le rayon, dirigé à rebours du mouvement de la terre, voyage plus vite et couvre une moindre distance que le rayon qui se propage dans le sens de translation de notre globe. 308 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Une analogie fera peut-être mieux comprendre le problème.Imaginons une rivière coulant de l Est à l’Ouest, et plaçons a une distance de cent verges l’un de l’autre, en amont un nageur, et en aval un bâton flottant librement sur l’eau.Pour atteindre le bâton il faudra que le nageur couvre les 100 verges, plus la distance sur laquelle le courant aura entraîné le bâton.Renversez les positions, le nageur en aval et le bâton en amont.Cette fois, pour saisir le bâton, il suffira au nageur de parcourir les cent verges moins la distance couverte par le bâton que le courant pousse vers lui.Donc, pour le nageur, comme pour le rayon lumineux, le trajet Est-Ouest est plus long ou moins rapide que le trajet Ouest-Est.Or l’expérience faite par Michelson, â l’aide de miroirs, transmettant, pour faciliter la démonstration, des rayons lumineux, les uns Nord-Sud, et les autres Est-Ouest, les uns transversaux au mouvement de la terre, donc non soumis à son influence, et les autics parallèles à ce mouvement, donc soumis à son action, prouva le contraire.Les rayons Est-Ouest parcourent la même distance que les rayons Nord-Sud._ f'o résultat consterna les physiciens.Le savant Fitzgerald en donna une explication, reprise et développée par le Hollandais Lo-rentz.L’hypothèse, car c’est une hypothèse, paraît étrange, mais c’est la seule qui explique le résultat de l’expérience Michelson.La voici: le parcours d’un rayon lumineux entre deux miroirs, placés transversalement au mouvement de la terre, devrait s’allonger, quand on le rend parallèle à ce mouvement.Or cela ne se produit pas.“Parce que, disent-ils, les deux miroirs se sont rapprochés, c’est-à-dire que le support sur lequel ils sont fixés, s’est contracté dans le sens du mouvement de la terre, et cette contraction e*t d’une quantité qui compense exactement l’allongement, qui aurait dû se produire, du parcours des rayons lumineux.’ Ainsi d’après cette théorie, tous les corps subiraient, dans le sens de leur déplacement, une contraction qui varierait selon la vitesse de ce déplacement._ , _ Voilà l’hypothèse, la seule, qui explique le résultat de l’cxpéricn-Michelson.Mais alors, c’est le monde bouleversé.Selon leur vitesse, les objets auraient des dimensions différentes.Des objets au repos auraient certaines formes, mais, en mouvement, ils en auraient d’autres.Les uns auraient des formes apparentes, et les autres, des formes réelles.Tout cela est bien difficile à admettre. EINSTEIN ET LA RELATIVITÉ 309 Telle était la question, quand Einstein parut.On raconte que c’est la chute d’une pomme qui attira l’attention de Newton sur les lois de la gravité.Dans le cas d’Einstein, ce serait la chute d’un homme.Il vit, un jour, un ouvrier glisser sur un toit et tomber.Ce qui le frappa, c’est que l’homme, en arrivant au bord du toit, au lieu de continuer sa chute dans la ligne diagonale, tomba verticalement au sol.Quoi qu'il en soit, Einstein note que l’on estime toujours la vitesse des corps par rapport à l’éther.Or cet éther, nul n’a pu en déterminer la nature.Il nous est tout à fait inconnu.Sans nier, ni affirmer son existence, Einstein en conclut qu’on doit le mettre, et il le met de côté.Mais, dira-t-on, sans l’éther, qui nous servait de base de comparaison, il devient impossible de déterminer de façon absolue la vitesse des corps dans l’espace.C’est justement le point de départ d’Einstein: il affirme qu’il n’existe pas do mouvement absolu.Le seul fait relevant de notre observation, est le mouvement relatif d’un corps par rapport h un autre.La preuve la voici.Un passager, dans un train eu marche, laisse tomber une pierre.Pour lui , elle tombe au sol en ligne droite.Pour un spectateur, qui de la route regarde passer le train, elle tombe en décrivant une parabole.Des deux, quel est le vrai mouvement, le mouvement absolu de la pierre, la ligne droite ou la parabole?Einstein répond: Nous n’en savons rien.Tout ce que nous savons, c’est que relativement au train, la pierre tombe verticalement,et paraboliquement par rapport au spectateur.Donc tout mouvement est relatif: il dépend du point d’observation, ou plutôt de l’état de l’observateur.Mais il y a plus.La forme elle-même des objets en mouvement est relative: elle varie suivant la vitesse de ce mouvement.Un corps en marche dans l’espace se raccourcit dan3 le sens de sa direction et cette contraction est proportionnelle à la vélocité avec laquelle il voyage.Pour le faire voir nous adopterons, en la modifiant un peu, la démonstration imaginée par M.Charles Nordmann et que voici.Ce qui définit la longueur apparente d’un objet, c’est l’image délimitée sur notre rétine par les deux rayons provenant des deux extrémités de l’objet et parvenant à notre pupille simultanément.Remarquez bien ce mot; il est la clef du problème. 310 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Maintenant je prends place sur une route que coupe une ligne de chemin de fer.Sur la voie se trouve un wagon.Tout au bord de la voie, je fais planter deux piquets, l’un rouge, à l’extrémité arrière, et l’autre bleu, à l’extrémité avant du wagon, de sorte qu’ils en marquent exactement la longueur.Prenant poste, face au milieu du wagon, j’ordonne qu’on ramène le train en arrière et qu’on le fasse passer devant moi, à une vitesse prodigieuse.Quand le wagon passe ainsi sous mes yeux, il devrait, semble-t-il, avoir la même longueur apparente qu’au repos.Eh bien non, et voici pourquoi et comment.Quand l’extrémité antérieure du wagon est au niveau du piquet bleu, elle envoie vers mon oeil un rayon lumineux (appelé rayon-avant), qui coïncide avec le rayon que m’envoie le piquet bleu.Ce rayon-avant atteint mon oeil en même letups qu’un certain rayon venu de l’extrémité-arrière du wagon (appelé rayon-arrière).Ce rayon-arrière coïncide-t-il avec le rayon que m’envoie le piquet rouge?Non.Comme la lumière voyage toujours à une vitesse invariable, le rayon-avant quitte l’extrémité antérieure du wagon avec la même vitesse que le rayon-arrière laisse l’extrémité postéri-reure.Mais l’extrémité avant du wagon s’éloigne de mon oeil tandis que l’extrémité arrière s’en approche, par conséquent le rayon-avant prendra plus de temps à atteindre mon oeil que le rayon-arrière.Mais comme ils voyagent à la même vitesse, il faut pour qu’ils arrivent simultanément à mon oeil que le rayon-arrière quitte l’extrémité arrière du wagon plus tard que le rayon avant ne quitte l’extrémité avant, donc après que l’extrémité postérieure a franchi le piquet rouge.Conséquemment, lorsque je vois l’extrémité-avant du wagon au niveau du piquet bleu, je vois simultanément l’extrémité-arrière du wagon qui a déjà dépassé depuis un certain temps le piquet rouge.Conclusion: la longueur du wagon lancé à toute vitesse et telle qu’elle m’apparaît, est plus petite que la distance des deux piquets laquelle marquait la longueur du wagon au repos.Donc la longueur cinématique d’un objet est inférieure à sa longueur géométrique.Ainsi un objet est raccourci par sa vitesse et dans le sens de cette vitesse par rapport à un observateur.Le même résultat se produit si c’est l’observateur qui se déplace devant l’objet.Cette démonstration, nous explique le sens réel de l’hypothèse Fitzgerald-Lorentz.La contraction qu’ils supposent, ne se produit pas en fait; elle n’est qu’apparente.Elle ne résulte pas du mouve- EINSTEIN ET LA RELATIVITÉ 311 ment des objets relativement à l’éther: elle est la conséquence du mouvement des objets par rapport à l’observateur ou de l’observateur par rapport aux objets.Nous ne connaissons donc que la forme apparente ou relative des objets, laquelle dépend de leur vitesse par rapport à l’observateur, ou de sa vitesse par rapport à eux.Ainsi, voyageant à une énorme vélocité, une sphère paraîtra s’allonger en ellipse : au lieu de ressembler à une orange, elle ressemblera à un citron en position verticale; un carré prendra figure de rectangle; un homme debout apparaîtra plus mince, et un homme couché, plus petit.Ces phénomènes ne sont pas visibles pour l’observateur sur le corps en mouvement, car lui-même subira la même contraction, at la mesure qu’il aurait en main, s’allongera ou se raccourcira simultanément avec les autres objets entraînés dans le mouvement.Suppo ons qu’un corps voyage à une telle vitesse qu’une distance de 100 pieds subisse une contraction d’un dixième.L’observateur, qui est sur ce corps avec une règle de 10 pouces ne pourra pas s’en rendre compte, car elle se trouvera réduite à 9 pouces.Et sa mesure, comme tout à l’heure, se trouvera comprise 10 fois dans la nouvelle, comme dans la précédente, distance.Seul un observateur, en dehors du corps en mouvement, peut en noter les transformations.Maintenant à côté de la relativité de l’espace, il faut mettre la relativité du temps.Comme la distance dans l’espace dépend de la vitesse relative à l’observateur, ainsi le temps est relatif à cette même vitesse.Le temps que met un train à passer devant une gare est plus court pour un passager que pour un observateur, qui est sur le quai.On peut, je crois, le démontrer de la façon suivante.Prenons, portant le même mot, deux écriteaux exactement semblables de forme et de dimension.J’accroche le premier au mur de la gare et je fixe le second à la paroi extérieure d’un wagon.Je fais maintenant passer le train devant la gare à toute vitesse.Le passager ne pourra pas lire l’écriteau de la gare, tandis que l’observateur pourra facilement lire celui du wagon.Ainsi le temps du passage du train est plus rapide pour le passager que pour l’observateur.D’où il suit que la distance entre deux points donnés, mesurée par la longueur du chemin parcouru, est plus courte pour le voyageur en wTagon que pour l’observateur immobile et le temps qui sépare le passage d’un point à l’autre est également plus court pour le premier que pour le second. 312 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE En résumé, la distance dans le temps aussi bien que la distance dans l’espace, diminuent en même temps à mesure qu’augmente la vitesse de l’observateur, ou augmentent quand la vitesse de l’obser-vatur diminue.Donc la vitesse ralentit les durées et raccourcit les longueurs.De sorte que sur une sphère, lancée dans les régions stellaires à une vitesse fantastique, une minute paraîtrait durer une heure, et un mille semblerait un simple arpent.A cette vitesse, ne fait-on pas en une minute ce qui prenait d'habitude une heure, et ne parcourt-on pas un mille au lieu d’un arpent ?L’espace et le temps deviennent ainsi de simples effets de perspective.Donc l’espace et le temps sont des choses tout à fait relatives.Elles le sont au point que même la simultanéité des événements disparaît: deux phénomènes qui sont simultanés pour un premier observateur, ne le sont pas pour un second placé sur une autre planète.Il est amusant de noter que, dans le domaine psychologique, la relativité a toujours existé.De fait, une distance nous paraît plus ou moins courte, selon la plus ou moins grande vitesse à laquelle nous la traversons.D’autre part, dans un train ou d’un aéroplane, le temps nous semble avancer plus lentement, s’allonger pour ainsi dire.Ce qui est plus : dans la conversation, ne disons-nous pas, suivant l’occasion, du même trajet: le voyage a été long, ou le voyage a été court.Et encore: la journée a été courte, ou la journée a été longue.Donc le même espace et le même temps peuvent nous paraître différents selon l’état d’esprit: ils lui sont donc relatifs.Relativité de l’espace et relativité du temps, voilà ce qu’on entend quand on parle de la relativité einsteinienne.Auparavant, les savants admettaient bien que les dimensions d’un objet rigide n’avaient rien d’absolu, et que seuls les rapports de ces dimensions avaient une réalité.Mais Einstein a montré que ces rapports eux-mêmes sont relatifs, puisqu’ils dépendent de la vitesse relative à l’observateur.C’est une relativité spéciale qui s’ajoute à la première.La relativité, en somme, est une vieille notion qui a continuellement progressé.Autrefois on croyait que la terre tournait autour du soleil: cela paraissait si évident qu’à première vue, on n’en pouvait douter.Et les hommes, quand ils s’élevèrent jusqu’à la pensée, tombèrent d’accord sur ce point.Mais il se trouva quelqu’un pour affirmer que c’était un mouvement apparent: donc une question de relativité.Et cette explication s’accordait exactement EINSTEIN ET LA RELATIVITÉ 313 avec nombre d’observations.A partir de ce moment, il fut admis que la terre tourne autour du soleil.Mais au simple mortel, la terre semble bien immobile, pendant que le soleil décrit un cercle autour d’elle.De fait, il pourrait en être ainsi.Mais si les astres tournent réellement autour de la terre, des difficultés sans fin surgissent de tous côtés, tandis que tout devient très simple, si c’est la terre qui exécute le mouvement.Nous adoptons en conséquence la théorie de la mobilité de la terre.Il en va de même de la relativité einsteinienne.Comme le primitif trouvait plus simple de croire au mouvement du soleil, nous trouvons plus commode de nous en tenir à nos idées du temps et de l’espace.Habitués à les regarder comme des choses absolues, il nous en coûte de croire qu’elles sont relatives, capables de changement, et qu’il existe d’autres temps et d’autres espaces.Mais nous en avons maintenant la certitude; car la théorie d’Einstûn a été soumis - à certaines épreuves et elle en est sortie victorieuse.Depuis longtemps les savants avaient remarqué que la planète Mercure ne se comportait pas exactement selon les lois de la gravitation.D’après Newton, une planète devrait décrire une ellipse et voyager indéfiniment dans la même direction.Au contraire, Einstein affirme qu’une planète décrit bien une ellipse, mais qu’avant de terminer sa révolution, elle s’engage sur une ligne légèrement en avant de la première, de sorte que l’orbite après des années ou des siècles, se trouve dans une direction différente.La rapidité de ce changement dépend de la vélocité de la planète.Or l'observation montre que Mercure déplace son orbite à raison de 574 secondes d’arc par siècle.On calcule que 532 secondes de ce total sont dues il l’influence de la gravitation.Restent 42 secondes, qu’on ne saurait d’ailleurs attribuer à des erreurs de calcul.Cette divergence entre la théorie et les faits constituait un problème astronomique.Or, d’après Einstein, la solution mathématique de la difficulté est la suivante: à chaque révolution, une planète déplace son orbite d’une fraction tie révolution, égale à trois fois le carré du chiffre de la vitesse de la planète relativement à la vitesse de la lumière.Par une série d’équations les mathématiciens établissent que cette formule, dans le cas de Mercure, représente une avance de 43 secondes, chiffre qui se rapproche suffisamment des 42 secondes de surplus pour qu’on puisse admettre qu’Einstein a résolu le problème. 314 BEVUE TKIMESTRIELLE CANADIENNE Ce merveilleux résultat provoqua un immense intérêt dans la nouvelle théorie.On décida de lui faire subir une autre épreuve.D'après le savant physicien, puisque la lumière est matérielle, elle est sujette à la gravitation.Ainsi un rayon lumineux traversant le champ de gravitation du soleil subira une déviation dans sa route.Il alla plus loin; il prédit quel serait l’angle de cette déviation.Pour vérifier l'affirmation, il fallait attendre une éclipse solaire, parce que, en temps ordinaire, l’éclat du soleil est tel qu’il efface les rayons de lumière passant dans sa sphère de radiation.Donc, en 1919, la Société d’Astronomie d’Angleterre envoya deux expéditions, l’une à Sobral, Brésil, sous la conduite du Dr Crommellin, l’autre, du Prof.Eddington, à Principe, une île de la côte occidentale de l’Afrique.Voici le problème.On choisit une étoile placée de telle sorte que son rayon de lumière, pour nous parvenir, frôle presque le soleil.Si le rayon ne subit pas l’influence solaire, il suivra la ligne droite A.B.Mais si le soleil exerce une attraction , alors le rayon suivra la ligne A B h Pour un observateur terrestre, puisque la lumière nous semble voyager en ligne droite, le rayon paraîtra suivre la ligne A1 B ‘, et l’étoile occuper le point A 1 au lieu de A.Trois résultats étaient possibles.Si la lumière n’est qu’une vague en mouvement dans l’éther, donc sans masse, il ne se produira aucune déviation.Si la théorie de Newton est exacte, l’attraction gravitante devrait faire déplacer le rayon d’environ 0.75 de seconde de distance angulaire.Finalement, d’après Einstein, l’attraction solaire devrait faire dévier le rayon d’environ 1.75 seconde.L’éclipse eut lieu le 29 mai 1919 et dura de 6 à 8 minutes.On prit 15 photographies et deux mois plus tard on rephotographia la même région céleste, cette fois sans le soleil.Les photographies furent examinées et les astronomes et les mathématiciens se mirent au travail.Le G novembre, le résultat fut annoncé: l’expédition de Sobral rapportait une déviation de 1.98 seconde, celle de Principe, de 1.63.La moyenne donnait 1.8.Einstein avait prédit 1.75.Newton aurait suggéré 0.75 et la science orthodoxe: 0.Einstein avait raison.Ainsi la ligne qui nous paraît droite est courbe et les parallèles finissent par se rejoindre.La lumière nous vient en zigzag, et l’étoile que nous voyons à notre droite se trouve à notre gauche.On ne pour- EINSTEIN ET LA RELATIVITÉ 315 ra plus dire avec Corneille: Je vois, je sais, je crois, mais il faut dire: “Je ne sais si je crois ce que je vois." Une fois de plus la réalité des choses échappe à nos sens.C’est de cette seconde victoire que la théorie einsteiniennc a tiré son prestige et sa force.Du coup, elle s’est imposée au monde savant et en a fait la conquête presque totale.Si vous le voulez, étudions maintenant quelques conséquences de cette théorie.Le temps et l’espace n’étant pas absolus, on ne peut plus les appliquer aux différents corps célestes.Chaque corps possède un espace et un temps qui lui sont particuliers, et qui dépendent de la vélocité de son mouvement.Mais alors, si le temps et l’espace ont des valeurs différentes dans différentes parties de l’univers, la question se pose naturellement : hors du temps et de l’espace apparents, existe-t-il un temps réel et un espace réel ?Nous sommes bien d’avis que notre espace et notre temps sont les seuls vrais.Mais si des êtres habitent les autres planètes, ce qui après tout est possible, ils croient également que leurs mesures sont les seules exactes.Alors qui a raison?Ou même quelqu’un a-t-il raison ?On ne saurait le dire.C’est peut-être une erreur que de poser la question.Car chaque observateur sur un corps céleste s’imagine qu’il est immobile et que tous les autres corps se meuvent par rapport à lui, par conséquent se contractent dans une certaine direction.Mais il en est autrement pour un autre observateur sur un autre corps, qui lui juge que la contraction se fait d’une autre façon.Ainsi le même corps a une apparence différente, et le même fait se passe à des heures différentes, pour des observateurs placés sur deux corps entraînés à des vitesses inégales.De fait l’univers comprend un certain nombre de corps en mouvement les uns par rapport aux autres.Il ne peut être question de mouvement et de repos que relativement à une base de comparaison.L’éther pourrait être cette base, mais rien ne prouve que l’éther soit autre chose qu’une conception de notre esprit.Elle fut utile un temps pour expliquer certains faits qui s’expliquent aujourd’hui sans elle.Si, de fait, l’éther existait réellement dans un état de repos absolu, les conséquences, à la lumière de la doctrine einsteinienne, en seraient effroyables.Car alors, en les tournant dans le sens du mouvement , les choses se raccourciraient littéralement.Tandis que, s’il n’y a rien d’absolu, on se sent plus à l’aise.Qu’importe que pour quelqu’un dans l’espace, elles paraissent se contracter ou se dilater. 316 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Après tout, la vie est un leurre et une tromperie; pourquoi se tracasser au sujet de simples apparences.Une autre conclusion plus importante se dégage de la doctrine de la relativité.Les dimensions d’un objet, c’est-à-dire l’espace apparent qu’il occupe, dépendent de sa vitesse, c’est-à-dire du temps qu’il met à parcourir une certaine distance oar rapport à l’observateur.Conséquemment on ne peut définir l’espace, sans le temps.Donc le temps est une quatrième dimension et l’espace a quatre dimensions.Jusqu’à Einstein on mesurait un objet dans l’espace par les dimensions ordinaires: hauteur, longueur et largeur.Un point sur une ligne ne requérait qu’une dimension, un point sur un mur, deux: un cadre, trois: mais pour décrire un train en mouvement, il en faudra quatre, sa longueur, sa largeur, son épaisseur, et puis le temps, c’est-à-dire sa vitesse à travers l’espace puisqu’elle affecte sa longueur.Evidemment il est difficile d’imaginer cette quatrième dimension, parceque c’est une notion nouvelle et ensuite parce que les vitesses observables à l’oeil nu sont trop lentes pour qu’elle révèle ses effets.On peut s’en faire une idée par le cinéma.Comme on le sait, les vues animées consistent en une série de photographies, se succédant rapidement sur l'écran.Chaque image, séparément, donne la sensation des trois dimensions, mais seul, le mouvement, succession en vitesse des images, donne la sensation d’espace et de temps, c’est-à-dire de la quatrième dimension.Autrement dit, il faut l’espace et le temps, conditions du mouvement, pour avoir la sensation totale.Ainsi l’espace et le temps ne sont plus des propositions distinctes, comme le voulait Newton, mais leurs relations, relations inséparables, constituent une.entité nouvelle l’espace-temps, qui modifie notre conception des choses matérielles.La théorie d’Einstein a jet é le trouble dans l’âme des géomètres.Car d’après elle, si vous tirez sur une sphère, une ligne droite, et cpic vous la mettiez en mouvement, cette sphère se contractant dans le sens de la direction, la droite deviendrait une ligne courbe; un carré deviendrait un rectangL.Alors les propositions géométriques ne sont plus vraies?A quoi Einstein répond: la vérité des axiomes géométriques est une question qui n’a pas de sens.Ce en quoi il a raison.La géométrie ne s’occupe pas de l’accord de ses propositions avec la réalité, elle porte seulement sur des reations EINSTEIN ET LA RELATIVITÉ 317 logiques de ces propositions entre elles.Les axiomes ne sont pas des vérités de faits, mais des vérités de relation.En pratique , quelles sont les conséquences de la nouvelle théorie ?Elles sont milles dans notre domaine terrestre, parce que les vitesses à la surface de notre sphère, aussi bien que les vitesses qui nous sont perceptibles, ne sont pas assez considérables pour modifier l’apparence des choses.De même que la découverte de la rotondité de la terre et de son mouvement de rotation n’ont pas altéré nos systèmes de construction, ainsi la découverte de la relativité ne révolutionnera pas nos méthodes actuelles.Mais la théorie einsteinienne nous aura expliqué, comme dans le cas de Mercure, certains faits astronomiques et certains faits physiques jusque là incompréhensibles.Elle aura fait faire à la science un grand pas vers le mystère des choses.A cette étude faut-il une conclusion ?En voici une: le temps et l’espace, autrefois entités absolues, formaient les bases de notre connaissance des choses.Einstein les a renversées.“Nous savions bien, dit M.Nordmann, que l’âme des choses nous était cachée, mais nous pensions au moins voir leur visage.Voilà qu’en nous approchant celui-ci n’est plus qu’un nutsque.”Nous ne savons pas ce que sont les choses, ni dans le temps, ni dans l’espace.Tout ce qui nous reste, c’est qu’entre la distance dans l’espace de deux événements voisins, existe une relation constante qu’on appelle 1 “Intervalle des événements.Selon le mot de Minkoski: “L’espace et le temps ne sont que des fantômes.Seule existe dans la réalité une sorte d’union intime de ces deux entités.” Cette réalité, c’est l’intervalle einsteinien, seule réalité objective et impersonnelle que l’homme puisse atteindre dans le monde extérieur.Nous restons dans 1 ignorance de l’absolu et des choses en soi; mais nous avons fait un pas dans le chemin du savoir réel.Enfin ce pas de géant que constitue la théorie de la relativité concorde merveilleusement avec les grandes découvertes de la physique moderne.Aujourd’hui l’électron, unité fondamentale de l’électricité, a succédé à l’atome comme unité basique de la matière.La matière est électricité, et la lumière est matière.Elle a une masse et la chaleur aussi, de sorte qu’un corps chargé d’électricité pèse plus qu’un corps neutre, et un corps chaud plus qu’un corps froid.La lumière, Einstein l’a démontré, est sujette à la gravitation.De plus, il n’existe pas de vitesse supérieure à 318 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE celle de la lumière, qui est une vitesse finie, ce qui supprime l’action instantanée à distance.Et la matérialité de la lumière élimine la théorie de l’éther, comme le fait la doctrine einsteinienne.Enfin la masse d’un corps n’est pas fixe.Elle augmente quand ce corps passe du mouvement au repos.D’autre part, l’énergie possède un certain coefficient d’inertie.Conclusion: au lieu de s’opposer, la masse et l’énergie sont équivalentes.Les deux formes de l’entité sont masse et radiation: masse, qui est de l’énergie fortement concentrée; et radiation, qui est de l’énergie disséminée à travers l’espace.Ces deux formes sont interconvertibles: un rayon lumineux tombant sur un corps perd sa forme radiation et son énergie devient pour ce corps une augmentation de masse.Ces nouvelles formules marquent l’immense progrès de notre connaissance.Sans effet dans la pratique, elles n’en transforment pas moins profondément notre conception des choses.Aboutissement de la science du jour, elles portent à un degré insoupçonné le principe de l’uniformité des lois physiques.Gustave Lanctôt. EINSTEIN ET LA SCIENCE “Mille ans sont à vos yeux comme le jour d'hier qui est déjà passé.Et comme une veille de la nuit.Leurs années seront regardées comme un néant.L’homme est comme l'herbe que l’on voit fleurir le matin, et qui bientôt est flétrie : Le soir elle est sans force, elle durcit et se dessèche.” Psaume 89.Sommaire — Les théories scientifiques — Einstein, Copernic moderne.Temps et espace — Dans la science classique — Difficultés : Poincaré, Bal mis — Contradictions : Bradley et Michelson — Hypothèse Lorentz-Fitzgcrald.Relativité restreinte — L'éther — Lois — Conséquences: Espace et temps, fonctions de la vitesse — Univers à quatre dimensions — Lois de la science modifiée— Vitesse de la lumière, vitesse maximum ¦— Masses et densités — Rayons lumineux incurvés — Notre monde n’est pas euclidien.Relativité généralisée — L’attraction de Newton — Principe d’équivalence — Géodésiques — Univers courbe — Nouvelle loi de la qraritation — Analogies.Confirmations de la théorie — Incurvation du rayon lumineux — Mouvement du périhélie de Mercure — Déplacement vers le rouge des raies du spectre solaire.Réflexions et appréciations — Obscurités de la théorie — Quelques contradicteurs — Quelques “disciples” d’Einstein — Conclusion.Le genre humain cherchant la vérité ressemble atix enfants qui construisent des châteaux de cartes ou gonflent des bulles de savon: l’édifice s’érige rapidement et accuse d’agréables lignes la bulle se balance, monte, se colore.Un coup de vent, le château s’écroule, la bulle s’évanouit; et l’enfant reprend son jeu.Telle est l’histoire de la science.Elaborée par l’homme de génie, la théorie a un règne triomphal long du quelques siècles parfois, le plus souvent très court: bientôt il faut la modifier pour expliquer des observations nouvelles; puis vient l’heure de la misu au rancart dans ce musée encombré qui s’appelle l’histoire des sciences.Elle en sortira un jour peut-être pour connaître une nouvelle vie éphémère.Les faits et les lois restent pourtant et notre connaissance (L la nature s’améliore: car, si nous n’allons pas jusqu’au fond des choses, nous savons mieux pourquoi ont croulé les anciens systèmes et quelles conditions de solidité doivent réunir les nouveaux.Jamais peut-être au cours des siècles cette instabilité de la science n’a paru autant que de nos jours.Un homme de génie a suffi pour ébranler notre foi aux principes les plus vénérables : 320 BEVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE mécariqu-î rationnelle, mécanique céleste, loi de Newton, géométrie euclidienne, physique théorique; et cet homme s’est efforcé de re-con.truire l’édifice scientifique d'après un nouveau plan qui laisse entrevoir dans la création plus d’unité et plus de beauté.L’auteur de cette révolution est un juif allemand.Albert Einstein est né à Ulm, le 14 mars 1879.Il fit ses études à l’Ecole Polytechnique de Zurich où il eut pour professeur Minkowski, mathématicien de talent, qui plus tard devait compléter les travaux de son génial élève.En 1914, Einstein fut un des intellectuels allemands qui refusèrent de signer le fameux manifeste des 93.Son indépendance lui attira les persécutions des pangermanistes, persécutions qui, paraît-il, ont poursuivi le savant jusque dans ses recherches et dans son enseignement.Les premiers travaux d’Einstein remontent à 1905 alors qu’il n’était qu’un tout jeune homme de 25 ans.Voilà l’histoire du personnage telle qu’on la racontait il y a quelques années; depuis, M.Einstein se serait révélé sous un aspect moins sympathique; cependant il y a quelques semaines à peine (avril 1922) M.Einstein, en plein Paris, au Collège de Fiance, devant un auditoire hypcrcomprimé, dans une atmosphère d’enthousiasme à haute tension’ exposa lui-même ses théories avec un complet succès.Juif, allemand, deux qualificatifs peu faits pour capter toutes les sympathies! Mais qu’importe à la science; Ivépler eût-il été le dernier îles hommes, scs découvertes n’en seraient pas moins sublimes.C’est.Einstein, mathématicien et physicien de génie que nous étudierons, celui que Lucien Fabre a défini: “Une logique imaginative, c’est-à-dire créatrice, poussée à l’extrême rigueur de 1 ingéniosité et insoucieuse de toutes les idées jusqu’ici acceptées, logique associée à une intuition mathématique qui rappelle celle d’Abel ou de Poincaré.” Il n est pas permis d ignorer Einstein, mais les non-initiés ne sauront jamais pénétrer jusqu’au coeur de son oeuvre gardé jalousement, telle la Rose du bon Guillaume de Lorris: sphinx mystérieux, signes cabalistiques, tout le mystère des plus hautes mathématiques protège les secrets du maître; il faut s’être habitué aux terreurs mystiques que provoquent les noms mêmes des théories: calcul vectoriel, calcul des tenseurs de Riemann, de Christoffel, de Ricci, de Levi-Civitta, géométries non-euclidiennes, analyse de Grassmann.Faudrait-il donc renoncer à toute connaissance du système d’Einstein ?Heureusement, plusieurs vulgarisateurs de talent se sont es- EINSTEIN ET LA SCIENCE 321 sayés à la tâche de rendre accessible au grand public cette théorie compliquée;1 nous bénéficions de leurs travaux.2 Einstein tient aujourd’hui un rôle comparable à celui de Copernic et de Galilée.Nos pères du Moyen-Age vivaient sans se soucier que la terre, qui leur semblait plate jusqu’à l’infini, est en réalité ronde; pour eux la terre nourricière reposait solidement sur une base inébranlable, laquelle reposait elle-même on ne savait sur quoi.Et une voûte solide et bleue s’étendait sur leurs têtes; et d’autres voûtes de cristal limpide allaient se recouvrant, s’éle- 1 M.Émile Pinard a écrit pourtant : “La théorie de la relativité est très abstraite, et c’est, à mon sens une entreprise vaine que de vouloir l’exposer avec quelque précision sans employer les symboles mathématiques.” (Annuaire du Bur.des Lon., 1922 Supp.B.4.) 2 Les principaux vulgarisateurs des idées d’Einstein que l’on peut consulter sont ALBERT EINSTEIN: La théorie de la relativité mise à la portée de tout le monde, dont la lecture demande quand même un certain effort de “patience et de volonté” suivant l’expression de l’auteur.Une démonstration mathématique simple des formules de transformation de Lorentz est donnée en note._ CHARLES NORDMANN: Einstein et l’Univers: livre clan, souvent lyrique; c’est un “roman de la science” que les “gens du monde” liront avec plaisir et profit.Les mathématiciens reprocheront sans doute à l’auteur son peu de respect pour leur science favorite et le manque de rigueur de certaines démonstrations.M.Nordmann avait d’ailleurs comme seul but de donner une idée des théories einsteiniemies.LUCIEN FABRE: Les théories d’Einstein-, beau livre, simple dans les premiers chapitres, où la théorie est exposée une première fois.La matière est reprise ensuite d’une façon moins élémentaire et plus scientifique.A.-S.EDDINGTON: Espace, Temps, Gravitation, ouvrage de près de 400 pages, en deux parties :1a première contient des considérations assez abstraites sur les points principaux de la relativité; la seconde développe la mathématique des démonstrations rigoureuses.L’auteur aime les développements métaphysiques; l’ouvrage plein d’aperçus nouveaux mérite une étude approfondie.GASTON MOCH: La relativité des phénomènes; livre instructif et captivant se rapportant en grande partie à Einstein.STEFAN CHR1STÉSCO: La relativité et les Forces dans le système ccllu-lulaire des mondes; plutôt un ouvrage de Cosmographie scientifique intéressant et original.L’auteur est anti-einsteinicn convaincu et militant.SCIENTIFIC AMERICAN (1921) Un grand nombre d’articles de la revue se rapportent à Einstein; la plupart sont des fragments de travaux présentés au concours de la Revue.Aucun de ces travaux n’égale en clarté plusieurs des chapitres de Fabre , de Nordmann ou de Moch.Cependant, l'article de M.Pickering est remarquable, (avril 1921); l’illustre astronome attaque avec vigueur le théories qu’il juge insuffisamment démontrées.L’ILLUSTRATION du 28 mai 1921.Cette revue reproduit un article très joli de M.Nordmann conçu dans l’esprit du concours du Scientific American.Le sujet traité en français et d’ailleurs écrit trop tard ne pouvait être présenté, mais il semblera sans doute plus clair et plus complet que le travail primé de M.Bolton.LA THEORIE DE LA RELATIVITE, par Emile Picard (Annuaire pour 1922).M.Picard est un hésitant au sujet de la solidité de l’édifice “si brillant d’Einstein.” 322 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE ymil; toujours, réglant les mouvements capricieux des astres errants K J 3?dCS ^ °'' jouissent de DtaTur' « mté.Helas parut Copernic, et toutes ces solidités croulèrent ¦ , accepta 1 absurdité des antipodes.Conçoit-on l’indignation dts IWeT nZ JT1’!1 faHUt admettre la terre ZlZ Galilée p us tard t F, i ^ ^ Vlslonnaire :unsi due devait l’être P US tard„ ! Et les ann^es passèrent, la terre roulant quand orne , et petit a petit, les terriens orgueilleux comprirent que leur globe est une minuscule goutte de boue dans l’étendue.I Du,mêm° n,'f|re ost lo seci’et dévoilé par Einstein.Il y avait ( c i s no re science, a la base de tous les raisonnements, deux notions qm paraissaient «discutables: la notion de l’espace invariable et lie du temps absolu, le même pour tous.Newton eût trouvé al,sur de, et tous les savants avec lui, que la même distance mesurée avec es memes unités parfaites, et que la même période de tempTUa qu«i par es memes horloges parfaites n’eussent pas donné TrS dk ~ pas *• P Engineering-News Record, August, 11, 1921, p.239. 396 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Le prof, avait parlé longuement de l’homme de profession, mais un abonné de la revue mentionnée s’est appliqué à en donner une juste définition: “A professional man is one whose stock in trade is knowledge and who has nothing to sell but that knowledge.The clergyman sells knowledge of religion; the doctor sells knowledge of medicine; the engineer sells knowledge of engineering science.None of them has any stock other than that which he carries around in his head.” 3 Ce qui faisait dire à M.F.-W.Greve, prof.d’Hydraulique à l’Université de Perdue, Lafayette, Ind,: “The practice of lawyers and physicians is consulting work and when comparison is made with engineers, sucli comparison should be limited to consulting engineers who represent the truly technical men.”4 Et les commentaires, dont plusieurs favorables au prof.Burr, sont venus d’un peu partout.Says Mr F.Lavis, consulting eng., N-Y.: “I think the need of a broader culture and education for engineers in addition to the necessary technical training cannot be too strongly emphasized.” 5 Et d’autres: “It appears that there is a growing feeling that a great opportunity is being lost in training engineering students for technique rather than for life” (Mr Morris Knowles, Pittsburg)6.“In addition to the present curricula, there should be sceduled six-year courses for those who intend to enter the profession” (Mr F.-W.Greve)7.“The best professional spirit demands more than ever that a man must know something of foreign as well as domestic politics, of social problems (often called humanities) and an acquaintance with the best world literature” (Mr II.-G.Payrow, Ass’t Prof, of Civ.Eng., Lehigh University, Bethlehem, Pa).8 Toutes les idées émises ne sont cependant pas aussi catégoriques.Au côté de l’exclusiviste il y a le mitigé.Tel est M.George Anderson, de Los Angeles: “It is essential that the engineer should have the sure foundation of thorough knowledge of the scientific principles that govern the work he will engage in; it is not essential, though it may be desirable, that he should be even familiar with 3 Engineering-News Record, August 4, 1921, p.204.4 Engineering-News Record October (i, 1921, p.579.5 Engineering-News Record, August 11, 1921, p.239.6 Engineering-News Record, August 25, 1921, p.333.7 Engineering-News Record, October 6, 1921, p.579.8 Engineering-News Record, August 11, 1921, p.249. LA REVUE DES LIVRES 397 history and literature in general, or of engineering in particular, or that he should lie able to express himself clearly, forci fully and with conviction, or with intelligence and discrimination on public affairs, in general.”9 Et il ajoute: “If our secondary schools were administrated a little more intelligently, it would be possible to incorporate a course of cultural or liberal-arts work in the education of young engineers as would add cultivation, without unduly postponing entry into active practice.The vision of a professional body all of whose members shall, under compulsion, be broadly cultivated and thoroughly trained technically, may be* a delectable one, but it may be doubted if it is practicable or obtainable one.” 10 Mais ce n’est pas tout le monde qui est prêt à admettre que l’ingénieur soit dans un état inférieur comparativement au médecin ou à l’avocat! Says Mr J.-L.Campbell, El Paso: “The allegation that engineers and engineering do not and lawyers and doctors and law and medicine do have recognition and standing because the first have not and the second have broad cultural college education is found to be unproved by the facts.Not all engineers lack and not all lawyers and doct ors have cultural education.” * 11 “I wish to ask where Prof.Burr gets the idea that members of the medical and legal group are world-beaters?” se demande M.C.-W.Mustavus de Détroit.“It cannot be proved that every gfaduate in either one of these branches rises to a pinnacle of success and blazes the way for the rest of the community.The reason for not comparing medicine and engineering is that they are not near enough alike.Medicine and surgery deal entirely with the human element and that make-up of the individual know as sentiment.Engineering deals with inanimate materials.Regarding the legal profession, I think Prof.Burr has lost sight of the fact that a lawyer is so educated that he can fit himself nicely into several other places than a law office.” 12 Et M.A.-E.Morgan, président du Collège d’Antioche, Yellow Springs, Ohio, renchérit encore: “The intelligence tests of the Unites States Army during the war 8 Engineering-News Record, August 25, 1921, p.332.10 Ibidem.11 Engineering-News Record, August 11, 1921, p.240.18 Engineering-News Record, August 2, 1921, p.239.indicated that the engineer officers had a higher average intelli- 398 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE gcnce than any other calling represented in the army.” 13 D’autre part, il ne conviendrait pas d’attribuer à l’enseignement seul la gloire ou la faute du succès ou de l’insuccès de l’ingénieur.11 y a bien le côté subjectif, mais le côté objectif compte aussi pour quelque chose.C’est ce que fait remarquer M.A.-J.Gilardi, I.C., Jackson, Mich.: "There are two different points that interest the engineering profession and which have to be analized separately: 1° More recognition from the public.The reasons why engineers do not get in this country the recognition to which they are entitled lies first in the denomination engineer itself; in Europe, professional engineer is called an “ingénieur”, whereas the engineer (manual laborer) is call ' ¦ cun ien,” “machiniste,” etc: and the second reason is to be found in the large proportion of non-graduate engineers in this country.20 A fair compensation for the services rendered to the community.” 13 Est -il besoin d’ajouter combien ces déclarations sont applicables à notre population?Et M.W.-O.Hinkly, Stanley Mines, Idaho Springs, Colo, développe encore cette idée: “I believe that a large part of the public regards a professional man as essentially a whi-collar man.blic regards a professional man as essentially a white-collar man.The medical legal professions are essentially of an office and laboratory nature.The engineer must spend a large share of his time on field work, in contact with an element where a white collar would be out of place.The public must be educated away from these lieliofs.” 15 D’autres enfin, toujours des ingénieurs, entre autres M.Deutsch de New-York et M.F.-D.Nash de St-Iouis, Mo.mentionnent le fait* 1 ° que l’ingénieur , pour s’attirer une plus grande publicité, doit, comme le font les avocats et les médecins, s’intéresser vivement aux questions que les jouri aux mettent tous les jours devant le public et ne pas craindre de prendre part aux discussions ouvertes.Pi nous ne sommes pas toujours disposés à accepter comme vraie toute idée venant de nos voisins des Etats-Unis, il r’est pas mal à propos de connaître un peu ce qu’ils pensent.E.R.ingénieur civil.11 Engineering-News Record, October 6, 1921, p.578.- 14 Engineering-News Record, Sept.29, 1921, p.537.“ Engineering-News Record, August 11, 1921, p.240.1 ' Engineering-News Record, Sept.29, 1921, pp.536, 537. Le tabac à Priser sous sa forme la plus pure REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE n - mm.M M rn SNUFF «fe X REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE LES FORCES HYDRAULIQUES DE LA PROVINCE DE QUÉBEC Pour aménager une chute d’eau dans la Province de Québec, on doit obtenir le permis nécessaire du Gouvernement Provincial en s’adressant à l’Honorable Ministre des Terres et Forêts.Une force hydraulique de moins de deux cents chevaux peut, dans certaines circonstances, être achetée sans réserve.Mais en général, toutes les forces hydrauliques de plus de deux cents H.P.ne sont octroyées que sous forme de bail emphytéotique, dont les conditions sont approximativement les suivantes : lo.—Durée du bail, de vingt-cinq à quatre-vingt-dix-neuf ans, selon l’importance de la chute et le montant du capital requis pour la mise en oeuvre.2o.—Le locataire doit payer un loyer annuel pour l’emplacement concédé, et ce loyer reste le même durant tout le terme du bail.3o.—Le locataire doit encore payer, en supplément, une redevance annuelle variant selon la situation géographique de l’emplacement, de dix à trente-cinq sous par H.P.utilisé.Celte redevance est payable seulement à partir du moment que la force est produite.4o.—La redevance de l’article 3 est sujette à révision tous les vingt et un ans, à compter de la signature du contrat.5o.—Le Département accorde un délai de deux ans pour commencer les travaux, et deux autres années pour la production de la force, c’est-à-dire, de l’aménagement complet.60.—Le locataire est sous l’obligation de faire un dépôt soit en argent, soit en autres effets, en garantie de l’exécution du contrat.Si les conditions n’étaient pas remplies, ce dépôt pourrait être confisqué; mais dans le oos contraire, il peut être remboursé après un certain temps.lo.—Enfin, le locataire doit soumettre au Département, les plans de ses ouvrages, usines, etc., avant leur installation; et par la suite, quand l’usine fonctionne, il doit tenir le Département informé de la quantité de force qu’il produit. REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE XI L’Hon.N.GARNEAU, J.-E.DUBUC, Président.Directeur-Gérant et Secrétaire.LA COMPAGNIE DE PULPE DE CHICOUTIMI CHICOUTIMI, Canada- , PÂTE MÉCANIQUE LA PLUS GRANDE PRODUCTION DU MONDE ENTIER USINES DE CHICOUTIMI 380 Tonnes par jour USINE DE VAL-J ALBERT 120 Tonnes par jour PÂTE AU SULFITE USINE DE /CHANDLER ,120 Tonnes par jour BUREAU À QUÉBEC : Immeuble LA BANQUE PROVINCIALE xii REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Ecole de Pharmacie HEADQUARTERS FOR Université de Montréal Chemical Apparatus AND L’Ecole de Pharmacie, donne l’enseignement de toutes les sciences pharmaceutiques et qualifie en tout point l’étudiant pour la licence ainsi que pour les grades de bachelier et de docteur en pharmacie.Son programme comprend la matière médicale, la toxicologie, la botanique, la pharmacie théorique et pratique, la physique, la chimie minérale, organique et biologique, théorique et pratique ; travaux de laboratoire : analyses, essais, titrages, identifications, etc.Pure Chemicals We carry the Largest Stock of Scientific Supplies, in Canada.Catalogue in preparation.A.J.LAURENCE, .Directeur.LYMANS, Limited Temporairement l’Ecole donne ses cours dans l’immeuble de l’Ecole polytechnique, 228 rue St-Denis.344 ST.PAUL ST.WEST MONTREAL, Canada.CARON FRERES T«.Be.l : EST 2390 Manufacturiers de BIJOUTERIES J.0.LABRECQUE & CIE Notre assortiment de médailles religieuses, Médailles scapulaires, Médailles de Congrégations, crucifix en or, en argent, bronze, aluminium ou métal blanc : est des plus complets et des plus variés, tandis que nos prix sont des plus raisonnables.Si vous n’avez pas encore reçu notre catalogue, nous vous l’enverrons avec plaisir sur demande.AGENTS POUR LE Charbon Diamant Noir 0 233-239, RUE BLEURY MONTREAL, Canada.141, RUE WOLFE MONTRÉAL REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Xlll Université de Montréal L’hôpital de l’Ecole Vétérinaire est ouvert tous les jours de 8 h.du matin à 4 h.de l’après-midi.CLINIQUE GRATUITE Tous les mardis et vendredis, de 8 h.à 12 h.du matin, (entrée $0.25).Sous la direction du professeur F.T.DAUBIGNY, M.V.Entrée générale • 75, RUELLE PROVIDENCE , /Hôpital Est 4005.Telephones jEcole ^ 7129 FACULTÉ DE CHIRURGIE DENTAIRE UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL (Canada) Membre de l’Association nationale des Facultés dentaires américaines Cette Faculté est la seule en Amérique donnant l'enseignement dentaire en langue française.On y reçoit en 4ème année des diplômes étrangers, désireux d’obtenir le doctorat en chirurgie dentaire (D.D.S.).L’Université vient de consacrer une somme de trois cent mille dollars pour une nouvelle installation de l’enseignement dentaire en rap-, port avec le progrès de la dentisterie moderne.Pour prospectus et informations, écrire au Doyen, Le Dr EUDORE DUBEAU 380, rue ST-HUBERT, Montréal, Can.C.E.RACINE & CIE Limitée COURTIERS EN DOUANES TRANSITAIRES Facilitent les expéditions à l'étranger Assurance Maritime Correspondants dans les principaux ports • d’Europe et des conti- nents américains “Board of Trade Building” MONTREAL Adresse télégraphique : “Enicar”.Mathématiques, Sciences, Lettres et Langues, en français et en anglais.Préparation aux examens : brevets.ART DENTAIRE, DROIT, MEDECINE, PHARMACIE, SERVICE CIVIL, etc.RENE SAVOIE, I.C.eti.E.I Bachelier ès-arts et és-scienccs appliquées Professeur au collège Ste-Marie et au collège Loyoln Enseignement individuel à paiement facile le jour et le soir.Cours pour dames et messlcurs-Ucnselgnements fournis sur demande.238, RUE ST DENIS, Téléphone EST 6162 En face de l’église St-Jacqucs.Edm.Laroche.B.S.Institut Laroche, Enrg.LETTRES ET SCIENCES Cours strictement privés le Jour et le soir.Préparation aux cours classiques et aux brevets.195 rue Ste-Catherine Est Tél.: Bureau, Est 7490.liés.Est 359. xiv REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE ÉCOLE POLYTECHNIQUE DE MONTRÉAL GENIE-CIVIL, ARCHITECTURE - ET -‘- INGENIEUR-CHIMISTE | DURÉE DES COURS - - QUATRE ANNÉES Ingénieur spécialiste: MINES ET ÉLECTRICITÉ UNE ANNÉE COMPLÉMENTAIRE ECOLE DE PREPARATION Prépare aux examens d’admission à l’Ecole Polytechnique.Durée des cours : une année pour les candidats admis en 1ère section et deux années pour les candidats admis en 2ème section.Les examens d’admission ont lieu en juin et en septembre.Les finissants des cours classiques sçnt admis en 1ère section sans examen.Cours d’été du Ier juillet au 1er septembre En vue des examens d’admission de septembre Pour renseignements, s’adresser au Directeur, 228, rue Saint-Denis MONTREAL - >’ ^SpSISI ' .' .V ¦ .¦ :¦ 'iJff REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE XV Tel.Bell Eat 3644 T.LESSARD & FILS, LIMITÉE INGENIEURS MECANICIENS PLOMBERIE SANITAIRE Installationu d’appareils pour le Gaz, la Vapeur et l’Eau Chaude.191, rue Craig Est, Montréal.Alfred St-Cyr.Gm.Gonthier.Albert P.Frlgon.ST-CYR, GONTHIER & FRIGON BANQUIERS ET ADMINISTRATEURS 103, REÇE SAINT-FRANÇOIS-XAVIER Montréal, Canada.Téléphones : Main : 519 et 2701.Adresse télégraphique “Cygofri”.POLYBIBLION REVUE BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 5, rue de Saint-Simon, 5,.PARIS, VII Le “Polybiblion”, qui est entré dans sa 55e année, paraît chaque mois, en deux parties distinctes.I.— Une “Partie littéraire” (2 vol.par an), comprend : lo des "Articles d’ensemble” sur les différentes branches de la science et de la littérature ; 2o des "Comptes rendus” des principaux ouvrages publiés en Frnncc et à l’Etranger ; 3o une “Chronique”, résumant tous les faits se rattachant à la spécinlité du Recueil.— Depuis la fin de 1914, le “Polybiblion’! donne des comptes rendus en nombre considérable relatifs ù la guerre européenne.II.— Une “Partie technique” (1 vol.par an), contient : lo une “Bibliographie méthodique” des ouvrages publiés en France et ù l’Etranger, "avec indication des prix” ; 2o les “Sommaires” de nombreuses Revues françaises et étrangères ; les “Sommaires” des grands journaux de Paris (articles littéraires, historiques, scientifiques et artistiques, et articles se rapportant de près ou de loin ù la guerre européenne).PRIX DE L’ABONNEMENT POUR 1922 Partie littéraire, Partie technique, Les 2 parties réunies.F'rance, 25 fr.— 20 — — 10 — Etranger, 28 fr.22 fr.50 ' j ' ' ¦ I _ .•' .REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE MANUFACTURIERS DE .Harnais, Selles, Malles, Sacs de Voyage, Sacoches, Portes-Monnaie Articles en cuir, BLOC BALMORAL But Notre Dame Ouest.Montreal, can REVUE TRIMESTRIELLE 'CANADIENNE X 1) PROVINCE DE QUEBEC (CANADA) Ministère de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries CHASSE ET PECHE CA province de Québec est l’Eldorado de tous les amateurs de la pêche et de la chasse.Elle possède en effet les plus grandes richesses ichtyologiques et cynégétiques du monde entier, l’on pourrait dire.Il faut jeter un coup d’oeil sur les chiffres qui suivent pour se faire une idée de l’immensité de son territoire encore en disponibilité.Ainsi, sa superficie totale est de 445,000,000 d’acres approximativement.Or, si l’on déduit 25,000,000 d’acres concédés soit pour la culture ou autrement, il reste une balance de 420,000,000 d’acres, dont 25 p.c.ou 105,000,000 d’étendue sont recouverts par les eaux des lacs, fleuves et rivières, et 315,000,000 sont boisés.Des steamers conduisent aux plus belles rivières à sau-nom du Saguenay et de la Baie des Chaleurs, en même temps que des trains de chemins de fer mènent chaque jour aux lacs et aux rivières des régions du Lac Saint-Jean, du Saint-Maurice, du Nord de Montréal, d’Ottawa et des Cantons de l’Est.Le Département de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries, qui régit tout ce qui relève de la chasse et de la pêche dans la province de Québec, émet des baux et des permis de chasse et de pêche à des taux avantageux pour les étrangers.On est prié de communiquer avec le Ministère de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries si l’on désire des renseignements plus précis.BUREAU DES MINES GISEMENTS MINERAUX.— Ln Province de Québec possède des gisements d’AMIANTE, de CUIVRE, de PER CHROME, de MINERAIS DE FER, de GRAPHITE, de MICA, de PHOSPHATE, de MOLYBDENITE, d’OR, etc.LOI DES MINES.— Ln loi des Mines de la Province otTre une sécurité absolue au découvreur de dépôts minéraux qui s’y conforme.Les dispositions de cette loi sont faciles à comprendre et ù suivre.Un "certificat de mineur”, que l’on peut se procurer nu Bureau des Mines ou coût de $10.00, permet au porteur de piqueter et de se réserver 200 acres de terrains miniers, n’importe où dans la province, sur les terres dont les droits de mines sont disponibles.LABORATOIRE PROVINCIAL.— Le laboratoire d’analyses de la Province est & l’Ecole Polytechnique, 228, rue ST-DENIS, MONTREAL.On peut y faire faire des analyses de minerais ù des taux très réduits.Pour tous renseignements concernant les Richesses minières de la Province, s’adresser & L’HONORABLE J.E.PERRAULT, Ministre de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries, QUEBEC. XV111 BEVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE M.H.FRIGON, Gérant-Général.M.AURELIEN BOYER, Président.- - mmm iMsSS CASCADES SILICA PRODUCTS CO., Reg.GRES et SABLES SILICEUX 103, rue Saint-François-Xavier - - Montréal.Dessinateur de patrons.Satisfaction absolus.Coupe garantie.Prix modérés.TEL.EST 3521.A.J.LELIEVRE, Marchand de Fourrures 150, RUE ST-DENIS MONTREAL Spécialité : Manteaux de Mouton de Perse.Tous les genres de Fourrures réparées, teintes et nettoyées.fél.Est 2434.T.DUSSAULT BOTTIER FASHIONABLE 281, Ste-Catherine Est .Montréal ¦y XIX REVUE TRIMESTRIEL EE CANADIENNE .y.¦: • :-y •- - • * v-.: */ ¦ ' .v:;»; ill M XX ¦ REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE ECOLE DES Hautes Etudes Commerciales DE MONTREAL Préparant aux Situations Supérieures du Commerce, de l’Industrie et de la Finance.Bibliothèque Economique.Musée Commercial et Industriel.Délivre des diplômes de “LICENCIE EN SCIENCES COMMERCIALES”, de “LICENCIE EN SCIENCES COMPTABLES” et de “DOCTEUR EN SCIENCES COMMERCIALES.” Le diplôme de “LICENCIE EN SCIENCES COMPTABLES” donne droit à l’admission dans “l’Institut des comptables et auditeurs de la province de Québec” et dans “l’Association des comptables de Montréal (Chartered accountants) .Des BOURSES DU GOUVERNEMENT sont accordées aux élèves méritants CfV* \'-W ¦ • .' ' .Cours spéciaux, le soir : Comptabilité théorique et pratique, Opérations de Banque, Correspondance commerciale, anglaise et française, Arithmétique commerciale, Algèbre, Economie Politique, Droit Civil, Droit Commercial.Langues étrangères (Espagnol, Italien, Allemand), etc.Pour tous renseignements, prospectus, inscriptions, etc., s’adresser au directeur des Etudes.399, Avenue Viger, Montréal. CANADA MINISTERE DES MINES Hon.Sir JAMES LOUGHEED, Ministre.Mr.CHARLES CAMSKLL: Sous-MltflSTRE.PUBLICATIONS RÉCENTES DIVISION DES MINES 30G.Rapport sur les minéraux non-métalliques employés dans les industries manufacturières du Canada.H.Fréchette.412.Recherches sur le cobalt et ses alliages.Quatrième partie : « Les alliages de cobalt à propriétés non-eorrosives ».H.T.Kalmus et K.B.Blake.414.Recherches sur le cobalt et ses alliages.Cinquième partie : « Les propriétés magnétiques du cobalt et du Fe !0.H.T.Kalmus.510.Rapport sommaire de la division des Mines, du ministère des Mines, pour l'année civile 1918.521.Rapport annuel de la production minérale du Canada durant l’année civile 1918.J.McLeish.DIVISION DES EXPLOSIFS 2.Rapport annuel de la division des Explosifs, du ministère des Mines, pour l’année civile 1919.Lt.-Col.G.Ogilvie.(Lois et règlements sur les explosifs).COMMISSION GÉOLOGIQUE Mémoire 92.Une partie de la région du lac Saint-Jean, Québec.J.A.Dresser." 98.Gisements de magnésite du district de Grenville.M.E.Wilson.“ 103.Le comté do Témiskaming.M.E.Wilson.“ 104.Les oiseaux de l’est du Canada.P.A.Taverner.(Prix, 50 cents).“ 109.Bassin d’Harricanaw-Turgeon.T.L.Tanton." 113.Géologie et gisements-minéraux d’une partie du comté d’Amherst.M.E.Wilson." 114.Matériaux de voirie dans la ville et le district de Montréal.Henri Gauthier.Bulletin du Musée No 27.Étude sur la minéralogie du district de Black Lake, Québec.Eugène Poitevin et R.P.D.Graham.On peut se procurer les publications ci-dessus en s’adressant au Chef de la Division de Publication et de Traduction, Ministère des Mines, Ottawa, Ont. Est co qu’il y a de plus perfectionné sur le marché, lorsqu'une femme possède une Laun-Dry-Ette, elle n’a pas à s'habiller comme un épouvantai!, le jour du lavage: §|| n’a même pas besoin d'enlever ses bagnes ni sa montre-bracelets, Avec une Lanm-Dry-Ette, vous n’avés pas à vous 1 remper les mains dans l'eau ni a toucher au linge humide: la machine fait tout le travail pour vous.Pas d’essoreuse pour assécher le linge; la Laun-Bry-Etfe l'assèche par elle-même sans exiger aucun effort de votre part, ¦ Une démonstration de hv manière dont là Irum-Dry-EUfi ferÿ pour vous votre lavage sera de nature à vous intéresser: venez lu demander h nos magasins, au rayon de lYicviiieité, / | Notts vendons la Laun-Bry-Ette II des termes de paiement facile sur demande.I ‘ ' au deuxième.LH iMAGASlN Üf 5f .«rin®.rt s^C3’"i*-tor-bc - Mo»*?-.?V,.y.?washes: ah , pr-
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