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La presse
La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. L'influence des journalistes de La Presse s'étend aujourd'hui au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias. [...]

La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. Très rapidement, le journal se présente comme un quotidien d'information indépendant et abordable pour la population ouvrière. Il veut se démarquer des journaux d'opinion, organes de partis politiques, qui sont fort courants à l'époque.

Sa fondation résulte d'une rivalité entre deux factions du Parti conservateur fédéral. William Edmond Blumhart, secrétaire et gendre de l'important homme d'affaires Louis-Adélard Senécal, affilié au clan du conservateur Joseph-Adolphe Chapleau, lance La Presse pour concurrencer le journal Le Monde qui appuie le premier ministre John Alexander MacDonald.

Un quotidien nommé Le Nouveau Monde voit d'abord le jour à la mi-octobre 1884. Après la publication de quatre numéros, il change de nom pour La Presse. Le premier numéro du journal est publié le 20 octobre 1884.

Le succès de La Presse est rapide, mais le journal est un gouffre financier. Après quelques changements de mains, il est racheté en 1889 par Trefflé Berthiaume, typographe à La Minerve. La modernisation du journal, entre autres avec l'intégration d'illustrations aux faits divers et l'impression par linotypes, permet de rendre l'entreprise rentable.

Trefflé Berthiaume sera à la tête de La Presse de 1889 à 1904 et de 1906 à 1915, année de sa mort. Arthur Berthiaume, son fils, prend alors en charge le journal. Trefflé Berthiaume lui a légué la propriété du journal qui, selon une clause testamentaire, devra appartenir à ses descendants pendant plusieurs générations. Nombre de disputes familiales éclateront dans les décennies suivantes, jusqu'à l'achat de La Presse par Paul Desmarais en 1967.

En 1913, le tirage de La Presse atteint déjà 121 000 exemplaires. Il augmente jusqu'au début des années 1960, alors qu'il atteint près de 300 000 exemplaires.

Une grève des employés et des cadres du journal éclate en 1958. Jean-Louis Gagnon, alors journaliste fort réputé, est appelé pour réinstaurer un climat de confiance. Il introduit la signature des journalistes au bas des éditoriaux et au début des reportages, ce qui permet la reconnaissance et le vedettariat des journalistes.

À partir de cette époque charnière, les postes de responsabilité éditoriale sont attribués à des journalistes renommés dont Gérard Pelletier, Roger Champoux, Jean-Paul Desbiens, Roger Lemelin, Jean-Guy Dubuc, Vincent Prince, Alain Dubuc et André Pratte.

En 1964, une autre grève, qui dégénère en lock-out, bénéficie à Pierre Péladeau, qui profite des événements pour lancer le Journal de Montréal. En 1971 et 1972, La Presse connaît un long lock-out qui lui fait perdre des lecteurs au profit du Journal de Montréal et du Montréal-Matin. Le tirage de La Presse passe de 285 000 en 1962 à 203 000 en 1966, puis à 165 000 en 1975.

Le tirage du journal atteint toutefois de nouveau des chiffres impressionnants dans les années 1980 (plus de 300 000 pour l'édition du samedi), chiffres qui sont près de se maintenir au début du XXIe siècle.

La Presse s'est rapidement imposée par la qualité de ses illustrations. Quelques grands illustrateurs et caricaturistes y ont d'ailleurs fait carrière : Albert-Samuel Brodeur, Georges Latour, Albéric Bourgeois, Pierre Dorion, Roland Berthiaume (Berthio), Jean-Pierre Girerd et Serge Chapleau. Les photographies de Conrad Poirier et d'Antoine Desilets ont aussi illustré les pages de La Presse.

L'influence des journalistes de La Presse s'étend au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La Presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1977, vol. III, p. 112-118.

FELTEAU, Cyrille, Histoire de La Presse, Montréal, La Presse, 1983-1984, 2 vol.

Éditeur :
  • Montréal :[La presse],1884-2017
Contenu spécifique :
Perspectives
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Nouveau monde (1884)
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Références

La presse, 1976-01-31, Collections de BAnQ.

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[" siÉÉi if.\u2014 k m \"i m v a# & 0 .\u2022 ¦ ' M ¦ .s s I V.g# fi .m If T# as ¦L r 1 a * ^a ir: S' '\u2022ft STv 1 1MB j \"I\u2014 ' r' v.î: m ¦M - \"S; \u2022.- -:*y .a '-Sti m 1 :-K z jr \\ / .l \u2022 f t , H.v Uv y .*.\u2022 /x * \\ t.PAR ANDRÉ PRONOVOST \\ 4 r f le ne sais pourquoi, mille après mille, je parcours ainsi ces forêts pleines d'ombres jaunes et bleues le ne sais pourquoi, les unes après les autres, il me iuut ainsi dépasser ces montagnes jusqu'au tarissement de mes résistances l'ai à passer à gué ces rivières aux torrents furieux, à épier toutes ces bêtes, à orienter mon émerveillement vers ces jours de cristal qui .naissent au-dessus des tourbières humides, puis qui s\u2019en vont s'éteindre dans l'azur rosé de l'ouest et pourtant je ne sais pourquoi j'ai tout cela à faire II \\ a tant de choses qu'on ne sait pas, quelqu un ni a i il un jour enseigné.Des jours et des nuits, puis des semaines et des semaines de sycomores, de conifères géant- \u2022 n-/ croués par les vents véhéments, de bouleaux d'un blanc d\u2019albStre, de broussailles aqueuses, d\u2019intenni-f nables vallées aux soleils consumants, de suri\".ruinons successives, de cols aux parois hén-i es, d'escarpements, de brèches vertigineuses, de gorges couleur de feu, et de grandes et froides solitudes Au début, la difficulté consiste à s'adapter à la très forte personnalité de la forêt, è ajuster l'hésitante et ' délicate nature humaine à l'incroyable \u2022\tde la montagne.Nous avons tellement l'habitude, dans nos grandes villes aux rassurants néons, de nous / targuer d invincibilité, d'agencer les choses as ce \\ conviction, de commander aux uns et aux autre- que cette nouvelle vie dans les arrière-bois va boulev erser r toutes nos fonctions et nos conduites Car < et te > nature géante dicte ses volontés, impose un respect \u2019 proche parent de l'absolue soumission Au contraire de ce que nous nous faisons accroire depuis .l'ennuyeux confort de nos salons, il n'est point mais \u2022\tpoint du tout, de liberté rendue de façon instant née par la grande nature; cette liberté, il nous va plutôt falloir l'apprendre, comme une difficile et langue 1 leçon, comme le langage, mot à mot et phrase par ¦ phrase, et il y aura toujours danger d\u2019échouer à XI l\u2019examen.La grande nature n'a qu'un nom et elle -*st JJ à conquérir à grands coups de peine et de foi y j Dans une certaine mesure, on redevient enfant en IV forêt.Il est courant, du reste, que les peurs et les /confusions de l'enfance y refassent surface La \"rèt Wsera donc notre mère.J'arriverai difficilement à décrire ces milles que |i-y parcours en cette fin d'après-midi trop chaule r Chacun d'eux m'assomme.Mon corps doit peser es centaines et des centaines de livres, peut-être pire et / je sais l'incandescence du sang dans chacun de I .^vaisseaux, de même que l'hypertension du lui a ie céphalo-rachidien entre mes tempes battante- Ve-e jambes flageolent, me trahissent presque It \" /¦damné sentier qui n'est que boue et eau, et e.iu et \u2014\"boue, et ronces et halliers, et millions de moust», -qui sautent comme étincelles, et aspérités roche qui tranchent comme d'inquiétants rasoirs, et pieds qui, en raison de ces trop longs milles et de cette humidité trop forte, sont comme compte es dans des étaux! Je suis d'une humeur massacrante \u2022¦; c'est en blasphémant comme un marin d'eau dne ¦ que je résiste et poursuis mon chemin.Tout ce K g sentier, arbre par arbre et dixième de mille apres dixième de mille, s'est ligué contre moi.Finalen» c'est toute une partie de la forêt, un versant comp \u2022 de la montagne que j'ai la certitude de tirer derm ¦ moi.Je m'en prends à ce sentier du diable, à -a chaleur moite, à ses pierres glissantes et à ses race.\u2014 émergentes contre lesquelles je bute presque à chaque pas, à ses déviations obscures en raison dedigues qu'érigent les castors incroyablement laborieux; je m'en prends à tout ce qui est et à tout ce qui n'est pas.De quoi demain sera-t-il fait?Je me demande - 1 \u2022' / V I / J \\ * V - >\u2022 V \\ A Z-'> ¦ 1 ! ' % A \\ ; /J \u2022\u2022 ¦./ \\ \"T .1 .z* / V \\ /\u2022 Ik.\u2018 Z\" /z V V / y * E » : magnani'iiue Z ¦1 r: t \\] f/ \u2022 ; ;< K Fv/ r if .* i V' / / 1J v v X V ~ m h V r'i V fl; -I ï / iv il f î k V r X !)' \\ / s tei ; lir- Ma longue marche me restera suffisamment de foi et d'énergie pour poursuivre, et si cet actuel tourment, inhibant mes élans naturels, ne mutilera pas mon amour pour les espaces sauvages Car il me reste des centaines et des centaines de milles, et de nouvelles savanes, et de breuils inconnus, et d'autres essarts brûlants et l poussiéreux.J'essaie de penser à autre chose, à des situations d'ailleurs, à des êtres qui me sont chers, à mon frère qui est en Inde, à mon père qui aime encore ma mère et à ma mère qui aime encore mon père, à ma petite fille de l'Est, aux Beach Boys, à ma Pontiac 1954, mais je n\u2019y arrive point.Chaque pas me ramène immanquablement à la réalité de cet interminable sentier.Je le confesse: je le déteste, ce sentier! Les dernières heures ont passé comme d'affreuses ivresses au bout desquelles, irréductiblement rebelle à cette nature trop autoritaire, j'ai atteint l'étape quotidienne projetée, l'aurais pu m'arrêter plus tôt, comme à cette montagne-là où déjà rien n'allait plus, mais c'était avec cette montagne-ci que j\u2019avais rendez-vous, pas avec une autre.Depuis les premières moirures de l'aube qu elle m'attendait dans son flanc généreux, si bien que je ne pouvais moralement la décevoir en ne m'amenant point au rendez-vous, le n'ai jamais manqué à ma parole envers une montagne! Je dresse mon campement, le suis silencieux, affreusement silencieux, l'ai cessé de m'intéresser à mon exhaustive fatigue, devenue asthénie.Je dresse mon campement machinalement, froidement, sans âme, sans cerveau.Le jour se retire dans son abbaye de noir d'ébène et de magnificence sauvage.Semblable à une femme aimante après un trop fort élan d\u2019agressivité, la nature entreprend de me reconquérir.Au reste, c'est un soir immense et caressant, et fraternel comme enfant et rassurant comme vieil âge.Nuit qui immobilise la peur et le mal, et grâce à laquelle les hommes épuisés pansent leurs plaies et reprennent haleine.Mon corps poursuit sa régénération.Nous sommes d\u2019abord une chair, c'est-à-dire que l'âme se refait toujours au diapason du corps.Il n'est point de psychologie, sauront les experts, il n'est que psychophysiologie.On dira toujours: \"Avoir du coeur au ventre\", et non point: \"Avoir du coeur à la tête.\" Il n'est toujours d'oeuvre et de labeur que ceux-là qui passent par les entrailles et qui endolorissent la musculature.Le reste est affaire de salons, c'est-à-dire irréalité suprême.Comme regarder un tigre à la télévision.le me cuisine un petit souper de roi.Je vous vois sourire, maternelles femmes.Qu'importe! Petit souper de roi, je vous l'assure.Mais je me servirai moi-même, pour faire différent des rois.Les rois doivent trouver le temps long dans leurs châteaux qui, en fin de compte, ne sont guère différents des châteaux en Espagne.Il faut être bête pour demeurer roi toute sa vie.Quel repas, Seigneur! En dépit de l\u2019incommensurable respect que je lui porte, je le dis hautement: ce soir, j'arrive presque à égaler McDonald's.Et voilà! Le jour s'est éteint.Ses dernières flammes ont vacillé entre les pins géants, au bout de ma vision appesantie.Nuit sublime.Nature généreuse, grâce à laquelle j'achève de me réconcilier avec ce sentier que j'accusais de tous les maux.)e me referme en mon âme.Le sommeil m'emporte.Les lucioles veillent.Tandis que je progresse vers cette nouvelle montagne à gravir, une réflexion me vient à l'esprit.Il se dit et s'écrit beaucoup de choses en éducation.Peut-être pourrions-nous mettre de côté toutes les théories et laisser tous les volumes sur les rayons, et simplement dire à nos enfants, en leur montrant les montagnes: \"Allons voir, il y a peut-être quelque chose dessus C'est un jour grand de lumière partout infiltrée.depuis les faites gris perle jusque dans les vallées vert émeraude, entre les conifères, dans les fissures et les lézardes anfractueuses, dans les lichens tapissant les rochers en vieil or et en glauque.Le vent ne touche que rarement la terre, si haute soit-elle parfois, et les cumulo-nimbus, avec leurs parties vivement éclairées et leurs ombres intenses, forment un ciel pommelé et bellement découpé, le vais comme faon à travers ce jour géant, vif, léger, presque bondissant.Tous mes muscles sont d'acier et de chaleur bienfaisante, et mes bras, comme lorsqu'on dit avoir des ailes, me paraissent pouvoir, dans une étonnante extension, embrasser l'immense massif montueux Je sais mes épaules incassables sous les courroies tendues de mon havresac.et mes pieds obéissent instantanément aux innombrables caprices du sol et à chacun des commandements de mon cerveau.le vais chantant.Mes vocalises pourraient vous faire sourire: je le sais.Il se peut que ma voix descende jusqu'au fa et monte jusqu'à l ut dièse Les lacs stagnent sous le plein soleil des vallées, et leur contour de sable micacé réfléchit cette lumière envahissante.Les grands corbeaux vont en descentes et en montées lourdes, entre les falaises, beaux de leurs reflets pourpres et violacés, et leur rauque et retentissant croassement mat fissure par le milieu l'immense solitude.Des tréfonds riches d'une eau tombée la nuit d\u2019avant jaillissent des sources limpides et argentées Je m'y désaltère à I occasion, sans même déposer mon havresac, pour me remettre aussitôt en marche.Ce sentier m'attire comme merveilleux aimant.Je ferai tantôt une halte et cueillerai de ces gros bleuets charnus qui perlent les bords du sentier.A-t-on jamais appris que le bleuet est la fleur même de la centaurée?Il est important de savoir aussi des choses comme ça dans la vie.l'ai fait un bout de chemin avec Bill, que j'ai rencontré à une source.Moins d'une vallée de marche ensemble et nous étions devenus frères.Il est mirifique, ce Bill.Il a des milliers de choses à dire, comme en témoignent ses nombreux silences Il a fait le Viêt-nam.Depuis, il parcourt les montagnes à la recherche de son équilibre C'est sans la plus petite égratignure qu'il est sorti de cet enfer Mais il a l'âme blessée à jamais Bill a tué des humains, comme on tue des canards à la chasse.Il a décapité un vieillard à la mitraillette.Il était aussi de ceux-là qui, refusant cette guerre, ont parfois profité de la confusion des tirs pour faire feu sur leurs propres lieutenants, incorruptibles partisans de cette boucherie.Bill est triste Ses yeux brillent de douleur.De son plus cher compagnon, là-bas, il n'est resté qu'une botte après la volée d'un obus de mortier D'un autre, avec qui il avait fumé un peu de marijuana quelques secondes plus tôt, il n'est même pas resté de botte.J'ai bien aimé ce Bill.Il avait des yeux tendres et violents, le te salue, cher Bill! Tu es dans mon coeur.J'espère qu'on se reverra en montagne.J'espère aussi qu'il n'y aura pas d\u2019autre guerre.C\u2019est la première fois que je me blesse en montagne Je m en trouve furieux et blessé dans mon orgueil autant que dans mon dos.Bien sûr, il m'est souventes fois arrivé de chuter, de donner genou contre pierre ou de m\u2019écorcher, mais, cette fois, c'est sérieux Car je suis demeuré au tapis plus de dix secondes, l'ai mal pivoté, tandis que je progressais à pic en empoignant une racine à découvert, j'ai glissé comme sur un parquet ciré de monastère.Mon havresac, lourdement chargé d'un récent réapprovisionnement, a basculé, me jetant à la renverse, le n arrive plus à marcher, alors qu\u2019il me reste plus de trois cents milles à parcourir, et la courbature me contraint à un très mauvais souffle, saccadé et court.Je suis en furie.Car je me trouvais dans une éclatante condition physique et mentale.Bien que les prétentions psychanalytiques me rebutent neuf fois sur dix, j'en arrive cette fois à me mettre sérieusement en doute et en cause, m'inculpant d'avoir pu, de quelque inconsciente façon, rechercher cet accp.dent.Car, si déplorables soient-elles, de telles\" mésaventures ont l'avantage (dans mon cas) de vous clouer sur un lit enfin confortable, au rancart bienfaisant de ces éreintantes montagnes et de ce long sentier qui, en dépit de sa magnificence, demeure un sempiternel ennemi.J'achève de me convaincre qu'il y a plus que hasard dans les accidents: qu'il y a dégénérescence psychosomatique.mésadaptation, refus de la réalité.Mais je vais me ressaisir, furieux que je suis, et je l'empoignerai à la gorge, cette réalité de longues vallées brûlantes et de montagnes hérissées! En attendant, je me défends comme je le puis, avec les moyens de la montagne et de la solitude.J'ai réussi à dresser mon campement.Le soleil se couche.J'attendrai qu'il se lève.La nuit a été longue comme jour.J'arrive à me tenir sur mes deux jambes, mais il me faut penser chacun de mes mouvements, programmer mes pas, de sorte qu\u2019il ne peut être question d'endosser mon havresac.le vais par conséquent laisser mon équipement dans la montagne, me faire un balluchon, et lentement je descendrai vers ûne route l'ai de la chance, mes cartes m indiquant qu'il s'en trouve une à moins de quatre milles, au pied d'une étroite rivière que je suivrai fidèlement, point à partir duquel je ferai de I auto stop jusqu'au premier hôpital le progresse comme un trop vieux cheval, l\u2019âme en douleur, avec cet effrayant sentiment que la montagne me renvoie chez moi, me contraint à la retraite.le suis sale comme deux porcs et gêné comme adolescent de seize ans, mais l'infirmière me signifie de ne point m en faire, qu'elle a même les coureurs des bois en vénération, fussent-ils sales à faire peur.Sans doute en raison de la fatigue et de la frustration accumulées, et en dépit de mon congénital et infini respect pour les femmes, je ne puis m'empêcher de penser, tandis que cette douce personne m'aide à me déshabiller, à ce chef-d'oeuvre cinématographique sur les infirmières des temps modernes, avec l'étourdissante et incroyable Linda Lovelace.Anamnèse et examen physique.Rien de grave.Etirement du muscle paralombaire droit ou déchirure de l'aponévrose.La bienfaisante et méprisable chimie: relaxant musculaire et tranquillisant mineur aux quatre heures Plus le paternel conseil du médecin de m'en retourner à la maison.Je vais vous faire une confidence: les grandes décisions de ma vie, quelles fussent de nature Fhr la Long Trail et le sentier des Appalaches, sur plus de 500milles, j\u2019ai conquis piedà pied montagne après montagne, au coeur de la forêt; pendant cinq semaines j\u2019ai pesté,sué,été heureux Suite page 4 31 janvier 1976-3 les plus résistants, délave complètement les champs, défie la nature entière L'eau s'est partout infiltrée, sous les pierres, entre les racines, sous les mousses épaisses, sous les amoncellements étanches de feuilles et de branchettes Les feuilles mortes achèvent de s'effriter, puis s'enfoncent dans la terre avec les aiguilles sèches de conifère.Toute la terre luit comme de l'émail vert bronze.L'eau stagne parfois sur les surfaces pierreuses.mais le vont revient toujours qui l'étale dans des giclements d'une blancheur transparente.Il faut malgré tout poursuivre la route.Elle s'avère immanquablement plus longue sous une pluie d'une telle virulence Le sentier est en tous lieux boueux, et l'eau qui déborde étend cette boue.\u2022 n progresse par conséquent dans des bottines on ne peut plus délavées, dans toute cette eau et toute cette boue jusqu'aux chevilles, et souvent outre.Les glissades sont inévitables II faut aller aveuglément, se fiant à sa seule bonne étoile, et espérer seulement se rendre.Les sources sont devenues ruisseaux, et ceux-ci ont l'ardeur des rivières.Ces dernières deviennent particulièrement dangereuses à traverser, si bien qu'il faut arpenter la berge avant de trouver, en raison des pierres encore à fleur d'eau, une ligne possible de franchissement.La pluie ne cesse pas.Elle creuse le sol en profondeur, active dans son ardeur la décomposition des roches, charrie les cailloux, les graviers, tous les sables, accélère l'usure des berges.Elle soulève les pierres, lesquelles déboulent dans les côtes.Il faut poursuivre encore.L'eau et l'humidité sapent l'énergie Les repas, des plus limités, sont pris debout, à la hâte, sous quelque arbre, dans la douleur Les nuits sont un guet épuisant de toute celte eau devenue une effroyable ennemie.On cherche un sens à cette pluie et à cette misère Et parce qu'on n'en trouve pas on rêve de soleil en haussant les épaules.Les temps changent.Cet idéal de croissance économique à tout prix, que nous ont jusqu'à ce jour proposé nos gouvernements, a cessé d'être celui de tous et chacun, comme en témoigne la mauvaise humeur de l'Amérique.Le matérialisme et l'artifice, commençons-nous à le savoir, nous rendent nerveux et souvent malheureux.Nous nous savons aux prises de plus en plus inconfortablement avec des problèmes auxquels nous n'avions pas du tout ou pas suffisamment pensé, et nous réalisons peu à peu qu'il n'est point d'assez sûr argent pour les solutionner Les temps changent, quoi qu'en disent les gens sombres.Le sentiment intime de bonheur va bientôt devenir l'unique vertu.Nous n'avons plus tellement le choix: nous asphyxier dans notre inhumanité ou nous retrouver chacun dans notre coeur, avec courage, tendresse et ouverture d'esprit Pour cette révolution à laquelle nous sommes tous conviés, nous allons par bonheur pouvoir compter sur le précieux enseignement de la nature.Car en tout temps elle nous rappellera le beau et l'infini, le crois une chose: laissons-nous séduire par cette nature, et nos gouvernements sans Sme chuteront d'eux-mêmes, faute de partisans.Nous n'aurons plus aucun goût pour leur inhumanité après avoir marché à la découverte des sources de cristal, des ombres bleues des conifères, des grands vents véhéments, des bêtes sensibles comme enfants et des vols d'oiseaux par-delà les hautes montagnes.C'est en faisant un détour par les longs sentiers des grands bois que nous échapperons à l'asphyxie biologique, psychologique et spirituelle des sots.On nous a enseigné le mensonge et l'argent, et la soif du pouvoir et l'étroitesse d'esprit, et l'ignorance et la superstition, et la facilité et l'abondance.Enseignons à nos enfants les lichens sur les pierres, le cri émouvant du huard en fin de journée, la clarté rouge des horizons au fond des vallées, le silence et la solitaire majesté des montagnes à dépasser.® ardente, presque cruelle pendant la nuit.Je prépare donc une pleine gourde de limonade, que je dépose fraternellement entre la nièce et moi, lui glissant dans l'intimité de l'oreille que c'est pour nous deux, juste pour nous deux.Elle fait le saut.Nous avons chacun notre moitié, que je lui explique avec une bienveillance d'honorable vieux loup.Elle sourit très timidement, me repousse presque Je ris dans ma barbe.Il est huit heures.Nous nous endormons.Je suis éveillé.Il dcit passer minuit.J'ai bu.cette moitié de gourde à laquelle j'avais droit, tel que stipulé par le traité.Comme si nos sommeils, à la mesure de nos émotions, eussent été réglés l'un sur l'autre, la nièce est elle aussi éveillée, le la sens qui bouge à mon côté.Tourne sur un bord, tourne sur l'autre.Elle mouche son petit nez si expressif.Tousse.Pousse un soupir.Tourne encore.Je la sais à mon immanquable merci Je jubile intérieurement, affriolant vagabond que je suis, incorruptible tombeur d'adolescentes! L'épouvantable conflit fait rage en elle demeurer libre, autonome, indépendante \u2014 surtout que c'est l'Année internationale de la femme \u2014, ou bien assouvir son horrible soif, faisant ainsi état de la sempiternelle et indéfectible dépendance féminine Imaginez-vous, femmes, l'affreux combat intérieur?Je sens sa petite main fébrile tout autour de ma gourde, hésitant, effleurant le goulot, se repliant dans sa fierté de glace, récidivant dans son concupiscent désir.Dernier soupir, phase terminale de ce combat par trop inégal, elle empoigne ma gourde d\u2019une main qui ne se contrôle plus et consomme dans des glouglous passionnés, avec une fièvre effrénée et des claquements de lèvres humides Elle renverse la tête et se sentimentale ou financière, j'ai toujours eu la sagesse de les prendre en état d'ivresse.Je fais donc ample .provision de bière froide et pars m'installer dans le parc, en biais de ce maudit hôpital.M\u2019en retourner chez maman, qu'il a dit, ce coq d\u2019Inde de docteur?J\u2019ai le cerveau plein de poudre fulminante.Je fais des gestes obscènes de va-et-vient en direction de l'hôpital, je serre le poing, je brandis la bouteille.Un policier m'interpelle et me prend en main.Mais je m'en tirerai avec un seul jour de prison, n'ayant été trouvé en possession d'aucune matière explosive ni de marijuana.La ségrégation raciale n'existe pas vraiment, qu'il me répète dans son langage rustre et imagé Ce n'est qu'un prétexte, qu'une occasion rêvée.Seule existe la haine La haine de tous ceux-là qui sont différents de toi, qui ont des émotions et des idées que tu n'as pas, oui ont un passé, un présent et un avenir pour lesquels tu ne t\u2019émeus pas.La ségrégation n'est pas le problème, insiste-t-il entre plusieurs jurons.Le vrai problème, c'est ta femme, ton enfant, ton voisin, tous différents qu'ils sont de toi.Le vrai problème, il se situe dans ton cerveau embrouillé par tant de haines.C'est Martin Hewitt Hayden, jeune chauffeur de camion de Silver Creek, Mississippi, qui m'enseigne ces choses, tandis que nous parcourons une dizaine de milles ensemble, sous une pluie à verse.Comme un roi sur son déclin, le jour perd de son autorité.Les oiseaux se sont posés pour la plupart.Quelques-uns parmi eux vocaliseront sur quelques dernières syllabes.Aucun vent.Le refuge où je me suis arrêté donne sur un étang clair bordé d\u2019arbrisseaux résineux.(On trouve sur le sentier des Appalaches, à environ tous les dix milles, un petit refuge à façade ouverte, fait de rondins, et sur le plancher duquel cinq ou six marcheurs peuvent dormir.) Je m'y retrouve en compagnie d\u2019un étholo-giste français, timide mais amical, en montagne pour une huitaine; d'un colosse d'environ mon âge.rieur généreux, qui en a vu d'autres, comme on dit, en route pour la lointaine Géorgie; d'un instructeur d'aviron olympique, en compagnie de sa fille et d\u2019une nièce, pour une marche de cent milles.On échange des bribes de conversation, tandis que chacun recouvre haleine et prépare son souper.Bien que nous soyons de toute évidence fort sympathiques les uns aux autres, nous parlons peu: en raison sans doute de l'épuisement, en même temps que de cette nature qui invite au silence et à la contemplation, les marcheurs professionnels parlent peu.Je sais par expérience que ceux-ci s'aiment et se respectent sans le dire.La nièce est installée à mon côté.Elle doit avoir seize printemps, ainsi qu elles signent adorablement dans les courriers du coeur.Sa fatigue évidente n'a point tari sa tendresse.Elle parle à voix basse, comme dans une église Elle est discrète, timide, intériorisée, et ses yeux disent sa vive intelligence, ainsi que l'idéal et le meilleur de sa génération Elle a un petit nez fin et des mains délicates, et doit avoir la sensibilité d'une corde de violon.Le repas terminé, chacun s'affaire à sa vaisselle, au brossage des dents, à la réparation d'une pièce de linge ou d'équipement.Certains feront un brin de lecture ou d'écriture, d'autres réfléchiront au-dessus d'une dernière tasse de thé ou de lait chaud, ou prieront en silence.Puis on déroulera les sacs de couchage et on suspendra les havresacs hors de la portée des porcs-épics, des suisses et des incroyablement espiègles souris des bois.En raison de la déshydratation par sudation pouvant résulter d'une longue journée de marche sous un soleil implacable, il arrive que la soif se fasse rendort, vaincue mais assouvie.Elle dormait encore quand je me suis remis en route, au très petit matin Elle dormait à poings fermés, tendre et belle, sur le dos.et sa respiration chantait une sorte d'espérance, le l'ai embrassée sur le bout du nez, puis j'ai bondi comme un loup solitaire dans la nature profonde et encore froide du petit matin, le crois que j'avais le coeur gros.Mon cerveau si souvent en feu est aujourd'hui sans pensée aucune, le marche, et il n'est rien d'autre, à part mes pas sans fin.le poursuis mon chemin Le sol est particulièrement mauvais, mais voilà deux pleins jours maintenant qu'il en est ainsi.Je poursuis mon chemin et je me demande quel ruban ma petite fille de l'Est a mis aujourd'hui dans ses noirs et longs cheveux.Moi qui ne pensais à rien, me voilà pensant à tout, y compris à la mort II se peut que j'aimerais mourir après m ètre sauvagement battu contre un ours Je ne sais combien de fois, dans mon sempiternel délire des grandeurs, j'ai imaginé un tel combat.Je poursuis donc et ma route et mes pensées.Nous sommes assujettis au temps.Le temps est un personnage autoritaire à qui nous avons sans cesse affaire.Nous vieillissons, et la marche du temps prend de plus en plus l'allure d'une marche funèbre.Dommage pour ceux qui naissent! On apprend à mourir, certes, mais les années en s'écoulant ne tarissent point entièrement nos lointaines larmes d'enfant.C'est qu'on ne vit jamais assez longtemps pour apprendre tout à fait Il fut un temps où je me croyais immortel Le temps des fraises des champs, sans doute! La pluie tombe sans intermittence.Voilà cinquante heures maintenant que cela dure.L'eau ruisselle de toutes parts, froide comme novembre, pénétrante jusqu'à la moelle des os, et la terre est défoncée en de multiples points.La terre n'absorbe plus cette eau.La confluence des rigoles produit des torrents de plus en plus nombreux, et ces derniers, amenés dans tous les creux, forment des mares de plus en plus étendues.Par moments le vent cingle à tuer et la pluie tombe par rafales emportées, puis le vent s'abat dans une retraite temporaire et on peut l'entendre qui mugit comme un enfant gâté sous l\u2019écorce des arbres.La pluie seule alors continue et son incessant bruissement tinte aux oreilles.Elle imprègne les sols Ma longue marche 4-31 /anvier 1976 SW s ÜS :,vj 1 wm- vr i M §y$F i r T a l r ' ¦ f :» m ebleu kwiil' Belvedere: Un goût d\u2019aujourd\u2019hui.6 \\ y t ri) o; ; &
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