La musique, 1 janvier 1923, novembre
Se Année — No 59 Novembre 1923 H fi-JŸô La Musique Publication de l'Université Laval f l awiüi SOMMAIRE : lyü Musique 3e article), J.Robert Talbot Paderewski.C.Mauclair Chant grégorien .Excellence du chant liturgique.La Société Symphonique de Québec, J.-R.Talbot Les Chanteurs de Mgr Relia.C.-H.L.« La Ste-Cécile à St-Jean-liaptiste.,G.M.Digression.I.-R.Talbot Le Jazz Hand .Sem L’orchestre.Lamennais La Sonate en ho wojrnr.L.Veuillot Revue des Revues .J.-R.T.Echos et Nouvelles.Concerts.Variétés.__ ^HIV^ DU Abonnement : $2.00 paf tlnnee Le numéro 25 sous ms/m LA MUSIQUE Publication de l’Université Laval Comité de Direction MM.les professeurs de l’école de Musique : M.Gustave Gagnon, M Arthur Lavigne, M.Joseph Vézina, M.J.-A.Gilbert, M.1 abbé C Desrochers, M.l’abbé L.Destroismaisons, M.l’abbé A.Tardif, M.J.-A.Bernier, M.Henri Gagnon, M.Orner Létourneau, M.J.-R.Talbot ; M.le chanoine J.-R.Pelletier, le Rév.Père H.Lefebvre, S.J.Comité de Rédaction M.le chanoine J.-R.Pelletier ; M.l'abbé C.Desrochers ; M.l’abbé W.Ferland ; le Rév.Père H.Lefebvre ; M.l’abbé P.Gagnon ; M.Orner Létourneau ; M.Hector Faber ; M.Georges Maheux ; M.Jos.-F.de Belleval ; M.J.-Robert Talbot.Administration Directeur-Gérant : M.l’abbé C.Desrochers Secrétaire de Rédaction : M.Jos.F.de Belleval Administrateur : M.J.-Robert fai bot La MUSIQUE parait le 25 de chaque mois, sauf en juillet et août.ABONNEMENT, à partir de janvier : Canada et Etats-Unis.$2.00 ; Union postale : 20 francs.Le numéro 25 sous.ADRESSE pour tout ce qui regarde l’administration : LA MUSIQUE, Casier Postal 655 Québec, Canada. flm (injucs (Uasafomt SONT CÉLÈBRES _______#_________ •J Au delà de 900 ont été construites par la MAISON CASAVANT FRÈRES, Liée dont 65 à quatre claviers, 197 à trois claviers, 538 à deux claviers, etc.V CASAVANT FRÈRES, Ltée FACTEURS D’ORGUES SAINT-HYACINTHE, Qué. (laufrtn Sc (Crntrcljcstte Pianos — Orgues — Violons — Musique en Feuilles — Victor-Victrolas Disques “Victor” —Musique Classique et Populaire — Musique Religieuse Editions Européennes et Américaines 252, rue Jïf’l-Soseplj Tbl.4026 QUEBEC.142, rue jSl-Jean Tel.4345 APPAREILS ELECTRIQUES - DE TOUT GENRE POUR - BUREAUX, MAISONS et EGLISES LE PLUS BEL ASSORTIMENT DE LAMPES PORTATIVES DA A S LA VILLE ABAT-JOUR EN SOIE OU EN CRISTAL Accessoires de Radio ( Westinghouse) Catalogues envoyés sur demande.LA CIE MECHANICS SUPPLY Ltée 80-90, rue St-Paul Québec A.G.VERRET IMMEUBLES et ASSURANCES 160, rue St-Jean, Québec.Tél.bureau 1630 Tél.résidence 830 Maison fondée en 1850 TERREAU & RACINE.Enr, (FONDKR1K I)K LA OANOTKRIKl fondeurs de Marchands 196 à 224, rue St-Paul QUEBEC ?>V.Musique Française Musique Religieuse d’après le Motu" Proprio pour Noël et toutes les Fêtes de l’année.— Cantiques des meilleurs Auteurs.Nous fournissons tous les Oratorios ; Crux — La Rédemtion Les Stes Maries dé la mer — La Vierge — Marie-Madeleine Les Béatitudes, etc.Nous avons TOUTES les pièces demandées pour les Examens de l’Académie de Québec, les divers Conservatoires, et la dominion Collège.Opérettes et Saynètes pour Pensionnais — Musique Classique, Edition Belge Cranz, 30% meilleur marché que les Editions Américaines.642, rue St-Denis Montréal.Abonnez-vous à la revue “Le Violoncelle”, revue unique pour les violoncellistes, 81.80 l’année.Au “Monde Musical”, si documenté, $2.40.Au “Courrier Musical”, envoyant à ses abonnés 10 morceaux inédits par année, $3.30.Ecoutez nos concerts de mufique moderne Française par le Radio de la “PRtSSt” tous les mardis soir de quinzaine. 0ème année —No 59 LA MUSIQUE Novembre 1923 LA MUSIQUE Dans notre dernier article, nous empruntions une définition du mot solfège à M Stiévenard, noue développerons dans la suite chacune des subdivisions que nous donnait ce «diable de mot».Pour aujourd’hui, je veux jeter un coup d’œil rapide sur les études musicales, tant dans l’enseignement primaire, que dans l’enseignement secondaire ou universitaire.Vous savez parfaitement que la musique est à la fois un art et une science.“En tant qu'ai t, elle n’est autre chose que la manifestation du beau par le moyen des sons." (h’ie-mann).Seulement cet art ne pourrait trouver sa raison d’être si son ossature n'était autre que la science elle-même.L’art me semble accepter la définition suivante: la personnalisation des principes scientifiques.La personnalité serait donc, à mon point du vue, d’autant plus solide et intéressante qu’elle serait une déduction logique de la science.L’art repose sur une science exacte, formée par l’ensemble des lois qui régissent la production des sons en même temps que leurs rapports d’élévation ut de durée.Ces distinctions ne sont pas sans importance et vous ne sauriez croire comme il y a un réel intérêt à connaître ces nuances.Car si la musique possède ’ Voir La Mcsiqce, Nos Ô7et 58 son alphabet, sa grammaire, elle possède également une philosophie très captivante, ce que vous saviez d’ailleurs.Vos études pourraient être spéculatives et appartenir à la théorie spéculative de la musique, ou bien elles seront dirigées vers la théorie de l’écriture musicale.L’un ou l’autre, infiniment mieux l'un et l'autre.Si vous vous en rapportez à la première catégorie, vous habitez alors la sphère de la philosophie musicale.Vous recherchez donc les lois qui sont à la base de la création des oeuvres musicales, en considérant 1 effet de la production de ces oeuvres sur l’auditeur, et en remontant à leurs causes premières.Vous devez, par conséquent, vous occuper d’esthétique et de sciences musicales.Je me permets ces énoncés afin de mieux donner une idée générale de la musique : nous aurons d’ailleurs l'avantage de détailler chaque chose en temps opportun.L’esthétique musicale a pour but: “l’étude de l’essence spécifique des impressions musicales’’.Elle nous dira en quoi consiste la puissance des phénomènes mélodiques dynamiques et agogiques (expression, communication, volonté) ; elle nous définira le beau musical en énonçant les lois de l'ordonnance et 134 LÀ MUSIQUE de l’unité (harmonie et rythmique) ; ou elle nous parlera de l’association des idées, que la musique soit seule ou en rapport avec d’autres arts.Vous voyez bien que la musique n’est pas seulement une chose d’agrément, elle ne le cède en rien aux autres connaissances qui peuvent orner l’esprit ; seules les connaissances religieuses, peuvent et doivent être considérées comme supérieures.L'esthétique musicale se distingue donc de la théorie musicale pratique (harmonie, contrepoint, composition), elle se distingue également des phénomènes sonores et des sensations auditives (acoustique et physiologie de l’ouïe).La théorie de l’écriture musicale, ce à quoi l’on s’adonne,— j’ose dire généralement, — se classe dans le domaine du pratique.Aussi 1 enseignement dans cette catégorie se fait-il.le plus souvent, d’une façon purement empirique.L’on comprend facilement que l'esprit avidede philosophie ne peut rester dans ce territoire, aussi, lui arrive-t-il souvent de voyager dans les autres pays, afin de mieux comprendre et d acquérir, par le fait même, une meilleure assimilation.On l’a facilement deviné, la musique est à la fois un art et une science.Et nul n'aura l’intention de vou- loir tout placer cela dans les études primaires ! Pour gravir peu à peu cette admirable montagne, il faut suivre les sentiers battus, et, de temps à autre, savoir profiter di s plateaux qui nous permettent d’admirer le paysage.Plus on approche d’un sommet, plus on perd la netteté des contours, mais le spécialiste ne doit cependant pas tomber dans ce piège.Si la distance qui séparé d'un point de départ fait diminuer l’objet à mesure que 1 on s’en éloigne, la hauteur permet de mieux onsidérer l'ensemble, et ainsi la relation de cet objet à ce qui 1 entoure se grave beaucoup mieux dans notre esprit.Arrivés à ce tableau général des études musicales, nous devons bien en retenir la topographie générale, car, si beau que soit le paysage, nous descendrons la montagne et visiterons chaque endroit on particulier.Puisse ce voyage au pays des connaissances musicales rappeler à ceux qui ont beaucoup voyagé «les souvenirs plus ou moins éloignés, ce sera faire une oeuvre récréative.Mais puisse, surtout, ce voyage être le point de projection de nouvelles études, de sera faire oeuvre utile « t c’est ce que nous recherchons.(à kuiure) J.-Robert TALBOT LA MUSIQUE 135 Lr retour de Paderewski en Amérique noun remet en mémoire ces belles payes de Camille Manclair.Non lecteurs les liront saun doute avec intérêt.A Paderewski Mon hommage lointain va vers vous, Paderewski, vers le couronnement harmonieux tie votre belle, passionnée et tragique existence.Je ne vous ai plus revu depuis les après-midi heureuses où, l’année qui précéda la grande guerre, nous errions dans les jardins de votre seigneurial domaine de Morges.Adolescent, je vous avais applaudi tant de fois sans savoir que je vous connaîtrais personnellement un jour: et ce jour est pourtant venu.Le charme d'une femme exquise rehaus-1 sait celui de votre hospitalité polonaise.Au seuil de votre demeure fleurie, sur le large perron où la changeante clarté ouvrageait le reflet doré des feuillages, vous vous teniez, vêtu de blanc.Le soleil illuminait vos épais cheveux roux, vos yeux de feu clair, et ce visage tourmenté, pâle et fin, dont un dessin de Hume Jones redira parfaitement la noblesse et l’étrangeté.Nous parlâmes de Reethovou et de Chopin.Votre jeu splendide les évoqua glorieusement dans le crépuscule.Tout était faste, douceur, amitié, rayons.Le Léman bleu s’étendait devant nous.Il y n une épigraphe à votre vie, Paderewski: et c’est dans les écrits de notre cher Schumann qu’il faut la lire: “Les Puhnnises de Chopin, ce sont des canons cachés sous des fleurs !." Je songe à vous intensément, au symbolisme parfait qu’il vous aura été donné d’incarner en votre personne, en votre art, en votre action artistique et sociale de croyant et de voyant.Vous avez été l'interprète incomparable de Chopin, votre ainé, votre frère de race et de destinée: comme à lui, la gloire vous a souri dans le vaste monde; comme lui,vous êtes un ardent patriote.Mais vous connaissez la joie qui lui fut refusée, refus qui l’a tant aidé à défaillir et à mourir.Vous assistez à la libération et à la résurrection de votre mère commune, à laquelle vous vous êtes donné tout entier.Vous avez, pour elle, dépensé les fortunes que votre génie de virtuose avait recueillies, et cette même prodigalité que Liszt avait montrée pour servir Part en chevalier errant de l'idéal, vous l’avez consaciée à la Pologne pantelante.Vous avez dressé à Cracovie le monument somptueux de l'héroïsme polonais, devant une foule tremblante de joie, et devant les policiers de Poppresseur, blêmes de rage, en annonçant que ce monument était édifié grâce à l’argent de vos concerts chez les Barbares.Vous avez, dès le crime allemand, quitté le clavier-frémissant d’espoir et d’angoisse, vous fûtes une fois de plus le voyageur qui franchit l’Océan, non plus en virtuose, mais en orateur, en apôtre, en chef, convainquant les hommes d’Etat, levant les légions, faisant tout plier sous la violence 13ti LA MUSIQUE du génie d’altruisme qui brûlait en vous.Il n’ont pu qu’à peine essayer de ricaner, les sceptiques, en murmurant : « Bizarre époque, où les pianistes s'improvisent ministres !».Us ne savaient pas.J'ai été de ceux qui ont su, — et presque malgré vous parce que vous avez oeuvré en silence - par quelle lente et scrupuleuse préparation secrète l’effet de votre énergie a paru jaillir dans la stupeur.Vous nous avez un peu trompés, Paderewski, durant cette longue suite d'années d’avant-guerre où, célèbre, adulé, vous sembliez tout occupé de votre art.L'idée fixe et unique de la libération nationale était le coeur brûlant de votre rayonnement musical dont l'éblouissement vous donnait le change.Art et politique n’était pour vous que masque éclatant sur visage douloureux.Vous avez magnifié Chopin par le verbe autant que devant le piano, et vous avez un jour dit de lui : « Il fut le génial contrebandier qui, dans les feuillets de sa musique, fit s’envoler par-dessus les frontières le polonisme prohibé » .Dans l’écart de cette phrase et de celle de Schumann à laquelle elle répond, se révèle la mesure précise de votre action.La git le secret du convertissement de votre sensibilité délicieuse et poignante en clair enthousiaste mais logique énergie.ous n avez rien improvisé: votre rôle était étudié et su dès longtemps.Missionnaire, contrebandier vous aussi, et plus que le pauvre pulmo-nique tendre, las et trahi par son corps, vous étiez prêt au « vol par dessus les frontières » .Le sens profond des pauses et des rythmes s est transmué chez vous en sens parfait de l’opportunité des mutismes, des attentes, des interventions et des heures décisives.Vous avez démenti la désespérante déception de Baudelaire en prouvant que l’artiste peut et doit rester dans un monde où, s’il le veux, l’action sera la soeui du rêve.\ ous avez réalisé ainsi la visée de Chopin,\ ous êtes l'homme qui a rejeté les fleur» cachant les canons! VA l’image est tragiquement exacte en un temps où le hideux « camouflage » bariole de zébrures et déguise sous les branchages les dogues d’acier aboyant a la mort ! Des Polonaises où s’exhalaient l’amour impuissant, l'espoir bafoué, la colère, la vengeance de l'exilé phtisique, il vous a été donné, Paderewki, de faire, 70 ans après sa mort, des actes triomphants.Vous êtes entré à Posen au soleil de midi, dans une calèche découverte trainee par des chevaux blancs, offrant la mire de votre tête d'or aux balles allemandes, dans la clameur d une nation resurgie et éblouie: et de ceci, Delacroix eût fait une esquisse! Une beauté vous récompense, celle-là quia fait du poète Gabriele d An-nunzio le tribun du Capitole et I aviateur de Trieste, celle qui a fait de mon ami Stcfanik, astronome et métaphysicien, un simple soldat de notre front devenu en quatre années un général français et un assembleur des foules de la geurre, avant de tomber du haut du ciel sur LA MUSIQUE 137 su patrie libérée comme la vôtre.Honte au sourire des incroyants et des sots ! Je ne veux chercher que dans mon coeur, Paderewski, le devoir et la joie de vous dire fièrement merci pour avoir reflétésur nous tous artistes, relégués, sacrifiée et réduits au silence en cette époque de fer, de feu et de sang, le prestige d’une grandeur dont une étincelle brille pour chacun de nous ! Que de fois j’ai aimé à vous supposer, Paderewski, penché sur le long sarcophage d’ébène, évoquant au moins la voix de votre patrie, seule survivante à sa forme prisonnière des bandelettes funéraires ! Et l’attente était longue et amère, et souvent, si tenace que fût votre foi dans le réveil de l’aimée, vous deviez souffrir l'agonie de ces heures sans nom où le plus fervent n’en peut plus.Mais à la fin cette Ligeia en son suaire, cédant à votre obstination incantatoire, s’est soulevée — et vous l’avez tenue entre vos bras éperdue ! O minute hors du temps, papitaute et sans prix ! On prétend, ami, que vous ne jouerez plus, que nous ne vous entendrons plus, que vous en avez fait le voeu, trouvant la patrie et ses soucis plus grands que la musique et ses joies: satisfait d’avoir restauré un double idéal, celui de la liberté de votre race et celui de cette nation des artistes que votre rêve et votre acte rétablitdans le haut exemple de sa dignité d’aristocratie, vous n’ambitionneriez plus que le silencieux repos qui se souvient., Je vous imaginerai pourtant, un soir futur, dans votre domaine deM orges, seul dans le hall où le’piano, noir cénotaphe sonore, résorbe les ombres qui l’environnent etattend d'en révéler les sanglots immanents.Vous êtes sans lumière et seul.La Pologne rétablie et le sentiment du devoir obéi se partagent votre coeur, égal à son fier destin.Votre chevelure d’or pourpre est maintenant presque toute d'argent.Dans les ténèbres, vos regards devinent deux effigies: celle de votre enfant perdu à vingt ans.auquel vous aviez rêvé de confier la mission que vous avez reprise, et celle de Chopin.Vous interrogez, glorieux et triste, ce' deux fantômes.Et alors vous rejouez, comme on prie, comme on consulte l’oracle, les Polona ises.Dans leurs rythmes pressants et terribles vous retrouvez les rumeurs de la bataille.Le temps ne compte plus.Par l’effet d’une mystérieuse synchronie, vous voici devenu Chopin lui-même.Chopin touchant au but après’un siècle, Chopin exaucé, vengé, tressaillant de bonheur dans sa tombe — et s’en relevant pour chanter le triomphe-. 138 LA MUSIQUE Chant grégorien Excellence du chant liturgique d'après Dom J.Pothier, O.S.B.L’Eglise s’est toujours montrée la protectrice et la vraie nourricière des arts.Elle les appelle tous à elle et leur donne un rendez-vous commun dans sa liturgie ; là elle leur ouvre le chant le plus vaste qui leur soit permis de parcourir, et les élève à des hauteurs qu’ailleurs ils ne sauraient atteindre.Grâce à la glorieuse mission qui leur est dévolue de venir rehausser, chacun dans sa sphère qui lui est propre, la splendeur du culte divin, ils se trouvent directement placés sous le souffle de l’esprit religieux et peuvent ainsi s’élever à l’idéal véritable, qui pour tout art doit consister à réfléter sous une forme sensible et créée la beauté invisible et incréée.Plus l’art en effet se rapporte à l'objet divin, plus par là même il s’élève et s’ennoblit, et devient véritablement art, la véritable expression du beau.L'art musical est entre tous un art éminemment religieux, éminemment liturgique.La musique tient du langage; ou, pour mieux dire, n’est autre chose qu'un langage servant à exprimer au dehors, par le moyen des sons, la pensée et le sentiment qui se remuent au dedans de l’âme; la musique est une parole, mais une parole plus puissante et plus accentuée que la parole ordinaire, parce que la pensée elle même est plus élevée, le sentiment plus vif et plus ardent.Quelle pensée et quel sentiment plus que la pensée et le sentiment religieux demandent ce surcroit de puissance dans l’expression, cette variété de cadences et de modulations qui caractérisent le langage musical ?Ne soyons donc nullement surpris de voir chez tous les peuples et à tous les âges le chant se substituer à la simple parole ou du moins lui prêter son concours pour louer dignement la divinité.Sous l’ancienne loi le chant faisait partie intégrante du culte divin; sous la loi nouvelle, loin d’être banni de la liturgie chrétienne, c’est là surtout qu’il s’épanouit et donne des mélodies plus touchantes et plus suaves.La musique acquiert une importance d’autant plus grande que la liturgie a de plus grands mystères à célébrer.La synagogue n’avait que des figures, l’Eglise possède les réalités.A l’Eglise ont été confiés les secrets divins; elle est devenue la dépositaire des trésors de grâce et de sanctification répandus sur le monde, elle a reçu de son Epoux les promesses de la vie présente et celles de 1 'éternité.En face de tels mystères et de tels bien faits, quels sentiments n’éprouve-t-elle pas de reconnaissance et de foi, d adoration et d’amour, de joie et d’admiration, de triomphe et d'espérance ! Ces sentiments, l’épouse de Jé.-us-Christ pourra-t-elle les contenir au-dedans d’elle-même, et pour les exprimer se contentera-t-elle de la simple parole ?Non, ils feront explosion et c’est en accents mélodieux qu'ils s’échapperont de ses lèvres! Il y a donc dans l’Eglise, dans la litur gie catholique une musique qui comme nous venons de le dire, est à la fois une parole et un chant, une musique riche et puissante quoique simple et nal urelle, une musique qui ne se recherche pas elle même, qui ne s’écoute pas.mais qui sort comme le cri spontané de la pensée et du sentiment religieux, une musique enfin qui est le langage de l’âme touchée de Dieu et qui venant du fond du coeur va aussi droit au coeur, s’en empare et l’élève doucement vers le ciel.( à suivre) LA MUSIQUE 139 La Société Symphonique de Québec Au lendemain du premier concert, les journaux accordèrent tous les éloges aux organisateurs des fêtes do l’Auditorium, et c’était leur faire justice d’ailleurs.Nous continuerons nos recherches dans les archives sans donner les rapports des journaux.Comme je vous l’ai dit, ces rapporte sont très élogieux, et un peu comme les programmes : trop longs pour être tous cités.La Symphonie venait donc de prouver son exi-teuee en débutant avec un franc succès,.Le travail fut continué avec plus d’ardeur, les succès appelaient d’autres succès.Au mois de décembre 1903, La Société Symphonique prenait une part active à la célébration îles noces d’or de Mgr Hamel; en cette occasion, elle fut encore favorablement appréciée.La Société était connue et aimée du public.C'est tout dire.Heureusement que cette idée eut son écho dans les journaux et VEré-ncment de février 1904 demande au public : “Qu’est-ce au fond que la Société Symphonique de Québec ?Simplement une réunion d’artistes et d’amateurs, fervents ndorateui-s de la muse qui s'appelait Saplio chez les païens, sainte Cécile chez les chrétiens, interprètes de la langue du sentiment, dans ce qu'il y a de plus éloquent, et comme majesté et comme délicatesse de* conception.Un seul sentiment anime tous les membres de cette organisation: l’aVoir le numéro précédant mour de l’art jusqu’au sacrifice, quoiqu’il soit.On serait étonné de la somme de travail que ces messieurs s’imposent pour arriver à la véritable interprétation de l’oeuvre même la plus modeste, et signée d’un grand nom.Au sein de cette société, il se fait un travail consciencieux très important, qui, dans tout autre centre que Québec, attirerait l’attention des autorités, provoquerait l'intérêt général, et lui vaudrait en même temps un patronage aussi large que généreux et vivifiant.Ils font acte non seulement de civisme, de philantropie, mais aussi de patriotisme éclairé.’’ La Société n’était pas indifférente à tous ces compliments, et sa bonne volonté se manifestait toujours par l’ardeur au travail.C'est ce qui nous explique le nouveau succès du concert donné le 31 mai 1904.Si le printemps était marqué par une inlassable activité, l’automne apportait «en travail, et en Novembre, au Tara Hall le publie était convié à un nouveau succès.Ce concert faisait connaître plusieurs jeunes ; j’en ferai mention lorsque je donnerai la listes des solistes et des pièces jouées.De cette date au mois de janvier 1907 la Symphonie continuait son travail et à la liste de ses concerts s’a joutait toujours des succès bien mérités.Il était juste que la ténacité au travail eut mi jour sa récompense, la nouvelle année l’a donné.Son ex- 140 LA MUSIQUE cellence le gouverneur général du Canada, Lord Grey, avait organisé un grand concours artistique à Ottawa.Toutes les Sociétés d’amateurs y étaient invitées et Québec devait à sa réputation d’envoyer ses disciples d’Orphée vers la capitale.Quelques citoyens organisèrent une souscription et notre orchestre symphonique trouva le nécessaire pour son voyage.L'Événement de janvier nous annonce : “Une bonne nouvelle qui fera plaisir à tous les québecquois nous a été communiquée, ce matin, par Son Honneur le maire Garneau.“Québec sera représenté au grand coucours musical pour le trophée de Son Excellence le gouverneur-général par notre Société Symphonique.’ Le Soleil ajoutait, le lendemain : “L’orchestre de la Société Symphonique de Québec est parti cet après-midi pour Ottawa.” Les bonnes nouvelles ne tardèrent pas à nous parvenir, et déjà on lisait dans la Presse du 30 janvier : Il n’y a qu’une voix à Ottawa pour dire qu’il est à peu près certain que le trophée du gouverneur pour le concours musical sera donné aux musiciens de Québec.(Notez bien que c’est un journal de Montréal qui le dit) L 'Ottawa Free Press n’était pas moins encourageant, et le Dr.Chadwick faisait de grands éloges de notre orchestre.On sait que le Dr.Chadwick était alors directeur du New England Conservatory of Music de Boston.Le Citizen disait : “ The Quebec musical delegates made a great impression, and their really magnificent performance called forth the spontaneous applause of the crowded house.’’ Permettez une autre citation, celle que je viens de lire dans le Chronicle de Québec.: “Dr Chad- wick said : I have been watching this week’s contest with the keenest interest.I am, and have always been a musician and have watched clubs and societies grow from very harsh and discordant amateurs to fairly smooth and finished musicians.So you see the reason that in listening to the Quebec Symphony Orchestra last night, I lid not lose a single feature of the performance.Of course, I have only heard two of the week’s musical events,.For a city the size of Quebec it is astonishing that such a group of capable musicians could be gathered together.There was abundant evidence of carefull drilling, real talent, and nerve.I use the latter word because very often in the States we have had similar societies practice for months, but when it came to the performance, the big dry goods merchant or insurance superintendant who played the flute would lose hi.-nerve and hire somebody in his place.He didn’t like to blow his flute before a thousand of his friends.” L’une des plus belles pages de nos archives, c’est bien celle où je timae le télégramme suivant : “Quebec wins Musical trophy.Hurrah ! Inutile d’ajouter que tous les canadiens qui s’intéressaient a notie cause manifestèrent leur contentement.et ce fut un heureux retour que celui de notre Société.Lisons LA MUSIQUE 141 bien ces pages, replaçons dans notre mémoire tous ces vieux souvenirs, mais ne nous contentons pas des aptitudes ou des succès d’autrefois.Avons-nous fidèlement continué notre ascension ?Evidemment nous subissons le sort des humains ; mais, que cette évocation du passé nous aide à rester fidèles à nos promesses, soyons contents du passé, et pour en rester bien fiers justifions par le présent ce que tous ces succès nous ont imposé.(à suivre) J.-R.TALBOT LE JAZZ-BAND Délogé de mon coin par cette tornade, je cherche un abri derrière le piano.Infortuné martyr du jazz-band! Ses bourreaux lui ont enlevé ses deux panneaux et, par la blessure béante, on voit tressauter ses cordes détendues, tout son pauvre système nerveux surmené, mis à nu.Dans une pesée de tout son corps en branle, à grands coups appuyés de ses larges pattes calleuses, un nègre hilare et féroce broie Ig clavier branlant, jauni comme les dents d’un vieux cheval Oui, il me fait l'effet, d’une rosse de picador, cette pauvre bête de piano, avec son ventre ouvert, écorché vif, d’où jaillit, comme un flot de sang, un torrent de notes bouillantes.Pendant que ce sauvage lui administre cette raclée a tout casser, un autre nègre, grat-teur de banjo, iustulé dessus à califourchon, les jambes ballantes, de ses larges souliers carrés l’éperonne sans pitié, précipite son galop trébuchant do pauvre bique exténuée, à bout de souffle A côté, le joueur do saxophone, les joues gonflées à craquer comme une outre de cornemuse, meugle lugubrement à perdre haleine, tandis qu’un démon noir, agitant des bras innombrables, armés de baguettestourbillonnantes.se démène furieusement au milieux de son établi à tintamarre, de reçois en pleine figure ce fracas cadencé, com- me une volée de claques.Ça me secoue à me déplomber les dents.D’ailleurs tout danse, tout rebondit dans ces trois chambres étroites, gorgées de bruit à éclater: les verres, les bouteilles qui encombrent le dessus du piano, jusqu’aux musiciens qui eux-mêmes, se dandinent en mesure sur leur chaise, dans un perpétuel balancement, jusqu'aux lueurs rouges des lampes et des bougies qui hoquettent en cadence, sous le coup de vent de cette trombe.Ce tremblement de lumière, aggravé par la saccade continue de ce bruit fragmenté, me donne mal au coeur comme la vue d’un film tourné trop vite, à la diable.Je suis complètement abruti.Le tapage infernal, compressé sous ces plafonds trop bas, explose comme dans un détonateur.Les minces cloisons vibrent.Toutes cette pitoyable maison de plâtre humide, vidée de ses meubles, sonne le creux.C’est un hourvari assourdissant.Mes entrailles ’tressaillent, sursautent, comme si jétais enferme tout vif dans la caisse bourdonnante d’un énorme tambour.Et dehors c'est le silence noir et mouillé de la banlieue déserte, de la Seine endormie.{La Ronde de Nuit) A.Sem.Frayant «{• Cie, Paris 142 LA MUSIQUE LES CHANTEURS DE Mgr RELIA =3° A leur tour après ceux de Casimiri, ces grands artistes sont venus.La leçon que comporte leur passage ne doit pas être perdue.Bon nombre d’oreilles de chanteurs et de musiciens l’ont recueillie.Souhaitons qu elle tombe en terre fertile, sinon bien préparée.Il faudrait de périodiques averses de ce genre pour parfaire l’éducation des foules et surtout celle des chorales de chez nous.Tant qu’on n’aura pas réussi à modifier les idées courantes en matière de chant, individuel ou choral, il sera malaisé, pour ne pas dire impossible, d atteindre à des résultats quelque peu satisfaisants.La distinction fondamentale entre savoir chanter et avoir de la voix n'est pas encore bien établie, loin de là, dans les esprits.A tout instant, l’on entend dire de quelqu’un qui a un bel organe, une bonne voix: Comme il chante bien., alors que très souvent il ne sait en aucune façon conduire et manier sa voix et bien émettre les sons.S’il pousse la voix et force la sonorité, surtout s’il donne des notes aigues ou très basses, alors il provoque l’admiration.Et pourtant l’art du chant est tout autre chose, et comporte un grand fini de détails sur tous les points : respiration bien ménagée, sons bien filés, nuances bien graduées, les passages en force sans brutalité mais en ampleur, les pianissimos non étouffés, mais distincts et portant loin ; une articulation nette et claire, une prononciation uniforme, le fondu des voix dans chaque partie, le bel équilibre de l'ensemble, la souplesse sous la direction ; voilà aulant de qualités au crédit d’une chorale de quelque valeur.Certes les chanteurs romains de Mgr Relia, comme ceux de Casimiri, ont brillé par la réunion à peu près complète de toutes ces exigences.Aussi leur exécution d’un programme assez chargé, de pièces difficiles, sans aucun accompagnement, dans un vaisseau de vastes dimensions et d’une sonorité qui leur était inconnue, constitue un bel exploit, musical.Des auditeurs qui se sont assurés pareille aubaine, nul n’a dû regretter les frais encourus.Non, et il ne fait aucun doute que le retour à date fixe de pareilles auditions, serait chaleureusement encouragé de nos populations et constituerait la plus efficace propagande de vraie musique d’église et de vrai style religieux A quoi bon entrer dans les détails de ce merveilleux concert et tenter d’analyser ce qui défie toute analyse et d’essayer la description de ce qui ne saurait se décrire, et qu'il faut avoir entendu ?Soulignons un point : la valeur des compositions de Perosi.De prime abord, en constatant la large part faite à ses oeuvres au milieu des motets dus aux géants de la polyphonie, on pouvait redouter la comparaison.Il n’en est rien.Tout au contraire, ce sont les numéros du programme qui semblent avoir eu davantage la faveur du public.Un 0 Sn/u/aris à quatre voix d'hommes et un B*"l|c:-toi-dI'ô ï 2.LE PIANO ï T KNABE li KNABEJ J lUI C.RORITAII .1 F.320, rue St-Joseph Enr.Québec.I éléphone 2291 Ile 'ioir^51lczz=joi=z=z)|[âopir
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