Revue du Québec industriel /, 1 janvier 1939, Vieilles chansons françaises du Canada
Vol.IV No 2 Vieilles Chansons Françaises du Canada NORTHERN ELECTRIC COMPANY LIMITED Le toujours regretté Charles Marchand, décédé prématurément en mai 1930, fut probablement le plus merveilleux interprète de la chanson du terroir qu aura connu le Canada français.Il fut l’animateur des Festivals organisés à Québec par le Pacifique Canadien.!Wr ' % ¦* «¦*- PUBLIÉE PAR LA Compagnie Northern Electric Limitée Québec MONTRÉAL Sherbrooke 2 COMPAGNIE NORTHERN ELECTRIC LIMITÉE La Claire Fontaine A la Claire Fontaine, M'en allant -promener, J'ai trouvé Veau si belle Que je m'y suis baigné, Lui ya longtemps que je t’aime, Jamais je ne t'oublierai.J’ai trouvé l'eau si belle Que je m’y suis baigné; Sous les feuilles d’un chêne Je me suis fait sécher.Lui ya longtemps, etc.Sous les feuilles d’un chêne Je me suis fait sécher; Sur la plus haute branche Le rossignol chantait.Lui ya longtemps, etc.Sur la plus haute branche Le rossignol chantait, Chante, rossignol, chante, Toi qui as le coeur gai.Lui ya longtemps, etc.J Avant-propos 1t^’OUS commençons avec ce nu* ^ méro de “La I^eVue dU^Québec Industriel”, la publication d’une nouvelle série d’articles sur certains aspects différents de la vie dans notre province.Jusqu’ici, nous nous étions appliqués à décrire, par le texte et par l’image, le côté historique et le développement industriel des diverses régions du Québec, et nous croyons avoir réussi à présenter à nos lecteurs des descriptions exactes, intéressantes et vivantes, qui ont fait bonne impression dans tous les milieux.Nous entrons maintenant dans un autre domaine — celui qui se rapporte à la culture intellectuelle.Nous traitons donc dans ce numéro de la Musique et de la Chanson au pays de Québec.Notre patrimoine musical est riche de mélodies et de vieilles chansons dont l’origine remonte aux premiers temps de la colonie et qui rappellent l’époque héroïque de l’établissement des Blancs sur les rives du St-Laurent.Notre folklore est l’un des plus intéressants qui soient et nous avons cru devoir lui donner la première place dans cette nouvelle série.' * Président.Droits réservés 1939.Di' *3*1 A ^ î*.Reproduction d’une gravure de Bartlett montrant une "cage’’ passant, toutes voiles dehors, devant le Cap Santé, dans le Saint-Laurent.L’époque des "cageux” fut propice à l’éclosion de refrains typiques que l’on chante encore dans nos campagnes.fliamsoiis ilo Torroir l^iir «rij^im*-¦ - Le nombre des émigrants français qui s’embarquaient pour les bords du Saint-Laurent, au milieu du dix-septième siècle, augmentait d’année en année.On se laissait facilement séduire par le mirage de la liberté des aventures lointaines.Le fardeau de guerres incessantes et les impositions d’une noblesse fastueuse se faisaient lourdement sentir par tout le royaume.Les provinces du nord-ouest, tout comme l’Espagne, auraient peut-être ainsi perdu des ressources vitales précieuses si le roi, par son édit de 1673, n’avait mis trêve à cet écoulement graduel de sa population rurale.Près de neuf mille colons venus de la Loire et de la Normandie avaient déjà, à cette époque, fondé une nouvelle patrie dans les forêts du Nouveau-Monde.C’est principalement de cette souche ethnique, dont le volume s’est redoublé tous les trente ans depuis, que sont descendus les deux millions de Canadiens français habitant aujourd’hui le versant oriental du Canada.Les districts ruraux de Québec constituent un oasis au milieu du désert de l’uniformité américaine.L’industrialisme n’y a pas jusqu’ici par Marius Barbeau fait disparaître toute couleur locale.La gaieté, la nonchalance et un certain charme archaïque y survivent encore, bien qu’ils se soient depuis longtemps perdus au-delà des frontières.L’on peut même y entendre, aux veillées d’hiver surtout, les chansons et les contes qui égayaient naguère les ancêtres.On ne saurait manquer de reconnaître ici la vieille France.Bien des traits nous y rappellent des affiliations provinciales distinctes, comme les vastes églises gothiques surmontées de hauts clochers et entourées de cimetières exigus, les maisons de pierre ou de bois blanchi aux toits recourbés, les larmiers gracieux et même quelquefois les façades à encor bellement, les granges aux toits de chaume, les moulins-à-vent, les fours de pierre ou de terre cuite, et les lentes charrettes à bœufs le long du chemin du roi.Les costumes d’étoffe grise ou de flanelles colorées que portent encore les habitants des vieux comtés et les tournures archaïques de leur langage d’oil évoquent des réminiscences d’un âge disparu même aux foyers de leur origine.Pourquoi le touriste n’irait-il pas lui-même visiter quelques-unes de ces maisons rustiques dans les bourgs séculaires à l’est de Québec, plutôt que de séjourner dans les villes cosmopolites ?Là du moins, il sentirait que l’accueil est cordial et sincère.Sa vue se porterait à loisir sur des objets inaccoutumés, tels que des catalogues ou tapis aux couleurs fraîches fabriqués à domicile, des meubles robustes qu’a polis la patine de l’âge, une vieille horloge aux rouages de bois ou de cuivre, et une cheminée massive de pierre au centre de l’appartement le plus spacieux.Avec tant soit peu de diplomatie il arriverait peut-être à explorer le vaste grenier où repose une collection d’outils et d’objets maintenant au rancart, les ouvets, le métier, les dévidoirs, et des coffres bleus remplis de beaux tissus de laine ou de toile de couvrepieds ornés de dessins traditionnels vieux de milliers d’années.C’est là que les arts domestiques anciens se préparent maintenant à leur dernier sommeil.Si le visiteur aime à comparer le -^Wrn ^0 Inhabitant ne s’est toutefois pas encore adapté aux courants sociaux de l’Amérique jusqu’au point d’y perdre son individualité.Il demeure dans une large mesure indépendant et conservateur.Il se suffit à lui-même.Il n’y a pour lui aucun lieu sous le soleil où l’on soit si bien et si heureux qu’en son village natal.Cet attachement naïf aux pénates des ancêtres est la source de sa sérénité.Mettez en question l’autonomie présumée de sa foi et de son gouvernement et vous le verrez sitôt se faire bigot ou nationaliste, pour la circonstance.Ce qu’il lui faut c’est un directeur populaire en politique et des principes dogmatiques en religion.Le doute n’est pas de sa nature Métis du nord de l’Alberta qui figurèrent au Festival de la Chanson organisé à Québec en 1930.Ces Métis, descendants des anciens “voyageurs”, chantent encore les vieux refrains de leurs ancêtres.présent au passé, il n’aura guère de peine à induire la vieille dame de la maison, la grand'mère, à déclarer ce qu’elle pense de la génération qui grandit.Pour elle le passé était l’âge d’or.Tout le monde de son temps était honnête, robuste et industrieux.Rien aujourd’hui ne vaut les bonnes étoffes, les jolies flanelles, les patrons en frappé ou en motionné sur les portières ou les tissus, la broderie ou la sculpture de l’ancien temps.Comme on savait danser, chanter et dire des contes! Maintenant les enfants vont à l’école pour ne rien apprendre, si ce n’est qu’à mépriser ce que leurs aînés savaient si bien.Les travaux de la ferme ou de la maison sont trop ignobles pour ces jeunes messieurs et ces jeunes demoiselles.La belle-fille — la bru comme on l’appelle — ne tient à rien plus qu’à s’amuser, à lire quand la besogne attend.Les amusements des veillées d’hiver qui mettaient le cœur en joie ne sont plus permis par le curé de la paroisse, on ne se rend plus visite avec la même cordialité entre voisins ou entre parents.C’est tout comme si l’on se soupçonnait les uns les autres.Des querelles politiques et municipales ont aujourd’hui succédé à la belle humeur qu’entretenaient jadis le voisinage facile et les fêtes interminables.En une mot, tout va de mal en pis depuis que la lampe à pétrole a détrôné l’antique chandelle.C’est là l’idée que la grand’mère se fait du progrès — dans son village.Et peut-être s’en trouvera-t-il qui lui donneront raison en plus d’un point, comme les modes et les usages qui s’introduisent de nos jours dans les campagnes de Québec ne sont pas tous sanctionnés par la clairvoyance et le bon goût.Une noce canadienne il y a un siècle.Cette amusante photo, faite au Festival de Québec, en 1930, nous montre un groupe d'acteurs dansant un cotillon sur la Terrasse Dufferin.UiR M.Philéas Bêdard, chanteur de St-Rémi de Napierville, dont le répertoire compte plusieurs centaines de chansons.et il n’aime pas à surcharger son esprit de problèmes.S’il va à l’église c’est par éducation, car il reste foncièrement épicurien.Rabelais plus que tout autre a décrit son type.Son paganisme ancestral durera bien au-delà de son christianisme de beaux dimanches.Les quelques milliers de colons-ancêtres qui firent voile pour la Nouvelle-France au dix-septième siècle n’avaient pas lieu de sa vanter de grand’richesse.Ils étaient d’ailleurs si à l’étroit sur leurs légers navires que les objets les plus indispensables purent seuls les suivre au-delà des mers.Mais leur mémoire était incomparablement mieux dotée que leur patrimoine.Elle continua à hanter les royaumes habituels des traditions ancestrales et de leurs féeries enchanteresses.A défaut d’autre héritage, leurs descendants reçurent d’eux un nombre incalculable de contes et de chansons qui dissipaient leur ennui et peuplaient la solitude de leurs foyers dans les forêts vierges du Nouveau-Monde.La plupart des clichés du présent numéro ont été gracieusement fournis par le Pacifique Canadien. REVUE DU QUÉBEC INDUSTRIEL La distance, le temps et les traverses ne purent distraire les générations successives de ces souvenirs profondément ancrés dans la race, ni même en altérer sensiblement les traits déjà fourbis de la patine de l’âge.Quand la loi de prohibition entra en vigueur au Canada, en 1918, un de nos vieux chanteurs s’écria : “Mais qu’allons-nous faire de nos chansons à boire ?” L’absence de vins ou de liqueurs indigènes n’a pas amoindri l’estime que les paysans de Québec ont toujours eue pour leurs chansons bachiques.Bien que la licence des moeurs n’y soit guère connue, des chansons y glorifient sur toutes les lèvres des épanchements amoureux qui tiennent plus de la féerie que de Feu Vincent-Ferrier de Repentigny, ancien voyageur et bûcheron, dictant des chansons à Monsieur E.-Z.Massicotte, archiviste de Montréal.De Repentigny chanta à Monsieur Massicotte plus de trois cents chansons qu’il avait apprises, surtout à Beauharnois.dans sa jeunesse.M.Massicotte a ainsi recueilli pour le Musée National plus de deux mille chansons.la vie réelle.Le rationalisme moderne n’est pas encore parvenu à discréditer auprès des vieux Canadiens leur riche répertoire de contes merveilleux qui leur tiennent lieu de littérature.Les contes du Dragon à Sept Têtes, du Petit Cheval Vert, de Petit Jean et des Géants, et combien d’autres, égayent encore maintes soirées d’hiver.Des chansons par centaines, par milliers, répètent encore partout les échos d’un passé lointain.De nouvelles anecdotes surgissent chaque jour dans l’imagination populaire sur les loups-garous, les feux follets, les nains gardant des trésors cachés, les âmes en peine et les revenants d’outre-tombe, et la rumeur de merveilles incroyables réveille encore souvent la curiosité des moins crédules dans les campagnes et les villages.La chanson populaire plus que toute autre manifestation de l’art traditionnel a jusqu’à la dernière Une famille de violoneux — le père et ses quatre fils — au dernier Festival de Québec en 1930.Ce s artistes du terroir y furent vivement applaudis dans les pièces de leur répertoire.génération fait ici partie intégrante de la mentalité rustique.Le lecteur s’intéressera davantage à celles qu’a choisies Miss Gascoigne s’il cherche à les situer en imagination dans le milieu pittoresque d’où elles ont été tirées.La plupart des mélodies et des thèmes poétiques qu’on entend au Canada, viennent des troubadours et des jongleurs qui pratiquaient leur art dans les provinces de France, il y a plusieurs siècles.Us se sont depuis transmis assez fidèlement de bouche en bouche, parmi la foule obscure des illettrés.Des critiques ont prétendu qu’aucun livre de poèmes ne contient plus de chef-d’œuvres littéraires qu’un volume quelconque de chansons populaires.Et leur opinion est jusqu’à un certain point supportée par le témoignage d’estime universelle dans laquelle ces pièces anonymes se sont maintenues au cours de nombreuses générations.Il se trouve, dans le répertoire populaire, des chansons pour toutes les circonstances et tous les goûts.On aimait autrefois mieux le chant et on était moins morose qu’aujour-d’hui.Les enfants, les mères, les travailleurs, les amoureux et les buveurs avaient tous leurs chansons.Un chanteur doué tant soit peu en savait un grand nombre, et il n’y a rien d’extraordinaire dans le fait que deux d’entre eux nous ont chacun communiqué plus de trois cents chansons qu’ils avaient apprises dans leur enfance.Notre collection de plus de cinq mille versions de chansons du Canada n’est qu’une parcelle de ce que les folkloristes pourraient encore y recueillir s’ils étaient suffisamment intéressés dans ce sujet.Des berceuses, des rondes, des Chanteurs du terroir aux Festivals de la Chanson organisés à Québec par le C.P.R.en 1927-28-29 et 30.On remarque dans ce groupe Vincent Ferrier de Répentigny.Philéas Bêdard et (assis) le vieux Charles Guérin, de Hull, qui dansait la gigue malgré ses 92 ans.1 1* ~ r v " -r • ¦¦ ^ / d" | .ifrît.V v* Éfe ¦ dHi':IM 6 COMPAGNIE NORTHERN ELECTRIC LIMITÉE chansons de merveilles ou de mensonges, et des formules rimées pour les jeux constituaient naguère le principal passe-temps chez les enfants.Deux exemples de ces genres — tirés des Chansons Populaires du Canada de Ernest Gagnon ( 1865) — sont ici donnés par Miss Gascoigne: “Sainte-Marguerite”, une berceuse, et “Marion danse”, une ronde.Un nombre illimité de chansons lyriques et anecdotiques sur l’amour fournissaient aux jeunes gens des formules toutes prêtes sitôt que l’improvisation des reparties galantes faisait défaut.La gaieté, la gauloiserie et un penchant prononcé pour la pantomime et le débat dramatique se manifestaient à leur tour, dans les réunions, à l’aide d’un répertoire incessamment renouvelé de chansons comiques et de vaudevilles.Les ballades, les complaintes, les Noëls et les cantilènes religieuses, se chantaient dans l’âge mûr près de l’âtre, les jours d’hiver.“Le Noël d’Aoste,” “Qu’as-tu vu, bergère,” sont ici donnés par Miss Gascoigne.Les chants rythmés du labeur manuel, plus nombreux et plus importants que tout autre, servaient à maintenir et à guider l’énergie des travailleurs aux champs ou à l’atelier — les canotiers, les bûcherons, les laboureurs, les fouleurs d’étoffe, les fileuses et les tisseuses.Les chansons que Miss Gascoigne a ici tirées de la collection Gagnon, tombent principalement dans cette catégorie.Il n’est guère de chansons de rames ou d’avirons mieux connues que A la Claire Fontaine, Le Plongeur, (Isabeau s’y Promène), les Anes changent de Poil, (Marianne), et la Fille du Roi d’Espagne.Complétons maintenant le texte de cette dernière chanson, que M.Gagnon n’a pas rapporté au complet: lie produit du recueil “ Vieilles Chansons Françaises du Canada” publié par le Pacifique Canadien La fil' du roi d’Espagne VOGUE, MARINIER, VOGUE Veut apprendre un métier, VOGUE, MARINIER! Veut apprendre un métier! VOGUE, MARINIER! A battre la lessive, La battre et la couler.Un battoir on lui donne.Un beau banc à laver.Au premier coup qu'ell’ frappe, L’anneau d’or a tombé.EU’ s’est jetée à terre, EU’ s’est mise à pleurer.Mais par ici luy passe Son gentil cavalier.“Que donneriez-vous, belle.Si j’allais le chercher ?” “Un doux baiser, dit-elle, Deux, trois, si vous voulez.’’ Le galant s'y dépouille, A la mer s’est jeté.Dés la première plonge, La mer en a brouillé.Dès la seconde plonge.L’anneau d’or a sonné.Dès la troisième plonge, Le galant s’est noyé.Sa mère à la fenêtre Qui ne fait que pleurer: “Faut-il pour une fille Y voir mon fils noyé.” C’est à la cadence des chansons d’avirons que les échos des grands fleuves d’Amérique connurent pour la première fois la venue envahissante des Blancs.Certains voyageurs des anciens jours — Talbot, Moore, de la Rochefoucault, de Maufras, et autres — ont dans leurs mémoires fait l’éloge des chants remarquables de leurs rameurs canadiens le long des fleuves sauvages et pittoresques.De la Rochefoucault, un Français qui visitait le Haut-Canada au commencement du dix-neuvième siècle, dit: “Dans toutes les navigations dont sont chargés les Canadiens, les chants commencent dès qu’ils prennent la rame et ne finissent que quand ils la quittent.On se croit dans les provinces de France.Cette illusion fait plaisir —”, Des confins de l’Orégon, un diplomate français — Duflos de Maufras — rapportait de semblables réminiscences, en 1844: “Dans notre voyage en canot le long de la rivière Columbia, no?cœurs étaient souvent émus quand les canotiers, même à la pluie et au vent, réveillaient ces échos lointains de leurs chants si caractéristiques de l’ancienne France.” Thomas Moore, le poète irlandais, qui descendait le Saint-Laurent, entre Kingston et Montréal, en 1803, raconte : “Nos voyageurs avaient des voix excellentes et chantaient ensemble, parfaitement à l’unisson.L’une de leurs chansons était longue et semblait tenir d’un récit incohérent: Dans mon chemin j’ai rencontré Deux cavaliers très bien montés.et le refrain à chaque couplet était: A l’ombre d'un bois je m’en vais jouer; A l’ombre d’un bois je m’en vais danser.“Je me suis même aventuré d’har-moniser et de publier cette mélodie.A défaut du charme rétrospectif de tout ce qui se rattache au souvenir d’une aventure émouvante et déjà lointaine, cette mélodie paraîtra peut-être triviale.Mais je ne puis oublier que, lorsque nous entrions au soleil couchant dans un de ces évasements superbes où le fleuve s’ouvre avec tant de grandeur et de majesté, j’écoutais ce simple motif avec un plaisir que les plus fines compositions des grands maîtres ne m’ont jamais donné.Il ne s’y trouve maintenant pas une note qui ne me rappelle la cadence des avirons dans les eaux du Saint-Laurent, la descente vertigineuse de notre embarcation dans les Rapides et toutes les impressions inoubliables qui envahissaient mes sens au cours de ce voyage merveilleux.” Les Canadiens-français eurent toujours un pen- dessin de feu Ed.J.Massicotte nous fait voir une chant pour la danse et les chansons.Cet intéressant “veillée” du bon vieux temps, à l’époque des fetes. 0 2, ST I § fini Ion la.gai h* rosi«»r h c~f> J ^ è ± ^¦•J Jl ^ .£ Par der-rièr' chez ma tan-te Lui ya-t-un bois jo- 2 * n Le ros-si-gnol chan-te Et le jour la nuit.« Gai -El.n ù Ion la, gai le ro-sier S jo-li mois de —* mai, ^ ?*?§ ~,i J 2 I?J .L'évolution de notre e11 a a so a 0 La chanson est un des legs les plus charmants que la vieille France ait fait à sa fille la France Nouvelle, et nous pouvons ajouter avec fierté que nous avons gardé cet héritage aussi précieusement que les autres traditions de la mère-patrie.Les premiers colons du Canada apportèrent avec eux les chansons de leurs provinces d’origine qui se sont transmises à leurs descendants, par tradition orale, de génération en génération.D’autre part, les soldats des divers régiments envoyés par le roi de France étaient logés aux foyers de nos ancêtres; ils étaient naturellement invités aux réunions de famille et ils y payaient leur écot en chantant les refrains de leurs villages.Les coureurs de bois, trafiquants et voyageurs, qui avaient entendu ces chants, les répétaient au cours de leurs longs voyages vers “les pays d’en haut”, et cet aspect de la vie d’autrefois explique avec quelle facilité les refrains variés de toutes les provinces de France se sont acclimatés dans les régions de Québec, Trois-Rivières et Montréal où ils se sont centralisés, comme à la Bourse, pour se répandre ensuite sur toute la surface du pays.Aussi le voyageur normand, sain-tongeois ou gascon, qui pénètre d’aventure au fond de nos vieilles paroisses, peut-il y entendre avec une surprise ravie les chants de son village natal; les enfants du Québec dansent les mêmes rondes que leurs petits cousins de Provence: _ r ;pont d’Avignon Tout le monde y passe.et les mères endorment leurs poupons au rythme des berceuses que les aïeules chantaient il y a deux siècles: Sainte Marguerite, Veillez ma petite! Endormez ma petite enfant J as gu à l’âge de quinze ans ! Quand elle aura quinze ans passé, Il faudra la marier Avec un p’lit bonhomme Qui viendra de Rome.Mais à côté de l’article importé se trouve aussi le produit du terroir.On commence par glisser, dans la chanson de France, un refrain qui s’adapte aux mœurs et coutumes du pays ; puis les noms des villages canadiens succèdent à ceux des bourgs français; des poètes illettrés ne tardent pas à chanter, sur des airs connus, le récit d’aventures personnelles ou l’expression de leurs sentiments; les voyages des découvreurs, les aventures des trappeurs, leurs relations avec les aborigènes se traduisent en des strophes qui revêtent de plus en plus la couleur locale, et bientôt la Chanson Canadienne est créée.par Y i v t o r M o r i ii (Extraits d’un texte présenté à la Société Royale du Canada par son ex-président, en 1927).Coutumes françaises aeelimatées au Canada Le Français qui aurait la bonne fortune de se trouver dans une campagne de la région de Montréal le soir du 31 décembre (la veille du “Jour de l’An”, suivant l’expression populaire), ne devrait pas manquer d’y attendre l’arrivée de la “guigno-lée”; c’est une des traditions les plus intéressantes qui nous soient venues de son pays.Un groupe d’hommes charitables vont de porte en porte solliciter des aumônes pour une famille pauvre de la paroisse et annoncent leur arrivée par ce chant, qui a subi tant de transformations à travers les âges et les localités que les différentes versions canadiennes en sont plus ou moins incertaines.Quelques commentateurs en font remonter l’origine aux druides de l’ancienne Gaule qui coupaient le gui sur les chênes sacrés le premier de l’an; mais son étymologie se rattache peut-être plus simplement aux rondes joyeuses dont on saluait la nouvelle année en chantant: “O gai, l’an neuf!” Quoiqu’il en soit, c’est une coutume touchante qui revient en honneur au profit des pauvres secourus par la Société Saint-Vincent de Paul.Voici la mise en scène et les couplets que j’en ai recueillis dans ma ville natale de Saint-Hyacinthe: les “guignoleux” restent discrètement au dehors et saluent les gens de la maison 8 COMPAGNIE NORTHERN ELECTRIC LIMITÉE REVUE DU QUÉBEC INDUSTRIEL 9 du premier couplet qu’ils chantent à la porte, alternativement en solo et en chœur.Il va de soi que ce chant ne comporte pas d’accompagnement instrument al : La (iuijïnolée Bonjour le maître et la maîtresse Et tous les gens de la maison Nous avons fait une promesse De venir vous voir une fois l’an.Nous ne demandons pas grand chose Pour l'arrivée, Qu’un petit morceau d’échignée Si vous voulez.Si l’on tarde à ouvrir à ces gais quémandeurs, ils attaquent le deuxième couplet qui se lance dans l’hyperbole et se termine par une malice amoureuse : 2.La guignolèe, la guignoloche, Mettez du lard dedans ma poche Une fois l’an c’est pas grand chose Vingt-cinq à trente pieds d’échignée Si vous voulez rien nous donner Dites-nous lé Nous prend{e)rons la fille aînée Si vous voulez.Une autre coutume qui nous vient de France et qui a subsisté pendant longtemps au Canada est celle du “couvre-feu”.Par mesure de précaution contre l’incendie, les ordonnances de police prescrivaient de réintégrer le domicile et d’éteindre les feux dès neuf heures du soir, en laissant cependant à la fenêtre une chandelle allumée pendant quelques temps pour guider les passants retardataires, car on était encore loin de l’éclairage électrique ou au gaz et même du primitif lampadaire.Une patrouille parcourait alors les rues en enjoignant aux citoyens d’obéir à ces prescriptions, mais parfois les habitués d’estaminet faisaient la sourde oreille; ils se contentaient de fermer les volets, et en réponse aux objurgations du tavernier, ils lui représentaient qu’il n’était pas encore tard, et faisaient taire ses scrupules en remplissant les coupes.Cette scène de mœurs a fait l’objet d’une des plus jolies “rondes de nuit” que nous possédons.Elle se passe à l’auberge de Marie Picard; les buveurs attablés réclament encore un verre de vin tandis qu’au dehors une bande joyeuse chante dans la rue et que le chef du guet proclame solennellement les prescriptions des ordonnances de police.Le Couvre-Feu (Les buveurs, à l’auberge) Veillez, veillez, Marie Picard ! Encore un verre; il n'est pas tard, Il est minuit moins quart.(La bande joyeuse, dans la me) En avant, la bande joyeuse ! Dieu protège les bons vivants.En avant, la bande joyeuse ! La bande joyeuse, en avant.(Les buveurs, à l’auberge) Veillez, veillez, Marie Picard ! Encore un verre; il n’est pas tard, Il est minuit moins quart.(Le caporal du guet) Il esl défendu de crier dans la rue Aussitôt qu'on a sonné la retraite.Il est défendu de crier dans la rue Et d’y circuler des heures indues.Adaptations canadiennes Nous avons dit que les premiers essais d’acclimatation des chansons françaises se bornèrent à substituer, dans quelques refrains, les noms géographiques du Canada à ceux des villes de France.Nous en avons un premier exemple dans la chanson “Gai Ion là, gai le rosier”, où la française se déclare prête à donner “Versailles, Paris et Saint-Denis” pour la rançon de son “joli mari” fait prisonnier dans la guerre de Hollande, mais où nos chanteurs, pour donner la couleur locale, ont changé ces noms en “Québec, Sorel et Saint-Denis”, qui ont peut-être moins d’à-propos synchronique, mais qui offrent aux oreilles canadiennes le mérite d’être sonores et franchement autochtones.Il en est de même des “hollandais” de la chanson, dont nos gens, en contact plus immédiat avec les fils d’Erin, ont fait des “irlandais”.1.Par derrière chez ma tante Lui y a-l-un bois joli.Le rossignol y chante Et le jour et la nuit.Refrain: Gai Ion là, gai le rosier Du joli mois de mai.2.Il chante pour ces dames Qui n’ont point de maris.Il ne chante pas pour moi, Car j'en ai-t-un joli.3.Il n’est pas dans la danse, Il est bien loin d’ici; Il est dans la Hollande, Les (Hollandais) l’ont pris.(Irlandais) 4.Que donneriez-vous belle Qui l’amènerait-ici ‘l Je donnerais Versailles, Paris et Saint-Denis.(Variante) Je donnerais Québec, Sorel et Saint-Denis Et la claire fontaine De mon jardin joli.Un exemple encore plus audacieux d’adaptation canadienne se trouve dans le refrain: “C’est l’aviron qui nous mène” que nos voyageurs ont adapté à la chanson de la “jolie Rochelle” pour en faire une de nos plus agréables cadences d’aviron.On ne s’est guère préoccupé de l’antithèse du récit franchement terrien qui fait galoper la rochelloise en croupe du chanteur alors que h' refrain pousse le canot sur les lacs des “pays d’en haut;” si les grincheux nous en cherchent querelle, nous leur ferons observer que la poésie admet les licences et nous garderons le charmant héritage de cette chanson française transformée en chant de voyageurs canadiens! La France est d’ailleurs trop généreuse pour s’en plaindre.La (A) Solo, reprise en cl ieur.Bon-jour .le maître et très Et tout le ¦eprlse en choeur der-nier jour de l'an- i____(C) Solo, ^reprise • mond lé' V: )US vez vous vou- choeur lez rien nous don-ner ¦ment la seu' » «LU mâ ( Vsl l'aviron «|iii>ns mono on liant re—ve-nant chel ¦nant M1 en chel-le tré Trois ren-con Solo, reprise en choeur C'est l'a qui T.ron •ne, qui nous mè \wm m ir.air Mauri ir.»i w w tr\ WW.If' qui nous haur.ron haut.Cil m TM Une “noce canadienne’’, telle que représentée à l’un des Festivals de Québec, n 1930.Les costumes et le dêcoi appellent le début du siècle dernier.La Rochelloise M’en revenant de la jolie Rochelle, J’ai rencontré trois jeunes demoiselles.Refrain C est l aviron qui nous mène, qui nous mène.C'est l'aviron qui nous mène en haut.2.J’ai rencontré trois jeunes demoiselles; J'ai pas choisi, mais j’ai pris la plus belle.3.Je l’y fis monter derrière moi sur ma selle J'y fis cent lieux sans parler avec elle.4.Au bout d'eent lieux, ell’ me demarulil à boire Je l'ai mené auprès d’une fontaine.Quarid elle fut là elle ne voulut point boire; Je l’ai mené au logis de son père.6.Quand elle fut là, elle buvait à plein verre, A la santé de son père et d’sa mère, 7.A la santé de ses sœurs et d'ses frères; A la santé de celui que son coeur aime.La olianson «le métier Les occupations quotidiennes de nos pères leur imposaient presque l’obligation de créer des “chansons de métiers,” telles que les chansons d’aviron qui accentuaient la plongée sans trêve des canotiers, les chansons de foulon qui égayaient la désagréable bésogne du foulage de l’étoffe, et les ritournelles sans fin de la fîleuse marquant la cadence sur la pédale de son rouet.Le nombre de ces chansons est considérable, mais il nous suffira d’en indiquer une ou deux des plus caractéristiques, en observant qu’on peut y adapter toute autre cantilène, ronde ou chansonnette qui possède le rythme voulu.La chanson d’aviron “Envoyons de l’avant” peint sur le vif le sentiment de nos bûcherons canadiens au retour de leurs rudes travaux des chantiers.Envoyons de l’Avant 1.Quand on part du chantier.Mes chers amis, tous le cœur gai, Pour aller voir tous nos parents.Mes chers amis, le cœur content.Refrain Envoyons de l’avant, Nos gens ! Envoyons de l’avant ! 2.Mais qu’on arrive en Canada.11 va falloir mouiller ça.Ah mais que ça soit tout mouillé Vous allez voir que ça va marcher.L a eli a ii s o a amoureuse De tous les sentiments qui ont inspiré les poètes, l’amour est assurément le plus fécond et le plus versatile à la fois.Il exprime tour-à-tour la joie, la tristesse, la colère, la langueur, même le sarcasme et la naïveté.La plus gaie des chansons de cette catégorie est sans doute “Vive la canadienne” dont les notes joyeuses éclatent dans toutes nos fêtes populaires; les “jolis yeux doux” font tourner les têtes au Canada comme partout ailleurs, et la galanterie française dont nous avons gardé la tradition nous avait fait attribuer à cette chansonnette un caractère presque national avant la création de l’hymne “O Canada”.1.Vive la canadienne! Vole, mon cœur, vole.Vive la canadienne.Et ses jolis yeux doux ! Et ses jolis yeux doux, doux, doux, Et ses jolis yeux doux.Nous la menons aux noces.Vole, mon cœur, vole.Nous la menons aux noces, Dans tous ses beaux atours.3.Là nous jasons sans gêne.Vole, mon cœur, vole.Là nous jasons sans gêne, Nous nous amusons tous.La rliaiisoii «lo table Nos ancêtres avaient un grand fonds de gaieté et leurs tables étaient toujours hospitalières; ils buvaient sec, mais le vin généreux de France les mettait en belle humeur sans les abrutir.La célébration des noces, celle des veillées de Noël, du Nouvel An et des Rois, ainsi que des “Jours Gras”; les “corvées” où l’on s’entraidait pour la construction d’une bâtisse ou autres travaux; tous ces événements et nombre d’autres servaient d’occasion, sinon de prétexte, aux réunions joyeuses, et la chanson bachique se mêlait au cliquetis des ''erres.“Un des plus grands méfaits de la prohibition,” disait un magistrat, goguenard à l’époque où cette mijaurée menaçait d’endeuiller tout le Canada, “c’est qu’elle va nous taire perdre la raison d’être de nos délicieuses chansons de table.” A titre de protestation, nous en citerons au moins quelques exemples, et en premier lieu la plus universellement connue de nos chansons à boire: 1 Prendre un p’til coup, c’est agréable.Prendre un p'iil coup, c’est doux ! Prendre un gros coup, ça rend l'esprit malade Prendre un p’tit coup, c’est agréable.Prendre un p’tit coup, c’est doux ! 2 J'aime le jambon et la saucisse.J'aime le jambon, c’est bon ! J’aime encore mieux le lait de nui nourrice.J'aime le jambon et la saucisse.J’aime le jambon, c'est bon ! 10 COMPAGNIE NORTHERN ELECTRIC LIMITÉE Le “Quatuor Q Alouette” Le “Quatuor Alouette”, fondé en 1930 par André Trottier et Roger Filiatrault, s’est donné pour mtfomqj “l’interprétation artistique de nos belles ehansor^t u nmoir canadien’ par le Lieul-Colonel K.Il il ri » bise.K.Il— 31.0.Pour bien comprendre l’œuvre que poursuit le “Quatuor Alouette” il nous faut revenir quelques années en arrière et faire un résumé du réveil folklorique au Canada.En 1885, Ernest Gagnon publie un volume intitulé “Cent Chansons Populaires du Canada”.Ce n’est que beaucoup plus tard, vers 1905, que des musiciens comme Achille Fortier, Amédée Tremblay et Alfred Laliberté font des harmonisations qui, pour la plupart, restent inédites ou sont rarement chantées.Personne ne songe à donner une soirée complète de folklore canadien.C’est à Marius Barbeau et à E.Z.Massicotte que revient l’honneur d’avoir donné les premières “Veillées du Bon Vieux Temps” à la Bibliothèque St-Sulpice, à Montréal, les 18 et 24 avril 1919.Ces deux soirées remportèrent un succès éclatant.Le concours gracieux de Miss Lorraine Wyman, à la seconde soirée du folklore, fit clairement saisir la valeur artistique de la chanson populaire.Un critique (Frédéric Pelletier) écrivait: “La première soirée de la Société Historique fut purement anecdotique.La seconde a été à la fois anecdotique et artistique, et elle a été visiblement plus goûtée sous son second que sous son premier aspect”.“C’est en entendant Mademoiselle Lorraine Wyman dire si admirablement des chansons françaises et des chansons canadiennes, qu’on put constater comment, d’une chose fruste, la Chanson Populaire s’élève aux sommets de l’art, avec pourtant les mêmes éléments de texte et de musique.” C’est à l’une de ces soirées que Charles Marchand, qui jusque là avait rêvé de créer une Chanson Canadienne analogue à la Bonne Chanson Française, frappé par la beauté de nos vieux refrains, décide de se consacrer à l’interprétation du folklore.Il fut le premier canadien à se spécialiser dans ce genre.Il devient célèbre en peu de temps.En 1927, appuyé de MM.Fortunat Champagne, Emile Boucher et Miville Belleau, il fonde, avec la collabora- tion de M.Maurice Morisset, le fameux Quatuor vocal les “Troubadours de By town”.Quelque temps auparavant, Marchand avait fait la connaissance de John Murray Gibbon, chef de la Publicité au Pacifique Canadien.Murray Gibbon, poète et littérateur, comprend Marchand; il traduit plusieurs centaines de nos chansons en anglais, et en fait éditer un volume à Londres, intitulé “Canadian Folksongs Old and New”.Toujours enthousiasmé par le talent magistral de Charles Marchand, John Murray Gibbon tente la réalisation du premier festival de la Chanson canadienne à Québec, en 1927.Le succès fut tel que les autorités du Pacifique Canadien décident de recommencer l’année suivante et le président de la Compagnie, Sir Edward Beatty, offre des bourses au montant de trois mille dollars pour les meilleures compositions basées sur des thèmes populaires.Le festival de 1928 fut une véritable apothéose à la Chanson.Les meilleurs musiciens du continent y prirent part.Mentionnons au hasard Léon Rothier, Ralph Errolle, Rodolphe Plamondon, Jeanne Dusseau, Charles Marchand, Cédia Brault, le Dr Ernest Oscar O’Brien, musicien distingué, à qui le “Quatuor Alouette” doit tous ses succès.Les “ Troubadours de Bytown ”, fameux quatuor de chanteurs du terroir organisé par feu Charles .Marchand, à Ottawa, en 1927.Ve gauche à droite: Messieurs Emile Boucher, ténor; Fortunat Champagne, basse; Miville Belleau.basse; et Charles Marchand, baryton.Ces artistes furent les vedettes des Festivals de Québec, en 1927, 1928, 1929 et 1930. REVUE DU QUÉBEC INDUSTRIE! 11 Le fameux “Quatuor Alouette”, dont les membres figurent parmi les plus remarquables interprètes de la chanson canadienne.Ce quatuor se compose de Messieurs J.-A.Trottier, basse (assis); debout, de gauche à droite.Jules Jacob, ténor; Roger Filiatrault, baryton; et Emile Lamarre, basse.Le ‘‘Quatuor Alouette” a eu le rare privilège de chanter en présence de Leurs Majestés, à leur passage à Montréal le printemps dernier.?Charles Marchand, fondateur des “Troubadours de Bytoum”.Il fut un folkloriste incomparable.MacMillan, le Dr Healy Willan, le Dr Alfred Whitehead, le Quatuor Hart House, Alfred Laliberté, Pierre Gautier, Victor Brault, Achille Fortier, Henri Gagnon, Georges Brewer, Hector Gratton, Léo-Pol Morin, Wilfred Pelletier, Léo Roy et combien d’autres dont les noms nous échappent en ce moment.C’est à ce festival que furent décernés les prix du concours Beatty.Nous avons eu l’honneur de voir l’un des nôtres, Claude Champagne, alors poursuivant ses études musicales à Paris, décrocher un premier prix à ce concours.Le dernier festival de Québec eut lieu en 1930.Cette fois, la majeure partie du programme est confiée à Charles Marchand.Malheureusement, il ne put voir la réalisation de ce rêve! Charles Marchand meurt le 1er mai de cette même année.Le Festival a lieu quand même, sur les données de Marchand.La direction musicale est confiée à Harold-E.Key et à Oscar O’Brien, ce dernier, l’un des plus intimes collaborateurs de Marchand, celui de la première heure.L’en-tête des programmes portait la note suivante :(1)—A la mé- moire de Charles Marchand.— Le festival des Danses, Chansons et Métiers du terroir de Québec avait été préalablement fixé au mois de mai, mais le décès inattendu de Charles Marchand retarda cet événement au mois d’octobre.Cependant l’âme du barde canadien-français plane au-dessus de nous au cours de ce festival dont l’organisation fut en grande partie, son œuvre.Ces trois manifestations avaient donné un regain de vie sans précédent à notre folklore national.Les Troubadours de Bytown qui avaient pris une part active à ces trois festivals se trouvent maintenant désorganisés par la mort de Marchand.Il fallait pourtant que cette œuvre se maintienne.C’est alors que par une heureuse coïncidence, Oscar O’Brien, qui a hérité du répertoire de Charles Marchand, fait la connaissance des fondateurs du “Quatuor Alouette”, MM.André Trottier et Roger Filiatrault, le premier ayant déjà travaillé avec Marchand, le second revenant d’un voyage d’études en Europe.Ces (1) J’avais l'honneur d'être l'invité du C.P.R.pour cette circonstance.messieurs lui confient la direction du Quatuor; mais avant d’accepter définitivement cette tâche, Oscar O’Brien veut les mettre à l’épreuve.Il leur demande de préparer eux-mêmes un premier concert avec des pièces qu’il met à leur disposition.Le “Quatuor Alouette” travaille avec enthousiasme et se présente pour la première fois en public, le 29 mai 1932, en la Salle des Artisans Canadiens-Français qui la leur avait prêtée gracieusement.Ce concert était sous la présidence conjointe du Lieutenant-Colonel E.Hurtubise et de John Murray Gibbon.A partir de cette date, Oscar O’Brien est intimement lié au “Quatuor Alouette”.Il veut en faire des artistes mondiaux, un groupe homogène qui puisse se présenter sur n’importe quelle scène du monde entier.Pour cela, et afin d’éviter toute comparaison avec ce qui a été fait précédemment, il développe le côté musical plutôt que le côté scénique des chansons.Les artistes du Quatuor répondent bien à ce désir.Leur ténacité au travail les conduit de succès en succès et c’est ainsi qu’ils arrivent à chanter devant Nos Souverains.Mais n’anticipons pas.En 1933, le “Quatuor Alouette” est invité à chanter à Ottawa, à la Conférence Universelle des Postes; à Toronto, au Handicraft Guild Exhibition; à Lucerne en Québec, au Seigniory Club ; à Montréal, à l’Auditorium du Plateau.C’est après ce dernier concert que John Murray Gibbon écrit la note suivante: “I heard enough to realize that the “Quatuor Alouette” is quite competent to step into the shoes of the Old Bytown Troubadours.” De plus, le Quatuor donne une série de vingt-six émissions à Radio-Canada, etc.L’année 1934 débute par un concert dans le studio d’Alfred Laliberté, pianiste et compositeur.Le Quatuor est prêt à affronter le public étranger.Le 8 janvier, il entreprend donc sa première tournée américaine.Il chante avec succès à The Academy of Arts and Sciences de Brooklyn, N.Y., à l’Université du New-Hampshire, à Lewiston, Maine, et autres endroits.En juin de cette même année, il est désigné par le Gouvernement Canadien et invité par la France pour suivre la Délégation Officielle à l’ouverture des fêtes du Quatrième Centenaire de la Découverte du Canada par Jacques Cartier.A Paris, il chante à Notre-Dame de Paris, aux Tuileries, au Bois de Boulogne où il alterne avec Serge Lifar et le Ballet du Grand-Opéra; à l’Hôtel de Ville, au Comité France-Amérique, etc., etc.De là, à Saint- 12 COMPAGNIE NORTHERN ELECTRIC LIMITÉE ,K h S f- 4-1-ê-,-L Malo, Dinard, Rouen et Le Havre.La presse française et canadienne n’a pas tari d’éloges à son sujet.Pour plus amples détails, voir le chapitre consacré aux Alouettes dans le livre d’Edouard Monpetit, intitulé “Le Front contre la Vitre”.A leur retour d’Europe, il chante au Centenaire de la Ville de Saint-Jérôme et à l’Exposition Provinciale de Québec.L’année 1935 n’est pas moins remplie.En outre de trente-sept émissions radiophoniques à Radio-Canada dont l’une est une émission transcontinentale, le Quatuor chante à l’Ecole Supérieure de Musique d’Outremont, au Château de Ramezay, invité par la Société Historique, aux Soirées Littéraires sous la présidence de M.Edouard Montpetit, aux Concerts Populaires de la Société St-Jean Baptiste et à la Société des Auteurs Canadiens.Encore une fois, M.John Murray Gibbon envoie son appréciation à Oscar O’Brien, comme suit: “I did not have the opportunity of congratulating “Le Quatuor Alouette” for their contribution to last night's programme.It was a very finished performance, and you deserve much credit for having brought the Quartette to such a pitch of perfection.” En 1936, le Quatuor Alouette se fait entendre au Cercle Inter Nos, à la Société des Concerts à Valley- field, à Windsor, Ontario, à Détroit, Michigan, à Ste-Thérèse, à l’Anniversaire de la Fondation de la Ville de Montréal, à l’Hôtel Windsor devant l’Association des médecins de langue française de l’Amérique du Nord.La ville de Mont réal désigne ces chanteurs pour aller chanter à Cleveland, Ohio, à la Convention de la Légion Américaine.En 1937, il chante tour à tour, au Ladies Art Club, à l’Alliance Française, à la Convention du Rotary Club et il entreprend une seconde tournée européenne.Cette fois, il donne trente-cinq concerts dans les villes suivantes: En Belgique, Bruxelles, Liège et Verviers; en France, Nancy, Lyon, Nîmes, Béziers, Avignon, Orange et Paris.A Lyon, le concert est sous la présidence de M.Edouard Herriot, Maire de la Ville.Tout le Corps Consulaire y assiste.A Paris, le Quatuor a aussi chanté à Radio-Paris et à la Maison Internationale de la Cité Universitaire.Il revient de cette tournée avec des critiques sans réserves.En 1938, les activités du Quatuor se poursuivent toujours de la même façon.Les principaux engagements sont le Lancement du Réveil-Rural à Radio-Canada; une tournée à travers la province avec Jean Clément; il chante devant la Société des Ecri- vains Canadiens; il prend part à l’émission mondiale irradiée dans quarante-cinq pays différents et il est engagé par la Compagnie Labatt’s pour une série de cinquante-deux émissions radiophoniques.Enfin en 1939, l’on peut dire que le Quatuor Alouette est reconnu d’une façon officielle.Il a l’insigne honneur d’être choisi pour chanter devânt Leurs Majestés au banquet civique offert par la Ville de Montréal à l’occasion de la Visite Royale.L’on a pu voir par le compte rendu des journaux du lendemain jusqu’à quel point le Quatuor fut apprécié par Leurs Majestés.Personnellement, Sa Majesté la Reine Elisabeth a manifesté le désir de réentendre certaines chansons, entr’autres, “Alouette” et “A la Claire Fontaine”.Après de tels succès, il est inutile d’insister sur la valeur artistique de ce groupe.Disons seulement que le “Quatuor Alouette” est décidé plus que jamais à redoubler d’ardeur au travail afin de maintenir une réputation acquise au prix de tant de labeurs.Le “Quatuor Alouette” est composé de MM.Jules Jacob, ténor; Roger Filiatrault, baryton; J.André Trottier, basse ; Emile Lamarre, basse ; Alexis Pepin, accompagnateur; sous la direction d’Oscar O’Brien.Ii! i g>\V.,V> .Jj Les “Chanteuses du Saint-Laurent”, un quatuor de femmes organisé par Oscar O’Brien lors du dernier Festival de Québec, en 1930.A l’extrême droite, on remarque la distinguée chanteuse Anna Malenfant. REVUE DU QUÉBEC INDUSTRIEL! 13 La inusi€|ue J J au pays de Québec ^^Musique Canadienne! une formule hypothétique qui a c~l" tenté bien du monde depuis quelques années, et autour de laquelle s’est dépensée la plus optimiste fantaisie.On aimerait tant pouvoir parler de la musique canadienne avec le sérieux qu’on apporte aux choses de la musique européenne et même de la déjà si vivante musique américaine! On aimerait que la voix musicale canadienne, douée d’un accent reconnaissable, pût se faire entendre dans ce grand tout qu’on appelle la musique du monde.Car enfin, puisqu’on reconnaît l’accent des Canadiens, pourquoi ne reconnaîtrai t-on pas celui de leur musique?On a accoutumé de reconnaître ainsi, parmi d’autres, la musique d’un russe, d’un espagnol ou d’un nordique.Mais en même temps, et en considérant l’idiome musical dans son sens le plus objectif et le plus caractérisé, on a accoutumé de croire qu’il n’y a pas plus de musique canadienne qu’il n’y a de langue canadienne.On oublie que notre langue musicale est commune à bien des peuples de l’univers et qu’il suffirait d’un génie et de quelques chefs-d’œuvre pour que le Canada s’inscrivît dans l’histoire musicale universelle.Ce génie, ces chefs-d’œuvre, c’est ce qui manque encore.Mais en vertu de quoi serions-nous condamnés à ne jamais voir naître ni l’un, ni les autres ?faut avouer que la musique fabriquée jusqu’ici au pays de Québec, malgré de timides et malhabiles emprunts aux folklores canadien, indien et eskimo, n’a encore aucune particularité mélodique, harmonique ou rythmique.Elle est timidement française ou anglo-saxonne, selon que son auteur est d’origine française ou anglaise, et qu’il a fait son éducation en France ou en Angleterre.En même temps, la musique de ceux qui n’ont jamais franchi les mers porte ces caractères distinctifs, tant il est vrai que les deux cultures, au Canada, marchent de front sans se confondre et, hélas! sans se compléter.Mais on croit que pour devenir nationale, notre musique devra nécessairement s’inspirer du folklore.On croit qu’elle n’aurait qu’à emprunter des thèmes, oripeaux ou banderolles, aux airs populaires pour se créer un accent original.Comme si tout cela était affaire de volonté et que l’on pût espérer le miracle de la génération spontanée.Si séduisante, si commode que soit cette idée du folklore comme source d’originalité, on ne peut voir là qu’une solution entre plusieurs, et la plus superficielle.Non pas que notre musique soit diminuée en empruntant des accents, des particularités et, mieux encore, un mode spirituel au folklore, qu’il soit français d’origine, écossais, indien ou eskimo.Pour nous comme pour d’autres, le folklore pourrait être un premier échelon de “personnalisation”.A la condition de pouvoir en assimiler l’esprit et en rejeter la lettre.Car le génie doit ignorer toute contrainte, sauf celle de la raison souveraine qui détermine le choix de la pensée, son expression, et la meilleure utilisation du matériel sonore.En tout cas, dès qu’il s’agit du folklore comme source d’inspiration, nous avons le devoir de nous défendre contre une formule d’art uniquement faite de grimaces superficielles et de canadianismes, comme c’est le cas de toute une littérature et d’une peinture sans avenir et sans caractère.Sans doute, les idiomes nationaux sont encore les meilleurs truchements par Léo-Pol Morin ¦¦¦¦¦ Calixa Lavallée, l’un des musiciens les plus remarquables qu’ait produits le Canada français.On lui doit la musique de notre hymne national “O Canada!” pour l’expression d’idées spécifiquement nationales.Mais pourquoi voudrait-on d’un pays comme le nôtre, anglais et français par la langue et la culture, qu’il inventât d’emblée une langue musicale propre, sans ressemblance avec les idiomes courants en France et en Angleterre.Il est plus raisonnable de penser que le jour où la musique canadienne deviendra nationale, elle n’obéira pas tant à un r7 M.Wilfred Pelletier, directeur de l’orchestre du Metropolitan Opera de New York, musicien de talent qui fait grand honneur à sa province natale. 14 COMPAGNIE NORTHERN ELECTRIC LIMITÉE mot d’ordre linguistique qu’à un besoin profond de son âme.Et cela ne rapetissera en rien la valeur de cette musique qu’elle soit nationale par le cœur et par l’esprit plutôt que par les particularités extérieures de sa langue, et qu’elle exprime en même temps la mentalité, la civilisation, l’humanité des individus qui l’auront conçue.En un mot, canadienne, notre musique le sera naturellement, sans le faire exprès, comme nous sommes canadiens.Ce sera la meilleure façon de l’être.En attendant cette époque bienheureuse, en attendant que notre musique soit en possession d’un vocabulaire complet et d’une technique sûre elle cherchera comme elle le pourra, sans guide et sans méthode, le tour aisé des langues naturelles et abondantes.Indépendamment de la question du génie, elle aura encore à lutter pour qu’on l’admette ici au rang des activités intellectuelles supérieures.Car enfin, le métier de compositeur n’est nulle part plus méconnu, plus chanceux, plus ingrat, plus paradoxal, plus malaisé qu’au Canada.C’est un métier hors cadre et imprévu par nos éducateurs.Dès lors, puisque l’on ne s’occupe pas sérieusement des compositeurs, puisqu’on néglige de jouer leurs œuvres, puisqu’on leur refuse jusqu’aux moyens de faire au pays une éducation musicale sérieuse, pourquoi s’étonner qu’ils écrivent le plus souvent maladroitement et pour la seule intimité de leurs tiroirs ?Si étrange que cela puisse paraître, le pays de Québec ne possède pas de grande école ou Conservatoire où il soit possible de faire une éducation musicale complète.Les musiciens ont donc dû et doivent toujours se former de la façon la plus chanceuse, au hasard des leçons particulières, et la plupart de ceux qui sont allés faire des études à l’étranger n’avaient au départ, pour tout bagage, que des connaissances rudimentaires.Au retour au pays, ils n’ont trouvé qu’indifférence, le plus souvent, à moins qu’ils n’aient dû livrer bataille pour imposer des idées, au fond, bien simples.On ne leur pardonne pas d’avoir mesuré nos faiblesses et de vouloir imposer les remèdes qui s’imposent: par exemple l’organisation sérieuse, officielle et complète de l’enseignement musical, en un mot la fondation d’un Conservatoire où l’éducation musicale serait commencée par le.commencement et menée jusqu’au bout.Car, quels que soient leur excellence et leur rayonnement, on ne peut considérer comme répondant à toutes les nécessités les écoles de musique que dirigent à Montréal M.Arthur Letondal.de Montréal, organiste, pianiste et compositeur.Une belle figure dans le monde musical Québécois.M.Alfred Laliberté, pianiste et compositeur.Il a harmonisé plusieurs des vieilles chansons du terroir canadien - français.C’est un de nos musiciens les plus distingués.M.Claude Champagne, professeur au Conservatoire de V Université McGill et auteur de la “Suite Canadienne” qui fut jouée à Paris aux Concerts Colonne, et à Montréal, par la Mont real Orchestra.avec compétence et habileté des communautés religieuses comme celles des Sœurs des Saints-Noms de Jésus-Marie et des Dames de la Congrégation.Ces communautés ont été contraintes d’organiser chez elles, pour leur besoin interne d'abord, un enseignement musical supérieur introuvable au dehors.Seules les femmes y sont admises.Cela suffit pourtant à démontrer que la musique s’impose de plus en plus à l’attention et que l’on reconnait la nécessité d’un enseignement musical supérieur.Le Gouvernement de Québec, déjà, subventionne des orchestres et distribue généreusement des bourses d’études, notamment le Prix d’Europe.Des mécènes s’intéressent à la composition et on a vu naître, mourir et renaître le Prix de Composition Jean Lallemand.Le jour n’est peut-être pas éloigné où l’Université de Montréal, à l’exemple des Universités Laval et McGill, ouvrira enfin largement ses portes à la musique.Déjà, le solfège est admis à l’école primaire.La leçon d’harmonie finira bien par mener au Conservatoire et, en fin de compte, à la.composition.Quant au génie, il naîtra à son heure.En tout cas, quelle que soit la grande misère de notre éducation et de notre production musicales, l’histoire retiendra les noms des pionniers qui ont acclimaté la chose musicale au pays de Québec.Car ce n’est pas autrement qu’il faut considérer des musiciens comme Sabattier, Ernest et Gustave Gagnon, Labelle, Calixa-Lavallée, Lavallée Smith, Paul Letondal, Jehim Prume, Alexis Contant, Joseph Vézina, Ernest Lavigne, Romain-Octave Pelletier, Percival Illsley, Lynwood Farnam, Emiliano Renaud, et de nombreux autres pour qui la musique fut une sorte d’apostolat.On retiendra le nom de Guillaume Couture, qui fut le plus éminent musicien de sa génération et le plus grand maître d’harmonie du Canada.Quant aux musiciens d’aujourd’hui, ils semblent avoir la vie plus facile.Aucun compositeur ne peut vivre de ses œuvres, bien sûr, mais c’est de moins en moins une anomalie que d’écrire de la musique au pays de Québec.A l’exemple de Couture, des musiciens de talent comme Rodolphe Mathieu, Claude Champagne et Georges-Emile Tanguay vivent assez dans l’atmosphère de leur œuvre et de leur enseignement.Ils ont pu s’imposer une discipline et des buts précis.Pareillement, on fait cas de musiciens comme Arthur Letondal, Henri Gagnon, Achille Fortier, Frédéric Pelletier, Arthur Bernier, Max Bohrer, (Suite à la page 16) REVUE DU QUÉBEC INDUSTRIEL 15 o Une importante contribution à la musique Si le cœur et l’esprit d’une nation savent bien s’exprimer dans son folklore, il reste que c’est dans la musique et le chant religieux qu’elle retrouve toute son âme.La religion a été le berceau de tous les arts et la musique est née avec les plus lointaines cérémonies liturgiques.Les moines bénédictins sont universellement connus pour leurs grands travaux d’érudition tels que leurs ouvrages historiques, archéologiques, scientifiques et littéraires.De par leur genre de vie, les moines ont pour obligation principale de célébrer l’office divin dont la sainte Messe se trouve être le moment solennel.Ceci devait les amener naturellement à cultiver la musique sacrée.C’est un fait bien connu que les monastères, dans presque tous les pays, ont donné naissance à un grand nombre de mélodies.Ils ont laissé leur marque dans l’art de la musique en éditant plusieurs traités célèbres sur la musique vocale et instrumentale ainsi que sur la facture des orgues.Tout en maintenant leurs anciennes traditions, les vénérables moines portent un intérêt véritable au progrès qui s’accomplit dans le domaine des instruments voués à la musique.Le révérend Dom Bouvilliers, O.S.B., M.A., docteur en musique, organiste et compositeur bénédictin bien connu, dit: “Pendant des siècles, l’orgue a été et est resté l’unique instrument de musique.D’autre part, ce n’est que depuis la seconde moitié du siècle dernier qu’il a commencé à évoluer.“Les moines-artistes d’autrefois, s’ils vivaient de nos jours, alors que l’électricité s’est introduite dans la facture des orgues, ne pourraient faire, croyons-nous, que d’être les adeptes de l’électro-magnétisme.Bien que vivant sur terre, mais non pour la terre, ils sauraient certainement, en dépit de l’austérité de leur vie, aborder sans hésitation toutes ces choses qui peuvent enrichir le savoir des hommes et ils auraient utilisé les nouvelles sciences tout comme, au cours du siècle dernier les nouveautés utiles furent adoptées, peu après leur invention, même par les monastères.Mentionnons, par exemple, les stylos, les talons en caoutchouc, la lumière électrique, le phonographe, la radio, l’automobile, etc.S’il y avait eu, alors, un instrument tel que l’orgue Hammond, de quel avantage n’eut-il pas été dans les si nombreux monastères, alors qu’il aurait servi à l’ac-compagnemnet du chant de l’Office!” L’orgue Hammond fut présenté au monde il y a quelques années et, aussitôt, plusieurs musiciens l’acclamèrent comme apportant une contribution remarquable à la musique.L’orgue Hammond est un instrument tout à fait nouveau.Ses caractéristiques extérieures sont semblables à celles de l’orgue à vent.Il possède des touches, des registres, un clavier et une pédale d’amplification et il se joue selon une technique semblable.Comme tonalité, les deux instruments sont similaires.Toutefois, c’est dans la création et l’émission des sons qu’ils diffèrent entièrement.Au lieu de la pression de l’air, ce sont des impulsions électriques qui créent les sons du Hammond.Ici, l’électricité ne fait pas que reproduire les sons, de quelque façon que ce soit, mais elle les engendre réellement.Tout le monde sait que le son se transmet par ondes, or, dans le Hammond, les sons sont d’abord créés sous forme d’ondes électriques qui sont ensuite amplifiées, puis converties en notes musicales.C’est une méthode simple fondée sur les lois naturelles de la physique.L’orgue Hammond émet des sons soutenus, purs et de belle qualité qui conviennent particulièrement aux mm y mw Ce chœur, de plusieurs centaines de voix, dirigé par M.W.P.Burgoyne, exécuta des chants d adieux dans les Jardins de la Garnison, à Halifax, le 15 juin dernier, le jour où Leurs Majestés quittèrent le Canada.L'accompagnement était fourni par l'Orgue Hammond, COMPAGNIE NORTHERN ELECTRIC LIMITÉE 16 offices religieux.Le contrôle inusité de la pédale d’expression rend l’instrument notablement apte aux cérémonies ecclésiastiques, spécialement pour l’accompagnement de la musique liturgique.Il permet de soutenir la phrase et d’entretenir une modulation convenable autour du phrasé de l’officiant.La tonalité du Hammond est entièrement sous la dépendance de l’organiste, comme le volume, le brio, la délicatesse et il peut, à plaisir et à volonté, produire une variété infinie de combinaisons.Même le novice dans l’art de toucher l’orgue peut jouer avec succès après une brève période de pratique sur l’instrument.A ce propos, Dom Bouvilliers déclare : “L’expressivité de l’orgue Hammond tend d’elle-même à l’accompagnement du chant grégorien (lequel reflète le sens des mots: sobriété, douleur, gravité, douceur, grâce).Le chant grégorien chanté dans ce sens et accompagné par wmmammmmammmmtmimimmmamtmmmtmmmmmmmh La musique au pays de Quôbee (Suite de la page H) Alfred Whitehead, George-M.Brewer, Douglas Clarke, Auguste Descarries, Oscar O’Brien, Graham George, Conrad Bernier, Robert Talbot, J.J.Gagnier, Hector Gratton, Raoul Pâquet, Alfred Laliberté, Alfred Mignault, Orner Létourneau, dont l’action s’exerce au concert et dans l’enseignement aussi bien que dans la composition.Et si on ajoute à cette liste forcément incomplète, les noms de nombreux artistes de valeur, chanteurs, pianistes, violonistes ou chefs d’orchestre comme Wilfred Pelletier, Douglas Clarke, Jean-Marie Beaudet, Berthe Roy, Victoria Cartier, Albert Chamberland, Rodolphe Plamondon, Arthur Laurendeau, Victor Brault, Germaine Malépart, Maurice Onderet, Henri Miro, Lucien Sicotte, Walter Hungerford, Roland Leduc, Jean Leduc, F.H.Blair, Stanley Gardner, Arthur Leblanc, l’orgue Hammond garde son carac* tère, son empreinte de supériorité, de sublime paix et d’immutabilité, symboles de l’âme ancrée dans l’espérance chrétienne.” L’orgue Hammond permet à l’organiste d’accentuer efficacement et de nuancer avec délicatesse des phrases bien modulées.Ces avantages importants rendent la musique sacrée — la musique d’inspiration religieuse interprétée fidèlement — plus belle et plus digne du service du Seigneur.Elle devient plus communicative; elle fait aussi plus de bien aux âmes en même temps qu’elle est rendue plus artistique à entendre.Saluons donc avec sympathie le progrès réalisé par l’invention de l’orgue Hammond.” Depuis l’avènement des orgues Hammond, plus de 2,500 églises en ont fait installer.La grande contribution de l’orgue Hammond au culte et à la musique liturgique au Canada Lionel Daunais, Anna Malenfant, Cédia Brault, Jeanne Desjardins, Louis Gravel, Gilberte Martin, Eugène Lapierre, Edmond Trudel, Eugène Chartier, etc., etc., on conviendra sans peine que le pays de Québec peut au moins se donner à soi-même de substantielles sérénades.A cela, d’ailleurs, de nombreux concerts pourvoient.Montréal et Québec sont sur la route des grands artistes qui parcourent le territoire américain et des clubs de musique donnent à leurs abonnés des concerts du premier ordre.Et puis, des orchestres symphoniques, enfin, ont l’air de vouloir vivre à Montréal, ce qui est du plus grand intérêt pour notre plaisir et notre éducation.On donne de la musique symphonique aux “grandes personnes”, mais aussi à la jeunesse, et c’est la meilleure façon de préparer des auditoires intelligents et cultivés pour l’avenir.Peu à peu, la musique s’acclimate et prend racine, et il ne faut pas compter pour rien le rayonnement et l’influence, par exemple, de la Société Radio-Canada, qui se dépense avec générosité et intelligence à la propagation de la musique sous toutes ses formes.Ainsi de nombreux musiciens est mis amplement en vedette par le fait que les principaux ordres religieux le font servir à leurs offices: Les Bénédictins (O.S.B.) Les Franciscains (O.F.M.) Les Jésuites (S.J.) Les Rédemptoristes (C.SS.R.) Les Servites de Marie (O.S.M.) Les Sœurs de la Charité (Sœurs Grises) Les Religieuses du Sacré-Cœur Les Ursulines (Québec) Monastère de St-Benoît-du-Lac, P.Q.Couvent du Christ-Roi, Châteauguay, P.Q.Grotte des Martyrs, Midland, Ont.Eglise du Très Saint Rédempteur, Charlottetown, I.P.E.Notre - Dame du Mont - Carmel, Montréal, P.Q.L’Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe, P.Q.Pensionnat, Sault-au-Récollet, P.Q.Monastère, Shawinigan Falls, P.Q.peuvent vivre de leur métier.Enfin, à s’occuper un peu d’elle, notre musique deviendra plus sérieuse et plus vivante.Elle avait et elle a toujours des défauts très graves.Outre ceux qui ressortissent à la technique et à l’inspiration, elle demeure dans l’ensemble assez naïve, informe et souvent incolore.Eh bien! son air est déjà plus aimable, moins compassé, moins paysan, plus libre et plus dégagé.Le savoir et la finesse, l’élégance de l’esprit, la bonne mesure et la culture qui sont au Canada choses trop rares, il semble que les jeunes musiciens en soient assez proches.Leur musique chante avec moins de contrainte que celle de leurs aînés et, avec un Claude Champagne, par exemple, elle parle volontiers la langue de son temps.Si donc elle a déjà été ennuyeuse, on conviendra qu’elle tâche désormais, et le plus naturellement du monde, à ne plus l’être.Et c’est assurément une garantie de sa grâce et de son charme futurs que les espoirs de la jeune musique canadienne soient entre les mains d’enfants exquis et admirablement doués comme André Mathieu et Clermont Pépin, bambins de dix et douze ans.Tf /> MPRIMÉ PAR LA PRESSE
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