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Titre :
Prêtres et laïcs
Le mensuel Prêtres et laïcs fait suite à L'Action catholique ouvrière et se veut un instrument de travail pour les prêtres et les laïcs soucieux de l'évolution de la société québécoise. Il traite principalement de pastorale populaire et d'apostolat laïque.
Éditeur :
  • Montréal, :[Prêtres et laïcs],1967-1973
Contenu spécifique :
février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Prêtre aujourd'hui
  • Successeur :
  • Dossiers "Vie ouvrière"
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Prêtres et laïcs, 1969-02, Collections de BAnQ.

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[" FÉVRIER 1969 \u2014 VOL XIX 2 A* rHÊTRES ET LAÏCS REVUE D'APOSTOLAT LAÏC ET DE PASTORALE POPULAIRE CONTESTER QUOI?9 La contestation des étudiants C.Yelle et R.Perreault 9 Réactions du monde ouvrier table ronde \u2022 Le \"deuxième front\" de la C.S.N.Marcel Pepin 9 La contestation dans l'Eglise A.Liégé Théologie de la contestation M.-D.Chenu BERNARDIN FRERES Inc.COURTIERS D'ASSURANCES AGREES Maurice Bernardin, C.D'A.A.\tClaude Bernardin, C.D\u2019A.A.J.-Louis Bernardin, C.D'A.A.\tRaymond Bernardin, C.D'A.A.Pierre Bernardin, C.D'A.A.715, Carré Victoria, suite 410\tTel.: (514) 845-6257 MONTRÉAL 126 DUSTBANE MAISON CANADIENNE Produits et matériaux d'entretien des édifices Service moderne d'entretien des immeubles Contrats à forfait 465, Marconi QUEBEC 8, Qué.TéL: 683-3760 4240, Côte de Liesse MONTREAL 306, Qué.TéL: 735-4161 2068, 55' Avenue DORVAL, Qué.TéL: 631-4526 465, Marconi QUEBEC 8, Qué.TéL: 683-3760 100 chambres avec bain, douche, radio Service d'ascenseur Air climatisé 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coupon ci-contre et adressez à Prêtres et Laïcs\ti 1201, rue Visitation, Montréal 133, P.Q.\t, Je désire m'abonner à Prêtres et Laïcs pour un an Q\tpour deux ans Q Nom: .Adresse: .Je désire abonner une autre personne pour un an Q\tpour deux ans Q Nom: .Adresse: .Ci-inclus la somme de $ PRÊTRES\tSOMMAIRE ET LAICS\tFévrier 1969 Revue d'apostolat laïc et de pastorale populaire\tVol.XIX Comité de direction: Paul-E.Pelletier, o.m.i., dir.Paul-E.Charland, o.m.i., réd.Paul-E.Deschênes, o.m.i.pub.\tEditorial Contester quoi?P.-E.Charland, o.m.i.62 Comité de rédaction: Roger Poirier, o.m.i., Laurent Denis, o.m.i., M.T.C.Jacques Lemay, o.m.i., J.O.C.Raymond Roy, ptre, J.O.C.\tDossier La contestation des étudiants Céline Yelle et Robert Perreault 63 Principaux collaborateurs: J.-M.Lebeau (St-Jean) R.Maurice (St-Jérôme) G.Laçasse (Ottawa) A.Desmartis (Québec) U.Benfante (Montréal) Guy Laforte (Montréal) Jacques Grand'Maison\tUn aumônier de C.E.G.E.P.Gérard Laprise, o.m.i.70 Les étudiants en théologie de Montréal Assemblée générale 72 Réactions du monde ouvrier Table ronde 76 Le \"deuxième Front\" de la C.S.N.Prêtres et laïcs veut être un carrefour et un instrument de travail des prêtres et des laïcs préoccupés de pastorale populaire et d'apostolat laïc, soit dans les mouvements d'action catholique ouvrière, d'action familiale ou sociale.Avec la permission de l\u2019Ordinaire:\tMarcel Pepin 84 Théologie La contestation dans l'Eglise A.Liégé, o.p.89 Théologie de la contestation M.-D.Chenu, o.p.95 Abonnement: $0.50 le numéro $4.00 pour un an $7.00 pour deux ans\tTémoignage Hommage à \"Che\" Guevarra Maurice Lefebvre, o.m.i.104 Rédaction et administration: 1201, rue Visitation, Montréal 133, Qué.Can.Téléphone: 524-1188 \"Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l'affranchissement en numéraire et l'envoi comme objet de deuxième classe de la présente publication\".\"Frais de port garantis si non-livrable\".\tChronique Deux visions du syndicalisme Claude Ryan 106 Devant la contestation: les jeunes travailleurs s'interrogent Yves Nantel 1 10 La pauvreté: les Eglises passent à l'action 1 14 Recensions\t||5 £ditoxiaC Contester quoi?La contestation étudiante a eu ses prophètes et ses juges, mais elle n a pas, chez-nous, entrainé la solidarité des milieux ouvriers.Cela doit nous poser de part et d'autre de sérieuses questions.Car la nouvelle forme d'aliénation culturelle que nous subissons est plus intolérable et plus insidieuse que l'aliénation classique du travail.Mais les étudiants et les travailleurs ne se sont pas rejoints dans leur contestation de la société.Pourquoi?C'est d\u2019abord aux mouvements ouvriers à se poser la question parce que le \"doux esclavage culturel\" dans lequel nous vivons les a laissés indifférents, sauf pour quelques protestations verbales de solidarité.Les syndicats se veulent pourtant des organismes de contestation permanente, à la petite semaine, au niveau du quotidien.Pourquoi ne se sont-ils pas reconnus dans le réveil des étudiants?Occasion pour les syndicats d une auto-critique ou risque de voir s'accentuer la division avec la génération qui monte.Les revendications syndicales ne se situent-elles pas trop exclusivement en termes de quantifiable plutôt qu'en ceux de progrès humain?Mais le mouvement étudiant, malgré ses intuitions généreuses et prophétiques, n'a pas une moindre leçon à retirer de la méfiance des ouvriers à son égard.Contester la société de consommation alors que l\u2019on n'est pas soi-même engagé à la journée longue dans le travail de production peut devenir un alibi facile.La fréquentation scolaire gratuite est encore considérée comme un privilège par ceux qui doivent l'assurer avec des taxes exorbitantes pour leur petit salaire.Comme l\u2019étudiant, l'ouvrier sera prêt à miser sur l'avenir quand il pourra avoir la garantie que celui qui sortira de l\u2019Université ne sera pas pour lui un exploiteur de plus.Contester quoi, en somme?L'égoïsme collectif, les institutions qui le maintiennent et lui donnent une apparence de légalité.Une de nos rares certitudes incontestables, c'est \"l'éminente dignité des pauvres\", pauvres de biens, pauvres de culture humaine.Ils sont la contestation permanente de notre société.Le présent dossier qui est le fruit du dialogue étudiant-ouvrier nous en a fait prendre conscience encore une fois.Paul-Emile Charland 62 2> OlléEt La contestation des étudiants Interview avec Céline Yelle et Robert Perreault du Secrétariat national de la J.E.C.1 Comment définissez-vous le Pouvoir Etudiant?Nous avons voulu entreprendre la contestation de la société par le biais du travail académique lui-même.Il est important de s\u2019attaquer à cette réalité quotidienne de l\u2019étudiant parce qu'elle véhicule les mêmes valeurs, la même organisation que celles de la société dans son ensemble.société de consommation où l'on reçoit des choses, où il y a peu de participation de la base, où les relations sont du style de la concurrence.Le système éducationnel est toujours le reflet de la société et l'école en est le moyen d'intégration.Le pouvoir étudiant, il ne faut pas l\u2019oublier, est d\u2019abord un pouvoir intellectuel.Il n'est pas un pouvoir exclusif des autres; il ne se définit pas, comme on a semblé le croire, par l'auto-gestion comme telle.II est parti d\u2019une analyse critique de la situation des étudiants jointe à J\u2019analyse critique de la société elle-même et propose le changement de la condition de travail des étudiants.L'idée fondamentale en est que le travail des étudiants les concerne et qu\u2019il n'y a pas de démarche 1 Cette interview a eu lieu avant le H janvier où l'Exécutif national s'est retiré du mouvement avec les comités diocésains de Montréal.Québec et St-Jérôme.63 intellectuelle vraie si elle n'est pas faite par les gens.Cette démarche intellectuelle doit être en rapport avec la réalité et déboucher sur son utilité sociale.Alors ce que vous proposez c\u2019est l\u2019école active?Non, car il ne s'agit pas simplement d\u2019un changement dans la pédagogie qui utiliserait les moyens audio-visuels.Le document que nous avons émis à ce sujet: \"Le Pouvoir étudiant s'organise\", porte justement sur la problématique du travail étudiant.11 s'agit d'une transformation radicale, non seulement des méthodes pédagogiques, mais du contenu même de l\u2019enseignement.Dans les perspectives de 1 Ecole active, l\u2019école est isolée du contexte social, et pour nous elle n'est pas isolable.Ce sont les finalités mêmes de l\u2019Ecole qui sont mises en question: l'Ecole n'est pas un lieu d'intégration à la société existante, elle a un rôle de critique de la société et de création de la société nouvelle.Il ne s\u2019agit donc pas.dans le renouvellement de l'Ecole, de poursuivre des expériences en vase clos, ce doit être le fait de toutes les écoles.Au moment où l'ensemble des étudiants auront pris conscience de la situation aliénante qui est la leur on n aura plus à négocier.Quelle est la principale insatisfaction que vous ressentez face au milieu scolaire?C'est un malaise vague, d\u2019abord d'ordre disciplinaire.Mais il est beaucoup plus large: il est de l'ordre du rôle de l'étudiant dans le milieu qui est le sien.Il ne voit pas comment mettre en action ses aspirations.On nous répète que le rôle de l'étudiant c\u2019est d'étudier.Mais étudier, c'est quoi?Qu'est-ce que la vie d'un groupe qui étudie?Le projet que l\u2019on a toujours proposé aux étudiants c'était de se préparer à une tâche future: on le faisait dans des formes désuètes, faisant peu appel à leur responsabilité et à leur intérêt.Nous nous sommes arrêtés à définir le travail étudiant et nous l'avons fait autour de quatre pôles qui font ressortir l'insuffisance du système actuel.64 1.\tAbsence de référence aux grandes questions actuelles Malgré quelques efforts les cours demeurent en marge des grandes préoccupations sociales actuelles.La compréhension des défis qui sont posés à la communauté humaine et l'engagement face à ceux-ci ne semblent pas des objectifs de l'école puisqu'elle les ignore.En effet, ces questions ne sont presque jamais abordées lors des cours: lorsqu'elles le sont, c'est d'une façon superficielle, abstraite et qui ne provoque pas à l'engagement.Ainsi la majorité des étudiants affirment que leurs cours ne leur permettent pas de comprendre la guerre au Vietnam, le chômage au Canada, la pauvreté dans leur ville, la révolte des Noirs aux Etats-Unis, etc.2.\tAbsence de participation créatrice L'école n'est pas conçue en fonction d\u2019une participation dynamique des étudiants à leur travail.Les cours sont le plus souvent magistraux.Le travail qu'on attend de l'étudiant exige peu de création: il est effectué de façon individualiste et n\u2019aboutit dans l\u2019immédiat à aucune réalisation utile pour la société actuelle.3.\tUn système d évaluation inadéquat Le système actuel d'examens ne constitue pas une juste évaluation des connaissances et des capacités des étudiants.4.\tUne représentation inefficace Les étudiants affirment que c\u2019est leur droit de participer à l\u2019élaboration du contenu des cours et des moyens pédagogiques puisqu\u2019ils sont les premiers intéressés dans leur éducation.Les quelques structures de participation existantes s'occupent peu des questions académiques et n ont le plus souvent qu'un caractère consultatif.De plus elles ne permettent pas la participation de l'ensemble des étudiants.Nous ne pouvons concevoir que ce que l\u2019étudiant découvre ne puisse servir à la société.Il y a certes déjà des réalisations, comme des expositions culturelles, mais nous pensons à des réalisations plus larges comme seraient celles d'un Service civil où les étudiants pourraient produire quelque chose pour la société tout en poursuivant leurs études.Les étudiants veulent également jouer un rôle dans la dèfini- 65 tion des tâches futures qui les attendent, dans la construction de la société dans laquelle ils ont à vivre et à travailler.Ils désirent pour cela que s'instaure un dialogue constant entre eux et les autres responsables de la société.D'où sont venues les principales oppositions à ce que vous avez défini comme Pouvoir Etudiant?De la part des étudiants surtout: ils ne sont pas prêts à entrer dans cette forme d'engagement.II devra y avoir une étape de contestation horizontale qui sera assez difficile.L\u2019attitude actuelle de l\u2019étudiant est à changer, et c\u2019est là le point d'affrontement: la conception de l'étudiant qui a été longtemps inculquée, \"se préparer à l'avenir\": il est difficile de la remettre en question et de penser qu\u2019on peut être autre chose.C\u2019est l'étudiant lui-même qui est à la fois le point d'appui et le point de résistance essentiel: point d'appui par les groupes plus politisés et prêts à faire la bataille, point de résistance car il s\u2019en prend souvent à d'autres qu\u2019à lui-même, aux administrateurs des C.E.G.E.P.par exemple.Est-ce là le rôle d'un mouvement comme celui de la J.E.C.?Ce que J.E.C.a toujours voulu être, c\u2019est un groupe de chrétiens engagés dans l'action en milieu étudiant à partir des préoccupations mêmes de ce milieu.Il nous semble que le rôle que la J.E.C.a joué cette année dans la contestation étudiante est dans la fidélité même à ce que nous avons été comme mouvement.Portant les préoccupations du milieu étudiant, nous avons travaillé à bâtir ce milieu.Le rôle concret que nous avons pu jouer, par les équipes mais surtout par les individus, fut d\u2019être présent dans les différentes situations et travailler à l'intérieur même du mouvement étudiant.Nous avons préparé de la documentation, comme \"Le pouvoir étudiant s'organise\".et mis sur pied un secrétariat d'animation.Au printemps de 1968 la J.E.C.a réaffirmé sa volonté d'être un tel mouvement, en radicalisant un peu ses perspectives: non celle d\u2019améliorer ce qui existait, mais de poser vraiment les questions, à 66 savoir, quelles étaient les raisons du maintien du système actuel?Si ces raisons étaient fausses, de proposer de nouvelles finalités et des moyens plus politisés.La stratégie que nous proposions était celle de / action-réflexion -action.A l'été, la commission d'étude rédigea le document d'orientation: \"Le pouvoir étudiant s'organise.\u201d La stratégie d\u2019action n'était pas l\u2019occupation: la bataille devait se faire autour des examens.Au début de l\u2019automne le mouvement d'occupation est parti de Lionel-Groulx: ce n\u2019est pas la J.E.C.qui l\u2019a provoqué, mais nous avons décidé d'y participer.Au niveau des écoles secondaires nous avons travaillé à organiser les étudiants pour qu\u2019ils s'occupent de leurs problèmes à eux.Sur quels principes fondez-vous ce genre d\u2019action?Les chrétiens doivent s\u2019engager.On ne veut pas être toute l'Eglise, mais nous croyons que c\u2019est un style d'Eglise.Ce que nous n'acceptons pas dans l'Eglise, c\u2019est qu elle ne soit pas engagée: nous voyons par exemple l'exploiteur et l'exploité assis à la même table dans l'Eglise.Nous concevons l\u2019Eglise comme partage des préoccupations des gens: que l'on vive avec eux comme communauté de foi.Ce n'est pas la forme exclusive, il y en a d\u2019autres: mais dans le milieu étudiant c\u2019est la forme très concrète de s\u2019engager.Pour nous, l'annonce de la Bonne Nouvelle c'est de dénoncer toutes les formes d\u2019aliénation, dans le milieu étudiant ce sont celles-là, et de proposer un message d'espérance qui soit, très concrètement, l\u2019amélioration de notre vie.Vous sentez-vous en communion avec d\u2019autres mouvements dans cette conception de Vengagement de l\u2019Eglise?Avec le M.T.C., un peu peut-être: avec des individus, il y a beaucoup de chrétiens dont c'est l\u2019option; avec des revues comme Maintenant.Prêtres et Laïcs; mais il n'y a pas de mouvements.Ces chrétiens qui nous appuient sont peu regroupés: c'est le style de chrétiens qui n\u2019entrent pas facilement dans des mouvements d\u2019Eglise.La J.O.C.a des options semblables, sauf un peu moins politisées.67 Ils ne vont pas au bout de leurs options.Quand ils présentent un mémoire ils ne prennent pas les moyens d\u2019en faire appliquer les recommandations.de négocier avec le gouvernement.Actuellement, dans la J.E.C.il y a un accent plus grand mis sur la politisation: c'est beau de voir les problèmes, les perspectives de changement, mais il faut qu il y ait quelque chose qui change.A ce moment-là il faut qu'il y ait une forme d'engagement, une stratégie.La différence avec d'autres mouvements c\u2019est qu\u2019au lieu de la négociation nous avons opté pour la contestation.Que pensez-vous de la contestation comme moyen de transformation?Disons d'abord que la contestation ce n'est pas d'abord l\u2019occupation, qui n'en est qu\u2019une forme.Il s'agit de faire éclater un conflit qui existe mais que l\u2019on essaie de camoufler.La contestation est l'occasion d'une prise de position plus claire de la part des gens, d'une option plus précise.Elle ne nie pas la possibilité d'un cheminement, mais elle nécessite de savoir au juste à quoi on adhère, pourquoi, où l'on veut aller: et cela pour pouvoir se regrouper dans une ligne ou l\u2019autre.Nous trouvons que la contestation oblige à cela et que c'est très important qu\u2019elle puisse exister.La contestation est une démarche élémentaire, normale, de l\u2019esprit humain qui veut parvenir à la vérité.Remettre en question ce qui est considéré comme chose acquise.Descartes l\u2019a fait à sa manière.Comme on n'est pas ici par l\u2019ordre de la philosophie mais dans celui de l'action, cette démarche prendra des formes différentes, soit plus pacifiques comme la négociation, soit plus révolutionnaires comme la contestation.11 n'y a pas d\u2019idéologie très articulée dans la J.E.C.au sujet de la contestation.L'ordre des changements que l'on poursuit devra nécessiter une bonne période de contestation horizontale parce que les étudiants ne s'entendent pas.En même temps on aura à faire face aux structures existantes.Ce ne sont pas tellement les gens au pouvoir que les formes du pouvoir qui sont à contester.Evidemment cela bousculera aussi les gens.L\u2019occupation des locaux ne fut pour nous qu\u2019un symbole temporaire.celui de \"l\u2019Ecole aux étudiants\u201d, déterminée par eux, en fonction d'eux.68 U événement de St-Jérôme est-il aussi un symbole?C'est tout à la fois une réalité et un symbole parce qu'ailleurs également il existe des formes de pression sur les équipes, mais les étudiants ont peur de se faire mettre à la porte.A St-Jérôme les positions sont claires: il existait un conflit entre la J.E.C.et la pastorale.La J.E.C.et la pastorale scolaire sont-elles donc deux choses différentes?Actuellement, dans les faits, ce sont deux choses différentes, quoique en relation l\u2019une avec l\u2019autre.En principe ce ne devrait pas en être ainsi.La pastorale scolaire c\u2019est l\u2019effort de concentration de la présence de l\u2019Eglise dans le milieu étudiant: la J.E.C.fait partie de cela, c\u2019est évident.Mais actuellement la pastorale c\u2019est des formules, une organisation, et la J.E.C.doit entrer dans son organigramme: nous ne sommes pas d\u2019accord avec cette conception de la pastorale scolaire et c\u2019est dans ce sens que ce sont deux choses différentes.La différence est fondamentale parce qu\u2019elle repose sur l\u2019ordre des problèmes qui sont abordés.Sauf chez quelques aumôniers d\u2019école, dans l\u2019ensemble il y a très peu d\u2019efforts de réflexion de la part des gens qui sont engagés dans cette pastorale (catéchèse, liturgie), efforts de réflexion pour définir les vrais problèmes des étudiants et pour concevoir une Eglise en fonction de ces problèmes et non en fonction d\u2019elle-même, de ses structures, de ses manifestations liturgiques.Mais il ne sert à rien de nous le cacher, il existe des divergences profondes à l\u2019intérieur même de la J.E.C.sur la conception de l\u2019Eglise et l\u2019organisation de la pastorale scolaire.(Texte tiré de l'interview par P.E.C.) 69 Un aumônier de C.E.G.E.P.devant la crise Gérard Laprise.o.m.i.\"Vous allez créer un enfer!\" \"Non.il y est déjà!\" Dans le film WEST SIDE STORY, les jeunes répondent à un vieux qui leur disait: \"Vous allez créer un enfer!\" \u2014 \"Non, il y est déjà, et ce n\u2019est pas nous qui l\u2019avons fait.\" N'est-ce pas un peu le même dialogue que l\u2019on entend depuis le début de la contestation étudiante?En fin de semaine (20 octobre) j\u2019avais l\u2019avantage de participer avec les autres aumôniers de Cegep à une session de réflexions sur les sources et le sens de la contestation actuelle.Je voudrais rapporter ici dans mes mots un extrait de la causerie donnée par le sociologue Jacques Grand\u2019Maison1.Pour lui, la contestation actuelle des étudiants se présente comme un des aspects de la révolution culturelle qui se fait actuellement, révolution que nous vivons tous sans être tellement capables de la définir.Toutes les dimensions de notre société sont remises en cause.Notre société industrielle est-elle si humaine?La contestation n\u2019est-elle pas la formulation concrète de cette question?Société de consommation.Les deux tiers de cette société ne sont même pas capables de bénéficier des biens de consommation qu'elle offre.Mais suffit-il de consommer?La consommation satisfait-elle le besoin de raisons de vivre que l\u2019homme se cherche?Société bureaucratique, hiérarchique, fonctionnarisée, dont la lenteur semble tuer la vie.On aboutit alors en réaction au refus excessif 1 C\u2019est à cette même occasion que le Père Chenu a donné la conférence que nous reproduisons plus loin.70 de toute hiérarchie, de toute autorité.On veut une société plus fraternelle.où les rapports entre personnes sont à l'horizontal, plus humains, plus vivants.Société démocratique, mais où l\u2019on sent très bien que le pouvoir réel est entre les mains de puissances occultes, où les administrateurs, élus du peuple, ont souvent les mains liées par le capital ou la dictature des techniques de l\u2019efficacité.Ce qui conduit à une volonté d\u2019un nouveau pouvoir, constitué par la masse toujours en éveil.11 n'est pas sûr cependant que les étudiants qui réclament actuellement le pouvoir total veuillent le remettre entre les mains de la masse animée; on sent plutôt la volonté de deux ou trois types qui veulent dogmatiser la masse.Les attitudes cléricales ne se retrouvent plus principalement chez les clercs! La caractéristique la plus dévalorisante de notre société est sans doute son style de société marchande.Toutes les valeurs sont réduites au niveau de moteur de rentabilité.Les réalités humaines les plus profondes deviennent marchandises, et à ce niveau-là Marx a très bien vu ce phénomène de chosification: le travail humain devient une marchandise.Dans cette société marchande, on prend la valeur-fin et on en fait un moteur.On dit, par exemple, au commis-voyageur: \u201dTu es pour cela, l'éducation de tes enfants.Eh bien, si tu as un meilleur rendement tu auras plus d\u2019argent et tu pourras éduquer tes enfants.\u201d On prend ainsi la valeur éducation comme projet et on s\u2019en fait un moteur pour des buts mercantiles.C\u2019est la réduction constante des valeurs-fins à la fonction de moteur.De plus, on vit comme on consomme.On aboutit à une économie de gaspillage inutile: on multiplie les postes d\u2019essence, les modèles insignifiants de vêtements, de stéréos, et les besoins humains fondamentaux on ne les satisfait pas.On parle de recherche, mais c'est souvent de la recherche pour de nouveaux \"gadgets\".Dans cette société marchande on digère tout: Mao, on le digère, on fait des costumes Mao! Même la contestation.\"Ne vous en faites pas.ça va passer.\" Tout va rentrer dans l\u2019ordre et on va continuer comme avant.Parce que si ce n'est plus comme avant ce ne sera plus rentable.La contestation mondiale des étudiants malgré tous ses avatars n\u2019est-elle pas le signe que cette société marchande a vécu?Mais est-ce inhumainement que nous allons passer à une société plus humaine?Ne courrions-nous pas alors le risque d\u2019atteindre à une société aussi dévalorisante que celle que nous quittons?71 Les étudiants en théologie de Montréal Ce texte émane de l'assemblée générale des étudiants de la Faculté de théologie de l'université de Montréal.Il fut préparé pour un travail en atelier fait le 31 octobre, puis approuvé en assemblée générale le Ier novembre.Après quinze jours de travail en ateliers et en assemblées générales, après certains événements récents, comme le décret de la faculté concernant la reprise des cours, l\u2019absence de presque tous les professeurs à une réunion spéciale et enfin la distribution officielle par M.le Doyen d\u2019un document sur \"les méthodes et techniques de contestation révolutionnaire\".suivie d'une lettre explicative affirmant que ce genre de méthodes avait eu cours dans notre travail, nous croyons nécessaire d\u2019expliquer à tous le climat de nos journées d'étude et les buts que nous poursuivons toujours.L\u2019historique Ces journées, on le sait, ont été déclenchées le 15 octobre, à l'occasion de la contestation dans les CEGEP et dans un esprit de solidarité avec ces derniers et les autres facultés de l'Université; leur premier but était de prendre conscience de notre situation et de cerner nos problèmes propres.Personne ne savait ni ne prévoyait alors que ces journées prendraient l\u2019ampleur qu'elles ont prise: l\u2019Assemblée a d'ailleurs voté chaque jour la tenue d\u2019une autre journée d\u2019étude.Cantonnée dans le juridisme, la faculté n\u2019a cessé d\u2019insister sur le fait que ces journées avaient été décrétées unilatéralement; et nous re- 72 connaissons qu elles le furent.Mais nous croyons que.dans le contexte, il était bien difficile de faire autrement: la faculté elle-même a suspendu les cours et les a repris le 31 octobre.Et lorsque ces journées d étude ont commencé à se multiplier, il était au pouvoir de la faculté d annoncer la légalisation complète de ces journées et d\u2019encourager la participation active des professeurs, comme n\u2019ont cessé de le désirer les étudiants participant à ces journées.Nous regrettons aussi le manque de communications avec la faculté: nos relations furent surtout épistolaires, et nous croyons qu\u2019il aurait pu en être autrement si la faculté avait jugé bon de procéder autrement.La situation s'est détériorée de façon déplorable ces derniers jours.Le 29 octobre, au moment même où nous nous préparions à envisager le retour en classe et l\u2019élaboration de mécanismes adéquats, au moment où la question d'un Comité paritaire provisoire pour préparer d autres journées d\u2019étude semblait devoir se régler, nous avons reçu un décret du Conseil de faculté, annonçant la reprise des cours.Et pourtant, on s en souvient.M.le Doyen lui-même, le jour où nous avons suspendu techniquement nos journées d'étude pour l'entendre, nous avait affirmé qu\u2019il trouvait normal que les administrateurs, les professeurs et les étudiants s'entendent sur un protocole de retour aux cours: le décret réglait la question d\u2019une tout autre façon.Cette réunion du Conseil de la faculté s\u2019est tenue après une journée d'étude des professeurs qui, dans l'ensemble, n'ont pas participé à cette décision.Et, selon une tactique employée couramment par les patrons d'usine, la (acuité a ignoré les structures officielles de l'Association des étudiants et a adressé ce décret à chacun des destinataires.Elle a même informé les évêques et les supérieurs provinciaux qui auraient une responsabilité spéciale envers leurs \"sujets\" étudiants: nous croyons qu'il y a là.bien rationalisé, un phénomène typique d'ingérence ecclésiastique dans le métier d\u2019étudiant et une subtile pression sur ceux-ci.11 faut dire cependant que ce geste nous surprend et que ces autorités épiscopales et provinciales ne se sont pas ingérées dans le litige.Les étudiants ont dû alors perdre du temps et mettre au point la conduite à tenir.Ils ont invité les professeurs à une rencontre spéciale en soirée et hors des cadres des journées d'étude: les étudiants étaient environ cent cinquante, alors que la presque totalité des professeurs n\u2019est pas venue.Les étudiants ne comprennent pas pourquoi, et plusieurs doutent que cette mentalité laisse entrevoir un dialogue adulte.73 Le climat Dans ce contexte, nous voulons décrire ce que nous croyons être conforme aux faits et au climat de nos délibérations, tenues par une moyenne de 150 participants.En toute conscience, et conformément à plusieurs témoignages de personnes non impliquées dans le feu des événements, nous croyons que tout observateur a pu remarquer que ces journées se sont déroulées dans un climat de respect des personnes et de disponibilité à écouter non seulement des thèses minoritaires, mais encore des positions presque hostiles à l\u2019Assemblée présente.Tous ceux qui sont venus ont pu en effet s\u2019exprimer librement, les votes importants furent tenus à scrutin secret, personne ne fut hué ou insulté, toutes les propositions furent discutées, tous furent toujours invités, etc.Aucune manipulation de l\u2019Assemblée ne fut tentée; chaque journée était préparée par un groupe d'étudiants qui se réunissaient le soir précédent: mais tous ceux qui le désiraient pouvaient participer à cette réunion et des gens de toutes les tendances se sont prévalus de ce droit.Dans le seul but d'éviter des pertes de temps inutiles, un comité imprimait intégralement tous les rapports des journées précédentes et un autre comité libre proposait à l\u2019Assemblée du lendemain une démarche sur laquelle elle était toujours invitée à se prononcer et à voter.Nous ne voyons pas ce que nous aurions pu faire de plus, et nous sommes même portés à croire que peu d\u2019assemblées ont autant respecté les gens, souhaité le maximum de participants et veillé à ne pas employer de tactiques déloyales ou restreignantes: une assemblée ne peut tout de même pas tenir constamment compte des absents qui ne répondent pas à son invitation.L\u2019objectif C'est dans cet esprit que nous avons réfléchi sur notre situation à la faculté de théologie et sur notre vie d'étudiants.Nous avons tenté de cerner certaines de nos aspirations liées à notre formation; nous avons distingué les composantes différentes de nos vies: milieu de vie ecclésiastique, métier d\u2019étudiant, aspirations sacerdotales etc.; nous nous sommes attardés à chercher une participation plus générale de tous à la marche de la faculté; nous avons cru que le pouvoir devait revenir à tous, profeseurs et étudiants, et nous avons parlé en ce sens de \"pouvoir unifié\u201d; nous voulons travailler ensemble à la rénovation de l'ensei- 74 gnement de la théologie et participer au pouvoir: nous avons développé une conscience de groupe comme jamais il n\u2019y en a eu dans notre milieu étudiant, et nous n\u2019avons pu que déplorer l\u2019absentéisme, non nécessairement hostile cependant, des non-participants, et le juridisme des autorités et de trop de professeurs de notre faculté: nous avons cru devoir prendre ce que nous pensions être nos responsabilités, dans un sens que n\u2019ont pas compris les autorités, mais qui nous semblait valable malgré toutes ses limitations: nous avons mis sur pied des mécanismes permanents d'action: nous avons pris une triste conscience de la force des systèmes dans lesquels nous évoluons (milieu ecclésiastique, faculté.Université, société) et du long chemin à parcourir; nous avons déploré que les professeurs fassent bloc avec l'administration, que leur porte-parole soit le doyen et qu'ils ne soient pas constitués en association plus autonome et représentative.Tout ce travail reste peut-être confus, mais nous avons cru nécessaire de l\u2019entreprendre.Voilà ce que nous jugeons bon de faire connaître.Nous revenons lundi (4 novembre) aux cours, espérant que tout cela n\u2019aura pas été vain.Nous souhaitons en tout cas demeurer éveillés, garder nos aspirations, et reprendre le dialogue avec tous ceux qui le croient rompu.Peut-être est-il possible de conserver nos aspirations, et (la preuve en est peut-être à faire) de \"dialoguer sans se faire fourrer\u201d.Dans ce même numéro: La contestation dans l\u2019Eglise Théologie de la contestation 75 Réactions du monde ouvrier Table ronde Quelles réactions le monde ouvrier a-t-il eues devant la contestation étudiante?S'est-il senti concerné et solidaire?Pour le savoir, nous avons réuni le 7 janvier une table ronde groupant étudiants et ouvriers.Céline Yelle, du secrétariat national de la J.E.C.Janine Dallaire, étudiante universitaire, A.G.E.U.M.Jean-Marc Lebeau, Mouvement des Travailleurs Chrétiens Jean-Paul Hétu, militant syndicaliste, C.S.N.P.-E.Pelletier, o.m.i., directeur de \"Prêtres et Laïcs\" Quels sont les objectifs de la contestation étudiante?Animateur: Le but de notre rencontre serait d'essayer de situer le mouvement de contestation étudiante dans l'ensemble des griefs que nous avons contre la société et des efforts entrepris pour la transformer.Le mouvement ouvrier s'y est attaqué depuis un certain nombre d\u2019années avec ses objectifs et ses méthodes: quelles ont été ses réactions devant le mouvement étudiant?Céline: Le mouvement de septembre-octobre ne s\u2019attendait pas à avoir l'appui des ouvriers et je ne crois pas qu\u2019il l'ait sollicité, même s'il était plus ou moins conscient qu'en s'attaquant à l\u2019Ecole il touchait également à toute la société.La rencontre s\u2019est surtout faite avec les parents qui se sont ralliés pour une bonne part, tout en restant inquiets sur certaines formes de contestation.76 Les objectifs de la contestation ont été multiples et finalement ils visaient la société dans son ensemble.Mais quand elle a débuté à Lionel-Groulx elle comportait des objectifs très précis, comme le prêt-bourse, les débouchés professionnels, l\u2019entrée à l\u2019Université; ce n\u2019est qu'après qu\u2019on s\u2019est aperçu que ces problèmes étaient reliés à des problèmes de la société plus large.Pour nous, de la J.E.C., nous voulions nous attaquer aux problèmes de la société dans son ensemble, mais en privilégiant le travail de l\u2019étudiant dans son milieu, voyant que dans son travail l'étudiant est amené à vivre dans les mêmes structures, les mêmes valeurs que le reste de la société: non-participation, système de concurrence, etc.Jean-Paul: Je trouve que les étudiants n\u2019avaient vraiment pas le choix: en s'attaquant à des questions comme les bourses, l'université, les débouchés au travail, ils devaient forcément mettre en cause la société.Quand ils touchaient la question des bourses ou de la nouvelle université.ils touchaient à l'argent, donc à l\u2019Etat et à l\u2019entreprise privée.Et surtout, quand ils étaient inquiets au sujet de l'avenir professionnel, ils mettaient en cause tout notre système économique et politique.Le processus tel que tu l'as expliqué devait déboucher là sans quoi il serait resté un vase clos.Et le mouvement syndical, à ce niveau-là, ne pouvait pas ne pas être d'accord, il devait emboîter le pas.11 l'a fait avec les formes que l\u2019on connaît: des types invités à parler aux étudiants, des déclarations: il y a eu le congrès de la C.S.N.qui s\u2019est réuni à ce moment là et qui a pris position.Forcément, en suivant le processus amorcé, ils n\u2019avaient pas d\u2019autre choix.Janine: A l\u2019Université de Montréal le mouvement a commencé au printemps chez les étudiants de première année de Sciences sociales: l'année menaçait de se terminer par un débrayage à cause de questions académiques.Une journée d'étude proposa des révendications précises: promotion par matière, pédagogie plus active, nouveau système d'évaluation scolaire, abolition des quotas.Un comité a été formé pour mener l'action.Pour les étudiants cela n\u2019a pas été très loin: le mouvement s'est terminé par une commission d'étude sur la pédagogie à l'Université.Cette année, une minorité d\u2019étudiants ont été éveillés par les événements français: je n'affirmerais pas cependant que la majorité des étudiants veuillent reproduire ici la situation française.Mais ils nous ont permis de comprendre pourquoi chez-nous ça n'a pas marché.Il n'y 77 a pas eu ici cette explosion de paroles, de discussions: nous ne sommes pas allés très loin dans l\u2019analyse du malaise, mais nous nous sommes contentés de quelques revendications et d\u2019une organisation à l'intérieur de l\u2019Université.Pour nous de l\u2019A.G.E.U.M., l'objectif immédiat est d'arriver à permettre aux étudiants de créer des situations où ils pourront vraiment s'exprimer sur ce qu'ils vivent et sur ce qu\u2019ils ne vivent pas, sur ce qu\u2019ils attendent et sur ce qu\u2019ils refusent, sur ce pour quoi ils sont à l'université et sur ce qu'ils veulent faire en sortant.Pour nous c est essentiel; mais c'est difficile pour bien des raisons, parce que se donner un objectif comme celui-là c\u2019est se donner pour objectif de transformer radicalement l'Université dans sa constitution même.Quelles ont été les réactions du monde ouvrier?Jean-Marc: La réaction des gens, des adultes surtout a été de se trouver joliment empêtrés devant la situation où leurs enfants voulaient tout prendre en mains.Leur réflexe se comprend de la façon suivante: l'image que l\u2019on se faisait de l\u2019école est encore celle d'enfants qui sont là.Mais ce n'est plus la même chose, il y a maintenant des jeunes, des adultes.C\u2019est la première fois que les jeunes sont massivement à l\u2019école, ec cela jusqu'à 24-25 ans.et de plus avec des moyens extraordinaires.Les adultes se disaient: \"Qu'est-ce qu'ils font: qu'est-ce qu\u2019ils veulent?On leur a tout donné! Nous n'avions pas cela dans notre temps.\u201d Cela s\u2019est manifesté au début dans les assemblées publiques.Puis le mouvement a rapidement dépassé les questions scolaires.On se disait à ce moment-là: \"Qu'ils se comptent chanceux d'être à l'école, nous, nous n'y sommes pas allés.\" Après cela on est passé à la société globale.Les gens se disaient alors: \"Ils veulent tout changer: ils ne connaissent rien!\" La réaction d'une bonne partie du milieu était négative: on ne comprenait pas.Les vraies revendications que les étudiants faisaient n\u2019ont pas été comprises, je pense: il y a eu un certain nombre qui l'ont comprise, les gens engagés dans les organismes comme le monde syndical, la Chambre de commerce, etc., à ce moment-là s\u2019ils ont pris position c\u2019est que leurs intérêts étaient en jeu.dans un sens ou dans un autre.78 Je crois que, assez rapidement, le mouvement a manqué de souffle; c'était prévisible que le leadership qui naissait dans les collèges allait se tuer à courte échéance.Celui qui a embarqué les étudiants s\u2019est coulé à brève échéance parce qu\u2019il n'y avait pas de gains immédiats possibles.On est parti de la contestation des examens scolaires et on est tombé tout de suite sur la société globale.A ce moment-là il y a eu une espèce de ressac et on perdu la masse des étudiants, facilement noyée là-dedans.Le leadership n\u2019était pas prêt à saisir toute la portée des revendications, comme à Lionel-Groulx ou dans le milieu universitaire, encore moins la masse des étudiants.Je pense qu'en dessous de tout cela il y a eu quelque chose de très positif et l'ensemble du milieu n'a pas été indifférent aux questions qui se sont posées.D\u2019un autre côté, en négatif, il y a des personnes qui avaient la possibilité de donner une direction, d'assumer un leadership et qui se sont noyées.Et je crains que d\u2019ici deux ans, dans certaines écoles, il n'y aura plus la possibilité d\u2019organiser les étudiants, sauf pour des clubs de football ou de tennis.Pour moi, c'est une réaction spontanée que j'ai observée dans le milieu.Jean-Paul: Je ne suis pas d'accord avec ta dernière remarque.Qu'elle soit bien factuelle, je ne veux pas le mettre en doute, mais c'est le manque de perspective que je refuse.Tu cites un argument classique que l'on entend dans la lutte quotidienne au niveau syndical: \"Les gars ne sont pas prêts à faire la lutte.\"Mais si on attend théoriquement que les gars soient prêts à faire la lutte, ils ne la feront jamais.Les vrais problèmes qu\u2019ils doivent poser, ils ne les poseront jamais, ou bien ce ne sera le fait que d'une minorité.C\u2019est là que l'on voit l'importance d avoir une organisation étudiante, une organisation syndicale, parce que là la tradition va pouvoir se créer.L\u2019expérience de la lutte qu'ils prennent la première fois va servir pour la deuxième, et l'analyse qu'ils feront pourra mieux correspondre à la réalité.Dès que nous nous sommes aperçu que les étudiants commençaient à poser le problème de leur avenir professionnel, nous à la C.S.N.nous avons pensé au 8% de chômage dans la province de Québec et nous nous sommes immédiatement posé le problème du rôle de l'Etat face au chômage, son rôle dans la formation professionnelle.Nous pensions également aux recommandations du Conseil d'Orientation Economique disant que d'ici 1970 il fallait créer 200,000 emplois de 79 plus par année; voyant qu\u2019il ne s\u2019en créait pas autant, nous nous disions: \"Ces gars réagissent normalement.\u201d Je ne dis pas que ce fut la réaction de tout le monde.Quand nous avons vu le genre de types que les étudiants invitaient, plusieurs se sont dissociés.Ce sont des gens avec qui nous luttons quotidiennement.et nous connaissons le romantisme révolutionnaire dans lequel ils travaillent; c\u2019est à partir de ces invitations qu'on les liait avec les luttes françaises.Je ne dis pas que c'est là une analyse de la C.S.N., mais d\u2019un groupe de militants engagés dans la C.S.N.Sur le fond de la contestation nous étions parfaitement d\u2019accord; mais la réaction des pères de famille était différente quand ils voyaient leur \"fiston\u201d arrêter l'école sans en avoir parlé au foyer.Mais surtout les gens n\u2019étaient pas habitués socialement à voir les étudiants adopter un même type de lutte qu'eux: il n'y avait pas eu de préparation; en réalité, ce fut une véritable explosion.Janine: Je ne suis pas d'accord avec la mise sur pied d'une organisation permanente, et je souhaiterais même, pour ma part, la dissolution de l\u2019A.G.E.U.M., car nous en avons assez des revendications.Ce qu\u2019il faut c\u2019est de mettre les étudiants dans la situation de voir comment s'incarne le pouvoir.Jean-Paul:\tSi une des conclusions, et c\u2019est celle qui est apparue dans le public, c'est que seuls les étudiants puissent bâtir eux-mêmes les cours, je préférerais garder le système d'enseignement le plus conservateur, car les étudiants ne sont pas encore dans la vie.En particulier, si vous prenez les Sciences sociales, on s'aperçoit que Jes facultés qui sont actuellement les plus rétrogrades ce sont celles des Relations industrielles et de l\u2019Economie, le Droit on n'en parle pas; ces deux facultés-là parlent encore de notions qui dans le monde quotidien n'existent plus: l\u2019entreprise privée, par exemple, on en parle en des termes d'il y a 20 ou 25 ans.Contrôler les Cegeps ou l'Université: mais comment les étudiants peuvent-ils dire qu'un cours est valable à moins d\u2019avoir déjà suivi d'autres cours?Janine: La plus grande force, pour moi, force négative, c'est l'inquiétude générale: on ne sait pas où l'on s\u2019en va.C'est le fouillis général.Jean-Paul: Cela doit se traduire dans le concret.Quand on parlait d'avenir professionnel, c\u2019était vraiment concret.Evidemment il faut créer des situations qui permettent aux gens de s'exprimer, c'est péda- 80 gogique.Mais plus que cela, il faut des outils pour que cette expression formule des objectifs et qu'ils deviennent efficaces.C'est pourquoi je disais qu'une organisation est indispensable parce que c est uniquement elle qui a chance de rester; les étudiants, par définition, ont un statut temporaire.Il faut une organisation pour mener la lutte à long terme, autrement vous allez continuer à confirmer un préjugé que l\u2019on a toujours eu à l'égard des étudiants.Janine: Dans le concret, nous réclamons le pouvoir, pas tous seuls, mais avec les profs.Jean-Paul: On conteste justement cela que, dans une chasse gardée, vous preniez et gardiez le pouvoir, parce qu\u2019à ce moment-là vous ne réglez pas les problèmes.L\u2019Université, finalement, elle est financée par qui?Les types qui vont sortir de l'Université, où vont-ils aller?Je ne suis pas intéressé à ce que la majorité des gens qui sont là viennent \"botter le cul\u201d à la majorité du peuple comme ça ce fait actuellement.Parce que je finance l\u2019Université, je suis intéressé à ce que sur le plan politique et social, sur le plan strictement humain, les gens qui sont là ne soient pas les plus rétrogrades de la société, comme ce l\u2019est actuellement.Céline: Si les étudiants demandent le pouvoir pour ce qu'ils font ensemble et dont ils sont responsables jour après jour, il me semble que ce n'est pas exclusif, loin de là.Ils veulent être intégrés avec les autres responsables de la société dans la définition de ce qu\u2019ils vont faire.Et c'est ce qui est beaucoup mis en question actuellement dans le milieu étudiant: qui définit ce qu\u2019ils ont à faire?Ce programme est tracé par qui et pour qui?Comment situer ces problèmes?P.Pelletier: En arrière de cela il y a des problèmes de posés et il serait intéressant qu'on les situe.Nous vivons dans un climat nouveau, celui d'une société qui est devenue évolutive à grande vitesse.Tous, professionnels.travailleurs, prêtres, serons-nous dépassés dans cinq ans?Parce que c'est une société rapidement évolutive il devient nécessaire que toutes les énergies qu'elle contient se conjuguent ensemble.Il y a une volonté de participation, une volonté d\u2019être ensemble parce qu'il n'y a personne qui a la vérité totale, personne qui soit capable de dire 81 à long terme ce qu'il faut faire, il faut chercher ensemble.Cette volonté de participation se manifeste dans toute la société.Jean-Paul: Il y a une volonté de participation, mais il n'y a pas de structures de participation, c\u2019est une petite poignée qui mène.P.Pelletier: Plus profondément, il y a Je système qui est remis en question.On est rendu à un sommet, à une saturation à l'égard du système capitaliste.Pourquoi cette insécurité économique?On est loin de sentir un appel comme il y a une vingtaine d'années.Il y a un tas de monde qui s'en vient sur le marché du travail: eh bien, qu\u2019on le dise, qu\u2019on sache ce dont on a besoin! Non, ce qu\u2019on entend dans le public c'est qu\u2019on est bloqué, qu\u2019il faut modérer parce que les gens sortent leurs capitaux et les placent ailleurs.Il n'y a pas un climat encourageant, mais celui d\u2019une grande société fatiguée.Cela dégoutte sur le dos des étudiants.Eux ils bafouillent un peu là-dedans, ils contestent et sont inquiets: on ne peut pas dire qu\u2019ils sont dans un climat qui les motive facilement.Jean-Marc: Inquiétude, oui.La volonté de participation n'est pas si grande.On est devant un système où le pouvoir nous échappe.Donner le pouvoir à qui: à une autre clique qui ne sera pas meilleure que la première?On est gâté par la société, on se trouve assez bien et on ne désire pas trop participer.Il y a une inquiétude qui freine face au changement.On a connu le romantisme révolutionnaire: on fait une révolution, on change la société, survient une contre-révolution.C'est la même inquiétude que l'on rencontre dans le quotidien lorsqu\u2019il s'agit d'organiser un syndicat.Le travailleur répond: assure-moi d\u2019abord que je vais sauver mon petit salaire ensuite je m'engagerai pour essayer d'en obtenir un meilleur.Céline: La sorte de participation que les étudiants des Cegeps réclamaient allait contre l\u2019organisation de la société dans son ensemble, et ceux qui refusèrent ce style de participation des étudiants savaient bien ce qu'ils faisaient.Jean-Marc: Ce sera un des éléments de solution à long terme.Au niveau de l\u2019école secondaire et du collégial les jeunes sont capables de participer; ils le seront ensuite à l'université et dans la société.Nous le voyons actuellement, ce sont ceux qui ont été participants dans les mouvements de jeunesse que l'on retrouve participants dans les mouvements d'adultes et qui manifestent une volonté de changement.82 Quelles seront les conséquences pour l'Eglise?Janine: Il y a des premières manifestations: certains se font une Eglise à eux.Ou bien ils deviendront des sectes, ou bien l'Eglise les acceptera au sens positif du terme.Elle acceptera d\u2019être dans le monde.P.Pelletier: C'est la remise en question de la grande institution de l'Eglise.Jean-Marc: Les gens qui veulent participer apporteront leur participation là où ils croient que c\u2019est valable, dans l'Eglise comme dans le monde profane.Les gens participeront dans la mesure où ils sentiront que leur participation est efficace.Jean-Paul: La participation dépend de la perception que tu as des problèmes et la place que tu occupes pour les solutionner.S\u2019ils n'ont pas cet objet et cette place dans l\u2019Eglise, les gens vont se retrouver dans des sectes, ils recréeront des liens autour d\u2019une perception d\u2019objectifs communs.Jean-Marc: Dans la crise de l'Eglise-institution on n'a pas encore atteint le fond du puits.Déjà dans les années 50.Claude Ryan disait: il y a une crise spirituelle dans l\u2019Eglise du Québec.Gérard Pelletier disait la même chose dans les années 40.J\u2019attends le jour où l'on aura touché le fond du puits.Jean-Paul: La notion d'autorité, qui fait partie de la foi pour un chrétien.comment est-elle structurée dans l\u2019Eglise?Si un gars vit dans la société et qu'il a la volonté de participer, il y aura en lui des conflits terribles: il ne peut plus vivre dans une institution qui est structurée selon les règles du Moyen Age ou plus loin encore et que l'on ne veut pas faire bouger.P.Pelletier: 11 y a toutes sortes d'indices qui prouvent que c'est une autre Eglise qui est en train de naître et qui ne sera plus du tout structurée juridiquement d\u2019une façon aussi rigide qu\u2019elle l\u2019était hier.Céline: 11 me semble que ce qui demeure un des gros problèmes de l'Eglise actuelle c'est, profondément, quelles questions sont abordées par l'Eglise et comment elle est vraiment présente au monde actuel.Les questions du monde deviennent les préoccupations de ces groupes de chrétiens dont on a parlé.Il est important de retrouver ces formes multiples de regroupement de chrétiens où l'Evangile va avoir du sens pour les préoccupations des hommes dans ce qu'ils sont et ce qu\u2019ils font.83 Le \u201cdeuxième Front\u201d
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