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Titre :
Prêtres et laïcs
Le mensuel Prêtres et laïcs fait suite à L'Action catholique ouvrière et se veut un instrument de travail pour les prêtres et les laïcs soucieux de l'évolution de la société québécoise. Il traite principalement de pastorale populaire et d'apostolat laïque.
Éditeur :
  • Montréal, :[Prêtres et laïcs],1967-1973
Contenu spécifique :
mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Prêtre aujourd'hui
  • Successeur :
  • Dossiers "Vie ouvrière"
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Prêtres et laïcs, 1972-03, Collections de BAnQ.

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[" prêtres 1 et 1 _\t_ MARS 1972 VOL.XXII DOSSIER nos syndicats ouvriers et le socialisme PRÊTRES ET LAICS REVUE D'APOSTOLAT LAÏC ET DE PASTORALE POPULAIRE Sous la direction des aumôniers nationaux de l\u2019Action Catholique Ouvrière Jacques Lemay, o.m.i., directeur P.-E.Pelletier, o.m.i., Laurent Denis, o.m.i., Roger Poirier, o.m.i., Raymond Roy, Hubert Coutu, aumôniers nationaux de la J O C Secrétaire à la rédaction: Paul-Emile Charland, o.m.i.Abonnement: $5.00 pour un an; $9.00 pour deux ans; $0.60 le numéro Adresse: 1201, rue Visitation, Montréal 133, Qué.Canada Téléphone: (514) 524-1188 Courrier de la deuxième classe \u2014 Enregistrement n\" 0220.\u201cFrais de port garantis si non-livrable\u201d.Imprimerie Notre-Dame (O.M.I.), Richelieu, Qué. sommaire Mars 1972 \u2014 Vol.XXII ÉDITORIAL Notre socialisme n\u2019est pas pour demain Prêtres et Laïcs H2 DOSSIER Où va le syndicalisme québécois?\tPierre J.-G.Vennat\t143 Un socialisme démocratique à inventer\tJean-Paul Hétu\t153 L\u2019offensive est en marche\tJean-Marc Carie\t162 L\u2019option socialiste\tMarcel David\t167 Les chrétiens et le socialisme\tLorenzo Lortie\t175 Les partis populaires Mouvement des Travailleurs chrétiens\t\t184 Le peuple, contre sa propre libération Mouvement des Travailleurs chrétiens\t\t188 TÉMOIGNAGE line Sœur à l\u2019usine\tMadeleine Neveu, c.s.c 193 RECENSIONS La vie quotidienne des premiers chrétiens (A.Hamman) Les communautés, sectes ou ferments?(L, Lepage)\t200 £ditotiia[ Notre socialisme n'est pas pour demain Allons-nous sérieusement vers le socialisme?Nous ne le croyons pas.Avant d'être une structure nouvelle du pouvoir économique et politique, le socialisme est un humanisme, une façon de vivre en fonction d une conception de l'homme.Le changement de structure n'y changera rien si les valeurs vécues restent les mêmes: promotion personnelle, désir d\u2019avoir plus, individualisme collectif, satisfaction de tous les besoins immédiats.Le projet des centrales syndicales de promouvoir un socialisme démocratique est louable et nous croyons qu'il doit être appuyé; mais sa réalisation n'est pas pour demain.Le cheminement des mentalités a encore un bout de chemin à parcourir et nous nous permettons de douter que la grande masse des ouvriers suivra le mouvement avant que soit entrepris un long travail d'éducation à travers d humbles projets communautaires.Les puissants moyens de communication véhiculent encore trop de valeurs du capitalisme pour que l'avènement de l'humanisme socialiste vienne de ce côté-là.De plus, la division des forces socialisantes par la mise en échec des valeurs du christianisme nous apparaît également devoir retarder le projet de transformation de notre société.Quand nous aurons fini de nous reprocher mutuellement les erreurs du passé, peut-être alors serons-nous prêts à nous atteler ensemble à la tâche de permettre a chacun le droit de vivre en homme.Avec le professeur Marcel David, nous mettons notre confiance dans l'aptitude du mouvement ouvrier des pays capitalistes à dépasser le système établi; encore faut-il pour cela qu'il reste fidèle à son histoire et aux visées civilisatrices qui lui ont donné naissance.Nous doutons que ce soit toujours le cas dans la lutte actuelle qui apparait trop hâtivement politique.Le présent dossier voudrait apporter aux militants chrétiens quelques éléments de réflexion et d\u2019expérience dans la recherche d'un socialisme de création québécoise.Prêtres et Laïcs 142 !Z^01dt£X Oh va syndicalisme québécois?Pierre J.G.' Vennat Chroniqueur syndical.Mais où vont les syndicats?Si un homme comme Jacques Parizeau se pose publiquement la question1, c\u2019est qu\u2019elle trotte depuis plusieurs mois dans la tête de plusieurs gens.Que devient, en effet, le syndicalisme québécois?D\u2019instrument de revendication pour les travailleurs, serait-il sur le point de devenir, si ce n\u2019est déjà fait, un instrument de révolution sociale, sinon politique?Se pourrait-il que la réponse se trouve dans l\u2019expression de Louis Laberge au congrès de la Fédération des travailleurs du Québec, en décembre dernier, alors qu\u2019il affirmait qu\u2019il n\u2019y a plus \u201cqu\u2019un seul front\u201d et que les travailleurs ne peuvent plus \u201cfaire de distinctions artificielles entre les luttes strictement syndicales et des revendications dites sociales\" parce: \u201cqu\u2019il soit opprimé comme locataire mal logé, comme consommateur exploité, comme citoyen faisant face à des pouvoirs anti-démocratiques ou comme outil de production d\u2019entreprises qui l\u2019épuisent et le jettent sur le pavé, il s\u2019agit toujours d\u2019un seul et même homme et c\u2019est lui en entier qu\u2019il faut libérer\u2019\u2019?2 De toute façon, dans toute analyse sur les \u201cnouvelles orientations syndicales\u201d et les prises de position récentes des centrales, un fait 1\t\"Québec-Presse\", 2\t\"Un seul Iront\", 3 décembre 1971.7 novembre 1971.discours inaugural de Louis Laberge au congrès de la FTQ, 143 saute immédiatement aux yeux, même du profane: les centrales syndicales, quelles qu elles soient, semblent prêtes à remettre en cause tout le système.Ces quelques citations récentes permettront d'en juger: Une même volonté de changement \u2014 Nous vivons des moments historiques, plus importants que ceux d\u2019octobre.Le régime actuel a vécu, il n\u2019y a plus de place pour nous dans un tel régime\u201d.3 Marcel Pepin, président de la CSN \u2014\t\"Ce ne sont pas des vitres que nous voulons casser, c'est le régime que nous voulons casser\u201d.4 Louis Laberge, président de la FTQ \u2014\t\"Actuellement, telle qu\u2019elle est organisée, notre société a fait de la production une fin, et de l\u2019homme un moyen.Il faut viser à la transformer radicalement pour que l\u2019homme en devienne la fin et pour que la production en soit le moyen\".5 Alliance des professeurs de Mtl \u2014\t\"Si nous ne tenons pas à ce que d\u2019autres, encore une fois, organisent notre société à notre place, il est temps de s\u2019organiser et de s\u2019en occuper\u201d.6 Corporation des enseignants du Québec \u2014\t\"Par la planification socialiste les travailleurs deviendront propriétaires de leur propre travail et seront à même d\u2019en tirer le plein profit eux-mêmes.Nous sommes nos propres moyens; cessons de nous vendre et comptons sur nos propres forces\u201d.7 Confédération des syndicats nationaux \u2014\t\"Nous devons viser à remplacer le système capitaliste et l\u2019Etat libéral qui le soutient, par une organisation sociale, politique et économique dont le fonctionnement sera basé sur la satisfaction des besoins collectifs, par un pouvoir populaire qui remette les appareils de l\u2019Etat 3\tDiscours lu au Forum, le 3 novembre 1971, \"Québec-Presse\", 7 novembre 1971.4\tDiscours du Forum, 3 novembre 1971, \"Québec-Presse\", 7 novembre 1971.5\t\"Définir le syndicalisme\", congrès d\u2019orientation de l'Alliance des professeurs de Montréal, 26-28 novembre 1971.6\t\"Premier Plan\" livre blanc sur l\u2019action politique, Corporation des enseignants du Québec, 1971.7\t\"Ne comptons que sur nos propres moyens\", document présenté aux membres du Conseil confédéral de la CSN le 6 octobre 1971 pour discussions dans le mouvement en vue du prochain congrès général, en juin prochain.144 et les produits de l\u2019économie aux mains de l\u2019ensemble des citoyens\u201d.8 Fédération des travailleurs du Québec En un mot, de tous les coins du monde syndical, tant chez les professeurs qu\u2019à la CSN ou à la FTQ, on parle de la nécessité de changer le système par un certain type de \u2019\u2019pouvoir populaire\u201d, baptisé par certains de \u201cplanification socialiste\u201d.Comment en est-on arrivé là?Un même jugement global sur la société actuelle Il est évident que les trois centrales ont dû d\u2019abord convaincre leurs membres que le système actuel est pourri, à l\u2019exemple de faits qui sautent aux yeux.Comme l\u2019explique clairement la FTQ9, le premier problème dont il faut prendre conscience, le premier problème à analyser, le premier problème à résoudre, c\u2019est celui du chômage.Le phénomène du chômage étant partout apparent, il n\u2019en faut pas plus pour susciter une vive dénonciation du système.\u201cLe chômage d\u2019un individu ou les statistiques du chômage au Québec sont plus qu\u2019une absence de travail.Ce sont aussi l\u2019insécurité et l\u2019inquiétude qui risquent de miner toute action collective, sociale ou syndicale.Ce sont aussi l\u2019avortement des autres politiques sociales: éducation, santé, sécurité sociale, environnement, main-d\u2019œuvre.Pour un individu ou pour le Québec tout entier, le chômage transforme ces autres politiques sociales en courroies de transmission d\u2019une infériorité cumulative.\u201cLe chômage révèle et mesure la faillite, pour le Québec, d\u2019un parti-pris farouchement et aveuglément idéologique: celui de nous abandonner exclusivement à l\u2019entreprise privée.Le profit comme exclusif de l\u2019action économique, et comme seul moteur du 8\t\"L'Etat, rouage de notre exploitation\", document de travail préparé par le Service de recherche de la FTQ, novembre 1971.9\t\"L'Etat, rouage de notre exploitation\", op.cit.145 développement économique, nous laisse évidemment et inévitablement le chômage.Le chômage est le premier problème à résoudre, car le chômage rend 1 Etat et l\u2019individu impuissants à résoudre les autres problèmes économiques et sociaux.La démission de l\u2019Etat envers l\u2019action économique et les privilèges du profit entraîne son inefficacité dans ses autres politiques\u201d.10 Le même document affirme que l\u2019Etat n'a pas de politique pour endiguer les licenciements, ni finalement de politique de main-d\u2019œuvre.L'Etat ne joue ni sur la demande, ni sur l\u2019offre, ni sur le marché du travail.C\u2019est un marché privé et, de tous les marchés privés, le plus désorganisé et le plus inefficace.\u201cPour la seule offre de travail, la première étape serait une syndicalisation massive des travailleurs, interdite en pratique par les lois actuelles.Sans une telle syndicalisation à la fois libre et massive, toute politique de main-d\u2019œuvre en sera une d\u2019inefficacité économique et d\u2019embrigadement individuel.\u201cPar exemple, l\u2019absence d\u2019une syndicalisation massive empêche même le relèvement du salaire minimum à un niveau qui soit cohérent avec une politique déjà faible de sécurité sociale.La faiblesse des salaires dans plusieurs secteurs et plusieurs régions est un frein à tout dynamisme économique de ces mêmes secteurs et de ces mêmes régions\u201d.Après avoir posé ces prémisses, on a tôt fait de démontrer que la cause la plus profonde du chômage au Québec est la double démission de nos gouvernants: démission face à l\u2019entreprise privée et démission face à Ottawa.\u201cL\u2019Etat affiche qu'il s\u2019abandonne exclusivement à l'entreprise privée, qu\u2019il se refuse à toute action économique, et donc il est responsable du chômage où la libre entreprise laisse les plus faibles.Les quelques initiatives de l\u2019Etat dans l\u2019action économique sont stérilisées à volonté: Soquem, Sidbec, Caisse des Dépôts et Placements, par l\u2019absence d\u2019une politique d\u2019achats du gouvernement, la non-utilisation de notre épargne collective dans l\u2019action i» \"L\u2019Etat, rouage de notre exploitation\u201d, op.cit.146 économique, le non-encouragement du secteur coopératif, l\u2019absence de frein à la spéculation immobilière, l\u2019absence d\u2019une politique de développement que révèlent les subventions et la quête des investissements.\"Le meilleur et le premier indice de démission de l\u2019Etat est sa démission dans l\u2019usage de notre épargne collective (fonds de pension, assurance-vie).En réalité, nous finançons nous-mêmes l\u2019achat de nos industries par des intérêts privés.Et nous y ajoutons des subventions.Ces intérêts privés perpétuent l\u2019inégalité économique qui sous-développe le Québec.Nous produisons notre propre chômage.\u201d Et enfin, on affirme que ni Ottawa ni Québec ne possèdent aujourd\u2019hui les pouvoirs suffisants pour adopter une politique économique collective, s\u2019ils en avaient l\u2019envie.Cette division des pouvoirs invite à la démission des pouvoirs face à l\u2019entreprise privée, domestique ou étrangère.\"Sur le plan strictement économique, le peuple du Québec ne peut tolérer cette équivoque sans se suicider.La conséquence de l\u2019ambiguïté fédérale actuelle sera un chômage et une désorganisation croissants au Québec\u2019\u2019.11 Si les propos de persuasion cités plus haut sont empruntés à la FTQ, ils sont les mêmes, à quelques nuances près, dans chacune des centrales.C\u2019est lorsque l\u2019on arrive aux solutions proposées, que des différences notables se discernent.Infiltrer les institutions existantes ou tout refaire à neuf?Chez les enseignants, on se contente pour le moment de dégager les fondements économiques \"qui obligent le syndicalisme enseignant à joindre les autres travailleurs et à s\u2019engager aux plans social et politique\u201d.Il s\u2019agit d\u2019une œuvre de longue haleine et les enseignants, quoiqu\u2019on en dise, sont encore loin d\u2019être tous convaincus de la nécessité d\u2019une telle lutte commune.11 \"L\u2019Etat, rouage de notre exploitation\", op.cit.147 Quoiqu il en soit, affirme la CEQ,12 \u201cen regardant le syndicalisme actuel en action, ce qui surprend le plus, c\u2019est de constater la réduction de son projet global à la dimension d\u2019une convention collective.Aussi utile soit-elle, cette convention ne peut absolument pas aborder toutes les facettes de la réalité qui déterminent, quotidiennement, notre situation économique, sociale et politique.Si les travailleurs salariés, dont nous sommes, endossaient une telle réduction de toutes les aspirations contenues dans les nombreuses luttes menées par le mouvement ouvrier en général et par le mouvement syndical en particulier, cela voudrait dire que nous en sommes venus à accepter la société actuelle, dans son état actuel, en acceptant de ce fait la condition de salarié et la situation de dépendance que cela entraîne nécessairement.C\u2019est-à-dire, accepter que la liberté de l\u2019ensemble des travailleurs soit égale à ce que lui permet le chiffre inscrit sur le chèque de paye.Ce qui revient à dire que l\u2019ensemble du peuple admet que sa liberté peut être restreinte par la volonté des patrons, car la condition de salarié lie le travailleur à son emploi et à son patron, par la paye, comme le fœtus est lié à la mère par le cordon ombilical.Séparer l\u2019un de l\u2019autre signifie la mort pour celui qui est dépendant dans la situation actuelle.\u201cCe n\u2019est pas, nous semble-t-il, une situation facilement acceptable par des hommes qui se disent libres\".Et de conclure que \"dans les sociétés capitalistes, où le seul point d\u2019accès aux richesses collectives est le salariat, il est impensable que l'ensemble de la population atteigne une liberté réelle et des rapports sociaux harmonieux.Car les instruments qui créent les richesses collectives sont entre les mains d\u2019une petite minorité qui concentre tous les pouvoirs et décide de l'utilisation qui en sera faite\u201d.De là à suggérer un autre type de société il n'y a qu\u2019un pas.La CEQ, cependant, n\u2019emploie pas le mot socialisme.Pour elle, il faut \"bâtir une société démocratique, c\u2019est-à-dire une société qui permet à tous les individus d\u2019avoir accès à la richesse collective, selon leurs besoins.Cela veut dire aussi qu\u2019un petit groupe d\u2019individus ne doit pas 12 \"Premier plan\", op.cit.148 s\u2019approprier les moyens de production et en disposer selon ses caprices\u201d.13 A la FTQ, le président Louis Laberge n\u2019a pas hésité à employer le mot socialisme: \u2018Les travailleurs québécois ne peuvent plus s\u2019en remettre à des élites faussement représentatives.Il faut qu'ils se battent partout où l\u2019on décide de leur sort et ils doivent s\u2019approprier ces centres de décision.Ils doivent exiger une organisation sociale à leur mesure, dont les mécanismes, les lois et les structures seraient utilisées à la satisfaction de leurs besoins plutôt qu\u2019à leur intégration dans un régime qui les utilise au profit de quelques-uns.Cette société québécoise sera, bien sûr, socialiste et elle exercera tous les pouvoirs qu\u2019elle jugera nécessaires à la réalisation de sa mission\u201d.14 La FTQ s\u2019engage donc dans un programme à court et à long terme.\u201cA long terme, nous accorderons donc notre priorité à l\u2019organisation de notre force politique en multipliant les intrusions dans les mécanismes décisionnels régionaux, où l\u2019entrée des travailleurs est moins systématiquement filtrée.Nous tenterons aussi de nous donner des instruments de représentation et de lutte politique capables de mobiliser toutes les victimes de l\u2019exploitation.Une telle institution peut être bâtie à partir de structures existantes que nous tenterions d\u2019influencer de façon à les subordonner aux aspirations des travailleurs.Elle peut aussi être bâtie de toute pièce, si aucun parti ou organisation politique québécoise n\u2019est en mesure de satisfaire notre objectif de libération économique.\"A court terme, pour ne pas enregistrer de recul irréversible, nous devons tendre à minimiser les dégâts humains occasionnés par l\u2019économie libérale\u201d.15 C\u2019est pourquoi la FTQ envisage donc des solutions à court terme.\"En matière de chômage et d\u2019économique, la solution gouvernementale miracle actuelle est le recours exclusif à l\u2019entreprise 13\t\"Premier plan\", op.cit.14\t\"Un seul Iront\", op.cit.16 \"L'Etat, rouage de notre exploitation\" op.cit.149 privée, et pourtant il existe des outils collectifs et une volonté collective québécoise.Notre premier outil collectif, c\u2019est le poids économique de 1 Etat au Québec.L\u2019Etat devrait être le seul maître-d\u2019ceuvre qui puisse harnacher l\u2019épargne, la compétence et l\u2019initiative de chacun pour en forger un outil collectif de libération économique.\u201d La FTQ propose donc le renforcement des institutions économiques publiques, SOQUEM (Société québécoise d\u2019exploration minière), SOQUIP (Société québécoise d\u2019initiatives pétrolières), REXFOR (Société de récupération et d'exploitation forestières du Québec), SGF (Société générale de financement) et SHQ (Société d\u2019habitation du Québec) de façon, dans le cas des trois premières à ce que leur vocation fondamentale de défrichage d\u2019opportunités de profit pour l\u2019entreprise privée soit changée et qu\u2019elles interviennent directement en \u201cbalayant\u201d l\u2019entreprise privée dans l\u2019exploitation de nos ressources naturelles et, dans le cas de la dernière, accélère la construction d'habitations à loyers modiques et la rénovation urbaine au Québec.La FTQ envisage également la nationalisation de l\u2019épargne et sa canalisation vers la Caisse de dépôt.A la CSN, on parle un tout autre langage.\u201cLe capitalisme impérialisme américain a une influence directe sur la vie de tous les Québécois.Pour en sortir, il faut d\u2019abord comprendre comment fonctionne le système capitaliste qui conduit à l\u2019impérialisme.L'ayant compris, il ne s\u2019agit pas ensuite de remplacer le capitalisme américain par un capitalisme québécois, mais de chercher autre chose qui pourra répondre aux vrais besoins de la population\u201d16.Pour les auteurs du document de travail économique de la CSN, la solution à court terme de la FTQ, les \"grandes entreprises gouvernementales\u201d (SGF, Sidbec, SOQUEM, SOQUIP, REXFOR), font partie des \"voies erronnées de l\u2019indépendance économique\u201d et des \u201cerreurs de la révolution tranquille\u201d.Il s'agit tout au plus de rêves.\u201cBien sûr, la bourgeoisie canadienne-française craint l\u2019intervention de l\u2019Etat; n'ayant aucun autre choix, les capitalistes qué- 16 \"Aie comptons que suc nos propres moyens\", op.cit.150 bécois \"éclairés\u201d acceptent cette intervention d\u2019autant plus qu\u2019ils estiment posséder un contrôle suffisant sur les politiciens de l\u2019Etat.L\u2019alliance se fait donc entre les capitalistes, les technocrates et les nationalistes; à partir d'intérêts et d\u2019idéologies souvent divergentes, on s\u2019entend pour que l\u2019Etat devienne le moteur principal du développement, le \"protecteur des Québécois\u201d.Pour les économistes de la CSN, tout ceci n\u2019est que \"mirage\u201d, \"illusion\u201d, \"flop\u201d.La solution?Ne compter que sur ses propres moyens.\"Les travailleurs québécois savent désormais qu'ils ne peuvent compter ni sur les capitalistes nationaux ni sur un gouvernement au service des capitalistes ou des impérialistes.\u201d Or, ajoute-t-on plus loin, \u201cpar la planification socialiste (et ici le mot prend un sens beaucoup plus radical qu\u2019à la FTQ), les travailleurs deviendront propriétaires de leur propre travail et seront à même d'en retirer le plein profit eux-mêmes.\u201d Il ne fait aucun doute, en effet, dans l\u2019esprit des autres, qu\u2019une économie dominée par les travailleurs ne peut être que socialiste.Par \u201csocialisme\u201d la CSN veut dire: 1\t\u2014 que la société (par l'Etat) possède les moyens de pro- duction (usines, terres, matières premières); 2\t\u2014 que les travailleurs participent directement et collective- ment à la gestion et aux choix économiques; 3\t\u2014 que l\u2019activité économique vise la satisfaction la plus com- plète possible des besoins de la population; 4\t\u2014 que l\u2019activité économique est planifiée directement par l\u2019Etat.Convaincre la base Quelle que soit la thèse qui sera finalement adoptée, celle plus modérée de la FTQ, ou celle plus radicale de la CSN, il faudra bien en convaincre les travailleurs.151 Et le seul moyen d\u2019y parvenir vraiment, c\u2019est la persuasion.Ce qui a fait dire à Jean Gérin-Lajoie, vice-président de la FTQ et directeur québécois des Métallos: \u201cLa persuasion est la seule voie qui convienne à la nature démocratique du mouvement syndical, et la seule voie qui ouvre un avenir plutôt qu'un cul-de-sac au Québec.\u201cJ\u2019entends parfois la remarque qu\u2019une certaine violence, un peu de violencette, serait utile pour sensibiliser nos dirigeants à l\u2019existence de nos problèmes.Ma réponse à cette remarque est que la lutte sociale ne se fera pas à coups de naïveté en dentelle.Notre lutte sociale attaque des intérêts et des privilèges.Notre première tâche n\u2019est pas de sensibiliser les détenteurs de ces privilèges à notre sort, comme un enfant qui voudrait attirer l'attention de ses parents: notre première tâche est de persuader le peuple à l\u2019action\u201d.17 Apparemment, que cela plaise ou non, c\u2019est déjà commencé! 17 \"Les exigences d'une lutte sociale\", rapport de Jean Gérin-Lajoie, directeur, congrès québécois des Métallos, 29 et 30 novembre 1971.152 Un socialisme démocratique à inventer Jean-Paul Hétu \"Pour préparer un socialisme d\u2019ici\u201d, tel est le thème du 6e Congrès des Affaires québécoises.Notre socialisme est à inventer.Jean-Paul Hétu, du service d\u2018éducation de la C.S.N.s'exprime sur le rôle du syndicalisme dans cette recherche.N.d.l.r.Il est exact de dire que le mouvement syndical québécois proclame d\u2019un même souffle une volonté unanime de changer la société.Il veut en effet remplacer la société capitaliste par la société socialiste.Par cette position globale, le mouvement syndical québécois a rompu une tradition quarantenaire (syndicalisme d\u2019affaires) sur le continent nord-américain et il est revenu à une source historique de l\u2019action syndicale (syndicalisme idéologique) qui est pratiquée notamment par les européens et les latino-américains.Ce faisant, il a franchi une étape de plus vers la libération totale des travailleurs, car il écarte l\u2019idéologie libérale qui prône que lorsque le standard de vie est croissant (pour une fraction de la population) il ne faut pas remettre en cause le système parce qu\u2019il entraînera de graves inconvénients économiques et politiques.153 Une conscience aiguë Cette proclamation du mouvement syndical n\u2019a pas été improvisée; elle repose sur une conscience aigüe des réalités et l'inefficacité relative de son action traditionnelle.Réalités qui dévoilent les contradictions de la société industrielle: les faits contredisent les valeurs proclamées.Les inégalités sociales, économiques, culturelles sont créées par la société qui fonctionne au nom de principe tels que: la justice, la démocratie, l\u2019ordre, la paix, l\u2019entreprise privée, l\u2019égalité.Quelque chose ne tourne pas rond dans cette société où les progrès scientifiques, technologiques, économiques s\u2019accélèrent, et où, simultanément, le rythme et le volume des disparités et des inégalités de tout ordre s'accroissent.Les théories de progrès, l\u2019évolution, ne sont-elles pas un opium: une visière aliénante obstruant nos capacités créatrices devant une société qui reste sans solution devant ces problèmes?Problèmes multiples et douloureux qui proviennent du régime capitaliste: ce sont en effet les mécanismes de la société actuelle qui créent et accroissent les inégalités.L\u2019exploitation ouvrière résulte de la structure de production aménagée par la propriété privée des moyens de production; \u2014\tles propriétaires ou leurs représentants ne visent que le profit maximum au détriment du besoin des hommes; -\u2014- le fonctionnement anarchique du marché est voulu et contrôlé par les firmes multinationales; \u2014\tla publicité bourre les crânes au lieu d\u2019informer; \u2014\tle sort des milliers de travailleurs dépend du bon vouloir d\u2019une poignée d\u2019individus; \u2014\tl\u2019écart entre les nantis et les démunis s\u2019élargit constamment; \u2014\tl\u2019impérialisme américain exploite nos ressources; \u2014\tle pouvoir est intimement lié à la production, i.e.aux détenteurs de la propriété privée de production, de même qu\u2019à la liaison entre la production, la consommation et la vie démocratique.La pratique syndicale a démontré que la négociation collective ne s'attaque pas aux causes profondes des malaises ouvriers, mêmes si 154 elle diminue les injustices dans les lieux du travail.La convention collective ne conduit qu\u2019à des solutions thérapeutiques, parce qu\u2019elle réduit les problèmes des travailleurs à une situation concrète isolée des conditions qui modèlent sa réalité.Le mouvement syndical a élargi son diagnostic, sa vision sur les mécanismes et les règles de fonctionnement de la société, et affirme qu\u2019ils sont à l\u2019origine des problèmes de la classe ouvrière.Il pointe maintenant du doigt les structures de la société qui produisent par elles-mêmes ces situations.Bref, il s\u2019est départi de cette visière contraignante que la législation lui a imposée depuis la deuxième guerre mondiale, pour revenir à une de ses traditions fondamentales: saisir les processus et les conditions qui sont à la base de la société, qui la font et qui l\u2019aident à se maintenir, pour en créer de nouveaux et lutter pour les établir.Car cette créativité et ces responsabilités sont les points d'appui nécessaires pour assurer la libération des travailleurs.Un objectif commun Le capitalisme sous toutes ses formes est condamné parce qu\u2019il n\u2019est pas pour les travailleurs.Mais par quoi le remplacer?On s'entend sur l\u2019appellation de la nouvelle société à instaurer: le socialisme démocratique1.Cette nouvelle société doit être une économie démocratique organisée pour répondre aux besoins des travailleurs; c\u2019est le sens qu'on donne au concept de justice distributive; cette économie de besoins est opposée à l'économie de profit.On est aussi d'accord pour réduire le pouvoir des capitalistes et accroître le pouvoir des travailleurs et pour introduire un autre modèle de développement économique, dont l\u2019outil principal serait l\u2019Etat qui remplacerait l'entreprise privée.Voilà l'objectif général.Mais alors, par quels moyens?1 Si on voulait faire un travail complet, il faudrait examiner d\u2019autres documents (que ceux dont il est fait mention dans ce dossier) de la CSN et du CTC (déclarations de principes, rapports soumis dans les congrès depuis 1966) et on serait plus en mesure de présenter des analyses globales sur la société à construire où les aspects culturels et éthiques sont abordés au même titre que les éléments économiques.155 Mais des moyens différents Entre le CSN et la FTQ, il existe une différence idéologique importante quant au type particulier de société à instaurer, mais cette différence n existe pas quant aux conditions d'actions à mettre en œuvre pour y parvenir.La théorie marxiste distingue deux éléments dans la société: des éléments essentiels qui sont la base économique (mode d\u2019appropriation des moyens de production: l\u2019entreprise privée ou collective), et des éléments dérivés qui sont les superstructures (les institutions politiques, par exemple).C\u2019est la base économique qui détermine l\u2019évolution de la société.Les deux documents dénoncent vertement l\u2019exploitation économique dont sont victimes les travailleurs, qui résulte de la structure de production organisée par la propriété privée et qui est la source de toutes les autres oppressions et inégalités.Quant à la solution, les deux documents cependant s\u2019engagent dans des voies différentes: la CSN propose un nouveau modèle économique global tandis que la FTQ revendique un seul et premier outil économique collectif.La CSN propose \u2014\tque l\u2019Etat possède tous les moyens de production et nationalise rapidement les secteurs appartenant aux impérialistes américains, aux anglo-canadiens, de même que le secteur de la finance; \u2014\tque les travailleurs participent à la gestion et aux choix économiques par le moyen de l\u2019autogestion, par exemple; \u2014\tque l\u2019activité économique soit planifiée directement par l\u2019Etat.L\u2019Etat doit déterminer l\u2019utilisation des ressources allouées à l\u2019investissement, etc.La planification peut assurer le plein emploi en tout temps: la production est prévue pour utiliser tout le travail disponible.156 La FTQ revendique \u2014\tque les institutions économiques publiques actuelles (Soquem, Rexfor, Soquip) remplacent l\u2019entreprise privée dans l\u2019exploitation de nos ressources naturelles, sur tout le territoire québécois; \u2014\tque la SGF définisse une politique précise d\u2019intervention économique, de développement du secteur coopératif et non uniquement de soutien au secteur privé; \u2014\tque SHQ devienne une société publique de construction pour appuyer les municipalités dans la réalisation des programmes d\u2019habitation; \u2014\tque l\u2019épargne collective soit nationalisée et canalisée vers la Caisse de Dépôt au lieu d\u2019être sous le contrôle des institutions financières privées.(N.B.Sur les deux derniers points, la CSN a pris une position similaire lors de son Congrès de 1970).Comme on le voit, les moyens préconisés par les deux centrales sont différents.La CSN estime que les entreprises d\u2019Etat (Soquem, Sequip, Rexfor, SGF) créées à compter de 1960, sont irrécupérables parce que les \u201ctravailleurs ne contrôlent pas leurs moyens de production\u201d et qu\u2019ainsi elles servent l\u2019intérêt des monopoles étrangers, Elle ne mise donc pas sur la réforme de ces institutions mais sur une transformation radicale du système tandis que la FTQ, qui reconnait que l\u2019Etat a été un instrument de domination ou d\u2019exploitation ouvrière, croit qu'il est possible moyennant certaines réformes à apporter aux dites institutions économiques, de voir l\u2019Etat comme moyen de construire le socialisme ou comme outil de libération de l\u2019homme.Le socialisme mondial est fractionné en différents courants.Les conceptions syndicales sont déjà marquées par ces courants.Le socialisme marxisme croit qu'aucune liberté n\u2019est concevable tant que subsiste la propriété privée de production et l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme qui en résulte.Les marxistes maintiennent que la socialisation des moyens de production est nécessaire à la libération de l'homme.Les 157 socialistes libéraux ont tendance à penser qu\u2019il faut conserver au moins provisoirement un important secteur privé, en attendant que (.).Ce raisonnement est surtout répandu dans les partis socialistes des pays libéraux d\u2019occident2.On ne s'est pas concerté U ne chose est certaine, c est qu il n\u2019y a pas eu de concertation entre les centrales syndicales pour dénoncer le régime capitaliste et pour se prononcer en faveur du socialisme démocratique.Cela expliquerait aussi les différences qui existent quant à la définition du type de société socialiste à instaurer au Québec.De plus, chaque organisation syndicale a défini ses positions, compte tenu du contexte social mais aussi de l\u2019état de conscientisation de ses membres.Ainsi, la FTQ affirme que \"la définition des particularités de la société que nous voulons instaurer est moins urgente que le développement d\u2019une stratégie pour \"casser\u201d le système actuel.L\u2019important est de savoir pourquoi on se bat.Dans notre cas, c\u2019est parce que nous aimons la liberté.\" Quant à la CSN, elle dit que \"il y faudrait une somme considérable de réflexions, de tentatives pratiques, d\u2019essais sur la réalité concrète, avant d\u2019en arriver à un programme d\u2019action.Une telle pensée, un tel programme, ne peuvent du reste s\u2019élaborer autrement que d\u2019une manière collective, avec le temps et avec tous les correctifs imaginables que peut suggérer l\u2019expérience.\u201d L\u2019écart qui existe entre les moyens à prendre pour instaurer le socialisme démocratique n\u2019est pas irréductible puisqu\u2019à la CSN le document intitulé \"Ne comptons que sur nos propres moyens\" est à l'étude parmi les membres.Une décision sera prise à son prochain congrès de juin 1972.En outre mentionnons que la conception socialiste de la FTQ rejoint la position de la fédération des pâtes et papiers (affiliée à la CSN) qu\u2019elle a adoptée récemment (cf.Mémoire intitulé: La forêt, nerf de l'économie québécoise), pour relancer l\u2019économie dans le secteur de l'exploitation forestière.2 Duverger, Maurice, Les institutions politiques PUF, p.359.158 La stratégie d'action Les centrales syndicales sont d\u2019accord pour estimer que le socialisme démocratique ne se construira pas du jour au lendemain.Lors de son dernier congrès, la FTQ a emboîté le pas dans le sillon de la CSN (voté en 1968, avec le 2e Front) en accordant la priorité à l\u2019organisation d\u2019une force politique, c\u2019est-à-dire d\u2019une volonté de se donner des instruments de représentation et de lutte politique capables de mobiliser toutes les victimes de l\u2019exploitation.Fidèle à sa tradition, et contrairement à la CSN, la FTQ a décidé de s\u2019engager dans la formation d\u2019un parti politique, si aucun parti actuel n\u2019est en mesure de satisfaire l\u2019objectif de libération économique.Le débat à la CSN Le débat sur le socialisme est lancé à la CSN.La question est controversée.Déjà, une tendance se dégage, qui rejette le socialisme marxiste.Elle affirme que les modèles soviétique, chinois, vietnamien, cubain, égyptien, ont été appliqués à des sociétés différentes de celle du Québec et qu'ils comportent deux défauts essentiels.D\u2019abord, ils ne tiennent pas compte de la liberté politique et culturelle qui existe dans les sociétés occidentales, (cf.déclaration de P.E.Dalpé), en particulier au Canada, non d\u2019une façon parfaite, mais substantielle.Ensuite, l\u2019économie est devenue si complexe dans notre société industrielle que la planification centralisée ne peut pas résoudre tous les problèmes actuels dans une société de consommation.Il faut donc des mécanismes plus souples.Le problème d\u2019un modèle socialiste libéral et techniquement efficace est posé.Il ne s\u2019agit pas d\u2019un débat entre la droite et la gauche, comme le disent les journaux, mais plutôt de la gauche marxisante et de la gauche non marxisante.Une philosophie de l'homme Ce débat est extrêmement important, puisqu'il met en cause toute la philosophie de l'homme qui a caractérisé le CSN depuis son existence.Il y a trois idées-clés qui définissent sa philosophie: ce sont les idées de liberté, de responsabilité et de solidarité.C\u2019est à partir de ces 159 trois points que la CSN a constamment fait ses batailles sociales.Comment peut-elle concilier aujourd\u2019hui ces trois pôles dans un socialisme démocratique qui reste à inventer dans les sociétés industrielles avancées?Un syndicalisme de masse Cette question pose aussi le défi d\u2019un syndicalisme d\u2019élite et de masse.Actuellement, les militants syndicalistes qui œuvrent pour transformer la société sont peu nombreux: on affirme qu\u2019à la CSN un minimum de 10% sur 250,000 seulement agissent dans cette voie.Le reste, les 90% sont des cotisants, des membres qui veulent améliorer leur sort individuel dans l\u2019entreprise.Ce phénomène est le propre de tout le mouvement syndical québécois.On veut mobiliser les travailleurs à agir massivement hors de la convention collective.Un des outils, c\u2019est la manifestation.Un autre, c\u2019est la grève générale.Les moyens invitent les travailleurs à participer massivement à une action collective et l\u2019on croit que la participation à ladite action éveillera la conscience ouvrière à assumer la place qui lui est due dans la société.C\u2019est un défi de taille.Il reste à inventer des modes nouveaux d'engagement.Le rôle des syndicats et des formations politiques L'action politique des syndicats se précise au gré des ans et des luttes.Il y a actuellement deux tendances: celle de vouloir créer ou maintenir l\u2019action politique non partisane, et celle d\u2019établir des liens continus avec une formation politique.Parfois, on mêle les deux tendances, en affirmant que le mouvement syndical est une force politique.Il n\u2019est pas facile d\u2019établir une séparation tranchée mais il importe de bien distinguer les rôles de chacun.La fonction du mouvement syndical, c\u2019est d\u2019être un instrument pour faire progresser les revendications des travailleurs, bref c\u2019est le moyen de leur libération, un moyen non exclusif cependant.Le rôle des partis politiques, c\u2019est d\u2019essayer de conquérir le pouvoir et ensuite de gouverner.Le mouvement syndical défend en permanence l\u2019intérêt de la classe ouvrière, quelque soit le régime politique au pouvoir.C\u2019est pourquoi il doit maintenir ses distances.160 ou revendiquer franchement son autonomie syndicale à l\u2019égard des partis politiques.Accroître l'efficacité syndicale L'action à mener pour transformer globalement la société ne doit pas prendre toutes les énergies du mouvement syndical.Malgré l\u2019inefficacité relative du syndicalisme dans l\u2019entreprise, l\u2019action syndicale traditionnelle aboutit à des résultats, même si ses succès portent davantage sur les effets que sur les causes.Les revendications sociales gagnent du terrain: indemnités de licenciements, protection contre l\u2019arbitraire patronal en matière de discipline, etc.Par contre, le syndicat reste impuissant à modifier radicalement le pouvoir patronal.Il est un point où la lutte syndicale peut s\u2019accroître, c\u2019est dans le domaine technique: lorsque les postes de travail conçus par les ingénieurs et les cadences prévues, sont en application.C\u2019est un aspect très important, car les revendications remettent fondamentalement en cause des études et des investissements coûteux.La CSN a depuis longtemps formé des techniciens pour contrôler les décisions patronales.Mais c\u2019est insuffisant.Il faudrait constituer des bureaux d\u2019étude syndicaux pour effectuer des études concernant les répercussions sur l\u2019homme au travail qui subit des changements dans sa méthode de production.L\u2019autre tâche importante, c\u2019est la syndicalisation massive des travailleurs.Il y a à peine 35% des travailleurs qui sont syndiqués.Les lois sont un gros handicap.La lutte doit aussi être portée vigoureusement sur ce plan.Conclusion Comme on le voit, le mouvement syndical québécois n\u2019a pas résolu tous les problèmes en proclamant sa volonté d\u2019instaurer au Québec un socialisme démocratique.Au contraire, il a soulevé plus de problèmes en prenant cette position.Il aura à prendre position par exemple, sur le fédéralisme ou le séparatisme, et à créer un vaste chantier d\u2019étude et d\u2019action.La partie ne fait que commencer.En somme il lui reste à inventer un socialisme démocratique adapté à notre société particulière.161 L'offensive est en marche Jean-Marc Carle Syndicat des Métallos, F.T.Q.Lorsque des délégués à un congrès syndical adoptent des résolutions, formulent des politiques ou préconisent des moyens d\u2019action, y a-t-il des courroies de transmission pour que ces résolutions, ces politiques, ces moyens d\u2019action rejoignent \u201cla base\u2019\u2019, c\u2019est-à-dire les membres, les syndiqués des mines ou des usines?La question peut être posée différemment.Les syndiqués participent-ils à l\u2019élaboration des politiques d\u2019un syndicat?Un exemple Je vous cite un exemple.Dès 1965, le Syndicat des Métallos avait prévu que plusieurs mines du nord-ouest québécois fermeraient leurs portes.Un cri d\u2019alarme a été lancé au gouvernement.\u201cD\u2019ici 1975, une douzaine de mines auront fermé leurs portes.Des centaines et des centaines d\u2019emplois sont en jeu.Les conséquences sociales seront désastreuses\u201d.Ce cri d\u2019alarme n\u2019a pas encore véritablement touché le gouvernement.Pourtant, dès 1965, les métallos du nord-ouest québécois lançaient une vaste recherche collective pour trouver des solutions aux sérieuses conséquences familiales, sociales et économiques provoquées par les multiples licenciements.Il en aura fallu des rencontres, des colloques, des conférences, des échanges d\u2019idées à tous les niveaux pour aboutir à un projet qui a été soumis au gouvernement.Un projet pour les mineurs, un projet pensé par les mineurs: c\u2019est le projet d\u2019un \u201cfonds minier\".Le \"fonds minier\u201d, 162 c\u2019est une caisse financière qui serait alimentée par les sociétés minières pour éviter aux travailleurs des pertes trop lourdes lorsque les mines ferment leurs portes.Ce sont les mineurs eux-mêmes \u2014 on doit le répéter \u2014 qui ont pensé au \u201cfonds minier\u201d, qui en ont formulé les principaux éléments, qui ont confié leur projet à un économiste du syndicat, qui ont revu et corrigé les premiers textes de l\u2019économiste, qui ont élaboré la philosophie du projet.Depuis 1965, les mines Cadillac-Moly, Bevcon, Preissac Molybdenite, Quebec Lithium, Quemont, Wasamac, Marban, Malartic Goldfields et quelques autres ont fermé leurs portes.D\u2019autres subiront le même sort bientôt.Des emplois ont été perdus, des familles ont été déchirées et dispersées, des communautés disparaîtront.Le dynamisme a souventes fois cédé sa place à l\u2019insécurité et à des drames humains que l\u2019on peut difficilement mesurer.Pourtant, les travailleurs miniers avaient eux-mêmes fabriqué avec acharnement et espérance un projet qui n\u2019a pas encore frappé une oreille gouvernementale attentive.Mais le projet n\u2019est pas mort.Voilà un effort collectif engendré par \"la base\u201d.Tout chemine vers la participation Je suis bien conscient que l\u2019exemple que je viens de citer ne peut être multiplié par mille.Lorsqu\u2019on parle de participation chez les syndicats, on a tendance à toujours se plaindre.Avec raison.Les moyens traditionnels n\u2019attirent presque plus les syndiqués à leurs assemblées mensuelles.A 1ère de la télévision-couleur, une réunion syndicale traditionnelle \"c\u2019est pas mal platte\u201d! Il faut bien dire cependant que le phénomène de la non-participation préoccupe grandement plusieurs syndicalistes.Chez les Métallos, la communication est un grand sujet de conversation, surtout depuis un an.163 Au cours de la dernière année, une vaste consultation a été entreprise auprès des dirigeants des syndicats locaux pour savoir exactement ce qu\u2019ils désiraient comme éducation syndicale.Comment rejoindre les membres, comment informer les membres, comment communiquer avec les membres, comment motiver les membres?Voilà autant de questions qui ont été discutées par des dizaines de dirigeants de syndicats locaux au cours de vingt-cinq rencontres qui ont eu lieu dans plusieurs régions de la province en un an.Ce qui ressort de cette consultation, c\u2019est qu\u2019il est pratiquement impossible de faire de l\u2019éducation syndicale sans passer par l\u2019action syndicale et sans mettre l\u2019accent sur l\u2019enrichissement personnel des citoyens qui veulent participer à une vie syndicale militante dans leur milieu.Les métallos n\u2019ont pas l\u2019intention \u2014 au contraire \u2014 de jeter pardessus bord les courroies de transmission qui sont déjà à leur disposition.Il y a les réunions mensuelles, les colloques régionaux, les congrès, le journal, des émissions de télévision ici et là, les semaines d\u2019études, les journées d\u2019études, la participation aux nombreuses activités de la Fédération des Travailleurs du Québec, la participation aux fronts communs, et le reste.Toutes ces activités ont déjà l\u2019avantage de rassembler les forces et de créer un militantisme évident.Il s\u2019agit de former d\u2019autres militants, de donner de l\u2019intensité à l\u2019action syndicale.Dans l\u2019esprit des métallos qui ont participé à la consultation, il y a une chose certaine, c\u2019est que l\u2019éducation syndicale doit dépasser les problèmes strictement syndicaux car un syndiqué n\u2019est pas seulement un syndiqué mais il est également un citoyen qui vit dans une société remplie de problèmes et de conflits.Ainsi, le format de l\u2019éducation syndicale est modifié pour que les courroies de transmission roulent au rythme et à la mesure des syndiqués québécois.L\u2019éducation syndicale ne peut plus se confiner aux problèmes strictement syndicaux.Désormais, les syndiqués se penchent sur les problèmes de \u201cleur\u201d société.Les congrès syndicaux des dernières années rassemblent des délégués \u2014 élus dans leurs syndicats locaux respectifs \u2014 qui formulent des politiques largement plus radicales que celles d'il y a quelques 164 années.L\u2019orientation et la philosophie de l'éducation et de l'action syndicales favorisent nettement cette radicalisation.L\u2019activité strictement syndicale a sauté le tremplin.L\u2019offensive qui est en marche actuellement est une offensive des \u201csydiqués-citoyens\u201d contre un pouvoir qui ne respecte pas leurs aspirations.Dans cette optique-là, il était inévitable que les travailleurs cheminent graduellement vers une plus grande politisation.On peut facilement s'imaginer que l\u2019intensité nouvelle de l\u2019éducation.de la politisation et de l'action syndicale aura comme effet certain de huiler les courroies de transmission qui sont déjà en place.De plus en plus, les politiques syndicales partiront de \u201cla base\u2019\u2019 et retourneront à \u201cla base\".RAPPEL Dossiers encore disponibles ?\tLes nouveaux pouvoirs Q La libération Q Le chômage, un test de vérité ?\tL'action libératrice ?\tLa violence des forts et celle des faibles ?\tL' Eglise en monde ouvrier Q Animation sociale à Hull ?\t(demander la liste complète) Par la poste: $1.00 \u2014 $2.00 pour trois dossiers.165 A ÉTÉ 72 3\tJUILLET 4\tAOÛT ANNÉE 72-73 La théologie sur la place Université de Montréal \u2022\tCommunautés nouvelles: opium ou ferment?\u2022\tEglise québécoise et théologie politique \u2022\tFoi et culture dans la littérature biblique \u2022\tInitiation à la psycho-sociologie de la religion \u2022\tIdéologies et église contemporaine \u2022\tLecture pastorale des lettres aux corinthiens \u2022\tAction de l'église en milieu québécois: le rapport Dumont Année de réflexion en éfudes pastorales (AREP) \u2014\tInformation de base et à jour en sciences humaines et théologiques \u2014\tAteliers d'intégration sous direction d'un animateur spécialisé \u2014\tSupervision individuelle Année d'études bibliques (certificat) \u2014\tSaisir l'intention propre des textes par les méthodes critiques \u2014\tRemettre le texte en situation de parole adressée à l'homme actuel \u2014\tAppliquer les textes à une lecture critique du temps présent Maîtrise ès arts (théologie-études pastorales) \u2014\tElaboration critique d'une praxis pastorale \u2014\tOu bien avec mémoire de recherche \u2014\tOu bien avec dossier \"recherche-action\", supervision de groupe et supervision individuelle faculté de théologie, université de montréal, c.p.6128, montréal 101 3034, boulevard édouard-montpetit, téléphone (514) 343-7080. L'option socialiste Marcel David1 2 Professeur à la Faculté de Droit et des Sciences économiques de Paris En manifestant notre confiance dans l\u2019aptitude du mouvement ouvrier des pays capitalistes à garder son horizon de dépassement du système établi, il est encore une option qu\u2019implicitement nous avons prise.Elle concerne le socialisme.Mais si nous nous contentons d\u2019en faire nominalement état, nous n\u2019exprimerions rien que de banal et d\u2019insuffisamment signifiant: le socialisme n\u2019est-il pas de nos jours un de ces vocables sous lesquels on met les contenus les plus diversifiés et parfois les plus frelatés?Le socialisme du mouvement ouvrier Aussi nous faut-il préciser que le socialisme de notre choix est celui-là même dont le mouvement ouvrier, fidèle aux impératifs de son histoire, se réclame et dont les traits essentiels, compte tenu des conditions d\u2019instauration qui lui sont faites dans la société moderne, sont les suivantes: \u2014\tsubstitution du travail au profit comme catégorie économique et sociale dominante, afin d\u2019orienter fondamentalement l\u2019économie vers le bénéfique et non simplement l\u2019utile à l\u2019homme; \u2014\tappropriation collective des instruments de production pour empêcher les grosses puissances financières et bancaires à partir de leurs titres de propriété et de ceux d\u2019autrui d\u2019imposer leur loi à tous.1\tLes travailleurs et le sens de leur histoire.Editions Cujas, Paris 1967, panes 362-271.2\tLes sous-titres sont de la rédaction.167 y compris aux technocrates dans les moments cruciaux de la vie économique; \u2014\taccession des travailleurs à la gestion sur la base de l\u2019affectation sociale des instruments de production et selon des modalités qui en garantissent l\u2019efficacité économique tout en compensant ce que la planification comporte inéluctablement de centralisation et, à n\u2019y pas prendre garde, de bureaucratisme; \u2014\tinfluence prédominante des représentants du mouvement ouvrier, forts de la confiance des travailleurs et respectueux des impératifs démocratiques, dans les instances où se prennent les grandes décisions politiques dont dépend le devenir des collectivités nationales et de la société internationale \u2014\taptitude enfin à mettre à la portée des masses un humanisme dont les valeurs spécifiques, notamment culturelles, sont indispensables au renouvellement de la civilisation.Un humanisme renouvelé Nous venons de faire allusion à la démocratie et à l'humanisme.Notre seconde précision aura trait à leurs rapports avec le socialisme.L\u2019expérience prouve que la construction du socialisme ne s\u2019accompagne pas forcément du respect de toutes les exigences inhérentes à la démocratie.Violation de la légalité, culte de personnalité, atteintes policières aux libertés individuelles sont monnaie courante des phases de démarrage et même d\u2019enracinement des régimes qui assurent la suprématie du prolétariat.Pour sortir au plus vite de ces déformations aussi abusives que nocives et même pour les éviter dès l\u2019origine, les moyens d\u2019ordre structure] et institutionnel ne manquent pas.Mais ils risquent fort d\u2019être inefficaces s\u2019ils ne sont pas mis en œuvre par des travailleurs-citoyens puisant dans leurs aspirations humanistes de quoi respecter inconditionnellement un ensemble de principes et de valeurs, hors desquels il n\u2019y a pas plus de possibilité pour l\u2019individu de s\u2019épanouir que pour la création collective de contribuer valablement au renouveau de la civilisation.Nous entendons bien que pour beaucoup, le socialisme ayant tout ce qu\u2019il faut pour être scientifique et pour résister à l\u2019épreuve de la pratique ne saurait préconiser d\u2019autre humanisme que celui dont en tant que 168 science et en tant qu\u2019expérience vécue, il suscite l\u2019éclosion.De fait trop souvent les valeurs de l\u2019humanisme classique tournent au verbalisme, chez ceux qui ne proclament l'éminente dignité de la personne humaine que pour acquiescer aux atteintes incessantes qui lui sont portées dans la vie quotidienne.Comment s\u2019étonner que tout en demeurant attaché à ce que représente un humanisme véritable, on puisse hésiter de nos jours à l\u2019appeler par son nom, trop chargé de culpabilité aristocratique?Il n\u2019empêche qu\u2019attendre de la science seule, fût-elle confondue avec le socialisme, qu\u2019elle produise un humanisme qui réponde pleinement à sa raison d\u2019être, c'est lui demander ce qu\u2019elle est inapte à nous procurer, quand ce n\u2019est pas se leurrer soi-même sur les racines en partie non scientifiques de ses propres motivations et de celles des grands doctrinaires du socialisme.Il y a certes dans le socialisme le souci de structurer conformément aux préceptes scientifiques les rapports collectifs entre les hommes sans se laisser hypnotiser par les problèmes individuels.De plus, le socialisme au fur et à mesure de sa construction libère les éléments spécifiques d'un humanisme renouvelé.Et c\u2019est fort bien ainsi.Mais qu\u2019on ne s\u2019imagine pas que ces structures puissent harmonieusement s\u2019agencer et cette construction s\u2019opérer valablement sans que l\u2019homme leur assure l'apport complémentaire de valeurs et de principes qu'il puise, en marge de la science, au plus intime de sa conscience.Sans la soif de justice, le souci d\u2019une égalité réelle, le goût de la libre réflexion, le sens des responsabilités, la volonté de s\u2019éduquer tout en éduquant, il n\u2019est pas de système qui puisse garantir à l\u2019homme le complet développement de la démocratie.Au socialisme de faire en sorte que ces valeurs, qui ne lui sont pas étrangères, s\u2019épanouissent en lui et grâce à lui.Formation permanente nécessaire Compte tenu de la complexité croissante des processus technologiques et organisationnels, il n\u2019est pas dit en effet que tout travailleur même convenablement formé soit de taille à les dominer d\u2019assez haut pour participer lui-même en pleine connaissance de cause aux décisions de gestion qu'ils requièrent.Pourtant il ne fait pas de doute que l'absence de coupure et même positivement l\u2019instauration d\u2019une osmose entre les instances gestionnaires et l'ensemble des travailleurs répondent à une exigence essentielle de la démocratie.169 Comment donc concilier l\u2019opportunité de s'en remettre à quelques-uns du soin d\u2019assurer à la gestion toute la compétence, l\u2019autorité et la continuité nécessaires, avec la possibilité donnée concrètement à chaque travailleur de participer directement ou par ses représentants à la prise des décisions qui orientent fondamentalement aux divers niveaux la marche générale des unités économiques?On peut certes là encore avoir recours à des aménagements d\u2019ordre structurel et institutionnel.Ils risquent fort d'être inefficaces tant que les dirigeants, sans sous-estimer la technicité de leurs tâches, ne conçoivent pas pour de bon leur rôle comme étant aussi celui d\u2019éducateurs et tant que les travailleurs de base n\u2019admettent pas d\u2019avoir à se former en permanence, sans être assurés pour autant de parvenir à la pleine compréhension des problèmes les plus ardus.Où les uns et les autres puiseront-ils la force et la volonté de répondre de la sorte à ce que la démocratie attend d\u2019eux sinon dans un humanisme qui les rende aptes à se soucier autant de l'épanouissement d\u2019autrui que du leur et à assumer sans les dénaturer les rôles qui leur sont respectivement impartis?Le marxisme à la recherche d'un humanisme Dans les pays de l\u2019Est, qui en sont à s\u2019interroger sur les modalités du passage du socialisme au communisme, ce n\u2019est pas un hasard que les discussions aillent bon train sur les thèmes par lesquels l\u2019humanisme, sans toujours être nommé, est pourtant éminemment concerné.Si l\u2019on devait exorciser tout apport humaniste au marxisme théorique en fonction de l\u2019évolution de Marx lui-même, il appartiendrait de nos jours aux émules de Marx d'en réinventer un.Car les centaines de millions d\u2019individus qui vivent en régime socialiste, du fait même que plus rien ne s\u2019oppose fondamentalement au respect de leur dignité, ne peuvent pas ignorer les problèmes d\u2019ordre philosophique, moral et culturel de l\u2019homme en proie à ce que sa propre aliénation intérieure a d\u2019indéracinable.Heureusement pour le socialisme et pour la démocratie, cette dimension de l'humanisme dont les masses ont besoin n\u2019est pas à créer à partir de rien.Car s'il est historiquement une constante du mouvement ouvrier dans ses plus authentiques composantes doctrinales, c\u2019est bien de faire aller de pair le combat pour des structures satisfaisantes 170 et la lutte pour les idées qui relèvent précisément à la fois d\u2019une philosophie, d'une morale et d\u2019une culture.Le pays de l\u2019Est ont encore besoin d\u2019humanisme dans toute la mesure où ils se départissent de l\u2019ostracisme qu\u2019ils ont longtemps jeté sur certains développements des sciences sociales et sur certaines techniques économiques, pour le motif jugé péremptoire que les effluves, qui leur en parvenaient, étaient portées par un vent soufflant de l\u2019occident capitaliste.C\u2019est le cas des recherches sociologiques, à l\u2019égard desquelles les pays socialistes manifestent un engouement qui va croissant; ce l'est aussi du profit auquel on est tenté jusqu\u2019en U.R.S.S.de refaire une place comme stimulant d\u2019appoint; ce l\u2019est encore ici et là du recours aux lois du marché comme critère de rentabilité, de l\u2019intérêt témoigné pour certains procédés de gestion prévisionnelle et de planification comme régulateurs d\u2019une croissance harmonisée.Ce le fut même, en Yougoslavie par exemple, de toute une partie des techniques de relations humaines comme instrument de communications sans blocages.Au risque de détruire le mouvement ouvrier Passons sur le paradoxe qu'il y a à attendre de ces techniques en régime socialiste, une fois opérées les transpositions qui s\u2019imposent, des services non seulement économiques mais sociaux alors que dans leur système d\u2019origine on ne voit pas qu\u2019elles s'avèrent aptes à supprimer les contradictions et les affrontements.Et supposons que les masses des pays socialistes fassent fi de leurs raisons d\u2019ordre humaniste de maintenir ces emprunts étroitement subordonnés au souci d'épanouissement des personnes.Elles courraient le risque non pas d'en revenir au capitalisme mais de priver le socialisme de tout ce qui dans les visées civilisatrices du mouvement ouvrier requiert de lui qu\u2019il soit toujours en quête de mieux pour l\u2019homme et pour la civilisation.Ce n'est pas seulement par la dénonciation verbale du caractère \u201cnégatif et décadant\" des manifestations les plus typiques de Y American way of life que l'Etat socialiste prémunira efficacement travailleurs et citoyens contre la séduction avouée ou non que ce mode de vie exerce sur eux à la faveur de la standardisation des goûts et des besoins, inhérente aux sociétés industrielles.Mais c\u2019est en les aidant à retrouver en leur for intérieur des raisons positives d'user de l'image sans se 171 laisser fasciner par elle, de profiter du bien-être sans s\u2019y enliser, de cultiver en eux, par delà les versions modernisées du panem et circenses le sens des exigences de la personne sans atteinte aux droits de la collectivité.Autant d\u2019objectifs qui supposent pour être atteints que rende à plein la dimension humaniste du socialisme.Supériorité du socialisme sur le capitalisme Et nous en arrivons à l\u2019ultime précision qui, après cette mise en garde, rétablira le jugement que nous portons sur le socialisme dans sa juste perspective.Elle relève du fait que nous ne faisons pas la part égale entre le socialisme et le capitalisme.Certes, nous ne contestons pas que des améliorations soient susceptibles d\u2019être apportées en régime capitaliste à la condition des travailleurs.Et nous apprécions que les libertés individuelles de base ainsi que certaines prérogatives collectives, en dépit de trop fréquentes et flagrantes violations, puissent légalement leur être assurées.Nous constatons aussi que le capitalisme s\u2019est avéré apte à secréter des techniques de régulation qui l\u2019ont prémuni depuis la deuxième guerre mondiale contre les secousses du genre de celle de 1929-1931.Nous savons bien par ailleurs qu\u2019en régime socialiste tous les problèmes sont loin de recevoir une solution satisfaisante.Il en est même certains que le socialisme s\u2019avère allergique à aborder en toute lucidité et à ne pas simplifier à l\u2019excès: le problème religieux est de ceux-là.Il nous semble aussi qu\u2019à l\u2019Ouest, en dépit de la recrudescence du processus de concentration et de la résistance contre vents et marées des institutions d\u2019accession des travailleurs à la gestion, il ne suffira pas d\u2019une chiquenaude, le moment venu, pour opérer la substitution du socialisme à un capitalisme, dont les facultés d\u2019adaptation s\u2019avèrent plus fortes dans la réalité que dans maintes supputations doctrinales.Et cependant, il est trop facile, sous prétexte que socialisme et capitalisme présentent tous deux du positif et du négatif, de prétendre qu\u2019ils ne valent pas mieux l\u2019un que l'autre ou qu\u2019à la limite ils se rejoignent.Il est trop facile aussi d\u2019en conclure que le mieux, dans ces conditions, est pour les Occidentaux de s\u2019intégrer au système sous l'emprise duquel le hasard de la naissance ou les vicissitudes de l'existence les ont placés.172 En réalité, le capitalisme n\u2019est apte socialement qu\u2019au replâtrage et les seules réformes auxquelles il se résigne sont celles qui laissent inébranlés les piliers sur lesquels il repose.Bien sûr de telles réformes sont appréciables.Comme le capitalisme ne les accorde pas de son plein gré, on comprend que les travailleurs se battent pour les obtenir et les défendre une fois obtenues.Cela d\u2019autant plus, qu\u2019à condition de bien choisir son terrain, le mouvement ouvrier peut s'en faire une arme pour investir peu à peu les zones stratégiquement vitales du capitalisme.Il n\u2019empêche que celui-ci n\u2019est pas démuni de moyens de réagir et de colmater les brèches sur le front qu\u2019il estime devoir tenir coûte que coûte.Pour lui le social se mesure à la dose de satisfactions que dans l\u2019ordre du niveau et du mode de vie il est en mesure d\u2019accorder aux basses couches de la population, donc aux travailleurs, une fois tout le reste réglé conformément à la logique du profit.Or le social authentique à nos yeux est ce qui assure à un nombre d'hommes sans cesse croissant davantage de sécurité certes, mais aussi des responsabilités qui soient de nature à leur valoir à terme une place prépondérante, directement ou par leurs représentants, dans les instances gestionnaires de la nation, à tous les échelons où il en existe.C\u2019est ce que le capitalisme ne peut accorder.Et c\u2019est aussi la raison pour laquelle nous approuvons le mouvement ouvrier de se montrer, sur le terrain des principes et dans l\u2019action, irréductiblement contestataire.En revanche, nous trouvons normal que le mouvement ouvrier fasse preuve de compréhension à l\u2019égard du socialisme, partout où l\u2019on s\u2019emploie authentiquement à le construire.Nous comprenons notamment que les travailleurs soient prêts à consentir en un tel régime des sacrifices qu\u2019ils refusaient obstinément à faire sous le capitalisme.Et nous ne pensons pas attenter au souci d\u2019objectivité en laissant percer, au travers de nos critiques, une confiance et une sympathie pour le socialisme, qui prolongent celles que nous témoignons au mouvement ouvrier.Car le socialisme a dans ses principes de quoi donner fondamentalement satisfaction aux aspirations des travailleurs.Appel à la vigilance et à la lucidité des travailleurs A eux cependant de ne pas se contenter de mots et de beaux principes.A eux de ne pas bénir dans le socialisme ce qui sur le 173 terrain des droits de l\u2019homme leur paraissait intolérable dans le capitalisme.De leur lucidité à l\u2019égard de l\u2019humain, de tout l\u2019humain dépend l\u2019ouverture du socialisme à ce qui dans l\u2019intelligence et le cœur de l\u2019homme, sans être ni obscurantiste ni rétrograde, fait déboucher celui-ci sur les questions majeures de sa destinée personnelle et de sa présence individuelle et collective au monde.Il se peut que cela n\u2019aille pas sans la recherche par le socialisme et par la démocratie d\u2019un humanisme élargi qui sache être accueillant à toutes les valeurs authentiques, dont est porteur le mouvement ouvrier, pris dans son ensemble et se faisant réceptif aux particularités nationales dans ce qu\u2019elles ont d\u2019enrichissant pour tous.Il n\u2019y a là ni syncrétisme, ni incompatibilité, dès lors qu\u2019on se place dans le droit fil du progrès inhérent à l\u2019histoire des travailleurs.Il s\u2019agit seulement de projeter dans un avenir, dont pour une large part il dépend des travailleurs qu\u2019il soit aussi peu éloigné que possible, les modalités de réconciliation fraternelle des hommes, enfin débarrassés des structures qui depuis toujours les incitaient à se faire loups entre eux.Aujourd'hui des chrétiens sont attirés par les courants socialistes et leurs évolutions diverses.Ils cherchent à y reconnaître un certain nombre d'aspirations qu'ils portent en eux-mêmes au nom de leur foi.Ils se sentent insérés dans ce courant historique et veulent y mener une action.Or, selon les continents et les cultures, ce courant historique prend des formes différentes sous un même vocable, même s'il a été et demeure, en bien des cas, inspiré par des idéologies incompatibles avec la foi.Un discernement attentif s'impose.Paul VI au cardinal Roy 174 Les chrétiens et le socialisme Réflexions sur la proposition d'un socialisme faite aux travailleurs québécois.Lorenzo Lortie Les membres de la C.S.N.sont invités à étudier un document de travail qui propose une solution socialiste pour répondre à la situation économique du Québec.Bien sûr, le socialisme n\u2019est pas proposé pour la première fois aux Québécois.La C.C.F.et le N.P.D.l'ont toujours proposé; il y a même eu récemment le P.S.Q.qui a tenté une entrée sur la scène québécoise.La proposition de la C.S.N.a retenu davantage l'attention à cause de la force même qu\u2019elle représente dans la société québécoise.Un premier réflexe devant la perspective du socialisme amènerait des chrétiens à demander: L\u2019Eglise va-t-elle entrer dans le jeu d\u2019une société socialiste?De quel socialisme l\u2019Eglise peut-elle s'accommoder?Il faut rejeter la première question parce que l\u2019Eglise ne se situe pas face au monde, mais dans le monde1.C'est dire que l\u2019Eglise est déjà impliquée dans le socialisme parce que le monde y est déjà impliqué.La deuxième question nous paraît fausse.En effet, l\u2019Eglise a une fonction critique au niveau socio-politique.S\u2019accommoder d\u2019une situation, c\u2019est soit renoncer à cette fonction critique, soit prétendre 1 Cf.Metz, J.B., pour une théologie du monde.Cerf.Paris 1971, p.107.175 que cette fonction ne serait plus nécessaire parce qu il existerait une société parfaite.Nous laisserons volontairement de côté la fonction critique de 1 Eglise face à une société libérale, puisqu\u2019il s'agit de se situer devant une prospective socialiste proposée dans le document \"Ne comptons que sur nos propres moyens\".Nous nous proposons deux objectifs: 1\t\u2014 jeter un rapide regard sur des recherches concrètes qui vont dans le sens du socialisme et souligner en quoi elles méritent de retenir l\u2019attention; 2\t\u2014 indiquer en quoi la fonction critique de l\u2019Eglise peut s'exercer plus particulièrement dans le cheminement vers le socialisme.Les recherches concrètes Disons au départ qu\u2019une étude exhaustive des socialismes passés ou déjà existants ne peut entrer dans le cadre de cet article.Mais il est important de souligner cette diversité des socialismes: suédois, marxiste, marxiste-léniniste, maoiste, bourguibiste, israélien, etc.On soupçonne déjà un problème de langage important quand on parle socialisme.1 \u2014 Réalisation \u2014\tDans deux centres communautaires administrés par des citoyens, des études sont en cours pour que les salaires du personnel de ces centres soient ajustés aux besoins des personnes et non pas aux tâches ou aux diplômes universitaires.\u2014\tUne clinique médicale communautaire paie à ses médecins ce que certains médecins considéreraient comme des salaires dérisoires.Les remboursements de l\u2019Assurance-Maladie du Québec en plus de payer le salaire des médecins sont utilisés pour améliorer la clinique et ses services.176 \u2014\tDes communes de jeunes travailleurs et d\u2019étudiants font un fond commun de tous les revenus et partagent ensemble toutes leurs prises de décision.\u2014\tUn projet de Conseil de quartier prévoit la participation de représentants des organismes du quartier à des prises de décision sur les orientations de ces organismes dont: une clinique médicale, un centre communautaire, une clinique juridique, une coopérative d\u2019alimentation, une coopérative de production (chaloupes et meubles), une coopérative de logement (Construction et rénovation), un centre d\u2019éducation populaire, etc.\u2014\tLa C.F.D.T.(Confédération française démocratique du travail), centrale syndicale française, propose lors de son dernier congrès un effort soutenu dans les années qui viennent pour que ses membres revendiquent le droit de gestion des entreprises comme étape nécessaire vers le socialisme.2 \u2014 Quel sens du socialisme ces exemples dégagent-ils?Il semble que nous trouvions là des valeurs importantes dans la recherche d'une société socialiste.(N.B.: \u201csociété socialiste\u201d et non pas \u201cgouvernement socialiste\u201d.Ce dernier est une suite logique, mais non un point de départ ).a)\tUne juste répartition des biens est liée à une reconnaissance factuelle de l\u2019égalité des personnes et, par tant, des chances égales qu\u2019ils doivent avoir devant la vie.b)\tDans le système actuel, le versement des revenus d\u2019un homme plus qualifié aux besoins de service d\u2019un quartier est une affirmation que les biens intellectuels, culturels et spirituels ont une fonction sociale et doivent être placés au service de la communauté.c)\tLes exemples de commune et de Conseil de quartier soulèvent le problème important du partage des décisions, et cela sur la plus large échelle possible.Dans le cas du Conseil de quartier, il est déjà bien valable de voir chacun de ces groupes gérés par des citoyens du milieu, mais le Conseil de quartier laisse entrevoir, au-delà d\u2019une bonne coordination des services, la possi- 177 bilité de participation aux prises de décisions sur les priorités à établir, la distribution des excédents de revenus, etc.d) Si nous avons évoqué la proposition de la C.F.D.T., c\u2019est que nous croyons que le vrai socialisme se fera par les travailleurs eux-mêmes ou bien on aura une caricature du socialisme2.Le défi lancé par la C.F.D.T., qui n\u2019a pas décidé hier son option socialiste, fait suite nous le supposons à une préoccupation interne qui rejoint le mot de Garaudy aux syndicats: \u201cSi le travailleur ne contrôle pas dès maintenant son syndicat, il ne contrôlera jamais l\u2019entreprise\u201d3.Ce respect de la volonté des travilleurs est exprimé clairement par la C.F.D.T.: \u201cL\u2019essentiel, dans l\u2019immédiat, est de répondre aux besoins des travailleurs.Car la garantie de la démocratie repose d\u2019abord sur la volonté du peuple.Dans ce processus de transformation sociale qui ne peut s\u2019écarter à un seul moment du respect des libertés, un moment viendra où pourra s\u2019établir un pouvoir socialiste\u201d.4 En concluant cette première partie, nous voulons indiquer une limite importante du document \"Ne comptons que sur nos propres moyens\".Alors que dans la recherche des travailleurs à la base l\u2019aspect économique apparaît comme assez secondaire, la perspective économique apparaît comme l'unique piste de recherche d\u2019un socialisme pour les auteurs du document de la C.S.N.Nous croyons que s\u2019il est vrai que les comportements sociaux et politiques, tant individuels que collectifs sont fréquemment conditionnés par les situations économiques, il reste que ce conditionnement ne concerne pas tous les phénomènes d\u2019aliénation et de domination.La modification, même fondamentale, du système économique ne saurait totalement supprimer ces phénomènes.2\tII y a des socialisants et marxisants à $10,000, $12,000, ou $15,000.par année qui feraient bien de se rappeler qu'ils \"combattent la bourgeoisie parce quelle est une menace pour leur existence en tant que classes moyennes.Elles ne sont pas-révolutionnaires mais conservatrices: bien plus, elles sont réactionnaires.Toutes les classes qui, dans le passé, se sont emparés du pouvoir essayaient de consolider leur situation acquise en soumettant la société aux conditions qui leur assuraient leur revenu propre.Marx, Engels: Manifeste du Parti Communiste, éditions sociales, Paris 1966, (pp.48 et 49).3\tGaraudy, Roger: Reconquête de l'espoir.Grasset, Paris 1971, (p.99).4\tSyndicalisme (magazine) n° 1369, déc.1971 p.27.Cf.aussi Syndicalisme hebdomadaire.N° 1366, 4 novembre 1971, p.8.Fondement de la structure.178 La critique socio-politique de la société La nécessaire participation des chrétiens à la politique n\u2019est plus à débattre.Ce qui est nouveau, c\u2019est l\u2019engagement des chrétiens dans le socialism e ou dans la voie du socialisme.Dans ce contexte nouveau, il est un peu embêtant de présenter des critères d\u2019une critique de la société, alors qu\u2019on a été très silencieux dans le passé sur ce sujet On peut donner l'impression que seule une nouvelle voie comme celle du socialisme éveille à cette contestation.Il semble plutôt qu\u2019on puisse affirmer que la possibilité du socialisme a donné, en ouvrant une option nouvelle, l\u2019occasion de contester la société capitaliste.Si cette deuxième partie parle plus spécialement du socialisme, c\u2019est donc uniquement que son point de départ en est le document de la C.S.N.qui propose cette voie.Tout cela est applicable au régime dans lequel nous vivons.1 \u2014 Les lignes de force d\u2019une critique chrétienne de la société.Autant il serait irréaliste et incompatible à une volonté de présence au monde de rejeter l\u2019option socialiste, autant les chrétiens ne peuvent devenir inconditionnels face à lui.On peut se réjouir de voir évoluer la pensée de l\u2019Eglise (exprimée dans les Encycliques, le Concile et la lettre de Paul VI au Cardinal Roy) qui laisse la porte plus ouverte aux chrétiens face au socialisme, mais les chrétiens auront toujours un rôle de contestation à l\u2019intérieur de la société.Il semble que deux questions importantes peuvent être posées par les chrétiens dans la recherche du socialisme: celles de l\u2019homme et de son avenir.179 a)\tLes chrétiens et l\u2019homme de la société socialiste.Le socialisme se présente comme un projet de bâtir une société pour 1 homme.A travers l\u2019épanouissement progressif de 1 homme dans une telle société, l\u2019homme sera-t-il capable de rechercher toujours plus loin dans l\u2019avenir un projet qui le grandira encore plus?Cette question est loin d\u2019être théorique.En effet, la présentation que l\u2019on fait du socialisme dans le document de la C.S.N., dans des groupes populaires, etc., donne parfois l\u2019impression que le socialisme est le point final de la recherche d\u2019une société pour l\u2019homme.Nous ne pouvons sans doute pas nier que tel ou tel état socialiste ait mieux réussi à aménager une société qui tienne vraiment compte de l\u2019homme; mais nous n\u2019en connaissons pas au sujet duquel on puisse dire que l'homme y est totalement épanoui au point où la recherche de son devenir serait rendue inutile.b)\tLe socialisme et l'avenir de l'homme.Pour le chrétiens, l'épanouissement de l\u2019homme, c'est la rencontre de Dieu et la vie dans \u201cles cieux nouveaux et la nouvelle terre\u201d.L\u2019espérance chrétienne n\u2019est pas le refus de bâtir une société parfaitement pour l\u2019homme; elle est l\u2019affirmation qu\u2019une telle société est possible, bien plus, qu\u2019elle sera.Notre foi et notre espérance chrétiennes peuvent contribuer beaucoup à réaliser un socialisme valable, c\u2019est-à-dire une société où la recherche du bien de l\u2019homme est toujours poursuivie.Roger Garaudy, dans son livre De ianathème au dialogue, reconnaît la valeur des questions que la foi et l\u2019espérance chrétiennes posent et doivent continuer à poser au marxisme.Il importe donc que les chrétiens proclament leur vision de l\u2019homme et du monde et de leur avenir pour que l\u2019avènement d'un monde où l\u2019homme pourra vraiment être lui-même n\u2019apparaisse pas comme une pure utopie, mais comme une réalité en devenir.2 \u2014 Pour un cheminement vers une société pour l\u2019homme et pour tout homme.Pour concrétiser, ce que nous venons de dire, nous amènerons quelques balises nécessaires dans la recherche d\u2019un monde à la mesure 180 de l\u2019homme.Elles ressortent des quelques exemples que nous avons donnés dans la première partie.a)\tUne société pour l\u2019homme, sera faite par les gens eux-mêmes.Il apparaît clairement qu\u2019on ne peut faire fi de la recherche des groupes de base (syndicats, comités de citoyens, etc.).Cela suppose un immense effort d\u2019éveil et d\u2019éducation et un refus de charrier et de manipuler les personnes.Il y a sans doute une urgence de refaire la société et il ne faut pas perdre de temps, mais il faut que ce soit un peuple qui se donne lui-même une société nouvelle.b)\tCe sont sans doute les travailleurs plus organisés qui paveraient la voie du socialisme.Quelle place auront les plus petits, les sans-voix, les plus faibles?L'émergence de groupes d\u2019assistés-sociaux, de chômeurs, de personnes seules, de personnes âgées permet à certains de participer déjà à une mise en question du système actuel.Cependant, il faut bien reconnaître combien la participation de cette partie importante du monde ouvrier est encore faible.Autant cette mise de côté des plus petits nous apparaît inconcevable aujourd\u2019hui, autant elle doit nous préoccuper dans la recherche pour demain.c)\tLes aspirations de l\u2019homme se situent aux niveaux de l\u2019avoir, du savoir, du pouvoir et de l\u2019être; ce dernier dominant les autres.Ces quatre aspirations doivent être comblées, mais elles ne le seront que si l\u2019objectif est de combler l\u2019aspiration à être.Encore là, on retrouve une grande lacune de la société actuelle où le savoir est pour avoir plus, celui qui a plus a le pouvoir et une masse immense est réduite à se considérer comme simples instruments de production.C\u2019est donc de faire grandir les personnes qu\u2019il s\u2019agit, en leur procurant l\u2019avoir, le savoir et le pouvoir pour qu elles se sentent quelqu\u2019un et non plus quelque chose.d)\tPour cheminer vers une société nouvelle où les hommes se retrouveront, il faudra aussi développer une conscience sociale.C\u2019est du coup aller à contre-courant de l\u2019individualisme engendré par le capitalisme et sa société de consommation.Cela n\u2019est pas une mince tâche parce que des dépassements difficiles seront à exiger tant au niveau de la possession de biens qu\u2019à celui du partage du pouvoir par la participation.181 En terminant, il semble que dans l\u2019immédiat ceux qui veulent s\u2019engager dans la voie socialiste devraient investir leurs énergies dans ce qui déjà s'aligne sur ce type de cheminement.Il y a déjà un terrain fort valable pour une bonne mise en route.3\u2014 Un appel aux militants chrétiens.Le rapport de la Commission Dumont invite les chrétiens du Québec à entrer avec une audace évangélique dans les projets humains de notre milieu pour redonner à l\u2019Eglise une image missionnaire, (3e partie, chapitre IV).Tout en rappelant que \"l\u2019Eglise et les communautés chrétiennes n\u2019ont pas à formuler un programme historique du développement et de stratégie socio-politique\u201d, (Rapport Dumont, p.139), il reste que les chrétiens doivent se laisser interpeler par des événements comme la publication du document de la C.S.N.La première réaction que plusieurs militants ont en face d\u2019un projet socialiste, c'est la peur.On ne saurait les en blâmer quand on songe à tout ce qu\u2019on a pu sortir de textes officiels, moins officiels, et de sermons pour condamner ou mettre en garde.Mais la présence au monde, la recherche de construction d\u2019un monde plus à la mesure de l\u2019homme demandent de dépasser cette crainte et d\u2019avoir l\u2019honnêteté de rechercher partout ce qui peut le mieux contribuer à améliorer notre société.Il faut aussi avoir une ténacité face aux difficultés.Certains militants chrétiens se retrouvent avec des gens qui leur paraissent extrémistes et souvent le sont aussi.Ils quittent parfois ces engagements sans avoir tenté d'y apporter leur vision des choses.Souvent, comme le souligne le Rapport Dumont, ils ont travaillé dûr pour faire respecter des valeurs importantes à leur foi chrétienne, mais sans trouver l\u2019appui de leurs frères.On voit l\u2019urgence pour les militants chrétiens de se regrouper, de se soutenir et de s\u2019animer pour s\u2019engager plus profondément dans les réalités socio-politiques.Les militants ouvriers chrétiens attirés par l\u2019option socialiste auront à interpeler le monde du travail et le mouvement ouvrier sur la cohérence de ses attitudes.Par exemple, nous songeons aux disparités de salaire qui s\u2019amplifient sans cesse, à la deuxième \u2019\u2019job\u2019\u2019, à la course aux heures supplémentaires.Une remise en question de la société ne 182 peut éluder la nécessité de rendre conscients l\u2019ensemble des travailleurs d\u2019une solidarité qui dérangera nécessairement certains d\u2019entre eux.Cet engagement à bâtir une solidarité vraie et concrète apparaît comme une volonté d\u2019efficacité de l\u2019action ouvrière.Au terme de ces réflexions, on peut se réjouir de la publication du document \u201cNe comptons que sur nos propres moyens\".En effet, il a amené un nouveau débat sur la place publique et lancé un défi aux membres de cette centrale: celui de leur permettre d\u2019exprimer leur point de vue sur la société dans laquelle ils veulent vivre demain.Les chrétiens engagés ont là une occasion de réflexion et de revision fort valable pour redécouvrir toute la dimension de leur présence au monde.28 février 1972 TEMOIGNAGE \"La revue Prêtres et Laïcs se distingue surtout par son souci de l'homme de la base, en particulier du travailleur.Sans mettre en doute la valeur indispensable des réformes de structures et du travail au niveau des institutions, la revue met d\u2019abord l\u2019accent sur la recherche d\u2019une pédagogie concrète de libération et d'épanouissement de l'homme vivant en milieu ouvrier.\" Claude Ryan 183 ulaitei Traduit de \"Presencia\u201d, le journal chilien du M.T.C.Souvent nous entendons les différents partis populaires se proclamer comme l\u2019avant-garde de la classe ouvrière.Cette affirmation correspond-elle à la réalité.Qu\u2019entend-on par \u201cl\u2019avant-garde\u201d ouvrière?Cet article voudrait aider la réflexion sur ces questions.En premier lieu, quelle est à notre avis l\u2019avant-garde ouvrière?C\u2019est un groupe d\u2019hommes et de femmes organisés, qui connaissent la réalité du monde ouvrier, qui participent et se compromettent dans ses luttes et qui sont capables de les orienter pour éviter les déviations pouvant l\u2019éloigner de son objectif final.Connaître la réalité du monde ouvrier Nous croyons que connaître la réalité c\u2019est avoir une vision réelle et objective de la situation économico-sociale de la classe ouvrière: savoir clairement sous quelle forme le système capitaliste organise l\u2019économie pour le service d\u2019un petit nombre, sans tenir compte de la dignité humaine des personnes ni du progrès du pays.C\u2019est se rendre compte des valeurs de la classe ouvrière, comme par exemple, la solidarité et l\u2019unité qui ont permis l\u2019organisation de tous ces groupes humains que la classe ouvrière s\u2019est donnés pour lutter pour ses droits.Pour y réussir, il est indispensable d\u2019employer un système d\u2019analyse de la réalité suffisamment scientifique et adéquat qui permettra également de connaître les dangers qui menacent de façon permanente cette unité et cette solidarité et qui, en fait, les ont plusieurs fois détruites.184 Le sectarisme politique et religieux, l\u2019égoïsme, la commodité et l\u2019individualisme sont quelques-uns de ces dangers face auxquels il est nécessaire de se mettre en garde.La connaissance de la réalité exige d\u2019être capable de se rendre compte que dans la classe ouvrière il n\u2019existe pas d\u2019uniformité au niveau d\u2019un parti politique, mais plutôt divers courants qu\u2019il est nécessaire de respecter, en cherchant dans ces courants les désirs et les espérances partagés qui naissent d\u2019une conscience commune.Nous entendons par conscience de classe le fait de se rendre compte qu\u2019il y a d\u2019autres hommes également exploités et que c\u2019est seulement par la solidarité qu\u2019ils pourront se libérer.Aussi, il faudrait se demander dans quelle mesure les divisions entre les travailleurs sont fomentées du dehors par ceux qui sont intéressés à diviser et à affaiblir le mouvement ouvrier: les différentes caisses d'économie, les églises et les sectes, les divers partis politiques, les fausses images de promotion personnelle comme celle de s\u2019identifier à une classe non définie appelée la classe moyenne, etc.Cette connaissance de la réalité ouvrière nous impose un fait que nous voulons commenter spécialement: il mériterait à lui seul tout un article.C'est le fait du pluralisme.Que signifie pour nous ce terme si à la mode dernièrement?Nous croyons que le pluralisme c\u2019est l\u2019acceptation d\u2019une réalité bien concrète: l\u2019existence de manifestations idéologiques et stratégiques différentes dans la classe ouvrière.Cette diversité est bonne pourvu qu'elle ne provoque pas un affrontement entre ceux qui doivent lutter unis et que personne ne s\u2019attribue le monopole de la vérité.L'avant-garde ouvrière enregistre cette réalité, elle cherche les points de contact, les désirs communs, les objectifs généraux; à partir de là elle cherche à créer une unité véritable et plus solide puisqu\u2019elle naît en respectant les différences légitimes qui peuvent exister entre les hommes.S'engager dans le mouvement ouvrier Il n\u2019est pas possible de prétendre faire partie de l\u2019avant-garde de la classe ouvrière sans s'engager dans les grandes et petites batailles que livre quotidiennement le mouvement ouvrier.185 Ce \"théoricien\u201d d'avant-garde qui refuse de participer ou de s engager dans le syndicat, le parti politique, le groupement de citoyens, etc., ne pourra avoir beaucoup de sens aux yeux des ouvriers.Normalement, c\u2019est par la pratique et l\u2019expérience que les ouvriers apprennent.De là naît la méfiance bien justifiée pour les intellectuels qui ne veulent pas ou n\u2019osent pas s\u2019engager.Ces \"théoriciens\u201d oublient que tout ce qu\u2019a réussi la classe ouvrière jusqu\u2019à date, et ce qui lui permettra la conquête du pouvoir politique et économique, est le résultat de sa lutte organisée.Etre capable d'orienter la lutte ouvrière Mais le fait de connaître la réalité et de participer de façon engagée dans le mouvement ne suffit pas pour faire partie de l\u2019avant-garde, bien que ce soient des aspects fondamentaux.Il est nécessaire aussi d\u2019avoir un esprit critique et une vision suffisante pour orienter le mouvement.Il faut savoir où l\u2019on va, quelle sorte de société nous voulons construire, quels sont les dangers qui guettent nos conquêtes et qui peuvent nous faire dévier de la ligne tracée.En résumé, il faut avoir une théorie révolutionnaire.\u2014 Luttons-nous pour réussir à atteindre les raffinements du confort bourgeois, ou sommes-nous intéressés à obtenir une vie pleine, humaine, digne?\u2014- Sommes-nous intéressés à affermir l\u2019individualisme ou à créer une conscience communautaire qui nous permette d\u2019obtenir notre sécurité dans l\u2019unité de tous plutôt que dans une capacité accrue de nous déchirer entre nous.\u2014 Voulons-nous nous libérer de l\u2019oppression économique seulement, ou sommes-nous intéressés à nous libérer de tous les éléments politiques, culturels et religieux qui nous oppriment?\u2014- Notre préoccupation pour les frères de la classe ouvrière se limite-t-elle à notre pays ou s\u2019étend-elle à tous les travailleurs du monde?186 La réponse que nous donnerons à ces questions et à d'autres déterminera si vraiment nous faisons partie de l\u2019avant-garde ouvrière.Les partis politiques populaires que nous avons mentionnés au début remplissent-ils ces exigences?Leurs intérêts sont-ils les mêmes que ceux des ouvriers?Quand ils demandent aux travailleurs une action déterminée, comment ces derniers l\u2019accueillent-ils?Quand ils se déclarent les défenseurs des marginaux, cherchent-ils réellement leur libération ou s\u2019ils tentent seulement d\u2019obtenir leurs votes?Dans leurs directives, où se prennent les décisions importantes?Les ouvriers sont-ils présents?Ne sont-ils pas seulement représentés par des bourgeois?Ceux qui se disent révolutionnaires sont-ils prêts à mettre le temps et la patience nécessaires pour éveiller la conscience de la classe sous-prolétaire qui, après tout, est celle qui souffre des pires conséquences du capitalisme?Nous croyons que certains partis populaires ont été à l\u2019avant-garde de la classe ouvrière et pourraient l\u2019être encore plus s\u2019ils rencontraient les pré-requis mentionnés.Dans la mesure où ils les auront acquis, ils chercheront l\u2019unité des travailleurs, ils banniront le sectarisme partisan et la pratique des faveurs électorales par l\u2019octroi d\u2019emplois publics, ils se dégageront des \u201crévolutionnaires\u201d en quête d\u2019entreprises étatisées et qui par leur action déprécient la cause la plus noble.Pourquoi le peuple est-il souvent contre sa propre libération?(page suivante) 187 Le peuple contre sa propre libération Traduit de \"Presencia\u201d, le journal chilien du M.T.C.Moïse, qui avait libéré les Hébreux d'Egypte, souffrit de l\u2019incompréhension de son peuple dès les premiers moments de son activité publique.Ainsi, pour défendre un Hébreu il avait dû tuer l\u2019Egyptien qui le maltraitait.Il crut que le Pharaon ne le saurait pas, mais il fut dénoncé par celui-là même à qui il avait reproché sa lutte contre un de ses frères de race (Exode, 2, 11-15).Plusieurs années plus tard, Dieu l\u2019envoya devant Pharaon lui demander de laisser partir son peuple.Son intervention produisit l\u2019effet contraire, le Pharaon exigea des Hébreux un travail beaucoup plus lourd.A cause de cela les dirigeants du peuple, les scribes, accusèrent Moïse qui s\u2019était exposé pour eux au lieu d\u2019accuser le Pharaon, l\u2019oppresseur (Exode 5, 19-23).Durant les années de séjour au désert du Sinaï, les Hébreux accusèrent encore Moïse chaque fois qu\u2019ils rencontraient un danger ou une difficulté: \"Pourquoi ne nous as-tu pas laissés en Egypte au lieu de nous amener mourir au désert?Ne t\u2019avions-nous pas dit clairement: Laisse-nous en paix, nous voulons servir les Egyptiens?\u201d Ils regrettaient l\u2019esclavage parce qu\u2019ils regrettaient l\u2019abondance des aliments en Egypte.\"Qui nous donnera de la viande à manger?Ah! quel souvenir! le poisson que nous mangions pour rien en Egypte, les oignons et l'ail! Maintenant nous dépérissons, privés de tout; nos yeux ne voient plus que de la manne\u201d (Nombre, 11, 4-6).Ils destituent Moïse et veulent retourner en arrière.\"Donnons-nous un chef et retournons en Egypte\u201d.Toute la communauté parlait de lapider Moïse et Aaron (Nombres 14, 1-10).La position inconfortable 188 du peuple et son impatience devant le succès étaient profitables aux dirigeants envieux de l\u2019autorité de Moïse.Découragement et fermeté du dirigeant Devant ce peuple de têtes dures, Moïse eut ses moments de défaillance.Il dit à Yahvé: \u201cPourquoi fais-tu du mal à ton serviteur?Pourquoi, n\u2019ai-je pas trouvé grâce à tes yeux, que tu m\u2019aies imposé la charge de tout ce peuple?Est-ce moi qui ai conçu tout ce peuple, est-ce moi qui l'ai enfanté, que tu me dises: Porte-le sur ton sein comme la nourrice porte l\u2019enfant à la mamelle, au pays que j'ai promis par serment à ses pères?Où trouverais-je de la viande à donner à tout ce peuple, quand ils m\u2019obsèdent de leurs larmes en disant: Donne-nous de la viande à manger?Je ne puis, à moi seul, porter ce peuple: c\u2019est trop lourd pour moi.Si tu veux me traiter ainsi, tue-moi plutôt! Ah! si j\u2019avais trouvé grâce à tes yeux, que je ne voie plus mon malheur!\" ( Nombres 11, 11-15).Malgré tout, Moïse se maintient ferme devant le peuple.Sa conduite fondamentale était l\u2019humilité: \"Moïse était un homme très humble, l\u2019homme le plus humble que la terre ait porté\" (Nombres 12, 3).Il se savait limité: Qui suis-je pour aller trouver Pharaon et pour faire sortir d'Egypte les enfants d\u2019Israël?\u201d (Exode 3, 11).\u201cExcuse moi, mon Seigneur! Je n\u2019ai jamais, jusqu\u2019ici, été éloquent, pas même depuis que tu adresses la parole à ton serviteur.Ma bouche est inhabile et ma langue pesante!\u201d (Exode 4, 10).Son humilité dictait son action avec les hommes.Il accepta de partager son autorité avec son frère Aaron et avec les 70 anciens; il considérait cela comme un avantage (Exode 18, 13-27).Il ne profita pas de son poste pour s\u2019enrichir: \"Je ne leur ai enlevé même pas un âne et je n\u2019ai fait de mal à aucun d\u2019entre eux\".Il souffrait les oppositions, non comme une offense à sa personne, mais comme une obstruction à l\u2019œuvre de Dieu.L\u2019humilité du leader lui a permis d\u2019être non pas un dictateur qui impose sa volonté aux masses, se substituant à celles-ci, mais un père qui, par son courage, affermit ses enfants jusqu\u2019à ce qu\u2019ils soient capables de s'affirmer par eux-mêmes.189 Son humilité dictait aussi son action à l'égard de Dieu.\"Qui a doté 1 homme d une bouche?.n\u2019est-ce pas moi, Yahvé?Va donc sur 1 heure, je t aiderai à parler et te suggérerai ce que tu devras dire\u201d (Exode 4, 11-12).Dans l'Exode, on le voit priant Dieu: \u201cSi donc je jouis de ta faveur, daigne me révéler tes voies, pour que je te comprenne, afin de jouir de ta faveur.Considère aussi que cette nation est ton peuple\" (Exode 33, 13).Il ne demande pas à Dieu de lui indiquer le chemin stratégique qu\u2019il doit suivre pour arriver rapidement en Palestine et vaincre ses ennemis: il lui demande le chemin pour arriver à connaître Dieu plus intimement.Cela peut paraître étrange chez un homme qui avait une responsabilité politique comme Moïse, cependant nous trouvons ici la clé de sa persévérance: Moïse se maintenait ferme comme s\u2019il voyait l\u2019invisible.Vision de dirigeant Familier avec Dieu, Moïse entrait très intimement dans le plan que Dieu avait conçu pour son peuple et qui dépassait ce que l'on pouvait imaginer.Ce projet de Dieu atteignait son apogée avec l\u2019incarnation de son fils Jésus-Christ, avec sa mort et sa résurrection, avec l\u2019Eglise Peuple de Dieu inauguré avec Moïse et les Hébreux libérés d'Egypte.Ainsi il était certain qu\u2019il ne s\u2019était pas trompé même si le succès tardait à venir.L\u2019irresponsabilité de son propre peuple ne le dérouta jamais parce qu\u2019il savait que dans le cœur de chaque Hébreux celui de Dieu battait personnellement, l'invitant à assumer sa libération, à la vouloir, à en payer le prix.Loin de lui enlever l\u2019efficacité politique, sa foi en Yahvé, son intimité avec lui, lui assurait la victoire contre les ennemis parce qu\u2019elle lui permit de remporter la victoire contre le péché de son propre peuple.Le plus grand obstacle: le peuple lui-même \"Ce peuple est trop lourd pour moi\u201d.La principale bataille de Moïse ne fut pas contre les ennemis qui s\u2019opposaient à la marche des 190 Hébreux au désert, ce lut contre le peuple lui-même qui s\u2019opposait à sa libération.Le peuple désirait-il se libérer de l\u2019esclavage et arriver à la terre promise?Il le désirait mais ne le voulait pas.Désirer une chose sans être disposé à payer le prix pour elle, c\u2019est se tromper soi-même.L'opportuniste espère que le dirigeant lui donnera la chose toute faite; il critique, il l\u2019offense même, mais il ne se donne aucune peine pour l\u2019obtenir.Vouloir une chose avec toute la force de sa volonté, c'est accepter de payer le prix en efforts, en sacrifices, en initiatives.Il en coûte d\u2019éduquer la volonté d\u2019une personne.Il en coûte beaucoup plus d\u2019éduquer la volonté des masses pour lui permettre d'agir de façon responsable.Une réflexion pour les militants ouvriers Ceux qui désirent réfléchir plus profondément sur ce thème pourront lire la Bible avec plus de détails, surtout les textes indiqués.Nous les invitons à répondre aux questions suivantes: \u2014 Comme travailleurs, sommes-nous témoins, chez la masse ouvrière, de réactions identiques à celles signalées dans la Bible?\u2014 Dans quelle mesure avons-nous réagi comme le peuple hébreux?\u2014 Comme dirigeants, avons-nous eu à affronter les mêmes problèmes que Moïse?Comment avons-nous réagi?La situation qu\u2019a vécue le leader du Peuple de Dieu a beaucoup de ressemblance avec l\u2019actualité; elle peut jeter de la lumière sur la nécessité et les limites du rôle d\u2019avant-garde que doivent avoir certaines organisations; elle souligne la nécessité d'éduquer la volonté des travailleurs pour qu\u2019ils soient les agents responsables de leur propre libération.Ces textes doivent être un lieu de ressourcement pour les militants ouvriers chrétiens pour qu\u2019ils découvrent et fassent effectivement leur part dans la lutte ouvrière.Ils nous permettent de confirmer l\u2019expérience du Mouvement ouvrier, à savoir, que les masses pauvres, malgré leur 191 lourdeur, sont le terrain le plus favorable aux valeurs de solidarité, d égalité, de sacrifice, le lieu où elles peuvent le plus facilement pousser et se fortifier.Elles sont également le terrain le plus favorable pour recevoir la Parole du Christ qui vint apporter la libération totale des hommes, choisissant de vivre les conditions des masses pauvres de son temps.Celui qui comprend le grand projet de Dieu pour les masses laborieuses sera plus disposé à travailler avec patience; il conservera la certitude qu\u2019un jour les affronts seront supportés et qu'on pardonnera jusqu\u2019à prendre conscience de sa dignité, qu\u2019on ira même jusqu\u2019à faire à la société le partage de ses propres richesses.Les militants ne seront pas seulement un groupe qui s\u2019ajoutera à l\u2019avant-garde de la classe ouvrière, mais un groupe qui fera que l\u2019invisible se fasse chaque jour plus visible sur notre terre.INVITATION Nous vous invitons à nous communiquer: \u2014\tdes témoignages de vie \u2014\tdes expériences \u2014\tdes réflexions sur les événements \u2014\tdes revisions de vie ouvrière Prêtres et Laïcs 192 ^JimoLqnaqz Une soeur à l'usine Madeleine Neveu, c.s.c.Missionnaire en milieu ouvrier depuis six ans, j\u2019ai choisi, à partir d\u2019un cheminement lent et progressif, de m\u2019engager à plein temps au service de la jeunesse ouvrière.C\u2019est d'abord en vivant quotidiennement pendant deux ans dans une maison ouverte aux jeunes travailleuses que je suis devenue sensible aux aspirations, aux souffrances, à la vie des jeunes travailleurs.C\u2019est en continuant à vivre en logement avec une équipe de jeunes travailleuses et en entrant dans le monde du travail que je découvre plus à fond cette jeunesse ouvrière que j\u2019aime profondément.Vivre en équipe avec des jeunes travailleuses, travailler en usine, ce n\u2019est pas une fantaisie ni le jeu d\u2019un simple hasard, mais c'est une réponse à des besoins concrets, c\u2019est une forme de service adapté à ces besoins, c\u2019est le point de départ d\u2019un engagement qui se veut vrai., collé à la vie et centré sur les personnes.Vivre en équipe avec des jeunes travailleuses L\u2019isolement est une des grandes souffrances des jeunes travailleuses.\u201cQuand on commence à travailler, on perd nos amis.On se trouve quasiment seul.On n'a pas d\u2019occasion de rencontrer d\u2019autres jeunes comme nous.\u201d Pour combattre cet isolement, de plus en plus les jeunes travailleurs se regroupent.Sensible à cette aspiration, je m\u2019engage en mai '71 à vivre en logement avec une équipe de jeunes travailleuses.Ensemble nous voulons une vie d\u2019équipe qui soit partage, attention aux personnes, participation.193 Ce style de vie permet de répondre à certains besoins: \u2014\tbesoin de vivre avec d autres: \u201cEn petit groupe on se connaîtra plus.on peut s aider plus.\" \u201cMoi, j'ai besoin des autres pour me compléter.\u201d \u2014\tbesoin de sécurité matérielle: \u201cÇa va nous coûter moins cher que si on allait chacune de notre bord.\" \u2014\tbesoin de participation: Ça va nous apprendre à prendre nos responsabilités: la vie de la maison c\u2019est notre affaire.\u201d Pour moi, ce style de vie me permet de me faire proche, de me placer en situation de service, de travailler à la libération de la jeunesse ouvrière.Travailler en usine Etant chaque jour en contact avec des jeunes travailleurs, je constate jusqu\u2019à quel point le travail en usine conditionne leur vie.Pour mieux saisir cette vie, pour partager plus totalement leurs conditions de travail, je décide d'aller travailler en usine.\u2014\t\u201cÇa va nous donner du courage de te voir partir tous les matins comme nous\u201d (Monique).\u2014\t\"Tu vas nous comprendre mieux parce que tu vas vivre les mêmes problèmes que nous\u201d (Rosella).\u2014\t\u201cT'es niaiseuse Mado.tu aurais la chance d\u2019être professeur et t\u2019accepte d\u2019aller en arracher en usine\u201d (Ghislaine).\u2014\t\"Tu vas trouver ça dur.ça parle mal.les gars vont t\u2019achaler\u201d (Diane).\u2014\t\u201cTu vas pouvoir en parler aux autres sœurs et elles vont nous comprendre mieux\u201d (Laurette).\u2014- \u201cOn voit les sœurs plus hautes que nous autres, là on la verrait comme nous\u201d (Rosella).\u2014\t\"Ça va être bon que tu saches ce que ça veut dire te faire pousser dans le dos.Ça serait bon qu\u2019on en parle ensemble de ce que tu vas vivre au travail\u201d (Soline).194 Recherche d\u2019un emploi 30 août \u201971: je pars à la recherche d\u2019un emploi.Je fais d\u2019abord le tour des manufactures du quartier où je vis.\"On n\u2019a pas de place pour vous.\" \"Notre personnel est complet.\u201d \"T\u2019as pas d\u2019expérience, on ne peut pas te prendre.\u201d Au Centre de la main d\u2019œuvre on me répond: \"On n\u2019a rien à vous offrir pour le moment; on vous rappellera.\u201d Je décide d\u2019aller voir à Eagle Toys, grosse manufacture de jouets située à St-Henri.On m'engage: \"Tu commenceras demain sur le shift de jour (7 h.à 4 h.) à $1.45 de l\u2019heure (salaire minimum).En faisant ces démarches pour me trouver une job, j\u2019avais vraiment l\u2019impression de \"quêter\u201d.J\u2019ai mieux compris la peur qu\u2019ont les jeunes travailleurs d\u2019affronter ce monde du travail si peu humain et si exigeant.Parce qu\u2019on n\u2019a pas d\u2019expérience on nous refuse.\u201cOn ne sait pas ce que c\u2019est de commencer à travailler.Quand on commence à travailler on connaît rien.L\u2019école nous a rien appris au sujet du travail, au sujet de nos droits.\u201d Adaptation au travail N\u2019ayant jamais mis les pieds dans une manufacture, j\u2019ai été profondément marquée par ma première journée de travail.Une vingtaine de filles commencent la même journée que moi.Le gardien nous donne notre numéro et notre carte de punch.Il nous conduit au 3e étage.Le \"boss\u201d vient nous chercher: \u201cVenez icitte vous autres\u201d.C\u2019est son bonjour! Je me sens comme une bête dans un troupeau.On ne nous dit rien.On n\u2019a aucune idée du travail qu\u2019on fera.Durant cette première journée, on me change quatre fois de travail.Tout le monde travaille debout.en silence.Ce silence est brisé par les cris ou plutôt les sacres des boss, et par le bruit des machines.Tout est vieux, sale et mal éclairé.Je croise beaucoup de visages.Je suis étonnée de voir tant de jeunes qui semblent fatigués, tannés, écœurés du travail.195 Pendant mes 5 premières semaines, je travaille seule sur une machine à pédale qui perce des trous dans des morceaux de plastique.Ces morceaux servent de côtés pour les jeux de hockey sur table.Le temps est long, terriblement long.C'est pas compliqué comme travail mais c est très ennuyeux.Je suis au service de la machine.A 1 ouvrage, on fait toujours les mêmes gestes.On devient vite écœuré.C\u2019est ennuyant parce qu\u2019on est un peu comme des robots.Notre travail, ça ne nous demande pas de penser, on fait ça machinalement.\u201d Je connais ensuite le travail à la chaîne.Pendant trois semaines, je suis sur la ligne de basketball.Tout ce qui compte c'est la vitesse, la production.Les employés se bousculent entre eux à cause de cette pression terrible faite par les boss pour accélérer la production.\"Si vous n\u2019allez pas plus vite, je vais toutes vous câlisser dehors\".Quand on travaille à la chaîne, on ne peut pas se permettre d\u2019être fatiguée, malade, ou même d\u2019avoir besoin d\u2019aller aux toilettes.Je me souviens de Michel; un matin il s\u2019était rendu au travail grippé.A 8.30 heures, il n\u2019en peut plus, il va voir le boss pour partir.Le boss lui dit: \"Si t\u2019es malade reste chez vous.On n\u2019a pas besoin de toi icitte.\u201d Il lui signe sa carte et le met dehors.Lutte syndicale Ce qui m\u2019a aidé à tenir le coup dans cette usine, c\u2019est la découverte des personnes et la lutte que j\u2019ai menée avec ces personnes.A Eagle Toys, il y a environ 700 employés.La grosse majorité sont des jeunes de 17-25 ans.Rien à l\u2019usine ne favorise les contacts humains.On travaille en silence.Si on parle, on risque la porte.Le break ne dure que 10 minutes et le dîner une demie heure.A 4 heures tout le monde a son voyage et quitte l'usine en courant.J\u2019ai quand même profité de tous les moments pour rencontrer les jeunes travailleuses et petit à petit je suis devenue l\u2019une d\u2019entre elles.En octobre, Diane, une jeune travailleuse de 17 ans me dit: \"Mado, y faut faire quelque chose dans la shop.Tout le monde est écrasé.On commence à faire signer des cartes pour faire entrer un syndicat.Si ça t\u2019intéresse tu peux venir avec nous.\u201d 196 A Eagle Toys il n\u2019y a pas de vrai syndicat.Il y a une Association de Boutique affiliée à la FCAI, mais elle est du bord des patrons non pas des employés.Avec une petite équipe de gars et de filles, je m'embarque dans l\u2019action syndicale.Je visite les employés le soir après le travail pour leur parler du syndicat.Ces visites me font découvrir des personnes écrasées par leur travail et qui veulent s'en sortir avec d'autres.Elles me donnent aussi l\u2019occasion de créer des liens, d\u2019amener des gars et des filles à devenir responsables avec d\u2019autres de leur milieu de travail.C\u2019est formidable comme ça donne tout un sens à mon engagement dans ce milieu.Ce n\u2019est pas facile de mener une action syndicale quand tout le monde est écrasé par la peur: \u2014\tpeur des boss: \u201cOn a peur des boss.Quand on les voit venir on devient tout mal.Les boss nous engueulent, on peut pas rien dire.\u201d \u2014\tpeur de perdre sa job: \u201cLes boss font ce qu\u2019ils veulent avec nous \u2022 parce qu\u2019on ne veut pas perdre nos jobs.\u201d -\u2014 peur d\u2019être \"stoolé\": \u201cA l\u2019ouvrage il y a tellement de stools qu\u2019on n\u2019a pas confiance aux autres.\u201d Cette lutte syndicale menée avec d\u2019autres a été pour moi une occasion unique de travailler à la libération des jeunes travailleurs.À Eagle Toys, le syndicat n'est pas encore entré mais grâce à cette action syndicale il y a des jeunes travailleurs qui ont pris conscience de leur valeur et de leurs droits; qui sont devenus plus responsables de leur milieu de travail; qui sont prêts à lutter avec d\u2019autres pour un milieu de travail plus juste et plus humain.Mise à pied À chaque année à Eagle Toys et dans plusieurs autres usines il y a un \u201cslack\u201d.Après avoir poussé dans le dos des employés pour que la production augmente à un rythme fou; après avoir obligé les employés à faire du temps supplémentaire jusqu\u2019à la dernière minute; 197 après avoir engagé des nouveaux employés durant la dernière semaine, la compagnie fait des mises à pied nombreuses et inattendues.Vendredi le 10 décembre, je vis cette réalité du slack.En quittant mon travail, j ai un petit papier blanc après ma carte de punch: \"mise à pied temporaire \u2019.La date de mon retour n\u2019est pas indiquée bien entendu.Aucun avertissement de la Compagnie.Je m\u2019y attendais un peu parce que d\u2019autres employés avaient été slackés avant moi et de la même façon.La Compagnie ne respecte même pas l\u2019ancienneté.On profite surtout de ces mises à pied pour se débarrasser de certains employés qui ont trop de front et qui refusent de se laisser traiter comme des machines.Je trouve ça dur de laisser la shop après 3 mois de travail.Entre nous, les employés, des liens se sont créés: \"On n\u2019aura plus notre petite sœur avec nous.\" \"Lâche-nous pas Mado.\" \"Vas-tu revenir nous voir?\u201d.En chômage \"On n\u2019a aucune sécurité d\u2019emploi.On peut se faire mettre dehors n'importe quand.\u201d Durant ma première semaine de chômage, je me rends au Bureau de l\u2019Assurance-chômage avec Francine, une jeune travailleuse que j\u2019ai connue à Eagle Toys.On nous remet une enveloppe: \"Remplissez ces feuilles et retournes-les ici\u201d.Faire plus d\u2019une demi-heure d\u2019autobus pour se faire dire ça! On nous donne aucune explication et les formules sont pas mal compliquées, surtout pour des jeunes travailleurs peu habitués à ce genre de questionnaire.Depuis ce temps, j\u2019attends mon assurance-chômage.Après 5 semaines je n\u2019ai reçu aucun signe de vie.Je pense à tous ces jeunes travailleurs qui n\u2019ont pas un sou de côté.Quelle insécurité! Je profite de ces semaines de chômage pour rencontrer les gars et les filles de la shop et pour suivre de près les démarches de notre syndicat.A deux reprises, on se rend à la Cour du Ministère du travail pour des procès.Le premier, pour les gars et les filles mis dehors pendant la lutte syndicale.On a gagné.La Compagnie a repris ces employés et leur a payé tous leurs salaires perdus depuis qu\u2019ils avaient été 198 mis à la porte.Le second était pour l\u2019accréditation de notre syndicat.Là aussi on a gagné.Le Commissaire enquêteur nous a donné gain de cause mais la FCAI s\u2019est empressée d\u2019aller en Appel.Ces mois vécus en usine n\u2019ont pas toujours été couleur \u201ceau de rose\u201d, mais le fait de vivre quotidiennement cette dure réalité du travail en usine m\u2019a collé les deux pieds sur le terrain.A cause de toute cette vie ramassée jour après jour, je suis entrée un peu plus à fond dans le monde des jeunes travailleurs.Avec eux et pour eux, j\u2019ai travaillé, j\u2019ai lutté, j\u2019ai vécu.Pour moi, évangéliser c\u2019est me faire proche, être avec, vivre avec.C\u2019est en vivant avec et pour les jeunes travailleurs que je deviens capable de cheminer avec eux pour une action qui se situe dans la ligne de la libération.Janvier 1972\t582, rue Congrégation Montréal 104 RAPPEL Le journal d'un prêtre-ouvrier canadien \"Ce fut pour moi un privilège de pouvoir faire l'expérience de la vie de prêtre-ouvrier durant cinq mois dans une des usines de notre ville.Cette action a été poursuivie avec l'approbation de notre évêque, espérant qu'une telle action contribuera à promouvoir une insertion plus adaptée de l'Eglise dans la communauté ouvrière.\" $1.00 par la poste Editions Prêtres et Laïcs 1201 rue Visitation Montréal 133 199 HACHETTE La vie quotidienne des premiers chrétiens (95/197), par A.Hamman, 300 p.Le désir de refaire l\u2019Eglise à partir du tissu humain et de la quotidienneté trouvera dans le livre du Père Hamman une source non pas de recettes mais d\u2019inspiration.L\u2019auteur s\u2019est interrogé sur la vie quotidienne des premières générations chrétiennes.Comment vivaient, voyageaient, priaient-elles ?Quelles furent les méthodes d\u2019apostolat, les milieux évangélisés ?Nous découvrons des hommes et des femmes, clercs et laïcs, leur attitude devant la vie et la mort, leur attente quotidienne du royaume qui vient.L\u2019esprit de créativité évangélique dont ils ont eu à faire preuve dans leur milieu de vie peut sans doute nous être utile aujourd\u2019hui.La vie quotidienne des éthiopiens chrétiens (aux XVIIe et XVIIIe siècles), par Jean Doresse, 400 p.FLEURUS / NOVALIS Les communautés, sectes ou ferments?par Laurette Lepage, collection \u201cCommunauté humaine\u201d, 145 p.Question actuelle qui suscite une des hésitations du rapport de la Commission Dumont sur les communautés de base.Le livre de Laurette Lepage répond à l\u2019objection, fréquemment apportée, qui assimile les communautés de base à des sectes ou des ghettos.L\u2019homme moderne, habitué aux relations multiples, ouvertes sur l\u2019extérieur, aux pluralismes à tous les niveaux, se méfie spontanément des cercles fermés sur eux-mêmes.L\u2019auteur montre que les petites communautés, loin de constituer un recul, vont dans le sens d\u2019un accomplissement du besoin incoercible, dans l\u2019homme de tous les temps, de dépendre étroitement de ses semblables.Dans l\u2019Eglise, une vie chrétienne en communauté étroite ne signifie pas un retour à l\u2019archaïsme des communautés primitives, mais une nouvelle forme de présence et d\u2019expression ecclésiales tout à fait adaptées aux aspirations des hommes de notre temps.Les communautés peuvent être un ferment puissant pour la transformation de la société et de l\u2019Eglise.CHEZ L\u2019AUTEUR Jean-Guy Morin vous offre.Disque micro sillon: \u201cUne rose\u201d et \u201cDans le tunnel de l\u2019histoire\u201d.Jean-Guy Morin, C.P.758, La Pocatière, Qué.Prix: $1.25.Après avoir animé au poste local un programme radiophonique de réflexion chrétienne à partir de chansons, l\u2019auteur vient d\u2019endisquer deux de ses propres chansons suivies d\u2019un guide de réflexion.Le succès remporté par ses émissions justifiait la production de cet instrument de catéchèse à la portée de tous les foyers.200 BERNARDIN FRERES Inc Assurances Maurice Bernardin, C.D\u2019A.A.Jean-Louis Bernardin, C.D'A.A.Pierre Bernardin, C.D'A.A.Raymond Bernardin, C.D'A.A.Jacques Thériault, C.d'A.ass René Couillard, C.d'A.ass Claude Audren, C.d'A.ass 8000 St-Denis\tTél.: (514) 384-9200 MONTRÉAL 327 Laboratoire DU-VAR Inc.Manufacturier de cosmétiques et de parfumerie NOUVELLE ADRESSE 1004 PORT-ROYAL EST\tMONTRÉAL 358\tTél.: 388-8602 BUREAU CHEF \u2014 HEAD OFFICE: 625, LAFONTAINE \u2014 RIVIERE DU LOUP V transport/ /D'ANJOU \\ w- MONTREAL \u2014 QUEBEC \u2014 ST JEAN PORT JOLI \u2014 ST PACAL \u2014 RIVIERE-DU-LOUP EDMUNSTON \u2014 ST.JOHN \u2014 MONCTON, N.B. 1909-1972 ACME VACUUM Cie Ltée MAISON 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En effet, 1972 verra l'ouverture officielle de notre nouveau magasin faisant partie du vaste complexe Place Dupuis Inc.Ce projet a pu voir le jour grâce à la confiance constante de nos clients, aussi c'est un merci tout spécial que nous tenons à adresser en cette année pas comme les autres.Une grande joie nous habite alors que s'avancent les préparatifs pour vous offrir.gage tangible de notre reconnaissance.un Dupuis tout moderne où il sera tellement plus agréable de vous retrouver.DUPUIS Aujourd'hui des chrétiens sont attirés par les courants socialistes.Ils cherchent à y reconnaître un certain nombre d'aspirations qu'ils portent en eux-mêmes au nom de leur foi.Ils se sentent insérés dans ce courant historique et veulent y mener une action.Paul VI "]
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