Prêtres et laïcs, 1 février 1973, février
[" prêtres A et 1 _\u2022\u2022_ FÉVRIER 1973 VOL XXIII DOSSIER La socialisation et le socialisme prêtres J.et 1 __ REVUE DE PASTORALE POUR LE MONDE OUVRIER Comité de rédaction Jacques Lemay, o.m.i., directeur Hubert Coutu (J.O.C.), Lorenzo Lortie (M.T.C.) Claude Lefebvre (C.P.M.O.) Paul-Emile Charland, o.m.i., secrétaire à la rédaction Relations extérieures Mlle Claudette Côté Abonnement: $5.00 pour un an; $9.00 pour deux ans; $0.75 le numéro Adresse: 1201, rue Visitation, Montréal 133, Qué.Canada Téléphone: (514) 524-1188 Courrier de la deuxième classe \u2014 Enregistrement n° 0220.\u201cFrais de port garantis si non-livrable\u201d.Imprimerie Notre-Dame (O.M.I.), Richelieu, Qué. sommaire Février 1973 \u2014 Vol.XXIII Éditorial Le socialisme, un épouvantail\tPrêtres et Laïcs 66 Dossier Le socialisme, c\u2019est quoi?\tLouis O'Neill\t69 Un socialisme à la québécoise\tJean-Paul Asselin\t72 Socialisme de porte à porte: un sondage Jean-Marc Lebeau 75 Homme nouveau, société neuve Le Mouvement des Travailleurs Chrétiens 79 Un diagnostic de la société canadienne Les messages de la Fête du travail Paul-Emile Charland 85 Feuillet-participation: le socialisme et nous Prêtres et Laïcs 95 L\u2019animation sociale: objectifs et stratégies Jocelyne Valois 103 De la pauvreté à la justice\tRené Boudreault 110 Pour une liberté libérée\tGuy Paiement, s.j.115 Syndicalisme, coopératisme et socialisme Pierre Jauvin 120 Chronioue du C.P.M.O.C\u2019est bientôt qu\u2019on va se brancher\tClaude Lefebvre 123 Recensions Détruire le système actuel?C\u2019est à y penser\t125 ézcliéoiiaf Le socialisme, un épouvantail La peur est mauvaise conseillère.C'est un dicton vieux comme le monde, mais la sagesse qu'il exprime est à apprendre de nouveau tous les jours.Le socialisme est un de ces épouvantails que l'on continue de brandir devant la face des gens simples.On n'a qu'à se rappeler, non loin de nous, les dernières campagnes électorales.De vieux clichés du temps de Duplessis continuent de hanter l'esprit de beaucoup de nos concitoyens, et certains se font forts de les alimenter avec de nouvelles \"preuves \u201d.Un sondage sur le contenu du socialisme révélerait bien des craintes, conscientes ou inconscientes, que suscite chez-nous ce seul mot.Un simple exemple nous en dit long.Lors du dernier congrès national de la J.O.C., les jeunes travailleurs venaient de faire l\u2019analyse des problèmes économiques et politiques, des solutions proposées et des luttes entreprises; quelqu\u2019un prit alors conscience que c'était le socialisme que l\u2019on préparait ainsi.Vive réaction dans le groupe: \"Nous sommes prêts à continuer la lutte, mais on veut rien savoir du socialisme!\" Dans un sens, cette réaction est saine, et on la rencontre chez plusieurs groupes de travailleurs: ils sont prêts à se battre pour la \"chose\", mais le \"mot\" leur fait peur, avec tout ce qu\u2019il charrie d images extérieures.Saine, parce qu'ils veulent bâtir un socialisme à la québécoise et non pas l'emprunter à un autre pays, à une autre situation.Il serait sans doute instructif de connaître l'origine de ces peurs, l'intérêt de ceux qui les entretiennent.Instructif, et aussi thérapeutique car ce serait un moyen de les apprivoiser.Pour sa part, l'Eglise n'y a pas été absente à un moment donné de l\u2019histoire.Mais revenir sur le passé si c\u2019est pour le dénigrer, cela n'avance à rien car c\u2019est un signe d'immaturité.Depuis quelques années la position de l'Eglise à l\u2019égard du socialisme a grandement évolué, non seulement chez les évêques de plusieurs pays, mais également de la part du Pape.La lettre de Paul VI au cardinal Roy en fait foi.66 Dans plusieurs pays du monde, en France et au Chili notamment, des militants ouvriers chrétiens ont [ait option pour le socialisme.On lira à ce sujet dans le dossier, la réflexion du Mouvement des Travail-leurs Chrétiens.Rien ne s'y oppose au nom de leur [oi au Christ et à l\u2019Eglise; au contraire, l'Evangile les provoque dans cet engagement.Ce qu\u2019ils veulent, toutefois, c'est de rester lucides pour que soient sauvegardées les valeurs inaliénables de la personne humaine.Au Québec, l'option socialiste fait lentement son chemin.Notre socialisme n'est pas pour demain, \"ce sera long, longtemps\u2019\u2019 écrit ici Jean-Marc Lebeau après avoir sondé la mentalité populaire dans le porte h porte de la dernière campagne électorale.Si les idées vont dans le sens du socialisme, le cœur et le gousset sont encore fortement capitalistes et individualistes.Il y a heureusement les mouvements populaires de solidarité qui, lentement, transforment la mentalité et forment de nouveaux militants.Nous sommes en train de récupérer une création québécoise qui i était sur le point de nous échapper: le Mouvement coopératif.Dans ses intentions premières, il voulait être un moyen de défense des travailleurs québécois.Né de la solidarité des petits, le mouvement Desjardins pouvait devenir chez-nous le germe d\u2019un socialisme autochtone.Mais il s'est intégré au système capitaliste, même s\u2019il a réussi à pousser ce dernier à certains accommodements.Nous assistons aujourd'hui à un début de contestation des Caisses populaires, trahies par leur succès.L'esprit coopératif n\u2019a pas suffisamment été entretenu par les ' institutions coopératives.On assiste donc à de nouveaux départs: la Caisse d'économie des travailleurs réunis du Québec, les comptoirs d'alimentation et, avec beaucoup de peine, des coopératives de production.A travers ces réalisations pas toujours spectaculaires, c\u2019est une mentalité nouvelle qui fait son chemin, l expérience de valeurs nouvelles, l'apprentissage de l'autogestion.Le socialisme a des racines au Québec, il répond à des aspirations qui datent de loin.Il ne faut pas grand chose pour le réveiller: la fermeture d'une usine à Cabano ou au Témiscamingue, la prise en charge d\u2019une clinique populaire, la solidarité autour d'un projet de coopérative, etc.C\u2019est à partir de ces racines que peut grandir et se développer un socialisme québécois.Si nous avons encore peur du mot, regardons la réalité qui se vit, elle est capable de susciter un projet de société différent de celui que nous avons.\tPrêtres et Laïcs 67 Aujourd\u2019hui des chrétiens sont attirés par les courants socialistes et leurs évolutions diverses.Ils cherchent à y reconnaître un certain nombre d\u2019aspirations qu\u2019ils portent en eux-mêmes au nom de leur foi.Ils se sentent insérés dans ce courant historique et veulent y mener une action.Or, selon les continents et les cultures, ce courant historique prend des formes différentes sous un même vocable, même s\u2019il a été et demeure, en bien des cas, inspiré par des idéologies incompatibles avec la foi.Un discernement attentif s\u2019impose.Paul VI Pour un pasteur, il n\u2019est donc plus question d\u2019interdire l\u2019accès au socialisme, mais d\u2019aider les chrétiens socialistes à réfléchir leur engagement.68 Le socialisme, c'est quoi?Louis O\u2019Neill Université Laval \u201cMoi, vous savez, je suis patron.Pourtant, je suis socialiste.Je veux la justice pour tout le monde.\u201d Cette remarque d\u2019un homme d\u2019affaires révèle une difficulté: celle qui surgit quand on essaie de cerner le mot socialisme.S\u2019il fallait qu\u2019on appelle socialistes tous ceux qui sont favorables à une plus grande justice sociale, il resterait bien peu de capitalistes! Ce que souligne d\u2019autre part une telle remarque, c\u2019est l\u2019imprégnation morale, voire spirituelle, du mot socialisme.Le socialisme est né d\u2019un refus d\u2019une société inhumaine engendrée par le capitalisme, du rejet de l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme, d\u2019une aspiration à la justice et à la dignité.Avant de devenir une théorie et de donner naissance à des systèmes et à des courants historiques, il a d\u2019abord véhiculé un état d\u2019âme, une mentalité.Celle d\u2019hommes sensibilisés à la dimension communautaire de la vie sociale, soucieux de favoriser une montée humaine où les petites gens auraient leur place au soleil, désireux d\u2019incarner dans la réalité les exigences de justice que certains se contentent de proclamer verbalement, confiants, grâce à la science, au travail et à un vouloir collectif, d\u2019aménager une cité humaine plus harmonieuse.Le mot connote un rêve, celui d\u2019un monde où les valeurs humaines l\u2019emportent sur le seul profit, ou l\u2019activité économique humanise au lieu d\u2019asservir, où le règne du plus fort n\u2019est plus le critère de l\u2019ordre social.Un rêve qui se nourrit d\u2019un humus évangélique, même si ceux qui l\u2019ont propagé n\u2019en n\u2019avaient souvent pas conscience, au point même de se poser parfois en adversaires de la foi chrétienne.Accusé d\u2019être matérialiste, le socialisme fut souvent 69 porteur d\u2019une inquiétude spirituelle qu\u2019on ne trouve pas dans le capitalisme exploiteur et brutal, qui compense son inhumanité foncière par un droit de vivre accordé au monde religieux, un monde dont le potentiel évangélique le rend néanmoins méfiant.Le mot socialisme désigne aussi des théories, des systèmes, des expériences historiques, dont certaines furent positives et d\u2019autres furent des faillites.On distingue, par exemple, le socialisme utopique (ou romantique) d\u2019un Robert Owen, d\u2019un Fourier, d\u2019un Saint-Simon.Ce sont des constructions à priori d\u2019un modèle social dont les rares tentatives de concrétisation se sont soldées par un échec.Le socialisme dit réformiste (ou encore démocratique) alimente un autre courant historique.On croit à la possibilité de transformer le système par l\u2019intérieur, tantôt au moyen de réformes de caractère restreint, tantôt par des réformes en profondeur.On considère la démocratie parlementaire comme un gain historique qu\u2019il faut sauvegarder.On cherche à évoluer progressivement de la démocratie formelle vers la démocratie sociale et économique.Ce courant offre un large éventail de réalisations: socialisme suédois, britannique, français, italien, israélien, zambien, tanzanien, indien, etc.Le socialisme marxiste mérite une place à part.Enraciné dans une idéologie bien spécifique, il revendique le titre de socialisme scientifique.Rejetant en bloc la société capitaliste et ses contradictions, il propose un modèle radicalement différent, où le citoyen-travailleur devient la composante sociale dominante.La seule démocratie qu\u2019il reconnaisse en théorie (car en pratique, il se révèle capable de compromis) est celle de la collectivité rapatriant le pouvoir aliéné par les possesseurs des moyens de production.En fait, l\u2019expression démocratie populaire comporte une utilisation ambiguë du terme démocratie, tel que nous l\u2019employons habituellement.Le marxisme a influencé, à divers degrés, d\u2019autres courants socialistes.Il offre des outils d\u2019analyse de la réalité que les non-marxistes utilisent avec profit.Son influence déborde largement les milieux qui se réclament de lui.Son apport historique est énorme.Pensons par exemple à la puissance du bloc soviétique, à la révolution chinoise, à la tentative de socialisme démocratique entreprise par le gouvernement Allende au Chili, etc.La diversité des expériences historiques inspirées du marxisme ne s\u2019explique pas seulement par des divergences idéologiques, mais 70 aussi par des facteurs géographiques, humains, culturels.Il est certain, par exemple, que le stalinisme a donné au socialisme soviétique une image de dureté qui n\u2019émerge pas de la théorie marxiste comme telle.En revanche, il est possible que, n\u2019eût été l\u2019intervention impérialiste de l\u2019URSS, la Tchécoslovaquie aurait pu incarner un modèle de socialisme démocratique inédit.Nul doute enfin que la manie de la répression et la bureaucratie lourde des régimes communistes diminuent l\u2019attrait que le marxisme exerce sur les socialistes appartenant à d\u2019autres écoles de pensée.Le rêve de construire une société socialiste engendre actuellement une grande attirance auprès des esprits réformistes qui estiment que le monde capitaliste requiert des transformations profondes.Au Québec, l\u2019option socialiste semble gagner du terrain.Il est souhaitable néanmoins que cette attirance n\u2019atrophie pas le sens critique qu\u2019il importe d\u2019exercer à l\u2019égard de modèles en provenance d\u2019autres pays et marqués par d\u2019autres traditions et d\u2019autres cultures.Car ce qui compte, en ultime instance, ce n\u2019est pas l\u2019idéologie ou le système, ce sont les hommes, leurs aspirations, les valeurs essentielles à toute montée humaine authentique.Le socialisme québécois est à inventer.DOSSIER Nos syndicats ouvriers et le socialisme \u2014 Où va I e syndicalisme québécois?\u2014 Un socialisme démocratique à inventer \u2014 L'option socialiste \u2014 Les partis populaires Mars 1972, Prix: 0.75 71 Un socialisme à ia québécoise Jean-Paul Asselin Aumônier J.O.C., Québec On sait maintenant qu\u2019il y a plusieurs \"socialismes\u201d.La grande querelle qui affronte le socialisme chinois au socialisme russe met également en relief le socialisme cubain, le socialisme yougoslave.Le socialisme, par exemple, veut remettre entre les mains de la population la propriété des usines et des autres moyens de production et ainsi abolir le capitalisme, c\u2019est-à-dire l\u2019accumulation excessive d\u2019argent entre les mains de quelques uns qui exploitent la masse des gens.Mais une fois cela fait, on peut réaliser le socialisme de plusieurs façons.Par exemple, conserver un gouvernement central très fort (Russie) ou bien décentraliser au maximum (Yougoslavie); on peut permettre l\u2019épargne privée, à saveur égoïste et néo-capitaliste (Russie) ou s\u2019opposer définitivement à toute idée de possession individuelle (abolir le mon, ma, moi: Chine).On peut viser le pouvoir politique par la violence (socialisme vietnamien) ou par le jeu des votes démocratiques (Chili).La question du congrès1 était donc: \"Que sera le socialisme québécois?Par quels objectifs provisoires allons-nous viser le renversement du capitalisme qui mène ouvertement le Québec surtout depuis la première guerre mondiale (1914-18 ) ?\u201d On a tour à tour examiné d\u2019abord \u201cgrosso modo\u201d les problèmes du Québec, les forces qui agissent dans les coulisses de l\u2019actualité, les solidarités que ces problèmes provoquent.Ensuite le congrès s\u2019est arrêté à réfléchir à ce qui arriverait à l\u2019économie du Québec, le sort dévolu aux entreprises privées (vg.Bell Téléphone), aux entreprises d\u2019Etat (Hydro-Québec), aux entre- 1 Le 6e Congrès des Affaires québécoises: \"Pour préparer un socialisme d'ici\", 1972.72 prises coopératives (le Mouvement Desjardins, Caisses Populaires, etc.).Le dernier jour, ce furent des remises en question fondamentales du rôle de l\u2019Ecole actuelle qui produit sans arrêt des québécois sous-développés, consommateurs dociles; quel serait son rôle dans le départ d\u2019une évolution socialiste?Puis enfin, des séances collectives de rêverie sur l\u2019environnement, l\u2019urbanisme et l\u2019habitation dans la Patrie Socialiste Québécoise, ont terminé les trois jours de recherche.Deux films encadraient la session: \"Tranquillement pas vite\", au début.A force d\u2019images choquantes et de suggestions, on conviait le québécois pétri de religion à distinguer l\u2019essentiel de l\u2019accessoire.A la fin de la session: \"Il faut aller parmi le monde pour le savoir\".Ce film laissait dans la tête une question que le F.L.Q.a bien posée à la conscience morale des Québécois: \u201cOui ou non, la découverte de notre dignité d\u2019homme se fera-t-elle dans une affirmation brutale des dynamisme endormis des Québécois?\u201d Ou encore, en d'autres mots peut-être: \"Jusqu'où un socialisme instauré avec brusquerie est-il la seule voie de salut et d\u2019épanouissement pour 6,000,000 de québécois noyés dans 220,000,000 d\u2019anglais?\u201d Mais le thème \"Socialisme d'ici\" reflète bien la pensée des participants: on veut que notre socialisme soit original, efficace au plus tôt, car on est sur le point de disparaître dans le grand tout nord-américain.Comme dans le Parti Québécois une ambiguïté n\u2019est pas dissipée, l\u2019apparition d\u2019un parti socialiste ouvrier ne serait-elle pas la minute de vérité, la séance de confession publique où seraient enfin précisées les solidarités chez les classes sociales intermédiaires, techniciens, fonctionnaires, etc.Une victoire Péquiste aux élections mènerait-elle vraiment les ouvriers au pouvoir, à plus de pouvoir?Le doute subsiste.D'ailleurs, l\u2019aventure Péquiste sera-t-elle vraiment tentée?Le terrorisme économique (qui provoque le chômage partout où il veut) est capable de casser tout mouvement social inquiétant.Alors on voit à l\u2019horizon le soleil jaune orange du socialisme québécois: mais est-ce une aurore ou un crépuscule?on ne le sait pas.On s\u2019entend à dire que la justice, ici, passera par une démarche collective (lente ou rapide, c\u2019est à voir), où les Québécois se serreront la ceinture eux-mêmes (depuis deux ans les capitalistes nous l\u2019ont serrée un peu).Et prenant les besoins des plus démunis pour guide 73 dans les étapes d\u2019un Plan économique de développement intégral, on s attaquera à la tâche de vivre selon nos moyens dans le cadre d\u2019une Amérique du Nord qui nous respectera plus qu\u2019aujourd\u2019hui.A moins bien sûr, \u2014 tout est possible \u2014 que faute d\u2019énergie morale et de courage physique et intellectuel, trahis par nos éléments les plus dynamiques, nous prenions le parti d\u2019écraser sous les sarcasmes ou l\u2019indifférence la poignée de Québécois qui proposent naïvement un avenir exigeant mais conforme à la dignité humaine.Un peuple peut toujours vendre son âme, même pour une caisse de bière.Les Québécois savent-ils ce qu\u2019ils veulent?Pour secouer notre tradition de paresse bonne-ententiste et de routine rurale, l'avènement d\u2019une guerrilla armée au Québec est une possibilité que l\u2019Irlande du Nord nous rappelle.On attend tous quelque chose de neuf au Québec.L\u2019instinct nous avertit que l\u2019on ne peut plus respirer le chômage et le mépris de nos droits ethniques sans en mourir à la longue.La session sur le Socialisme peut amener à penser qu\u2019une réaction armée n\u2019est pas un cauchemar irréalisable, impensable et tout à fait impopulaire.Le soulèvement des Patriotes de 1837-1838 par la violence, est une leçon d\u2019histoire qui peut légitimer encore bien des réveils sociaux et nationalistes, et cela s\u2019est produit dans notre Amérique du Nord.On ne veut pas la violence au Québec?Si on ne fait rien de plus rapide que ce qu\u2019on fait déjà, on lui prépare le terrain le plus propice qui soit.C\u2019est par la violence armée que le socialisme a gagné le pouvoir dans la majorité des populations sous régime socialiste, et il se peut qu\u2019un jour trop de Québécois soient lassés des paroles et des parlemen-tages.Une guerre commence par un coup de fusil.L\u2019avenir socialiste du Québec, version québécoise, a peut-être déjà vécu ce premier coup de fusil en octobre \u2019 70.Juin 1972 74 Socialisme de porte à porte Jean-Marc Lebeau Mouvement des Travailleurs Chrétiens Mon propos n\u2019est pas de faire l\u2019analyse de la dernière élection fédérale.Etre candidat à une élection offre un point d\u2019observation privilégié.1 Ce qui permet de donner la \"température socialiste\u201d d\u2019un comté: celui de St-Jean.Cette température n\u2019est pas celle qu\u2019indique le résultat du vote, c'est celle amassée, morceau par morceau, lors \"du porte à porte\u201d, de \"rencontres de cuisine\u201d, de rencontres avec des groupes syndicaux et à l'occasion d\u2019une multitude de contacts.J\u2019ai d\u2019abord retrouvé un peuple ouvrier fatigué et inquiet.Le samedi après midi un grand nombre d\u2019ouvriers dorment sur le sofa.Ça s\u2019explique.\"Avec mon $92.00 par semaine, quatre enfants dont une au CEGEP, je fais du taxi le soir\u201d.\"Je travaille sur la maintenance pour la commission scolaire.Le soir sur semaine, j\u2019attrape des \"side line\u201d: réparation de maison, etc\".\u201cTandis qu\u2019il nous font faire de \"l\u2019overtime\u201d, .faut pas manquer ça.Après ils vont en \"lay-offer\u201d une vingtaine.Tu vois comme c\u2019est mal arrangé.J\u2019comprends pas comment \"ils\u201d marchent leurs affaires\u201d.\"C\u2019est le gros \u201crush\u201d à la conserverie.Après.avec le nombre de chômeurs.c'est loin d\u2019être sûr que je trouverai quelque chose pour l\u2019hiver\u201d.\"Depuis 7, 8 ans.je ne sais pas combien j\u2019ai eu de jobs.L\u2019an passé j\u2019ai chômé trois mois.Où je travaille, c\u2019est supposé que je sois régulier à compter de décembre.C\u2019est risqué.parce que ils préfèrent prendre des nouveaux.Ça coûte moins cher.\u201d 1 Jean-Marc a fait la dernière campagne électorale comme candidat du Nouveau Parti Démocratique dans le comté fédéral de St-Jean.75 Pendant ce temps des leaders politiques parlaient des paresseux ou des parasites qui spoliaient la caisse d'assurance-chômage!!! Sauf erreur, personne ne m\u2019a parlé des positions des centrales syndicales.Ne comptons que sur nos propres moyens\u201d, les résolutions des congrès, etc., ne semblent pas rejoindre les syndiqués dans leurs préoccupations.Les militants du \"front commun\u201d étaient un peu désespérés de voir la masse des syndiqués retourner dans l\u2019indifférence.Ceux-ci, manifestaient encore une fierté de leur exploit: la grève générale.Sans l\u2019exprimer clairement, ils attendaient des nouvelles précises sur les négociations ou sur la rédaction du décret.En gros la préoccupation des syndiqués était moins le socialisme que plus de sécurité d'emploi, des salaires viables, etc.Ils ne voient pas trop comment ils peuvent participer à la construction d\u2019un socialisme.A leurs yeux c\u2019était moi qui organiserait le socialisme pour eux.Pour moi je ne pouvais rien faire sans eux.Le socialisme leur apparaissait comme \"un parti politique\" qui allait baisser les impôts, etc.Mais le changement profond des structures et des mentalités.?Il est pénible de constater comment le capitalisme a individualisé les aspirations, isolé les personnes, renfermé le monde dans un système de valeurs où la principale et l\u2019unique est l\u2019argent.\"Qu\u2019est-ce que tu as de mieux que les autres à nous offrir?\u201d Pourtant dans la vie quotidienne plusieurs posent des gestes et des actions collectives.L\u2019avancée du socialisme ne s\u2019appuie pas assez là-dessus.Sans nuance, on pourrait dire que les gros canons du socialisme ne sont pas compris.Ceux qui vivent dans une perspective de changement ne sont pas écoutés.La peur existe encore.Pour plusieurs il y a la peur du socialisme et pour d'autres la crainte de s\u2019identifier à un parti politique.\"Votre affaire.ça ne serait pas quelque chose comme à Cuba?\u201d \u201cVous ne le dites pas, mais une fois au pouvoir!!!\u201d \"Je vais voter pour, mais je sais que vous ne gagnerez pas.Les socialistes nous enlèveraient nos maisons\".Même si cette sorte de crainte est moins apparante, elle existe toujours.76 L\u2019autre crainte est celle de s\u2019identifier à un groupe politique.\u201cJe suis employé municipal.Même si on a un syndicat.tu sais un gars qui s\u2019avance dans la politique, on finit toujours par lui faire du trouble\u2019\u2019.\u201cComme employé de l'Hydro-Québec, je n\u2019ai pas le droit de m\u2019afficher\u2019\u2019.\u201cJe travaille pour mon frère qui a un commerce.ça pourrait lui nuire\u201d.Un type m\u2019avait reproché, lors d\u2019une rencontre, le manque de radicalisme dans notre programme.\u201cCe ne sont que des réformettes.Ce n\u2019est pas du vrai socialisme\u201d.Quelques jours plus tard je lui demande de donner un coup de main pour le porte à porte.Il répond: \u201cÇa m\u2019embête, car tu sais, j\u2019ai un petit commerce en plus de mon emploi.Çà peut nuire\u201d.Un refus incohérent On remarque un refus sans cohésion chez bien des personnes ou des groupes.On commence à mettre en doute, morceau par morceau, le système capitaliste.L'organisation du travail, le double emploi pour arriver à vivre, le chômage, les brusques fermetures d\u2019usine, les inégalités fiscales, etc., sont autant de points sur lesquels un bon nombre de personnes s\u2019interrogent et cherchent des possibilités de changements profonds.Cette recherche pour certains est trop théorique.pour d\u2019autres elle est trop isolée.Pour d\u2019autres, ce refus sans cohésion les pousse à chercher un magicien ou un sauveur qui réglera tous les problèmes à leur place.Fatigués et inquiets par de longues années de travail, forcés d'inventer des solutions au jour le jour pour vivre, informés trop théoriquement ou globalement sur des événements qui les concernent directement, publicisés par les valeurs d\u2019un système économique, forcés de sauver leur pain quotidien, les travailleurs arrivent difficilement à ramasser leurs motivations de fond et les énergies qui leur restent.Ainsi devant un paysage politique brouillé et un jeu économique au-dessus de leur tête, les travailleurs veulent simplifier et sont attirés par le \u201csauveur\u201d qui réglera tout à leur place.Une nouvelle race de militants Une nouvelle race de militants, souvent en lien avec les vieux routiers, se forge dans différents organismes.Le syndicalisme continue à 77 fabriquer d authentiques militants.Trop souvent accaparés par des questions immédiates, ils ne peuvent, avec regret, faire plus.Dans les groupes populaires des questions de fond se posent.On en arrive à questionner les valeurs de la société actuelle.J'ai rencontré plusieurs de ces militants.Parfois dans une action humble ils touchent des motivations vraies.\"Ce qui m\u2019intéresse ce ne sont pas les millions de la caisse populaire.c\u2019est ce que nous faisons de cet argent\".\"La municipalité fait un déficit pour envoyer nos égoûts dans la rivière.pourquoi elle refuse de payer pour un centre communautaire?C\u2019est important que l\u2019on se rencontre entre citoyen\u201d.\"Ce n\u2019est pas une question d'argent seulement.c\u2019est d\u2019être traité comme du monde\u201d.Le \"front commun\u201d même s\u2019il semble essouflé et malgré les récentes divisions, a généré dans son action des dizaines de nouveaux militants qui commencent à se faire valoir.Ce sera long, longtemps.Les travailleurs n\u2019ont jamais opté pour le capitalisme.Ils s\u2019y sont intégrés malgré eux.Le socialisme démocratique ne peut, au rique de se trahir, s\u2019implanter sans une option des travailleurs.Se sortir d\u2019une mentalité et de longues habitudes capitalistes pour se forger ensemble une mentalité et des habitudes socialistes exigera des efforts et une redécouverte des valeurs qui motivent.La volonté de bâtir une société différente vient de l\u2019histoire du monde ouvrier et des constatations que le capitalisme ne correspond pas aux véritables aspirations des hommes.(Ce n\u2019est pas mon propos de démontrer le refus du capitalisme).L\u2019intention est de bâtir une société neuve où la fraternité, la dignité, le respect, la vérité, la solidarité, le partage, la liberté, le développement intégral des hommes remplaceront la méfiance, la frustration, la domination, le mensonge, l\u2019isolement, la concurrence, la recherche du profit en soi, la peur et le refoulement de la majorité des hommes en dehors des centres où se décident leur vie.Cette prise de conscience, ces changements à faire ensemble, cette longue marche démocratique avec les tâtonnements, les reculs, les contradictions, exigent le risque de se faire confiance.78 Homme nouveau Société neuve Le Mouvement des Travailleurs Chrétiens Des milliers de militants ouvriers, par une longue marche et de multiples cheminements, arrivent à rejeter Un refus\tles façons de faire, les habitudes, les routines du système positif\tcapitaliste.Une bonne partie, par leur longue expé- rience concrète de vie ouvrière, rejette le système capitaliste.L'expansion du mouvement ouvrier, la conscience politique qui se développe, la foi dans l'homme et sa dignité, etc, font qu'une société nouvelle se bâtit par des hommes nouveaux.Des militants ouvriers chrétiens, se réclamant de l\u2019Evangile, sont profondément insérés dans ce courant de changement profond de la société.Leur espérance, la certitude de Jésus-Christ, leur amour inconditionnel des hommes, la soif de justice, de dignité et de vérité qui se concrétisent dans un engage- Le Mouvement des Travailleurs Chrétiens (M.T.C.) du Canada est rattaché au Mouvement Mondial des Travailleurs Chrétiens (M.M.T.C.).A l'automne de l'année dernière les Conversations internationales du mouvement se sont tenues à Lima, au Pérou.Voici les réflexions des délégués canadiens sur la troisième journée des Conversations où il fut question du socialisme.79 ment libérateur: ce sont de multiples signes d'une société nouvelle.Voir les signes d\u2019une société nouvelle Une longue marche Quand des hommes se regroupent dans l'action et retrouvent la profondeur de leur dignité: la société nouvelle se réalise.Que ce soit par des tâches humbles ou des responsabilités de premiers plans, par notre [oi dans l\u2019homme habité par Jésus-Christ, nous y voyons des hommes neufs et une société différente.Dans un quartier populaire, après des années de silence, de fatalisme et d\u2019humiliation, des femmes commencent à parler et revendiquent l\u2019aménagement des terrains du quartier afin d'éviter des accidents à leurs enfants.Ceci est le signe de la \"guérison des muets et des paralytiques\u201d.Dans presque tous les pays, même ceux que l\u2019ont dit développés, des initatives multiples favorisent l\u2019al-phabitisation.C'est un signe du partage, de l\u2019épanouissement des talents et aptitudes.Un peu partout, une variété de groupes coopératifs rassemblent des hommes pour avancer.Ensemble ils reprennent le sens des responsabilités, découvrent leurs possibilités, découvrent comment le système économique les a fait déraper des endroits de décisions, etc.L\u2019action syndicale dans les pays où elle est possible, placent les hommes ensemble pour faire avancer la justice, leur dignité, leurs droits.La multitude d\u2019organisations ouvrières tout en bâtissant une société neuve, questionne les fondements mêmes de la société globale.Dans plusieurs pays des militants sont engagés à mettre en place des structures sociales, économiques et politiques qui correspondent vraiment aux véritables aspirations de tout l\u2019homme et de tous les hommes.Des structures et une organisation où les hommes seront pleinement responsables d\u2019eux-mêmes.80 Option pour le socialisme Vie quotidienne et avant-garde ouvrière Socialisme est le nom que l\u2019on donne à cette société nouvelle.Dans plusieurs pays, le mouvement ouvrier a opté pour le socialisme démocratique.Deux mouvements affiliés au M.M.T.C.ont aussi publiquement opté pour le socialisme.Cette option vient du caractère inhumain du capitalisme, d\u2019une fidélité au monde ouvrier, à cause de l\u2019échec du réformisme et aussi par fidélité au Message Chrétien et au peuple qui voit dans le socialisme une société plus juste.Ailleurs ce sont des militants qui ont opté pour le socialisme.Pour ces militants et ces mouvements, il est nécessaire, à cette étape de développement de leur société, qu\u2019elle se donne un ensemble de moyens, de structures économiques, sociales et politiques pour continuer les efforts de justice, de fraternité, d\u2019égalité, etc.La société nouvelle dans son cheminement, doit se donner une organisation plus globale.Fidèles aux aspirations profondes des hommes, les militants, dans la construction du socialisme, gardent un esprit critique.Car là aussi nous devons promouvoir les valeurs auxquelles nous tenons.Car là aussi peut se développer la volonté de puissance, l\u2019esprit de domination, l\u2019ambition du pouvoir en soi, l\u2019individualisme collectif, etc.Des militants ouvriers, par leur expérience, leurs talents et leur long apprentissage de responsabilités de premier plan, se retrouvent à l\u2019avant-garde d\u2019un monde ouvrier.Par leur fidélité à l\u2019ensemble du monde ouvrier ils savent qu'il ne faut pas donner une valeur absolue aux mots et aux structures.Toujours ils développent un esprit critique fidèle aux aspirations profondes de leurs frères.Continuellement ils donnent des bras et des jambes aux mots et aux idées pour que ceux-ci ne décrochent pas de la vie quotidienne et ne perdent la fraîcheur de vie qu\u2019ils contiennent.Il faut [aire éclater les 81 Le socialisme n\u2019est pas un caprice Les hommes sacrifiés à l\u2019argent mots pour toujours leur redonner une signification pour tous.Respectueux de l\u2019ensemble du monde ouvrier, les militants d\u2019avant-garde, sont en contact avec les militants engagés dans des tâches plus humbles.Les militants d\u2019avant-garde se rappellent que c\u2019est un long apprentissage dans l\u2019action qui graduellement les a amenés à découvrir la nécessité d\u2019un changement radical.La conscientisation est toujours d\u2019actualité.Pour ne pas risquer d\u2019imposer des structures, des habitudes, qui sont l\u2019aboutissement de plusieurs années d\u2019expériences, il faut garder la préoccupation de l\u2019éducation.Aussi se laisser quotidiennement questionner par les ouvriers, les petites réalités, etc.Enfin nous savons que l\u2019éducation n\u2019est pas un dressage.L'accumulation de connaissances techniques et l'accélération ne font pas l\u2019éducation.Il faut toujours commencer par le commencement.Sans oublier que la société nouvelle se fait au jour le jour; le refus du capitalisme et la construction d\u2019un socialisme démocratique ne sont pas des caprices passagers.La réalité ouvrière, la tradition des luttes ouvrières et les exigences de la justice, de la solidarité, etc, indiquent depuis longtemps au monde ouvrier qu\u2019il doit bâtir une société différente.Le refus du capitalisme s\u2019impose par les réalités quotidiennes de vie ouvrière.Le refus du capitalisme s\u2019impose davantage par les valeurs humaines et évangéliques auxquelles nous confrontons la réalité.La vie ouvrière de tous les jours, les situations et les événements nous montrent que le système capitaliste n\u2019est pas compatible avec les aspirations profondes des hommes.Le travail en fonction du profit ne permet pas à l\u2019homme d\u2019être créateur, de développer son intelligence, son cœur, son imagination et d\u2019être au service des autres.82 Une espérance qui dépasse les espoirs La société capitaliste de consommation ne répond pas aux vrais besoins des hommes.Elle se développe au bénéfice de l'argent par la publicité, le crédit, etc.Dans la société capitaliste l\u2019homme domine l\u2019homme, au travail, dans la vie sociale et politique.La masse des gens est éloignée de l\u2019avoir, du savoir et du pouvoir.Au lieu de rassembler dans la fraternité, le capitalisme isole les hommes, les met en concurrence et juge la réussite sur des critères individuels, par ce que l\u2019on possède et non sur ce que nous sommes.Que ce soit dans un pays en particulier ou dans l\u2019ensemble du monde, la minorité possède et la majorité se débat dans la pauvreté.Que l\u2019on examine les causes du chômage, des fermetures d\u2019usines, les règles du commerce international, la domination de pays par d\u2019autres, etc.nous constatons que ce n\u2019est pas le fruit du hasard mais le péché profondément enraciné dans les structures économiques.C\u2019est la constatation de ces faits et de bien d\u2019autres qui nous pousse à bâtir une société neuve où la fraternité, la dignité, le respect, la vérité, la solidarité, le partage, la liberté, le développement intégral de l\u2019homme remplaceront la méfiance, la frustration, la domination, le mensonge, l'isolement, la concurrence, la recherche du profit en soi, la peur et le refoulement de la majorité des hommes en dehors des centres où se décide leur vie.Profondément solidaires du monde ouvrier dans lequel ils sont insérés, les militants chrétiens y trouvent le lieu de rencontre de Jésus-Christ vivant au milieu des hommes.C\u2019est là que nous devons être des vrais signes d\u2019Eglise, c\u2019est là que nous trouvons l'occasion joyeuse de révéler l\u2019Evangile et de faire connaître Jésus-Christ.C\u2019est dans cet esprit que les militants réunis aux conversations internationales de Lima au Pérou propo- 83 sent des pistes d'action et des valeurs à vivre collectivement pour continuer à promouvoir l'homme nouveau qui est et qui [ait la société nouvelle.Les militants savent que les luttes pour continuer à bâtir une société nouvelle ne seront pas faciles.L\u2019histoire ouvrière nous montre qu\u2019ensemble nous sommes dans une longue marche.La société et les structures capitalistes ne tomberont pas d\u2019elles-mêmes.Nous savons ce que des militants doivent payer pour leurs convictions (emprisonnement, tortures, mort, privation des droits).Nous savons que le système a les moyens de se défendre (moyens de communications, argent, armée, police, récupération par la publicité, etc).Devant ces obstacles et les efforts à déployer pour bâtir un monde nouveau, les militants ouvriers chrétiens à cette époque historique, doivent nourrir leur [oi dans le Christ et renouveler leur espérance qui dépasse les espoirs. Les messages de la Fête du travail Un diagnostic de la société canadienne Paul-Emile Charland, o.m.i.Depuis cinq ans, à l\u2019occasion de la Fête du travail, les évêques du Canada, par la voix de la commission épiscopale d\u2019action sociale, adressent à tous les canadiens un message en rapport avec la situation socio-économique de notre pays.Ces cinq derniers messages ont entre eux une certaine continuité de pensée, bien que les plus récents, comme nous le verrons, marquent plus d\u2019hésitation dans l\u2019analyse et les solution proposées.Nous voudrions tenter une exégèse de ces cinq textes pour voir jusqu'où va la pensée officielle de l'Eglise canadienne sur les problèmes sociaux vécus chez nous.L\u2019exégèse, ou l\u2019étude d\u2019un texte pour en dégager la pensée d\u2019un auteur, est un art auquel nous ont habitués la science biblique et la psychanalyse.La première cherche principalement à situer le texte dans son contexte historique, le sitz im leben, le milieu de vie des auteurs sacrés.La seconde s\u2019attache surtout, à travers les omissions et les incohérences du langage, à retrouver la pensée qui ne peut encore s\u2019exprimer clairement.A l\u2019aide de ces deux disciplines, nous tenterons de dégager de ces textes l\u2019analyse sociale qu\u2019ils proposent, les valeurs qu\u2019ils défendent et les solutions qu\u2019ils prônent pour la mise en œuvre politique et économique de ces valeurs.85 Les thèmes abordés dans ces messages sont les suivants: en 1968, la Pauvreté1; en 1969, les Nouveaux pouvoirs2 3; en 1970, la Libération\u2019; en 1971, la Violence4 *; en 1972, le Partage6.Situer ces messages dans leur contexte historique nous apportera d'abord un premier éclairage; en cela nous serons fidèles à leur préoccupation qui est de lire les \"signes des temps\u201d de manière à dégager le sens chrétien des événements.Le contexte historique L\u2019année 1968 a été celle de la Conférence interconfessionnelle tenue à l\u2019Université de Montréal dont le thème était: \"Conscience chrétienne et pauvreté\", Un événement célèbre et inattendu était venu marquer cette assemblée, ce fut la protestation de certains groupes populaires qui n\u2019étaient pas représentés à une conférence où ils étaient les premiers intéressés.Le texte en fait écho: \"Nous oublions si facilement les pauvres! Nous sommes à peine disposés à favoriser leur participation aux décisions qui les concernent\u201d (1968).Participer aux décisions qui les concernent: une expression qui fera les manchettes au cours de cette période.La naissance de \"nouveaux pouvoirs\u201d dans la société, tant civile que religieuse, apparaît comme un \"signe des temps\u201d.\"Ce phénomène d\u2019actualité a retenu notre attention.Nous croyons opportun d\u2019en faire le thème de nos réflexions en cette Fête du travail 1969.\u201d C\u2019est l'efflorescence des comités de citoyens, des groupes d\u2019action politique: une 1\tMessage à l'occasion de la fête du travail, septembre 1968.L'Eglise canadienne: documents et information, octobre 1968, p.291.2\tLes nouveaux pouvoirs.Texte de la Commission épiscopale d'Action sociale, commenté par Jacques Grand'Maison.Prêtres et Laïcs, janvier 1970, pp.10-30.3\tLibération de l'homme contemporain.Message de la Fête du travail 1970, commenté par Louis O\u2019Neill.Prêtres et Laïcs, décembre 1970, pp.565-582.* Quand les évêques parlent de la violence.Lettre des Evêques canadiens à l\u2019occasion de la fête du travail 1971, commentée par Bernard Favreau.Prêtres et Laïcs, octobre 1971, pp.473-486.6 Le partage.Message des évêques canadiens à l'occasion de la fête du travail, septembre 1972.L'Eglise canadienne: documents et information, septembre 1972, p.195.86 année prospère pour l\u2019animation sociale.L\u2019Eglise s\u2019en réjouit comme devant les signes d\u2019un temps nouveau; elle se dit prête à favoriser l\u2019émergence de ces nouveaux pouvoirs.Cependant, on peut dès à présent se poser une question: nos chefs spirituels ont-ils perçu l\u2019objectif dernier de cette volonté de participer au pouvoir?1970 aura été l\u2019année chaude, avec les événements d\u2019octobre.\"Sur tous les continents et dans la plupart des pays, des voix angoissées réclament à grands cris la libération des esclavages modernes qui ont nom:.Ces voix réclament, et de toute urgence, une transformation des mentalités et une réforme des structures\u201d (1970, 1).Le message de cette année portera donc sur la Libération.Il n\u2019est pas téméraire d\u2019y déceler une influence venant de l\u2019Eglise d\u2019Amérique latine et de la déclaration collective des évêques à Medellin (1968), puisqu\u2019on s\u2019y réfère explicitement (1970, 7).Nous touchons, avec ce message de l'Eglise canadienne, le point sensible de la situation sociale.\"On doit se réjouir, écrit Louis O'Neill, que la publication de ce manifeste ait eu lieu avant ces événements (octobre).Autrement, on peut se demander si les auteurs du texte, obligés de tenir compte du climat de crainte et de tension créé par ces événements, n\u2019auraient pas alors préféré s\u2019exprimer avec des réserves qui eussent enlevé à leur prise de position son style incisif et courageux\u201d6.Après les manifestations de violence qui eurent lieu au Québec vers la fin de '70 et dont on ressentait encore l\u2019amertume, il était tout indiqué que le message de 1971 portât sur ce thème.Nous rencontrons dans ce message une attitude nouvelle de la part de la commission épiscopale: les évêques ne sont plus les seuls définisseurs de la situation, \u201cune consultation en vue du présent message nous a permis d\u2019entendre des voix nombreuses et diversifiées\u201d (1971, 2).Il y a en effet différents points de vue pour définir la violence: celui qui l\u2019inflige et celui qui la reçoit.Malgré quelques hésitations, quelques distinctions, les auteurs du message prennent parti pour ceux qui souffrent violence: \u201cLes chrétiens de chaque communauté locale ont la responsabilité de traduire en actes les appels d\u2019engagement contenus dans le présent message et dans ceux qui ont été consacrés aux \u201cNouveaux pouvoirs\u201d et à la \u201cLibération\u201d (1971, 21).6 Prêtres et Laïcs, décembre 1970, p.582.87 Un partage plus équitable des biens, ce sera le message de 1972, à la veille des élections fédérales.Il ne faut pas se laisser leurrer par 1 apparente prospérité du Canada.Le Rapport sénatorial sur la Pauvreté (Croll) révèle des chiffres peu flatteurs pour notre pays.Le message invite, comme il convient, d'abord à un changement de mentalité; mais il rappelle, en continuité avec les messages précédents, que \u2018seule la redistribution du pouvoir par une participation efficace\", pourrait conduire à un meilleur partage des richesses.\"Des faits récents survenus dans plusieurs régions du pays confirment ce point d\u2019une façon plus marquée: la multiplication des conflits de travail et l\u2019accent nouveau placé sur le fait que la seule amélioration des contrats de travail ne suffit plus.\u201d Et le message de conclure: \"C'est tout le système économique et politique qui est remis en cause\" (1972, 8).Le contexte des messages annuels est bien celui que nous vivons au Canada, et en particulier dans la province de Québec.Ce contexte est aussi marqué par les combats que livrent les travailleurs de l\u2019Amérique latine, du Brésil et du Chili, auquel on fait parfois allusion.Les évêques s\u2019efforcent loyalement d\u2019y découvrir des signes et des appels adressés à notre foi et à notre engagement chrétien.D\u2019une année à l\u2019autre nous trouvons une continuité de pensée dans le sens d\u2019une redistribution des pouvoirs et d\u2019une nécessaire réforme des structures.Mais nous croyons découvrir dans les deux derniers messages, un fléchissement ou tout au moins un temps d\u2019arrêt dans la vigueur de l'analyse et la recherche des solutions.C\u2019est ce que nous allons tenter d'expliciter maintenant.T,F.DIAGNOSTIC SOCIAL Poser un diagnostic consiste à déterminer la gravité d'une maladie, en chercher les causes et trouver les remèdes qui conviennent, sinon la nécessité d\u2019une intervention chirurgicale.Est-ce qu\u2019il revient à l'Eglise de remplir, à l\u2019égard de la société, cette fonction médicale?A quel titre et selon quels critères?Par solidarité avec les travailleurs.C\u2019est la première affirmation que l'on rencontre au début de cette série de messages.Le diagnostic risque donc d\u2019être partial! Oui, mais d\u2019une partialité qui est une conséquence de notre titre de chrétiens: \u2018\u2018notre titre de chrétien sonne faux 88 si nous n\u2019acceptons pas de partager les angoisses des victimes du chômage, de la discrimination, de la pauvreté sous toutes ses formes, et de vibrer aux aspirations de ceux qui espèrent la réalisation d une juste société\u201d (1968, 1).Le premier message constate que la situation est grave: \u2018\u2018Le scandale de la pauvreté et de l\u2019injustice dans le monde est flagrant\u201d (1968, 2).Les causes en sont d'ordre collectif: \u201cNous portons tous, collectivement, la responsabilité d\u2019une telle situation\u201d (ibid).Est-ce qu\u2019il y en a qui sont plus responsables que d'autres?Le texte ne le dit pas.Pourquoi cette omission?Il y a pourtant un indice: \u201cNous sommes à peine disposés à favoriser leur participation aux décisions qui les concernent\u201d (1968,6).Il s'agit donc de la responsabilité de ceux qui ont le pouvoir.On entrevoit des remèdes qui ont déjà été efficaces: \u201cDans le passé, les travailleurs canadiens, grâce surtout à leurs mouvements organisés, ont déployé des efforts courageux pour relever les opprimés et les victimes de l\u2019injustice chez nous\u201d (1968, 8).Le malade doit, avant tout, compter sur ses ressources vitales: \"Les travailleurs et les pauvres sont certes les premiers responsables de l\u2019amélioration de leur sort\u201d (ibid, 10).Jusqu\u2019ici le diagnostic nous semble bon.Mais voilà qu\u2019il tourne court quand il prescrit: \u201cmais les employeurs, les organismes sociaux, les pouvoirs publics doivent se joindre à eux pour élaborer une stratégie commune et solidaire dans la guerre à la pauvreté\" (ibid, 10).Il tourne court parce qu\u2019il omet de dévoiler comment ces derniers sont parmi les causes de la maladie; il tourne court également parce qu'il espère que le responsable de la maladie puisse en être le médecin.La pauvreté n'est pas une maladie contre laquelle on lutte: elle est le résultat d\u2019une lutte entre parties inégales.Un signe de santé L\u2019année suivante, le malade prendra de la vigueur, et les évêques reconnaîtront dans ces \u201cnouveaux pouvoirs\u201d un signe des temps, un nouvel espoir.C\u2019est presque de l\u2019euphorie: \u201cCette émergence des \"nouveaux pouvoirs\u201d dans la société moderne marque un réel progrès dans le développement de la société démocratique: elle signifie une redistribution du pouvoir parmi les groupes qui jusqu\u2019ici en étaient dépourvus\u201d (1969, 2).Le diagnostic pêche maintenant par optimisme sur l\u2019état 89 de santé du patient.Il pêche même par inexactitude, car le pouvoir n est pas redistribué\", comme si ceux qui le détenaient voulaient bien consentir à en céder une partie.Un pouvoir se conquiert, et presque de haute lutte, par ceux qui jusqu\u2019ici en étaient démunis.Le malade est maintenant suffisamment fort pour commencer à contester.\"De cela il faut se réjouir.Nous acceptons même que ces nouveaux pouvoirs\" se fassent contestataires et deviennent, s'il le faut, des \"contre-pouvoirs\" pour faire cesser des situations inacceptables\" (1969, 12).L\u2019organisme malade doit lutter pour sa guérison.Mais le médecin semble ici être pris en défaut quand il recommande: \u201cLe chrétien doit rechercher, par delà l'affrontement déplorable des pouvoirs qui hélas! fait trop de victimes, à réaliser un monde meilleur où pouvoir et justice coexistent\u201d (1969, H).Nous trouvons ici, écrit Jacques Grand'Maison, une philosophie politique quelque peu primaire.Que veut dire cette co-existence?Le problème est escamoté.Il s\u2019agit plutôt de voir comment les deux devraient s\u2019articuler7.Nous ne sommes pas au bout de nos peines.En effet, nos spiritualités ne savent que faire du conflit et des affrontements inévitables.La phase critique Le diagnostic se poursuit l\u2019année suivante.Le malade veut vivre, il aspire maintenant à la liberté.Mais comme dans toute maladie il y a une phase critique, la situation sociale en cette année 1970, est arrivée à un point tournant.\"Marqués au coin de l\u2019impatience, ces espoirs ne sauraient être déçus sans risquer de provoquer une amère récolte de violence\u201d ( 1970, 1 ).Ici le diagnostic se fait pronostic, que confirmeront, le mois suivant, les événements que nous connaissons.L\u2019analyse de la situation est, en effet, plus poussée: elle rejoint non plus seulement les personnes mais aussi les structures sociales8.Toutes les formes d\u2019oppression relevées par les évêques sont suscitées soit \"par l'égoïsme des hommes ou l\u2019inadaptation de leurs institutions\u201d 7\tPrêtres et Laïcs, janvier 1970, p.27.8\t\"Si les chrétiens ignorent la dimension structurelle des problèmes humains, ils décevront les hommes qui espèrent une justice meilleure et ainsi contribueront à provoquer une amère récolte de violence\u201d.Louis O'Neill, Prêtres et Laïcs, décembre 1970, p.566.90 (1970, 1).La solution ne peut donc être purement superficielle, elle requiert \u201cune transformation des mentalités et une réforme des structures\u201d (ibid).Dans un monde où les structures, l\u2019organisation et la socialisation cernent et conditionnent l\u2019activité humaine, on ne peut ignorer, dit Louis O\u2019Neill, l'impact des mécanismes collectifs sur la liberté des personnes et leur épanouissement9.La libération se fera de deux façons, selon la pensée des évêques.D\u2019abord par la participation sociale (1970, 8-11).Ici se trouve le passage-clef de l'ensemble du document: il introduit un nouvel instrument d\u2019analyse sociale, celui de \u201clibération\u201d.Le terme de développement \"met en évidence les aspects humains de la croissance économique\u201d, mais \u201cil donne parfois l\u2019impression que le progrès s\u2019opère toujours sans heurt et graduellement.La notion de libération vient corriger cette impression: elle remet en cause les mythes confortables des privilégiés; elle fait saisir l\u2019urgence et l\u2019impatience qui caractérisent les attentes des démunis, eux qui se sentent comme pris au piège et veulent une libération immédiate\u201d (1970, 8).Un réveil à la conscience A ce stade de la guérison, le malade commence à vouloir se passer des services de son médecin; il est passé par la salle de réveil de la \u201cconscientisation\u201d.\u201cLes déshérités sont de plus en plus conscients que la participation est une des clefs de leur libération.Ils se rendent compte que le pouvoir politique doit reposer sur une assise plus large; ils sont convaincus qu\u2019ils doivent avoir voix au chapitre pour arriver un jour à s'épanouir et à jouir des avantages sociaux\u201d (1970, 10).Quels sont maintenant les pronostics sur l\u2019évolution de la guérison?Le rapport prévoit deux phases, dont la première commence à se manifester \"heureusement\u201d: \"Certes, dans sa première phase, le mouvement apparaît négatif, les \u201csans-pouvoir\u201d se heurtent aux détenteurs des pouvoirs en place et cherchent à démolir les obstacles qui obstruent leur route\u201d (1970, 10).Lorsque surviendra cette phase, comment sera-t-elle traitée?La seconde phase, celle que l\u2019on pourrait appeler du retour à la vie normale, suppose que le malade soit accepté par l\u2019ensemble de la 9 ibid.p.566.91 société comme un homme en santé: \"La seconde étape de construction devrait se réaliser quand les pouvoirs traditionnels et les promoteurs du nouveau pouvoir\u201d en arrivent à collaborer aux prises de décision\u201d (ibid).Les événements que nous avons vécus cette année-là n\u2019ont pas confirmé des prévisions optimistes du document.C\u2019est que sans doute la \"première phase\u201d n\u2019est pas encore terminée.Les initiateurs et les animateurs des comités de citoyens, de coopératives de consommateurs, des Jeunes canadiens, etc., sont loin d\u2019avoir la preuve que les \"pouvoirs en place\u201d apprécient vraiment leur contribution10.Le deuxième remède est la libération par un changement de mentalité (1970, 12-14): \"La libération exige de chacun un renouveau personnel, tout spécialement de la part des nantis.\u201d.L\u2019Eglise est ici dans un domaine qui semble plus naturellement le sien, celui de la conversion des cœurs.Mais la conviction personnelle ne suffit pas pour y parvenir.Pour l\u2019homme appelé à vivre en société, la conversion passe le plus souvent par les structures sociales.\"Bien que le salut que Dieu offre à l\u2019homme s\u2019adresse à des personnes, à des individus, il demeure que la poursuite de ce salut s\u2019effectue au sein de structures, de régimes politiques, de systèmes économiques, d\u2019institutions\u201d* 11.Un changement de mentalité implique une vision nouvelle des besoins des plus démunis, de leurs droits, de leur dignité à respecter et une remise en question des structures qui provoquent la prolifération de groupes humains marginaux, tenus à l'écart du progrès social et économique.La réaction Le malade québécois, conscient de ses forces nouvelles, a provoqué un affrontement qui a dégénéré en violence.Quel diagnostic le \"médecin\u201d va-t-il porter sur le comportement de son patient: un accès de délire?une présomption de ses forces?une impatience de convalescent?ou un phénomène de rejet par le corps social?Le médecin semble un peu pris au dépourvu: \"Les Canadiens s\u2019interrogent de plus en plus sur les manifestations de violence qui ont cours dans le monde, et particulièrement dans notre pays.Nous aussi, nous nous interrogeons.\u201d (1971, 1).L\u2019hésitation à adopter des positions plus précises, face à ce sujet, peut s\u2019expliquer par la quasi-inexistence d\u2019une théologie de la 10\tLouis O\u2019Neill, Prêtres et Laïcs, décembre 1970, p.579.11\tLouis O'Neill, Prêtre et Laïcs, décembre 1970, p.566.92 violence12.Elle peut s\u2019expliquer également par un refus inconscient de reconnaître les véritables causes de l\u2019état du patient; on se réfugie alors dans des considérations générales: \"La violence est un phénomène constant dans l\u2019histoire de l\u2019humanité\u201d (1971, 7).\"Ces traits de mentalité et de civilisation créent un climat favorable au développement de la violence\" (ibid 8).Le diagnostic marque un temps d'arrêt, les causes de la violence ne sont pas identifiées.Alors on s\u2019évade: \"Aux problèmes de violence, qui pourrait prétendre apporter la \"bonne réponse\u201d?(1971, 5).L\u2019esprit de l\u2019Evangile doit pourtant inspirer les efforts de libération humaine.Malgré la faiblesse de l\u2019analyse, le rapport continue cependant à encourager les chrétiens à collaborer \"à l\u2019animation sociale, à l\u2019organisation des mouvements populaires, à la participation à la vie politique\u201d (1971, 21).En proposant comme remède l\u2019animation sociale, est-ce qu\u2019on est bien conscient de ses effets primaires et de ses effets secondaires?L\u2019objectif propre de l\u2019animation sociale concorde-t-il avec l\u2019objectif de ceux qui la proposent?\"Un engagement lucide suppose une réflexion honnête\u201d (1971, 22).C\u2019est ici qu\u2019un tel prérequis prend toute son importance.S\u2019engager lucidement dans l\u2019animation sociale suppose que l\u2019on soit conscient des objectifs qui nous inspirent et des limites qui nous restreignent, autrement on met en branle un processus que l\u2019on ne peut arrêter en chemin sans qu\u2019il se retourne contre soi.L'animation sociale peut-elle s\u2019arrêter sans avoir transformé radicalement les structures de la société?(On lira plus loin l\u2019article de Jocelyne Valois: l\u2019animation sociale, page 103).Des causes plus profondes S\u2019il ne l\u2019a pas accompagné jusque dans son sursaut de violence, le \"médecin\u201d continue pourtant de suivre son patient.L\u2019année suivante, l\u2019état du malade ne s\u2019est pas amélioré, \"les inégalités sont toujours aussi criantes\u201d (1972, 3).\"Malgré la hausse du revenu national brut, le chômage demeure une véritable plaie à peu près partout dans le monde et le fossé entre riches et pauvres s\u2019élargit toujours\u201d (1972, 2).Les événements exigent un examen plus lucide: le partage devient l\u2019une des conditions essentielles de survie humaine sur la terre.12 Bernard Favreau, Prêtres et Laïcs, octobre 1971, p.473.93 Le diagnostic, ici, s\u2019est enrichi de l\u2019expérience du Chili (1972, 6) et des conflits de travail survenus au cours de l\u2019année (ibid, 8): \"seule la redistribution du pouvoir par une participation efficace pourrait conduire à un meilleur partage des richesses\u201d.\u201cC\u2019est tout le système économique et politique qui est remis en cause\u2019\u2019 (1972, 8).Nous verrons plus loin si les solutions proposées sont suffisantes.Enfin, le \u201cmédecin\u201d commence à s\u2019impliquer lui-même et à s\u2019inquiéter de savoir s\u2019il n\u2019est pas lui-même porteur de germe: \u201c En avril dernier, l\u2019Episcopat canadien invitait les communautés chrétiennes à procéder à un examen de conscience collectif\u201d (1972, H).Pour résumer le diagnostic porté par la commission épiscopale, on peut dire que l'état de la société canadienne est suffisamment grave pour exiger des changements: changements de mentalité, mais aussi changements de structures politiques et économiques.Il semble, malgré l\u2019une ou l\u2019autre affirmation plus forte (1972, 8), que ces changements soient conçus comme des améliorations apportées au système démocratique actuel.Est-on allé jusqu\u2019aux causes profondes du malaise?Nous dirions que, timidement, on commence à mettre le doigt sur la plaie, dans le dernier message: \u201cPlusieurs Canadiens, cependant contribuent au maintien de structures qui, dans leur état actuel, profitent d\u2019abord aux personnes déjà favorisées et non au plus nécessiteuses.Car selon leur échelle de valeurs, l\u2019individualisme prime sur la coopération; l\u2019égoïsme, sur le partage; l\u2019accumulation des richesses, sur la modération\u201d (1972, 9).\"On respecte toujours le \"système\u201d.Et tant pis si les citoyens en souffrent!\" (ibid, 10).Cette dernière prise de conscience du malaise nous amène à extraire du diagnostic les valeurs qu\u2019il cherche à défendre.Les valeurs recherchées \u201cL\u2019Eglise nourrit une haute aspiration: celle d\u2019instaurer l\u2019unité dans la charité.Cette mission est au cœur même du Message évangélique: les hommes l\u2019entendront-ils?Là pourtant se trouve la véritable espérance pour un monde meilleur\u201d (1968, 11).Cette utopie chrétienne, comment peut-elle se vivre aujourd\u2019hui?Quelles sont les valeurs qu elle (suite à la page 99) 94 FEUILLET-PARTICIPATION Ce feuillet central voudrait être un instrument de travail pour nos lecteurs, ainsi qu\u2019un moyen d\u2019échanger avec la Revue vos points de vue, vos réactions, vos expériences sur les sujets traités.La Revue espère ainsi demeurer le plus près possible des préoccupations de ses lecteurs.Ne vous gênez pas pour détacher cette feuille et nous la retourner griffonnée de vos réflexions, si spontanées soient-elles.Nous aurions ainsi une chronique de nos lecteurs.Merci.Retournez à: Prêtres et Laïcs, 1201 rue Visitation, Montréal 133 Nom : Adresse : 95 Cadre d\u2019analyse 1.\tQuelles sont les forces en présence dans notre société?(Qui est contre qui?) 2.\tQuels sont les intérêts en cause?(Pourquoi qui est contre qui?) 3.\tMécanismes de domination utilisés?(Mécanismes utilisés par qui pour écraser qui?) 96 Les solutions envisagées 1.Quelles sont les solutions que l\u2019on propose pour le monde ouvrier?2.Cela va changer quoi?3.Est-ce que c\u2019est suffisant?97 Le socialisme et nous 1.Le socialisme, qu\u2019est-ce que c\u2019est pour vous?2.Est-il souhaitable ici?3.Le socialisme est-il compatible avec la foi chrétienne?98 implique et dans lesquelles nous pouvons dès maintenant la reconnaître?Quelles sont les valeurs que nous sommes prêts à défendre à tout prix au nom de notre foi?La pauvreté n\u2019en est pas une, puisqu\u2019il faut lui livrer la guerre (1968, 10).Il s\u2019agit de bâtir une société plus humaine, basée sur le sens des responsabilités et la participation aux décisions (1969, 2).A cet égard, les \u201cnouveaux pouvoirs\u201d véhiculent des valeurs humaines, sociales et chrétiennes qui en font de précieux agents pour le dévelop-pement intégral de tout homme et de tout l\u2019homme (1969, 10).Même la \"contestation\u201d et le \u201ccontre-pouvoir\u201d sont considérés comme des valeurs; on y voit la concrétisation de cette \u201cfaim et soif de justice\u201d dont fait mention l\u2019Evangile (1969, 12).\u201cEn effet, quand ils rappellent que les exigences de la vie l\u2019emportent sur les lois et les systèmes périmés; quand ils se refusent de voir les impératifs économiques prendre le pas sur les exigences humaines et sociales; quand ils crient sur tous les toits que les besoins des gens doivent passer avant la puissance de l\u2019argent, comment douter que leur action soit marquée au coin du meilleur humanisme et s\u2019inspire du meilleur esprit évangélique?\u201d (1969, 13).A travers toutes ces revendications, il est une valeur pour laquelle les hommes de tous les temps ont accepté de mourir, c\u2019est celle de la liberté: \u201cSur tous les continents et dans la plupart des pays, des voix angoissées réclament à grands cris la libération des esclavages modernes qui ont nom:.\u201d (1970, 1).Comme l\u2019homme est obligé de vivre en société pour survivre, la liberté doit s\u2019associer trois autres piliers pour construire une société vraiment humaine: la vérité, la justice et l\u2019amour (1970, 3).A cet égard, les structures sociales n\u2019ont qu\u2019une valeur relative, bien que nécessaire; elles n'ont de valeur que dans la mesure où elles favorisent les droits humains fondamentaux (1970, 7).Les privilèges ne sont pas par eux-mêmes des valeurs; il faut parfois s\u2019en faire dépouiller de force, car \u201cil est trop évident que l\u2019homme est ainsi fait qu\u2019il lui est bien difficile de s'arracher de lui-même à ses privilèges\u201d (1970, H).L\u2019autorité est un service, et les richesses sont à l\u2019usage de tous les hommes ( ib).S\u2019il en est ainsi, il est inévitable que la violence intervienne: peut-elle être considérée comme une valeur?Nous entrons, avec elle, dans l\u2019ambiguïté profonde des situations humaines.Qui dit combat pour la justice, dit nécessairement violence, laquelle peut d\u2019ailleurs être de différente nature.\u201cOn sait, dit le mes- 99 sage de 1970, que les remous sociaux sont souvent le prélude d\u2019un progrès (1970, 2).La violence serait de cette nature, un mal parfois nécessaire.Le dernier message récapitule bien les valeurs dont l'Eglise se fait le promoteur: \u201cLe Canada a besoin de nouveaux critères de prospérité qui accordent la priorité à lépanouissement humain, à la coopération et au sens communautaire.Dans la recherche d\u2019une nouvelle approche sociale, les chrétiens ne peuvent rester à l\u2019écart.Les valeurs dont nous vivons nous y incitent.En nous retirant, nous manquons gravement à notre devoir social\u201d (1972, 11b).Quelle est cette nouvelle approche sociale?Les messages proposent-ils des solutions aux problèmes politiques et économiques?Vont-ils assez loin?C\u2019est ce que nous tenterons maintenant de dégager.Les solutions proposées Dans l\u2019ordre des solutions, les messages proposent-ils des moyens ou des structures précises au plan économique et politique?Si les valeurs recherchées ne sont pas défendues et suffisamment respectées dans les structures actuelles, est-ce que la commission épiscopale prévoit des améliorations possibles?Se basant sur l'affirmation des économistes, les évêques reconnaissent que \"pour la première fois dans l\u2019histoire, le bien-être pourrait être mis à la portée de tous\u201d (1968, 5).Pour y parvenir, il font allusion à un moyen qui, dans le passé, a obtenu certains résultats: \"Dans le passé, les travailleurs canadiens, grâce surtout à leurs mouvements organisés, ont déployé des efforts courageux pour relever les opprimés et les victimes de l'injustice chez nous\u201d (1968, 8).Ils évoquent sans doute les luttes syndicales qu\u2019ils encouragent à continuer: \"Qu\u2019ils ne cèdent pas à la tentation de se replier sur leur propre confort; il y a encore trop de besoins et d\u2019espoirs qui ne sont pas satisfaits\u201d (ibid).Ce qui est proposé, c\u2019est une table commune où \"travailleurs, pauvres, employeurs, organismes sociaux et pouvoirs publics devraient se joindre pour élaborer une stratégie commune et solidaire dans la guerre à la pauvreté\u201d (ibid).Pour que cette table commune puisse avoir des interlocuteurs valables, il faut que les travailleurs et les pauvres possèdent un certain 100 pouvoir; ils commencent à l\u2019acquérir, ce qui apparaît comme un \"signe des temps\u201d.Mais signe de quoi?\"Cette émergence des nouveaux pouvoirs dans la société moderne marque un réel progrès dans le développement de la société démocratique\u201d (1969, 2).C\u2019est dire que la démocratie peut connaître des progrès, dans le sens d'une plus grande participation aux décisions dans lesquelles les citoyens sont concernés.Démocratie de participation, démocratie sociale: tel semble être l\u2019idéal proposé (1969, 7).Seule une attitude de participation active et continue peut assurer aux forces montantes une influence proportionnée à leur nombre et susceptible de provoquer des changements significatifs.\u201cIl s\u2019agit en somme de doubler la démocratie traditionnelle d\u2019une démocratie sociale qui contribuera à faire de la démocratie libérale une démocratie concrète\u201d13.Le message s\u2019adresse donc aux pouvoirs publics auxquels incombe une importante responsabilité, \"celle de mettre en place, et le plus tôt possible, des mécanismes sociaux qui assureront un partage plus équitable des richesses entre les citoyens et une plus saine redistribution du pouvoir au sein de la population\u201d (1970, 14).L\u2019Eglise se doit, au nom de sa foi en l\u2019homme de faire confiance à ceux qui détiennent le pouvoir et de procéder par mode de persuasion.C\u2019est aux hommes à trouver quels mécanismes sociaux pourront assurer ce partage plus équitable et plus équilibré.Mais comme le diagnostic révélait la présence et la nécessité de nouvelles forces dans la société, on encourage la formation de groupes populaires par l\u2019animation sociale, groupes de contestation et groupes de participation.Il semble, cependant, que dans le dernier message, celui de 1972, l\u2019accent soit déplacé, de la contestation organisée vers la concertation: \"C\u2019est l\u2019assentiment général qui donne réalisme et force aux structures sociales.Aussi, c\u2019est ensemble que nous devons travailler\u201d (1972, 15).Nous pouvons nous demander quelle différence il y a entre ce message et le slogan du Parti libéral du Canada: \"Ensemble\u201d?Ensemble avec ceux qui maintiennent une société et une économie qui, non seulement tolèrent la pauvreté, mais la créent, l\u2019entretiennent et l'aggravent (1972, 10)! N\u2019y a-t-il pas là une contradiction interne à l\u2019intérieur du message, un refus d\u2019aller jusqu'au bout de l\u2019analyse, une inconséquence entre le diagnostic et les remèdes?13 Louis O'Neill, Prêtre et Laïcs, décembre 1970, p.574.101 Une autre affirmation vient atténuer les résultats de l'analyse précédente: \"Il n\u2019existe pas de raccourci facile pour changer les structures socio-économiques: chaque citoyen doit d'abord changer ses comportements, sa mentalité\" (1972, 15).Sans doute, si nous étions tous des honnêtes gens, la société serait meilleure.Le langage précédent était plus réaliste.Conclusion Nous concluerons en tenant compte des cinq interventions.Une pensée peut évoluer, elle peut avoir ses moments de lucidité comme ses moments d\u2019hésitation.Si on les prend dans leur ensemble, les messages réclament des changements urgents et profonds: c\u2019est tout le système qu\u2019il faut changer, structures et mentalités.Ils restent ouverts à toutes les solutions: du simple réformisme à la révolution, du néo-capitalisme au socialisme.Aucune porte n\u2019est fermée au nom de la foi et des valeurs humaines qu'elle défend.Il serait faux de dire qu\u2019ils se retranchent dans la neutralité: il est une option fondamentale à laquelle ils sont restés fidèles depuis cinq ans, c'est le regroupement des travailleurs et des assistés sociaux en vue d\u2019une \u201cparticipation réelle à l\u2019élaboration des décisions\u201d (1972, 8).Dossiers encore disponibles sur les Messages de la fête du travail \u2014\tLes nouveaux pouvoirs (1969) \u2014\tL\u2019action libératrice (1970) \u2014\tLa violence des forts et celle des faibles (1971) Prix: 0.75 chacun, $2.00 pour les trois.102 L\u2019animation sociale Jocelyne Valois, Equipe de recherche.I.C.E.A.Nous sommes partis d\u2019une description de la situation (y compris l\u2019historique de l\u2019animation sociale, avec Michel Thiénot du Laboratoire d'intervention Sociale Collective de l'Université de Montréal) pour arriver à une évaluation de nos actions (à laquelle ont participé Micheline Laperrière du Carrefour d\u2019Education Populaire de Pointe St-Charles et André Thouin du Centre Communautaire d\u2019Hochelaga-Maisonneuve), évaluation susceptible de guider la définition de projets.Le présent texte est une tentative de synthèse de la description et de l\u2019évaluation de la situation à l\u2019aide du \"Guide d\u2019évaluation\u201d qui a orienté notre démarche.Nous verrons ainsi ce sur quoi nous avons mis l\u2019accent, de même que les lacunes de notre analyse.Il est à noter que le groupe du C.P.M.O.1 est particulièrement varié quant aux formes d\u2019intervention et probablement aussi quant aux objectifs.Mais il y a tout de même deux constantes qu\u2019il importe de souligner: \u2014\tla majorité, sinon la totalité ne sont pas issus des milieux où ils interviennent (travaillent) actuellement.\u2014\tle travail se situe dans un contexte d' \"engagement chrétien\" (de prêtre ou de religieuse pour la plupart).1 Le Centre de Pastorale en Milieu Ouvrier donne, cette année, des cours à temps partiel à une vingtaine de prêtres, religieuses et laïcs, en plus du stage à temps plein.Le texte est le résultat de l\u2019évaluation de leurs engagements.103 A \u2014 LES OBJECTIFS Les objectifs viennent majoritairement de motivations personnelles.Et dans le cas du groupe du C.P.M.O., il est sous-entendu que ces motivations sont déterminées par une volonté d\u2019engagement chrétien.Or, dans ce contexte, il importe de se demander comment cet engagement chrétien vient déterminer et même pré-déterminer des objectifs et des modes d\u2019intervention, ce type d\u2019analyse devant être idéalement confronté à l\u2019analyse du milieu.L'analyse du milieu En vue de définir une intervention, on parle souvent de la nécessité de partir des \"besoins\u201d des gens.Or, il faut tenir compte aussi de Valiénation qui détermine ces besoins.Parmi l\u2019ensemble des besoins qu\u2019une population exprime, il y a ceux déterminés par la publicité, les mass-média, l\u2019école,.etc., et ceux qui correspondent vraiment à leur situation et surtout à leurs intérêts.Or c\u2019est ici que doit intervenir une analyse du milieu pour arriver à décortiquer les besoins réels des besoins imposés, et à déterminer des objectifs qui correspondent aux intérêts réels de la population concernée.(Rappelons-nous les interventions de Micheline et d\u2019André, dans ce sens).L\u2019analyse du milieu est aussi à rattacher à la solution de différents problèmes: \u2014 La mise sur pied de services qui ne correspondent pas nécessairement à la population que l'on désire rejoindre.\u2014 La présentation de solutions toutes faites avant de considérer le précédent problème.\u2014 Le manque d'intérêt de la population: est-il réel ou plutôt conséquent au fait qu'on n'a pas su l'éveiller?\u2014 La \"méfiance\" et le \"défaitisme\" des gens: s'est-on demandé d'où ces caractéristiques viennent (par rapport à une situation de domination dont il n'y a rien à attendre)?104 Les projets Certaines visées, qui ont été définies durant la session comme des objectifs (aider les gens à se prendre en charge, leur donner les moyens de le faire, .etc.), sont en fait porteuses de conséquences en termes autant d\u2019intégration de la population, que de changement social.Ainsi, on peut amener les gens à \u201cmieux fonctionner\u201d, mais cela ne dit pas s\u2019il s\u2019agit de mieux fonctionner dans une société inchangée, ou au contraire de viser des transformations sociales considérées comme préalables à tout fonctionnement répondant aux besoins réels d\u2019une population.Refuser d'admettre la nécessité d\u2019un choix à ce niveau est en fait favoriser l\u2019intégration des gens.(Exemple: la mise sur pied d\u2019une coopérative peut autant empêcher la population de prendre conscience de son exploitation que l'amener à définir un projet de transformation sociale).Dans ce sens, les objectifs sont toujours présents dans la définition d\u2019un projet, même s\u2019ils ne sont qu\u2019implicites.Ce qui précède pose le problème de la participation des gens dans la définition de ces objectifs, et du danger de les \"charrier\u201d en fonction de ses propres objectifs d\u201d'animateurs\u201d.Or: \u2014 On \"charrie\" encore plus les gens quand les objectifs ne sont pas explicites et donc NON-CONFRONTÉS avec ceux de la population concernée.(De nouveau, il importe de se rappeler les interventions de Micheline et André, à ce niveau).\u2014 Ce danger existe surtout quand les objectifs des animateurs sont déterminés de façon subjective et non à la lumière d'une analyse de la situation, et quand ces objectifs sont statiques, c'est-à-dire non soumis à une évaluation constante.Le passage à l'action Il semble y avoir une contradiction entre l\u2019analyse et l\u2019action: quand un groupe de réflexion se met sur pied, il devient impuissant à passer à l\u2019action.D\u2019autre part, les groupes les plus actifs (on devrait 105 même dire activistes\u201d) sont souvent réfractaires à toute forme de réflexion.Or, la réflexion ne précède pas l'action, ces deux aspects devant toujours être présents de façon complémentaire.La mobilisation est en effet presque impossible quand les animateurs suscitent uniquement la réflexion, se disant que d\u2019elle-même, elle va entraîner des projets d\u2019action.L\u2019expérience a au contraire montré que c\u2019est l\u2019impuissance qui en ressort le plus souvent.De même que pour la présentation claire des objectifs, le projet d\u2019action doit faire partie d'une activité d\u2019animation.Et de même que pour les objectifs, il doit être soumis à une confrontation avec la population concernée.Les projets de services Mettre sur pied des services pose le problème des liens entre les projets concrets et les objectifs visés.Ainsi, il faut se demander s\u2019il y a nécessairement une contradiction entre une tendance vers des projets de services et une autre vers des projets de transformation (tant au niveau des mentalités que des structures sociales).En d\u2019autres termes: un service est-il \u201cneutre\u201d, est-il indépendant d\u2019un projet social (de statu quo ou de changement?) Les projets de services sont une forme de mobilisation qui permet de partir du vécu des gens, de leurs problèmes quotidiens.Mais pour déboucher sur quoi?Très souvent, on se limite aux questions économiques soulevées par la bonne marche de ces services, se disant que l\u2019on viendra plus tard aux problèmes d\u2019ordre politique.Mais qu\u2019est-ce qui assure qu\u2019on y viendra?L\u2019ensemble de ce qui précède nous amène à nous poser la question de savoir jusqu\u2019où nous sommes prêts à aller: \u2014 Si nous \"conscientisons\" les gens, sommes-nous prêts à en assumer les conséquences?\u2014 Quand nous refusons de poser notre intervention en terme politique (au sens large) est-ce vraiment parce que \"les gens ne sont pas prêts\" ou parce que nous, nous ne sommes pas prêts?Car le fait de poser un geste sur une question ayant des implications politiques (au sens de revendications ou d\u2019opposition) est politique même si on n\u2019en a pas l'intention.106 B \u2014 LA STRATÉGIE C\u2019est à ce niveau que les deux journées d\u2019information et de réflexion ont révélé le plus de lacunes.En conséquence, les principales questions qui suivent ne sont que des jalons susceptibles de guider une réflexion ultérieure.Les étapes Nos interventions ne sont-elles pas de l\u2019ordre d\u2019un \u201cétemel recommencement\u201d?Une fois qu\u2019on s\u2019est fixé un objectif, n\u2019a-t-on pas l\u2019impression de poursuivre une utopie et d\u2019en être toujours au même point?Souvent, quand il s'agit de mettre un service sur pied, on se dit que l\u2019éducation et l\u2019engagement viendront par la suite.Or c'est oublier que travailler par étapes implique que l\u2019on ait une vision d\u2019ensemble dynamique de toutes ces étapes.En d\u2019autres termes, il s'agit de monter un même escalier, marche par marche, et de ne pas toujours en être à la première marche d'escaliers différents.Cette nécessité pose le problème de la continuité et rejette l\u2019action strictement spontanéiste et en conséquence dispersée.L'évaluation C\u2019est l\u2019évaluation des expériences passées en liaison avec l'analyse du milieu qui doit permettre la définition des étapes permettant d\u2019atteindre un objectif.Et cette évaluation ne se fait pas strictement selon des \"principes\u201d théoriques mais selon les modes d\u2019insertion d'une action dans le concret, dans le vécu.Très souvent, on réussit une intervention, ou encore plus souvent, on échoue, sans même se demander les raisons de ce succès ou de cet échec.Et l\u2019on recommence \u201cà l\u2019infini\u201d le même type d\u2019intervention sans tenir compte de l\u2019expérience passée.L\u2019évaluation doit, dans ce contexte, permettre de se demander si un même type d\u2019intervention est susceptible de réussir dans tout milieu.Par exemple, il y a des différences fondamentales entre des travailleurs dont les conditions permettent une première prise de conscience spontanée, et un sous-prolétariat dont la seule et unique préoccupation est 107 de survivre au jour le jour.L'expérience révèle que le potentiel de conscientisation de ces différents groupes n\u2019est pas comparable et ne peut donc pas être développé selon les mêmes modes.Dans ce sens, le postulat voulant que \"plus on est exploité, plus on se révolte\u201d, a été plusieurs fois démenti par les faits.Les liens avec d'autres groupes de citoyens Dans les quartiers populaires l\u2019un des principaux problèmes que rencontre l'animation sociale est le morcellement et même l\u2019opposition des groupes \"organisés\u201d de citoyens.Et très souvent, des tentatives de regroupements larges ont échoué.Or, il faut souligner que ces regroupements se faisaient sur une base organisationnelle, i.e.en créant un Comité sur lequel se retrouvaient des membres-délégués de différents groupes.Face à cette forme de regroupement, il faut plutôt considérer la nécessité d\u2019une analyse tenant compte des différentes formes de mobilisation2, analyse devant s\u2019insérer à l\u2019intérieur de la pratique de chaque groupe.Les liens intergroupes se vivent alors directement dans la pratique et les collaborations occasionnelles sur des actions (luttes) précises surviennent comme une conséquence logique de la démarche de chacun des groupes concernés.Et quand il s\u2019agit de déterminer avec quels groupes il est prioritaire de collaborer, la question des objectifs, des orientations fondamentales, vient au premier plan: un projet de changement radical n\u2019étant certes pas de même nature qu\u2019un projet visant explicitement ou implicitement le statu quo ou même la réforme.Le lien entre les moyens et la stratégie Puisqu\u2019il importe de concrétiser des objectifs dans des étapes et donc de déterminer la cohérence de ces dernières, il apparaît primordial d\u2019assurer le lien entre les moyens que l\u2019on propose et cette stratégie.Il 2 Dans les quartiers, dans les syndicats,.etc.108 peut en effet arriver que les moyens utilisés viennent trahir les objectifs visés.Sans oublier que les moyens disponibles déterminent la stratégie, mais aussi inversement.Par exemple, nous avons vu avec Micheline, que la définition d'une stratégie peut accroître la créativité au niveau des moyens.C \u2014 LES MOYENS Etre constamment préoccupé par la recherche de moyens matériels, peut empêcher d\u2019autres types de réflexion et d'action sur les objectifs et la stratégie qui devraient s\u2019ensuivre.Dans ce sens, les moyens (mettre matériellement sur pied un service, une coopérative par exemple) deviennent eux-mêmes des objectifs.C\u2019est par rapport à ce dernier danger que certains moyens mis à la disposition des milieux populaires (P.J., P.I.L.et éventuellement C.L.S.C.)3 risquent de devenir des buts à atteindre (obtenir un \"projet\u201d) et de mettre au second plan la définition d\u2019objectifs fondamentaux.Dans ce sens, ces \"moyens\u201d sont des sources d\u201d\u2018intégration\u201d des plus efficaces, étouffant le mécontentement spontané des milieux populaires.Si l\u2019on étend le raisonnement aux CLSC, on doit conclure que les services (moyens) que le gouvernement met à la disposition de la population sont porteurs d\u2019objectifs implicites qu\u2019il importe de déceler.1er décembre 1972 3 P.J.= Perspective-Jeunesse; P.I.L.= Projet d\u2019initiative Locale; C.L.S.C.= Centre local de services communautaires.109 De la pauvreté à la justice René Boudreault J.O.C., Québec Les lignes qui vont suivre n\u2019ont pour but que de poser les jalons d\u2019une situation dont nous sommes tous responsables en tant que chrétiens, et dont il faut absolument prendre conscience si on veut porter une action valable en vue de la réalisation du message évangélique dans les milieux populaires, ceux qu\u2019on appelle \"défavorisés\u201d.Pour beaucoup de monde encore, celui qu\u2019on définit comme \"pauvre\", ou \u201cmarginal\u201d, ou \u201cexclu social\", c\u2019est celui qui demande toujours, celui qui est paresseux, sans travail, celui qui est sale, crotté, sans initiative.Une secrétaire dans un bureau de Québec me disait dernièrement: \"Les pauvres le sont parce qu\u2019ils le veulent bien, les enfants ne veulent pas s'instruire, ils ne font pas d'efforts, ils gaspillent leur argent; le millionnaire a droit à son argent, son million, et le riche a le droit d\u2019être riche, sinon, l'esprit d initiative et le sens des responsabilités ne seraient pas récompensés.\" Je lui répondis: \"Donc, il faut des riches, et il faut des pauvres?\" Elle me répondit que oui, et que le pauvre pouvait très bien s\u2019organiser pour être heureux dans sa pauvreté, le bonheur n'étant pas relié à l\u2019argent.J\u2019esseyais de remettre en cause les principes mêmes qui font ces disproportions de revenus, comme le fait que la fortune des uns, si vaillants soient-ils, se construit inévitablement en profitant du travail de plusieurs autres qui n\u2019en retirent qu'un salaire, et souvent quel salaire et quelles conditions de travail.On n\u2019a qu\u2019à visiter ou travailler à des endroits comme Diana Inc., Québec Poultry, Ville-Marie Rembourrage, et même derrière les belles façades du Château Frontenac ou d\u2019ailleurs.110 Il faut voir qu\u2019une conception de ce genre relève effectivement d\u2019une idéologie peu évoluée en terme de responsabilité sociale et d\u2019une praxis moralement douteuse pour ceux qui vivent dans ces milieux mêmes.On la rencontre le plus souvent chez ceux qui ne veulent pas voir la réalité vécue des gens qui subissent une série d\u2019injustices sociales de tous calibres, mais tellement raffinées et habillées politiquement de \u201crespect du peuple et de la démocratie, des libertés fondamentales, de la libre entreprise, de l\u2019initiative personnelle et de la propriété privée\u201d.On la rencontre chez ceux qui définissent la démocratie en fonction de leurs intérêts propres, du maintien d\u2019un statu quo favorisant leurs privilèges, ou tout simplement pour plusieurs de l\u2019entretien de leur naïveté socio-politique.Je crois qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une chose à répondre à cette secrétaire et à son groupe, c\u2019est que le jour où ces \u201cpauvres\u201d en auront assez du mépris qu'on leur porte, si subtil soit-il, ils ne seront pas capables de comprendre ce qui arrivera.Qui sont ces \u201cpauvres\u201d en réalité?Ce sont ceux qui ont peu reçu à bien des niveaux: a) au plan affectif: \u2014\tc\u2019est celui qui a été privé d\u2019affection dès son enfance, \u2014\tc\u2019est celui qui au travail est rarement apprécié pour ce qu\u2019il fait, mais plutôt pour le rendement qu'il donne, pour ce qu\u2019il rapporte en terme d\u2019argent, \u2014\tc\u2019est celui qui éprouve constamment le sentiment d\u2019être écrasé et de n\u2019être pas égal aux autres.b) au plan matériel: \u2014 c\u2019est celui qui n\u2019a même pas le nécessaire dans la maison et qui doit constamment faire face à l\u2019imprévu, ou se jeter dans la gueule des compagnies de finance, III \u2014\tc'est celui qui doit faire du travail supplémentaire pour arriver à boucler les deux bouts, ou se vendre aux agences de placement privées comme Manpower Service ou Office Overload qui donnent le salaire minimum aux travailleurs ($1.65) et touchent $3.00 ou $4.00 de l\u2019heure, \u2014\tce sont les jeunes travailleurs venant du Saguenay, du Bas du fleuve ou de la Beauce, non spécialisés, qui font le tour des usines de \"cheap labour\u201d de Québec; parce qu\u2019il leur faut vivre; il leur faut accepter des jobs écœurantes, dans des conditions inimaginables.(Je pourrais décrire mes conditions de travail chez Diana Inc.).c) au plan social: \u2014\tc\u2019est celui qui ne se sent pas citoyen à part entière comme les autres, qui est sans pouvoir, qui ne comprend rien du système qui le maintient dans sa situation parce qu'il est trop gros et trop compliqué, \u2014\tc\u2019est celui qui n\u2019ose pas revendiquer ses droits, \u2014\tc'est celui qui n\u2019est pas reconnu pour ce qu\u2019il est vraiment, mais catalogué dans une classe à part par les spécialistes des sciences sociales, les fonctionnaires engagés ou en chômage, ou les révolutionnaires à la conscience exotique, \u2014\tc\u2019est celui qui perd sa dignité et son goût de création en ne travaillant pas, et qui ne peut le faire parce qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019ouvrage, ou parce que les jobs offertes sont dégueulasses (venez au Comité d\u2019Entraide des chômeurs voir les jobs) ou parce qu\u2019il a peur de perdre son allocation déjà insuffisante, \u2014\tc\u2019est celui qui est isolé sur le marché du travail, dans les services sociaux, dans les loisirs, dans les églises, etc.d ) au plan intellectuel: \u2014 c\u2019est celui qui dès son enfance n\u2019a pas su réaliser ce qu\u2019il voulait à cause de son contexte de vie.112 \u2014\tc\u2019est celui qui faute d\u2019instruction est obligé d\u2019accepter un travail qu'il n\u2019aime pas, des conditions dures, la peur de perdre sa place, \u2014\tc\u2019est celui qui a été obligé d\u2019abandonner ses études pour subvenir au besoin de la famille et peut-être ainsi limiter toute sa vie.Le \"pauvre\u201d aujourd\u2019hui n\u2019a plus seulement le visage isolé, dépouillé et roué de coups, à demi-mort sur le chemin de Jéricho; la pauvreté est collective.On n\u2019a qu\u2019à se référer à tous les rapports du comité sénatorial sur la pauvreté, aux données de Statistique-Canada sur le chômage, aux messages des évêques canadiens, ou de se promener simplement dans St-Roch ou St-Sauveur à Québec.L\u2019Eglise et le combat des pauvres Spontanément alors, des chrétiens se demandent si vraiment l\u2019Eglise est une Eglise pauvre, détachée, qui vit l\u2019Evangile avec les ouvriers, les \"ignorants\", les sans fortune, les \"robineux\u201d, les \u201cgauchistes\u201d, et cela au delà des déclarations de principes.La pauvreté devrait être une caractéristique essentielle de l\u2019Eglise, tout simplement parce que celle-ci est dans le Christ.En ce sens, ça pose beaucoup question de regarder vivre les \"gens d\u2019Eglise\u201d, les \"structures d'Eglise\u2019\u2019.Essayons de trouver une seule église à Québec où il n\u2019y a pas d\u2019affiches de BINGO, elles sont rares; on n\u2019est pas loin de la trahison de nos sources.Or le salut a jailli de la pauvreté de Jésus de Nazareth, la transmission du salut devrait se faire à travers et par la pauvreté de l\u2019Eglise.Et pourtant, l\u2019histoire nous a montré que là où l\u2019Eglise s\u2019est enrichie et installée, là est disparue la vie évangélique.L\u2019Eglise elle-même doit favoriser, sinon être humblement à la tête du combat collectif contre la misère, et il s\u2019agit de lutte pour une justice sociale, non plus d\u2019aumône personnelle ou institutionnalisée.Ce qui compte pour la satisfaction des besoins de base ce n\u2019est pas la distribution de l\u2019excès de l\u2019avoir ou d\u2019une partie minime de la \"plus-value\u201d gagnée à même le travail des autres, mais c\u2019est la meilleure répartition des possibilités d\u2019accès aux biens, d\u2019exercice de la créativité et des talents des \"gens ordinaires\u201d.113 Le respect de l\u2019homme exige strictement une fonction de justice et d\u2019amour qui consiste à permettre à tous d\u2019accéder à un optimum vital de satisfactions matérielles et spirituelles.Le combat n\u2019est plus au niveau de la redistribution des biens, mais au niveau de l\u2019accès même aux moyens de progrès, du savoir, des techniques, des capitaux, (savoir, avoir, pouvoir).Le chrétien favorisé en ce sens doit participer au combat, c\u2019est son temps, son savoir, ce sont ses relations humaines et économiques ( forme moderne des biens) qu\u2019il doit mettre à la disposition des autres, c\u2019est sa façon même d\u2019acquérir ses biens qu\u2019il doit remettre en question, et s\u2019il ne le fait pas, c'est peut-être les \"pauvres organisés\u201d qui l\u2019y forceront.Nos temps ont un besoin urgent de la pratique de la charité et de la pauvreté authentique, nous vivons si peu le Christ pauvre que le \u201cpauvre\u201d ne peut le reconnaître en nous.Avant de vouloir transmettre au \u201cpauvre\u201d le message du Christ, osons voir si nous le rendons irrecevable comme individu, groupe ou structure, parce que nous n\u2019en vivons pas, parce qu'on est trop loin de ce qui se vit, parce qu\u2019on ne peut pas ou ne veut pas voir ce qui se passe, les intérêts en jeu.ou c'est tout simplement parce qu\u2019on sert deux maîtres.Québec, le 22 décembre 1972 Pour une liberté libérée Guy Paiement Le texte qui suit reproduit une communication présentée au colloque du 27 janvier 1973 à l'université de Montréal.Organisé par la [acuité de théologie, le colloque avait pour thème: \"Avenir des communautés CHRÉTIENNES EN MILIEU URBAIN\u201d.Je voudrais commencer mon intervention en soulignant Y ambiguïté du titre même du colloque.Celui-ci met, en effet, l\u2019importance sur l\u2019auenir des communautés chrétiennes.Le milieu urbain intervient en second lieu, comme ce qui influencera cet avenir dans un certain sens.Je crois nécessaire, pour ma part, d\u2019intervertir les termes et de parler d\u2019abord de Y avenir du milieu urbain, des communautés chrétiennes ensuite.En agissant ainsi, on donne clairement la priorité à l\u2019avenir de la société urbaine et les communautés chrétiennes doivent se situer par rapport au service qu\u2019elles apportent à cet avenir.S\u2019il est vrai, en effet, que l'Eglise de Jésus-Christ se définit en fonction de sa mission et de sa mission de service, il faut en tirer les conséquences aux plans de l\u2019évangélisation, de la pastorale, de l\u2019organisation et de l\u2019administration.C\u2019est par rapport à ce critère d\u2019une Eglise locale qui doit se mettre au service de l\u2019avenir vraiment humain d\u2019une ville que je ferai deux observations.Un avenir prévisible mais peu évangélique Ma première observation a trait à l\u2019avenir des \"communautés\u201d chrétiennes paroissiales.Si l'on situe l\u2019ensemble de ces \"communautés\u201d paroissiales par rapport à la société urbaine québécoise, il est facile d\u2019avancer que la structure paroissiale possède encore un avenir devant elle.Je n\u2019apprends rien à personne en disant que nous sommes entrés, 115 depuis au moins deux ans, dans une nouvelle période de conformisme social et politique.Dans différents domaines, nous assistons au retour, plus ou moins voilé, de la bonne vieille société de la \u2018\u2018LOI et de L ORDRE (le Law and Order).La population semble essoufflée par la rapidité des changements.Elle ne voit pas encore, ou de façon trop confuse, les nouveaux objectifs souhaitables.Elle a peur de cette anomie sociale, cette absence de normes, qui prévaut à l'école, au travail, dans la famille.D\u2019où le besoin de s\u2019agripper à des points de repères clairs, indiscutables.Ce contexte général d'assoupissement de l\u2019esprit critique et de la liberté n\u2019est pas neutre.Il permet de parler de l'avenir des \u2018 communautés\u2019\u2019 paroissiales d\u2019une façon assez déterminée.Je crois, en effet, qu\u2019une certaine population chrétienne va continuer de privilégier les structures paroissiales traditionnelles dans le but de retrouver des points de références traditionnels.Comme, d\u2019autre part, les problèmes économiques liés à l\u2019entretien des bâtiments deviennent aigus dans une forte proportion des paroisses, les responsables diocésains et paroissiaux vont continuer d\u2019investir beaucoup d\u2019énergie pour que cette population s\u2019intéresse activement à ce rôle d'entretien.En même temps, la pratique généralisée des bingos, plus ou moins secrètement patronnés par les paroisses, encouragent les personnes à chercher des solutions économiques dans le hasard et le jeu.La conjugaison de ces trois forces donnent alors à la paroisse une fonction ambiguë.En plus de la fonction explicitement religieuse, dont on parle spontanément, la paroisse exerce aussi une fonction latente, cachée, qui consiste à renforcir le conformisme social et économique actuel.Même si des technocrates pensent regrouper les paroisses en super-paroisses, même si l\u2019on remplace le curé-homme-à-tout-faire d\u2019an-tan par un groupe de personnes, \u2014 le conseil de pastorale, \u2014 les réalités économiques déjà en place continueront d\u2019orienter la population chrétienne dans le même sens.Les gens continueront de se référer à la structure paroissiale par besoin de sécurité, de se préoccuper plus ou moins du problème financier paroissial et de s\u2019évader, par le jeu, dans un monde économique artificiel.Ce qui me paraît encore plus grave, c\u2019est que si l\u2019on retranche le temps et les énergies que les responsables engloutissent dans les questions d\u2019ordre financier, d\u2019animation liturgique ou de réorganisation administrative, il ne reste plus de temps ni de gens pour s\u2019occuper des questions majeures de l\u2019expérience de la foi et de sa pertinence sociale ou encore de la constitution de communautés chrétiennes réelles, à taille humaine.Il serait même ici éclairant de mettre en parallèle la tendance à régler les problèmes actuels de la paroisse de façon technocratique et la même tendance qui a été privilégiée dans la réforme scolaire, \u2014 avec le résultat que l\u2019on sait.Dans les deux cas, ce qui est en cause n\u2019est pas l\u2019approche technocratique comme telle, mais son oubli d\u2019intégrer la réalité concrète des communautés, qui continuent alors de résister de toute la force de leur inertie.A cause de toutes ces connivences de la population chrétienne actuelle avec le conservatisme social, à cause de l\u2019absence de référence à une communauté d\u2019appartenance réelle, à cause de l\u2019indifférence aux différents changements administratifs, les assemblées chrétiennes paroissiales ont donc un avenir certain, \u2014 celui précisément de renforcir et de légitimer l\u2019ordre social actuel, l\u2019inconscience économique et l\u2019émiettement des solidarités fondamentales.Mais le coût en sera élevé.En plus de toutes les personnes qui continueront de se retirer sur la pointe des pieds, il faut bien voir que de telles \u201ccommunautés\u201d perdront de plus en plus de crédibilité proprement évangélique, en ce sens qu\u2019elles n\u2019auront guère de BONNE NOUVELLE à proposer à la société québécoise.La Bonne Nouvelle suppose toujours qu\u2019il y a du NOUVEAU, du Nouveau qui puisse être vécu, expérimenté et qui soit BON aussi pour les gens, c\u2019est-à-dire qui soit libérant et grandissant.Un autre avenir, à la fois possible et fragile Par rapport à cet avenir bouché, un autre avenir est possible.Il est encore fragile, hésitant, difficile à remarquer, mais il me paraît porteur de promesses, non seulement pour les chrétiens, mais pour toute la société urbaine qui est la nôtre.Je vois poindre cet avenir, en premier lieu, dans ce grand courant de renouveau catéchétique qui a eu le mérite, depuis dix ans, de débloquer des questions.On n'apprend pas à des jeunes, pendant des années, à partir de leur expérience, à la prendre vraiment au sérieux, puis à chercher l\u2019éclairage évangélique, sans mettre en branle des perspectives et des expériences nouvelles.Même si l\u2019on voit mieux, aujourd\u2019hui, les limites de cette \u201ccatéchèse du sens\u201d et la nécessité de nouvelles perspectives, plus embrayées sur la praxis quotidienne, il est facile de prévoir un écart grandissant par rapport aux structures existantes et aux priorités pastorales qui en découlent.Ces jeunes se sentiront peu enclins à retourner à une paroisse anonyme ou à s'endetter pour des monuments.Ils rejoindront, de mille et une façons, le nombre grossissant de ces émigrés de l'intérieur, qui cherchent ailleurs la nourriture dont ils ont besoin.Je vois également poindre cet avenir dans le jaillissement récent des groupes nouveaux, expériences des plus diversifiées qui aboutissent à des groupes spécialisés, des comités de citoyens, des communes, des communautés de base.Si je m\u2019en tiens aux groupes chrétiens, les aspects suivants me paraissent particulièrement importants.1\t-\u2014Tout d\u2019abord, l'initiative que prennent les gens de se regrouper selon les affinités, ou le lieu de travail, ou la recherche des mêmes objectifs.C\u2019est ici le tissu quotidien de la vie urbaine qui, d\u2019une façon lente mais sûre, se refait.2\t\u2014 En même temps que ce tissu se recrée, la fraternité devient à nouveau viable et expérimentale.Unis les uns aux autres, les gens découvrent les dimensions proprement communautaires de leur espérance chrétienne et une telle expérience remet en question les façons individualistes de vivre et de penser.3\t\u2014 La reprise de la parole et de l\u2019initiative dans la liturgie, le langage de la foi, la critique des conventions sociales débloquent, tôt ou tard, des énergies inemployées.Au lieu de demeurer des discoureurs, des gens qui parlent de leur réalité quotidienne, de plus en plus de gens apprennent à redevenir des acteurs.L\u2019expérience de Y auto-gestion, qui est ainsi faite à un niveau restreint, remet en cause des façons de vivre ensemble, de comprendre le pouvoir, d\u2019établir des priorités.Même si nous n\u2019en sommes encore qu'au tout début, ces formes diverses d'auto-gestion, qui sont vécues à l\u2019intérieur des groupes, rejoignent d\u2019autres expériences du même genre et annoncent un changement d\u2019attitude par rapport à la société et au pouvoir.Des conditions se mettent ainsi peu à peu en place, qui rendront possibles, un jour, l\u2019irruption de nouvelles questions et l\u2019apparition d\u2019une nouvelle critique sociale.4\t\u2014 Depuis un an et demi, le besoin qu\u2019ont les groupes nouveaux de se retrouver, de temps à autre, pour confronter leurs expériences, me paraît annoncer une autre façon de vivre la com- 118 munion chrétienne, qui devient alors indissociable de l'effort pour la créer.5 \u2014 Enfin, des instruments récents, comme un Bulletin de liaison des groupes, un film d\u2019animation communautaire, la location commune de maisons, l\u2019expérience de Maisons ouvertes, sortes de carrefours d\u2019échanges, traduisent autant d\u2019essais, encore bien timides, d'un nouveau mode de présence des chrétiens à la société, \u2014 une présence souple, fonctionnelle, provisoire.A travers tous ces essais, l\u2019avenir qui me paraît poindre est celui de la possibilité d\u2019une liberté libérée.Que ce soit les jeunes chrétiens qui montent ou les gens des groupes nouveaux, l\u2019expérience qui est privilégiée devient celle d\u2019une liberté qui se retrouve.Il est désormais possible d\u2019apprendre à se libérer.Il est possible de le faire ensemble.Replacez cette double affirmation dans l'ensemble de notre société urbaine et vous y verrez une promesse qu\u2019il faut prendre au sérieux.Personne ne devient libre pour lui tout seul.Il nous faut travailler, comme chrétiens québécois, dans les années qui viennent, à démystifier avec d\u2019autres les structures économiques, sociales, politiques et religieuses qui sécrètent le conformisme et la peur.Libérés, il nous faut donner le goût de la liberté et de la libération.Avouons que nous sommes loin du compte.Aussi bien devrons-nous travailler tant au niveau des structures que des modèles culturels, \u2014 ces façons de penser toutes faites qui filtrent spontanément l\u2019évangile.Il ne suffit pas, en effet, de parler de la liberté et de ses obstacles.Il faut aussi créer les conditions pour que la liberté soit libérée.L\u2019auto-gestion vécue en commun me paraît l\u2019une de ces conditions.Mais il y en a d'autres.Chose certaine, le problème n\u2019est plus de vouloir perdre son temps à opposer les paroisses et les communautés de base ni même à les rendre complémentaires.Le vrai problème, si l\u2019on s\u2019intéresse vraiment à un avenir libéré de notre société urbaine, c\u2019est de choisir entre des priorités d\u2019entretien ou de développement des structures existantes ou bien des priorités qui visent à donner à notre société, à travers des expériences d\u2019auto-gestion communautaire et de critique des façons de penser, le goût de la liberté et d\u2019une liberté libérée, selon les promesses même du Christ.362 est.boul.Saint-Joseph, Montréal 151.119 Syndicalisme, coopératisme et socialisme Pierre Jauvin Pour situer le combat ouvrier au Québec, il faut étudier l'ensemble des luttes de la classe ouvrière québécoise et du monde.Que ce soit le syndicalisme, la coopération ou la lutte politique des travailleurs, ce ne sont que des facettes différentes d\u2019un même combat.Soulignons que la lutte pour la justice et la libération des travailleurs est au centre du socialisme.Le socialisme On peut considérer le socialisme comme une action pour la libération économique et politique des travailleurs et comme une réaction aux injustices et à la misère des paysans et des ouvriers.Il faut distinguer deux socialismes: (1) le socialisme utopique et (2) le socialisme scientifique.Le socialisme utopique fait appel à la raison, à l\u2019esprit de justice et à la compréhension, tandis que le socialisme scientifique s\u2019appuie sur l\u2019évolution économique et sur les lois qui régissent le système libéral.Le socialisme utopique a donné naissance au syndicalisme défensif et à l\u2019organisation coopérative de la production des biens et des services.Le socialisme scientifique, par contre, prône la lutte politique des travailleurs par la création de partis ouvriers luttant pour la transformation globale de l\u2019économie par la prise du pouvoir politique.Les utopistes et le coopératisme Les utopistes ont soutenu longtemps que par la syndicalisation et la création de coopératives, on pouvait transformer le système capitaliste en système économique fonctionnant pour les travailleurs.Mais, malheureusement, attaquer l\u2019entreprise privée sur son propre terrain, c\u2019est être perdant au départ si l\u2019on veut transformer les rapports de 120 production capitaliste en rapport de production collectif et social sur le plan d\u2019une société comme le Québec.L\u2019histoire nous montre, en effet, qu\u2019aucun pays au monde ne s'est débarrassé du capitalisme en combattant sur le plan économique seulement.Seule une lutte politique a donné la possibilité aux travailleurs de s\u2019emparer de l\u2019Etat et d'y instaurer une économie socialiste.Soulignons qu\u2019il est essentiel d\u2019avoir des syndicats ouvriers et des coopératives organisées par des travailleurs car ce sont des mouvements voués, dans la majorité des cas, à la défense de la classe ouvrière à court terme et même à moyen terme.De plus, la menée de ces luttes donne une connaissance du système capitaliste et prépare aux durs combats à venir dans le domaine politique.Donc, le syndicalisme et la coopération sont les premières manifestations du socialisme, c\u2019est-à-dire le \"socialisme défensif\u201d: le socialisme scientifique sera le \u201csocialisme offensif\u201d.Les scientifiques et le pouvoir politique Le socialisme scientifique est considéré comme faisant partie de l'évolution historique de la société.Il développe la conscience de classe en donnant à la classe ouvrière des moyens de luttes offensives par l\u2019observation des faits et par la recherche des lois qui régissent ces faits; il apprend aux ouvriers à se servir des contradictions de la société capitaliste pour la combattre et développe la solidarité de classe par des \"luttes offensives\" afin de libérer les travailleurs du chômage, des fermetures d'usines, de l\u2019insécurité économique, etc.Le socialisme scientifique permet la transformation en profondeur et le remplacement de la \"société capitaliste\" par la \"société socialiste\".Or pour transformer en profondeur le régime de l\u2019entreprise privée, il faut que les travailleurs fassent une lutte politique en se dotant d\u2019un parti ouvrier.Egalement, pour collectiviser les instruments de production (l\u2019entreprise privée) il faut le contrôle total par la classe ouvrière du gouvernement et des entreprises de production et de service.Conclusion Soulignons en terminant que les buts du syndicalisme, des coopératives et du parti ouvrier sont les mêmes: la justice de la répartition des richesses de la société à l'ensemble de la collectivité qui est la classe 121 ouvrière.Seul un combat politique, donc, peut libérer réellement et totalement les travailleurs et leur permettre d\u2019accéder à la société socialiste.Le combat pour la justice, c\u2019est une lutte populaire regroupant les syndicats ouvriers, les autres mouvements ouvriers et les coopératives dans un but commun: la prise de pouvoir politique de la classe ouvrière.Un parti ouvrier doit avoir un grand rôle d\u2019informateur et d\u2019éducateur auprès des masses ouvrières afin qu\u2019elles puissent s\u2019organiser solidement et instaurer leur pouvoir, c\u2019est-à-dire le pouvoir ouvrier.Pour réfléchir sur les événements ouvriers Je veux m\u2019abonner à la revue Prêtres et Laïcs pour un an: $5.00 (10 numéros) pour deux ans: $9.00 Nom :\t.Adresse : .122 loniqas.da dzntxz C'est bientôt qu'on va se brancher Claude Lefebvre directeur du C.P.M.O.Le titre est ambigu.Le lecteur qui suit de près l\u2019évolution du Centre de pastorale en milieu ouvrier aura peut-être fait le joint avec l\u2019objectif formulé et poursuivi depuis plusieurs mois: brancher le Centre sur l'Eglise en milieu ouvrier.La dernière Chronique du Centre (Prêtres et Laïcs, avril 1972) de même que l\u2019assemblée de septembre qui regroupait une cinquantaine de chrétiens intéressés à la vie du C.P.M.O., ont traité principalement de cet objectif.Puis, il y eut un silence qui fit croire à l\u2019un ou l\u2019autre que \u201ctout cela avait viré en queue de poisson\u201d.Les développements des prochains mois témoignent, je pense, de la vivacité du poisson, de sa détermination de remonter le courant.Et cela, avant le 1er avril! L\u2019assemblée du 17 septembre 1972 Après discussion de la proposition qui lui était présentée, d\u2019ériger le C.P.M.O.en corporation à but non-lucratif, l\u2019assemblée du dimanche 17 septembre a proposé la constitution d\u2019un conseil provisoire.Ce conseil a reçu pour tâche de rédiger la demande d\u2019incorporation légale et de préparer et convoquer l\u2019assemblée de fondation.La plupart des personnes proposées comme membres de ce conseil se trouvaient sur les lieux.D\u2019autres, par ailleurs, devaient être approchées et le seront effectivement avant la fin de janvier.Pour le moment, il faut donc considérer la liste qui suit comme une liste de \"propositions\u201d.123 Claude Lefebvre, directeur actuel, Marie-Paule Lebrun, St-Henri Raymond Guay, Québec Jules Théorêt, Lachute Jacques Archibald, Québec Fabien Lebœuf, Ottawa Jacques Grand\u2019Maison Une personne du monde syndical Enfin, le directeur est autorisé examen, la représentation Yves Côté, Institut de pastorale Lise Bolduc Un délégué du M.T.C.Un stagiaire à temps plein 72-73 Un délégué de la J.O.C.Un responsable du temps partiel Michel Blondin à ajouter d'autres noms si, après de certains secteurs s\u2019avère déficiente.Rappel de la proposition Mettre le Centre entre les mains de ceux pour lesquels il existe Pour que le C.P.M.O.devienne l\u2019affaire d\u2019une collectivité; pour qu\u2019il soit sous la responsabilité de ceux pour lesquels il existe; pour que le Centre soit branché sur l\u2019Eglise en milieu ouvrier: il est proposé à tous ceux qui se reconnaissent directement concernés d\u2019ériger le C.P.M.O.en corporation à but non-lucratif.Hypothèse de travail: \u2014 Pourrait devenir membre, tout chrétien qui se reconnaît responsable de la mission de l\u2019Eglise en milieu ouvrier.\u2014 Chaque membre aurait à débourser une part sociale (qui lui serait remise au moment de son retrait).La somme ainsi constituée doterait le Centre d\u2019un petit fonds de roulement qui lui serait fort utile.\u2014 Il reviendrait à l'assemblée générale d\u2019élire un Conseil d\u2019administration pour une période de 2 ou 3 ans.\u2014 Ce Conseil présiderait à l\u2019évaluation des stages et activités du Centre ainsi qu\u2019à son orientation en fonction des besoins.A cette fin il convoquerait les membres en assemblée générale deux fois par année.C'est lui enfin qui engagerait le directeur du Centre, le remercierait au besoin, et comblerait la vacance.\u2014 Pour assurer un lien organique avec l\u2019Institut de Pastorale des Dominicains, le directeur de cet Institut ou son délégué pourrait être membre de droit du Conseil.124 cr,f\\ £C£mLon± Détruire le système actuel?C\u2019est à y penser.Par le Conseil du Patronat du Québec, Publication Les Affaires Inc., 635 est Henri-Bourassa, Montréal 357.Devant les récentes critiques des centrales syndicales, il était prévisible que le Conseil répondre par un Manifeste.Il invite à la réflexion ceux qui seraient tentés de vouloir changer le système d\u2019entreprise privée au Québec.Sur un ton qui se veut serein, c\u2019est évidemment un plaidoyer pro domo.Ce plaidoyer, cependant, comporte des failles d\u2019importance majeure, sinon des omissions volontaires, que nous voudrions souligner.L\u2019argument de base est affirmé dans l\u2019introduction: \u201cOutre qu\u2019elle soit un incomparable engin de progrès matériel, l\u2019économie d\u2019entreprise privée démontre qu\u2019elle peut véritablement assurer la sauvegarde des valeurs humaines, dont la liberté personnelle si chère à tous.\u201d Et les auteurs de l\u2019illustrer ainsi: \u201cDans un tel régime, le1 nôtre, la liberté individuelle s\u2019exprime de mille et une façon: liberté de choisir sa forme d\u2019activité économique, de s\u2019y épanouir, d\u2019y exceller; liberté de décider de ses propres besoins; liberté de choisir ses études, son milieu de travail, etc.\u201d.Nous nous permettons de mettre en doute une telle affirmation, devant la réalité vécue par le monde ouvrier.Il y a pour le moins un manque d\u2019analyse socio-économique à soutenir que le régime d\u2019entreprise privée \u201ca réussi à mobiliser les puissants dynamismes de la liberté personnelle et de la solidarité sociale\u201d, et que c\u2019est grâce à cela qu\u2019il \u201ca pu atteindre les résultats remarquables qui sont à l\u2019actif de la société québécoise\u201d.La solidarité sociale est, au contraire, ce qui fait le plus défaut actuellement au Québec, faute de projets communs qui soient bien à nous.L\u2019entreprise privée joue à l\u2019encontre de la solidarité sociale.Le Manifeste comporte deux parties.Dans la première, on démontre que l\u2019entreprise privée a mis le Québec au quatrième rang de tous les pays du monde pour le standard de vie moyen de sa population.A qui profite ce régime?C\u2019est se rire du monde que d\u2019affirmer, à la page 19; \u201cLe régime d\u2019entreprise privée a été, au Québec, depuis cent ans, un incomparable agent de diffusion de la propriété des moyens de production comme de la propriété des biens de consommation durables\u201d.Même si je détiens des titres dans une société nationale ou multi-nationale, selon les lois du capitalisme je ne participe aucunement à la propriété des moyens de production.L\u2019entreprise québécoise a sans doute évolué vers un néo-capitalisme sous les interventions de l\u2019Etat et les pressions du syndicalisme; on ne peut plus se le représenter comme il existait au siècle dernier.Mais, le patronat en est bien conscient, ce régime n\u2019est pas parfait en tout point, c\u2019est pourquoi dans une seconde partie on tente de faire son auto-critique et de déterminer les principaux objectifs sociaux des entreprises privées.Cette section apparaît plus positive et plus honnête.Les défis que l\u2019on se 125 propose sont de taille: \u201cproblème de participation des travailleurs aux objectifs de l\u2019entreprise, problème d\u2019intégration de l\u2019entreprise au milieu social dans lequel elle évolue, problème des changements technologiques\u201d.Le patronat propose une concentration tripartite avec le syndicalisme et l\u2019Etat.Pour notre part, nous sommes prêts à donner encore sa chance aux entreprises privées, à condition qu\u2019elles consentent à être solidaires du peuple qui lutte pour sa libération.-v-' STEINBERG Au service de la famille canadienne depuis 1917 -c t h\tA\tJ F.-X.DROLET INC.Atelier de mécanique et fonderie QUÉBEC.245, rue Du Pont\tSpécialité: ascenseurs\tJél522-5262 MONTRÉAL, 2111, boul.Henri-Bourassa est\tT6I.: 389-2258 SYLVA BERGERON, Prés.-fondateur Institut de Culture Personnelle du Québec Inc.Cours: Initiation Relations Humaines ( Personnalité) Bureau: 242 rue Lafayette, Ville de Laval\tTel.: 669-5357 BUREAU CHEF \u2014 HEAD OFFICE: 625, LAFONTAINE \u2014 RIVIERE DU LOUP /D'ANJOU \\ MONTREAL \u2014 QUEBEC \u2014 ST JEAN PORT JOLI \u2014 ST PACAL \u2014 RIVIERE-DU-LOUP EDMUNSTON \u2014 ST.JOHN \u2014 MONCTON, N.B. B E R N A R D I N MAURICE JEAN-LOUIS PIERRE RAYMOND RENÉ JACQUES CLAUDE FRÈRES INC.ASSURANCES \u2022 BERNARDIN BERNARDIN BERNARDIN BERNARDIN COUILLARD THÉRIAULT AUDREN m 8DDO ST.DENIS MONTREAL 327 \u2014 TEL.: 3B4-92DEI LE SALON DE BEAUTÉ POUR L'AUTO G.LEBEAU Ltée 5940, rue Papineau Montréal, Tel.: 273*8861 400 St-Vallier, Est Québec, Tel.: 522-6816 1690, boul.Labelle Chomedey, Tel.: 688-2751 6270, Upper Lachine Montréal, Tél.: 489-8221 405 ouest, Curé Poirier Jacques-Cartier, Tél.: 677-9136 Toits \u2014 Housses \u2014 Nettoyage intérieur \u2014 Rembourrage \u2014 Vitres Laboratoire DU-VAR Inc.Manufacturier de cosmétiques et de parfumerie NOUVELLE ADRESSE 1004 PORT-ROYAL EST MONTRÉAL 358 Tél.: 388-8602 mnz>^cm2 PHPS « **»«»»*«***' \\g.% KiQyyg4/, LE RÊVE GRANDIOSE DEVIENT RÉALITÉ ITïTïl IS-TU DEUX MINUTES?hle nouveau QUÉBEC-PRESSE La socialisation de la vie humaine constitue l'un des \"signes des temps\" les plus clairs où nous pouvons discerner l'appel et l'action du Christ comme Seigneur et Libérateur de l'histoire.«CÇtl LE 19FËV 1973 JtJ niEne Evêques du Chili D.C., 19 sept.1971 "]
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