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Titre :
Lectures
Grâce à ses critiques littéraires, Lectures souhaite faire connaître la valeur intellectuelle et morale des nouvelles parutions tout en créant un barrage efficace contre les « mauvaises lectures ».
Éditeur :
  • Montréal :Service de bibliographie et de documentation de Fides,1946-1966
Contenu spécifique :
janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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    Prédécesseur :
  • Lectures et bibliothèques
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Lectures, 1947-01, Collections de BAnQ.

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3-1- Y/ tares Revue mensuelle de bibliographie critique Pace SOMMAIRE IDÉAL ET PRINCIPES Nos bibliothèque* en 1947 - Espoirs et souhait*.Paul-A.Martin C4.c 267 La condition JC une littérature cana-dicnne-Jrançaise — Son originalité Hyacinthe-Marie Robillard, o.p.260 La législation canonique sur la censure et la prohibition des livres.266 1946 et les lectures- Événements et informations.S.B.D.270 ÉTUDES CRITIQUES Crise sle thomme.Yvon Blanchard 273 U œuvre poétique de Victor Hugo Rita Leclerc 277 Canadiennes.El»* Goulet 279 NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES Volumes (Voir liste p.3 de la couverture) .283 Revues.518 Tome I - no 5 JANVIER 1947 Montréal F IDES LECTURES REVUE MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le Service de Bibliographie et de Documentation de FIDES Direction : Paul-A.MARTIN, c.s.c.Rédaction : Théophile BERTRAND Technique bibliographique : Cécile MARTIN COMITÉS CONSULTATIF Doctrine et Droit canonique VtUricn BÉLANGER, otn, D.D.C., professeur à !¦ Fscuité de Droit canonique de l'Université Ltvtl.Jesn-Fr.BÊRUBÊ, S.S.S., L.Ph., professeur de Philosophie tu Scolssticac des Pires du T.-S.-Sacrement, à Montréal.Guy-M.BRISEBOIS, o.f.m., D.D.C., professeur de Droit canonique au Grand Séminaire de Montréal.Jean-Marie GABOURY, c.s.c., professeur de Philosophie au Collige de Saint-Laurent.Paul GA Y, c.s.sp., professeur de Rhétorique au Collige Saint-Alexandre.Jacques TREMBLAY, s.j., professeur de Philosophie au Collige Jean-de-Brcbeuf.Technique bibliographique Roméo BOILEAU, c.s.c., professeur de Cleuificetion tytUmttiqut à l'École de Bibliothécaires de l'Université de Montréal.Marie-Claire DAVELUY, professeur de Bibliogrepbie i l'École de Bibliothécaires.Lauretta TOUPIN et G.K ARCH, professeurs de Celelogrepbie à l'Ecole de Bibliothécaires.Publication autorisée par l'Ordinaire.NOTES : 1.La revue est publiée mensuellement de septembre à juin ; en juillet et août il ne paraît qu'un seul numéro.Les onze livraisons de l’année constituent deux tomes : septembre à février et mars à juillet-août.2.Chaque numéro comporte en couverture une table alphabétique des noms d’auteurs suivis du titre des ouvrages recensés.Le dernier numéro de chaque tome (soit celui de février et celui de millet-août) comprend une table méthodique des sujets traités ainsi qu’une table alphabétique des ouvrages recensés dans les six derniers mois.3.La référence bibliographique de toutes les publications mentionnées dans Lectures est rédigée d'après les règles de la catalographie, et dans chaque cas est indiquée la cote de la classification décimale universelle.4.Les cotes morales en usage sont les suivantes : M Mauvais D Dangereux B?Appelle des réserves plus ou moins graves, c'est-à-dire à défendre d'une façon générale aux gens non formés (intellectuellement et moralement).B Pour adultes.Un ouvrage dont le titre n'est suivi d’aucune de ces quatre mentions est irréprochable et peut être lu par tous.CANADA: le numéro .$0.25 abonnement annuel .2.50 ÉTRANGER : abonnement annuel .3.00 FRANCE: abonnement annuel.300 fr.LA PROCURÉ GÉNÉRALE DU CLERGÉ, 5, rue de Mézières, Paris (VIe), francb.Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa t c: FIDES 25 EST, RUE SAINT-JACQUES MONTRÉAL - 1 *PLateau 8335 IDÉAL ET PRINCIPES Nos bibliothèques en 1947 Espoirs et souhaits Les apôtres du livre peuvent être contents de l’année qui finit.Au cours de 1946, en effet, la question les lectures et des bibliothèques a retenu l’attention non seulement de nos spécialistes, mais aussi de nos chefs religieux et civils.De telle sorte que de grands progrès ont été réalisés, tant au point de vue assainissement moral des lectures qu’au point de vue diffusion de la culture dans tous les rangs de la société.Nos gens lisent de plus en plus, telle est la constatation qui s’impose à tout observateur sérieux.Les ouvrages que publient nos différents éditeurs, s’ils ont quelque valeur, s’enlèvent rapidement, et atteignent même, pour les meilleurs, des tirages inattendus qu’on peut comparer, toute proportion gardée, aux grands succès de l’édition française.Par ailleurs, les bibliothèques existantes sont beaucoup plus achalandées et dans plusieurs villes, au cours de l'année dernière, les autorités compétentes ont pu favoriser le développement de ces « universités du peuple )), et même leur adjoindre le renfort de succursales bien actives.Ces progrès, surtout d’ordre matériel et technique, ne donneraient pourtant pas les mêmes espoirs, s'ils n'étaient accompagnés de préoccupations supérieures, d’ordre proprement culturel.La campagne de moralité organisée en 1946 n'a pas peu contribué à mettre en garde des éditeurs hasardeux et à détourner le public d’une littérature malsaine.D’autant plus qu’un mou- Tome 1-5 257 JANVIER 1947 vement positif d'orientatiQn s’est dessiné en même temps dans tous les milieux.Il faut mentionner surtout les nervicen de prente qui, dans certains diocèses, ont réalisé un magnifique programme d'apostolat des lectures.Tout ceci d'ailleurs était noté par Son Eminence le Cardinal J.-M.-R.Villeneuve, o.m.i., lors de la conférence qu'il a donnée à Montréal sur ce problème des lectures.1 Cette conférence elle-même constitue un événement capital car, de l'avis des spécialistes du livre-c'est la première fois qu'un prince de l'Eglise se prononce avec autant de précision sur ces questions et notamment sur le problème des bibliothèques.Cependant, il reste encore beaucoup à faire pour la diffusion d'un humanisme populaire respectueux de la culture intégrale et des exigences de la morale.Le mouvement doit donc s'accélérer en 1947, et d'autant plus que, à l'heure actuelle, la division de la société en deux groupes bien tranchés s'accentue davantage.L'un de ces groupes est formé de gens cultivés, vraiment aptes à vivre un humanisme chrétien ; l'autre est constitué de personnes parfois également cultivées mais à qui échappent certaines catégories de valeurs essentielles et qui exploitent souvent indûment la thèse catholique de l'accession du peuple à la culture.L'urgence de remédier aux dangers de cette situation est certes patente car, si les masses ne reçoivent pas des catholiques la satisfaction de leur soif de bonheur, il est à craindre qu'elles demandent aux mouvements subversifs une amélioration à leur sort ; les remèdes à y apporter sont, par ailleurs, plus difficiles à déterminer.Il est indéniable qu'une saine orientation des lectures et le rayonnement de bibliothèques bien administrées sont parmi les principaux moyens mis à notre disposition pour faire en sorte que chacun des membres de la société puisse, en remplissant fidèlement les devoirs de sa profession, assurer son bonheur à la fois temporel et éternel.1.Le Problème des lectures, par Son Em.le Cardinal J.-M.-R.Villeneuve, o.m.i, Montréal, Fides, 1946.27 p.; $0.15.258 LECTURES Nous souhaitons avec une insistance particulière qu'en 1947, le développement des bibliothèques soit fonction d'un plan d'ensemble adopté en haut lieu : en ce domaine, qui relève de l'éducation, il faut se garder de 1 a peu près et des dangers d'aventures aux conséquences tôt ou tard désastreuses.On l'a dit et il faut le répéter : une des plus grandes raisons de la lenteur du développement des bibliothèques dans notre province,^ c'est l'absence d'un tel plan.Or l'Ecole de Bibliothécaires, il y a de;à plus de deux ans, a lancé dans le public un projet d'organisation générale des bibliothèques de la province, projet selon lequel les bibliothèques dépendraient du Département de l'Instruction publique.D'après ce projet, le Comité catholique de l'Instruction publique organiserait un Office provincial de bibliothèques auquel seraient rattachés, dans les municipalités, des Commissions municipales de bibliothèques, et dans les campagnes, des Conseils régionaux de bibliothèques chargés d'unités régionales embrassant un ou plusieurs comtés, ou mieux tout un diocèse.Au début de cette nouvelle année, nous formulons donc le vœu que nos lecteurs et tous ceux qui ont quelque influence en la matière travaillent à la mise en œuvre de ce plan : sa réalisation, meme partielle, marquera un jalon important dans l'ascension culturelle des nôtres.Paul-A.MARTIN, c.s.c.JANVIER 1947 259 La condition d'une littérature ca-nadienne-française SON ORIGINALITE M.René Garneau a montré avec beaucoup d'à propos et de justesse, à notre avis, dans un réceni article1, que la véritable criée de l’édition canadienne était Bat.a l’esprit, et dans l'esprit de nos écrivains eux-mêmes.Et s'il n'entend pas par là, évidemment, attaquer de front tous nos écrivains, il atteint du moins directement ceux-là qui se plaignent le plus amèrement de l'oubli où on les laisse, et qui ont cependant les premiers renoncé à s'intéresser à notre peuple, à écrire pour lui, à lui donner la seule littérature qu’il puisse entendre et apprécier : une littérature canadienne-française.Telle nous a paru être la substance de la pensée de M.Garneau, et si nous entreprenons le présent article, c'est uniquement pour la pousser plus à fond, et lui donner une portée plus univer-selle.Le problème le plus sérieux et le plus décisif qui occupe aujourd’hui l'esprit d'un écrivain de chez nous touche la nature même d'une littérature canadienne, la toute première constitution de son essence : son quid ait, et plus exactement son quid erit ?Une telle littérature est-elle concevable ?Quelles seront ses noies, ses caractéristiques ?Quelle sera sa situation exacte entre la littérature française d'expression européenne et la littérature anglo-canadienne d'expression américaine ?Le problème en question est donc un problème d'originalité, d'individualité.Et pour lui donner une apparence plus concrète, nous pourrions nous le représenter ainsi.A supposer que, par la grâce de Dieu, un Racine ou un Pascal nous soient donnés : dans quelle langue écriraient-ils ?quels thèmes traiteraient-ils ?en quoi une Albalie écrite et jouée à Montréal, des Pensées écrites et publiées à Québec, différeraient-elles et ne différeraient-elles pas de Y Albalie que nous connaissons assez bien et des Pensées que nous ne connaissons pas assez ?Sans prétendre apporter en cinq ou six pages une solution définitive à un problème d'ailleurs insoluble par plus d'un côté, nous voulons énoncer ici quelques principes élémentaires qui, maniés avec plus de finesse que de géométrie, aideraient peut-être à la formulation d'une réponse équitable et satisfaisante.1 Garneau (René), La crise esl dans l’esprit (Littérature, supplément littéraire du Canada, 4 novembre 1946).260 LECTURES Ai Et pour prendre notre point de départ dans une évidence rationnelle, nous poserons comme indémontrable qu'une littéra ture canadienne-française ne pourra se constituer qu'à la condition de ne rien laisser perdre de ses attributs les plus notoires : elle devra être canadienne et française, intégralement, indistinctement, tout à fait l'une et tout à fait l'autre et les deux en même temps.Qui voudrait chez nous faire « français », fera de l’exotisme — et l'on sait quel est le maigre intérêt des œuvres exotiques au sein de la littérature française elle-même.Pour l'exprimer encore plus carrément : un Canadien habillé à la française sera toujours un Français mal habillé.Mais qui croira se tirer d’embarras et dissiper toute équivoque en faisant catégoriquement, spécifiquement, exclusivement « canadien » — qu’il entende par là canadien-français ou canadien-tout-court — se coupera toute voie d'accès vers la littérature digne de ce nom, vers la grande littérature, expression de la culture et de la pensée humaine.En ce sens, être Canadien serait renoncer à être humain, et de se lier — fut-ce sous prétexte de fidélité au passé — et de se river à ce seul coin du temps et de l'espace où s'agite notre corps, serait oublier qu’il y a une partie de nous-mêmes pour laquelle le monde entier sera toujours trop petit, et en considération de laquelle les Grecs eurent ce génie de reconnaître « que le philosophe n'avait pas de patrie ».Mais cela posé, les termes du dilemme présent n’en sont que mieux marqués.Il reste toujours à se demander : comment une littérature à la fois canadienne et française arrivera-t-elle à l’originalité ?comment, tout en étant l'expression fidèle et aucunement maniérée de l'âme de notre peuple, saura-t-elle garder pour autant une valeur et une portée humaine, universelle, illimitée ?Poussons donc un pas plus avant et répondons cette fois qu'il y a pour l'ordre universel de l'être, et donc forcément aussi pour la littérature et les arts, deux sortes d'individualité et d’originalité possibles.L'une se trouve impliquée dans la notion d’infini, l’autre dans la notion d’indéfini ; l'une a pour siège la matière, l'autre l'immatériel ; l'une est œuvre ou découverte de l’intelligence, l'autre condition de la chair et nourriture du sens.Et pour ne pas donner un air de haute sagesse à ce qui n'est qu'élémentaire vérité, disons qu'il nous est loisible à nous-mêmes, tous tant que nous sommes, de nous rendre originaux et distincts de nos semblables par deux voies bien opposées et qui tombent justement sous l'une ou l'autre des catégories précédemment énoncées.Nous pouvons chercher à nous distinguer de nos semblables par une supériorité réelle de notre esprit et de notre cœur, en les dépassant de toute la largeur de nos vues et de toute la largeur de charité ; ou par une allure et un comportement plus ou moins extravagants de notre corps animal.Dans les deux sens les possibilités d'originalité sont illimitées.I outefois, dans, le domaine spirituel, ces possibilités sont rigoureusement infinies, JANVIER 1947 261 car par l'esprit et la volonté nous sommes capables d'une vérité et d'une bonté réellement infinies ; mais dans le domaine sensible ou corporel ces possibilités sont seulement indéfinies, car si on ne peut accumuler du même coup toutes les imperfections de la matière, on peut cependant et sans trop d'effort les pourchasser l’une à la suite de l'autre.Ainsi, je puis chaque jour m'habiller un peu différemment de mes concitoyens, parler un peu plus mal qu'eux, raccourcir ma canne d'une demie ligne chaque semaine, et par là m'assurer une notabilité certaine parmi les gens de mon quartier.Et pour revenir maintenant à la question principale, reconnaissons que notre littérature canadienne a connu et connaît encore ces deux modes d'originalité.Et si j’apporte ici des exemples, ce n'est aucunement pour mettre immédiatement en cause des œuvres et des auteurs, mais seulement pour expliciter des notions qui me paraissent de première importance.Deux écrivains nous ont donné des œuvres originales, et du meilleur ordre : Eouis Jlémon et Gabrîelle Roy.Mais tie quelle originalité s'agit-il ?Reside-t-elle essentiellement dans le theme et Te sujet de leurs romans, dans les descriptions qu'on y fait de nos longs hivers et de notre vie citadine, dans les quelques locutions populaires dont l'un et l'autre a su agrémenter ses dialogues, dans les tirades patriotiques enfin qu’ils ont inserees chacun au bon endroit?A Dieu ne plaise! C’est beaucoup plus haut qu'il faut chercher, si on ne veut pas insulter à leur talent.Et ibest seulement regrettable que d'excellents critiques aient ici fait royalement figure d'aveugles (et nous ne parlons pas de journalistes intéressés qui ont cru bon de présenter Bonheur d occasion comme l'article tout désigné d'une propagande en faveur du « retour à la terre » ; autant demander à Y Enéide l’annonce d'un combustible « Didon »).Si ces œuvres nous touchent — et si on les a achetées chez nous et à l’étranger — c’est en premier lieu parce qu'elles répondent au premier de nos besoins# qui est un besoin d'œuvres humaines.Peu importe ici le décor, le langage, le milieu ; comme il n'importe guère que les Romains de Corneille soient beaucoup plus Français que R .«niams, et.que les Italiens de Shakespeare aient aux veines peu de sang latin.Certes, ce sont là des notes, des accidents, des artifices qui aident et facilitent l'effort de l'intelligence : ils n'apportent rien de fondamental, et un esprit robuste s'en passerait.Molière se joue san.-, costumes.Florentine nous retiendrait aussi bien dans les limites Je la Banlieue rouge qu'elle ne le fait dans les limites de la ' lcfr< pple.Ces œuvres nous touchent, parce que \a Mère Chapdelaine, Madame Laçasse, son gamin qui meurt d’inanition à l'hôpital et jusqu'à àa nurse.ont ce pouvoir de nous révéler quelque aspect de nous-mêmes, que nous nous connaissions depuis toujours, mais que nous n'aurions jamais su nous expliquer aussi bien.Ces personnages n'ont pas de nom, ils n ont au vrai pas de pays: 262 LECTURES Ils ont pour originalité le drame de leur cœur et non les particularités et l'agitation de leur squelette de chair.Par contre, depuis Maria Cbapdelaine, et en même temps que Bonheur d'occasion, on a écrit et on continue d'écrire un assez bon nombre de romans « canadiens ».Or, en un sens, tous ces romans ont de beaucoup dépassé les précédents du point de vue originalité : ils sont beaucoup plus spécifiquement canadiens.Mais il faut voir par quel bout.L'un a cru que de multiplier a l’extrême les quelques rares « sacres » échappés à Ti-Bé ou a Da-Bé lui fournirait toute l'originalité désirée, et en toute vérité il a sûrement touché un sommet dans ce genre.Un autre a collectionné tous les « canadianismes » utilisés ou utilisables, pour le présent et l'avenir, et en a garni ses œuvres d'un jargon aussi étranger à nos oreilles et à notre vrai parler que n’était la langue des Précieuses ou celle de Vaugelas aux contemporains de Molière.Que penser de cette originalité, bien distincte de l'autre ?Est-il seulement besoin d'insister sur son caractère factice, sur sa banalité fondamentale et sa trivialité patriotarde 1 Au lieu de demander à Cyrano quelle grande âme il cache sous son grand nez, on lui a demandé s'il préférait les mouchoirs de bonne toile du pays.D'entre ces genres d'originalité, lequel vaut-il mieux choisir ?Libre à nos écrivains d’incliner dans le sens qui leur paraîtra le meilleur, mais qu'ils sachent bien que de leur choix depend immédiatement le sort de notre littérature.Car s'ils acceptent la ligne et le modèle indiqués par Maria Cbapdelaine et Bonheur d\occasion, il n'est pas du tout impossible qu'ils en viennent à nous donner une « littérature » ; s'ils préfèrent l'autre voie,, ils nous feront tout au plus une réclame touristique, et susceptible d'attirer ceux qui aiment notre soupe-aux-pois plus que ceux qui aimeraient notre culture.Et j'ajoute ceci, bien qu'en dehors du discours : si nous nous rappelions un moment quelle fatigue et souvent quelle irritation produisent sur nous ces passages des écrivains de France où l'on chante le couplet à la « France éternelle, patrie de l'esprit et nombril de la terre », peut-être serions-nous moins empressés ensuite à jouer trop d'une semblable pédalé, dans les œuvres cjue nous désirerions nous-memes voir apprécier et estimer à l'etranger.Mais avant de conclure ces quelques réflexions, il nous reste à toucher le point le plus important cle toute cette enquête — et qui sera cependant le plus court, étant donné que nous avons déjà occupé tout l'espace alloué.A supposer donc que nos écrivains se consacrent d'abord et exclusivement à la recheiche de l'universel et de l'humain, comment feront-ils œuvre canadienne ?Et s ils écrivent dans cette langue qu'il est convenu d'appeler le « français officiel », le français de l'heure, le français actuellement classique, celui de toutes nos grammaires et de tous nos dictionnaires, et qu'ils le fassent en suivant les tendances et les inspirations de leur JANVIER 1947 263 esprit nourri de la meilleure et aussi « officielle » tradition française, comment leurs œuvres se distingueront-elles des œuvres rédigées en France par des écrivains de France ?Notre solution à ce dernier problème sera des plus simples, car en vérité le problème nous paraît inexistant.La nature répondra ici pour nous et nous délivrera dès le principe «le toute angoisse sur ce sujet.Racine ne s'est pas demande s ri allait cerne « dix-septième siècle », ni même s'il allait écrire « français », et il ne s'est pas demandé davantage si sa tragédie allait être « raci-nienne » : il aurait tenté d'échapper à toutes ces nécessités et a toutes ces contingences qu’il n'aurait pu le faire.11 y a, en effet, une façon de se défendre d'être de son milieu et de son siècle, qui n'appartient qu'aux hommes de tel milieu et de tel siècle.Le jour donc où nos écrivains chercheront à étudier l'homme, l’homme tout-court, ils le feront de façon canadienne parce qu'étant eux-mêmes canadiens.Eh quoi ! Cet homme-tout-court ils l'auront découvert à travers les agissements de leurs frères et de leurs compatriotes ; ils l’auront suivi forcément dans un décor et des occupations et des tournures «le langage et des idees propres à l'homme «lu Québec.J'ajoute que l’écrivain lui-même, appliqué à la recherche de cet universel, aura reçu du ciel, après trois siècles d'hérédité cana-dienne, une façon de voir, «le sentir, de raisonner, qui ne feront équivoque à personne.Inutile pour lui de presser le claxon nationaliste : ses cousins de France, avec tout le raffinement et hélas ! cette objectivité mépiisante que favorise une trop grande parente, seront les premiers à souligner le caractère canadien de I'œuvr3.En somme, nous aurons une littérature canadienne-française le jour où, oubliant de faire canadien et français, nous viserons d'abord et avant tout à créer une œuvre humaine, dans la sincérité et la générosité «le notre esprit et «le notre cœur, en exploitant à fond les talents départis à notre peuple.Cherchons la vérité et la beauté «lans toute leur pureté, en nous détachant le plus possible des affections passagères et des influences variables du présent, et l'originalité nous sera donnée par surcroît.Rares, en effet, et originaux furent en tous temps ceux qui eurent le courage d'adopter cette route, et il est douteux que l'avenir vienne démentir sur ce point le passé.Hyacinthe-Marie ROBILLARD, o.p.264 LECTURES La législation canonique sur la prohibition des livres Pour rêponere au désir d'un grand nombre el au,foi à un besoin évident, noua croyons utile de publier la législation de l’Eglise sur la prohibition des livres.Nous avons extrait de l’Inde x du R.P.Raymond-JI.Charland, o.p., le texte meme du code de droit canonique.Les lecteurs sauront tirer de ce texte de jruclueuses leçons.Peul-ê/re Irouveronl-i/s avantage à grouper comme il convient, sous les quatre divisions suivantes, les enseignements et les prescriptions de ces canons : 1° prohibition par décret (mise d l’Index) ; 2° effets de la mise à l Index ; 5° prohibition de droit (règles générales de l Index) ; 4° exemptions, permissions, venle des livres prohibés.Nous soulignons en particulier I importance el I universalité des règles générales de I Index (canon 1599), si souvent ignorées ou méconnues, de même que les exigences inéluctables du droit naturel, {canon 1405) Canon 1384, par.1.L’Eglise a le droit d’exiger que les fidèles ne publient pas de livres qu’elle ne les ait au préalable jugés et reconnus, comme aussi de prohiber, pour de justes motifs, des livres de n'importe ouel auteur.Par.2.I .es prescriptions cie ce titre concernant les livres sont applicables, sauf s'il conste du contraire, aux journaux, aux périodiques et à toutes les autres publications.Chapitre I Ce premier chapitre, qui comprend les canons 1581-1595, traite de la censure préalable des livres.i\ ous publions seulement les paragraphes auxquels on se reporte dans le chapitre sur la prohibition des livres.Canon 1385, par.1.Il est défendu, même aux laïques, d'éditer sans la censure ecclésiastique préalable : 1° Les livres des Saintes Ecritures ainsi que les notes et les commentaires qui les accompagnent ; 2° Les livres qui ont pour objet les Saintes Ecritures, la sacrée théologie, l'histoire ecclésiastique, le droit canonique, la théodicée, l'éthique, ou toute autre science religieuse ou morale ; les livres et opuscules de prières, de dévotion, de doctrine, d'instruction religieuse,morale, ascétique, mystique et autres semblables, bien qu'ils paraissent conduire à la piété ; et en général tout écrit où se trouvent des passages intéressant particulièrement la religion et l'honnêteté des mœurs ; JANVIER 1947 265 3° Les images sacrées, de quelque manière qu’elles soient imprimées, qu'elles soient ou non accompagnées de prières.Canon 1391.Les versions en langue moderne des Saintes Ecritures ne peuvent être imprimées, que si elles sont approuvées par le Siège apostolique, ou si elles sont éditées sous le contrôle des évêques et avec des notes extraites principalement des écrits des saints Pères de l'Eglise et des ouvrages des écrivains savants et catholiques.Chapitre II De la prohibition deo livreo Canon 1395, par.1.Le droit et le devoir de prohiber les livres pour une juste cause appartiennent non seulement à l’autorité ecclésiastique suprême pour l'Eglise universelle, mais aussi aux conciles particuliers et aux Ordinaires des lieux pour leurs sujets.Par.2.Contre cette prohibition il est permis de recourir au Saint-Siège.Ce recours, toutefois, n'a pas d'effet suspensif.Par.3.L'Abbé d’ un monastère indépendant, le Supérieur général d'une congrégation cléricale exempte, avec leur chapitre ou leur conseil, peuvent également, pour un juste motif, prohiber des livres pour leurs sujets.Ont le même pouvoir, s'il y avait peril à tarder, les autres Supérieurs majeurs avec leur conseil, à la condition toutefois qu'ils en réfèrent d'urgence au wSupérieur général.Canon 1396.Les livres condamnés par le Siège apostolique sont prohibés pour le monde entier et en chacune de leurs versions dans les diverses langues.Canon 1397, par.1.Il appartient à tout fidèle et surtout aux clercs, aux dignitaires ecclésiastiques et à ceux qui se distinguent par leur science de déférer aux Ordinaires des dioceses ou au Siège apostolique les livres qu'ils jugent pernicieux.Ce soin revient à un titre spécial aux Légats du Saint-Siège, aux Ordinaires des diocèses, aux Recteurs des universités catholiques.Par.2.Il convient que dans la dénonciation des mauvais livres, non seulement le titre du livre soit indiqué, mais encore, dans la mesure du possible, que soient exposées les raisons pour lesquelles on juge la condamnation nécessaire.Par.3.Ceux à qui est faite la dénonciation ont le devoir sacré de garder secret le nom des dénonciateurs.Par.4.Les Ordinaires des lieux veilleront par eux-mêmes, ou, s il en est besoin, par des prêtres capables, sur les livres qui sont publiés ou mis en vente dans le territoire de leur juridiction.Par.5.Quant aux livres qui exigent un examen plus approfondi, ou ceux pour lesquels une sentence de l'autorité su- 266 LECTURES 5rême paraît nécessaire afin d'obtenir un effet salutaire, les rdinaircs les déféreront au jugement du Siège apostolique.Canon 1398, par.1.La prohibition d'un livre a pour effet qu'on ne peut, sans la permission requise, ni l'éditer, ni le lire, ni le garder, ni le vendre, ni le tiaduire, ni le communiquer à d'autres de quelque façon que ce soit.Par.2.Aucun livre prohibé ne peut être réédité à moins que, toutes corrections faites, la licence n'en ait été donnée par qui avait prohibé le livre, ou par le supérieur ou par le successeur de celui-ci.Canon 1399.Sont prohibéô de plein droit, (il s'agit ici des règleo générales de l'Index): 1° Les éditions du texte original et des anciennes versions catholiques de la Sainte Ecriture, même celles de l'Eglise orientale, publiées par des écrivains non-catholiques ; de même aussi les versions en n'importe quelle langue qu'ils auraient faites ou éditées.2° Les livres de n'importe quels auteurs qui défendent l'hérésie ou le schisme, ou qui, de quelque façon que ce soit, tentent de détruire les fondements mêmes de la religion.3° Les livres qui, de parti pris, attaquent la religion ou les bonnes mœurs.4° Les livres de tous les auteurs non catholiques qui traitent ex projeooo de religion, à moins qu'il ne soit évident qu'ils ne contiennent rien de contraire à la foi catholique.5° Les livres dont il est question aux canons 1385, par.1, et 1391 ; de plus, parmi ceux dont il est question au can.1385 précité, par.1, n.2, les livres et les opuscules qui racontent des apparitions nouvelles, des révélations, des visions, des prophéties et des miracles, ou qui introduisent des dévotions nouvelles, même sous prétexte qu'elles sont privées, s'ils sont édités sans qu'on ait observé les prescriptions canoniques.* Les livres qui attaquent ou tournent en dérision l’un quelconque des dogmes catholiques ; ceux qui soutiennent des erreurs proscrites par le Siège apostolique ; ceux qui déprécient le culte divin ; ceux qui tendent à ruiner la discipline ecclésiastique et ceux qui, de parti pris, insultent la hiérarchie ecclésiastique, l'état clérical ou religieux.7° Les livres qui enseignent ou recommandent la superstition de quelque genre qu'elle soit, les sortilèges, la divination, l'évocation des esprits et autres choses semblables.8° Les livres qui prétendent établir la licéité du duel, du suicide ou du divorce ; ceux qui traitant des sectes maçonniques et autres sociétés secrètes, prétendent qu'elles sont utiles et qu'elles ne nuisent ni à l’Eglise ni à la société civile.JANVIER 1947 267 9° Les livres qui ex projetao traitent de choses lascives ou obscènes, les racontent ou les enseignent.10° Les éditions des livres liturgiques approuvés par le Siège apostolique dans lesquelles quelque chose aurait été changé et qui, tie ce fait ne concorderaient plus avec les éditions authentiques approuvées par le Saint-Siège.11° Les livres qui divulguent des indulgences apocryphes ou qui auraient été proscrites ou révoquées par le Saint-Siège.12° Les images, quel que soit leur mode d'impression, de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de la Bienheureuse Vierge Marie, des Anges et des Saints ou autres serviteurs de Dieu, qui ne seraient pas conformes au sentiment de l'Eglise et à ses décrets.Canon 1400.L'usage des livres dont parle le can.1399.n.1, et celui des livres édités contre les prescriptions du can.1391, est permis seulement à ceux qui s'occupent, en quelque manière, d'études théologiques ou bibliques pourvu, toutefois, que l'édition de ces livres soit fidèle et intègre et que, dans leurs prolégomènes ou leurs annotations, ils n'attaquent pas les dogmes de la Foi catholique.Canon 1401.Les cardinaux de la sainte Eglise romaine, les évêques, même titulaires, et les autres Ordinaires, tout en étant tenus aux précautions nécessaires, ne sont pas atteints par la prohibition ecclésiastique des livres.Canon 1402, par.1.En ce qui concerne les livres prohibés de plein droit ou par décret du Siège apostolique, les Ordinaires ne pourront donner de permission à leurs sujets que pour des livres déterminés et seulement dans les cas urgents.Par.2.Que s'ils ont obtenu du Siège apostolique un induit f'énéral pour permettre à leurs sujets de garder et de lire les ivres prohibés, ils ne donneront cette permission qu'avec discernement et pour un motif juste et raisonnable.Canon 1403, par.l.Ceux qui ont obtenu l'autorisation apostolique de lire et de garder des livres prohibés, ne peuvent pour cela lire et garder les livres quelconques proscrits par leurs Ordinaires, a moins que l’induit apostolique ne leur donne expressément la permission de lire et de garder les livres condamnés par n'importe quelle autorité.Par.2.De plus, ils sont tenus, par un grave précepte, de garder ces livres de manière qu'ils ne tombent pas en d'autres mains.Canon 1404.Les libraires ne doivent ni vendre, ni prêter, ni garder des livres traitant ex projetât) d'obscénités.Quant aux autres livres prohibés, ils ne les garderont en vente qu'après en avoir obtenu la permission du Siège apostolique.En outre, ils ne les vendront qu'à ceux qu'ils peuvent prudemment considérer comme ayant le droit de les demanoer.268 LECTURES «6i ¦ -¦ ËLiftàft Canon 1405, par.1.La permission accordée par quelque autorité que ce soit ne soustrait aucunement à la défense faite à chacun par le droit naturel de lire des livres qui exposent le lecteur à un danger spirituel prochain.Par.2.Les Ordinaires des lieux et tous ceux qui ont charge d’âmes avertiront opportunément les fidèles du péril et du dommage auxquels expose la lecture des mauvais livres et plus particulièrement îa lecture des livres prohibés.Canon 2318, par.1.Encourent ipoo jaclo l’excommunication réservée spécialement au Siège apostolique, au moment même ' où l'ouvrage est publié, les éditeurs des livres des apostats, des hérétiques et des schismatiques qui défendent l'apostasie, 1 heresie ou le schisme, et aussi tous ceux qui défendent, lisent ou retiennent ces mêmes livres ou d’autres livres nommément condamnés par lettres apostoliques.Par.2.Les auteurs et les éditeurs qui, sans la permission requise, font imprimer les livres des Saintes Ecritures, ou des annotations ou des commentaires des textes sacrés encourent ip (Guvau).Inutile d'insister pour montrer que cette morale « devient insupportable et invivable dans la mesure où elle est impuissante à proposer un terme concret à l'action humaine.» L'homme nouveau est donc apparu sur la terre.A la faveur des trois incarnations historiques successives du Rationalisme, savoir la Renaissance, la Réforme et la Révolution, un style de vie s'est développé qui, professant avant tout la rupture avec le passé et l'autonomie radicale de la raison, se présente avec des caractéristiques dénommées, par exemple, domestication de 1 inconscient, divinisation du sang et de la race, néomalthusianisme, et quoi encore 1 A tout événement, le Rationalisme, et ces méfaits, « n’aurait pu apparaître sans une déviation antécédente de cette piuwance JANVIER 1947 275 d’amour et d’adbèoion affective à l’être qui, plus que l'intelligence, constitue concrètement la caractéristique morale de l'homme ».Le niveau de la moralité se mesure à l'amour.Or dans les mœurs contemporaines les formes de l’amour ne manifestent plus que l'amour est dominé par son objet, qu'il est lié à une nécessite et qu'il postule une transcendance.L’amour est aujourd’hui réduit a sa forme sexuelle, à un besoin physiologique ; il n'est guère souvent « une expansion de l’être axée sur le don de soi ».Considérons les faits.Prenons la mesure de l'amour présidant à la société conjugale, aux relations entre homme et femme, soupesons l’amour intégrant la famille, cherchons les retentissements de l'amour dans les mœurs professionnelles, efforçons-nous de trouver l’amour au principe du lien unissant l'homme et sa patrie, scrutons les profondeurs de la religion vécue pour savoir ou l'amour existe.Partout, nous retrouverons un simulacre d’amour ; nous devrons affirmer que les mœurs contemporaines sont devenues « un comportement mécanique analogue à celui que décrit la doctrine behavioriste » parce qu'elles sont vidées de leur substance, qui est l'Amour.Devant une telle situation, (( l’homme n’a plus le choix qu'entre la mort et la vie ».S’il opte pour la vie, il devra se pénétrer du fait que « élever une famille, aimer son métier, vénérer sa patrie » est une tâche surhumaine.Force lui sera de retrouver Dieu et le sens de l'être, et de « conférer une importance essentielle aux impératifs mineurs de son existence journalière.» Il devra, comme le dit si magnifiquement Gabriel Marcel, (( tenter de se rappeler pour son compte que ce sont au fond les mêmes puissances d'amour spontané, suprarationnel qui, en des temps plus heureux, se concentrèrent en architectures, en musique ou en poèmes, et qui demain armeront les volontés farouches de ceux qui se refusent à laisser consommer en eux et autour d'eux le reniement de l’homme par l'homme, c'est-à-dire, plus profondément, du plus qu'humain par le moins qu'humain.» * * * Nous voilà donc au terme de la vertigineuse excursion d'un philosophe dans « le monde des mœurs ».Certes, nous serions téméraire de prétendre avoir pu condenser une matière aussi dense et aussi opulente.Notre rôle, restreint par notre mesure, nous laissait tout au plus le privilège de retrouver les articulations, les jointures, dans l'espoir que certains auront la tentation de vouloir déceler le rythme même de l’opus.Yvon BLANCHARD 276 LECTURES L’œuvre poétique de Victor Hugo' La réimpression au Canada des Oeuvres poétiques complètes de Victor Hugo a sûrement été un événement dans le monde de l'imprimerie et de l'édition : matériellement, l'œuvre est belle.Dans le monde littéraire, on s’est réjoui de trouver, à portée de la bourse comme de la main, toute l’œuvre de l'incontestable génie poétique que fut Victor Hugo : cette aubaine facilite singulièrement l'étude de cet authentique représentant de l’âge romantique.La parution de ce volume nous fournit l'occasion de reviser nos jugements sur Victor Hugo, et d'établir sommairement la démarcation entre les vraies et les fausses valeurs que présente son œuvre poétique au regard d'un humaniste chrétien.Hugo est un maître du verbe ; on s'accorde à dire qu'il est un de ces grands écrivains qui d'âge en âge renouvellent la langue française.Il a joué, dans la iangue poétique, un rôle assez semblable à celui que joua Rousseau, dans la prose, un siècle plus tôt.C'est aussi un maître du rythme et de la sonorité du vers.On citerait aisément nombre de poèmes qui sont de vraies merveilles de musicalité.Ce poète qui avait l’oreille du rfiusicien avait aussi l'œil du peintre.C'est cç qui explique la valeur picturale de ses strophes et le relief de scs descriptions.L'érudition énorme — pour employer un mot bien cher au poète — de Victor Hugo nous épate au premier abord, mais le connaisseur s'amuse de constater que cette érudition est aussi superficielle qu'étendue.Si, pour peu que l’on veuille pénétrer dans l’intimité de Victor Hugo, le poète nous charme autant que l'érudit nous déçoit, bien vite l’on doit fausser compagnie à ce penseur que leurrait une imagination hypertrophiée et qu'aveuglait un orgueil aussi prodigieux.L'œuvre poétique de Victor Hugo, c'est la modulation grandiloquente de tous les sentiments généreux et de toutes les idées (( folles )) dont l'amalgame est, à mon avis, la caractéristique d'ensemble de l’époque romantique.Le père, le grand'père, le défenseur des pauvres, voilà des « personnages )) admirables et émouvants chez Victor Hugo.Mais le prophète, le mage, ne nous impressionnent guère, et leur parole, loin de nous éclairer et de nous entraîner, nous fait sourire.Victor Hugo s'est complu maintes fois à exposer la conception qu'il se faisait du poète : il a célébré, avec combien de fougue, ce vales, ce voyant de la 1 Hugo (Victor) ; Oeuvres poétiques complètes.Avec un avant-propos de Robert Gonin.Montréal, Valiquette, 1944.1228 p.27 cm.81.4 Dangereux 277 JANVIER 1947 divinité, ce « conducteur des êtres », ce nouvel Isaïe, ce nouveau Moïse, cet autre saint Paul.Or, quand on dénombre toutes les pensées fausses et les attitudes condamnables que recèle l'œuvre gigantesque de Victor Hugo, on peut douter sérieusement de la qualité de l'inspiration de cet Isaïe qui se dit (( agit » par Dieu, et de l'authenticité d'une mission qui ne sanctifie pas son homme.D'ailleurs, est-il nécessaire de le rappeler, si grande, si belle, si sublime que soit la fonction du poète, quand elle reste sur le plan d’une fonction simplement humaine elle ne se compare pas, même de loin, à celle d'un apôtre : cela est d'un autre ordre, comme dirait Pascal.Cette « âme aux mille voix » mise « au centre de tout comme un écho sonore )) a eu des chants, des résonances merveilleuses.Pourquoi faut-il que certaines des plus précieuses réalités n'aient provoqué chez elle que discordance et cacophonie ?Il faut le déplorer, Hugo a été le contempteur de la chasteté et de la mission divine du prêtre.Sa vie irrégulière et ses désirs libertins ne le f>rédisposaient guère à comprendre et à apprécier ces valeurs qui c dépassaient.Ici, comme en bien d’autres endroits, il manquait au grand poète, cette béatitude de la « vision » qui n'a été promise qu'aux cœurs purs.Qui veut lire Hugo uniquement pour goûter une poésie saine et enrichissante se doit de ne le connaître que dans ses œuvres choisies.Rita LECLERC N’oubliez pas qu’à notre époque le sadisme moral, l’appât du gain, qui déshonore certaines gens de lettres et ceux qui les éditent, ont fait naître toute une littérature orduricre qui, sous couleur de liberté, d'art ou de psychologie, étale sous tous les yeux, avec des titres alléchants, les pires instruments de la dépravation psychique et morale de la jeunesse.Notez bien que je ne me place pas au point de vue de la morale pure : ce n’est pas mon affaire, je me place au point de vue de l’effet nocif produit sur tout le psychisme, la conscience, l’association des idées, l'imagination, le jugement et la volonté de nos jeunes lecteurs et spectateurs.Que toutes ces lectures et tous ces spectacles arrivent à empoisonner leur âme, cela ne fait aucun doute.(Dr Henri Mignon, éducation psychologique de l'enjance, p.87.) Le Dr Léon Bizard, médecin en chef de la prison Saint-Lazare, a demandé, au cours d’une communication à l’Académie d :s Sciences morales et politiques, sur le progrès de la prostitution, « l’interdiction de certaine presse licencieuse, et de livres obscènes, sur lesquels il pense qu'on peut faire peser une part de la responsabilité de la crise actuelle ».(Journal Officiel, 15 octobre 1929, p.11552.) Regardez la réalité.une littérature, détachée de la conscience populaire, qui, dans l’angoisse de tant de problèmes posés, ne se lasse pas de conter les petits drames de l’entresol, l’avant, le pendant et l’aprcs de l'adultère.la pornographie encouragée, honorée par le gouvernement dès que ses proxénètes daignent écrire en français ou à peu près.(Gabriel Séailles, les Affirmations de la Conscience moderne.) 278 LECTURES Canadiennes' C'était un après-midi de l'automne vieillissant ; nous revenions sur la route de Saint-Raphaël de Bellechasse.Le temps, doux infiniment, avait une suavité estivale.C'était l'été de la Saint-Martin.Des paysans ouvraient les sillons qui s’alignaient géométriquement les uns à la suite des autres.Nous allions par monts et par vaux.Ici, la route coupait les champs ; là, elle s'encaissait entre deux pans de forêt.Celle-ci rutilait comme un lingot d’or où s'enchâssaient des rubis.Dans un détour imprévu, nous apercevions la nappe limpide d'une rivière où se mirait tout l'azur du ciel pommelé de nuages, encadré par la feuillée multicolore des arbres de la rive.Le soleil baissait rapidement à l’horizon; un voile de brume mauve et rose flottait sur les champs.Cette douceur ne trompait pas : nous savions que demain soufflerait la bise qui jetterait bas cette féerie.Et ce serait les froidures de l'aquilon préludant aux rigueurs de l'hiver.Au sortir de la lecture de Canadiennes, ce paysage, qui avait concrétisé pour moi, en un moment de lucidité exceptionnelle, la réalité de la patrie, a surgi naturellement en mon esprit, lorsque j'ai voulu caractériser le genre de M.l'abbé Tessier.Son âme est une harpe éolienne qui vibre sous les effluves de la terre lauren-tienne où dorment nos vaillants aïeux : le patriotisme de M.Tessier pousse des racines profondes dans la region de la Mau-ricie, qu'il sait si bien célébrer par la plume, la photographie, le film.Il a puisé dans son amour pour sa petite patrie des raisons d'aimer la grande patrie canadienne.Voici qu'il nous présente ce livre, un vibrant hommage aux nobles aïeules qui ont fait de notre pays une terre de fidélité, de force et d esperance.Suivons donc M.l’abbé Tessier dans son pèlerinage au cœur du passé : « Toutes les femmes qui ont aimé, souffert, prié, nous demandent de nous souvenir de la beauté de leur vie, de la droiture de leur âme, de la haute qualité de leur esprit.Ouvrons nos cœurs au message qu'elles nous envoient par delà 1 espace et le temps.» Leur message en est un de bravoure et de persévérance.La survie des établissements de Québec, des Trois-Rivières et de Montréal fut assurée dès que les femmes s'y établirent.Si la petite colonie de Québec ne repassa pas la mer en 1629, ce fut grâce à Maiie Rollet dont le refus d'abandonner la ville influa sur le groupe des 34 Français.S’ils étaient rentrés en France 1 Tessier (Abbé Albert) ; Canadiennes.Montréal, Fides, 1946.160-VI p.22.5 cm.(Coll.Radio-Collage, 5) $1.00 ($1.10 par la poste).9(71) JANVIER 1947 279 apres la prise de Québec par les frères Kerth, l'effort de colonisation de Champlain risquait de tourner à rien.Mais, c'est principalement à Montréal que l'action d'une femme se fait sentir.Jeanne Mance a mérité le titre de co-fondatrice de Ville-Marie : (( Elle participa aux préparatifs d'expédition, leva elle-même et accompagna les recrues, partagea leurs peines qu elle adoucissait par sa bonté et ses prévenances.Son magnétisme agissait sur les hommes « qui l'honoraient comme si elle avait été leur mère.[.] Ils avaient pour ses moindres volontés une soumission d'enfant.Ils recevaient même de sa main les munitions de guerre aussi bien que le reste )>.A plusieurs reprises, Jeanne Mance ranima l'espoir de Maisonneuve : «En 1651,1e poste est quand même acculé à la ruine.II ne reste que dix-sept hommes valides pour combattre les Iroquois.Jeanne Mance intervient de nouveau.Elle décide Maisonneuve, qui se décourageait et voulait plier bagage, à repasser en France.Elle lui fournit des fonds et, deux ans après, en 1653, le gouverneur de l'Ile reviendra avec un imposant convoi d'une centaine de colons-soldats, parmi lesquels se trouvaient quelques femmes.» A côté des dévouements laïcs, il ne faut pas oublier les religieuses qui se sont données aux soins des malades ou qui ont écrit « l’ÎIistoire à l'ombre des cloîtres ».La première place dans la liste des chroniqueuses revient à Marie de l'Incarnation, que Bossuet proclamait en 1697 : « la Thérèse de nos jours et du Canada ».Sœur Marie Morin vient ensuite, qui fut la première Canadienne de naissance à écrire l'histoire : sa relation commencée le 29 juin 1697 se termina avec sa mort survenue en 1731.« On a imprimé les annales de Sœur Marie Morin en 1921.Elles remplissent 230 pages d'un style savoureux, solidement étoffé, bourré de détails pittoresques recueillis de la bouche de témoins oculaires.» C'est surtout dans le domaine de l'éducation que notre dette est illimitée envers la femme de chez nous.Ici, rendons hommage à Marguerite Bourgeovs, fondatrice de la Congrégation Notre-Dame et à Marguerite de la Jemmerais, fondatrice des Sœurs Grises : « Marguerite Bourgeovs avait posé les bases de son institut à l'âge de trente-huit ans ; elle patienta dix-huit années avant d'obtenir l’adhésion finale de l'Évêque de Québec.Marguerite de la Jemmerais groupa le premier noyau des Sœurs Grises à l’âge de trente-sept ans ; la consécration de l’Eglise mit dix-sept ans à venir ! Voilà des similitudes éloquentes et une leçon que les bâtisseurs trop pressés devraient graver dans leur cerveau.» Les Canadiennes furent d'excellentes artisancs : « La nourriture, le vêtement et le logement ! Nous sommes là en plein domaine féminin 1 Aussi, quand nous honorons les ancêtres qui, par leur travail opiniâtre, leur souplesse d'adaptation à un milieu 280 LECTURES nouveau, leur habileté à tirer parti de tout, ont assuré la survivance du peuple français d'Amérique, c'est aux femmes surtout, même lorsque nous n'v pensons pas, que s'adressent nos applaudissements et notre admiration I Toujours et partout s'affirme l'universalité de l'action féminine.» On n'a jamais tant parlé de féminisme que de nos jours.Agathe de Saint-Père, épouse de Pierre Le Gardeur de Repenti-env.accomplit vers 1700 un exploit qui vaut bien les prouesses de certaines féministes modernes, pour qui être femme consiste trop souvent à rivaliser avec l'homme dans tous les domaines.Donc, une crise économique étant survenue en 1700 a la suite de la dévaluation du castor, Agathe de Saint-Père résolut d’établir une fabrique de draps et d'étoffes.« On lui apprend que huit Anglais, prisonniers des Indiens, connaissent les techniques du tissage ; elle les rachète et les embauche.» (( Les experts trouvés, il reste à les munir d'instruments et de matériaux.Madame de Repentigny déniche des métiers ou en fait construire.Elle grapille du chanvre et de la laine.En attendant mieux, l'ingénieuse dame utilise des substituts : ecorces d'arbres, ortie, laine de bouc, poils de bœufs Illinois, etc.Elle découvre aussi des matières tinctoriales nouvelles et met au point un procédé qui permet le traitement des peaux de chevreuil sans les passer à l’huile.Des tissus résistants sortent de ses ateliers ; ils manquent de finesse mais on n en tient pas trop compte.Madame de Repentigny se lance aussi dans la fabrication du sucre d'érable.Monsieur Noël Fautcux estime qu'elle fut la première à en organiser l'exploitation méthodique.En 1706, la vente de ce produit rapporte plus de 30,000 livres pour l'île de Montréal seulement.)) Qu'il y aurait de choses à dire aussi sur ces femmes qui vivaient avec la hantise continuelle des raids iroquois 1 Parmi ces héroïnes, Catherine Mercier brille du plus pur éclat.Les Sauvages la torturèrent affreusement pendant des semaines : « Dieu donne du courage et de la piete a cette pauvre femme ; au milieu des tourments, sans cesse elle implorait son secours.Ses yeux collés au ciel et son cœur fut fidèle a Dieu jusqu'à la mort.En expirant, elle avait encore à la bouche le nom de Jesus qu elle évoqua aussi longtemps que durèrent ses peines.)) (Récit du Pere Ragueneau.) « Le stoïcisme de Catherine Mercier s'apparente au courage du géant apostolique, Jean de Brébeuf », ajoute avec raison le chroniqueur.Ce ne sont là que quelques-unes des anecdotes authentiques et trop ignorées que nous rapportent ces fastes.Nous nous demandons, après la lecture d'un tel ouvrage, si les Canadiennes d'aujourd'hui ont conservé intact le magnifique trésor d'idéal et de beauté que leur ont légué les ancêtres.Selon l'abbé Tessier, celles qui restent fidèles sont le grand nombre : JANVIER 1947 281 (( Mais seront-elles longtemps encore la majorité, ces Canadiennes qui auront résolument choisi de rester féminines dans leur âme, leur esprit, leur langage, leurs manières, leur sens de la vie ?Tant de forces subtiles ou brutales secouent les âmes féminines, les désaxent, les bouleversent 1 Le calme reviendra-t-il assez tôt pour permettre aux moins atteintes de se ressaisir, de retrouver Nous avons tous notre part de responsabilité dans ce fléchissement moral qui prend aujourd'hui un aspect effarant.Il importe souverainement que nos sœurs, nos fiancees et nos épouses demeurent les
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