Lectures, 1 février 1948, février
Revue mensuelle de bibliographie critique SOMMAIRE IDEAL ET PRINCIPES Page Reconnaiaxances, de Jacques Madaule Maurice Blain 3 ETUDES CRITIQUES Le Zéro et l’infini, d’Arthur Koestler Théophile Bertrand 5 Le primat de l’absurde.Deux livres d’Albert Camus.J.-M.Gaboury, c.s.c.14 DOCUMENTS L’Eglise et l’Art sacré Mgr Costantini 20 FAITS ET COMMENTAIRES Revue de l’année 1947.Cécile Martin 21 NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES Volumes (Voir liste p.3 de la couverture .24 Revues .51 BIBLIOTHECA La Vie de l’A.C.B.C.W.Milette 67 A travers les revues de bibliothéconomie .C.M.59 Le courrier des bibliothèques .Yolande Cloutier 60 Essai d'un code de classement en langue française.Marie-Claire Daveluy 61 Tome IV — n° 1 FÉVRIER 1948 Montréal J"beâ romanâ qui (ont konneux - - aux J^ettxeâ canadienneâ-(xançaiâeâ MENAUD, MAÎTRE-DRAVEUR (5e édition, 19e mille) Félix-Antoine SAVARD, ptre « Nous l’écrivons sans hésiter: voilà le joyau des lettres canadiennes.Dans sa vie lumineuse, il joint à la poésie la plus pure et à un art souverain le souffle de l’épopée et la magie du roman.»> Théophile Bertrand.153 pages: $1.25 (par la poste: $1.35) Edition de luxe: $2.50 (par la poste: $2.60) LES ENGAGÉS DU GRAND PORTAGE ( 10e édition) Léo-Paul DESROSIFRS Un ouvrage qui a connu en France neuf éditions à la N.R.F.au cours de la guerre.Bien qu’ayant déjà remporté le prix du roman au Canada en 1939, il est pratiquement inconnu au pays.Sa haute valeur littéraire lui mérite de figurer dans la collection du Nénuphar à la suite des Savard, des Nelligan et des Taché.208 pages: $1.25 (par la poste: $1.35) MARIA CHAPDELAINE ( 1027e édition) Louis HEMON «Aujourd’hui que (l’oeuvre) s’est dégagée des contingences de temps et de lieux, affranchie de la surprise, des exégèses et interprétations, de l’exactitude et même du réalisme dans ce qu'il comporte de restreint et de mortel, elle éclate, pure, émouvante: elle se soutient par elle-même dans ces hautes régions sereines où l’humanité aspire comme à des lieux délectables d’ordre et de beauté.» Préface.Félix-Antoine Savard, ptre.208 pages: $1.25 (par la poste: $1.35) PIEDS NUS DANS L'AUBE (2e édition, 1 5e mille) Félix LECLERC « Une oeuvre de la sorte est un joyau dans la littérature canadienne et ceux qui suivent l’évolution encourageante des lettres au Canada français sq réjouissent de l’apparition de cette oeuvre si bien campée.Le nom de Félix Leclerc figure honorablement près de ceux de Roger Lemelin, Gabrielle Roy, et Germaine Guèvremont, dont les oeuvres nous ont charmés." Bernard Ostiguy.242 pages: $1.25 (par la poste: $1.35) relié: $2.25 (par la poste: $2.35) LES HABITS ROUGES Robert de ROQUEBRUNE « Tout un passé canadien ressuscite dans ce roman plein de vie.Passé héroïque et pittoresque que nous ne connaissions pas en France ou que nous avions oublié.Ce roman fait penser à Prosper Mérimée par sa sobriété, sa force d’évocation, sa rapidité.C’est dire que M.Robert de Roquebrune écrit bien, cfunj style clair et précis qui sert admirablement le beau conte qu’il a imaginé.” Eugène Marsan, Action Française 170 pages: $1.00 (par la poste: $1.10) VÉZINE Marcel TRUDEL Il se dégage de ce roman de moeurs canadiennes un grand charme rustique.Une intrigue originale et très humaine met en scène des personnages au caractère fortement dessiné.Sans contredit le roman canadien de l’année.264 pages: $1.25 (par la poste: $1.35) Fl DES — 25 e*t, rue St-Jacques — MONTRÉAL—*PL.8335 LECTURES REVUE MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le Service de Bibliographie et de Documentation de Fides Tomb IV \ Février, mars, avril, mai, juin-juillet 1948 FIDES -'5 Mit, rue Saint-Jacques, Montréal LECTURES REVUE MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le Service de Bibliographie et de Documentation de FIDES Direction: P«ui-A.MARTIN, c.f.c.Rédaction : Théophile BERTRAND Technique bibliographique: Cécile MARTIN COMITÉS CONSULTATIFS Doctrine et Droit canonique VeUrien BELANGER, pire.D.D.C., professeur à la Faculté de Droit canonique de l'Université Laval.A- PERRIER, ptre-curé, D.Ph.8.Th.D., professeur de Philoeophie sociale à l'Université de Montréal.Cuy-M.BRISEBOIS, o.f.a., D.D.C., professeur de Droit canonique au Grand Séminaire de Montréal.Jean-Marie GABOURY.cjx., professeur de Philosophie au Collège de Suint-Laurent.Paul GAY.c.s.sp., professeur de Rhétorique an Collège Saint-Alexandre.Jacques TREMBLAY, «J.professeur de Philoeophie aa Collège J ean-de- Brébeuf.Technique hibliographlqee Roméo BOILEAU, c.a.c.Professeur de Classification systématique à l'Ecole de Bibliothécaires de l'Université rie Montréal.Marie-Claire DAVELUY.piofesseur de bibliographie à l'Eeole de Bibliothécaires.Lauretta TOUPIN et G.KARCII.professeurs de Catalographie à l'Ecole de bibliothécaires.Pnblicstion autorisée par l'Ordinaire.NOTES: 1.I^i revue est publiée mensuellement de septembre à juin (ne paraît pas en juillet et août).Les dix livraisons de l’année constituent deux tomes: septembre à janvier et février à juin.2.Chaque numéro comporte en couverture une table alphabétique des noms d'auteurs suivis du titre des ouvrages recensés.Le dernier numéro de chaque tome (soit celui de janvier et celui de juin) comprend une table méthodique des sujets traités ainsi qu'une table alphabétique des ouvrages recensés dans les six derniers mois.3.La référence bibliographique de toutes les publications mentionnées dans Lectures est rédigée d'après les règles de la catalographie.et dans chaque cas est indiquée la cote de la classification décimale universelle.Les cotes morales en usage sont les suivantes: M Mauvais D Dangereux B?Appelle des réserves plus ou moins graves, c'est-à-dire à défendre d'une façon générale aux gens non formés (intellectuellement et moralement).B Pour adultes.Un ouvrage dont le titre n'est suivi d'aucune de ces quatre mentions est irréprochable et peut être lu par tous.CANADA: le numéro.$0.25 abonnement annuel .2.50 ETRANGER: abonnement annuel.3.00 FRANCE: abonnement annuel .350 fr.La procure générale du clergé.5.rue de Mézières.Paris (VP).FRANCE.Autonsê comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes.Ottawa. IDËAL ET PRINCIPES Reconnais àance à UN PÉNÉTRANT CRITIQUE L’abondance et la fragilité de la littérature contemporaine nous obligent sans cesse à tempérer notre impatience de circonspection.Le commerce assidu des œuvres nouvelles cache trop de déceptions.Nous ne pouvons nous y aventurer sans guide.Voilà pourquoi nous fréquentons la critique assez volontiers, encore que provisoirement et dans la mesure où son témoignage est digne de foi.Après une longue intimité avec son œuvre, je n’hésite pas à ranger Jacques Madaule parmi les plus pénétrants prospecteurs des lettres françaises et étrangères.Mon premier geste en est un de reconnaissance.« Reconnaissance »?Le mot est venu naturellement sous ma plume, comme il a dû jaillir sous celle de Madaule au moment de recueillir dans une troisième série quelques études éparses et d’inégale importance.J’ajouterai que le mot revêt à mes yeux un sens caché qui suggère admirablement l’attitude de Madaule devant l’œuvre et l’écrivain.Car il s’agit bien pour lui de reconnaître l’homme.Et son premier mérite est d’avoir lumineusement illustré l’essence et le magistère de la critique.En soulignant d’un trait dur le meilleur de la récente production littéraire, Madaule se donnait la tentation d’épuiser la substance des œuvres qu’élisait sa sympathie.Or rien chez lui n’est moins présent que la hâte d’avoir le premier tout dit et tout expliqué définitivement.A chaque page s’ouvrent des perspectives nouvelles par où le lecteur peut continuer le dialogue.Cela tient à une double inquiétude de l’artiste et de l’homme.Parce que Madaule ne se meut à l’aise que dans certaines dimensions de l’humain, apparaît l’extrême importance du choix des œuvres.Leur pouvoir confidentiel demeure au premier plan, et la sollicitude qu’il apporte à leur examen est en raison directe de la quantité de secrets qu’elles peuvent recéler.Je dirai qu’elles lui sont accessibles selon qu’elles trahissent l’homme qui s’y dé- Madaule (Jacques) ; Reconnaissances, t.III.Desclée de Brouwer fcl946].422p.19.5cm.8.09 FEVRIER 1948 139824 s robe.Par une incessante volonté de décantation, cette recherche du frémissement intérieur de la poésie atteint a l’inactuel, allégé de toute contingence.L’aperception de la beauté ne va pas sans une rupture avec les attaches qui la retiennent captive.La profondeur du regard remonte aux sources vives de la création artistique et s’achemine vers le centre même des rapports qui occupent l’écrivain et les personnages.Le primat de la contemplation, voilà ce que l’intelligence tend à rétablir dans sa pureté primitive.On ne saurait trop admirer le détachement de Madaule pour tout ce qu’il touche.(Ici est mise en lumière cette vérité que pour posséder il faut d’abord se renoncer.L’art de la critique consiste tout entier à se confondre avec son objet.) Quelle souple rigueur intellectuelle que celle qui le fait s’introduire dans une œuvre avec l’exacte qualité de sympathie et d’intelligence — il s’agit peut-être avant tout d’intuition — qu’elle requiert de lui ! S’installer au cœur du drame et détourner de cet effort tout l’accessoire qui ne projette quelque lumière sur son sens et ses prolongements.L’inutile est d’avance sacrifié.Amenuisement vers l’essentiel.D’où la si parfaite aisance de Madaule.Avec une prescience infaillible de leurs intentions réciproques, l’art et le sujet s’accueillent mutuellement et se prêtent si bien l’un à l’autre qu’on ne sait plus à la fin lequel soulève la joie de l’esprit et du cœur.2 Maurice BLAIN 2 Pour le bénéfice du lecteur, je relève ici les plus pénétrantes critiques parues dans ce troisième tome: « Pierre Corneille», sorte d’appendice à son ouvrage critique: Pierre Corneille, paru aux Editions du Temps Présent; «la Vieillesse de Chateaubriand»; «Eugénie et Maurice de Guérin»; «Alain Fournier et Jacques Rivière»; « les Deux Sources de Bergson »; « Charles Morgan *>; « Un poète regarde la croix de Claudel ».d LECTURES Etudes critiques JÇe Zéro et l'infini ' C’est en 1937 que Pie XI écrivait dans Divini Redemptoria: Le communisme est intrinsèquement pervers et l’on ne peat admettre sur aucun terrain la collaboration avec lui de la part de quiconque veut sauver la civilisation chrétienne.Si quelques-uns, induits en erreur, coopéraient à la victoire du communisme dans leur pays, ils tomberaient les premiers, victimes de leurs égarements.L’exécution récente, au mépris de tout droit, de Nicolas Petkov, et la reconstitution du Komintem, redonnent une nouvelle actualité à ce texte prophétique de Pie XI.La justice des pays civilisés punit les infractions à la loi ; la justice soviétique condamne quiconque elle juge capable de manquer à la Révolution telle que la conçoivent les maîtres du Parti.C’est cette vérité qu’illustre magistralement l’ouvrage de Koestler, le Zéro et Yinfini.Arthur Koestler est devenu célèbre du jour au lendemain par sa lutte ouverte contre le communisme.Depuis déjà quelques années, il publie coup sur coup des ouvrages qui ont du retentissement.C’est le Zéro et Yinfini, le Yogi et le commissaire, la Lie de la terre, Croisade sans croix, Spartacus.Ce succès n’est pas dû, comme il arrive trop souvent, à la surenchère de la publicité: Koestler le doit sans doute à la brûlante actualité des thèmes qu’il choisit, mais surtout à son talent de premier ordre, à sa culture vivante qui, jointe à la sincérité de l’homme qui ne craint pas de s’engager, donne à ses romans la saveur pleine des nourritures substantielles.On est loin de l’esthétisme suffisant et superficiel de tant de littérateurs limités à la concupiscence de la chair.Du Yogi et le commissaire, on a dit qu’il était un « livre puissant • ; de la Lie de la terre, qu’il était « écrit avec un humour, une férocité et une maîtrise incroyables » et qu’il « fera plus pour les opprimés que les lois de tous les parlements et les monuments de tous les historiens » ; de Croisade sans croix, qu’il « prend place auprès des ouvrages qui, en deux ans, ont fait de Koestler une 1 Koestler (Arthur) ; Le Zéro et l'infini.Traduit de l’anglais.Paris, Calmann-Lévy [cl945].29p.19cm.82-3 Appelle des réserves La substance de ce texte fut donnée à Radio-Collège le 14 novembre dernier, de 6 heures à 5 h.16 p.m.Tous les vendredis à la même heure, Radio-Collège présente « la Revue des lectures », programme confié à Lectures.FEVRIER 1948 5 vedette mondiale » ; de Spartacus, que, « comme œuvre d’art, sa valeur est fort grande », qu’il « est un admirable récit ».Quant au Zéro et Finfini, bien qu’il s’agisse du premier en date d’une série qu’identifie une pensée commune, sa valeur est aussi incontestable.Pour en mieux juger d’un point de vue intégralement humain, il n’est pas superflu de connaître un peu le passé de ce Hongrois, qui écrit en anglais et dont nous lisons la traduction française.Nous pourrons alors mieux saisir les lignes maîtresses de l’ouvrage, en l’étudiant cependant en lui-même, sans faire indûment appel à notre connaissance de l’auteur pour forcer sa signification.* * * De l’aveu même de Koestler, le récit de Croisade sans croix serait autobiographique.Or il s’agit, dans ce roman, d’un certain Peter Slavek qui, pour expier une lourde faute de son enfance (le meurtre de son frère par jalousie) se consacre au communisme, reniant ainsi son monde d’origine, le monde bourgeois.Slavek se donne tout entier à la cause, est pris par la police, torturé sans arrêt et sans faiblir pendant plus d’une semaine, s’échappe enfin.Après maintes aventures, où l’on rencontre des épisodes très corsés, Slavek est sur le point de trahir la Cause, d’être repris par la mentalité bourgeoise, en raison d’un grand amoui qu’il pourrait retrouver en Amérique.Au dernier instant, pourtant, il se ressaisit, quitte le navire où il s’était embarqué.Il devient parachutiste au service de l’Angleterre, uniquement par besoin de dévouement, pour se donner à une cause, mais sans y croire.«Croisade sans croix».Ces renseignements, quoique tirés d’une œuvre romanesque reconnue véridique par l’auteur qui en serait aussi le héros, trouvent une confirmation dans ce que nous savons par ailleurs de la vie de Koestler.Il fut communiste intégral, partisan de Trotsky.Il a connu l’enfer de multiples prison:; ; celles de la Guépéou, de Franco, — car il fit la guerre d’Espagne, — même celles de France.Inutile de dire qu’il fut anti-naziste notoire.Après bien des aventures, il s’évade de la dernière prison française où il avait été écroué, réussit à se faire embaucher dans la Légion étrangère et termine son extraordinaire odyssée par sa fuite réussie en Angleterre.Cette esquisse incomplète d’une vie si mouvementée, aux prises avec tant de risques et de périls, peut nous permettre d’imaginer la trempe de l’homme.Sa rude adolescence nous présente l’image d’« une jeunesse sans Dieu, ni croyance », pour employer les mots de Pierre Pirard, « une jeunesse sans espoir politique et qui donne rendez-vous à la mort, faute de savoir ce qu’est la vie ».* * * Dès le début du Zéro et Finfini on nous dorme cet avertissement: 6 LECTURES Les personnages do ce livre sont imaginaires.Les circonstances historiques ayant déterminé leurs actes sont authentiques.La vio do N.-S.Roubachof est la synthèse des vies de plusieurs hommes qui furent les victimes des soi-disant procès de Moscou.Plusieurs d’entre eux étaient personnellement connus de l’auteur.Ce livre est dédié à leur mémoire.Quoi qu’il en soit, il me semble que tout ce que nous savons jusqu’ici des dits procès de Moscou de même que de la vie en Russie depuis l’avènement du communisme, confirme la note que l’on vient de lire.Mais comme il s’agit avant tout d’un roman, tenons-nous en au récit, à sa valeur littéraire, aux idées qu’il porte.Un vétéran de la révolution communiste, Nicolas Salmano-vitch Roubachof, vient d’être arrêté par ordre des autorités russes, par ordre de ceux avec lesquels il a fait la Russie nouvelle, ses amis d’hier.On le trouve en prison.Après avoir assisté à la scène de l’arrestation, riche d’enseignements comme chacun des moindres épisodes du livre, nous sommes les témoins de ses premiers contacts avec le personnel du pénitencier.Roubachof, qui fut l’un des hommes de confiance du Parti, une autorité reconnue, un chef respecté ; qui a mené la lutte des « damnés de la terre » dans plusieurs pays, passé par toutes les aventures d’un révolutionnaire professionnel ; qui connaît la vie de prison pour y avoir goûté plus qu’à son tour dans maints pays d’Europe, — ne se trouve guère déconcerté de sa nouvelle situation.Non seulement praticien, mais théoricien de la révolution, marxiste jusqu’aux moelles, il accepte philosophiquement son sort.Le Zéro et l'infini est le récit de son séjour au secret, au cours duquel nous assistons au spectacle, devenu classique, de la vie des prisonniers politiques de l’Europe, ou plutôt de ce qui fut l’Europe, qui vivent dans des conditions incroyablement déprimantes : silence de plomb des cachots souvent déchiré par les plaintes et les cris de ceux qu’on torture; conversations furtives entre voisins de cellule au moyen de « l’alphabet quadratique '>; automatisme brutal de geôliers, véritables robots humains; attente de l’interrogatoire, répété, serré, méthodique, acheminant vers le procès — truqué lui aussi — jusqu’à la mort inéluctable au fond d’une cave, une balle dans la nuque.Engrenage d’acier, irrésistible comme les rouages d’une machine, d’une mécanique infernale.Mais Roubachof, ai-je dit, est un révolutionnaire de race.Aussi, ce qui fait l’intérêt primordial du Zéro et l’infini, ce ne sont pas les péripéties sinistres de la vie de ces victimes des bagnes totalitaires; c’est le drame psychologique que vit Roubachof.Fidèle à l’esprit, aux principes de la révolution, il s’interroge sur ce qui lui arrive, analyse ses pensées, scrute les postulats révolutionnaires jusqu’à leurs ultimes conséquences pour trouver le point exact où il a fauté.Ce drame intérieur, dont tous les faits, les événements, les détails ne sont que le cadre matériel, se développe graduellement au cours des méditations solitaires du prisonnier, de ses interrogatoires, de la rédaction de son journal, de sa lucide agonie.FEVRIER 1948 ? * * * Roubachof est en prison.Les souvenirs le hantent et ces souvenirs lui attestent sa sincérité révolutionnaire.N’était-ce pas lui qui, jadis, répliquait aux critiques d’un subalterne sur 1a politique du Parti : Le Parti n'a jamais tort [.].Toi et moi, nous pouvons nous tromper.Mais pas le Parti.Le Parti, camarade, est quelque chose de plus ÇTand que toi et moi et que mille autres comme toi et moi.Le Parti, c’est l'incarnation de l’idée révolutionnaire dans l'Histoire.L’Histoire ne connaît ni scrupules ni hésitations.Inerte et infaillible, elle coule vers son but.A chaque courbe de son cours elle dépose la boue qu’elle charrie et les cadavres des noyés.L’Histoire connaît son chemin.Elle ne commet pas d'erreurs.Quiconque n’a pas une foi absolue dans l’Histoire n’est pas à sa place dans les rangs du Parti (p.55).La nature et le sens commun reprennent tôt ou tard leurs droits; Roubachof lui-même a eu des doutes et c’est pourquoi il est aujourd’hui incarcéré, dans l’attente d’un dénouement inéluctable : tant d’autres ont subi la même disgrâce pour une simple divergence d’opinions sur une question «de sous-marins, d’engrais ou de la politique du Parti en Indochine » (p.179).Pourtant, Roubachof avait bien mérité de la Révolution ; ce fut un pionnier, un chef, un dur.[Il] avait été roué de coups à maintes reprises pendant son dernier séjour en prison [.].Il savait par expérience que toute douleur physique connue est supportable; [.] (p.63).Roubachof tient pourtant à éprouver encore sa résistance, maintenant que le pire l’attend.Il était presque au bout de sa dernière cigarette; elle lui brûlait le bout des doigts; il la laissa tomber.Il allait l’éteindre avec le pied, mais il se reprit, se baissa pour la ramasser et écrasa lentement le mégot rougeoyant sur le dos de sa main, entre les veines bleues et serpentines.Il fit durer cette procédure exactement une demi-minute, qu’il mesura avec i’aiguille des secondes de sa montre.Il était content de lui: sa main n’avait pas tressailli une seule fois en trente secondes.Il se remit à marcher (p.64-65).Après l’épreuve physique, l’épreuve intellectuelle: Roubachof sonde sa foi.Doit-on aussi expier les actes qui étaient justes et nécessaires?Fallait-il aussi payer ses actes justifiés?Y avait-il un autre critère que celui de la raison?La dette du juste n’était-elle pas peut-être la plus lourde quand on la pesait sur cette autre balance?Sa dette, à lui, ne compterait-elle pas double — parce que les autres ne savaient pas ce qu’ils faisaient?.Roubachof s’arrêta sur le troisième carreau noir à partir de la fenêtre.Qu’est-ce qui le prenait?Un vent de folie religieuse?Il s’aperçut que depuis plusieurs minutes il se parlait à mi-voix.Et même maintenant qu’il s’observait, ses lèvres, indépendamment de sa volonté, se mouvaient pour dire: 8 LECTURES — Je paierai.Pour la première fois depuis son arrestation, Roubachof eut peur (p.68).Et la philosophie du Parti, ou plutôt ses impératifs catégoriques, ses ukases?[.] au premier congrès du Parti [.] ils étaient une poignée d hommes d'une espèce toute neuve: des philosophes militants.[.) Uù étaient-ils maintenant?Leurs cerveaux, qui avaient changé le cours du monde, avaient reçu chacun sa décharge de plomb.Les uns dans le front, les autres à la nuque.Il n’en restait que deux ou trois, épars à travers le monde, épuisés.Et lui; et le No 1 Il revoyait la photographie de ce premier Congrès.[.]Des hommes barbus de la vieille photographie, ceux qui restaient étaient devenus méconnaissables.Ils étaient glabres, épuisés et désillusionnés, pleins d’une cynique mélancolie.De temps en temps, le No 1 allongeait le bras et frappait parmi eux une nouvelle victime.Alors, ils se martelaient tous la poitrine et se repentaient en chœur de leurs péchés (p.72-73).Car le Mouvement était sans scrupules; il roulait vers son but avec insouciance et déposait les cadavres des noyés le long des méandres de son corps.Son lit faisait de nombreuses boucles et bien des méandres; c’était la loi de son être (p.87-88).Cet examen serré du passé, du Mouvement, de la doctrine, se poursuit au cours des trois parties du volume, qui s’intitulent première, deuxième et troisième audience.La gradation de cet examen s’enchaîne avec une logique implacable, la logique de la révolution, jusqu’au dénouement fatal après le procès spectaculaire.Lors de l’enquête de la première audience, Roubachof se trouve face à face avec Ivanof, son vieil ami d’université, son ancien chef de bataillon.L’enquête s’engage, la hideur des dessous de la révolution rouge se dévoile.Dans ce teraps-là, poursuivit Roubachof, on nous appelait le Parti de la Plèbe.[.] Nous connaissions l’humanité mieux qu’aucun homme ne l'a jamais connue; voilà pourquoi notre révolution a réussi.Et maintenant, vous avez tout fait rentrer sous terre.(p.96-97).Tout est enseveli, les hommes, leur sagesse et leurs espérances.Vous avez tué le «Nous»; vous l’avez détruit (p.97).Les masses sont redevenues sourdes et muettes, elles sont de nouveau la grande inconnue silencieuse de l’histoire, indifférente comme la mer aux navires qu’elle porte.Toute lumière qui passe se reflète sur sa surface, mais au-dessous tout est ténèbres et silence.Il y a longtemps nous avons soulevé les profondeurs, mais cela est fini.En d’autres termes — il s’arrêta et remit son pince-nez — dans ce temps-là, nous avons fait de l’histoire; à présent, vous faites de la politique.Voilà toute la différence (p.97-98).FEVRIER 1948 9 Avant la deuxième audience, on lit des extraits du journal de Roubachof en prison : On dit que le No 1 garde en permanence à son chevet le Prineo de Machiavel.Il a raison: on n’a rien dit depuis de vraiment important sur les règles de l’éthique politique (p.113).[.] la fin justifie les moyens (p.114).Ayant jeté par-dessus bord toutes les conventions et la morale du jeu de tennis, notre seul principe directeur est celui de la conséquence logique (p.114).Nous avons appris l’Histoire plus à fond que les autres.Nous différons de tous les autres par la pureté de notre logique.Nous savons que la vertu ne compte pas devant l’Histoire, et que les crimes restent impunis; mais que chaque erreur a ses conséquences et se venge jusqu’à la septième génération (p.116).Peu à peu se précisera désormais la notion du zéro et la notion de l’infini.Le zéro c’est l'individu, l’infini c’est, de fait, l'Etat, la collectivité.Dans sa prison, Roubachof découvre cet individu, le je, qu’il avait baptisé « la fiction grammaticale », avec « la pudeur coutumière au Parti ».Jadis, Roubachof avait aimé Àrlova, une secrétaire qui fut également sacrifiée aux caprices du Parti.Sa mort « avait toujours été pour lui un événement abstrait », tant il avait vécu pour le groupe, pour la Cause.Et, chose curieuse, ce sont aujourd’hui, pour sa conscience aux aguets, de menus détails, des riens qui redonnent à la personne humaine toute sa mystérieuse grandeur.La vision des jambes d’Arlova avec ses talons hauts traînant le long du corridor renversait l’équilibre mathématique.Le facteur sans importance était devenu l’infini, l’absolu (p.162).Mais le drame se poursuit, la philosophie matérialiste de la révolution découvre ses marécages métaphysiques.Ivanof, qui est venu voir Roubachof dans sa cellule, le moque et le morigène tour à tour : [Le camarade Roubachof] s’est découvert une conscience, et une conscience vous rend aussi inepte à la révolution qu’un double menton.La conscience vous grignote la cervelle comme un cancer, jusqu’à ce qu’elle vous ait dévoré toute la matière grise (p.170).Mais Roubachof se rebiffe, maintenant qu’il a « rencontré la « fiction grammaticale » comme une réalité physique existant dans son propre corps» (p.174).Comme Raskolnikof dans Crime et Châtiment, il s’aperçoit que « deux fois ne font pas quatre lorsque les unités mathématiques sont des êtres humains» (p.176).La deuxième audience se termine sur cette conversation sans issue.Ivanof n’a pas réussi à obtenir du prisonnier une confession complète, c’est-à-dire l'aveu de sa trahison du Parti, et la promesse de reconnaître publiquement sa culpabilité et la justice de son châtiment lors du procès public.Un tel insuccès de la part d’un inquisiteur rouge se paye.Ivanof disparaît et c’est Gletkin qui mène le jeu au cours de la troisième audience.10 LECTURES Gletkin est un jeune, «trente-six ou trente-sept ans tout au plus » (p.207).Il est de « la génération qui avait commencé de penser après le déluge.Elle n’avait pas de tradition, pas de souvenirs pour la relier au vieux monde évanoui» (p.207).Le sort de Roubachof est tout réglé d’avance : il suffit que Gletkin puisse prouver que « la racine de l’accusation était fondée» (p.246), que, dans sa pensée, Roubachof a pu douter du Parti, de sa sagesse infaillible.Massif et impassible, [Gletkin] était là, assis, brutale incarnation de l’Etat qui devait son existence même aux Rouba-chofs et aux Ivanofs.Chair de leur chair, devenu indépendant et insensible en grandissant (p.252).Loa Gletkins n’avaient rien à effacer; ils n’avaient pas besoin de renier leur Dassé, ils n'en avaient pas.Ils étaient nés sans cordon ombilical, sans frivolité, sans mélancolie (p.253).Ces dernières citations sont lourdes de substance ; elles suffiraient à fournir la matière à d’amples dissertations.Elles posent de façon magistrale le problème d’une culture qui a voulu tout reprendre à zéro, ignorer toute tradition.Elles soulignent toute la profondeur du drame que devra vivre l’humanité pour évacuer le venin communiste.Sous l’action combinée du réflecteur qui l’aveuglait tout le long de ces nouveaux interrogatoires, du manque de sommeil, de l’épuisement physique, de sa propre mentalité de révolutionnaire touché jusqu’aux moelles par le virus rouge, Roubachof est vaincu, la confession publique aura lieu, le Parti sera vainqueur, le mystère de ces fameux procès de Moscou où les accusés font assaut de zèle pour crier leur culpabilité s’éclaircit.L’épilogue vient.Il est d’une éloquence poignante.Il s’intitule ta Fiction érammaticale.Les révolutionnaires accusés sont devant leurs pairs.Trop tard pour eux tous.Lorsque sonnait l’heure de paraître pour la dernière fois devant le [public] aucun d’entre eux ne pouvait faire du banc des accusés une tribune, dévoiler la vérité aux yeux du monde et, comme Danton devant ses juges, réfuter l’accusation.[.] Us sortaient de la scène strictement selon les règles de leur jeu étrange.Le public n’attendait pas d’eux de chant du cygne.Ils devaient se conformer au manuel, et leur rôle était de hurler comme les loups dans la nuit.(p.280).Dans l’équation dont l’interprétation conforme ou non aux canons du Parti est cause de vie et de mort, les unités humaines peuvent représenter soit zéro, soit l’infini.L’infini était une quantité politiquement suspecte, le « Je » une qualité suspecte.Le Parti n’en reconnaissait pas l’existence.La définition de l’individu était: une multitude d’un million divisée par un million.Le Parti niait le libre arbitre de l’individu — et en même temps exigeait de lui une abnégation volontaire.Il niait qu’il eût la possibilité de choisir entre deux solutions — et en même temps FEVRIER 1948 11 il exigeait qu’il choisit constamment la bonne.Il niait qu’il eût la faculté de distinguer entre le bien et le mal — et en même temps il parlait sur un ton pathétique de culpabilité et de traîtrise.L’individu — rouage d’une horloge remontée pour l’éternité et que rien ne pouvait arrêter ou influencer — était placé sous le signe de la fatalité économique, et le Parti exigeait que le rouage se révolte contre l’horloge et en change le mouvement.Il y avait quelque part une erreur de calcul, l’équation ne collait pas (p.284-285).On trouve là toute la grandeur, la transcendance du thème de cette oeuvre puissante : la lutte entre deux conceptions de la personne humaine, celle qui en fait un zéro devant l’Etat omnipotent, celle qui voudrait y enferr.er l’in/îni, dans le culte d’un personnalisme qui cherche encore sa formule définitive.Hélas, Koestler lui-même n’a pas trouvé la vraie solution du problème, bien qu’il ait découvert la perversité radicale du communisme.Et son héros, Roubachof, au seuil de la mort, se fait des réflexions bien significatives : Et peut-être que la raison à elle-même était une boussole faussée, conduisant par de tortueux méandres, si bien que le but finissait par disparaître dans la brume (p.287).Mais où était la Terre Promise?Existait-il vraiment un pareil but pour cette humanité errante?Cela était une question à laquelle il aurait voulu avoir une réponse avant qu’il fût trop tard.Moïse, lui non plus, n’avait pas été autorisé à .pénétrer dans la Terre Promise.Mais il lui avait été donné de la voir étendue à ses pieds, du haut de la montagne.Comme cela, il était facile de mourir, avec, devant les yeux, la certitude visible de l’existence de son but.Lui, Nicolas Salmano-vitch Roubachof, n’avait pas été mené au sommet d’une montagne; et partout où il portait son regard il ne voyait que le désert et les ténèbres de la nuit.Un coup sourd l’atteignit derrière la tête (p.293).[.].Il faisait noir, la mer l’emportait en le berçant sur sa surface nocturne.Des souvenirs le traversèrent comme des traînées de brume sur les eaux (p.294).Un second coup de massue l’atteignit derrière l’oreille.Puis tout fut calme.C’était de nouveau la mer et son mugissement.Une vague le souleva lentement.Elle venait de loin et poursuivait majestueusement son chemin, comme un haussement d’épaules de l’éternité (p.294).* * * Ce qui fait, à mes yeux, le grand mérite littéraire de cette eau-forte, c’est le réalisme des peintures, réalisme bien personnel à l’auteur, qui ne consiste pas surtout, comme celui d’un Balzac, à ne rien oublier de ce qui peut visualiser une scène, la rendre perceptible à plusieurs sens simultanément ; ni, comme celui d’un Flaubert, plus réflexe, plus classique, à réfracter par le prisme de la littérature des personnages, des événements qui revivent sous 12 LECTURES nos yeux à force de précision et d’exactitude.Le réalisme de Balzac et de Flaubert relève de la fidélité de l’observation ; celui de Koestler de l’acuité de la réflexion.Ce réalisme de Koestler est plutôt cérébral; il garde de l’apport des sens le strict nécessaire, le détail bien significatif, souvent naturaliste, qui suggère encore bien davantage qu’il n’actualise.C’est un réalisme plus logique, je dirais même plus abstrait — car ces termes, réalisme et abstraction, ne sont pas contradictoires — réalisme qui, par une progression bien soutenue, par un éclairage toujours plus intensifié, nous rend pour ainsi dire perceptible l’atmosphère irrespirable d’un monde férocement matérialiste, par sa métaphysique, sa politique, son économie, toute sa vie.Un tel réalisme intègre à la trame d’un roman le processus d’une pensée, ses tourments idéologiques ; l’intrigue elle-même passe alors au second plan pour laisser le devant de la scène au drame de l’esprit se colletant avec des problèmes doctrinaux.Il s’agit d’une forme de roman assurément difficile, on le devine, et qui ne peut être appréciée à sa juste valeur que par une élite de lecteurs, quoique la note essentielle d’un tel réalisme soit précisément l’aptitude à montrer à un plus grand nombre le dynamisme conquérant d’une idéologie comme le communisme.En fin de compte, nous sommes en face d’une concrétion littéraire, d’une incarnation romanesque de la dureté adamantine de l’abstrait et il n’a pas été superflu, devant l’audace de la formule, d’en appeler au texte même pour en apprécier la mise en œuvre.A scruter ce texte, nous avons pu saisir que la misère, la crise de la civilisation, le communisme, ne sont pas simplement les lieux communs d’une rhétorique généralisée, mais des réalités tragiques qui menacent aussi notre destin.Pour Koestler qui, dans le Yogi et le commissaire, soutient que le Yogi, le saint, tient l’individu par l’Infini et sacrifie les moyens, il faut être à la fois un saint et un révolutionnaire.Penseur robuste, mais qui ignore la doctrine et la vraie pensée catholiques, ou qui n’y croit pas, (et, à part quelques touches sensuelles bien superflues, c'est là la raison principale des réserves plus ou moins graves qu’appelle son œuvre), il ne sait pas qu’un Dieu incarné nous offre la synthèse vivante du « zéro » et de 1’ « infini » et que, même dans les perspectives temporelles et politiques, un saint Thomas présente une formule qui a raison du paradoxe que posent la petitesse et la grandeur de l’homme : La partie, aime, certes, le bien du tout dans la mesure où il lui est convenable; non pas toutefois de telle façon qu’elle ordonne à soi le bien du tout, mais plutôt de telle manière que ce soit elle-même qui s’ordonne au bien du tout.2 Un monde socialiste demeure l’unique espoir, estime Koestler, et pareille conviction n’est pas sans étonner chez un homme qui, 2 S.Thomas, dans la Ilailae, q.26, a.3, ad 2, cité par le R.P.Louis Lachance, o.p., dans l'Humanisme politique de S.Thomas, t.II, p.640.FEVRIER 1948 13 d’autre part, s’en prend si justement à la dictature de la bureaucratie, au règne des administrateurs et des techniciens.Souhai-tons-lui donc, de même qu’à certains grands seigneurs de la littérature actuelle, tel un Jean-Paul Sartre qu’il admire et un André Malraux, son ami et son compagnon d’armes, « l’illumination tardive d’un de ses émules : le romancier américain Julien Green, auquel j’emprunte le dernier mot de cette étude : « Le moyen âge était un immense édifice dont les assises étaient le Pater, l’Ave, le Credo, le Confiteor.Tout ce qui a été édifié sur autre chose ne peut que s’effondrer tôt ou tard dans une boue de sang».8 — Théophile BERTRAND a Citation du Journal de Green par G.Schmitt, dans Masses ouvrières, mars 1947, p.96.jÇe Pximat de l’abâutde Deux livres d'Albert Camus: .LE MYTHE DE SISYPHE (essai) 1 2 3 LA PESTE (roman) 3 «Les dieux avaient condamné Sisyphe à rouler sans cesse un rocher jusqu’au sommet d’une montagne d’où la pierre retombait par son propre poids.Ils avaient pensé avec quelque raison qu’il n’est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir., ., « Si Ton en croit Homère, Sisyphe était le plus sage et le plus prudent des mortels.Selon une autre tradition cependant, il inclinait au métier de brigand.Les opinions diffèrent sur les motifs qui lui valurent d’être le travailleur inutile des enfers.On lui reproche d’abord quelque légèreté, avec les dieux.Il livra leurs secrets.Egine, fille d’Asope, fut enlevée par Jupiter.Le père s’étonna de cette disparition et s’en plaignit à Sisyphe.Lui, qui avait connaissance de l’enlèvement, offrit à Asope de l’en instruire, à la condition qu’il donnerait de l’eau à la citadelle de Corinthe.Aux 1 Ce texte est une adaptation le 21 novembre dernier.2 Camus (Albert) ; Le Mythe tée d’une étude sur Franz Kafka.les Essais, XII).84-4 a Camus (Albert) ; La Peste.F.) $3.00 ($3.15 par la poste).84-3 de la causerie donnée à Radio-Collège de Sisyphe.Nouvelle édition augmen-Gallimard [cl942].189p.19cm.(Coll.Dangereux Gallimard [cl947].337p.19cm.(N.R.Appelle des réserves 14 LECTURES foudres célestes, il préféra la bénédiction de l’eau.Il en fut puni dans les enfers.Homère nous raconte aussi que Sisyphe avait enchaîné la Mort.Pluton ne put supporter le spectacle de son empire désert et silencieux.Il dépêcha le dieu de la guerre qui délivra la mort des mains de son vainqueur.«On dit encore que Sisyphe étant près de mourir, voulut imprudemment éprouver l’amour de sa femme.Il lui ordonna de jeter son corps sans sépulture au milieu de la place publique.Sisyphe se retrouva dans les enfers.Et là, irrité d’une obéissance si contraire à l’amour humain, il obtint de Pluton la permission de retourner sur la terre pour châtier sa femme.Mais quand il eut de nouveau revu le visage de ce monde, goûté l’eau et le soleil, les pierres chaudes et la mer, il ne voulut plus retourner dans l’ombre infernale.Les rappels, les colères et les avertissements n’y firent rien.Bien des années encore, il vécut devant la courbe du golfe, la mer éclatante et les sourires de la terre.Il fallut un arrêt des dieux.Mercure vint saisir l’audacieux au collet et l’ôtant à ses joies, le ramena de force aux enfers où son rocher était tout prêt » (Le mythe de Sisyphe, p.163-164.) Le mépris des dieux, la haine de la mort, la passion pour la vie et le supplice exaspérant où l’homme est condamné à ne jamais rien achever font aujourd’hui de Sisyphe le symbole d’un mode de penser et de vivre appelé par Camus la philosophie de l’absurde.L’absurde : l’expression se prête à l’équivoque, voire aux ironies faciles de l’ignorance et de la sottise.L’auteur s’est efforcé d’en préciser le centre et les contours.Son explication prend pour appui fondamental le sentiment de l’absurde qui « au détour de n’importe quelle rue peut frapper à la face n’importe quel homme».Par exemple, on reconnaît un jour son âge.On se situe du même coup par rapport au temps, on admet se trouver à un point précis d’une courbe, inconnue mais finie, qu’il faut parcourir.Cette constatation pose l’homme en face de l’inévitable ennemi : la mort.La révolte de la chair horrifiée, c’est l’absurde.L’absurde, c’est encore « s’apercevoir que le monde est épais, entrevoir à quel point une pierre est étrangère, nous est irréductible, avec quelle intensité la nature, un paysage peut nous nier».La récurrence fréquente du sentiment de l’absurde provoque l’analyse intellectuelle de l’intuition première forcément confuse; une thèse se construit dont la conclusion peut se formuler ainsi : Tout ce qui existe est absurde.Ne courons pas trop vite à la réfutation.Ce n’est pas le monde qui est absurde; d’autre part « l’absurde n’est pas dans l’homme ».« Ce qui est absurde, c’est la confrontation de cet irrationnel » — c’est-à-dire le monde qui ne se laisse pas raisonner, mais se contente d’être tout simplement — « ce qui est absurde, dis-je, c’est la confrontation de cet irrationnel et de ce désir de clarté dont l’appel résonne au plus profond de l’homme.L’absurde dépend autant de l’homme que du FEVRIER 1948 15 monde ».Il est donc une relation, la relation entre l’intelligence humaine et le monde, relation qui jaillit de la rencontre et de l’oppoeition des deux termes.Il est essentiellement un divorce entre le besoin d’explication et l’univers inexplicable.Camus vient de parler de l’irrationnel, de l’inexplicable, de ce monde qui en lui-même n’est pas raisonnable, «de cet univers où régnent la contradiction,.l’antinomie, l’angoisse ou l’impuissance ».Pourquoi ce cri significatif d’une pénible déception?En quoi pour lui le monde est-il inexplicable?Pour Camus comme pour Sartre, l’existence n’est pas la nécessité mais la contingence.Exister, c’est être là, tout simplement.Rien de plus.Le monde, les existants, dois-je dire pour plus de précision, apparaissent, se laissent rencontrer, mais ils auraient pu ne pas être, ils ne portent pas en eux-mêmes leur raison d’être.Ils sont des faits, mieux encore, des donnés absolument gratuits.Car, après avoir circonscrit d’un cercle très restreint les pouvoirs de l’intelligence, le matérialisme exclusif de Camus, se refusant à considérer toute l’extension des principes de raison suffisante et de causalité, s’interdit tout débouché sur la transcendance, sur l’être nécessaire, par la voie de la métaphysique.La religion lui est encore plus étrangère.Le monde en devient donc pour son esprit foncièrement inintelligible.L’histoire de la pensée humaine, avec ses repentirs successifs et ses aveux d’impuissance, ne peut lui défendre de désespérer de la vraie connaissance.La science?Elle se borne à saisir les phénomènes, à les énumérer, à dessiner le relief de l’univers.Malgré son désir de tout expliquer, l’homme doit confesser ne pouvoir connaître la nature intrinsèque de quoi que ce soit Rien ne peut vraiment avoir de sens: tout est irrationnel, absurde.Arrivé aux confins, l’esprit doit porter un jugement et tirer ses conclusions.Le monde absurde niait la divinité.La mort qui nie la liberté fondamentale : la liberté d’exister, rend absurde aussi notre relative faculté de choisir.Il ne reste à l’homme qu’à se fixer dans sa tragique lucidité.Il doit jouer franc jeu avec les certitudes de sa logique, écarter avec vigueur la tentation de s’évader de son univers fermé.Pas de bond, pas de saut en dehors de la condition humaine, si émouvant, si consolant soit-il.Et ici, notons-le bien, Camus se sépare du bloc des existentialistes : Kierkegaard, Heidegger, Jaspers, qui dans leur échec intellectuel ont trouvé des raisons sinon de croire, du moins d’espérer.En véritable disciple de Nietzsche, Camus s’emprisonne dans une lucidité stérile et une négation obstinée de toute consolation surnaturelle.«La pensée existentielle, écrit-il, est pétrie d’une espérance démesurée.» Mais dans ce saut qui caractérise toute pensée existentielle, dans cet entêtement, dans cet arpentage d’une divinité sans surface, comment ne pas voir une lucidité qui se renonce ?» Renoncer à voir clair, voilà pour Camus le suprême mensonge, l’impardonnable malhonnêteté.16 LECTURES Sommes-nous alors en présence d'une morale de désespoir ?Non pas.L’homme absurde ne désespère pas — ce serait une solution, et il ne doit pas en chercher — il s’interdit seulement d’espérer.Il ne peut non plus se résigner à son destin tragique : l’absurde accepté n’est plus l’absurde.Alors quoi?Eh bien voilà.De l’absurde se tirent trois conséquences : la révolte, la liberté, la passion.L’irrationnalité de l’existence doit nourrir chez l’homme une révolte permanente qui ne supporte aucun tempérament.Et puisque la liberté n’est reconnue que par rapport à son destin limité, ce qui compte désormais, c’est de vivre le plus, c’est de parer à l’échéance menaçante d’une mort prématurée par la passion de la vie ardente et multiple, c’est de remplacer la qualité par la quantité.L’homme absurde est cet aventurier du quotidien qui par la simple quantité des expériences bat tous les records et gagne ainsi sa propre morale.Plus d’échelle de valeurs, plus de remords : l’absence de nécessité et la gratuité de l’existant ont banni du royaume de la lucidité ces parasites inutiles.La passion de l’existence fébrile qu’inspire cette éthique de la quantité, elle s’incarne dans quelques types particulièrement représentatifs : le créateur, artiste ou philologue, le conquérant, le comédien, le Don Juan qui épuise le nombre de ses femmes sans en regarder les visages.Quand ils se réclament de l’absurde, d’une philosophie de la non-signification du monde, tous ces hommes communient à l’austère privilège d’une conscience sans illusion, sans espoir, et ne désirent que se maintenir sur cette arête vertigineuse à côté de laquelle tout n’est que subterfuge.Est-ce qu’on s’interrogerait encore sur les erreurs du raisonnement absurde?Rejet de la transcendance, négation du spirituel, pessimisme ontologique, mutilation de l’intelligence, confusion du contradictoire et de l’irrationnel, morale individualiste d’un nouveau surhomme : cette courte énumération montre les pièges ouverts sous les pas d’un lecteur sans métaphysique bien assimilée.Cependant, le Mythe de Sisyphe a l’incontestable mérite d’exposer avec une séduisante clarté le conflit actuel du spiritualisme, du matérialisme et de l’idéalisme.Camus n’ignore pas les autres voies susceptibles d’aguicher les curiosités de l’intelligence, de stimuler les dynamismes de l’action.«Pour un cœur fier, écrit-il, il ne peut y avoir de milieu.Il y a Dieu ou le temps, cette croix ou cette épée.Ce monde a un sens plus haut qui surpasse ses agitations ou rien n’est vrai que ces agitations.» Dédaignant l’étemel pour lui trop ombré d’incertitudes, Camus s’est allié au temps, au temps éphémère de l’homme qui a rompu toute amarre avec le surnaturel.* * * Nous nous sommes attardés assez longuement sur l’aspect ontologique de la pensée de Camus ; il nous reste à examiner — FEVRIER 1948 17 beaucoup plus brièvement, et c’est dommage — l’incarnation de son drame intellectuel dans une œuvre d’art : la Peste.Roman à thèse?D’aucune façon, le Mythe de Sisyphe tendait à mener une démonstration authentique à ses conclusions légitimes.La Peste au contraire exprime le renoncement de^ l’intelligence à raisonner le concret.Répétition obstinée des thèmes déjà orchestrés dans la philosophie absurde, le roman contient la projection d’une vision du monde particulière.Ce n’est pas une littérature d’explication, mais une littérature d’exposition qui ne peut comporter au plus que des arguments d’analogie.En plus d’incarner un drame de l’intelligence, la Peste se présente comme une chronique symbolique et non comme un roman.Camus cite en exergue cette phrase de Daniel de Foe : « Il est aussi raisonnable de présenter une espèce d’emprisonnement par une autre que représenter n’importe quelle chose qui existe par quelque chose qui n’existe pas».Victimes pendant de dures années d’un ennemi bien pire qu’un bacille, les lecteurs français ont vite saisi dans cette peste d’Oran le substitut d un fléau analogue : l’occupation allemande.Cependant, percevoir le passage de la philosophie à l’art, comprendre les relations de signification, ce sont là des plaisirs de seconde intention, des plaisirs de surcroît, de re-lecture.Pour appréciables qu’ils soient, ils ne sont pas indispensables au lecteur moyen: celui-ci saura bien par lui-même reconnaître la validité du jugement qui accorda le Grand Prix des Critiques à cette œuvre superbe.Voici en quelques lignes le sujet.« Le matin du 16 avril, le docteur Bernard Rieux sortit de son cabinet et buta sur un rat mort, au milieu du palier».Nouvelles découvertes de cadavres, le lendemain et les jours suivants.Le phénomène se reproduit partout dans la ville, pour se multiplier bientôt selon une progression étonnante.Les rats par milliers sortent de leurs gîtes souterrains et viennent mourir à l’air libre.L’étrange invasion s’arrête enfin, mais un nouveau graphique mortuaire dresse sa courbe sinistre, où les chiffres cette fois comptent des humains.C’est la peste.Le mal s’étend, les autorités civiles sont forcées d’agir et la ville tout entière ne tarde pas à être mise en quarantaine.Imposition du couvre-feu, suppression de la correspondance, dispersion des foyers.Aux limites d’Oran, des régiments emprisonnent la population, isolée du reste du monde.Les mortalités s’accumulent, les souffrances morales dépassent même les souffrances physiques.Un jour, quelques rats bien vivants surgissent : le fléau est en régression.Mais le désastre est immense et la victoire, non définitive : le bacille de la peste ne disparaît jamais ; il attend patiemment et quelques observateurs lucides savent qu’un jour reviendrait peut-être où « pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse ».18 LECTURES Dans cette œuvre quasi parfaite où les séductions de l’art s’adaptent sans effort apparent au tragique du sujet, Camus a respecté les commandements de l’absurde.Le roman illustre le divorce et la révolte, il ne sacrifie pas aux illusions que dénonçait le Mythe de Sisyphe, il ne suscite pas l’espérance prétendue dérisoire où la vie pourrait trouver un sens.La vie n’y est qu'un disque sans cesse recommencé; un des personnages énonce sans ambages la formule absurde : « La peste, c’est la vie, et voilà tout ».Le lecteur remarquera, dans le docteur Rieux, le représentant typique de cette philosophie farouche ; au terme de son évolution intérieure, le Père Paneloux lui rappellera curieusement le maître existentialiste, Kierkegaard, pour qui l’antinomie et le paradoxe sont devenus critères du religieux.On retrouve enfin chez les autres humains « la pantomime privée de sens qui rend stupide tout ce qui les entoure ».Les erreurs de perspective sont donc exactement celles du Mythe de Sisyphe.Malgré la puissance de l’écrivain qui ordonne son récit avec aisance, clarté et vraisemblance, malgré la souple description du collectif et la vive sympathie pour l’homme tragique, nous éprouvons, le livre fini, le besoin de respirer un air purifié de ces bacilles intellectuels, le goût de relire, par exemple, le Claudel des Cinq Grandes Odes.Ce n’est plus un monde opaque et absurde que nous contemplons, mais un monde clarifié par la puissance amoureuse où, d’un bout de la création jusqu’à l’autre, du plus grand Ange jusqu’au caillou de la route, «il ne cesse point continuité».J.-M.GABOURY, cac.FEVRIER 1948 19 DOCUMENTS J^ Cgliâe et l’cAtt Aacxé Un document du Saint-Office a mis en garde les évêques contre certaines tendances artistiques.Ce document a été adressé à tous les évêques d’Italie par S.Exc.Mgr Costantini, président de la Commission pontificale centrale pour l’art sacré en Italie.Voici la lettre de Mgr Constantini, qui contient le document dont il s’agit.Excellence, La Sacrée Congrégation Suprême du Saint-Office, préoccupée par le fait que certaines tendances artistiques actuellement à la mode peuvent, si elles s’introduisent dans le domaine de l’art sacré, être nuisibles aux âmes des fidèles, m’a fait parvenir, à la date du 10 décembre dernier, un document et une mise en garde grave au sujet des tendances en question: « Votre Excellence sait que parmi les tendances artistiques de l’époque actuelle, la mode du difforme et du grotesque a pénétré dans les nombreuses manifestations publiques ayant trait à l’art en général et tente aujourd'hui d’envahir aussi le domaine de l'art sacré.Il suffit de se rapporter, à titre d’exemple, à quelques-uns des représentants de cette tendance (et ici, elle cite les noms et les œuvres de quelques artistes modernes) pour avoir aussitôt la preuve évidente du dégoût et de la réprobation que suscitent leurs œuvres par l’offense qu’elles font à la piété des croyants.Cela est vrai surtout pour les nus complets qui profanent les différents aspects de la crucifixion du Divin Rédempteur.A l’exposition de Rome, en juillet 1946, des déformations et profanations analogues se sont produites également, que l’on a tenté de faire passer pour de l’art sacré.Cet état de choses ne peut manquer de préoccuper les autorités ecclésiastiques compétentes, auxquelles incombe le devoir de pré- server les chrétiens contre la multiplication de telles manifestations artistiques, qui les scandalisent, et de sauvegarder la dignité du culte et des lieux sacrés, de même que le sens véritable de l’art religieux, dont le but est précisément de faire naître, chez les chrétiens, des sentiments de piété et de dévotion.C’est pourquoi cette Sacrée Congrégation Suprême demande à la Commission Pontificale Centrale de donner les instructions nécessaires aux Commissions diocésaines, afin que les déplorables tendances sus-indiquées ne puissent pas s’infiltrer, de quelque manière que ce soit, dans les domaines dont elles ont la sauvegarde.» Personne ne considérera cet avertissement comme un obstacle à la libre expression et au progrès de l’art, car il n’est que la condamnation de certaines œuvres d’art sacré qui, parfois, quand bien même ce serait contre la volonté de leur auteur, deviennent des représentations qui sont de véritables blasphèmes.La Sainte Eglise a toujours laissé une très grande liberté aux artistes, en ce qui concerne les moyens d'expression, les diverses techniques et les différentes tendances stylistiques, De tous temps, les multiples formes de l’art ont offert l’hommage de la beauté au culte chrétien.Mais, la Sainte Eglise n’a jamais toléré que l’art offense la doctrine et la dignité du culte, et c’est pour cela que la sacrée Congrégation Suprême du Saint Office, de même 20 LECTURES qu'elle interdit les livres qui attaquent les vérités de la Foi, veille à ce que l’art sacré n’offense pas la dignité de la Sainte Liturgie et le sens chrétien des fidèles.Acceptons, certes, ce qui dans l’art est moderne et vital mais ne confondons pas ce qui est sainement moderne avec les modes éphémères et inconvenantes.L’Eglise, mère et souveraine, a au cours de presque deux mille ans créé un langage à la fois artistique et liturgique élevé qui lui est propre.C’est ainsi qu’elle parle aux âmes et que les âmes parlent à Dieu.Les artistes chrétiens n’ont pas le droit d’ignorer ce langage, ils doivent l’apprendre et le respecter, afin d’exprimer dignement leurs conceptions.Il ne s’agit pas de dire: l’Eglise pour l’Art, mais bien U Art pour l’Eglise.Nous songeons à des dispositions extrêmement précises: les prescriptions des Conciles, les décrets des Pontifes Suprêmes, les Règlements du Code donnent de sages directives aux artistes appelés à construire et à décorer les édifices sacrés.De même, ils fournissent des instructions claires aux autorités ordinaires et aux Commissions diocé- saines chargées d'apprécier les œuvres en question.Ce problème prend aujourd’hui un caractère de gravité particulière, parce que la reconstruction des églises dévastées par la guerre nous impose des tâches beaucoup plus nombreuses et plus importantes que cela n*a probablement jamais été le cas dans les siècles passés.Que Votre Excellence ait donc la bonté de rappeler tous ces faits aux membres de sa Commission diocésaine pour l’art sacré, afin que soient évitées, dans la construction et l’ornementation des édifices sacrés, les tendances proscrites dans la mise en garde mentionnée ci-dessus.Je saisis cette occasion pour baiser l’anneau sacré de Votre Excellence et vous exprime mes sentiments d’estime et de profond respect.Je reste le très dévoué serviteur de Votre Excellence.Giovanni COSTANTINI, archevêque tit.de Colosses, président de la Commission pontificale centrale pour l’art sacré en Italie.FAITS ET COMMENTAIRES (Revue de l 7 janvier Le Canada français perd un écrivain de qualité en la personne de Marcel Dugas.M.Dugas est l’auteur de Approches, Paroles en liberté et de Un Romantique canadien: Louis Fréchette.15 janvier Fides lance un concours de romans populaires, afin de pouvoir mettre sur le marché des romans honnêtes et bien faits qui feront une heureuse concurrence à toute cette camelote sentimentale et parfois immorale que l’on trouve en montre partout année 1947 17 janvier L’Eglise canadienne pleure la mort de son vénéré chef spirituel, S.E.le Cardinal J.-M.-R.Villeneuve, archevêque de Québec.On sait que le Cardinal accordait une attention toute particulière au problème des lectures, sujet auquel il consacra une de ses dernières allocutions publiques.20 janvier M.Georges Pelletier, directeur du journal le Devoir depuis 1932, est décédé à l’âge de 64 ans.FEVRIER 1948 21 27 mars La revue bibliographiquq Mes Fiches, qui est à l’origine de toute l’œuvre de Fides, célèbre le 10® anniversaire de sa fondation.A cette occasion, un thé-causerie réunit l’immeuble Fides un groupe imposant de collaborateurs et d’amis de l’œuvre.Mlle Marie-Claire Daveluy est la conférencière invitée.15 avril La Fondation Guggenheim, destinée à venir en aide aux étudiants et artistes de talent, décerne cinq bourses à des Canadiens dont deux de langue française: M.J.-A.-E.Rouleau, professeur de Botanique à l’Université de Montréal, et M.Roger Le-melin, écrivain.18 avril L’Association canadienne des Bibliothèques catholiques tient sa 3® assemblée générale à l’Ecole Salaberry de Montréal.Un nouveau conseil est élu dont voici les membres: Président, le R.P.Paul-A.Martin, c.s.c.; vice-présidents, M.Raymond Tanghe et le R.P.P.-A.Trudeau, c.s.v.; secrétaire, M.William Millette; directeurs, le R.P.R.Boileau, c.s.c., Mlles J.Chabot et C.La-gacé, M.Irénée Sauvé, p.s.s.et M.Lucien Lortie.21 avril L’ouvrage de Mme Gabrielle Roy: Bonheur d'occasion, paraît en anglais sous le titre de The Tin Flute.La Literary Guild of America choisit pour mai cette édition comme livre du mois, ce qui attire l’attention de Hollywood qui décide de transposer le roman à l'écran.10 mai Mlle Simone Routier et le docteur Roméo Boucher sont reçus à l’Académie canadienne-françai-se.Mlle Routier est présentée par Mlle Rina Lasnier, et le Dr Boucher par M.Victor Barbeau.10 mai Mgr J.-A.Langlois, évêque de Valleyfield, adresse au clergé de son diocèse une lettre pastorale traitant de l’importance de la presse catholique.18 mai Un Congrès de presse est tenu à Valleyfield; au cours de la journée, des conférences sont prononcées par Mgr Langlois, M.Ls-P.Roy de l’Action Catholique et M.Emile Benoist.Une exposition de livres avait été préparée pour les congressistes.10 septembre La première succursale de la Bibliothèque Municipale est inaugurée par S.H.le Maire de Montréal, au no 70 de la rue Shamrock.16 septembre La Société Grolier présente la première encyclopédie universelle de langue française rédigée entièrement par des Canadiens et éditée au Canada.27 septembre Pour célébrer le 65® anniversaire de la Société Royale du Canada, la section française organise une séance publique au cours de laquelle sont présentés deux nouveaux membres: Mme Gabrielle Roy et M.Léon Lorrain.28 septembre Pour la deuxième année consécutive, la Société catholique de la Bible organise le Dimanche de la Bible, lequel a pour but principal de contribuer à une plus large diffusion des Saintes Ecritures.A cette occasion, Fides a mis sur le marché une édition entièrement nouvelle de Faites ça.et vous vivrez, laquelle édition porte le tirage au chiffre record de 675,000 exemplaires.17 octobre Radio-Collège inaugure un programme: la Revue des lectures.Sur l’invitation du directeur de Radio-Collège, M.Aurèle Séguin, Lectures s’occupe d’alimenter ces émissions qui ont lieu le vendredi soir à 5 heures.22 LECTURES 20 novembre Le quartier St-Henri voit l’ouverture officielle d’une seconde succursale à la Bibliothèque Municipale de Montréal.L’immeuble qui loge la bibliothèque, situé à 24^9 Workman, a été entièrement modernisé.22 novembre Le 10° anniversaire de fondation de l’Ecole de Bibliothécaires de l’U.de M.est célébré officiellement lors de la collation des diplômes par Mgr le Recteur, à l’Université de Montréal.Deux doctorats honorifiques en bibliothéconomie sont décernés, l’un au R.P.Paul-A.Martin, c.s.c., secrétaire, de l’Ecole de Bibliothécaires, l'autre à M.Joseph Brunet, directeur des cours.29 novembre L’Association catholique des Etudes bibliques au Canada tient sa réunion annuelle à Québec.Les nouveaux membres du conseil, tous professeurs d’Ecriture sainte, sont les suivants : le R.P.Donat Poulet, o.m.i., de l’Université d’Ottawa, élu président; le R.P.Adrien-M.Brunet, o.p., du Stadium Dominicain, élu vice-président; M.l’abbé Clément Morin, p.s.s., du Grand Séminaire de Montréal, élu secrétaire; M.l’abbé Benoît Trépanier, du Grand Séminaire des Trois-Rivières, et le R.P.Henri Fortin, s.s.s., du Scolasticat des Pères du St-Sacrement à Montréal, élus conseillers.1er décembre Mme Gabrielle Roy reçoit le prix Fémina pour son roman Bonheur d’occasion.C’est le premier écrivain canadien qui obtient un tel honneur.12 décembre M.Esdras Minville reçoit le prix Duvernay ($500) pour son ouvrage le Citoyen canadien-fran-çais.C’est la quatrième fois qu’est décerné le prix littéraire Duvernay, offert par la Société St-Jean-Baptiste de Montréal.15 décembre L’Académie canadienne-française accorde son prix de littérature annuel à Mme Germaine Guè-vremont pour son roman: Ma-rie-Dûiace.L’Académie s’élit ensuite un nouveau conseil: le Dr Philippe Panneton (Ringuet) est nommé président, Mlle Marie-Claire Daveluy devient vice-présidente et secrétaire de l’organisation, M.Robert Charbon-neau demeure assistant-secrétaire et trésorier.21 décembre Le journal l'Action Catholique de Québec compte quarante ans d’existence.C’est en effet le 21 décembre 1907 que paraissait le premier numéro du journal l’Action Sociale qui devenait en 1916 IWction Catholique.Des fêtes commémoreront en 1948 l’anniversaire significatif de cette oeuvre canadienne de presse catholique.Cécile MARTIN DXQ FEVRIER 1948 23 NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES Volumeâ PHILOSOPHIE Dautais (E.).Leçons élémentaires de morale sociale, d’après l’enseignement des encycliques pontificales.2* édition.Paris, Téqui; Montréal, Granger [1946].188p.19cm.$1.00 ($1.10 par la poste).172 Ces leçons élémentaires de morale sociale tirées des encycliques pontificales ne constituent pas évidemment un traité de sociologie.Quelques points fondamentaux de la doctrine de l’Eglise y sont abordés et un catholique n’a pas le droit de les ignorer.Voici comment l’auteur procède : il définit tout d’abord la morale sociale, la charité et la justice, en expose les relations mutuelles.Dans une deuxième leçon, il aborde la famille; il rappelle l’encyclique Casti Connubii, le lien indissoluble qui unit les époux.En ce siècle d’émancipation, l’auteur rappelle les droits de l’un et de l’autre et les obligations de l’un envers l’autre.Le féminisme est également abordé.S’appuyant sur les encycliques, M.Dautais loue une certaine émancipation et condamne celle qui veut sortir la femme de son rôle.Puis il traite de ta famille, des parents et des enfants.Une autre leçon porte sur la famille et VEtat.La cinquième traite de la diversité des conditions sociales et le chapitre suivant explique le respect du patrimoine matériel du prochain.C’est probablement là le chapitre le plus inédit ou tout au moins le plus d’actualité.Le contrat de travail est l’objet de commentaires appropriés.Un chapitre est consacré au commerce.Ces leçons sont toujours articulées sur deux grands principes qui forment le fond des Documents pontificaux : la loi de justice et la loi de charité.L’auteur a bien soin de conclure en affirmant que cette morale sociale n’est pas qu’intellectuelle; elle doit atteindre l’être tout entier.Bref, il s’agit d’un excellent manuel élémentaire de morale sociale.Rodolphe LAPLANTE RELIGION Lachapelle (Abbé Paul).Pax.Préf.de S.E.Mgr Charbonneau.111.de Marcel Baril.Montréal, Lumen [1946].457p.ill.20.5cm.242 La réputation de M.l’abbé Lachapelle n’est plus à faire : il s’est déjà mis en vedette par son magnifique ouvrage, Psychiatrie 24 LECTURES pastorale, de même que par ses Entretiens sur la pédagogie et l’éducation; il a su montrer que le savant s’accommode fort bien du prêtre et que la science peut aider à la réalisation d’une belle carrière sacerdotale.Pax, son dernier livre, nous place cependant davantage devant le prêtre, qui nous expose des sujets de méditation pour tous les jours de l’année.Nous devons à S.Exc.Mgr Charbonneau quelques mots d’introduction appropriés à cet «ensemble de vérités ».Parmi les grandes idées commentées par M.l’abbé Lachapelle, il convient de signaler l’origine de l’homme, le prob • '„me de la foi, l’amour de Dieu et ses manifestations, le rôle de la Sainte Vierge, les sacrements, la messe, les Béatitudes, les dangers des romans, du théâtre et du cinéma, etc., etc.On le voit par cette énumération bien incomplète, les sujets sont variés et, de plus, traités avec un grand sens de la vie d’aujourd’hui.Pour tous ceux qui veulent chaque jour réfléchir sur un thème particulier sans s’astreindre à la lecture d’un grand nombre de volumes, ce livre rendra de précieux services, car chaque page contient, d’une façon très concise, un exposé suffisant d’une vérité v doctrinale, une mine d’idées apostoliques fécondes.Les illustrations de Marcel Baril sembleront à plusieurs une simple ébauche, mais un examen plus approfondi permet de découvrir le symbolisme suggestif de leur apparent négligé.Roland GERMAIN Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus (P.), o.c.d.Les Oraisons des débutants.Paris, Lethielleux [1944].127p.19cm.248.143 Voici un petit livre excellent.Est-on assez convaincu aujourd’hui même dans les milieux d’action chrétienne que l’oraison est « l’exercice essentiel de la vie spirituelle », la base nécessaire de tout apostolat?Mais n’allons pas confondre l’oraison, qui est ce contact intime d’amitié avec Dieu, et telle méthode de méditation qui ne convient pas à tous.Les débutants trouveront dans ce petit volume une précieuse initiation à cette oraison selon l’esprit de sainte Thérèse d’Avila, c’est-à-dire selon la manière simple, peu compliquée et si naturelle à l’âme qui désire ardemment être plus près de Dieu.P.ETIENNE, oi.m.cap.Mourey (F.), c.r.i.c.Réflexions et Suggestions [3e série] : Les Qualités du pasteur d’âmes.Paris, Spes [1946].189p.19cm.*254.3 Ceux qui ont lu les articles de F.Mourey parus dans le Recrutement Sacerdotal, retrouveront ici le même sens pratique et FEVRIER 1948 25 le même zèle sacerdotal éclairé.Ce livre devrait être lu et médité par tous ceux qui sont « pasteurs d’âmes ».Certaines pages sur le sens apostolique, le sens du commandement, de l’organisation, de la coopération, de l’éducation révèlent une expérience riche.Qu’il soit permis de recommander cet ouvrage spécialement aux supérieurs d’institutions, aux curés, aux éducateurs.P.ETIENNE, cap.Saliège (Card.).Le Temps présent et l’Action catholique.[Paris] les Editions Ouvrières [1946].127p.19cm.*256.1 Sous ce titre, quelques aumôniers français d’A.C.ont eu l’heureuse idée de colliger les principaux documents de S.Em.le Cardinal Saliège, relatifs à l’A.C.Si ces messages s’adressent à des Français, les vérités qu’ils expriment n’ont point de frontières.Aussi bien, prêtres et laïcs canadiens auront-ils tout avantage à les lire et surtout à se les intégrer vitalement.Dans cette brochure, se trouvent admirablement schématisés tant les malaises du temps présent que les devoirs du militant et du prêtre.Entre autres, il me plaît de signaler deux avancés qui méritent l’attention.1) L’importance des études philosophiques.«Rien de plus utile que les connaissances en apparence inutiles.Rien de plus utile que le savoir désintéressé» (p.72).Certes, le peuple ne fait pas de philosophie, mais ce sont les idées qui le gouvernent.De là, « le premier devoir du prêtre est de cultiver son intelligence » (p.73).2) L’autonomie des laïcs dans le domaine temporel.«Je plaide pour l’indépendance des laïcs d’Action catholique dans le temporel» (p.93).Nous ne saurions trop souligner et admirer la franchise et la compétence de ce prince de l’Eglise à dire de telles vérités aux prêtres et aux laïcs.A nous d’en profiter.Paul MORIN, o.p.Romeyer (Edouard), s.j.Pharisaisme et Catholicisme.Amour du monde.Paris, Spes [1946].155p.19cm.260.1 Le R.P.Romeyer, s.j., s’est attaché à montrer que le phari-saïsme stigmatisé par le Sauveur s’est perpétué jusqu’à nous et que le seul remède pour nous en débarrasser est « l’amour du monde», c’c'St-à-dire l’amour du prochain.Les quatre parties qui divisent le livre en soulignent déjà tout l’intérêt: catholicisme et solidarité humaine, catholicisme et légalisme religieux, catholicisme et devoir d’état, catholicisme et sympathie entre les hommes.Roland GERMAIN 26 LECTURE8 Hamel (Dom Raoul), o.s.b.La Vie liturgique.Messes du dimanche.Saint-Benoît-du-Lac, les Moines Bénédictins, 1946.392p.19cm.$2.00 ($2.15 par la poste).264-041 En préface de ce grand ouvrage, Dom G.Mercure, o.s.b., écrit: C'est dans cette paix (monastique), je puis en témoigner, que vous avez écrit votre livre.Vous lui avez donné de plus un ton d’étonnante sincérité.Il est extrêmement de vous, de votre tempérament, de votre culture, de votre vertu.Son caractère très personnel 6era un charme pour les uns et un obstacle pour les autres.Mais tous verront de quelle plénitude d’idées et d’émotions élevées peut enrichir l'usage quotidien de la prière de l’Eglise, et quelles applications fécondes peuvent en être faites à tous les devoirs de la vie, particulièrement au devoir d'état, qui est le plus grand de tous.L’auteur commente, pour chaque dimanche, quelques-uns des plus beaux textes liturgiques.Il en extrait la beauté scripturaire et en dégage le sens dogmatique ; puis, il en tire des applications pratiques.L’importance de la vie liturgique ne saurait être minimisée.Le R.P.M.Parent, o.p., écrivait naguère : On voit donc avec quelle fidélité la liturgie fait écho à la croyance de l’Eglise : ses formes et ses rites en traversant les siècles se sont imprégnée de la foi et enrichis de l’expérience religieuse de nombreuses générations chrétiennes, et témoignent encore aujourd’hui de la vérité du dogme catholique.Tout le long de l’année et tout le tour du globe la liturgie ne cesse de proclamer non seulement la foi des fidèles mais aussi l'approbation de l’Eglise enseignante, car de la manière dont l’Eglise prie, on peut déduire ce qu’il faut croire.« L’âme qui suivrait sa liturgie avec soin n'aurait pour ainsi dire pas besoin d’autre enseignement» (P.Sertillanges).L’érudition, la haute inspiration, le fini font de ce livre une œuvre supérieure.La phrase classique, au rythme large et puissant, retombe en plis grandioses, à la grecque.L’atmosphère du livre est celle d’une cathédrale gothique que remplissent les majestueux accords de la musique de Bach.En un mot, voici une œuvre magnifique, car, comme le dit Joubert : « Plus une parole ressemble à une pensée, une pensée à une âme, une âme à Dieu, plus tout cela est beau ».Elie GOULET Coulet (Paul), s.j.L’Amour et lr foyer.Paris, Spes [19471.210p.19cm.265.5 La littérature contemporaine relative aux questions conjugales s’enrichit de jour en jour et cv volume vient s’ajouter à la liste déjà longue des publications qui tentent de situer l’amour à sa véritable place.FEVRIER 1948 27 Le Père Coulet livre ici au public le texte de cinq conférences dont les titres méritent d’être connus : Nouvelle alerte à la famille, VAmour et la vie, l’Amour et le mariage, l’Epanouissement de l’amour au foyer, la Vertu sanctificatrice de l’amour.Il faut remercier spécialement l’auteur de son réalisme : il envisage tous les angles d’un problème et suggéré des solutions bien à point Dans sa quatrième conférence, particulièrement remarquable, il prouve, en une première partie, comment 1 amour, dans et par la vie conjugale, sera spiritualisé par l’accoutumance, renforcé par le don de soi continu et approfondi par le support mutuel; dans la deuxième partie, il souligne l’accord de l’amour conjugal et de l’amour parental, il va même plus loin en démontrant que cet amour des conjoints est cimenté par l’amour des enfants; il enseigne de plus aux foyers sans enfants les moyens de combler ce désir de l’amour des petits ; il couronne enfin ce texte en insistant sur l’idée que l’amour sera pleinement épanoui au foyer dans et par l’amour commun de Dieu, qui en est la source et la fin.Simone et Roland GERMAIN Llewellyn (R.-E.).Ton Futur.Montréal, Fides [1946].168p.17cm.(Coll.Ta Mission aujourd’hui.Les Publications de « La Famille») $0.75 ($0.80 par la poste).*265.542.3 M.l’abbé Llewellyn possède une fine psychologie et une belle intelligence de la jeunesse sur laquelle il fonde les plus encourageantes espérances.Il sait tirer un merveilleux profit de l’idéal auquel les jeunes aspirent tous, et leur offre des suggestions on ne peut plus dynamiques et chrétiennes pour triompher des obstacles avec joie.Le livre se présente sous l’aspect d’un intéressant entretien à trois : un prêtre, une jeime fille et un jeune homme.Très bien écrit, il se lit un peu comme un roman, mais comme un beau roman contenant des idées nouvelles sur les fréquentations, l’amour, le mariage, la paternité et la maternité.Très moderne et chrétien, l’auteur aura eu le mérite de nous inviter de façon bien aimable et bien souriante à un christianisme selon le Christ, non pas malgré le mariage, mais grâce au mariage.Simone GERMAIN Ars (Jacques d’).Les Martyrs de Laval sous la terreur.Avant-propos de M.François Veuillot.Ecully, Œuvre populaire d’Education et de Rénovation.57p.h.-t.23cm.27(44) Historique du procès de huit prêtres âgés, guillotinés sous la 28 LECTURES Terreur sans aucun motif plausible, en haine de la foi.On y a joint le bref récit de l’exécution de quelques religieuses.L’ensemble démontre de la part des juges l’absence de toute velléité de la plus élémentaire justice.R.SAMSON SCIENCES SOCIALES Tanghe (Raymond).Esqtiiase américaine.Préf.de Gilbert Chinard.Montréal, Fides, 1947.231p.21.5cm.$135 ($1.45 par la poste).308(73) Parlant de son immense pays, Walt Whitman écrit : How can 1 pierce the impenetrable blank of the future?I feel thy ominous greatness, evil as well as good: I watch thee, advancing, absorbing the present, transcending the past; I see thy light lighting and thy shadow shadowing, as if the entire globe; But 1 do not undertake to define thee — hardly to comprehend thee.Monsieur Raymond Tanghe, lui, s’est essayé de définir et de comprendre ce peuple de cent trente-cinq millions d’habitants, et il a fort bien réussi.Son livre qui est d’abord une étude socio-graphique, nous ouvre également de vastes perspectives historiques.Ainsi l’idéal démocratique américain pousse des racines profondes : il remonte à la Réforme : « Le schisme d’Henri VIII, abolissant la délégation d’autorité qui faisait le fond de la cérémonie du sacre, obligea le souverain anglais à se tourner vers le Parlement pour obtenir Y Acte de la Suprématie; il abandonnait ainsi le principe de la monarchie de droit divin sur lequel s’appuyèrent les rois catholiques de France et d’Espagne.Ce recours au Parlement accélérait l’avènement de la démocratie, la fin de l’absolutisme.» Le secret de la réussite de cet ouvrage est son aspect profondément humain; c’est que l’auteur est un spécialiste de la géographie humaine.A mesure que nous avançons dans la lecture de ce livre, nous voyons surgir l’âme d’une nation et cette âme, l’auteur sait nous la faire mieux comprendre et plus aimer.Voici un peuple jeune qui s’est forgé une suprématie mondiale : après avoir conquis son indépendance, il dut subir les affres de la guerre civile, affronter plusieurs crises économiques dont l’une menaça toute l’économie du pays; par son optimisme, sa confiance en son étoile, son esprit d’initiative, il est parvenu au premier rang des nations du globe.Il faut féliciter l’auteur de la concision, de la fermeté et de la force de son style qu’alimentent une documentation riche, une fine psychologie, une intuition indispensable à de telles études.Elie GOULET FEVRIER 1948 29 Marie-France [Françoise Sebileau].Mamans, avec énergie- Photos Rie.Montréal, le Centre Familial [1946].149p.19.5cm.$0.75 ($0.80 par la poste).37.01 Mamans avec le sourire, du même auteur, a su captiver toute notre attention, et le présent ouvrage est une suite logique du premier.Avec raison, Marie-France a horreur du négatif, ce qui se manifeste dans ses intéressantes recettes du jour, à la fin de chaque chapitre.Elle nous démontre qu’il est impossible de réussir le chef-d’œuvre d’une maman idéale et d’enfants saints, sans le puissant secours de la prière dont elle nous parle fréquemment Elle attache aussi une extrême importance à la formation physique de la personnalité pour influer sur les énergies et sur les volontés, et elle nous suggère, entre autres moyens : l’hydrothérapie, la culture physique, l’air pur, le soleil.L’auteur est très réaliste, les faits racontés sont vivants, vraiment croqués sur le vif, ce qui rend la lecture de ce petit livre passionnante.Simone GERMAIN PHILOLOGIE Laurence (Jean-Marie).Notre Français sur le vif.Montréal, le Centre de Psychologie et de Pédagogie [1947].301p.19.5cm.$1.50 ($1.60 par la poste).44-8 Ce ne serait pas rendre justice à M.Laurence que de transcrire sans plus les notes qu’il rédige — avec un peu de malice, comme il lui convient — à l’intention des critiques, aux premières pages de son livre.Sans doute les lecteurs doivent savoir que « ce livre réunit dans un ordre assez libre quelques-uns de [9es] entretiens avec Ingénie devant le micro de Radio-Canada, [.] que le style radiophonique, s’adressant uniquement à l’oreille, diffère beaucoup du style écrit, et même du style oratoire, [.] que la répétition doit suppléer à la merveilleuse mobilité de la vue».Il importe également de justifier, devant les simples, « les digressions et les longueurs par le souci pédagogique » de l’auteur, « de faire comprendre aux érudits que ce recueil, n’étant pas un dictionnaire, vise moins à régler beaucoup de questions qu’à développer le sens linguistique tout en procurant aux honnêtes gens une récréation instructive».Il faut en plus féliciter M.Laurence de l’apostolat — c’est le mot — qu’il poursuit auprès de ses concitoyens.Son enseignement aux normaliens trouve un complément heureux dans les émissions radiophoniques et dans le livre; qu’on se rappelle ses précieuses Notes méthodologiques sur l’enseignement du français.L’auteur veut développer chez le grand public le goût et l’habi- 30 LECTURES tude du français.Ah ! si tous les Canadiens français avaient le culte de leur langue ! « C’est peine perdue de répéter le mot français à ceux qui le savent, mais ne veulent pas ou n’ont pas le courage de l’employer » (p.97).Il ne s’agit pas pour M.Laurence de manier tel préjugé facile, comme la phobie de l’anglais, ou de brandir l’arme invincible d’un code grammatical.« Le meilleur moyen de lutter contre l’envahissement de l’anglais, c’est de bien apprendre le français» (p.34).Et la science de l’auteur n’est jamais en défaut; la linguistique ne semble pas lui cacher de secret.Mais cette science est vivante.Parce que la langue est l’expression de la pensée et de la vie, elle ne peut être fixée irrévocablement dans des cadres séculaires.C’est ce respect de la nuance et de la vie qui plaît chez ce maître.Toutes ces qualités qui enrichissaient les Notes méthodologiques se retrouvent ici, mais adaptées.Quand M.Laurence donnera-t-il au Canada français un ouvrage technique de sémantique ou de phonétique ?Notre français sur le vif indique qu’il n’est pas vain de l’attendre de lui.P.ETIENNE, o.Lm.cap.LITTÉRATURE Barbier (Jean).Les Spectres de la faim.Préf.du R.P.Riquet.[Lille] Ja-nicot [1946], 172p.19cm.84-3 Pour adultes Ce livre est un reportage doublé d’un roman.Le sujet, la vie dans les infâmes camps de prisonniers en Allemagne.Les conditions particulières faites à certains détenus ont permis à l’auteur d’esquisser une intrigue d’amour, comme pour enrober d’un peu de vie humaine, à notre taille, cette vie d’animal, de galérien, de martyr.Le témoignage du R.P.Riquet vient en préface appuyer de son autorité la véracité des horreurs ici détaillées : l’entassement dans les blocks de quarantaine, la mort lente d’épuisement, le travail surhumain, le four crématoire, les peaux tannées^.Si petit que soit ce livre, son enseignement est profond.Et, ce qui augmente encore sa valeur, il est écrit par un maître au style varié et vivant A.P.Estienne (Y.).L’Homme de l'offrande.Roman.111.de R.Moritz.Paris, Bonne Presse [1945].192p.ill.20.5cm.(Coll, le Ruban bleu, no 19) $0.80 ($0.85 par la poste).84-3 Estienne (Y.).La Frange d'argent.Suite de rHomme de l'Offrande.I1L de FEVRIER 1948 81 R.Perette.Paris, Bonne Presse [1946].209p.ill.20.5cm.(Coll.le Ruban bleu, no 32) $0.80 ($0.85 par la poste).84-3 Il s’agit là d’œuvres captivantes et saines, qui attestent que l’on peut faire de la bonne littérature avec de bons sentiments.Au moins le premier de ces ouvrages, dont le second est d’ailleurs la suite, a été couronné par l’Académie française.Ecrits « à la gloire du clergé campagnard de France », ce sont là des livres non seulement toniques mais de fort beaux romans.Dire que certains, confits dans le dilettantisme le plus suffisant, peuvent s’écrier devant de telles pages : « Encore du Pierre l’Ermite ! » Une telle réflexion, dans les circonstances, atteste simplement une formation intellectuelle et artistique tronquée, qui a pris et prend la paille pour le grain, le clinquant pour le solide, un esprit aventureux et osé pour de la force, le loufoque pour de la subtilité, etc.Est-ce que trop de nos étudiants, aujourd’hui, ne tombent pas dans ces travers, dans cet infantilisme de l’esprit qu’ils prennent pour une attitude à la page ?Comment expliquer qu’il y ait, dans notre société, un si grand nombre de muscadins des lettres, tout prêts à accepter les mensonges les plus stupides de pontifes aberrants et astucieux?Yves DESCHAMPS Chaigne (Louis).Anthologie de la Renaissance catholique.Tome I : Les Poètes.PTéf.de Paul Claudel.Edition revue et mise à jour (13® édition).Paris, Alsatia, 1946.269p.h.-t.19.5cm.84-8 «Il faut choisir.L’important, c’est de savoir ce que l’on veut.» » Ce mot de Gide, sans doute sollicité, se prête admirablement à l’art de l’anthologie qui apparaît, à certains points de vue, beaucoup plus difficile que celui de la critique.Là où le critique accepte !es limites d’une œuvre qu’a élue sa sympathie, l’antho-logiste doit suspendre ses préférences et licencier sa sympathie pour élire.Contrepoint de frontières, objective et subjective.Ces jeux du cœur et de l’esprit pourraient être complémentaires, mais combien près d’être irréductibles quand on les rapproche dans une même intelligence.Je n’ai pas eu le bénéfice de connaître Chaigne, le critique.Le chemin de Paul Claudel et Vies et œuvres d’écrivains semblent toutefois concilier cette apparente contradiction de l’esprit occupé au choix des textes et à la critique.Avec quel bonheur ?L’Anthologie ne nous permet pas d’y répondre avec certitude.Une approximation, tout au plus.Dans cette Anthologie, comme l’indique si bien le titre, il s’agit de la renaissance poétique du catholicisme.Il faut savoir gré à l’auteur d’avoir mis en lumière l’effort littéraire de la pensée 32 LECTURES catholique en France depuis près de quarante ans, effort que le Chanoine Jean Calvet a également magnifiquement décrit dans sa Renaissance de la littérature catholique.Les plus belles pages de la poesie contemporaine ont pris naissance dans le mouvement mystique qui a incontestablement ébranlé la conscience des lettres, et Louis Chaigne traite de ce renouveau avec un enthousiasme communicatif.Sur le plan littéraire pourtant, ce guide précieux pèche par défaut, défaut qui, en l’occurrence, se confond avec 1 excès de sa qualité fondamentale.Si l’insistance de cet indiscret dénombrement d’une foule de poètes obscurs rejette dans l’ombre (avec raison, puisquil s’agit de «renaissance catholique») les grandes figures de la poésie païenne : Gide, Valéry, de Noailles, Cocteau, Giraudoux, Giono, Montherlant, elle rompt avec moins de bonheur la juste hiérarchie de l’expression authentiquement chrétienne : Jammes, Péguy, Claudel, Noël, Mauriac.Si le choix es poemes est très judicieux, la part faite à chacun témoigne d une injuste impartialité.D’après mon humble opinion, du moins, la trop mince substance de certains prélèvements à même des oeuvres grandioses nous donnerait presque le droit de négliger d autres noms.Chaigne semble prisonnier de sa formule pour ne setre pas affranchi de la nécessité de dire du bien de tous, et dans la même mesure.Il ignore trop l’utile pouvoir des pré- Cflonnoa * seances.Heureusement c’est là un des mérites de cette compilation remarquable, et nous rejoignons ici le critique — chaque portrait i!^r>0e*e eS* d’une rapide esquisse biographique, d’une bibliographie récente et d’une synthèse critique.Cela remet en équilibré instable l’évidente faiblesse de la distribution.Ajoutons que l’édition « mise à jour » de 1946 n’apporte rien de neuf, sauf quelques noms déjà oubliés.Maurice Blain Thibon (Gustave).Le Pain de chaque jour.Monaco, Editions du Rocher, 1945 174p.19cm.84-8 Magnifique volume qui expose, sous forme d’aphorismes, de grandes vérités.Les «paradoxes» de l’auteur disparaissent dès que le lecteur se donne la peine de creuser les pensées profondes cachées sous la densité des mots.Tous ceux qui liront ces pages voudront y revenir et seront heureux d’y découvrir sans cesse des idees qui leur avaient échappé.Roland GERMAIN Larigaudie (Guy de).Etoile au grand large, suivi du Chant du Vieux Pays.Préf.Forestier* Paris> Editions du Seuil [1947].69p.19cm.$0.40 ($0.45 par la poste).84-94 FEVRIER 1948 33 Cette brochure de Guy de Larigaudie contient deux œuvres de ce jeune et digne représentant de la France catholique : Etoile au grand large et le Chant du vieux pays.La préface du R.P.Forestier, o.p., nous dit en quelle haute estime il faut placer ce routier au cœur débordant de santé morale, ce paladin des temps modernes, ce voyageur intrépide qui a parcouru les cinq parties du monde.Dans Etoile au grand large, Guy de Larigaudie nous promène à Chartres, de Tunis et Casablanca à Bali et à plusieurs autres endroits : partout on remarque son profond esprit chrétien, son admiration devant les beautés de la nature, sa reconnaissance envers le Créateur de tant de merveilles.Dans le Chant du vieux pays il nous transporte dans le Périgord, pays de son enfance, et nous met en contact avec tous les souvenirs qui ont fait de lui le descendant d’une race vigoureuse et chrétienne.Ses descriptions sont imprégnées de respect et présentées en un style vraiment évocateur de cet âge où les plus humbles choses revêtent un caractère grandiose.Ce petit livre sera pour tous l’occasion d’un bain d’énergie et de virilité : les scouts y reconnaîtront avec joie un de leurs chefs de file et les autres lecteurs verront grandir leur admiration envers une organisation de jeunes qui a su produire un tel type.Roland GERMAIN HISTOIRE - GÉOGRAPHIE - BIOGRAPHIES Milhan (André).Heures françaises.Préf.de M.-A.Jabouley.[Ecully] Oeper [1947].131p.19cm.9(44) André Milhan fait ici, en plusieurs tableaux, une revue de différents tournants de l’histoire de France et des héros que la Providence a placés pour protéger et sauver la Fille aînée de l’Eglise.C’est en somme une apologie de la France et de ses gloires, dans laquelle l’auteur ne cache pas sa manière de voir qui pourra sembler à certains quelque peu anglophobe.Cependant il ne craint pas de juger chrétiennement et les événements et les hommes.R.SAMSON Dieu (Léon), scheutiste.Marco Polo chez le Grand Khan.Namur, Grands Lacs [1947].174p.ill.19cm.(Coll.Lavigerie, no 14) $1.00 ($1.10 par la poste).91(51) Parmi les récits d’aventure, l’un des plus fameux est celui que dicta, en 1298, le Vénitien Marco Polo.C’est également un 34 LECTURES des livres qui ont le plus contribué au progrès de la Géographie et de la connaissance du Globe.Très lu au moyen âge, cet ouvrage a retrouvé une véritable vogue depuis une cinquantaine d’années.Le Vénitien raconte son voyage à travers l’Asie centrale et les villes des Mongols.Il décrit la cour de Koubilaï Khan, maître du pays appelé aujourd’hui la Chine, où Marco Polo vécut dix-sept années.Le texte qui nous est donné ici est très intéressant et expurgé de tous les chapitres et détails fastidieux, insipides ou choquants.A.P.Allaire (Maurice).Le Mexique, pays de contrastes.Vingt illustrations et deux cartes.Montréal, Lumen [cl947].197p.19.5cm.$1.50 ($1.60 par la poste).91(72) Ce récit de voyage peut être comparé à une grande fresque géographique.C’est plus et mieux qu’un journal relatant les impressions personnelles d’un voyageur.Maurice Allaire nous présente Mexico avec une richesse de coloris digne d’un peintre.Cette couleur qui fait le charme et le pittoresque du Mexique, nous la voyons partout, elle se retrouve à chaque ligne, elle remplit chaque page.Couleur locale des sites, couleur des habitants, couleur du langage et couleur des mœurs.L’auteur ne se contente pas de présenter, il nous fait connaître les populations, les religions, les rites, les temples, les palais, les richesses naturelles de cette terre do contrastes.On assiste enthousiasmé aux fiestas et l’on frémit un peu au spectacle de la Corrida.Monsieur Allaire nous donne, tout le long du volume, ce que l’avant-propos nous laisse deviner.Dommage que tant de dates et de chiffres enlèvent au récit un peu de merveilleux.Que voulez-vous ?On veut bien connaître, mais ne pas trop apprendre.Lucie DELCAU Auberive (Claire).L’Héritière du vœu de Madame Elisabeth : Charlotte-Hélène de Lastic, comtesse de Saisseval.Préf.du R.P.J.Lebreton.Paris.Spes, 1946.376p.19cm.92:2 Le 12 juillet 1790, l’Assemblée Nationale vota la Constitution civile.Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI, fit un vœu pour obtenir la conservation de la religion catholique en France.Ce vœu est fait au Cœur Immaculé de Marie.Un grand nombre de dames d’une grande piété s’unissent à Madame Elisabeth et promettent de consacrer une somme aussi considérable que la position de chacune le permettra, à la bonne œuvre qui paraîtra FEVRIER 1948 35 le plus agréable à Dieu.L’on s’engage également à procurer l’éducation chrétienne d’un garçon et d’une fille pauvres.Née le 18 octobre 1764, Charlotte-Hélène de Lastic, comtesse de Saisseval, fut la continuatrice de l’œuvre de Madame Elisabeth.Toute sa vie, elle s’efforça à reproduire en elle-même les traits d’une perfection qu’elle enviait au cloître.Son cœur l’inclinait vers les pauvres.C’était une sorte de fascination de la misère humaine, un immense besoin de donner et de se donner, qui la retenait parmi la foule et l’y mêlait plus intimement chaque jour.Femme de race héroïque, elle passe par toutes les misères.Elle connaît les vicissitudes de l’émigration en Belgique et en Angleterre de 1790 à 1800.De retour à Paris, elle fonde l’Œuvre générale de la Visite des Hôpitaux, l’Œuvre des Enfants délaissés, l’Œuvre des Ouvrages, l’Œuvre des Grands et des Petits Séminaires, l’Institut du Cœur Miséricordieux de Jésus, l’Orphelinat de la Jeunesse délaissée et un Asile pour jeunes convalescentes.Elle collabore activement à la restauration des Bénédictines de Mantes, de Religieuses Bernardines et des Sœurs de Bon-Secours.Ce volume intéressera tous les esprits cultivés, tous ceux qui aiment à lire les belles biographies, tous ceux surtout qui sont voués aux œuvres de charité.Henri LÉVESQUE Christiani (Chan.Léon).Jean Cassien.La Spiritualité du désert.Abbaye de S.Wan-drille, Editions de Fontenelle, 1946.2 vol.front.23cm.(Coll.Figures monastiques).92:2 Jean Cassien naquit en 360, à Marseille disent les uns, en Scythie disent les autres.Par sa première éducation, il est occidental, car sa culture est latine.Il entra fort jeune au monastère de Bethléem, c’est-à-dire vers 378 ou 379.Avec son ami Germain, il fit un premier séjour de sept ans en Egypte, de 385 à 392 environ.Les deux amis entreprirent alors un très bref voyage à Bethléem pour obtenir un congé régulier et définitif de leur communauté.Leur second séjour en Egypte dura de 392 à 399 ou 400.Lors de la querelle de l’origénisme, ils se réfugièrent auprès de Jean Chrysostome, à Constantinople.Après un séjour de plusieurs années à Rome, Cassien vient fonder deux couvents aux environs de Marseille, celui de Saint-Victor et celui de Saint-Sauveur.Il mourut au couvent de Saint-Victor vers 435.Cassien et son ami Germain entreprirent le voyage d’Egypte, à la recherche d’une perfection de plus en plus grande.Le monachisme palestinien était plutôt ascétique, alors que le monachisme égyptien était plus mystique.Cette solitude du moine nous vaudra deux ouvrages qui ont exercé une profonde influence : les Institutions cénohitiques et les Conférences des saints Peres.On sait que ce dernier livre était le livre de chevet de saint Thomas d Aquin.On doit aussi à Cassien un ouvrage contre Nestorius.36 LECTURES La principale erreur que l’on reproche à Cassien, c’est son semi-pélagianisme; il avait cru trouver une media via où se conciliaient Pélage et saint Augustin.La collection Figures monastiques nous présente avec tout l’appareil scientifique qui se doit des œuvres fort captivantes.Elie GOULET Georges (R.P.Emile), c.j.m.Saint Jean Eudes, modèle et maître de vie mariale.Préf.du T.R.P.Brillet.Paris, Lethielleux, 1946.309p.h.-t.19cm.92:2 Saint Jean Eudes, fondateur de la Congrégation de Jésus et Marie, dite des Eudistes, fut le chevalier servant de la Vierge Marie comme François fut celui de Dame Pauvreté.L’existence de Jean Eudes (1601-1680) est unique : elle est tout orientée vers la Très Sainte Vierge et son Cœur immaculé : les fondations, les sermons écrits de ce saint n’ont qu’un but, celui dlionorer, de célébrer, de chanter la gloire de Marie.Très beau livre, qui plaira à tous par l’élévation de la pensée et l’aisance du style.Jacques d’ORLÉANS J ara y (Gabriel-Louis).Le Pape Pie XII devant la guerre.Montréal, Fides, 1946.58p.19.5cm.$0.40 (0.45 par la poste).92:2 En 1918-1919, les gouvernements s’entendaient contre la Papauté.Wilson, Lloyd George, Clemenceau, Sonnino, Benès ont exclu le pape du Traité de Versailles et de la Société des Nations.«La grande pensée de la plupart de ces hommes fut la destruction de la grande puissance catholique de l’Europe, parce que catholique: l’Autriche-Hongrie.» Le secret de 1918 se trouve dans la riposte de Clemenceau à M.Gabriel Hanotaux: « Vous voulez me faire une Europe papeline ».Au cours du dernier conflit, les puissances belligérantes essayèrent tour à tour de se concilier le Vatican.Dans ce conflit d’idées, elles savaient que Rome était une force spirituelle avec laquelle il fallait compter.Mais l'attitude désintéressée de Pie XII, au-dessus de tous les clans politiques, confirme de façon éclatante la transcendance de la seule autorité morale qui puisse être universellement acceptée.Elie GOULET J.O.C.F.Marthe Grange.La vie d’une Jociste.Paris, les Editions Ouvrières [1947].71p.18.5cm.$0.55 ($0.60 par la poste).92:2 Marthe Grange, née au Gets le 1er mai 1921, mourait le 1er FEVRIER 1948 37 mai 1944 à La Roche.Cette jeune fille du peuple fut une ouvrière, I une militante jociste, et voici qu’à vingt ans elle voit ses rêve* I d’apostolat brisés par la maladie.Ses lettres nous révèlent une âme ouverte à la beauté, à la pitié, filialement soumise à la volonté de Dieu : elle avait offert sa vie pour la J.O.C.F.C.F.| Leflon (Chan.Jean).Gerbert.Humanisme et chrétienté au Xe siècle.Abbaye de S.Wandrille, Editions de Fontenelle, 1946.392p.front 23cm.(Coll.Figures monastiques).92:2 On ne s’attendait guère à voir Gerbert prendre place dans cette galerie de figures monastiques, aux cotés de Cassien, de S.Colomban, de Pierre le Vénérable.Les quelques années qu’il a passées chez les moines dans son enfance justifient peu ce voisinage.L’audace quand même est à pardonner pour l’œuvre de valeur qu’elle nous a méritée.L’auteur se recommande par de solides qualités de documentation, de clarté et d’objectivité.Cette objectivité, ce souci de ne pas cacher les ombres dans ce tableau au relief si accusé (avant-propos), va si loin que ces ombres mêmes empiètent désagréablement sur ce qui devrait être la pure lumière.Sans doute Gerbert, homme de première valeur, et qui le sait, entend bien ne pas laisser la lumière sous le boisseau; et ses intrigues ambitieuses ne seront pas étrangères à son élévation au siège archiépiscopal de Reims, de Ravenne et de Rome.Mais s’il a eu scs petitesses, il est injurieux pour la mémoire du premier pape français de trop insister sur les machinations machiavéliques dans lesquelles, malgré lui, il s’est trouvé impliqué.Le rôle politique du successeur d’Hincmar a été mis au premier plan.Or ce qui a mérité à Gerbert de donner son nom à son siècle, ce fut d’avoir rallumé en France et dans l’empire le flambeau de la vie intellectuelle et préparé, pour une très grande part, l’effloraison de la seconde moitié du XIIIe siècle.Ce rôle culturel et conséquemment civilisateur de Gerbert n’a certainement pas eu le développement qu’on attendait.Cette biographie mérite cependant d’être lue à cause des qualités dont j’ai parlé; à part les restrictions posées, elle fait honneur à l’écrivain.P.ADALBERT, o.f.m.cap.Leflon (Chan.J.).Monsieur Emery.T.2 : L'Eglise concordataire et impériale [Paris] Bonne Presse [1946].565p.front.20.5cm.92:2 Nous n’avons malheureusement pas lu le premier tome consacré à Monsieur Emery, supérieur de Saint-Sulpice aux temps de la Révolution.Nous signalons aux lecteurs le deuxième tome, qui 38 LECTURES traite du rôle de Monsieur Emery sous l’Eglise concordataire et impériale.Dans le fatras de publications morales ou insignifiantes qui inondent le marché, il est rafraîchissant de lire les pages du Chanoine Leflon.Le Chanoine Leflon est Docteur ès lettres et professeur à l’Institut Catholique de Paris.Le petit prêtre de Saint-Sulpice, le digne fils de Monsieur Olier.gallican de formation et de tendance, se montra prêtre romain irréductible quand Napoléon, au faîte de sa puissance, voulut asservir l’Eglise de France.Monsieur Emery met de côté ses préférences personnelles pour ne travailler alors qu’au plus grand bien de l’Eglise.Il fut séquestré comme tant d’autres prêtres ; sa famille religieuse fut persécutée, mais toujours il opposa le non licet.La prudence, la finesse de la diplomatie de Monsieur Emery, sa grande et lumineuse intelligence des problèmes de son temps, tout cela fut mis au service de la Compagnie de Saint-Sulpice et de lEglise.Discret, agissant presque toujours par intermédiaires, il évita souvent les embûches de la police de Fouché.Il refusa tous les honneurs, notamment l’Evêché d’Arras, mais accepta le poste de Conseiller de l’Université où son influence fut prépondérante.C’est toute l’histoire du Consulat et de l’Empire que nous pouvons lire dans ce deuxième tome.Ouvrage savant, dont la documentation est puisée aux meilleures sources de l’histoire, écrit avec grand souci de la vérité et aussi une lumineuse compréhension des contingences du temps.Rodolphe LAPLANTE Masscn (Marie-Vincent), o.p.Un Saint chez les papas.Ottawa et Montréal, les Editions du Lévrier.63p.ill.19cm.$0.35 ($0.40 par la poste).92:2 L’auteur remarque qu’on a beaucoup écrit sur la maman idéale et peut-être pas assez sur le papa.Pour parer à cette lacune, il évoque la grande figure du papa de la petite sainte de Lisieux.Louis-Joseph-Stanislas Martin (1823-1877) fut un père modèle qui orienta sa vie et celle des siens vers le seul bonheur véritable, vers les fins surnaturelles de l’existence.Son courage dans l’épreuve, sa dévotion mariale, sa piété eucharistique furent toujours exemplaires.Ce foyer où s’épanouirent cinq vocations religieuses fut toujours fidèle à la prière du soir en famille.Sainte Thérèse de lEnfant-Jésus a évoqué dans des pages délicieuses les années heureuses qu’elle vécut sous le toit familial.Tous les pères de famille devraient lire et méditer ces pages.Jacques d’ORLÉANS FEVRIER 1948 39 Olivier étudiant.Notes personnelles.Paris, Albin Michel [cl947].245p.front.19cm.(Coll.Notre Belle Jeunesse).92:2 Olivier est, dans une certaine mesure, un modèle pour les âmes vouées au célibat par des circonstances providentielles.Ce jeune homme possède une foi vivante, une intelligence supérieure, une dévotion toute simple envers le Christ et Marie-Auxiliatrice.L’ouvrage débute par deux pages biographiques de cette belle âme envolée vers le Ciel à l’âge de vingt-trois ans.S’agit-il d’un prédestiné ?C’est ce que semble croire Albert Gaillard, son père, dans la très longue lettre qu’il adresse à son fils mort, « pour nous donner 1 illusion, à ta mère et à moi, que tu es toujours de ce monde », écrit-il.Missive un peu naïve, penseront certains lecteurs, mais qui nous permet pourtant de connaître plusieurs caractéristiques intéressantes de la personnalité chrétienne d’Olivier.Suivent des notes personnelles, quelquefois discutables peut-etre.On ne pourra cependant s’empêcher de conclure qu’il s’agit d’une autre étoile au firmament de la jeunesse typiquement vingtième siècle, jeunesse idéaliste, pure, rayonnante.Sans doute, Olivier ne possède pas l’enthousiasme, la joie, le sourire, le style aimable d’un Guy de Larigaudie, mais n’existe-t-il pas plusieurs demeures dans le Royaume du Père ?Simone GERMAIN S[ion] (Madeleine-Louise de).Le Cœur d’une Sainte : Thérèse d’Avila.[Paris] Spes [1946].219p.front.19cm.$1.15 ($1.25 par la poste).9212 A la lecture de ce livre, on comprend toute la véracité de ces lignes : Celui qui ne vit pas avec Dieu et pour Dieu, celui dent Notre-Sei-gneur n’est pas l’ami est forcément seul.Le cœur de l’homme est infini.Le fini ne^ saurait le peupler, l^e fini peut encombrer le cœur, mais en-combrer n est pas combler.S il nous était donné de pénétrer dans le cœur de » os semblables, nous serions épouvantés par les solitudes immenses, sans fin, arides, désolées que nous y rencontrerions.[.] Les anachorètes, les ermites, dotU il y en eut qui furent pendant des années sans voir un visage humain, n’étaient pas seuls, vivant avec Dieu et les anges (Dom Raoul Hamel, o.s.b., la Vie liturgique, p.246).Thérèse de Ahumada garda toute sa vie quelque chose de la petite fille sensible à l’admiration, à l’âme ardente, au coeur toujours avide d’aimer.Elle sera toujours celle qui entraîna un jour son frère Rodrigue dans une aventure vers le pays des Maures dans l’espoir d’y trouver le martyre.A quatorze ans, Thérèse perd sa mère.Elle trouve alors dans les romans de chevalerie une pâture pour son imagination 40 LECTURES désaxée et un divertissement pour son coeur sevré de la tendresse maternelle.Puis, elle se laisse attirer par la vie mondaine : Mes cousins étaient presque de mon âge, un peu plus âgés cependant: nous ne nous quittions pas et ils m’aimaient beaucoup.Je les laissais parler de tout ce qu’ils voulaient.J’écoutais ce qu’ils me disaient de leurs inclinations [ .J.Le pire, c’est que mon âme s’accoutumait ainsi à ce qui devait faire mon malheur.A seize ans, elle entre au monastère de l’Incarnation à Avila, mais ce n est qu’à quarante ans qu’elle se donnera à Dieu sans partage.C est alors pour Thérèse la vie la plus étonnante qui soit.Elle unit à une vie mystique extraordinaire des dons de fondatrice et de réformatrice remarquables.Elle réforme non seulement les Carmélites mais aussi les Carmes.Lorsqu’elle mourut, le 4 octobre 1682, elle avait atteint le sommet de la vie mystique.Elie GOULET Wolfrom (Marthe).Jacques-Albert Seiglet (1916-1940).Montréal, Fides, 1947.343p.h.-t.18cm.$1.50 ($1.60 par la poste).92:2 Combien les deux guerres en ont fait germer de ces biographies de jeunes fauchés à l’âge de l’enthousiasme, et n’ayant dans le ciel de gloire produit qu’un seul rayon d’une pure clarté.On aurait tendance (et ce fut mon cas) à fermer le livre, en disant : « C est comme les autres »>.Il y en eut tant ! Non, ici il faut se reprendre et se laisser vaincre par le charme d un récit, produit d!une âme féminine que l’on sent de la même empe que son héros, formée sans doute dans son intimité.Jeunes, vous surtout, n’hésitez pas; ce n’est pas une légende de saint du moyen age, c’est l’un des vôtres ; et c’est l’ascension de son ame qu il faut suivre et goûter.Vous qui hésitez à ouvrir votre âme, voyez comment Jacques oeiglet a résolu le problème de ses directions.Vous qui passez par une crise de conscience avant d’établir fortement votre âme dans ja foi, cest un grand frère qui vous détaille ses faiblesses, ses Desoins, ses désirs.Vous qui priez pour résoudre le problème de o re vocation, lisez, il 1 a fait avant vous.Vous qui regardez gauchement vers les filles, apprenez de cet ami comment les fréquen-t0jUt h?.nneur et a voir, sous son vrai jour, ce mariage où • .ten“fz* V°us qui faites vos premiers pas dans une «Action sociale » de plus en plus nécessaire, arrêtez-vous aux pages où il vainc sa timidité pour s’approcher des camarades, les comprendre et discuter avec eux, et voyez comment devenir comme lui un animateur, un apôtre.A p FEVRIER 1948 41 Simon (A.).U Archiduchesse Isabelle.Son temps et son âme.Bruxelles.Editions Universitaires [cl946].56p.19.5cm.j 92:3 | Une brève biographie dessinant une esquisse rapide mais soignée de l’âme d’une grande princesse.Comme arrière-plan: la trame des événements politico-historiques de l’époque.La note dominante de cette vie — toute à la louange d’Isabelle-Claire-Eugénie, infante d’Espagne, archiduchesse d Autriche et souveraine des Pays-Bas — est le souci constant du bien commun de ses sujets.Ce souci ne se contente pas de beates considerations spéculatives, il descend dans le concret, dans 1 action, une action de haute moralité, qui défend les droits des peuples et maintient l’ordre par la justice et la charité chrétiennes.Gabrielle BADEAU Lopez (Albert).Lapillus, le pauvre magnifique.Paris, Editions de l’Oeper [1946].262p.front.19cm.(Coll, les Convertis rayonnants).92:8 Cette biographie du poète symboliste Adolphe Retté retrace les étapes douloureuses de la conversion de l’écrivain.Ouvrage bien construit et très convenablement écrit.J.-M.DELAGE LIVRES POUR LES JEUNES * * * U Album des enfants sages.I1L de Peter Mabie.Montréal.Variétés [cl945].28p.ill.23.5cm.$0.25 ($030 par la poste).Le Joyeux Marmiton.Montréal, Variétés [cl946].28p.ill 25.5cm.$0.25 ($0.30 par la poste).J82-3 Deux recueils d’historiettes abondamment illustrées de joli?dessins en couleurs.Beecher-Stowe (H.).La Case de Yoncle Torn.Adaptation Gisèle Vallerey.5e édition.Paris, Nathan; Montréal, Beauchemin, 1946.188p.ilL 18.5cm.(Coll.Œuvres célèbres pour la jeunesse) $1.50 ($1.60 par la poste).J82-3 Dans la même collection : Cooper (Fenimore) ; Le Dernier des Mohicans.De Foe (Daniel); Robinson Crusoé.Dickens (Charles) ; Aventures de M.Pickwick.42 LECTURES Dickens (Charles); L'Enfance de David Copperfield.Scott (Walter) ; Ivanhoé.Stevenson (R.L.) ; L'ile au trésor.Swift (Jonathan) ; Voyages de Gulliver.Wallace (Lewis); Ben-Hur.Wyss (R.) ; Robinson suisse.Je veux essayer de dégager ici les lignes de force de la littérature anglaise.Les îles britanniques, battues par la mer océane, noyées de brume, ont marqué l’esprit et l’imagination des écrivains anglais d’un sceau indélébile qui les distingue des écrivains continentaux.La littérature anglaise s’inspire beaucoup de la mer, de la vie aventureuse des marins, des pays exotiques et mystérieux.Robinson Crusoé est l’histoire d’un marin qui passa vingt-huit ans de sa vie dans une île du Pacifique, au large du Brésil.Les Voyages de Gulliver nous transportent par l’imagination au pays des nains puis des-géants.L'ile au Trésor est une palpitante histoire de piraterie où des mutins et des honnêtes gens se disputent la possession d’un trésor.Cette littérature est aussi traditionnelle et romantique avec Walter Scott : son Ivanhoé chante la beauté, la grandeur, la bravoure, la fidélité à la royauté des Anglo-Saxons soutenant Richard Cœur-de-Lion con^re |es Normands et Jean Sans-Terre.Avec Dickens, nous voici devant la vie des pauvres, des humbles et c’est l’Enfance de David Copperfield, œuvre en partie autobiographique, histoire d’un enfant très malheureux ; ce sont aussi les Aventures de M.Pickwick, mélange d’humour, de fantaisies et de bonhomie.La jeune littérature américaine est représentée dans cette collection par ces œuvres classiques universellement connues que sont la Case de l’Oncle Tom, Ben-Hur et le Dernier des Mohicans.Le Robinson suisse est une des plus savoureuses fictions de la littérature suisse.Cette collection est d’une belle tenue typographique et fort bien illustrée : elle permet aux jeunes d’aborder une littérature que l’on a heureusement adaptée à leur âge.Jacques D’ORLÉANS * * * Douze Amusantes Fantaisies pour les enfants.Editions Variétés.12 albums de 12p.ill.20cm.$0.05 chacun, $0.60 la série ($0.70 par la poste).Titres: 1—Le bougon petit bouc.2—L'égoïste petit chien.3—Le petit hibou qui avait peur de la nuit.4—Bebette l’oie.5—La malicieuse et taquine génisse.6—L’impertinente Mademoiselle Minette.7—Histoire de la cane qui voulait voyager.8—Le petit cochon qui voulait tout pour lui.9—L’autoritaire FEVRIER 1948 43 Toto.10—Le petit ours glouton.11—Le timide petit lapin.12— Uintortunée petite chatte.J82-3 Ces albums méritent une intense diffusion.On remarquera le prix modique de chacun.Nous conseillons la série à chaque père de famille.J’ai tenté l’expérience auprès de mes quatre plus jeunes et je vous assure que le papa est devenu populaire.Chacun de ces petits albums recèle une leçon discrète dont chaque petit fera son profit.R-L.* * * Jacques et son chat.111.de Rafaello Busoni.Montréal, Variétés [1947].24p.ill.26cm.$0.25 ($0.30 par la poste).J82-3 Charmante odyssée d’un pauvret et de son chat.La fortune fabuleuse réalisée par la vente du petit animal vaut à son maître une belle épouse et le titre de Lord Maire de Londres.Les illustrations soutiennent bien le texte.Gilles LAVOIE * * * Le Petit Tailleur intrépide.Montréal, Variétés [cl946].[32 ]p.ill.21cm.(Coll, les Plus Beaux Albums, no 8) $0.39 ($0.45 par la poste).J82-3 ?* * Ploum globe-trotter.Montréal, Variétés [cl946].[32]p.ill.21cm.(Coll, les Plus Beaux Albums, no 6) $039 ($0.45 par la poste).J82-3 Deux petits albums vivants et vraiment délicieux, surtout le Petit tailleur intrépide.Les parents se doivent de faire lire ces pages à leurs petits de huit, neuf et dix ans, qui prendront un vif plaisir à ces albums cartonnés, de lecture facile, agréable, formatrice.* * * La Tortue de Pierrot.Montréal, Variétés [cl944].32p.ill.27.5cm.$0.20 ($0.25 par la poste).J82-3 Premier album d’une nouvelle série de contes.Récit amusant et de style alerte.Illustrations magnifiques.Les enfants dévoreront cet album dont, hélas, l’auteur ne nous est pas connu.R.L.44 LECTURES Cappe (Jeanne).Les Cygnes sauvages, et autres contes d’Andersen, présentés et racontés par Jeanne Cappe.Illustrés par H.Schaeffer.[Tournai et Paris] Casterman [cl945].31p.ill.31cm.(Coll.les Albums de l’âge d’or) $2.25 ($2.35 par la poste).J84-3 Cappe (Jeanne).La Petite Fille aux allumettes, et autres contes d’Andersen, présentés et racontés par Jeanne Cappe.Illustrés par Jean-Léon Huens.Tournai et Paris, Casterman, [cl945].31p.ill.31cm.(Coll, les Albums de l’âge d’or) $2.25 ($2.35 par la poste).J84-3 Deux volumes de la collection les Albums de l’âge d’or présentés par Jeanne Cappe.Ces contes ont le don de laisser à l’imagination de l’enfant le soin d’enjoliver la conclusion qui, parfois, ne sera que suggérée.En tout, huit contes variés par leurs leçons et leur genre, quoique tous teintés d’une pointe de mélancolie.Un conte est particulièrement attachant : le Vilain petit canard « dont tout le monde se moque » mais qui, devenu cygne, ne gardera pas rancune des coups de bec de ses frères.La présentation et l’illustration sont très soignées, surtout dans le second album où les dessins de Jean-Léon Huens respirent candeur et humour.Gilles LAVOIE Chrésal (Bernard).Cap au large.Roman.Paris, les Editions Ouvrières.174p.19cm.J84-3 Roman captivant de la première à la dernière page.Récit d un homme injustement condamné à la détention perpétuelle et décidé à reconquérir sa liberté.Courage du héros qui ne se laisse abattre par aucun obstacle.Punition du coupable et réhabilitation complète du bagnard.Invraisemblances trop grandes qui n’enlèvent rien cependant à ce livre bien vivant.Roland GERMAIN Dardennes (Rose).Claudie, petite fille claire.Averbode, Bonne Presse.116p.ill.20.5cm.J84-3 Brochure pour les enfants de sept à onze ou douze ans, magnifiquement imprimée et ornée de quelques illustrations.C’est l’histoire d’une petite fille perdue quelque part en région occupée pendant la poussée allemande, et qui conquiert par ses bonnes FEVRIER 1948 45 manières, son excellente conduite, ses principes fermes, tous ceux qui viennent en contact avec elle.Rien de compliqué dans tout ce récit, qui nous offre un tableau des perturbations qu’eurent alors à subir les familles, une description aussi de leur éparpillement tragique.L’auteur sait écrire pour les enfants, ce qui est tout un art.Comme dans tous les récits de ce genre, la fillette, modèle en tous points, retrouve sa maman et la joie resplendit.Tous les envahis de Belgique, de Hollande, de France ou de Pologne n’ont pas connu, hélas, un si heureux sort.Les éducateurs religieux et laïques, les parents qui désirent procurer de saines lectures à leurs enfants auront là une plaquette d’un ton neuf, d’un genre nouveau, un message porté par une phrase franche, vivante, ailée.R.L.Noel (André).Châteaux en Auvergne.Quarante-cinq illustrations et plans de Pierre Watrin.Paris, Editions de l’Amitié [cl944].206p.ill.18.5cm.(Coll.Heures joyeuses).J84-3 Deux scouts partent à la conquête de leur «brevet d’explorateur ».Leur excursion les conduit dans le château de Com-beneyre.Un mystère enveloppe les hôtes, particulièrement Edith.Des recherches poussées en d'autres châteaux les mènent dans plusieurs aventures qui leur dévoilent le mystère.Us reviennent à Combeneyre où ils délivrent Edith, riche héritière qu’on réservait à une mort imminente.L’enfant de 10 à 15 ans, à qui le livre est destiné, est friand d’action mouvementée.Ici, malheureusement, les faits sont trop simplement énumérés.Par contre, l’intrigue intéressante rachète en partie cette faiblesse.Gilles LAVOIE * * * Paf A pouf et.la bande à Chico.[Paris] Bonne Presse [1947].77p.ill.16x19cm.J84-3 Paf à Pouf, détective fera l’admiration et la joie de ceux qui aiment les illustrations américaines.C’est français de texte mais c’est américain de formule.Illustrations naïves.Une caractéristique intéressante de ces petits albums, c’est de porter quatre vignettes par page, avec légendes les expliquant Ceux qui n’aiment pas lire mais qui dévorent les « comics » trouveront cependant là auelque chose de beaucoup mieux que ce qu’ils absorbent quotidiennement.On sera étonné de voir comme cet album intéressera les jeunes et de moins jeunes! C’est par opposition aux publications américaines du même genre que nous 46 LECTURES faisons ici l’éloge de ce petit album où les aventures de Pat’ à Pouf sont narrées.R.L.Tempest (Bernard de).Le Château du mystère.Roman.111.de Pierre Decomble.Paris, Lanore, 1947.218 p.ill.19.5cm.(Coll.Scoutisme) $1.75 ($1.85 par la poste).J84-3 Le Château du mystère de Bernard de Tempest appartient à la collection Scoutisme.C’est donc une histoire scoute, dont les acteurs sont bien vivants, sympathiques, remplis de débrouillardise.Un scout, qui n’a pas l’esprit du mouvement ou qui, du moins, l’a insuffisamment, est amené à s’amender.Au moment où l’on s’y attend le moins, il s’avère un débrouillard, un jeune garçon énergique et même éveillé à l’esprit de sacrifice.Comme de nombreux ouvrages du même rayon, tel est le sommet d’un récit comme le Château du mystère.Pour éviter les pièges qui guettent tout adulte qui entreprend de juger la littérature des jeunes, j’ai soumis le livre à mes enfants et j'ai attendu les réflexions de mon garçon (12 ans) et de mes fillettes (14 et 11 ans).Tous les trois m’ont déclaré à l’unanimité que l’histoire était invraisemblable.En effet, cette délivrance d’un prince de sang royal, plus ou moins prisonnier, apparaît hors d’époque, et mes petits me l’ont souligné d’eux-mêmes.C’est ce qui prouve une fois de plus que pour écrire des ouvrages pour enfants, il faut se garder de l’invraisemblable à moins que l’on écrive des contes de fées, sinon les petits lecteurs à qui ces volumes sont destinés les mettront de côté avec dédain.Il serait par ailleurs regrettable qu’un ouvrage comme celui de de Tempest, bien vivant, de récit alerte, de ton agréable, ne trouve pas sa récompense par de nombreux lecteurs.L’ouvrage est illustré de façon réaliste, et ces illustrations ajoutent à l’intelligence du sujet déjà mise en relief avec le sens pédagogique qui caractérise les œuvres scoutes.Nos enfants ne liront jamais trop de ces récits.Si on ne veut pas qu’ils prennent goût aux lectures douteuses, si l’on souhaite qu’ils aient de l’initiative, de l’audace, de l’esprit de dévouement, le sens de la solidarité, il importe que des ouvrages comme ceux de la collection Scoutisme soient mis entre leurs mains.R.L.Trilby (T.).La Petite Maréchale.III.de Manon Iessel.Paris, Flammarion Tcl945].187p.ill.18cm.(Coll.Pour les Jeunes) $1.00 ($1.10 par la poste).J84-3 Dans la même collection, et au même prix: FEVRIER 1948 47 Coco de France.160p.Madame Carabosse.159p.Le Grand Monsieur Poucet.155p.Trilby sait conduire une intrigue avec finesse, psychologie et humour; chacun de ses récits évoque des frimousses tantôt espiègles et gentilles, tantôt fantasques et détestables, mais toujours intéressantes.Miss Liliane Mac-Necker, surnommée la Petite Maréchale, est une fillette de treize ans, élevée par son grand-père qui est gouverneur de Hle Floréal, dans le Pacifique.C’est une enfant gâtée qui n’a qu’à commander pour que tous se soumettent à ses exigences despotiques.Mais, voici que son grand-père meurt, et la petite fille doit quitter son île de beauté, de soleil et de lumière, abandonner son palais pour aller vivre à Paris, chez sa mère, qui tient une boutique de Librairie-Mercerie.La petite égoïste saura-t-elle rendre sa maman heureuse?C'est le secret de ces pages.Coco de France est l’histoire d’un petit Français espiègle et rieur, qui, lors d’une révolution au château du grand-duché de Brandellhys, réussit à sauver la vie de la grande duchesse Béatrice et de son petit frère Nick, le prince héritier.Pour le remercier de sa belle action, le grand-duc aidera Coco à se faire prêtre.Le château de La Vrillère est situé dans la Sologne, au milieu de terres immenses et de forêts magnifiques.Mme de la Vrillère, surnommée Madame Carabosse, aidée de ses filles Marthe et Marie, s’occupe de l’exploitation des terres.L'arrivée du petit Michou changera complètement le caractère dur et froid de la douairière.Le Grand Monsieur Poucet nous présente un petit garçon de onze ans qui a un coeur sensible et aimant.A la mort de son père, il ne veut pas quitter sa maman pour aller habiter chez ses grands-parents avec ses frères.Le Grand Monsieur Poucet réussit à réconcilier son grand-père et sa maman, et deviendra un chimiste renommé.Les illustrations sont ravissantes.Claudette FRANCE c4ccuâéâ de xêception Les publications mentionnées sous cette rubrique sont irréprochables au point de vue moral.*** L’Action catholique italienn.Nouveau statut, précédé d’une lettre de S.S.Pie XII.Montréal, l’Ecole Sociale Populaire, mai 1947.32p.20cm.(Tract no 400) $0.15 ($0.18 par la poste).Archambault (Joseph-P.), s.j.Le Logement populaire, problème capital.Montréal, l’Ecole Sociale Populaire, février 1947.31p.20cm.(Tract no 397) $0.15 ($0.18 par la poste).Audet (Louis-Philippe).Le Centenaire du système scolaire de la province de Québec.[Québec, Faculté des Sciences sociales de l’Université Laval] 1947.&3p.18.5cm.(Cahiers du Service extérieur d’éducation sociale, vol.4, no 8) $0.15 ($0.18 par la poste).* * * Le Communisme à la conquête du monde : en Russie, en Europe, au Canada.Montréal, l’Ecole Sociale Populaire, avril 1947.32p.20cm.(Tract no 399) $0.15 ($0.18 par la poste).Delcuve (R.P.), s.j.Les Mouvements catholiques de jeunesse en Belgique et en France.Regards sur leur évolution depuis 1940.Physionomie actuelle.Montréal, l’Ecole Sociale Populaire, juin 1947.31p.20cm.(Tract no 401) $0.15 ($0.18 par la poste).Emond (Pacifique), o.f.m.Questions d’éducation.Montréal, l’Ecole Sociale Populaire, mars 1947.29p.20cm.(Tract no 398) $0.15 ($0.18 par la poste).E.S.P.L’U.R.SS., terre d’oppression.Montréal, l’Œuvre des Tracts, juin 1947.16p.19cm.(Tract no 336) $0.10 ($0.12 par la poste).Fagret (Pierre-Louis).Jean Lesimple.Un militant de la J.O.C.Paris, les Editions Ouvrières [1947].46p.front.18.bcm.Faucher (Albert).Histoire économique et unité canadienne.[Québec, Faculté des Sciences sociales de l’Université Laval] 1946.36p.19cm.(Cahiers du Service extérieur d’Education sociale, vol.4, no 5) $0.15 ($0.18 par la poste).Hayen (A.), s.j.Le Désintéressement de l’Action catholique.Extrait de la « Nouvelle Revue Théologique », mai-juin 1945.Bruxelles, Centre international d’Etudes de la formation religieuse [1946].26p.16cm.FEVRIER 1948 49 Héroux (O.), Groulx (Chan.) et Fréchette (L.-A.).I Monseigneur Philippe Perrier.Montréal, l’Œuvre des Tracts, I mai 1947.15p.19cm.(Tract no 335) $0.10 ($0.12 par la poste).'! Lacordaire (Henri), o.p.I La Miséricorde.[Montréal] Fides, juin 1947.31p.17cm.(Les Grands Auteurs spirituels, tract no 26) $0.10 ($0.12 par la poste).Lacordaire (Père).Sainte Marie-Madeleine.Paris, Albin Michel [1947].45p.18cm.(Coll.Pages catholiques).L’Archevêque (Jean), s.j.Saint Bernardin Réalino, de la Compagnie de Jésus, 1530-1616.Montréal, l’Œuvre des Tracts, juillet 1947.16p.19cm.(Tract no 337) $0.10 ($0.12 par la poste).Las Cases (Philippe de).La Chrétienté au secours de la civilisation.Paris, Spes [1947].63p.18cm.Martin (Jean-Marie).Notre Place dans Y économie canadienne.[Québec, Faculté des Sciences sociales de l’Université Laval] 1947.35p.18.5cm.(Cahiers du Service extérieur d'Education sociale, voL 4, no 7) $0.15 ($0.18 par la poste).^ Michon (Roger).Pourquoi la croix du Christ?Paris, Bonne Presse [1946].30p.16cm.(ColL Pourquoi».?).Michon (Roger).Pourquoi sommes-nous fils de Dieu?Paris, Bonne Presse [1946].31p.16cm.(ColL Pourquoi».?).Patry (André).Les Eléments de la politique étrangère du Canada.[Québec, Faculté des Sciences sociales de l’Université Laval] 1947.24p.18.5cm.(Cahiers du Service extérieur d’éducation sociale, voL 4, no 9) $0.15 ($0.18 par la poste).Péloquin (Bonaventure), o.f.m.Catéchisme du civisme chrétien.III : Qualifications de l’élu.Mandat et compétence.Montréal, l’Ecole Sociale Populaire, juillet 1947.31p.20cm.(Tract no 402) $0.15 ($0.18 par la poste).Poulin (Gonzalve), o.f.m.Le Service social dans la cité.[Québec, Faculté des Sciences sociales] 1947.22p.18.5cm.(Cahiers du Service extérieur d’Edu-cation sociale, vol.4, no 10) $0.15 ($0.18 par la poste).50 LECTURES dsfivueô REVUES FRANÇAISES * * ?L’Anneau d’or.Revue internationale de spiritualité familiale [paraît tous les deux mois].Paris, Editions du Feu nouveau (9, rue Gustave Flaubert).56p.24.5cm.Directeur: Abbé Henri Caffarel.Nos 15-16.Mai-août 1947.L’Anneau d’or a déjà publié deux numéros spéciaux : le Mystère de famour et le Père.Comme le dit l’introduction de ce nouveau cahier, intitulé Amour et Souffrance, on a voulu d’abord rechercher la pensée divine sur l’amour et la paternité; on aborde maintenant les inévitables souffrances de la vie familiale.Après deux articles bien approfondis sur l’ensemble de la question, dans lesquels Jean Massin expose le Scandale de la croix et le R.P.A.-M.Carré, o.p., démontre qu’il faut croire au bonheur, ce numéro comprend trois parties : 1) Souffrances des foyers unis, 2) Tu enfanteras dans la douleur et 3) Foyers désunis.Disons immédiatement que les exposés de cette dernière division ne nous donnent pas la même satisfaction, pour des raisons bien compréhensibles: les époux qui n’ont pas vu la désunion s’installer à leur foyer préfèrent les textes qui aident à monter toujours plus haut dans leur vie conjugale et familiale.Il ne faudrait donc pas conclure d’une telle restriction que nous apprécions moins les intentions des directeurs de la revue; nous leur sommes au contraire bien reconnaissants de répandre des idées qui aideront les couples heureux à apprécier davantage leur bonheur, à mieux comprendre les ménages en désaccord, et qui même les inciteront à travailler discrètement à la pacification des foyers désunis.Nous soulignons simplement ici ceux des articles (il y en a vingt-trois) qui nous ont paiu les plus remarquables.Roger Pons, dans les Souffrances du foyer heureux, sait très bien indiquer les dangers qui menacent les époux, en particulier l’égoïsme.Dans la Maladie, André et Françoise Trannoy montrent que cette épreuve est salutaire quand les conjoints comprennent qu elle € complète dans notre chair, une seule chair », ce qui manque à la Passion du Christ qui a livré sa Chair à Lui pour •e salut du monde ».La Vieillesse de Jacques Madaule est une lumineuse étude : elle permet de constater la présence paternelle de Dieu, qui sait veiller sur tous ses enfants, quel que soit leur âge.FEVRIER 1948 61 Jeanne Leprince-Ringuet touche un problème primordial de la vie conjugale: l'Ascèse au Foyer; après avoir montré en quoi consiste pour les époux la pratique de l’esprit de pauvreté, de1 ! chasteté et d’obéissance, elle oriente les lecteurs vers la vie « en famille » dans cet esprit.Il ne nous est pas souvent donné de lire des pages aussi édifiantes sur le passage de la mort à la vie étemelle que celles développées dans Mort d'un chrétien et dont l’auteur reste malheureusement inconnu.Ces notes écrites au jour le jour rayonnent la paix et la joie chrétiennes.Il s’agit d’un jeune couple débordant de vie ; avec leurs deux enfants, ils corn mencent à réaliser le projet caressé depuis toujours de s’établir à la campagne, sur un domaine destiné à devenir à la fois une maison fraternelle d’accueil et un foyer de chrétienté ardente.Mais le mari tombe malade; pendant des mois, il supporte courageusement des douleurs atroces.Hélas, le mal est incurable, bientôt il s’éteint avec une sérénité de prédestiné.Sa jeune veuve est non moins émouvante dans l’épreuve.Oui, les foyers fidèles aux grâces du sacrement de mariage peuvent devenir des pépinières de saints authentiques! Michel Dupouey nous trace, dans Présence de ma mère, un portrait bien touchant de celle qui fut la compagne bien-aimée de l’admirable lieutenant de vaisseau Pierre Dupouey.Paul et Marie-Louise Mace traitent un sujet douloureux: Un foyer sans enfants; ils savent soulever un peu le voile des desseins providentiels sur le mystère déconcertant des couples ^ qui « adorent » les enfants et n’en ont pas ; avec une foi très grande, ils indiquent comment faire servir cette épreuve à la plus grande gloire de Dieu.Au cours des articles suivants, on explique d’abord la psychologie des foyers désunis, puis on montre la différence entre les désaccords d’ordre spirituel et ceux d’ordre strictement ln- i tellectuel; on illustre ces différents cas de mésentente par l’analyse de deux romans : Madame Bovary de Gustave Flaubert et le Noeud de Vipères de François Mauriac.Les dernières pages de la revue contiennent des recensions intéressantes qui orienteront les époux désireux de bien choisir leurs lectures.Un supplément de huit pages attirera l'attention de ceux qui veulent étudier « certaines questions qui relèvent autant de la médecine que de la morale » ; ce texte est présenté intentionnellement sur des feuilles séparées afin que tous puissent profiter du présent numéro de l’Anneau d’or.Simone et Roland GERMAIN Cahiers Laënnec.Revue médicale de technique et de doctrine, paraissant 4 fois par an.Paris, Lethielleux ( 10 rue Cassette).48p.23cm.52 LECTURES On sait le succès remporté, avant la guerre, dans les milieux spécialisés, par les célèbres Cahiers Laënnec.Nombre de ceux-ci, ouvrant la voie aux discussions des théologiens, des médecins, des éducateurs, avaient posé des problèmes de morale médicale qui étaient alors très nouveaux et qui firent en ce temps-là sensation.La guerre interrompit la série de ces fascicules, mais depuis 1946, les Cahiers ont repris leur publication avec une vie nouvelle et des équipes rajeunies : c’est dire que l’effort commencé avant la guerre, non seulement se continue, mais s’approfondit et s’intensifie.Il nous semble que de telles publications ne peuvent laisser indifférent aucun de ceux qui, par goût, par vocation ou par devoir, s’intéressent aux nombreux problèmes que soulèvent la morale sexuelle, la déontologie médicale, l’éducation de la pureté et d’une façon générale tous les grands problèmes que pose aux éducateurs de 1947, la vie si complexe, si trouble et si déprimante du XXa siècle.Ce que sont les « Cahiers Laënnec »» • Les Cahiers Laënnec sont officiellement l’Organe du centre de recherches et de déontologie médicale du Mouvement international des Intellectuels catholiques.Il s’agit, plus simplement, d’une revue de morale professionnelle médicale, sous le contrôle des RR.PP.Jésuites de la rue d’Assas (Paris), et sous le patronage de la société médicale : les Amis de Laënnec.En fait, ils contiennent et répandent les résultats des forums, des conférences qui mettent aux prises professeurs, théologiens et étudiants du célèbre Cercle Laënnec de Paris.Leur but Le but d’une telle revue n’est pas d’aborder toutes les questions médicales (il y a pour cela les revues techniques), mais uniquement celles qui présentent un intérêt largement humain et susceptibles de passionner le philosophe, le sociologue, l’éducateur, l’infirmier, le directeur de conscience.Les problèmes professionnels des médecins, leurs cas de conscience parfois si dramatiques sont étudiés et résolus d’un point de vue très élargi, qui n’est pas exclusivement celui du médecin, mais encore celui de l’homme, du chrétien.Les Cahiers Laënnec s’efforcent également de traiter à fond et avec clarté maints problèmes délie its, que d’autres revues excellentes ne peuvent aborder avec la liberté et la précision nécessaire à une revue médicale.Par une revue des activités internationales, les Cahiers prétendent enfin donner une idée des tendances et des réalisations du Mouvement des Intellectuels catholiques affilié à Pax Fo-mansL FEVRIER 1948 53 Un aperçu de quelques numéros Le Cahier no 3 (octobre 1946), sur Y Avortement thérapeu- » tique, fait le point sur ce grave problème, car les indications scientifiques ont évolué depuis trente ans.Le professeur Portes, président de l’Ordre des Médecins français, expose les limites actuelles de l’avortement thérapeutique.Maître Fontaine, conseiller juridique, montre l’évolution du délit d’avortement.Le Chanoine Tiberghien expose comment l’Eglise, qui a l’air de sacrifier des vies à la rigueur des principes, travaille en définitive pour la Vie.Le docteur Monsaingeon montre aux étudiants et aux médecins quelle attitude pratique ils doivent avoir en face de la femme qui vient de se faire avorter : ni dupe, ni complice, ni moralisateur.Le Cahier no 4 (décembre 1946), sur la Mort, n’est pas moins riche.L’attitude indifférente de nombre de nos concitoyens en face de la mort n’est-elle pas l’expression d’une conception matérialiste de la vie?Un jeune docteur des hôpitaux exprime le scandale de trop de morts à l’hôpital.Un philosophe chrétien nous montre comment la mort est l’acte suprême, dans un corps qui se défait, d’un esprit qui s’affirme et qui s’oriente définitivement Ceux qui approchent le mourant (le Prêtre, par le R.P.Diffiné; le Médecin, par le Dr Okinczyc ; le Notaire, par André Thyron) doivent avoir une attitude en harmonie avec leur foi.Enfin, un problème d’abord médical, mais important pour l’administration des sacrements, est traité sous ce titre : Quel est le moment de la mort réelle?Le Cahier no 2 (1947) est consacré aux Etats intersexuels.Ce cahier comme le suivant, est réservé aux lecteurs vraiment avertis.Il pourrait être dangereux de le laisser traîner, car ses articles, donnés d’abord comme conférences aux médecins, ont conservé leur forme directe et un peu crue.Certes, la matière (l’homosexualité) est délicate.On a souvent préféré se taire ou passer outre.Pourtant ceux qui ont la charge de guérir et de former ne peuvent en prendre si facilement leur parti.En fait, faut-il retrancher du monde moral ces êtres à la dérive?Peut-on leur redonner un équilibre humain sur lequel s’épanouira une vie morale et religieuse authentique ?Dans des articles intitulés : le Mariage des hermaphrodites (Professeur Ombredanne et notes théologiques du Père Tesson), les Problèmes de la morale sexuelle (Professeur Jean Lhermite), le Psychiatre en face de l’homosexuel (Dr Le Moal), on essaie d’indiquer des solutions, on montre des pistes à suivre.Dans le Cahier no 3 (1947), consacré aux Problèmes intersexuels (2* série), on peut lire la suite du numéro précédent On y relève des articles profondément pensés qui feront réfléchir plus d’un éducateur.Citons : Sexuality et Individual Psychology, Psychanalyse littéraire: de Platon à Gide (dans lequel un professeur 54 LECTURES d’université approfondit un aspect très spécial de l’histoire de la littérature : l’art dans ses rapports avec l’intersexualité).Cependant, l’article le plus important de ce Cahier est certainement celui du R.P.Larère, s.j.: Passage de l'ange à Sodome, où le Révérend Père étudie la direction des adolescents et tous les problèmes concernant le redressement des pervertis.N’oublions pas également de citer un petit fascicule intitulé : Direction et problèmes sexuels de l’adolescentJ.C’est un article tiré à part d’un ancien Cahier et qui a été réédité sur la demande d’un grand nombre d’éducateurs.Ce texte est précieux pour les confesseurs.Paul GA Y, c.s.sp., Président du Service de Presse de l’Université d’Ottawa.REVUES CANADIENNES ?* * Vie Française.Revue mensuelle du Comité de la Survivance française en Amérique.Québec, l’Université Lavai 64p.19.5cm.Directeur : Abbé Paul-E.Gosselin.Vol.2, no 4.Décembre 1947.Sous le signe de la feuille d’érable et de la fleur de lis, Vie Française reflète l’esprit dynamique de son actif directeur, M.l’abbé Paul-Emile Gosselin.Cette revue qui ne compte pas deux ans d’âge a pour devise : « Conservons notre héritage français ».Il n’est que de parcourir le sommaire du présent numéro pour constater que Vie Française comble tous les espoirs qui naissent en nous devant une publication aussi prometteuse.Voyons rapidement ce sommaire.Son Excellence Mgr M.-A.Roy, o.f.m., évêque d’Edmundston, nous présente de graves considérations Sur la désertion des campagnes; Monsieur Jean Houpert, D.L., professeur à l’Université de Montréal et Maître ès arts de l’Université de l’Illinois, nous donne un travail très documenté, écrit en une langue châtiée, sur les Etablissements français des Illinois; le R.F.Antoine Bernard, c.s.v., dont on connaît bien l’érudition et la manière sereine et très classique d’exposer ses idées, signe deux articles inspirés de l'Acadie, sa patrie : le Centenaire d’Evangéîine, célébré le 30 octobre 1947, à Cambridge, près de Boston, et la Renaissance acadienne, où il nous entretient de ce monument de la Reconnaissance du peuple acadien envers Notre-Dame de l’Assomption qu’est la cathédrale de Moncton; M.J.-C.Bourque nous prouve que Sur 1 *** Direction et problèmes sexuels de l’adolesceiit.Paris, Le-thielleux [1946].31p.18cm.(Centre d'Etudes Laënnec).FEVRIER 1948 65 le Front national en Acadie, il faut toujours être à l’attaque; puis M.Albert Faucher, jeune professeur de l’Université Laval, poursuit sa sympathique étude sur Alphonse Desjardins, fondateur des ‘ Caisses Populaires.Signalons encore les articles de Candide, du Veilleur, des Equipiers de St-Michel, et surtout le Livre du Mois, où M.Maurice Lebel présente une belle étude critique sur le dernier livre de Mgr Olivier Maurault, p.s.s., Par voies et par chemins de l’Air.Vie Française, publication remarquable, de saine inspiration patriotique, est un symbole et un gage de fidélité.Elie GOULET ©XG Simplifiez vos affaires, économisez votre temps et votre argent! Confiez TOUS vos abonnements à TOUTES publications périodiques du CANADA et de l'ÉTRANGER au 'SeHoit'SevUl service général d'abonnement Wpvwvv PCFtCv 777, avenue Stuart, Outremont, MONTRÉAL-8, Canada Listes adressées gratuitement sur demande.56 LECTURES BIBLIOTHECA JÇa vie de £cA.C.£.C.Hommage du conseil de l’Association à son président Le 11 décembre, au salon rouge du Cercle Universitaire, le conseil de l’Association offrait un dîner à son président, le R.P.Paul-A.Martin, c.s.c., à l’occasion du doctorat honorifique en bibliothéconomie et en bibliographie que venait de lui conférer l’Université de Montréal.Le dîner, présidé par M.Raymond Tanghe, premier vice-président de l’Association, réunissait les membres du Conseil et un certain nombre d’invités.A l’issue du repas, des allocutions furent prononcées.M.Raymond Tanghe, au nom de l’Association, rendit hommage à l’hôte d’honneur et mit en lumière le rôle prépondérant qu’il joua dans la fondation de notre groupement et le dévouement qu’il déploie généreusement à sa direction.Le R.P.Emile Deguire, c.s.c., directeur-adjoint de l’Ecole de Bibliothécaires et président du Conseil d’administration des Editions Fides, offrit ensuite au R.P.Martin les félicitations de ces deux organismes, à l’administration desquels notre Président consacre la majeure partie de son temps.L’orateur, à titre d’ancien supérieur, rappela aussi les brillantes études du R.P.Martin et souligna les œuvres nombreuses auxquelles il s’intéresse.Le R.P.Martin répondit en termes choisis à ces différents témoignages d’estime et remercia cha-leusement les organisateurs et les personnes présentes à cette charmante réunion, sans oublier ceux qui ne pouvant y assister avaient eu la délicate pensée de lui offrir leurs bons souhaits par écrit.Il termina en retraçant le chemin déjà parcouru par l’A.C.B.C.et formula le vœu qu’aidée de la divine Providence, notre Association puisse avec la collaboration de ses officiers, continuer à jouer un rôle de premier plan dans le domaine des bibliothèques.Le secrétaire, appelé à dire quelques mots à titre d’organisateur du dîner, donna lecture des communications de ceux qui ne pouvaient assister à la fête.Il se fit ensuite l'interprète du Conseil pour saluer la présence de M.Joseph Brunet, directeur des cours de l’Ecole de Bibliothécaires, à qui l’Université a conféré en même temps qu’au R.P.Martin un doctorat honorifique en bibliothéconomie et en bibliographie.Enfin, profitant de l’occasion, il pria le R.P.Deguire, de recevoir les remerciements de l’Association pour les nombreux services que Fides lui a rendus.Cette manifestation d’estime eut des échos dans les quotidiens de Montréal, de Québec et d’Ottawa.Une photographie fut publiée; on y remarque les convives suivants: M.Raymond Tanghe, bibliothécaire de l’Université de Montréal et président du dîner; le R.P.Paul-A.Martin, c.s.c., président de l’A.C.B.C.et hôte d’honneur; le R.P.Emile Deguire, c.s.c., directeur-adjoint de l’Ecole de Bibliothécaires et président du Conseil d’administration des Editions Fides; M.Léo-Paul Desrosiers, conservateur de la Bibliothèque municipale; M.Joseph Brunet, directeur des cours de l’Ecole de Bibliothécaires; Mlle M.-Claire Daveluy, directrice-adjointe de l’Ecole de Bibliothécaires; FEVRIER 1948 57 M.William Milette, secrétaire de l’Association; M.l’abbé Irénée Sauvé, p.s.s., bibliothécaire au Grand Séminaire, le R.P.Roméo Boileau, c.s.c., et M.Benoît Baril, conseillers de l’Association; le R.P.André Cordeau, c.s.c., directeur-adjoint de Fides; le R.F.Placide Vermandere, c.s.c., membre du bureau d’édition de Fides; Mlle Cécile Martin, rédactrice de Mes Fichet j et Mlle Cécile Lavoie, chef du secrétariat de l’Ecole de Bibliothécaires.William MILETTE, secrétaire de l’A.CJi.C.* * La bibliothèque Saint-Jean-Baptiste M.J.-A.Brunet, directeur des bibliothèques scolaires de la Commission des Ecoles Catholiques de Montréal, a publié dans le numéro de septembre 1947 de l'Ecole canadienne (p.60) un article sur la Bibliothèque Saint - Jean - Baptiste, bibliothèque pour les jeunes qui a été ouverte il y a quelques années à Montréal et qui, à la différence des autres bibliothèques scolaires de la Commission des Ecoles Catholique, s’adresse non seulement aux jeunes d’une école, mais à tous les élèves des paroisses environnantes.Nous extrayons de cet article les renseignements suivants: « La bibliothèque Saint-Jean-Baptiste 1 possède actuellement environ 7000 volumes, français et anglais.Une trentaine de revues, des deux langues, complète la collection.Celle-ci est formée d’ouvrages de tous genres biographies, récits de voyages, ouvrages de vulgarisation scientifique, livres récréatifs.Quelques encyclopédies, des dictionnaires, des atlas, fournissent aux clients les renseignements nécessaires à leurs études.Les plus jeunes y trouvent une grande variété d’albums illustrés et d’histoires adaptées à leur âge.Confiée à la garde de deux bibliothécaires diplômées 2, la bibliothèque est pourvue de deux salles claires et gaies où les enfanta peuvent lire à loisir en dehors des heures de classe.Elle est ouverte, toute l’année, de 11 h.a.m.à 1 h.30 p.m.et de 3 h.30 p.m.à 6 h.30 p.m., les lundi, mardi, jeudi et vendredi.Pendant la période où l’étude est en vigueur, la bibliothèque ferme à 6 h.seulement.Le samedi, les élèves y ont accès de 9 h.a.m.à 4 h.p.m.Elle est fermée, toute la journée, le mercredi.Tous les enfants qui fréquentent les écoles de la Commission ^ peuvent s’y inscrire.Ce privilège est gratuit, et donne le droit d’emporter des livres à domicile et de lire à la bibliothèque.Environ 2,400 enfants ont tenu jusqu’à date3 à se prévaloir de cet avantage.Us viennent de partout, quelquefois de très loin.» Nous apprenons, par ailleurs, que durant l’année 1946-47, environ 900 écoliers ont fréquenté régulièrement la bibliothèque Saint-Jean-Baptiste et que la circulation totale des volumes s’est élevée à plus de 20,000, soit 23 volumes, en moyenne, par lecteur.F.G.1 Cette bibliothèque est située au no 4288 de la rue Henri-Julien, à Montréal.2 Mlles Alvine Bélisle et Juanita Toupin.3 i.e.depuis trois ans.68 LECTURES cA tiavetâ leâ xevueô de bibliothéconomie Library Journal (15 septembre 1947) A signaler dans ce numéro l’article de Lauretta G.McCusker, intitulé : Public Libraries can serve parochial schools.Mlle McCusker expose le cas des écoles paroissiales qui n’ont pas les moyens financiers d’organiser leur propre bibliothèque.Les bibliothèques publiques peuvent alors leur rendre de grands services à condition cependant que les bibliothécaires soient au courant de ce qui convient à de jeunes catholiques.Il ne s’agit pas de connaître simplement les livres religieux, mais tous les bons livres, c’est-à-dire ceux qui sont conformes aux principes enseignés dans la religion catholique.Pour aider les bibliothécaires qui auront à faire face à cette situation, Mlle McCusker énonce les lois générales de l’Index et termine son article par une bibliographie donnant les principales sources à consulter pour connaître la valeur morale des ouvrages de langue anglaise.Inutile de dire que cette nomenclature sera très utile aux catholiques eux-mêmes.Ontario Library Review and Canadian Periodical Index (nov.’47) « Les livres circulent » en Ontario.C’est ce que nous démontre Angus Mowat en nous racontant l’expérience de la Huron County Library qui visite avec sa camionnette les bibliothèques environnantes, faisant un échange de livres tous les trois mois.M.Mowat nous donne plusieurs détails concernant le fonctionnement pratique d’une bibliothèque circulante.Il remarque qu’à date, en Ontario, il n’existe que ce véhicule qui fasse le service local des livres, et souhaite que l’exemple soit suivi dans les autre comtés.En supplément, The Ontario Library Review publie annuellement The Canadian Catalogue of Books published in Canada [«.].Le Catalogue des ouvrages imprimés en 1946 retiendra, comme les précédents, l’attention des bibliothécaires.Wilson Library Bulletin (décembre 1947) Une réalisation intéressante dans le domaine de l’éducation populaire par le livre constitue le sujet de quatre articles de ce numéro.Il s’agit de la Great Books Foundation, organisation née à Chicago, qui a pour but essentiellement de faire lire au public des œuvres célèbres et d’en discuter ensuite en groupe sous la direction de deux leaders.Les réunions ont lieu deux fois par mois.Un programme gradué de lectures est établi, de façon uniforme.Remarquons à ce sujet que si le choix des ouvrages est parfois judicieux, il est des œuvres au programme qui sont condamnées par l’Eglise, donc qui ne conviennent pas à des catholiques.L’idée de cette institution est cependant très louable puisqu’elle vise à augmenter chez tous la capacité de lire de façon profitable, d’écouter les autres et d’exprimer aisément ses opinions.Cécile MARTIN FEVRIER 1948 59 JÇe Courtiet deâ (Bibliothèqueà Si le local s’y prête, est-il préférable que le public accède aux rayons, dans une bibliothèque paroissiale?Sauf dans le cas de bibliothèques très importantes, il est toujours préférable que le lecteur ait accès aux rayons et choisisse lui-même ses volumes.L’abonné peut s’attarder tout à son aise sans crainte de déranger le préposé aux livres.Cette façon de procéder simplifie le travail du bibliothécaire sans diminuer son rôle de conseiller et d’animateur.Dans ce cas, il importe que la classification par sujets (décimale ou autre) soit adoptée afin que le lecteur s’oriente facilement.Le catalogue d’auteurs, titres et sujets permet de retrouver la cote de chaque volume et par conséquent sa place sur les rayons.Doit-on acheter deux fois le même titre si celui-ci est populaire de préférence à deux titres différents?Il vaut mieux « doubler • un volume populaire que d’acheter deux livres différents.S’il s’agit d’un roman, il convient cependant d’être plus prudent et d’attendre que la demande soit assez forte car sa vogue passera plus rapidement que celle d’un livre d’histoire ou d’éducation.Où doit-on classer un volume qui traite de deux sujets différents, mais en rapport tun avec l’autre?Dans la classification décimale (adaptation de l’Institut International de Bibliographie de Bruxelles) le symbole (:) placé entre deux indices signifie que le premier sujet est traité en relation avec le second.Ex.: 17:7 veut dire: la morale naturelle dans ses rapports avec l’art Dans le cas d’autres méthodes de classification qui n’utilisent pas ce symbole, on classe le volume selon le sujet qui prédomine.Des fiches analytiques tiendront compte des matières négligées par la classification.Y a-t-il inconvénient à ce que le coin réservé aux enfants fasse partie de la bibliothèque des adultes?L’expérience prouve que les enfants préfèrent fréquenter une bibliothèque bien à eux.Si, dans une paroisse, on ne peut organiser la bibliothèque enfantine dans un local spécial, il est certainement possible de l’isoler un peu et de l’aménager d’une façon attrayante.Il serait heureux qu’une personne s’occupât spécialement des enfants.Les heures d’ouverture de la bibliothèque des jeunes pourraient différer de celles de la bibliothèque des adultes.Yolande CLOUTIER 1 Nous répondrons avec plaisir, dans ce Courrier, aux questions qu’on voudra nous poser au sujet des bibliothèques.60 LECTURES Cââai d’un code de claââemenl en langue ItançaUe Du classement des vedettes dans un catalogue, un index, etc.PREMIÈRE PARTIE Définition — Ordre du classement ¦ 1.Définition.On entend par classement des fiches, leur intercalation, selon certaines règles et coutumes, dans les divers catalogues de la Bibliothèque : officiel, public (général ou central), spécial, privé, topographique.2.Ordre du classement.Le classement des fiches se fait par ordre alphabétique, sauf dans les catalogues de bibliothèques, pour les fiches topographiques qui s’ordonnent systématiquement, c’est-à-dire d’après l’ordre des cotes.a) L’ordre est établi d’après la succession des mots et non d’après celle des lettres, c’est-à-dire que le mot Abrégé.se trouve placé après tous les articles commençant par le mot A, tandis que si l’on tenait compte de la succession des lettres, le titre Abrégé d'Histoire aurait été placé avant le titre A la mémoire de.(De-lisle, Léopold.— Instructions.).Cet ordre est adopté presque partout.Voici des listes qui illustrent les deux manières.Par mots Air Air - Analyse Air et hygiène Air raréfié Airain Airé Airelles Airer Par lettres Air Airain Air - Analyse Airé Airelle Airer Air et hygiène Air raréfié b) Principe à observer dans le rangement alphabétique par mots : En classant les vedettes par ordre alphabétique des mots, il faut observer le principe suivant : le moins avant le plus ; en anglais, Nothing before something.L’espace entre les mots est considéré comme un moins.L’on ordonne ensuite mot par mot.c) Simplicité apparente du classement alphabétique : Contrairement à ce que l’on entend par l’ABC de tel ou tel art, le FEVRIER 1948 61 rangement par ordre alphabétique n’a rien d’élémentaire ou de simple.Il présente des complexités et pose des problèmes qu’il faut résoudre de façon pratique, si l’on veut assurer l’uniformité de la méthode, et rendre la consultation des catalogues efficace et relativement facile.Nous aurons donc recours à des règles et à des coutumes.Nous les étudierons plus loin.DEUXIÈME PARTIE Le classement alphabétique des vedettes — Règles et usages1 Le classement des fiches s’opère en observant les règles et les usages nécessaires à la composition d’un catalogue alphabétique.«Pour constituer ce catalogue, remarque Léopold Delisle, il reste à ranger les cartes d’après les mots mis en vedette », c’est-à-dire, d’après les mots qui occupent la première ligne sur les fiches, qu’elles soient établies au nom d’un auteur, d’un titre ou d’une matière2.Ce rangement sera conforme à l’ordre des lettres de l’alphabet français pour toutes les fiches, rédigées en quelque langue que ce soit, anglaise, italienne, latine, etc.1 Plusieurs des exemples cités sont puisés dans les manuels et le* codes suivants: 1.A.L.A.Rules for Filing Catalog Cards.Prepared by a special Commission under Sophie K.Hiss.Chicago, A.L.A.1942.VIII-109p.2.Cincinnati.Public Library.— Filing Rules far the Arrangement of the Dictionary Catalog of the Public Library of Cincinnati.3d ed.Cincinnati (Ohio), 1936.64p.23cm.3.Cutter (Charles Ammi).— Rules for Dictionary Catalog.4th ed.f rewritten.Washington (D.C.), Government Printing Office, 1904.P.111-129.4.Delisle (Léopold).— Instructions élémentaires et techniques pour la mise et le maintien en ordre d’une bibliothèque.Paris.Champion, 1908.P.38-41.6.Ledos (Eugène-Gabriel).— Usages suivis dans la réduction du catalogue général des livres imprimés de la Bibliothèque Nationale de Paris.(Dans la Revue des Bibliothèques.33* année, 1923, nos 4-6, avril-juin.p.149-167.) 6.Library of Congress Rules for Filing Cards in a Card Catalog : a tentative interpretation.Compiled by Lawrence R.Tomlinson.Waco, Tex., Dr L.E.Tomlinson, 1941.39p.7.Mann (Margaret).— Introduction to Cataloging and the Classification of Books.Second edition.Chicago, American Library Association, 1943.13-276p.8.Pittsburgh.Carnegie Library.— Rules for Filing Cards in the Dictionary Cata'og of the Carnegie Library of Pittsburgh.6th ed.Pittsburgh, Carnegie Library, 1936.34p.23cm.2 a remarquer que les titres de volumes seront, dans cet essai, imprimes en italique et les rubriques-sujets en petites capitales, pour les distinguer des auteurs qui sont en caractère ordinaire.62 LECTURES Exemple.A bout de forces.-A la mémoire (TAlphonse Lusignan-, A ma mère patrie de 1830.A mes amis les livres A nous deux, Cassagnac A Paris pendant le siège.-A propos de tout et de rien-, Abbaye (U) d’Evolayne Abbayes Abbayes — Histoire Abbayes de France About (Edmond) Abrégé d'histoire du Canada-.Au mérite Au vieux moulin Aux classes laborieuses Aux vieux moulins Boy of Yesterday-, C’est la faute du père Cent (Les) nouvelles nouvelles.D’après nature.- D’où vient tout le mal-, Dans le parc David Golder De clericis praesertitium episcopis-.De Quincey (Thomas) Discours (Les) du Docteur O’Grady-, Enfant (L’) à la balustrade-, Enfant (L’) dans l’herbe Enfants Enfants — Hygiène Enfants héroïques Enfants mal élevés Abréviations.Franc-maçon.Franchise Franc-Nohain Grande (La) Encyclopédie.Groulx (Abbé Lionel-Adolphe) Guerre européenne, 1914-1918 — Histoire Kipling (Rudyard) Lac (Le) La Fontaine (Jean de) Lagunes Madame se meurt, Madame est me rte Mademoiselle de la Maisoniori Mauriac (François) Mauvaises herbes—Canada Méchante (La) Fée M.de Camors M.des Lourdines Monsieur, Madame et bébé Palais-Royal (Le) ou histoire de M.du Perron-, Secret (Le) de T abbé Césaire.-Secret (Le) de la vieille demoiselle-, Tharaud (Jérôme et Jean) Théodicée Théologie Théologie — Traités Théologie dogmatique Un homme et son péché Une de perdue deux de retrouvées-, Une vocation.- Unes (Les) et les autres-.Uns (Les) et les autres-.Règle.— Les mots en abrégé se classent comme s’ils étaient écrits au long.(NJB.— Les abréviations se distinguent des initiales en ce qu’elles se composent, en général, de plusieurs lettres.— Voir Bescherelle.— Nouveau Dictionnaire.) 1.Noms propres commençant par Mc, M’, St, Ste.Règle.— Classer comme s’ils étaient écrits Mac, saint, sainte.FEVRIEB 1948 63 St-Joseph (Le) (bateau) Saint-Pierre (Arthur) Saint-René Taillandier (Mme) Ste-Catherine Sainte-Jeanne-d’Arc Exemple.Mc Allister (William) MacIntyre (John) M’Intyre (Lawrence) McIntyre (Thomas Jacob) MacIntyre (Thomas Nevill) 2.Titres d’ouvrages avec titres d’honneur, de bienséance, d’affaires, etc., en abrégé.Règle.— Les abréviations, les titres d’honneur, etc., en abrégé, prennent place dans le classement comme s’ils étaient écrits en toutes lettres, Mme, Mlle, Mgr, Mr., Mrs., Dr, seront tenus pour Madame, Mademoiselle, Mister, Mistress, Docteur ou Doctor.N.B.— Ne pas oublier qu’il faut, au contraire, ignorer les titres de bienséance dans le classement des vedettes d’auteur.Il ne s’agit ici que des vedettes de titres.Exemple.Docteur Ox Dr.Jekill and Mr.Hyde Doctor Johnson Mlle Abeille Mademoiselle Céleste Mademoiselle de la Maisonfort Al (préfixe) — Voir Articles, de personnes.Mr.Depley Mrs.Dalloway Mistress Husaby Mgr Formose M.de Camors M.des Lourdines.Noms de lieux.— Noms (ô suivre) Marie-Claire DAVELUY 64 LECTURES TABLE ALPHABÉTIQUE des noms d’auteurs suivis du titre des ouvrages critiqués et de la cote morale *** L’Action catholique italienne, 49.*** L’Album des enfants sages, J, 42.ALLAIRE (M.), Le Mexique, pays de contrastes, 35.ARCHAMBAULT (J.-P.), Le Logement populaire, problème capital, 49.ARS (J.d’), Les Martyrs de Laval sous la Terreur, 28.AUBERIVE
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