Lectures, 1 février 1952, février
Revue mensuelle de Bibliographie critique Organe do Service des Lectures du diocèse de Montréal et de l'A.C.BJ.3-'V» SOMMAIRE IDÉAL ET PRINCIPES Réflexions autour de récentes histoires générales du Canada.Marie-Claire Daveluy 257 ÉTUDES CRITIQUES Les jeux sauvages de Paul Colin Rol.-M.Charland, c.s.c.263 Cri des profondeurs de Georges Duhamel Jean-Paul Pinsonneault 266 DOCUMENTS Henry de Montherlant.R.-M.Desnues 269 NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES Choix d'ouvrages.280 Ouvrages (Voir liste îles auteurs, p.2 de la couverture) 281 BIBLIOTHECA Le choix des livres pour les adolescents et l'organisation d'une bibliothèque.Joseph Brunet 297 Carrefour du 15 janvier 1952.302 Succursale de Rosemont de la Bibliothèque Municipale de Montréal.Rene Sarrasin 503 FÉVRIER 1952 TOME VIII — No 6 riDES LECTURES REVUE MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le Service de Bibliographie et de Documentation de FIDES organe du Service des Lectures de l’Action catholique du diocèse de Montréal Direction : Paul-A.MARTIN, c.s.c., aumônier du Service des Lectures Rédaction : Jean-Paul PINSONNEAULT, secrétaire du Service des Lectures Conseillers: Mme Marie-Paule Vinav.et M.Benoit Baril, respectivement présidente et trésorier du Service des Lectures.NOTES : 1.La revue est publiée mensuellement, de septembre à Juin.Les dix livraisons de l'année constituent un tome.Le dernier numéro du tome (soit celui de juin), comprend une table méthodique des sujets traités ainsi qu'une table alphabétique des ouvrages recensés pendant l’année.2.Les références bibliographiques sont rédigées d'après les règles de la catalo-graphie.Les cotes morales en usage sont les suivantes : M Mauvais D Dangereux B?Appelle des réserves plus ou moins graves, c'est-à-dire à défendre d’une façon générale aux gens non formés (intellectuellement et moralement).B Pour adultes.Un ouvrage dont le titre n'est suivi d’aucune de ces quatre, mentions est irréprochable et peut être lu par tous.Publication autorlaee par l’Ordlnalf CANADA : ÉTRANGER : le numéro.$0.35 Abonnement annuel.$3.75 abonnement annuel.$3.50 FRANCE: abonnement annuel.900 fr.C.C.P.PARIS 7262.50 FIDES — 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal-1 — PLateau 8335 Société FIDES, 120, Boulevard Raspail — Paris (Vie) — Odéon 4922 TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS D'AUTEURS *** En montagne avec Jean l’Aiglon, 285.GALLET (A.).294.AUBLED (N.), 291.BADET (H.), 292.BOUTRON (M.), 286.*** Le Cantique des Cantiques, 281.CARET (J.), 284.CLOSMART (J ).292.COLIN (P.), 265.DUCOS (A ), 291.DUHAMEL (G ).266.DUHR (J.), 281.DUVAL-AUMONT (C.), 283.DUVERNE (R.), 294.GERVY, 295.GOLLIER (J ), 292.IIUNERMANN (G.), 291.IZIEU (J.d’), 295.JURDANT (L.-T.), 287 LADOUE (P.), 2%.L’ERMITE (Pierre), 287.LIVRE DE SUZETTE, 296.MAZO DE LA ROCHE.288.MONESTIER (M ), 289.MONTERGON (C.de), 289.MOREAU (A.), 291.PANNETON (Chan.G ), 282.PARVILLEZ (A.de), 282.POITIERS (J.de), 286.REID (G.), 289.SIMON (L.), 293.SOUVENANCE (C.).284.STARKEY-GREIG (M.), 282.TRAMOND (R ).293.Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa. IDÉAL ET PRINCIPES Réflexions autour de récentes histoires générales du Canada TL y a six ans nous accueillions avec empressement la huitième ¦*- édition de l'œuvre de François-Xavier Garneau.Son petit-lils, Hector Garneau, historien crudit et d’une sûre information bibliographique, la mettait à jour avec une conscience professionnelle dont on a tenu à le louer en en tirant profit.Un moment, en face du rajeunissement d’une œuvre de valeur, un autre espoir nous saisissait.N’allait-on pas suivre cet exemple ?Un de nos historiens ne s'attacherait-il pas maintenant à redonner de l'actualité à l’abbé Jean-Baptiste-Antoine Ferland ?Ce contemporain de François-Xavier Garneau, qui occupa en 1855 une des premières chaires de l’Université Laval au berceau, y professait l’histoire de 1856 à 1862.Ces cours, dont on verra bientôt le centenaire, furent publiés en deux tomes, dont l’un par les soins de l’auteur en 1861, et le second, posthume, fut préparé par le savant abbé Laverdière.Une édition critique1 s'imposait donc, car l’abbé Ferland restait précieux à consulter.Il avait fouillé toutes les sources de notre histoire accessibles à son époque, séjournant à cet effet, à Londres et à Paris.Il manifestait un vif souci de l'exactitude, jugeait sans passion, et surtout possédait le goût du petit détail qui éclaire singulièrement parfois les personnages et les faits.En outre, son talent littéraire qui le poussait vers le genre narratif, rendait son enseignement vivant et fort agréable.Nul danger qu’il fit double emploi avec Garneau, dont l’ouvrage, qui commençait de paraître dix ans auparavant s'accréditait pour d’autres raisons.Les dons intellectuels de ces maîtres différaient sensiblement.Tous deux, en se complétant, projetaient la lumière vers des angles divers, atteignant a la fois l'ensemble et les détails de larges tableaux historiques.Après tout, avions-nous alors conclu, sommes-nous donc si richement pourvus d'hiôloireo générales, que nous puissions éliminer ainsi Je vieux auteurs, dont les travaux ont un caractère original ?L'abbé Ferland, cette gloire de l’Université Laval naissante, ne mérite certes pas pareille négligence et oubli.1 La Maison Granger Frères a réimprimé, il y a quelques années, l’ouvrage de (’historien, mais c’est une réédition de caractère scientifique que nous souhaiterions mettre entre les mains des chercheurs.FÉVRIER 1952 257 Quoi qu'il en soit de notre espoir, puisque le professeur éminent ae 1855 attend encore un savant éditeur, nous pouvons actuellement nous réjouir en rangeant dans nos bibliothèques cinq récentes histoires générales du Canada.Deux ont été écrites par des historiens de chez nous ; deux autres ont été composées et éditées à Paris, par des Français ; la cinquième, également éditée à Paris, est l’œuvre d’un écrivain qui a fait du Canada son pays d’adoption et de dilection.Nous désirons parler brièvement de l'effort remarquable fourni par chacun de ces auteurs.Nous suivrons l’ordre chronologique de publication.Il serait présomptueux de notre part de tenter d'assigner le rang de chacun.Aussi bien quelques-uns nous présentent des pages où s’affirme une maîtrise d accent et de jugement qu’il semble superflu de louer.On sent si bien que ces pages seront relues, méditées et assimilées, meme a 1 insu du lecteur, meme s'il résiste à leur force convaincante.On ne combat point les médiocres, on les subit sans réagir ; seuls, les esprits supérieurs reçoivent l’hommage de cette frémissante hostilité qui ne repousse que pour enfoncer plus avant le trait qui a blesse.— 1949 — LEMONNIER (Léon).— Histoire du Canada jrançais.Paris, Hachette, 1949.448p.1 carte.22 X 16cm.(L’Histoire racontée à tous).Couverture illustrée.Prix : $3.00.N.B.— Bibliographie, p.[443J-445.Aucun index.Pour raconter l’histoire d'un peuple, peut-être vaut-il mieux s'y employer sur place, visiter ses archives, ses bibliothèques, ses institutions, converser avec les nationaux, observer beaucoup et retenir davantage.Admettons, cependant, qu’un tel séjour ne soit pas toujours possible, et surtout reconnaissons que dans^ le cas au Canada, hier encore simple colonie, les sources de première main en soient fort dispersées.Deux pays d’outre-mer, la France et la Grande-Bretagne, possèdent la majeure partie des documents originaux concernant notre histoire.Ce qui rend assez ardue la consultation pour le travailleur canadien ou étranger.Mais si beaucoup de pièces importantes n'existent ici qu a 1^ état de copies, il nous en reste encore un bon nombre d essentielles à utiliser.Puis, n'avons-nous pas cet avantage d avoir modèle §eu à peu le visage moral du pays.s'y trouvant a demeure epuis trois siècles et demi, et en continuant les traditions.Un Français de France, malgré son recours aux riches archives de la nation n'écrira donc notre histoire que de façon un peu livresque, s'il néçhge de prendre contact avec les descendants de ceux qui firent la Nouvelle-France.Je nv crois pas inutile de redire ces vérités, puisque justement à la lecture de l'ouvrage de M.Lemonnier, dont la documentation est assez abondante, force nous est de reconnaître que 258 LECTURES plus d’une mise au point s’avère nécessaire autour de faits et de portraits d’une fidélité douteuse.La bibliographie que l'auteur a dressée nous permet, au surplus, de signaler l’absence d’ouvrages devenus aujourd’hui indispensables à consulter.Nos chercheurs et nos historiens savent ne point quitter leur champ respectif d’investigation qu'ils n'aient accusé quelque découverte ou contribué à de justes redressements d’opinion.M.Lemonnier a réuni sur sa table de travail beaucoup d’auteurs anciens auxquels manquent des éditions critiques.Sur les 78 ouvrages qui ont servi à solidifier son œuvre, nous ne trouvons que neuf ouvrages et un magazine publiés depuis 1900.Comment nous étonner des lacunes constatées, du ton de nombreuses assertions qui nous semblent périmées.M.Lemonnier possède un style narratif agréable et souple.Peut-être le voudrait-on plus coloré, un peu heurté même à l'occasion de certains passages où rebondit le courage des fils et des filles de la vieille France.La lecture en plaira davantage, si je ne me trompe, à ses compatriotes qu’à nous, et sans doute, le voulait-il ainsi, puisque son ouvrage figure peu à la devanture de nos librairies.Soyons-lui reconnaissants d’avoir bien parlé de la fidélité jrançaise et du patriotisme canadien.Oublions les petits coups de dents que subissent de hautes figures qui ne le méritent guère.Il demeure certain, somme toute, qu’entre un Georges Govau qui mesure admirablement la valeur de nos missionnaires et des apôtres du clergé séculier, et un lettré à l'attention dispersée comme Léon Lemonnier, se préoccupant très peu de la primauté du spirituel, il y a une qualité dans la vision à laquelle l’un se refuse, tandis que l’autre s’y abandonne et s’en declare enrichi.Nous nous permettons de signaler, sur Léon Lemonnier, un article1 excellent de Michel Brunet professeur à l’Université de Montréal.Ce critique compétent discerne fort bien le bon, le moins bon, et le franchement mauvais d’un écrivain qui excur-sionne sans jamais se fixer dans combien de domaines littéraires.— 1950 — BONNAULT (Claude de), conseiller historique de la Province de Québec.— Histoire du Canada jrançais (1534-1763).Paris, les Presses universitaires de France, 108, boulevard Saint-Germain, 1950.346-[2] pages.3 cartes.23.5 X 15cm.(Colonies et Empires.Collection internationale de documentation coloniale, publiée sous la direction de Ch.-André Julien.Première série : études coloniales, 6).Couverture illustrée.Prix : $3.00.N.B.—Bibliographie, p.[317J-323.Index.Nous nous sentons à l’aise en abordant l’œuvre de M.de Bonnault.Quoi que nous en disions, la valeur relative de cet 1 Voir la Revue d’histoire de C Amérique Jrançaise, Montréal, 261, avenue Bloomfield, mars 1951 (vol.IV, no 4, p.585-586).FÉVRIER 1952 259 ouvrage a été jugée par deux critiaues dont le ton diffère sans doute, mais au fond où la même clairvoyance se décèle.Ainsi, M.Léo-Paul Desrosiers1 a lu avec svmnathie les pages que consacre au Canada français le Conseiller historique de la Province de Québec.Il a si bien deviné qu'au fond c'est l’admiration qui animait la plume de M.de Bonnault.La vie dangereuse menée en Nouvelle-France et qui donnait d’héroïques sursauts à la vaillance des fils de la vieille France, a résonné en lui comme un chant obsédant.Sous les remarques qui grimacent et trop souvent ne se justifient point, il a voulu louer combien de personnages et de faits.Il nous arrache sans cesse, tout de même, soit un sourire narquois, soit une expression d’impatience rameuse.A quoi bon tant de littérature ! L’histoire ne peut que répudier ces vaines images.M.Desrosiers a tout à fait raison de déclarer, en face de l'ensemble de l’œuvre, que ce n’est là « ni un sommaire, ni un abrégé, ni un livre de vulgarisation )).Nous savons de façon pertinente — et personnelle — que M.de Bonnault a fouillé tous les bureaux d'archives de Paris, pris sans cesse la route des riches bibliothèques de la Capitale,'fait appel à ses correspondants canadiens, ne cessant vraiment j>oint, durant des années de lire, comparer, supputer, enrichir une information, rarement satisfaite.Mais pourquoi cet infatigable bénédictin ne nous a-t-il pas donné des marques plus sensibles de sa compétence ?L’exemple de la rigueur scientifique qui distingue les chartistes de son pays ne l’entraînait donc point dans leurs sillons ?On sent parfaitement l’énorme puissance de lecture que possède M.Bonnault, mais, à l’exception de sa bibliographie, nous n’en voyons la preuve dans aucune note ou référence.Et Dieu sait, pourtant, si certaines de ses effarantes assertions auraient besoin de s appuyer sur quelque autorité.Au contraire de M.Desrosiers, le jeune et brillant professeur d’histoire de l’Université Laval, M.Marcel Trudel2, ne se sent aucune indulgence pour M.de Bonnault.Loyalement, il l’en avertit dès les premières lignes de sa recension: « L archiviste a droit à toute notre admiration mais nous regrettons d’avoir beaucoup de mal à dire de l’historien [Claude] de Bonnault ».Et la promesse a été tenue3.Alors ?Comment blâmer l’indulgence de M.Desrosiers cjui voit clair, certes, puisqu’il critique, par exemple, et trouve detestable la prose de M.de Bonnault.Qu’attendre autre chose du stvliste délicat de l’Ampoule d’or?Croyons que les outrances historiques 1 Voir la Revue d'hisloire de l’Amérique jrançaise, Montréal, 261 avenue Bloomfield, juin 1951 (vol.IV, no 1, p.l 18-120).* Voir Culture.Québec, 33, rue de l’Alverne ; septembre 1951 (vol.Ail, no 3 ; p.325-329).* Nous conseillons fortement à ceux que le redressement des opinions contestables en histoire intéressent, passionnent même, de lire la substantielle étude de M.Trudel dans Culture, la revue que publient les Franciscains du Monastère de Québec.260 LECTURES ne plaisent pas davantage au sens de la mesure, a la discretion envers les textes originaux que manifeste l'auteur d’ Iroquoioie.Mais voilà tout a cède, ou du moins s'est atténué dans l attitude du silence, en face d’un grand labeur que soutenait un sentiment profond d'attachement pour notre pays.La sincérité de M.de Bonnault est telle qu elle le rend parfois partial.Beaucoup d historiens ont de moins nobles raisons tjuand ils le sont à leur tour.Avouons également que l'inflexibilité de la jeunesse n'a plus de prise sur la pensée sereine de M.Desrosiers.Du reste, historien et romancier d'abord, il ne s adonne a la critique, avec cette aisance propre aux esprits cultives, que si on 1 en prie.Nul na regretté l'apport critique de cet esprit méditatif.D autre part, comment désapprouver M.Marcel I rudel, professeur, de reclamer les droits d’une des disciplines du savoir dont il a la garde ?Il est sévère.Soit.Mais l’histoire, noire bioloire, a besoin peut-être plus que toute autre des principes sauveurs : ne rien avancer qu'on ne puisse prouver ; se dispenser de toute vaine littérature quand on pénètre dans ce domaine.Chez nous, trop d assertions sans fondement se répètent d une generation a 1 autre.L etude et la critique des meilleurs textes doit précéder toute intention de confier au public, de façon totale ou fragmentaire la somme de ses connaissances.Un autre ami de l'histoire canadienne en France, M.Robert Le Blant, parle1 à peu près dans les mêmes termes que MM.Desrosiers et Trudel réunis, de l'ouvrage de M.Bonnault dont il reconnaît « l'immense savoir ».Il nous révèle, en outre, ce qui est significatif et implique une approbation mitigée des leçons de M.de Bonnault, que cet historien « possède des trésors scientifiques plue sérieux accumulés dans nos notes, faits Inédits, raisonnements nouveaux, larges vues d ensemble.L erudition, ajoute-t-il, attend au moins un nouvel ouvrage.» Eh bien, nous aussi nous attendons de M.de Bonnault quelques parcelles de ses trésors scientifiques pluo oérieux.— 1950-1951 — GROULX (Chanoine Lionel).— Hi Moire du Canada jrançaio depuis sa découverte.[Montreal!, 1 Action Nationale, 1950.4 vol.(les vol.I et II ont paru).Cartes.22.5^X 15.5cm.AT.Æ.— Ouvrage en cours.A la fin du vol.II, 1 auteur explique les raisons qui l'ont fait se dispenser de la bibliographie (ce qui est quand même regrettable à tant de points de vue).Index, p.275-295.— Le vol.I en est à sa 2e édition, voit-on.C’est une réimpression seulement.« Ce livre n’est pas l'ouvrage que j'avais rêvé d’écrire.[il] est.loin de l'œuvre rêvee.» Aveux que nous confie Je Chanoine Groulx, non sans mélancolie, des les premieres lignes de 1 Voir Reoue d'histoire des colonies.Paris, Librairie Larose, 11, rue Victor-Cousin, (5e).Tome XXXVIII, 1950, premier trimestre, p.66-67.FÉVRIER 1952 261 Y Avertisse me ni de l'édition originale.Aveux que redisent combien d’artistes et d’hommes de science, ce dont nous sourions avec indulgence sachant ce qu'ils ont réalisé tout de même en dépit de ce sentiment de déception.C’est qu'eux seuls sans doute ont la vision aiguë de ce qu'aurait pu être la grande tâche entreprise.Les pauvres possibilités humaines d'exécution qui diminuent peu «à peu en cours de route ont vite fait surgir ce tourment de l’inquiétude que l'on traîne ensuite ainsi qu’un poids mort.Cependant, chaque matin un peu d’espoir renaissait à la vue des labeurs qui rapprocheraient du but désiré, sans doute aujourd'hui plus qu’hier.Quelle vie parmi les historiens de chez nous reste en effet comparable à celle du Chanoine Groulx ?Qui a mesuré avec une aussi longue assiduité que la sienne la grandeur et la misère de notre passé ?Ceux qui entendirent ses premières leçons — et j’en suis — sur nos luttes constitutionnelles s'étonnaient déjà de ces tableaux politiques brossés avec vigueur, et s’appuyant sur une sûre documentation.Et ce n’était le prélude de combien d’études grâce auxquelles il acquérait une rare maturité de jugement.Doué d'heureuse façon au point de vue littéraire, il enveloppait de poésie la vie des anciens par le seul fait souvent de son émotion artistique.Il est difficile de mesurer la portée de son enseignement tout comme l’influence qu'il a exercée et exerce encore sur les lecteurs de ses ouvrages.Il a été suivi avec une ferveur empressée par des disciples dont la fidélité l’a peut-être consolé aux heures difficiles ; il a été combattu par beaucoup, non sans violence, ce qui fait une forme, à l’inverse, de l’attention que l'on portait à ses mots d’ordre, aux vérités de l’histoire auxquelles il redonnait une actualité opportune et rédemptrice.Ce que nous présente aujourd'hui ce maître qui n’a jamais su se reposer ce sont d’admirables synthèses que peu de ses compatriotes pourraient élaborer avec cette force de vision, cette somme de connaissances, ce fini dans l’exécution et cette philosophie de l’histoire digne d’un adepte fidèle au principe de causa-iité en histoire.« Je tenterai d’expliquer plus que de raconter )) nous dit le Chanoine Groulx, dans le chapitre où il trace le plan de ses 90 à 100 leçons sur nos Annales.Nous ne pouvons qu’admettre qu'il ait pleinement réussi à alimenter ainsi notre méditation.Disons encore ceci : notreJbistoire serait-elle à une nouvelle Sériode d’essor sans la présence de ce travailleur qui s'obstine ans une vision féconde du passé, nous forçant à réagir contre des tendances dangereuses, nous entraînant vers une action nationale conforme à ce qu'il y a de meilleur en nous, grâce au dynamisme puissant que possède l’histoire et ses messages.(A suivre) Marie-Claire Daveluy PS.— Nous étudierons le mois prochain les ouvrages de MM.Jean Bruchési et Robert Rumilly.262 LECTURES ÉTUDES CRITIQUES Les jeux sauvages ' DEPUIS 1918, constatons-nous avec étonnement que les écrivains français nous ont donné toute une littérature de l'adolescence, comme ils nous présentent depuis quelques années une autre littérature, celle de l’aviation.En effet, c’était là des univers tout neufs que des maîtres comme Alain-Fournier et Saint-Exupéry ont inventoriés avec un art intense, insurpassé.Et l'engouement du monde des lecteurs pour ce nouvel aspect des lettres ne paraît pas près de s'éteindre si l'on considère le succès de vogue qu'obtient le roman de Paul Colin, Led Jeux aauvageâ, déjà à sa deux cent treizième édition ! Faut-il avouer, en passant, que c'est là un lauréat du grand prix littéraire Goncourt (1950) et que, comme bien d'autres de ces élus, il devait assurer avant tout un succès d’édition et de librairie, peu importe qu'on mît ainsi en vedette un ouvrage nettement mediocre, malsain, a proscrire sans hésitation.Amère déception 1 Les premiers feuillets, où l’on nous décrit un petit domaine retiré de la Sologne française, et des personnages prénommés François, Jean-Jacques (le chef de file), nous auraient permis de revivre encore une fois 1 incantation si prenante que nous offrait jadis le Grand Jleaulnea, d’Alain-Fournier, de respirer l’atmosphère du domaine mystérieux, de rencontrer un autre François Seurel, un autre Augustin Meaulnes, une autre délicieuse fille comme Yvonne de Galais, d entendre le cri d appel de Frantz.Hélas! l'ombre de Gide est passée par là : nous ne remarquons plus maintenant que de tristes fantômes engages dans une aventure dont le récit est empreint d'une forte saveur de vice.Parodie désenchantante au possible où nous retrouvons cet autre François (mal parti celui-là I) qui « s eveille au contact de ces enfants étranges., seuls au monde, quatre enfants (deux filles et deux garçons) perdus dans un désert peuplé de formes changeantes de l'esprit, d anges et de demons )) (p.49 et p.90).Cet autre domaine, la Hêtraie, est devenu le paradis de ces enfants mal élevés, (( troublés par le mystérieux appel du marais )) voisin, occupés à des jeux aauvagea comme nous pouvons voir : « Ce coin de la forêt nous attirait d'autant plus que nous le savions plein de traîtrise.Le sol en devenait parfois mouvant : des puits de boue liquide affleuraient, dissimulés sous une pellicule trompeuse, comme autant de furoncles dans cette chair tiède dont nous nous plaisions à fouler la peau crevassée.Jusqu'à l’odeur nauséabonde qui s'en dégageait 1 COLIN (Paul).Les jeux sauvages.350p.20cm.Roman.[Paris] Gallimard [cI950l Mauvais FÉVRIER 1952 263 et que nous respirions avec un mauvais plaisir ! Nous y enfonçions parfois de longues perches, sans pouvoir en atteindre le fond, puis nous les regardions remonter lentement toutes droites, engluées de boue, et recommencions ce jeu que nous avions nommé « la boue qui jaillit », en l’accompagnant de commentaires obscènes » (p.56).« Le jour où nous réussîmes à attraper un cop vivant, Jean-Jacques ne résista pas à la tentation de lui trancher le cou avec ses dents ; un jet de sang chaud lui jaillit à la face.Hurlant un de ces cris de sauvages qu’il ne pouvait réprimer, il nous en jeta à la tête les entrailles fumantes, et tous, saisis d'une frénésie diabolique, nous nous mîmes à nous poursuivre avec de longs chapelets de boyaux et de morceaux de chair sanguinolente.« A ces jeux, Claude et Denise se montraient encore plus enrages que nous.Au plus fort de l’excitation, petites déesses de la destruction, elles fermaient à demi les veux sur leur cruauté intérieure et dansaient une sorte de parade primitive en murmurant des psaumes guerriers sans doute hautement inspirés par les Puissances du Mal ; il n'y était question que de sévices à exercer sur les parents, les générations futures et l'espèce tout entière de la victime dont les bracelets leur servaient de bracelets et de colliers.Dans l’évocation des tortures raffinées elles atteignaient au comble de la barbarie.« Cela se prolongeait souvent très tard dans la nuit et nous rentrions bien après l’heure du dîner.Peu importait, on ne s’occupait plus de nous.» (p.60).Que nous sommes loin des héros du Grand Meaulnes ! Eux tentaient, chacun à sa manière, de reconstruire le monde visible en merveille et en mystère, et cela en faveur de la contemplation solitaire du monde intérieur ; ceux-là, au contraire, ne conçoivent « rien d’autre que les êtres et les choses qui les entourent ».L'un d eux dira : (( [.] est-ce à cette éducation première que, dans le domaine des choses visibles, je dois de ne m’intéresser qu'à ce que je puis immédiatement voir et toucher » (p.26).« Peu importait, on ne s'occupait plus de nous.D’autres démons s'étaient emparés de nos parents (leurs « maquerelles de mères », pour employer le mot de l'Auteur) dont nous avions oublié la présence » (p.60).Avouons-le, c'est ni plus ni moins, en dernière analyse, l’initiation sexuelle abandonnée aux invitations de la nature ou à l’inconsciente évolution de l’homme.Voilà la première partie du roman, le cahier-journal de François racontant son adolescence (le joli souvenir !) : un exposé de toutes les formes de perversions sexuelles avec un raffinement aussi cynique qu’insolent.La deuxième partie des Jeux sauvages nous ramène à Paris : nouveaux jeux sauvages décrits avec autant d’impudeur et dans un cadre sans doute plus banal, puisqu'il y manque cette fois 1 atmosphere colorée de la grande nature.Tel et tel paragraphes nous revelent que ces adolescents se sont alimentés des Nourriturea terrestre*) et qu'ils sont devenus bel et bien des immoralistes consommés.* —Que faire de ce corps ici-bas, sinon un élément d'esthétique?S il convient de vivre, employons-le à créer de la beauté gratuite ; et qui sait ?cela suffit peut-être à excuser notre péché et à faire.— Notre salut?» (p.124).264 LECTURES Voilà où mène la logique de ces jeunes philosophes sensualistes qui réduisent la machine humaine à un système nerveux propre à éprouver toutes les sensations, témoin ces quelques lignes pernicieuses qu'on peut lire un peu plus haut : « Les mouvantes apparences comme celles des corps, m'ont toujours l>eaucoup plus ému que leur fixation dans l’art, fût-elle celle de leur plus parfaite attitude.Je pense que le rôle de l'art est de proposer des recettes, des modes d'emploi à notre vision émoussce, etc.» (p.94).Et quant à la troisième partie, le retour à la Hêtraie (je pense toujours aux trois parties du Grand Meaulnea) : c'est un modèle achevé de nymphomanie qu’on nous sert, la dernière forme de perversion qu'il restait à M.Colin de nous présenter.Trêve d’exaspération ! Il vaut mieux de n’en point parler.Comme nous en pouvons juger ce livre est d'une réelle pitié sur le plan moral.Pourtant l'écrivain, sans avoir un style de cristal, manie plus qu'honnêtement la plume, décrit à merveille et avec une très grande facilité ; malheureusement, ce beau style n’est que démoniaque en véhiculant ainsi le poison du naturisme gidien.Nous savons, en terminant, que certains romans de l’adolescence comme le Désert de l’Amour, de F.Mauriac, le Grand Jlcaulncâ, d’Alain-Fournier, le Maître eot là, de J.Malègue, l'Ame obscure, de Daniel-Rops, et une foule d'autres, ont retenu l’attention des éducateurs.Shelley disait juste quand il comparait l’adolescent à un cygne sauvage : « L’enfant près de mourir et l’homme près de naître », un être tiraillé douloureusement non pas tant par les sollicitations extérieures à lui-même que par sa propre transformation.» Nos romanciers contemporains, écrivait Jean Peyrade dans une magnifique étude sur le sujet*, affectionnent l'adolescent pour ce qu’il a de trouble et d'inquiet et aussi fiarce qu’ils ont la manie de raconter leur passé ».Les éducateurs iront-ils leé Jeux oauvageo ?Je ne le crois pas, après ce que nous leur avons révélé, surtout après la lecture de ces quelques lignes que nous faisons entièrement nôtres de ce même Jean Peyrade : « Il faut délibérément négliger les écrivains qui, pour des motifs publicitaires (le scandale rapporte î) présentent des adolescents dégénérés ou pervers car l’adolescent n'est pas, — certaines exceptions mises à part, bien entendu, — un être maladif, malsain, tare, totalement dominé par le sexe, livré aux pires démons de la cupidité, de la luxure et de la haine.Le cygne sauvage dont parle Shelley n'est pas toujours beau mais il n’est pas non plus parce que sauvage, nécessairement laid ».Rol.-M.Charland, c.s.c.1 PEYRADE (Jean), Adolescents et Romanciers.Revue Educateurs, nos 34 et 35 ; juillet-août, septembre-octobre 1951.FÉVRIER 1952 265 Cri des profondeurs' LA guerre avec les ruines spirituelles qu elle entasse et les ambitions effrénées quelle débride occupe dans l'œuvre de M.Georges Duhamel, ce peintre d'un monde déliquescent où l'effritement des plus nobles idéaux s’accompagne du rire hystérique d’une humanité ivre de plaisirs, une place dont le relict s'accuse avec la parution recente de Cri des profondeurs.Dans cette peinture de caractère quelque peu terne mais d une grande finesse de trait et d’une implacable vérité psychologique, le portraitiste de la famille Pasquier et de Louis Salavin fixe, avec une cruauté incisive et dans le cadre de 1 occupation allemande, le masque aride de 1 egoïste.Alais a cette tache ingrate le romancier n'abdique ni l'indulgence ni la compassion d un cœur en qui les élans vers la justice ne parvinrent jamais a entamer les liens de la miséricorde.Fidèle à lui-même, M.Duhamel ne se départit en aucun passage de son roman de cette charité, naturelle et de cette pitié tendre qui, depuis plus de trente ans, lui mentent une audience toute de gratitude et de cordialité.Aveuglé de préjugés sur les gens et la vie, Felix 1 allemand se complaît dans sa condition d homme de toutes les defiances.Chez ce bourgeois nanti de la conviction qu il n y a, dans le monde, aucun avenir pour la moderation et que la morale n est en définitive qu’un aspect bavard et sermonneur de 1 egoïsme, le souci d’ « être en règle, d’être irréprochable » l’emporte sur toutes préoccupations dordre moral et religieux.Gangrene de marottes et cousu de manies, Félix deteste royalement les gens incapables de simplifier leur existence en adoptant des disciplines et tout autant ceux qui vivent d habitudes, les .maniaques, surtout quand les manies de ces derniers contrarient de quelque manière les règles qu'il s est données.De tous les travers, qu il blâme chez autrui, il n'en est aucun qu’il ne cultive chez lui avec une ferveur jalouse.Le pessimisme foncier de cet egoïste brime dans ses ambitions et déçu par 1 ingratitude d une.société a la reconnaissance de laquelle il s improvise tous les titres, nourrit en lui une conception amère de la vie.« Pour la plupart des êtres humains, note-t-il dans ses mémoires, toute la vie se rame ne à ce jeu : avoir quelque prise sur le partenaire, le tenir, 1 empêcher de réagir, de se défendre et parfois meme, plus simplement encore, de se plaindre.C’est un ;eu de betes fauves, de betes i DUHAMEL (Georges), Cri des profondeurs.Roman, Paris, Mercure de France, 1951.246p.19cm.n , , * Maiih O/lll toc 266 LECTURES intelligentes.Cela me fait songer à ces insectes dont le premier soin est de paralyser leur proie vivante pour la dévorer plus tard, sans hâte et sans inquiétude.)) Si le héros de Cri des profondeura ne désespère pas de se dépasser « dans cette sorte de mépris que l’on appelle la résignation », il semble fort improbable qu’il assume jamais le risque de l’héroïsme aux sentiers d'une charité qu’il considère comme l’apanage exclusif et dérisoire des faibles.Rivée au quotidien d’une existence tvrannique et rongée par un arrivisme fiévreux, l’âme de Félix Taliemand tourne en rond dans une solitude aménagée à même la médiocrité d’un égoïsme sordide jusqu’au jour où, traquée par les ombres mutinées de ses victimes, elle découvre avec horreur ses propres abîmes et se révèle impuissante à étouffer le cri d’une voix qui, du fond d’elle-même, ne lui pardonne pas.Dans cette douloureuse confidence que constitua Cri des profondeurs, M.Duhamel évoque avec un réalisme saisissant la solitude de l’homme qui, dans sa fièvre d'arriver, sacrifie à ses intérêts l’amour des siens et tout idéal de grandeur, compromet le bonheur de son enfant, édifie sa fortune aux dépens d'une famille victime du racisme allemand et assume la tâche vaine d’étouffer les voix de sa conscience.Par une cruelle ironie du sort, ce personnage, qui s'est toujours prévalu de la défiance comme d’un titre, cède aux intrigues du mystérieux Abel Zamian et lie ses intérêts aux manigances louches de ce chevalier d’industrie que l’aurore de la Libération a tôt fait de sublimer.I allemand qui, pour un temps, a cru à l’instauration éventuelle d’un ordre allemand et tente par un minimum de concession de s’immiscer dans les bonnes grâces du vainqueur, se retrouve alors démuni en face de lui-même, vaincu par un retour imprévu des événements, miné par un malaise insolite.Racontant l’histoire de cette phase de sa vie, il écrit : « Je pensais parfois, avec une sorte de haine, à l'individu étrange, presque monstrueux qui avait traversé ma vie et semé dans mon esprit de ces idées obsédantes dont je n'arrivais que rarement, et pour un temps très court, à me sentir délivré.Parfois, me trouvant seul sur les routes, et seul dans ma voiture au milieu d’un paysage désert, je m'arrêtais, regardant la terre, les arbres, le ciel et les nuages.L’idée me venait alors de crier, de crier, de crier, de pousser des hurlements, de me plaindre à toutes les choses insensibles qui m’entouraient, oui, de me plaindre et de me délivrer aussi, peut-être, d’une indicible douleur qui me poignait le creux de l’âme.Je me surprenais parfois à prononcer des mots tels qu'âme, cœur, inquiétude, tous mots qui, dits par les autres, ne m'inspiraient que dérision, que dégoût, que mépris.Ma vie, si chargée de travail, me semblait pourtant minée dans la profondeur par un malaise que je n’arrivais pas à comprendre, ni à bien délimiter, ni même à nommer.Un jour, quelqu’un, devant moi, parla de l'ennui.Ce fut un trait de lumière.Je venais seulement de comprendre que malgré de grands excès d'activité, je n'arrivais qu'à m’ennuyer.Et j’avais pensé longtemps que, fait comme j’étais, ;e ne connaîtrais jamais l’ennui ?C'était ce vide nauséeux, ce mécontentement perpétuel des autres et de moi-même et, peut-être, — mais j’avais peine à l'admettre, — ce farouche désir de n être pas celui que j’étais ».(p.216-217) FÉVRIER 1952 267 Un jour, à la suite d'un différend survenu entre lui et sa fille au sujet de l'entrée en religion de cette dernière, Tallemand découvre la vertu curative du pardon ; il se sent comme delivre d'une part de ce mal auquel, depuis quelques mois, il donne e nom d'ennui.Serait-ce enfin la promesse et le gage d une quietude à laquelle il aspire de toute la violence d'une ame traquee ! Le pardon !.Il ne goûtera désormais de repos qu il n ait extorque cette quittance de tous ceux qui ont souffert par lui.Mais la justice immanente ne saurait tolérer que l'égoïsme se lave de ses torts à si bon compte.Tallemand connaît 1 epreuve des nuits douloureuses « Qu’est-ce que c’est que cette chose qu il y a en nous, s'interroge-t-il, qui pense et souffre sans nous demander notre avis, sans tenir le moindre compte de nos avertissements, de nos ménagements, de nos ruses, de nos décisions >> A cette voix de la conscience victorieuse Félix accepte enfin de prêter une oreille attentive.Débusqué de ses repaires, il confesse dans un aveu où affleure l'humilité : « J'ai cherche, toute une nuit, à me rappeler les personnes que j'avais pu blesser ou leser.Je ne peux pas les rattrapper toutes.Je ne sais plus ou elles sont Le monde est plein de mes fautes.» L'heure vient peut-etre ou 1 ame incroyante jettera enfin son cri vers l'Amour qu elle invoque a son insu.« Tout le monde est très bon pour moi ! [.•! Tout le monde m a pardonné.Mais il y a au fond de moi quelque chose ou quelqu un qui ne me pardonne pas._ „ , , .•, « Un souvenir me tourmente.« Du fond des abîmes, j ai crie vers l0 ’« Semeur.’ Seigneur.J’appelle Seigneur qui pourra m’entendre et me délivrer., *., « La mort, peut-être?Le néant, peut-etre .» Toute l'angoisse de M.Duhamel s'exprime dans cet appel d'une âme apparemment vouee a la dereliction.Jailli d’une solitude où l'homme contemporain s'épuise parfois sans espérance et incapable d’élan sincère vers la Grace, ce Cri dea profondeura éveille en nous des echos susceptibles de vaincre le sjlence d'abîmes intérieurs, hélas ! trop souvent interdits aux harmonies du Verbe.Il porte jusqu a nous la plainte d'une humanité humiliée de déchéance et trahie par ses propres ténèbres au seuil d'un bonheur inaccessible.Jean-Paul Pinsonneault LA FAMILLE DES CHANTEURS TRAPP par Maria-Augusta TRAPP 314 pages : 41 photos : $2.50 (par la poste : $2.65) 268 lectures DOCUMENTS Henry de Montherlant1 TTenry de Montherlant, dans une grande partie de son œuvre, a pastiché sa vie et — selon son expression — il a souvent dit « je ».Ses créations romanesques ou théâtrales lui ressemblent encore beaucoup.Il est de ces écrivains « encombrants », attentifs à leur seule personne, enivrés de leur « Moi » au point d’en oublier tout le reste : « Je n’ai que l’idée que je me fais de moi pour me soutenir sur les mers du Néant (Echo de Paris, 1934, Chevalier du Néant).Dans ces conditions, il est inutile de faire deux parties pour la vie et l'œuvre.Nous étudierons l’une dans l’autre.L’adolescence Henry de Montherlant est né en 1896.Sa famille paternelle était d'une très lointaine ascendance espagnole qu’il plut au jeune homme de ressusciter en sa personne.Sa mère était de la famille de Riancey traditionnellement attachée au trône et à l’autel.Du côté de sa grand’mère maternelle, le futur écrivain connut un catholicisme austère très près de Port-Royal qui ne fut pas sans influence sur lui.Dans l’une et l’autre famille on avait à un degré extrême le culte de l’honneur.Montherlant eut une jeunesse heureuse.Sa mère l’entoura sans 1.Cet article est paru dans Educatrices paroissiales, numéro de décembre 1951.cesse d’une attention et d’une affection compréhensives.Pourtant il fut — de son propre aveu — un enfant dur et tyrannique, trouvant une excuse dans le fait que, chez lui, « les hommes étaient sans pitié pour les femmes ».Il' fut élève du lycée Janson-de-Sailly où il fit sa Première Communion et, pendant les années de guerre, du collège catholique de Sainte-Croix de Neuilly.Sainte-Croix était alors dirigé par l’abbé Petit de Julleville, le futur Cardinal, et Montherlant y eut pour professeur de philosophie M.Paul Archambault qui devait par la suite, et non sans raison, juger sévèrement son ancien élève.Le jeune homme s’était attaché fortement à ce collège dont il devait pourtant se faire renvoyer pour indiscipline.Il ne rompit jamais complètement avec ses maîtres.C’est Sainte-Croix qui lui inspira son premier ouvrage : La relève du matin (1920), un livre plein de fraîcheur où « une enfance chrétienne trouvait son poète et son chevalier », dit P.de Bois-deffre, mais où le lecteur d’aujourd’hui, prévenu, peut déceler bien des traits de la physionomie morale de Montherlant : la hauteur et le cynisme avec le caractère factice, tout extérieur, de son catholicisme.Le livre n’était pas un chef-d’œuvre, mais il était plein de promesse.Elève intelligent, brillant même, le jeune garçon fut de bonne heure un lecteur passionné et très vite février 1952 269 pris par le besoin d’écrire (à 9 ans, il entreprit un roman néronien sous l’influence de Quo Vadis).Il fut toujours un fervent de l’Antiquité, de Rome surtout où il se sentait chez lui ; « non dans la Rome chrétienne », note un de ses amis, « mais dans la Rome païenne ».De la Grèce il aimait I exaltation de la beauté et du plaisir.Humaniste et racé, Montherlant se montre même, dans ses premières œuvres, quelque peu snob de sa culture et, par là, assez agaçant.Entre 1906 et 1911, il passa plusieurs vacances en Espagne, ce qui lui donnera l’occasion d’écrire les Bestiaires.En 1914, son père meurt ; en août, c’est la guerre.Sa mère refrène son désir de s’engager ; il fait alors sa préparation militaire et découvre le sport (ce seront les Olympiques).Mais l’année suivante sa mère disparaît à son tour, non sans l'avoir conjuré de « suivre la voie droite » et de ne point faire de mal par ses écrits.Il semble avoir été touché un moment, mais en septembre il part dans un sendee auxiliaire d’où il se fait envoyer en premières lignes, avec possibilité d’en revenir.La guerre L’expérience du front nous a valu le Songe (1923), expression poétique de la guerre vue à travers l’esprit d’un très jeune dilettante qui se bat « pour son plaisir » et la satisfaction de son orgueil.Le témoignage est très différent de tous ceux que nous connaissons et ne parvient pas à nous émouvoir en dépit de très beaux passages.Aussi bien la guerre n’est-elle pas tout dans ce livre.L’aventure pénible d’Alban de Bricoule et de Dominique Soubrier fut-elle réellement vécue par l'auteur ?Peu nous importe.Ce qui nous retient, c’est la conception très particulière que Montherlant nous propose de l’amour et de l’amitié.Alban rêve d’entretenir avec la jeune fille une amitié toute masculine, intellectuelle, de la traiter d’égale à égal.Dominique qui n’est pas fort sympathique, ne peut se tenir dans ces limites ; dès lors Alban la méprise et la rejette.Cette dureté pourrait être mise sur le compte de la jeunesse qui se porte facilement aux extrêmes, si elle était au service d’une grande pureté.Mais Alban est sensuel et de la façon la plus vulgaire.Sensuel et orgueilleux, il se permet les plus étranges libertés avec la morale parce qu’il n’a pas « été fait comme les autres ».La conduite du Père de Pestour, son directeur, n'est pas moins singulière.Et le « catholicisme » qu’elle dénote nous paraît fort équivoque.Le mélange de sensualité et d’une réelle grandeur, d’une véritable élévation de pensée, qui deviendra la marque propre de Montherlant, commence, dès ce livre, à devenir déplaisant.Le sport Après l’Armistice, le jeune homme semble avoir éprouvé un certain déséquilibre.Le climat du front lui manquait.Il ne parvenait pas à « hausser la paix au niveau de la guerre ».Bien des jeunes étaient comme lui alors et « peut-être se sont-ils jetés dans le sport comme dans une activité intermédiaire entre le grand lyrisme de la guerre et la bureaucratie de la paix» (2e Olympique).Quoi qu’il en soit de Montherlant, il sut exalter la gloire du stade en des versets de forme daudélienne mais d’une beauté plus classique (l’écri- 270 LECTURES vain avait des dons poétiques qu’il n'a malheureusement pas assez cultivés).Ce furent les Olympiques (1924) aux titres recherchés : le Paradis à l'Ombre des Epées, Les Onze devant la Porte dorée.L’enthousiasme de Montherlant exprimait bien celui d’une jeunesse grisée par la récente découverte du sport qui paraissait lui ouvrir des horizons nouveaux.C’est une morale du dépassement et de la virilité qui se dégage des Olympiques: « De la violence ordonnée, du courage, de la simplicité.quelque chose de vierge et de rude.» Une mystique du sport qui ne manque ni de grandeur ni de vérité, car le sport bien compris a quelque chose de pur et de sain qui peut contribuer à l’établissement d’un bel équilibre humain.L’on ne saurait reprocher au poète de l’avoir chanté si magnifiquement.Mais il n’est pas nécessaire pour cela de tomber dans un culte tout païen du corps, une véritable idolâtrie.Quelques pages, il est vrai, rendent un son plus chrétien, comme P Angélus sur le Stade.L’inspiration chrétienne est pourtant assez courte.Au contraire, nous apparaît, inquiétante déjà, une éthique très proche des Nourritures terrestres, qui prétend tout prendre, tout choisir, tout expérimenter : « Bonheur, souffrance, raffinement, rudesse, fermeté, défaillance, candeur, souillure, sagesse, folie, tout m’appartient et je veux tout avoir, car tout m’est bon si rien ne l’est assez.» Et cela pour imiter la Nature dans ses alternances : « Comme elle, je me refuse à choisir, je veux entrer plus avant dans cette loi universelle du rythme et dans ce jeu divin des compensations ; traduisons cela dans le langage de mon siècle : je veux toucher de tous les côtés ».Un certain enthousiasme juvénile: orgueil de la force qui peut tout, ne suffit pas à excuser de telles proclamations.Mais, dans sa maturité, l’écrivain ne parlera pas autrement : il est bien là sur sa pente.La tauromachie Du culte de la force dérivent aussi les Bestiaires (1926) où nous retrouvons Alban de Bricoule à 17 ans.Le livre nous révèle les violences et les fureurs de ses passions tauromachiques ; il est écrit d’une façon magnifique mais contient des pages exaltées jusqu’à la divagation.Il faut faire, très grande, la part de la littérature pour ne pas le trouver intolérable : a-mour quasi monstrueux pour les taureaux, comparaison renouvelée et indécente du Christ avec Mithra, idolâtrie du soleil, le tout baignant dans un climat de sensualité : c’est plus qu’on en peut supporter de la part d’un garçon qui se dit encore « catholique ».Lit crise des « voyageurs traqués » Un garçon ?Non.Un homme maintenant.Montherlant a 30 ans et sent bien qu’il faudrait choisir entre sa vie et son œuvre.C’est le début d’une crise dont il s’est longuement expliqué (comme toujours et sur tout.) : crise de satiété sensuelle, explosion d’adolescence retardée, nous dit-il, assez semblable à celle de Gide (moins 1 anormal).Le «voyageur traqué» quitte la France pour l’Afrique lui aussi, où il connaît de même la maladie et va errer plusieurs années.Aux Fontaines du Désir (1927) février 1952 271 nous reste comme un témoignage de cette période où « il accomplit la grande vie des sens».Pour lui comme pour Gide, c’est la morale chrétienne qui a tort.Si le premier la déclare impie, le second la voit « distinguée et bête », ce qui n’est pas beaucoup mieux.Mais il y a entre Montherlant et Gide plus d’une différence.S’il y a eu crise morale chez Montherlant, il n’y a jamais eu, semble-t-il, crise religieuse.Ce « catholique » n’a pas d’angoisse ou de déchirement à l’idée de quitter le Christ.Pour cela, il aurait fallu d'abord qu’il l’aimât.Or, nous dit-il, « avant 1925, je me contentais d’un grossier amalgame de paganisme avec un catholicisme décoratif et fantaisiste d’où tout christianisme était absent.Je m’en flattais l’imagination, je faisais joujou avec Jésus-Christ (Service inutile).On ne saurait mieux dire : Montherlant — à la différence d’un Mauriac ou d’un Gide — n’a jamais aimé le Christ.Le seul changement apporté dans sa vie religieuse par sa crise, c’est qu’il ne prétendra plus avoir la foi.Quant à la vie morale, il est grave pour un homme de 30 ans de choisir délibérément la vie des sens.Il ne s’agit plus ici d’entraînements excusables, d’une jeunesse violente et passionnée, mais d’un refus du renoncement salutaire, d’une recherche volontaire d’un « bonheur » qui ne saurait être que le plaisir.Ainsi terminait-il la petite Infante de Castille parue deux ans plus tard (1929) : « Il n’y a pas besoin de laisser une œuvre.Il n’y a pas besoin de sauver l’humanité.Il n’y a pas une idée qui vaille detre sauvée, ni son âme.Il n’y a qu’un but qui est d’être heureux.Avec ou sans l’assentiment des hommes.J’aurai toujours le mien.» Cet assentiment intime ne fut peut-être pas toujours aussi assuré qu’il le dit puisqu’à certaines heures « ce bonheur était voilé.».C’est alors sans doute qu’il écrivait une suite à son beau Chant funèbre pour les Morts de Verdun, paru en 1924, et ravivait les souvenirs de la guerre en composant Mors et Vita (1932).C’est alors sans doute qu’il lisait Port-Royal de Sainte-Beuve, allait à Solesmes, faisait retraite, écrivait un roman de « veine chrétienne » qui ne fut jamais publié.Mais n’est-ce pas dans le même temps qu’il pensait aux Jeunes Filles ?.Et pouvons-nous voir là autre chose que « l’alternance », la trop fameuse alternance qui, après les débordements du paganisme, le jette dans l’austère grandeur janséniste.sans dessein d’y rester ?Le jansénisme, la seule forme du catholicisme qui semble l’avoir attiré, où se situe peut-être la partie « seigneuriale » de lui-même.Les œuvres de la maturité En 1934, Montherlant publiait les Célibataires qui lui valurent le Grand Prix de l’Académie.« Une admirable satire romanesque, charge féroce de noblaillons perdus à Paris.Un chef-d’œuvre de style, de mordant, de vie et son meilleur roman» (P.de Boisdeffre).Un livre d’une ironie amère et sèche.Il n’y a point de charité quoiqu’on y sente la sympathie de l’auteur pour les Messieurs de Coantré et de Coëtquidan qui, dans leur déchéance profonde, conservent encore une certaine grandeur.En 1935, Service inutile plaça Montherlant au niveau des plus grands écrivains.Il faudrait parler longuement de ce livre qui fondait une morale — très haute en 272 LECTURES certaines de ses parties — sur le sentiment de l’honneur, le service gratuit qui ne rapporte pas.On trouve une sorte de résumé de cet art de vivre dans la Lettre d’un Père à son Fils.Il y a là une condamnation de la médiocrité, un amour de la « qualité humaine », un sens du désintéressement qui sont bons à méditer aujourd’hui car ils sont rares et précieux.Malheureusement, l'ouvrage est vicié, foncièrement, par le fait que tout cela n’est pas fondé sur l’amour des hommes.Le Service inutile n’est au fond qu’une façon de se faire plaisir à soi-même, une élégance morale, et ce besoin de hauteur s’affirme trop souvent comme un souci de « prendre ses distances », de se montrer supérieur, différent des autres.Et pourquoi faut-il que l’ancien élève de Sainte-Croix cherche toujours à nous scandaliser ?Après avoir exalté les vertus qui lui paraissent premières : civisme, fierté, mépris, politesse, il ajoute : « Si vous avez ces vertus-là, le reste importe moins.Mais le « reste » c’est la foi en Dieu, l’amour du prochain et la pureté.Ainsi Montherlant trouve-t-il le moyen de se montrer admirable et décevant.On peut considérer comme une suite à Service inutile, l'Equinoxe de Septembre (1938).L’écrivain s'y montre très dur envers la France et les Français.On pouvait estimer alors qu’il en avait le droit.Mais, dans le Solstice de Juin (1941), son patriotisme paraît singulièrement affaibli.Sans doute y trouve-t-on encore des pages pleines de lucidité et de vérité, mais ce livre — publié en pleine occupation allemande — est trop révoltant sur le plan national comme sur le plan chrétien pour que nous puissions admettre son droit à nous donner des leçons.Les Jeunes Pilles ont paru en 1936 ; elles forment une tétralogie : Pitié pour les Femmes (également en 1936), Le Démon du Bien (1937) et Les Lépreuses (1939) achèvent le cycle de ce roman cynique et misogyne qui fut et demeure un scandale.Montherlant entoure ses livres de tout un appareil de notes, références, préfaces et appendices ; aussi nous a-t-il dit ce qu’il avait voulu faire des Jeunes Filles : « Il était dans mon dessein.qu’elles eussent de bout en bout quelque chose de grimaçant et de pénible.» Il y a parfaitement réussi.Grimaçant et pénible, le roman l’est au delà de toute expression.Mais, s’il est aussi foncièrement immoral, ce n’est pas sans ambiguïté.Il nous importe peu que Costals, le héros, soit ou non Montherlant.Celui-ci s’en est défendu énergiquement.En fait, il est difficile de séparer ce personnage inquiétant et odieux de son créateur.L’on ne doit pas être très loin de la vérité en y voyant une « charge » lucide de Monthe#lant.Une espèce de surhomme orgueilleux et sensuel, intelligent et cynique à qui l’auteur prend bien soin de laisser toujours le beau rôle.Avouons que ce n’est pas très difficile.Ses « partenaires » forment en effet un minable trio : une folle que nous ne consentons pas à appeler mystique (Thérèse Pantevin), une vieille fille hystérique (Andrée Hac-quebaut) et une oie sans moralité (Solange Dandillot).Voilà les conquêtes du grand Costals.Dès lors le jeu est facile.« Inférieure, pitoyable, ce n’est pas assez, remarque Madame de Beauvoir, Montherlant veut la fem- février 1952 273 me méprisable.Il se sent perché sur des cimes d’autant plus hautaines qu’entre elles et lui la distance est plus grande.» La seule qui trouve grâce à ses yeux, c’est l’Arabe Rhadidja, un petit animal.Mais que veut et que peut prouver le romancier avec des héroïnes qu'il a d’avance écrasées de son mépris, réduites à une caricature de jeunes filles ?En vérité, on ne le voit pas clairement.Ce que l’on voit, par exemple, c’est le plaidoyer pour la liberté absolue de l’homme et de l’écrivain.Ce dernier est un être à part qui a tous les droits sans aucun des devoirs du commun.« L'homme est fait pour la vie et notamment pour toutes les femmes ».La tendresse d’une femme est pour lui assommante et contraignante.Elle l’enchaîne et nuit à son génie créateur : « L’amour d’une femme est plus à craindre que la haine d’un homme ».Et, par conséquent : « La mariage chrétien est pour l’homme une monstruosité.» D’autre part, l’amitié avec une femme est impossible.L’exemple d'A.Hacquebaut tendrait du moins à le prouver (que l’on y joigne celui de Dominique, du Songe.).Donc les femmes ne peuvent que faire du mal à l’homme.Elles sont « les lépreuses » dont il stigmatise fortement les infériorités morales et physiologiques (avec une élégance.) pour « déshonorer l’Amour ».Après cela, comme notre grand homme ne saurait se faire ermite, il prend « la lépreuse dans ses bras » et le grand triomphe, après l’aventure, sera de « n’avoir pas attrapé la lèpre ».Cette expression symbolique de la morale de Costals (ou de Monther.'ant?) est le dernier mot des Jeunes Filles, semble-t-il.Peut-être pourrions-nous tirer du livre un sens plus profond : c’est que l’homme qui se refuse à aimer demeure seul, définitivement, en face de sa destinée.Il n’est pas impossible que, ce sens, Montherlant l’y ait mis involontairement.On se demande parfois si Costals, le héros surfait, ne camouflerait pas un drame.Mais saurons-nous jamais quelle a été la part du jeu, la part du cabotinage et la part du drame dans la vie de l’écrivain ?Le roman ne manque pas de qualités littéraires.Il a de la vie, du relief, malgré la charge des personnages féminins.On pourrait même retrouver, sous le cynisme et la brutalité, une part de vérité.Les monologues de Costals sont cependant ennuyeux.Et tout cela est tellement scabreux.C’est trop peu de dire qu’on ne peut le mettre entre toutes les mains.Je crois pourtant que le sentiment qui domine chez un lecteur « averti » que l’immoralité ne troublerait pas, c’est l’accablement.Le mépris qui s’exprime dans ce livre dépasse même l’élément féminin, il atteint toute l’humanité.Les Jeunes Filles ont quelque chose d’odieux.Le théâtre Le théâtre de Montherlant n’est pas plus authentiquement chrétien que le reste de son œuvre.Du moins y trouvons-nous deux pièces d’une grande élévation de pensée, d'une véritable noblesse.Nous avons nommé La Reine morte (1942) et Le Maître de Santiago (1947).On pourrait y joindre Ma-latesta (1946) qui n’atteint pas toutefois à la même beauté.Les deux premières pièces mar- 3uent le sommet de l’œuvre « mon-îerlantienne ».La Reine morte est plus complexe, plus chargée d’humanité ; Le Maître de Santiago, 274 LECTURES plus nu et plus dépouillé.Toutes les deux sont, par le style, d'une grande beauté : un style inoubliable, toujours lié à l’action, aux personnages, plein de noblesse et de grandeur, de force et de hauteur selon qu'il est nécessaire ; il possède même, avec Inès de Castro.comme un adoucissement, une tendresse à laquelle l’auteur ne nous avait pas habitués.Le vieux Roi Ferrante de la Renie morte est machiavélique et cruel.C’est un personnage très montherlantien.Pourquoi fait-il tuer Inès puisque le meurtre est devenu inutile ?« Un Roi est comme un grand arbre qui doit faire de l’ombre ».Etrange devoir, singulière grandeur.Le personnage d’Inès de Castro — historique — domine la pièce et lui donne toute sa dimension.C’est une vraie chrétienne pure et forte, pleine d'humanité et de grâce.« On dirait que vous êtes née d’un sourire », observe Ferrante.Pedro est « une eau peu profonde » et ce n’est sans doute pas son amour qui l’affaiblit, mais une médiocrité très réelle.Les intentions de l’auteur demeurent assez imprécises.Désire-t-il que nous admirions malgré tout la « grandeur » du Roi ?.Du moins ne nous y oblige-t-il pas.Le personnage d’Inès est assez beau, il a assez de poids pour faire pencher la pièce de son côté, pour créer la grande œuvre que, nous, nous désirons.Et quel soulagement de voir enfin une vraie femme.Le Maître Je Santiago, « admirablement construit, où tout est solidité, concentration, dépouillement, m’apparaît, écrit L.Chaigne, comme l’expression parfaite de ce jansénisme de Montherlant sur lequel, à maintes reprises, celui-ci nous oblige à nous pencher.» Le personnage de Don Alvaro est certainement nourri des valeurs chrétiennes qui ne sont pas étrangères à Montherlant.Sa dureté de cœur, son orgueil, nous empêchent de le prendre pour un saint.Mais l’auteur le présente lui-même, non pas comme un chrétien modèle, mais, « par instants », dit-il, comme « une contrefaçon de chrétien ».Il nous apparaît en contradiction avec l’Evangile en ce que, ascète aux terribles rigueurs, il ne sait pas se dépouiller de lui-même.II fait toujours ce qui lui plaît et ne « perd » jamais « son âme ».Un janséniste ?Oui, sans doute, en observant toutefois que le jansénisme authentique, celui des Granges ou de l’Abbaye, ne fut pas aussi totalement privé de charité, en dépit de ses erreurs et de son orgueil.Le jansénisme dont il s’agit est celui de Montherlant, celui d’un homme qui se trouve toujours, semble-t-il, dans l’incapacité d’aimer.Quoi qu’il en soit, la pièce est d’une haute inspiration ; elle demeure incompréhensive en dehors du climat chrétien.Elle nous élève à un ordre de préoccupations morales que nous atteignons rarement aujourd’hui au théâtre.Il faut remonter jusqu’au Grand Siècle pour retrouver cette pureté classique et jusqu'à Corneille pour entendre des accents aussi beaux.Mala/esta, représenté un an auparavant, n’offrait pas, à beaucoup près, le même intérêt.Le condottiere de la Renaissance, cultivé, irréligieux, machiavélique, mais homme d'honneur à sa façon, est fort différent par le caractère qj Maître de Santiago.Il oppose ù l’austère et pessimiste renoncement de Don Alvaro une joie de vivre païenne et sensuelle.Le person- février 1952 275 nage du Pape est traité avec respect.Isota est une épouse fidèle et indulgente, mais elle n’a pas la grandeur d'Inès et de Mariana.La pièce possède « un peu de la familiarité et gentillesse italienne qui donne à Alalatesta un ton très différent du ton « fraise espagnole » du Maître de Santiago » (Préface de l'auteur).Elle nous convainc de la grande culture de Montherlant, elle nous donne un nouvel exemple de sa langue belle et noble, mais elle ne possède pas le pouvoir qu'avaient les autres de nous toucher et de nous émouvoir.Ht, si l’on en peut tirer une leçon morale, elle est toute négative.Le théâtre de Montherlant comprend encore quelques petites pièces très courtes dont nous ne parlerons pas ici : Fils des autres.qui se rattache à la Relève du Matin, et Un Incompris, qui développe un thème des Jeunes Filles.On peut y joindre l’Exil, plus ancien.Au cycle des Jeunes Filles se rattachent de façon différente deux pièces plus importantes.Fils de personne touche à des problèmes de paternité déjà exposés par Costals.Un père — qui ne s’est pas donné la peine d'éle-ver son fils — se prend tout à coup d’amour pour lui, puis le laisse tomber parce qu’il ne lui donne pas satisfaction.C’est à peu près l’attitude de Ferrante envers Don Pedro : « En prison pour cause de médiocrité », disait celui-ci.Fils de personne, écrit l’auteur, « est un drame de la qualité humaine : un père rejette son fils parce que celui-ci est de mauvaise qualité.» Comme la mère de son côté le sacrifie à ses désirs, l’enfant est moralement abandonné de tous : fils de personne.Montherlant a voulu, dit-il, exposer son cas et non défendre une thèse.Néanmoins, « certaine cruauté consciente, une lucidité qui ne se prête guère à l’indulgence, une dureté enfin qui est la forme épurée de l’amour » (P.de Boisdeffre) lui ressemblent beaucoup.Techniquement, la pièce est très bonne, mais elle est irritante.Il faudrait tout de même prouver qu'on peut traiter un enfant comme une paire de chaussettes.Demain il fera jour en est l’épilogue déconcertant.Ce fut l’unique échec de Montherlant.Celles qu’on prend dans ses bras (1950) est «une sorte de post-scriptum venimeux à la série des Jeunes Filles », écrivait G.Marcel dans les Nouvelles Littéraires.Mademoiselle Andriot est une variante d’A.Hacquebaut et Ravier un autre Costals.Il n’y a aucun bien à en dire.« Ce qui est extraordinaire dans l’ouvrage, c’est un mélange de pompe et de muflerie », dit le même critique.Ajoutons que, pour traiter de tels sujets, l’on ne saurait user du ton « seigneurial ».Ce retour à la pire de ses veines atteint tout le théâtre de Montherlant.Sans doute ce fait ne détruit pas la beauté intrinsèque de la Reine morte ou du Martre de Santiago, mais affaiblit singulièrement leur portée, puisque la grandeur, chez l’écrivain, ne saurait être que l’effet de « l’alternance », d’une oscillation entre le spirituel et le charnel, l’admirable et l’odieux.Nous la payons trop cher, cette sublimité, s’il nous faut descendre d'autant plus bas qu’elle nous a élevés plus haut.Et il nous faut sans doute perdre l’espoir de voir Montherlant se fixer définitivement dans un « ordre de vie » dont il garde la nos- 276 LECTURES talgie, dit-il, et qu’il appelle, non sans raison, « le lieu de (sa) meilleure inspiration ».?L'écrivain a connu tout de suite le succès et c’est ainsi qu’il a pu se donner le luxe de le mépriser (en paroles, car il soigne fort sa publicité et par des moyens sans élégance).Il a connu le succès beaucoup plus vite qu’un Claudel ou un Gide et aussi durablement qu’eux.Ceci est d’autant plus étonnant que son œuvre est en grande partie inactuelle.Lui-même est « anachronique » : un homme de la Renaissance et même de l’Anti-uité égaré au XX* siècle, a-t-on it.Son style le place parmi les classiques, et les plus grands.Quoi qu’il en soit, il fut et continue d'être lu.Son influence a dû être grande chez les jeunes des années 1924-1936 et les générations suivantes.Peut - être aussi grande que l’avait été celle de Gide et à peu près aussi néfaste.«Je suis frappé, disait naguère F.Mauriac, quand je cause avec des écrivains de 25 ans, de l’influence qu’a eue Montherlant sur certains d’entre eux, et là encore sur ceux qui eussent été « du Christ ».Montherlant qui lui-même, par ses origines, par le meilleur de sa nature, par l’accent même de son style, aurait dû être un affluent puissant de ce fleuve dont je crains qu’il n’ait au contraire abaissé le niveau » (Figaro, mai 1949).Il est à craindre, en effet, que l’écrivain qui donnait tant de promesses avec la Relève du Matin ne soit à classer définitivement parmi les plus dangereux.Sa responsabilité nous semble très lourde.Elle ne nous paraît pas atténuée par le fait qu’on peut trouver dans son œuvre, en face de tant de blasphèmes, des Pages catholiques (isolées par Madame Kasterka, 1947) ; en face de tant de cynisme et de brutalité, des Pages de tendresse ; en face de tant d’immoralité, des leçons de courage et d’énergie : Lit Vie en forme de Proue.Non, tout ce qu’il y a de beau, tout ce qu’il y a de grand (et que nous avons loué au passage) en cet écrivain ne nous paraît ni compenser trop de choses révoltantes et scabreuses, ni atténuer sa responsabilité.On serait tenté de dire «au contraire».Car, ce qui nous révolte en lui, plus que tout, c’est qu’il ait voulu établir entre ceci et cela un système de compensation, une alternance calculée qui pose en principe toutes choses comme équivalentes et détruit l’une par l’autre.Pour un écrivain d’hérédité et d’éducation catholiques, cette prétention est monstrueuse.Elle suppose chez lui une ignorance ou un mépris du christianisme que nous avons peine à imaginer.Sans doute, fait remarquer P.Archambault, « il est permis à un homme de ne pas recouvrir dans sa pensée et dans sa vie le champ immense de l’exigence chrétienne.C’est souvent le sort des plus grands.Mais ce qui ne lui est pas permis, c’est d'entretenir, de nourrir, de cultiver simultanément en soi une « veine chrétienne » et une « veine païenne » pour, à tour de rôle, stimuler, compromettre ou guérir l'une par l’autre» (La Croix, 19 avril 1948).A quoi bon insister davantage ?C’est l’Evangile même qui condamne l’alternance : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera FÉVRIER 1952 277 l’autre» (Matthieu, VI, 24).Et Montherlant donne raison à l’Evangile puisque, malgré ses prétentions à nourrir une « veine chrétienne », il n’a pas craint de mépriser, de ridiculiser ce qu’il appelle les « séquelles du christianisme » et qui nous paraissent à nous ses exigences essentielles : la charité, l’humilité, la douceur, etc.Puisque, de son propre aveu, il n’a jamais été un chrétien authentique mais un homme qui a adoré la morale naturelle « à travers les formes de la machine catholique », un homme qui ne croit pas en Dieu, dont la formation, le tempérament même sont l’oeuvre du paganisme et qui cherche dans l’Eglise catholique à « retrouver l’Antiquité vivante » (cf.la préface à la Relève du Matin).La « veine chrétienne » de l’écrivain est à chercher, avons-nous dit, du côté du jansénisme.Elle exalte une orgueilleuse grandeur, un héroïsme surhumain pour ne pas dire inhumain (à moins qu’il ne soit au contraire trop humain).Elle nous offre l’image déformée d’un christianisme sublime peut - être, mais jamais surnaturel et gravement incomplet parce que toujours privé d’amour.Cette absence d’amour, de charité, comme elle pèse sur la vie et l’œuvre de Montherlant.Elle en est le caractère le plus général et le plus accusé.« Il y a dans mon œuvre, a-t-il écrit dans une postface à Fils à personne, un thème du rejet.Dans tout ce que j’écris, il y a toujours quelqu’un qu'on envoie par-dessus bord.De rejet en rejet, on finirait peut-être par voir apparaître une morale, comme le marbre rejeté fait la statue.» Une morale certainement, et plus qu’une morale.car ces rejets suc- cessifs sont l’effet du mépris et le mépris c’est le contraire de l’amour (aussi bien que la haine).Dans l’œuvre de Montherlant où tout s’oppose et s’annihile par l’alternance, la seule chose positive et constante que nous trouvions, c’est le mépris : mépris du christianisme ui « dévirilise l’homme », mépris ’une « morale de midinette » pêle-mêle avec de vraies valeurs, mépris des biens, mépris des femmes, mépris des nobles et des bourgeois, mépris de l’homme et de la solidarité humaine, mépris si total de tout qu’il réduit tout au néant sauf « Moi ».C’est la grande différence entre Gide et Montherlant.Le premier s’est ouvert à tout et à tous, voulant « assumer le plus d’humanité possible » et jusqu’à en perdre l’unité.Le second s’est fermé sur son Moi, ne songeant qu’à l’approfondir égoïstement sans l’élargir.Il est le solitaire : « Ni famille, ni foyer, ni groupe.Solidaire de rien ni de personne.Toujours cavalier seul.Car, dit-il, « le commun a besoin des œuvres des autres, le créateur n’a besoin que des siennes» (Carnets).On multiplierait les citations où il se fait gloire de sa solitude, disant à qui veut l'entendre à quel point il peut se passer des autres.Cabotinage ?Certainement.Cet écrivain si dédaigneux ne refuse, en pratique, ni les honneurs ni les distinctions et il lui arrive bien quelquefois de sortir de sa tour d’ivoire.Mais ce cabotinage cache peut-être un drame réel et, pour parler le langage de notre siècle, ce complexe de supériorité n’est peut-être que le camouflage littéraire d’un terrible complexe d'infériorité.Mais cela, c’est son secret.Il reste que cette œuvre a quelque chose de profondément déce- 278 LECTURES vant.« Acdificabo et destruam » : telle est la formule célèbre.Mais l'œuvre de Montherlant détruit beaucoup plus qu’elle n'édifie, parce qu’elle détruit d’abord la permanence intérieure, la fidélité à soi-meme, le sens des vraies valeurs.C’est par là, et par là surtout, qu’elle est pernicieuse.C’est à cause de cela que nous devons la condamner radicalement, quelle que soit la hauteur des sommets qu’elle ait pu atteindre.« De tous les écrivains de sa génération, Montherlant fut sans doute le plus magnifiquement doué, celui dont on a pu le plus attendre et qui nous a donné les plus vives déceptions.Mais il a perdu très vite la fraternité des hommes : il s'est complu puis déifié dans une solitude hautaine et l’orgueil a peu à peu fait le vide autour de lui.Il y avait pourtant en lui de quoi faire mieux qu’un grand écrivain, un grand homme.Pourquoi n’est-il devenu que le plus grand de nos rhétoriqueurs ?» (P.de Boisdef-fre).Pourquoi ?Parce que, sans doute, on ne choisit pas impunément de faire passer sa vie avant son art quand on a une telle vocation d’écrire ; parce qu'on ne coupe pas ses racines spirituelles sans se vider du meilleur de soi-même et que l’on ne peut se retrancher de la communion humaine sans s’appauvrir dangereusement.Parce qu’enfin le secret de la grandeur n’est pas dans une prétendue maîtrise du monde, mais dans la parfaite maîtrise de soi.« A ce passionné de grandeur, il a manqué le secret de la grandeur » (Victor Poucel, Etudes).R.-M.Desnues _ -Nouveautés- De la collection LA GRANDE AVENTURE AU PAYS DU RANCH par Mgr Clovis Mollier Cet ouvrage nous reporte aux jours un peu lointains (1910) de la colonisation des plaines de l’Ouest canadien.Ce fut une époque héroïque où, comme toujours en pareilles circonstances, le comique se mêle au tragique.128 pages, format 6M x 9Va :$1.00 (par la poste: $1.10) LES BROUSSARDS DE L’OUEST par Mgr Clovis Mollier Ce volume fait suite au précédent intitulé « Au pays du ranch ».Mgr Mollier y continue, sous formes d’anecdotes et d’aventures, l’histoire de la mise en valeur des plaines de l’Ouest.Un volume très amusant, spirituel, qui plaira à tous.114 pages: $1.00 (par la poste: $1.10) CONTES POPULAIRES GASPÉSIENS par Carmen Roy Ce recueil, débordant de féerie, se double d’un intérêt scientifique destiné à nous éclairer sur le conte populaire, tel que transmis, de bouche en bouche, par nos ancêtres.160 pages: $1.00 (par la poste : $1.10) février 1952 279 NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES Choix d'ouvrages Des ouvrages critiquée dans le présent numéro, nous mentionnons sous celle rubrique, quelques-uns de ceux qui sont le plus susceptibles de distraire sainement, d’instruire ou d'élever les lecteurs auxquels ils conviennent.Le Jail de signaler ici ces livres ne veut pas dire qu ils peuvent être conseillés à tous indistinctement, comme on peut le constater en se réjérant à la critique et à la cote morale.RELIGION Doctrine STARKEY-GREIG (Mary), Le creuset de t'amour.Le Purgatoire.Spiritualité PANNETON (Chan.Georges), Vous qui souffrez.PARVILLEZ (A.de), s.j., La joie devant la mort.Mariage SOUV ENANCE (Claire), Initiation à l’amour conjugal.SCIENCES SOCIALES Coutumes CARET (Jean), Familles d'hier et d’aujourd'hui.LITTÉRATURE FRANÇAISE Romans BOUTRON (Michel), Hans.DUHAMEL (Georges), Cri des profondeurs.L'ERMITE (Pierre), Le fiancé invisible.MAZO DE LA ROCHE, Croissance d’un homme.BIOGRAPHIES BADET (Henri), Charmeur d’Indiens.Le général Rondon.DUCOS (A.), Sous le col bleu.Eugène Conort.HUNERMANN (G.), Fleur des marais.Maria Gorelli MOREAU (Abel), Pie X, le pape au cœur ardent.280 LECTURES Ouvrages RELIGION Ecriture Sainte * * * Le Cantique des Cantiques.Traduit et commenté par D.Buzy.Paris, Ed.Letouzey et Ané [1950].229p.18.5cm.En une introduction de vingt-six pages, le traducteur et commentateur présente de façon magistrale ce livre de l’Ancien Testament.Il y traite d’abord de sa cano-nicité, de l’époque de sa composition, de sen auteur, de l’usage du verset et de l’intégrité du texte qui nous est parvenu.C’est alors qu’il touche à la nature même du Cantique : est-ce une allégorie, un drame, des poèmes ?Il en vient alors à l’opinion que nous possédons, en plus d’un prologue et de neuf fragments isolés, une série de sept poèmes, dont trois dialogues et quatre monologues.Mais ce n’est pas tout d’affirmer, et le R.P.Huby prouve ses assertions.Avant de terminer l’auteur précise le sens et la portée du commentaire qu'il entend donner au Cantique des cantiques.C’est « un livre de science, écrit-il, servant la vérité et non la fantaisie, recherchant le sens littéral, qui est le sens voulu par le Saint-Esprit, à l'exclusion du sens accommodative ».Ce volume sera donc très utile aux professeurs d’Ecriture Sainte er raison meme de la réputation du commentateur.De plus, il rendra de grands services, à cause de sa concision, de sa discrétion et des leçons spirituelles que le commentateur y dégage après chaque poème.Roland Germain Doctrine DUHR (Joseph), s.j.Le dogme de l’Assomption de Marie.Supplément du Précis de Théologie Dogmatique de Mgr B.Bartmann.Mulhouse, Ed.Salvator, 1952.23p.21.5cm.La proclamation par le Souverain Pontife Pie XII du dogme de l’Assomption de Marie, le 1er novembre 1950, a rendu périmé, dans tous les traités de Théologie, le chapitre consacré à l’Assomption.C’est pourquoi les Editions Salvator, tenant à la mise à jour de l’excellent Précis de Théologie Dogmatique de Mgr Bartmann dont le succès et la réputation ont conquis légitimement les faveurs du clergé et des étudiants, ont confié à un spécialiste des questions mariologiques, le R.P.Duhr de la Société de Jésus, la mission de rédiger un nouveau chapitre destiné à remplacer l’ancien.Dans les 24 pages du travail du P.Duhr, les lecteurs trouveront une mise au point d’une parfaite clarté, avec une bibliographie totalement à jour : I.des principes théologiques, IL de l'évolution de la croyance à l’Assomption de la Vierge, dans la liturgie et la théologie, III.de la proclamation du dogme.Ce complément indispensable du Précis de Théologie de Bartmann sera le bienvenu et rendra service février 1952 281 à tous les membres du clergé qui voudront mettre au point leurs connaissances sur le nouveau dogme.E.S.STARKEY-GREIG (Mary).Le creuset de l'amour, le Purgatoire.Trad, par Marie René-Bazin.Préf.de Jules Lebreton, s.j.Poèmes traduits par René-Salvator Catta.Paris, Spes.[1950], 249p.19cm.SI.35 (par la poste: $1.45).Rares sont les livres sur le Purgatoire qui peuvent être lus avec profit spirituel par d’autres que les théologiens.En voici un dont le titre résume à merveille la substance : le Purgatoire en regard de la vie spirituelle.Ce livre est un traité de théologie mystique mis à la portée des âmes religieuses.L'auteur, en effet, nous invite à la contemplation des perfections divines, en nous faisant méditer sur l'état et les purifications des âmes du purgatoire.Ces âmes ne sont-elles pas des « mystiques » qui parachèvent au purgatoire, « creuset de l’amour », les « purifications passives » nécessaires à l’union é-ternelle avec Dieu ?Cette doctrine, exposée avec clarté et simplicité par une mystique qui l’a d’abord vécue, est répartie sur plusieurs chapitres qui sont autant de méditations tripartites qui nous font successivement réfléchir sur Dieu, l’Eucharistie et Marie en regard des attributs divins et du Purgatoire.Sans aucun doute, l’auteur a-t-elle voulu fournir à ses consœurs, Dames Auxiliatrices du Purgatoire, un livre où elles puissent se pénétrer d’une « spiritualité» du Purgatoire en rapport avec leur idéal religieux propre.La préface doctrinale du P.Jules Lebreton, s.j., nous est dès le début une garantie que ce volume ne contient rien qui ne soit théologiquement sûr et solide.Il constitue donc un guide autorisé pour qui veut pénétrer, par l’esprit et le cœur, dans ce monde mystérieux auquel nous rattachent tant de liens surnaturels et humains.P.Marie-Antoine, o.f.m.cap.Spiritualité PANNETON (Chan.Georges).Vous qui souffrez.Exhortations, lectures, prières pour tous malades et affligés.Quatrième édition, 15° mille.Montréal, Fides, 1950.139p.h.-t.20cm.SO.75 (par la poste : $0.85).Un ouvrage qui suscitera d'enrichissants contacts avec soi-même, avec ses semblables, avec Dieu.Les lectures de Vous qui souffrez sont propres à éclairer l’intelligence, à fortifier la volonté des malades et des affligés, dans la pratique des vertus de renoncement, d’acceptation.Les prières qu’on y trouve peuvent non seulement répondre à la dévotion des souffrants, mais encore éclairer cette dévotion.Par son contenu, ce livre est le « guide la journée » du malade.Forcément concises, les lectures nous font voir aussi en Vous qui souffrez un livre de départ, c’est-à-dire un livre susceptible d’éveiller le goût de la lecture de la vie des saints et des ouvrages de spiritualité, chez ceux qui souffrent dans leur corps ou dans leur âme.Jacques Picard, c.s.c.PARVILLEZ (A.de), s.j.La joie devant la mort.Essai d’une éducation de la conscience.282 LECTURES Paris, Ed.Montaigne [1951].267 p.19cm.(Coll, la Vie intérieure).Voici un excellent livre de méditation.Il découvre à tout homme sérieux — pas au fidèle seulement — le vrai visage de la mort.Il pavoise de joie, de confiance, de sécurité, d'amour le chemin austère i|ui nous y mène irrésistiblement.Le P.de Parvillez est un fin lettré.De ses notes, il cueille une abondante moisson de citations qui forment une véritable « somme » des jugements et des attitudes des écrivains, des philosophes, des artistes et des saints en face de la mort.Au nom de la raison et de la foi, il réfute ou corrobore leurs témoignages.Il nous introduit d’abord au cœur du problème humain de la mort, «l’unique problème» qu'il faut tôt ou tard, de gré ou de force, se poser.Après avoir exposé et réfuté les solutions insatisfaisantes des incroyants, en plusieurs chapitres aux aspects variés, parfois neufs, qui vont de la théorie aux faits, l’auteur développe la réponse de la foi.« Tous ceux que la mort attend », à qui s’adresse ce volume, acquerront par sa lecture une connaissance plus vraie et plus nette de la mort.Mais ils ne perdront sûrement pas pour autant le goût de vivre.Au contraire, beaucoup, sinon tous, se découvriront la volonté de mieux vivre.C’est le gain que doit faire réaliser aux vivants la pensée de la mort.P.Marie-Antoine, o.f.m.cap.Mariage DUVAL-AUMONT (CI.).Les problèmes de la natalité au foyer.Exposé moral et biologique.7° édition.Tournai, Casterman, 1949.135p.19.scm.(Coll.Pro Pamilia, no 4).S 1.25 (par la poste : $1.35).La réputation de la collection Pro Pamilia, éditée conjointement par l’Action Familiale de Bruxelles et Casterman, n’est plus à faire.Tous connaissent en effet les merveilleux ouvrages de Pierre Du-foyer et la lecture du présent volume complète les enseignements déjà recueillis parmi les autres livres de cette collection.Deux parties bien distinctes composent ce petit ouvrage : Problèmes et solutions et Pages de spiritualité.Dans Problèmes et solutions, l’auteur offre une vue d’ensemble de la question.Après s’être interrogé sur le devoir de la procréation, il en vient aux intérêts en ce domaine : puis, tout naturellement, il sc demande s’il faut laisser à l’instinct le soin de fixer le nombre des naissances ; vient alors la uestion : combien doit-on avoir ’enfants ?Un pas de plus, et nous sommes au cœur du problème : méthodes légitimes de limitation des naissances, explication de la méthode morale, nouvelles découvertes et critères qui légitiment l’emploi de la méthode de continence périodique.Dans la deuxième partie, CL Duval-Aumont souligne quel esprit il faut apporter aux relations conjugales et à la fécondité aussi bien qu’à la continence périodique dans la vie chrétienne.L'auteur termine enfin son ouvrage en nous exposant son opinion sur un foyer chrétien en face des fins du mariage.En somme, un excellent volume qui permettra aux époux de con- FÉVRIER 1952 283 naître la pensée de l’Eglise en un domaine où l’on croit que la rigueur et la sévérité sont de mise : chacun en efifet constatera que les principes de morale ne changent pas mais que l’application doit en être faite selon le jugement d’un esprit éclairé et d’une conscience droite, avec le conseil de personnes autorisées.Roland Germain SOUVENANCE (Claire).Initiation à l’amour conjugal.Livre de la fiancée.Le Puy, Ed.Xavier Mappus [cl950].223p.16.5cm.Il s’est écrit de nombreux livres sur l’initiation à l’amour conjugal, les uns sans valeur ou maintenant désuets, les autres heureusement bien faits, utiles et pratiques.L’ouvrage de Claire Souvenance se range parmi ces derniers et, ce qui n’est pas à dédaigner, constitue un témoignage personnel du bonheur conjugal de l’auteur, raconté très simplement à sa fille aînée fiancée.« La bouche parle de l’abondance du cœur », pense-t-on en entendant cette mère de nombreux enfants, veuve de guerre, exprimer des choses vraies parce que puisées dans le concret de son existence.L’auteur nous définit d’abord l’amour véritable comme un sentiment d’oubli de soi et de don total, qui conduit à l’intimité la plus grande qui puisse exister entre deux êtres sur terre.Elle rap pelle que l’union charnelle est le complément de toutes les autres commencées dès les fréquentations; elle insiste sur le fait que cette union charnelle sera d’autant plus belle et mieux réussie que les fiancés auront eu le souci de s’unir d’abord sous tous les autres aspects de la personne humaine et chrétienne.Le mariage véritable produit les fruits de la fécondité, c’est-à-dire les fruits de l’amour ; les enfants qui seront « rayonnants de grâce », à la suite de leurs parents, dans la mesure où ceux-ci auront saisi le rôle inouï de la grâce et se seront laissés prendre par elle.Dans ce chapitre sur la grâce, l’auteur se montre particulièrement éloquente alors que, dans les précédents, elle s’est révélée très délicate dans l’explication des moyens qui favorisent l’union parfaite et ses heureuses conséquences.Toutes les fiancées, et ceux que ces questions concernent prendront intérêt et trouveront profit à la lecture de cet ouvrage.Simone Germain SCIENCES SOCIALES Coutumes CARET (Jean).Familles d’hier et d’aujourd'hui.Paris, Bonne Presse [1951].256p.18.5cm.Jean Caret a fait une incursion dans les temps révolus et, aux écoutes des drames douloureux de la famille humaine en quête de son unité, a voulu retrouver cette unité sur le plan de la famille tout court.Le dualisme du monde actuel ne devrait-il pas s’inspirer du dualisme conjugal qui sait cependant réaliser l’union autour du foyer ?284 LECTURES Or l’histoire reste le roman le plus palpitant, le plus passionnant même, qu’il s’agisse seulement comme ici de l’histoire apparemment la plus monotone possible : fiançailles, mariage, vie des époux, naissance des enfarfts, leur éducation.Et puis, le sort commun à tous : la mort ! Ce cycle éternel se répète, depuis qu’il y eut des hommes sur terre, à des milliards d’exemplaires.Y a-t-il là matière propre à séduire l’imagination, comme un roman ou une série de nouvelles ?L’auteur a tenté sa chance en la matière, cela sous la forme de nouvelles historiques.Les données en sont rigoureusement exactes, qu’il s’agisse de la révolution en Egypte pour que la famille royale reçoive elle aussi les privilèges d’immortalité réservés aux grands de ce monde — revendication de caractère démocratique concernant la vie d’outre-tombe — ou qu’il s'agisse d’une comparaison entre la famille française et la famille anglaise au début du XX*‘ siècle.Ce livre vous conduira aussi en Grèce, puis à Rome, puis en Gaule, aux premiers temps du christianisme, puis en Chine ; de là vous reviendrez en France, aux années du bon roi Henri, d’où vous serez entraînés aux heures sombres de la Terreur, aux heures calmes du Second Empire.Vous prendrez part à des fiançailles, à une naissance, à des morts, à des peines d’amour, à des passions contrariées.Vous serez initiés à l’éducation des jeunes filles et des garçons, cela à différentes époques et dans différents pays.Mais surtout vous retrouverez en tous temps et en tous lieux ce souffle pré-chrétien, puis chrétien, qui sanctifiera l’union de deux êtres comme les fruits de cette union.* * ?BEAUX-ARTS Loisirs En montagne avec Jean l’Aiglon.Paris, Centre national des Gœurs vaillants et Ames vaillantes de France [1947].24lp.ill.15cm.(Coll.Oriens, no 2).Ce livre s’adresse aux Responsables qui s’occupent de petits garçons dans les réunions de loisirs, les patronages, les colonies de vacances, groupements de jeunes enfants, afin de les aider dans la prise en charge de ces enfants et l’œuvre éducative à mener auprès d’eux.Mais il peut aussi être un auxiliaire précieux pour les mamans, les catéchistes, qui s’en inspireront pour traduire leur enseignement dans les activités proches des besoins des enfants, les aidant ains* à assimiler les vérités qu’on leur enseigne.Il comprend un programme de formation suivant le cycle liturgi-ue et centré autour de l’histoire ’un petit garçon, Jean, qui vit avec ses parents, sa sœur jumelle et son grand-père, dans un village de montagne.L’histoire prend vie dans des activités variées, jeux, occupations naturelles et moyens d’expression propres à des petits.Ce livre ne prendra sa vraie valeur que dans la mesure où ceux pour qui il est écrit sauront le découvrir et l’utiliser.E.F.FÉVRIER 1952 285 LITTERATURE FRANÇAISE Ecrits divers POITIERS (Jean de).La voie hiérarchique.(Choix de lettres et circulaires écrites au rythme d’une armée de seconde zone par un rescapé du style administratif.) Paris, Paul Mourousy, 1948.135p.19cm.(Les Cahiers d'Art et d'Amitié).Dangereux L’après-guerre aura vu fleurir toute une littérature d’actualité.Après les horreurs ou les héroïsmes des camps de concentration, après les hauts faits des maquisards ou les complots des réactionnaires, voici, en pleine activité, dans une atmosphère humoristique et romanesque, les rouages de I’adminis-.tration militaire, et, par similitude, ceux de toutes les administrations d’une démocratie bouleversée et décadente.Jean de Poitiers manie habilement l’arme, redoutable en France plus que partout ailleurs, du ridicule.Mais on craint que tout ce charabia administratif qui nous passe sous les yeux ne soit vrai et que l’homme ne se montre aussi inhumain dans l’administration que dans les camps de concentration.Ouvrage à la fois amusant et triste, qui fait rire le lecteur aux dépens de l’homme.Nous le voyons méprisable, et ce livre ne nous donne aucun espoir de le voir reprendre sa dignité et son bon sens perdus.A ce titre seul, ne devrait-il être lu que par des gens avertis.Mais l’intrigue amoureuse qu’il développe appelle de plus graves réserves encore.En France, on a jugé ce livre à la fois courageux et scabreux.Ce dernier qualificatif est surtout à retenir.P.Marie-Antoine, o.f.m.cap.Romans BOUTRON (Michel).Hans.Roman.Paris, Segep [c 1950].202p.18.5cm.Hans est un roman à thèse cjui tente de prouver la vocation des peuples à la fraternité.Ecrit dans un style inégal, cet ouvrage réussit pourtant à tenir en haleine jusqu’à la fin, même s’il comporte quelques longueurs.Hans est un officier allemand fait prisonnier et amené dans un village français où il entre au service d'un fermier paralytique.Le fils de ce dernier, Louis, aigri par la perte d'un bras au maquis, est partagé entre la haine et la pitié à l'égard du nouveau venu.Sa mère, madame Rose, au contraire, manifeste une véritable affection maternelle pour Hans.Entre Louis, Mme Rose et Hans se joue un véritable drame intérieur ; les deux hommes subissent insensiblement l’influence de la charité de la mère.Après bien des événements qui conduisent Louis au meurtre d'un villageois, Hans est transféré dans un camp de bûcherons où le souvenir tenace de l’exemple de miséricorde fraternelle de Mme Rose le poursuit au point de lui apporter la vérité qu’il exprime dans une longue lettre adressée à la fermière.Un accident — ou un suicide — entraîne en même temps dans un précipice le prisonnier et de gros arbres récemment abattus.L’auteur n a pas cru opportun de dissiper ce doute.Il termine en mettant toutefois l’accent sur l’espérance et la foi en un avenir de compréhension et d’amour entre les hommes.Si Michel Boutron n’a pas écrit de main de maître, il a le mérite d’avoir évité les embûches d’un 286 LECTURES genre faux et d’avoir su nous remuer.Souhaitons que cet ouvrage dépose au cœur de chaque lecteur ce désir de paix dont l’humanité a tant besoin.Simone Germain JURDANT (Louis-Thomas).Tricheurs.[Paris] Bonne Presse [1951].198p.ill.20cm.(Coll.Le ruban bleu, no 59).John Sunkist, de Chicago, est une espèce de vagabond-philosophe que la vie a malmené, mais s’il est d’une indépendance farouche, l’homme est droit et s’est donné pour tâche, dans ses pérégrinations à travers le monde, de défendre les faibles opprimés et de contrarier les « tricheries » des hommes.Un soir, il trouve dans un bois un portefeuille bourré de billets de banque, mais il est probe, méprise l’argent et le reporte à celui qui l’a perdu : Alfred Menoui, un gros éleveur de chevaux.Cet homme vit seul avec une vieille servante aveugle.Comme Sunkist ne veut pas accepter de récompense, Alfred lui demande d'aller chez sa mère et ses frères qu’il a quittés depuis dix-sept ans, et de leur dire « qu'il reviendra bientôt ».L’autre acquiesce.Il trouve la ferme à demi ruinée.Les habitants vivent dans la misère et s’attendent à être expulsés du logis dans quelques jours par un créancier inconnu.C’est le second des fils, Marcel, qui, emporté par la passion du jeu, a accumulé dettes et hypothèques.Sunkist cause longuement avec la mère qui se rend compte de la catastrophe prochaine.II remonte le moral des enfants: Fernande, Françoise, Marcel lui-même qui, devant la ruine, a tenté de se suicider.Le vagabond cherche à éviter la vente de la maison en traquant l’homme qui a dépouillé Marcel, un certain Gérard, joueur et tricheur peu recommandable.Mais il n’est pas le principal tricheur.Un autre a tout combiné, tout prévu, tout calculé pour amener la ruine des Menoui.Alerté par Sunkist, Alfred revient enfin pour recevoir le dernier soupir de sa mère.Le tricheur, le mauvais génie de la famille, c’est.Mais tout s’arrange enfin.La vie reprend son cours normal, et Sunkist s’en va, seul, sur la route.Ce livre, d'une haute portée morale, est passionnant comme un roman policier dont il a parfois la facture.Tous les personnages sont bien mis en relief.Le récit est rapide, les dialogues vivants, le style ferme et sans bavure.Ce roman, déjà paru dans le Pèlerin, a connu le succès.Nul doute que le volume ne soit accueilli avec le plus vif intérêt.B.P.L’ERMITE (Pierre).Le fiancé invisible.[Paris] Bonne Presse [1951].191p.20.5cm.(Coll, le Ruban bleu, no 62).La publication d’un nouveau roman de Pierre l’Ermite est toujours un événement attendu avec impatience par les nombreux et fidèles lecteurs du grand romancier catholique.Cet ouvrage, de la même veine que les précédents, est peut-être encore plus dramatique et plus humain.Une jeune fille, Solange de Nou-ville, est fiancée au lieutenant aviateur Pierre Alban.Tous deux entendent fonder leur futur foyer sur les bases solides proposées par la doctrine catholique.Leur union FÉVRIER 1952 287 rochaine s’annonce sous les plus eureux auspices, et ils goûtent déjà le bonheur, lorsque, au cours d’un raid, le pilote est porté disparu.Après quelques jours de mortelle angoisse, Solange est obligée de se rendre à l’évidence : son fiancé ne reviendra plus.La catastrophe révolte cette chrétienne pourtant éclairée.Elle ne peut se résigner et sa mère, la comtesse de Nouville, sceptique et railleuse, l’entretient dans cette rancœur, en lui répétant qu’il est vain d’espérer en un Dieu qui frappe si injustement ses serviteurs.Désemparée, la jeune fille garde cependant le souvenir de son fiancé, relit ses lettres où s’expriment des sentiments d’une haute élévation morale.Elle trouve aussi le secours d’une affection bienfaisante, celle d’un vieux prêtre qui compatit à sa peine, panse sa plaie et s’efforce de lui rendre la paix.Lutte émouvante et tragique de cette jeune fille crucifiée par le malheur et l’incompréhension de sa mère.Lutte peu à peu victorieuse, d’autant plus touchante quelle exige des efforts constants, entraîne des rechutes de découragement, épuise l'âme.Ce beau livre, écrit avec l’autorité d’un maître psychologue et la sensibilité d’un poète, saura toujours émouvoir les lecteurs qui cherche dans un roman, avec l’intérêt du récit et de l’action, l’étude profonde des caractères, l'analyse des sentiments et l’enseignement qui se dégage d’un débat tragique entre le désespoir et l'abandon paisible à la volonté divine.B.P.MAZO DE LA ROCHE.Croissance d’un homme.Traduit de l’anglais par Eve Paul Margue- rite.Paris, Ed.Begh, 1947.444p.Pour adultes Croissance d’un homme raconte l’histoire d’un enfant dont la mère est obligée de travailler à l’extérieur et qui se voit confié, vers l’âge de 8 ans à ses grands-parents, des cultivateurs d’origine anglaise.Seul enfant au milieu de ses oncles et tantes il souffre de l’incompréhension de cette nouvelle famille.Une intelligence supérieure, l’ambition et l’amour de sa mère le poussent à obtenir de brillants succès scolaires qui le conduiront, au prix des sacrifices maternels, aux grades supérieurs.Diplômé de 1 é-cole d’agriculture, il obtient un emploi rémunérateur qui lui permet de s’acquitter envers sa mere de sa dette de reconnaissance.Malheureusement la maladie vient interrompre cette carrière naissante.Après un séjour de quelques années au sanatorium, le jeune homme rencontre un riche américain qui lui propose de mettre ses connaissances au service d’une grande industrie.C’est la fortune.Entre temps, comme il se devait, le héros du roman s'est marié avec une amie d’enfance.Il a un enfant.Sa mère habite avec lui et l’avenir s’annonce des plus heureux pour tous.Histoire assez banale en soi, mais qui, sauf quelques détails bien observés, constitue le seul intérêt du roman.On y chercherait en vain ce caractère profondément humain essentiel à tout bon roman de mœurs.Ceux qui ne demanderont à ce livre qu’une connaissance des coutumes des paysans anglo-canadiens seront déçus par une étude aussi superficielle.Quant au style, nous voulons croire qu’une traduction trop littérale ne lui rend pas justice, mais 288 lectures certaines images défient I’indulgen-cc.En voici un exemple : « elle (la lune) pendait brillante, comme une grande montre d’or dans la poche rougeâtre de la nuit.» La vie est trop absente de ce roman pour que les idées qu’il expose aient un grand retentissement dans l’esprit du lecteur.Signalons toutefois que l’auteur fausse l’idée de l’amour filial et de l’amour maternel en les considérant comme des sentiments trop exclusifs qui se limitent à la sentimentalité.Jacqueline Leduc MONESTIER (Marianne).Les sentiers Je l'aube.Roman.Paris, Ed.des Loisirs [cl948].172p.19cm.Marianne Monestier en nous présentant Paula, rejoint les ouvrages de Berthe Bernage.C’est frais, clair, joyeux, tonifiant.Le récit est bien écrit, sans prétention cependant.Nous sommes heureux d’écrire enfin que voilà un roman pour tous, et qui possède beaucoup d’éléments de vraisemblance.Oh, évidemment le réci*- ne développe aucune thèse alambiquée.Non, c’est une petite tranche de vie, romancée à souhait que nous aurons plaisir à offrir à nos jeunes filles de tout âge, mais que tous pourront lire avec agrément.Rodolphe Laplante MONTERGON (C.de).Une faute Je briJge.[Paris] Bonne Presse [1951].127p.17.5 cm.(Coll.La frégate, no 57).Deux frères, Charles et Jacques Soisy, propriétaires d’une importante maison de cafés au Havre, ont épousé les deux sœurs jumelles.Lotte et Line : ils font deux mé- nages charmants.Tous quatre passent leurs vacances dans leur villa sur la côte, près du Havre.Un de leurs parents, cousin germain de leur père, l’oncle Toby Soisy, vient de revenir de Malacca et s’est installé chez eux.Un soir, les deux couples imaginent, par jeu, une intrigue policière, l’enlèvement de l’oncle Toby qui dort dans son fauteuil, et le vol d’un diamant fabuleux de 800,-000 livres sterling, héritage indivis des Soisy.Et, effectivement, le drame se produit exactement comme ils l’avaient imaginé.Les deux frères et les deux sœurs en arrivent à se soupçonner mutuellement.C’est alors qu’entre en scène un détective privé qui, après des péripéties dramatiques et mouvementées, découvre et fait arrêter les coupables.Cet excellent roman policier, habilement tramé, est écrit avec beaucoup de goût et de correction.L’intérêt ne faiblit pas une seconde et l’explication de la fin est une surprise.L’angoisse des jeunes femmes, leur nervosité, la suspicion des deux frères l’un à l’égard de l’autre, l’atmosphère lourde de cette maison bouleversée par le drame, sont fort bien étudiés et remplis d’émotion.Et les lecteurs de la Frégate ne manqueront pas d’être empoignés par cette passionnante aventure.LITTERATURE CANADIENNE-FRANÇAISE Roman REID (Ghislaine).Il vit en face.Illustrations de l'auteur.[Montréal] Ed.Beauche-min, 1951.213p.ill.19cm.Si.50 (par la poste : $1.60).Pour adultes février 1952 289 De tous les romans publiés en 1951, voilà, à mon sens, le parfait navet, symbole du sans-gêne qui sévit dans nos lettres et de la complaisance invétérée des éditeurs canadiens-français.A la vérité, il faut avoir perdu définitivement un reste de pudeur en matière d'art et désavoué les principes les plus élémentaires de toute esthétique pour pousser l’audace jusqu’à jeter en pâture au lecteur de si maigres reliefs.Pauvre lecteur, on ne lui aura même pas épargné les plus infects rogatons ! Qu’on vienne ensuite lui reprocher son apathie et son scepticisme à l’égard de nos écrivaillons nantis de prétentions ridicules ! Si les « joies de l’esprit » dont se gargarise discrètement la romancière (!) dans sa dédicace la comblent, qu’elle ne nous en veuille pas, mais plutôt nous sache gré de ne pas les lui envier.Dieu merci, les prédilections individuelles pour la pacotille varient d’un sujet à un autre.// vit en face est un des deux ou trois romans les plus faux et les plus ennuyeux qu’il m’ait été infligé de lire.Les ragots d’une martyre du célibat épiant de l’angle de sa fenêtre les allées et venues, les heurs et malheurs d’un couple qu’elle envie ne me disent rien qui vaille.Quant à la vie des Chouinard, minutée par une insupportable commère et narrée avec cette psychologie de « coin - du -rideau » qui caractérise ce genre de chronique, aucun élément du récit ne permet d’en percevoir le rythme intérieur, la pulsation humaine.La vérité y est à tout instant compromise par les démarches d’une imagination essoufflée, indiscrète et en quête du détail piquant, de l’anicroche quotidienne, du couplet à variations.Dans cette bluette à l’eau de rose, Mlle Reid se révèle sans indulgence pour le lecteur agacé par la présence à la longue importune et parasitaire de la narratrice.Personnellement, que de fois n’ai-je pas souhaité, au cours d’une lecture fastidieuse, m’affranchir de cette ombre gênante pour écouter vivre l'âme tantôt inquiète et tantôt rassurée, tantôt douloureuse et tantôt rassérénée de Luce et de Guillaume ?Qu’il eût fait bon dépasser les limites du genre poti-nier, contempler la vie dans l’éclat de sa vérité la plus humble.Cruelle ironie que de demander la lune à un pygmée.Ce roman dont le mal que j’en écris pèche encore par défaut contre la réalité servira peut-être à réhabiliter d’exécrables fadaises en les dépassant.Dommage que l’émulation entre impuissants, et dans le pire, trouve chez nous, semble-t-il, ses plus fervents adeptes.II y a tout de même beau temps que nous dogmatisons d’autorité sur le chapitre de la niaiserie.Jean-Paul Pinsonneault BIOGRAPHIES BADET (Henri).Charmeur d'indiens.Le général Rondon.Paris, Nouvelles Editions Latines [1951].188p.h.-t.19cm.Un territoire inexploré grand comme cinq fois la France, une forêt vierge où stagent d’affreux marais, où grondent de gigantes- ?|ues fleuves, où s'entre-tuent les auves les plus cauteleux du monde.Les Blancs qui osaient s’y aventurer tombaient sous les flèches de peuplades mal connues.11 y a un demi-siècle environ, le gouvernement brésilien chargea le lieutenant Da Silva Rondon de pacifier ces contrées.Avec une équipe d’hommes au grand cœur, Rondon s’enfonça dans la mortelle forêt.290 LECTURES Et peu à peu, à force de patience et de vertu, il apprivoisa ces peuples que le Conseil National de protection des Indiens, créé et dirigé par lui, achève de civiliser.Il faut lire dans cet ouvrage ce que cette épopée coûta de peines aux héros qui la vécurent.Mais, sans jamais verser d’autre sang que le leur, Rondon et ses charmeurs d'indiens ont su donner à leur pays un empire, à l'humanité le plus bel exemple.Ce livre, enrichi de 33 illustrations hors-texte d’après photos prises par les pionniers eux-mêmes, entraîne le lecteur à travers ces territoires sauvages et lui fait vivre, en compagnie du prestigieux Rondon, l’extraordinaire aventure.* * * DUCOS (A.).Sous le col bleu.Eugène Conort.Paris, Ed.Jeunesse de la Mer [1951].112p.18.5cm.Beaucoup de ceux qui se sont o cupés d’apostolat près des jeunes depuis trente ans, ont entendu parler d'Eugène Conort.Ce quartier-maître, disparu en mer à vingt ans, a eu un profond rayonnement dans la Marine.Sa vie spirituelle était celle d' un saint et son sens apostolique a fait de lui un véritable précurseur de l’Action catholique.A.Ducos, qui a connu personnellement Eugène Conort, a bien voulu rééditer, sous une élégante présentation et en la refondant totalement, la biographie depuis longtemps épuisée.Cette brochure passionnante par la personnalité du héros et par les souvenirs historiques évoqués, trouvera certainement un profond écho chez les jeunes.* * * HUNERMANN (G.).Fleur des marais.Maria Go-retti.Traduit par E.Saillard.Mulhouse, Ed.Salvator, 1952.167p.19cm.S 1.40 (par la poste : $1.50).Dans un pauvre village des Marais Pontins, la famille Goretti mène une existence difficile.Marietta, l’aînée des fillettes, n’a qu’un rêve : communier.Ce rêve se réalise, mais déjà se profile l’ombre du tentateur : Alessandro Serenelli.Un drame rapide se déroule ; Marietta résiste, elle est sauvagement assassinée.Au bout d’un demi-siècle à peine, l’Eglise glorifie l’héroïque fillette et sa vieille maman a la consolation d’assister à sa canonisation.G.Hunermann a su évoquer avec un rare bonheur cette destinée simple et tragique dont le récit constitue une leçon très opportune pour notre époque avide de plaisirs et de jouissances.E.S.MOREAU (Abel).Pie X, le pape au cœur ardent.[Paris] Bonne Presse [1951].118 p.20cm.Cet ouvrage présente, dans un style viril, une émouvante personnalité dont la science et la sainteté ne font aucun doute.Abel Moreau trace un portrait d’autant plus fidèle du Bienheureux Pie X qu’il l’a connu au cours de son glorieux règne.Cette esquisse intéressante et attachante nous incite à prendre connaissance des nombreux ouvrages auxquels l’auteur nous réfère.Simone Germain LIVRES POUR LES JEUNES AUBLED (Noël).Vêronicjue et Bénévole.Illustra- février 1952 291 tions de M.de la Pintière.Paris, Ed.Fleurus [1951].125p.ill.18 cm.(Coll.Ames vaillantes, no 8).Véronique es! une fillette de chez nous, impressionnable plus que vaillante, capable toutefois de se faire vaillante si le cœur l’exige.Et justement, cela lui sera demandé brusquement.Sa pauvre maman, frappée de cécité pour avoir défendu contre un oiseau de proie son petit garçon, reste seule avec les deux enfants tant qu’elle n’aura pas rejoint son mari parti pour le Japon où son travail l’appelait.Heureusement, il y a Bénévole, un camarade de l’absent, un garçon comme il n’est pas sûr qu’il y en ait encore beaucoup.Bénévole, pilote de ligne, qui emmènera tout le monde au « Pays du Sourire » sur son Norécrin.Le sourire, il l’a, lui, l’éternel et providentiel optimiste.Il le pratique assez pour sortir tous les autres de leurs soucis, même au milieu des pires difficultés.Et Dieu sait que celles-ci ne sont pas ménagées aux voyageurs.Triomphe de l’optimisme et de la bonne humeur malgré les difficultés qui paraissent insurmontables, voilà ce que la jeune lectrice conclura d’elle-même pour son profit.* * * CLOSMART (José).Une équipe.et un vélo.Pièce en trois actes.Paris, Ed.Fleurus [1951].31p.ill.15.5cm.(Coll.Feu et flamme, nos 27-28).Cette pièce a le mérite d’avoir été conçue, montée et jouée avant d’avoir été éditée.L’argument, le déroulement de l’action, les carac- tères des personnages, les jeux de scènes et les répliques ont donc la valeur d’un témoignage.Le danger des pièces pour enfants est d’être théoriquement de qualité.A la réalisation, elles s’avèrent mal s’adapter à la psycho logie des jeunes acteurs qui jouent et parlent sans éprouver ce qu’ils ont à faire et à dire.Une équipe.et un vélo échappe par construction à ce risque.Les jeunes créateurs ont été les collaborateurs de l’équipe des dirigeants qui, sous le pseudonyme de José Closmart, proposa le thème, nota et mit au point le dialogue.Le thème lui-même ne fut pas entièrement imaginé.Un fait divers en fut le point de départ.Prétendre que cette pièce est morale serait peu dire.Elle est plus : intelligente.Elle ne peut laisser indifférent aucun adulte qui la suivra.Elle pose de graves problèmes actuels : les salaires, l’edu-cation des enfants, celle de leurs parents.Et pourtant elle n’est pas « mélo ».Elle n'est pas moralisante.Aucune situation, aucun sentiment, aucun mot qui ne soit vrai.Elle est comme la vie : plaisante parfois, amère souvent et, en définitive, s’achève dans l’Espoir.E.F.COLLIER (Janine).Le trésor de Boniquet.Pièce en 1 acte pour marionnettes.Paris, Ed.Fleurus [1951].15p.ill.15.5cm.(Coll.Feu et flamme, no 30).Voici une plaisante pièce pour marionnettes qui sera facile à monter car elle ne demande que deux manipulateurs et une décoration fort simple.Il s’agit d’un trésor découvert dans une île déserte par un brave garçon et qu’un méchant tente de s’approprier.292 LECTURES Les situations sont cocasses, le style alerte et les participations du public y sont nombreuses.En effet, par ses réactions, il influe sur le déroulement du jeu.E.F.SIMON (Louis).Divertissements d'entracte.Jeux spectaculaires.Paris, Ed.Fleurus [1951].15p.ill.15.5cm.(Coll.Feu et flamme, no 29).Pour les fêtes de groupe, en salle ou en plein air, pour les kermesses, veillées, feux de camp, les animateurs trouveront dans cette brochure un nombreux choix de jeux spectaculaires classés par genre, selon les difficultés croissantes avec, cela va de soi, d’essentielles notions pour les présenter et les rendre vivants.Ce recueil est le premier de ce genre.Il apporte aux Meneurs de Jeux une documentation dont ils sentaient la nécessité pour donner plus de vie aux assemblées de jeunes.E.F.SIMON (Louis).Le jeu du côte-à-côte.Pièce en 1 acte.Paris, Ed.Fleurus [1951].15p.ill.15.5cm.(Coll.Feu et flamme, no 31).Cette pièce, qu’on pourrait aussi bien qualifier de jeu, a pour argument le travail d’équipe.Si l’amitié ou, du moins, la camaraderie n’est pas de la partie, la tâche qu’on entreprend à plusieurs se fait mal ou ne se fait pas.Ce travail en l’occurrence, est la construction d’un bac.Quelques planches ou madriers, une ou deux tables, une enseigne suffisent à créer le décor.Les costumes sont ceux de tous les jours.La distribution prévoit une douzaine de garçons et deux adultes.Avant d’être édité, le feu du côte-à-côte fut monté sur une grande scène de province avec un évident succès.E.F.TRAMOND (Renée).Le cdid au burnous rouge.Illustrations de Pierre Decomble.Paris, Ed.Fleurus [1951].127p.ill.18 cm.(Coll.Ames vaillantes, no 9).Un beau voyage en avion.une catastrophe en plein désert.des aventures captivantes dans les mon: tagnes mauves du Hoggar.et surtout la fameuse légende du caïd au burnous rouge, personnage mystérieux, seigneur et maître de « La Garet el Djennoun » (montagne des génies) que n’osent affronter les Touareg.Dans ce décor grandiose, une petite fille blonde et menue, toute fragile mais au cœur vaillant, oui garde son sourire au milieu des souffrances et des dangers, et dont la seule présence encourage les trois aviateurs, compagnons de ses aventures.Le caïd au burnous rouge gar-dcra-t-il Thérèse dont il a voulu faire la plus belle parure de son oasis en souvenir de son enfant perdue ?Ses compagnons arriveront-ils à la délivrer ?Ou bien le sourire de la fillette agira-t-il enfin sur cet homme que les chagrins ont rendu cruel ?Sur toutes ces aventures plane l’ombre rayonnante du Père de Foucauld, aux lieux mêmes où il a vécu.« Le sourire toujours », n’est-ce pas une devise des « Ames vail- février 1952 293 lantes » ?Un sourire peut vaincre les cœurs les plus durs et arranger bien des situations dramatiques.Celui de Thérèse n’est-il pas un peu comme l’un des rayons de l’ardent soleil saharien ! * * * DU VERNE (René).Une petite sœur de plus.Illustrations de Noël Gloesner.Paris, Ed.Fleurus [1951].123p.ill.17.5cm.(Coll.Ames vaillantes, no 11).Cette fillette abandonnée qu’une famille parisienne trouve au coin d’une rue, en rentrant de la messe de minuit, qu’apportera-t-elle au nouveau foyer où l’accueillent six autres enfants ?Sera-t-elle une charge supplémentaire ?Alors qu’un grave accident frappe à la fois le père et la mère, sa présence ne sera-t-elle pas importune ?Ce sont les joies, les soucis, les événements quotidiens qui, en même temps qu’une aventure inattendue, apparaissent dans ce roman.Les caractères s’affrontent et parfois se heurtent — rarement — les uns aux autres, mais il y a trop de bonté dans les cœurs et trop d’amour mutuel pour que tous ne fassent pas front, d'un seul élan, devant les obstacles à vaincre et les efforts à fournir.Et puis, une intervention mystérieuse et quasi providentielle se produira qui., mais laissons la surprise aux lecteurs.Le récit est composé de fragments de « journal » écrit tour à tour par les enfants eux-mêmes et dans lesquels chacun raconte à sa façon les incidents du jour.Cela lui donne une vie et une sincérité que d’autres formes de narration n’ont pas.Ce sont souvent les familles déjà nombreuses qui ont le plus le sens de la générosité et de la charité.On ne prend pas seulement en charge une fillette frappée par l’adversité ; on l'adopte pour en faire le septième enfant Je la famille malgré les difficultés qui surgissent.Là, il n’y a pas d’égoïsme familial.Un bel exemple dont les lectrices pourront tirer profit pour l’avenir.* * * GALLET (Adrien).La menace de Kali.Illustrations de Mixi Bérel.[Paris] Bonne Presse [1951].189p.ill.20cm.(Coll.Obé, les gars).L’ingénieur Louis Aufranel et Paul de Chauvières ont inventé un engin à la fois avion, bateau et sous-marin, susceptible de rendre de grands services.Ils ont à lutter contre un Hindou, Yora, qui convoite leurs plans pour mettre au point un appareil permettant d'émettre le « rayon de la mort ».Bien qu’ils aient été avertis par le neveu de leur ennemi, et malgré les précautions prises, les précieux documents disparaissent du coffre où ils étaient cachés.Et c’est une poursuite épique traversée d'épisodes passionnants et dramatiques.Les deux ingénieurs et leur mécanicien, Colin, alliés au prince Kridzia, sont aux prises avec la bande du fameux Yora qui a enfin réussi à découvrir le « rayon de la mort », et n’hésitera pas à s’en servir contre ses poursuivants.Mais ils ont mis au point, à leur tour, une parole efficace à cette arme terrible.Et Yora l’ignore.Après une lutte longue et dangereuse, où le mystérieux agent T.B.238 joue un rôle d’abord té- 294 LECTURES nébreux, enfin éclairci, les ingénieurs reviendront vainqueurs, et tout se terminera le mieux du monde, au milieu de la joie générale.Ce roman d’aventure ingénieux et mouvementé intéressera vivement le jeune public auquel il s’adresse : des garçons de 12 à 14 ans.La charité, le sens du devoir se dégagent du récit, renforçant l’intérêt d’exemples salutaires.Les illustrations très vivantes de Mixi Bérel contribuent à animer ce roman trépidant, et ajoutent au texte une note artistique très heureuse.Pat’ Apouf contre les gangsters.[Paris] Bonne Presse [1951].46p.ill.27cm.La publication d’un nouvel album de Pat’ Apouf est toujours un événement attendu par un nombreux public.Non seulement des enfants, mais beaucoup de grandes personnes prennent plaisir aux aventures du sympathique détective créé par Gervy.Cet album ne décevra ni les uns ni les autres.On ne raconte pas une histoire de Pat’ Apouf.Elle passionne toujours par le mouvement, par la vie, par l’imprévu des situations, surtout par les expressions inattendues, drôles et exactes du visage si connu de l’illustre Pat’ Apouf.Dans ces nouvelles aventures, le détective est soudain alerté par Jacques Maronofï dont le père a brusquement disparu.Toujours dévoué, Pat' Apouf se précipite et, sérieusement aidé par l’enfant, il réussira à rejoindre les ravisseurs du Dr Maronoff et à délivrer le prisonnier.Mais après combien de péripéties ! Au milieu de quelles embûches et de quelles traverses ! Après quelles poursuites échevelées, en frôlant tous les dangers !.Cependant, cette histoire, pourtant dramatique, garde, grâce à la bonne humeur constante de Pat’ Apouf et à l’art malicieux de Gervy, un humour familier, très simple et d’autant plus amusant.Un personnage aussi célèbre que Pat’ Apouf, rendu fameux par ses exploits hebdomadaires dans le Pèlerin, se doit de demeurer à la hauteur de son créateur et de ses lecteurs.Dans sa nouvelle aventure, il reste aussi dynamique, aussi courageux, aussi humain et aussi drôle.B.P.IZIEU (Jean d’).La lumière sur la piste.Illustrations de P.Joubert.Paris, Ed.Fleu-rus, Ed.Gautier-Languereau, 1951.124p.ill.18cm.(Coll.fean-Fran-çois).Dans la Rhénanie du Ve siècle, deux jeunes Francs, Herbert et son frère Wolfram, se sont perdus au cours d’une chasse.Leur cheval s’est enfui et ils doivent affronter les périls d’une longue marche dans la nature sauvage.D’autres ennemis que les loups et les ours vont leur tendre des embûches ; les Goths, en guerre avec leur tribu, enlèveront les deux jeunes gens et les garderont comme otages.Ce cadre si original donne un grand attrait à ce roman de plein air et de mouvement, aux péripéties savamment renouvelées, qui nous permettent de vivre pendant quelques heures la vie rude et farouche des Francs au cœur des grandes forêts sur lesquelles com- février 1952 295 mence à luire la lumière de la civilisation.G.-L.LADOUE (Pierre).Fleurettes de toutes les saisons ou petites histoires tirées de la Vie des saints.Bois de Louis Bouquet.Paris, P.Lethielleux [1951].189p.ill.18.5cm.Quelle heureuse idée, et combien elle sera appréciée de tous ceux qui s’intéressent à la « Campagne pour le retour à Dieu de l’enfance et de l’adolescence ».Garçons et filles de 10 à 14 ans trouveront dans ce livre, présenté de la façon la plus attrayante et illustré de bois originaux de Louis Bouquet, une invitation à la lecture de la Vie des Saints, qui est bien le plus passionnant et le plus tonifiant de tous les livres.Ils en recevront, par surcroît, une précieuse leçon de style, car ces soixante-dix historiettes, dues à un conteur à qui ses précédents ouvrages ont fait une réputation de bon aloi, sont écrites avec une simplicité et une pureté qui ne se rencontrent pas toujours dans les productions littéraires d’aujourd’hui.Nous ne saurions rien recommander vraiment de plus approprié que ces ravissantes Fleurettes pour les cadeaux de Première Communion ou d'anniversaire, ceux de Noël ou de Pâques, les livres de prix ou les récompenses de catéchisme.Ajoutons que les prédicateurs de retraites, les éducateurs et éducatrices pourront faire, eux aussi, profit de ce volume à la fin duquel figure une table alphabétique qui, en indiquant les vertus spécialement pratiquées par tel ou tel saint, leur permettra d’illustrer de façon vivante un sermon ou un cours d'instruction religieuse.* * * * * * Le livre de Suzette.Paris, Ed.Gautier-Languereau, 1951, 156p.ill.22cm.Ce n’est ni un agenda ni un almanach, mais par excellence le litre de vacances des petites filles.Elles y trouveront deux romans complets : une enquête policière et un récit de tendresse et d’aventures, un concours folklorique, un théâtre d’ombres qu’elles pourront construire et animer à l’aide d’une saynète écrite tout exprès, et une série de passionnants jeux d’intérieur (bricolages de P.Sels) ou de plein air (sous l’égide du bon La Fontaine, devenu meneur de jeu).Les jours de pluie deviendront jours de joie, grâce aux travaux de tricot pour les jeunes lectrices, de haute-couture pour la poupée Blcuette, grâce aussi aux ingénieuses recettes de cuisine régionale qui permettront à toutes d’exercer leurs talents.Des tests mettront à l’épreuve la connaissance qu’elles ont de leur caractère et de celui de leurs amies.Enfin, des reportages mettent une note d’actualité dans ce livre, compagnon idéal pour les vacances des petites filles.G.-L.296 LECTURES BIBLIOTHECA Le choix des livres pour les adolescents et l’organisation d’une bibliothèque ’ADOLESCENCE est une période de transition.A ce stage de la vie, le Jeune voit surgir des problèmes nouveaux d’ordre physique, moral et social.Sa curiosité naturelle porte sur une multitude d objets insoupçonnés ; il s’intéresse davantage aux questions sociales et aux fluctuations de la politique universelle.Ses réserves d’énergie cherchent les occasions de se dépenser sans compter : c est 1 âge des aspirations généreuses, des dévouements héroïques , c’est aussi celui des rêves dorés, et trop souvent, hélas ! des déceptions cruelles et funestes.Son inexpérience le livre sans défense a toutes les chimères d’une imagination désordonnée, a tous les égarements d’une sensibilité surexcitée, à tous les transjKïrts d un cœur trop ardent.Il est, dès lors, exposé au dilettantisme, à l’enthousiasme stérile.Et, comme dit Henri Brémond, (( il ne prend pas garde que notre fin en ce monde est de vivre des poemes plutôt que de les chanter ».Une anxiété pénible, une inquiétude lourde lui étreignent le cœur.Il n'est plus l'enfant d’hier, et pas encore l’adulte de demain.Ses idees passées se heurtent à ses conceptions nouvelles.Il se demande, avec angoisse quelles surprises lui réserve l’avenir.Les bouleversements mondiaux, l'insécurité économique viennent accroître son malaise.On appelle cette période de la vie l'âge ingrat : c'est, du moins, l’âge difficile.Le corps, le tempérament, les rêves et les passions connaissent des changements profonds.Ils passent par toute une sérié de grands désirs, de nostalgies soudaines, de vagues espoirs.L'orgueil, un orgueil malhabile, pousse leur personnalité nouvelle à s’affirmer d’abord contre quelqu'un ou Quelque chose.De là une susceptibilité chatouilleuse qui les resse contre toutes directives.Il a pourtant besoin d'aide, de lumière, de direction.Sous des apparences de fierté, d'indépendance, il cache un grand fond de timidité, une crainte constante de paraître ridicule.Il doute de son gout, de son expérience : il hésite, cependant, à solliciter les conseils de ses aînés.Il a d'ailleurs vécu , ses yeux se sont ou- février 1952 297 verts, il a surpris bien des déficiences et bien des misères chez les personnes appelées à l'éclairer, à le guider.Il est à craindre qu'il se replie sur lui-même, qu'il renferme en son cœur les doutes et les craintes qui arrêteront son essor, ralentiront son travail de formation, et risquent de gâcher sa vie tout entière.Il arrive aussi que, fatigué d'attendre un signe qui ne vient pas, vexé des sourires complaisants ou moqueurs et des sarcasmes des adultes consultés, rebuté par le conflit apparent entre ses idées nouvelles, son snobisme, sa témérité, ses centres d'intérêt et la prudence, l'expérience, la tradition, les goûts de ses conseillers, naturels, il repousse la main secourable qu'on lui tend, et se précipité, sans réfléchir, au hasard des rencontres et sur les conseils de ses camarades, dans la tourmente et vers la catastrophe inévitable.Les livres, « ces bons maîtres muets qui ne fâchent jamais », qui sont toujours prêts à mettre à son service l'experience des siècles, sont pour l’adolescent, à la croisée des chemins, le conseiller cherché.Encore faut-il qu’ils soient bons, qu'ils soient même excellents.Les classiques réunissent toutes les cjualités pour jouer ce rôle important.Le classicisme, en effet, c est le triomphe de la raison.C'est d’elle seule que les écrits des grands maîtres de la pensée « ont emprunté et leur lustre et leur prix ».Chez eux, l'imagination est sans cesse tenue en laisse : elle est toujours soumise à la conduite de l’intelligence et doit se confiner dans les bornes du bon sens.La sensibilité n’a pas le droit de dominer les événements ; et si les personnages, pour être vraiment humains, sont forcés de manifester leurs sentiments, il leur est interdit de céder aux mouvements désordonnés de l’âme.Il leur arrivera parfois de faiblir ; dans ce cas, le châtiment, la Némésis des Grecs, doit les atteindre sans merci.Cela revient à dire que la littérature classique véritable res- Escte la loi morale : elfe exalte la vertu et condamne le vice.es épisodes ne seront évidemment pas tous moraux ; mais il importe que l’ensemble de l’œuvre témoigne d,un profond respect des directives de la conscience et des prescriptions des lois naturelle et divine.La littérature classiuue a créé les types généraux : je devrais plutôt dire quelle a su découvrir, dans le mélange complexe des idées, des passions et des sentiments des individus, les passions, les idées et les sentiments communs de l’humanité et les fixer dans des portraits saisissants et immortels.A des siècles d’intervalle, les Caractères de Théophraste rencontrent ceux de La Bruyère et se reconnaissent un air de famille.Les héros de Corneille et de Racine ressemblent par plus d’un côté à ceux d’Euripide, de Sophocle et d’Eschyle : et la lecture de certaines comédies de Molière, nous rappelle des passages de Plaute ou de Térence.298 LECTURES ha sobriété, I équilibré, le souci de la composition soignée se retrouvent dans les œuvres classiques de tous les temps et de tous les pays.L’expression de la pensée, l'ordre des événements, l’évolution des caractères se ressentent de ces qualités et témoignent d’un désir constant de la perfection.Leur langue se recommande par la simplicité, la propriété des termes, l'élégance et la correction.Rien d'étonnant alors que les classiques aient échappé à l’oubli et tju’ils s’imposent encore, après des siècles, à l'attention et à l'admiration du genre humain.Mais ils n'ont pas seulement connu le secret de traiter avec magnificence les sujets les plus variés, ils ont encore exercé, peut-être sans l'avoir ni désire, ni soupçonné, une influence durable et bienfaisante sur les générations futures.« Les poètes de la Grèce », a dit Bossuet, « qui étaient entre les mains de tout le peuple, l'instruisaient plus encore qu ils ne le divertissaient.Le plus renommé des conquérants regardait llomere comme un maître qui lui apprenait à bien régner.Ce grand poète n’apprenait pas moins à bien obéir et à etie bon citoyen.Lui et tant d autres poètes, dont les ouvrages ne sont pas moins graves qu’ils sont agréables, ne célèbrent que les arts utiles à la vie humaine, ne respirent que le bien public, la patrie, la société ».Ce sont là des enseignements dont les adolescents, à la veille d’envisager les problèmes de la vie adulte, pourront tirer des fruits précieux.Plus, qu Alexandre, ils ont besoin d’apprendre l'obéissance, la soumission aux lois et à l’ordre établi.La fréquentation des écrivains classiques anciens et modernes leur présentera des leçons vivantes de civisme, de charité sociale et de patriotisme.Les maîtres chrétiens compléteront leur formation morale par leurs conseils judicieux et leur exposé clair et précis de la saine doctrine.La lecture des classiques rendra un autre service à l’adolescent.Il a, en eflet, commencé à s'exercer à la composition, \ oire a 1 eloquence.Il lait partie de cercles d'étude, d’associations de toutes sortes ; il y est appelé à adresser la parole, à défendre une id.ee, a faire triompher son opinion.11 n'a pas encore dépassé la période de 1 initiation : il cherche des modèles qui lui enseigneront 1 art difficile d’émouvoir, de convaincre ; qui lui apprendront à revetir ses pensées d’une forme naturelle, pittoresque et correcte.Les ouvrages d'imagination, les romans d’aventures, l’aide-îont assez peu a atteindre cette tin.A quinze ans, d’ailleurs, I adolescent normal s est nourri abondamment de ce genre de littérature.Son intelligence s est affermie et réclame un aliment plus substantiel.C est pourquoi il se tourne d'instinct vers des lectures plus serieuses.Les auteurs qu'il a commencé d'étudier février 1952 299 en classe se présenteront naturellement à son esprit : il désirera consulter à loisir ces maîtres illustres, et puiser, dans un commerce plus intime et plus prolonge, la science et 1 art qui lui font defaut.Les premiers contacts sont d’importance vitale : ils exerceront une influence decisive sur les amitiés de toute la \ ic.Le maître et le bibliothécaire ont la lourde responsabilité de la presentation.Ils devront procéder avec circonspection ; ils éviteront de brusquer les choses.Ils laisseront d’ordinaire l'adolescent orienter lui-même son choix et n interviendront qu en presence de l'apathie ou dans le cas d’une erreur manifeste et dangereuse.Même alors, ils useront de persuasion plus que d autorité.Ils n’oublieront pas que pour les classiques comme pour les auties écrits, un choix severe et judicieux s impose, qui tiendra compte de 1 age de l'adolescent, de son degré d’avancement dans les études, de son expérience de la vie ; et que souvent ils devront se contenter d’anthologies et d adaptations.Il existe dans cette catégorie des ouvrages d’amorce qui présentent, dans un style facile et sous forme narrative, les œuvres des grands classiques.En vous mentionnant ce genre de livres, j’ai présent à l’esprit la collection « Contes et Légendes » publiée chez Nathan.L’adolescent y trouve, dans des livres d un format commode, ornes de gravures attrayantes, d une impression soignée, un choix des chefs-d’œuvre de toutes les littératures, les uns tirés du folklore, les autres adoptes des textes ties giands écrivains.Une autre collection de Nathan, « Ilumanites Françaises », est spécialement destinée aux eleves des colleges classiques.Elle leur présente, dans chacjue volume, un choix de textes adaptés au degré du cours qu’ils fréquentent, de la syntaxe a la rhétorique.Citons aussi, pour mémoire : « Nos Auteurs Classiques » (français seulement) de Gigord ; « Les Classiques pour Tous » de Hatier et les Classiques de Garnier.Les plus avances liront avec profit « Les Chefs-d’Oeuvre de la Littérature Expliqués », publiés chez Mellottée, sous la direction eclairee du regretté secrétaire de 1 Academie française, Rene^Doumic, et « La Collection des Grands Classiques Français et FArangers » de la Maison Taflin-Lefort L’adolescent, comme l’adulte, cherche autre chose dans la lecture.« La lecture, pour moi », dit un jeune moderne, « est un délassement ; mais pas cela seulement, elle est source d enseignement et de culture.Nous devons y chercher avant tout le message d’espérance et d’amour qui nous donnera confiance dans la vie ».Il paraphrasait ainsi, sans le savoir peut-etre, la phrase bien connue de Montaigne : « Je ne cherche aux livres qua m y donner du plaisir par un honneste amusement ; ou si j estudie, je n’v cherche que la science qui traicte de la connoissance de moy-mesmes et qui m’instruise à bien mourir et à bien vivre ».300 LECTURES Un message d’espérance et d’amour — c'est la réponse à l'in-quiétude poignante qui étreint la jeunesse à la sortie de l’école, du collège, en présence de l’inconnu de la vie ; c'est la satisfaction d’un cœur débordant de tendresse et du désir de se donner, de se prodiguer.Il désire se réaliser, et parce qu'il n’en trouve pas la recette dans le monde vécu, il la cherche dans le rêve.— « D'où le choix de livres ’irréels' par des esprits pratiques et conscients des réalités.Il rêve d’un monde idéal qui aide à comprendre la réalité, à se comprendre ».Le livre qui convient à cet âge doit épouser le dualisme de l’âme de l’adolescent ; marier le rêve à la réalité ; se servir du rêve pour introduire la réalité.« Il doit apporter une leçon de vie, mais voilée ».Le livre d'adulte la lui présente avec une réalité brutale.L'adolescent en est tout bouleversé.; il ne peut croire a ia vérité, à la vraisemblance du récit* Son inexpérience le livre, sans défense, à l’inlluence démoralisante tie scènes et de situations qu’il ne comprend pas.Il existe peu de livres encore destinés à cet âge.On écrit pour les jeunes ou bien pour les gens formés.Il faut une vaste connaissance de la littérature contemporaine, il faut un doigté habile, pour guider les jeunes dans le choix de leurs lectures.Avec l’éveil des passions, l’adolescent se découvre un penchant littéraire nouveau : .a poésie, et de préférence la poésie Ivrique.Comme le dit le Renard au Petit Prince : « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les veux ».Aussi la poésie a-t-elle toujours été considérée comme le langage de l’amour.L’éclat des images, le charme du rythme, l’harmonie des cadences : tout contribue à faire du vers l’interprète idéal d’un des plus nobles sentiments de l'âme.Rares sont les collégiens qui, pour conquérir le cœur de l'aimée, ne se sont pas exercés à composer une ballade, une ode ou un sonnet.Ils passent, a cette époque de leur vie, de longs moments dans la compagnie de Lamartine, puis de Musset.Plus tard, quand leur ardeur sera calmée, ils feront connaissance avec Hugo, Vignv, Verlaine, Claudel et Péguy.Il importe de mettre à leur portée les meilleurs collections des œuvres de ces poètes.Le théâtre : tragédie, drame et comédie, en prose ou en vers, garde toujours son attrait.On s'efforcera de diriger l’adolescent d’abord vers le théâtre classique proprement dit, de l’intéresser aux œuvres immortelles de Corneille, de Racine et de Molière.Plus tard, il abordera la lecture du théâtre de l’époque romantique, puis celle des pièces plus récentes.L’histoire, « présentée comme une tranche de vie », retiendra l’adolescent mieux que ne ferait le roman le plus captivant.Elle répond à son goût d’action et d’aventure et elle s’harmonise avec son esprit positif, réaliste : elle est un apport précieux dans la formation de son cœur, par le récit d’exploits héroïques et désintéressés et par la présentation d'exemples exaltants de valeur FÉVRIER 1952 301 humaine.(Les biographies placent devant leurs yeux émerveillés des modèles à imiter, sur lesquels ils s'efforceront).Les biographies sont le complément de l’histoire.Elles tracent, devant leurs yeux émerveillés, le portrait des héros réels ou légendaires, des maîtres de la science et des arts, des génies militaires, des saints et des apôtres de la charité.Ces récits éveillent en eux un ardent désir de les imiter, de marcher sur leurs traces.Si les biographies sont écrites avec vie et entrain, si elles sont remplies d’episodes captivants et agrémentés d’illustrations suggestives, elles retiendront l’attention des jeunes, et tout en meublant leur esprit de connaissances utiles et en élevant leur cœur, elles pourront être un instrument précieux d'orientation.Joseph Brunet (A su iire) Carrefour du ij janvier igjz MARDI 15 janvier, avait lieu à la Bibliothèque Municipale le premier Carrefour de l’A.C.B.F.sous la présidence d’honneur de M.Raymond Tanghe, président de l’Association.Le conférencier invité, le Rév.Père Edmond Desrochers, s.j., bibliothécaire à la Maison Bellarmin, présenta et expliqua le thème général des Carrefours : Bibliothèque publique et éducation populaire.A côté de l'école et de l’université, la bibliothèque publique a un rôle social d’éducation à jouer.Rôle très important puisque la bibliothèque entend aider un secteur notable de la population à poursuivre son éducation : dans l’occurrence, les gens — et c’est une majorité — qui n’ont fait que des études primaires.La nécessité et l’importance de l’éducation populaire motivent les demandes de l’A.C.B.F.: d'abord une législation provinciale sur les bibliothèques publiques ; ensuite un réseau de bibliothèques régionales ; enhn des subsides provinciaux aux bibliothèques publiques.Non seulement l’éducation populaire est retardée dans notre province parce que nous n’avons presque pas de bibliothèques 302 LECTURES publiques, mais aussi elle est sérieusement compromise dans ces bibliothèques là où elles existent dépourvues qu'elles sont des < moyens de se développer.D'autre part, les bibliothèques publiques existantes exigent certaines transformations et comptent sur de pressantes initiatives pour pouvoir remplir leur rôle en éducation populaire et seconder [es mouvements d'éducation populaire chez les adultes et les jeunes.Le conférencier donna un compte rendu détaillé de ce qui se fait présentement en ce domaine aux Etats-Unis et au Canada, particulièrement en Ontario et dans la province de Québec.Au cours des échanges de vues qui suivirent la conférence, on insista sur la nécessité d’une plus grande et d’une meilleure publicité à faire au sujet des bibliothèques publiques.Une majorité de citoyens, d'après une enquête récente, ignore non seulement les services quelles peuvent leur rendre mais son existence et son emplacement même ! Or l’appui de tous les citoyens destinés à bénéficier de ses services est nécessaire à la bibliothèque publique soutenue par leurs taxes.Succursale de Rosemont de la Bibliothèque Municipale de Montréal "D OSEMONT possède maintenant son centre civique.Les trois édifices forment un tout harmonieux, dont l'ensemble a la disposition d'un U.Cette construction occupe le quadrilatère borné par Je boulevard Rosemont au sud, la rue Bellcchasse au nord, la 8e avenue à l'ouest et la 9e avenue à l’est.Chaque corps de cet immeuble a son entrée particulière.La clinique médicale reçoit ses patients par la 9e avenue, la piscine donne sur la 8e avenue et la bibliothèque qui nous intéresse ici, ouvre ses portes sur le boulevard Rosemont.Construction très moderne, aménagée dans le plus recen goût du siècle.Les pavillons ont deux étages et l’exterieur est revêtu de briques, couleur chamois.Les deux bibliothèques sont superposées dans les deux étapes de leur pavillon respectif.La bibliothèque enfantine est situee au deuxième étage, celle des adultes au rez-de-chaussée.L'entrée est commune.février 1952 303 L'intérieur des deux bibliothèques est identique et leur aménagement ne varie guère.L'ameublement est de bois blond naturel, comprenant 13 tables solides, entourée chacune de 6 chaises recouvertes de cuir sable.Les rayons sont peints d’une couleur pastel s’harmonisant avec l’ensemble.Les volumes disposés autour de la salle donnent par leurs jolies couleurs, une note de gaieté et invitent l’esprit La bibliothèque des adultes a silencieusement ouvert ses rtes le 15 octobre dernier.Dès le premier matin, les statistiques o»»t démontré l'enthousiasme des lecteurs.En six semaines, Rosemont a dépassé quelque 500 abonnés et il ne semble pas que le rythme veuille se ralentir.A l’ouverture, la bibliothèque contenait quelque 8 mille volumes.Plus de la moitié des 2,000 romans français sont déjà en circulation.Les livres anglais sont également en grande demande.Par bonheur, les biographies nombreuses servent beaucoup à compléter le prêt de trois volumes permis à chacun des abonnés.En littérature française et en littérature anglaise, les essais, de même que les ouvrages de critique et d’histoire sont une source de culture fort appréciée par les étudiants.Les volumes de la classe 100 ne chôment guere, car les élèves de philosophie (ils sont nombreux) s’en servent constamment ; il serait même utile d’enrichir cette section.Les sciences pures et appliquées ont aussi une grande vogue à la filiale de Rosemont.Les gens de métier viennent y chercher les volumes pouvant élargir leur savoir de techniciens.Les arts, comme partout ailleurs, helas !, sont un peu négligés, quoique, on ait demandé des reproductions d'œuvres célèbres.Les ouvrages de référence fournissent une documentation assez générale.Les lecteurs de Rosemont font preuve d’un bel esprit de collaboration : depuis l’ouverture c’est-à-dire six semaines, nous n’avons enregistré qu’une dizaine de légers retards dans la remise des volumes.Les étudiants des écoles primaires françaises et anglaises, du collège classique St-Ignace dirigé par les Jésuites, du High School de la rue Beaubien de versent, chaque soir et le dimanche après-midi, leur flot continu de belle jeunesse heureuse de bénéficier des avantages que lui offre la filiale de Rosemont.La circulation atteint quotidiennement entre 125 et 150 volumes.Cela est déjà une promesse.René Sarrasin, Préposé à la Bibliothèque Rosemont Section des Adultes.304 LECTURES -Nouveauté- PSYCHOLOGIE ET VENTE par Me J.-A.Trudelle Diplômé en Sciences sociales, politiques, économiques Voilà un livre sur la vente qui peut rivaliser avec le premier best-seller américain sur le même sujet.L'auteur Me J.-A.Trudelle est directeur du personnel de l’une des plus grandes banques canadiennes.Depuis plusieurs années déjà, il est chargé des cours de vente dans nos universités et écoles supérieures de commerce où son volume est adapté comme manuel universitaire.Cette étude est extrêmement pratique.C’est simple, vivant, concret, vécu, bourré de faits d’expérience et de résultats d’enquête.Toute personne mêlée à la vente, depuis le commis de comptoir jusqu’au voyageur de commerce, trouvera un immense profit à lire cet ouvrage.280 pages, format 5 1/2 x 8, bibliothèque économique et sociale : $2.25 (par la poste : $2.35) F I D E S • 25 est, rue Salnt-JnequeN • .MONTREAL - 1 1/Association canadienne «les Hibilothécaim «le La ligne française OFFRE la iÀHtv dvH ntvmbrvH «le (M.C.0.F.brochure de 16p.contenant le nom et l’adresse de 459 bibliothèques et bibliothécaires .$0.35 le Te.vle dvs eommunivalionH présentées au VIIe Congrès annuel — brochure de 76p.contenant le texte de 21 allocutions .$1.50 Pour toute commande s'adresser au tîrand Séminaire, a/s M.I.SAUVE, p.s.s., 2065 ouest, rue Sherbrooke, Montréal -Nouveauté*- Le rôle des laïcs dans l'Eglise (Carrefour 1951 de l’Université de Montréal) Les Souverains Pontifes incitent instamment les laïcs à collaborer avec le clergé à l'avènement du règne de Dieu.Il importe de savoir comment remplir notre rôle au sein de l'Eglise.Le présent ouvrage fournira d'utiles directives et suggestions à ce point de vue.16o pages : Si.50 (par la poste : $1.65) L'apôtre dans le mystère de l'Eglise par Louis Lochet 11 s’agit ici de quelques indications doctrinales, qui suggèrent les dispositions surnaturelles nécessaires à l'apôtre, prêtre ou laïc, pour s'engager à fond dans le Mystère de l'Eglise et pour résoudre les problèmes que cet engagement même lui pose parfois.72 pages : $0.60 (par la poste : $0.65) Autres volumes sur l'Action catholique Corps mystique et Action catholique, 148 p.: $1.00 En pleine masse ouvrière, 386 p.: $1.50 L’Action catholique, Chan.Pierre Tiberghien, 216 p.: $1.25 Conversion au réel, G.-M.Lalande, c.s.c., 320 p.: $1.75 Notion de Milieu, en collaboration, 132 p.: $0.50 La vie paroissiale et l’Action catholique, 208 p.: $1.00 L'Apostolat de l’opinion publique, R.P.Félix-A.Morlion, o.p., 245 p.: $1.00 L’Unité d'action des catholiques, Atnlré Richard, pire, 242 p.: $1.25 L’Eglise à l’œuvre, Chan.P.Glorieux, 241 p.: $0.75 Vocation chrétienne et mission du laïcat, Paul Vanier, s.j„ 48 p.: $0.25 ¥ I D K S ml, rue Kainl-4uequeN MO.\TKEAL- 1 PROSPECTUS MArquette 8161 FICHES EN-TÊTES DE LETTRES ENVELOPPES FACTURES IMPRIMERIE RICHELIEU REÇUS LIMITÉE publicité: • TRAVAIL PARFAIT • PRIX RAISONNABLE SERVICE RAPIDE 1292, Ste-Elisabeth Montréal
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