Lectures, 1 février 1953, février
MA# 1353 ¦graphie critique dBsctic d< Mont failli ie rnsni .;.' v FIDES sum- LECTURES REVUE MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée p.ir le Service de Bibliographie et de Documentation de FIDES organe du Service des Lectures de l'Action catholique du diocèse de Montréal.Direction : Paul-A.MARTIN, c.s.c., aumônier du Service des Lectures.Rédaction : Jean-Paul PINSONNEAULT, secrétaire du Service des Lectures.NOTES: , .1.La revue est publiée mensuellement, de septembre à juin.Les dix livraisons de l'année constituent un tome.Le dernier numéro du tome (soit celui de juin), comprend une table méthodique des sujets traités ainsi qu une table alphabétique des ouvrages recensés pendant l’année.2.Les références bibliographiques sont rédigées d'après les règles de la catalographie.Les cotes morales en usage sont les suivantes : TB — Livre pour tous TB-S — Livre pour tous mais spécialisé TB-A — Livre pour tous, de nature à intéresser certains adolescents B —Livre pour adultes B?—Livre appelant des réserves plus ou moins graves, i.e.à détendre d'une façon générale aux gens non formés (intellectuellement ou moralement) A — Livre pour adolescents ( 15 à 18 ans) | —Livre pour jeunes (H) à 14 ans) E — Livre pour enfants (6 à 9 ans) Publicati/m approut il par l'Ordinaire CANADA le numéro FIDES, S0.35 Abonnement annuel S3.50 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal-1 Etranger ?PLateau X FRANCE _ „ Abonnement annuel 900 francs *C.C.P.Société FIDES, 120, boulevard Raspail.Paris (Vie) PARIS 7262.50 ?Littré 7385 Autorisé comme envoi postal de deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa.-„-SOMMAIRE- Lm técqcfigpâgi* .’./.MivCharles-Omer Garant 241 IDEAL EX PRINCIPES Léo Paul Desro.sier, Le roman hisioriqu» «t psychologique Mgr Emile Chartier 242 Notes biographiques .-•••• F-R- 248 Notes bibliographiques .249 ETUDES CRITIQUES La fin d'mit liaison de Graham Greene Bernard G.Murchland, c.s.c.252 Lit animaux dénaturés de Vercors .Rol.-M.Charland, c.s.c.258 DOCUMENTS L'amour, le péché et la mort chez Sigrid Undset Augustin Léonard, o.p.261 FAITS ET COMMENTAIRES Assemblée générale annuelle du Conseil catholique de la presse canadienne .J-*P- P- 267 Le congrès de l’Union internationale pour la moralité publique 269 NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES Littérature canadienne .270 Littérature étrangère .276 BIBLIOTHECA La Bibliothèque municipale .Juliette Chabot 283 Nomination de M.Raymond Tanghe à la Bibliothèque nationale Edmond Desrochers, s.j.285 Nouvelles .;.288 lin page de couitrture : M.Léo-Paul Desrosiers (Studio Albert Dumas). Un témoignage P .V septembre dernier L R.P.Paul-Aimé Martin, c.s.c.directeur général de Fides, priait Son Exe.Mgr Charles-Omer Garant, secrétaire de l’Episcopat de la proiince de Québec, de bien vouloir rappeler à la bien', cillante attention de l'Assemblée épiscopale l'neutre nécessaire i/u'accomplit notre reine, et de solliciter qu'elle soit recommandée par Nosseigneurs les Evêques aux pasteurs et aux fidèles de leur juridiction.Nous sommes heureux de reproduire ci-dessous le texte de la lettre adressée au Directeur général en réponse à cette demande.Québec, le 11 novembre 1952.Mon révérend Père, Pour faire suite à votre lettre du 19 septembre dernier, je suis heureux de vous dire qu'il a été question de la revue LECTURES, lors de la dernière réunion de l'Assemblée épiscopale.Nosseigneurs les Archevêques et Evêques de la Province de Québec conservent toujours pour votre revue la même admiration que déjà ils lui manifestaient peu de temps après son apparition, comme tous ont pu le constater en lisant notre lettre pastorale collective sur "le prêtre et la croisade de pureté", parue en janvier 1947.Chaque Evêque serait heureux de voir la revue LECTURES connaître une plus large diffusion, parce que plus cette revue sera répandue, plus nombreux seront les personnes qui en subiront l’heureuse influence.Aussi, quand l'occasion leur en sera donnée, les Archevêques et Evêques, dans leur diocèse respectif, recommanderont de nouveau votre revue LECTURES, soit dans les réunions de prêtres soit autrement.Veuillez agréer, mon Révérend Père, l'expression de mes sentiments les meilleurs en Jésus et Marie, 0 V^VocX*- Evêque auxiliaire à Québec, Secrétaire de l'Episcolat de la Province de Québec.Révérend Père Paul-Aimé MARTIN, c.s.c.Fides, 25 est, rue Saint-Jacques, MONTREAL, P.Q.FÉVRIER 1953 241 IDEAL ET PRINCIPES Léo-Paul Desrosiers Le roman historique et psychologique Vers 1922, à l’Université de Montréal, un tout jeune homme venait s’inscrire parmi les étudiants en droit.L’inscription terminée, il tendit au vice-recteur un manuscrit, le priant de l’examiner et de faire savoir à l’auteur son sentiment.Comme le manuscrit comportait une étude d histoire, le vice-recteur, trop peu sûr de ses connaissances dans ce domaine, le transmit au spécialiste en la matière, son collègue, 1 abbé Lionel Groulx.Le jugement éclairé de celui-ci fut-il, pour 1 historien novice, l’engagement à suivre une vocation qu’il avait apportée en naissant ?Toujours est-il que, une fois entré dans la voie de l’histoire, Léo-Paul Desrosiers, l’auteur du manuscrit précité, ne la quitta plus.Ceux mêmes de ses livres qu’il a qualifiés de « romans historiques » sont la reconstitution de tranches de notre passé.L’élément romanesque en est si ténu qu’il fait songer à la broderie légère dont s’entoure un canevas, mieux encore au filigrane que la lumière du jour seule révèle à travers le papier de luxe.L’écrivain semble admettre la sentence portée contre ce genre hybride : ou le roman y fausse l’histoire ou l’histoire y noie le roman.Lisez ses livres dans l’ordre chronologique de leur parution.Nord-Sud pourrait porter en sous-titre la Course à Vor ou Mirage doré.Il raconte la fièvre qui, en 1849, emporta nos paysans du Nord québécois vers le Sud américain.On y apprend la détresse qui affligeait alors notre sol, la propagande effrénée des journaux et des prospecteurs de passage, la désillusion aussi de ceux qui mordirent à l’appât.Dans les Engagés du Grand Portage, on assiste à l’âpre conflit de deux entreprises rivales, la Compagnie de la Baie d’Hudson et la Compagnie du Nord-Ouest.Celle-ci se débat dans 1 alternative d’etre écrasée par sa puissante émule ou de survivre en en absorbant une troisième, la Compagnie des Petits ou des 242 LECTURES Ai.Léo-Paul Desrosiers à sa table de travail XV.La lutte s’achève par la cession de celle-ci à celle-là.Les Opiniâtres nous ramènent à l’époque de la Fronde en France, plus précisément aux années 1636-65.Malgré la lutte que se livraient chez lui les partis, le pays de nos pères envoyait alors certains de ses meilleurs sujets établir ici des postes, sentinelles dressées en face de l’invasion iroquoie.On voit Jolliet, Hertel, Nicolet et Godefroy, épauler Pierre de Rencontre dans son exploitation du sol.Le colon tenace aura, dans Sources, une descendante aussi terne que lui.Fille de médecin, élevée dans le luxe de la grande ville, Nicole de Rencontre épouse par atavisme un habitant et se montre aussi attachée à la terre que son progressif mari Julien Malherbe.Ce sont des hommes d’un caractère très net qui, dans ces tranches d’histoire, conduisent les événements.S’ils tissent à l’occasion une aventure romanesque, celle-ci n’a guère d’importance, à leurs yeux comme à ceux de l’auteur.De toute évidence, ce qui préoccupe ce dernier, c’est d’expliquer par Faction réciproque de leur tempérament sur les faits et celle des faits sur leurs sentiments, la nature de leur activité.Plus encore qu’aux événements tous tirés de textes historiques, février 1953 160162 243 M.Desrosiers s’intéresse et nous intéresse à l’âme de ses personnages.Pour y mieux réussir, il a recours au procédé constant des vrais écrivains : le contraste.Le « bougeotte /> pousse Vincent Douaire vers les côtes du Pacifique, comme le vent fait cingler le vaisseau, a sa réplique dans la fixité qui retient au terroir revêche de Brandon Maxime Auray.En face du sournois et taciturne Montour se dresse le loquace et honnête Turenne.Le goût de l’aventure et des grands espaces entraîne le fils François de Rencontre tout autant cjue la passion du défrichement retient à la terre son père Pierre.Nicole, la descendante de celui-ci, trouve sa contrepartie exacte dans Pauline, la fille des Hérisson.M.Desrosiers parle quelque part des « attractions et répulsions des âmes.» Il s’amuse tellement à en suivre le jeu, et nous y prend tellement avec lui, qu’il néglige de propos délibéré certains incidents chers à la popularité des romanciers.C’est le cas des descriptions de mariage.A la page 57 des Opiniâtres, où elle devrait normalement se trouver, cherchez l’histoire du lien qui unit Ysabau Seiglon à Pierre de Rencontre ; vous saurez seulement, à la page qui suit, que « le départ des nouveaux mariés » de Québec pour les Trois-Rivières « eut lieu parmi les cris d’adieu.» De même, vous chercherez en vain (Sources, p.53) la cérémonie où Nicole de Rencontre s’unit à Julien Malherbe ; tout ce que vous apprendrez, en tournant le feuillet, c’est que, parvenus au domaine de celui-ci après les noces, « Nicole et Julien plongèrent dans l’air glacial du dehors.» Plus encore que les alternances des sentiments chez ses personnages, ce qui attire M.Desrosiers, ce sont les motifs qui expliquent cette évolution.Si l’arrivisme de Montour le pousse à toutes les compromissions les plus laides, l’esprit de devoir inspire à Louis Turenne les résolutions et les actions les plus généreuses.Pierre de Rencontre ne démord pas de sa conviction que, dans un pays neuf, seule importe la culture du sol, parce que seul il dure et rapporte des profits ; son fils François au contraire, qui en tient pour la vie aventureuse des coureurs de bois, court au-devant de ce qui en est trop souvent l’issue, la mort.Elève, comme son frère Yvon, d’une de nos grandes Ecoles d’agriculture, Julien Malherbe laisse les routiniers s’étioler sur des terres cultivées au petit bonheur 244 LECTURES et enrichit la sienne à l’aide des méthodes les plus perfectionnées.Ainsi animés, tous les personnages de M.Desrosiers s’agitent dans un décor on ne peut plus varié.Le cadre de Nord-Sud, c’est la région de Berthier-en-haut avec ses projections : les îles de Sorel, les forêts de Brandon.Les Opiniâtres se situent sur l’étroite bande qui, des Trois-Rivières à Québec et Montréal, longe le fleuve et a pour arrière-fond les Lauren-tides.Les Engagés du Grand Portage en nous faisant passer par la plus vaste de nos mers intérieures, nous promènent de Lachine jusqu’au Grand Lac des Esclaves : mélange de prairies illimitées, de voies fluviales tumultueuses, tout au long desquelles s’échelonnent les postes de commerce.Si les Sources n’ont pas de localisation exacte, on y devine une de ces paisibles campagnes qui font le charme de notre Richelieu et de notre Yamaska.Campagnes ou prairies, bandes de terre ou « chemins qui marchent », M.Desrosiers les décrit avec une précision absolue et un véritable luxe de détails : on a peine à croire qu’il n’a pas vu tout cela de ses yeux.La physionomie en varie avec les saisons : la grisaille de l’automne et les bourrasques de l’hiver y font, comme dans la nature, contraste avec les couleurs vives du printemps et les effervescences aveuglantes de l’été.Fleurs, fruits, production, animaux et poissons, mais aussi désolation et sécheresse, occasionnent une succession de tableaux conformes aux humeurs changeantes de notre climat.Nord-Sud contient cette fresque où s’étale une véritable fantasmagorie de couleurs : « Touchées par l'automne, les feuilles jaunes, rouges, oranges, la pourpre des vignes qui s’écoulait comme une traînée de sang, le rose des érables, formaient de grands bouquets éclatants, filtraient et coloriaient l'air autour d'eux, donnaient leurs nuances à la lumière du jour.On aurait dit que le soleil frappait à travers de hautes verrières qui s'allumaient ou sctei-gnaient selon qu’il luisait de tout son éclat ou se cachait sous un nuage.Au loin, la brume estompait ces couleurs qui se mariaient par dégradations successives comme en une tapisserie.» On n’en finirait plus de relever les pages claires ou sombres dont cet écrivain de race a parsemé ses livres.Dans Nord-Sud par exemple, il faut lire les deux tableaux que lui suggèrent le Canada de 1849 (p.36) et celui de 1760 à 1849 (p.56).Des portraits vivants, ceux de la châtelaine (p.77), du quêteux (p.86), de Maxime Auray (p.130), même celui de Chiniquy (p.16), s’insèrent naturellement dans le récit.février 1953 245 Dans une période presque éloquente (p.175-6), la pensée se décompose en une série de questions, dont chacune aggrave la précédente et qui aboutissent à cette heureuse opposition : « Après avoir bu à grandes lampées cette forte boisson, ils ne pouvaient se contenter de l’eau douce de l’existence quotidienne.» Dans les Engagés du Grand Portage, l’intensité de l’émotion qu’éveille la procession des cadavres (p.116-120) n’a d égale que celle qu'on éprouve à lire la marche sur le lac (p.124-126).Dans les phases de la tentation par laquelle Al.Léo-Paul Disrosiers et son épouse, Mme Michelle Le Normand ¦i Montour essaie de briser Louis Turenne (p.175-6), l’analyse est telle qu’on l’attribuerait à un professionnel de la séduction.Le tableautin-miniarure des saisons (p.122), dans Sources, s’associe au lyrisme de trois admirables cantiques : celui de Nicole au bien-aimé (p.137), l’apothéose dfz habitants (p.189-90), l’hymne à la nuit (p.193-5).Tout un chapitre (p.101-5), où résonne la phonétique paysanne, accentue la couleur locale.Ce sont là autant de pages que l’on verra insérées un jour dans une anthologie.Nous nous permettons une réserve : M.Desrosiers puise 246 LECTURES abondamment dans les vocabulaires techniques et régionaux.Il s’ensuit que ses ouvrages, comme ceux de Jules Tremblay, ne sont pas facilement accessibles au commun des lecteurs.Peut-être eût-il été bien inspiré d’ajouter à chacun d’eux, comme Font fait Germaine Guévremont pour le Survenant et lui-même pour les Engagés du Grand Portage, une liste des termes les plus insolites, avec la définition appropriée.Nous pensons ici surtout au langage gaspésien de l'Ampoule d'or.Car on aura pu s’étonner de ce que, dans cette appréciation de l’œuvre romanesque élaborée par M.Desrosiers, nous ayons paru écarter Ames et Paysages, le Livre des Mystères et, le dernier-né, l'Ampoule d'or.Les deux premiers ne renferment que des nouvelles, donc des raccourcis de romans.Toutefois, ils sont comme un prélude au reste de l’œuvre : le souci psychologique, qui dans tous rejette l’histoire elle-même au second plan comme un fond de scène, y apparaît déjà tout entier.Appelez « travers sociaux » ce que l’auteur désigne comme des « mystères » ; et vous admettrez que c’est un médecin des âmes qui promène ici le scalpel ou qui enfonce le bistouri.L’Ampoule d'or, c’est le journal d’une fille de la Gaspésie, Julienne.Toute la région y défile avec ses vigneaux et ses pleins, avec sa Table-à-Rolland, son mont Ste-Anne, surtout son Rocher Percé, source, ce dernier, d’un hymne véritable (p.56) et dont la caverne sert de scène à un drame pathétique (p.80-6).Le récit se déroule en deux phases, comme dans la Davidée Birot de René Bazin et dans O mort! où est ta victoire?de Daniel-Rops.Eprise de Silvère, puis de Martin, Julienne les suivrait à tour de rôle ; mais son père est là, gardien farouche de la tradition canadienne.Pour lui apprendre qu’on ne se laisse pas courtiser par des gens mariés, il la chasse de la Maison Rose.Réfugiée chez La Maussade, une mégère d’apparence, Julienne découvre dans une épave une bibliothèque biblique.Comme saint Augustin, elle lit, elle dévore.Aussi, stimulée par les reproches discrets de la mégère, aidée par les prônes du Récollet son curé, illuminée surtout par ses lectures, elle remonte la côte qu’elle descendait tête baissée.Elle se réconcilie avec les siens et rentre à la Maison Rose ; elle finira d’expier en instruisant les enfants.février 1953 247 Qu’a-t-elle donc tant à expier ?C’est dans la description de sa chute qu’éclate la différence absolue entre notre romancier et ceux dont nous l’avons rapproché.Ne cherchons point chez lui les scènes scabreuses qui déparent chez ceux-ci, cet élément du récit ; les faiblesses de Julienne se réduisent à des sentiments trop tendres, qu elle a vite fait d’ailleurs de refouler.Si la remontée vers les sommets de la perfection s’opère chez Julienne parmi des alternances de succès et de revers, sa chute ne l’entraîne jamais dans les cloaques du vice.Le levier qui la soulève, c’est la parole de Dieu.Aussi se demande-t-on si le but de M.Desrosiers, quand il composait ce chef-d’œuvre de haute mystique et de densité littéraire, n’était pas de nous faire lire la Bible.Si telle fut sa pensée, on voudrait seulement qu’il eût ça et là éclairé de quelques notes les extraits de YEcclésiaste ou des Proverbes, qu’il cite abondamment.Les lecteurs ordinaires comprendront difficilement sans cela la mention par exemple de l’ampoule d’or, qui revient à trois reprises (p.7, 163, 204) et qui même donne à l’ouvrage son titre assez énigmatique.Nous ne pouvons mieux résumer l’impression d’ensemble que dégage l’œuvre romanesque de Léo-Paul Desrosiers qu’en lui étendant celle qui terminait une étude sur la réédition de Nord-Sud (dans Mes Fiches, no 124, partie lectures, 20 avril 1943) : « Ce livre, d’où émane une odeur de huche, vivra comme tous ceux qu’inspirent l’amour de la petite patrie, la connaissance des règles de l’art, le goût du vrai et du beau.» Mgr Emile Chartier Léo-Paul Desrosiers NOTES BIOGRAPHIQUES LEO-PAUL Desrosier?naquit à Berthier-en-haut, le 11 avril 1896.II fit ses études classiques au Séminaire de Joliette, et son droit, à l’Université de Montréal.En 1920, il commençait au Devoir une courte carrière de journaliste.Trois semaines à peine s’étaient écoulées depuis son entrée à ce journal comme reporter qu’il était promu par M.Georges Pelletier au poste de courriériste parlementaire à Ottawa.Malgré sa jeunesse, M.Desrosiers remplit consciencieusement cette charge et fit sa marque.248 LECTURES Il épousa en 1922 Marie-Antoinette Tardif, mieux connue sous le pseudonyme de Michelle Le Normand.De cette union naquirent trois enfants : Louis, Claude et Michelle, décédée depuis quelques années.1922 marqua aussi pour M.Desrosiers le début de sa carrière littéraire, car c’est à l'automne de cette année-là qu’il publia un recueil de nouvelles intitulé Ames et paysages.Il obtint le printemps suivant le prix d’Action intellectuelle.En décembre 1929, le futur écrivain entra au service civil, comme chef-adjoint aux journaux français de la Chambre des communes.En 1931, un prix de l’Académie française couronnait le succès de Nord-Sud.Douze ans plus tard, en 1941, M.Desrosiers quittait Ottawa pour venir remplacer M.Aegidius Fauteux au poste de conservateur de la Bibliothèque municipale de Montréal.Sous sa direction la Bibliothèque connut un essor sans précédent : ouverture de dix succursales dans la Métropole et la banlieue, augmentation considérable du nombre des abonnés du livre, acquisition de la célèbre collection Witton, ouverture de la cinémathèque, inauguration d’une série de conférences offertes au public sous le titre de V'otre auteur préféré, abolition du dépôt requis pour l’abonnement, etc.Iroquoisie, paru en 1947, mérita à son auteur la médaille de la Société historique de Montréal.En 1951, le prix Duvernay était décerné à l’écrivain pour son magnifique roman l'Ampoule d'or.A sa retraite depuis février 1952, M.Desrosiers peut maintenant se consacrer tout entier à son œuvre.L’écrivain et son épouse habitent aujourd’hui la campagne, à Saint-Sauveur-des-Monts, village des Laurentides dont la beauté et le calme favoriseront l’éclosion des œuvres futures de l’auteur des Opiniâtres.M.Léo-Paul Desrosiers est membre de la Société Royale du Canada, de l’Académie canadienne-française et de la Société des Dix.F.R.NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 1922 —AMES ET PAYSAGES Montréal, le Devoir £c 1922}.192p.19.5cm.Tirage de 2,000 exemplaires.N.B.—Nouvelles.1931 _ NORD-SUD a) Montréal, le Devoir £c 1931}.217p.19.5cm.Tirage de 3,000 exemplaires dont 1,000 exemplaires pour les éditions de l’A.C.F.b) Montréal, le Devoir £c 1943}.217p.19.5cm.Tirage de 4,000 exemplaires.février 1953 249 1936 — LE LIVRE DES MYSTERES Montréal, le Devoir, 1936.175p.19.5cm.N.B.—7 nouvelles.1937 _ L’ACCALMIE [Montréal], le Devoir, 1937.148p.19.5cm.N.B.__Lord Durham au Canada.1938 _ LES ENGAGES DU GRAND PORTAGE a) Paris, Gallimard, 1938.209p.18.5cm.b) Montréal, Fides, 1946.207p.21cm.(Collection du Nénuphar.Les meilleurs auteurs canadiens, no 4.Publiée sous la direction de Luc Lacoursière).N.B.—Note de l’Editeur, p.7.N.B.__Liste des mots employés dans le commerce des fourrures au Canada, p.8.1939 _ COMMENCEMENTS Montréal, Ed.de l’Action canadienne-française, 1939.158p.20.5cm.Tirage de 2,000 exemplaires.1941 __ LES OPINIATRES a) Montréal, le Devoir £c 1941].224p.19.5cm.Tirage de 3,000 exemplaires dont 1,000 exemplaires pour Brentano, New-York.b) Montréal, le Devoir [c 1942].224p.19.5cm.Tirage de 4,000 exemplaires dont 1,000 exemplaires pour Brentano, New-York, et 1,000 marqués au chiffre de Fides, Montréal.1942 — SOURCES a) Montréal, le Devoir [c 1942].227p.19.5cm.Tirage de 4,000 exemplaires dont 1,000 pour Brentano, New-York.b) Montréal, le Devoir [c 1943].227p.19.5cm.Tirage de 3,000 exemplaires.1947 — IROQUOISIE .[Montréal] Les Etudes de l’Institut d Histoire de l’Amérique française (1534-1646) [c 1947] Tome 1, 351p.19cm.Edition originale.Tirée à 2,000 exemplaires.N.B.—Préface de l’auteur.1951 L’AMPOULE D’OR [Paris] Gallimard [c 1951].254p.19cm.250 LECTURES LES CAHIERS DES DIX 1951 — Le Quebec Herald, no 16.Montréal, les Dix, 1951.282p.23cm.1950 — Sir Georges Arthur, no 15.Montréal, les Dix, 1950.260p.23cm.1949 — En relisant les mandements, no 14.Montréal, les Dix, 1949.303p.23cm.1948 — Vers notre premier parlement, no 13.Montréal, les Dix, 1948.313p.23cm.1947 — Mes tablettes, no 12.Montréal, les Dix, 1947.282p.23cm.1946 — Les Trois-Rivières, 1535-1634, no 11.Montréal, les Dix, 1946.327p.23cm.1945 — Dollard des Ormeaux dans les textes, no 10.Montréal, les Dix, 1945.34lp.23cm.1944 — Correspondance de M.Magnien, no 9.Montréal, les Dix, 1944.304p.23cm.1943 — Montréal soulève la Province, no 8.Montréal, les Dix, 1943.23cm.1942 —1942, no 7.Montréal, les Dix, 1942.334p.23cm.AVEZ-VOUS VOTRE MISSEL DU CAREME?Mon missel du Carême commenté par le R.P.J.-F.STEDMAN Il contient la messe de chaque jour depuis le Mercredi des Cendres jusqu’à Pâques.— Tous les offices de la semaine sainte.— L’ordinaire de la messe en latin et en français.La messe des défunts.Un calendrier de la Messe jusqu'en 1966.Les prières usuelles du matin et du soir, exercices de la confession, de la communion, du chemin de Croix, etc.544 pages — cartonné $1.00.Cuirette de luxe $2.00.Cuir de phoque $3.75.FIDES FÉVRIER 1953 251 ETUDES CRITIQUÉS La fin d'une liaison 1 La Fin d'une liaison est un des rares romans de notre époque où Dieu figure comme le principal personnage.C’est à mon avis ce qui explique la chaude controverse qui encore aujourd'hui, un an après sa première publication, crépite autour de ce volume.En effet, dans un âge de dégénérescence spirituelle comme le nôtre, rien ne violente plus vigoureusement les consciences endormies que le rappel de la présence de Dieu ; rien ne tourmente plus les pécheurs que le souvenir de l’idéal de la sainteté.Ce volume étudie le péché, mais aussi l’amour et la miséricorde, car Graham Greene |es personnages humains sont des pécheurs qui, après une vie de péché et de souffrance, gravissent la montagne de la sainteté.Autrefois les hommes se révoltaient contre Dieu, mais ils avaient conscience de leur révolte, Ils péchaient, mais ils savaient parfaitement qu’ils faisaient fausse route.Aujourd’hui ils semblent ignorer même qu’il existe un chemin « droit ».A un moment ou l’autre l’homme a presque tout rejeté, mais il fallait le XXe siècle pour apporter la négation même du péché.Chaque page de la Fin d'une liaison veut protester contre cette dégradation extrême.Le message fondamental de cette œuvre un peu complexe est celui-ci : « Tous les hommes sont appelés à la sainteté, surtout les pécheurs.» Ce livre est typiquement greenicn.Les thèmes qui ont toujours obsédé le romancier y foisonnent : la préoccupation profonde du problème du mal, un pessimisme sous lequel se cache un optimisme débordant, la mort qui contient les germes de la vie, la nécessité d’accepter la souffrance, les conséquences de chaque acte humain, le problème de l’amour, l’énigme du sexe, le rôle prépondérant de la 1 GREENT (Graham), La fin d'une liaison.Roman.Traduit de l’anglais par Marcelle Sibon.Paris, Robert Laffont [1952].280p.18cm.$2.25 (par la poste $2.35).B ?252 LECTURES grâce et le drame du salut (ou de la damnation).Dans la Fia d'une liaison, Graham Greene déborde les frontières de ses romans précédents.II pénètre ici dans le royaume sacro-saint de la sainteté.Il décrit la naissance de la foi dans les âmes au lieu de son extinction, sa croissance au lieu de son affaiblissement.Pour employer la parole de Mauriac, il a tenté « la suprême folie de réinventer en quelque sorte l’action de Dieu ».Les critiques sont d’accord pour dire que sa folie s’est transformée en sagesse.Conséquemment ce dernier volume est marqué par un optimisme plus ouvert et jusqu’ici inconnu dans l’art de Graham Greene.L'intrigue, qui se passe à Londres entre les années 1 944-51, s’ouvre par un flashback cinématographique.Bendrix, le héros masculin, se promène sous la pluie ; il se dirige vers une taverne.Il a le cafard et son âme est remplie de haine et d’amertume quand il rencontre Henry, le mari de son amante.Cette scène nous donne la clef du drame qui consiste, au moins superficiellement, dans la qucte du bonheur par la voie de l’adultère.La liaison entre Sarah Miles et Maurice Bendrix commence tout simplement.Lui, romancier réservé, d’un âge moyen, s’éprend d’elle, femme dynamique d’un obscur et terne fonctionnaire.Pour Bendrix, cette liaison prend ligure d’obsession sexuelle, d’appétit jaloux.Pour Sarah, c’est un amour honnête et de beaucoup plus intéressant que tout ce qu’elle a tiré de ses relations avec Henry.A mesure que leur amour progresse, Greene révèle de main de maître les faiblesses d’un amour charnel.Dans toute affection du genre, l’amour voisine avec la haine : « La haine fait travailler, semble-t-il, les mêmes glandes que l’amour ; elle est à l’origine des mêmes actions.Si l’on ne nous avait pas enseigné à interpréter l’épisode de la Passion, serions-nous capable de conclure d’après leurs seules actions lequel, du jaloux Judas ou de Pierre le pleutre, aimait Jésus-Christ ?» Et l’insécurité, par ailleurs, trahit chaque geste d’amour : « L'insécurité, est le pire sentiment qujêprouvent les amants.l'insécurité déforme le sens de tout et empoisonne la confiance.Dans une ville assiégée et aux abois, chaque sentinelle est un traître en puissance.j'essayais de contrôler les faits et gestes de Sarah.Je la prenais en flagrant délit de petits mensonges, échappatoires qui n'avaient de cause que la crainte que je lui inspirais.Car je grossissais la moindre entorse à la vérité pour en faire une trahison et dans la plus franche déclaration je lisais un sens saché.» Bien que ce soit Bendrix qui raconte l’histoire de leur liaison, Sarah demeure le principal caractère humain du roman et l’essence de son humanité se ramène au fait qu’elle est capable d’un grand amour, et douée d’un cœur généreux prêt à s’abandonner complètement.«[.} l’abandon de Sarah touchait à cet étrange point mathématique d’infini, un point sans largeur, sans place dans l’espace.» Son amour n’est pas un amour idyllique, pathétique, poétique, mais le commencement d’un grand amour dans lequel la passion brûle démesurée et dangereuse.Elle est si entièrement humaine — chaleureusemnt, pasionnémnt, tendrement humaine — que l’histoire février 1953 253 de ses relations avec Bendrix nous émeut au point de nous en rendre presque complices.Platon, écrivant sur l’amour naturel, remarque qu’il est, dans sa forme la plus ardente, «pauvre, déchiré, nu, pâle, défait, sans maison, toujours indigent, il couche dehors sur la dure, car il fait quitter tout pour celui qui est aimé, il fait perdre le sommeil et aspire à une union toujours plus intime.» Ce que nous venons de citer s’aplique pleinement au cas de Sr.rah.Parce qu’elle était si intégralement humaine, il était inévitable qu’elle devînt un jour une sainte.Rarement un romancier a fait sentir avec autant d’habileté les implications terribles d’un amour même charnel.Avec Bendrix nous rencontrons un cas tout à fait différent.D’abord il est un homme, et pour Greene, il faut poser une distinction métaphysique entre l’homme et la femme.Ensuite, c est un homme typiquement moderne.Un homme que le Père de Lubac décrivait comme « se prenant lui-même en charge, forgeant son propre destin», un homme qui cherche la perfection en négligeant la source même de toute perfection, qui cherche à s’épanouir dans un univers clos, qui trouve la terre trop petite parce qu’il a refusé le ciel.Il est un vrai descendant du suihomme nietzschéen, rongé par le sexe et enchaîné par son égoïsme.Chez lui, la vie engendre bientôt le cynisme, le spleen, l’ennui, le désespoir.Ce qui semble être l’amour se tourne en haine ; la tendresse se métamorphose en cruauté.Sa philosophie monstrueuse l’a englouti et, paradoxe frappant, c’est du fond de cet abîme qu’il prend conscience de son « besoin d’un plus grand que soi.Dans les ténèbres du péché il sent le besoin de la lumière qui est la vie des hommes.» Les premiers signes de cette nouvelle transformation se manifestent pendant un bombardement de Londres.Une explosion bouleverse la maison où ils se trouvent et Sarah découvre le corps de Bendrix sous un monceau de débris.Convaincue de la mort de son amant, elle tombe à genoux et supplie Dieu de rendre la vie à celui qu’elle aime.Si Dieu (en qui elle ne croit pas véritablement) exauce ses prières elle quittera Bendrix.«£.] je renoncerai à lui pour toujours, mais qu’il soit vivant et qu’il ait sa chance.» Quand Bendrix reprend connaissance, elle réalise pour la première fois la portée terrible de sa promesse.Mais, simple et fondamentalement honnête, Sarah l’abandonne sans aucune explication.Elle commence à connaître « la torture de vivre sans Maurice.» Son chemin de croix vient de commencer et le point de départ est un holocauste complet.Pendant les années de séparation subséquentes Sarah traverse les déserts arides et les «noches sombres » du détachement spirituel.Elle est sur le chemin de la sainteté qui exige la mort avant la vie.Elle sent la solitude amère des délaissés.La souffrance la crucifie et la mémoire de Bendrix la torture.« Je suis très fatiguée et je ne veux plus souffrir.Je veux Maurice.Je veux de l’amour humain, ordinaire et corrompu.Mon Dieu, vous savez que je veux aspirer à partager vos souffrances, mais je ne veux pas les partager tout de suite.Emportez-les pour le moment et donnez-les moi une autre fois.» 254 LECTURES Dans un acte suprême de désespoir, elle tente de démontrer l’inexistence de Dieu.Si elle pouvait y croire son vœu ne la lierait plus et elle serait libre de reprendre ses relations avec Bendrix.Mais elle ne peut pas : chacun de ses efforts pour éteindre sa foi la réchauffe.Chaque jour de nouvelles brèches s’ouvrent en elle, par où finalement Dieu pénètre.« L’homme a des endroits de son pauvre cœur qui n’existent pas encore et où la douleur entre afin qu’ils soient.» (Léon Bloy).Graduellement Sarah en arrive à la conclusion que non seulement elle croit en Dieu mais qu’elle l’aime.Des chaînes de l’amour charnel, elle s’élève à l’abandon le plus parfait.« L’abandon de Sarah ne touche plus à un étrange point mathématique de l’infini » ; l'infini qui réclame maintenant son abandon est Dieu.« Je crois à l’existence de Dieu, je crois à tout le bataclan, il n'y a rien à quoi je ne crois ; on pourrait diviser la Trinité en une douzaine de morceaux et j'y croirais ; on pourrait exhumer des chroniques prouvant que le Christ a été inventé par Pilate parce que celui-ci désirait obtenir de l’avancement, que je croirais de la même manière.J'ai attrapé la foi comme on attrape une maladie.Je suis tombée croyante comme on tombe amoureuse.je n'ai jamais cru en rien comme je crois maintenant.C'est une certitude.» Mais ce dénouement subit intrigue Bendrix et il a tôt fait de conclure que Sarah a choisi un autre amant.Son amour pour elle se transforme en haine et il est hanté par la jalousie.Henry, lui aussi doute de la conduite étrange de sa femme et, pour comble d’ironie, consulte Bendrix.Les deux soupçonnent l’intervention d’un troisième personnage ; on charge un détective de le retracer.Trois ans après la séparation, Parkis réussit à mettre le Journal de Sarah dans les mains de Bendrix et c’est alors que ce dernier découvre les phases successives du drame intérieur de la femme, aimée.Le troisième homme, il le sait enfin, est Dieu.Mais Bendrix ne croit pas en Dieu et se sent capable de tirer Sarah de ces illusions et de la tourner à ses désirs.Contre un Dieu qui n’existe pas, il se sent plus puissant que contre un simple mortel ! «[.] s’il doit surgir un conflit entre une image et un homme, je sais qu'il en sortira vainqueur.lui, est emprisonné derrière l'autel et ne sait pas bouger pour venir plaider sa cause.» A ce moment dramatique Sarah meurt et Bendrix retourne sa haine contre cet adversaire invisible en qui il ne croit pas.Cependant, dit Greene, il vaut mieux haïr Dieu que l’ignorer.La haine peut devenir l’amour ; l’indifférence jamais ! Ce témoignage hardi des réalités spirituelles a été pour bien des critiques une pierre d’achoppement, un scandale.La sainteté et le miracle sont des éléments nouveaux dans le roman anglais moderne et l’opinion publique ne les accepte pas facilement.Les lecteurs ne sont pas prêts pour une telle nourriture ! De fait, la conversion inopinée de Sarah et sa montée vertigineuse vers la sainteté sont un peu mystérieux — même pour le catholique — jusqu’au moment où on apprend qu’elle a été baptisée jeune.Ce baptême est d’une importance capitale et la plupart des critiques ont semblé n’en février 1953 255 pas saisir toute la portée dans le roman.«Trop ouvertement moraliste, Greene n’écrit plus comme un romancier, » clame-t-on à propos des 50 dernières pages.Mais nous devons nous rappeler que Greene est un catholique dont la religion nourrit l’œuvre.Nous devons remarquer aussi qu’il est le seul témoin de la grâce sacramentelle dans l’univers littéraire d’aujourd’hui.Pensons seulement au Fond du problème, et surtout à lu Puissance et la gloire pour nous en convaincre.Dans la Fin d'une liaison, le baptême est le secret de l’intrigue.Sans le baptême la liaison n’aurait jamais pris fin.C’est lui qui explique la grâce apparemment gratuite de la conversion de Sarah.11 lui ouvre la porte qui conduit à la sainteté.Il est bon de nous rappeler ici le grand dogme de la foi catholique selon lequel le Christ est venu appeler les pécheurs : ses grâces rédemptrices sont dispensées aux pécheurs par les sacrements.C’est le rapport fondamental entre les pécheurs et les sacrements que Greene veut souligner ici, et celui qui ne comprend pas cette économie de la rédemption ne peut comprendre le roman.C’est la psychologie enchevêtrée des pécheurs qui reviennent au foyer qui constitue l’essence de ce roman.On comprend dès lors que cette odyssée spirituelle heurte le lecteur et déroute la critique.Le monde moderne préconise un type de saint éloigné, abstrait, anémié — porteur d’une sainteté plus admirable que réalisable.C’est une sainteté que ne peut atteindre le pécheur ordinaire ! Mais Sarah est une pécheresse ordinaire et elle devient une sainte.La dernière page de son Journal, un cri de joie et une prière de désintéressement complet, rappelle la voix de saint Augustin : «[.] il ne nous restait plus rien, à la fin que Vous.[ .] j’aurais pu passer toute ma vie à épuiser mon amour bribe par bribe, à le gaspiller ça et là, avec un tel homme ou tel autre.Mais dès la première fois.nous avons dépensé tout ce que nous possédions.Vous étiez présent, et Vous nous enseigniez à dissiper notre trésor comme Vous l'avez enseigné à l’homme riche, afin qu’aujourd’hui rien ne nous reste, que cet amour pour Vous.Mais Vous me montrez trop de bonté.Quand je Vous demande la souffrance, Vous me donnez la paix.Donnez-la lui (Bendrix), à lui aussi.Donnez-lui ma paix, il en a plus besoin.» Ainsi Greene galvanise des milliers de consciences éteintes en leur rappelant leur obligation de tendre à la sainteté.La sainteté prend souvent racine dans le péché et les plus grands saints ont été les plus grands pécheurs.Se référant à un passage de T.S.Elliot, Greene écrit : « The geatest saints are people with more than a normal capacity for evil and the most vicious people have only escaped sanctity with the greatest difficulty.» Et Bendrix ?Il ne débouche pas dans la lumière éclatante de la sainteté comme Sarah.Pourtant, il a passé par le creuset purificateur.A un degré différent et inférieur à celui de Sarah, il a participé à l’humilité d’abnégation, de patience, de silence, de soli- 256 LECTURES tude.11 part d’un faux amour de Sarah et il arrive à une fausse haine pour Dieu.« Ma haine est aussi médiocre que mon amour.» Sa conversion a commencé dans les ténèbres de cette haine.De là il monte plus haut ; il approche de plus en plus de la sainteté, et il dira même de Sarah : « Si cc Dieu existe, si même toi avec ta lascivité et tes adultères et les timides mensonges que tu proférais, si tu es capable de changer ainsi, alors nous pouvons tous devenir des saints, rien qu'en faisant le saut comme tu l'as fait, en fermant les yeux et en sautant une fois pour toutes.Si toi, tu es une sainte, il n'est pas très difficile de l'être.,» Mais Bendrix se trompe ; il est très difficile de l’être.Claudel a écrit quelque part : « La vie d’un saint est d’un bout à l’autre une lutte.Le plus grand saint est celui qui à la fin est le plus vaincu.» Si ces paroles sont vraies, elles aident à juger le cas de Maurice * qu’il ait lutté, c’est indubitable et quand nous lisons l’étrange prière qui ferme le livre nous comprenons que Bendrix s’est avancé sur la route de la sainteté, qu’il est « très vaincu ! » « O Dieu vous en avez assez fait.Vous m'avez assez dépouillé.Je suis trop vieux et trop fatigué pour apprendre à aimer, laissez-moi tranquille à tout jamais.» Marcel Moré commente ces lignes : « C'est le cri vers Dieu d'un homme épuisé par les semaines de lutte intérieure, comme on peut trouver chez les grands spirituels à des heures de fatigue, en face du dépouillement total que Dieu exige de toute âme qui progresse dans l'amour.» Le message de Greene comporte donc une double signification.Il veut montrer d’abord que le péché existe, que ses conséquences sont terribles et, plus implicitement, que la grande hérésie de notre temps est sa négation.Il tente de prouver ensuite que non seulement les pécheurs peuvent, mais doivent plus que n’importe qui accéder à la sainteté.Pour donner ce message le livre combine les meilleurs éléments de la raison et de la révélation.On écoute la voix de Greene dans les milieux libertins et débauchés où l’Evangile ne pénètre pas.L’affirmation vaillante qu’il fait des vérités surnaturelles portera beaucoup de fruit.Son ami et compatriote, Evelyn Waugh s’écrie : « Ce livre s’adresse aux Gentils.II leur montre que l'Eglise s'introduit mystérieusement et triomphalement au milieu d'eux et travaille pour leur bien.» L’union puissante de la matière, de la pénétration d’esprit et de l’expression artistique qui caractérise chaque page a contraint quelques critiques à voir dans ce roman le chef-d’œuvre de Greene.C’est certainement un livre de grande valeur, et sa lecture nous donne un amour plus profond de la souffrance, des pécheurs et de Dieu.Il nous permet une plus claire vision de l’humanité : une fusion des réalisations les plus mesquines et des aspirations les plus nobles.Parfois ces nobles aspirations se réalisent et alors seulement, nous dit Greene, nous pouvons dire que nous avons vécu.Bernard G.Murchi.and, c.s.c.février 1953 257 Les animaux dénatures ' Cette «histoire naturelle», comme se doit tout classique roman policier, commence par un cadavre et se termine (évidemment !) par un procès sensationnel.Mais, entre ces deux pôles caractéristiques du genre où se déroule bien souvent une trame plus ou moins originale de péripéties, Vercors a su mettre en œuvre une ingéniosité vraiment prodigieuse.II a exploité une matière qui semblerait au premier chef intéresser beaucoup plus le monde des savants et des philosophes que celui des romanciers ou des simples lecteurs de littérature policière, savoir : le transformisme et tous les problèmes embarrassants qu’il suscite.Et cela, avec une logique de fiction, un sens de l’humour et de l’ironie qui dote son roman d un certain caractère de vérité, de vie.De plus, les Animaux dénatures est une charge à gros traits et des plus satiriques à 1 endroit des savants, des juristes et des politiques.Une équipe de savants découvre en pleine forêt de Nouvelle-Guinée une famille de singes jusqu’ici connue des anthropologues seuls.Sur place, on procède à des tests aussi cocasses qu’amusants d’intelligence ou d’aptitude.Cependant le bénédictin irlandais bien replet, le P.Diligham, commentateur sérieux de la récente encyclique Humani generis, se perd en considérations théologiques de toute sorte.Précisément, la question du salut de ces pauvres anthropomorphes l’inquiète.Sont-ils réellement des hommes ?S’ils le sont, combien déjà sont morts sans recevoir le baptême ! Va-t-il administrer le sacrement ?C’est prendre le risque de le frustrer et de s attirer davantage les sarcasmes de quelques-uns de ses compagnons.Aussi, lui et le journaliste Douglas Templemore n’osent plus appeler ces êtres ni singes ni hommes, mais tout simplement « tropis » « en attendant ».Car, « il faudra bien que l’on décide un jour si ce sont des singes ou des hommes», écrit ce dernier à sa bien-aimée Frances 1.VERCORS, Les animaux dénaturés.Histoire naturelle, Paris, Albin Michel [c 1952].245 p.20.5 cm (Le Cercle du Livre de France).B ?Vercors 258 LECTURES Doran.Enfin le monde entier est vite alerté de cette merveilleuse découvrte.Un certain Vancruysen, riche financier d’Australie, fait des calculs : trente à quarante mille tropis, avec un dressage approprié et sous la conduite de spécialistes, pourraient traiter les deux tiers de la production dans les filatures australiennes ! Mais pourtant, les sociétés anglaises de protection des animaux de faire chorus, de lancer les cris d’alarme et de menaces.Tout de même on réussit à héberger quelques tropis dans un jardin zoologique.Et mieux encore.Dans un but d’expérimentation scientifique, on a déjà tenté secrètement une première insémination de semen humain.Hybridation ou métissage ?le résultat le prouvera.Voici qu’un jour la femelle pithécoïde Derry met bas.ou enfante un « tropiot » dont le père n’est autre que Douglas Templemore qui vient justement de contracter mariage avec Frances Doran.La comédie commence.Douglas réussit à faire baptiser son « tropiot » et même l’inscrire au registre de l’état civil, chaque fois sous la désignation camouflée « d’une femme indigène connue comme Derry ».Quelques jours plus tard, Douglas, qui a injecté le nouveau-né d’une dose de strychnine, s’avoue donc responsable d’un infanticide.qu’une fois encore le commissaire de police enregistre tout bonnement ( !).Débute un sensationnel procès.Douglas sera-t-il décoré ou pendu ?donnent en large manchette les journaux.Un schisme belliqueux se produit entre les diverses Sociétés protectrices des animaux : les unes veulent le décorer pour avoir soustrait ces malheureuses bêtes à un esclavage atroce pour des fins purement économiques, les autres, le condamner à mort parce qu’il a lâchement immolé son fils.Au tribunal, toutes les théories transformistes y passent, si bien qu’à la fin le juge et les membres du jury ne savent plus au juste qu elle attitude prendre.Alors on fait appel aux plus grands paléontologistes, comme Knaatch, aux psychologues les plus versés, et tous ces gens palabrent, discutent et s’égarent parfaitement.La presse à son tour prend le ton moqueur et se gausse tant et mieux : « Tropi or not tropi » — « Tropi soit qui mal y pense » etc ! Sir Arthur résume le réquisitoire et attend le verdict du jury sur le cas en litige.On admet bien la mise à mort volontaire de la victime par l’accusé ; mais — voilà toujours le hic du procès — la victime est-elle vraiment une nature humaine ?A-t-on une définition légale de la Personne humaine dans le droit anglais ou même dans le droit français si méticuleux pour les détails ?Non.Alors le Gouvernement de Londres est aussitôt saisi de la question et propose une commission chargée d’établir cette définition.De nouveau les polémiques savantes reprennent de plus belle jusqu’à ce qu’on en arrive à démontrer « qu’il ne dépendait pas des tropis d’être ou de n’être pas des membres de la communauté humaine, mais bien de nous de les y admettre ».Désormais les tropis participent au droit de l’homme, et, du même coup, D.Templemore est innocenté en raison de la non-rétroactivité de la nouvelle loi promulguée.février 1953 259 Le tour de force est joué et bien réussi ; car c’en était un que d’élaborer autour d’un problème épineux et sans cesse sur le tapis un roman qui gardât malgré tout quelque vraisemblance.Vercors a manœuvré l’affabulation tout en y traçant une épastrouillante satire contre ce monde aveuglément engoncé dans les principes de l’hypothèse ou de l’administration.Chacun de ses personnages est typiquement campé et appartient à l’éternelle comédie humaine, qu’il s’agisse de Kreps, le géant géologue allemand avec ses toquades et ses méprises scientifiques, de Sybil, la savante sceptique et naturaliste de pensée et de mœurs, ou de Vancruysen, le financier ultra-utilitariste.Nous pourrions reprocher à l’auteur quelques longueurs dans les phases du procès qu’il décrit, et une certaine aventure d’amour en marge de la trame pour l’alléger sans doute de l’atmosphère trop sérieuse, mais qui n’en ternit pas moins la valeur morale.De toute évidence, ce livre alertement écrit ne convient qu’aux gens sérieux qui seraient au courant des conclusions de la science contemporaine sur l’origine de l’homme, ou du moins aux gens capables de comprendre la pensée liminaire de cette «histoire naturelle»: «Tous nos malheurs proviennent de ce que les hommes ne savent pas ce qu’ils sont, et ne s’accordent pas sur ce qu’ils veulent être».Ce roman apporte une conclusion certes discutable mais bien logique dans l’hypothèse où s’est engagé l’auteur.Frances Doran a ce mot qui en interprète et corrobore la teneure foncièrement humaine — et c’est là toute la morale de la fable : « L’affaire des tropis nous a au moins appris une chose : l’humanité n’est pas un état à subir.C’est une dignité à conquérir.Dignité douloureuse.On la conquiert sans doute au prix des larmes.Les tropis devront en verser, avec beaccoup de bruit, de sang, et de fureur.Roland-M.Charland, c.s.c.Une nouveauté : Comment L'auteur, E.L.Heston a vécu 14 ans auprès du Vatican.11 nous donne cet ] i ] le Pape gouverne l'Eglise analyse claire et complète sur cet organisme extraordinaire qu’est le Saint-Siège.— C’est un « grand reportage » vivant et instructif à travers l’administration de l’Eglise.136 p.Prix : $2.00.Par la poste: $2.15.F1DES 260 LECTURES DOCUMENTS Vamour, le péché et la mort chez Sigrid Undset ' Sigrid Undset est morte au mois de juin 1949 pendant que la traduction française de son deuxième roman médiéval, OLif Auduns-soen, était en cours de publication.-.Située comme celle de Christine I.avransdatter dans le cadre de la Norvège catholique des XlIIe et XlVe siècles, la figure d’Olaf est aussi humaine et peut-être plus intensément religieuse.Le conflit entre des mœurs encore sauvages et un christianisme parfois superstitieux, les intrigues familiales et nationales ; l’amour, la prière et les combats animent également les deux grandes œuvres de la romancière norvégienne.Sigrid Undset est aussi sensible aux forces cosmiques et sociales qu’aux sentiments plus intimes.Elle décrit la communauté ecclésiale des vivants et des morts aussi bien que le recueillement intérieur.Sa plume évoque avec le même bonheur la beauté du monde, l’émoi d’une adolescente, et le galop des hommes de guerre.Dans les deux œuvres les passions humaines et l’inquiétude religieuse jouent un perpétuel contre-point.La puissance de ces thèmes alternés est d’autant plus sensible, qu’à l’époque médiévale, choisie à dessein par l’auteur, le christianisme a réellement essayé de substituer la grâce au péché, la loi à l’instinct, de transformer en hommes nouveaux de vigoureux barbares.Le goût de l’histoire est d’ailleurs un trait permanent de la vie et de la carrière de Sigrid Undset.Peut-être le doit-elle à une influence paternelle ?Née à Kalundborg en 1882, elle était en effet la fille d’Ingvald Undset, historien de renommée mondiale, spécialisé dans l’étude de l’âge du fer en Europe.La romancière a raconté ses onze années d’enfance passées à Christiana et dans les environs jusqu’à la mort, trop tôt survenue, de son père.Ses premières études achevées, dès l’âge de seize ans, elle devient et testera pendant une dizaine d’années employée de bureau ou secrétaire, aidant ainsi sa mère et ses deux sœurs.Ses premiers romans refléteront l’expérience de ce milieu et les figures féminines qu’elle y a rencontrées.Jeunes filles pensives, ardentes, déçues, douloureuses.Son premier livre cependant est un roman historique qui ne verra jamais le jour et sera détruit par après.1.Cet article est paru dans la Revue Nouvelle du 15 septembre 1952.2.Les quatre volumes ont maintenant paru dans la collection Scandinave des Editions Stock.Cette maison a publié également Printemps, l’Age heureux.Maternité, Christine Lavransdatter (3 vol.).Madame Dorthea, Jenny, Onze années.Retour à l’Avenir.Les citations accompagnées de références sont empruntées à Olaf ; le chiffre romain indique le tome, le chiffre arabe la page.Beaucoup de renseignements biographiques nous ont été obligeamment communiqués par le R.P.De Vos, grand connaisseur de S.LT.Qu'il trouve ici l’expression de notre gratitude.FÉVRIER 1953 261 En 1907 paraît Mme Marthe Oulié qui décrit, sous forme de journal, la vie d’une employée de bureau, puis l'Age heureux en 1908.Un petit roman historique obtient à la jeune romancière, en 1909, une bourse de voyage à l’étranger.Elle abandonne son emploi et choisit définitivement la carrière littéraire.L’automne la trouve à Rome, où elle rencontre le peintre norvégien Anders Castus Svarstad (1869-1943).Après un séjour de quelques semaines à Paris, l’été la voit revenir en Norvège, où elle prépare le roman qui va l’imposer au public.Jenny paraît en automne 1911 et suscite de vifs débats.En 1912, la romancière, maintenant connue, repart pour l’étranger avec Svarstad qui divorce pour l’épouser.Après s’être marié au consulat norvégien à Anvers, le ménage va s’installer à Londres.Il se séparera en 1925.Svarstad, peintre des villes et des ports n’a laissé que peu de portraits, mais celui de sa seconde femme à cette époque compte parmi ses bonnes toiles.Assise à un balcon devant un paysage d’ateliers et de collines, une forte jeune femme en robe verte est tournée vers nous, mais regarde ailleurs.La figure ronde, le teint vif, les grands yeux clairs font songer à Christine.Le buste droit et la tête relevée aux lèvres pleines évoquent l’ardeur à vivre, la décision, et la tendresse maternelle.Pendant les années qui suivent, coupées de pérégrinations à travers l’Europe, Sigrid Undset s’occupe de ses deux enfants : Anders, son premier fils né en 1913, et une fille née en 1915 qui sera gravement malade jusqu’à sa mort à vingt-trois ans.A travers les soucis privés et maternels les livres cependant ne cessent de paraître : Pauvres Ames (1912), Printemps (1914), le Roi Arthur (1915), l'Eclat du miroir ( 1917), les Vierges sages (1918).En 1919 Sigrid Undset se fixe à Lillehammer au centre de la Norvège, où naît son troisième enfant, Hans.Après une série d’essais publiés sous le titre le Point de tue de la jemme (1919), le talent de la romancière s’affirme avec une maturité et un éclat tout nouveaux dans la trilogie de Christine Lavransdatter : la Courqnne (1920), la Femme (1921), la Croix (1922).Aussi abondant suit le récit à'Olaf Audunssoen d'Hestviken.Entre la composition de ces deux œuvres, Sigrid LJndset se convertit au catholicisme en la fête de la Toussaint 1924.Dans les quelques pages qui retracent son itinéraire spirituel \ elle insiste sur la communion des saints et la nécessité d’une intervention surnaturelle pour nous sauver de nous-mêmes ; deux aspects du dogme qui l’ont particulièrement touchée.Mais elle avait au préalable, selon sa formule, cessé de croire en son incroyance.C’est, en effet, cette foi à icbours qui éloigne beaucoup de contemporains de la vraie foi.Chacun cherche une idole : science, liberté, humanité, absurdité, qui l’écarte de cette paix semblable « à la paix qui règne dans les abîmes de l’océan.Tempête ou beau temps à la surface n’influent pas sur cette paix, et elle n’est pas non plus troublée par les bêtes curieuses qui vivent et se dévorent dans les profondeurs ».1.De « ma foi à moi » à la foi en l’Eglise du Christ, reproduit dans J’ai rencontré le Dieu virant Témoignages avec deux études sur la conversion par M.Nédoncclle et R.Girault, Paris, 1952, p.119-136.262 LECTURES Après un long séjour en Italie et le couronnement de son œuvre en 1928 par le prix Nobel, Sigrid Undset écrit deux romans qui retracent l’histoire d’une conversion : Orchidée sautage et Buisson ardent (1929-1930).Enfin ave^ deux séries d’essais (1929-1933), Ida Elizabeth (1932), la Femme fidèle (1936) et Madame Dorthea (1938) achèvent la plus grande part de sa production littéraire.Dans son dernier livre Retour à l'avenir (1945), elle raconte avec une indignation véhémente l’attaque allemande sur la Norvège et son exode à travers la Suède, la Russie et le Japon.Elle évoque sobrement la mémoire de son fils aîné tué à l’ennemi en 1940.Ceux qui étudient le marxisme et le communisme théoriquement liront avec intérêt ce qu’un témoin, nullement réactionnaire, a vu en Russie.Il serait facile de traiter avec mépris du haut de l’abstraction ces scènes de la vie quotidienne, humbles et navrantes, elles n’en sont pas moins significatives de l’inhumanité d’un régime, et parfaitement logiques avec le système.Le premier thème que l’on discerne dans l’œuvre de Sigrid Undset est l’étrangeté de la condition féminine.Condition plus complexe encore lorsqu’une activité professionnelle intervient.Sous le titre ironique de l'Age heureux passent des jeunes filles insatisfaites, meurtries par l’ennui et le désir de vivre : « Vivre, ne serait-ce qu’un seul instant, mais vivre de tout notre être une vie intérieure, une vie cù nos yeux ne regarderaient plus dans le brouillard qui nous entoure, mais en dedans de nous-mêmes, dans notre cœur plein de désirs ».Avoir un travail dont on vit ne donne pas une raison de vivre.Les amitiés masculines superficielles et successives ne sont pas davantage apaisantes.« Le temps s’écoule au-dessus de nous, reprend la même voix, et nous restons comme des cadavres dans l’eau : nous ne vivons pas ».Eternelle insatisfaction de la jeunesse où la métaphysique est vécue au lieu d’être pensée, où le sentiment tragique est existentiel au lieu d’être esthétique.Il manque à ces jeunes femmes de pojvoir accomplir ce que M.Lucien Maury appelle dans la préface de Printemps « l’immuable vocation de la femme ».Entre leurs activités laborieuses, leur frivolité et l’aspiration profonde de leur être elles ne trouvent point de correspondance.A cette absence de l’amour s’ajoute celle de la religion.Personne n’a donné à ces consciences inquiètes et impressionnables une clef pour déchiffrer le mystère de l’existence.Dans ce vide de la conscience moderne la fascination de la mort s’exerce puissamment.L’amour sera le premier rempart élevé contre le néant, et pour qu’il remplisse un cœur de femme, il doit contenir la sécurité durable de l’union conjugale et le dévouement de l’amour maternel.Les conclusions de Sigrid Undset sont très différentes de celles que propose Simone de Beauvoir dans le Deuxième Sexe.Toutes deux voient bien cependant le conflit qu’éprouve la femme moderne entre sa destinée d’épouse et de mère et l’indépendance de sa personnalité.Lorsque, dans l’Age heureux.Uni a renoncé à sa carrière dramatique pour mettre au monde l’enfant de Christian, elle sent que « toute sa vie.février 1953 263 i! y aurait quelque chose en elle qui voudrait s'enfuir.quelque chose d’intime et d’indéfinissable, qui ne servirait jamais à rien dans la maison de Christian Hjelde ».Nous gardons en nous des possibilités à moitié réelles, à moitié imaginaires qu’une seule vie n’arrive pas à épuiser.Choisir c’est se limiter.Mais la vie nous impose les bornes d’une vocation, d’un amour, d’une tâche.Ceux qui refusent de s’y enfermer n’accomplissent qu’en rêve les talents multiples dont ils se croyaient doués.Il survole la vie mais n’entre jamais dans son secret, car seule l’étroitesse conduit à la profondeur.Un seul amour véritable nous en apprend davantage sur l’amour que les conquêtes de Don Juan.En sacrifiant à la maternité d’autres aspects de son être, la femme trouve un épanouissement cjue rien d’autre ne remplace.La louange de l’amour et de la maternité revient sans cesse sous la plume de Sigrid Undset.« L’amour, lit-on dans Printemps, c’est la chose la plus sérieuse qui soit ».Sigrid Undset le décrit à tous ses moments et dans toutes ses situations.Rien n’égale la fraîcheur du sentiment entre Olaf et Ingunn sinon la pénétration délicate avec laquelle est évoquée la métamorphose de Christine adolescente en une femme amoureuse.L’instant où Olaf se trouble et rougit devant sa petite compagne de jeux transformée rejoint celui où Christine oublie sa vie antérieure entre les bras d’Erlend.Printemps et la Femme fidèle sont l’histoire d’un divorce et d’une réconciliation.L’analyse de l’amour chez Sigrid Undset a toujours été en s’approfondissant depuis la psychologie du couple jusqu’à la compréhension du mystère surnaturel du mariage-sacrement.Ses premières héroïnes cherchent un amour total, et qui se veut tel, parce qu’il absorbe une inquiétude religieuse inconsciente.Elles parlent de « la sainteté de l’amour».L’une d’entre elles dit à son compagnon : — dans une œuvre postérieure, il est vrai : la Femme fidèle, mais qui éclaire rétrospectivement les autres — « l’amour équivalait pour toi à la religion ».Ensuite un discernement va s’opérer entre la quête d’une totale fusion humaine et l’expérience religieuse.Discernement si difficile et si indispensable.L’amour de Dieu n’est pas l’amour, bien que Dieu soit l’Amour Vivant.Réfracté dans la psychologie humaine, l’amour a deux tendances différentes.La visée de la première est avant tout spirituelle et volontaire ; la seconde est inséparable d’un complexe charnel qui lui donne sa douceur poignante.Le point autour duquel la personnalité réalise son unité est situé à des niveaux différents de la psychologie humaine dans les deux cas.A la limite il arrive parfois que les deux points coïncident : l’amour de Dieu absorbe une passion humaine purifiée et sublimée, et l’amour de la femme s’éclaire intérieurement d’une charitable sérénité.Mais cette parfaite fusion dans l’homme du saint et de l’amoureux est une réussite exceptionnelle, une rare victoire de la grâce sur le désordre de nos tendances.Lorsqu’on a opéré ce discernement entre l’amour de Dieu et l’amour humain — exprimé par saint Paul dans sa formule elliptique : ’’homme est divisé — ; l’amour de Dieu perd son ravissement et 264 LECTURES conduit au désert celui dont il s’est emparé ; l’amour humain de son côté perd l’illusion d’une possession sans limite équivalente au lien fondamental qui unit le créateur à sa créature.« En fin de compte, deux êtres peuvr it s’aimer au point de croire qu’ils s’appartiennent et se connaissent parfaitement, qu’ils se donnent sans réserve l’un à l’autre, et c’est une illusion, elle le savait maintenant.Le tréfonds insaisissable de l’homme, ce tréfonds où nul ne pénètre, Sigrid croyait donc, si elle l’avait bien compris, que c’était le point de rencontre entre l’homme et Dieu ».(La féru me fidèle, p.292).La religion est-elle donc l’ennemie de l’amour ?Elle l’est dans une certaine mesure.Elle enlève à l’amour sa royauté suprême ou son rôle de suppléance métaphysique.Et cependant pour être vivante la religion doit intégrer la force vitale contenue dans l’amour ; et les êtres humains pour communier l’un à l’autre doivent ouvrir à la religion le sanctuaire de leur intimité.Le couple de Christine et d’Erlend en refusant d’ouvrir à la grâce leur ,« ardent amour païen » n’arrive pas à éliminer l’antagonisme qui les dresse l’un contre l’autre au sein même de la passion.La jalousie amoureuse est un des signes de cet antagonisme et le Cantique l’exprime à merveille: «La jalousie est inflexible comme l’enfer» (Cant., VIII, 6).Il y a, en effet, dans l’amour purement instinctif autant de haine que de dévouement.Un désir de domination s’y mêle à la volonté d’offrande.Les vieilles légendes symbolisent avec leurs talismans et leurs philtres ce combat où les attaques, les stratagèmes et les replis ont leur rôle, et que les freudiens désignent par l’ambivalence des instincts.L’amour ne se change pas en haine ; il la porte en lui, avant d’être spiritualisé, comme un feu caché qui brille par éclairs.L’amour humain ne trouve pas son zénith en suivant de plus en plus aveuglément l’instinct, mais en permettant à la raison et à .la grâce d’illuminer de l’intérieur son impulsion.Selon Pascal nous portons dans nos cœurs un caractère d’amour qui s’agrandit à mesure que l’esprit se perfectionne.La passion charnelle se transfigure alors en cette rayonnante tendresse qui dépasse les bornes du temps.Sigrid Undset a évoqué cette transformation dans le couple de Laurent et Ragnfrid, les parents de Christine.Laurent remet à sa femme une troisième bague, qui, après celles des fiançailles et du mariage, est le gage de leur union éternelle.Olaf, comme Christine, comprendra, après la mort d’Ingunn seulement, que les marques d’amour n’étaient que les signes visibles de leur union mystérieuse» (IV, 126), dans la mesure où le mariage symbolise, prépare et accomplit, par la grâce qu’il porte, une union de charité dans la communion des saints qui seule est éternelle.L’amour, sous tous ses aspects, est un thème constant dans l’œuvre de Sigrid Undset, son deuxième thème privilégié, le péché, n’apparaît au’avec Christine Lavransdatter, et dans Olaf Audunssoen, c’est autour e lui que cristallise le récit tout entier.Le roman pourrait porter en sous-titre : l’impossible aveu.Olaf a tué Teit l’Islandais qui avait contraint Ingunn, séparée de son fiancé exilé, à lui céder.Avouer ce février 1953 265 meurtre, c’est dévoiler le déshonneur de sa femme et la naissance illégitime d’Eirik, l’enfant qu’Ingunn a mis au monde après sa faute.Sans doute la confession est secrète, mais le prêtre l’obligera peut-être à une réparation devant la justice civile et la triste aventure serait alors connue de tous.Olaf choisit de se taire et de laisser le remords empoisonner son existence.La faute est envisagée ici dans son caractère le plus religieux ; comme un obstacle entre Dieu et l’homme.La culpabilité dont il s’agit n’est point la culpabilité juridique, ni même la culpabilité morale, mais la culpabilité devant Dieu.Le meurtre commis par Olaf aux yeux de la loi nordique médiévale était peu de chose ; ses pairs, qui, dans la conjoncture, en auraient fait autant, l’en auraient facilement absous.Le jeune homme a d’ailleurs commis d’autres fautes : sous le toit où le père de la jeune fille l’avait accueilli après la mort de ses parents, il a déshonoré Ingunn ; il a abattu un des parents qui s’opposait au mariage convenu ; mais ces fautes il les a rachetées selon les coutumes.C’est devant Dieu surtout qu’il est responsable du meurtre de l’Islandais et de la double vie à laquelle son secret le condamne.Il est voué à poser les actes de la piété tout en refusant la lumière et le pardon de Dieu.Tout le drame est dans ce silence et dans ce refus de l’âme retranchée sur elle-même et que Dieu assiège.« Son âme était semblable à cette maison, conçue pour être une église, mais vide et sans Dieu ; les ténèbres et le désordre régnaient à l’intérieur» (II, 211).Olaf a clairement conscience de son état, et le sentiment de sa culpabilité éveille en lui une aspiration religieuse plus vive : « J’aspire nuit et jour, à me réconcilier avec le Christ Notre-Seigneur.Jamais il ne m’avait paru si ineffablement aimable que lorsque j’eus compris qu’il m’avait marqué du signe de Caïn» (II, 211).Dans la vie chrétienne le désir du salut est lié à la conscience du péché.Mais à d’autres moments le pécheur se révolte et cherche à faire peser sur un Dieu jugé arbitraire la responsabilité de son crime.Pourquoi Dieu, se demande Olaf, at—il disposé les événements de façon à le placer dans une situation sans issue.Il n’est pas plus mauvais que la plupart des hommes qui, pour des fautes plus graves que les siennes, ne sont pas ainsi persécutés par la main divine.« Il me semble, confie-t-il a son ami Arnvid, que ce que tu appelles le don de Dieu, on pourrait aussi bien l’appeler un fardeau insupportable dont II m’a chargé en me créant ! » (II, 214).«Si tu sens que Dieu te suit, lui répond son ami, c’est parce qu'il ne veut pas te perdre» (II, 213).(A suivre) .Augustin Léonard, o.p.2 66 LECTURES FAITS ET COMMENTAIRES Assemblée générale annuelle du Conseil Catholique de la Presse Canadienne A l’occasion de son assemblée générale annuelle, le Conseil catholique de la presse canadienne se réunissait à l’Archevêché de Montréal, le 29 novembre dernier, sous la présidence du Dr Louis-Philippe Roy.Cet organisme est un groupement national de journalistes, d’éditeurs, de publicistes et d’écrivains catholiques, soucieux d’affirmer collectivement sur le plan profesionnel leur adhésion à la doctrine catholique et aux directives pontificales.Parmi ses fonctions, le Conseil maintient un contrat officiel avec l’Union universelle de la presse catholique et y délègue des représentants.De plus, il informe la presse canadienne des manifestations catholiques internationales et favorise toute initiative susceptible d’aider la presse catholique.Lors de l’assemblée générale de novembre dernier, le Dr Roy, président du Conseil, fit un remarquable exposé de la situation actuelle de la presse catholique au point de vue de son organisation sur le plan international.En indiquant la place du CCPC (Conseil catholique de la presse canadienne) dans cette organisation, le directeur de l'Action catholique suggère d’apporter certains changements constitutionnels pour mieux articuler la part de nos divers groupements nationaux au centre international et à son œuvre.Dans son rapport annuel, l’Exécutif du Conseil fit part aux membres réunis de son souci de collaborer au maintien du Secrétariat de Paris, de son intervention pour assurer au CCPC deux des cinq membres accordés à l’UIPC (Union internationale de la presse catholique) pour voix consultatives aux commissions de l’ONU, et enfin de son intention d’utiliser efficacement ces deux voix lors des réunions des commissions de l’ONU relatives à l’étude du « Code d’honeur de la presse» et des questions sociales.Parmi les principales résolutions adoptées par l’asemblée générale du CCPC au cours de sa dernière réunion relevons celles qui concernent le projet de révision de la constitution, l’appui financier au Secrétariat international, la participation canadienne à l’ONU et le recrutement des membres.1.Révision de la constitution Une commission composée de MM.H.Bernard, F.Biondi, R.Keyserlingk, G.Filion et P.Sauriol présentera à l’étude de l’Exécutif un rapport visant à déterminer si le CCPC doit continuer sous sa formule actuelle ou envisager l’affiliation directe février 1953 267 du groupe des éditeurs, du groupe des syndicats et du groupe des indépendants aux trois organismes constitués dans ce sens par l’UIPC 2.Appui financier au Secrétariat international de Paris Chaque journal ou chaque organisme voudra bien verser directement à Paris la somme annuelle qui lui sera possible, sans tenir compte de la règle provisoire suggérée au début par le Bureau de Paris.Quand celui-ci sera définitivement en marche avec l’appui de tous les groupes catholiques de la presse mondiale, on pourra alors envisager une règle éventuelle et la discuter par des organismes compétents avant de décider.3.Participation canadienne à l'ONU La présence du CCPC sur le plan international de l’Action catholique là où elle intéresse la presse étant une de ses raisons d’être, le secrétaire est prié de se mettre en rapport avec l’ONU, Paris et les groupements américains pour organiser une documentation, tant sur le « Code d’honneur » que sur les autres problèmes de l’ONU intéressant la presse catholique.4.Recrutement des membres En attendant la réforme éventuelle de la constitution du CCPC, on s’efforcera d’augmenter le nombre des membres sur la base des règles actuelles.Voici, en terminant, la liste des membres du Comité exécutif élu pour trois ans à l’issue de l’assemblée du 29 novembre.Président : M.Paul Sauriol (Le Devoir) Montréal.Vice-Présidents : M.Robert Keyserlingk (The Ensign) Montréal, etM.Irénée Masson (Le Soleil) Québec.Secrétaire-Trésorier : Prof.Thomas Greenwood, Faculté des Lettres, Université de Montréal, Montréal.Conseillers : R.P.Joseph Papin Archambault, s.j.(Institut Social Populaire) Montréal, Harry Bernard (Le Courrier) Saint-Hyacinthe, Lionel Bertrand, M.P.(Association des Hebdomadaires) Sainte-Thérèse, Ferdinand Biondi (Poste CKAC) Montréal, R.P.Flavien Charbonneau, c.s.c.(Institut Veritas) Montréal, R.P.Antonin Lamarche, o.p.(Revue Dominicaine) Montréal, André Laurendeau (Le Devoir) Montréal, Camille L’Heureux (Le Droit) Ottawa, R.P.Paul-Aimé Martin, c.s.c.(Editions Fides) Montréal, Vincent Prince (La Presse) Montréal, Jean-Marie Morin (La Presse) Montréal, Dr Louis-Philippe Roy (Action Catholique) Québec.Nous formons des vœux pour que le CCPC puisse réaliser au cours de la présente année des projets qui attestent hautement le sens social catholique de ses membres et leur souci de promouvoir le respect des vraies valeurs par une action aussi opportune que désintéressée.J.-P.P.268 LECTURES Le congrès de l’Union Internationale pour la moralité publique L’assemblée générale de l’Union internationale pour la protection de la moralité publique a terminé ses travaux qui se sont déroulés à Paris, sous la présidence de Mme Pia Colini Lombardi, membre du Parlement italien, présidente de l’Union ; les représentants de nombreuses organisations provenant de treize pays d’Ëurope et d’Amérique y ont participé, ainsi que divers délégués d’organismes internationaux s’intéressant aux questions relatives aux bonnes mœurs.Après avoir approuvé le rapport de la Présidente, l’assemblée décida d’accorder une attention particulière, dans le proche avenir, aux secteurs de la presse et du spectacle.Dans le cadre de ce programme d’activité a eu lieu la discussion d’un projet de convention internationale pour la protection de l’enfance et de l’adolescence en matière de presse.Indiquant comme champ d’action particulière les publications illustrées et le cinéma, l’Assemblée a souligné non seulement la nécesité d’enquêtes internationales à ce sujet, mais également l’utilité pratique de rapports périodiques de divers pays au Secrétariat général de l’Union.Celui-ci connaîtra ainsi et pourra faire connaître partout les perfectionnements législatifs accomplis par chaque pays, ainsi que les mesures de répression prises contre les manifestations particulières de mauvaises mœurs.II est évident que, de la sorte, î’Union se place sur un plan d’action internationale en vue de l’amélioration des mœurs chez tous les peuples.L’Assemblée a aussi confirmé cette ferme volonté, exprimée et soulignée par Mme Colini Lombardi, quand celle-ci a dit «qu’il s’agit de travailler en commun, avec l’aide de Dieu, pour que l’humanité conserve sa propre dignité, son honnêteté, tout ce qui la rend humaine », car « la protection de la moralité publique est un des moyens les plus directs et efficaces pour collaborer à la défense, au maintien, à l’organisation de la paix».LE PRISONNIER DU VIEUX MANOIR par Ambroise Lafcr+une * Action * Mystère * Bonne humeur Un roman policier du « genre scout » qui amusera, émerveillera, fera frémir grands et petits.94 pages — Prix : $0.90 (poste : $1.00) FIDES FÉVRIER 1953 269 NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES Ouvrages LITTERATURE CANADIENNE GENERALITES Texte des communications pré-sentées au huitième congrès annuel de l’A.C.B.F.Montréal {L’Association Canadienne des Bibliothécaires de Langue française} décembre 1952.173p.27cm.$1.50 (par la poste $1.60).TB L’Association canadienne des Bibliothécaires de Langue française (l’A.C B.F.) vient de publier le Texte des communications présentées au huitième Congrès Annuel tenu à Sherbrooke, les 11, 12 et 13 octobre derniers.Il s’agit d’un véritable ouvrage de 175 pages, qui retiendra l’attention non seulement des bibliothécaires, mais de tous ceux qui s’intéressent aux problèmes de l’éducation et de la culture.Le Congrès de Sherbrooke avait en effet pour thème : Bibliothèque et Education.C’est 'donc ce thème qui forme le sujet des différents textes du volume qu’on nous offre aujourd’hui : discours, allocutions, communications et rapports.Cet ensemble de travaux présente d’autant plus d’intérêt qu’il ne traite pas de la fonction éducative des bibliothèques envisagées d’un simple point de vue théorique, mais bien des conditions pratiques qu’exige l’exercice efficace d’une telle fonction.Le lecteur vit des expériences, se trouve en pleines réalisations ; il tient à la fois un bilan et un programme.Outre ces incursions dans tout un monde culturel des plus captivants, nous trouvons là des pages doctrinales de première valeur sur le problème des lectures et la mission culturelle des bibliothèques, de même que le texte de la constitution de l’A.C.B.F.avec les amendements apportés lors du Congrès.Bref, il s’agit d’une publication de premier ordre, sobrement mais des mieux présentée, et qui mérite la plus large diffusion.RELIGION Doctrine LEEN (Edward), c.s.sp.La Pentecôte continue.Le Saint-Esprit et son œuvre dans nos âmes.Traduit de l’anglais par Julien Péghaire, c.s.sp.Montréal, Paris, Fides £1952}.304p.22.5cm.$2.50 (par la poste $2.60) TB De plus en plus sollicité par les promesses fallacieuses d’idéologies qui prétendent étancher sa soif de bonheur, l’homme contemporain éprouve avec une intensité accrue le besoin de retrouver le chemin du véritable Amour.Conscient de cette nécessité hautement révélatrice de l’indigence spirituelle de l’homme abandonné à lui-même, le R.P.Edward Leen, c.s.sp., écrivain irlandais réputé, a voulu réapprendre à notre siècle le miracle éternel de l’Amour 270 LECTURES Subsistant qui, pour trop d’âmes, demeure le Dieu Inconnu.Le livre magnifique qu’il a consacré à la contemplation de la Troisième Personne de la Sainte Trinité répond merveilleusement à ce dessein initial, car il permettra au lecteur de découvrir toute la profondeur, toute la splendeur et toute la richesse de la grâce dans sa relation fondamentale avec le Saint-Esprit.Dans une langue d’une remarquable simplicité, l’auteur de la Pentecôte continue.offre au lecteur un exposé limpide, à la fois profondément théologique et spirituel, des relations du Saint-Esprit avec les autres personnes divines, et de son œuvre sanctificatrice dans les âmes.Avant tout désireux de guider le chrétien à la découverte des sources profondes de la vie divine qui coule en lui, le R.P.Leen n’emprunte pour y parvenir que les voies sûres de l’Ecriture sainte et de la théologie thomiste.Certes, la tâche ne lui est pas toujours facile puisque le langage d’école, dans une œuvre destinée aussi bien au spécialiste qu’au profane, constitue en maints passages une pierre d’achoppement redoutable.Aussi le grand mérite de cette étude magistrale est-il de mettre à la portée des âmes les plus simples de si sublimes vérités que les théologiens eux-mêmes pourront y puiser avec grand profit.Puisse ce livre dont seule une méditation patiente épuisera les sucs nourriciers, faire mieux comprendre la vie spirituelle, l’alimenter et la fortifier dans les âmes que l’Hôte divin convie inlassablement aux délices de l’union transformante.François Régnier Vierge de /’Assomption par le Pérugin Mariologie LEBLANC (Gérard), c.s.c.L'Assomption et le chapelet en famille.Montréal, Paris, Tides, 1951.30p.18cm.$0.15 (par la poste $0.20).TB-A Dans une précieuse petite brochure, intitulée l'Assomption et le chapelet en famille, le R.P.Gérard Leblanc, c.s.c.propose à ses lecteurs une série de dix entretiens sur Notre-Dame et sur cette école de vertu et ce catéchisme de la doctrine chrétienne qu’est le Rosaire.Désireux de promouvoir la récitation quotidienne du chapelet en famille, l’auteur s’applique avant tout à démontrer la valeur et l’opportunité d’une telle pratique.Aussi, après avoir montré en Marie la Corédemptrice et la Mère du genre humain, la Mé- FÉVRIER 1953 271 diatrice de toutes grâces et la Mère des consolations, le R.P.Leblanc explique-t-il comment le Rosaire répond aux besoins de notre temps, constitue le rempart de la foi et la sauvegarde des individus et des peuples, aide à comprendre les épreuves de la vie.En terminant, l’auteur rappelle à son lecteur les caractères de la vraie dévotion à Marie.Que chacun se fasse un devoir de lire ce petit livre.Non seulement il y puisera un amour plus grand pour sa Mère céleste, mais il y trouvera le moyen efficace de se rapprocher d’elle et d’assurer son propre bonheur.Paul Rivière Missions BEAUMONT-LA-RONCE (Hélène de).Une aurore sous les tropiques ou les Sœurs de Saint-François d’Assise en Haïti.2e édition.10e mille.Préface de Mgr Ambroise Leblanc, o.f.m.{[Montréal} Thé-rien Frères Ltée, 1950.325p.h.-t.24.5cm.$2.00 (par la poste $2.10) TB-A Sous le titre Une Aurore sous les Tropiques, Hélène de Beau-mont-Ia-Ronce relate le départ des Sœurs de Saint-François d’Assise pour les missions de Haïd.Une pertinente préface de Mgr Ambroise Leblanc, o.m.i., ex-préfet apostolique d’Urawa, Japon, souligne les hauts mérites de ces religieuses de chez nous en se rendant aux Antilles pour y répandre le règne du Christ avec les fruits de la civilisation française.Ainsi que le déclare dans sa préface Mgr Leblanc, « ces pages sans prétention littéraire» sont de lecture intéressante, instructive et bienfaisante.L’auteur s’est attardé à colliger une multitude de détails ayant trait aux circonstances du départ des missionnaires.Pour le lecteur, tout cela paraîtra un peu puéril mais pour les membres des familles, pour les paroissiens de Saint-François d’Assise de Québec qui ont tant aidé ces missionnaires, pour tous ceux qui ont rendu cette mission possible, tel nom, tel petit incident souligné, tel hommage reçu, tel service rendu, tout cela a constitué en définitive l’œuvre elle-même et il faut bien s’incliner devant ce récit tout simple, mais qui illustre bien ce que les religieuses de chez nous accompliront dans la perle des Antilles : Haïti.Ces religieuses canadiennes-françaises, la plupart de la ville de Québec et des environs, seront en Haïti les collaboratrices de Son Excellence Mgr Jean-Louis Callignan, o.m.i.On sait en effet que les Oblats ont intensifié récemment leur apostolat notamment en Haïti.C’est le Canada apostolique qui continue son épopée, et notre auteur nous montre dans ce volume la pénétration de l’apostolat chrétien au pays noir qui connut la domination française et où la population parle une langue française très pure ou le créole.L’ouvrage est d’une présentation typographique magnifique.Les illustrations sont nombreuses et intéressantes.Le récit y aurait peut-être gagné à être un peu émondé, résumé, mais il est vivant, alerte.La phrase est grammaticale, le style d’autre part est parfois un peu obséquieux, cependant nous supposons que cela fait partie du décor ambiant.C’est la France qui au cours du siècle der- 272 LECTURES nier s’est chargée de l’apostolat en Haïti ; c’est la France par ses missionnaires qui a assuré la pérennité de la langue française dans les élites haïtiennes.Il est certain que les missionnaires canadiens-français continueront avec élan et enthousiasme, l’exercice de l’apostolat sur ce territoire.Les nôtres ont prouvé qu’ils avaient un grand don d’adaptabilité dans les divers pays où leur zèle apostolique les a appelés.Ils ont démontré aussi qu’ils savaient respecter les caractéristiques des populations évangélisées.Les Sœurs de Saint-François d’Assise comme les Filles de la Sagesse, comme les Oblats, comme tous les représentants des diverses communautés qui déploient leur zèle dans ce pays noir, ont déjà accompli une mission féconde qui se continuera vu la valeur d’élite de ce nouveau bataillon en Haïti sous la directive de cette femme de haute valeur que fut Mère Marie de Fourvière, supérieure provinciale.Cet ouvrage devrait être mis en circulation dans les bibliothèques paroissiales, dans les couvents, car il est de nature à susciter des vocations missionnaires.Rodolphe Laplante HISTOIRE CH AB ALLE (Joseph).Histoire du 22e bataillon ca-nadien-français.Tome I (1914-1918).Publiée sous les auspices de l’Amicale du 22e de Québec et de Montréal.Montréal, Ed.Chan-tecler, 1952, 412p.h.-t.20cm.S3.25 (par la poste $3.25).TB Joseph Chah aile en 1918 L’Histoire du 22e bataillon cauadien-français dont le colonel Joseph Chaballe livrait ces derniers temps au public le premier tome, est consacré aux exploits du régiment qui se couvrit de gloire lors du conflit de 1914-1918 et pendant la seconde Grande-Guerre.Dans ces quatre cents pages publiées sous les auspices de l’Amicale du 22e de Québec et de Montréal, l’auteur évoque l’enthousiasme chevaleresque et l’héroïsme de cette phalange d’élite canadienne-française dont la formation officielle date du 21 octobre 1914.Parmi les faits d’armes les plus saillants et les plus glorieux que relate le colonel Chaballe, relevons ceux de Courcelette, de Vimy, de Lens et de Chérisy.Un souffle d’épopée soulève maints passages de ces récits où l’obscur dévouement, la février 1953 273 farouche intrépidité et le courage indomptable des nôtres établirent la preuve irréfutable de la vaillance d’une nation dont les lointains ancêtres contribuèrent à établir la renommée glorieuse de la France épique et valeureuse.Qu’on vienne, après la lecture de VHistoire du 22e bataillon canadien-français, accuser de couardise et de lâcheté un groupe ethnique que ses idées pacifiques exposent aux sarcasmes d’une majorité plus prompte à ceindre les lauriers d’autrui qu’à signer les faits d’armes ! II est vraiment dommage que la pauvreté notoire du style de l’Histoire du 22e.en rende la lecture fastidieuse.La qualité de la matière eût requis les services d’un talent moins modeste.Tel qu’il se présente, cet ouvrage intéressera surtout les survivants de cette épopée, leur famille et celle de ceux qui ne sont pas revenus, et les jeunes recrues de cette fameuse unité.Pierre Rigaud FRHGAULT (Guy).Le Grand Marquis — Pierre de Rigaud de Vaudreuil et la Louisiane.Montréal, Paris, Fides, 1952.481p.h.-t.cartes, 21 cm.(Les études de l’Institut d'Histoire de l’Amérique française).S3.50 (par la poste $3.60).TB-S M.Guy Frégault, vice-doyen de la Faculté des Lettres de Montréal, publiait ces temps derniers un ouvrage historique remarquable et très documenté sur le Marquis Pierre de Rigaud de Vaudreuil, dernier gouverneur-général du Canada sous le régime français.Cette figure très mal connue jusqu’à ce jour, s’il faut en ^^ÊÊtlÈtkÉÊiÊÊBi JEflnT A.Guy Frégault croire le jeune historien, possède un prestige que déjà M.le Chanoine Groulx et M.de Roque-brune avaient tenté de lui restituer en rejetant sur Montcalm une partie des responsabilités du désastre que fut pour l’empire colonial français de la Nouvelle-France l’issue de la guerre de Sept Ans.Au Grand Marquis dont le séjour en Louisiane marqua pour cette colonie une véritable apogée, M.Frégault a voulu rendre justice dans une œuvre savamment composée, où la probité intellectuelle de l’historien intègre, servi par une documentation de première main et un sens critique d’une admirable justesse, fît de chaque chapitre une source d’information sûre et définitive.Est-il besoin de démontrer avec quel rare bonheur 274 LECTURES il y a réussi lorsque, pour s’en rendre compte, il n’est que de lire ces pages vivantes, fermes, viriles et chaudes.Issu d’une famille au blason chargé de titres, Pierre de Rigaud de Vaudreuil était le fils de Philippe de Rigaud, gouverneur-général de la Nouvelle-France de 1703 à 1725.Il fut donc le premier Canadien à accéder à cette fonction élevée.Ce fait, ainsi que le note M.Frégault, influa beaucoup sur les conceptions personnelles de l’homme ingénieux et clairvoyant dont le rôle en Louisiane fut avant tout celui d’un administrateur judicieux et même d’un sauveur.« En Vaudreuil se révèle le sentiment de la patrie, écrit l’historien.Nous n’affirmons pas que le Grand Marquis l’ait voulu, mais il s’est trouvé incarner les aspirations, les espoirs et la résistance du peuple auquel il appartenait.Ce qui compte, c’est que les Canadiens du XVIIIe siècle se soient reconnus en lui et que lui, aux heures décisives, se soit identifié à eux.» Dans cette biographie partielle que constittue le dernier ouvrage de M.Frégault, l’auteur insiste surtout sur les années passées en Louisiane par le premier gouverneur canadien, sur les difficultés de toutes sortes qu’il eut à affronter, sur les différends épineux qu’il lui fallut régler, sur la di- plomatie dont il dut faire preuve pour garder à la France les tribus indigènes qui menaçaient de lier partie avec l’Anglais, sur la clairvoyance et l’habileté qu’il dut apporter à la restauration de l’é-uilibre économique d’une colonie ont les affaires péréclitaient.Il n’y a donc pas à s’étonner si, de cette étude brillante et puisam-ment documentée, la figure du Grand Marquis sort auréolée d’un nouveau prestige.Ce personnage dont l’Histoire fit trop longtemps un faible et un indécis se révèle ici, ainsi que l’a judicieusement relevé M.Roger Duhamel, comme un administrateur de premier ordre, un homme aux vues larges et cohérentes, et de ferme volonté dans l’exécution.Puisse l’historien d’une maîtrise éprouvée qu’est M.Frégault, après cette révélation de la valeur réelle d’un Pierre de Rigaud de Vaudreuil méconnu, nous offrir une peinture aussi objective et intègre du dernier gouverneur général de la Nouvelle-France.Ce vœu n’exprime pas uniquement le souhait d’un cénacle d’historiens américanisants, mais aussi celui de « l’honnête homme » pour qui la science éclairée de M.Frégault, sa langue toujours correcte et élégante constituent à chaque nouvelle œuvre l’occasion d’un retour enrichissant vers le passé.Jean Champagne REEDITIONS ATTENDUES: • ANDANTE et PIEDS NUS DANS L'AUBE de Félix Leclerc • MARIA CHAPDFLAINE de Louis Hémon F I II e s FÉVRIER 1953 275 Littérature étrangère y?.:- André Malraux LITTERATURE Ecrits divers BOISDEFFRE (Pierre de).André Malraux.Paris, Editions Universitaires {c 1952}.142p.h.-t.17.5cm.(Coll.Classiques du XXe siècle, no 2).TB André Malraux, paru récemment dans la collection Classiques du XJXe siècle, est l’œuvre d’un maître-critique et aussi celle d’un intègre disciple de la Vérité.Tout en reconnaissant que la lecture de Malraux est «une des plus profitables qui soient, une des plus exaltantes pour l’intelligence et pour le cœur», et tout en ne rougissant pas d’afficher une sympathie cordiale mais toujours lucide à l’endroit de l’auteur de la Condition humaine, M.Pierre de Boisdeffre ne laisse cependant pas de mettre ici quelques sourdines à son admiration et de tempérer un enthousiasme que ne saurait que trop excuser son affection profonde pour l’écrivain.Aussi son livre demeure-t-il sans conteste l’un des plus lucides que nous connaissions sur la personnalité et l’œuvre fort complexes d’un homme qui, bien qu’il ait dépassé aujourd'hui le stade de l’aventure et le culte de l’action, n’a pas encore su assumer l’héritaee chrétien.Loin de verser dans une admiration outrancière pour ce chevalier du nihilisme que fut Malraux au temps de son aventure communiste, M.de Boisdeffre note que les héros de ce révolté contre le monde et contre la destinée font figure d’hommes qui n’ont pas trouvé leur équilibre humain, bons seulement à combattre la société qu’ils haïssent.Le critique ne se fait pas faute non plus de relever les tendances sadiques indéniables dont témoignent la Condition humaine et le Temps du mépris, et de faire remarquer que l’amour humain reste absent de presque toute l’œuvre de Malraux.Parlant des personnages du romancier, pour qui la mort est la leçon suprême d’un héroïsme désespéré, il écrit : « Mais on peut se demander si cette fascination de la mort, ce défi désespéré que lui adressent les héros de Malraux ne sont pas aussi vains que grandioses : ils 276 LECTURES meurent en contemplant leur solitude, avec une sorte de délectation amère, demandant à la mort cette délivrance que Gisors recherche dans l'opium.Ne meurent-ils pas grisés par cette mort, où ils voient un moyen d'échapper à eux-mêmes et à leur destin i » Enfin, lorsqu’il aborde l'étude de la philosophie de l’art de Malraux, M.de Bois-detfre souligne sans pitié « le caractère hautement fragile, quasi conjectural » de certaines affirmations contenues dans les Voix du silence édité chez Gallimard en 1951.De cette étude concise, écrite dans une langue superbe et enrichie de citations judicieusement choisies, il ressort que André Malraux est le type parfait de l'écrivain en marche.Parti de très loin, atteindra-t-il un jour les rivages du christianisme ?L’évolution de l’auteur de l'Espoir, très sensible dans l’œuvre de Bois-deffre, permet de l’espérer.Jean-Paul Pinsonneault Rowans ANGLADE (Jean).Le chien du Seigneur.Roman.Paris, Librairie Plon {c 1952}.254p.19cm.D Ce roman très dangereux à bien des points de vue relate l'histoire d’un de ces prêtres-ouvriers qui contribuent par leur vie héroïque à rapprocher les âmes de l’Eglise.Et c’est bien cela, sauf que le Dominicain qui est le héros du roman d’Anglade, en voulant sauver les autres risque de se perdre lui-même.Il a voulu être le « chien du Seigneur », il constate à un moment donné qu’il est devenu le « chien » tout court.Ses premières armes font bien auguier de son apostolat, encore que son titre de prêtre met bien des ouvriers en garde contre lui et semble ajouter très peu à ce qu’aurait pu faire un simple militant d’A.C.Les choses se gâtent d’abord sur le plan intellectuel lorsque le Père écoute une conférence d’un communiste, secrétaire du syndicat, sur l’Eglise et le capitalisme.L’auteur se complaît visiblement à ressasser tous les vieux griefs de collusion de l’Eglise et des riches.Et le Père doit admettre que c’est malheureusement trop vrai.Sur le plan moral, il se croit d’abord très fort, mais il est la victime d’une jeune fille qui s’éprend de lui et provoque sa chute.Il se relève, prend des moyens énergiques pour se ressaisir, mais ne le peut plus et va la retrouver pendant un temps tous les soirs après son travail.Après quelques mois de liaison, il veut en finir.Il se propose d’abord de tuer son amante de façon discrète, puis décide de se mutiler lui-même à son travail.II en meurt et son confesseur émerveillé par sa vie lui dit qu’il est un saint.Le chef communiste semble sur le point de se convertir parce qu’il se sait responsable de cette mort, puis se ravise et continue ses activités.On se demande comment il se fait que ce prêtre-ouvrier garde si peu de contacts avec son Ordre.Pourquoi ne retourne-t-il pas à son couvent le jour où il se sent incapable de tenir le coup et de mener un apostolat efficace ?On ferme ce livre en se disant que son vieux maître, le Ch.Rance avait bien raison de lui dire dès le début : « Toi qui veut sauver les autres, prends garde de dire dès le début : « Toi qui veux FÉVRIER 1953 277 convertir les autres à ta foi, prends garde de ne pas te laisser convertir à la leur.» « La robe que tu portes est une protection efficace qui te garde des autres et de toi-même.Quand aucune barrière ne te protégera du monde, es-tu bien certain de ne pas succomber.» La femme qui cause ses malheurs lui dira un jour : « Si je vous avais connu habillé en prêtre, je ne vous aurais pas regardé ; mais vous avez pris des vêtements d’ouvrier, vous m’avez trompée par votre déguisement ; vous vous êtes intéressé à moi et vous avez fait en sorte que je m’intéresse à vous, et maintenant vous me reprochez cet amour que vous avez fait naître et vous me mettez à la porte comme une fille des rues.» Le livre d’Anglade est très bien écrit, ce qui rend sa lecture facile et agréable.Il est émouvant en bien des pages et le drame qui s’y déroule est poignant.On y sent de la sincérité et l’amour de la classe populaire, mais avec bien des incompréhensions et des récits de nature à troubler.E D esc H AMP (Pierre).Hormisdas le Canadien.Roman.Paris, Librairie Plon {c 1952}.253p.19cm.(Coll, la Peine des hommes).B?Il ne semble faire aucune doute que le dernier roman du prolifique Pierre Hamp, Hormisdas le Canadien, sera fort mal accueilli au Canada puisque le lecteur canadien aura du mal à se reconnaître dans ce portrait superficiel qu’on a brossé de lui.Je ne dirai pas que cet ouvrage est un tissu de mensonges, mais tout au moins d’inexactitudes, d’exagérations.Etant né au pays et l’ayant toujours habité, je crois connaître tous les anglicismes — ils ne sont pas si nombreux — qui se sont glissés dans la langue parlée.Or j’en ai « découvert » à la douzaine dans le livre de Pierre Hamp.Prenez-en ma parole, il en a inventés à plaisir.Parmi ceux que l’on entend, l’auteur ne leur donne pas toujours le sens qu’ils ont chez nous, ou encore il les emploie dans un genre différent, au masculin au lieu du féminin par exemple.Il arrive aussi à Pierre Hamp de faire parler ses personnages dans ce qu’il pourrait appeler « le patois du pays ».Heureusement que l’auteur a eu la charité de « traduire » en français car je n’arrivais pas moi-même à voir clair là-dedans.Quant aux prêtres du roman, ils sont souverainement méprisables et je ne crois pas qu’on puisse en trouver d’identiques dans tout notre clergé ! Pierre Hamp a dû faire leur connaissance par l’intermédiaire d’un esprit anticlérical.Nos prêtres, Dieu merci, ne sont pas des bornés, des êtres élevés en serre-chaude, avec la hantise des dangers que présentent l’industrialisation et la menace protestante.Leur apostolat s’inspire de motifs plus surnaturels.Il y a aussi cette haine des Anglais qui emplirait le cœur des Canadiens.Je défie Pierre Hamp de trouver un seul pays au monde, ou une minorité — en l’occurence la minorité anglo-protestante — soit traitée avec plus d’égards que dans la Province de Québec.Si un critique canadien se donnait la peine d’analyser cet ouvrage, il aurait de quoi écrire 278 LECTURES plusieurs volumes à la honte et à la confusion de l’auteur.En fermant le livre, j’ai fait un rapprochement avec certains articles qui paraissent à intervalles réguliers dans les revues américaines.Afin de « piquer » la curiosité du lecteur, on dit sur notre compte les choses les plus invraisemblables et les plus extravagantes.La direction de la revue, ou le journaliste, désire grossir les recettes avec un article à sensation.Des écrivains animés d’une pareille vénalité, aussi peu scrupuleux de la vérité feraient mieux de gagner leur vie dans l’exercice d’un honnête métier.Clément Saint-Germain PILOTAZ (Paul).Combat avec l’homme.Roman, Paris, Mercure de France, 1952.227p.19cm.B Sans être mû par le souci de proclamer M.Paul Pilotaz maître-romancier de la génération contemporaine, on peut être autorisé à se demander si cet écrivain n’est pas, de tous les jeunes dieux qu’on voit entrer chaque jour dans la carrière, celui dont la pensée se révèle la plus propre à munir l’homme d’aujourd’hui d’un instrument de délivrance.M.Pilotaz est un des rares romanciers pour qui l’amour bien compris et dépouillé de toutes ses contrefaçons représente encore l’unique puissance de rachat.Après la Part de ciel qui rappelait au monde l’influence bienfaisante et décisive que peut avoir l’amitié sur l’être le plus fruste et le plus âpre, Combat avec l’homme enseigne que seule la voie aride du dépouillement guide l’individu vers le don intégral et pacifiant de lui-même.Paul Pilotaz à ' ••**••¦* a Jean Maublanc, le nouveau héros de Pilotaz, est un être complexe, apparenté aux deux brous-sards dont le drame spirituel se dénouait dans l’univers clos de la Part de ciel.Mais si l’âpreté farouche de Champion perce parfois dans la ténacité de Jean, il faut reconnaître que le fond de pitié naturelle et de vague tendresse du peisonnage le rapproche d’avantage de Pierre Maubert.A l’instar de l’ami si grand et si beau dont l’amitié demeurait sans réponse dans le premier roman, Maublanc nous émeut par son immense sincérité en face de la vie et par cette inquiétude qu’on sent à l’échelle de la Vérité que réclame l’épanouissement de son âme généreuse.Que le personnage central de Combat de l'homme est loin du pantin camu- février 1953 279 sien ou sartrien chez qui l’inquiétude métaphysique ne constitue la plupart du temps que l’artifice d’une coquetterie désabusée ! Autant le héros de Sartre est veule, autant celui de Pilotaz fait preuve d’énergie calme et de courage indomptable dans la lutte qui l’oppose à lui-même et exige souvent de lui une force qui côtoie l’héroïsme.Jean Maublanc se jette dans la mêlée conscient que de Tissue du combat dépend le sort de ce qu’il porte en lui de plus précieux, son âme.Cette générosité, que menace parfois en lui l’être écœuré et dégoûté de lui-même, il sait la retremper inlassablement à la lumière de cette foi en l’homme, qui lui rend possible la hantise des cimes.Si la vie lui paraît souvent terrible et sans pitié, il ne désespère pas d’en découvrir un jour la merveilleuse beauté et d’en vivre l’exaltant miracle.Tout devient ferveur et espoir en ce jeune homme gauche, rude et presque sauvage.Tout devient fonctionnel et nécessaire dans cette existence apparemment vouée à l’échec, mais dont chaque heure hâte l’érection de cette cathédrale intérieure et spirituelle dont Jean pose douloureusement les assises dans l’angoisse et le doute.Et cette cathédrale, qu’est-elle sinon cet Amour que le héros de Combat avec l'homme s’est donné pour mission d’atteindre, et dont il prépare, par l’abnégation, l’avènement dans la plénitude ?D’aucuns nous ferons peut-être grief de ne souligner que brièvement ici les mérites indiscutables du style direct, narratif, sobre et parfois relevé d’une pointe de lyrisme qu’est celui de Pilotaz.Qu’ils sachent que la rencontre de l’homme est à la fois trop intime et bouleversante dans ce roman pour que nous éprouvions le besoin d’attacher à la forme de l’œuvre plus d’importance que ne lui en a accordé l’auteur.Louis Morin ROUNAULT (Jean).Le troisième ciel.Roman.Paris, Librairie Plon {c 1952}.254p.19cm.S 1.95 (par la poste $2.05).B?Mus par un impérieux besoin de renouveler la matière romanesque pour l’adapter à l’inquiétude métaphysique qui caractérise notre époque, les romanciers contemporains n’hésitent pas à faire appel aux thèmes les plus étranges.Dans le Troisième ciel, Jean Rounault raconte l’aventure spirituelle de kolkhoziens russes cjui, à la suite d’un illuminé, Hilanon Alexandrovitch, s’engagent dans la plus extravagante équipée mystique qui se puisse imaginer.Le h éros, un malheureux dont l’enfance déshéritée puis la guerre ont fait un assoiffé de justice et un antirévolutionnaire farouche, soulève contre l’autorité soviétique une secte composée d’ouvriers agricoles qu’il a endoctrinés à la barbe des cerbères de l’orthodoxie marxiste.La doctrine de notre pope à la manque qui prône le retour à la justice, l’imminence de la fin des temps, le détachement indispensable des biens terrestres et le désœuvrement le plus complet, a tôt fait d’opérer le miracle espéré de la transformation radicale de la communauté.Mais l’autorité gouvernementale voit d’un assez mauvais œil cette morale dont le premier tort est de contrecarrer les plans de l’Etat et de ruiner partiellement les ambitions financières du 280 LECTURES régime.On décide d’apporter à la farce un dénouement brutal et exemplaire.Alexandrovitch est arrêté et conduit à l’asile d’aliénés de Stavropol.Il s’en faut de beaucoup que cette intervention refroidisse le zèle mystique de la secte et suffise à la disperser.Les adeptes de Hilarion décident d’aller rejoindre leur chef.L’heure du détachement suprême a sonné.Meubles, vêtements, denrées, outils, jardins, tout est distribué et emporté par les kolkhoziens qui ne tardent pas à se précipiter sur une aubaine aussi étrange qu’imprévue.La police alertée dépêche un camion et des miliciens à Kitaïes-skoïe.Prières, menaces, injures et mauvais traitements ne parviennent pas à briser l’entêtement cévenol des sectaires qui croient enfin venu le moment du grand départ vers le « troisième ciel ».On les conduit de force à la prison de Stavropol.Hilarion Alexandrovitch y meurt sous les tortures, en protestant de son désir d’obéir à Dieu.Quant à la secte décimée, elle est déportée après avoir vu fusiller sous ses yeux deux de ses membres les plus ardents.Et le « troisième ciel » est encore pour demain !.Quelle que soit la valeur symbolique de ce roman et quelque profondes que soient certaines pages où le problème de la destinée humaine est posé en termes très forts, l’œuvre de Jean Rounault ne saurait être lue par tous.L’ensemble du récit baigne dans une atmosphère tellement étrange et dans un climat tellement âpre qu’une âme adolescente n’y saurait trouver à respirer l’air pur et salubre qu’elle réclame.Jean-Paul Pinsonneault Georges Blond HISTOIRE BLOND (Georges).L'agonie de VAllemagne.Paris.Librairie Arthème Fayard [c 1953}.318p.20.5cm.(Le Cercle du Livre de France).TB Bien peu d’ouvrages consacrés à l’évocation de la chute spectaculaire de l’éphémère empire hitlérien nous avaient pleinement satisfait, car rares étaient les récits qui réussissaient à reconstituer dans son intégrité l’atmosphère de cauchemar des derniers mois du régime nazi.Par sa rigoureuse objectivité, sa rare puissance d’évocation, sa souple et merveilleuse technique, le nouveau livre de Georges Blond se détache donc fort heureusement sur l’ensemble de la production littéraire inspirée par cette période fantastique de l’Histoire contemporaine.février 1953 281 Ecrit dans une langue sobre et élégante quoique par endroits assez impersonnelle, l'Agonie de l’Allemagne constitue une fresque historique saisissante de ce drame sanglant et d’une violence inouïe qui, de juillet 1944 à mai 1945, marqua l’écroulement apocalyptique du rêve nazi de domination universelle.L’auteur, dont le récit débute avec la conjonration militaire contre le Führer et l’attentat manqué de l’été ’44 pour se terminer par la reddition sans conditions, observe les faits de l’intérieur et rapporte les gestes de ses héros avec cette psychologie lucide et toujours en éveil du romancier de l’Amour n’est yu!un plaisir.Attentif à percevoir la marche d’un destin séculaire dans les phases angoissantes d’une «agonie» qui a quelque chose de wa-gnérien, Blond s’applique à plier le talent du romancier aux exigences du métier aride de l’historien.Qu’il relate les complots des généraux, les conspirations d’Him- mier et les accès de fureur d’Hitler, ou qu’il recrée les fastes du satrape que fut Goering et le « crépuscule des dieux » qui clôt l’épopée des chevaliers de la Croix gammée, il le fait sans luxe de détails et sans jamais s’abandonner aux débordements oiseaux d’une imagination mise en appétit par des données historiques impressionnantes.Si l’historien consciencieux de l’Agonie de VAllemagne n’a pu rendre ici compte de tout, nous aimons croire avec lui qu’il n’a rien ignoré d’essentiel Cet ouvrage d’un intérêt pas sionnant apportera aux esprits désireux de découvrir le vrai visage de leur époque un témoi gnage à la fois émouvant et pa thétique sur l’effritement d’une puissance dont l’avènement faillit changer la face de l’Occident.Quant à la lecture de ces pages, elle incitera à méditer sur la vanité de tout destin terrestre, si prodigieux soit-il.Daniel Rivard 2 NOUVEAUTES dans la collection LES GRANDS AUTEURS SPIRITUELS La loi de la douleur par Mgr Ch.Gay La vaine gloire par le R.P.B.-A.Moreau chaque petit volume: $0.15 f | D E S 10 tracts sous bande: $1.50 par la poste : $1.65 282 LECTURES BIBLIOTHECA La Bibliothèque Municipale ' La Bibliothèque de Montréal relève directement de la municipalité.Avant de présenter les différents services de la Bibliothèque, taisons ensemble un tour d’horizon à travers l’histoire de cette institution.La Bibliothèque municipale qui fait aujourd’hui l’admiration de tous les visiteurs, a pourtant connu des débuts très modestes.D’après les archives municipales, le Conseil de Ville de Montréal adoptait un règlement le 3 novembre 1902 pour l’établissement d’une biMio-thèque publique et gratuite.C’était dans le but de répandre, parmi les citoyens, la connaissance des sciences, des arts et de la bonne lecture.En 1903, le Conseil de ville a voté les sommes nécessaires pour l âchât de livres et de meubles.Un local fut loué au Monument National et la Bibliothèque ouvrit ses portes.En 1907, il y avait déjà 4000 volumes à la disposition du public.En moyenne, cinquante lecteurs par jour consultaient la bibliothèque et on dut bientôt ajouter une seconde pièce.Le fonds initial des livres était constitué surtout par des ouvrages techniques et scientifiques ; on voulait aider particulièrement les travailleurs à se perfectionner.Plus tard, sous l’influence de l’Ecole littéraire de Montréal, on décida d’ajouter des ouvrages de caractère historique, littéraire, artistique, etc.A la suite de l’annexion à Montréal de la Ville de Sainte-Cuné-gonde, la bibliothèque de Montréal s’enrichissait, en 1916, d’une première filiale.Celle-ci contenait 12,000 volumes qui furent ensuite versés à la Centrale en 1918.En 1910, la Ville faisait l’acquisition de la célèbre collection Gagnon au prix de $30,000.L’un des plus grands bibliophiles canadiens, Philéas Gagnon de Québec, avait collectionné des livres, des manuscrits, cartes et estampes rares et précieux.Nous en retrouvons la description dans les deux volumes intitulés : « Essai de bibliographie canadienne», Québec, 1895-1913.Le premier volume a été rédigé par Philéas Gagnon lui-même et le second volume par le bibliothécaire Erédéric Villeneuve.En 1911, la bibliothèque se transporte à l’Ecole Technique, rue Sherbrooke ouest pour une péride de cinq ans.En 1914, le Conseil ae ville décide la construction de l’édifice actuel, rue Sherbrooke est.L’architecte choisi fut M.Eugène Payette qui avait préparé les plans de la bibliothèque Saint-Sulpice.L’inauguration eut lieu le 13 mai 1917, sous la présidence de Joseph-Jacques Césaire Joffre, Maréchal de France.1.Causerie prononcée au «Quart d'heure de Concordia», à l’antenne de CKAC, le lundi 12 janvier 1953.FÉVRIER 1953 283 Dans cet espace de temps, qui représente déjà un demi-siècle, huit bibliothécaires se sont succédés.Ce sont : Madame Circé-Côté ; MM.Lorenzo Prince, Frédéric Villeneuve, Hector Garneau, Félix Desrochers, Aegidius Fauteux, Léo-Paul Desrosiers, et M.Jules Bazin, le conservateur actuel.L’édifice central, situé à 1210 rue Sherbrooke est, en face du Parc Lafontaine, avec ses colonnades extérieures présente un style architectural très classique.De magnifiques verrières placées à l’intérieur ornent le plafond du hall central.Elles rappellent les provinces de France qui ont envoyé des colons au Canada, à savoir : la Normandie, F Isle de France, le Poitou, l’Aunis, le Saintonge, la Champagne, la Bretagne.Puis ce sont ensuite les grandes figures de notre histoire canadienne : Champlain, Maisonneuve, Mgr de Laval, Frontenac, Marguerite Bour-geoys, Montcalm, Wolfe.D’autre part, on y trouve aussi l’emblème des provinces canadiennes.On a aussi gravé à l’intérieur le nom de quelques écrivains célèbres : Homère, Platon, Cicéron, Dante, Shakespeare, Pascal, Molière, Milton, Corneille, Racine, Garneau, Crémazie, Fréchette et autres.L’ensemble de l’édifice est clair et attrayant.Le magasin des livres se compose de rayons mobiles, à l’épreuve du feu.L’espace actuel prévoit une capacité de 500,000 volumes environ.Les collections présentes embrassent toutes les disciplines des connaissances humaines et se chiffrent à plus de 300,000 ouvrages.Les budgets nécessaires à l’entretien et au développement de la Bibliothèque sont votés annuellement par le Conseil de Ville.Le choix des livres relève essentiellement des autorités de la Bibliothèque.L’organisation générale comprend : 1 — Les services internes : Secrétariat, Service du personnel.Service des achats, le Catalogue et enfin l’Atelier de reliure.2 — Les services externes s’adressent directement au public, soit par le prêt à l’extérieur, soit par la consultation sur place.Ils comprennent : L’inscription des abonnés dont le nombre se chiffre à 43,761 pour les adultes, et 27,894 pour les enfants.Le Service de prêt est très actif.La circulation a atteint près d’un million de livres au dernier rapport annuel.La collection des Canadiens est centralisée dans la salle Gagnon pour les ouvrages très précieux.On sait que la salle des périodiques est l’une des plus importantes de Montréal.La salle de consultation accueille de son côté des habitués ; celle des documents publics également.La cinémathèque a communiqué à l’extérieur près de 22,000 films au cours de la dernière année.Enfin, la salle des enfants connaît une activité des plus significatives.En outre, par l’intermédiaire de la salle des conférences, un service d’extension de la Bibliothèque est offert au public.Y ont lieu les cours aux bibliothécaires, les conférences de « Votre auteur préféré», les causeries de la Société Historique, de la Société Généalogi- 284 LECTURES que, des Ecrivains pour la Jeunesse, ties Cercle Lacordaire, du Bien-être social, du Bon Parler français, des musicologues, etc.Autant de moyens pratiques pour attirer à la bibliothèque l’élite intellectuelle de la Métropole.En 1946, à la suite d’une enquête poursuivie à Toronto et dans quelques villes américaines, on procéda à l’organisation des filiales pour servir les divers quartiers de notre grande métropole.Grâce à la générosité des autorités municipales et à l’heureuse initiative des bibliothécaires, on a créé douze succursales pour adultes ou enfants dans l’espace des sept dernières années.Notre benjamine, située à Ahuntsic, vient d’ouvrir ses portes au public le 8 janvier.Cette nouvelle a été accueillie avec enthousiasme par la population du nord de la Ville.La bibliothèque Ahuntsic desservira, en plus du quartier Ahuntsic, les arrondissements voisins : Bordeaux, Cartierville, Saut-au-RécolIet, c’est-à-dire environ le cinquième de la population totale de Montréal.Quant aux intéressés des municipalités environnantes, Laval-des-Rapi-des, Pont-Viau, Montréal-Nord, ils pourront aussi profiter des avantages de cette succursale, moyennant une modique somme annuelle pour défrayer le coût de leur abonnement.La bibliothèque Ahuntsic possède une collection d’environ huit mille volumes.La salle, magnifiquement éclairée, pourra recevoir ceux qui recherchent la tranquillité pour leurs études et leurs travaux.Les abonnés auront libre accès aux rayons et choisiront eux-mêmes leurs livres.Une vingtaine de journaux et de revues, parmi les plus utiles, seront à la disposition des lecteurs.La section des jeunes est aussi des plus accueillantes.Dans l’organisation technique des bibliothèques, on a prévu dès 1946, l’ouverture de succursales dans chacun des quartiers de la métropole.Bref, on a lieu d’espérer.A l’avenir, la population de Montréal trouvera de plus en plus à sa portée le livre « source de joie où s’alimente l’action ».Puissions-nous répondre aux aspirations de toutes les catégories de lecteurs désireux d’orienter, par le livre, leur recherche de la vérité.Juliette Chabot, conservateur-adjoint de la Bibliothèque municipale.Nomination de M.Raymond Tanghe à la Bibliothèque Nationale La loi de la Bibliothèque nationale adoptée à la dernière session du Parlement canadien prévoyait la nomination d’un bibliothécaire, d’un bibliothécaire adjoint et de quatorze membres d’un conseil consultatif.Le 23 décembre le premier ministre, M.Louis-S.Saint-Laurent, annonçait la nomination comme bibliothécaire national de M.W.K.lévrier 1953 285 Lamb, archiviste du Canada et membre honoraire de notre association, et comme son adjoint de M.Raymond Tanghe.bibliothécaire de l’Université de Montréal et Président de l’A.C.B.F.Notre Association compte trois autres de ses membres dans le conseil consultatif : M.Félix Desrochers, bibliothécaire général de la Bibliothèque du Parlement d’Ottawa et membre honoraire de l’A.C.B.F., qui en sera membre ex-officio ; le R.P.Auguste-M.Morisset, o.m.i., bibliothécaire de FUniversité d’Ottawa, nommé membre pour une période de trois ans ; et M.Paul Hou-de, bibliothécaire de l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales, nommé pour un an.Notre Association se doit de féliciter ses membres qui viennent d’être honorés par ces nominations.Il convient de signaler particulièrement la promotion de notre président, M.Raymond Tanghe.Avant de se joindre aux bibliothécaires du Canada français, il s’était fait remarquer par bien des groupes de chez nous, surtout par le groupe de nos écrivains et de nos universitaires.Docteur ès Sciences sociales, économiques et politiques de l’Université de Montréal, il fut professeur à la faculté des Sciences sociales et à l’Ecole des Hautes fitudes Commerciales.Rédacteur en chef d’une revue, l'Action universitaire, il y publia les nouvelles concernant la bibliothèque de l’Université et fit la critique de livres nouveaux.Conférencier et participant à plusieurs programmes de la radio, entre autres à Radio-Collège, il fut connu et apprécié par des auditoires nombreux et très variés.Il est membre de la Société des Sciences morales et politiques, de la Société de Géographie et de la Société d’Economie politique.Comme écrivain, M.Tanghe s’est appliqué surtout à l’étude de notre pays : Géographie humaine de Montréal (1928), Montréal (1936), Géographie économique du Canada (1944), Itinéraire canadien (1945), Esquisse américaine (1947), et il fut collaborateur dans la rédaction des volumes le Canada dans l'ordre international (1944) et Orientations.Les critiques de chez nous ont consacré sa valeur comme écrivain en lui attribuant le Prix David en 1930.Raymond Tanghe 286 LECTURES En 1942 les autorités de l'Université de Montréal lui confiaient la tâche de la création de la bibliothèque centrale dans l’immeuble de la montagne.Cette tâche était immense, et ceux qui connaissent la bibliothèque actuelle savent quelle fut menée à Sien, selon les méthodes scientifiques modernes utilisées en bibliothéconomie.Il serait trop long d’énumérer en détail les mérites variés de ce succès.Permettez que je mentionne l’acquisition de plusieurs bibliothèques de savants et de lettrés d’Europe et d’Amérique, entre autres de la toi lection Hoffmann et de la collection Bartin.M.Tanghe a obtenu que sa nomination à la Bibliothèque nationale prenne effet seulement ie 1er juin afin de pouvoir terminer le travail considérable et si important de la construction et de l’organisation du nouveau magasin des livres qui pourra contenir un demi-million de volumes.Comme bibliothécaire, M.Tanghe fut un des membres les plus actifs et dévoués de notre association.Vice-Président de 1 A.C.B.F.en 1947-48, il fut Président pendant les deux termes suivants, de nouveau Vice-Président en 1950-51, et il est Président depuis deux ans.A plusieurs reprises conférencier, modérateur des Carrefours, président de congres, il écrivit en outre plusieurs articles dans la section Bibliotheca de la revue Lectures, et publia une importante étude intitulée : Pour un système cohérent de bibliothèques au Canada jrançais.Notre association professionnelle doit à M.Raymond Tanghe une spéciale reconnaissance pour sa part dans le développement considérable qu’elle a connu ces dernières années.Membre aussi depuis des années de 1 Association Canadienne des Bibliothèques, il fut membre plusieurs fois, à titre de Président de l’A.C.B.F., de son Comité de Liaison entre Associations de bibliothécaires.Et au Congrès de Banff l’an passé, il était invite à titre de ^ consultant » à prendre part à une séance spéciale concernant la Bibliothèque nationale.La nomination de notre Président au poste d’adjoint au bibliothécaire de la Bibliothèque nationale vient donc couronner une carrière déjà brillante et fructueuse dans le domaine de la bibliothéconomie.Comme écrivain, comme sociologue, comme bibliothécaire, M.Tanghe sert depuis longtemps la cause du Canada français.Nous sommes persuadés qu’il sera plus qu’a la hauteur de la tache qui 1 attend a Ottawa.Tous les membres de notre Association lui souhaitent donc en toute confiance le plus grand succès dans l’exercice de ses nouvelles fonctions.Edmond Desrochers, s.j.Pour le mois de MA %t mois be St-Hjoseplj par E.M.BRASSARD, C.S.C.R S FIDES FÉVRIER 1953 287 Nouvelles A la Municipale Mlle Marie-Thérèse Saint-Hilaire est entrée en fonctions le 17 novembre 1952.Nous apprenons avec regret le décès récent de M.Napoléon Sarrazin, père de notre collègue, M.René Sarrazin, en charge de la succursale de Rosemont.L’ouverture de la treizième bibliothèque municipale de Montréal a été marquée par une cérémonie à laquelle assistaient un grand nombre de personnes.Cette nouvelle bibliothèque située à 560 est, boulevard Gouin, contient quelque 13,000 volumes pour adultes et enfants.M.Lucien Croteau, conseiller municipal, membre du Comité Exécutif, représentait pour la circonstance, le maire de Montréal.11 a présidé à l’ouverture officielle de la nouvelle bibliothèque, en présence de plusieurs pasteurs catholiques et protestants du nord de la ville.M.Jules Bazin, conservateur de la Bibliothèque Municipale de Montréal et Mlle Andrée Chaurette, qui aura charge de la nouvelle bibliothèque, ont exposé les progrès considérables accomplis, depuis quelques années, à Montréal, en vue de la diffusion des livres au moyen des bibliothèques de quartier.Nomination à la Bibliothèque nationale Sincères félicitations à M.W.Kaye Lamb, archiviste fédéral, au R.P.A.-M.Morissette, o.m.i., bibliothécaire de l’Université d’Ottawa, et à M.Paul Houde, bibliothécaire de l’Ecole des Hautes Etudes commerciales de Montréal, récemment nommés à la Bibliothèque nationale par le premier ministre Saint-Laurent.L’ASSOMPTION ET LE CHAPELET EN FAMILLE par Gérard Leblanc, c.s.c.Un précieux petit livre qui contient dix entretiens ou plutôt dix méditations à haute voix mit le sujet de l'Assomption et de cette école de vertu, ce catéchisme de la doctrine chrétienne qu'est le Rosaire.On trouvera dans cet ouvrage une nourriture spirituelle de qualité et une raison de plus d'aimer et de prier Marie.30 pages — Prix : $0.13 l'exemplaire La douzaine : $ 1.65 I.c cent : S11.00 FUIES 288 LECTURES "T-* ‘ ‘i ‘ ?"*' • Une édition critique préparée, préfacée et annotée par Luc La-courcière.comprenant 162 poèmes dont 55 inédits.^Jméfiorez votre lilfiolhcy ue Emile Stllif’.m POESIES COMPLETES BIBLIOTHEQUES EN ACIER Permanentes.Faites d’acier extra fort recouvert d’émail cuit au four.Demandez nos prix.Evitez tout désappointement: commandez maintenant.Prompte livraison._.rrsTnir.A> MANUFACTURING LLtOI KIUAL co.LIMITED Claude Rousseau, prés.MONTMAGNY.Qué.Collection du NENUPHAR 328 pages - $2.50 (par la porte: $2.65) FIDES 25 est, rue Saint-Jacques MONTRÉAL TAULE ALPHABETIQUE DES \()\IS D'AUTEURS NGLADE (J.), 277 EAUMONT-LA-RONCE (H.de), 272 M.OND (G ), 281 BOISDEFFRE (P.de), 276 HABAI.LE (J), 275 DESROSIERS (L.-R), 242 FREGAULT (G ), 274 G R FEN F (G), 252 HAMP (P.), 278 LEBLANC (G ), 271 LF.EN (F.).270 PILOTAZ (P), 279 ROUNAULT (J ), 280 *** Texh des communications présentées au He congrès Je i A.C.B.E., 270 VFRCORS, 258 -LUNESCO - L’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture présente au public canadien un choix d’ouvrages d’intérêt exceptionnel.Voici quelques titres : OUVRAGES DE L’UNESCO Albums-Exposition (L’) des Droits de l’Homme $3.00 Catalogue de Reproductions en couleurs de peintures antérieures à 1860 jusqu’à 1949 2.00 Catalogue de Reproductions en couleurs de peintures : 1860-1952 .3.00 Conférences de 1*Unesco sur la Culture, la Science et l’Education .3.10 L’Education des Adultes (Tendances et Réalisations actuelles) .0-75 Goethe — Hommage 1749-1949 1.50 Mythes (Les) Raciaux .0.25 Presse (La) filmée dans le Monde 2.00 Qu’est-ce qu’une Race ?.1-00 Race et Histoire .0.25 Race et Psychologie.0.25 PÉRIODIQUES DE L’UNESCO Courrier (Le) Mensuel .2.00 Bulletin à l’Intention des Bibliothèques (mensuel) 2.00 Bulletin du Droit d’Auteur (trimestriel) 1.80 Bulletin international des Sciences sociales (trimestriel) 3.50 Documentation politique internationale (trimestriel) 4.00 Museum (trimestriel) .5.00 Sciences et Société (trimestriel) 2.50 Sociologie (La) contemporaine (trimestriel) 3.50 OUVRAGES DE L’I.I.C.I.(L’ancien Institut International de Coopération Intellectuelle) Avenir (L’) de la Culture .1.00 Avenir (L’) de l’Esprit européen 1.00 Destin (Le) prochain des Lettres 1.00 Etudes (Les) internationales dans l’Enseignement contemporain .Guide international des Archives : Europe 1.00 Mission sociale et intellectuelle des Bibliothèques populaires .1*50 Pour une Société des Esprits .0.75 Problèmes d’Unlversité .0.75 Vers un Nouvel Humanisme .1.00 Il faut ajouter à ces prix les frais de poste Listes complètes et catalogues envoyés sur demande à PERIODICA, dépositaire officiel des ouvrages de l’UNESCO, de l’Organisation mondiale de la santé et des NATIONS UNIES au Canada.CENTRE 01 RUIIICATIONS INTERNATIONALES — INTERNATIONAL PJêLXATIONS CENTER SERVICE GENERAL D'ABONNEMENTS — GENERAL SUBSCRIPTIONS SERVICE PEPIOPICA 4234 4» la Rocha.MONTREAL-34.Canada
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