Lectures, 1 août 1956, samedi 18 août 1956
voyacje *lJvonne a» VEC Le voyage de Tobie, c’est un quatrième épisode de la vie des Rambourt qui noua est raconté.On sait qu’Yvon-ne Chauffin s’est donné pour tâche d’écrire, en plusieurs volumes, le roman de cette intéressante famille bretonne.En 1952, elle nous en donnait un premier épisode avec Que votre volonté soit faite.Un deuxième suivait en 1953: Le combat de Jacob.En 1954, c’était La porte des Hébreux.Nous sommes maintenant au Voyage de Toble.Pour les Rambourt, c’est toujours la “drôle de guerre” et les pénibles séquelles de l’occupation allemande.L’événement marquant du Voyage de Toble, celui qui a donné au livre son titre, c’est l’accident survenu à Alban au cours d’une mission — la perte de la vue — avec l’illumination intérieure qui l’a suivi.Episode extrêmement émouvant, narré avec un saisissant réalisme.On suit pas à pas la lente et douloureuse remontée d’un être humain subitement plongé dans les ténèbres extérieures, et qui s’ouvre peu à peu aux clartés du dedans.C’est d’abord la révolte, brutale, contre les hommes et contre Dieu.Alban voudrait se couper définitivement de tous ceux qui lui sont chers pour n’avoir pas à subir leur commisération.Là bas, à la Béjarière, une épouse l’attend, la blonde Eve qu’il adore; il a aussi à rejoindre un jeune fils qu’il ne connaît pas encore.Mais il ne veut plus avoir pour famille que ce Jésuite de passage.à qui il a servi la messe avant l’accident, et à qui il reproche de l’avoir inséré dans le douloureux Sacrifice.Puis, c’est la lutte avec soi-même pour se réconcilier avec la vie, les êtres et les choses.Lutte marquée de hauts et de bas.Alban s’efforce de reconstituer en lui le monde que ses yeux ne perçoivent plus.H s’applique à identi- fier les personnes par le bruit qu’elles font, l’odeur qu’elles dégagent.Il se plait à imaginer les couleurs.Les découvertes passionnantes alternent avec les pénibles expériences.Peu à peu, grâce à la patiente et discrète amitié du “Jèse” — c’est ainsi qu’il appelle le Père Jésuite —, l’amertume diminue, Alban consent à voir Madame Hortense, celle qui s’était montrée si maternelle envers sa “petite E-ve”.Il accepte qu’elle le devance, à la Béjarière, pour annoncer le terrible malheur à la famille.A la fin du livre, Alban est dans le vieux domaine, rayonnant d’une joie grave et partageant avec autrui les fruits de sa lente maturation intérieure: “La lumière des hommes masque ou éteint celle de Dieu.Chaque jour, une part de noos-même nous quitte.Nous ne devons pas accepter qu’elle soit détruite.Il faut qu'elle soit déjà en marche vers le Seigneur.” (p.219) Sur cet épisode central, un autre se greffe qui n’est pas sans affinité avec le premier: la douloureuse adolescence de Guen, la jeune nièce d'Alban.Personnage de jeune fille singulièrement attachant, et étude psychologique particulièrement réussie.Que l’on reconnaît bien l’adolescente éternelle dans cette peinture tout en contrastes et en traits heurtés.Et que l’on aime cette Guen au coeur fervent, exquisement tendre, torturée par une intransigeance envers la vie et les êtres, qui est bien de son âge.Guen fera aussi, à sa façon, le "voyage de Tobie”.Apres l’expérience d’un amour impossi- (1) CHAUFFIN (Yvonne) Les Rambourt IV: LE VOTA-GE DE TOBIE.Paris, Amiot-Dumont 119551.246p.19cm.$2.45 (frais de port en plus) B ble, elle s’acheminera, le livre nous le laisse prévoir, vers une jeunesse plus compréhensive et plus sereine.* * * Le voyage de Tobie est un roman qui tranche sur la production courante.Par plus d’un trait de son art, Yvonne Chauffin se rapproche de Gertrud Von Lefort, et c’est beaucoup dire à son éloge.Plus faciles que celles de la romancière allemande, ses oeuvres sont cependant de celles que l’on doit ruminer pour en savourer tout le suc nourricier.Ce sont de ces oeuvres qui méritent une deuxième lecture.Id et là l’on aime s’arrêter sur des pensées profondes qui, dans le contexte du livre, prennent un relief saisissant.Comment ne pas en citer quelques-unes, particulièrement heureuses: “Le vitrail, c’est la réponse de Dieu à l’homme.La prière de l’homme monte, s’élève et traverse le vitrail.L’homme fait ce qu’il peut: il fond du sable et fabrique du verre, et ce verre s’anime lorsque la lumière de Dieu le traverse.En l’absence de Dieu, le vitrail demeure terne.C’est un oeil couvert d’une taie, d’une épaisse taie grise.” (p.165) “Tous, nous sommes surtout “les autres”.Ce sont les autres qui nous font devenir nous-mêmes, peu à peu.” (p.133) “Le monde entier gravite autour Tun flanc ouvert.” (p.128) Des êtres de chair et d’os, vivant dans un univers comme le nôtre, l’univers d’après la chute originelle, mais traversé par le souffle de la Rédemption, c’est cela que nous restitue l’art d’Yvonne Chauffin.Rien d’étonnant que le prix catholique de Littérature lui ait été attribué en 1955.R.LECLERC 193 DOCUMENTS IA MORI DI GIOVANNI PAPINI Un décret de la 8.Congrégation du Saint-Office Mise à l'Index Dans la réunion plénière du mercredi 27 juin 1956 de la Suprême Congrégation du Saint-Office, les Eminentissimes Cardinaux préposés à la défense de la foi et des moeurs, sur l'avis des Consulteurs, ont condamné et prescrit de placer à l'Index des livres interdits: 1.Le deuxième sexe, 2 vol., Gallimard, Paris 19^9; 2.Les mandarins, Gallimard, Paris 195U.Et le samedi 30 juin, Notre Saint-Père le Pape Pie XII a approuvé la décision des Eminentissimes Pères, qui lui avait été soumise, l'a confirmée et a ordonné de la publier.Donné à Rome, Palais du Saint-Office, le 12 juillet 1956.La nouvelle de la mort de Papi-ni ne nous a.hélas! pas surpris: car les nouvelles qui l’ont précédée, sur le cours de sa maladie, s’avéraient de jour en jour plus graves.Pour fêter son saint Patron.le 24 juin dernier, de nombreux amis s'étaient réunis autour de lui; et, malgré les tristes conditions où il se trouvait, à aucun moment, il ne fut inégal à lui-même et à son art; il fut au contraire très présent à tous, avec la bonne humeur florentine, avec la foi du chrétien.Dans sa peine indicible et au-dessus de toute douleur, il conservait son espérance immortelle.Ceux qui se trouvèrent près de lui en ce jour ne l’oublieront jamais.Une ombre, durant ces dernières années, parut offusquer l’orthodoxie de l’écrivain, au point d’éveiller de sérieuses appréhensions dans l’autorité ecclésiastique et chez ceux qui l’aimaient.Nous le reconnaissons, bien que le seul rappel de ce fait nous peine en des heures comme celles-ci: mais on doit en même temps admettre que son attitude fut due davantage à une généreuse bizarrerie qu’à d’autres raisons.Du jour où, sous la croix de Jésus qui se dresse encore sur le monde, Giovanni Papini se sépara des bourreaux pour se rallier aux fidèles; depuis ce jour (qui marqua entre au re le début de sa célébrité mondiale d’écrivain» Giovanni Papini n’a pas une seule fois déserté son poste de catholique, ni à l’église, ni dans la bataille.II avait été jusqu'alors l'un des écrivains les plus grands de la nouvelle génération, sinon même le plus grand — ce que nous croyons: — après qu’il eut confessé sa foi, il se plaça d’un seul coup parmi les écrivains les plus célèbres du monde entier, au point que chaque nouvel ouvrage, au moment de sa parution, atteignait les lecteurs du monde entier.sans frontières ni limite d'aucune sorte.Et bien! dans toute son oeuvre et parmi tant de lecteurs, jamais il n’a oublié de rendre hommage au Christ et à l’Eglise de Rome.Non seulement il n’en a pas fui les occasions, mais il les a recherchées.Il ne s’est jamais caché, n’a jamais dissimulé sa main.Toujours à visage découvert, à voix haute, il a récité son credo, il a dit son amour.Ni les écoles ni les places ne l’ont intimidé: la fortune et la Les oeuvres de Simone de Beauvoir, mises aujourd’hui à l’Index, font respirer l’atmosphère délétère d’une certaine philosophie existentialiste.Contre de telles lectures (qu’il s’agisse de romans ou d’essais philosophiques), il est nécessaire de mettre en garde non seulement la jeunesse, qui en subit plus facilement les influences, mais aussi les personnes mûres elles-mêmes, à cause du poison subtil qu’elles cachent.Dans la mesure où une société se nourrit d’une littérature d’un tel genre, elle se démontre vraiment corrompue et sujette à toutes les décadences, comme à tous les esclavages.Nous ne nous arrêterons pas à relever en détail les erreurs de philosophie générale et morale contenues dans les deux ouvrages LE DEUXIEME SEXE et LES MANDARINS, ni à souligner l’obscénité d’un grand nombre de descriptions.Cela n’en vaut pas la peine.Il suffit de quelque indication.célébrité ne l’ont pas corrompu.En devenant citoyen du monde, il est toujours demeuré un homme de sa terre; et jusque dans les envols les plus téméraires de son intelligence.il n’a jamais perdu le sens du concret et la simplicité sereine du bon chrétien.Et c’est justement cette présence que nous voulons reconnaître: c'est sur cette présence que nous voulons mettre l’accent, en ce moment de deuil.Tant de vigueur ne doit pas être détachée de sa célébrité et, dans la douleur d’aujourd’hui, elle est comme une promesse certaine de joie, en deçà et au delà du temps.Giovanni Papini a été pendant toute sa vie et est encore un “fidèle’’, dans le sens que donne Dante au mot quand il le place sur les lèvres de saint Bernard s’adressant à la Sainte Vier- A.DE JORIO, Notaire Simone de Beauvoir considère l’institution du mariage comme une mystification et prend la défense de l’amour libre.Toutes les méthodes sont bonnes — affirme-t-elle —, quand elles permettent à la femme de se soustraire à la servitude de la maternité.Simone de Beauvoir défend l’émancipation totale de la femme, spécialement à l’égard des lois morales, et elle accuse l’Eglise d’ëtre contraire à cette émancipation.L’Eglise devait donc dénoncer avec énergie ces doctrines immorales, subversives du bien commun et de la sainteté de la famille.En réalité, les autres livres de cette femme écrivain tombent également sous les sanctions du canon 1399 du Code de Droit Canonique.Aussi le décret d’aujourd’hui du Saint-Office entend-il être un exemple et un avertissement.(Extrait de l’Osservatore Romano, 20 juillet 1956.p.2) ge: “ton fidèle.Bernard” (Paradis, XXXI, 102); là où peut-être ce “fidèle” est substantif, comme en d’autres endroits et veut dire, selon la signification médiévale, noble vassal, libre mais grand serviteur.Pour ce qui est de la seconde moitié de sa vie, si nous ôtons les années de l’enfance et de la première adolescence, années très belles, mais sans grand écho, il ne reste guère qu’une quinzaine d’années pour “l’homme fini"; et celles-là aussi laissèrent présager la vie nouvelle.Le monde des lecteurs catholiques.qui connaissait et aimait depuis des années Giovanni Papini, se recueille en prières en cette heure rassérénée par la consolante certitude chrétienne.(Extrait de l’OSSERVATORE RO-.JANO.20 juillet 1956.p.2) 194 Littérature [it] LITTÉRATURE EMDIEËE Religion |2| En collaboration LE PATRONAGE DE SAINT JOSEPH.Actes du Congrès d’études tenu à l'Oratoire Saint-Joseph, Montréal, 1er — 9 août 1955.Section historique.Montréal, Fides, 1956.667p.24.5 cm.Relié.$10.00 (frais de port en plus) TB-S Voici un ouvrage de base qui réjouira grandement les historiens les plus exigeants et les nombreux amis de saint Joseph.Comme l’indique le sous-titre de ce volume, il est un écho fidèle d’une partie du Congrès d’études tenu à Montréal, durant l’été 1955, pour commémorer le 85e anniversaire de la proclamation du patronage de saint Joseph sur l’Eglise universelle et le jubilé d’or du célèbre sanctuaire du Mont-Royal, fondé par un humble Frère convers de la Congrégation de Sainte-Croix, le Frère André.Trente-deux conférenciers exposent avec le plus grand soin, à l’aide de documents précis et assez souvent inédits, l’évolution historique du culte de saint Joseph en Occident.On y remarque les noms de S.Em.le cardinal Paul-Emile Léger, archevêque de Montréal, de S.Exc.Mgr Paul Bernier, Nonce apostolique en Panama et Costa Rica, et de S.Exc.Mgr Albert Cousineau, c.s.c., évêque de Cap-Haïtien, ainsi que des représentants de dix-sept Congrégations religieuses différentes (Pères, Frères et Soeurs) et trois membres du clergé séculier.Il y a longtemps que, de tous côtés, on souhaitait la publication d’une étude semblable sur l’histoire de la dévotion à saint Joseph.Ce volume vient combler cette lacune.et de façon splendide.Il suffit de jeter un rapide coup d'oeil sur la table des matières pour s’en rendre compte: huit travaux sont consacrés à l’Europe
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