Lectures, 1 janvier 1957, mardi 15 janvier 1957
LECTURES Nouvelle série Vol.3 — No 10 Montréal, 15 janvier 1957 “Léon Bloy”(,) Bloy est sans doute l’une des figures les plus lumineuses de la littérature contemporaine, on pourrait même dire de la littérature de tous les temps.La fascination qu’il exerce sur nous par la couleur de son génie, par la vigueur de son style, par ce constant contraste entre l’élévation de sa pensée et l’audace surprenante de ses images truculentes, s’inscrit comme un fait majeur dans l’évolution spirituelle d’un grand nombre.Son rayonnement s’impose comme celui de la lumière crue, issue d’un soleil brûlant à son zénith: on n’échappe pas à Bloy.On est pour ou contre lui.On est pour lui.Dans ce cas on l'aime, âprement, au point de le recevoir comme un don de Dieu à l’humanité, une sorte de prophète du vingtième siècle : le quatrième des grands inspirés, venant après Isaïe, Jérémie, E-zéchiel, comme le témoin violent de la colère de Dieu.Manifestement, c’est là un envoûtement qui risque d’aveugler et qui conduit à une admiration ignorante de toute critique.De l’adulation, quoi ! C’est ainsi qu’il n’est point rare de rencontrer des amis de Bloy qui s’enveloppent de son esprit au point de considérer comme vertus jusqu’à ses vices mêmes, et comme qualités, ses défauts les plus exécrables.Ou on est contre lui.On le déteste alors, tout aussi âprement.C’est le rejet de son œuvre d’une manière systématique : fond et forme.De la forme, on dira qu’elle n’est que superfétation exaspérante, bâtie à coup d’épithètes et d’images scabreuses: un « style de latrines », pour appliquer à Bloy une expression née de sa plume même.Du fond, on prétendra qu’il se réduit à d’éternelles rengaines et complaintes, dictées par le dépit: une pensée d’illuminé déséquilibré ou de mystique avorté, doublé d’un révolutionnaire démagogue.Ce chassé-croisé d’idées contradictoires est rarement élucidé par les critiques de Bloy qui entreprennent souvent leurs analyses avec un préjugé initial, favorable ou défavorable.Tel n’est pas le cas de Jean Steinmann dans l’œuvre qu’il nous présente aujourd’hui.Exégète réputé dont les travaux font autorité dans le domaine biblique (surtout en regard de l’Ancien Testament et des Prophètes, ce qui, sans doute, le préparait bien à s’attaquer à l’âme de Bloy), Steinmann entreprend une analyse lucide de l’œuvre et de la personne de Bloy.Certes, il ne prétend pas supprimer ses devanciers, mais il ajoute à leurs lumières une analyse admirablement conduite, où l’on sent à chaque page la maîtrise d’un métier longuement poli.Cinq grandes divisions — dont les titres suggestifs situent à eux seuls la personnalité de Bloy, — constituent la charpente de l’ouvrage: le Raté, le Désespéré, le Poète, le Prophète, le Patriarche.Par ces voies, nous parcourons l’univers spirituel du vieux périgourdin, depuis l’athéisme passif de son adolescence et de sa première jeunesse, jusqu’à la foi farouche du vieillard, « haute figure de moine guerrier >.(P.349) L’auteur dégage fort bien la filiation spirituelle de Bloy qui retrouve son catholicisme au contact de ce personnage presque insaisissable: Barbey d’Aurevilly, curieuse symbiose de ferveur angélique et d’éclat diabolique.Puis tous les autres défilent: Blanc de Saint-Bonnet, Joseph de Maistre, Baudelaire, Hello, Villiers de l’Isle-Adam, Huys-mans, qui ont contribué — chacun pour une part, inégale certes, mais importante — à construire l’édifice intérieur de Bloy.Tout au long de cette reconstitution, l’auteur nous entraîne au-delà des apparences, jusqu’au cœur de Bloy, exemplaire authentique de l’homme tiraillé entre bien et mal, dont l’apôtre saint Paul a retracé les déchirements et les luttes: croyant rageusement, mais vivant dans le péché; hurlant de haine en même temps que dévoré d’amour; prostré dans un désespoir aigu, mais ressuscité par une espérance indestructible.Voilà le Bloy que nous (Suite à la page 94) LECTURES REVUE BI-MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le SERVICE DE BIBLIOGRAPHIE ET DE DOCUMENTATION DE FIDES Direction: R.P.Paul-A.Martin, c.s.c.Rédaction: Rita Leclerc Abonnement annuel: $2.00 Etudiants: $1.00 Le numéro: $0.10 FIDES, 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal-1 PLateau 8335 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa.“Léon Bloy” (Suite de la page 93) suivons en ces pages: on y retrouve l'illuminé hanté de rêves millénaristes (p.114-115), victime que son imagination délirante entraîne au seuil de la folie; le malheureux violemment sanguin et charnel que déséquilibre une sensibilité maladive et monstrueuse (p.61, 64); l'intégriste qui pose en censeur de tous, les Evêques et le Pape y compris, au risque de côtoyer, parfois d’assez près, l’hétérodoxie la plus grossière; l’être orgueilleux et susceptible qui froisse d’un coup les plus belles amitiés.Mais en même temps, on y retrouve le génie aux intuitions profondes et larges qui balaie d’un coup de sa pensée le monde du temps présent ou à venir; le chrétien admirablement humble, pétri de son impuissance et appelant à grands cris la grâce de Dieu; le fils de l’Eglise, nourri de Sa vie, de Son abondance et plein du désir de La servir; l’homme qui suscite autour de lui un tel courant de sympathie qu’il se trouvera, au moment de sa mort, entouré d’amis nombreux et de la plus haute qualité.Steinmann fait ainsi revivre devant nous, avec une habileté qui le dispute à la lucidité (ce dont il faut lui savoir gré), l’âme protéiforme de Bloy.Celui-ci n’en sort pas amoindri.Bien au contraire.Certes, l’auteur détruit ce qui se pourrait appeler le « mythe de Bloy »: oracle, prophète, saint (à canoniser), Père de l’Eglise presque ! Mais nous lui devons de retrouver le Bloy véritable, dépouillé du halo de la légende: génie d’envergure, chrétien militant (au sens intime et fort du mot), homme violent de cette violence que la sincérité absolue peut seule légitimer.Quand on ferme ce livre de Steinmann, on réalise encore mieux pourquoi et comment nous est cher le vieil homme Bloy, à qui Bernanos rendait ce juste témoignage « que pour des milliers d’hommes à travers le monde.il est un ami».Cet ouvrage — qui n’est pas sans certaines imperfections auxquelles nous n’avons pas voulu nous attacher parce que, au demeurant, elles sont minimes — sera, pour tous ceux qui aiment Bloy, l’occasion de connaître davantage celui-ci, et, sans aucun doute, de l’aimer encore plus.Paul-E.CHARBONNEAU (1) STEINMANN (Jean) LEON BLOY.Paris, Editions du Cerf, 1956.459p.pl.(h.-t.) 22.5cm.$6.00 (frais de port en plus) Pour tous IllUCJl UCo dUlCUId ICLCII5C5 Udll5 LC IIUIIICIU BOMMART (A.et J.), p.99 BOUSQUET (J.), p.95 *** Cahiers de l'Académie canadienne-française, p.96 CLEMENT (B.), p.97 COUTAZ (B.), p.100 CROTEAU (A.), p.95 DES ORMEAUX (D.), p.95 *** Florence, p.102 GOSSET (R.et P.), p.101-102 HAMELIN-ROUSSEAU (B.), p.97 JEAN-BAPTISTE (Sr), p.95 NAMORA (F.), p.99 PERROY (M.).p.95 PHILIPPON (O.), p.98 RIAUD (A.), p.98 SHEEN (Mgr F.) p.98 STEINMANN (J.), p.93-94 *** Venise, p.102 Publication approuvée par l’Ordinaire 94 Notices bibliographiques CANADIENNE lldigion |2] BOUSQUET (Jean), o.p.LOURDES ET FA TIMA DEVANT L O.N.U.Nicolet (Québec) Centre Marial Canadien [1956], 31p.21cm.(Coll.Tract no.71 — septembre 1956) Pour tous L’O.N.U.sera bien incapable de maintenir la paix dans le monde si les hommes méprisent les enseignements donnés par Notre-Dame à Lourdes et à Fatima.C’est ce que nous démontre le R.P.Jean Bousquet, o.p.dans ce tract publié au Centre Marial Canadien.A.C.- m i ¦ - CROTEAU (Arsène) SAINTE MARIE DE GUADALOUPE.Trente-et-un chapitres pour le mois de Marie Montréal, Fides [1956].236p.pl.(h.-t.) 20cm.$2.50 (frais de port en plus) Pour tous La dévotion à Notre-Dame de Guadaloupc mérite de se répandre de plus en plus.En des chapitres denses, clairs et bien écrits, l’auteur nous fait connaître l’historique de la dévotion à la madone brune, il nous en expose les fondements et la popularité sans cesse accrue.Ce livre a de plus le mérite d’être conçu pour servir de lecture quotidienne, durant le mois de Marie.A.C.JEAN-BAPTISTE (Sœur), s.p.LA FOI EN L’AMOUR DE DIEU.8e édition.Montréal, Fides [1956].233p.21cm.$2.50 (frais de port en plus) Pour tous Dans le style familier qui lui est propre, nourri de doctrine et débordant d’onction, Sœur Jean-Baptiste nous invite à avoir foi en l’amour de Dieu.On se réjouira sans doute de la réédition de ce livre, excellent pour la lecture spirituelle.A.C.PERROY (Marguerite) LES DOUZE ETOILES DE NOTRE-DAME.Nicolet (Québec) Centre Marial Canadien [19561.30p.21cm.(Coll.Tract no 72 — octobre 1956) Pour tous Un texte à la gloire de Marie, plein d’onction et de line poésie.On s’édifiera à la lecture de ces courtes méditations sur les privilèges de la Sainte Vierge.A.C.Li literature [8] DES ORMEAUX (Dollard) D’IBERVILLE LE CHEVALIER DES MERS.(Biographie romancée).Sherbrooke, Apostolat de la presse [1956].141p.ill.19.5cm.(Coll.Jeunesse de tous les pays, 20) Pour jeunes Depuis Les sept Macchabées de la Roncière, le Lemoyne d’Iberville du Père Lejeune et celui de Pierre Daviault, on avait un peu perdu de vue l’un des héros les plus authentiques de la Nouvelle-France.En le remettant sous les yeux du public, Dollard Des Ormeaux se propose de le faire admirer surtout par les adolescents.Aussi, plus que sur les conséquences politiques ou nationales des exploits d’Iberville, il insiste, parce qu’elles expliquent ces prouesses, sur les qualités personnelles du Jean Bart canadien: esprit d’initiative, audace dans l’entreprise, fermeté dans l’exécution, résistance physique, autorité morale.Ce sont justement ces dons qui fascinent la jeunesse.Et c’est pourquoi aussi cette biographie, écrite avec une grande simplicité et dont la beauté provient des seuls faits qu’elle raconte, trouvera auprès d’elle un accueil empressé.Elle s’ajoute d’ailleurs à neuf autres volumes, du même genre et de la même encre, où nos jeunes avaient déjà cueilli tant d’exemples de courage et d’endurance.Quelques distractions disparaîtront dans une réimpression: v.g.p.28, le lui laisser pour lui laisser (à lui d’Iberville) son protégé (celui de M.de la Force); p.127, tributs pour tribus; un peu partout, réaliser pour exécuter ou satisfaire; p.140, émérite pour méritant.Emile CHARTIER, p.d.95 9099 CA H/ERS DE L'A CA DEMIE CA NA DIEN-NE-FRA NÇAISE.I.Poésie.Montréal [Impr.Pierre Des Marais] 1956.155p.24.5cm.$2.50 (frais de port en plus) Pour tous D'après l'avertissement, ce recueil « présente un état authentique de la poésie actuelle au Canada français ».Eh bien! osons être franc: il se peut que cet état soit authentique, mais on peut craindre qu'il paraisse peu brillant au lecteur soucieux de comprendre.C’est que, s’il y a dans le volume une part d’intelligible, un peu moins de la moitié, le reste se distingue par son inintelligibilité presque absolue.La coupure de strophes problématiques en lignes plus ou moins longues peut procurer l’illusion du vers, sinon de la poésie.Mais il suffit de mettre ces lignes bout à bout pour en faire saisir aussitôt l'insignifiance, au sens étymologique du mot.Qu’on en juge par ces exemples: 1.Les yeux tampons espace d’un moment des amorces idéales à l’éclosion des extases jaillissent ça et là matin oblique et précis après l'aube amorphe des ébauches esquisses des doigts comme pierre dans l’eau des songes authentiques.2.Lazare a dit pas de Dieu Dieu a dit Lazare Lazare a renié son tombeau Lazare a dit pas de Dieu Dieu a dit Lazare Lazare a renié son Dieu.3.Tu me fais marcher au centre d’un jour rouillé de froid et je bafouille les yeux plissés de maladresse quand passe un sourire au détour du temps.4.L’être impossible en voie d’apparaître sur un terrain familier l’être d’éther d’ocre jaune dé-léthère à l’air de haut palmier l’être de grands vents d’ouragan dans un clair ciel d’été l’être d’alcool et d’âcre fumée tout le côté aigre d’une vie amère apparaît soudain au fond du verre.5.Luisant meneur de bal profilé l’oiseau-demain s’abreuve au cadran d’eau silhouettes heureuses les psaumes du désert lui miment l’hommage du feu sur le marbre accablé de la danse dans les urnes chavirées du jour le silence pensif de ses ailes s’ouvre.6.Que les vieux épis se suicident, car cela est commentaire d’une fresque volante, d’une étrange vertu encore au four.Et l’annonce crue des domaines de l’œil qui domine.7.Parce que tu auras posé entre ma lâcheté latente et la victoire de notre sang ton profil de paroles peu nombreuses, je saurai la stratégie des bêtes et les projets inamovibles de l’arbre libre.A quel chrétien fera-t-on croire qu’il y a, dans ces élucubrations, ne disons pas de la poésie mais seulement de la prose qui se respecte?Les Anglais ou les Américains ont depuis longtemps prédit le sort réservé à une littérature pareille, quand ils proféraient cet aphorisme confirmé par l’expérience: « You can fool somebody some time; you can even fool everybody some time; but you can’t fool everybody all the time ».Les lecteurs écœurés de ces fadaises trouveront heureusement, dans le même volume, de quoi se repaître.Si certains vers de Rina Lasnier semblent, à notre grande surprise, calqués sur les procédés nouveaux, d'autres proviennent de la haute inspiration qui l'anime habituellement.Les accents si vrais de l’Indien torturé et la chanson ailée des coureurs de la chasse-galerie, chez Robert Choquette, sont d’un rythme captivant.Et les confidences psychologiques de Roger Brien ou de Simone Routier révèlent des âmes qu’on aime à entendre s’exhaler.On disait jadis: Sur Jes penser s anciens faisons des vers nouveaux.André Chénier corrigea: Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques.11 ne faudrait pas laisser croire que l’idéal actuel de nos poètes s’exprimerait par ce vers: Sur des pensers absents faisons des vers abscons.Le vœu est du Père Delaporte; pour l’honneur de notre littérature, tout Canadien français a le devoir de le faire sien.Emile CHARTIER, p.d.Les classiques canadiens de la spiritualité L'APOSTOLAT DE L'ÉLITE CACHÉE par Soeur Jean-Baptiste, s.p.173 pages — Format 5’A X QV* $2.00 (par la poste $2.10) CTT^prç 25 est, rue St-Jacques, Montré riDLj 135 ave Provencher, St-Bonifa U FOI EN L'AMOUR DE DIEU par Soeur Jean-Baptiste, s.p.236 pages — Format 5'A X 8Vd $2.50 (par la poste $2.60) al 1 ce, Man.96 CLEMENT (Béatrice) LE PERE DES ENFANTS PERDUS.Vie de saint Jean Bosco.Dessins de Thérèse Robichon.Montréal, Editions de l’Atelier [1956].127p.ill.19.5cm.$1.00 (frais de port en plus) Pour jeunes Petite biographie qui fait revivre, avec beaucoup de talent, la vie si pittoresque de Don Bosco, le Père des enfants perdus.Les jeunes se passionneront pour cette lecture extrêmement enrichissante par ailleurs.A.C.HAMELIN-ROUSSEAU (Berthe) QUAND REVIENNENT LES OUTARDES.Roman.Montréal, Beauchemin, 1956.176p.19cm.$2.00 (frais de port en plus) Pour adultes Quand reviennent les outardes c'est l’histoire d'une fillette qui s’éveille à l’amour, puis d’une femme qui accède à la maturité.Aux toutes premières pages du livre, la fille d’un vieux seigneur, Eve, court sur les rives de l’île d’Orléans, de toutes ses fines « jambes d’agnelet », en compagnie d’Alain.La camaraderie cède peu à peu la place à l’amour.Un amour timide et inconscient, puis sûr de lui-même.Tout va pour le mieux jusqu’au jour où Alain meurt subitement dans un accident de la route, alors qu’il s’empressait à la rencontre de sa fiancée.Accablée par cette épreuve, Eve s’en va dans la vie d’un pas d’automate, vidée de toute joie intérieure: elle accepte un mariage avec Jean de Courval, mariage que souhaite son père.Mais le coeur de la jeune femme est encore tout plein d’Alain, et les époux ne sont pas heureux.Les malheurs qui frappent le foyer de sa sœur Marie, apporteront à Eve un choc salutaire: en se dévouant pour autrui, elle apprendra à se maîtriser elle-même et elle prendra conscience de ce bonheur qu’elle laissait glisser entre ses doigts.C’est alors une épouse empressée qui retourne à son foyer.Deux fils naîtront qui seront la joie des époux et la fierté du grand’père.Mais Jean, à son tour, meurt subitement.Mûrie par la souffrance, Eve n’aura pas un retour sur elle-même: avec courage et ténacité, elle s’attachera à gérer la fortune que lui lègue son mari.En somme, c’est un destin de femme qui est raconté dans ce mince volume au texte aéré et imprimé en gros caractères.Une longue histoire par conséquent à insérer dans un cadre très restreint.Cela peut expliquer, en partie, bien des faiblesses du livre: ces événements qui tout à coup se bousculent et se précipitent au grand étonnement du lecteur; ces personnages qui surgissent comme champignons et disparaissent aussi rapidement; ces minces dialogues qui laissent dans l’ambiguïté sur le sens de la conversation.L’auteur y aurait gagné à limiter son roman à l’une ou l’autre partie de la vie d’Eve; cela lui aurait permis de fouiller davantage la psychologie de ses personnages et d'en rendre l'évolution plus plausible.L’auteur y aurait gagné aussi à situer son récit, soit résolument dans le passé, soit résolument dans le présent; ici, le lecteur est un peu désorienté entre deux mondes, et il se demande s’il peut exister des vieux seigneurs qui rêvent encore aux ancêtres de 1760 aux côtés d’une fille qui se prépare à gérer elle-même une usine de papier ! Malgré ces graves lacunes, le roman de Mme Hamelin-Rousseau contient les promesses d’une œuvre de qualité.La première partie de son livre est à ce point de vue bien caractéristique: le bonheur de certaines expressions où affleure la poésie, la finesse de certaines analyses psychologiques sont une joie pour le lecteur.Et puis, quel amour de la nature et quel sain optimisme devant la vie ! Tout cela fait qu’on souhaite à Mme Hamelin-Rousseau de reprendre sa plume et de nous donner d’autres œuvres d’une facture mieux travaillée.R.LECLERC Pour les jeunes Dans la collection "La Grande Aventure" La Jongleuse par Henri-Raymond Casgroin 80 pages — Illustré $0.65 (par la poste $0.73) L’Ilet au Massacre par Faucher de Saint-Maurice 64 pages — Illustré $0.65 (par la poste $0.73) Le Sagamo de Kapskouk par Faucher de Saint-Maurice 60 pages — Illustré $0.65 (par la poste $0.73) Aux ÉDITIONS FIDES i 97 Notices bibliographiques ETRANGERE llclicjinn (2) SHEEN (Fulton J.) IL FAUT CHOISIR SA VIE.Traduit et adapté de l’américain par Marcelle Loutrel-Tschirret.[Tours (France)] Marne [1956].287p.18cm.$2.60 (frais de port en plus) Pour tous « Parmi les artistes de la Radio, on peut dire que les plus honnêtes sont les comédiens.A la fin de chaque programme, ils ne manquent jamais de nommer les auteurs dont ils ont joué les œuvres, rendant ainsi un juste hommage à ceux dont les textes leur ont attiré le succès.On ne voit pas sur un écran de télévision qu'un homme politique, à la fin de son discours, indique le nom de celui qui l'a écrit.Et quels sont donc les écrivains — de ceux qui signent leurs ouvrages sans les avoir é-crits — qui donnent le nom de leur « nègre » ?Rares sont les auteurs aussi modestes que Robert Benchley, qui avouait: « J’ai mis quinze ans à m’apercevoir que je n’avais aucun talent d’écrivain.Mais à cette époque, j’étais devenu tellement célèbre que je ne pouvais plus le dire.» « Nous voulons ici rendre hommage aux quatre écrivains d’où nous avons tiré nos meilleures inspirations: le premier était percepteur d’impôts; le second était journaliste; le troisième, médecin; le quatrième aidait aux pêcheries de son père.Ils s’appelaient: Mathieu, Marc, Luc et Jean.* (p.271-272) C’est à dessein que nous citons ce long et savoureux extrait de II faut choisir sa vie, le dernier livre de Mgr Sheen.Il illustre la « manière * du célèbre prélat américain, et donne un peu le secret de son emprise sur les foules: une spiritualité étroitement axée sur l’Evangile, une connaissance approfondie du cœur humain, les deux s’exprimant dans un style dont l’humour souriant n’est pas le moindre charme.On ne s’ennuie jamais en compagnie de Mgr Sheen! Et que de belles vérités on peut réapprendre à l’école de ce maître ! R.L.R1AUD (A.) L’ACTION DU SAINT-ESPRIT DANS NOS AMES.Paris, Spes [1956].172p.19cm.$1.35 (frais de port en plus) Pour tous Les livres sur le Saint-Esprit ne manquent pas.Le principal mérite de celui-ci est qu’il est accessible à tous.Bon nombre de lecteurs qui seraient rebutés par des exposés théologiques trop abstraits seront conquis par la limpidité du style et la clarté simple des exposés du P.Riaud.Le livre comporte trois parties: la première expose ce qu’est le Saint-Esprit; la deuxième développe la doctrine des dons du Saint-Esprit; la troisième est consacrée aux fruits du Saint-Esprit.Un guide facile pour apprendre à connaître l’Esprit-Saint.A.C.Sciences sociales |!i] PHILIPPON (Odette) LE TRAFIC DES FEMMES.Préfaces de M.le docteur J.-A.Huet, M.L.Guibourgé, M.R.Lerebours, M.P.Kempf et M.G.Tessier.Paris, Libr.Pierre Téqui [1956].139p.18.5cm.Pour adultes « Nous méprisons volontiers ces femmes qui vendent leur corps, sans chercher les causes et les responsables de leur déchéance.» (P.XVI).C’est à dévoiler ces causes que s’emploie ici Odette Philippon.On sait que l’auteur a précédemment écrit un livre intitulé: « L’esclavage de la femme dans le monde contemporain ».Ici, elle s’applique à éclairer un aspect particulier de cet esclavage: » 98 2006 la traite des femmes.L’auteur, qui établit son plaidoyer sur une abondante documentation, renseigne sur les méthodes employées pour ce honteux trafic, sur le genre de vie qui attend les malheureuses victimes, sur les sévices exercées contre les récalcitrantes, etc.Livre dur, où l’insouciahce des uns et la coupable indulgence des autres sont tour à tour fustigées.Livre courageux qui devrait stimuler le zèle des gouvernants et des travailleurs sociaux, et alerter les familles.R.L.Littérature [K] BOMMART (Alain et Jean) 2000 MILLES A LA VOILE.Roman.Paris, Calmann-Lévy [1956].259p.19cm.$2.65 (frais de port en plus) Pour tous Qui n’a rêvé, dans sa jeunesse, de partir un bon matin à l’aventure en quête de quelque sensationnelle découverte du monde ?Pour beaucoup, ce rêve est un peu comme ces jolies bulles de savon multicolores que l’on caresse un moment du regard et qui s’évanouissent aussitôt.Dans bon nombre de cas, on peut dire que c’est heureux, car Dieu sait où auraient pu conduire des équipées entreprises à un âge où l'on n’est pas rompu à l’usage de cette boussole qu’est la prudence.Cependant, quelques-uns ont vu leur rêve prendre corps dans la réalité, et cela nous vaut de délicieux récits dans le genre de celui d’Alain et Jean Bommart.Alain, dix-sept ans, rêve de courir le risque, passionnant paraît-il, de la chasse au thon.D’heureuses circonstances le favorisent, si bien qu’un jour, il se trouve embarqué comme mousse sur un bateau de rudes pêcheurs.La chasse au thon est extrêmement intéressante, certes, mais ce qui n’est pas moins digne d’intérêt (!.) c’est d’apprendre tout à coup qu’on est mêlé à un groupe d'hommes dont l’un est un assassin de fraîche date.L’aventure sportive se corse ici d’une intrigue policière.C’est dire un peu tout l’intérêt d’un livre qui jusqu’à la fin vous tiendra en alerte, et jusqu’aux toutes dernières pages vous fera vivre en plein mystère dans une barque mal nantie voguant sur l'immense océan.Un bon livre de détente.R.L.NAMORA (Fernando) CARNET D UN MEDECIN DE CAMPAGNE.Traduit du portugais par Jacques Alibert et Alzer Barreto.Paris, Nouvelles Editions Latines [1956J.220p.18.5cm.(Coll.Les Maîtres étrangers).$2.00 (frais de port en plus) Pour tous Alzer Barreto, dans sa préface, expose la nature de ce petit bouquin.Il s’agit d’un ensemble de récits au nombre de vingt.L’auteur relate quelques-unes de ses expériences de jeune médecin dans un milieu où le charlatanisme, la médecine empirique, la chirurgie du même genre sont à l’honneur.L’auteur est doué d’un magnifique talent de conteur et il le prouve en brossant des tableautins de six, huit ou dix pages.Les caractères y sont trempés, dessinés, burinés, et après une expérience narrée avec couleur, virtuosité, l’auteur en présente une autre, puis une troisième et ainsi de suite.L’auteur n’a pas le sourire.Il n’a pas non plus ce que les écrivains anglais appellent l’humour, mais il apporte à son récit une philosophie de l’humain qui est la dominante de cette œuvre fort agréable et qui n’est pas sans valeur.Nous ne pouvons nous empêcher de penser que, quelles que soient les déficiences de notre milieu, il est infiniment plus agréable de vivre dans l'habitat que la Providence nous a dévolu en partage, en regard de celui décrit, où la misère, les privations, le manque de gagne-pain sont hélas! le lot de la majorité.Ouvrage à lire pour son mérite intrinsèque.On sent que ce n’est là qu'un prélude et que cet auteur de talent peut nous livrer une œuvre plus forte et plus vigoureuse.Livre qui plaira aux lecteurs de toutes catégories.Rodolphe LAPLANTE 99 COUTAZ (Bernard) LA PEUR DU GENDARME.Paris, Editions Ouvrières [1956].222p.19cm.$2.00 (frais de port en plus) Pour adultes L’auteur, Bernard Coutaz, n’est pas un nouveau venu.Il a déjà publié, aux Editions du Témoignage Chrétien, un roman intitulé: les Denis agacées, et Quand les ventres parlent; il a aussi publié à la Table Ronde: Civilisations ! je vous hais.La page frontispice porte un papillon publicitaire résumant tout le volume: Les libérés de prison sont-ils condamnés à vie?C’est toute la thèse développée par l’auteur.Un homme de moins de quarante ans fait face un jour à l’infidélité de son épouse.Elle le quitte.Il cherche le séducteur, assaille le présumé-coupa-ble, s’empare de son argent sans trop savoir pourquoi, non pas tant pour le voler que pour se venger de l’injure reçue.Il est arrêté, condamné à la détention pour deux ans.En son absence les enfants sont confiés aux grands-parents paternels.On dissimule aux petits le mobile de l’absence du père.Dès l’instant de sa libération, les tribulations commencent.Il ne peut s’employer nulle part.Il n’ose avouer à ses fils la raison de ses allées et venues équivoques.Il échoue à l’Accueil, maison catholique qui s’occupe de la récupération des anciens prisonniers.Et c’est une série de déboires tous plus déprimants les uns que les autres.Une affiche est publiée invitant des volontaires pour une guerre coloniale.C’est la seule avenue de réhabilitation totale qui s’offre à ce pauvre mal- heureux, coupable d’un moment de défaillance mais qui avait cependant acquitté sa dette envers la société.Jacques Madaule, Daniel-Rops ont comparé Coutaz à Van der Meersch.Ce que l’auteur veut obtenir, c’est que la société mette tout en œuvre pour réintégrer ceux qui, après avoir fauté pour une raison ou pour une autre, ont purgé leur sentence et ne demandent pas mieux que de devenir de bons citoyens.La société a envers eux des obligations morales.L’exemple fourni vient de France.Il a ses équivalents en Angleterre, aux Etats-Unis, au Canada, dans le Québec.La société doit certes se protéger et elle doit poser des sanctions punitives, mais à tout péché miséricorde et il ne faut pas que ceux qui ont eu une ou quelques faiblesses soient irrémédiablement marqués du signe de l’opprobre.Cet ouvrage est écrit dans un style alerte, vigoureux.L’auteur a su tisser une trame intéressante autour de la démonstration de sa thèse très humaine et très chrétienne.L’œuvre intéressera, non seulement ceux qui s’occupent du sort des prisonniers mais également ceux qui sont désireux de voir diminuer la misère des familles irresponsables.Il captivera également les lecteurs qui ne voudront n’y voir qu’un roman.Or il s’agit en l’occurrence de beaucoup plus qu’un roman: c’est une bonne action et un appel à un peu plus d’humanité et de charité envers des frères.Rodolphe LAPLANTE Vient de paraître - LECTURES 1955-1956 Une précieuse source de références pour connaître la valeur doctrinale, littéraire et morale des livres récents.Volume relié en toile bleue et titré or $3.50 l'es, (frais de port en plus) «5/Jeâf 25 eôt, rue 'Saint-^acqueA, *ŸY}ontréa( 100 (j('»oc|rciphi
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.