Lectures, 1 mai 1961, mai
’“Üi.î! LECTURES Nouvelle série — Vol.7 — No 9 Montréal SOMMAIRE Le verdict du Jury des Lettres.p.258 • Mgr Albert Tessier .p.259 Lucien Rainier de C.Lavergne, c.ss.T.p.261 * Elisabeth Bégon de C.Dupré .p.262 * Au nom du fils de H.Bazin .p.264 Notices bibliographiques p.266 Cote morale des nouveautés en librairie .p.280 La force de l’âge de S.de Beauvoir.p.283 Un texte de Gustave Thi-bon .p.288 MM 1961 Paul CLAUDEL (Voir à la page 274) EDITORIAL Le verdict du Jury des Lettres V(E jut tote heureuse initiative que celle prise récemment par l'Association des Editeurs canadiens de constituer un Jury des Lettres pour établir une liste des meilleurs ouvrages canadiens parus depuis 1946 et pour choisir les dix meilleurs de chaque catégorie (romans, essais, pièces de théâtre, etc.).Heureuse initiative qui fournissait l'occasion de refaire, à vol d'oiseau, le cours de la production canadienne depuis 1946 et de tenter de l’évaluer dans une certaine mesure.Heureuse initiative aussi qui permettait de remettre devant les yeux du public les meilleures oeuvres de nos écrivains.Si l’intention était excellente, les résultats le furent-ils aussi ?Ils sont valables dans une bonne mesure: dans une proportion de soixante pour cent.C'est une proportion fort satisfaisante compte tenu des circonstances et des modalités où s'est faite la consultation.On eut pu cependant assez facilement faire mieux.Le résultat eût été meilleur si les votants avaient eu plus de temps pour mûrir leur vote.Un délai de quinze jours pour répondre à une enquête de cette envergure, c'était loin d'être suffisant.Ensuite, l’éventail des livres à inventorier était vraiment trop étendu.On a bien tenté d’obvier à cet inconvénient en nommant dans le Jury final des représentants de toutes les catégories, mais alors, on peut se demander ce que valait le jugement d'un sociologue appelé à se prononcer sur des ouvrages de littérature ou encore ce que pouvait signifier le choix d'un professeur de lettres invité à juger les ouvrages d'histoire.Cela explique, sans aucun doute, d'évidentes lacunes dans le choix du Jury, tout comme la présence pour le moins insolite de certains titres à côté d'ouvrages de toute première qualité.Il eût mieux valu soit restreindre l'enquête à une catégorie d'ouvrages donnée, soit constituer plusieurs jurys, moins nombreux, mais moins composites et plus spécialisés.En conséquence, le verdict du Jury des Lettres a une certaine valeur indicative, mais non absolue.Aussi les écrivains oubliés n'ont-ils pas à se désoler outre mesure de ne point paraître sur les listes finales, non plus que les élus n'ont le droit de se trop glorifier d'avoir été choisis.L’Association des Editeurs mérite d’être félicitée pour son initiative.Avertie par la récente expérience, elle pourra la renouveler en améliorant sa méthode.De telles consultations aident au nécessaire dtalogue entre les écrivains et le public lecteur.Rita LECLERC P.S.On trouvera en p.286 la liste des ouvrages primés par le Jury des Lettres.2 58 Etude d'auteur canadien MGC ALBBPT II f f III Mgr Tessier est né à Ste-Anne-de-la-Pérade, en 1895.Formé d’abord dans ce séminaire St-Joseph des Trois-Rivières (1910-1916) où Mgr Richard et l’abbé Dionis Gélinas sans doute lui inculquèrent le goût de l’histoire, Mgr Tessier a pris à l’Angélique de Rome (1921-1923) et à l’Institut catholique de Paris (1923-1924), en y conquérant les grades théo-logiques, le culte des idées justes et de l'expression claire.Nous soupçonnons Mgr Tessier d’avoir fouillé plus que personne les riches trésors accumulés dans la bibliothèque du séminaire des Trois-Rivières ?N’en a-t-il pas été d’ailleurs longtemps le conservateur consciencieux9 et ne le serait-il pas encore ?Nous imaginons même qu'il ne fut pas étranger au don, qui y figure, de la collection précieuse entassée par notre compagnon d’études, Labroquerie de La Bruèrc.Ces hypothèses rendraient compte, pour une large part, de la documentation si abondante et si solide qui caractérise toutes les publications du dynamique prélat.Cette abondance et cette solidité, on les remarque déjà dans ce que nous croyons avoir été son premier volume: Trois-Rivières, 1635-1935 (1935).Elles éclatent peut-être davantage dans ses contributions annuelles aux Cahiers des Dix (1935-1959).C’est là que Mgr Tessier a semé les richesses que lui avait fait inventorier son premier amour: la passion pour l'histoire de la Mauricie, sa petite patrie, un amour qu’il partage avec entre autres son confident Nérée Beauchemin et qu’il tient peut-être de ce dernier.Ces renseignements si précis, dont bon nombre étaient absolument inédits, il les a enfin popularisés en des conférences avec projections, prononcées un peu partout dans la province, et même au-delà de nos frontières.iMgr Tessier a fait plus.Fervent de la pellicule et de la photographie, il a, sous le pseudonyme de Tavi, multiplié et répandu ses prises de vues.Quelques-unes, reproduites par la Revue moderne, constituaient un enchantement pour l’esprit autant que pour les yeux.Il a mis par là, à la portée de ceux qui ne peuvent se permettre les voyages, quelques-unes des scènes les plus pittoresques de la nature et de la région trifluviennes.Cet engouement pour le pays de son enfance ne l’a point porté à négliger l’histoire générale de son pays, cette histoire qui inspirait à Fréchette sa célèbre prosopopéc: .écrin de perles ignorées, etc.Ses causeries radiophoniques, devenues Ceux qui firent notre histoire et Pèlerinages dans le passé (1942), attestent l'intérêt qu’il porte à sa patrie tout entière.C’est là qu’il a exalté, en des pages émues, d’un style toujours clair et souvent original, les prouesses de nos pionniers, celles particulièrement de « ces mères dépareillées de chez nous », comme il appelle, d'un archaïsme qui a fait fortune, les compagnes héroïques de nos héroïques ancêtres.L’édifiante galerie nationale qu'il avait ainsi constituée, Mgr Tessier vient de la synthétiser en une œuvre qui sera son meilleur titre de gloire: Histoire de Neuve-France (2 vol.1960).D’autres avant lui avaient été tentés par cette synthèse: Mgr Forget, les abbés Groulx et Gélinas, les Pères Farley et Lamarche, Jean Bruchési et Camille Bertrand.La marque propre de Mgr Tessier, ce n’est pas d’avoir expliqué ici, mieux que d’autres ou seulement aussi bien, la geste de nos pères.Ce serait plutôt d’avoir insisté sur l'aspect enthousiasmant de cette geste.Auprès de la jeunesse, il y a là un procédé efficace pour la faire passer de l'admiration à l’imitation.Or, en somme, dans une histoire comme la nôtre, n’est-ce pas le grand mérite de ceux qui la racontent que 259 de faire agir au lieu de faire seulement comprendre ou admirer ?Plus que celui d’historien, son rôle d’éducateur doit sourire à Mgr Tessier.Il travaille là en pleine chair.Car qu’est-ce que ces Instituts familiaux dont il est sans conteste le père ?Rien autre chose que des Ecoles pour jeunes filles où former des épouses qui continuent la lignée de nos « mères dépareillées » d’autrefois.En plus de l’instruction religieuse, toujours première, on y associe à un certain enseignement classique un enseignement ménager fort poussé (nous n’avons pas à entrer dans la querelle qu’a soulevée le dosage des deux éléments).Ces jeunes filles, arrivées à un âge où l’on a déjà les yeux très ouverts sur la vie, apprennent là le moyen de s’acquitter de leur double devoir: dorer l’existence des époux dont elles seront les auxiliaires et les compagnes, non les servantes ni les esclaves; comme éducatrices, préparer leurs enfants à une carrière aussi utile qu’honorable.Les études classiques y élargissent leur esprit, que développe encore l’exercice des arts plastiques.L’étude des arts d’agrément et des arts utiles leur apprend à rendre leur foyer attrayant pour leur progéniture tout autant que pour le maître de la maison.Cette formation pédagogique comble les lacunes d’une initiation expérimentale souvent « trop courte par bien des endroits ».L’influence d’une mère cultivée prépare ses enfants à mieux profiter de leurs études secondaires et même supérieures, ce qui assure à la société une élite d’autant plus efficace que sa préparation aura commencé plus tôt.C’est donc par une entreprise éminemment nationale que Mgr Tessier couronne sa carrière de professeur et d’historien.Elle lui vaut la reconnaissance de tous ceux qui croient que la grandeur d’une race est proportionnée à la solidité des bases où elle s’appuie.ŒUVRES.— Fastes trifluviens.Trois-Rivières, Les Ed.du Bien Public, 1931.— Jacques Buteux, le premier évangélisateur de la région du St-Maurice (1634-1652).Trois-Rivières, Les Ed.du Bien Public, 1934.91p.ill.— Les Trois-Rivières: quatre siècles d’histoire, 1535-1935.Trois-Rivières, Le Nouvelliste, 1934.167p.ill.— Ceux qui firent notre pays.Montréal, Les Ed.du Zodiaque [1936].205p.18cm.(Coll, du Zodiaque, 35).— Vieilles enseignes.Trois-Rivières, Les Ed.du Bien Public, 1937.— Servir sans faiblir.Montréal, Sœurs Grises, 1938.— Ouvre tes yeux et regarde.Trois-Rivières, Les Ed.du Bien Public, 1941.— Ton univers.Photos Tavi.Trois-Rivières, Ed.Trifluviennes, 1941, 11 lp.52 ill.22.5cm.— Femmes de maison dépareillées.Montréal, Fides, 1942.48p.front, ill.25cm.(Les Beaux Albums Tavi, no 1).— Notre mère la terre.Montréal, Fides, 1942.48p.front, ill.25cm.(Les Beaux Albums Tavi, no 2).— La Patrie, c’est ça.Montréal, Fides, 1942.48p.front, ill.25cm.(Les Beaux Albums Tavi, no 3).— Pèlerinages dans le passé.25 ill.originales de Rolland Boulanger.Montréal, Fides [1942], 212-[2]p.ill.23cm.(Coll.Radio-Collège).— L’énigme américaine.Mon-réal, Fides [ 1943].189-[2]p.22cm.— Aux Sources de l’industrie américaine, les vieilles Forges.Montréal, Ed.Reflets, 1945.— Vers les pays d'En-Haut.[En collaboration avec Hervé Biron].Douze dessins d’Henri Beau-lac.Montréal, Fides [1944].246p.ill.pl.22cm.— Une fleur du Richelieu.Dessins de Rolland Boulanger.Montréal, Fides, 1945.48p.ill.25cm.— Canadiennes.Montréal, Fides, 1946.160-[8]p.22cm.(Coll.Radio-Collège).— Le miracle du Curé Chamberland.Trois-Rivières, Les Ed.du Bien Public, 1950.118p.ill.portr.22.5cm.(Coll.L’Histoire régionale, no 6).— Les Forges Saint-Maurice, 1729-1883.Trois-Rivières, Les Ed.du Bien Public, 1952.192p.ill.portr.pl.22cm.(Coll.L’Histoire régionale, no 10).— Jean Crête et la Mauricie.Trois-Rivières, Les Ed.du Bien Public, 1956.126p.pl.(h.-t.) portr.22cm.(Coll.L’Histoire régionale, no 20).— Mère d’Youville.Québec, Les Ed.du Pélican, 1956.61p.ill.portr.20cm.— Neuve-France.[Ed.provisoire].Trois-Rivières, Les Ed.du Bien Public, 1956.348p.22cm.— Histoire du Canada.2e éd.rev.et ill.Québec, Ed.du Pélican, cl958.2vol.ill.portr.cartes 21cm.?% # SOURCE A CONSULTER.— Leduc (Lucienne), Bio-Bibliographie de Mgr Albert Tessier.Montréal, Ecole de Bibliothécaires de l’Université de Montréal, 1947.Manuscrit.Emile CHARTIER, p.d 260 I DIALOGUE AVEC LES LIVRES D’HIER ET D’AUJOURD’HUI laisse tomber scs fruits à l'automne."< Pour tâter le pouls du public », comme il disait, il venait alors nous les lire à l'archevêché, invariablement après midi qu'il savait être notre seule heure de relâche.C est ainsi que nous eûmes la primeur de L'Illusion.Etant donné cette abondante production, comment expliquer que Lucien Rainier se soit borné à ne publier à peu près qu'un seul volume de vers.Avec mu vie (1931)?C”est qu'il souffrait d'une double hantise — le mot est de lui: d’une timidité telle qu elle frisa un jour l'agoraphobie; de la crainte constante que « cela ne soit pas encore, à mon goût, absolument parfait > (c'est lui qui parle).Chargé de présenter le prêtre-poète en Lucien Rainier \ le judicieux Père Lavergne n'avait à se préoccuper ni du prédicateur « prêtre avant tout » ni du conseiller qui orienta tant de nos apprentis-poètes ni du critique dont tant de nos poètes arrivés recherchaient l'avis et acceptaient les corrections.Mais alors il a dû laisser dans l'ombre l'une des meilleures parts du personnage.Oui n'a pas connu l'abbe Jean-Marie Melançon ( 1877-1956) ne saurait s'imaginer ce qui peut se loger, sous le crâne et dans la poitrine d'un seul être, de pétillante intelligence, de sensibilité aiguë, de fantaisie luxuriante.Comme la bonté sautillait sur ses lèvres.l'esprit pétillait dans ses yeux.Sa culture universelle, sa familiarité avec les Ecoles de poésie les plus diverses, sa connaissance de l'argot populaire et poétique faisaient de lui une bibliothèque ambulante de poésie.Juge d'un concours, nous eûmes l’impression que l'un des poèmes soumis ne pouvait être, en raison de sa perfection même, l'œuvre du concurrent, mais celle d'un écrivain français; lequel toutefois ?Un coup de téléphone à Lucien Rainier nous apprit illico que le texte reproduisait le premier sonnet de Paul Bourget ! Des sonnets, des poèmes de toute forme et de toute inspiration, des pochades même, Lucien Rainier en produisait sans cesse comme le pommier Heureusement, il avait eu l'inspiration de laisser son œuvre manuscrite à son frère, le notaire Bernard; celui-ci.de son côté, a eu la générosité d'en faire bénéficier le Père Lavergne.Le Journal, les recueils Parlenrimes et Monuments, des notes intimes.certaines lettres éclairent des aspects de l'œuvre publiée: on y apprend jusqu'où, en fait de tristesse, pouvait aller cette âme habituellement sereine, la sévérité pour lui-même du critique, ce qu'il y avait de gavroche dans cet aristocrate des lettres.Au moyen de ces compléments, la plaquette du Père Lavergne nous fournit un portrait assez juste de cet esprit que les Anglais qualifieraient de versatile, soit un esprit aux talents variés.P.«SX, l'auteur parle en note d'un sermon prononcé à la cathédrale Notre-Dame.Il s'agit évidemment de la cathédrale Saint-Jacques.Nous en sommes d'autant plus sûr que.pour avoir entendu ce poème de piété profonde et de grand art du haut du trône où nous assistions Mgr Gauthier, c'est nous-nième qui l'avons signalé à la Revue d'Ottawa et en avons obtenu pour elle, malgré les répugnances de l'orateur, le manuscrit.P.4X.on cite, en note encore, cette appréciation portée par Lucien Rainier lui-même sur sa pièce La musique: « Du point de vue artiste, si ce n'est pas lâ ma meilleure poésie, je ne connais plus rien î » Et (p.10) le Père Lavergne considère cette rêverie comme « sa fantaisie la plus pure ».Nous est avis pourtant que, du point de vue de l'art.Lucien Dans la collection Classiques canadiens a t c i /; \ // i / \ / /; r textes choisis et présentés par Claude I.AVEKCi.M 2 61 Rainier a atteint ailleurs son sommet, dans cette Aurore printanière absente de la plaquette: O terre, ouvre au soleil Tes yeux lourds de sommeil: Voici qu'un jour vermeil T'apporte un clair réveil ! Les champs murmurent.L'onde, Pleuve ou rosée, inonde La campagne féconde Ou le blé vient au monde.Sur le sol, ranimé Par la chaleur de mai, L'air passe, parfumé De joie et de clémence.Et le travail immense Des choses recommence.Avoir associé, d’un seul mot pour chacun, tous les sentiments et toutes les sensations que stimule l’arrivée du printemps; avoir exprimé les uns et les autres au moyen de rimes aussi riches de son et aussi pleines de sens; avoir condensé le tout dans un sonnet aux vers de six pieds seulement: cela nous paraissait un vrai tour de force.Un jour que nous prétendions devant lui voir là son chef-d’œuvre artistique, Lucien Rainier voulut bien en convenir avec nous.Emile CHARTIER, p.d.y"'- - Lucien RAINIER (I) LAVERGNE (Claude) LUCIEN RAINIER.Textes choisis et présentés par Claude l.avergne.c.ss.r.Montréal, Fides (19611.95p.photo.16.5cm.(Coll.Classiques canadiens, no 21) $0.75 (frais de port en plus) Pour ions Dans la collection Classiques canadiens ËLISABETH BÉGON textes choisis et présentés par Céline DUPRÉ -Marie-Claire DAVELUY - Nous nous souvenons de l’accueil enthousiaste que reçut chez nous, en 1935, la correspondance de la belle épistolière montréalaise du dix-huitième sic-ele.Madame Claude-Michel Bégon, née Elisabeth de la Morandière.Ses lettres retrouvées à Rochefort, en 1932, par M.Claude de Bonnault *, correspondant en France pour notre province, furent acquises par l’Archiviste provincial d’alors, M.Pierre-Georges Roy, qui les publiait dans son Rapport pour l’année 1934-1935.Depuis, que de travaux, de citations, d’appréciations critiques, autour de cette source d’informations historiques ! Certains écrivains utilisèrent le truchement de la radio, car, l’existence assez romanesque, à certains égards, de cette Canadienne de notre régime français, se prêtait à la création de sketches dramatiques.Nos sociétés d’études féminines emboîtèrent elles aussi le pas.Elles primèrent, a l’occasion, de brillantes évocations de cette femme dont la grâce intelligente et les récits sans détour 262 attiraient la jeunesse -.Nous ne saurions donc nous | étonner si, récemment, les directeurs de la collection des Classiques canadiens qu’édite la maison Fides, ont tenu à placer Madame Bégon sur la liste des figures marquantes de notre littérature historique Mlle Céline Dupré, une Québécoise licenciée en lettres et compétente en histoire, fut chargée de présenter la vie et l’œuvre d’Elisabeth Bégon.Le caractère de cette épistolière, observatrice au franc-parler, l’utilité de son œuvre, témoignage précieux sur une époque tumultueuse, furent vite saisis par Mlle Dupré.La perspicacité d’esprit dont elle est douée lui permit de brosser un attachant portrait de Madame Bégon.Ce fut en effet une femme supérieure que la belle-sœur, d’abord repoussée à cause de sa roture, du fier intendant Bégon et de sa femme, née Bcau-harnois.Elle sut triompher de ces préjugés de caste par sa distinction d’esprit et de cœur, tout comme aujourd’hui, clie parvient à secouer l’indifférence de ses compatriotes et à gagner leur estime par son talent.En lisant ses lettres, on est vite conquis par sa sagesse, son équilibre spirituel, un rare sang-froid intellectuel qui rend sa vision des hommes et des faits de son temps, nette, véridique, impitoyable souvent.Cependant, avouons-lc, dans l’ordre sentimental, cette femme de tête ne fut pas sans fléchissement.J'aurais aimé que Mlle Dupré insistât au moyen d'une note assez copieuse sur ce « mariage à la gauminc » auquel elle finit par consentir vers 1716 ou 1717, dans l’espoir de briser, en hauts lieux, l’opposition à son union avec le Chevalier de Bégon.Mais, d’abord, qu’est-ce que le mariage à la gau-mine dont parlent, dans leurs lettres officielles au roi, les gouverneurs de la Nouvelle-France ?Un acte fort répréhensible, certes, importé de France, où il était en vogue des le seizième siècle et qui profanait, au fond, le sacrement de mariage.A Québec, Monseigneur de Saint-Valicr se décida à sévir contre la détestable coutume.Il fit paraître, en 1717, précisément, un Mandement, où il interdisait cette pratique et frappait d’excommunication ceux qui se la permettraient.Ne peut-on faire un certain rapprochement, à cause de la coïncidence des dates, entre la publication du Mandement et le mariage à la gauminc des Claude-Michel Bégon ?L’exemple d’un geste détestable partait de haut, cette fois.Et maintenant, puis-je mettre en doute, contrairement à la supposition très plausible de Mlle Dupré, que Madame Bégon eût été amoureuse de son gendre, son « cher fils > comme elle le nommait sans cesse dans ses lettres ?Je viens de relire, à cet effet, deux lettres datées du 30 avril 1749 et du 1er mai 1750, où Madame Bégon rappelle en termes si simples, si douloureux, l’anniversaire de la mort de son mari.Ces lettres ne laissent aucun doute certainement sur la fidélité posthume d’Elisabeth.Du reste, la coutume du temps — nous sommes à l’époque de Marivaux — voulait qu’on nuançât, que l’on creusât, qu’on amenuisât, puis-je dire, les tourments du cœur.Le radieux équilibre du Grand Siècle pâlissait de plus en plus.Pertinent petit ouvrage, dirai-je en terminant, que nous présente Mlle Dupré.Les extraits de lettres quelle cite aiguisent notre curiosité au lieu de la satisfaire.L'intention de l’auteur, combien louable, serait donc de nous inciter à lire le texte entier de la correspondance de Madame Bégon ?Grâce à Mademoiselle Dupré, l'œuvre de lepistolière connaîtra donc un regain de prestige.Du reste.Madame Bégon que le gouverneur Ga-lissonnière, homme droit s’il en fut et neveu de son mari, affectionnait et consultait souvent, possède tous les droits à notre attention et à notre considération affectueuse.Marie-Claire DAVELUY ( I ) Décédé en 1958.Durant près de quarante ans.cet érudit français rendit service aux historiens et archivistes de chez nous.Il fut un chercheur souvent heureux.Nous l’avons rencontré à Paris, en 1949.et l’avons avidement questionné sur certains épisodes de la vie de Madame Bégon.Des recherches s’ensuivirent de notre part, aux Archives nationales de France.(2) En 1952.la Société d'études et de conférences de Montréal, à son concours littéraire annuel, attribuait son premier prix au travail présenté par Mademoiselle Juliette Lalonde (aujourd'hui.Madame Armand Rémillard), secrétaire de rédaction à la Revue d'histoire de l'Amérique française, et nicce du chanoine Lionel Groulx.L'étude couronnée s’intitulait précisément: Elisabeth Rochert de la Morandière.Ce vivant portrait de notre épistolière paraissait peu après dans le bulletin de cette Société, octobre, 1952.vol.3.no 1, p.17-26.(3) DUPRE (Céline) ELISABETH BEGON.Textes choisis, présentés et annotés par Céline Dupré.Montréal, Fides (I960].94p.photo.16.5cm.(Coll.Classiques canadiens, no 19) $0.75 (frais de port en plus) Pour tous 2 63 An nom An fils Hervé BAZIN Rita LECLERC Hervé Bazin nous raconte ici une histoire peu banale: la « montée > de l’amour paternel chez un professeur de lycée qui, resté veuf avec la charge de trois enfants, finit par préférer le benjamin — le plus terne, le moins doué, et pour comble, le moins « légitime » de ses fils ! Pris sous cet angle, le thème de l’amour paternel est plutôt inusité dans les lettres, mais il ne déplaît pas à l’auteur de Qui j’ose aimer de tirer son butin des sentiments qui poussent dans les terreaux les plus inattendus.Par ailleurs, le thème ne manque pas de plausibilité, car la paternité, plus encore que la maternité, est bien davantage affaire de volonté et de présence affectueuse que de chromosomes.L'intrigue d'Au nom du fils est assez mince, toute centrée sur cette évolution lente et presque imperceptible, qui, peu à peu, fait d'un « père par devoir » un « père par amour >.Tout a commencé, pour M.Astin, le jour où ayant effrayé Bruno — c’est le nom du fils.— il tente de le rassurer en tablant sur ses bons sentiments paternels; il s’entend alors répondre: « Tu m'aimes, mais tu m’aimes moins.» Cette réflexion, elle agit comme un éclair dans la vie de M.Astin, mettant à nu la rébarbative figure de sa paternité soi-disant généreuse.11 connaît alors sa minute de vérité: J'ai été longtemps, je le crains, un de ces hommes qui économisent leur chaleur, qui vivent ensevelis dans leurs paupières, sans rien connaître d'autrui ni d'eux-mêmes.Ma profession ne m'avait pas appris la perspicacité; elle m’avait donné l’habitude des règles, elle m’avait allongé le sang à l’encre rouge.Ma seule chance aura été d’en tenir le goût des scrupules.J'entends bien qu’il s'agit de scrupules d'abord aussi éloignés des problèmes de conscience que le raisin sec peut l’être du chasselas.Mais à qui pèse ses mots, pèse ses notes, il peut arriver de réfléchir, une fois qu'il s'es* précisément mal noté.Qu'il aille plus loin, qu’il se juge et le voilà incapable de se supporter.Le voilà qui se tisonne, remue sa vieille cendre et, de son maigre feu, se fait un bûcher.(P.16) Le bûcher n’émergera pas facilement de ce qui est, en effet, un très maigre feu, et M.Astin devra tisonner.C’est que, « de l’indifférence à l’inquiétude, vers l’intérêt, vers l’émotion, vers ces hauteurs où le souffle se perd, où le cœur commence à vous cogner, il y a tout un escalier » (p.26).Laborieusement d’abord, puis avec une vitesse sans cesse accrue, M.Astin en franchira les paliers.A force de poser les gestes de la tendresse, celle-ci s’éveille, suscitant à son tour d’autres gestes, plus spontanés, plus nombreux et plus généreux que les premiers.Fermer les yeux sur les frasques mineures d’un enfant défiant, c’est peu de chose: il n’y faut qu'un peu de pitié.Mais choisir entre le sacrifice de ses enfants et celui d'une femme aimée, c’est tout autre chose: il y faut un très robuste amour.Et si, dans cette dernière alternative, c'est l'affection de Bruno qui fait le poids, n'est-ce pas parce que le père, chez M.Astin, a finalement gagné la partie ?A cette tendresse du père, le fils d’ailleurs répond.De raide qu’il était, enfant, Bruno devient plus détendu et plus joyeux.Farouche, au début, et fuyant la présence de son père, il s’apprivoise peu à peu; à une ouverture calculée succède bientôt la confiance la plus totale.Le résultat de ses études s’en ressent, et le tapir qui redoublait ses classes et mettait à rude épreuve la patience de M.Astin se transforme en un très convenable élève.Plus tard, quand les aînés essaieront leurs ailes loin du nid familial, Bruno restera le compagnon quotidien de son père.Période d’euphorie où ce dernier se sent amplement récompensé pour sa peine.Cette mer étale dissimule cependant un écueil et M.Astin ^en tâte douloureusement l’arète le jour où, ayant espéré garder Bruno près de lui, il accepte difficilement de le voir partir en pique-nique avec des amis.Lucide cependant — comme toujours d’ailleurs — il se juge: Il y a un temps pour prendre qui est celui des fils, il y a un temps pour rendre (je ne dis pus donner, puisque nous avions reçu) qui est celid des pères.Des pères qui entendent l’être pour leurs satisfactions, qui sont partie prenante dans la paternité, ce ne sont pas des pères.Ce sont des fils qui jouent « être pères, qui aiment leur enfant comme on aime une maîtresse, comme on aime une maison: pour en jouir.Ils sont beaucoup, mais ce n’est pas une excuse.(P.127) Et voilà M.Astin qui se morigène: 264 * ‘Iil-je foire de Bruno on replié, on surgreffé, on etre si égoïstement mis à oui disposition qu'il en sera, plus lard, indisponible ?En Bruno, j'ai accepté, pois découvert, pois exalté no fils.Comment n'ai-je pas va que, pour qu'il soit mon fils, il faut qoe je ne loi sois point donne comme barrière.(I’.128) Dès lors, ce brave homme de père s’emploiera, plutôt à contrecœur, à « délivrer » de lui son fils.« Employer », c'est beaucoup, c’est trop dire: il acceptera plutôt que les circonstances s’en chargent.Mais, ce qu’il lui en coûtera ! La belle époque est terminée, rcmarquc-l-il.Une antre commence dont je me défendrai comme d’un jusant.Cordés éi quai, mois sommes tous ainsi, qui prenons le bonheur pour un port et qui louchons sur son niveau plus âprement que les marins sur les échelles de eote.Longtemps encore j'allais ouvrir à regret, fermer, rouvrir l'écluse.(I*.130) Après les vacances en Angleterre, les études en pension, viendra la séparation plus radicale, plus coûteuse aussi, du mariage de Bruno.11 ne restera alors à M.Astin qu’à proposer le mariage à Laure, la belle-sœur célibataire qui s’occupe des enfants et tient son ménage depuis tant d’années.Et le couple se console en pensant: Nous avons des enfants communs et, pour le même, le même faible.Sans ingérence et sans critique, quand on voudra de nous, il nous reste un vieux réde.Eleveu.se sans poussins, crois-tu manquer de passions ?On t'en fabrique en face.La navette, un peu espacée, reprendra.Avec l'enfant, viendra le temps des gardiennages.Le tricot bleu-ldanc-rose, la mobilisation des fioles et des avis contre la coqueluche (.) Moi.je serai dans ton sillage, circonspect, mais veillant — je ne sais trop comment, on trouve toujours — éi ne rien laisser s'affadir.(P.250) Sur cette note mi-attendrie, mi-résignée, se termine le livre.Un beau livre, plein de tendresse, même si l’on sent percer çà et là quelques pointes acérées de l’auteur du Nœud de vipères.Livre plein d’humour et de fine psychologie.La très simple vie familiale, au fil des jours: ne s’attaque pas qui veut à ce tissu serré et uni qui dissimule un grain de qualité.Il y faut une psychologie très sûre, ainsi qu'une rare aptitude à saisir et à rendre d’infinies nuances.Mais l'art du romancier n’en est pas à ses premiers essais, et il nous plaît d'en admirer la maîtrise alors que, cette fois, il œuvre sur des terrains moins explosifs.Au nom du fils est un livre bien fait, d'une rigoureuse logique de développement.Le fil ténu de l'intrigue ne se perd jamais de vue.Tous les personnages, bien en place et bien en chair, s’ordonnent avec vraisemblance dans la marche paisible du récit.Quant au style, nous ne chicanerons pas s’il est volontiers haché et s'il flirte souvent avec l’argot; il est par ailleurs si coloré et si spirituel qu'à le goûter, on oublie tout le reste.Quel luxe de métaphores bien trouvées et d'heureuses allégories ! Hervé Bazin a une façon toute personnelle d’associer l’abstrait et le concret, ce qui donne à son style une rare saveur.Les qui, les pourquoi, les comment, toutes ces puces a l'oreille n'ont pas fini de me piquer.( P.30 ) Renifler l'odeur de ma lâcheté (P.35) Cette prudence si prompte à grillager de cils h regard des élèves ( P.36 ) Le fil secret de son humeur ( P.37 ) L'adolescence agace son chandail t P.38 > Et ces vérités à l’emporte-pièce qui sonnent comme de proverbiales formules: Miens vaut épouser des hommes sûrs qui n'ont pas trop d'étoffe mais de lies bonnes doublures.( I*.20) Tu fais ton devoir mécaniquement: recette connue pour y manquer.(P.26) Pour l'éducateur comme pour le camembert./< plus difficile, ('est d'etre à point.II*.62) Et cette vivacité du crayon pour décrire en quelques traits, précis, souvent drôles, parfois cruels, un personnage ou une situation: Description de Michel, le « génie » de la famille: c'est le modèle, à quoi Ton peut prétendre, quand on bénéficié vraiment de ses chromosomes.(P.41) Description de Mamette, la belle-mère: A demi soulevée sur les avant-bras, pointant le nez entre le pot d’herbe aux chats et une dictée menaçante, elle surveillait la rue.(P.48) Laure était décidément du genre confiture: défendue par cette patience, celle douceur, ce sucre qui va s'épaississant à la surface du pot.(P.67) Est-ce à dire, cependant, que rien, dans la lecture d'Au nom du Fils ne gâte notre plaisir?Non.car ce père, si attachant par certains côtés, est loin d’être exemplaire.Captif de son affection pour Bruno, il tient trop en laisse scs brillants aînés.Comment admettre aussi son incurie en ce qui regarde l'éducation sexuelle de ses enfants ?Ainsi, n'cst-il pas malheureux que, pris un jour à partie par son fils (p.113), M.Astin ne se soucie nullement d'apporter une réponse à son angoissante question, tout occupé qu’il est à se réjouir de la confiance qui l'inspire.N’en prend-il pas d’ailleurs fort à son aise avec la pureté: Qui lient [l'acte impur) pour un dérivatif est aussi pur que le continent (p.113).Que dire aussi de l'invraisemblable réaction de ce père qui, découvrant sa toute jeune fille dans les bras d’un adolescent, s'interdit de sévir immédiatement et se précipite lui-même chez une amie pour la séduire ?Ces pages, comme quelques réflexions, ici et là.feront réserver ce roman à des lecteurs formés.Si importantes que soient ces réserves, nous ne pouvons que nous féliciter de la nouvelle orientation que prend Hervé Bazin, maintenant plus soucieux, semble-t-il, d’édifier que de démolir.Ce qu'il nous offre ici n'est plus un réquisitoire, mais une bien touchante méditation sur la paternité.Dommage qu’elle soit fermée au monde de la foi et du surnaturel ! (1) BAZIN (Hervé) AU NOM DU FILS.Roman.Paris, Editions du Seuil [I960J.250p.20.5cm.Broché: $3.10 — Relié: $5.15 (frais de port en plus) Appelle des réserves 265 Littérature canadienne Sciences sociales ANGERS (F.-A.), HARVEY est fier de ranger sur les rayons de sa bibliothèque.R.LECLERC La littérature est le lieu de rencontre de deux âmes.Charles DU BOS 2 74 DESGRANGES (Chanoine) JOURNAL D'UN PRETRE DEPUTE.1936-1940.Avant-propos du Président Robert Schuman.Introduction du Chanoine Dutroncy.Notes de Denise Aimé-Azam.Editions La Palatine [I960).398p.20.5cm.$4.80 (frais de port en plus) Pour ions « Le bien ne fait pas de bruit; le bruit ne fait pas de bien » (non in turbatione Dominus).Peu de députés probablement, aussi bien que l'abbé Desgranges, ont réglé leur conduite politique, parlementaire ou populaire, sur cette maxime si sage de Ylmitalion.Dès son entrée au Palais Bourbon (1928) et tout au long de ses douze années de représentation (1928-1940) il fut le prisonnier de la formule qu'il avait créée: « Reconstruire le pont de la Concorde devant la Chambre des députés ».Pour y parvenir, il employa deux moyens surtout: écarter toute ambition personnelle ou plutôt la réduire ainsi: « Il m'est très doux d’avoir ma place indépendante, sans vouloir dominer personne, mais sans me sentir subordonné, être quelqu’un un peu à part et tout à fait libre » (p.284); servir d'agent de liaison entre d’une part l'Assemblée des évêques de France ou même le Vatican et d’autre part les athées, les francs-maçons, les radicaux et les socialistes, membres de la députation (p.142-147).Cette politique, toute de discrétion, de mesure et de conciliation, avait été dictée au chanoine Desgranges par une double expérience.Il avait constaté d'abord qu’en matière religieuse les interventions spectaculaires et fracassantes, dans la presse ou à la Chambre, produisaient un effet désastreux: celui de taire rugir plus fort encore les molosses enragés que l’on prétendait museler.Au contraire, chaque fois qu’il avait traité, en personne et en secret, même avec les plus forcenés d’entre eux, il avait obtenu ce qu’il demandait, sans les compromettre, au nom des autorités ecclésiastiques.Comme exemple d'intervention tapageuse et inefficace, le Journal de l’abbé signale quelque part un article malheureux du général de Castelnau.Presque tout le reste du volume relate les conquêtes effectuées par la droite et par les catholiques dans les domaines du culte, de l’éducation, de la mobilisation des clercs et des relations avec Rome.De deux façons le député Desgranges faillit sortir de cette obscurité derrière laquelle il s’abritait pour rendre service à l'Eglise sa mère; dans les deux cas, on respecta finalement sa modestie.A plusieurs reprises les pires adversaires de sa foi voulurent le hisser au poste de vice-président de la Chambre; il se retrancha toujours derrière le paravent où en sourdine il manœuvrait efficacement.Deux fois on fit miroiter à scs yeux une prélaturc (pp.285, 364) que sa politique lui permit d’écarter.Le récit du premier cas constitue une page de psychologie assez amusante pour un Américain.Le conseil épiscopal de Limoges, consulté sur l’à-propos de ccttc décoration, conclut à l’inopportunité, en arguant que « le titre de Monseigneur et l'habit violet étaient contre-indiqués pour mon apostolat des réunions contradictoires » (p.285).Personne ne semble avoir songé à une solution assez simpliste: puisque le violet pouvait faire voir rouge les contradicteurs communistes du conférencier, il n’avait, dans ces occasions, qu’à y paraître.en noir ! Et l'on oubliait l’effet d’apaisement sur ses amis, les aboyeurs de la Chambre.L’homme qui se révèle dans ce volume, en plus de se conduire en habile manœuvrier, est avant tout un prêtre.Même au sortir de séances nocturnes qui l’ont tenu sur la brèche jusqu’à 6 heures du matin, il ne songera à prendre un peu de sommeil qu’après avoir pieusement dit sa messe.Le soir, lors de ses apparitions au Sénat, il aura soin de s’arrêter à Notre-Dame ou à Saint-Sulpice pour sa visite quotidienne au Saint-Sacrement.Chaque année enfin, l’abbaye de Sept-Fonds lui deviendra un bain où retremper sa vie spirituelle.Autour de ce prêtre gravitent les grandes figures politiques de l'époque (1936-1940): le président Lebrun, le maréchal Pétain, les premiers ministres Blum, Herriot, Daladier, Laval, Reynaud, les ministres Zay et Champetier de Ribes, etc.Leur entourage de « tombeurs » offre un spectacle assez étrange: presque tous ceux qui hurlent le plus fort dans les discussions publiques deviennent dans l’intimité des moutons, surtout dans leurs relations avec « leur ami l’abbé ».On retrouvera tout l’esprit du conférencier dans l’impitoyable rebuffade qu’il sert à l’insolent Vi-gnancourt (p.117-118), comme dans le refus qu’il oppose à un quémandeur mal inspiré (p.288).Cette réponse au chef d’un groupe * Pour la défense de l’intégrité de 1 Empire français », qui veut l’embrigader, le peint tout entier: « C'est comme si une tenancière de maison close convoquait les jeunes filles de la paroisse à l’assemblée constitutive d'une association d’Enfants de Marie !» (P.271) Quant au cœur du chanoine Desgrangcs, ce cœur qui brûlait d’assister à leurs derniers moments les plus hostiles de ses collègues, on l’entend battre à plein dans les oraisons funèbres que les carnets consacrent au général de Lobit (p.210-212), à l’écrivain Georges Goyau (p.326), au savant Branly (p.366-367).Il résonne surtout dans les appréciations consacrées à ce grand pacificateur, le cardinal Verdier, et jusque dans la note qui souligne l’absolution donnée par Pic XII au Père Sertillanges (p.346).Un grand serviteur de l’Eglise catholique, parce qu’il fut d’abord un fils obéissant pour ses chefs de l’Eglise romaine et de l’Eglise de France: telle est l’image définitive du député Desgranges que l’on remporte de ce premier volume de son Journal.Emile CHARTIER, p.d.275 GALEAZZI-LISI (Riccardo) DANS L OMBRE ET DANS LA LUMIERE DE FIE XII.Paris.Flammarion |1960).257p.ill.(h.-t.) 21.5cm.$3.10 (frais de port cn plus) Four adultes Il semble bien que peu de personnes ont pénétré aussi à fond dans l'intimité de Pie XII que son médecin, le professeur Riccardo Galeazzi-Lisi.« Le protocole du cérémonial du Vatican exige que le médecin suive toujours le Pape dans les cérémonies officielles et qu’il le raccompagne dans son appartement où il reste avec lui.» (P.136) Ce serait déjà beau, mais ce serait rester en-deçà de la vérité que de dire que le Dr Galeazzi-Lisi a observé ce protocole en toute rigueur professionnelle.C’est toute sa science et son zèle, c est toute sa vie qu’il a mise au service de son auguste patient.En retour de quoi Pie XII lui accorda son entière confiance.Aussi n est-il pas vain de croire que la longévité de ce Pontife, malgré une santé toujours précaire, et malgré un travail surhumain, fut l'heureuse résultante de ces facteurs conjugués: dévouement et confiance.Or il était bien normal qu’un tel commerce engendrât une amitié et une intimité profondes.En fait, si pour tous Pie XII s’est montré partout et toujours le Pape, le père de la chrétienté, le représentant du Christ, pour son archiatre il s'est montré aussi l'homme qu'il était, l'homme qui a besoin d’épanchement et de détente.Le Dr Galeazzi-Lisi a donc eu le privilège de connaître Pic XII mieux que beaucoup.Voilà autant de titres précieux qui recommandent un biographe.Voilà les raisons profondes qui ont poussé le Dr Galeazzi-Lisi à écrire la vie de Pie XII.Celui qu’il a toujours servi avec une fidélité parfaite, il se fait un devoir de le servir encore en le faisant mieux connaître et aimer.« Ce livre, dit-il, est le témoignage de quelqu’un qui vécut dans l’ombre et dans la lumière du grand Pontife qui vou- SS.ni: XII lut bien l’honorer de sa confiance et de son amitié.C’est aussi le témoignage d’un médecin qui se devait d’apporter sa contribution à une page de l’Histoire.» (P.257) Il est certain que le fait de rapporter les vingt années d’un pontificat aussi fructueux est un bel apport à l’Histoire.Mais Dans l'ombre et dans la lumière de Pie XII tire son principal intérêt du fait qu'il introduit ses lecteurs dans l'intimité du grand Pontife.D’autres historiens de Pie XII pourront se pencher sur son enfance, sur ses études et son éducation; ils pourront suivre le « minutante » à la secrétairerie du Vatican, le diplomate à Munich et à Berlin, le légat papal à Buenos-Aires, à Budapest, à Lisieux; ils pourront mesurer les pressions qu’il a exercées sur les principaux chels d’Etat pour les inciter à éviter la guerre; évaluer les secours qu’il a organisés cn faveur des prisonniers île guerre; l’accompagner dans ses visites aux sinistrés de Rome, même au milieu des bombardements; calculer le nombre des audiences qu’il a données, des discours qu’il a prononcés en différentes langues, sur divers sujets; exalter ses dons de thaumaturge; disserter sur la découverte du tombeau de saint Pierre.Le professeur Galeazzi-Lisi l’a aussi fait et d’une façon saisissante.Mais de tous les historiens il est le seul qui soit en mesure de nous rapporter sur la vie intime de Pie XII autant de détails qui nous rendent cette figure plus attachante, plus humaine, plus près de nous.Ainsi par exemple, quand il nous découvre certains traits de sa personnalité: sa volonté de fer, sa régularité de vie.son amour de la musique et des oiseaux, son souci de la propreté vestimentaire et de l’hygiène du corps, son attrait pour les sciences naturelles et biologiques, son horreur des mouches et du tabac.C’est avec le même souci du détail qu’il nous raconte ses maladies, notamment celle de 1954, dont il triompha comme par miracle, et celle de 1958, qui le conduisit au tombeau.Ces maladies sont décrites en termes concrets, il est vrai, mais toujours avec un profond respect.UNE GRANDE FRESQUE HISTORIQUE MÉMOIRES CHAPAIS par Julienne Barnard La fomille Chapais est l'une de celles qui firent notre pays.Durant 150 ans, il y eut des Chapais députés, ministres, sénateurs.Jean Charles dont il est surtout question dons ce premier volume d'une série de trois, fut l'un des Pères de la Confédération.308 pages de lettres inédites, de documents divers, de pièces d'orchives, présentés et commentés par Mlle Barnard, autrefois des Archives de la Province.Un volume indispensable à l'étude de notre histoire.On devra le trouver dans toute bibliothèque, publique ou privée.308p.18 photos h.t.$4.00 (par la poste $4.15) _______________________________________________________________FIDES 2 76 Ainsi dans celle biographie nous retrouvons toujours au premier plan le Pape, mais nous rejoignons aussi l'homme; ce qui contribue à accroître notre vénération et notre amour pour le grand pontife que lut Pic XII.Le volume est illustré de nombreuses photographies dont plusieurs.prises par le professeur lui-même.sont inédites.R.BESSETTE HUNERMANN (Ci.) LE REBELLE OBEISSANT, TRAPPISTE ET MISSIONNAIRE.Le Père François Planner.fondateur et ahbé de Marian nhill.Traduit par l'abbé René Virrion.Mulhouse, Salvator.I960.263p.19.5cm.Pour tous Un « rebelle obéissant », un « trappis c missionnaire »: termes contradictoires, incompatibles au prime abord.Dans un monde où le conformisme éteint souvent les volontés dynamiques en mal d'action, dans un monde où le libertinage s’affiche avec une insolence grandissante, dans un monde poussé au bord du cataclysme par un matérialisme sans frein, G.Hunermann propose l'exemple d'un nouveau saint Paul dont la fougue n’a d’égal que son ardent amour de Dieu.Le Père François Planner, le persécuté jamais abattu, le soldat de Dieu, se présente pour tracer la voie de la lutte féconde, du combat incessant, harassant mais victorieux.I.’Afrique Noire vénère aujourd'hui celui qui a su, envers et contre tous, lui donner l'espoir en son destin, l'espoir en Dieu.A l'appel de cet apôtre, des jeunes gens d’Allemagne, d'Autriche, viennent se faire trappistes missionnaires; des filles de noblesse, des filles de paysans, des filles d'ouvriers, des filles de cultivateurs revêtent la robe rouge, la cape noire et le voile des Filles du Précieux Sang.Une véritable armée entreprend la conquête de l'Afrique Noire à Jésus.Trappiste, le Père François Pfan-ner se fait prédicateur; il prêche partout; dans les églises, dans les endroits publics, dans les cabarets pendant que l'auditoire lampe des chopces de bière; rien ne l’arrête.I.es conformistes lui font la guerre, guerre sournoise, guerre fratricide; mais le zèle de l’apôtre grandit au combat.Devant ce missionnaire trappiste, les obstacles vo- lent en éclats.L'auteur expose les faits et gestes de ceux qui entravent le travail de son héros.Monseigneur Riccards, cet Irlandais perdu en Afrique Noire, ne sort pas glorieux des combats sournois qu'il livre au Père Pfanncr.Certains lecteurs canadiens feront des rapprochements avec certaines situations franco-américaines ou franco-ontariennes.Parfois le royaume de Dieu semble lointain devant certaines manigances dont le but n'est pas toujours la plus grande gloire de Dieu.Quand en 1909.le Père François Pfanncr.ancien curé de Haselstau-den, meurt en Afrique Noire, il laisse deux congrégations intrépides qui continuent aujourd'hui son œuvre.Ce soldat que fut ce trappiste missionnaire avait certainement une spiritualité bien à lui.constituée d’éléments dynamiques.I.’auteur ne met pas assez en relief cette mystique créatrice, il ne motive pas assez l'action missionnaire de son héros, semble-t-il.Cependant.Le Rebelle obéissant de G.Hunermann laisse le long de la route une traînée lumineuse qui peut certainement attirer les âmes avides d'action dans le champ du Seigneur.Pierre de BRISSAC Littérature de jeunesse GILLERME (Jacques) PETROLE.Année 100.|Paris] Fleurus.128p.ill.18cm.(Coll.Eurêka) $1.50 (frais de port en plus) PAUTARD HI-TA (André) LE REVEIL DE KEMI-T.L’Egyptologie.[Paris, Fleurus|.128p.ill.18cm.(Coll.Eurêka) $1.50 (frais de port en plus) PIREY (Simone de) LE VOYAGE AUX LONGS JOURS.La batellerie.[Paris] Fleurus [1960|.128p.ill.18cm.(Coll.Eurêka) $1.50 (frais de port en plus) Pour adolescents On aura quelques heures d'agréable lecture dans ces trois petits volumes destinés à la jeunesse avide de connaître.L'histoire du pétrole; quelques secrets — pas tous les secrets — de l'égyptologie; un voyage par les canaux de France où l'on s'initie aux joies de la batellerie: voilà ce que contiennent ces trois brochures fort bien présentées.Ce ne sont pas des manuels scientifiques, ni des études profondes sur des sujets fort sé- rieux, mais de joyeux compagnons de quelques heures que l'on veut revoir chaque fois que leurs secrets nous sont nécessaires.Tels sont ces trois petits bouquins d’agréable compagnie.Pierre de BRISSAC WALLACE (Lewis) BEN-HUR.Texte français de Jean Muray.[Paris] Hachette [I960].43p.ill.31.5cm.Relié.Pour jeunes 277 ¦ Au temps du Christ, vivait à Jérusalem un jeune Israélite nommé Ben-Hur.Ce dernier passait des jours heureux en compagnie de sa mère Myriant et de sa sœur Tirzah au moment où commence ce récit.L’arrivée du nouveau procurateur de Judée, Valérius Gratus, coïncidant avec le retour au pays de son ami d'enfance Messala vont bouleverser la vie paisible du trio.Accusé faussement par son ami Messala d'avoir voulu attenter à la vie du procurateur, Ben-Hur sera condamné aux galères et sa mère sera emprisonnée à la tour Antonia de même que Tirzah, sa sœur.Le seul espoir de se venger empêchera le galérien de céder au désespoir.Un jour, redevenu libre, il vaincra Messala dans une course de chars.Et ces paroles: « Père, pardonnez-leur car ils ne savent ce qu'ils font » prononcées par le Christ avant sa mort délivreront à tout jamais son cœur du glaive de la haine.Cet album réalisé avec des photos du film rend assez bien l’ampleur de cette fresque historique.Car le récit, bien que légendaire, reconstitue une époque réelle de la vie des hommes, celle de la domination romaine.Il fallait pour redonner vie à ces mouvements suspendus, un texte concis mais fidèle à l’esprit du scénario.L’idée est bonne de présenter en album certains grands films, ne serait-ce que pour en garder un souvenir moins fugace que celui laissé par la seule vision cinématographique.Denise HOULE VERY (Pierre) SIGNE: ALOUETTE.Roman.Illustrations de Aslan.[Paris] Hachette [I960].251p.ill.17cm.(Coll.Bibliothèque verte) Relié.$0.90 (frais de port en plus) Pour jeunes Noël de Saint-Aigle n’était pas 2 78 heureux: personne ne l’aimait ! Et le pauvre gamin cherchait par tous les moyens à gagner l’affection des autres; l’affection de Dominique surtout qu’il admirait.Noël, fils adoptif d’un « monsieur très important dans la presse » — il dirigeait un hebdomadaire et un quotidien — est un jour enlevé sous le nez de Dominique par trois individus louches.L’un d’eux cependant a été entraîné bien malgré lui dans cette aventure et pendant les quelques jours que lui et Noël passent ensemble, celui-ci surveillé par celui-là, ils se lient d’une telle amitié que l'enfant risquera même sa vie pour le bandit-malgré-lui.Dominique Dulac, pris de remords d’avoir si mal accueilli les avances amicales de Noël, montrera un tel flair de détective qu’avec Baba au Rhum, son « lieutenant », il sauvera la situation et partant la vie de son camarade de cours.Il fallait s’y attendre, l'auteur du film L’Assassinat du Père Noël a le don d’imaginer une situation simplement par quelques mots-chocs, quelques éléments apparemment sans importance.C’est tout l’art du scénariste combiné à celui du romancier et qui donne à un livre d'enfants une telle puissance évocatrice.En plus d'amuser ses jeunes lecteurs, l'auteur de ce livre admirablement rédigé les invite à réfléchir sur le sens de la fraternité humaine et de la fidélité à la parole donnée.Denise HOULE ?MARTINA (Guido) NOTRE AMI LE SATELLITE.Traduit de l'italien par Sylvie Huby.[Paris] Hachette [I960].157p.ill.27cm.Relié.Pour adolescents Voici un livre qui saura plaire aux lecteurs de toutes catégories: aux jeunes comme aux moins jeunes; aux enfants comme aux parents; aux étudiants comme aux professeurs.Dans une aventure passionnante, les adolescents revivront les émotions des grandes découvertes qui ont conduit l’homme jusqu’aux frontières de l’espace.En quelques heures de détente, les adultes récapituleront non seulement les mythes et les légendes comme celle de Dédale et son fils Icare, mais aussi des étapes de l’histoire des sciences depuis Héron et son éolipy-le jusqu’à Von Braun et les fusées intercontinentales.Notre Ami le Satellite initiera les jeunes aux vulgarisations scientifiques qui permettent de se sentir moins étranger dans le monde mécanisé d’aujourd’hui; quant à l'étudiant en sciences, il se plaira à découvrir l'importance des principes qui rendent compréhensibles les machines compliquées qui, aujourd'hui, conduisent en quelques instants sur d’autres continents et demain sur d’autres planètes.Les parents y trouveront, non seulement des « histoires vraies » pour leurs enfants, mais beaucoup de réponses à leurs « pourquoi et comment ».Les maîtres enrichiront leurs cours de références de science, de mythologie, d’histoire, de psychologie et même de morale puisque l’auteur rejette l’accusation « d’orgueil humain * portée contre ces tentatives spatiales par l’encouragement donné par S.S.Pie XII aux participants du Congrès astro- ' nautique international de 1956.La présentation du livre sur papier de qualité et pourvue d’abondantes illustrations en couleurs donne d’abord l’impression d’un album de luxe pour enfants, mais le sérieux et l'actualité du texte ainsi que le « petit dictionnaire scientifique » indiquent que la lecture sera d’autant plus fructueuse que la préparation sera plus adéquate.S.J.M. ffi ACCUSÉS DE RÉCEPTION EN COLLABORATION Théologie du péché.[Tournai) Desclée & Cie [I960].532p.23cm.(Coll.Bibliothèque de Théologie, série II — Théologie morale, vol.7) FUCHS (J.), s.j.Le Droit naturel.Essai théologique.Vol.VI.Traduit de l’allemand par A.Liefooghe.Tournai, Desclée & Cie [I960].214p.23cm.(Coll.Bibliothèque de Théologie, série II — Théologie morale, vol.6) $4.50 (frais de port en plus) GIELEN (Charles), c.m.La Charité demeure.Essai d’une pastorale et d’une spiritualité de l’entr’aide.Paris, Editions Universitaires [I960].261p.21cm.(Coll.Chrétienté nouvelle) $3.20 (frais de port en plus) HEBERT (Gérard), s.j.Les Témoins de Jéhovah.Essai critique d'histoire et de doctrine.Edition complète.Montréal.Editions Bellar-min, 1960.34Ip.22cm.Edition complète: $5.00 (frais de port en plus) HERBERG (Will) Protestants, Catholiques et Israélites.La religion dans la société aux Etats-Unis.Essai de sociologie religieuse.Traduit de l’américain par Julia Yardley et G.Serve.[Paris] Spes [I960].286p.23cm.$3.20 (frais de port en plus) HESBERT (R.-J.) et BERTAUD (E.) Spiritualité de l’action.A l’Ecole de Monsieur Vincent.Textes recueillis par Dom René-Jean Hesbert et Dom Emile Bertaud.Paris, Alsatia [I960].204p.ill.(h.-t.) 19cm.$3.20 (frais de port en plus) HUNERMANN (G.) Le rocher battu par les flots.De la Révolution française à nos jours.Histoire du Royaume de Dieu, vol.IV.Traduit par l’abbé M.Grandclaudon.Mulhouse, Salvator, 1960.326p.ill.(h.-t.) 21.5cm.$4.45 (frais de port en plus) IGNACE DE LOYOLA (Saint) Exercices spirituels.Traduits et annotés par François Courel, s.j.[Bruges] Desclée de Brouwer [I960].230p.17cm.(Coll.Christus, no 5) $2.40 (frais de port en plus) JEDIN (Hubert) Brève histoire des conciles.Les vingt conciles œcuméniques dans l'histoire de l’Eglise.Ouvrage traduit par A.Vidick.[Tournai] Desclée [19601.214p.19.5cm.$2.60 (frais de port en plus) LAURENTIN (René) Court traité de Théologie mariale.4e édition, amplifiée, refondue, mise à jour.Paris, Lethielleux [1959].170p.25cm.$3.05 (frais de port en plus) MARTEL (Pierre) Visite au prisonnier.Paris, Editions Universitaires [I960].171p.21cm.(Coll.Nouvelle Alliance) $2.80 (frais de port en plus) MORACHE-CAMPEAU (Mme Juliette) Père, que votre volonté soit faite.Montréal, Editions de l’Atelier [I960].125p.19.5cm.$1.00 (frais de port en plus) NEMESHEGYI (Peter), s.j.La paternité de Dieu chez Origène.[Tournai] Desclée & Cie.1960.242p.23cm.(Coll.Bibliothèque de Théologie, série IV — Histoire de la théologie, vol.2) NEUBERT (E.), p.m.Marie et l’éducateur chrétien.Mulhouse.Salvator, 1960.209p.19.5cm.$2.00 (frais de port en plus) RAHNER (Karl) Ecrits théologiques.Tome II: L’appartenance à l'Eglise d'après la Doctrine de l’Encyclique Mystici Corporis Chris-ti.Piété personnelle et Piété sacramentelle.Traduction par Robert Givord.Vérités oubliées sur le Sacrement de Pénitence.Traduction par Henri Declève.s.j.[Bruges] Desclée de Brouwer [I960].198p.20.5cm.(Coll.Textes et études théologiques) RETIF (André), s.j.Initiation â la mission.Bible — Doctrine — Liturgie.Paris, Fleurus [I960].287p.18.5cm.(Coll.Omnes Gentes) RONSIN (F.X.), s.j.Obéir c’est.régner.Beautés et grandeurs de la Vie religieuse.Paris.Spes, 1960.237p.20.5cm.$2.35 (frais de port en plus) SALES (Lorenzo) La perfection religieuse à la lumière du Divin Amour.Mulhouse.Salvator, 1960.138p.18.5cm.$1.55 (frais de port en plus) SMEDT (Mgr Emile-Joseph de) Le Christ dans le quartier.Pour un renouveau de la paroisse.[Bruges] Desclée de Brouwer [I960], 131p.20cm.$2.25 (frais de port en plus) STEINMANN (Jean) Richard Simon et les origines de l’exégèse biblique.[Bruges] Desclée de Brouwer [I960].450p.ill.(h.-t.) 21.5cm.$6.25 (frais de port en plus) TERRADAS (Jean), c.p.c.r.Une chrétienté d’outre-mer.Préface du Général Wey-gand.Paris.Nouvelles Editions Latines [I960].220p.22.5cm.$3.20 (frais de port en plus) THIBEAUD (Chanoine) Pour être catholique.Ce qu’il faut savoir et croire et ce qu’il faut faire.[Parisl Spes [I960].220p.18.5cm.$1.85 (frais de port en plus) 279 ^sSsssç Beaucoup d’éducateurs, de libraires, et même de bibliothécaires n’ont pas en mains les instruments nécessaires pour se rendre compte, très rapidement, de la valeur morale des ouvrages qui viennent de paraître sur le marché.Aussi avons-nous pensé leur rendre service en publiant, chaque mois, une liste des plus récents ouvrages avec leur cote morale.Cette cote a été établie après consultation attentive des diverses revues catholiques de bibliographie-conseil, telles que Livres et Lectures, les Notes bibliographiques, la Revue des Cercles d’étude d’Angers, etc.11 se peut cependant que quelques-unes de ces cotes soient, un jour ou l’autre, sujettes à rectification, si, après une étude des ouvrages en question, nous nous rendons compte que la cote donnée par les revues européennes n’est pas adaptée au milieu canadien.Quoi qu’il en soit, nous croyons que les cotes données ci-dessous sont suffisamment sérieuses pour être publiées, sous bénéfice d’inventaire.AIMER Y (C.), Il a été perdu.un enfant TB ALEXANDRIAN, L'homme des lointains M ANTON1ELLI (S.), Dans le regard d’un tigre D BILLIG (J.), Le dossier Eichmann et la « solution finale de la question juive » .B BOUSSINOT (R.), Les guichets du Louvre.B?CASTILLO-NAVARRO, Mort aux enchères B CHAPSAL (M.), Vérités sur les jeunes filles B?CONNOLLY (M ), Mr Blue TB DESMAREST (M.-A.), L’ennemi de Jan .TB DRUON (M.), Le lis et le lion, 1328-1343 (Les Rois maudits, t.6) .B?EN COLLABORATION, Ecrits du Canada français, t.1 .B EN COLLABORATION, Ecrits du Canada français, t.2 .B EN COLLABORATION, Ecrits du Canada français, t.3 .TB EN COLLABORATION, Ecrits du Canada français, t.4 .B EN COLLABORATION, Ecrits du Canada français, t.5 .D EN COLLABORATION, Ecrits du Canada français, t.6 B?EN COLLABORATION, Ecrits du Canada français, t.7 .D EN COLLABORATION, Ecrits du Canada français, t.8 .D FILIATRAULT, (J.), L’argent est odeur de nuit B?JACOBS (T.C.H.).La femme qui attendait .TB LE PORRIER (H.), Théâtre: Le maquignon du Brandebourg.Le cercle de craie .B LOBET (M.), J.-K.Huysmans ou le témoin écorché .B MARVAL (H.), La Source ardente TB MERCIER GOUIN (O.), Jeux de masques B?MOORE (P.), Les pigeons de Saint-Marc M NAEGELEN (M.-E.), Nous n’irons plus au bois B ORSENNA (R.d’).Indomptable Maryse TB ORVAL (C.), Le nain rouge B PONCE DE LEON (G.), Les Blanc-bleu B POULAIN (J.-C.), L’Eglise et la classe ouvrière M SALOMON (X.), Un homme à la porte B SORENSEN (O.).Corinne et le jacaré TB TAOS (M.).Rue des Tambourins .B VIALAR (P.), Le fusil à deux coups B SIGNIFICATION DES COTES M C'est-à-dire mauvais: livres à proscrire.Les livres qui tombent sous les lois générales de l’Index sont cotés mauvais.Tous les livres à proscrire ne sont pas mis nommément à l’Index; il suffit qu’un livre tombe sous les lois générales de l'Index pour qu'on soit tenu, en conscience, de s'en interdire la lecture.D c'est-à-dire dangereux: livres qui peuvent être dommageables à la majorité des lecteurs, soit à cause des implications doctrinales plus ou moins fausses qu'on y trouve, soit à cause de la licence morale qui s’y étale, soit à cause d'une grave indécence dans les descriptions.B?c'est-à-dire appelle des réserves: ces réserves peuvent être plus ou moins graves.Cette cote s’applique à des volumes qui sont sains dans l'ensemble, mais dont quelques pages sont discutables, soit à cause des idées émises, soit à cause d’une certaine indécence dans les descriptions.B c’est-à-dire pour adultes: les livres de cette catégorie n'appellent aucune réserve, mais ne conviennent qu'aux adultes.Quoique irréprochable, un livre coté B pourrait présenter certains dangers pour les jeunes qui n’ont pas l'expérience de la vie.TB c'est-à-dire pour tous: livres qui peuvent être mis entre toutes les mains.280 ::x V MW • ¦ .• V s VWsv.V.VSNWV.VvA'.'.V* w^'VvX'XW* V,wi « & & $ MM ¦ « Un Club de livre présente à ses membres l'ouvrage de Claude Simon, La Route des Flandres.Pourriez-vous me dire ce que vaut ce roman ?» L.N.(Montréal) — Ce roman a pour thème les mille et une péripéties de la campagne des Flandres en 1940.Construit selon une technique romanesque assez spéciale, où le passé et le présent chevauchent et se recoupent, cet ouvrage se situe dans la ligne du « nouveau roman » français.Du point de vue moral, les critiques catholiques s’accordent pour lui adresser de graves reproches.« Grossièreté, sensualité, obsession sexuelle » relève M.J.-L.Prévost dans la revue Livres et Lectures (février 1961).« La vision du monde de Claude Simon exclut avec violence religion et morale; une sensualité effrénée se déchaîne avec crudité dans ces pages; à déconseiller » lit-on dans les Notes bibliographiques (février 1961).Cela fait que ce roman est d’une lecture dangereuse pour la majorité des lecteurs.* t * « Quelle bonne idée vous avez eue en ajoutant un Courrier à votre revue ! Sincèrement on peut dire que votre revue est complète en tout point et d'un mois à l'autre, je l'attends avec impatience.J’ai deux questions à vous poser.J'aimerais avoir des renseignements sur I artiste Pierre Larquey et ceci pour plaire à une grande malade.J’ai cherché vainement pour la satisfaire, et je compte bien sur vous.Voulez-vous m’énumérer les dix derniers ouvrages de Pierre l’Ermite.J'en possède un bon nombre et je voudrais compléter.Vous remerciant à l’avance.Je suis NADINE.» (St-Jérôme) — Nous le regrettons, mais il nous est impossible de donner des renseignements sur les artistes de cinéma, dans un courrier consacré uniquement aux lectures.Peut-être pourriez-vous trouver les renseignements que vous désirez dans Y Annuaire biographique du Cinéma et de la Télévision en France.Il se peut que les Centres de cinéma ou les bibliothèques publiques aient cet Annuaire sur leur rayon.Quant aux derniers ouvrages de Pierre L’Ermite, ce sont: Les hommes sont fous, La journée de Satan, Peut-on aimer deux fois, Ma main dans ta main, Je regarde ma vie, Aime quand même, La ligne droite toujours, Les nuages passent.Les plus belles pages de Pierre L’Ermite, Au fil de l’année chrétienne.Nous sommes heureux que notre revue vous plaise.- Le Grand Jury des Lettres a choisi — Poésies complètes par Saint-Denys Garneau 227p.$2.50 (par la poste $2.65) Suite marine par Robert Choquette 282p.$3.00 (par la poste $3.15) Sot/e Grande Aventure par le chart.Lionel Groulx 302p.Relié $4.50 (par la poste $4.70) le Grand Marquis par Guy Frégault (en réimpression) l e Barachois par Mgr Félix-A.Savard 208p.$2.00 (par la poste $2.10) Ma/ ie- Didace par Germaine Guèvremont 210p.$2.50 (par la poste $2.60) tous publiés chez FIDES 25 est, rue Saint-Jacques, MONTRÉAL PARIS — RIMOUSKI — RIVIERE-DU-LOUP — THETFORD ST-BONIFACE, MAN.— EDMONTON, ALTA 281 Deux disques RADIO-MARIE: LAyVOIX DES Maîtres Si tu savais le don de Dieu.L’éloge de M.René-Salvator Catta, comme interprète de la parole sacrée n est plus à faire.On sait avec quelle intelligence et quelle piété il sait dire les textes bibliques de façon à en dégager le sens et à en rendre les infinies nuances.11 nous offre ici, sur un 45 tours, trois textes évangéliques, empruntés à l’Evangile de saint Jean, d’une particulière résonance spirituelle: l’épisode de la Samaritaine, l’histoire du Paralytique et celle de la Femme adultère.On aura plaisir et profit spirituel à écouter ces textes, admirablement dits, accompagnés d’une musique sobre et recueillie duc au compositeur Louis Collard.(Microsillon longue durée, 7 pouces — RADIO-MARIE — N DC 456101) Tante Lucille raconte.Tante Lucille raconte ici deux histoires inspirées par la Vierge Marie: La Belle Dame du Cap de la Madeleine, L’Etoile de la Mer.Entrain, fantaisie, humour, toutes ces qualités que les enfants apprécient chez tante Lucille se retrouvent dans ces contes qu’ils écouteront sans doute avec joie.(Microsillon longue durée, 7 pouces — RADIO-MARIE — N DC 456105) * * On signale aussi la parution de: — un disque JERICHO sur Les petits Frères des pauvres; — un disque PASTORALE ET MUSIQUE: Le Pauvre sous l'escalier d'Henri Ghéon; — un disque ERATO sur Thérèse de Lisieux, sainte des temps modernes.Un document magistral LES ORIGINES DE L’HOMME par Son Eminence le card.Paul-Émile LÉGER Un texte lumineux et une prise de position claire sur un sujet périlleux: les origines de l’homme.Une étude ' remarquable de concision qui tient compte des récentes acquisitions de la science.32 p.$0.25 (par la poste $0.30) En vente partout et chez F I D E S MONTRÉAL et PARIS 282 r DOCUMENT/ “LA FORCE DE L’ÂGE” de S.de Beauvoir Jacques VIER Dans sa livraison de mars 1961, la Revue des Cercles d’Etudes d'Angers [P.C.] a fait paraître la critique ci-dessous sur le dernier ouvrage de Mme de Beauvoir.Le demi-siècle venu, Mme de Beauvoir a éprouvé le besoin de dévoiler sa vie, on connaît les Mémoires d’une jeune fille rangée qui se dérange.Avec une obstination qui dépasse la six centième page, — le génie n'est-il pas une longue patience ?— l'autobiographie fait, à l'adolescence, succéder la force et les faiblesses de l'âge.Le livre s'arrête où s'achevait la logorrhée des Mandarins, sur l'imminence de la couperose.On ne fera pas mal.du reste, de feuilleter côte à côte ces deux sommes, vrais annuaires des partis intellectuels de gauche et d'extrême-gauche, pour rectifier la réalité par le roman.Donc une demoiselle fort diplômée et fort excédée, à la fois de la famille qui lui donne le loisir des longues études et des maîtres qui l’enseignent, tombe sur un normalien de génie qui « n'arrêtant pas de penser » décide de « prendre en main » cette cérébrale si douée, et quoique mal fagotée, d'une indiscutable séduction physique.L'apprentie Dio-time entamait du Socrate de vingt-trois ans, dès la fin du premier volume de ses Mémoires, un éloge pompeux qui pourrait passer pour prénuptial, si les partenaires avaient daigné faire à la société la concession de se marier comme tout le monde.« Il détestait les routines et les hiérarchies, les carrières, les foyers, les droits et les devoirs, tout le sérieux de la vie.Il se résignait mal à l'idée d'avoir un métier, des collègues, des supérieurs, des règles à observer et à imposer; il ne deviendrait jamais un père de famille ni un homme marié.U rêvait à de grands voyages.Il ne s'enracinerait nulle part, il ne s'encombrerait d'aucune possession; non pour se garder vainement disponible mais pour témoigner de tout.» Cette fringale de témoignage devait, par la suite, prendre les formes les plus variées.La tombe de Chateaubriand, par exemple, n'inspirera au touriste qu'un réflexe de toutou.Voyager, écrire, n'est-ce pas lever la patte sur la beauté du monde ?De telles aventures abondent et se débondent dans une biographie avant tout curieuse des grands dérèglements et fort désireuse d'y ajouter.Trop de professeurs ne découvrent que sur le tard la joie de vivre, s'il faut du moins en croire le théâtre contemporain.Hegel et Heidegger vont très tôt enseigner au couple et à ses amis les chemins de la liberté.Vite débarrassés par de rapides succès universitaires des cours et des concours, nos idéologues vont refondre an creuset de leur philosophie les valeurs fondamentales: écrire, vivre, aimer.La tâche professionnelle s'adapte comme elle peut aux horaires les plus chargés.S'engager dans les luttes politiques mais de façon à demeurer toujours au-dessus de la mêlée, courir les bistrots, les hôtels meublés et les maisons de passe, éduquer la jeunesse, tout en fraternisant avec les filles en carte, diriger les consciences de Sodome et de Gomorrhe, consoler les opprimés et les offensés après avoir prêché la liquidation des « salauds ».surtout profiter de la guerre et de l'occupation pour constituer un sanhédrin d’archanges préposés à la gestion et à l'exploitation de l'existentialisme, telle est la chronique peu piccaresque et terriblement monotone de la nouvelle Néphélococcygie proposée par nos duettistes à l'admiration du monde.Mais on y croasse beaucoup plus qu'on y chante.Dans cette féodalité nouvelle, les Suzerains n’ont aucun devoir; l'auteur du Deuxième sexe ne peut que récuser de très haut les servitudes du mariage.Et pourtant le couple du siècle voulut imposer son empreinte à la tourbe des serfs.On se rappelle le départ en fanfare de ceux qui devaient devenir les amants de Venise: « i\ous serons les miroirs d'une vertu bien rare » avaient-ils jeté à l'univers pastichant Corneille.283 Ecoutez, cent ans plus tard, un air identique.Même toupet sinon même poésie.« Paris m’apparaissait comme le centre de la terre; je débordais de santé, j'avais des loisirs à revendre; et j'avais rencontré un compagnon de voyage qui marchait dans mes propres chemins d'un pas plus assuré que le mien.Je pouvais espérer grâce à ces circonstances faire de ma vie une expérience exemplaire où se refléterait le monde tout entier.» Im principale occupation de ce ménage antifasciste, soucieux en principe de justice universelle et de revanche prolétaire, c'est la subversion intellectuelle et morale.Un pressentiment le mord qui lui souffle de thésauriser la haine à l’usage du grand nombre de nécessiteux à venir.Aussi le voit-on s'entraîner aux futures horreurs par l'extrême soin qu'il apporte à suivre aux Assises les crimes monstrueux ou les procès à scandales, ne donnant son estime qu'aux coupables les plus ignominieux.La beauté du but à atteindre plaide, il est vrai, en faveur de l'assassin.« Nous accordions un prix particulier à toutes les turbulences qui mettaient à nu les tares et les hypocrisies bourgeoises, abattant les façades derrière lesquelles se déguisent les foyers et les coeurs.Autant que les crimes, les proies retenaient notre attention.Et la plupart des verdicts nourrissaient notre indignation, car la société y laissait impudemment éclater ses partis pris de classe et son obscurantisme.» « Sous son aspect métaphysique le meurtre me fascinait dit ailleurs Mme de Beauvoir.Encore quelques années de patience, et cet aspect-là allait devenir expérimental et quotidien.On se fût étonné que ce couple ne se fût pas déclaré pour la guerre; il attendit quelle fût imminente sans trop se préoccuper du rapport des forces en présence.Quelques revanches alimentaires, trop rares au gré d'aussi robustes appétits et de gosiers si vite desséchés, permirent de supporter l'occupation.Il y eut des compensations d'un autre ordre; la libération anticipée des cœurs et des esprits que permit la représentation des Mouches de Jean-Paul Sartre où l’on vit Or este anéantir dans la personne d’Egis-the le régime de Vichy, subtilité inaperçue de la censure allemande qui autorisa sans comprendre cette lourde machine, dont les pesants décors de Charles Dullin achevaient de faire un rébus, même pour la Partie française de l'auditoire.Quant au sens patriotique de Huis clos, trop frêle construction dialectique pour un plat de résistance, on le découvre assez mal dans l'intarissable débat de trois maniaques de la perversité.On ne sache pas que la libération ait aéré le huis clos ou purifié la chienlit des caves existentialistes.On pouvait aussi malgré l'occuOant, s'assouvir de spectacles de nature à remonter le moral des occupés.« A partir du 9 dé-rem bre (1942), ou recommença à danser dans les boitas de nuit.Les girls chantaient la Marseillaise, elles portaient des cache-sexe bleu, blanc, rouge, des jupettes aux couleurs anglaises.» Quoique rude et dénuée, l’époque donnait aux soûleries amicales, aux saturnales travesties un piment dont il eût été dommage de ne point s'enflammer la bouche.Il est vrai que si l'on buvait avec excès, on devait à l'alcool entonné la contemplation des fins dernières: « Il m'arrivait, si un jour je buvais un verre de trop, de verser des torrents de larmes; à nouveau je découvrais la vanité des fins humaines et l'imminence de la mort.» Pour ces témoins occupés à forger des lendemains qui chantent et à « fournir à l'après-guerre une idéologie.» quel fâcheux penchant à la débâcle ! Vint enfin la Libération: « Af
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