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Titre :
Lectures
Grâce à ses critiques littéraires, Lectures souhaite faire connaître la valeur intellectuelle et morale des nouvelles parutions tout en créant un barrage efficace contre les « mauvaises lectures ».
Éditeur :
  • Montréal :Service de bibliographie et de documentation de Fides,1946-1966
Contenu spécifique :
février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Lectures et bibliothèques
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Lectures, 1966-02, Collections de BAnQ.

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JME Xffl ÉROS JER-MARS TklAL ftLIX-ANTOINE S4VACD ÜCMM4GE ter de glaner ici et là quelques informations dans l'une ou l'autre de nos histoires de la littérature ca-nadienne-française qui ne sont pas légion.C’était pour obvier à cette carence lamentable de documentation que Lectures publiait depuis 1958 des études d'auteurs 1 avec indication de sources à consulter.Cette fois, c’est un numéro tout entier que la revue consacre à un auteur canadien.Présenter un véritable instrument de travail et de vulgarisation, tel a été notre but en élaborant ce numéro spécial qui n’est ni une étude absolument originale ni encore moins une thèse.Aux milliers d’étudiants, à leurs professeurs et à tous les admirateurs de notre littérature, nous voulons offrir des points de départ menant à des études de recherche plus approfondies, donner des indications biographiques, des références bio-bibliographiques et de nom- Ce numéro double de Lectures, il nous plaît de le présenter d’abord en hommage à l’éminent écrivain de chez nous, Mgr Félix-Antoine Savard, romancier, poète et dramaturge.Par la densité de sa pensée et la perfection de son art, l'œuvre de cet homme atteint à l'heure présente une valeur exceptionnelle de message, comme elle connaît un rayonnement qui a depuis longtemps dépassé nos frontières.Vient-il à peine de publier son drame lyrique, La Dalle-des-Morts, que déjà la troupe de Théâtre du Nouveau Monde le porte sur la scène.Quant à Menaud, maître-draveur, l'on sait quelle destinée vraiment prodigieuse le conduit: les cinéastes canadiens, qui nous en projetteront un jour au grand écran les images épiques, raviveront toute la portée sociale de ce roman publié il y a près de trente ans mais plein encore de cette jeunesse revendicatrice de nos droits sur l’ensemble* des richesses naturelles et du patrimoine forestier du Québec.C'est aussi une volonté de service qui a présidé à la préparation de la présente monographie.Alors qu’une reprise de conscience s'empare de nos esprits, qu’elle nous anime et nous tourne avec une ferveur nouvelle et dynamique vers la littérature canadienne-française, nous ne pouvons que déplorer l’extrême pauvreté de nos sources de renseignements sur nos écrivains et leurs œuvres.Non pas que nos hommes de lettres aient été dans le passé victimes d’une conspiration du silence de la part de nos critiques; au contraire, ces derniers se sont toujours tenus à l'affût des ouvrages publiés au Canada français, mais leurs appréciations les plus judicieuses se sont envolées éparses, pratiquement irrécupérables pour la plupart des gens, parce que confiées à cette littérature par essence éphémère des journaux.Cherchons-nous des monographies de quelque importance sur tel ou tel de nos écrivains ?C’est peine perdue: elles sont rarissimes.Nous devons nous conten- breuses citations; enfin, nous avons monnayé des filons précieux mais pas facilement exploitables de tout ce que la critique a écrit dans les journaux ou revues autour de Mgr Savard et de son œuvre.Du même coup, nous faisons connaître et mieux apprécier un écrivain canadien de grande classe, discuté de nos jours, et peut-être plus discuté dans le passé, sans doute à cause même de l’insidieuse et permanente actualité de son œuvre.Nous nous empressons de remercier toutes les personnes qui ont collaboré à notre travail: Mmes J.Richer et R.Simard-Martin, respectivement responsables des Relations extérieures et des Archives aux Editions Fides, M.Bernard Léveillé, bibliothécaire au collège de Saint-Laurent.Nous sommes particulièrement reconnaissants à Sr Thérèse du Carmel de nous avoir permis d’utiliser la magistrale Bio-bibliographie analytique de Mgr Savard qu’elle a présentée à l’Université Laval en 1964.Un tel concours de serviabilité nous a été un encouragement: ce qui nous invite à promettre à nos abonnés d’autres études semblables dédiées à nos écrivains.R.-M.CHARLAND et J.-N.SAMSON (1) Voir dans Lectures, octobre 1965, p.60, la liste complète de ces Etudes d'Auteurs canadiens.LECTURES / FÉVRIER - MARS PAGE 138 QUI CST ¦ .-A.S A VS I I 1 création d’Archives de Folklore qui ont leur centre universitaire et leur revue, fondation d’une fabrique artisanale de papier.F.-A.Savard est encore cet homme qui a semblé longtemps prêcher dans le désert et qui peut donner cette impression à certains de nos contemporains: Notre esprit public est curieux de bien d’autres vedettes que des colons dans les bois.Nos artistes sont distraits.Nos politiques ont de plus vastes soucis Et pourtant c’était la voix d’un prophète que nous entendions; maints de ses thèmes, dont on se disait: « Bah ! Autant en emporte le vent ! », entre autres, ceux d’une littérature canadienne inspirée de notre propre milieu, d’une conscience plus éveillée de nos richesses naturelles, reprennent une actualité on ne peut plus brûlante.Le Menaud de la rêverie aura été en même temps le Menaud de la liberté en accomplissement: il a toujours souhaité un chef qui nous serait enfin donné, A la question: Qui est F.-A.Savard ?personne ne saurait mieux répondre que l’auteur de Menaud.Cette réponse, lui-même la voit germer dans le secret de lui-même comme une plante mystérieuse sortie de ses terres d’enfance, lui-même l’entend chanter au fond de son Anima, puisqu’il est en train actuellement d’élaborer ses propres mémoires.Toutefois, avant la parution si attendue de cette autobiographie.nous voudrions à l’aide de centons extraits de ses ouvrages, de ses allocutions et des interviews qu'il a accordées à des journalistes, souligner quelques traits de sa personnalité, faire ressortir les constantes de son esprit et de son cœur.Il n’y a point de mystères dans mes livres '.dé-clare-t-il; de même, l’homme et l’artiste se sont manifestés chez lui sans détour aucun, à telle enseigne que ce ne sera pas tant sa sincérité que sa modestie que nous mettrons à rude épreuve.Nous présentons donc, ici, de notre Claudel canadien, un essai de mémoires antidatés sans être pour autant tout à fait improvisés, du moins nous l’espérons.Au premier abord, Mgr F.-A.Savard fait vraiment figure de paradoxe.Professeur d’université et membre de l’Académie canadiennc-française.et cependant il a passé sa vie à fréquenter les lieux et les milieux les moins académiques qui soient, les défricheurs et les faiseurs de terres au fin fond de l’Abitibi, là où cesse le système de la voirie, les bûcherons et les draveurs dans les chantiers les plus reculés de nos villes, le pêcheurs et les tourbeux du Nouveau-Brunswick.Il est reconnu comme un de nos meilleurs maîtres de la prose d’art, un poète apparenté à Mistral.Ramuz et Claudel, et cependant il est un artisan de solidité lancé dans toutes sortes d’aventures qui n’ont pas été des échecs: colonisation.qui soumettrait les lois et les hommes à cette économie fondamentale qui veut qu’un peuple libre soit possesseur du sol et des ressources de son pays'K Bref, Savard, un être accroché à une étoile et tout à la fois arc-bouté solidement au passé, qui œuvre dans le temps présent les voussures d’une cathédrale harmonieuse dont on devine déjà le profil des flèches.Voilà.Il s’est défini lui-même et on ne peut mieux: Tel je fus dans le passé (je vous prie de croire que ces mots ne sont pas pour moi des étiquettes), traditionaliste par héritage, régionaliste par état, enraciné par besoin de l’esprit et du cœur, coureur de bois et colon par moments, paysan toujours, convaincu que ce qu’on nomme l’universel, je pouvais l’atteindre.peut-être, non en reniant, non en m’exilant loin du sol natal, mais en approfondissant avec amour les données les plus simples de l’immédiat et du quotidien; le sentant palpiter, cet universel, dans une substance profonde, secrète, mais accessible, là, sous mes pieds, sous mes mains et dans les êtres les plus humbles, les plus concrets, les plus particularisés, et parfois même dans mon potager des Eboule-ments où je m’émerveille de la montée de mes gour-ganes.Oui, tel je fus hier, tel je veux continuer d’être, encore et toujours *.De bonne heure, Mgr F.-A.Savard cultive ce goût de la solitude et du silence qui favorise la contemplation et prédispose à la rêverie esthétique.Dès l’âge de dix ans, il découvre le monde de la forêt avec son père.C’est bien lui, le cher homme — parlant de son père — qui, le premier, a planté ce que j’appelle ma forêt intérieure et où je retourne toujours.J’y revois encore avec émotion toutes les belles choses qu'il m’a montrées •*.Adolescent, le Saguenay lui était révélé alors que, durant les vacances, il LECTURES / FÉVRIER - MARS PAGE 139 faisait du cabotage de Chicoutimi au Fleuve.Le Saguenay, je le trouvais beau comme un livre vers les prodigieuses images duquel je voguais tantôt effrayé par les hautes pierres debout, menaçantes que nous frôlions, tantôt charmé par l'illusion de jouer avec elles.O jours inoubliables, passés à grimper de l'œil les promontoires abrupts et les guirlandes végétales, à regarder les caps mobiles se fermer, s’ouvrir, se rejoindre, ébaucher des formes puissantes et altières que j'achevais en cathédrales, en châteaux, remparts, tours et donjons; heures lyriques, parfois, où nous nous amusions à dialoguer avec l'écho, à le faire vocaliser, à vous interroger, puissantes masses énigmatiques, voix mystérieuses emmurées là comme de\ secrets de Dieu depuis le début des temps'1! L on comprend bien qu'après ces immenses promenades d'enfant, une fois rendu au Séminaire, le garçon se trouve comme en exil même en la compagnie des grands maîtres grecs, latins ou français.C’est avec une sorte de tristesse, raconte-t-il, que je me voyais contraint de toujours chercher le beau dans des regions lointaines et des époques révolues ’.Heureusement.il rencontre sur son chemin des maîtres enthousiastes qui l'invitent à écrire dans le journal des étudiants du Séminaire.l'Alma Mater.Ainsi retrouve-t-il par cette feuille et par la grâce des jeunes Muses qui lui font signer des poèmes sous le pseudonyme de Marcel, tous les beaux refuges de ses vacances en allées, mi-rustiques, mi-marines.C'est là un trait dominant de la personnalité de notre écrivain de Charlevoix et le secret profond de sa poétique.Car rien d’authentique, rien de personnel ne peut se faire sans l'enracinement des sens, du cœur et de l'esprit.Je suis un enraciné dans les réalités de mon paysH ! Par là.le Savard traditionaliste.régionaliste, paysan, s’explique: avant la date, ce garçon du Saguenay vit essentiellement la légende saint-exupérienne du Petit Prince et du renard, il s'apprivoise toute la nature canadienne, il crée des liens solides avec tous les êtres de son univers.Il faut relire en entier ce chapitre instructif (le XXIe) du Petit Prince, dont voici un extrait: — Je cherche des amis, dit le Prince.Qu'est-ce que signifie « Apprivoiser » ?— C'est une chose trop oubliée, dit le renard.Ça signifie « créer des liens.» — Créer des liens ?— Bien sûr, dit le renard.Tu n’es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons.Et je n'ai pas besoin de toi.Et tu n'as pas besoin de moi non plus.Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards.Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre.Tu seras pour moi unique au monde.Je serai pour toi unique au monde.— Je commence à comprendre, dit le petit prince.Il y a une fleur.je crois quelle m’a apprivoisé.— C’est possible, dit le renard.(.) Mais si tu m'apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée.Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres.Les autres pas me font rentrer sous terre.Le tien m’appellera hors du terrier, comme une musique.Et puis regarde! Tu vois, là-bas, les champs de blé ?Je ne mange pas de pain.Le blé pour moi est inutile.Les champs de blé ne me rappellent rien.Et ça, c’est triste ! Mais tu as des cheveux couleur d’or.Alors ce sera merveilleux quand tu m'auras apprivoisé ! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi.Et j'aimerai le bruit du vent dans le blé.Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince: — S'il te plaît.apprivoise-moi ! dit-il ®.Ainsi ce petit prince du Saguenay qui allait avide, émerveillé, craintif autant que hardi10, s’est initié aux richesses de son royaume.Il a tout raison de se dire paysan toujours.Le mot: paysan, comme son doublet pa'ien d’ailleurs mais pris au sens figuré et moral, désigne un être vraiment agglutiné au sol et à ses richesses, un homme qui a cette passion de rusticité, dont T état est d’habiter la nature, de l’occuper comme une demeure, dont le geste quotidien est de donner à tant de choses ineffables une sorte de caractère domestique et fraternel, et d’entretenir avec elle un commerce constant de pensées, de sentiments et de paroles.J'affirme que le vrai paysan est d’abord un contemplateur, précise F.-A.Savard, qu’il atteint la poésie profonde et, pour autant dire en un mot, qu’il est un être accordé 11.Claudel ne tient-il pas des propos identiques dans Connaissance de l’Est (ch.Le Promeneur): Chaque arbre a sa personnalité, chaque bestiole son rôle, chaque voix sa place dans la symphonie; comme on dit que ion comprend la musique, je comprends la nature, comme un récit bien détaillé qui ne serait fait que de noms propres.(.) Jadis, écrit toujours Claudel, j’ai découvert avec délice que toutes les choses existent dans un certain accord, et maintenant cette secrète parenté par qui la noirceur de ce pin épouse là-bas la claire verdure de ces érables, c’est mon regard seul qui l’avère, et, restituant le dessein antérieur, ma visite, je la nomme une revision 12.Nous comprenons sans surprise que Mgr Savard cause avec les éléments de la nature, lui aussi, tout simplement: Je parle à mon feu, lisons-nous dans L’A bâtis, le feu me parle.Il me dit: « Je suis un commencement.Ici.l’an prochain, passera le chemin des hommes.Les foyers s’allumeront.Les défricheurs ont fait de grandes choses par moi.* L’ombre étant venue et la rosée aussi, comme je m’émerveille des minuscules étoiles pourpres, écloses autour de lui, le feu me dit encore: « Dans ce vaste pays où tu te plais, on m’appellera demain constellation 13.» F.-A.Savard, ce paysan qui a l’intuition des vertus intimes des éléments, des rapports, des proportions, des mélanges., qui fait société en quelque sorte avec tous les éléments de la grande nature, con- LECTURES / FÉVRIER - MARS PAGE 140 serve cette naïveté d étonnement et d’émerveillement qui permet de découvrir ce que les Japonais appellent la ahité des choses, c'est-à-dire ce qui, dans les choses, fait ah ! et fait dire ah H ! Dans ses tête-à-tête avec « l'immense octave de la Création », ce sens du sacré se poétise et se transmue en prière.11 se promène dans les bois de son pays comme dans la boutique du bon Dieu.Je félicite Dieu, nous confie-t-il, je le tutoie, je lui dis: « Tu travailles donc bien ! Mon Dieu, que tu travailles bien ! Je le remercie.Je l'aime 15 ! » Un papillon me transporte plus sûrement vers Dieu qu'un jet "l ! Une telle vision cosmique qui se cristallise en rêveries poétiques et s'achève en prière est loin de ressembler à du panthéisme (et même à du panthéisme chrétien), comme on a pu le croire.Saint Bernard n’avouait-il pas avoir plus appris et mieux médité dans les bois que penché sur les livres ?La nature a donc été pour l'auteur de Menaud et de L’Abatis le grand livre de ses « humanités vivantes », comme on a eu raison de le dire 17.C’est là que s'est nourrie son âme paysanne.L’âme paysanne: ce sujet m’est cher.Toute ma jeunesse a passé parmi les gens de lu terre et des bois; et je ne vous cache pas qu’aujourd’hui encore je n’aime rien plus que m’accoter à la balustrade des clôtures, et me pencher sur cette manière de typographie rustique par quoi les labours et les moissons se lisent comme d’inépuisables poèmes ou encore prendre avantage de mon éminent pays de Charlevoix, de ces sortes de vedettes que la nature y a dressées partout ,K.L’humanisme savardien est tout autre chose qu'une vague facilité de ressentir les résonances patriotiques ou poétiques que provoque la beauté des choses; il est fait de liens entre l’humanisme toujours trop lointain, toujours trop abstrait des écoles et des programmes avec Yhumanisme traditionnel à la voix discrète, mélodieuse et profonde, aux maim cailieuses souvent et qui, pour n'avoir pas le caractère artistique du premier, le soutient cependant et l'expliquecet humanisme réalise une solidarité d’envergure dans l’espace et dans le temps.Toute sa vie durant, F.-A.Savard a pratiqué cet humanisme dans son enseignement, il l’a vécu concrètement et toujours il a voulu le défendre.Qu’on relise les extraits de ses innombrables conférences qu’ont rapporté les journaux, des mémoires qu’il a publiés sur i’éducation et son fameux chapitre Le Vieux John, dans Le Barachois, l’on se rendra vite compte que F.-A.Savard, qui fut pratiquement professeur durant une trentaine d’années, a toujours enseigne un humanisme vivant.Aux élèves comme aux maîtres, il a dit la tristesse et la révolte qu’il ressentait à l'idée de se croire contraint de toujours chercher le beau ailleurs que chez nous.O patrie ! écrit-il parlant de sa propre expérience d’étudiant.tu vivais intensément en moi.généreuse et chère et belle comme un jardin du printemps.Entre toi, incomprise, méconnue, et tous les récits qui consti- Kl l- Vil tuaient le signe et la gloire d’autres peuples, je ne cessais de nouer des liens.De tous ces poèmes lus dans les livres et vantés par mes maîtres, sortaient des ébauches, fragments épiques, hymnes, tragédies même.Des héros encore rudes et inachevés, mais jeunes et puissants, bondissaient hors des vieilles épopées; mais ils portaient des noms de chez nous; je les voyais agir dans les lieux de mon pays, ils racontaient et chantaient dans ma langue natale Qu’on montre aux jeunes, préconise-t-il, la beauté des œuvres achevées, ne négligeant pas de leur faire entrevoir comment les choses ont pu commencer chez les plus grands, comme Homère.Virgile, qu’on leur fasse apprendre par cœur ou par amour quelques beaux passages, des textes qui deviennent comme une mystérieuse présence intérieure Mais si, comme le veut la nature, continue d’expliquer Mgr Savard, nous avons à cœur de produire un art qui soit expressif de ce que nous sommes, et de ce que nous faisons ici depuis trois siècles, il faudrait, je le répète, nourrir l’esprit et le cœur des jeunes de la meilleure substance des biens de notre patrie En effet, il a manifesté son étonnement et son irritation à constater qu’on ne mette point davantage à profit, d’une part, les ressources de notre histoire par l'oubli des héros sans témoins qui n’ont laissé d’autres documents que les pierres les plus obscures dans les assises de notre civilisation et.d’autre part, qu’on semble oublier que les grâces accordées à la géographie, dans un pays comme le nôtre, sont uniques par l’étendue, la variété des ressources.la beauté des paysages, les violents contrastes de nos saisons.Ce qu’on pourrait inculquer à nos jeunes, par la géographie, c’est le respect de la nature, ce sont les sentiments de fierté, de reconnaissance, les notions de propriété, d’utilisation et de LECTURES / FÉVRIER - MARS PAGE 141 defense collectives, toutes choses indispensables à la formation du citoyen -4.Homme de pensée, mais aussi homme d’action.Dans un cas comme dans l’autre, le lyrisme personnel ou même collectif que ressent l’écrivain retranscrivant les transmutations poétiques de ses rêves ou ses souvenirs vécus, ce lyrisme a peut-être desservi l'auteur, en ce sens qu'on y a vu à tort plus de « poésie » que de « réalité » — ces mots sont entre guillemets, parce qu’ils ne sont pas employés ici dans leur acception essentielle.Mgr Savard fut réellement un bâtisseur et un fondateur.Dans le comté de Charlevoix, dans les années affreuses de la crise, il a en marge de son travail de curé à Saint-Philippe de Clermont organisé dans sa région le mouvement de colonisation en Abitibi.L'A bâtis raconte les plus belles pages de cette épopée vécue.Il nous semblait, a-t-il écrit, que nous remontions avec ces colons à la pure source française, ou que nous pénétrions dans la substance de l’avenir Le pays, je l’aurais mangé tout cru, avec ses grandes rivières mystérieuses.Un pays neuf, une société neuve.Tu comprends, explique-t-il à un ami journaliste, ce qu’il y avait d'exaltant.Nous avons travaillé avec de l’étoffe humaine: des chômeurs, des loups de bois, quelques véritables terriens.C'était une entreprise remplie de virilité tout de même.Epique.Et moi, j'étais un mélange de toutes sortes de chose à ce moment-là: passé, histoire, légende, littérature.On allait.Après un rang, un autre.Quand j’étais trop fatigué, je partais seul avec ma tente et mon canot.Je remontais la Turgeon, je dialoguais avec les morts, avec le passé et l’avenir -°.Est-ce que cette épopée de la colonisation ne serait pas un échec, au moins au point de vue économique ?Peut-être un échec passager, de répondre F.-A.Savard à cet ami journaliste.Mais l’Abiiibi est un très grand pays et nous l’avons maintenant sous les pieds.Un pays de mines, de terres, de forêts, de pouvoirs d'eau.La richesse est là et l’homme est là.Ce dont je suis sûr, absolument sûr, c'est que malgré les avatars de la colonisation, l'Abitibi sera un jour un très grand pays pour la province de Québec.On a posé une hypothèque sur ce pays-là.A condition, toutefois, que la science se penche sur les problèmes de terre, de climat, de marché: que l’on étudie et que l'on cherche des solutions: qu’on sorte des choses de la politique, d’une certaine politique, et qu’on marche ! Entendu comme ça.ce n’est pas un échec mais un retard.Tu es jeune, tu verras peut-être ce que ça donnera.As-tu remarqué, de continuer Mgr Savard, comme on parle de plus en plus de régionalisme, de régionalisation.On se rend compte que les régions sont une richesse pour un pays, que c’est là où l’esprit s’anémie le moins.Il ne faut pas attendre cela des faubourgs de Montréal.C’est vrai qu’on parle beaucoup de structures, aussi.Un beau mot, celui-là.Les constructeurs de la tour de Babel devaient s’en servir.On les bâtit en l’air et après on voudrait qu’elles existent ! Pour faire une chose, il faut voir, calculer, raisonner et ne va pas t'imaginer que nous ne le faisions pas.Il y avait Zéphirin Rousseau, par exemple, qui s’occupait de la classification des sols.C'était très intelligent cette cliose-là.Quand je mettais un colon dans un rang, je savais ce qu’il avait sous les pieds.On m’a même dit — je n’ai jamais vérifié — que ça avait attiré l’attention des Japonais au moment où ils ont occupé la Mandchourie -7 ! Nous tenions à donner cette explication de Mgr Savard sur cette entreprise bien concrète que d’aucuns jugent rapidement et autrement.Oeuvrer dans le présent, c’est vraiment pour lui préparer l'avenir.Louis Hémon eut cet instinct génial de chercher dans les abatis la virtuosité de notre peuple C'est au contact des draveurs et des hommes de chantier, avec ces défricheurs et ces faiseurs de terres de l'Abitibi, comme il le constatera plus tard avec les pêcheurs et les tourbeux de Nouveau-Brunswick, parmi tous ces hommes oubliés et méconnus de chez nous, que Mgr Savard nourrit l’intense désir de ne point perdre tout ce qui constitue notre folklore typiquement canadien: chansons, légendes, contes, vieux mots savoureux hérités de nos ancêtres français ou créés par eux.Ce désir s’est concrétisé dans la fondation des Archives de Folklore, qu'il crée avec M.Luc Lacourcière, l'un et l’autre aidés dans ces dernières années par le musicien Roger Matton.Tous trois ont été des rassembleurs qui ont dragué, pour ainsi dire, les richesses folkloriques en train de se perdre.C'est là une forme de l'humanisme actif de Mgr Savard que d agrandir son atelier poétique de la nature de cet immense chantier de matériaux neufs et transmuables en poésie.Je m’initiai à nos traditions populaires, note-t-il, j’y retrouvai, grâce aux chercheurs qui m’avaient précédé, comme une source toujours vive et spontanée, ces grands mythes rafraîchissants dont parle Saint-Exupéry et d'où le poème LECTURES / FÉVRIER - MARS PAGE 142 grec lui-même avail jailli: le merveilleux du moyen-âge et le lyrisme de ses jongleurs, contes, complaintes religieuses, de misères, d'aventures, chansons bachiques, couplets et refrains d'amour et de métiers, fabliaux, satires, moqueries, gauloiseries, versions innombrables où s'entremêlaient la continuité, la nouveauté, où la vieille civilisation traditionnelle héritée des ancêtres m’apparaissait comme sortant de la miraculeuse fontaine de la rajeunie 2".Les sceptiques pourraient aisément se rendre compte de la richesse de notre folklore par ce qui en reste dans nos Archives: ils verraient que nous n'exagérons rien quand nous parlons de leur variété et de leur nombre, de la beauté et de la profondeur de certaines, de leur indéniable appartenance à ce très ancien fonds de musiques, de contes, de légendes, de croyances, de mœurs, de sagesse et de poésie qui est au principe même de notre civilisation.Des artistes, des savants, des chercheurs viennent, de l’étranger même, visiter et consulter nos Archives de Folklore.Ils paraissent impressionnés par le nombre et la qualité de nos documents:M.Ah ! si l’on connaissait mieux les belles traditions lyriques de notre peuple :tJ ! Nos pères n’ont pas été les héritiers inertes de ce trésor, mais ils l’ont enrichi de leurs propres expériences:,:t.Alors qu’il enregistrait pour les Archives de Folklore ses premiers documents d’enquêtes.F.-A.Savard pouvait dire: Quelle frise mes chanteurs me déroulent chaque soir au fronton de mon pays :u ! Ainsi, explique-t-il encore, les traditions qui avaient quitté le peuple pour les archives sont en train d’y retourner35.Oui, tous ces accomplissements remarquables du passé reviennent à l’esprit et au cœur de nos gens, grâce à nos chansonniers, à nos historiens et à nos artistes qui les redécouvrent et qui s’en inspirent.C’est là un geste de piété envers les gens et les choses de notre patrie, c’est un retour utile vers des sources d’inspiration encore trop méconnues et vers une sa gesse.Ne nous étonnons pas de rencontrer ici ce mot de sagesse.Puisque tant d’écrivains, surtout modernes, n’obéissant plus qu’aux seules impulsions de leur subjectivisme ont rapetissé, obscurci, corrompu tant de notions élémentaires, il est opportun, croyons-nous.d’aller vers tous ceux, si humbles soient-ils, qui s'efforcent de les maintenir dans leur intégrité3n.Tel est le sens de l’œuvre de Savard.Elle va vers la compréhension, vers l’amour des humbles, des petits, de tous ceux à qui nous devons tant et que notre orgueil, notre suffisance nous portent à mépriser.Ces humbles, s’empresse-t-il d’ajouter, j’ai essayé de les montrer en beauté tels que je les ai vus; et même de les venger:lT.Enfin dans un excès de modestie, l’écrivain avoue: J’ai clairement conscience des limites de mon œuvre devant la grandeur et la beauté de tant de choses que j’ai vues ou entrevues et de nobles âmes que j'ai rencontrées: oui, conscience d'avoir été très inégal au service que j'aurais voulu rendre :l\ Sur ce chapitre de l'artiste et de son œuvre, on trouvera plus d’explications et de développements dans l’étude indiquée plus loin sous la rubrique: L'Art de F.-A.Savard.Nous donnons ici brièvement quelques aperçus que l’auteur de Menaud a donnés de ses idées littéraires et de ses sources d’inspiration.L’on sait qu'il s’est remis à l’étude de la langue et de la littérature françaises, celle des grands maîtres classiques, particulièrement ceux du XVI le siècle, et celle des contemporains, de Claudel, de Valéry.Déjà, vers 1914, au temps de ses études secondaires, il s’intéresse fort à l’étymologie des mots; plus tard, à l’époque de son séjour au presbytère de Sainte-Agnès, il se penche sur cette matière verbale, entre dans l’intimité de nos mots et s’émerveille à parcourir chaque jour quelques pages de son Littré, habitude qu’il n’a cessé d’avoir.Il a le culte de la ponctuation: n’a-t-on pas dit que celui qui savait ponctuer savait écrire ?J’ai toujours aimé les virgules, les points, les espaces blancs30, avouait-il dans une causerie donnée l’an dernier à l’Université de Montréal.Claudel lui-même n’exprime-t-il pas la même chose dans la première des Cinq Odes: O mon âme ! le poème n'est point fait de ces lettres que je plante comme des clous, mais du blanc qui reste sur le papier 4".Ces espaces blancs invitent l’esprit et le cœur à s'exprimer dans la méditation, et parfois laissent à la fantaisie le loisir d’enrichir la feuille d’un livre des enluminures et des esquisses que la main ne résiste pas à tracer.Les manuscrits.et sans doute quelques livres de la bibliothèque de Mgr Savard ont été ainsi enrichis d’esquisses de sa propre main.Sait-on que tout jeune, il pensait devenir peintre ?Le verbe nous a été donné, nous dit-il en paraphrasant le début de l’évangile de saint Jean.Le secret de sa création, il l'avoue, demeure pour lui-même un mystère, comme d’ailleurs c’est le fait pour tous les écrivains.Surface blanche devant lui, plume entre les doigts comme une gouge, un ciseau, pour définir, sculpter, pour essayer d’inscrire enfin une pensée dans une forme durable, dans la langue 41 : tel est l'artiste dans le moment de la création de son œuvre.Sa langue, ajoute-t-il, on ne la sait jamais, on l'apprend à tous les jours.Il faut ruminer constamment la substance verbale l’approfondir.C’est là pour nous une leçon de travail que nous donne F.-A.Savard; et aux jeunes qui rêvent à leur tour de devenir poètes ou écrivains, il - leur cite les vers mémorables de Valéry, dans le poème qui allégorise la création littéraire.Palme: Patience, patience, Patience dans l’azur ! Chaque atome de silence Est la chance d’un fruit mûr 4:1 ! Quel critique vraiment savardien saura observer l’irrésistible croissance de la beauté des souvenirs dans l’âme de cet écrivain de chez nous ?Il aurait tout intérêt à s’inspirer de la Poétique de la Rêverie 44, de Gaston Bachelard, qui unit les rêveries LECTURES / FÉVRIER - MARS PAGE 143 actuelles aux rêveries cosmiques des premières solitudes heureuses du temps de l’enfance et de l’adolescence.Sans doute, à travers l’œuvre de Mgr Sa-vard nous permettrait-il de le lire ù notre tour « en situation de rêverie », et, comme dit Baudelaire — ce maître qui s'est tant penché sur les « mystérieuses aventures du cerveau » — de humer « à longs traits le vin du souvenir, de savourer le Charme profond, magique, dont nous grise Dans le présent le passé restauré* * * 4\ Dans les premières pages de L'Abatis, Mgr Savard soulève le voile des secrets de sa création littéraire: Un héros, nous fait-il remarquer, se composait des actes de plusieurs.Certains gestes s'achevaient dont je n'avais vu que l’ébauche.Mes labeurs et mes joies et jusqu’à mes itinéraires eux-mêmes ne cessaient de se mouvoir dans une glorieuse et très agréable confusion.Bref, une œuvre magique (voir plus haut la citation de Baudelaire), dès que je voulais la raconter, transfigurait tout mon passé comme elle fait le sol de mon pays.On n'échappe pas à la nature: les hommes s'accomplissent dans l'esprit, les faits y progressent, les images y poussent comme des plantes4 *'4.Les vrais poètes savent respirer le passé, admirer et organiser les rêveries de Y Anima.Mgr Savard a pu faire sienne le mot de Claudel dans Les Muses: Les Neufs Muses ! aucune n’est de trop pour moi47 ! La Clio de l'histoire, la Calliope de l’éloquence, l'Euterpe de la musique, et toutes les autres, sans compter les Fées mystérieuses qui habitent les Pays-d'En-Haut ! Son souhait le plus profond est que nous ne perdions pas le génie de nous émerveillet du simple et de l’ordinaire.On ne peut, précise-t-il.raisonnablement s'attendre à voir éclore une poésie et un art qui soient authentiques de notre pays, si on ne s'applique d'abord ù former des jeunes qui soient authentiquement et pleinement canadiens 4H.On a souvent demandé à Mgr Savard s’il se considérait un écrivain engagé.Ecrivain engagé, répond-il.ce mot que je n'aime pas.Disons que je suis un écrivain au service des siens, des jeunes surtout4".Comme prêtre et comme Canadien-français, toujours, je me suis senti étroitement lié à tous mes frères même les plus humbles jusqu'aux dernières limites de mon pays, oui, lié et obligé à tous les siens: et sans penser un instant que l'exercice de l’art pouvait s'affranchir de ce devoir, je me sui ssenti, tout autant que vous tous et selon mes moyens, engagé dans le service du bien commun, résumant dans ce noble mot d'engagement la raison d’être de tout ce que j’ai écrit dans le passé et de tout ce que je me propose encore d’écrire si Dieu me le permet 50.Mais notre écrivain ne se leurre pas: Je défends certaines valeurs qui ne sont plus tellement sur le marché7'4.Quoiqu’il advienne, j’ai bien conscience de ramer à contre-courant.Mais je veux ramer quand même et jusqu’à la fin.Je pense ici à des jeunes, dans l’avenir7'-.La Dalle-des-Morts, ce drame du dépassement, il la dédie fraternellement à la jeunesse de son pays.La chose qui m’a le plus réconforté et soutenu, m’a donné et me donne encore courage et volonté d'écrire, c’est la vision d’une tête quelque part, je ne sais où, dans mon pays, d'une tête penchée sur un livre.C’est un jeune homme.Il lit.Il tient le texte là, près de son cœur.Dehors, peut-être, il fait sombre, il fait nuit, et c’est la tourmente des idéologies et des passions qui passe.Et comme voilés sous les lettres noires, et comme à travers une sorte de broussaille verbale, et comme miraculeusement sortis d'entre les mots, apparaissent les bois, la mer, les champs, le passé et l’avenir de son pays.Cette vision compense pour moi toutes les peines et même elle vaut beaucoup plus que toutes les critiques élogieuses et toutes les récompenses académiques 53.Roland-M.CHARLAND I.— Allocution au lancement des ouvrages: Le Bara- chois, Marlin et le Pauvre.Dans L'Action Catholique.28 nov.1959.— 2.L'Ahatis, Introduction, p.25.— 3.Ibidem, p.29 et p.30.— 4.Au lancement des ouvrages: Le Bara- chois.Martin et le Pauvre.Dans L'Action Catholique.28 nov.1959.— 5.Confidence écrite dans Lectures, juin 1964.p.252.— 6.Le vieux John.Dans Le Barachois, p.137s.— 7.Idem, p.140.— 8.Lectures, juin 1964.p.252.— 9.Saint-Exupéry, Le Petit Prince, Oeuvres, Gal- limard.Paris.1961 (Bibliothèque de la Pléiade), p.469 et ss.— 10.Le Barachois, p.138.— 11.Conférence prononcée à Québec, devant la Société du Parler français.7 février 1939.(Voir Le Paysan et la Nature, dans L’A-batis, p.149).— 12.Paul Claudel.Oeuvre Poétique.Gallimard.Paris.1957 (Bibliothèque de la Pléiade), p.84-85.— 13.Souvenirs, dans L'Ahatis, p.89.— 14.L’Abatis.p.152.— 15.Lectures, juin 1964.p.252.— 16.Ibidem.— 17.Romain Légaré.Mgr F.-A.Savard (Etude d’auteur).Lectures, déc.1958.— 18.L'Ahatis, p.153.— 19.Le Barachois.p.155.— 20.Idem.p.140.— 21.Idem, p.146 et 147.— 22.Idem.p.151.— 23.Ibidem, p.151.24.Idem.p.157.— 25.L'Ahatis, p.16.— 26.Jean O'Neil.Mgr Félix-Antoine Savard (interview), dans La Presse.30 oct.1965.— 27.Idem.— 28.L’Ahatis, p.26.— 29.Le Barachois.p.141.— 30.Idem, p.159 et 160.— 31.Idem.p.159 et 160.— 32.Dans Le Devoir, 30 oct.1965.— 33.Le Barachois, p.159.— 34.L’Ahatis, p.68.— 35.Interview accordée à Roch Poisson, dans Photo-Journal.semaine du 20 au 27 oct.1965.— 36.Allocution devant les professeurs et les étudiants de la Faculté des Lettres de Laval: La Culture littéraire et la Vérité, dans Notre Temps, 16 sept.1950.— 37.Lectures, juin 1964.p.252.— 38.Au lancement des ouvrages: Le Barachois.Martin et le Pauvre, dans L'Action Catholique, 28 nov.1959.— 39.Causerie donnée à l'Université de Montréal, déc.1965.(Enregistrement sur bande magnétique: Souvenirs d'un écrivain.Centre de Documentation.Département des Lettres).— 40.Paul Claudel.Op.cit., p.224.— 41.Causerie donnée à l’Université de Montréal.Cf.39.— 42.Ibidem.— 43.Paul Valéry.Oeuvres, tome 1.Gallimard.Paris.1962 .Le mythe et la réalité sont inséparables dans ces esprits; le Québec n’est pas plus détachable des poèmes cosmiques de l’abbé Savard que le Valois ne l'est de l'orphisme de Gérard de Nerval.Comme à Antée, il faut aux véritables romantiques le rappel constant, par le talon, de la terre.Ce sont les seuls êtres dont je crois qu'un style leur est « donné ».L’osmose Cosmos-Terre natale se traduit par l'introduction dans la phrase d'une pulpe musicale.Il suffit de lire l'abbé Savard pour sentir ce que je veux dire et à quel point ce qu'il nomme « les mouvements de l'âme » correspondent dans son œuvre à la chose écrite.» Dialectique de l'abstrait et du concret, comme nous venons de le voir, « osmose Cosmos-Terre »: comment ne pas penser à Claudel.Comme ce dernier, Mgr Savard est vraiment un fils de la terre: « M.l’abbé Savard habite vraiment cette terre parce qu'il a ce don de pouvoir « dans une rumeur perçue, distinguer le castor qui plonge, l’orignal qui broute au loin les numphéas, le vent d'aile d'un oiseau de nuit, le son même de l’espace en marche, ce chuintement cosmique pareil à celui d’un fil de LECTURES / FÉVRIER - MARS PAGE 159 proue fendant la nier tranquille » *.C'est, j'en suis sûr, l’image de Claudel qui est descendue en vous en lisant ces lignes, de Claudel qui voulait, un jour, sentir le gémissement du globe sous l'effort contrarié de la gravitation.(.) Ce qui donne à la vision de M.l'abbé Savard cette ampleur et cette richesse que nous admirons, c'est cette faculté de s’élever du particulier au général et d'exprimer les résonnances cosmiques du fait régional.Il y a là — toute grandeur a sa misère — un écueil, qui est l’image abstraite, à laquelle il succombe parfois, comme Claudel d’ailleurs à qui il ressemble par tant de côtés.» N Dans la même ligne, il est aussi possible de rapprocher l'œuvre de Mgr Savard, en particulier Menaud, maitre-draveur, de celles de Mistral et de Daudet: « Certaines ressemblances qui frappent à première vue entre Mireille et Menaud sont-elles le hasard d’une simple coincidence ou l’effet d’une véritable influence ?En tout cas, l’abbé Savard aime autant son pays et surtout sa petite patrie de Charlevoix que Mistral sa Provence.» 11 « La littérature canadienne d’expression française n’a pas encore son Mistral ou son Daudet, mais elle compte un écrivain qui se rattache à ces deux-là.c’est l'abbé F.-A.Savard.Sans comparer La Minuit à Calendal ou aux Lettres de mon Moulin, on peut dire sans hésiter qu’il rappelle la langue savoureuse et la poésie de ces deux chefs-d’œuvre.Comme Daudet, Savard raffole des mœurs et des expressions régionalistes: comme Mistral, il prête à ses personnages une religion sentimentale.» 10 Mais n’est-on pas maintenant en droit de ressentir un certain malaise, ou du moins une certaine inquiétude ?Mgr Savard n’est-il pas écrasé sous le poids de ces œuvres puissantes ?Jean Genest se charge ici de nous rassurer: « Les livres ne l’ont pas détruit.Au contraire de bien d'autres, ils lui ont donné plus de vigueur.Les livres ne prêtent qu'aux riches ! L’abbé Savard dit judicieusement: « la beauté n’est pas un article d'importation ».Les livres lui ont donné plus d’âme, une connaissance approfondie de l'art.Sa puissance assimilatrice n’a pas été extra-polarisée.H n'est pas devenu tel livre, mais les livres sont devenus lui.Le lumineux monde grec, l’épique conception claudé-lienne, la subtilité japonaise n’ont pas rencontré en lui un disciple mais un maître.Le pain demande un pétrissage et la fatigue des muscles.La culture de l'abbé Savard n’est si profonde et si vraie que parce quelle lui est entrée si je pourrais dire.par te corps ! » 11 Il en résulte donc que l'art de Mgr Savard se révèle authentiquement personnel.Nous en serons persuadés, après en avoir étudié certains aspects particuliers: le rythme de l’écriture et la musicalité de la phrase; la genèse, la composition et le symbolisme de l’image; et enfin le problème de la langue.Un rythme musical.Au dire de Samuel Baillargeon, Mgr Savard « varie le rythme selon le sentiment dominant du récit »: « Loin de limiter ses effets à une ou deux phrases plus travaillées, le rythme affecte toute l’œuvre et en fait un long poème symphonique.Dans Menaud.une cadence militaire scande le récit à la manière des cuivres d’une fanfare.Dans La Minuit, le rythme se réduit aux seules ponctuations indispensables à cette mélopée simple et primitive.L’Abatis et Le Barachois contiennent de toutes les musiques, depuis les arpèges rapides, où s’égrènent les souvenirs du missionnaire-colonisateur, jusqu’aux rythmes savants des pièces de grand style comme « Les oies sauvages », « Les trois chanteurs » et « Le mort ».12 Et il n’est que de se laisser pénétrer par la magie du rythme créé par certaines pièces de Mgr Savard, pour en percevoir toute la musicalité et éprouver de suaves émotions esthétiques: « Ses rythmes virgiliens, lourds comme des larmes ou éclatants comme des aurores pourpres, nous balancent d’une musique à l’autre.» 13 « Comme homme de lettres, M.l’abbé Savard s'inscrit dans la lignée des cygnes, c'est-à-dire dans la phalange des poètes et prosateurs qui, surtout depuis Baudelaire et les symbolistes, se sont appliqués à faire chanter la phrase.» 14 Une image qui s’affirme dans le symbole.Dantin écrit que Mgr Savard est un « excitateur d'images * En effet, il s’agit bien d’excitateur, ou plus fortement d'un créateur, qui, penché sur les choses et les êtres concrets, se les assimile pour les reproduire ensuite dans une mystérieuse alchimie intérieure.Il y a là tout un mélange de réalisme et d’idéalisme.Réalisme: Mgr Savard se veut un observateur consciencieux de la nature.A cet égard, le frère Marie-Victorin, dans une remarquable étude, met en relief la vérité de la description dans Menaud maître-draveur, cette communion avec le réel, « communion avec les choses laurentiennes.communion au granit, au secret du libre espace, aux bruits éternels et discrets de la vie animale » Idéalisme: tout chez lui se transforme, s'agrandit.Il recrée: « Cet homme ancré à la terre est aussi un idéaliste.Il est de la race aux grands élans.Il marche dans les souches et rêve un océan à moissonner, il pagaie et multiplie les soleils, il console ceux que la vie écrase et il voit demain comme un aujourd'hui, le pays achevé et les âmes aux prises avec des problèmes de grandeur.Ses Trois Chanteurs1" sont de toute beauté.L accuse-t-on de faire plus beau que nature ?il répond qu’il y a nature et nature.L'alvéole est une LECTURES / FÉVRIER - MARS PAGE 160 bouchée de cire, mais derrière il y a le miel, a-t-il tort de le préférer ?« Que fais-je autre que de percer les alvéoles ou ce miel est inclus et que de dire que j'y ai trouvé le printemps et les sucs les plus doux de la terre?» Cette manière de grandir (dans le fond il ne fait qu'approfondir !) le fait déboucher par l'intérieur sur le symbole.»,K De même, Roger Duhamel, à propos des Oies sauvages, déclare que Mgr Savard possède le génie des symboles Des symboles qu'il ne recherche pas.dit-il, mais que son imagination découvre dans la nature.Pour une compréhension plus en profondeur de ces deux grands pôles d’attraction, soit réalisme et idéalisme, il peut être utile ici de faire un rappel des influences essentielles qui.selon Jean Ethier-Blais.expliquent toute l'œuvre de Mgr Savard: classicisme et romantisme, et plus précisément Homère et Nerval.Car ce sont ces deux grands courants qui définissent la tonalité et la couleur propres de l’image chez Mgr Savard.son registre particulier si I on peut s'exprimer ainsi.Quant au fond, quant à l'inspiration première de l image, à sa raison d’être, il en va tout autrement.Si Mgr Savard étend son regard sur tout le cosmos à la manière des classiques et des romantiques à la fois, c'est pour en revenir plus riche vers ce qui lui tient le plus à cœur, son pays, sa patrie, ce par quoi il est ce qu'il est.Et c'est pourquoi, nous avons pu écrire plus i «r it».4.Ci 'J*'J WA* * y haut que Mgr Savard est un écrivain authentiquement personnel: Mgr Savard ne fait et toujours que du Savard.ceci dans le meilleur sens du terme.Cette hantise d'être authentiquement soi-même à la fois comme personne et comme descendant d’une race qui, selon le mot de Louis Hémon « ne sait pas mourir ».donne naissance dans son œuvre au mythe, accomplissement suprême de l’image: « Classicisme et romantisme, Homère et Nerval se résorbent pour donner naissance au mythe rafraîchissant, qui est d’inspiration nationaliste.« Des héros encore rudes et inachevés, mais jeunes et puissants.bondissaient hors des vieilles épopées; mais ils portaient des noms de chez nous; je les voyais agir dans les lieux de mon pays; ils racontaient et chantaient dans ma langue natale.» 20 De ce besoin naîtra Menaud, qui est le mythe devenu symbole.»21 Mais, dirons-nous, ce n’est que du folklore ! Il y a beaucoup plus: Mgr Savard ne fait pas de folklore, il s’en sert: • Pour moi.je crois que le folklore n'est ici qu’un hasard et que, dans cette matière littéraire, ce sont les mythes beaucoup plus que leur particularisation, qui intéressent l'abbé Savard.Son destin littéraire n’est pas lié à la fragmentation folklorique; il est plus haut.Il réside dans l’élaboration d’un poème qui soit notre première concentration mythique, notre Iliade.Menaud était cela en puissance.» 22 Ilr tHtil I -iMvP if fiitnreo !\U.~jjiçil i oiSi, »» /.lu L.* -*^*^^*h mirnJc O .&.tf&i \ €u(>ip (&%_ Xts 'tuxfjx&x^ ^’t ^ctuflue~ ***- fy^e/lQix>, t Ù W&JlP fl- t&uàiA ÏOl- { jX W aJ^Âf^ML, a hldàLftLie* Ûl &H îfiaà: j>y Wf iSk £-feé!&tûs 'mtfhleiàa /&- 'ïiJ'tu/A^ J v rt - A /—-v f 0 / / h * 1 * t ^ / tu£Cu.&€ueûP Wj &l pu> { ecu,4*~ .UlÇXiKSCl'ÔÉl.'ÏUli.tô(*fe £*+ \4uP~ kl £â£ tUjfeu) 'ij-Jjt fX Qa Ëlctu d&L &$%.* La ^A^Êix L^O \ h£i èjtîi fa e^6—-fcÔr te Uf KumJSj?*P tPi&tp f Oeuxtito ft\ ^Xux ïl.lâxÇ/) f&A- Euf>ro icn f Ui P&tjjipaAj?, &vtulzus> «®P
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