Le Canada musical : revue artistique et littéraire, 1 novembre 1879, samedi 1 novembre 1879
tïffîiünlllll> (TmiIm bUiïq ji|(I.1!I -Ti7i-111 i.rr-.7::;i» mT:i,¦ l.î^«; T.,iî;Tji H.- Hffl 1 11 li ii i CANADA MUSICAL Revue Artistique et Littéraire PARAISSANT LE PREMIER DE CHAQUE MOIS.6e.Annee.No.7.36.3 Un Morceau de Musique accompagne chaque Numéro.A.J.BOUCHER Editeur-Proprietaire No.280, Rue Notre-Dame MONTREAL.BE^^|,'i'i:’;iii:|iiiTiiriTir,.'i-;p)^i;i;i;rnii-irnr!Hli;'n:rn^Hr[:ras.) St.Saturnin.Première représentation de Félix ou l’Enfant trouvé, de Monsigny, à Paris, 1777.Mort du célèbre violoniste Pierre Rode, è, Bordeaux, 1830.Naissance de A.F Servais, à Hal, 1866.Mort de N.Dalayrac, à Paris, 1809.Naissance de Michel Carafa, à Naples, 1785.Naissance de G.Donizetti, à Bergame, 1797.30.D.1er de l’Avent.(40 h.La Cathédrale.) Semi-double.(14.) Messe de l’Avent.1res Vêpres de St.André (276.) Mémoire du Dimanche, Are timeas, (63,) v.Rornte, (67.) Alma v.Angélus.Consacre a Marie conçue sans peche.DECEMBRE.Ce mois a 31 jours.Décembre, (du latin December,) a été ainsi nommé parce qu’il était le dixième mois de l’année Romaine.1 L.St.André, Ap.(Du 30 Novembre.) (Le 30 Novembre.) Naissance de Antoine Rubinstein, à Wcchwotynetz, 1829.2 M.Ste.Bibiane.(40 h.St.Liguori.) Première représentation du Domino noir d’Auber, à, Paris, 1837.3 M.St.François-Xavier, S.J.St.Pierre Chrysologuc.(40 h.Gauqhna- Naissance de Madame Ugalde, à Paris, 1829.De Louis Adam, 1758.4 J.Naissance de Mercadante, 1796.5 V.St.Sabas, abbé.[icaga.) Naissance de Wolfgang Amadeus Mozart, à, Vienne, 1791.Le 5 Décembre, 1826, son Requiem est exécuté dans la Cathédrale de Limberg, sous la direction de son fils.6 S.St.Nicolas.(40 h.A.D.des Anges de Montréal.) Naissance de Nicolo Isouard, à Malte, 1775.7.D.Ile de l’Avent.Semi-double.(15.) Messe de l’Avent.1res.Vêpres de l’immaculée Conception, (282.) Mémoire du Dimanche, Tu es, (71,) v.Rorate, (67.) 8.L.L’Immaculee Conception de la B.V.M.D’obligation.(40 h.St.André.) 2de classe.Messe de Seconde classe.(217.) 2des Vêpres du jour, (286.) Mémoires de St.Ambroise, O Doctor, v.Amavit, (523.)— et de la Ile Férié, Ecce veniet, (72,) v.Rorate, (67.) Bénédiction.9 M.St.Ambroise.& Naissance de Mlle.L.Singeléc, à Bruxelles, 1844. Musical.Le Canada VOL.6.] MONTREAL, 1er NOVEMBRE 1879.[No.7.Le prompt réglement de l’abonnement au “Canada Musical ” pour l’année courante, (Mai 1879-80,) échu le 1er Mai écoulé, nous obligera.Ed.C.M.Gr.DUPREZ SES PREMIERS PAS AU CONSERVATOIRE ET A L’ECOLE CHORON (Extrait du Ménestrel de Paris.) Gr.Duprez, l’éminent artiste dont le 110m inoubliable restera attaché à l’histoire des grands chefs-d’œuvre de la musique contemporaine, publie dans le premier numéro de la Nouvelle Revue de Mme.Juliette Lamber, un article auto-biographique, intitulé Souvenir d'un Chanteur.Nos lecteurs nous sauront gré de leur donner un échantillon de ces intéressants mémoires.Nous choisirons l’épisode qui a trait aux premiers pas de Duprez dans la carrière où il s’est tant illustré.“J’avais apporté en naissant l’instinct de la musique, du chant, il ne fallait qu’un hasard pour décider de ma vocation ; voici comment il se présenta : “En 1815, dans une modeste maison de la rue Saint-Denis, demeurait, sur le même palier que mon père, un violoniste de l’orchestre de l’Opéra, du nom de Lecarpentier.Je me rencontrais sur l’escalier avec son fils, bambin de six ou sept ans, tandis que j’en avais huit.Or, un jour que je m’amusais à lui faire descendre l’escalier en le tirant parles jambes, le jeu, parait-il ne lui plut pas complètement, car il se mit à pousser des cris de paon.“ Aussitôt une bonne vieille dame, tante de ma victime, accourut tout effarée, m’arracha l’enfant, qu’elle prit sur ses genoux pour le consoler, et me gronda très-fort, en me disant que j’étais un monstre de faire du mal à son petit musicien.Comme je restais foudroyé sous ce reproche : “ Viens plutôt voir toi-méme’’, me dit-elle, et elle m’entraîna dans une petite salle, où se trouvait un piano sur lequel le petit Adolphe joua de sa main droite l’air : “ J'ai du bon tabac." Tout émerveillé, je fis amende honorable, et de ce jour commença entre Adolphe Lecarpentier et moi une liaison qui ne s’est terminée que par sa mort, survenue il y a quelques années.“ Dès lors ma carrière s’ouvrit.Mme.Lecarpentier m’enseigna le solfège, en même temps qu’à son fils et me mit en état d’entrer au Conservatoire à l’âge de neuf ans, dans la classe d’un M.Rogat, vieux musicien de l’ancienne école, dont bien souvent l’archet corrigea, par des coups sur mes doigts, mes étourderies et mes bévues.“Je ne restai pas longtemps entre les mains de M.Rogat.Au commencement de 1817,“Choron, directeur de l’Opéra, fut remplacé dans ses fonctions, et en échange le directeur des beaux-arts, M.le comte de Pradel le mit à la tête d’un pensionnat royal de musique religieuse qu’on allait fonder, et dans lequel on devait créer huit bourses, pour huit enfants choisis par examen dans les classes du Conservatoire.“Je 11e manquai pas de me frire inscrire parmi les jeunes candidats, et, le jour du concours arrivé, j’allai comme les autres, accompagné de ma mère, attendre dans la salle contiguë à celle des examens, que ce fût à mon tour de passer.“Enfin, on m’appelle.Bravement je me présente, je déchiffre la leçon qui m’était imposée ; puis, arrêtant la main de M.Perme, qui tenait le piano : “ Ce 11’est pas tout, lui dis-je, maintenant, je vais vous chanter une romance.” “ Et tirant, en effet, un morceau de ma poche, où je l’avais plié, je le présentai à l’accompagnateur, qui voulut bien me le faire chanter.“ Dans la salle d’attente ; toutes les mamans qui écoutaient, anxieuses, ce qui se passait, se récrièrent sur mon talent et dirent à ma mère que je serais le premier reçu au pensionnat.Cette belle prophétie ne se réalisa point.On choisit huit sujets, dont trois, je crois, sont devenus des musiciens, et l’on me mit de côté.Ce 11’est pas étonnant, j’étais sans protecteur ! “ Quelques mois se passèrent ; puis, un beau jour, un mien cousin vint me prendre et m’emmena chez M.Choron, qu’il connaissait.Choron m’écouta, fut content et m’accueillit comme externe.Au bout de quelque temps, après une leçon où j’avais dépassé mes camarades : “ Tu mangeras avec nous, me dit-il, tu demeures trop loin pour t’en aller seul.” Une autre fois, dans un.e occasion semblable : “ Allons, me dit-il, dès aujourd’hui tu coucheras chez nous ; on ne m’a pas donné de lit pour toi; mais nous en trouverons un.“Depuis ce moment, je fus son pensionnaire.Peu à peu, cet excellent | homme, qu’intéressaient toujours les dispositions intellectuelles et laborieuses chez i’enfance, méprit dans une véritable affection.” Gr.Duprez.L’ARMIDE (le Gluck et scs Critiques.Dans Armide, Gluck, continuant la révolution musicale qu’il avait commencée en subordonnant le chant à la vérité de l’expression dramatique, s’écarta du plan suivi par Lulli, et montra la même énergie de style, le même art dans la distribution des instruments, la même science d’harmonie, toutes choses qui avaient paru si nouvelles dans Orphée, Iphigénie et Alceste.Il avait alors soixante et un ans, et attendait encore qu’on rendit justice à son génie.Les diatribes, les attaques de toutes sortes contre sa personne et sa musique semblaient redoubler à chaque production nouvelle ; les musiciens et les gens de lettres s’acharnaient après lui avec une fureur sans exemple, et on ne lui pardonnait pas d’avoir voulu réformer le goût et les spectacles de la nation.Parce que Gluck plaçait la vérité de la déclamation au-dessus de ces mélodies ou de ces airs de danse qui ne s’appliquent qu’à charmer l’oreille et qui forment l’essence de la musique italienne, on lui reprocha de vouloir bannir le chant de la musique ; le mot d’ordre devint 100 LE CANADA MUSICAL.celui-ci : “ Il n’y a pas de chant dans la musique de Gluck.” La preuve qu’il y en avait, c’est que toute l’Europe a chanté les airs d'Orphée, d'Alceste, et ceux d'Armide.N’importe, on lit venir d’Italie à Paris, Pic-cinni, qui devait apprendre aux Français ce que c’était que du chant, et la guerre commença, guerre incomparable, qui jamais n’eut sa pareille et qui, lorsqu’on en suit les péripéties dans les mémoires et les gazettes du temps, fait croire que la France était devenue folle.Kapporter tout ce qui s’est imprimé de sottises, tout ce qui s’est échangé d’injures, de quolibets, d’épigrammes à propos de ces deux hommes de génie, Gluck et Pic-cinni ; décrire l’acharnement, le délire qui s’était emparé des combattants, est impossible.Plus d’un, forcé de mettre l’épée à la main, au café ou au théâtre, est resté sur le carreau, percé de part en part, pour n’avoir pas trouvé que Gluck eût suffisamment de chant, ou Piccinni suffisamment d’énergie.La querelle reprit de plus belle lorsque parut l'Ar-mide de Gluck, et les piccinnistes, se changeant en lul-listes, se mirent à raisonner devant le public mélopée, mélodie, harmonie, récitatif mesuré, etc., employant tout l’arsenal de ces mots prétendus scientifiques, qui font croire aux ignorants que d’autres ignorants en savent plus qu’eux.Le plus infatué de tous les pédants du XYIIIe.siècle, La Harpe, était avec Marmontel à la tête des lul-listes ; Arnaud et Sicard étaient les coryphées du parti des gluckistes ; ceux-ci répandaient leurs écrits sous le couvert de Y Anonyme de Y augirard.La Harpe ayant rendu compte, dans le Journal de politique et de littérature, de la première représentation d'Armide, en cuistre qui n’entend pas un mot de la musique (bien qu’il voulut prouver à Gluck lui-même qu’il ignorait les éléments de son art,) celui-ci lui décocha une lettre qui fit beaucoup de bruit, et dans laquelle on remarque ce qui suit: “J’ai été confondu en voyant que vous aviez plus appris sur mon art en quelques heures de réflexion, que moi après l’avoir pratiqué pendant quarante ans.Vous me prouvez, monsieur, qu’il suffit d’être homme de lettres pour parler de tout.Me voilà bien convaincu que la musique des maîtres italiens est la musique des maîtres par excellence, que le chant, pour plaire, doit être régulier et périodique, et que même dans ces moments de désordre où le personnage chantant animé de différentes passions, passe successivement de l’une à l’autre, le compositeur doit conserver le même motif de chant.” La Harpe, fort maltraité dins cette affaire, riposta en vers.Yoici la poésie qu’on lui attribue, adressée à Y Anonyme de Vaugirard : Je fais, monsieur, beaucoup de cas De cette science infinie Que, malgré votre modestie, Vous étalez avec fracas, Sur le genre de l’harmonie Qui convient à nos opéras.Mais tout cela n’empêche pas Que votre Armidc ne m’ennuie.Armé d’une plume hardie, Quand vous traitez du haut en bas Le vengeur de mélodie, Vous avez l’air d’un fier-à-bras ; Et je trouve que vos débats Passent, ma foi, la raillerie ; Mais tout cela n’empêche pas Que votre Armide ne m’ennuie.Le fameux Gluck, qui, dans vos bras, Humblement se jette et vous prie, Avec des tours si délicats, De faire valoir son génie, Mérite sans doute le pas Sur les Amphions d’Ausonie: Mais tout cela n’empêche pas Que votre Armide ne m’ennuie.A quoi il fut répondu, par une pièce intitulée : Vers d’un homme qui aime la musique et toits les instruments, excepté La Harpe.J’ai toujours fait assez de cas D’une savante symphonie D’où résultait une harmonie Sans effort et sans embaras.De ces instruments hauts et bas, Quand chacun fait bien sa partie, L'ensemble ne me déplait pas ; Mais, ma foi ! La Harpe m’ennuie.Chacun a son goût ici-bas : J’aime Gluck et son beau génie, Et la céleste mélodie Qu’on entend à ses opéras.De vos Amphions d’Ausonie La période et son fatras Pour mon oreille ont peu d’appas ; Et surtout La Harpe m’ennuie.Quant à Marmontel, comme il s’était aussi montré fort aggressif, on n’eut garde de l’oublier.On lui décocha le trait que voici : Ce Marmontel si long, si lent, si lourd, Qui ne parle pas, mais qui beugle, Juge la peinture en aveugle Et la musique comme un sourd.Ce pédant, à si triste mine, Et de ridicules bardé, Dit qu’il a le secret des beaux vers de Racine : Jamais secret ne fut si bien gradé.Mais de toutes les parodies, brochures, épigram-mes, chansons, etc., qu’inspira cette querelle mémorable, le morceau le plus spirituel est peut-être certaine lettre écrite à La Harpe sous le nom, dans le style et avec l’orthographe d’un serpent de village.On ignore qui en est l’auteur.Monsieur, y est-il dit, j’avons l’honneur de vous faire une lettre pour me dépêcher de vous apprendre une chose qui vous intéressera beaucoup : c’est qu'il faut vous dire que je sommes serpent de ma paroisse, et que notre curé, qui s’amuse à lire les gazettes, n’a pas de plus grand plaisir que de les lire tout haut, à cette fin que je l’entendions et que nos enfants en profitions itou.L’autre soir y lisait le journal de., j’avons oublié son nom ; car je ne l’avons entendu nommer que c’te fois-lâ.Tant il y a que ça part de notre pleame.Y avait là-dedans tout plein de belles choses, car je n’y comprenions goutte, et de pauvres gens comme nous ne sont pas faits pour entendre tous ces baragouinages-là ; ça parlait contre M.Guelouque, et ça disait comme ça que gnia pas de chant dans ses airs ; que la mélodio est la même chose que l’harmonie ; que pour faire pleurer le monde il faut faire des accords ; enfin, tout plein d’autres choses que je trouvions bian dites ; car tout ça venait pesle-mesle l’un sur l’autre, et moi je trouve ça mieux à cause que je dis à part moi : Eh bien, LE CANADA.MUSICAL.101 voyez ! je ri aurions pourtant pas dit ça.Et pais, j’étions content encore, parceque j’étais fâché contre ce biau M.Guelouque, à cause que M.le curé, qui l’aime bian, comme je vous le disait, m’avait prêté un air de son plus nouveau opéra, et que ce diable d’air ne pouvait pas aller sur mon serpent.” La lettre continue sur ce ton de plaisanterie ingénieuse ; elle frappa si juste que La Harpe, étourdi du coup, et voyant bien d’ailleurs que les dissertations musicales ne lui étaient pas favorables, retourna à ses tragédies.Pourtant cette Armide qui causait tant de tapage, Gluck avait été bien près de ne pas la donner au théâtre.En dépit de La Harpe et de sa critique, elle fut accueillie avec l’enthousiasme que devait inspirer un pareil chef-d’œuvre.Quelques vieux amateurs, dilettanti du premier quart de ce siècle, se rappellent les reprises de cet opéra célèbre, et parlent encore avec chaleur de la rare perfection que mettaient Nourrit et Madame Branchu à interpréter la poésie de Quinault et la déclamation rapide et accentuée de Gluck.Histoire des Opéras.LES AMUSEMENTS D’AUTREFOIS — ET — L’OPERA D’AUJOURD’HUI.Dans ma jeunesse, Paris n’était pas aussi peuplé» aussi grand qu’aujourd’hui.D’innombrables voitures ne sillonnaient pas ses places, ses rues, ses promenades.Je me souviens que, le dimanche surtout, des groupes de quatre, cinq, dix personnes se formaient devant les maisons, moitié sous la porte, moitié dehors, et que là, assis et respirant l’air libre, plus salubre que celui des brasseries et des cafés-concerts, hommes, femmes et jeunes gens causaient, jouaient, riaient surtout de ce rire joyeux et franc bien différent de celui que provoque la bouffonuerie ou la grossière indécence de la chanson débitée par quelque farceur à gages ou quelque diva d’un théâtre d’opérettes.Devant chaque maison de marchand de vin ou de débitant de bière, il y avait un jeu de tonneau, et pendant toute l’après-midi on entendait le bruit retentissant des palets de cuivre ou de plomb sur les ferrures du dix, du trente ou du mille, et les exclamations des joueurs.Aux portes de Paris, ou dans les promenades publiques, on jouait aux quilles, au jeu de siam, aux boules, à la paume et au ballon.Tels étaient, le dimanche, les délassements de la population ouvrière et laborieuse avant que la multiplicité dés théâtres, des cafés-concerts et des lieux de réunion nocturne lui offrît des plaisirs dispendieux et quotidiens.bous prétexte d’initier les travailleurs aux plaisirs des arts et de l'esprit, de former leur goût littéraire, de développer l’instruction dans les masses, on a voulu effacer toute différence d’habitudes entre les classes de citoyens, toute distinction entre le pauvre et le riche, le journalier et l’homme du monde, entre les personnes dont l’intelligence et le goût ont reçu le développement d’une éducation soignée et celles qui n’ont pu acquérir que les notions les plus rudimentaires de la civilisation ; et, en faisant violence à la nature des choses, on a compromis l’équilibre social.Des plaisirs grossiers et sans choix ont envahi les mœurs publiques, de telle sorte que les plaisirs délicats ont perdu de leur prestige, de leur charme, et, jusqu’à tin certain point, sont devenus rares et impossibles, faute de ressources et de sujets.On a vu, depuis que la loi accordant la liberté des théâtres a remplacé sous le second Empire la loi restrictive et sage promulguée sous le premier et maintenu en vigueur jusqu’en 1858, les comédiens et les chanteurs, hommes et femmes, femmes surtout, déserter les théâtres littéraires et le grand répertoire lyrique pour envahir les petits théâtres et les cafés-concerts.Peut-on soutenir que l’amour des classes laborieuses, et non pas la spéculation, a amené un tel état de choses?C’est une cupidité féroce et un égoïsme sans entrailles qui ont provoqué, encouragé et protégé ces entreprises dramatiques et ces industries considérables au point de vue financier.Quelle est donc la classe de la société qui fournit à ces industriels les nombreux sujets qui forment leur troupe, depuis les comédiens et les chanteurs jusqu’aux demoiselles du corps de ballet, jusqu'aux figurants et comparses et jusqu’à de pauvres enfants enlevés à l’apprentissage d'un métier utile pour parader à moitié nus devant des spectateurs avides de grivoiseries et de sensations auxquelles l’art et la littérature n’ont aucune part.Le législateur, l'administrateur, les magistrats de l’ordre public ont-ils en cette circonstance suffisamment réfléchi à l’avenir de tant de créatures prostituées dès l’enfance à un genre de vie dégradant et vouées pour la plupart à une misère certaine ?S’est-on soucié de la liberté de ces êtres humains, confisquée avant même qu’ils en aient eu la conscience ?Quoique un tel état se soit produit à une époque où les idées de liberté (?) ont été le plus déclamées et enseignées, je ne crains pas de dire que jamais depuis l’empire romain on n’a vu un esclavage plus avilissant et une corruption exercée avec plus de cynisme et d’insouciance des droits de la vertu, de la pudeur et de la faiblesse.Dès l’année 1808, j’ai entretenu chacun des ministres de l’instruction publique et des beaux-arts de la nécessité de faire rapporter la loi sur la liberté des théâtres.Je dois à la vérité de dire que chacun d’eux, jusqu’à cette présente année 1877, a reconnu la justesse de mes raisons ; mais je dois penser qu’ils ont jugé le mal sans remède.La production des œuvres remarquables est entravée ; la bonne exécution de celles qui pourraient honorer la scène française est compromise faute d’interprètes suffisants; si un ouvrage se recommande par un grand mérite, il ne trouve plus même un auditoire assez nombreux, une société dont le goût soit assez pur et assez ferme pour assurer le nombre de représentations nécessaire et empêcher de courir à la ruine le directeur téméraire qui a eu l’audace de monter une œuvro de goût, de grand style et peut-être même de génie.Je ne prétends point que le succès qu’ont obtenu les opérettes d’une indécente bouffonnerie ait positivement empêché le public de rendre justice à des ouvrages remarquables lorsqu’il s’eu est produit.Mais il est certain qu’il n’a plus pris aucun plaisir à des opéras-comiques de deuxième ordre, dans lesquels se trouvent cependant des situations pleines de charme, d’un sentiment délicat et bien exprimé, des scènes dont la sensibilité a bien inspiré le musicien.Le public, habitué à des gravelures et à des sensations appartenant à un même ordre d’idées, si idées il y a, s’est lassé, dégoûté 102 LE CANADA MUSICAL.du sentiment vrai, de l’esprit et de la grâce ; il ne s’élève au-dessus des basses régions où la liberté des théâtres l’a conduit que lorsque parait un ouvrage tout-à-fait hors ligne, qu’on ne peut ignorer sans compromettre les intérêts de l’amour-propre et auquel il faut absolument faire accueil.Et encore les beautés qu’il renferme ne sont-elles pas toutes remarquées ; le succès de cet ouvrage est devenu d’autant plus difficile à obtenir qu’il serait plus légitime.Félix Clément.NOTICES BIOGRAPHIQUES (Extraites du Supplément à la Biographie universelle des Musiciens de F.J.Fétis,—Par M.Arthur Pougiu,) CONCERNANT DIVERS MUSICIENS CELEBRES QUI ONT VISITÉ L’AMÉRIQUE, OU DONT LA RÉPUTATION, OU LES ŒUVRES SONT PLUS PARTICULIÈREMENT CONNUES ET ESTIMÉES Au Canada.BIZET ( Alexandre Cesar Leopold.) connu sous le nom de Georges, compositeur extrêmement distingué, né à Paris le 25 octobre 1838, mort à Bougival le 3 juin 1875, dans sa trente-septième année, était l’un des jeunes artistes qui semblaient devoir se mettre à la tête de l’école musicale française et à qui la gloire paraissait réservée.Fils d'un professeur de chant, Bizet avait été, au Conservatoire, un triomphateur précoce, et avait fait dans cet établissement des études exceptionnellement brillantes.Elève d’abord de M.Marmontel pour le piano, de M.Benoist pour l’orgue, il était entré ensuite dans la classe de composition d’Halévy après avoir travaillé l’harmonie sous la direction particulière de Zimmermann.Agé d’environ neuf ans lorsqu'il était admis à suivre les cours de l’école, il obtenait sa première récompense avant d’avoir atteint sa onzième année, et voici la liste de toutes celles qu’il reçut : 1er prix de solfège (1849) ; 2me prix de piano (1851) et 1er prix (1852) ; 1er accessit d’orgue (1853) 2me prix (1854) et 1er prix (1855) ; 2me prix de fugue (1854), et 1er prix (1855) ; enfin, deuxième grand prix de Rome à l’Institut (1856), et premier grand prix en 1857, Bizet dont les tendances wagnériennes n’étaient un mystère pour personne, et qui pendant de longues années, afficha le mépris le plus complet pour la forme et le genre de l’opéra-comique, fit cependant ses débuts de compositeur dramatique d’une façon assez singulière.M.Offenbach, alors directeur du petit théâtre des Bouffes-Parisiennes, venait d’ouvrir un concours pour la musique d’une opérette, et le vainqueur de ce concours devait voir représenter son œuvre sur cette scène minuscule ; soixante-dix-huit compositeurs se présentèrent, parmi lesquels,à la suite d’une épreuve préparatoire, six furent jugés dignes d’entrer définitivement en lice: ces six concurrents étaient, par ordre des mérites, MM! Bizet, Dermerssemann, Erlanger, Charles Lecoçq, Li-magne et Maniquet.Tous furent chargés de mettre en musique un livret intitulé le Docteur Miracle, et au bout de quelques semaines, le jury chargé de l’examen des partitions proclama vainqueurs, ex œquo, MM.Charles Lecocq et Georges Bizet.Par une sorte d’ironie du sort, il se trouvait que, de ces deux jeunes artistes, l’un, M.Lecocq, devait être le transformateur du genre de l’opérette, que tous ses efforts tendraient à faire rentrer dans le giron de l’opéra-comique, tandis que l’autre, Bizet, devait se montrer le plus mortel ennemi de cet opéra comique, et professer le plus profond dédain pour les musiciens qui l’avaient porté à son plus haut point de splendeur ! Ceci se passait en 1857, et les deux partitions couronnées du Docteur Miracle étaient exécutées toutes deux au Bouffes-Parisiennes, celle de M.Lecocq le 8 avril celle de Bizet le 9 avril, sans que le public fit un accueil bien chaleureux à l’une ni à l’autre.Trois mois après, Bizet concourait de nouveau à l’Institut, obtenait son premier prix, et partait bientôt pour Rome.D’Italie où il travailla très-sérieusement, il fit avec exactitude à l’Académie des Beaux-Arts les envois que chaque élève de l’Académie de France à Rome est tenu de lui adresser par les réglements.C’est ainsi que la première année il envoya un opéra bouffe italien en deux actes, Don Prucopio.(1), la troisième année deux morceaux de symphonie et une ouverture intitulée la Chasse d'Oss'an et la quatrième année un opéra-comique en un acte, la Gu~la de l'Emir.De rétour en France au bout de quelques années, il s’y livra d’abord au professorat, puis songea à se produire sérieusement au théâtre.Il y réussit plus promptement que beaucoup de ses confrères, et le 30 septembre 1863 il donnait au Théâtre-Lyrique les Pêcheurs de Perles, grand opéra en trois actes, qui fut suivi le 26 décembre 1867 de la Jolie Fille de Perth grand opéra en 4 actes et 5 tableaux.Ces deux ouvrages, conçus dans le style wagnérien, était fort remarquable au point de vue de la facture et de l’instrumentation et annonçait un jeune maître déjà très-sûr de lui sous ce rapport; mais l’un et l’autre laissaient considérablement à désirer en ce qui concerne l’inspiration et et la pensée musicale.Le public fit un froid accueil à ces deux productions, dans lesquelles l’auteur avait sacrifié à une sorte de mélopée traînante et indéfinie, parsemée d’audaces harmoniques un peu trop violentes les deux qualités sans lesquelles il n’est point de véritable musique, je veux dire la vigueur durhythme et la franchise du sentiment tonal.Bizet prit une revanche en faisant exécuter à peu près dans le même temps, aux Concerts populaires, deux fragments d’une symphonie qui furent reçus avec beaucoup de faveur, et qui se faisaient remarquer par une bonne couleirr et une rare vigueur de touche.Mais il revint bientôt à sa première manière, en donnant à l’opéra-Comique (22 mai 1872,) un petit ouvrage en un acte, DjamUeh production étrange, dans laquelle il semblait avoir voulu accumuler à plaisir toutes les qualités les plus anti-scéniques dont un musicien puisse faire preuve au théâtre.DjamUeh n’eut aucun succès.Cependant, comme Bizet n’était pas seulement un artiste d’un très-grand talent au point de vue de la pratique et du savoir, mais qu’il y avait chez lui toute l’étoffe d’un créateur, il revint à un plus juste sentiment des nécessités de l’art, en écrivant pour un joli (1) Voici comment le rapporteur des travaux envoyés de Rome appréciait cet ouvrage, dans le compte-rendu de la séance publique annuelle de l’Académie des Beaux-Arts de 1859 : “Cet ouvrage se distingue par une touche aisée et brillante, un style jeune et hardi ; qualités précieuses pour le genre comique.” Cela parait étrange aujourd’hui à quiconque a pu apprécier le tem-péramment musical de Bizet et son horreur, au moins apparente pour le genre bouffe ou même tempéré. LE CANADA MUSICAL.103 drame de M.Alphonse Daudet.VArtésienne, une partition symphonique et chorale qui était un petit chef-d’œuvre de grâce, de poésie, de fraîcheur et d’inspiration.A la musique de l'Artésienne, qui fut ensuite présentée dans les concerts avec beaucoup de succès, sous forme de suite d’orchestre succéda bientôt l’ouverture de Patrie, page nerveuse et colorée, pleine de vigneur et d’éclat, mais dans laquelle le compositeur avait encore trop sacrifié l’idée à la forme, le corps au vêtement, la pensée à l’expression.Cette ouverture fut exécutée avec succès aux Concerts populaires.Après tant d’essais divers, après de si nombreuses tentatives dans des genres différents, tous ceux qui avaient souci de l’avenir de la jeune école française, et qui pensaient que, malgré ses erreurs passées, malgré ses dédains calculés ou exagérés pour certaines formes musicales, malgré des partis-pris évidents et fâcheux.Bizet était l’un des soutiens les plus fermes, les mieux doués et les plus intelligents de cette école, attendaient avec intérêt ce jeune maître à sa première œuvre dramatique importante.Il s’agissait pour eux de savoir si Bizet s’adressant de nouveau au théâtre, voudrait se décider enfin à faire de la musique théâtrale ou bien si, s’obstinant dans les théories anti-dramatique de M.Richard Wagner et de ses imitateurs, il voudrait continuer à transporter à la scène ce qui lui est absolument hostile, c’est-à-dire, la rêverie, la poésie extatique et l’élément symphonique pur.C’est à ce moment qu’on annonça au théâtre de l’Opéra-Comique la prochaine apparition d’une œuvre importante du jeune compositeur, Carmen, ouvrage en 4 actes, dont MM.Henri Meilhac et Ludovic Halévy avaient tiré le livret d’une nouvelle de Prosper Mérimée portant le môme titre.Or, nul n’ignorait que Bizet avait affiché hautement, en mainte occasion, une étrange antipathie pour le genre de l’Opéra-comique et pour le génie d’un de ses représentants les plus glorieux dans le passé, Boieldieu.On se demandait donc avec une certaine anxiété si l’auteur des Pêcheurs de Perles rompant violemment avec des traditions plus que séculaires allait essayer d’imposer à la scène illustrée par tant d’aimables chefs-d’œuvre, une poétique nouvelle et incompréhensible, ou bien, si, se séparant avec éclat de la petite chapelle composée de quelques impuissants, et dont il était en quelque sorte le chef reconnu il en viendrait à faire ce que ces jeunes dédaigneux par stérilité appelaient “des concessions au public,” et s’il entrerait résolument dans une voie féconde et pour lui pleine d’avenir.Il n’est que juste de déclarer que Bizet ne justifia en aucune façon les craintes légitimes de quelques-uns, et que son œuvre nouvelle, témoignage éclatant d’une évolution profonde qui s’était opérée dans son esprit, donnait des preuves de son désir de bien faire et de ses préoccupations en faveur d’un art rationnel, sage et parfaitement accessible à tous.La partition de Carmen n’était pas un chef-d’œuvre sans doute, mais c’était une promesse brillante, et elle semblait, de la part de son auteur, comme une sorte de déclaration de principes nouveaux, comme une prise de possession d’un domaine qui lui avait paru jusqu’alors indigne de ses désirs et de ses convoitises.A ces divers égards, elle méritait de fixer l’attention du public et de la critique, qui l’accueillirent avec le plus grand plaisir.On remarqua que cette partition, inégale assurément, mais très-étudiée, très-soignée, était écrite dans le vrai ton de l’opéra- comique, bien que l’airteur n’eut point voulu pour cela faire abstraction de son rare talenf de symphoniste, et que cette préoccupation l’eût entraîné parfois un peu plus loin que de raison ; on lui reprocha aussi, assez justement, de n’avoir point assez de souci de la nature et de la limite des voix.Mais, à part quelques réserves on dut rendre, et l’on rendit pleine justice au talent déployé par le musicien, à l’excellent travail d’ordonnance et de mise en œuvie de ses morceaux, à la couleur et au charme qu’il avait su donner à la plupart d’entre eux, à la poésie qu’il avait répandu sur certains épisodes, enfin à ses jolis effets d’instrumentations et à son rare sentiment du pittoresque.En résumé, l’élégante partition de Carmen, montrait Bizet à la recherche d’horizons nouveaux, et donnait de grandes et légitimes espérances pour son avenir de compositeur dramatique.C’est à ce moment que la mort vint foudroyer le jeune artiste, dans toute la force de l’intelligence et de la production.Trois mois, jour pour jour, après la première représentation de Carmen, le 3 juin 1875, il fut étouffé presque subitement par un rhumatisme au cœur, dont il était déjà depuis longtemps attaqué.Habitant Bougival avec sa famille, il rentrait d'une promenade lorsqu’il tomba tout à coup sans connaissance, ayant à peine le temps d’appeler sa jeune femme, qui accourut à ses cris; il ne reprit pas ses sens, et mourut dans la nuit.Peu d’années après la mort d’IIalévy, Bizet avait épousé l’une des lilies de son maitre, Mlle.Geneviève Halévy ; il la laissa veuve avec un jeune orphelin de cinq ans.C’est ainsi que disparut un artiste dont la carrière promettait d'être brillante, et qui, doué d’une grande intelligence et de rares facultés, aurait peut-être atteint les plus hauts sommets de la gloire.Sa mort fut une grande perte pour l’art français, car elle arriva au moment où le jeune maître, devenu complètement sûr de lui-même, éclairé par une critique bienveillante, ayant mûrement réfléchi sur les nécessités qui s’imposent aux musiciens désireux de se faire un grand nom, aurait produit sans doute ses œuvres les plus achevées et les plus accomplies.Bizet, on peut le dire, était un artiste de race et de tempérament.Bizet a publié, en dehors du théâtre, les compositions suivantes : Chant.Feuilles d'Album (lo.Aune fleur ; 2o.Adieux d Suzon; 3o.Sonnet de Ronsard; 4o.Guitare ; 5o.Rose d'Amour-.; Go.Le Grillon,) Paris, Heu-gel.—Recueil de vingt Mélodies ( lo.Chanson d'Avril ; 2o.Viens, c'est II Amour ; 3o.Vieille chanson ; 4o.Les Adieux de l'Iidlesse arabe ; 5o.Le Rêve de la bien-aimée ; 6o.l'aime l'amour ; 7o.Vous ne /iriez pas ; 8o.Ma vie a son secret ; Go.Pastorale; lOo.Sérénade; llo.Berceuse ; 12o.La chanson du fou ; 13o.Absence ; 14o.Douce mer ; 15o.Après l'hiver ; Hio.La Coccinelle; 17o.Chanson d'A-mour ; 18o.Je n'en dirai rien ; 19o.L'Esprit saint ; 20o.Tarentelle,) Paris, Choudens.—Piano.Les chants du Rhin, six lieder pour piano (lo.L'Aurore ; 2o- Le Départ ; 3o.Les Rêves ; 4o.La Bohémienne ; 5o.Les Confidences ; Go.Le Retour,) Paris, Ileugel.—Jeux d'enfants, douze pièces (lo.L'Escarpolette ; 2o.La 'toupie; 3o.La Poupée; 4o.Les Chevaux de bois ; 5o Le Votant,; Go.Trompette et tambour; lo.Les Bulles de.savon ; 8o.Les quatre coins ; 9o.Colin Maillard; 10o.Saute-Mouton; llo.Petit mari, petite femvw; 12o.Le Bal.) Paris, Durand-Schœnewerk.—Six transcriptions sur Mignon, Paris, Ileugel.—Six transcriptions sur Don Juan, Paris, Ileugel.—Neuf transcriptions à quatre 104 LE CANADA MUSICAL.mains sur Hamlet, Paris, Heugel.—Danse Bohémienne, Paris, Choudens.— Venise, romance sans paroles, Paris, Choudens.—Bizot avait fait aussi les réductions pour piano seul des partitions d'Hamlet, et de L’Oie du Caire, et les arrangements pour piano à quatre mains des partitions d'Hamlet et de Mignon.Enfin, on lui doit mie très-intéressante collection publiée sous ce titre: Le Pianiste chanteur, célèbres œuvres des maîtres italiens, allemands et français, transcrites pour le piano, soigneusement doigtées et accentuées (160 transcriptions,) Paris, Heugel.Bizet a laissé en portefeuille un certain nombre de compositions, dont plusieurs fort importantes ; parmi ces dernières se trouve un opéra entièrement terminé, Yvan le terrible, écrit sur un poème de MM.Leroy et Michel Carré que M.Gounod avait entrepris de mettre en musique pour y renoncer ensuite.Parmi ses œuvres inachevées, il faut citer un grand oratorio, Geneviève, patronne de Paris, et un drame lyrique le Cid, dont la plus grande partie du chant seulement était écrite.Cet artiste fort distingué avait été nommé chevalier de la Légion d’honneur peu de jours avant l’apparition de sa dernière œuvre dramatique, Carmen, dont la veille de sa mort, l’Opéra-Comique donnait la trente-unième représentation, et qui a obtenu depuis un vif succès à Vienne.Le 31 octobre 1875, un hommage public lui a été rendu à la séance de réouverture des concerts de l’Association artistique ; sous ce titre : A la mémoire de George Bizet, une partie de ce concert lui était consacrée, comprenant l’ouverture intitulée Patrie, l’une de ses dernières compositions ; un Lamenta pour orchestre de M.Jules Massenet, son ami, écrit expressément à cette occasion; et une pièce de vers de M.Louis Gallet, Souvenir, dite par Mde.Galli-Marié, l’interprète du rôle de Carmen à 1 Opéra-Comique.Cet hommage touchant était digne de l’artiste.(1).DEUX ANECDOTES.(De l'Echo Musical de Bruxelles.) Les Français disent : Je vous présente monsieur un tel ; les Anglais plus originaux disent : Je vous introduis monsieur un tel.ür, comme nous sommes aux Etats-Unis, pays de langue anglaise, si A'ous voulez bien le permettre je vous introduirai M.Richard Derby, de Boston, homme opulent et qui adore la musique : vous l’allez voir.Il y avait à Boston—il n’y est plus, car il est mort —un excellent musicien, violoniste très-distingué, du nom de Léopold Herwig.Selon l’usage—ou peut-être par extraordinaire, ceci n’est pas venu à ma connaissance—il allait donner un concert.Etant en course pour cet objet, il rencontre M.Richard Derby.Nulle rencontre ne pouvait être plus heureuse, car vous devez savoir que l’opulent esquire passait pour le Mécène (1) Je rapporterai ici deux faits peu connus.Bizet s’ctait livré à une fantaisie, en écrivant la musique du*premier acte de Malbrough s'en va t-cn guerre, grande opérette en 4 actes, représentée au théâtre de l’Athénée le 3 décembre 1S67, et dont les autres avaient été faits par JIM.I.éo Dtlibes, Emile Jouas et Lcgouix.A la même époque, Bizet donna, sous le pseudonyme transparent de Gaston de Betzi, un certain nombre d’articles de critique musicale à un recueil important, mais depuis lors disparu, La Revue nationale.le plus déterminé qui fut à quantité de lieues à la ronde : vous 11e tarderez pas à vous convaincre qu’il n’avait pas volé sa réputation.Le bon Iierwig salua très-humblement le Richard et lui lit part de son projet.Ce dernier s’en réjouit infiniment, c’est-à-dire autant qu’il est permis de ce réjouir à Boston, ce qui, en vérité, n’est pas énorme.Bref; le Derby lui offre sa protection et le requiert de lui envoyer des billets.Quel est le concertiste qui ne marche pas armé de billets jusqu’aux dents?Le Herwig donc, qui en avait plein toutes ses poches—assez nombreuses, puisqu’on était en hiver—en retire cinquante et les remet an Mécène.Jusqu’au jour du concert pas plus de nouvelles de M.Richard que de son homonyme, captif chez le duc d’Autriche ; mais comme le proverbe dit : point de nouvelles, bonnes nouvelles, le Herwig jubilait.Quand, ô surprise! une heure avant le concert, celui-ci reçoit une lettre du Mécène, à laquelle était joints quarante-neuf billets.Ne vous désolez pas, maître Léopold, vous devez savoir que Hope, le célèbre banquier d’Amsterdam, prit 200 billets de Madame Catalani, la grande contatrice ; il en garda un pour lui, brûla devant elle les 199 restants et lui remit deux cents louis, montant du total des billets.M.Richard Derby vous en renvoie quarante-neuf on ne saurait le nier, ils sont là; mais c’est probablement afin que vous puissiez les vendre à la porte, et il va sans dire que vous trouverez dans la missive une bank-note de cinquante dollars.Pas tout-à-fait.Le Mécène protecteur y priait l’artiste, son protégé, d’agréer, ses excuses de n'avoir pas réussi à placer une seule de ses cartes : il lui en renvoyait donc 49.Il le prévenait, par la même occasion, qu’ayant dû faire bon nombre de courses dans l’intention évidente d’obliger le sieur Herwig, il gardait la cinquantième carte pour sa peine et, comme de juste on ne peut plus gratis.—Et d’une.* * # Joseph Artôt, encore un violoniste, avait une lettre pour Richard Derby.Les lettres de recommandation ( sont devenues lettres mortes un peu partout, mais il paraît qu’en Amérique elles sont parfois très-nuisibles.Pourtant, comme il peut y avoir d’honorables exceptions et que Richard Derby était un homme excentrique, nul doute qu’il ne s’employât corps et âme pour son recommandé.11 n’y manqua pas.Le jour même oû Artôt doit donner son concert, le Richard offre chez lui une soirée gigantesque, à laquelle il convie les trois quarts des personnes qui ont l’habitude de fréquenter les concerts.Mais, comme le Mécène n’est pas homme à faire les choses à demi, il envoie un billet d’invitation, par lequel il prie Mme.Cinti et Artôt de vouloir bien se rendre à sa petite fête, aussitôt leur concert terminé.On ne saurait y mettre plus de formes.Et de deux! Ces anecdotes, historiques s’il en fût, ne laissaient pas de ne paraître surprenante, et à peine les aurais-je crues, si, de retour à New-York, on ne m'en eût conté bien d’autres et bien autrement singulières Zani de Ferranti. LE CANADA.MUSICAL.105 (FLORAL WALTS.) Par P.LATOUR.3 2 ®— —1 d—•— i i o' ¦“—9— =1 ?* -&-S !—h i=: sH zJ ¦P- -F-l -T- —1 —i —-—•—1> Z?Ut -o- -0 ?-£- * 1 —a - M- X H=H O a ig= i=: 1 — —I it L-f—J =4= -4 — y -1 —i— H ; ÆFÛ r\ -t* ü—è- 4^-= —i F- — j a -* \-9~ i 2 |—4 3—s— F p » 3 " s— -s— W *—-ù —1- .0p—& -Si —M- a?—y—'— 4- -F - ® ®— —P——— -si—r— —*—i— —1 ~$h 3^ fi [ d i f¥=N Ife i^hLI ~T-A u Lp=LH -i 1—1— i i i =fai:-=FirT 1.3®—f*—F- - 4- -1 n —f F—i-f—!—F- —F?-9 f* f*- h*—i—; -t -g— ! ^ ' * ' P- “7 1 -^r-4r—^ T —1 “ 1 .2-2= ¦F- F — 0—0- • S i ® | i -* 'V=L= —p—1—i— f-f - -t=: - -T-.1ZE —! * P~* i# i—1—*- zà~ 3 P 1 — — —1— MhlJ M 41 rr / < i r 2 * ~n • : ! ^ éD , * r 9 «
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