Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1 janvier 1899, janvier
RECHERCHES HISTORIQUES 3 REMUS HISTORIQUES HI LLKLIN D'ARCHÉOLOGIE.D’HISTOIUK DK BIOGRAPHIE, DK BIBLIOGRAPHIE, DK NUMISMATIQUE, ETC., ETC.vrnr.if: pah PIERRE-GEORGES ROY VOLUME CINQUIÈME L É V 1 S 1899 s ffl, L^r'fte- in (Sfc m EGLISE NOTRE-DAME DE LA VICTOIRE DE LEVIS BULLETIN DES ___RECHERCHES HISTORIQUES VOL.5 JANVIER 189$ No.1 NOTRE-DAME DE LA VICTOIRE DE LÉVIS Lorsque, au mois d’octobre 184R, Mgr J.-D.Déziel fut nomme curé de Saint-Joseph de lu Poiute-de-L ;vy, cette ancienne paroisse comptait 4229 catholiques.Elle s’étendait de Beaumont à Saint-Nicolas et du fleuve Saint-Laurent à Saint-Henri.Le nouveau curé n'eut pas besoin d'un bien long séjour à Saint-Joseph de la Pointe-de-Lévy, pour prévoir qu’avant longtemps il faudrait subdiviser oette vaste paroisse.("est en 1845 que se commencèrent les démarches qui devaient aboutir, six ans plus tard, à l'érection de la paroisse de Notre-Dame de la Victoire de Lévis.C’est le choix du site du nouveau temple qui retarda ainsi la fondation demandée.Le 29 septembre 1850, avait lieu la bénédiction de la pierre angulaire de l’église de Notre-Dame do la Victoire.Au mois de septembre 1851, un décret do l’archevêque de Québec détachait la nouvelle paroisse de celle de Saint-Joseph do la Pointe-de-Lévy.Enfin, le 20 novembre suivant, Mgr Cazeau bénissait solennellement le temple que les paroissiens de Lévis venaient d’élever.L’église Notre-Dame de la Victoire a subi, en 1895, des réparations qui en font un des plus beaux temples de la rive sud.Depuis 1850, trois curés se sont succédés à Lévis : Mgr J.-D.Déziel.1850-1882 ; MM.Antoine Gauvreau, 18821895, et F.-X.Gosselin, curé actuel.Pierue-Georoes Rov — 8 — LE FLIBUSTIER BAPTISTE (1) Un matin—environ quinze jours avant que la Parque Atropos ne trancha brusquement le fil de ses jours—feu M.Joseph Marinette m’apporta sous enveloppe, quelques notes copiées ici et IA dans l’un des volumes manuscrits de la Correspondance.Générale des fonctionnaires do la nouvelle, avec les ministres du roi de !-a vieille France.Son intention était de composer un petit roman, mais il avait déjà à mener à bion le feuilleton ayant coure dans la Revue Nationale., et ceci, avec probablement d’autres conceptions littéraires, occupait de reste, pour le moment, notre regretté romancier canadien.Mais en me donnant ces copies, il no me dit pas un mot du petit roman qu’il avait rêvé faire.Si plus tard j’ep ai le loisir, et que le terrain n'ait point été exploité, lions verrons s’il y a possibilité do reprendre l'idée.Pour le moment, j’offre aux Recherches Historiques les notes que j’ai recueillies sur ce personnage acadien, et par là je réponds, longuement peut-être, à la question posée, en 181)7, par l’un des lecteurs des Recherches Historiques au sujet de mon homme.Le 8 mai, 1668, eut lieu à Québec, (2) le mariage de Jean Baptiste, fils de Pierre Baptiste et do Jeanne Pasqué, de Notre-Dame de Mantes, évêché de Rouen,let de Françoise llormel, fille de Pierre Ilermel et de Marie Coquemer, de Notre-Dame du Ilâvre-de-Grâce, évêché de Rouen.Ces conjoints étaient donc Normands.Ces deux personnes—ou je devrais dire—ce Baptisto est-il le même que celui qui fit la course sur les côtes de l’Acadie quelque vingt ans plus tard ?Si cela est, il ne devait (1) III, VII, 338.(2) Tanguay, .Dictionnaire Généalogique, VoL I. — n — eompter on 16(38 guère plus d’une vingtaine d'années, mais l’acte de mariage le qualifie originaire de Normandie, et vous verrez plus loin, quo M.do Yaudreuil assura à M.de Frontenac avoir connu la première femme du sieur Baptiste, en France, qui demeurait proche de chez lui en Languedoc ! Peut-être, l’un des lecteurs des Recherches Historiques pourra-t-il contribuer à élucider ce point, h'îI est en connaissance de cause.La première mention que je trouve ensuite du flibustier, est au volume 12, Canada, Correspondance, Générale ; en ¦date du 12 septembre, à Québec, Frontenac donne des instructions à d’Iberville qui doit croiser sur les côtes de l’Acadie : d’Iberville et de Bonaventure prendront le capitaine Baptiste à la Baie Verte où le sieur de Vilbon le conduit, ¦ou, s'ils le rencontrent sur leur route, il pourra leur indiquer mieux que personne ce qu'il y aura de plus facile et do plus avantageux à entreprendre tant sur les bâtiments qu’ils y rencontreront, que pour les descentes et attaques do petits forts qu'ils pourront faire â terre ferme.Un certain nombre de sauvages s’étaient abouchés avec Baptiste pour se joindre it d’Iberville, conformément aux instructions du Gouverneur-Général.Le 25 octobre, 16!)3, Frontenac écrit au ministre : “ Le sieur Baptiste, fameux flibustier de ces côtes-là (Acadie) et qui les connaît parfaitement passe en France pour vous proposer les vues qu'il y aurait là-dessus.(J est un homme qui les il beaucoup désolé, dont ceux qui le connaissent disent du bien ; qui m’a donné, dopuis qu il s’est déclaré pour nous, aucun sujet de croire qu'il n’eut pas toute la fidélité qu on •en doit attendre, qui s’est même marié à Port Royal à une fille du lieu, qu'il avait envie d amener ici (1) ne ia croyant pus en sûreté là où elle est, et qui me paraît avoir des pen- (1) Québec. — 10 — sécs qui seraient d’une grande utilité et d’une médiocre dé-jien.se.Ce sera il vous, Monseigneur, à les examiner et me taire savoir ce que vous aurez résolu là-dessus." L’année suivante, le capitaine Baptiste revint à l’Acadie, eu charge d’un brigantin que le roi lui avait accordé.Dans le mémoire adressé a M.de Pontchartrain sur l’entreprise à former contre le fort de Pomiquid, M.de Yilbon dit :—“ Ce jioste étant pris, on pourrait aller faire des descentes le long de la côte ; Mr Baptiste avec quelques pilotes que nous avons ici conduiraient sûrement les vaisseaux, et on pourrait détruire une partie des Isles qui sont à la vue de Boston, sans risque.” Ceci démontre (pie Baptiste pour bien connaître ces parages avait dû y passer jdusiours années, ét pour mériter la confiance qu'on avait en lui, j’opine que l’homme devait 1 inspirer autant par un fige mur que par sa vaillance.A oici le flibustier armé en course grâce à la bienveillance du roi.Avec son briganlin, dans l’espace d’un trimestre, il prend dix petits bâtiments aux Anglais (1).Cependant, deux de ses prises lui sont enlevées par l’ennemi.Il guorroit bravement, et ne ménageant jias assez son équipage, la jilus grande partie l’abandonne.(2) Sur ce fait, un violent coup de vent jette son navire à la côte ; au moment où Baptiste est occupé à le radouber, les Anglais surviennent et l’attaquent.C’est un combat de pygmée et do géant que celui du jietit brigantin et de la grosso frégate anglaise.A' importe, Baptiste se défend longtemps, et ce n’est que lorsque la lutte n'est jilus soutenable que l’Acadien eschoue son navire a terre, où il se sauva avec son équipage, laissant le brigantin au pouvoir des vainqueurs.(3) (1 ) Champigny au ministre, 24 octobre 1(19-1 Québec.(-) l'rontenao au ministre, 24 octobre 1(194, Québec.(3) Champigny au ministre, 11 août 1695, Montréal. — 11 — A la môme dale, c’est-à-dire le 24 octobre lti!)4, Frontenac, au 40e article de la volumineuse correspondance qu’il adressait au ministre, mande que le sieur de Vilbon l'informe dos prises faites par le capitaine Baptiste, et que cet homme se prépare à reprendre la mer pour en faire de nouvelles.Le .corsaire se plaint d'un missionnaire aux Mines, appelé lo sieur de St-Cosme, qui le traverse fort dans tous les préparatifs qu’il est obligé d’arranger en ce lieu et même qu’il inspire à des habitants qui lui sont atlidés, des sentiments, qui, se propageant, pourraient à l’avenir avoir des conséquences fort préjudiciables au service.M.de Frontenac manda à M.île Vilbon “d’y avoir l’œil fort exactement pour empêcher d’autres désagréments.Le, printemps do l(i!)5, le capitaine Baptiste, par le travers du cap de Mallebarre prit un bâtiment de soixante tonneaux, chargé de sucreries, mêlasse et autres marchandises, qu’il confia au capitaine Guyon, flibustier de Québec.11 captura ensuite un navire de vingt-cinq tonneaux, qui lui fournissait toutes les choses nécessaires pour armer tout l’été.Mais, étant allé vers la baie des Espagnols, à l’embouchure du lleuve St-Laurent dans la pensée qu’il y pourrait trouver le sieur de Bonaventuro, au lieu de cela il y rencontra une frégate anglaise, contre laquelle il se battit tout un jour, jusqu’à ce qu’il vit son vaisseau entièrement criblé de coups de canon, ce qui l’obligea de l’abandonner, et de se jeter à terre avec son monde ; comme il atteignait la terre ferme il vit son bâtiment couler à fond, avec huit marins anglais, qui venaient d’y monter.Le capitaine Guyon retournait à Québec avec sept prises lorsqu'il rencontra la frégate désastreuse à Baptiste.Il voulut prendre la fuite, mais aussitôt, comprenant qu'il ne pouvait échapper, il échoua sa flottille sur un rocher nommé le Loup Marin, et lorsque l’ennemi s'en approcha, il l'a- — 12 — vertit que plutôt de se rendre, il mettrait le feu aux sept bâtiments.Le capitaine anglais offrit à Guyon de lui céder un navire avee toute sa charge et liberté de continuer sa route, s'il abandonnait les six autres navires.Guyon accepta, mais le bâtiment était trop endommagé, et il demanda de l’échanger ; ces Anglais y consentirent, mais le Canadien ne profita pas par cette transaction, car dès que le navire fut déchoué il coula bas.Les Canadiens n’eurent plus que leurs grands canots de bord pour regagner Québec, où ils arrivèrent aux premiers jours de juillet.Voici que nous allons connaître un peu mieux le capitaine Baptiste.Frontenac écrit do Québec, le 2 novembre 1695, au ministre : “ Je vous avoit, monsieur, recommandé les années précédentes, le nommé Batiste, sur les bons témoignages que M.de Vilbon m’en avoit rendus, mais j’ay apris depuis deux ou trois mois qu’il avoit tenu des discoure peu do temps avant qu’il passast en France qui marquoient qu’il n’avoit pas de trop bonnes intentions.On m’a dit de plus que c’est un homme qui est marié en plusieurs endroits en France et en Hollande, outre la femme qu’il a présentement au Port Royal, M.de Vnudrcuil m’a assuré qu’il connaissoit celle qu’il avoit en France, et qui est procho de chez lui en Languedoc.J’ay cru devoir vous on avortir, aussi bien que M.de Chovry, afin qu'il ne puisse pas vous surprendre, puisqu’on prétend qu'il est allé demander en France un autre vaisseau à la place de coluy qu’il a perdu, pour avoir plus de facilité do transporter en Hollande ou en quelqu’autre pays ennemy la femme qu'il a à Port Royal, avec tous ses effeetz.” Par le journal de M.de Vilbon, de ce qui s’est passé en Acadie depuis le mois d’octobre 1696 jusqu’à la fin do mai — 13 — 1697, il est il supposer que le voyage en France du sieur Baptiste pour obtenir un second vaisseau n’eut pas de succès.Le 3 novembre 1696, De Vilbon envoie Baptiste aux Mines et à Port Royal, pour avoir des puis, les fèves de la garnison s’étant trouvées presque toutes gâtées, renvoyant eu même temps trois soldats invalides pour être nourris aux Mines, pour ménager les vivres de la garnison do De Vilbon.Baptiste, en partant, promit de rétabli r la course, avec les doux pirogues de l’armement des Anglais que l’on avait trouvé sur la côte, s’il pouvait trouver du monde aux Mines et il Port Royal.De Vilbon commandait au fort Matehouak ou Naxouac ; il reçut, le 28 décembre suivant, des vivres apportées par un bâtiment de Port Royal.11 apprit alors que le capitaine Baptiste avait levé du monde pour aller en course.Le 2 février 1697, quatre flibustiers arrivèrent au fort, avec une lettre do Baptiste.11 demandait une commission pour faire la course avec scs deux pirogues et vingt-un hommes d'équipage.Le 10 mars, à trois lieues de Casquebaye (1) les Acadiens rencontrèrent huit chaloupes pêcheuses de marvillette, dans lesquelles il y avait trente-huit hommes.Baptiste et son équipage, depuis plusieurs jours ne subsistaient que de coquillages ramassés le long de la mer ; ils résolurent d’attaquer les chaloupes croyant y trouver quelques vivres.Les chaloupes étant mouillées les unes près des autres, le capitaine Baptiste résolut d’attaquer à la nuit du lu au 11 mars.Ses deux pirogues accostèrent deux chaloupes, dont l’équipage dormait.J1 s’en rendit maître en un coup de main, mais le bruit que cette opération occasionna réveilla (1) Casco Bay, état du Maine. 14 — les équipages dos autres embarcations, qui tirent feu sur los Acadiens avec beaucoup de vigueur.Les flibustiers se lancèrent bravement à l’abordage des chaloupes, se battant comme des lions, et se rendirent maîtres de six bateaux, les deux dernières chaloupes voyant le résultat du combat se sauvèrent à la faveur du vent.Il y avait sept Anglais de tués sur les ponts, dont cinq capitaines de bateaux, quatre de blessés et vingt prisonniers.Baptiste eut trois blessures, et huit de ses hommes furent blessés, mais tous sans gravité.Le capitaine Baptiste emmena ses prises pour les mettre en lieu plus sûr ; il relâcha à terre les Anglais qui avaient sept lieues pour aller au plus proche de leurs forts.11 arma ensuite la meilleure voiliùre de ces chaloupes, dans le dessein d’aller vers Boston faire quelques prises, mais comme il était à la garnir, et l’avait échouée pour raccommoder sa fausse étrave, il entra dans le hâvreoù il y avait deux bâtiments arm-s en guerre qui le cherchaient et qui étaient de Salem, destinés pour convoyer les pécheurs le long de la côte.Ils étaient cinquante hommes dans les deux bâtiments, et le plus grand avait quatre pièces de canon.Lon était au l'J mars.Le plus grand bâtiment vint s’embosser à la portée de pistolet de celui de Baptiste pour le canonnor, pendant qu'il envoyait l’autre pour l'aborder.Les Hibustiors qui étaieut cachés à terre laissèrent arriver l'ennemi ot amarrer une haussière à la chaloupe-voilière.Les Anglais ne voyant personne crûrent les Acadiens enfuis, et ils attendirent la marée montante pour hûler le bateau de Baptiste au large.Tout-à-coup, Baptiste fait taire une décharge sur eux, si vigoureuse, qu’elle culbuta tout l’équipage anglais.Ceux-ci n’eurent rien do plus pressé que de couper la haussière et de se retirer au largo.Sur le soir, la — 15 — chaloupe «tant à flot, Baptiste s’embarqua avec son équipage.Le lendemain, (le 20 mars) dès le matin, les deux bâtiments anglais revinrent à la charge.L’un d'eux voulut aborder Baptiste, mais fut repoussé et eut quatre ou cinq hommes tués.Alors l'ennemi se retira à l’entrée du havre, et le petit bâti mont s’éloigna pour aller chercher du renfort.à sept ou huit lieues de là, emportant les morts et les blessés, pendant que l'autre gardait Baptiste qui ne pouvait aisément sortir de co havre, la passe étant fort étroite.A la nuit, le temps devenu couvert augmenta l’intensité dos ténèbres, et comme Baptiste n’était pas en état d’attaquer le grand bâtiment, son équipage n’ayant vécu depuis quinze jours qpe do coquillages et les vivres trouvés dans les chaloupes ne consistant qu’en poissons, il résolut de profiter de la marée baissante pour sortir.Co qu’il fit.Baptiste mit ensuite le cap au nord-est, se dirigeant vers les Mines où il voulait se ravitailler pour retourner en cou rse.Il manda alors au sieur de Vilbon qu'il serait au bas de la rivière St-Joan, au plus tôt à la tin d’avril.Les Anglais, prisonniers des chaloupes, lui dirent, ce dont il fit part à Vilbon, qu'à Boston l'on tenait la paix faite avec la Savoie et FBspagno, et qu’on parlait de celle d’Hollande.Que le conseil de Boston avait résolu de faire attaquer de nouveau le fort de Matchouak, et qu'ils avaient donné des ordres pour la levée de leurs troupes, étant résolus on même temps de détruire Port Royal, les Mines et Boaubassin, et d'en transporter les familles hors du pays en représailles, disant que les Français firent la même chose à quatro places, eu Terrcneuve, l’automne précédent. — 1C — Le 29 avril, Baptiste n’avait point encore paru au bas de la rivière, tel que promis, mais le 5 mai, sa temmo arriva au fort pour annoncer qu'il était reparti en course.Le 14 mai, le capitaine Baptiste se montra à l’entrée de la rivière St-Jean, accompagné d’un bâtiment commande par le capitaine Basset (Français) qui était venu au cap de Sable ramener des prisonniers Français do Boston.Le 17, Baptiste reprit la mer de nouveau.Dans la relation de l’attaque faite par les Anglais contre le fort Matchouak en octobre (l’année n’est pas mentionnée, probablement 1697,) il est dit que le sieur Baptiste venu au fort le matin du 17 octobre, avait passé la nuit précédente avec M.de Clignancourt, huit Français et trois Sauvages, à l'entrée de la petite rivière de Naxoüassis, environ une demie lieue audossus du fort, et d’où l’on pouvait découvrir de loin quand l’ennemi monterait.Pendant que les Anglais et les Français se canonnaient et s’adressaient des portées de monsquoterio, DoClignaucourt et Baptiste dans le désort du fort avec les huit Français et les trois Sauvages tiraient sur l’ennemi posté de l’autre côté de la rivière.Le 19, Baptiste alla en découverte et rapporta que les Anglais avaient un bateau de dix-neul tonneaux, deux pirogues, deux grandes chaloupes et un canot d écorce, ce qui donna l’impression qu'ils étaient peu de monde.Le soil du 20, les assiégeants se retirèrent à Forneuse, trois lieues plus loin, et brûlèrent trois maisons.L’ennemi n’osa toucher à la maison du flibustier Baptiste, sise vis-à-vis le fort, et inhabitée, qui y allait quolques fois pour tirer des coups de fusil et de boîte pour faire croire qu’il y avait une garde.La fortune des armes varie, et le capitaine acadien en fit l’épreuve.Eépondnnt à la lettre du comte de Bellemont, gouverneur — IT «le la Nouvelle York, le comte de Frontenac, le 8 juin It5!l8, proteste contre la retention dans les chaînes à Boston du capitaine Baptiste, flibustier, qui y est traité avec beaucoup île rigueur, et demande sa mise en liberté.Le sujet de cette correspondance est l’échange do prisonniers français et anglais.Je n’ai pu trouver que l’on ait écouté los remontrances de Frontenac, et jusqu'à quelle date Baptiste demeura aux mains des Bostonnais.Si la chose m’est possible, je comploterai cos notes plus tard.Régis Rov LES MÉTIS OU BOIS-BRU LÉS 11 y a deux cents ans, les Sauvages du Bas-Canada na-vaient plus guère d’importance comme chiffre,—mais il restait des tribus dans le sud, l’ouest et le nord-ouest.Nos coureurs de bois commencèrent à métisser rondement.Point de femmes blanches dans ces vastes contrées.La galanterie française y brilla sur tous los points.Une race nouvelle vit le jour, tenant le milieu entre la barbarie et la civilisation.Telle est l’origine des Métis on Bots-Bridés :—père français, mère sauvage.Ces sangs mêlés ne sont pas venus so joindre à nous.Us occupent, encore le pays de leurs an cotres.Impossible donc de les confondre avec les Canadiens-Français.Les Bois-Brûlés datent à peine de 1(575 ; la principale période de leur création va île 1700 à 1740, et leur développement se calcule depuis la cession du Canada (1700), alors que, abandonnés à eux-mêmes les Canadiens de l’ouest tirent corps plus que jamais avec les tribus des grandes plaines.3 Benjamin Sclte — 18 — LA TRAVERSÉE DU SAINT-LAURENT Les passagère qui, aujourd’hui, font le trajet entre Québec et Lévis, en hiver, dam* l’entrepont confortable des puissants bateaux à hélice qui se croisent d’une rive à l’autre en quelques minutes, coupant, brisant, refoulant, bousculant des monceaux de glaçons charriés par la marée, et lilant droit à travers le chasse-neige et les brouillards secoués par la rafale, nose doutent guère de ce (pie c’était que la traversée du Saint-Laurent autrefois, surtout par les “ gros temps ”• do décembre et de janvier.Le voyage se faisait en canots.Ces canots étaient des espèces de pirogues creusées dans un double tronc d'arbre, dont chaque partie était solidement reliée à l’autre par une quille plate en bois do chêne, polie et relevée aux deux extrémités, de façon à ce que l’embarcation pût, au besoin, servir en même temps de traîneau.Le patron s’asseyait à l’arrière sur une petite plate-forme élevée d’où il dirigeait la manœuvre, et gouvernait à l’aide d'une pagaie spéciale, tandis qu'à l'avant et quelquefois debout sur la “ pince ”—on appelle “ pince ” la projection effilée de la proue—un autre hardi gaillard scrutait les passes et surveillait les impasses, la main sur les yeux, tout blanc de givre, avec des stalactites glacées jusque dans les cheveux.En avant du pilote, un certaine espace était ménagé pour les passagers, assis à plat-fond, tout emmitouflés et recouverts do peaux de buffles, encaqués comme des sardines, parfaitement à l’abri du froid, mais aussi entièrement immobilisés.Les autres parties de l’embarcation étaient garnies de têtes, qui, tout en assurant la solidité du canot, servaient — 1!) — de bancs aux rameurs à longues bottes et aux costumes plus ou moins hétéroclites, qui pagayaient en cadence, s'encourageant mutuellement du geste et de la voix.Le métier n’était pas tendre ; et, comme les hivers de ce temps ! ', dépassaient de beaucoup les nôtres en rigueur, il devenait quelquefois dangereux.Chaque mise à l’eau c’est-à-dire chaque départ, donnait infailliblement dos émotions aux plus hardis, même à ceux qui y étaient les plus habitués.Quand on se voyait lancé du haut de la “ batture ”—en termes canadiens, on appelle “ bat turcs ” ou bondages ” les bancs de glace adhérants au rivage et contre lesquels glissent ou se brisent les banquises emportées par le courant —quand on se voyait, dis-je, lancé du haut do la batture dans les eaux noires et bouillonnantes du fleuve, l’équipage sautant précipitamment à bord dans un enchevêtrement éperdu de mains et de bras accrochés aux flancs bondissants de la pirogue, cela ne durait que l’espace d’un clin d’œil, mais c'était plus fort que soi.le cœur vous tressautait dans la poitrine.lit nage, compagnons !.Haut les cœurs, les petits cœurs !.I) immenses blocs verdâtres barrent bi route : vite, le eajt dessus ! Bon là ! Lâchons l'aviron, l’épaule aux amarres, et en avant sur lu surface solide du grand fleuve ! Plus loin, ce sont d’énormes fragments entassés et bousculés les uns sur les autres ; le passage semble impraticable.n’importe, hissons le canot à force de bras : et en avant toujours ! Voici un ravin qui se creuse, deseeudons-y ! C’est un abîme peut-être : en avant quand même ! lai neige détrempée s'attache et se congèle aux flancs de l’embarcation, quelle menace d’immobiliser : hardi, let — 20 braves ! Pas une minute à perdre, roulons ! roulons !.Et nous voilà repartis.[ci, c'est autre chose : tout s’effondre sous nous.Ce n’est pljis de l’eau, ce n’est plus de la glace ; impossible de pagayer, plus de point d'appui» pour traîner.11 faut pourtant se tirer de là, les enfants ! En-dedans, vous êtes paralysé ; en dehors, vous enfoncez à mi-jambe dans la neige fondante et la glace en “ frasil ’ : il n’y a pas à dire, il faut se tirer de là.Et cela durait des heures, quelquefois des journées entières.Oh ! non, il n’était pas tendre le métier.Victor Hugo a raconté les “ travailleurs de lamer "d’une façon sublime : que n’a-t-il vu nos canotiers de Saint-Laurent à l’œuvre ! Louts Fréchette L’HONORA BLE JUGE A.-X.MORIN C'était le 1er janvier 1842.L’honorable A.-N.Morin, alors juge au tribunal de Iva-mouraska, remontait à Québec, avec l'intention d’arriver chez lui le jour même.Les mauvais chemins, cependant, l'ayant trop retardé, il s'arrêta à l'église de sa paroisse natale : Saint-Michel de Bellcchasse.C’était un peu avant l’heure de la grand’messe du jour de l’an.M.Morin se met, aussitôt descendu de voiture, à chercher son respectable père parmi la foule, à la porte de l'église.J1 le trouve bientôt, et, là, aux yeux de toute la paroisse, le juge Morin ôte sa coiffure se met à genoux sur la neige et implore la bénédiction paternelle.Quelle leçon pour le tils dénaturé d'aujourd’hui, qui semble rougir de ses parents parce qu'ils sont vêtus d’étoffe du pays ! Auguste Réchaud f RÉPONSES L,e Journal (les Jésuites.(II, II, 155.)—Le Journal des Jésuites couvre lu période comprise de septembre 1045 à juin 1(»(>8, excepté quelques lacunes entre le 5 février 1054 et le 25 octobre 1(550.Go manuscrit appartenait originairement aux archives du vieux collège des Jésuites de Québec, et il fut trouvé là après la mort du père Jean-Joseph Casot, qui mourut le 10 mars 1800.11 disparut alors, mais lut retrouvé vers l’année 1815, lorsque Andrew-William Cochran, secrétaire civil du gouverneur sir John-Cope .Sherbrooke, le découvrit accidentellement dans un coin de son bureau.Après la mort de M.Cochran arrivée le 11 juillet 1849, sa veuve lo présenta à George-Bartlndemy 'Faribault, de Québec.M.Faribault mourut le 21 décembre 1800.et par son testament donna tous ses livres, manuscrits, peintures et gravures ayant rapport à l’histoire du Canada au séminaire de Québec.L’original du Journal des Jésuites passa ainsi au Séminaire, et est aujourd’hui parmi les trésors précieux de la bibliothèque de l’Université Laval.On a des preuves que le Journal des Jésuites fut continue jusqu’à 1755 ; mais les manuscrits de cette continuation qui devaient comprendre au moins deux volumes sont disparus.Fn 1897 M.l’abbé Henri-Raymond Casgrain, del Lmversite Laval lit des recherches en Angleterre parmi les héritiers ,1c William Smith, l’historien du Canada, mais sans succès.Smith avait cité le Journal des Jésuites à la date du 20 décembre 1710 et encore en 1752 ; et dans sa préface .1 mentionne spécialement le Journal des Jésuites au nombre des sources qui lui ont donné les “informations les plus précieuses.” Mgr Thomas-E.Hamel, bibliothécaire de 1 ! diversité Laval, est sous l’impression que Smith avait accès aux manuscrits en question, et qu’il n'en était pas le propriétaire ; et que ee sera seulement par un hasard providentiel que les volumes disparus seront retrouvés s'il n’ont pas été détruits.Kn 1871, le Journal
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