Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1 avril 1912, avril
BULLETIN UES RECHERCHES HISTORIQUES VOL XVIII LEVIS-AVRIL 1912 No 4 LE COMTE D'ANCOURT (1) En appelant l’abbé Vincent-Charles Fournier à la cure de la Baie-du-Febvre, en 1810, Mgr Plessis le rapprochait de son ami intime, M.Raimbault, curé de Nicolet, et le plaçait au centre d’un groupe de prêtres français disséminés dans le district des Trois-Rivières.Huit paroisses, dans les environs de la future métropole, avaient à leur tête des prêtres français disséminés dans le district des Trois-Rivières.C'étaient, outre la Baie-du-Febvre, la ville des Trois-Rivières, Nicolet, Bécancourt, Gentilly, la Pointe du Lie, Saint-Michel d’Yamaska et Saint-François-du-Lac.Ajoutons à cette liste, déjà bien significative au point de vue curial, le fait que le curé de Nicolet était aussi supérieur du collège, et que le chapelain des Ursu-lines des Trois-Rivières s'appelait M.de Calonne, et l’on aura une idée assez juste de ce que pouvait prendre d’importance ce petit noyau de prêtres, ayant bu au même calice d’amertume, tous hommes d’un caractère éprouvé.Mgr Plessis avait donc cent fois raison de leur confier des cures importantes, comme celles (1) Les notes qui suivent sont extraites d’une Hietoire de la Baie-Saint-Antoine dite Baie-du-Febvre qui devrait être entre les mains de tous les amateurs d’histoire. — 98 que nous venons de nommer.En les groupant, il leur donnait l’occasion de se rencontrer plus souvent, de fraterniser tous ensemble et de s'unir par des liens encore plus étroits, si possible.La religion catholique pouvait-elle souffrir de ees réunions de prêtres instruits savants même, et prêts à tous les dévouements ( La tradition nous rapporte qu'on appelait ce coin de notre province la Petite Fnimt.Heureuse Petite Fr/mtr d'avoir eu à sa tête, de ITftti à 184-7, c’est-à-dire pendant plus d’un demi-siècle, des prêtres comme les Rnimbault ( 1 ).les Le Jnmtel (2).les Ciquard (3), les l'Miirnier, les Hourtin (4).les Orfrov (5).les .lover (t>), et les Hilbert (7).Heureux curés qui avez eu des paroissiens aux nio-urs si pures, des familles si dévoilées it la religion et au culte de leurs ancêtres ! Au milieu «le cette phalange de saints prêtres, de cette petite E ranee, si ehèrea leur cœur, vint s’abattre vers 181(5, un personnage mystérieux, français comme eux.tù qui paraissait comme eux victime d'une odieuse persécution.Il fit l'acquisition d'une ferme dans les dix-huit arpents «le Xieolet, alors annexés à la Raie.Il y vivait dans une modeste retraite, couvert ch- blessures, parlant un français de liant aloi, yt il paraissait au vulgaire, qui a le Hair excellent quoiqu’on en «lise, une étoile tombée de quelque constellation.Il était paru au Canada peu après le désastre de Waterloo, y menait dans la paix et la culture des champs la vie d un paysan «le terme modèle, et paraissait se complaire par-dessus tout au milieu de scs naïfs voi- (1) Curé de N'icolet.('•2) Curé de Bécancourt.(3) St Français-du-Lac.(4 ) tien bill y.(3) Pointe-dû Lac.(0) Sorel et Pointe du-Lac.(7) Yamaska.(1) At* Ecd.11 HoyaliMn« Français, p.117 et 118, — 99 — sins avec qui il échangeait les petits services qui entretiennent les rapports et les lois du bon voisinage.Ceux-ci, qui l’adoraient à cause de son esprit, de son air de distinction et du bon exemple qu’il leur donnait comme cultivateur et comme citoyen, sentaient piquer et même très vivement leur curiosité de l’étrangeté de ce voisin si disparate, au milieu de leur commune, et qui semblait s’amoindrit parmi eux, pour ne pas éveiller le soupçon ou se laisser deviner (1).Son voisin, Louis Beaulac, riche cultivateur, fameux gars de six pieds, et qui avait servi dans les milices de 181*2, a eu l’avantage de connaître et de fréquenter habituellement ce personnage, et d admirer la science militaire de “M.le comte”.A son dire, M.le comte” avait toute une chambre re , ' ¦ de cartes militaires et d’armes de toute espèce et de grande valeur.A ses heures, M.le comte déployait ses cartes sous les grands ormes, près de sa maison, et là, à quatre pattes sur ses plans, il suivait et traçait des lignes, causant, discutant et interpellant tout haut, il s animait comme au milieu de contradicteurs.probablement des ombres de Waterloo (2).Sa maison était le rendez-vous de MM les curés d’Yamaska, Saint-Grégoire, 1 rois-Rivières et surtout de ceux de la Baie et Nicolet II s’était également fait quelques amis dans la petite ville voisine de Trois-Iiivières, où il venait de temps à autre, dans la petite commune, se retremper un peu 1 esprit au milieu de la société de ces hommes d élite qui étaient toujours ravis de le posséder.En vain fut-il sondé par celui de tous qui avait sa plus franche intimité (3), sur ce qu il était, il avait toujours délicatement éludé la question et prié son ami de ne pas lui faire (1) Le Canada reconquit! par la France,p.125.(2) Note île M.le notaire Louis Blondin, régislrateur.(3) L’avocat Vézina.46 — 100 — violence sur ce point.Seulement, quand il était question de Napoléon, des guerres de l’Empire, on voyait passer je ne sais quoi d’étrange sur son front, ses yeux sourire à travers les larmes : puis, faisant une cabriole de diversion, d'un mot heureux il changeait de terrain et de sujet.Cet homme, apparemment sans relations du dehors, sans communication de l’intérieur fut cependant le premier informé de la nomination de lord Dalhousie au poste de gouverneur général du Bas-Canada.Il vint en toute hâte faire ses adieux à son ami de Trois-Rivières, en lui disant : Je vous quitte, mon cher, parce (pie l'homme avec qui j’ai lutté corps à coi'ps vous arrive comme gouverneur ! et il s éclipsa en toute hâte, en lui donnant une poignée de mains, et en réprimant un soupir dont on ne comprit pas bien alors la signification.Il laissa sa terre de la Baie-du-Febvre veuve de son propriétaire, et dans les cœurs de ses voisins un grand vide à combler.L'ami dont nous parlions tout à l'heure, dînant un jour ii la table de lord Dalhousie, et lui faisant part d
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